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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Concevoir la ville autrement par Alexandre Chemetoff

17 Mars 2010, 18:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

Alexandre Chemetoff  parle de la ville autrement placée en sous-titre du Plan Guide ou la ville autrement. Le titre que j’ai choisi est évidemment réducteur par rapport à sa Alexandre Chemetoff, la Maison de l'avocatpensée ; il a toutefois le mérite de montrer comment la vision d’un chercheur humaniste à large champ de compétences redonne du sens à ce qui fait de nous des citoyens, ceux qui appartiennent à la cité.

 
L’imbrication des compétences

C’est à la maison de l’Architecture, des Territoires et du Paysage d’Angers (49) que j’ai eu le plaisir d’écouter ce penseur proche du terrain développer sa pensée. Pour mieux comprendre l’originalité de sa démarche, il est nécessaire de rappeler quelques éléments de son parcours. Il est paysagiste de formation, c’est dire qu’il a par choix premier décider de rechercher ce qui fait l’essence d’un paysage en tant que résultante d’un ensemble formidable de décisions innombrables volontaires tout autant qu’invisibles prises par une multitude d’acteurs. Sa capacité à voir et à analyser le global l’a porté très vite à travailler sur la place, le rôle et la forme de la ville, pièce maîtresse d’un  paysage  cette fois-ci urbain. Il réalise alors plusieurs grandes opérations en tant qu’urbaniste. Qui dit ville pense aussi habitat, Alexandre Chemetoff  est alors devenu architecte. Cette poly-compétence imbriquée entre le végétal, la rue, l’immeuble, est une conséquence de sa volonté de placer l’humain au cœur du projet urbain.

 
L’affinement du projet en phase active  

Pour comprendre cette vision nouvelle de repenser la ville, ce praticien chercheur revendique la capacité d’apprendre par l’action. Au départ d’un projet, il y a une idée maîtresse parfois dissimulée, parfois clairement si évidente qu’elle en devient  invisible. A lui et à son équipe hyper-réactive d’élaborer ce qu’il appelle un plan-guide. Plan car en tant qu’architecte-urbaniste, il ne saurait s’en passer comme  une des représentations papier en deux dimensions. Guide car ce plan va se modifier au fil du développement du projet du fait que chaque étape de réalisation modifie le projet et soulève de nouvelles problématiques quant à sa pertinence. Au fil du temps de réalisation, sa pensée, enrichie par l’équipe, produit de nouveaux éléments de réflexion et d’action. Le plan-guide montre la dimension  inter-active d’une opération lourde en terme d’enjeux, d’investissements et de durée. L’opération Ile de Nantes menée en grande proximité avec la municipalité montre bien l’action du temps sur un territoire impacté par un grand projet.


Le temps, le territoire et le projet

La prise en compte de ces trois éléments démontre clairement la nécessité de réadapter continuellement le projet pour tenir compte du changement. « On se doit de ré-interroger en 2006 un projet présenté en 2000. Les méthodes de travail s’appuient sur des certitudes qui sont remises en question par un autre regard et Alexandre Chemetoff, la Maison de l'avocatle regard change forcément puisque les choses ont changé. Ce qui était possible hier peut être impossible aujourd’hui…Le plan-guide est mis actuellement à toutes les sauces. Il a pour objectif de créer une relation concrète en rapprochant le projet de la perception ». Cette volonté d’adaptabilité et de déclinabilité du projet est au coeur  du projet urbain qui se situe toujours entre un état des lieux qui change et ce à quoi on aspire. La maison de l'Avocat (ci-contre) est un bon exemple de la ré-utilisation d'un bâtiment industriel existant.  


Le changement

Une des conséquences de cette nécessaire souplesse d’une grande opération, comme l’Ile de Nantes, est la volonté d’associer le public et d’en favoriser l’accessibilité. En 10 ans, la connaissance de l’état des lieux s’est considérablement affinée. "La volonté d’associer les habitants et ceux qui étaient intéressés a permis d’aller au-delà ce nous pensions pouvoir aller. Grâce à ces échanges, on a pu recréer une réalité plus riche que ce qui était prévu au départ. Il s’agit d’un enjeu démocratique que de réfléchir ensemble aux énormes potentialités de la ville du changement. C’est vrai le changement inquiète car  on sait qu’on va perdre quelque chose à laquelle on est attaché : travailler sur le changement conduit à l’accepter ». 

 
L’identité profonde de la ville

Sur le site des anciens chantiers navals, il a fallu retrouver ce qui faisait sens. A son arrivée la majeure partie du site placée à la pointe ouest de l’Ile était recouverte d’une pelouse qui était en fait un cache-misère. « Après avoir gratté la pelouse, nous avons pu retrouver le béton porteur de mémoire et qui avait un sens... Le travail ultérieur a consisté à intégrer ces traces dans le jardin très minéral et sans arrosage que nous avons conçu. Il n’était pas question de poser par-dessus un jardin classique, cela n’aurait pas eu de sens. Nous en avons fait un jardin de promenade, où l’on peut admirer les cales de lancement, où on a ensuite récupéré sur place des pavés  qui ont été placés sur un lit de sable, comme ce qui se faisait avant. Nous avons été aux Pays-Bas, avec Jean-Marc Ayrault pour voir ça et nous avons pris du sable de Loire, bien sûr … ». 


La co-existence des différentes parties d’une ville

C’est une des réponses à la nécessité de changement de la ville. Une des façons d’arriver à ce résultat est de partir de l’existant, en récupérant par exemple les armatures anciennes sans toucher au nivellement de la place, pour tirer avantage de ce qui a été fait. C’est ce que Alexandre Chemetoff a fait à Nantes avec les Halles Alstom,  pour la Place de la République à Paris où il a « dépensé moins d’argent que prévu au budget pour en faire plus ». Le même principe a été choisi à Grenoble pour « modifier totalement un échangeur fait pour accueillir les JO pour adapter la ville à l’automobile. C’était l’époque des 30 Glorieuses. C’est devenu maintenant un parc paysager. Il a fallu explique l’architecte-urbaniste très peu de choses pour transformer complètement cet endroit qui était entièrement dédié à la voiture.


La rémunération de l’architecte

Alexandre Chemetoff, la Ville autrement:Bien sûr, ajoute-t-il le fait de rémunérer l’architecte au % de dépenses est complètement pervers. C’est celui qui va être le plus dans le sens du développement durable qui va être pénalisé. Il faudrait pouvoir payer en fonction de la matière grise injectée dans le projet. A Nantes, comme à Grenoble, il y a eu 0 Euro de dépassement. C’est une question à débattre avec le service Communication d’une ville que l’argent qu’il était prêt à verser en plus soit converti en animation jeux pour les enfants. On a fait venir les enfants dans le parc pour tester les lieux et les types de jeux pendant tout un été. C’est que nous avons fait à Grenoble. Le regard en a été complètement modifié : avec les enfants, on est tout de suite plongé dans la réalité. Tout le monde disait que c’était impossible de transformer un échangeur en parc, l’échangeur était inscrit dans la mémoire des gens…

 
La réponse à une question de la salle comble pour finir

Quel est le conseil que vous pourriez donner aux habitants en matière de PLU ? Sa réponse a été la suivante : « A Nantes, on a construit 450 000m2 sans attendre le PLU. L’avantage est que les gens voient comment cela se passe. Ils peuvent se l’approprier. Si j’avais un conseil à donner en matière de PLU c’est celui-là : voyez comment cela se passe sur le terrain, soyez associé aux projets ».  

 
Pour suivre le chemin

Alexandre Chemetoff a présenté aussi beaucoup de photos pour montrer comment la réalité du terrain enrichit et vitalise le projet. Cette réflexion à haute voix d’un homme en marche a été un grand moment pour ceux qui, comme moi, ont pu assister à cette conférence. La dimension de partage et d’échanges est toujours présente chez Alexandre Chemetoff. On l’a vu avec cette histoire des enfants qui sont devenus des acteurs majeurs du projet de Grenoble. L’acceptation du changement s’est fait avec enthousiasme par les enfants. On l’a vu cette fois aussi à Nantes en photos où l’architecte a imposé la création de grandes séances de travail avec plusieurs centaines de citoyens qui réfléchissaient autour de grandes tables carrées (9 personnes) sur un thème. Chaque tablée s’est emparée des sujets avec une passion et une rigueur impressionnantes.

 

Mais je ne peux plus vous citer les mots exacts : mes deux crayons avaient lâché prises.      

  

. http://www.iledenantes.com/docs/pdf/plan_sitedeschantiers.jpg

. Voir le document réalisé lors d’un colloque sur les friches et le projet de  l’Ile de Nantes

www.nantesmetropole.fr/.../com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?...  

 

. Photos EP pendant la conférence du 18.02.2010 à la MATP d’Angers.       

.

 

 

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