C’est une drôle d’histoire, triste aussi, un peu, beaucoup, comme toujours. Il y a déjà eu des précédents
célèbres, chez des voisins, en Chine, il y a bien longtemps. C’était au temps où le délice des délices consistait à bander le pied des petites filles de façon à en bloquer la croissance. Des
pieds atrophiés de 15 cm de long au maximum, cassés, mutilés qui ne leur permettaient pas de marcher. Comme
on entrave les pattes des chameaux le soir pour les empêcher de partir trop loin chercher l’herbe rare dans le Désert des Désert en Arabie Saoudite. Pour les femmes, c’est un peu la même
chose : il suffit de brider la marche pour les empêcher de penser à autre chose qu’à leurs pieds.
La couleur peau
La souffrance en moins, et encore, c’était ce à quoi j’ai pensé en voyant M, le supplément Luxe du Monde, qui doit être encore un peu plus grand que celui des Echos dont il a copié et le style et le sens. L’article mode est consacré aux styles Grains de Peau pour vanter la couleur chair sur chair des modèles présentés. Mais le concept va beaucoup plus loin si non ce ne serait ni drôle, ni nouveau. Un drôle à comprendre que ce ne serait pas si étrange que cela. Or il faut faire du frappant, du symbolique, du limite sadisme pour montrer qu’on est « in ».
Le pied, la cheville
Pour cela, une idée est de partir du pied chaussé de chaussures improbables, avec des talons de 10cm de haut, en
métal ultra-fin, avec des semelles compensées de 5-6cm d’épaisseur de quoi se tordre 10 fois la cheville à marcher sur un trottoir. D’autres pieds, toujours des talons mais cette fois-ci avec des
chaînes qui traînent à terre, pour le bruit et le symbole. Elles relient le talon à l’arrière de la semelle. Des liens entravent la cheville comme autant d’attaches très visibles.
Ils sont lâches pour mieux mettre en valeur la soumission de celle qui les porte.
La courbure
Des talons à tuer, des semelles à se tordre, des chaînes à rappeler le bruit des forçats qu’on embarquait à Marseille pour la Guyane, il y a peu encore, pfuitt, on a déjà tout vu, le talon est un peu plus haut et puis, puis rien. Alors il faut faire plus.
L’idée est de remonter et d’arriver à faire entrer tout le corps dans la chaussure en jouant sur la ligne globale renforcée par la matière peau sur peau et la couleur chair. Vous prenez des bottillons atroces qui fixent le pied en position la plus verticale possible. Il est impossible de dérouler la jambe, de faire jouer la flexibilité de la cheville et d’apposer le pied en douceur. La seule façon de « marcher » serait de sautiller jambes tendues.
La prison de pied
Ces prisons de pied sont bombées sur l’arrière et bombées sur l’avant, le pied
étant quasiment à la verticale dedans. Vous, le photographe, vous allez demander au mannequin de reproduire avec son corps la double courbure de façon à ce que la jambe gauche pliée à la hauteur
du genou s’inscrive dans un S qui commence au sol et change de direction à la hauteur du genou, en repartant vers l’arrière. Ce S se poursuit en partie haute avec le dos rond de la nana et remonte ensuite jusqu’à
la tête.
En jouant avec le pied, vous avez conçu un nouvel être qui ne peut plus marcher et dont l’ombre est d’un sadisme achevé qui donne le frisson: c’est un cintre composé pour le tiers inférieur par ces fameux bottillons.
Pour suivre le chemin
Supplément Le Monde 09, février 2010
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Le vin pour eux ajoute à la difficulté de la vie. Ils sont coincés au bureau par leur chef, tyrannisé par des psys, embêtés par des vendeurs agressifs et en plus le soir avant de dîner
avec la belle de leur cœur, ils ne savent pas quel vin choisir.
son chéri lui apporte ! Elle a du punch, la nana !