En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

Présentation

1001 façons de manger

Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 17:41

 

Vous le savez bien évidemment : à force de manger tous les jours plus qu’à notre faSalade fraicheim, il est indispensable actuellement de ‘faire compliqué pour faire raffiné’. Je sais bien que je devrais dire pour ‘devenir raffiné’. Mais ça non plus, ça ne marche pas parce qu’on est ou naît raffiné dans notre culture. On ne le devient pas. Donc pour l’être (raffiné), il vous suffit de rendre compliquée une recette simple et pour cela d’ajouter les ingrédients aux ingrédients, en multipliant les saveurs dans l’espoir de créer du nouveau pour des palais saturés. Notre époque a certains airs de la cour de Louis XIV où l’indispensable vital était d’afficher LE code d’appartenance social à l’honneur perceptible par les autres.

 

Actuellement c’est toujours ou à nouveau la même chose. Il ne s’agit plus de manger vraiment mais de brouiller les cartes de façon à être perçu comme étant cultivé. Il faut que ce soit relativement facile à faire et long à dire, la cuisine j’entends, celle que l’on fait à la maison. Et pour cela, utiliser beaucoup de mots pour que vous ayez l’impression d’en avoir plein la bouche. C’est bien pourquoi, on vous envoie dans certains restaurants un jeune homme vous réciter la liste des composants de ce que vous avez mangé, enrichie des 1000 et 1 façons dont le chef les a cuisinées. Drôlement intellectuel comme procédé, quand même. 


Le test du raffinement avec les Pâtes Marinara

C’est une recette que j’ai trouvée dans « L’esprit grand ouvert », le magazine de la Région des Pays de Loire qui est bien fait. Il s’occupe de tout pour nous: prôner le design et l’innovation en pays rural, réaménager la Loire entre La Pointe et La Possonnière, rappeler le naufrage de l’Erika, faire une piqûre de rappel pour la culture…et toujours manger. On pourrait s’attendre à trouver dans cette revue régionale une ancienne recette remise à la mode des confins de la Mayenne ou du Saumurois. Mais non, c’est une recette qui n’a d’italienne que le nom. Peut être en signe d’ouverture ? 


Le choix de cette recette

Elle présente plusieurs avantages :

. elle est simple selon les standards actuels,Coquille Saint-Jacques en vrac

. ne nécessite que 14 ingrédients ( !) pour 4 personnes,

. n’utilise pas ou peu de légumes sauf de façon homéopathique et/ou décorative(tomates, olive, basilic, citron) ;

. elle recourre aux pâtes, la nourriture universelle si on veut plaire aux palais juvéniles

. avec la touche italienne, là aussi à vocation mondiale.

. Enfin elle a comme avantage de pouvoir  se préparer un peu l’avance et se garder au chaud pour attendre les invités et non pas l’inverse.

= Elle a aussi un autre intérêt à mes yeux : c’est qu’elle est très facile à simplifier, ce qui signifie qu’elle est artificiellement compliquée. Ouf

 

Les ingrédients

La version ‘restaurant’ prévoit 250 g de pennes bio, 200g de thon, autant de saumon, 4 gambas et 4 grosses Saint-Jacques, 10 tomates, 4 jaunes d’œuf, 1 citron, 2 gousses d’ail, du basilic, un morceau de parmesan, de l’huile d’olive bio, du sel et du poivre. 

 

La préparation

Vous faîtes cuire les pâtes à l’eau et dés qu’elles sont prêtes al dente, vous les sortez de l’eau. Pendant le temps de la cuisson, vous épluchez les tomates et  enlevez les pépins.  Vous mettez les morceaux de poisson, les Saint-Jacques et les gambas que vous avez pris soin de décortiquer avant à dorer dans une poêle huilée. Vous ajoutez après quelques instants les tomates et l’ail. Après une dizaine de minutes de cuisson à feu doux, vous ajoutez les pâtes à la préparation. Vous répartissez le mélange dans des assiettes creuses. Dessus vous versez les jaunes d’œuf battus, vous ajoutez les copeaux de parmesan, avec les feuilles de basilic et des rondelles de citron.

 

La complexification par la multiplication

Pour rendre une recette plus sélective, - en matière de pub, on dirait qui vous ressemble plus - il suffit de multiplier les ingrédients. Ici, par exemple la recette aurait gardé son sens avec une seule sorte de poisson, Non, il y en a deux plus les gambas et surtout les Saint-Jacques qui sont le seul élément cher - dans nos esprits - de la préparation.  4 pour 1. Et ça va continuer comme ça tout le temps.

 

La base d’huile d’olive toujours bio bien sûr déjà enrichie par le goût des poissons, des crustacées et des coquillages rissolés avec de l’ail, va être renforcée par les œufs battus, du fromage concentré en goût, sans compter le basilic et le citron.  Le sel et le poivre, qui sont des exhausteurs de goût, vont dynamiser les saveurs. Rappelons qu’il y a Coquille Saint-Jacques détaildéjà naturellement du sel dans le poisson et dans le fromage et que le basilic est aussi naturellement très aromatique. Quant au citron, je n’envois guère l’utilité, si ce n’est en guise de décoration  parce qu’il y a du poisson.     

 

La diversification par l’origine

Faire des pâtes au poisson n’a rien de spécial pour attiser notre imaginaire. Cela devrait ou pourrait d’ailleurs. Comme nous sommes sommés de mieux manger et de manger plus, quoi qu’on en dise (plus de légumes, de produits laitiers, de bonne huile…), il va suffire d’ajouter et de rajouter quitte à surajouter dans une escalade qui n’a pas de fin.  

 

La diversification par l’origine va nous faire voyager. Il s’agit de parler une langue culturelle différente de celle de son pays natal, la cuisine régionale n’ayant plus vraiment la côte. Depuis plusieurs décades,  l’Italie  a conquis le monde avec ses recettes qui sentent l’art du farniente au soleil placé sous la triade de l’huile d’olive, du parmesan et du basilic. La prééminence actuelle  de ces trois composants ne cesse d’interroger : que faisions-nous donc avant cette mode du tout-italien dans nos cuisines ? Quoi qu’il en soit de ces interrogations, manger des pâtes italiennes, c’est plus sympa que de manger des pâtes alsaciennes. Tout le monde a envie d’aller en Italie, ce n’est pas forcément le cas pour l’Alsace. Ce sera donc, des pâtes oui, mais des italiennes, si.  

 

La diversification selon le mode de culture et/ou le conditionnement

Le jeu consiste à mettre en lumière certains éléments en laissant les autres dans l’ombre. L’huile d’olive ne peut être que bio, les pennes – on ne parle pas de pâtes bien sûr – aussi ; le basilic est en bouquet, pas séché ; les tomates viennent du marché et le parmesan se râpe en copeaux avec le couteau spécial. Malheur à qui utiliserait du parmesan en poudre ou des tomates en boîte. Par contre, rien n’est dit sur l’origine des autres constituants. Quid des tomates ? Viennent-elles du sud de l’Espagne où les conditions de production sont réellement épouvantables pour les travailleurs émigrés venant d’Afrique et peut être aussi pour les tomates qui en sont la finalité?  

Le silence sur certains constituants

Outre la question des tomates, se pose celle du saumon ? Vient-il d’une ferme d’élevage ? Vraisemblablement, si non, cela serait dit. Mais il arrive un moment où à tous manger du saumon sauvage, il n’y a pas assez de saumon sauvage. C’est la même chose pour les coquilles Saint-Jacques, avec une acuité encore plus forte. Chaque Français sait que les conditions de la pêche de la coquille sont extrêmement réglementées en France. La production est donc très faible et donc la coquille est chère. Sauf qu’il y a coquille et coquille et que toutes sont Coquille Saint-Jacques- Pecten maximusconfondues avec les Pecten maximus ou C-S-J. Mais c’est faux bien que ce soit tout à fait légal. Il y a tellement de sorte de CSJ que même Wikipedia a du mal à suivre. C’est dire que dans un catalogue Carrefour, vous trouvez six produits cuisinés sur onze avec des CSK qui sont soit des:

-        .  Argopecten Purpuratus, origine Pérou ou Chili,

-       . Chlamys Nobilis, origine Vietnam,  

. Plactopecten Magellanicus, origine Canada  (Magellanicus parce qu’originaire au départ du détroit de Magellan, Argentine et Chili),

.    Zigochlamys Patagonica, origine Argentine ou USA, Uruguay aussi...         

 

Remarquez,  je ne suis pas contre. Mais tant qu’à me parler, autant me parler vrai et ne pas employer le vocable de CSJ quand ce n’en est pas. Là, je sens une confusion certaine et volontaire de l’OMC qui a autorisé cette pratique. Je fais aussi amende honorable. J’ai en son temps assez râlé contre les cueilleurs de CSJ de la Baie de Somme parce que eux mêmes râlaient en raison des durées trop courtes de ramassage pour nécessité de préservation de l’espèce.  Ils avaient peut être aussi d’autres raisons de râler,  contre la confusion variétale et juridique.    


L’enrichissement

Au final, la recette est comparable à un gros gâteau multi-couches où les couches sont impossibles à distinguer. Le jeu social consiste alors à isoler un des éléments de saveur pour montrer sa capacité à goûter ce melting-pot. C’est là où se trouve le raffinement : « oh, c’est bon. On sent bien le basilic, les deux goûts de poisson…Et les pennes sont faites pour ça ! Oui » Ou ce que vous voulez, il y en a forcément pour tous les goûts..

Mais si vous faites le compte, comptez un peu ce que vous avez dans le ventre: 
- plusieurs Italie pour les penne, l'huile, le parmesan, de l'Uruguay, de l'Argentine, des Etats-Unis, du Vietnam, du Pérou, du Chili pour la coquille, des côtes africaines pour les gambas (dont j'ai oublié de vous parler d'ailleurs), de l'Ecosse ou de la Norvège pour le saumon, du Brésil pour le thon, de l'Espagne ou de France pour les tomates...et d'autres que j'ignore. Je n'en peux plus, ou plutôt c'est mon ventre qui gargouille devant tant d'apports. Quant à ma tête, elle me crie: ça suffit. 
 

La déconstruction = moins égale plus   

Il vous suffit de simplifier en gardant les pâtes, avec une source de protéines, une de corps gras, un aromate; votre ventre, votre tête et la planète seront satisfaits et vous remercieront! Comme avec la recette des huîtres gratinées au Crémant de Loire où il n’y a que trois ingrédients : les huîtres, le crémant et les jaunes d’œufs. Et en plus, c’est délicieux. Une prochaine fois.  

 

Pour suivre le chemin
. l'esprit grand ouvert, n° 29, nov.déc.2009
 

. Sur la coquille Saint-Jacques

Coquille ou pétoncle :  http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9toncle

. Photo CSJ (Pecten maximus) de Wikipedia, autres EP avec une salade de pâtes en Ier qui n'a rien à voir avec la recette.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Dimanche 20 décembre 2009 7 20 /12 /2009 12:43

En cette période de Noël, où toute la pub nous prépare mentalement et physiquement à manger beaucoup, bien au delà du raisonnable, - pouah, quel vilain mot, quand on aime on ne chipote pas - je vais vous faire un cadeau : ressortir de magnifiques pubs que je n’ai jamais réussies à jeter, celles pour des produits tripiers, avec ou sans recette, parues en octobre 1998 avec une piqûre de rappel un an plus tard aux mêmes dates. Quand ça plait, il ne faut pas hésiter.

 

Commençons sobre, c’est à dire sans la recette, histoire de vous mettre en appétit.  Le slogan d’abord pour montrer l’ambition de ces visuels parues dans Ouest-France dans les pages agricoles : ‘Les produits tripiers, il y a ceux qui aiment et ceux qui ne connaissent pas’. C’est l’agence Procrea qui nous a mijoté ça, avec deux insertions pour chaque produit tripier.

 

Il faut dire que la sinistre affaire de la vache folle (1993) n’avait pas arrangé la situation de ces produits goûteux comme la tradition l’affirme et pourtant si difficiles à vendre en ces temps d’anthropomorphisation de l’animal. Le choix de l’annonceur, la fédération des produits tripiers, a été de faire du second degré avec un brin d’humour dans les légendes et très premier degré pour les photos du produit cru pour le Ier visuel suivi par une autre insertion avec cette fois-ci la Pub-produits tripiers-la languerecette cuisinée. La parution en 2 temps permettant  de ne pas se moquer du produit qui va être mangé ou de ceux qui vont le manger.

 

Les produits tripiers                                                

La langue

‘On peut fréquenter tous les grands restaurants sans être un top model’, affirme la photo de la langue marquée ‘langue’ dans la Ière publicité. La seconde montre la langue cuite et coupée en morceaux tel un archipel au milieu de haricots blancs, sous la légende suivante ‘il y a ceux qui aiment la langue de veau à la Toulousaine et ceux qui ne la connaissent pas’.

 Pub-produits tripiers-foie de veau

Le rognon                                                           

Un gourmet est facile à reconnaître : il découvre cette photo sans faire la grimace’ pour la photo d’un rognon, sans que soit précisé de quel animal il est issu. La recette nous donne l’info, c’est un rognon de boeuf à la Dijonnaise, avec la même affirmation au-dessus de la photo que précédemment.

 

Le foie

Sans vouloir vous flatter, si cette photo vous fait saliver, c’est que vous êtes un fin gourmet’. Mais cette fois-ci, il y a un changement, le foie montré cru est Pub-produits tripiers, foie de veauaccompagné de la recette, sans que celle-ci soit photographiée. Un an après la sortie des deux autres séries, le client voulait juste faire un rappel.  

 

Les trois recettes                                               Pub-produits tripiers, recette langue de veau

La langue de veau à la Toulousaine

Pour 4 personnes, préparation 20mn, cuisson 30mn, il vous faut 3 langues de veau cuites + 1 saucisse de Toulouse + 300 gr de haricots cuits à la graisse d’oie + 1 cuillerée à soupe de graisse d’oie + 100gr de chapelure + 2 gousses d’ail + 2 oignons + 2 tomates + 1 bouquet garni + sel et poivre. Ca va très vite puisque tout est déjà cuit à l’exception de la saucisse.

 

Vous faites dorer 10 mn la saucisse coupée en morceaux 10mn avec les oignons et 1 gousse d’ail, puis vous ajoutez les langues coupées en morceaux avec les tomates et le bouquet garni qui vont mijoter pendant 15 minutes.  Ensuite, vous frottez un plat à gratiner avec l’autre gousse d’ail, placez une bonne partie des haricots déjà cuits dedans, dessus vous placez le mélange avec les langues et la saucisse  en garnissant le pourtour du plat avec les haricots restant. Vous nappez de chapelure et faîtes gratiner. 

 

Les rognons de bœuf à la Dijonnaise

Pour 4 personnes, 15 mn de préparation et Pub-produits tripiers, recette rognonautant de cuisson, il vous faut 2 rognons de bœuf + 4 cuillerées à soupe de grains de moutarde + 2 de farine + 1 de moutarde + 1 oeuf + ½ verre de madère + sel + poivre et fines herbes.

Vous commencez par saupoudrer les rognons avec la farine, vous les badigeonnez avec un mélange composé par l’œuf, la moutarde en grains et les fines herbes. Dans une cocotte huilée, vous les faites cuire à 240° (thermostat 8)  pendant 15 mn. Ensuite vous les égouttez, en retirant la graisse et en ajoutant le madère ; vous remettez au feu et laissez réduire de moitié. Hors du feu, vous ajoutez la moutarde sur la préparation, vous délayez et la cocotte remise au feu, vous fouettez. Pendant ce temps, vous avez eu le temps de préparer des pommes de terre sautées qui vont accompagner la recette. 

 

Le foie de veau à la Normande*

Pour 4 personnes toujours - il n’y en a pas un Pub-produits tripiers, foie de veauqui a intérêt à manquer -, comptez 15 mn pour la préparation et 20mn de cuisson. Il vous faut 4 tranches de foie de veau + 50 g de beurre + 15cl de cidre doux et autant de cidre brut (raffinement) + 15 cl de crème fraîche + 5cl de calvados + 150g de champignon de Paris + ½ cuil. à café de fécule de pomme de terre + sel, poivre, persil. 

Vous saisissez les tranches 30 secondes par face dans une poêle avec du beurre Vous flambez au calvados, salez et poivrez. Vous réservez au chaud et mouillez avec les deux cidres, sans indication sur celui que vous mettre en Ier, avec la crème fraîche. Ensuite vous laissez mijoter 10mn. Pour finir vous liez avec la fécule de pomme de terre délayée dans un peu d’eau. C’est à ce moment que vous ajoutez les champignons. Vous servez avec des galettes de pommes de terre, râpées à cru et rissolées dans un mélange huile et beurre. La photo montre la recette avec des tagliatelles, mais pour la Normandie, j’ai préféré les pommes de terre.  

 

Pour suivre le chemin

* La recette parle de foie de veau au cidre. J’ai trouvé que la dénomination était réductrice parce qu’il y aussi du calvados qui ne peut être que de Normandie, comme le camembert, j’ai donc changé l’intitulé. Les autres recettes sont bien appelé par leur région d’origine. 

. Pour actualiser vos connaissances sur les produits tripiers, consultez le site dédié et voyez en particulier la pub pour un nouveau bouquin de recettes ‘Beurk, c’est bon’ (à ne pas offrir aux personnes qui sont sensibles à une tête de veau mort qui vous regarde dans les yeux) et une autre recette de foie de veau à la normande :

http://www.produitstripiers.com/actualites/beurk-c%E2%80%99est-bon

http://www.produitstripiers.com/recettesite/foie-de-veau-aux-saveurs-normandes
Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Samedi 11 juillet 2009 6 11 /07 /2009 20:22

Le rituel belge 

Et oui, en Belgique, les pubs de Métro le journal gratuit, ne vous le cachent pas. C’est l’ouverture de la saison des moules. Chez Carrefour, elles arrivent toutes fraîches pêchées de l’Océan Atlantique nord-est (c’est où ?) avec tout ce qu’il faut pour les savourer. Il ne s’agit pas de manger bêtement de la moule. Il faut le rituel :

-        de la sauce spéciale pour moules, je n’ai aucune indication sur la composition,

-        des frites belges surgelées, à faire frire, bien sûr,

-        des légumes pour moule, impossible de vous dire lesquels, c’est vert et blanc, c’est tout ce que j’arrive à voir sur la pub,

-        et bien sûr du vin blanc, avec promo spéciale moules. C’est du Vouvray, vendu en bouteilles par trois, dont une gratuite au prix incroyable de 10,98 E.

 

Deux pages plus loin, chez Delhaize, les moules sont des véritables de Zélande, provenant de la mer de Wadden et Escaut oriental, calibrées pour 60 à 70 pièces au kilo. L’ordre change. Cette fois-ci, on vous vend aussi une casserole pour moules, superbe et noire, des légumes nature, provençale ou fenouil (c’est mieux pour la précision). Le vin blanc est un Muscadet à 2,99E (réduction de 0,80c déjà faite mais avec une consigne de 0,30E à ajouter). Impossible de voir la marque. Gageons que c’est un vin Delhaize. Ensuite la sauce fraîche pour moules, les frites et pour ceux qui ne veulent pas de vin ou en plus, 6 bouteilles de 25cl de bière Blanche du Lion à 2,69 (- 0,30c de promotion et + 0,60 c de consigne).     

 


Accords mets-vins 

Vous pouvez les manger nature avec un vin blanc sec, comme ce qui est proposé ici classiquement par les deux concurrents. Vous pouvez raffiner et ça, ça devient amusant pour trouver le vin ad hoc. Je ne vais rien inventer. C’est plus sûr pour vos papilles. Je me réfère à des spécialistes de la vraie moules belges. J’ai nommé Alain Bloeykens du magazine belge Vino. Ses choix :

-        des moules au curry

+     un Riesling Hochheimer Kirchenstück, Spâtlese Trocken, Scaheffer, Rheingau (Vino 1),

 

-        un gratin de moules, avec noisettes, pignon à la sauge et zeste de citron vert

+     Manzanille Fina, ‘Las Medallas de Arguëso’, Heredos de Aguëso, Andalousie (V2)

 

-        un potage ‘Goudmer’ au safran et à ciboulette

+    Rosé Fallet, ‘Surprise’, Vin de Pays d’Oc, assemblage de grenache (70%) et de cinsault (30%) (V3)

 

-        des moules au vermouth français, au fenouil et à l’estragon

+    un Limoux, Chenin blanc Fûts, Rives Blanques, Languedoc (V4)

 

-        des moules au naturel

+    Muscadet Sèvre et Maine sur lie, Delhommeau, Cuvée Harmonie (V5) 

 

Pour suivre le chemin

. http://www.carrefourbelgium.be/news_01.cfm?lang=fr&News_id=2563

. http://www.delhaize.be/delhaize/actions/mussels/_fr/mussels.asp

. http://www.vinopres.com/template_activities_detail.asp?act_id=6&lng_iso=FR

 

. En matière d’accords mets-vins, à vous de jouer maintenant ; vous avez vraiment le choix entre le Vouvray, le Muscadet, la bière blanche plus les 5 choix de Vino. Le jeu, car c’en est un, est que l’article de Vino date d’octobre, novembre 2005 et que les vins concordent évidemment. V1 est un 2001, V2 sans millésime, V3 un 2003, V4 un 2004 et V5 un 2004.

 

. Pour moi, je vous propose des moules marinées à la péruvienne.  

Après avoir lavé les moules, il faut les saisir à feu vif, sans les cuire, en recueillant leur eau. En vous y prenant 3 heures avant le repas, car il faut enlever chaque moule de sa coquille et les placer dans un saladier avec le jus de plusieurs citrons verts et des oignons blanc coupés en morceaux. Vous placez le tout au réfrigérateur et ajoutez juste avant de servir de la poudre du piment de Cayenne  et du persil hâché. (Quantités, 2l de moules, 8 petits citrons verts, 100 gr oignons blanc = libre à vous d’en mettre moins pour essayer).       

 

   

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /2009 18:40

Cette fois-ci, il ne s’agit pas de demander à une personne ou à une famille comment elle mange. Il s’agit de déterminer les styles de vie en matière de nutrition aux Etats Unis à partir de l’offre des industriels de l’agro-alimentaire (IAA) de ce marché. Parler de ce qu’aimeraient ou devraient manger les Américains et non pas ce qu’ils mangent réellement. Il faut dire que l’étude est sérieuse. Une enquête sur les nouvelles tendances de consommation aux Etats-Unis a été faite à la demande des industriels auprès des consommateurs, dans un but d’ajustement entre l’offre et la demande.     

 

Les tendances en matière d’innovation alimentaire

Elisabeth Sloane, spécialiste dans la recherche de l’innovation alimentaire, met l’accent sur les  10 grandes tendances révélées par l’enquête :

 

  1. Dining in : revenir  manger à la maison le soir pour se préparer une nourriture plus adaptée à ses souhaits.
  2. Foodie talk : savoir parler de plats différents et différents avec d’autres, tout en découvrant d’autres cuisines du monde (méditerranée, asiatiques…) et valorisants. 
  3. Next generation beverage: goûter les nouvelles boissons (eaux pures super-oxygénées, soda sans calorie, énergisant, pour le sport…)
  4. Sense appeal : découvrir les innovations alimentaires (goût, texture, packaging, couleur)
  5. Snacking sharing : utiliser les nouveaux snackings faciles à manger à tout moment.
  6. Form and functions : prendre de plus petites portions, avec moins de calories, faciles à utiliser (surgelés, kits de cuisine, boissons énergétiques).
  7. Seriously healthy pour plus du tiers des consommateurs : manger plus de légumes et de fruits, des fibres, de protéines, de bonne graisse, des Omega 3 en particulier pour les seniors.., 
  8. Local motions pour plus du tiers des consommateurs : attacher une dimension environnementale à la nourriture de proximité, de terroir…
  9. Doing without : utiliser de plus en plus les produits sans, sans graisses, sans sucre, sans gluten…et chasser les mauvaises graisses.
  10. Kidding around : sélectionner la nourriture adaptée pour les enfants (santé +, bio, vitamines et minéraux +). C’est la plus forte des tendances.

 

A lire ces 10 tendances, que découvre-t-on ?

Manger,  ce n’est pas seulement ingérer de la nourriture, comme on met de l’essence dans une voiture.  Manger, c’est partager un moment, avec d’autres si c’est possible pour en parler ; partager un espace qui peut être public, comme c’est le cas au restaurant ou qui relève du domaine privé, ici c’est l’appartement ou la maison. Une des tendances du marché américain est cette re-découverte du chez soi pour préparer son alimentation et mieux manger. Il n’est pas dit qu’il y a un repas tel que nous le concevons, ni que les personnes se mettent à table ensemble à une certaine heure, ni qu’on prépare une recette de A à Z. Le snacking et le tout préparé sont là pour le rappeler.

 

Manger c’est aussi partir à la découverte. L’accent mis sur la recherche du nouveau est présent dans plus de la moitié des tendances: nouvelles cuisines, nouvelles boissons, innovations, portions, produits + (vitamines, minéraux, bio), produits – (graisse, sucre, gluten, allergènes). Le lien avec le partage avec des mots apparaît ici à nouveau. C’est en effet plus facile de parler à d’autres de ce qu’on mange quand on découvre de nouvelles cuisines et de nouveaux plats. On retrouve là la dimension très dynamique de l’industrie agro-alimentaire nord-américaine dans le domaine des innovations. On compte en moyenne plus de 3 000 nouvelles boissons par an. Si la cuisine ne se fait plus à la maison, il n’est pas étonnant non plus qu’elle se fasse autre part, au restaurant ou en magasin prêt à l’emploi.

 

Manger est un acte individuel qu’il appartient à chacun d’assumer. Chaque âge a ses produits (bébé, parent pour l’enfant, ado, femme enceinte, senior) et ses boissons ; chaque activité a les siens (boissons et barres pour le sport), chaque espace les siens (gobelet à boisson tout en marchand, nourriture à manger en voiture…) ; chaque instant est occupé par un produit ou une boisson (nourriture et boisson ambulatoire). La vision du + et du – est particulièrement présente. Selon l’objectif visé, il s’agit d’ajouter ou d’alléger ou de panacher. Il est aussi un choix sociétal particulièrement quand on décide d’acheter ‘local’ pour diminuer le transport et alléger la pression sur l’environnement. Du quantitatif, on passe au qualitatif avec déjà une idée de ‘terroir’. Mais on ne parle réellement de bio que pour les enfants.  

 

La facilité d’usage est un des musts de l’achat alimentaire préparé ou prêt à cuire. Cette facilité induit un certain style de vie, basée sur la possibilité de manger ce qu’on veut, au moment où l’on veut, sans avoir de temps d’attente, sans avoir les connaissances, le matériel ou l’espace disponible pour préparer cette nourriture et en l’absence d’une personne dédiée à la prise en charge de la fonction de nutrition du groupe. Sans aussi avoir besoin des autres, pour manger ensemble. Quand tout est pré-programmé pour manger seul, pourquoi voulez-vous se réunir à plusieurs. Par contre, dés lors que vous préparez le repas, l’idée de la faire aussi pour les autres vous incite à changer vos habitudes. Pour les industriels, il pourrait y avoir un risque de désaffection de la part des acheteur-e-s. Pour contrer cette tentation, ils proposent sans arrêt de nouvelles facilités d’usages pour justifier l’innovation, le packaging, la publicité, la création de valeur et l‘augmentation du prix. De quoi faire bouger le marché et damner le pion aux concurrents ! D’où aussi la nécessité de faire cette enquête avant l’ouverture du salon IFT à Chicago.         

 

L’amélioration ou le maintien de la santé est certainement le point commun de ces tendances, pour les célibataires, les couples sans enfants, les personnes vieillissantes et les parents qui veulent lutter contre l’obésité de leurs enfants. Ce sont les seuls consommateurs à être nommément cités.  A l’exception des femmes enceintes, les femmes ne le sont pas. Ce sont pourtant elles qui sont les plus soucieuses de leur ligne. Visiblement pas au point d’avoir une nourriture spécialisée pour elles. 

 

Le différentiel  

Entre la réalité de la pratique alimentaire aux Etats-Unis et l’offre des industriels

Manger aux Etats-Unis est toujours une aventure intéressante. Pour un Français, tout change, les heures, les usages, le fait de manger seul, le rôle essentiel que jouent réfrigérateur et congélateur dans une famille (on ouvre et on prend), l’absence de repas programmé ensemble, la notion même de repas, les dimensions des plats, l’importance du sucré, du doux et du pimenté, sans oublier l’importance très  grande de la communauté/classe à laquelle on appartient, de l’Etat dans lequel on se trouve, de la différence entre la campagne et la ville… La segmentation marché/produit est née aux Etats-Unis, on le constate tous les jours.

 

Etats-Unis, France = différence  ou ressemblance ?

A nos yeux de Français, comparer « les » façons américaines de manger à celles qui se dégagent de la pratique en France serait un non-sens. Les uns ont la réputation de très mal manger alors que tout dépend de l’endroit où on est, avec qui, comment…Les autres (= nous) déclarent posséder la meilleure cuisine au monde. Le problème est que les Chinois aussi, qu’il n’y a pas de plat emblématique mondial, comme l’est la pizza pour l’Italie ou le sushi pour le Japon, et que surtout aussi tout dépend de l’endroit où on est, avec qui, comment…

 

Alors comment dire que les points de ressemblance sont plus forts que les différences ?

Cela paraît vraiment difficile. Et pourtant, c’est le cas. Avec cette étude d’Elisabeth Sloan et reprise par LSA, on ne peut que constater qu’est maintenant très visible l’existence d’une nourriture mondiale existante aussi bien aux Etats-Unis qu’en France. Reprenez les 10 tendances et vous retrouvez *l’importance du dîner, le seul repas en semaine où parents et enfants se retrouvent, *la diffusion large des plats préparés surgelées de toutes les cuisines du monde, *l’essor des nouvelles boissons, *les innovations pratiques continues, *l’explosion du grignoter à tout moment, *le prêt à manger, *le local et le terroir (et pour nous le bio, plus que le local qui ne fait que démarrer), *la vogue du sans, *la vogue du plus (avec une différence, chez nous, c’est plus pour les seniors que les enfants).

 

La naissance d’un ordre alimentaire mondial

Cet ordre alimentaire nouveau a une diffusion mondiale. Ceci n’est pas un hasard. Au départ, il y a la diffusion de la recherche médicale sur les grandes pathologies des pays riches, là où il y a des parts de marché à prendre pour les ‘majors’ américaines ou à capitaux cosmopolites, implantées dans le monde entier. Celles-ci se calent sur les nouvelles demandes des marchés, qui eux-même évoluent très rapidement sous l’effet de l’action des gouvernements qui mettent en application les recommandations des organisations internationales et en particulier de l’OMS.

 

Vous prenez donc l’OMS, les organisations régionales comme l’UE, les Etats membres comme la France d’un côté, ça c’est le politique. Vous prenez aussi les innovations des grandes entreprises agro- alimentaires qui sont diffusées très largement dés lors que les marchés d’implantation de leurs filiales sont prêts à les accueillir. Suivent les décisions politiques qui modifient les réglementations; les mises sur le marché des nouveaux produits alimentaires s’accélèrent dés lors qu’il y a une demande, quitte à la créer. Entre les deux, se trouvent les consommateurs qui vivent de plus en plus à l’heure mondiale, qui est toujours l’heure américaine.

 

Et c’est ainsi que naît une nouvelle façon planétaire de se nourrir. Rappelons que pour la France, l’aventure a commencé avec l’arrivée du Coca Cola lors du débarquement des soldats américains venus nous libérer ; Mc Donald ne s’est implanté qu’en 1979 à Strasbourg. Mais à la surprise de l’état-major américain, la France est devenue un des marchés le plus solide d’Europe. N’oublions pas non plus que les meilleurs prescripteurs du Mc Do ont été les grands-parents pour faire plaisir à leurs petits enfants. Actuellement, la chaîne au clown continue à poursuivre sa progression et ne connaît pas la crise. Pour rassurer sa clientèle française, la filiale France a ajouté des salades vertes et des fruits frais. Le marché ( = nous) a répondu OK ! 

        

Pour suivre le chemin

. Sur le Dr Elisabeth Sloan, présidente de « Sloan Trends & Solutions », voir aussi le lien entre le sucré et le pimenté pour les boomers,

http://www.boston.com/news/globe/ideas/articles/2007/10/07/some_like_it_hot/

. L’enquête a été faite avant l’ouverture de la Food Expo d’IFT (Institute of Food Technologists),  qui est un grand événement annuel qui se passe à Anaheim en Californie :  www.am-fe.ift.org/             

. Vous trouvez aussi des informations dans LSA sur ce qui se passe en France:

http://www.lsa.fr/les-americains-reequilibrent-leurs-menus,14105

. En France, voir surtout le Cabinet XTC, pour Xavier Terlet Consultants, qui possède la Ire base de données mondiales dans le domaine des IAA

http://www.xtcworldinnovation.fr/default.asp?id=36

. Lire aussi « Drôles de goûts » de Bénédicte le Guérinel et Xavier Terlet, Glénat pour découvrir des produits amusants 

. Photos EP: hamburger-galettes bretonnes+ frites, nuggets de soja pub du magazine Biocontact n° 190 -avril 2009, XTC écran, la 1 de couverture de "Drôles de goûts".

 

 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /2009 10:06

Gérard a décidé de prendre sa retraite à 65 ans. Il avait cet âge en tête depuis quelques temps. Non pas qu’il n’aimât plus son travail ou ses clients. C’était plus simple que cela. Sans avoir besoin de calculer longuement, il a fait la soustraction, 65 – 15, ça fait 50. 50 ans de travail, c’est bien. 50 ans de travail avec la fermeture du magasin en août, un peu pour se reposer en famille avec les enfants, beaucoup pour passer quelques semaines à la mer, où il a découvert la pêche.  

Le poisson et la viande

C’est au bord de l’Atlantique qu’il a vraiment apprécié le poisson frais pêché, les moules qui poussent sur les rochers, les palourdes cachées dans le sable et les crabes à attraper. Un vrai plaisir pour lui qui dés l’âge de 15  ans a toujours travaillé dans la viande de la volaille et dans celle du gibier. Pour lui, il y a réellement deux types de viandes, les viandes fines, blanches, qui sont celles des poules, poulets, lapins, canards, pintades, pigeons… Il connaît tout, sait quels sont les bons fournisseurs, connaît les bonnes découpes, les bonnes recettes, ce qu’aiment les clients, tout vous dis-je. Et puis il y a l’autre viande plus secrète dont il connaît tout aussi.  

L’attraction du gibier et ses fournisseurs

Cette autre viande, c’est celle du gibier. « Une viande délicate à travailler, qui sent, qui demande du métier pour la découpe, sans avoir de pertes, difficile à trouver quand on ne vend que de la qualité. Les clients recherchaient chez nous de la qualité et de la variété. C’est une clientèle de centre ville, qui aime à se faire plaisir en fin de semaine, une clientèle très fidèle aussi. Cette aventure a duré 30 ans rue de la Roe et ensuite aux Halles à Angers. Quand on s’est déplacé d’une cinquantaine de mètres, les clients nous sont suivis. Mais pas tous. De nouveaux clients sont venus. Encore une fois, c’est le gibier qui les faisait venir. Pour les fêtes de Noël et de Nouvel An, ça n’arrêtait pas. Les gens venaient de Saumur ».  

 

Au début de leur installation, des fournisseurs professionnels de gibier, il n’y en avait guère. L’approvisionnement était  aléatoire et dépendait des ressources locales en gibier. Quant à l’importation en provenance d’Europe de l’Est où il existe une forte tradition de la chasse, ou d’Amérique du Sud, qui constitue le principal réseau d’approvisionnement, il n’en était pas question pour Gérard. Il veut savoir d’où viennent les bêtes.  


Le gibier en Anjou et dans la Sarthe

Trouver de la volaille, ça dépend aussi de l’endroit où on est. A Angers, on a toujours mangé du gibier. L’Anjou et la Sarthe sont des régions de chasse, de châteaux et de grandes propriétés. Dans la Sarthe, près de Durtal, vers Sablé ou à Juigné sur Sarthe par exemple, il y avait une chasse ou Valéry Giscard d’Estaing venait chasser.  Au sud de la Loire, il y a aussi de belles chasses ; il y a un fournisseur près de Brissac par exemple. Nous les Angevins, on est connu pour manger du gibier.

 

Au départ en 1972, quand nous nous sommes installés, Eliane, ma femme, et moi, on ne trouvait pas de gibier. On commandait 100 faisans à l’époque de Noël, on en recevait 30, et encore parce que c’était nous. Puis très vite, les grandes chasses m’ont contacté et il est arrivé un moment où j’avais presque trop de fournisseurs. A la fin de la chasse, les participants partagent le tableau de chasse entre les actionnaires. Le surplus était géré par le garde-chasse qui me téléphonait pour me dire qu’il avait tant de gibier à céder, soit à chercher, soit à livrer. Dans la région, nous étions reconnus comme des spécialistes du gibier, petit et gros, d’octobre à fin janvier, aux dates d’ouverture. Notre principal fournisseur de gibier à ces dates, une fois qu’on a eu fait nos preuves, était Givigros, une grosse maison d’Haguenau dans le Bas-Rhin. Il faut savoir que c’est en Alsace qu’on trouve encore les sociétés de chasse les plus importantes. Il nous fournissait en cuissot, épaules, filet, côtelette de chevreuil, biche et sanglier…C’était de la belle viande. 

 

Abattre et découper un sanglier, ajoute Gérard, n’est pas une difficulté. Par contre, complète Eliane, il n’aime pas aller à la chasse au chevreuil. C’est trop délicat, trop joli. « Je ne suis pas un tueur », dit Gérard. « Une année, précise Eliane, j’avais suspendu en décoration un chevreuil, au lieu de mettre comme souvent un petit sanglier. Il a fallu le retirer très vite. Les clients l’assimilaient à Bambi ; les gamins disaient : c’est pas gentil.  C’était une des différences d’avec Paris où nous avons travaillé, rue de la Roquette (XIè). Les enfants ni leurs parents à cette époque là ne connaissaient les animaux. Ils s’en fichaient. Il n’y avait pas encore cette sensiblerie projetée par le cinéma ».        

 

La chasse en Nord-Anjou

Depuis son départ en retraite, de la mi-septembre à fin février, Gérard continue à chasser à Baracé  avec ses beaux-frères, Bernard et Gérard Guillet*, qui ont une chasse privée près de Daumeray, là où il a commencé à travailler dans la volaille. On y trouve encore du sanglier, du chevreuil  et du petit gibier, comme de la bécasse ou du faisan. « Un jour, Bernard a tué trois sangliers le même jour dans le bois en dessous de chez lui.  La chasse, c’est un plaisir que de partir dans les bois, à quatre ou à six, avec les chiens, pas tant pour le gibier qu’on rapporte,que pour être ensemble dehors à prendre l’air. Il y a une cabane sur place.   J’ai un fusil calibre 16 juxtaposé de marque Darme, une production de Saint-Etienne. Bernard, lui, a aussi un Darme mais de calibre 20, conseillé pour le sanglier.

 

A la chasse aujourd’hui, ce qui me manque vraiment, c’est mon chien, sauf quand on va au pigeon sauvage puisque c’est une chasse postée, à l’arrêt sans les chiens. Il s’appelait Milord. C’est d’ailleurs un garde qui me l’avait donné. Sa mère n’avait plus de lait. Ce chien avait la chasse dans ses gênes. Nous l’avons gardé 17 ans. Il faisait partie de la famille, au point que nous n’en avons plus voulu d’autres après. Il était cabochard, un peu-beaucoup cavaleur. Il adorait partir au Parc des Garennes proche et revenait ensuite l’air de rien alors qu’il savait bien qu’il n’avait pas le droit de sortir du jardin. Tout le monde le connaissait dans le quartier. Il avait une sens de l’orientation étonnant. Il a réussi un jour à nous rejoindre au magasin dans le centre d’Angers aux Halles à plusieurs kilomètres de là. On n’a jamais su comment il avait fait. La seule explication plausible est qu’il avait repéré le chemin en voiture.   

 

La ressource en petit et gros gibier

Dire qu’aujourd’hui il y a moins de gibier, oui et non. Il ne faut pas généraliser.  Il y a moins de petits gibiers à plumes -c’est du gibier de passage- comme la bécasse ou la grive. Il y a encore du lièvre. Il y a franchement beaucoup plus de sangliers, contrairement à ce que les gens pensent. Ils ont tout simplement plus à manger. Avant, la laie avait deux petits, maintenant 4-5. Elle peut en plus avoir  deux mises à bas dans l’année. La régulation se fait par la nourriture. Moins il y a à manger, moins il y aura de petits. C’est un bel exemple de reproduction naturelle régulée. Par contre, pour le chevreuil, la biche, le cerf, la situation est moins favorable. Les chasses sont clairement moins giboyeuses. Eliane, ma femme qui aime bien faire des terrines de gibier, se plaint d’en faire moins souvent qu’avant ».

 

Les trophées

Ils se font face l’un en face de l’autre dans la salle à manger, le grand cerf à droite quand on regarde le jardin, le sanglier très puissant à gauche. Le cerf vient de la famille d’Eliane et le sanglier est un trophée de Gérard.

-        Le cerf vient du parc du château du Gripp, appartenant au Comte d’Andigné. Sa capture date de 1945. Eliane l’a vu arriver chez ses parents déjà naturalisé par J.A. Choplin, un taxidermiste renommé. Il avait 8/9ans. Il devait peser dans les 100kg et devait mesurer 1,60m sans compter les cornes.

-        Le sanglier a été tué par Gérard en 1974. Il avait 7 ans et mesurait 1,85 m. C’est Gérard qui l’a débité en prenant bien soin de garder le maximum de peau à la hauteur du cou, sachant que lorsque la découpe est trop juste, le taxidermiste a des difficultés à faire du beau travail. 

 




Dans le magasin Rue de la Roe d’abord et aux Halles ensuite, le cerf était présent en photo sur un des murs et le sanglier était fixé à coté de la porte d’entrée. Eliane ajoute que le sanglier, une fois sa tête ôtée, a été entièrement passé en civet par Gérard. Eux en ont fait une daube en sauce avec les morceaux. Il faut, précise Gérard, que la viande de gibier soit toujours un peu plus cuite que moins. 


La viande de gibier

Vous l’avez compris Gérard et Eliane sont des artisans de bel ouvrage et des amateurs de bonne viande et de belle gastronomie.  Gérard continue à aller à la chasse ; Eliane l’accompagne à Daumeray et va voir sa famille pendant que Gérard crapahute dans les bois, en revenant ou non avec du gibier. Ils ont un seul regret, qui dépasse de loin, leur situation propre, c’est de voir que leur métier en fait n’existe plus. Un véritable marché qualitatif  de la viande de gibier ne s’est pas mis en place malgré la demande des clients et des restaurateurs et malgré tous les avantages de ces belles viandes, maigres, issus de bêtes qui vivent à l’état sauvage et qui savent ce qui  est bon pour elles.

 

Ces viandes bénéficient également d’une réglementation très protectrice. La chasse, la découpe, le transport et la vente sont étroitement encadrés au bénéfice des consommateurs. Tous les morceaux découpés à la fin d’une chasse par exemple doivent être revêtus d’un collier qui assure la traçabilité de la viande en indiquant le lieu et l’heure. Seul le sanglier échappe au port du bracelet car il est considéré comme un nuisible. Aucune protection n’est à l’ordre du jour réglementaire. On peut chasser aussi bien les laies que les petits. Ils causent trop de dégâts aux cultures du fait  de leur trop grand nombre.   

 

Et pour rester sur une note d’ouverture, ajoutons qu’une des prévisions de Gérard et d’Eliane pour les années à venir est que les consommateurs pourront enfin bénéficier d’un marché de professionnels de haute qualité, non seulement dans les régions de chasse où le savoir-faire existe encore mais aussi en dehors. A deux conditions, qui sont de savoir garder la connaissance du métier et de créer et développer les réseaux pour que puissent être savourées de belles pièces de gibier par des amateurs éclairés.     

 

Pour suivre le chemin

Voilà la recette que Gérard aime bien en prendre une tranche le matin au petit déjeuner sur une tranche de pain grillé avec son café au lait.

 

La terrine toute simple d’Eliane au sanglier ou au chevreuil

Il vous faut naturellement un petit morceau de sanglier ou de chevreuil (1/2 livre), avec du lard de poitrine (1/2 livre) ; vous prévoyez un bel oignon, de l’ail, du thym, du laurier, du sel et du poivre. Vous avez une terrine en terre et votre plaque de cuisson au gaz peut contenir un peu d’eau dans le fond pour éviter le dessèchement lors de la cuisson. Elle mixe le tout en gardant quelques morceaux pour éviter l’aspect trop haché et place le tout dans la terrine qu’elle enfourne avec son couvercle dans un four à 200° pendant une heure. Vous pouvez évidemment aromatiser à votre goût avec d’autres aromates, des baies de genièvre, de la muscade râpée, un peu de cognac aussi pourquoi pas. Eliane dit que la recette est toute simple dans la mesure où tout est naturel, sans aucun ajout inutile ou chimique.     

 

Le gigot de jeune sanglier

Faites d’abord rôtir le morceau de sanglier (2kg environ) des deux côtés dans une poêle. Ensuite vous le placez dans une cocotte que vous placez dans un four à 200° pendant 30/35 minutes. Vous arrosez au cours de la cuisson et ajoutez ensuite carotte, oignon, gousse d’ail, thym et laurier en laissant la cuisson se poursuivre encore une dizaine de minutes. L’important est de permettre à la viande de se  maintenir au chaud en douceur.

 

Pendant ce temps, vous retirez les légumes de la cocotte et laissez brunir le mélange avec un peu de farine, en ajoutant  une bouteille de Pinot noir* et une ½ litre d’eau. Vous attendez que le mélange réduise jusqu’à consistance d’une pâte sirupeuse. Si vous pensez que c’est trop épais, rajoutez un peu d’eau. Vous passez le tout et versez sur le gigot encore chaud. Si vous voulez raffiner encore, servez avec des coings cuits doucement dans du Pinot noir*. *A défaut de Pinot noir, un Anjou rouge corsé fera tout aussi bien l’affaire.  

 

Le cuissot de (vieux) sanglier

C’est la même bête, en plus coriace. La recette est donc différente. Il va falloir prendre les grands moyens. Vous commencez par couper le cuissot de 2kg en morceaux. Vous les faites mariner pendant 48 heures dans un litre d’Anjou blanc ou rouge,  à votre choix, 1/2 litre d’eau, 5 échalotes coupées en petit, sel, poivre. Vous placez la terrine avec un bouquet garni à four doux pendant 4h 30. Avant vous avez soudé le couvercle de la terrine avec un bourrelet que vous avez pétri avec de la farine et un peu d’eau.

 

* Gérard Guillet, le frère d’Eliane, était coconnier, comme on disait en Nord-Anjou, c’est dire qu’il était marchand de volaille. Il avait pris la succession de Théophile Guillet, le papa d’Eliane et le fondateur de l’abattoir de Daumeray, maintenant dénommé l’abattoir LDC depuis que le groupe l’a rachetée. Daumeray est le village où le Président Sarkozy s’est rendu dernièrement pour parler de la réforme de la politique commune. Le maire du village est Jean-Luc Davy, conseiller général et président de l’union des maires.

 

Sur la commercialisation de la viande de gibier, voir sur le site de la Direction départementale des Services vétérinaires de l’Indre : H:\DSV\Fiches information\commercialisation de la viande de gibier

 

Lisez sur ce blog, le Ier billet consacré à l’évolution des façons de manger chez Eliane Poullain, la femme de Gérard, originaire de Daumeray et le billet n° 2 sur leur façon actuelle

- http://www.elisabethpoulain.com/article-27226710.html 

- http://www.elisabethpoulain.com/article-27775284.html

 

Photos EP : Gérard et Eliane, Milord à partir d’une photo de la famille Poullain et peinture de Didier leur fils quand il avait 17 ans, le cerf et le sanglier, le panonceau du magasin, peint par Didier avec le sanglier à droite et le cerf à gauche.

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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