En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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Vin & Spiritueux

Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 19:29

Faîtes toujours confiance aux Grands de Champagne, ils pensent plus vite que les autres, avec toujours une idée en plus, qu’ils arrivent à traduire en publicité, des publicités fines et attractives. Le plus a toujours été un regard décalé qui oblige à voir autrement.

     Nicolas Feuillate + Tour Eiffel

Autrement avec le bec long et coupant au bout du long cou d’une grue blanche sur fond noir. Si l’énoncé par les mots est pesant, la photo du visuel de la grue est d’une grande légèreté teintée d’étrange étranger. Autrement avec une raie gigantesque qui porte deux flûtes à champagne au fond de l’océan. Autrement avec la capuche du haut de la bouteille surgissant d’un ensemble d’anémone de mer vert tendre.

D’autres autrement, il y en a beaucoup, comme celui d’aujourd’hui qui ouvre le site de ce Champagne n° 1 en France et 3è à l’exportation. On a quitté le fond des océans pour rejoindre l’heure grise entre le jour et la nuit en temps de grisaille que d’autres appellent l’heure bleue, quand le bleu de la nuit chasse le bleu du soleil du jour. Certains en ont fait des parfums, comme Jacques Guerlain pour un de ses parfums toujours vendus par Guerlain.

La Tour EiffNicolas Feuillate + Tour Eiffelel à gauche occupe la partie gauche  du visuel du bas dans les tons gris, gris clair et gris plus foncé. Au premier plan, dans  un bon tiers de l’espace le pont Alexandre III se ontre, ses   lampadaires allumées. C’est lui qui donne la ligne de fuite vers la Tour. Des lumières, s’échappent des bulles qui sont attirées  vers une boussole placée en plein centre, au milieu de la ligne horizontale de jonction avec le visuel du haut.

 Nicolas Feuillate ou plutôt la bouteille de Champagne éponyme se présente allongée horizontalement. Le nom de Nicolas Feuillate  au centre de l’étiquette très classique se trouve à la verticale exactement au-dessus du haut de la Tour. Le corps de la bouteille est couvert de buée due au froid. Sur le bas de la collerette, on retrouve la boussole, dont le nord conduit le regard vers Nicolas Feuillate cette fois-ci écrit à l’horizontal puisque la mention figure à la verticale dans la réalité.

La boussole joue un rôle essentiel. C’est elle qui attire les bulles de lumière de Paris, la ville lumière, qu’elle transforme sur la bouteille en haut en buée d’un Champagne Nicolas Feuillatte à bonne température. Qui dit mieux alors Paris et  Chouilly, près d’Epernay, sont à quelques 120 kms l’une de l’autre ?     Nicolas Feuillate gamme

. Les résultats. Ils sont étonnants dans un sens tout à fait positif. Les chiffres sortent aujourd’hui. La coopérative de Chouilly est maintenant n° 1 en France et dans le Top 5 à l’export. En 2011, ce sont près de 10 millions de bouteilles de Champagne qui ont été vendues. C’est la preuve aussi qu’une bonne communication joue un rôle certain pour établir un lien avec l’acheteur.

Pour suivre le chemin  

. Le Centre Vinicole Champagne Nicolas Feuillatte à Chouilly que l’on peut visiter, voir  sur  http://www.cvcnf.com/  . La marque sur http://www.feuillatte.com/

. Les résultats 2011 fraîchement sortis le 2 février 2012 sur http://www.lachampagneviticole.fr/Le-Champagne-Nicolas-Feuillatte-annonce-des-ventes-record-en-2011

 .  Voir aussi actuellement la Tour Eiffel sur le site communautaire du Champagne sur http://www.champagne.fr/wpFichiers/1/1/Mediatheque/50/Associes/50/Fichier/DU%20TERROIR%20AU%20VIN%202010%20FRANCAIS.pdf

. Photos NF + capture d'écran EP     

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 15:58

Traduction: Vous savez bien que j’adore ça : mettre le maximum de sens dans un titre, toujours limité à 70 caractères, quitte à ce qu’il en devienne compliqué, abscons, voire même plus. Complètement incompréhensible, non quand même, vous allez voir.

Le chenin d’abord, c’est un des plus beaux cépages du vin, le roi des blancs en Loire, le plus qualitatif, qui conserve tout son aura auprès des grands vignerons tant il est compliqué et séduisant. Il peut tout faire et c’est justement pour ça que seuls les grands vignerons le méritent. Parce qu’il est hyper-exigeant.

Le chemin du chenin, il existe seulement en Loire, en ce qui concerne la France. On le retrouve  en Afrique du Sud sous le nom de Steen, en Californie, au Chili,  en Argentine et en Australie. Ce cépage de blanc permet de faire des vins secs, des demi-secs, des moelleux, des liquoreux et des effervescents. Qui dit mieux, pour avoir des arômes puissants de fruits, d’herbes et de miel, avec une texture grasse et une acidité élevée ?  La SAQ – Société des Alcools du Québec- qui le définit ainsi avec ces mots,  le recommande avec des coquillages, des poissons et viandes blanches au goût relevé, des sauces citronnées... A lui seul, le vin de Chenin est un voyage pour amateurs connaisseurs. 

Bouteille Sushiwine, Bernard Germain, Thouarcé

Le voyage du chenin vers le Japon. C’est Bernard Germain qui en a eu l’idée vraisemblablement  au retour de plusieurs voyages au Japon, en plein boom de l’euphorie de l’an 2000. Il est un grand propriétaire récoltant en Bordelais et dans la Vallée de la Loire, à Thouarcé notamment. L’idée lui est venue, en dialoguant avec des grands chefs japonais, de concevoir un vin spécialement adapté à la cuisine de l’archipel. Depuis plusieurs décades maintenant, le Japon est aussi un pays de connaisseurs de vins blancs et de chenin en particulier. 

Le mariage avec le Sushiwine permet d’associer d’un côté « l’art et le savoir-faire  des vignerons français » et de l’autre « le raffinement de la cuisine japonaise ». Deux années d’essais ont été nécessaires pour parvenir à un accord gustatif  satisfaisant pour les différents participants à cette aventure. Bernard Germain, des grands chefs japonais et des sommeliers de stature internationale comme M. Atsuka président des sommeliers du Japon.

« Delicious, rich and full », tels sont les mots utilisés en anglais et en japonais en dessous par le producteur pour présenter son « sushiwine… qui est une sélection des meilleurs vignobles de France ».  Ces mots sont associés dans la marque, tout comme  la typographie, la vague et le poisson. Le jus lui-même est présenté comme ayant « une expression de fruits exotiques avec une finale délicate, très fruité et d’une grande fraîcheur ». La cuisine japonaise est présentée sous cinq plats, formes, modes de cuisson ou de conservation. Sont cités les sushis (bouchées crues le plus souvent), les sashimis (assiettes de tranches de poisson ou autre), les makis (sushis entourées d’une algue noire), les teppanyaki (cuisson devant le client sur une plaque de fer de poisson, viande, légumes..)  et les poissons crus marinés (pas besoin de traduction).

Bouteille Sushiwine, Bernard Germain, Thouarcé

La présentation est  très travaillée. Outre la marque et le design graphique très aboutis, le vin se présente en bouteille dans la classique bourguignonne ton feuilles mortes en 75cl, 37,5cl et 25cl ainsi qu’en Bag in Box. Des verres spéciaux offerts aux restaurateurs permettent de dégager les arômes du vin.  Une affiche et un tire-bouchon complètent le set. Il y a une vraie volonté de faire un produit qualitatif marketing complet, surtout avec l’appui des témoignages. 

L’avis des connaisseurs. Pour appuyer sa démarche en effet, Bernard Germain a fait goûter le sushiwine à des experts et des journalistes spécialisés en France tels que Vogue Paris, aux Etats-Unis, au Japon, au Canada, en Espagne, en Grande-Bretagne et en Russie. Leurs appréciations forment la 4 de couverture de la plaquette de présentation pour les professionnels.

10 ans après, qu’en est-il ? Des recherches sur le net ne permettent pas de donner plus d’informations que celles que vous pouvez lire dans ce billet. Celles-ci proviennent d’une plaquette qui m’a été remise un peu avant le début du nouveau millénaire. La question se pose alors de savoir à qui était destiné ce vin, aux restaurateurs japonais au Japon ou  à leurs confrères de cuisine japonaise en dehors ? Je pencherais plutôt pour la seconde proposition. Le marché japonais du vin est certes petit en volume par rapport à d’autres mais il est très connaisseur, en particulier de vins bios et en bio-dynamie. Je vois mal ce sushiwine trouver sa place là-bas alors que le mot de vin n’est jamais écrit, si ce n’est en anglais associé à sushi, sans même un tiret entre sushi et wine.

Des questions. La référence au seul sushi  montre que la marque s’adresse à des non-connaisseurs de cuisine japonaise. Celle-ci en effet est très sophistiquée et ne peut se réduire aux seuls sushis. La marque semblerait alors viser les consommateurs de sushis, non connaisseurs de cuisine japonaise ni non plus vraiment de vin puisque le mot même n’est pas écrit en tant que tel.

. Du sushiwine, est-ce vraiment du vin ?

. Une deuxième question se pose : comment peut-on vanter les accords mets-vins alors que dans un sushi, vous pouvez tout trouver, toutes les saveurs du monde  ou quasiment, au point aussi que des règles officielles existent pour éviter de qualifier de sushi tout ce qui serait petit, enrobé de riz dans une enveloppe noire. On fait maintenant des sushis avec de la pizza, mais certainement pas au Japon !

. Une autre question se pose, réglementaire, celle-là: et si ce sushiwine n'avait eu qu'un seul tort, c'est d'arriver trop tôt, avant la modifiction de la réglementation des vins de cépage en vins de France, à la demande pressante de la profession pour développer les ventes à l'export? Vous savez qu'il est désormais possible de mettre en vente en France des vins sans identification géographique (SIG). Ce sont les vins de France composés de vins de mono-cépages et/ou de vins d'assemblage.     

La seule certitude est qu’il est toujours très difficile de créer des marques nouvelles sur des créneaux étroits dans l’univers du vin.  Pourtant l'idée au départ offre des pistes intéressantes. Mais visiblement cela ne suffit pas, si le concept est difficile à décliner jusqu’au bout. Restent toujours la question du prix et celle de la distribution.

Pour suivre le chemin

. Sur le chenin blanc http://www.saq.com/webapp/wcs/stores/servlet/GeneralContentView?page=/nh/section5_parlons-vins-alcools/les-vins/caracteres-cepages-z&langId=-2&storeId=10001&catalogId=10001#chenin

http://lapassionduvin.com/phorum/read.php?5,22644

. Pour avoir une belle vision de la cuisine japonaise, trop souvent réduit aux  seuls   sushis, référez-vous à une véritable pépite en matière d’accords mets japonais-vins français, à voir sur http://www.japanese-food-and-wine.com/fr/

. Un article très complet, avec des photos sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuisine_japonaise

. Lire aussi sur ce blog, le premier billet consacré au chenin:      Oosterlinck > Vins de Juchepie > Ballade pédagogique et goûteuse d'été       où Mileine Oosterlinck vous donne ses propres recettes de cuisine à savourer avec les « Chenin » de leur Domaine de Juchepie, que vinfie Eddy  Oosterlinck à Faye sur Anjou.

. Photos EP à voir dans Bottles 2.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Mercredi 25 janvier 2012 3 25 /01 /Jan /2012 19:15

L’été en hiver

Oh, je sais bien que nous ne sommes plus en été, malgré la douceur du temps. Je sais aussi qu’il fait très doux dans la vallée du Layon, au point d’être une terre à liquoreux. En janvier cependant, c’est plutôt le vent qu’on y sent en haut du coteau de Juchepie, un lieu-dit  bien nommé, comme l’endroit où se juche la pie pour voir de loin. Peut-être ? Ce n’est pas une certitude. Ce qui est sûr, c’est en tout cas que c’est à Faye-d’Anjou, sur la route du vignoble du Layon.

En cette mi-juin 2011, il faisait franchement frais pourtant, le temps était gris et… les cœurs joyeux. Nous formions une bonne troupe composée de connaisseurs, professionnels et amateurs, désireux de partager les connaissances d’un couple de vignerons passionnés pédagogues, Eddy Oosterlinck et Mileine Oosterlinck-Bracke, sa femme toute autant enthousiaste pour participer à cette grande aventure qu’est celle de cultiver sa vigne et de faire son vin, surtout quand on travaille en bio-dynamie sur une terre qui se mérite. Mais ça, c’est toujours vrai  dans le vin.

Blog Angers-Faye 2011.06.19 027

C’est d’ailleurs une des raisons premières qui ont dicté leur choix pour ce domaine du Layon, un domaine qu’ils sont aussi façonné « petit à petit » pour reprendre une des expressions favorites de Mileine. Il faut dire qu’il y a chez eux beaucoup d’intelligence, de capacité d’observation et d’analyse couplées avec beaucoup de ténacité.

Une fois la décision prise, ils se lancent et ils y vont à fond. A fond, dans ce qu’il y a de plus difficile, venir à la terre pour lui, revenir pour elle, apprendre un nouveau métier, vivre autrement, produire du vin en bio d’abord, en biodynamie maintenant, être référencés tout de suite à l’export et bien vite en France ensuite, faire du vin dont ils sont fiers, partager la connaissance toujours, avec une forte volonté de transmission pédagogique, être reconnus et appréciés par les autres (bons) vignerons, qu’ils retrouvent dans les salons auxquels ils participent et ils sont nombreux, tant les salons que les vignerons. 

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La ballade Elle s’inscrit dans ce cadre. Tout de suite, Eddy commence par nous parler de la terre. Le sol est très pauvre par ici ; il y a de 20cm à 40cm d’argile sur la roche-mère. Le sol est friable même si l’argile est très lourde. La terre est très compacte. Ca demande beaucoup de travail. Il a fallu 10 ans pour arriver à ce résultat. J’ai pris la décision, voici plusieurs années, d’arrêter les produits chimiques. Je prépare moi-même un compost liquide qui favorise l’activité microbienne pour décompacter, avec succès.   L’équilibre de la terre d’il y a 50 ans a disparu. On espère, avec notre travail, arriver à remettre en place un nouvel équilibre, par un travail en continu. J’applique aussi les préconisations de la biodynamie, avec de la bouse de vache et de la corne de vache au solstice d’automne. C’est efficace.

. Un monsieur demande quel est l’intérêt de la corne de vache. C’est une tradition asiatique que Rudolf Steiner a reprise. La vache est sacrée en Inde. Ca va au-delà de la pensée scientifique classique. On ne peut rien dire, on ne peut rien prouver. Le vigneron poursuit en demandant: croyez-vous vraiment qu’il n’existe rien d’autre dans le monde que ce nous nous pouvons voir ? Le fait est que je n’ai aucun problème de maladie. Cela fait plus de six semaines que je n’ai pas traité. Mais je vais le faire un peu. Il y a toujours un peu de mildiou ou de ver de la grappe.

Blog Angers-Faye 2011.06.19 028J’utilise des moyens matériels (pour travailler la terre) avec des faibles rendements. Depuis 1970, on a haussé les rendements aux dépens de la force de la plante. C’est pourquoi, il y a des problèmes. J’en suis bien persuadé. Le vin est équilibre. J’en tiens compte et je n’ajoute rien au jus. Si non, on risque de perdre en qualité. Mon travail à moi, c’est de ne pas perdre la qualité.    

La biodynamie, précise-t-il, n’est pas une méthode. C’est une philosophie basée sur les phases de la lune, pas sur les autres astres. Chacun l’adapte à sa façon. Avant de sauter le pas, je faisais beaucoup de tisanes de prêle, d’ortie et d’achillée que je pulvérisais. Je continue d’ailleurs.

. Qu’en est-il de l’usage du cuivre, alors que c’est un métal lourd, demande un ancien de la profession ? C’était une pratique courante, il y a encore 30 ans explique Eddy. Vous vous souvenez, les vignes étaient bleues. On utilisait des doses très fortes jusqu’à 12 kg par hectare et par an. Maintenant, on fait très attention avec moins de 6 kg/ha/an en moyenne dans la profession ; des collègues se limitent à 3kg. Moi, c’est 1 kg. Je  mets de la silice à la place pour compenser.  En tout par an, je fais cinq traitements de tisanes, de cuivre et de silice.

. Que faites-vous pour le travail de la terre ? L’herbe regagne vite. Ici, on pratique le labourage. Quand l’herbe pousse dans les rangs, ça va. Il n’y a pas de problème. C’est le seul engrais que la vigne va avoir. Pour le cavaillon, la bande de terre qui reste entre les pieds de vigne, on va chausser les pieds de vigne. On prend la terre dans le rang pour la rapprocher du pied afin de le protéger. On fait ça en alternance d’un pied à l’autre, en déchaussant ensuite. On rejette cette fois-ci. Vous avez trois pieds, entre le n° 1 et n° 2, vous chaussez. Entre le n°2 et le n°3, vous déchaussez… et on recommence au printemps.   C’est un gros boulot. L’herbe pousse si vite ! II faut aller la chercher au raz du pied à la main. On a maintenant un système à adapter à la charrue, qu’on utilise avec pas trop de casse heureusement. Mais il y en a un peu quand même. Le vigneron nous montre quelques traces sur l’écorce. Je poursuis les tisanes, dit-il tout en nous montrant la vigne la plus ancienne de la parcelle. Elle date de 1893.

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. Une question sur ce qu’est la sélection massale (sélection des plus beaux pieds) sur la parcelle. C’est très difficile de faire démarrer un repiquage. On a fait un essai en 1999, mais on n’est pas resté sur place tout le temps pour surveiller. Mais ils démarrent sur des greffes de Riparia. Maintenant, j’ai choisi un autre plant américain (Rupestris) pour que la plante aille plus loin dans le sol. Dans les vieilles vignes, il faut chercher la vigueur.  Au bout de 10 ans, on ne voit plus de différence. On prend une tige vigoureuse d’un pied vigoureux qu’on enfouit en terre, mais surtout on ne coupe plus le lien entre le pied-mère et le pied nouveau pour conserver la protection contre le philloxéra.

    . Quelle est la différence avec le marcottage ?C’était le mode de reproduction de la vigne avant le phylloxéra. On prenait une tige qu’on enfouissait au sol. On coupait quelques années après de façon à constituer un plant indépendant. Maintenant, on ne peut plus faire ça, toujours à cause du phylloxéra. Il est toujours là. On a (toujours) besoin de porte-greffes américains. Si on coupe la tige qui s’est enracinée, le plant nouveau est issu de la plante greffée qui reste sensible au phylloxéra, contrairement au pied-mère qui ne l’est pas lui !

. Des questions sur le vignoble. Ici il y a 5 hectares enBlog Angers-Faye 2011.06.19 046 continu, plus un hectare en haut. Il y en a encore 1 pour faire du Chenin. 7 hectares en tout, mis en culture. Ici, c’est vraiment un terroir à Chenin, pas à Cabernet. Les coteaux, comme ici, ce n’est pas un bon endroit à Cabernet. Ca cogne trop l’été. Ce n’est pas comme dans  un terrain calcaire, ici il y a trop de pierres. La grande parcelle est entourée sur trois côtés de friches boisées. Je les garde tels quels. On voit beaucoup d’oiseaux ici ;  un chevreuil vient régulièrement manger les salades que plante Mileine. Par contre je ne vois pas les sangliers qui ne sont pas très loin sur la droite dans le vallon au-dessus du Layon.

. Une question sur le vent. Ici, c’est un terroir à liquoreux, pas comme à Savennières qui n’est pas très loin d’ici sur l’autre rive de la Loire. La couche du dessus là-bas est plus sableux. C’est très important en automne. Ici, c’est une cuvette, avec peu de vent, avec  un peu d’humidité pour le développement du botrytis. On ne sait jamais si on va pouvoir faire du sec. Du coup, c’est plus aléatoire. A Savennières, c’est un long corridor avec plein de vent, la botrytisation est plus lente et le sec est toujours possible. 

Nous sommes arrivés en bas du coteau planté. En dessous et jusqu’à la rivière Layon qui coule en bas, un coteau boisé très pentu. Un tout petit ruisseau, le Saint-Martin coule à côté, avant de rejoindre le Layon. Sur le sentier, on découvre la Fontaine Saint-Martin. Des questions fusent encore. 

. Une question sur le sens de la plantation, faut-il qu’il soit parallèle aux courbes de niveau ou descendant ? La réponse est tout aussi claire que succincte : Eddy préfère que ce soit dans le sens de la pente. Ses plantations sont parallèles.                                                                

. Une autre sur le type de taille : c’est de la Guyot double.

. La composition du sol : il y beaucoup de rhyolite qui est acide, avec de la spilite noire qui est plus basique.

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Le chai. Il est temps de remonter. Mileine nous attend pour nous faire déguster les vins en goûtant ce qu’elle a préparé. Mais avant, Eddy nous parle de ses décoctions de plantes qui visiblement intriguent beaucoup d’entre nous. Nous faisons donc halte au chai pour voir la bouillie. Il en existe plusieurs sortes. Nous voyons et sentons celle qui fermente pendant 24-36heures, de l’eau avec des algues. Une autre formule, le dynamiseur, permet le décompactage du sol. La machine permet de tourner 10 minutes dans un sens et 10 dans l’autre de façon à casser les structures de la molécule d’eau.

La dégustation . Après une traversée du nouveau chai, avec ses pressoirs verticaux et la cave avec ses barriques de chêne neuf, nous arrivons à la grande salle de dégustation, où Mileine Oosterlinck va nous faire goûter sa cuisine avec les vins du domaine que commente Eddy. C’est le moment de commencer par un sec « Le Clos » récemment mis en bouteille, avec des arômes fruité, en continuant par un 2008, à boire dans les cinq ans.  Arrive ensuite un moelleux 2006 avec 60 grammes résiduels de sucre et un peu d’acidité, à goûter avec des plats comme des cailles sauvages avec du gingembre, des canards à l’orange, des artichauts sans vinaigrette. Pour le sucre, Eddy a une métaphore parlante, le  sucre, c’est comme le décor au theâtre. Il faut qu’on l’oublie.

Un « Les Quarts » 2003,  un vin plus complexe, déclenche chez notre vigneron des trésors d’éloquence, que tous apprécient tout autant que le vin en bouche. Mileine le sert avec un peu de pâté qu’elle fait tout spécialement pour ce vin qui garde un  petit côté amer intéressant.

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Un autre moelleux du même millésime permet de faire une comparaison. Pour ce dernier, les raisins ont été cueillis plus tardivement, avec plus de concentration. Un seul mot dans le groupe « délicieux » surtout avec des bouchées tièdes au fromage dans la bouche. Plus personne ne pose de question sur le passerillage (dessèchement du raisin sur pied pour concentrer le jus), le réfractomètre (pour mesurer le taux de sucre dans la baie) ou sur le nombre exact de tries successives pour ramasser les grappes une à une (jusqu’à 8/9 passages en vigne). Il y a un équilibre très  subtil entre le sucre, l’acidité et l’amertume. C’est une cuvée à 50% de boisé où on ne sent pas le boisé. C’est ça le raffinement pour le connaisseur et le challenge pour le vigneron. La prochaine fois, nous explique Eddy, je tente le 100% de boisé.  Oui ! Le liquoreux boit le bois, traduction il « pompe » le côté bois.

Le chenin est fascinant parce qu’il garde toujours son mystère. On n’est jamais sûr de ce qu’il  va faire. Heureusement que les vendangeurs belges sont là.

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Ah oui, parce que j’ai oublié de vous dire, Eddy et Mileine Oosterlinck sont belges. Ils ont mis sur pied depuis leur arrivée ici dans la Vallée du Layon, à Faye d’Anjou un véritable courant d’échanges avec leur région d’origine. Leurs vendangeurs sont des amis du pays passionnés de vin du Layon et de théâtre l’autre passion d’Eddy. Et vous avez deviné qui les héberge, les chouchoute et leur fait à manger des délicieux accords vin-mets, Mileine qui a agrandi la cuisine, comme Eddy a fait construire le nouveau chai avec la nouvelle cave!

Pour suivre le chemin

. Les Oosterlinck de  Juchepie, 49380  Faye d’Anjou, 02 41 54 33 47, contact@juchepie.fr, www.juchepie.fr

. Les retrouver à Angers au Grenier Saint-Jean (pour les amateurs) le 4 et 5 février prochain, au Salon des Vins de Loire (pour les professionnels) les 6, 7 et 8 février où ils présenteront leurs vins. 

. Lire aussi « le Vin aussi est affaire de femmes » (Cheminement éditeur), une recherche que j’ai faite qui présente en 75 portraits de femmes la filière vins de Loire au féminin, le portrait en page 151 de Marie-Madeleine, dite Mileine, Oosterlinck-Bracke, Viticultrice, Domaine de Juchepie, Faye d’Anjou, France, 02 41 54 33 47 

. Découvrir les rudiments de la biodynamie http://fr.wikipedia.org/wiki/Agriculture_biodynamique

http://biodynamieconseil.com/historique.aspx

. Apprendre les premier mots techniques du travail dans les vignes et au chai :  http://vitis.free.fr/LEXIQUE.html

. Photos EP, avec d'autres à voir dans l'album 'Le vin dans tous ses états'

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 15:53

On a déjà beaucoup essayé dans ce domaine dans un passé récent. Comptez 20 ans, soit une séquence de temps générationnel dans le monde du vin. Ce qui donne entre quatre et cinq générations par siècle, avec à chaque passage de génération, des changements plus accentués. Une bonne idée, la petite bouteille de vin, est-ce vraiment le cas ? 

La petite bouteille

Dans l’euphorie du passage au 3è millénaire, l’idée que les ventes de vin allaient exploser de façon exponentielle était largement diffusée dans la profession, pas seulement en France Bouteille 20cl, Pop de Pommery, Champagned’ailleurs. La presse professionnelle, les grands salons professionnels de vin  dans le monde s’en faisaient les messagers. La petite bouteille allait permettre de rapprocher le vin du consommateur, en permettant à chacun-chacune de multiplier la personnalisation de ses modes de consommation du vin. Chaque occasion de dégustation devenant un jeu qui allait révolutionner le lien entre le vin et l’amateur-e.

Les avantages

Elle - la petite bouteille  semblait avoir toutes les qualités. On ne jetait plus, on pouvait boire juste ce qu’on voulait sans ‘s’obliger’ à finir une bouteille ou à jeter le reste dans l’évier.  Il y en avait pour chaque utilisation, pour chaque sortie, pour chaque âge. Cette souplesse de consommation permettait aussi et surtout d’avoir sa propre bouteille, sans être obligé de passer par ce que j’appellerai « le médiateur » de la bouteille, celui qui ouvre et  sert le vin de la bouteille. La relation à trois devient une relation à deux, comme dans le cas de la bière.

L’augmentation de la valeur de la marque

Pour les entreprises du vin, la petite bouteille permettrait d’augmenter la part de valeur ajoutée propre de la marque par rapport au produit. La stratégie marketing et communication allait connaître des sommets et ceci durablement puisque le lien avec le client pouvait commencer plus tôt et se prolonger plus tard en variant les présentations des petites bouteilles. Pour les jeunes en boîtes, des habillages chamarrés ‘flashy’, pour les amateurs distingués de la classe, pour tous les autres une panoplie accordée aux codes de communication de la marque, variables selon les cultures.

Le renforcement de l’audace et son coût

La petite bouteille allait enfin libérer l’énergie créatrice des marques pour celles qui pouvaient se le permettre bien sûr. Cet aspect concurrentiel est au cœur de la démarche. Investir dans une nouvelle bouteille, créer des chaînes d’embouteillage dédiées, avec toutes les pièces de l’habillage revue à neuf coûtent extrêmement cher. Il faut dans cette optique non seulement créer des collections annuelles, voir pluri-annuelles, variables en fonction des marchés et des types de distribution, mais aussi gérer tout l’aspect logistique et réglementaire de la démarche, invisible pour le consommateur.   

La réaction des vins à bulles

La présentation  classique   Bouteille 20cl, Pop de Pommery, Champagne

Ce sont les grandes maisons de Champagne qui se sont lancées les première. Au cours de leur riche histoire, ce sont elles qui ont toujours su aborder et s’installer durablement dans tous les marchés du monde, en réussissant le formidable pari d’avoir des marques puissantes qui ont un sens fort dans tous les pays du monde, sans renier leur identité « vin ».  Une autre explication tient justement au Champagne  : c’est le vin le plus et le mieux valorisé de toute la planète. Il est donc possible de lui associer des surcoûts dés lors qu’il y a valorisation au final. Pour cela, une seule solution,  tester le marché. Voici trois exemples de petites bouteilles  de Champagne et un de vin pétillant qui datent du passage du siècle.

 

. Pommery s’est lançée en 1999 avec POP, un extra-dry dans une bouteille de 200ml lourde à muselet reproduisant fidèlement la grande champenoise classique lourde de 75cl à muselet. Seule autre innovation majeure, son verre bleu sur lequel se détache une étiquette ivoire aux coins arrondis avec Bouteille 20cl, Veuve Clicquot, Champagneune inscription relief du même bleu brillant. Le reste de l’habillage est argent. L’alliance entre le bleu profond, l’ivoire et l’argent du métal est franchement réussie. 

 

. Veuve Clicquot a gardé tous les codes de sa marque phare pour ce Brut. La petite bouteille est exactement semblable à sa grande sœur. Les éléments de l’habillage ont seulement été réduits de façon à respecter exactement l’équilibre de la bouteille. La Maison n’a pas eu grand effort à faire : elle est habituée à gérer toutes les tailles de bouteille. Elle a pu ainsi conserver la contre-étiquette qui explique avec précision les lieux dits des crus de VC qui constituent la « Cuvée brute Bouteille 20cl, Piper Brut, ChampagneCarte jaune. » 

 

. Piper Heidsieck a fait un choix différent pour sa Piper Brut. Ce n’est pas tant de  raccourcir son nom, que le fait que la  bouteille soit revêtue d’un plastique rouge thermo-formé. Les inscriptions sont imprimés en doré bronze que l’on retrouve en métal pour finir le haut de la bouteille et surtout cacher le bouchon noir à vis. Celui-ci est la troisième modification, au moins aussi importante que la taille de bouteille.

 

. Mumm Napa « Cuvée M , Méthode traditionnelle » (les deux mentions en français) , un sparking wine de la Napa Valley (Californie) a gardé le vert de la bouteille traditionnelle à muselet, plus petite toutefois (187ml), Bouteille 187ml, Mumm, Sparkling Wine, Napa Valleyavec une harmonie de deux bleus pour l’étiquette et la jupe du haut. La contre-étiquette décrit le vin « Magic, Memorable, Magnificent, Mumm », donne des instructions d’ouverture et reproduit les mentions légales relatives aux risques pour la femme enceinte, de risque de conduite …L’étiquette est centrée sur le M de Mumm qui semble éclairer le monde tel un phare. Ce produit et ce format ne sont pas destinés au marché français.   

L’habillage chamarée

Pour faire la différence d’avec ses plus célèbres concurrentes, le Champagne Pop, une marque propriété de Vranken, s’est  adressé à un créateur Olivier Lannaud pour concevoir des habillages peints sur la bouteille. Ils s’ajoutent à la petite bleue pour former un trio contenu dans un coffret en rhodoïd transparent « Art Pop Collector ». L’artiste a joué avec l’image de la bulle, qui enserre ou jaillit  de la marque. D’autres modèles viennent compléter les premiers modèles : un Pop rosé plus doux en bouteille rose pour être vendu avec l’extra-dry bleu. La sortie de la déclinaison pour l’an 2000 fut un succès selon la marque, qui continue depuis lors.   On trouve d’autres  modèles plus récents de Pop  sur Internet, qui entrent, à mon appréciation, dans le cadre de la politique de communication de l’entreprise.   

 

     Bouteilles 20cl, Pop, Champagne Vranken

La situation des vins tranquilles

Elle est beaucoup plus contrastée et compliquée. La problématique est profondément différente. Il ne s’agit plus ici de promouvoir un type de vin qualitatif par définition, à déguster dans des instants de fête mais du vin certes à qualité suivie garantie mais sans lien direct particulier avec la fête le soir. La petite bouteille ne prend sens qu’en relation avec les gammes de cépage de vin, vues sous l’angle de la culture américaine du vin. Il faut aussi avoir en amont  accès à des producteurs des différents cépages, ce qui a pour conséquence  que la petite bouteille ne concerne que les négociants capables de décliner la gamme des principaux cépages français. Reste à trouver les distributeurs capables de faire le lien avec les acheteurs consommateurs.

 

Nicolas, Monoprix et Carrefour par exemple ont testé la mise en rayon de collections de vins de cépage en provenance  en particulier de régions de grande production,   comme le Languedoc par exemple, pour lancer des collections de plusieurs vins de cépages faciles à boire, des vins qui sentent bon le soleil de l’été et les vacances.  Le lancement de la collection « Just by Paul Sapin » a été réussi. Pourtant la gamme nBouteille vin 25cl, Just by Paul Sapin, LArt de Vivre des Vignerons Catalans’est plus vraiment visible en France dans les circuits de grande distribution. Il est vrai aussi que celle-ci a depuis le début du siècle singulièrement continué à resserrer la voilure. Actuellement, on trouve des Just dans les restaurants de la SNCF.  

 

Les Vignerons catalans ont sorti au début des années 2000 une gamme courte de trois vins, deux rouges et un blanc, un Côtes du Roussillon. Le marché a répondu positivement avec curiosité ; le succès fut d’estime pour ces vins de France à forte présentation contemporaine qui surfent sur l’air du temps. La bouteille est une petite bordelaise de 25cl en verre vert fin. La présentation est codée pour émettre un message de style anglo-saxon, avec son bouchon à vis bien pratique, orange pour le repérage, le nom de la série « Art de vivre » qui entendait révolutionner la relation au vin et le clin d’œil en guise d’humour fin. C’est l’étiquette style « carte de visite »  qui le donne pourtant, avec son rond orage tiré de l’étiquette ivoire. 

L’épineuse question du prix

En 2003, il y avait là un vrai concept, une déclinaison et une réussite visuelle, le tout aurait du réussir aussi bien en France qu’à l’export. Que s’est-il passé ? C’est le prix qui a fait problème. Des prix relevés dans le site de Paris gourmand montrent l’évidence de la relation le prix du vin et les modes de conditionnement pour le consommateur :

2, 99E pour une 75cl, 5,99E pour 4 x 25cl face aux 9,99E pour un BIB de 3litres.  

Pour 6E, vous avez le choix entre 150cl en 2 bouteilles, 100cl en 4 petites bouteilles et 200cl avec l’outre à vin qui en contiendra encore 1  litre en plus. Selon une déclaration des Vignerons au journalistes de Stratégies.fr à l’occasion de Vinisud (22-24.02.2010), le BIB connaît un vrai succès au point de distancer la vente en bouteille (57%),  « sa progression est de +33%, la 75cl stagne et la 25cl vivote ».

 

La dimension prix est certainement  plus complexe qu’elle le semble au vu de ce seul exemple. Par exemple le soutien à la promotion du vin sur le lieu de vente n’apparaît pas. Il n’en demeure pas moins que le problème est réel : boire du vin est certes un plaisir, on n’en fait pas la fête pour autant tous les jours. 

La grande difficulté est de connaître le « vrai » coût du vin, quand on compare un vin de négociant avec un vin de vigneron. Comment le vigneron calcule-t-il le coût de  vin en bouteille sachant qu’il joue l’équilibre financier de son exploitation sur le BIB. N’a-t-il pas tendance à majorer le prix à la bouteille ? Je suis frappée pour ma  part par le prix élevé du vin en bouteille en vente directe au chai, alors que le prix pour le particulier est majoré par le prix du transport à sa charge. Et que c’est lui qui supporte le coût du stockage. 

  

L’importance de voir le vin pour le boire

La seule explication « prix » ne saurait pourtant suffire. Elle est évidemment très importante. Elle n’est pas fondamentale dés lors qu’il s’agit  de vendre  en grandes quantités, en assurant une qualité objective à un prix accessible, en rendant le vin disponible en particulier dans  des circuits de distribution hors du domicile familial. Une 25cl d’un Cinsault Just vaut 4E  quand vous prenez un sandwich chaud chèvre et jambon cru (6,80E)  dans le train. Même en dehors de chez soi, la relation avec une vraie bouteille est très importante. Il faut pouvoir voir la bouteille quand on voit le vin. Sans la bouteille, la relation devient plus difficile.  C’est peut être une explication aux essais non concluants de vente de vin en verre operculée toujours dans les trains de la SNCF.  

Bouteilles vin 25cl, Just by... et L'art de vivre

Le lien avec la petite bouteille

Reste la question de savoir si la dimension de la bouteille joue un rôle dans cette association sensorielle globale du vin. Visiblement l’accord est possible avec une bordelaise suffisamment grande pour ne pas avoir l’air d’un jouet de plus. L’essai semble réussi pour Just et des Arts de Vivre, sans en attendre des grands volumes. Pour les Champagne, la petite bouteille en habillage classique peut être une bonne alternative à l’obligation de sélectionner un spiritueux dans des bars branchés. Ce sont surtout les femmes qui sont visées dans ce cas là, pour faire chic aux Etats-Unis en particulier. Quant aux jeunes ciblés par les habillages flashy des vins à bulles, je les vois comme un outils de plus pour faire parler de soi dans une politique de communication type "facebook". 

Pour suivre le chemin du vin

. Rendez-vous sur le site des Vignerons catalans      http://www.vinduroussillon.fr/les-vignerons-catalans/index.html

. Voir le site du « spécialiste de France et du Nouveau Monde des petits contenants », le créateur notamment d’une collection de 7 cépages, disponibles en 4 contenants de bouteille,  négociant à Crèches sur Saône dans le Maconnais http://www.paul-sapin.com/contact.php

. Lire le billet d’Alain Fourgeot sur   http://www.fou-rgeot-de-vin.com/article-just-des-petites-lampees-de-rose-dans-le-tgv-avec-un-gourmand-85741285.html

. Photos EP des bouteilles que j'avais achetées pour les montrer aux étudiants en Master Vintage.

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 12:27

Voici, sous forme d’une fiche, un bon exemple de positionnement qui s’inscrit dans le droit fil de la logique d’un marketing international cohérent applicable au vin. La démarche repose sur trois caractéristiques dominantes,

. le positionnement pour se démarquer de la concurrence en lien avec le, la vigneronne,

. les outils centrés sur le consommateur,

. les facteurs clés de succès liés au distributeur.

 Sancerrois, paysage de vigne

. 1. Les 3 axes du positionnement

L’éclairage est forcément international. Il ne serait plus pensable actuellement de lancer des productions de grand volume de vin à prix accessibles sans être dans cette logique multiculturelle qui se moque des frontières. Le positionnent repose lui-même sur un trio d’éléments : le fleuve Loire, le cépage et la signature, où le vin sous sa forme de cépage est pris en sandwich entre le grand fleuve et la main de son créateur-e, le vigneron.  

 

La Loire arrive en premier, en raison de sa vitalité, de son mouvement continu. Il est toujours actif ; rien ne l’arrête. Il est force de vie. Sans lui, sans l’eau, la vigne ne pourrait pas vivre. Sans sa lumière, il ne saurait mûrir ses raisins au soleil. Sans la terre que travaille le ou la vigneron-ne, il ne saurait y avoir de vin.

 

Le cépage est la nouvelle langue mondiale commune transversale. C’est un concept qualitatif mondial à dimension fortement démocratique. Il ne s’agit pas encore de parler des châteaux, des seigneurs, de la Cour royale qui se déplace au gré su seigneur…

 

Le magicien, celui qui fait rêver cette fois-ci, est le créateur du vin, le vigneron ou la vigneronne qui tire toute sa légitimité de l’excellence de ses compétences. Il et elle sont au service du vin. Ils ont la fierté du professionnel du vin qui s’engage pleinement dans le cadre de son entreprise, en signant son vin de son nom, avec ces mots : pour moi, la Loire, c’est ce vin, le mien. 

 

Moulins a vent, Rablay sur Layon

 2.  Les deux outils axés sur le consommateur

La cible est à l’image de la Loire. Ce sont tous ceux qui sont en mouvement, les actifs et ceux qui le restent, avec quelque chose de plus, l’humour, le click, le jeu, la couleur en guise de lien. Les cibles traditionnelles ne sont pas visées en tant que telles. Arrêtons de parler des jeunes, des femmes… comme si ces deux catégories par exemple étaient sans lien avec la société, ou constituaient des sous-catégories par défaut de ne pas cibler les « vrais »amateurs, des « niches » hors du monde. 

 

Le bénéfice-consommateur tient en 5 phrases :

« C’est un vin accueillant, sympa et chaleureux,

Qui s’adapte aux personnes, entre amis, en couple ou seule,

A tous les moments de la vie,

Qui aime bien ceux qui aiment la bière et celles qui aiment l’eau,

Qui a l’humour et l’amour de la vie en partage.» 

 Petite maison de vigne rose, Sancerre

 

3. Les 5 facteurs clés de succès

Ils ont en commun de montrer la démarche d’ouverture du vigneron et du distributeur d’aller vers le client, sans renier leurs engagements qualitatifs basés sur la confiance.

 

L’empathie avec le marché : c’est un aspect rarement mentionné par les manuels de marketing appliqué au vin et pourtant c’est l’élément principal de la démarche internationale de portage du vin jusqu’au lieu de vente à l’étranger. Elle consiste pratiquement  à se mettre en phase avec le marché et à faciliter le travail de son distributeur.

 

La praticité de la bouteille : C’est le distributeur qui donne le ton. C’est lui qui connaît parfaitement le marché aval. Malgré cette certitude, la bouteille est pourtant l’élément le plus difficile à accommoder, en raison du prix des petits contenants. La bouteille de 75 cl reste  le  modèle dominant. Les questions de bouchon se posent moins qu’au début du siècle, tant la pression sur les prix est forte. Le bouchon synthétique bon marché l’emporte dorénavant sur la vis qui nécessite de coûteux équipements pour le vigneron.  

 

Le repérage par l’étiquette : Son importance reste  indiscutable. La frontière entre le ‘mieux’ pour hausser le prix de vente  selon le vigneron et le ‘pas bon’ sur la base du prix bas de vente est difficile à fixer. Une formule qui fait ses preuves est de rester minimaliste sur l’étiquette avec parfois juste un brin d’humour, sans chercher à tout prix ni à être trop original, ni à être juste dans la norme du marché.

 

L’identification positive : l’important est ce que ressent et pense le consommateur. L’objectif pour le vigneron, la vigneronne est  de rester vrai tout en étant en phase avec ce qu’il montre de son vin, en accueillant celui, celle qui s’apprête à acheter son vin.  

 

Le lien avec le consommateur : c’est le véritable objectif de toute la démarche marketing. On va retrouver ici le clin d’œil d’humour et la personnalité de la vigneronne ou du vigneron.   

 dsc01778.jpg

Pour suivre le chemin

. Une précision : j’ai conçu cette fiche pour les vignerons participants à l’assemblée générale annuelle le 18.11.2004 des vins de pays. Le syndicat des vins de pays du Jardin de la France m’avait demandé d’intervenir sur le thème du ‘positionnement des vins de cépage’.  A cette époque, il était interdit d’utiliser le mot « Loire » aux vins de pays et vins de cépages par la réglementation protégeant les vins AOC.  

. Le panorama réglementaire a beaucoup changé depuis lors. Les vins de pays n’existent plus depuis 2009. Une nouvelle catégorie est née, celle des vins de France, plus ‘facile’ à vendre à l’étranger. Sur le sujet, voir l’article de Juliette Cassagnes sur Vit-Net

http://www.viti-net.com/actualite/france/article/anivit-vin-france-pays-ocm-11-55924.html

. Actuellement, la situation n’est pas du tout éclaircie. Disons qu’elle est en cours. Sur ce sujet très compliqué et très sensible, au regard de la dimension identitaire et financière des vins, selon leur classement et la possibilité d’évoquer ou non leur ancrage géographique, lire une bonne compilation sur

 http://www.vignobletiquette.com/diver/communique.htm

 

quelques-images-de-vigne01313.jpg

. La question de l’origine de ces vins reste entière. Echanger une identité ‘Jardin  de la France », incompréhensible que ce soit en France ou à l’étranger, avec une identité ‘France’ ne semble pas plus porteuse pour les acheteurs et ou consommateurs. Pour moi, un vin est toujours de quelque part, comme il a toujours un géniteur. Si non, ce n’est plus du vin ; ça devient une boisson.   

. Photos EP.     

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : Vin & Spiritueux
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