En quelques mots...

Elisabeth Poulain
Elisabeth Poulain est docteur en droit et a longtemps exercé dans l'enseignement supérieur et la recherche sur les questions de commerce, de marketing et d'enjeux internationaux. Auteur de nombreux ouvrages, elle choisit de porter un regard analytique sur le système qui nous environne, en montrant les liens de connexion qui le sous-tendent.

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1001 façons de manger

Mercredi 28 décembre 2011 3 28 /12 /Déc /2011 19:59

Mon 3è cadeau de fêtes, entre Noël et Nouvel-An

Après le village de petites maisons-caves à vin  d’Entre-Deux-Monts près de Rivière sur Tarn et le menu de 1921 de Heidsick Monopole à Reims en l’honneur du Ministre de l’Agriculture, voici ce qu’il vous faut absolument connaître en matière de vin et d’accords avec les mets.

 

Vous êtes priés*  de vous appliquer. Il y a tant de choses à apprendre. Vous êtes en 1928 et vous vous apprêtez  à recevoir vos amies et amis que vous avez invités d’une façon un peu cérémonieuse. Il ne s’agit pas d’un repas à la bonne franquette avec des copains. .  

  Berthe Bernage 002

Les bases des accords mets-vin

A cette époque, on n’utilisait pas ces termes. Par contre les maîtresses de maison connaissaient bien ce qui convenait de manger avec tel vin. Remarquer que l’élément de référence est le vin et non l’inverse, en distinguant les vins qui se prennent après et ceux qui se prennent pendant :

. du Xérès ou du vin de Sicile après le potage -àj’en déduis qu’on ne boit pas pendant le potage

. un bourgogne blanc après les relevés ( ?)

. un bordeaux rouge Médoc ou Graves après les entrées ( ?)

. un bordeaux Saint-Emilion avec les rôtis

. un bordeaux blanc avec les légumes

. un porto rouge ou un malvoisie avec la glace ou l’entremets

. un champagne sec avec les desserts

 

Le nombre de vins

Il est possible aussi en plus petit comité de restreindre les vins à trois, en sélectionnant un bourgogne blanc pour le poisson, un bordeaux rouge avec le rôti et du champagne avec le dessert. Sachez cependant qu’il est encore possible de ne boire qu’un seul vin mais en ce cas il doit absolument excellent et « servi avec abondance ». En aucun cas le champagne ne convient à cet usage ; Berthe Bernage s’oppose en effet avec véhémence à cet usage « étranger », avec cet argument « à chaque met correspond un crû qui le met en valeur. »    

 

Le service de verres

Ils sont disposés devant l’assiette en partant du plus grand à droite pour l’eau et le vin ordinaire ensuite. Le verre à bordeaux est placé ensuite. Suivent des verres plus petits placés par ordre décroissant en terminant par la coupe ou la flûte à champagne. Tous les verres appartiennent au même service, à l’exception du verre du vin de Moselle (on dirait maintenant en France du vin d’Alsace) qui peut comporter du verre de couleur 

 

La carafe et la bouteille

Seuls les vins ordinaires sont mis en carafe. Les autres vins restent dans la bouteille d’origine.

 

Les boissons  d’après-dîner

Les dames se voient offrir des liqueurs sucrées, telles que de la bénédictine, du cassis, du kirsch, de l’anisette alors que les hommes reçoivent des alcools forts (rhum, cognac, marc de Bourgogne, vieil Armagnac).

 

Les rafraichissements et les boissons d’avant la fin de la soirée

Quand la soirée se prolonge, après la dégustation des liqueurs et  des alcools forts, il est d’usage de servir des boissons telles que des orangeades, des sirops, du punch, du champagne ou du whisky. Dame Berthe Bernage précise que ces boissons sont « apportées dans des grands brocs en cristal et servis dans des verres sans pied ».

L’usage voulait qu’une lettre de remerciements couronne ces agapes qui n’entraient pas dans la catégorie des grands repas ni des banquets de cérémonie, ni dans celle des buffets ou des soupers.

 

Juste pour le plaisir

Voici un menu de souper (quelque chose de léger, comme ne le dit pas l’auteur) :

-         Consommé à la royale

-         Homard à la française

-         Poularde truffée

-         Jambon d’York

-         Salade macédoine

-         Glace Cyrano

-         Fruits

-         Desserts

-         Champagne frappé

-         Bordeaux-Sauternes

    

Le grand menu de mariage avec 18 plats et ou/ vins, ce sera pour une autre fois, quand votre estomac et votre esprit ne seront plus saturés par la nourriture.  Je ne résiste pas. Voici les vins : Xérés, Château-Laffite, Chambertin, Château-Yquem et Champagne 1906 !     

 Rosier en bout de ligne, vignoble de Sancerre

Pour les débutants en bons usages

. Vous n’avez que quelques jours avant la fin de l’année pour  faire la connaissance de Berthe Bernage, une grande dame qui écrivit toute sa vie. Elle est surtout connue pour sa série des « Brigitte. »Son œuvre connut un succès considérable. Alors que tant d’auteurs meurent oubliés de tous quelques générations après, Berthe continue à être éditée et son code du « Savoir-Vivre et les Usages du Monde » est encore une référence, à mon plus grand étonnement. Née en 1886, elle est décédée en 1972 après avoir reçu trois fois le grand prix Roman de l’Académie. Excusez du peu !

. Berthe Bernage « Le savoir-Vivre et les Usages du Monde », Editions Gautier- Languereau, Paris, édition 1928

. http://fr.wikipedia.org/wiki/Berthe_Bernage   

 

* Les « dîners priés » sont des repas auquel on est convié par une invitation des maîtres de la maison. Ils font l’objet du chapitre 3 consacré aux soirées : M et Mme XX prient M et Mme VV de leur faire l’honneur de venir dîner chez eux…RSVP

. Photos EP, le livre, rosier en bout de rangée dans le Sancerrois 

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 11:32

Johanna est quelqu’un de compliquée, pas parce qu’elle est l’auteur d’« Oiseau de Malheur », son dernier roman, ni parce qu’elle est finlandaise, quoique cela joue forcément un grand rôle. Compliquée, elle l’est forcément dés lors que la nourriture est en jeu. Pour montrer comment on devient femme ou homme, elle emmène ses héros, Heidi et Jyrki en trek (en anglais on dit un track !) dans le sud de la Tasmanie, en Australie sur le continent et en Nouvelle Zélande. 2 héros + 3 pays,  avec chacun d’entre eux qui parle à son tour, des morceaux de Tasmanie qui s’intercalent en Nouvelle Zélande avec une pincée d’Australie continentale, dans un récit qui jamais n’est complètement chronologique, avec des retours en arrière, vous comprenez que rien n’est simple, ni marcher, ni se laver, ni dormir, sans parler de manger. Comme Acte Sud, l’éditeur du roman,  qui n’a inséré que la carte du sud de la Grande Ile au sud de l’Australie, je ne vous parlerai que de la Tasmanie.

 

Terre malaxee par les sabots des vaches jpg

Le poids de la nourriture

Quand on marche parfois jusqu’à 12 heure par jour dans le sentier du SouthWest National Park , on n’aspire qu’à trois choses quand on s’arrête le soir, se laver, boire un peu et manger chaud. Le reste attendra,  soigner ses pieds, laver ses quelques affaires, préparer le départ du lendemain, vérifier le matériel, regarder ses cartes, parler et parler encore, tout en organisant le couchage suffiront largement à remplir la courte soirée.  

C’est par le poids de la nourriture dans son sac que commence l’apprentissage d’Heidi la novice « comment si peu de nourriture peut-elle peser autant ». Jyrki, déjà randonneur averti, nous livre quelques informations sur l’état d’esprit qui règne sur le  circuit. L’idée dominante est que l’empreinte humaine doit être la plus légère possible pendant la marche et à l’aire de bivouac, avec parfois tracée au sol la place pour une seule tente mais pas toujours. Il y a un seul refuge, deux fosses d’aisance et pas de composteur sur tout le trajet. On apporte et rapporte tout avec soi.       

La couleur de l’eau

Elle est franchement marron. Heidi ne se voit pas boire ça malgré le très bon argument de son compagnon. Ici il n’y a nulle pollution, ni d’usine ni autre souci ; un kangourou a peut être fait « caca » en  amont mais c’est tout. Heidi  alors une bouteille d’eau pleine qu’elle avait reçue dans l’avion. Un trésor. C’est la fête, ils peuvent boire et se laver avec un peu d’eau dans la main.

La montre, le gaz et le feu

L’importance du temps est capitale. Partir trop tard le matin et vous ne passerez plus le South Cape Rivulet, une petite rivière d’ordinaire en basses eaux. Là, il faut y aller sans avoir pied, avant d’attaquer une paroi rocailleuse et de faire leur 15kms dans la journée. A Surprise Bay, pendant que Jirki va chercher de l’eau, Heidi sort la casserole, la popote et le réchaud. Interdiction de faire un vrai feu. L’eau tarde à bouillir et il leur faut économiser le gaz. Il leur faudra se contenter d’une soupe claire, sans l’orge ajoutée, avec quelques rondelles de saucisson et deux ou trois abricots en dessert.  

Les bruits de la nuit

Cette nuit là, ils dorment sous la tente. Des bruits de pas les réveillent dans le noir. Quelqu’un fouille dans leurs affaires laissées dehors par manque de place dedans. Jyrki se dévoue pour aller voie, le sac contenant la nourriture a été ouvert et la casserole ayant servi à cuire la soupe au potiron traînée sur le sol. Diagnostic : un opposum est venu attiré par l’odeur resté attachée à la casserole pourtant bien frotté à sec avec du sable.  

L’ennui et le risque d’atteinte à la nature

Quand il n’y a rien à faire, on mange. Problème, la nourriture est calculée au plus juste. C’est une des grandes découvertes d’Heidi qui n’a même pas pu emporter un livre avec elle. Il n’y a rien à faire, ni à lire, donc autant marcher. C’est en effet une logique imparable, tout comme la question de l’atteinte à l’équilibre de la nature, un terme que  Jirki n’emploie pas, celui de pollution non plus. C’est trop vague.  

Il faut se référer à « Phytophtora » comme il est écrit sur une pancarte. C’est le nom d’un champignon, vraisemblablement apporté par des Européens, qui constitue un risque majeur dans ce parc naturel protégé par l’UNESCO (1982-1989) au titre du Patrimoine mondial comme une « zone de nature sauvage ». Le champignon attaque directement quelques 900 espèces. On comprend alors seulement pourquoi il y a tant d’interdits à cette marche revendiquée comme une des libertés fondamentales de la personne par les marcheurs. Le soir, il faut alors frotter, gratter encore et encore les semelles crantées de ses chaussures de marche.  

Champignons en fleur.jpg

 

Un dîner à la purée enrichie au thon

C’est Jyrki qui prépare le repas et c’est Heidi qui lave le sachet de thon en laissant tomber au sol les quelques gouttes d’eau qui sentent le poisson, hors de la vue de Jirki qui parlerait aussi tôt des opposums. Elle espère que quelqu’un fera du feu – autorisé en cet endroit - pour cacher l’odeur. C’est un des deux seuls foyers permis sur tout le parcours. Le matin suivant, Jirki parle du thé pour le petit déjeuner alors que Heidi voudrait du café. L’envie d’aller aux toilettes lui passe quand elle voit une des seules fosses d’aisance prévues sur tout la parcours. C’est de trop. Elle vomit et d’autorité se passe la valeur d’une gorgée d’eau sur le visage. Une gorgée qui manquera pendant la marche.       

La boue et la pause avec une barre de musli

Ils montent une pente raide qui sert de lit au torrent, au milieu des arbres  et des roches. Ils n’en peuvent plus, crottés de boue, devenus boue eux-même. Une pause est indispensable. Ils ne voient plus rien au milieu d’une purée de pois sur l’Ironbound, un haut-plateau revêtu d’une forêt primaire. Tout en eux clapote, les chaussures, les vêtements…sachant qu’il leur est bien sûr interdit de laver les vêtements pendant toute la durée du voyage et que leurs jambes particulièrement sont colorés en bleu à cause de leur nombreuses chutes.  

Les provisions emportées

On ne connaît le détail qu’en page 249 (sur 383) :

. 8 galettes de pain complet (diamètre 20 cm), 1 paquet de 12 gâteaux de riz à la maïzena , 16 tranches de saucisson au poivre, 10 tranches de fromage fondu, 4 sachets de purée instantanée, 2 sachets de thon, 500 grammes d’orge perlée, 1 tube de sauce tomate ; 1 gros oignon, 1 petite tête d’ail, 1 salami des 250 grammes, 4 sachets de nouilles à cuisson rapide, 2 sachets de soupe, 20 barres de musli, 1 paquet d’abricots secs, 1 boîte d’amandes grillées,

. + 4 cubes de bouillon, 12 sachets de thé, 6 sachets de café soluble, 10 à sachets de sucre en poudre, des sachets de sel et quelques épices.  

 

Feu de la lumière

Drames à Cox Bight

Elle est la bienvenue après tant de difficultés physiques. L’aire de  bivouac est proche de l’eau. Ils peuvent se baigner et lâcher la pression. Un drame survient ; pendant qu’Heidi fait chauffer de l’eau pour la purée, elle s’apprête à couper les rondelles de saucisson pour les mettre dedans. Elle entre dans la tente une minute pour chercher quelque chose ; quand elle ressort, seul reste le sachet vide, les rondelles sont parties. Elle n’en croit pas ses yeux. Arrive à ce moment une pluie d’une violence inouïe. Il faut tout rentrer en pagaille dans la tente. Il n’y aura pas non plus de purée.   

 

Manger mais quoi et comment ? Faire du feu sous la tente, Jirki est pour, Heidi contre. Manger le petit déjeuner (galettes de pain complet + gateaux de riz + fromage), Heidi toujours contre, qui déclare qu’elle ne mangera pas. Restent les fruits secs (abricots et amandes), Jirki les répartit, ce sera 14,5 par personne. Dans la nuit, Heidi a une crise violente d’angoisse. Elle n’a toujours pas avoué à son compagnon qu’elle a perdu les tranches de saucisson au poivre.  Le lendemain matin, elle demande à Jirki qui fait bouillir l’eau de prendre une soupe au lieu du thé. Première réaction du jeune homme, ce n’est pas possible, c ‘est le repas du soir.    

Une rencontre inopportune avant un festin

C’est Jirki qui l’a fait. Sur le chemin, il croise un randonneur qui fait la marche en sens inverse. Celui-ci lui demande s’il va prendre son colis de nourriture à Malaleuca, le prochain arrêt où il y a un aéroport, comme le font tous les trekkeurs du Souk* pour ne pas avoir à porter la nourriture pour la fin du circuit. Ce que Jirki ne savait pas. Heureusement Heidi, loin derrière à ce moment là, n’a pas entendu. Ils ont tout porter du début jusqu’à la fin. A Malaleuca, ils vont pour la première fois pouvoir s’abriter dans un refuge en tôle. Une horreur où l’air sent franchement mauvais mais un délice aussi, il y a plein de cartouches de gaz pas tout à fait vides. Une joie énorme les saisit. Ils feront là le premier et seul « festin » de tout le voyage.  

 

Au fond d’une casserole bien chaude, vous placez quelques rondelles de salami au poivre, de l’ail et un peu d’oignon émincé. On laisse mijoté, puis on ajoute de l’eau jusqu’en haut avec un bouillon cube, ensuite un mug d’orge perlé et « une giclée de sauce tomate » avec une pincée à la fin d’épices. Pour la première fois, ils remplissent le registre du refuge. Ils sont les premiers Finlandais à avoir fait le trek. Autre vrai grand plaisir pour Heidi, c’est là que se situe la seule vraie et belle poubelle remplie de tout ce qu’on n’a plus besoin de porter… Mais le voyage n'est pas fini. Il reste à comprendre l'essentiel, pourquoi chacun d'eux est venu, comment survivre et peut-être vivre...

Pour suivre le chemin

. Un rapide portrait de Johanna Sinisalo, qui a travaillé dans la pub comme Heidi et randonné comme Jyrki, mais elle du Lac Léman à Nice, avant d’écrire, à voir sur

http://fr.wikipedia.org/wiki/Johanna_Sinisalo

. Oiseau de Malheur, Actes Sud, 2011 pour la version française. 

. Les premières informations sur le SouthWest National Park, 13 800 km2, soit 20% de la superficie de l’Ile. Des traces d’occupation humaine d’il y a 20 000 ans  y ont été découverts dans des grottes calcaires.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_de_nature_sauvage_de_Tasmanie

* Vous rendre sur le site de John Chapman qui a édité un guide sur le Souk, le petit nom du SouthWest National Park, que seuls les initiés peuvent utiliser ( !) 

http://www.john.chapman.name/tas-sw.html

. Photos EP

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 18:32

 

La dînette

Vous connaissez ou plutôt vous connaissiez. Maintenant vous avez, sauf exception, oublié que vous avec appris à jouer avec des petites casseroles sur de fausses cuisinières pour faire à manger à vos vraies poupées. Certaines d’entre nous ont même eu la chance de recevoir toute une cuisine dépliable, cela bien avant l’époque Barbie. Et sans distinction de savoir dans une fratrie, qui, des frères ou de la sœur, jouait avec. A notre époque de grande connaissance de l’histoire alimentaire et de la psychologie des profondeurs instestines, savoir ce qu’on offre actuellement à des petits est tout à fait intéressant.

 

Le Cut and Play Sandwich Set”

Dînette à l'anglaise, Sandwich Set, ChineIl est la preuve de cette curiosité universelle pour l’art de se nourrir. Bien sûr, il faut une certaine adaptation culturelle, comme tout ce qui touche à ce que nous mangeons. Le concept est terriblement anglo-saxon, anglais peut être plus que saxon d’ailleurs. A commencer par le sandwich qui vous le savez est une invention absolument géniale de Lord Sandwich qui pouvait grâce à un sandwich qu’il demandait à son valet de lui préparer avant de partir faire du sport et de lui donner au moment de la halte bienvenue. Une jolie et goûteuse façon de se ressourcer avant de retrouver la vie très codifiée de la société anglaise du XIXè siècle. Ce sandwich a depuis fait le tour du monde. Bien avant le hamburger d’un certain M..D….., bien avant aussi qu’on se préoccupe de nutrition, de la dimension culturelle du repas à la française et de son classement à l’UNESCO.

 

 L’histoire

Lord Sandwich s’appelait John Montaigu. C’était un homme politique siégeant à la Chambre des Lords. Il était également joueur et ne voulait pas interrompre sa précieuse partie de cartes pour se restaurer. Un jour de l’année 1765, son valet lui apporta des fines tranches de bœuf salé, du corned beef bien connu dans la marine anglaise, entre deux tranches fines de pain. L’histoire raconte qu’il y avait déjà des tranches de concombre dedans. L’histoire n’a pas retenu le nom du valet, le véritable inventeur de ce mode de restauration nomade, qui permet de manger là où on se trouve, sans se salir les mains (quand on a une serviette) ce qui était le cas. Et le lord donna son nom au sandwich. Ce qui fait qu’il existe maintenant des sandwicheries en français dans le texte et en France, en plus des Iles Sandwich et des Iles Sandwich du Sud  grâce à James Cook qui les a baptisées ainsi.  

La composition

L’inventivité humaine a montré qu’il est possible de mettre le monde dans un sandwich. Ce dernier est bonne poire : il accepte tout ce qui peut se manger. Il n’en demeure pas moins que la tradition voulait qu’il y eût dans le sandwich anglais, entre les deux tranches de pain, de la viande froide ou du jambon, du lard parfois comme dans la photo de Wikipedia, des œufs durs, du thon, avec ou non du beurre sur le pain, des tranches de tomates et quelques feuilles de laitue, en plus bien sûr de ces quelques rondelles de concombre absolument indispensables. 

Blog 2010.12.31 010

L’art du prêt à manger en tranches à préparer avec le set

Ouf quel titre ! Il faut dire aussi qu’en anglais, c’est pas mal : « Slice-a-riffic - Cut and Play Sandwich Set - The play food that sounds real when sliced.”  Si je comprends bien, il faut absolument que la nourriture soit tranchée pour être mangée, au point que cela permet à l’importateur de dire que ce jeu est « terrific », non « slidearific ». Impressionnant, non ? En fait ce qui m’intéresse le plus, ce n’est pas ça mais le fait que ça sonne vrai, « sounds real ».

 

La nourriture est une vraie question de culture où on trouve de la viande rose tranchée en rond, des fromages en rectangle arrondi avec des trous dedans, de la margarine en pot rond, du thon en boîte… Le couteau sert à tartiner puisque les deux tranches de légumes sont prêtes. Le problème est qu'il n'y a rien tartiner.  

 

Avec tout ça, vous arrivez, si vous vous débrouillez bien à faire deux sandwichs à deux étages chacun. La photo prévoit même que c’est le fromage avec les tomates que vous mettez en dessous ; la viande avec les deux rondelles de concombre se placent au dessus. Vous couvrez de la dernière tranche de pain de mie et c’est bon. Sauf si vous vous êtes trompé dans l’ordre de disposition des tranches de pain, mais ça, réellement je ne peux l’imaginer. It does not sound real.

 

Les précautions d’usage

Comme pour toute nourriture, l’importateur de ces jouets en provenance de Chine vous assure que tout doit être lavé avant de le remettre à l’enfant, en veillant particulièrement à bien laver les deux « boîtes de conserve » qui permettent de boire. Ce jeu ne convient pas à des enfants de moins de 36 mois. Le risque d’étouffement avec des petites pièces est réel.

 

Le drôle est que je vois mal un petit jouer avec ça, tant les adultes, dont moi, sont maladroits. Il faut comprendre qu'il faut faire deux sansdwichs en intercalant dans le bon ordre les différentes tranches, en veillant à bien positionner les scratches qui tiennent le tout ensemble. Last but not least, ranger le tout ensuite dans la plaquette thermoformée n,est pas si facile. D'ici à ce que voyiez arriver le petit l'air furieux, il n'y a pas loin...  

Jeu enfant, Sandwich Set, Chine, Sandwichs faitsL’évolution

Elle est prévisible. Déjà on dîne dans de la vaisselle de poupée en plastique transparent en mangeant avec des cuillères. Plus fort, c'est la cuillère qui nous sert d'unité-mesure, avec une cuillère pour Un-Tel, Une- Telle pour nous inciter à manger, comme lorsqu'on était môme et qu'on ne voulait pas manger. On pourra aussi bientôt acheter ses feuilles de salade classées par taille, découpe et fermeté dans des blisters transparents, ses tranches de concombre toutes découpées...classées comme un livre-jouet à manger...  

Quant à moi, je me demande comment un humain programmé dés l’enfance à trouver tous ses aliments  coupés et pré-mâchés va pouvoir découvrir les autres façons de se nourrir. Je lui fais confiance : il trouvera et bonne année! 

Pour suivre le chemin

http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Montagu_(4e_comte_de_Sandwich)

Photos EP

 

 

    

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Jeudi 23 décembre 2010 4 23 /12 /Déc /2010 15:58

L’alimentation du soldat en campagne a toujours été une question première, RCIR 2013, menu n°1, sous sachetessentielle au  sens ou un soldat dénutri ne peut répondre à la mission que son commandement attend de lui : combattre en remplissant son devoir. Il a néanmoins fallu attendre que la situation s’améliore grâce à un concept totalement nouveau : le portage par chaque combattant de son unité alimentaire quotidienne de vie. Jusqu’alors, les deux entités, les soldats d’un côté et leur nourriture étaient dissociés, avec une conséquence, c’est qu’il fallait aux premiers attendre l’arrivée de la nourriture et de l’eau indispensable à la survie. Comme les deux n’étaient pas connectés dans le temps et sur le terrain, avec quasiment toujours l’arrivée tardive et/ou insuffisante des aliments en quantité et en qualité, il ne restait aux commandements d’autres solutions que les réquisitions prioritaires par rapport aux civils.

 

1. L’innovation de la ration individuelle

Elle est le fait de l’armée américaine engagée dans la seconde guerre mondiale qui dota ses soldats appartenant aux forces mobiles de « ration K », composée en réalité de trois packaging un pour chacun des trois repas (petit-déjeuner-déjeuner-dîner).. Plus que la ration elle-même qui présentait de nombreux défauts, l’intéressant est la démarche suivie. C’est l’armée (US Army Air Corp) qui s’est adressée à un laboratoire de recherche sur la subsistance (Subsistance Research Laboratory) dés le début de la guerre pour lui demander de lui proposer une ration journalière d’urgence. Le choix se porta sur la K. Il existait déjà d’autres rations, comme la « C » plus calorique, «  Montagne » ou « Jungle » par exemple. Des retours d’expériences furent analysés sur la K après trois jours d’utilisation seulement. On constata que les soldats n’avaient pas maigri. Ce fut elle  qui fut distribuée à des millions d’exemplaires pendant toute la durée de la guerre pendant des durées d’emploi extrêmement longues.

 

Les conséquences

Au plan militaire, l’alimentation du soldat en guerre, hors des bases, n’est plus concevable sans ration qui représente un progrès incontestable. Les avantages sont connus : elles offrent la certitude d’apporter à chaque combattant ou assimilé l’apport calorique qui semble nécessaire, une certaine variété alimentaire, la possibilité de manger cette ration à sa façon, au moment où cela est possible. Au plan psychologique, la possibilité de manger des aliments connus, qui rappellent le pays. Lors de la seconde guerre mondiale, les inconvénients ne furent connus qu’une fois la guerre finie. Ils sont maintenant bien perçus. Citons outre le poids à porter, sa forme rigide, l’usage de la K en continu alors qu’elle ne devait être ingérée que pendant quelques jours en urgence, la puissance calorique insuffisante, la monotonie des rations, son packaging multiplié par 3 (matin, midi, soir), des carences nutritionnelles graves (pellagre et béribéri, déficit en vitamine C).  

 

Cette façon de se nourrir est pourtant la première manifestation réussie de nourriture mondiale qui s’imposa sans contestation dans toutes les armées et plus tard dans la société civile de façon différente et atténuée. Il n’est de voir dans le monde entier que l’explosion actuelle des portions individuelles à manger sans avoir besoin de s’asseoir à une table en vente. 

 

2. La RCIR ou ration de combat de combat individuelle réchauffable

En France, la première ration conditionnée individuelle date de 1946 pour les soldats au combat ou en déplacement. Elle prenait en compte les reproches faits à la K. Elle offrait un meilleur profil calorique, trois menus au choix dont un avec de la viande de porc, pour offrir une certaine variété, conditionnés en boîte métallique. Pour améliorer l’alimentation du soldat –on parle de soutien au combattant – et s’adapter à l’évolution de la société, d’autres rations apparurent en 1951 et en 1966.

  RCIR 94, version antérieure

La création de  la RCIR  en 1986 a marqué une réelle avancée. Elle offre en effet la particularité d’être « réchauffable, unique et polyvalente ». Elle permet à un soldat de se nourrir  pendant 24 heures, avec 14 jours de menus disponibles. Le recours à la RCIR ne doit pas dépasser deux cycles de 14 jours. L’organisation de l’armée sur le terrain des opérations prévoit en effet qu’après ce délai d’un mois, une popotte est installée, avec cuisine roulante et remorques d’approvisionnement.

 

La RCIR n’est pas la seule ration française existante. Elle est la plus connue parce qu’elle prend en compte les besoins d’un combattant pour une journée. Elle n’est pas forcément adaptée à toutes les situations. C’est la raison pour laquelle elle est périodiquement révisée comme on vient de le voir. Elle est aussi complétée par d’autres rations qui remplacent ou non d’autres rations existantes à des fins de normalisation. Citons

-        la ration de survie qui remplace la ration de survie (RSA) et le module alimentaire de survie (MAS),

-        la ration d’urgence remplace le repas individuel d’exercice (RIE),   

-        l’unité alimentaire de complément ou de secours (UACS) est supprimée.  

 

Rations d’urgence et de survie ont pour particularité d’être très concentré en volume, avec un poids limité et d’être conçu sur la base d’un concentré de nourriture à mâcher avec des vitamines et des minéraux.        

 

3. La composition de la ration RCIR

RCIR 2013, menu n°11, contenu sortiElle est tripartite avec

une part variable sous forme de barquettes pour les plats principaux parce qu’on peut y manger directement dedans complétés par un pâté en boîte en entrée et un dessert sucré ou une portion de fromage,

une part fixe alimentaire composé d’un potage, de biscuits salés et sucrés et différents types de glucide en portion individuelle (caramel, barre de chocolat, nougat, pâte de fruit), 

une part fixe non alimentaire qui inclut, en allant du plus volumineux au plus petit, le kit de réchauffable avec ses pastilles à brûler, des mouchoirs-serviettes sous cellophane et des comprimés de purification d’eau.  

 

La structure journalière de la prise alimentaire

Le fractionnement des prises alimentaires a été posé en principe de base, afin de coller au mieux aux besoins du combattant, tout en lui permettant de respecter autant que faire se peut ses habitudes de vie. Des expériences ont prouvé par exemple qu’il suffit de modifier les horaires et le type de nourriture dans un des trois grands moments  de la journée (matin, midi, soir) pour perturber les retombées de l’apport alimentaire et les modes de fonctionnement tant du corps que du cerveau.

 

Le petit déjeuner

CRCIR- CdC, 2013, menu 11, contenue moment offre au soldat au choix café, thé, chocolat au lait lyophilisés, en sachet inclus dans le carton  de façon à laisser le choix à la personne. Toutes ces boissons peuvent être réchauffées. Le sachet de cellophane thermo-soudé qui regroupe tous les sachets comprend des sachets individuels de sel et de poivre, de façon à ne constituer qu’une seule manutention lors du remplissage. En guise de pain cher au cœur des Français, la ration présente des biscuits de campagne salés et sucrés (army biscuit) enveloppés par 2  en sachet individuel afin de les préserver de l’humidité. Les biscuits sucrés se distinguent à la vue des biscuits salés par leur couleur : ils contiennent du cacao.

 

Pour ceux qui sont habitués aux céréales du matin, un sachet de muesli lyophilisé de 80 grammes sous sachet d’aluminium est inclus dans la ration. Il faut donc rajouter de l’eau, comme pour le thé, le café et le thé. Cette préparation à base de flocons de céréales et de copeaux de fruits peut aussi être consommée après ou avant l’effort. 

Le déjeuner

Il commence très classiquement par une terrine forestière (menu n° 11). Au choix de l’utilisateur, les plats principaux peuvent se prendre soit au déjeuner soit au dîner. Les éléments importants à connaître sont la grande variété des plats, leur complémentarité et leur caractère réchauffable directement dans la barquette. En général, le plat cité en premier est celui du déjeunes, du jambon braisé mogettes dans le menu précité ; les crozets-diots  sont réservés pour le soir.

 

Le dîner

Il commence par un potage à faire en mélangeant la composition lyophilisée  avec ¼ litre d’eau à chauffer à 70° comme il est indiqué sur un dessin au verso du sachet. Suit ensuite l’autre plat principal avec une crème de riz de marque Yabon ensuite. Quand il y a un dessert, la ration ne comporte pas de fromage. C’est le cas du menu n° 1 par exemple. Ce n’est donc pas fromage et dessert.      

 

Les petites faims

La nécessité de prévoir des sources importantes de glucides pour tenir compte des efforts à faire ou qui viennent d’être faits oblige à fournir des apports sous des formes compactes individualisées. C’est ainsi que l’on trouve 4 caramels goût nougat, des pâtes de fruits de Provence, des bâtonnets de nougat tendre aux fruits, une barre de chocolat noir à 64% ainsi qu’une préparation permettant de faire un litre de boisson rafraîchissante au goût pêche.     

 

4. La composition nutritionnelle des rations

La ration doit également être étudiée sur la base de sa valeur calorique totale exprimée en kj et

ses trois composantes nutritionnelles en protéines, lipides, glucides qui ne sont pas indiquées sur la boîte mais figurent dans la documentation mise en ligne par le Ministère de la Défense :

valeur énergétique 3 200 kcal/13 380 kj protides 13% + lipides 32% + glucides 55%  

 

La diversité des menus

Pour éviter le phénomène de lassitude qui coupe la faim, une attention toute particulière est portée à la variété des menus de façon à leur donner une particularité journalière. Une des particularité consiste à lier le hors d’œuvre avec les deux plats cuisinés en barquette de 300gr chacune.

 

La composition évolue au fil du temps. C’est ainsi par exemple qu’il y a des différences entre les menus cités sur le site gouvernemental et le conditionnement récent d’aujourd’hui. Voici deux exemples de menus n°1 (sans porc) et 11 (avec porc):

n°1 sur le site : Plats cuisinés Tajine de poulet/Thon Pommes de terre      Entrée Rillettes de thon      

n°1 sur la ration : Plats cuisinés Bœuf carottes/Thon Pommes de terre       Entrée Terrine de lapin

n° 11 sur le site : Plats cuisinés Porc pommes de terre/Potée saucisse choux Entrée Terrine forestière

n°11 sur la ration :   Plats cuisinés : Jambon braisé mogettes, Crozets et diots     Entrée : Terrine forestière.

 

Une distinction importante à noter porte sur la distinction entre les menus avec et sans porc. C’est pourquoi, il a fallu prévoir 14 menus en tout. Il est à noter que la RCIR n’inclut ni vitamines ni minéraux à la différence des rations d’urgence et de survie.

 

Le réchauffement des barquettes

Un réchaud individuel est fourni avec des pastilles de RCIR-CdC, Lt-Col Mousset, Dr du Centre, Réchaudcombustible dans la ration. Il constitue une avancée remarquable sous une forme très compacte et un poids réduit. Le pliage du réchaud présenté à plat dans un petit carton présente un réel savoir-faire non automatisable, réalisable manuellement dans  des ateliers protégés. Tout mauvais pliage et/ou mauvaise insertion dans le carton se traduit par un bombé de la boîte et une non-validation par les automates de remplissage sur la chaîne. Une pincette fournie avec le réchaud permet de saisir la barquette sur le réchaud, une fois la languette ouverte. Ces deux opérations – ouverture de la boite et pose de la pincette sur le bord -doivent  avoir été fait avant de poser la barquette sur la flamme.  

 

6 pastilles sous blister contenues dans le carton d’emballage du réchaud pliable permettent de faire chauffer les boissons et les plats principaux contenus dans les barquettes qui offrent l’avantage de pouvoir être placé directement sur la flamme. Le plat principal cité en second sur la boîte peut aussi se manger froid.

 

Le choix de la multiplicité des éléments

Chaque catégorie offre la particularité de répondre à un ou plusieurs besoins. L’évolution des rations porte essentiellement sur l’affinement de la réponse offerte par la ration. Les modifications ont d’abord porté sur la séparation de la boîte de singe 450gr en deux portions, afin de constituer le repas du milieu de journée et celui du dîner. Le choix de la barquette en lieu et place d’une boîte de conserve traditionnelle répond à un besoin de praticité et de salubrité. Il n’est plus nécessaire au soldat de verser le contenu dans sa gamelle ou de manger par le haut. Il peut maintenant en outre garder le second plat dans de bonnes conditions jusqu’au repas suivant.

 

5. Les relations avec le marché

Le choix de recourir au marché s’explique par de multiples facteurs. Il est d’abord basé sur l’idée que la mise en concurrence permet d’obtenir d’abord le produit recherché qui répond à de multiples critères, le meilleur ratio qualité-prix, une origine régionale le plus souvent, avec des goûts marqués et bien connus des palais français. Cette notion m’apparaît importante : une purée à l’eau avec du poisson blanc en contre-exemple aurait peu de chance de satisfaire un besoin de vraie nourriture en bouche. Un cassoulet-saucisses, oui ! Les appels d’offres permettent en outre de viser des PME régionales du Grand Ouest en France, une région qui a gardé une forte spécialisation dans le domaine de la conserve.

  

En se plaçant du côté des relations avec les fournisseurs, la différenciation en plusieurs éléments rend plus aisée la sélection des fournisseurs en faisant appel à des spécialisations par métier et/ou produit. Le choix de nougat constitue un bon exemple. Il y a aussi dans la ration des produits de marque comme le thé Lipton, la crème vanille Yabon ou le chocolat 1848, qui s’inscrivent aussi dans l’univers mental culturel des soldats.

 

La ration offre également de ce point de vue un bon équilibre qui évolue en fonction de la nature des appels d’offres et des possibilités des fournisseurs.      

 

Les facteurs de progrès

RCIR- CdC, Soldats en train de tester les rationsLa sélection se fait sur la base d’un équilibre entre plusieurs facteurs tels que

le poids, le volume,

la présentation en prêt à manger, la lyophilisation (la question de l’eau),

chacun des constituants,

le couplage entre les deux barquettes et avec l’entrée protéïnée,

le packaging,

la forme, le portage, le transport,

le coût,

le goût,

l’acceptation sur le terrain,

l’évolution des technologies,

l’évolution de la société…

 

En conclusion, la RCIR a pour vocation à répondre pendant un temps limité à l’effort et à la résistance, grâce à un apport équilibré nutritionnel. Elle ne répond pas à une alimentation longue durée. Elle continue à s’adapter en vue d’améliorer ses atouts. A cette fin, chacun des éléments cités dans les facteurs de progrès constitue en soi une piste de recherche, chacun couplé à ou plusieurs autres également, auquel s’ajoute l’étude fine des rations des autres armées dans le monde pour pouvoir comparer, plus  l’inconnu : c’est la recette de la ration de demain. Une nouvelle ration est actuellement à l’étude à Nîmes.  Suspense donc…

 

Et d’ici là, bonne fin d’année et bonne nouvelle année à tous les bénéficiaires des rations militaires françaises. Les 12 000 soldats en opération recevront au moment des fêtes un colis de Noël envoyé par l’association « Solidarité Défense » placée sous l’égide du CEMAT (Chef d’Etat Major de l’Armée de Terre).  

 

Pour suivre le chemin

. L’équipement de base : chaque soldat dispose de sa gourde ainsi que ses trois gamelles de taille différente qui font partie du paquetage qui lui est fourni. Il reçoit également un ensemble Tatoo composé d’un couteau, une fourchette, une cuillère et un tire-bouchon. En opération, des pastilles de purification d’eau sont incluses dans la ration mais l’eau n’est pas fournie.

 

. Suivre l’actualité de la ration et consulter tous les menus  sur

www.defense.gouv.fr/terre/equipements/materiel-individuel-et-alimentation/ration-de-combat-individuelle-rechauffable-rcir

. Voir des infos supplémentaires sur l’opération « Solidarité-Défense »

.http://www.solidarite-defense.org/index.php?option=com_content&view=article&id=4&Itemid=22&8a7748b0803e4945c5d72a6dc6ec4afa=cab325148f6f5a6495ad0f2a4480f550

 

. Lire « le repas du guerrier » de JP Géné, bien connu des lecteurs du supplément hebdomadaire du Monde du 18 décembre 2010, publié en ligne également

 

. Lire  un aperçu très intéressant sur ce mangeait le soldat de l’Armée de l’Ouest, basée à Saumur en 1794, lors des guerres de Vendée. 18 000 soldats étaient basés à Concourson:

- une soupe composée  de légumes et de viande (en principe 122gr/jour/homme) qui chauffait dans des grosses marmites mises au feu dés l’arrivée au bivouac. Des bœufs sur pied suivaient la troupe ;

- quatre grands fours à pain avaient été construits à Saumur pour cuire ce qu’on appelait « les boules de pain de munition » (3/4 froment + ¼ seigle) distribuées à la troupe pour compléter la ration. Des biscuits complétaient la distribution en cas de pénurie ;

- les réserves de vivres s’échelonnaient entre 2 et 4 jours. Elles comprenaient 1 000 pièces de vin rouge et 20 000 livres de miel. A voir sur

http://saumur-jasis.pagesperso-orange.fr/rect/ch26/r26d3log.htm

Par Elisabeth Poulain - Publié dans : 1001 façons de manger
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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 17:05

Quelques données

RCIR, Accueil et Drapeau, Ponts de CéSon nom officiel est « Centre de conditionnement des rations de combat ». C’est un établissement spécialisé du Commissariat des Armées (ESCA), désormais seul habilité à effectuer le conditionnement et la distribution des rations de combat militaires pour toutes les armées françaises ainsi que si besoin est pour des armées internationales amies. Il a été inauguré en 1993 par Mme Roselyne Bachelot. Il dépend du CESCOF à Rambouillet (Yvelines). C’est le Centre d’Expertise du Soutien  du Combattant et des Forces.

 

Sa localisation

Placé sous la direction de M. le Lieutenant-Colonel Mousset, l’établissement est implanté aux Ponts-de-Cé en Maine et Loire (49), près de Trélazé, dans une petite zone industrielle maintenant entourée de nouvelles zones pavillonnaires disposant en voirie de jolis aménagements paysagers. La N260 passe à proximité, ce qui est un atout certain en matière de réception des marchandises et  d’expédition des rations.

 

Les bénéficiaires

RCIR- CdC, Ponts de CéDans le domaine militaire, plus encore que dans d’autres secteurs du vivre ensemble, les mots employés ont une force toute particulière. Le soutien aux combattants est cité avant le soutien aux Forces. Il est également question des bénéficiaires des rations de combat. Ces mots montrent la forte dimension humaine d’un processus désormais complètement automatisé de conditionnement des rations militaires, à part la colle pour refermer les cartons qu’il est nécessaire de rajouter à la main dans un réservoir situé en hauteur. Les contrôles « qualité », qui constituent une dimension structurante du système, échappent bien sûr à l’automatisation. 

 

Le conditionnement

C’est la partie la plus visible de l’activité du centre, qui vise à transformer la réception de multiples composants tous soigneusement choisis pour les rassembler dans une boîte en carton et former les rations, après une série d’opérations en amont et en aval de façon à optimiser l’ensemble. Les objectifs sont identiques à ceux qui prévalent dans une entreprise en charge de logistique globale. L’atmosphère et l’efficacité du Centre également.

 

Outre le conditionnement, une phase très importante des missions de l’ESCAT est de « normaliser et de sécuriser  la sécurité alimentaire. A ce titre la normalisation qualité nous oblige à progresser. Elle nous tire vers le haut ». Il s’ensuit que des analyses fines sont effectuées par l’établissement pour s’assurer de celle-ci. Une attention spéciale  est apportée à l’emballage qui joue un rôle majeur, sachant que les conditions de portage en opérations peuvent être mouvementées.

 

Les composants

RCIR-CdC, Lt-Col Mousset, DrIls sont au nombre de 18. Leur diversité est grande. On trouve aussi bien des emballages souples en aluminium (le muesli, le potage), des boîtes de conserve pour les deux repas principaux, des sachets souples sous sur-emballage cellophane, une boite carton pour le réchaud métallique, des lingettes…Chaque élément possède ses dimensions propres et pour certains d’entre eux sont des produits de grande marque connue du grand public.

 

Les phases du processus robotisé

Il convient de commencer par l’arrivée des composants prêts à être mis en carton. Ils sont déjà donc tous conditionnés de façon définitive prêts à l’emploi.

1. Le centre s’occupe du conditionnement ainsi que de tout ce qui touche à cette phase, comme le contrôle par prélèvement aléatoire dans les palettes à la réception pour vérifier que la qualité est conforme à l’appel d’offres passé par le CESCOF ainsi que pendant et après le conditionnement des rations. Les marchandises reçues sont stockées dans l’entrepôt de réception, en attente des contrôles aléatoires obligatoires, et après validation, sont entreposées sur les différentes plate-formes de stockage en hauteur.     

 

2. Les marchandises sont stockées de façon à pouvoir être saisies facilement pour le remplissage des 4 gros robots IRB 6000 remplisseurs orange chargés par l’arrière. Ces robots sont disposés près de l’entrepôt jointif à la partie du bâtiment où est située la chaîne. Des chariots filoguidés effectuent les opérations de prélèvement des marchandises dans l’entrepôt et le chargement des robots.

        

3. Les éléments de la ration sont placés par d’autres robots plus petits (Adept) dans la boîte dans un ordre précis, sous peine de ne pouvoir y entrer. Un bon remplissage offre en effet le ratio le plus faible entre les formes et la somme des volumes des composants par rapport au volume intérieur du parallélépipède rectangle.

 

4. Un contrôle visuel « qualité » à vue se fait au sortir deRCIR- CdC, Chaîne robotisée des RCIR la phase de remplissage pour vérifier qu’il n’y a pas d’anomalie. Il s’ajoute à un contrôle informatique permanent effectué par des caméras de surveillance dont les informations, transmises  aux logiciels, sont visibles instantanément sur écran.

 

5. Chaque ration est placée dans un sachet cellophane soudé pour garantir son étanchéité en cas d’immersion ou de forte humidité. A l’issue de cette opération, elle doit être retournée afin de pouvoir l’emballer dans un carton de regroupement. C’est une idée « simple »,  au milieu de tous ces robots parfois compliqués, d’une des personnes travaillant sur la chaîne qui a permis de présenter les boites individuelles en biais de façon à ce qu’elles puissent être facilement saisis par le robot blanc de faible volume en charge de l’opération.

 

6.  Un contrôle aléatoire manuel de conformité et d’étanchéité se fait en maintenant sous pression une ration sous cellophane immergée dans un bac d’eau. Le sachet est étanche quand aucune trace d’eau n’est détectée sur le carton.             

 

7. Arrive le moment où la ration perd son individualité en étant placée dans un carton, à raison de 12 unités. Désormais l’unité comptabilisée est le carton mais pas pour longtemps. 

 

RCIR- CdC, Chaîne, Robot de chargement des cartons sur palette8. En effet c’est le carton qui maintenant fait l’objet d’une palettisation délicate. Le robot, chéri par l’ensemble de l’équipe de l’atelier, effectue des opérations délicates en disposant les cartons de façon croisée en longueur ou en largeur, afin d’imbriquer et de consolider la charge qui va subir un certain nombre de manipulations avant d’arriver à bon port. « S’il n’y  avait qu’un robot à garder, ce serait celui-là. C’est lui qui porte les plus lourdes charges et qui fait les opérations les plus compliquées », déclare le Lieutenant-Colonel Mousset au cours de la visite. Chaque palette porte 21 cartons.

 

9. La palette est solidifiée sous film de protection thermo-rétractable transparent ou noir selon les lieux de destinations, de façon à assurer la solidité de l’ensemble au cours des différentes phases du transport et d’entreposage. Le choix d’un film opaque s’explique par la nécessité de rendre le contenu invisible de l’extérieur, afin de ne pas encourager les tentations de vol pendant le transport. 

 

10. Les palettes sont stockées en attente RCIR- CdC, Chaîne, contrôle par une opératriced’enlèvement à des fins d’expédition aux destinataires des trois armées, la gendarmerie, les ministères, la sécurité civile, l’armée belge ainsi que d’autres armées étrangères alliées en cas de force internationale sur les théâtres d’opérations, après accord technique.

 Les rations seront ensuite envoyées, entreposées et consommées par les bénéficiaires partout dans le monde, sachant que « la ration peut être consommée aussi bien à Djibouti, qu’en Afghanistan ou aux Kerguelen ». Des retours d’expérience sont faits par le personnel de l’ESCA en OPEX auprès des régiments projetés.   

 

Quelques mots sur le personnel

L’encadrement du centre est assuré par Le Lieutenant-Colonel Mousset, assisté d’une petite équipe de personnel civil et militaire. Sous leurs ordres, des civils, hommes et femmes, assurent la totalité des opérations liées au conditionnement, telles que le contrôle, le rechargement manuel, s’il y a lieu, le suivi, l’entreposage… les différents types de contrôle. La traçabilité de l’ensemble des opérations s’effectue dans le cadre de la certification qualité. La maintenance des appareils et des robots occupe une place importante dans la qualité globale, grâce au recours de logiciels intégrés exigeants en compétences informatiques. « Les robots sont dépendants les uns des autres. Ils dialoguent entre eux ». Chaque année, trois à six étudiants en BTS Maintenance informatique Robotique peuvent ainsi découvrir le travail d’un établissement spécialisé comme l’ESCA et approfondir leurs connaissances.

 

Quelques chiffres

RCIR- CdC, Chaîne, opérateur en charge test d'étanchéité du sachet1993 Date de création

5 types différents de ration conditionnés sur place               

3 ans de durée de conservation des rations

 

11 000 rations/jour en production

1 750 000 RCIR en 2010 sans compter les autres rations

 

Certification  AFAQ ISO 9001 version 2000 et Approbation NATO

4 500 prélèvements/an d’échantillons

45 000 analyses par le LCA (Laboratoire du Commissariat de l’Armée de Terre)

50 000 mises à l’étuvage des boîtages métalliques des conserves pour vérifier leur étanchéité

 

Près de 900 000 RCIR distribuées par l’ESCA dans le monde, hors du territoire national au cours de l’année 2009-2010

 

Transport par bateau et avion, selon l’urgence, avec RCIR- CdC, Entrepot, Jacqueline Bouet, cariste grande hauteuropérations de dédouanement comme pour toute autre marchandise de ce type. Le pré-acheminement se fait par transport routier sur le territoire français et le post-acheminement en s’adaptant à la situation locale. 

 

Pour suivre le chemin

. Ce billet (n° 2) fait suite à une entrevue avec M. le Lieutenant-Colonel Mousset à l’ESCA, suivie d’une visite du centre de conditionnement le 02.12.2010. Il est l’auteur des citations entre parenthèses. 

. Un premier billet paru sur ce blog sous le titre de

 

. Lorsque vous passerez devant l’établissement, pensez qu’il est connu dans le monde entier. 

L’ESCA est situé au 88, avenue Jean Boutton, 43130  Les Ponts de Cé, 02.41.96.67.04

. Quelques informations sur

http://www.defense.gouv.fr/terre/equipements/matériel-individuel-et-alimentation

. Un site Intranet, réservé aux militaires, figure désormais sur la RCIR. Il permet aux combattants d’être en contact direct avec le Centre pour transmettre remarques et questions éventuelles, www.emma.defense.ouv.fr/sca/index.php/soutien-homme

 

. Prochainement sur votre écran, le billet n°3 sur la gamme des rations existant actuellement en cette fin d’année 2010.

. Pour conclure cette série, le billet n°4 fera la synthèse d’un certain nombre non exhaustif de thèmes sous lesquels l’alimentation du soldat pourrait être  étudiée.

 

. Photos n° 1 avec le drapeau, Centre du Conditionnement, avec mes remerciements 

. Photos EP prises lors de la rencontre au Centre avec M. le Lieutenant-Colonel Mousset     

 

 

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