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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Ville > Identité > Cohérence sociétale et Lien végétal

25 Novembre 2009, 18:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

En fait, il serait possible de commencer par n’importe lequel de ces trois éléments. Il s’agit de tracer les grandes lignes de l’identité d’une ville sous l’angle d’une certaine cohérence, en lien avec le végétal. Reprenons chacun des éléments.

 

L’identité d’une ville

Il ne s’agit pas tant de dire ce que la ville est que de dire ce que les habitants eux-même, et les autres que les premiers voudraient attirer, aimeraient qu’elle soit. La première idée est de partir de l’existant fondé essentiellement sur l’histoire et la culture,  en lien avec la démographie. D’Angers par exemple, on retient trois éléments forts, le château contenant la Tenture de l’Apocalypse et le nombre d’étudiants (30 000 sur 150 000 habitants environ), ce qui fait dire que la ville au riche passé est actuellement une ville jeune. 

 

Ces trois éléments à eux seuls ne sauraient fonder l’identité attractive d’un territoire pour des entreprises qui voudraient s’y installer. Le château et la tenture concernent essentiellement les touristes et les étudiants ne sont pas tous destinés à demeurer à Angers. Il manque en effet à cet embryon de schéma identitaire la dimension économique et la vitalité du marché du travail d’aujourd’hui et forcément de demain.

 

A tout moment, les choses changent ; il n’est pas possible de bloquer sur une image à un instant ‘t’ le développement d’une ville ou du vivant. Le cycle de vie est toujours en évolution que ce soit pour un territoire, une personne, une entreprise ou un secteur économique entier…Demain ce futur proche,  cette extension d’aujourd’hui, va aussi s’inscrire dans la trame déjà perceptible par les chercheurs avec des innovations. C’est bien la raison pour laquelle, les territoires, qui ont commencé à travailler depuis plusieurs décades sur l’attractivité  identitaire, bénéficient d’un avantage concurrentiel certain sur d’autres car ils sont plus à même d’anticiper, sans pouvoir prédire l’avenir bien sûr. 

 

La cohérence sociétale

Mais cela ne serait pas suffisant sans la cohérence sociétale qui fait la force d’un territoire. Sans ce lien, il n’y a pas d’identité ni d’image possible. Un territoire ne saurait être un agrégat d’individualités séparées par leurs différences, sans moteur interne pour constituer une communauté, avec seul lien les impulsions données d’en haut, comprenez la municipalité & co. C’est la notion du ‘Vivre ensemble’ mise en avant par le développement durable. Dans certaines villes, les gens sont ouverts, accueillants et sympathiques. Dans d’autres moins. On sait par exemple que les Français globalement au cours des dernières années ont fait des progrès en matière d'accueil des touristes étrangers. Etre aimable est tout à fait indiqué quand on veut vendre quelque chose à quelqu'un. Au-delà de cette dimension d'argent, c’est même indispensable à tout moment et dans toutes les circonstances de la vie quotidienne, dans les rapports de travail et les relations avec les administrations.    

 

La question se pose alors de savoir comment montrer en réalité la force de cette cohérence sociétale et de ce lien de chacun avec d’autres ou les autres. Comment rendre visible cette dimension fondamentale du bien vivre ensemble ?  

Le lien végétal

Une piste est le lien végétal que l’on peut décliner sur de nombreux modes actifs. Angers par exemple,  pôle végétal avec Végépolys, accueille de nombreux pépiniéristes en proximité. Située au cœur de ce qu’on appelle le Jardin de la France, la ville appartient à la Loire classée UNESCO. De nombreux parcs publics renforcent son image de ville fleurie (4 étoiles) ainsi qu'une île classée.

 

L’importance accordée par la municipalité à la présence végétale ne saurait pourtant suffire à dynamiser et pérenniser cet ancrage végétal, comme une des lignes de chaîne de son attractivité identitaire. Il manque en effet un  élément essentiel, c’est la cohérence entre ce que décident les représentants de la ville et ce que font les habitants. L’image végétale d’un territoire ne peut être un moteur d’identification et partant d’image que si les habitants s’approprient et revendiquent individuellement ce lien végétal en tissant leurs propres fils de trame végétaux pour former un véritable tissu végétal. On ne gouverne pas le végétal par décret, pour plagier un titre célèbre de Crozier. 

 

Les différentes façons de montrer le lien végétal

Il ne s’agit donc plus de communiquer en décidant du sommet mais d’échanger en agissant individuellement à l’intention des autres que soi, marcheurs ou cyclistes, les automobilistes ayant d’autres soucis que la beauté végétale des trottoirs. La relation est cette fois-ci individuelle, entre jardiniers et amoureux du végétal mais pas seulement. On peut ne pas l’être et apprécier cependant une belle plante, une fleur, un ensemble végétal et être sensible à l’humour ou la poésie qui s’en dégage et au don qui est fait à ceux qui voient. C’est une question de sensibilité.  

Quelques exemples qui valent mieux qu’un long discours

Exemples 1 

-        un balcon fleuri dans une rue piétonne, une jardinière accrochée à une rambarde, un pot de fleurs ou une plante sur un rebord de fenêtre,

-        un jardin que l’on voit de la rue ou à travers la clôture, un arbre de belles dimensions dépassant un mur,

-        un lierre ou un pied de kiwis qui retombe en grappe sur le mur visible de la rue

 

Exemples 2

-        trois graminées plantées près de la porte d’entrée,

-        une graine de rose trémière mise en terre et qui vous fait la grâce de fleurir,

-        un rosier accroché au mur extérieur de la maison en bordure intérieure du trottoir,

-        un lierre taillé en buisson, des topiaires taillés en ovale,

-        une glycine plantée dans le trottoir au pied de l’immeuble et qui atteint le 5è étage de l’immeuble voisin,

-        un petit bouleau qui s’est planté seul et seul survivant d’une plate-bande jamais arrosée,

 

Exemples 3

-        une plate-bande aux allures de prairie fleurie en entrée d’une petite rue,

-        une plate-bande d’herbes et de plantes sur un faux-trottoir,

-        un cache-misère au pied d’un poteau électrique ou autour d’un boîtier EDF

-        un ou plusieurs bacs avec des plantes retombantes sur des compteurs électriques,  

-        un faux-bac végétalisé posé sur le bitume pour orner un coin ingrat près d’un poteau,

-        quelques pots de plantes vertes posés sur le trottoir en face d’un voisin ayant fait une véritable scénographie sur ‘son’ morceau de trottoir,

 

Exemples 4

-        un carré fleuri autour d’un arbre planté sur le trottoir, chaque maison ou une personne de l’immeuble proche ayant ‘adopté’ l’arbre devant chez elle,   

 

Exemples 5

-        un véritable décor de théâtre au fond d’une impasse, un point de repos avec un canapé posé sur le trottoir, deux petits chaises pliantes disposées autour d’une table en décor, un billot de bois en guise de siège avec un vélo à côté.  

 

La diversité des situations

. Les premiers exemples sont très classiques puisque la personne plante chez elle ; les promeneurs peuvent admirer quand il n’y a pas la volonté de fermer même à la vue.

. Les seconds se passent sur la voie publique près de l’entrée de la maison, à l’abord entre le mur de la maison ou du jardin, comme un souhait de bonjour et d’ouverture.

. Les exemples trois sont déconnectés de l’entrée de la maison ; toujours sur la voie publique, ils ont pour ceux qui s’en occupent l’objectif d’embellir un coin disgracié ou ‘vide’. 

. L’exemple 4 est très répandu en ville quand les arbres gardent leur terre au pied, sans grillage ni cache. Il suffit de se baisser pour planter et protéger le carré par quelques piquets au coin pour indiquer que c’est un jardin. 

. Quant aux exemples 5, ils nécessitent un ensemble de conditions pour pouvoir être maintenues avec toujours un risque évident, sauf dans les petites villes touristiques.   

Un impératif : aller dehors

A l’exception des exemples de la première catégorie, tous les autres cas nécessitent d’aller dehors sur la voie publique pour planter et entretenir le mini-jardin de rue. Ces moments sont l’occasion de s’entretenir avec les passants, qui ne demandent que ça, sur le temps qu’il fait, les soins à donner pour les plantations, la variété des plantes... C’est aussi l’occasion de donner des plantes à ceux qui le demandent et d’en recevoir. C’est une jolie façon de faire confiance aux autres pour qu’ils prennent aussi soin du jardin quand c’est nécessaire. Le tissage des liens grâce à ce jardinage inventif, sans façon et très peu coûteux est un bon garant d’une vraie qualité de relation humaine. C’est aussi une façon douce de se ré-approprier la rue de son quartier et de s’y sentir bien. Pour moi, le jardinage est composé pour 1/3 de papotage au moins et de 2/3 de travaux divers et variés dans et sur le jardin où qu’il se trouve. 

 

Pour suivre le chemin

Voir sur cette thématique et sur ce blog,

. Devinette : savez-vous ce qu’est un mini-jardin de rue (1) sur  http://www.elisabethpoulain.com/article-13328954.html 

. Vite, vite des nouvelles des mini-jardins (2) sur

http://www.elisabethpoulain.com/article-17786677.html

. Le concept du mini-jardin de rue > Ville durable > Angers

http://www.elisabethpoulain.com/article-33153476.html

 

Et aussi

. Ville = identité et image + publicité et communication

http://www.elisabethpoulain.com/article-ville-identite-et-image-publicite-et-communication-38645534.html

 

. Photos EP à Angers pour le château, l'horloge dans la Doutre, des valérianes en MJR, et à Ixelles-Bruxelles, avec des arbres en cour intérieure des maisons implantées en bordure de trottoir et le rebord d'un café.    

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