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Le Blog d'Elisabeth Poulain

V2 comme Ville végétale > La vision d'Antoine Corbineau

2 Mars 2010, 09:20am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Pour avoir quelque idée de ce qu'est une ville d'aujourd'hui, à la fibre végétale et plus, il ne faut pas trop s’adresser aux livres mais plutôt ouvrir les yeux et nourrir son imaginaire avec des oeuvres d’artistes ou de créateurs qui raisonnent en recherche de sens et de connexion avec le mouvement et le changement.

 

Ceux-là  ont une vision globale de la ville désormais végétale, jusqu’au moment où il ne sera plus nécessaire de le préciser. Il faut dire qu’on a des exemples célèbres. Hundertwasser est le plus audacieux de ces précurseurs. Contemporain, et ancrée dans la réalité du projet, Alexandre Chemetoff qui a commencé par être d’abord paysagiste et urbaniste avant de devenir architecte, a ce sens profond. Il est au cœur de ses créations. Ce novateur ne se contente pas de mettre un peu plus de surface engazonnée, il change les rapports entre le construit, le roulant et le vivant. Du coup, il modifie les rapports et les perceptions et bouleverse la ville en lui réinjectant un sens souvent perdu ou illisible. 

 

Antoine Corbineau a aussi cette fulgurante assurance. Il dessine une société possédant cette nouvelle dimension liée au développement durable comme une réalité Antoine Corbineau-Pub-projet-Alfa Roméovivante, déjà présente et toujours changeante. C’est ce qui me frappe chez lui, cette façon exubérante de montrer ce que nous sommes, la folle complexité de notre monde, où tout est lié., les mots, le paysage, la voiture, l'art... Chez lui, tout bouge, crée de nouveaux liens, une nouvelle réalité qui à son tour génère des nouvelles formes, des ectoplasmes joyeux parfois, parfois mortels. Il montre les transports entre des immeubles et dit ce qui est important pour lui, sans chercher à faire joli parce que sa façon de montrer est tellement puissante qu’il n’est pas nécessaire d’en faire encore plus. Son expressionnisme suffit, surtout qu’en plus il écrit les mots importants sur des blocs, des parois, les voies pour rappeler le sens, comme autant de voitures porteuses de sens.

 

Pour Antoine Corbineau,  qui l’année prochaine fêtera sa première décade d’exercice en tant que créateur indépendant, notre monde est une grosse boule protéiforme constituée de beaucoup d’eau, de couleurs et d’une forte volonté de continuer à vivre, sans cacher que nous créons Antoine Corbineau-Projet Bags-Amsterdamnotre propre anti-matière tueuse. Un monde capable de secréter une folle complexité où le noir des fumées d’usine cohabite avec le soleil qui fait fleurir les fleurs. Ceci, ce créateur, qui s’est formé à Strasbourg, à Londres et à New York, est capable de le montrer, lui qui se représente jonglant avec une méduse qui déploie ses filaments en couleur dont on connaît sa capacité polymorphe à survivre.

 

En haut de la colline avec Alfa Romeo

Ses dessins ont un caractère universel étonnant. Antoine Corbineau recourt à de nombreux dessins d’objets totems présentés de façon symbolique de façon à être perçus partout, comme l’est un dessin d’enfant, qui avec deux gestes seulement fait un rond et pique un trait en bas pour représenter un arbre. Pour la  maison, il suffit de six traits plus quatre pour chaque fenêtre. Sa route qui monte en haut de la colline est un ruban avec une voiture sans âge devancé par un vélo sans cycliste.  La nature est partout, présente grâce à trois brins d’herbe avec une grosse marguerite plus haute que l’arbre d’à côté. Des petites maisons carrées se glissent dans les méandres d’une route de montagne. Partout des mots de la marque renforcent le message du paysage de la Antoine Corbineau-projet couv david Jaclin 52 image-26-02publicité Alfa Romeo qui devient un nuage. La cathédrale de Milan figure au-centre en dessous de spider et des usines voisinent avec supersport 33.

 

Le navire animal Beastness

C’est une couverture en cours d’élaboration pour un livre de David Jaclin. On y voit une très riche version actualisée de l’Arche de Noë, voguant sur une jambe velue et une en pantalon et chaussure, sur une mer de filaments de méduse -un animal cher au cœur d’Antoine-. Les  animaux y sont plus grands et plus libres que les hommes et les femmes, devenus sardines, alignés dans des boîtes couchées ou coincées selon les cas. Bien sûr il y a aussi les mots qui prennent beaucoup de place : pacte domestique, graphie, animal, sélection naturelle, mode d’emploi, sans compter les nombreux labyrinthes présentés comme des jeux. Malgré toute  cette lourde charge, ce bateau avance néanmoins, lui qui est

tAntoine Corbineau, Bière Straffehendrikiré par une cigogne et dont le capitaine est un tigre avec son second, le chien, qui scrute la mer. Il reste très peu de vert dans cette société  en errance.  

 

Une ville dans un verre avec Straffe Hendrik

Il y a aussi cette publicité pour la bière Straffe Hendrik qui représente la ville de Bruges dans un verre de cette fameuse brasserie au célèbre logo De Halve Mann. On y trouve le style   d’Antoine, des rues qui s’enfoncent dans des tunnels, des chiffres comme le degré d’alcool 9°, un serveur, des maisons accolées et beaucoup de mots en rapport avec l’univers de la bière et ou de Bruges. Une franche réussite où chaque cm2 en courbe est rempli en jouant sur sa rotondité et  cette fois-ci le végétal se boit et ne se voit plus. Il est dans le verre et le cadre reste encore vert.  

 

Pour suivre le chemin

. Retrouvez des œuvres de ce créateur sur 

http://www.antoincorbineau.com

http://www.creabook.com/antoine-corbineau

. Ses centres d’intérêt : les affaires internationales, la sociologie, le langage, les discours politiques, la démographie, les cartes, l’architecture, la ville, les frontières, Jérôme Bosch, Art brut, Annette Messager, Hundertwasser, le surréalisme, Fluxus, Nam June Paik, Tony Oursier, Saul Bass, Norbert Kox, Milton, Glaser, Michel Gondry…Il aurait pu ajouter le transport. Il a fait en particulier un superbe visuel pour la SNCF.  

. Photos d’AC reproduites avec son accord et mes remerciements. 

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