En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Communication & Marketing

Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 18:00

La problématique. Que faire dans le cadre d’une publicité institutionnelle  pour valoriser la banane antillaise? Rappeler que la banane  est le fruit du bananier, que le bananier et un arbre qui produit des fruits, les régimes de banane, et que cet arbre pousse  dans « nos régions ». Une fois que la problématique est posée, reste à trouver l’idée qui permettra de lier le tout pour faire quelque chose de nouveau avec un fruit bien connu des Français qui ont des enfants en particulier.

Le tricotage. Il consiste à jouer avec l’identité régionale en partant du "bon goût" du produit régional qu’est la banane, en y associant les principaux mots à valeur positive liés  de façon à les imbriquer les uns dans les autres, pour arriver à connecter intimement fierté et saveur.

Banane Guadeloupe-Martinique, Paysage Bordelais

Les mots des visuels. Ils sont ceux du texte posé en bandeau sur le bas de la photo du paysage. Il éclaire la scène et précise le sens de ce qu’on voit. (Les tirets indiquent le changement de ligne). A quatre jours d’intervalles, deux visuels sont parus dans la presse. Pour ma part, je les ai découverts dans le Monde (07.11 et 11.11.2011). Voici les deux textes qui commencent et se terminent par ces phrases écrites en rouge, le visuel entier étant entouré de rouge pour attirer l’attention.  

N° 1 Saveur et savoir-faire font la qualité d’un bon produit du terroir. Cultivé par 750 planteurs sur des terres volcaniques bénéficiant d’un ensoleillement exceptionnel et bercée par les alizés, la Banane du Guadeloupe et Martinique est le fruit d’une production exemplaire/ qui préserve l’environnement, respecte mes Hommes et pérennise l’économie locale./ La banane préférée des français est le fruit de l’agriculture durable. 

N° 2 La banane préférée des français* est le fruit de l’agriculture durable./A ceux qui disent qu’une banane, c’est une banane, les 750 producteurs de/ Guadeloupe et  Martinique répondent que choisir leur banane, c’est choisir/ une saveur liée à un terroir unique et préférer une agriculture qui préserve/ l’environnement, respecte les Hommes et pérennise l’économie locale./ Un vrai savoir-faire de nos régions dont nous pouvons être fiers.

Pour  pouvoir fonder  cette affirmation*, l’agence de communication, UCPBan RCS Fort de France-CA Communication a fait un sondage auprès de 1003 personnes de 15 ans et plus, représentant la population française.

Banane Guadeloupe-Martinique, Paysage Normandie

Les visuels. Ils ont une grande importance dans cette campagne. En effet la grande idée des concepteurs de cette publicité est de choisir des paysages  de la France continentale, européenne par définition, pour illustrer ce fruit emblématique des Antilles. C’est la raison pour laquelle le premier visuel reprend un paysage du vignoble du Bordelais avec un château cossu dans le fond et le second visuel utilise une scène paisible de prairie de la Normandie, avec deux paisibles vaches en premier plan. Le lien entre le raisin du vignoble, le lait de la vache, c’est le bananier portant un gros régime de bananes qui le crée.

Le paysage en question. On ne plus à l’heure actuelle ignorer que le paysage occupe une grande place dans  le patrimoine intemporel à protéger quand il ne l’est pas déjà ni qu’il fait partie du capital identitaire et touristique de chaque territoire. On peut se poser la question de savoir si la Guadeloupe et la Martinique ne méritent pas de mettre en valeur leurs propres paysages. Il en est de si beaux.

Le rêve, la fierté et l’achat. Manger une banane qui viendrait de Normandie ou du Bordelais ne fait pas rêver. Quant à la fierté, un terme très à la mode actuellement avec le marketing territorial sous le concept de « fierté d’appartenance », elle semble peu adaptée à la  situation, en particulier auprès du lectorat du Monde. Elle ne semble pas non plus susceptible de déclencher un acte d’achat. Dans la presse professionnelle, plus que la fierté, ce serait le ratio qualité/prix qui compterait. La vraie question qui se pose alors porte sur le positionnement "luxe" de ce fruit sur les crénaux les plus chers du monde agricole où le prix du foncier est parmi le plus élevé de France. Est-ce vraiment utile?  N'y a-t-il à notre époque d'autres possibilités?

Pour suivre le chemin de la banane.

Voir le site de la campagne sur http://www.bananeguadeloupemartinique.com/ 

. En savoir plus sur la banane http://agriculture.gouv.fr/La-banane-une-production-qui-s

. Photos EP

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Communication & Marketing
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Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 15:42

Traduction du titre

Il s’agit dans ce billet de comparer deux publicités de caravane, en jouant sur leurs points communs, leurs différences aussi bien en tant que objet-caravane que de la façon dont les fabricants ont voulu communiquer en ces années 60. Vs est la contraction de versus, le raccourci anglais quand on veut opposer des  situations. Ca tombe bien, les deux entreprises, qui sont anglaises, sont concurrentes. Elles font beaucoup de publicité sur le marché anglais d’abord et sur le marché français, sans modification d’ailleurs.

. La première a pour objectif de mettre en lumière une Bluebird – une marque  dynamique qui a une gamme large - qui a été baptisée « Penthouse » par son constructeur pour bien montrer son positionnement « luxe », un penthouse étant l’appartement de terrasse, de grandes dimensions, avec une vue imprenable, dans un gratte-ciel aux Etats-Unis.

. La seconde valorise la Pemberton Panorama Range avec un positionnement identique – le grand espace, la vue imprenable sur le panorama - et un élément nouveau avec « range » qui indique que cette caravane s’insère dans une gamme étoffée, profonde en terme de marketing, celle qui a plusieurs modèles différents dans une même catégorie.

The New Bluebird, Penthouse 

Blog rose 2011.10.23 025

 

Cette Penthouse comporte aussi des innovations, ainsi par exemple son avant à effet de volume saillant qui donne du mouvement et son jeu chromatique bleu ciel et blanc qui confère un effet de gaîté et de légèreté à l’ensemble un peu lourd des caravanes de ce type. Le fond vert prairie de la photo donne de la vérité à l’ensemble, même si la teinte est peu engageante.

D’autres modèles de Bluebird existent, que nous verrons ultérieurement. C’est une version la plus luxueuse de cette marque. Les preuves sont plurielles. Outre le nom de cette série qui se veut américaine, le modèle est ‘mode’ et s’inscrit dans l’univers des voyages et des vacances. On aperçoit en arrière-fond la mer au pied des monBlog rose 2011.10.23 025tagnes. La caravane fait face à la mer, les béquilles sont en place. La porte pourtant est fermée ; rien n’est posé au sol comme si les vacanciers venaient d’arriver. Le décor pourtant a été choisi avec soin. Il y a quelque chose d’étrange pourtant. Cette impression vient probablement de la volonté des concepteurs du visuel de montrer une façon nouvelle de communiquer.

L’espace est découpée en trois rectangles : en haut dans une cartouche, se situent la marque et le nom du modèle, en bas à gauche la caravane posée dans la prairie au bord de la mer dans une ‘vraie’ photo. En partie droite se trouve un rectangle en hauteur qui illustre le nom du modèle. On y voit en bas les fameux gratte-ciels et au- dessus  une superbe jeune femme  en maillot de bain avec des manches en forme d’aile fleurie. Elle murmure ce slogan « Take wing with Bluebird » à traduire par « Prenez votre envol avec Bluebird ».  En réalité c’est le second slogan. Sous la marque en haut à gauche figure une locution « Right on Top » qui cumule deux idées : vous êtes bien là, avec une dimension de réussite, et vous êtes en plus en haut, ce qui renforce la réalité de la réussite au-dessus des autres. 

Voilà un visuel intéressant et riche de sens qui s’inscrit dans ce qui va constituer le mythe de la caravane : être libre comme l’oiseau pour aller au plus près du plus beau, en bénéficiant du luxe et de la vue réservée en exclusivité à quelques heureux. Ce sont ceux qui vivent dans ces penthouses exclusifs comme cette très belle jeune femme censée représentée l’oiseau qui vous y invite.

The Pemberton Panorama Range

Blog rose 2011.10.23 053 

Pour la première fois, voici une caravane qui ne prononce pas son nom. C’est un des produits de la gamme (range) de Pemberton avec une dimension panoramique. Cette  caravane  paraît effectivement très grande. Elle occupe près des ¾ de la largeur du visuel. Cette présentation montre la volonté du constructeur d’en faire un élément phare de sa production.

Plusieurs éléments sont à noter : le design accentue l’arrondi des formes que nous avons rencontrées au fil de la ronde pour adoucir la perception des coins de la caravane rectangulaire que nous avons déjà vue avec la « Isnt’she a beauty ». L’arrondi profile l’avant et l’arrière de cette Range, sans que la paroi suive d’ailleurs. Elle reste droite en retrait des formes saillantes rondes. Ce qui pourrait être perçu comme une anomalie a été utilisé par les concepteurs pour installer une bow-window à trois faces et un fenestron supérieur qui s’ouvre. Le même procédé a été choisi  pour la bow-window du côté visible du dessin.

Blog rose 2011.10.23 053Pour accentuer la ressemblance avec une maison, une autre innovation porte sur  l’emploi d’un revêtement en forme  de lattes de bois disposées verticalement pour les parois latérales.

On est loin de l’aspect de tôle ondulée de la ’ « Isn’t a beauty ?» que nous avons découverte en premier. Il y a surtout une véritable révolution : pour la première fois la caravane est habitée. Mieux encore, ses occupants sont dehors occupés à jouer avec leurs enfants. Par contre la caravane reste toujours fermée.

Cette Panorama Range est bleue sans bandes d’autres couleurs pour accentuer sa forme et sa force. Seul le toit est blanc. Tous les autres éléments de cette composition dessinée ont pour objectif de servir d’écrin à cette prestigieuse caravane, pardon, Range. L’emploi très mesuré de la couleur orange montre une grande finesse de la part du concepteur de ce visuel : Panorama figure en grand et en orange ; au-dessus, le short et les chaussettes de la petite fille le sont aussi, ainsi que le pantalon du Papa et les cheveux du petit garçon. La maman agenouillée dans l’herbe porte un chemisier bleu, du même bleu que la caravane. Par ces deux indications de couleurs pour le père et la mère, les rôles sont identifiés : papa conduit les activités de la famille et de la caravane et maman s’occupe de tout ce qui ressort de l’intérieur. Il y a déjà un brin d'humour, c'est la petite fille qui lance la boule. L’arbre en noir et blanc ainsi que l’herbe servent d’écrin naturel dans ce visuel. Au final, le visuel est très réussi.

Pour suivre le chemin: voir les photos dans l'album "Petites maisons" + les autres billets parus sur le sujet dans ce blog

Style de Pub Caravanes > L'Aster et la Lucas       

Style de pub Caravane > La Star et la Miami      Style de Pub > La Blue Bird Caravan     

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Communication & Marketing
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Dimanche 13 novembre 2011 7 13 /11 /Nov /2011 18:18

Plus petite que la Isn’t she a beauty, la caravane précédente semble-t-il puisqu’on ne voit que la partie avant, cette Bluebirda également conservé un l’aspect très vieillot mais sans volonté de la firme d’en faire un bel objet. La tôle ondulée, conservée pour le bas de la caisse, lui confère une silhouette encore un peu brute, même si l’arrondi des parois latérales vers l’avant adoucit la ligne. Cette Bluebird (merle bleu, un oiseau américain) ) n’a rien de bleu. La caravane porte  les couleurs de l’été, jaune vers le haut et verte vers le bas pour mieux se détacher sur le sol jaune clair ainsi que la partie supérieure de la caravane. C’est la partie avant qui est privilégiée, comme il en va dans les publicités centrées sur la capacité de la caravane à être mobile.  

Blog rose 2011.10.23 027

La mise en valeur visuelle se fait cette fois, non pas par l’arrière grâce au fond ovale orange, comme dans la Isn’t a beauty?, mais par la couleur, comme si on découvrait la caravane d’une fenêtre rectangulaire d’une autre caravane. En haut du montage photographique, un store avec des festons arrondis oranges et noires donne un air de fête à la vue sur la caravane. En bas un bandeau orange rappelle les mentions importantes comme la marque ‘Bluebird Caravans Limited’ qui offre le choix le plus large au monde, ainsi que l’adresse.  Au fond à gauche de la caravane, des arbres en noir et blanc placés en photomontage encore un peu maladroit ajoutent une profondeur, sans mise en valeur particulière. Ces arbres sont importants néanmoins parce qu’ils établissent par leur seule présence le lien avec la nature, mais sans aller jusqu’à verdir les arbres. Pour le vert, la partie inférieure de la caisse suffit.   

Malgré sa naïveté un peu maladroite, cette publicité de cette première  Bluebird est pourtant déjà centrée sur un certain art de vivre en couleur au soleil de l’été. C’est le feston du store qui est l’élément dynamique de l’ensemble, auquel répond le bandeau orange du bas avec la marque. Le visuel  offre un élément très intéressant sur la relation entre le dedans-dehors. On voit la caravane en se sentant déjà présent dans la caravane. On retrouvera d’autres modèles de la marque qui montreront une belle capacité du constructeur de monter en gamme en offrant des modèles plus recherchés.  Caravane, Isn't she a beauty?

 

Pour suivre le chemin

.    Cette publicité et les prochaines à venir sont tirées de « L’Objet Caravane, Mémoire graphique des années 1960 », un carnet de notes, sur une sélection de France Poulain, édité par la Direction départementale de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise, 2009.

. Voir l’introduction de la série sur la caravane "Ma Coquille" sur ce blog, ainsi que le billet n°1 « Isn’t she a beauty"

Styles de pub > Caravane anglaise > Isn't she a beauty?     

Pub caravanes & Co > Un style de vacances > Ma Coquille 01/38

 

 

 

. Retrouver toutes les caravanes dans l'album-photos "Petites Maisons" sur ce blog.    

. Photos FP  

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Communication & Marketing
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 17:56

La problématique de la frontière

Au moment où la perception de l’unicité du monde devient une évidence dans ses trois, dimensions - positives, négatives et autres - la question de la frontière redevient omniprésente, comme elle l’était de la fin du XIXè siècle à celle de la première moitié du XXè siècle en Europe. De politique, ce qu’elle a toujours été, la frontière apparaît maintenant à chaque instant pour chacun d’entre nous, sous d’autres formes. Le concept se décline au pluriel tant ses variations sont nombreuses dans tous nos états de vie sur tous les espaces, à commencer par notre espace mental. 

Keith Haring, Signes graphiques Mons BELe dedans-dehors,  le mouvement perpétuel et nous des deux côtés

La frontière dont il s’agit aujourd’hui est celle qui nous isole de l’extérieur en nous protégeant des influences externes, en particulier de celles de la publicité et des autres variations de la communication. Comme toujours avec les frontières, on est dedans ou dehors. Juste au-dessus, c’est toujours difficile et pourtant c’est ce qu’on n’arrête pas de faire, passer d’un côté à l’autre, sans plus beaucoup se poser de questions sur le sens où on le passe ou sa signification . On est toujours de quelque part, on est toujours quelqu’un mais on n’arrête pas de bouger, de recevoir et d’émettre physiquement et mentalement.  

 

Cette vraie frontière est à la fois notre première protection - l’apprentissage du petit enfant commence par cela – et une vraie passoire qui nous tient en relation avec les autres et dont nous avons absolument besoin. Il s’agit de connaître le type et la dimension des trous de la passoire par lesquels le message publicitaire passe, sachant que nous sommes aussi ceux qui sont de l’autre côté, entrepreneurs et créateurs publicitaires, les émetteurs des messages. 

L’influence de la publicité

Des publicités de plus en plus nombreuses montrent en dessin ou image la rencontre entre une personne et/ou un produit, une image, une idée en jouant sur l’imprégnation mentale attribuée à la publicité. C’est de la pub qui montre les effets de la pub pour mieux vendre sa pub, en mettant en lumière les effets du pouvoir mental attribué à la publicité, à l’instar de ce que pourraient faire les ennemis déclarés et vengeurs de la publicité.  Ce 3è degré marche fort bien et cet aspect là n’est pas le moins étonnant. 

Les trois liens publicitaires

Notre époque est clairement en recherche d’un nouveau type de relation publicitaire affective entre la personne appartenant à la cible et le créateur publicitaire sur lequel est adossé le message. D’une part, nous sommes saturés de publicités. Nos boîtes à lettres débordent. Nous nous  plaignons de ce envahissement de prospectus qui saturent nos conteneurs papier si rapidement que nous avons du mal parfois à attendre le prochain enlèvement bi-mensuel. C’est de la pub axée sur « acheter plus pour pas cher. »  

 

D’autre part nous en réclamons de plus en plus pour « être plus Keith Haring, l'Homme alligator, expo 2009 Mons BEpleinement nous-mêmes », comme si le « Je » devait obligatoirement passer par l’autorisation d’un autre qui s’en attribue le pouvoir en faisant de la publicité pour vendre quelle que chose de « qualitatif très cher à ceux qui font partie de la cible » qu’il a lui-même définie, les « Je » élitistes. Et le plus étonnant est que ce lien de dépendance est revendiqué par ceux-là même qui en sont ou en font l’objet. Ils font ainsi partie d’une communauté créée à l’instigation d’un quidam « Je crée une communauté de marque, pour que vous puissiez dire « Je » comme moi ».  C’est fou. 

 

Actuellement apparaît une nouvelle étape où l’on voit des annonceurs  demander à leurs agences de montrer visuellement comment fonctionne un cerveau  du XXIè siècle par différence à un cerveau d’avant l’ère du numérique. Ces entreprises veulent prouver qu’elles sont est en phase avec la société mondialisée. Etre dans le coup, c’est toujours le rêve américain planétaire qui continue à fonctionner à plein partout dans le monde devenu informatisé, grâce à des précurseurs qui en ont changé la face.   

Un grand artiste pour ouvrir la voie, Keith Haring

Comme toujours ou presque c’est un artiste très en prise sur son temps et qui refusait le cadre très formaliste de l’art, qui a montré avec la force de l’évidence que le passage au XXIè siècle s’est fait bien avant, dans les années 80. Ses peintures et dessins ont toujours placé l’homme au centre d’un univers dont il n’était qu’une composante au même titre qu’un loup, un alligator, un hybride homme-alligator ou un signe au milieu des autres.  Il n’y a plus ni de dedans ni de dehors. L’homme est mouvement, seul, avec les autres. Il est tout à la fois, homme, loup et signe comme la vie. 

Microsoft, Cloud Power, Le Monde 2011Deux exemples de publicités d’annonceurs

. Cloud Power, La puissance du Cloud, avec l’homme

Pour reproduire cette recette de Microsoft qui a conçu elle-même le visuel, vous mettez un jeune quadra de type caucasien comme on dit aux Etats-Unis, belle tête, beau front, cheveux bruns, souriant. C’est homme là a du être sélectionné parmi des milliers de photos. Il a le ‘code dress’ américain, une chemise bleu ciel et une cravate bleu moyen irisé. Par-dessus son visage très souriant, est appliqué un message qui laisse apparaître ses yeux, sa bouche, écrit en lettres d’imprimerie en blanc :  

 

Je suis celui par qui tout devient possible.

Paris Tokyo, NYC, Je peux déployer mes applis en 15 mn.

Je rends mes données syncro partout, en temps réel.

Je dispose quand je veux d’une infrastructure it sans limites.

Quand la demande atteint un pic, je suis déjà au sommet.

                                                  C’est la puissance du Cloud. 

Cloud Power, La puissance du Cloud, avec la femme Microsoft, Cloud Power, Le Monde 2011

Cette fois-ci vous choisissez une quadra de type caucasien, des cheveux châtains courts un peu ondulés ; elle porte un chemisier sous sa veste de tailleur bleu-gris. Elle sourit très peu et ses lèvres sont légèrement rosées à la couleur de son chemisier. Voilà le texte qui s’inscrit sur son visage mais sans cacher ses yeux et ses lèvres :  

 

J’ajuste mes ressources à mes besoins, en temps réel.

Je n’oppose plus grandes idées et petits budgets.

J’offre de nouveaux services à ma collectivité.

J’économise l’énergie et l’espace.

Je suis prête pour tout, même pour l’imprévisibilité.

J’ai révolutionné l’efficacité de nos agents,

Pas leurs habitudes.

C‘est la puissance du Cloud.  

 

La puissance du Cloud Power fait qu’effectivement, avec ce logiciel, les mots qui sortent de leurs lèvres, leurs yeux prouvent que ce ne sont plus eux qui s’expriment. Leur nouveau « Je » est maintenant signé directement Microsoft. Ils ont une grille devant eux, qui les isole du dehors. C’est impressionnant. Un regret au niveau du visuel, les lignes auraient du former un double visage par dessus le vrai. C'est ce que j'ai maladroitement essayer de faire en centrant le texte publicitaire.    

La campagne d’Aviva « L’assurance a votre image »

Aviva, Gaël, la Rochelle, France, 2011, Le MondeIl s’agit pour cette grande compagnie d’assurance, 6ème assureur mondial, de décliner sa proximité avec ses clients. Cette campagne est mondiale pour rester en cohérence avec son champ d'action. Pour le prouver, elle photographie ses clients pu ses agents en pleine page du Monde en noir et blanc sur fond jaune, en utilisant une technique qui ressemble à du calligramme simplifié. Le concept est de rajouter les mots prononcés au cours d’un dialogue entre un des 53 millions de clients qui pose sur la photo en citant son nom et l’agent d’Aviva qui recueille sa déposition. Les mots forment une grille légère qui ressort en blanc sur fond gris sur le visage et le cou. Ressortent en plus gros caractères et en blanc plus fort les paroles des agents d’Aviva qui prouvent leurs qualités humaines  en plus de leurs capacités techniques, que les assurés reprennent à leur compte. 

 

. Gaël Roux parle en premier. Il est agent d’assurances  et représente le groupe à la Rochelle en France. Il téléphone au siège pour relater la façon dont la compagnie a vivement et bien réagi lors de la tempête de Xynthia en 2011 sur la Côte vendéenne   : « A leurs yeux, nous étions des assureurs mais aussi et surtout des êtres humains. » dit-ils en parlant de ses clients; assurés à la compagnie.

 Aviva, Dorothy, Ontario, Canada 2011, Le Monde

. Dorothy Fraser Harper, Ontario, Canada  témoigne à son tour. Récente divorcée, son domicile venait d’être cambriolé. Elle craignait de ne pas trouver de compréhension de la part de l'assureur lors de sa déclaration de vol  et des premières mesures à prendre pour assurer sa sécurité : « Au téléphone, Sherri s’est tout de suite sentie concernée par mon histoire. »

 

Avec cette campagne mondiale, la compagnie annexe le visage et les mots prononcés par des milliers de personnes avec leur plein accord pour montrer sa dimension humaine au plan mondial. Ce tam-tam publicitaire mondial est désormais possible avec les réseaux sociaux et les blogs. Pour inciter les gens à envoyer leur photo et à témoigner, deux actions sont mises en œuvre en parallèle. L’assureur affiche la photo en très grande taille sur un bâtiment public – la BNF à Paris – et verse 2 E par photo sélectionnée à « Save the Children » de façon à aider « 500 000 enfants dans le monde ».  

 

Avec Aviva, les volontaires n'ont pas seulement donné leur image et leurs mots à une marque qui vend des assurances. Ils ont recherché ce marquage dehors-dedans qui restera indélébile sur la peau de leur visage, avec leurs mots qui viennent du dedans, pas seulement à vie, mais le temps que durera la photo, sous forme numérique. Pourquoi? Pour le fun. C'est aussi grave qu'un tatouage à vie! Dans l'exemple de Microsoft, ce sont des acteurs qui ont été choisis, du moins je le suppose.

 

Deux exemples de créateurs

VoiCycle Jeans, Wad 48, 2011ci deux exemples de la façon dont se présentent ceux qui ne travaillent pas dans la publicité mais dans le vêtement. En points communs, outre le vêtement qui est en soi une apparence identitaire qui parle de soi aux autres et qu’on endosse comme une armure, ils ont une façon détournée de se montrer, tout en se cachant dedans avec humour ou en se masquant totalement pour ne plus voir le dehors.  

 

. Cycle Jeans ---) C’est le nom d’un binôme de créateurs de vêtements, Andrea Bertin et d’Elena Boaretto, qui recyclent, réinventent et refaçonnent des jeans en leur donnant un nouveau look, très art street, avec toujours une forte pincée de vitalité italienne mâtinée d’une certaine sophistication française. Ils se  voient riant sous une tonne de spaghettis, devenus eux-même spaghettis de la même façon qu’on devine le vêtement d’avant dans le nouveau qu’ils ont transformé.Ils sont spaghettis dans le tas de nouilles que la fourchette s'apprête à manger, façon de parler. Ils sont si profondément dedans qu'on va les ingérer et les faire sien dedans soi. Du dehors, ils passent naturellement au dedans en créant un nouveau dehors.   

. Simon Rasmussen ---) Ce styliste, directeur artistique, travaille aussi dans la pub et l’évènementiel. Il est un metteur en lumière touche à touche dans le domaine de la mode au Danemark. Il ne veut clairement pas qu’on le voit, lui, qui se donne comme mission de monSimon Rasmussen, Danemark, Wad 48 2011trer autrement ce qui vient de sortir. Alors il choisit de se faire un gros gloubi-boulga de fils, de câbles d’ordi, de connexions, des sangles, des pièces mécaniques à porter sur la tête devant soi comme un masque pour ne plus voir la réalité, inventer la sienne et aussi et surtout ne pas être vu. Cette fois-ci, il n'y a plus de dedans pour les autres. Simon n'est plus qu'un dehors de bric et de broc. On peut tout autant dire qu'il est à ses yeux un dedans tout plein de connectique qui se suffit à lui-même. Et dire que  mon histoire est partie d'un homme-monde, avec Keih Haring.  

 

Quant aux créateurs publicitaires à qui les agences de pub demandent de travailler pour elles, il est rare que leur nom paraisse sur leurs créations. Les mérites et la paternité de l’œuvre reviennent totalement à l’agence. C’est une des raisons qui font qu’il est très difficile de savoir comment naissent les idées dans ce domaine très volatil qu’est la communication axée sur la puissance mentale autour du changement grâce à des produits de haute technologie à très forte valeur ajoutée. 

Pour suivre le chemin

. Quelques informations sur la vie très brève (1958-1990) de Keith Haring, ce créateur d’un nouveau mode d’expression qui montre que le monde a changé, sur le site de l’ambassade des EUAN à Séoul en Corée du Sud http://seoul.usembassy.gov/p_cul_061610a.html

. Retrouver de belles œuvres peu connues de Keith Haring sur le site 

http://visitevirtuelle.visiterlyon.com/expo_keith_haring/02/02.html

. L’homme-aligator a été choisi pour orner le prospectus d’une exposition qui s’est tenue à Mons (Belgique) du 9.05 au 13.09 2009 www.bam.mons.be: « Keith Haring all-over » 

. Microsoft, Cloud Power, pubs le Monde, l’homme 01.02.2011, la femme 09.02.2011-10-28

. Aviva, Assurance, pubs Le Monde, Gaël Roux, La Rochelle, 0.09.2011, Dorothy Fraser Harper, Ontario, Canada  04.10.2011. La campagne est orchestrée par l’agence BBDO pour la deuxième année consécutive.

. Cycle Jeans et Simon Rassmussen sont dans WAD CITY The Basement Issue n° 48, mars-avril-mai 2011 

. Photos EP

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Communication & Marketing
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Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 16:28

Cette série est basée sur l’analyse d’une compilation de 37 visuels de publicité parues dans la presse spécialisée dans les années 1960, en pleine euphorie de la découverte d’une nouvelle ré-déclinaison  du concept des vacances. En France les vacances, on le sait, ont une importance impressionnante par rapport à d’autres cultures.

  Caravane, Isn't she a beauty? 

Trois grandes dates sont à retenir :

. la fin du XIXè siècle avec la découverte du littoral de l’Ouest de la France pour la bourgeoisie et du littoral méditerranéen pour l’aristocratie anglaise et plus largement européenne,

. 1936 avec le concept ‘révolutionnaire’ au niveau social des congés payés pour une large part de la société,

. 1960 avec le second volet de cette déclinaison sociale, grâce à la caravane tractée par sa voiture, qui a permis à la fois de découvrir la France, d’être chez soi, tout en découvrant les autres et de connaître un mode de vie ‘moderne’.  

 

 

 

La découverte de chaque visuel d’une caravane est fondée sur l’analyse plus ou moins factuelle des éléments qui se présentent à la vue. Cette première approche se double du repérage des procédés et techniques utilisés pour arriver à l’objectif recherché ou obtenu par le concepteur de la création. Enfin, et pas forcément, en troisième lieu, ce portrait est complété par l’impression subjective ressentie, puisqu’un message publicitaire peut toujours être interprété de façon différente d’une personne à une autre.   

Que voit-on sur la publicité ? Quelles techniques le créateur publicitaire y parvient-il à rendre l’effet recherché ? Que ressent-on maintenant en 2011 en regardant ces visuels ? Telles sont les trois questions à laquelle répond cette série publicitaire recueillie dans des magazines français de l’époque.   

 

Caravane, Isn't she a beauty?

Isn’t she a beauty  

Elle n’a pas de marque, qui doit figurer dans une autre partie du document, mais ce n’est qu’une hypothèse en son absence. La caravane se présente seule, sans autres arguments de vente que son prix 499L et cette interpellation délicieuse en anglais : ‘n’est-elle pas une beauté’. Que voit-on ? Une longue caravane  avec ses parois en tôle et une forme très parallélépipède rectangle qui a déjà la volonté d’arrondir les angles, sous l’influence certainement de l’Airstream américaine mythique. A nos yeux, elle est très datée et pourtant elle est à la pointe de la modernité. N’a-t-elle pas une baignoire extra-large  pour un léger surcoût! Un très bon argument de vente en pays anglo-saxon.    

 

Le graphisme dépouillé va à l’essentiel. La recherche d’équilibre est bien présente.  Le fond ovale orange accentue l’arrondi avant des arrêtes de la caravane. Les deux bandeaux noirs, qui attirent l’attention sur les deux qualités majeures, forment des ailes et donnent du mouvement à l’ensemble. Ces deux mentions ailées – ‘Isnt’t she a beauty ?’ et ‘L499/10/0’ de part et d’autre de la caravane dans une diagonale inversée par rapport à l’avant de la caravane allège l’ensemble. Le regard se fixe à l’intersection des deux obliques, juste à l’endroit où se trouve le centre de la caravane, au cœur d’eun ovale orange qui donne de la chaleur à l’ensemble.  

 

C’est une publicité centrée sur le produit à mettre en valeur  en vue de la vente. Elle intègre des éléments structurant d’architecture graphiste et met en lumière les qualités de confort. L’amusant est cette interpellation très anglaise ‘Isn’t she a beauty ?’ qui montre un gros bloc de tôle ondulée brillante vendu à petit prix, à la façon d’une caravane Airstream américaine, qui elle est placée tout en haut de la hiérarchie luxueuse des caravanes et coûte très chère.  

Caravane, Dessin France Poulain 

Pour suivre le chemin

. Cette publicité (1/37) et les 36 autres à venir sont tirées de « L’Objet Caravane, Mémoire graphique des années 1960 », un carnet de notes, sur une sélection de France Poulain, édité par la Direction départementales de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise, 2009.

 

. Voir l’introduction de la série, avec Ma Coquille, une caravane qui ne figure pas dans le carnet de notes, sur ce blog,       

Pub caravanes & Co > Un style de vacances > Ma Coquille      

. Croquis de couverture, France Poulain

. Photos FP   

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Communication & Marketing
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