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Le Blog d'Elisabeth Poulain

WBW10 > Les Habits des Vins d'Expression > La Loire > L'Eau

17 Mars 2009, 14:33pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’ancre est jetée à l’eau pour s’accrocher au sol de la mer ou de la rivière. Comment peut-on dire alors que c’est l’eau qui va servir d’ancre ? Sans eau, le monde ne peut se concevoir. On ne peut survivre dans un désert en dehors des oasis. L’ancrage nécessite de l’eau pour boire et alimenter les plantes. Il est vrai que la vigne est, parmi les plantes à feuilles non persistantes de notre environnement de région tempérée, l’une de celle qui supporte le mieux le stress hydrique. On cite toujours ses racines qui peuvent plonger à 20 mètres pour chercher l’eau sous terre. Mais il lui faut quand même de l’eau, celle de la pluie, des lacs, des rivières et des fleuves qui se jettent dans la mer, celle qui façonne nos paysages, influe sur le climat, modifie notre couvert végétal, agit directement sur le monde animal et nous, les humains.

 

Le lien avec la Loire

Les vins de Loire ont en commun d’être liés au plus grand fleuve de France. Le lien est parfois distant dans les parties périphériques, trop éloignées de la Loire pour subir son influence climatique ou placées trop en amont pour être rattachées administrativement à la Loire. Il n’en reste pas moins que ces régions appartiennent au bassin versant de la Loire. Une autre relation avec la Loire est celle de l’appartenance à InterLoire (Pays nantais-Anjou-Saumur-Touraine), à venir vraisemblablement à une date incertaine (Orléanais, Loir) ou non encore envisagée pour l’instant (Poitou, Vendée, et Charente à l’Ouest, Centre et Monts d’Auvergne à l’Est).

 

Trouver la mention ‘Loire’ n’a rien d’évident face à un linéaire de vins. La citation directe de la Loire est maintenant plus fréquente du fait de la réforme de la réglementation de la dénomination des Vins de Pays. Ceux-ci peuvent indiquer dorénavant ‘Vins du Val de Loire’. Quant aux vins de Loire, ils continuent à désigner les appellations. Mais par ailleurs, la situation devient plus complexe du fait qu’un certain nombre de vignerons, pour certains vins, sortent du système des appellations, vendent en vin de table et ne peuvent donc plus indiquer la région. Le lien avec la terre s’en trouve coupé, avec l’eau et avec la Loire également. Devant une telle diversité de situations, l’acheteur de vin peut en ressentir une certaine perplexité, comme si une personne n’avait pas le droit de dire d’où elle est.

 

La diversité des noms des appellations

Certaines AOC intègrent le mot Loire dans leur dénomination, comme le Muscadet-Coteaux de la Loire, l’Anjou-Coteaux de la Loire, le Rosé de Loire, Montlouis-sur-Loire, Pouilly sur Loire, sans oublier le vin le plus connu de la Loire, le Crémant de Loire. En remontant la Loire, on rencontre ainsi un  

217. ‘Pêcheur de Loire’, le matin en Loire lorsque le soleil se lève face à Saint-Florent Le Vieil pour un Muscadet- Coteaux de la Loire, des Caves de La Noëlle d’Ancenis.

 

D’autres coopératives ont tellement à coeur de se référer à la Loire qu’elles ont intégré le nom du fleuve dans leur dénomination. C’est le cas des Caves de la Loire à Brissac, du groupe Loire Propriétés ou de la Cave de Pouilly sur Loire. Un groupement de vignerons du Puy Notre Dame, La Collégiale des Domaines de Loire, fait de même. Du côté des négociants, des gammes Loire sont spécialement conçues pour l’exportation pour répondre à la demande expresse de leurs acheteurs professionnels, en particulier au Royaume-Uni. Loire Valley est une mention très positive qui informe doublement le consommateur sur le type de vin qu’il achète, la proximité géographique et un bon ratio qualité-prix.

 

- Loire Classic est une gamme de Donatien Bahuaud qui comprend en particulier un Sauvignon de Touraine…

                                          

218. La Loire (en français et sans la Vallée) de Vinival à Mouzillon, sous le titre « Wines from the Loire Valley » (deux fois le mot Loire) offre une palette des sept vins millésimés les plus connus, sous la même étiquette, avec, à chaque fois, le cépage et une définition du vin, dont un Vouvray, « a medium white wine from the Chenin grape ».

 






219. Vallée Loire,  un Muscadet Sèvre & Maine sur lie des Vignerons de la Noëlle, présente l’appellation Muscadet deux fois sur l’étiquette, une première fois à la française avec l’appellation complète en lettres anglaises or et une

seconde fois en lettres droites vertes sans or  ‘Muscadet’ seul.    

 

Dans un cas un peu différent, la Loire est au cœur d’une stratégie de marque à l’exportation.

220. Sous la marque La Grille, une Sélection des grands vins de Loire, avec une salamandre en guise de repère, présente une gamme destinée à s’enrichir. On y trouve par exemple un Muscadet de Jean Douillard et Jean-Michel Boussonnière. Chaque vin est identifié par son auteur vigneron et l’accent est mis sur le caractère traditionnel du vin (classic wine) pour désigner les AOC.

 

La rareté de la citation de la Loire                

Chez les vignerons, la référence à la Loire est peu fréquente.  On note cependant quelques exemples en sens inverse :

- Le Saumur (2001) du Château de Brézé du Comte B. de Colbert indique ‘Val de Loire’ écrit en rouge au-dessus de la mention du Château en grand pour ce Vin mousseux de qualité rouge demi-sec en dessous de la dénomination Méthode Traditionnelle.

- Grand Vin du Val de Loire est apposé en lieu et place d’un blason par Louis-Jean Sylvos pour un Touraine-Azay Le Rideau, Chenin, Cuvée Joséphine. Il exporte beaucoup en particulier aux Etats-Unis et ses importateurs distributeurs trouvent l’information nécessaire et valorisante.

 

On trouve aussi des références au fleuve qui s’écoule vers l’estuaire selon d’autres modalités.

 

221. Joseph Toublanc, Domaine de l’Ouche Guinière à Ancenis, a eu à cœur de célébrer la Loire pour un Coteaux de la Loire sur lie, avec le blason de la ville d’Ancenis, sur une étiquette ancienne.

 







222. Anne Athimon,  pour le Muscadet Coteaux de la Loire sur lie du Domaine des Génaudières au Cellier ‘Roches de Loire’,  présente une étiquette barrée par le cours sinueux de la Loire tracé en or.

 








223. Le Touraine Amboise de Damien Delecheneau de La Grange Tiphaine est construit sur un coude marqué qui attire l’œil aussi sûrement que le rouge associé au noir et à l’écru.

 

- La Loire est visualisée en aquarelle par une coulée bleue-verte et jaune qui se forme à l’arrière d’une barque de pêcheurs en ombre noire pour le p’tit Loire 2005, un vin de la Cave des Vins de Sancerre.

 

Les affluents de la Loire

Ils traversant des régions célèbres sont encore moins bien traités que la Loire dans lequel ils se jettent. Et pourtant le Cher est lié aux vignobles de Châteaumeillant et de Quincy. La Vienne est associée à Chinon. Sur la rive nord de la Loire, l’affluent de la Maine, le Loir, qui se jette dans la Loire après Angers, retrouve sa dimension viticole grâce à l’engagement de nouveaux vignerons. Deux exemples l’un avec la Maine et l’autre avec la Vienne :

 

224. Damien Laureau représente la Loire à la confluence avec la Maine pour un Anjou Cuvée de la Chanson.

 

225 Catherine et Pierre Breton mettent en lumière la confluence entre la Loire et La Vienne, avec Bourgueil sur la Rive droit pour un Bourgueil Les Galichets et Chinon sur la rive droite de la Vienne, deux terroirs où ils sont vignerons.

 

En descendant la Loire

Le Layon prouve qu’une rivière peut devenir célèbre par son nom décliné au fil de ses appellations villages : Coteaux du Layon-Beaulieu sur Layon, Faye d’Anjou, Rablay sur Layon, Rochefort sur Loire, Saint-Aubin de Luigné, Saint-Lambert du Lattay.

226. Le Coteaux du Layon-Saint Aubin du Domaine Cady illustre le cours sinueux de la rivière avec les couleurs des roches du coteau.

 

La Sèvre nantaise

Cet affluent de la Loire au sud-est de Nantes, offre un autre cas de figure ; avec son propre affluent, la Maine (une autre que celle qui collecte les eaux de la Sarthe, de la Mayenne et le Loir), elle marque la montée en puissance du Muscadet en devenant Sèvre et Maine sur lie très souvent.

 

Les lacs et marais

Il s’agit surtout du lac de Grandlieu situé au sud-ouest de Nantes qui est un lieu important de l’écosystème régional. Ce site préservé sert d’accueil et de repos aux oiseaux migrateurs. L’endroit est protégé par sa quasi-invisibilité et la difficulté de l’approche en raison de l’importance des marais qui l’entourent. Cet environnement entre terre et eau a permis d’obtenir l’appellation Muscadet Côtes de Grandlieu en 1994.   

- L’Acheneau est le nom d’un Muscadet-Côtes de Grandlieu sur lie des Vignerons des Terroirs de la Noëlle, avec en médaillon, un canard en vol au-dessus de l’eau.

 

227. Le Lac de Grandlieu est un Chardonnay d’Exception de Michel Malidain, Domaine le Demi-Bœuf, La Limouzinière.

                                                                                           

228. Michel et Hervé Choblet, Domaine du Haut-Bourg à  Bouaye, pour leur Muscadet-Côtes de Grand Lieu, ont fait du héron niché entre grappe et feuille de vigne, leur emblème.

 

229. Christophe Gadais a placé un héron, qui a du mal à cacher son grand bec derrière quelques tiges de roseaux, pour son Muscadet-Sèvre et Maine aux Avoineaux.

 

Des pistes peu explorées

La pêche en eau douce n’est pas traitée sur les étiquettes, à une exception notable.                                                  

230. Imago, du nom d’une éphémère araignée utilisée pour la pêche à la mouche, a donné son nom à un Saumur 1998 de Lena Filliatreau. Ce vin n’a qu’un seul distributeur en France, un marchand d’articles de pêche mais qu’on peut  acheter directement au domaine. 
 

La carte de la Loire et/ou de la France

Elle figure rarement sur les étiquettes. La raison invoquée tient au manque de place afin d’éviter de surcharger l’étiquette la contre-étiquette. Pourtant il y a de moins en moins de personnes à connaître réellement la géographie, que ce soit en France ou à l’étranger. Et il y a de plus en plus d’appellations, 70 en Loire. Une des conséquences est que le capital commun que constitue l’appellation ne joue plus que partiellement son rôle puisqu’il n’est pas facile de la positionner réellement. Par ailleurs, les Nouveaux Vins de  Table ne peuvent pas se référer à la Loire. Il y aura donc bientôt des précisions comme ‘quelque part en France’  pour indiquer notre région. 

 

231. Les Frères Couillaud du Château de La Ragotière ont inclus une carte de France avec un point pour indiquer leur position sur le corps supérieur de leur étiquette de Muscadet-Sèvre et Maine sur lie. Ils exportent ainsi près de 70% de leur production en particulier aux États-Unis.

                       

Les couleurs de la France ne figurent, sous une forme stylisée, que sur une seule bouteille :

- C’est Jean-François Guilbaud qui offre un petit bouquet tricolore avec son Muscadet-Sèvre et Maine sur lie, Château La Bretonnerie, très apprécié au Japon.

 

Pour suivre le chemin

. Lire les 9 billets précédents

. Surveiller la sortie des billets 11 consacré au lien de l’habillage du vin avec la mer et  12 consacré au lien avec la lumière,  qui vont clore le Signe de Terre qui forme le chapitre 2 du ‘Monde à travers la Bouteille de Vin’.     

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WBW9 > Les Habits des Vins d'Expression > Le Signe de Terre

13 Mars 2009, 11:02am

Publié par Elisabeth Poulain

>  L’ancrage dans la terre


Petit rappel 

Nous sommes dans le Signe de Terre, qui suit le Signe de l’Homme. Tous deux appartiennent au Cycle fondamental des vins d’Expression. Dans le chapitre précédent, j’ai choisi de  montrer comment certains vignerons expriment leur personnalité dans leurs vins, tout en étant le plus souvent des gardiens du concept de terroir qui est une des bases du système français d’appellation. Contrairement à beaucoup, je n’oppose pas la vision française des vins à la conception dite du ‘Nouveau Monde’. Il est une troisième voie qui réunit des vignerons qui savent imprimer leur individualité et leur fort degré d’exigence dans un système réglementaire très contraint. Ils sont des ‘locomotives’ en terme de qualité dans une appellation.

 

Sans l’homme, partout dans le monde, la vigne aurait continué à produire des petites baies appréciées des renards. C’est lui qui par ses facultés d’observation et de travail opiniâtre au fil des saisons a su transformer le jus de raisin en vin et le vin en une boisson digne des Dieux. C’est du moins ce qu’on pense depuis l’aube des temps. Rien que ça !    

 

Pourquoi parler de la terre après l’homme ? Pourquoi en faire un signe distinct ?

Parce que c’est dans la terre que l’homme s’ancre comme la vigne pour puiser sa vitalité et sa typicité. Le Signe de Terreest si fort qu’il désigne tout à la fois notre planète, notre richesse, notre environnement, notre mère… C’est elle qui nous donne notre identité de terrien. Notre histoire est fondée sur ce Signe patrimonial à l’extrême. Les générations d’une même famille qui se succèdent au même endroit ne disent pas autre chose. Quand le lien à la terre fait défaut, il manque quelque chose. C’est le sens de la question ‘ d’où êtes vous’ ? Surtout quand on est vigneron de « père en fils » depuis des générations mais aussi quand on choisit de s’installer. Un vin sans terre est aussi inimaginable qu’un homme ou une femme sans père ni mère. A cet ancrage dans la terre, il faut associer ses partenaires que sont l’eau, le ciel et la lumière, ces quatre éléments qui font de la vigne et du vin, une plante et une boisson incomparables, les plus chargées en symbolisme que l’on puisse imaginer. Ces 4 partenaires feront l’objet des billets suivants.  

                       

L’ancrage dans la terre

Le lien est fondamental tout autant que le travail d’un vigneron pour faire du vin. Il a fallu laisser faire le temps pour que se développent de nouvelles façons de procéder plus respectueuses de la terre, des plants, du raisin et des hommes. Comme nous venons de le voie, ces novations portent des noms variés mais qui ont au moins en commun la défense du patrimoine « Terre », sa capacité à se régénérer et à produire du raisin sain, en magnifiant le résultat. Les deux dernières décades ont permis en outre de connaître scientifiquement la nature des terroirs. Des vignerons ont à cœur de rendre hommage à cet élément essentiel par nature en mettant en lumière certaines composantes des sols qui se prêtent plus à la visualisation que d’autres, la roche en particulier. Le mouvement a été lancé par des vignerons engagés parmi les plus grands. Le vin est le sang de la terre.

 

201. Didier Dagueneau le montre d’une façon incroyablement forte. Il communique au premier degré avec son Pur Sang, un Blanc Fumé de Pouilly, en montrant le pelage sous lequel palpite une veine gorgée de sang. 

 

La visualisation de la roche

 

202. C’est aussi ce grand vigneron qui a donné à son Pouilly-Fumé Silex la forme épurée d’une pointe de flèche taillée à l’époque préhistorique.  

 

203. Guy Bossard du Domaine de l’Ecu, avec un Muscadet S&M sur lie,  Expression de Gneiss, montre la roche de chaque côté de l’étiquette haut-gauche et bas-droit ; les mentions sont prises en tenaille entre les deux roches.

 

204. Victor et Vincent Lebreton du Domaine de Montgilet reformatent la roche en encadré pour Les Trois Schistes, un Coteaux de l’Aubance.

 

205. François Chidaine a coupé le haut de son étiquette verticale en biais pour visualiser Les Choisilles, un Montlouis sur Loire.

 












206. Amphibolite Nature a la tête d’un loup au Domaine de la Louvetrie de Jo Landron qui a nommé son Muscadet S&M sur lie ainsi parce que l’amphibole est l’un des constituants du granite et nature pour dire que la vinification se fait sans chaptalisation.

 

La sélection d’un des constituants du sol

Il est possible aussi de donner un nom de cuvée lié à un des constituants du sol pour éveiller l’imaginaire.

 

 



207. Pour son Turonien Vouvray sec, Alexandre Monmousseau, Château Gaudrelle, a sélectionné une ammonite. Il s’agit d’un coquillage fossile de l’ère secondaire à coquille cloisonnée et enroulée sur elle-même dont le nom vient du latin Corne d’Amon. Ce coquillage est caractéristique de la craie blanche du Turonien.

 




208. Les élèves du Lycée viticole de Montreuil-Bellay ont dessiné leurs étiquettes en forme d’ammonite pour leur Saumur ‘Cuvée des Hauts de Caterne’ à étiquette bleue (Cabernet franc, donc rouge). C’est un choix doublement pertinent : le sol de Montreuil-Bellay en contient et le lycée s’inscrit dans un parc en forme d’ammonite reproduite sur l’étiquette avec ses allées !

 

D’autres pistes sont explorées pour indiquer, non pas la nature du sol, mais sa datation dans le cycle de formation de la croûte terrestre. Il suffit parfois de donner l’emplacement précis du plant de vigne pour indiquer un vin différent.

 


209. C’est le pari géologique réussi de Jacky Blot,
Domaine de la Butte, avec son Bourgueil ‘Haut de la Butte’ (en craie jaune du Turonien supérieur), son ‘Mi-Pente’ (en craie micacée du Turonien moyen) et le ‘Pied de la Butte’  (en craie blanche du Turonien inférieur). Trois vins parce qu’il y trois sols différents, c’est possible quand la parcelle exceptionnelle couvre douze hectares d’un seul tenant en coteau plein sud.          

 

L’ancrage par le nom

Le choix entre le nom du vigneron, le nom de domaine imposé ou choisi n’est pas neutre et apporte des indications sur l’ancrage. Une étude faisant le lien entre le nom des vignerons apporterait certainement de nombreux éléments intéressants, comme c’est le cas avec Madame Laroche du Domaine aux Moines Roche aux Moines à Savennières


Il est possible aussi de visualiser le lien qui existe entre l’homme et sa terre dans une démarche forcément globale qui oblige à tout prendre par le début. 
 

 

                                                               
210. Thierry Germain du Domaine des Roches Neuves nomme une de ses cuvées de Saumur-Champigny ‘Terres Chaudes’, Champigny venant de campo et ignis, le champ et le feu en latin

 

211. Un des Saumur  de ce vigneron l’Insolite’ fait ressortir par une graphie très contemporaine le SOL du Domaine, en jouant de trois couleurs de terre pour figurer la tour constituée par les éléments constitutifs de la cuvée et montrer  le lien avec la chaleur du soleil. 

 

Le nom de domaine

Il est porteur de sens, même si  les vignerons sont le plus souvent tenus par le nom déjà donné :

- la Roche Renard pour le domaine d’Isabelle et Philippe Denis pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie, qui fait référence à une des composantes du sol aux reflets fauves et non pas à l’animal le plus craint des poules du poulailler devenu l’emblème du domaine,

 

- le Domaine des Rochelles de Jean-Yves et Anita Lebreton, en aire d’appellation Coteaux de l’Aubance, Anjou-Villages Brissac,

- le Château de la Roche pour le domaine de Louis-Jean Sylvos en appellation Touraine,

- le Domaine des Cailloux, pour un Touraine-Mesland de Jean-François Gabillet 

 

212. ou la couleur de la roche pour le Clos Roche Blanche de Catherine Roussel et Didier Barrouillet pour un Touraine la Closerie,

 

Le nom de la parcelle

La façon la plus courante de parler de la terre est d’utiliser le nom de la parcelle comme nom de cuvée. C’est la logique de la réglementation de l’appellation qui joue. La vente en direct au chai a accentué le phénomène pour élargir la gamme des vins à offrir à la vente. C’est aussi une façon de faire ressortir la typicité de chaque vin. Les exemples sont si nombreux qu’il serait impossible de tous les citer. On peut par contre les classer d’une façon très pragmatique selon que le lieu-dit évoque la nature du sol ou un autre trait caractéristique, avec une distinction selon que le sens est perceptible ou non à ceux qui ne sont pas originaire du lieu. Quelques exemples de parcelles indicatives sur la nature du sol :

 

213. un Muscadet Sèvre et Maine sur lie des Vignerons de La Noëlle, porte le nom du lieu-dit ‘Butte de La Roche’, avec ce commentaire « le terroir sableux sur roche magmatique apporte intensité, fraîcheur et élégance »,

 

- Les Sables pour un Savennières du Domaine des Baumard,

- La Roche pour un vin de Table du Domaine des Griottes,

 


214. ‘Champ de la Pierre’ pour un Anjou Gamay du Domaine Richou, sur une étiquette stylisée qui relève  maintenant la signature graphique de la maison.

 

215. ‘Ardoisier’ est un Méthode traditionnelle rouge du Domaine de Montgilet des Frères Lebreton qui communique par sa couleur gris-ardoise,

 

216. Terre de Fumée est le nom du Sauvignon blanc en Coteaux du Giennois d’Henri Bourgeois, avec une carte de l’aire d’appellation accrochée à la Loire au-dessus de Sancerre et de Pouilly et l’indication Terroir de Silex 2005 de l’autre.

 

Pour suivre le chemin

Voir les 8 billets précédents. A suivre le prochain billet dédié au lien avec l'eau, toujours dans le Signe de Terre qui forme le chapitre 2 du Monde à travers la bouteille de vin.    

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La culture, le changement et la contrebasse

12 Mars 2009, 19:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

Les 3 C.

Evidemment vous avez tout de suite vu les 3 C, surtout que j’ai mis des majuscules partout. En France, on comprend tout de suite cette sublimation de la Culture, en insistant sur le C comme s’il était un K, impossible à employer pour une double raison. Kultur, ça ferait un tantinet allemand (pour une vision de la culture à la française, ce ne serait pas top-top) et en plus  ça ficherait en l’air mon titre. 

Le Ier piège, la définition de la culture

Je vais aussi éviter ce Ier piège qui consisterait à définir ce qu’est la culture. C’est une vaste question qui attire les foules et pas seulement les Cultureux de tout poil et de toutes obédiences. On adore parler de la culture, au point, vous le savez d’en avoir fait un ministère, au point qu’on a tous une opinion extrêmement tranchée sur la question. Il ressort  néanmoins toujours cette idée ou plutôt cette image d’un gros gâteau à se partager gratos, pour le bien individuel de chacun, dans une vision très consumériste. Du coup, on parle du droit à la culture, d’accès à la culture pour tous, de transmission de la culture ou de parcours individualisé à la culture, comme je l’ai entendu l’autre jour à Angers dans la salle de la Charte lors d’une séance de travail consacré à la culture prononcée par une formatrice  qui a travaillé en ce sens à Pontivy avec la municipalité.

 

Le 2è piège, le lien entre la culture et l’argent

Ce gros gâteau gulturel (je ne peux pas résister) doit être en plus le plus déconnecté possible de l’argent. Un des participants à la table rectangulaire a en effet fortement dénoncé « la marchandisation de la culture » comme une des menaces sociétales présentes et à venir. Mais là au contraire, je vais y aller avec mes gros sabots, des sabots tout court d’ailleurs. Cette volonté de bannir la dimension financière de la culture renforce cette vision de la consommation de loisirs culturels. C’est mon côté un peu provocateur; j’ai d’ailleurs été la seule au cours de la réunion à volontairement lier la culture à l’argent. Le raisonnement est direct et limpide : comment parler de la culture quand on n’a pas de travail, pas d’argent... Comment fait-on pour penser à la culture pour soi quand on travaille 14 heures par jour ?  Comme si, chômeur en fin de droits, vous vous disiez : « mais bien sûr suis-je bête, pourquoi ne vais-je pas me cultiver ? J’ai du temps disponible ». Blague à part, c’est pourtant ce qu’on entend.

    

 

Le 3è piège, la culture dominante

Certains auraient voulu, toujours ce jour là inclure une clause dénonçant la mainmise d’une culture dominante sur les autres. Ce ne sont pas les termes employés et pour cause puisque les rédacteurs n’ont pas pu s’entendre sur la formulation. Ils auraient bien aimé faire figurer une clause de ce type dans l’élaboration de l’Agenda 21 culturel d’Angers. La difficulté venait semble-t-il non pas de l’idée elle-même qui provenait des travaux précédents réunissant habitants et municipalité, que de sa formulation. Non, le problème c’est que personne n’était arrivé à trouver la bonne façon de le dire. C’est à ce moment là que j’ai repensé à "mon pote" Boileau, ce qui se conçoit bien s’énonce aisément et les mots pour le dire arrivent aisément. Mais attention personne ne l’a dit, dommage, une bonne occasion de montrer que la culture est utile. J’ai réussi à repousser la formulation de ce point qualifié de détail au regard du caractère copieux de l’ordre du jour, en montrant qu’il n’était pas logique de décider de ce « point de détail » puisque les grandes lignes du schéma culturel n’étaient ni déterminées ni choisies. 

Autant que je vous donne tout de suite, l’autre réponse que j’ai apportée pour m’opposer fortement à ce genre de clause. J’ai dit qu’il me semblait dangereux et totalement inefficace de vouloir réglementer la culture en voulant intervenir dans la sphère de rayonnement d’une culture ou la limiter. Ceci évidemment, même si aucun des mots n’a été prononcé, pour éviter des dérives (racistes ou autres...) J’ai rappelé que la seule façon de faire est d’utiliser si cela nécessaire l’arsenal juridique déjà très fourni en France pour sanctionner les abus. C’est la seule façon de faire. Toute ré-écriture de ces règles lourdes sur des soi-disant points de détail dans des textes préparatoires à l’Agenda 21 sans portée réglementaire ne peut que conduire qu’à des quiproquos ou à des confusions.

 

Le 4ème piège, la culture et le légalisme

C’est vraiment intéressant de voir combien la culture est en France un miroir immédiat de l’inconscient collectif. Il y a l’idée, on l’a vu, d’un gros gâteau copieux dont on peut se servir à sa guise, sans avoir à payer et qu’on doit protéger. Pourquoi est-il nécessaire de le protéger ? Parce que certains voudraient en faire de l’argent, parce qu’aussi certains pourraient en tirer avantage au détriment d’autres. Alors à qui et à quoi pense-t-on en ces cas là ? On pense à l’Etat et aux personnes publiques, comme garantes et pourvoyeuses de la culture. On pense tout de suite à écrire un texte pour restreindre et fermer la culture en agitant la menace du droit mais sans faire référence à des textes précis. Comme si c’était possible ou souhaitable d’avoir une action en ce sens.

 

Le 5ème piège, la culture et le changement

Ah, enfin on arrive au cœur du sujet. Oui c’est bien le cas. Mais pour ça, il en a fallu faire un tour et autre tour en prenant apparemment des détours. Pour beaucoup et c’était le cas samedi dernier à Angers, la culture est toujours à protéger comme un trésor national. Y toucher, c’est l’amputer et d’ailleurs certains habitants se sont alarmés des pertes du sens de notre société et de la culture. La dimension patrimoniale  de la culture n ‘est certes pas à nier surtout dans le pays des châteaux dont les paysages de Loire sont protégés au titre de trésor de l’humanité par l’Unesco. Il n’en demeure pas moins que la culture, c’est comme la vie ou la société, elle change tout le temps. Vouloir protéger et sauvegarder oui, mais bloquer certainement pas. "Tout change, tout le temps, à chaque moment, partout, pour tous, mais pas de la même façon." La culture comme le reste. Et c’est là que j’en arrive à la contrebasse.

 

Le 6ème piège, la culture et la contrebasse

C’est là où le raisonnement devient subtil. Au cours de cette réunion sur la culture, un des membres, devant mon incompréhension face à la clause négative sur la culture dominante, a voulu éclairer ma lanterne. Pour cela, il a pris l’exemple de la classe de contrebasse à l’Ecole de Musique d’Angers en disant : « il suffit de regarder les enfants pour voir de quel milieu ils viennent ». M’est venue à l’idée des questions dérangeantes : est-ce à dire qu’il faut empêcher  des parents d’assurer la transmission de leurs valeurs culturelles ou faudrait-il alors obliger tous les enfants –garçons et filles- à faire de la contrebasse ? Là j’arrête, ça me fait rire. C’est très contre-productif avec la contrebasse. Enfin j’imagine.     

Cet exemple m’a vraiment étonné. Oui, la culture signe une classe sociale, un groupe de personnes qui partagent les mêmes valeurs, des parents qui veulent transmettre leurs valeurs à leurs enfants pour leur bien…Oui, la culture réunit et participe du "vivre ensemble". Tout aussitôt, vient aussi à l’idée que si elle regroupe,  elle sépare tout autant d’autres qui recherchent autre chose ou rejettent ces valeurs. C’est bien pour cela, au nom de la liberté de choisir sa propre culture, qu’elle participe de l’épanouissement individuel et sociétal car elle permet de nouveaux regroupements et l’essor de nouvelles cultures.

 

Le 7ème piège, la culture et la femme

Promis, après j’arrête. On en arrive à un point vraiment paradoxal et crucial. Les 2/3 des participants étaient des femmes. Personne, à part votre serviteure, n’a parlé de l’incongruité de parler de la culture  ou de l’accès à la culture pour une très grande partie de la population, des femmes chefs de famille en sous-emploi, en chômage, disposant de budgets déjà insuffisants pour couvrir les besoins premiers d’alimentation et de santé des membres de la famille. Quand toute votre énergie est engagée dans la lutte pour la survie, comment pouvez-vous en plus penser en terme de "culture culturelle" ?

 

Pour suivre le chemin   

Cette réflexion sur la culture a été menée dans le cadre du développement durable qui a le mérite de lier toutes les grandes questions sociétales entre elles. Conceptuellement, il ne devrait plus être possible de parler de culture, qui relève du « vivre ensemble », sans connexion avec la dimension écologique et la dimension économique.   

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La bouteille de Bourgogne de vin de copeaux

11 Mars 2009, 11:27am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une jolie histoire qui continue à nous intriguer. Souvenez-vous de cette étiquette étonnante qui m’avait été envoyée par un blogueur, Bernard Pichetto, originaire du Midi. Il l’avait découverte dans un ouvrage ancien chez un ami bouquiniste. C’est une vieille étiquette qui porte un nom étonnant : Vin de Copeaux, Récolte 1952. Le texte ne l’est pas moins.

 

Cette fois-ci, c’est un autre blogueur originaire de Vendée, Sylvain Vidal,  qui m’a adressé une photo de cette bouteille, Récolte 1998. C’est une bourguignonne à l’ancienne pour un vin de Bourgogne, avec une étiquette qui ressemble beaucoup à celle de 1952. 

Sylvain m’a raconté quel a été son plaisir quand il a retrouvé l’étiquette ancienne sur mon blog. « C’était un vin que j’ai goûté adolescent. Je peux dire que j’ai été initié avec ce vin. Mon père achetait ce vin dans les années 60. Il avait un contact avec le représentant qui ne manquait pas de passer pour prendre sa commande. Il l’appréciait tout particulièrement et en avait toujours dans sa cave. Mon père est décédé en 2000 et le représentant doit être retraité maintenant. J’ai encore quelques bouteilles, mais évidemment elles deviennent de plus en rares. C’est l’une d’entre elles que j’ai photographiée pour vous l’envoyer. Le texte a changé. Il y a moins de poésie. Mais l’émotion est intacte. C’est un souvenir de vie liée à mon père ».    

Le texte, qui a perdu toute sa dimension historique, change complètement la dénomination du vin. C’est maintenant un vin de copeaux  logé en fût. N’oubliez pas que nous sommes en 1998 et qu’une entreprise ne pouvait vendre un vin enrichi en copeaux de chêne. La réglementation l’interdisait. C’est la raison pour laquelle le négociant Jacques Chartenay, le même que précédemment, a pris soin de faire un nouveau commentaire, qui aujourd’hui serait placé sur la contre-étiquette. Le voici, d’après ce que j’ai réussi à lire :

Ce Bourgogne logé en fûts de chêne acquiert ainsi un bouquet incomparable. Juste  à la température de la cave, il accompagne heureusement  les plats cuisinés, les viandes grillées ou en sauce, les volailles, les gibiers et les fromages. 

A regarder la photo, j’ai découvert que l’étiquette était protégée par un filet métallique à maille large. Quand on regarde l’étiquette ancienne à nouveau, on voit très bien les traces de rouille aux points de contact entre le fil métallique et le papier de l’étiquette. J’avais bien vu ces taches de rouille mais à aucun moment je n’avais su interpréter leur raison d’être. Maintenant que je sais, je comprends et je vois. Avant, non. Et ça, c’est vraiment un test étonnant. Il faut savoir pour voir et comprendre. J’apprends de plus en plus aussi à voir pour se poser des questions et avancer. 

Pour ça la bouteille de vin est un merveilleux outil pour apprendre à voir et à comprendre beaucoup de choses. Ce n’est pas moi qui vous dirais le contraire, moi qui suis en train de publier sur ce blog « Le Monde à travers la Bouteille de Vin », The World through the Bottle of Wine » (WBW) qui permet de découvrir la façon dont les vignerons se voient, voient leurs vins et la société grâce à l’habillage de la bouteille. La bouteille de vin est un des miroirs de notre société.   

Pour suivre le chemin

. A l’attention de Sylvain, on trouve de nombreux lots des vins du négociant Jacques de Chartenay en vente sur les sites d’enchères sur le Net, en particulier sur www.auctionfrance.com mais sans possibilité de voir les photos (il faut payer pour ça) et sur www.bretagne-encheres.fr qui vend aussi des lots visibles cette fois-ci. Une vente  a eu lieu par exemple le 20.11.2007 sur 2 bouteilles de Vin Copeaux 1966 joints à 6 bouteilles de Bourgogne Passetoutgrains de 1969. le tout a été adjugé pour 30 EUR ! Mais il fallait être là.      

. Photo de la bouteille 1998, Sylvain Vidal, photo de l’étiquette 1952, Elisabeth Poulain

. Voir le billet précédent du 01.09.2008 sur Le vin de copeaux

. Je ne connais en Loire qu’une seule bouteille à maille de laiton. C’est une Muscadet Sèvre et Maine de haut de gamme, La Bouteille Nantaise, Beau Soleil, 44190 Gorges, (33) 02 40 06 90 69,  info@Guilbaud-Muscadet.com, www.guilbaud-muscadet.com 

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Les exportations françaises de vin, entre chiffres et interprétations

9 Mars 2009, 18:33pm

Publié par Elisabeth Poulain

Plusieurs lectures sont toujours possibles lorsque sortent les statistiques du commerce extérieur français. C’est vraiment l’histoire du verre à moitié vide qui sert toujours.  Quelques modes opératoires se dégagent sur les façons d’accrocher le lecteur  en jouant surtout les cartes négatives, tout en relativisant tout.     

 

Ière façon, donner un titre négatif

C’est le cas des Echos (19.02.2009) dans son supplément Entreprises & Marchés : « Vins : première érosion des exportations depuis 2005 ». C’est vrai, le recul est de 0,3%. Diable, effectivement qu’aurait dit la journaliste si le recul avait triplé ? On aurait parlé d’effondrement ? Disons à sa décharge que ce n’est pas forcément elle qui donne le titre final.

 

2è façon : faire ressortir le négatif dans la balance

La journaliste poursuit en précisant que les ventes de vin en dehors des frontières ont certes augmentées de 4,7% en valeur mais baissées de 10,5% en volume.

 

3è façon : s’y perdre entre valeur et volume

On apprend que les ventes sont très différenciées par grand bassin, avec des prix très élevés pour Bordeaux. Après on ne sait plus. Les vins de table auraient progressé de 7%. Ces deux bons résultats contribuent évidemment à changer les moyennes. Surtout quand vous lisez la suite : gros recul (c’est moi qui emploie ce terme) pour la Bourgogne –11,7%, Beaujolais –9,4%, Val de Loire, -9,3%     

 

4è façon : se désoler de ne pas voir les records se poursuivre indéfiniment

Il suffit de comparer la situation actuelle avec l’année la plus haute pour montrer combien les chiffres les plus récents ne  sont pas bons : « il (le Champagne) n’a pas établi de nouveaux records l’an dernier». C’est ce qui s’est passé, le Champagne avait connu ces dernières années des hausses impressionnantes.

 

5è façon : contrebalancer toute information

Toute information doit pouvoir être lue de plusieurs façons différentes : 1 = les exportations diminuent, 2 A plus de X milliards d’euros (votre esprit dit beaucoup),  elles subissent un léger recul (un mot négatif, le recul, mais léger, c’est à dire faible, donc ça atténue) de 0,3% (oui, c’est vrai), après une hausse (c’est bon) record (hyper-bon).

 

6è façon : ne pas donner trop d’infos sur la source

Pour faire durer l’information plus longtemps, ne pas donner de datation précise sur l’info utilisée et parler plutôt de l’an dernier plutôt que de dire 2008. Ne pas citer la source (le rapport de la FEVS) et  donner seulement deux fois la parole à l’interviewé, Claude de Jouvencel, président de le FEVS,

. la Ière fois pour lui laisser dire que le vin et les spiritueux représentent 182 Airbus (= 2è rang des exportations),

. la 2è fois que cela va aller mal en 2009: « la nette dégradation de nos résultats sur le dernier trimestre 2008 ne fait que préfigurer la situation attendue sur 2009 ».   

 

La question

A l’énoncé de tant d’infos contradictoires et/ou complémentaires,  que retenez-vous ? Tout dépend de ce que vous cherchez et voulez prouver. Vouloir interpréter des moyennes de moyennes ne vous apportera rien, si ce n‘est à mal commencer votre journée. D’ailleurs c’est la journaliste elle-même qui vous le dit ; elle parle « d’évolutions différentes selon les produits (= vins), voire trompeuses ». Non, les chiffres ne trompent que ceux qui le veulent bien. Par contre dire que les évolutions sont contrastées, ce serait mieux. C’est bien pour ça, que ce genre de présentation aussi condensée est globalement inutilisable par une entreprise qui cherche à se lancer ou à se développer à l’export. Tout dépend de savoir quels sont ses atouts, sa stratégie et les opportunités que lui ouvrent les marchés en ces temps de déstabilisation. La réponse dépend de la question.

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WBW8 > Les Habits du Vin d'Expression > La Campagne > Le Bois

8 Mars 2009, 11:42am

Publié par Elisabeth Poulain

Il est des paysages célèbres comme ceux de Sancerre comme nous l’avons vu dans le précédent billet sur les paysages sur l‘étiquette. Il en est d’autres de moins connus ou qui se limitent à un élément symbolique comme l’arbre le plus souvent. C’est ce que nous allons voir maintenant.   

 

La campagne

L’essence d’une campagne dénudée est difficile à faire ressortir. La donne change dès lors qu’il est possible de faire s’exprimer une des caractéristiques de celle-ci.

140. Certains vignerons choisissent de prendre du recul par rapport au village en nimbant les éléments symboliques du paysage, la vigne, le village et l’église, de la brume du petit matin. Il en ressort une atmosphère onirique remarquable pour le Chenin blanc de Vincent Orion, Domaine de La Barbinière, qui a travaillé sur la base d’une peinture d’Alexandre Lamotte, peintre vendéen de Vouvant.

 

141. Le paysage de François Plouzeau à Razines dans l’ancien vignoble de Richelieu au Domaine de la Garrelière pour ses Touraine Sauvignon et Cabernet Franc étonne par son ampleur et sa précision. Ces collines en pente longue à amplitude faible se déroulent de gauche à droite sans barrière ni obstacle, en symbole d’ouverture, de calme et de force.

 

142. Il est des paysages intimistes si précieux que le dessinateur les croque dans son carnet de voyage : tel est le nom d’un Saumur-Champigny ‘La Combe aux Fées’ de Lena Filliatreau.

 

Le ciblage d’un élément du paysage

Le paysage large, ample est peu utilisé par les vignerons pour plusieurs raisons. Une des plus évidentes est la difficulté de trouver un artiste qui ait cette capacité de voir large, en s’ouvrant vers l’extérieur. Une autre raison semble être d’ordre psychologique. Le vigneron a plutôt tendance à se tourner vers lui-même et se voir de l’extérieur pour inciter le spectateur à regarder dans sa direction, vers lui. C’est l’application du principe d’identification entre le vin et le vigneron. Le vigneron est son vin, le vin parle du vigneron, le vigneron est le mieux placer pour parler de son vin. Par pudeur, le vigneron n’aime trop pas se montrer. Pour parler de lui, il préfèrera détourner le regard vers sa maison, le château, le chai ou un détail architectural. C’est la raison pour laquelle, les portraits des vignerons figurent rarement sur les étiquettes. 

 

La taille de l’étiquette joue aussi en faveur de la focalisation sur un élément ou un détail du paysage : plutôt le plant de vigne que la rangée de vigne, plutôt une rangée que la parcelle totale, un mur du clos que le clos entier. C’est l’application de l’adage latin « pars pro toto », la partie pour le tout, qui offre de multiples avantages. Il a un effet loupe qui convient bien à des connaisseurs toujours en recherche du détail qui fait la différence. Le choix du détail est en soi un indice de culture supplémentaire. Il en va ainsi pour le repérage sur une façade d’une minuscule fleur de lys qui témoigne d’une influence royale (comme pour les vins du Château de l’Aulée sur leurs étiquettes) un peu à la manière de la coquille Saint-Jacques pour les pèlerins de Compostelle (vins du Domaine du Pèlerin). Il permet aussi un accès plus facile pour le néophyte débordé par la masse d’informations à voir. Cette tendance à la miniaturisation des signaux va de pair avec la diminution de la taille de l’étiquette et la volonté de plus communiquer.

 

L’alliance avec le bois

La forêt est difficile à visualiser. Par contre le bois, celui qui est proche de chez soi et qui n’effraie pas, est plus souvent présent à cause des lieux-dits, cette véritable mine d’or ou plutôt d’informations pour la communication du vin.

143. Le bruit du vent dans les branches offre de beaux noms de cuvée, ‘Le Chant du Bois’, sur fond de feuilles de lotus, pour un Anjou-Villages de Yves Guégniard, Domaine de la Bergerie à Champ sur Layon. Seule la couleur du vin est utilisée, sans lien avec le nom de la cuvée.

 

144. Certaines parcelles portent le nom d’un bois. C’est le cas pour la ‘Cuvée du Bois Bouquet’, un Pinot noir du Domaine de la Barbinière où l’on voit quelques arbres en bouquet entourant le socle d’un moulin en Vendée  dans une atmosphère mystérieuse.

                                                                                   

145. Christophe Baudry et Jean-Martin Dutour ont deux Chinon, Coteau des Chenanceaux et Coteau des Chénaies, pour lesquels, ils communiquent par deux chênes pour le premier et par seize chênes dans le second. Leur Chinon Domaine de la Perrière, Vieilles Vignes,  est orné de deux sapins. Dans ces deux cas, l’attention se porte sur la couleur du papier kraft, la sobriété contemporaine de la typographie et le dessin ‘style architecte’ des arbres.   

 

L’arbre est très souvent utilisé en raison de son pouvoir symbolique que nous retrouverons dans le Signe du Temps (Signe 6). Il a cette capacité à pouvoir s’exprimer dans tous les Signes que nous allons rencontrer. Le chêne est l’arbre préféré des vignerons. Il est élevé au rang de mythe et pas seulement pour l’usage qui en est fait en barrique pour l’élevage du vin. C’est la marque de la divinité, symbole de la force, la puissance physique et de sagesse spirituelle. Robur en latin désigne le chêne et la force. Pour les Celtes, il marque l’hospitalité.





 




146. Il peut prendre le nom d’un saint, comme ‘Le Chêne Saint-Etienne’ pour un Sancerre d’Henri Bourgeois, avec l’arbre en relief.

 










 

147. C'est aussi celui qui est planté dans la cour devant la mison pour bénéficier de son ombrage l'été ou commer totem protecteur. Jean-François Deniau, Domaine du Vivier, avec une vinification de Michel Gendrier, a placé, au centre de l’étiquette de son Cheverny et sous le blason, un chêne majestueux qui domine la longère.

 

148. En hommage toujours au chêne et à sa ramure protectrice, Eric Chevalier a choisi de  représenter le vieil arbre de plus de 250 ans, qui n’a pas résisté à la tempête de 1999, pour un Fié Gris, Domaine de l’Aujardière. Michelle Vétélé, sommelier, est la propriétaire de la parcelle et Eric Chevalier, œnologue, est le vigneron.

 

149. Le Chinon de  Charles Joguet porte un grand chêne vert pour le Clos du même nom.

 



Plus fréquemment, ce sont les lieux-dits
qui sont utilisés pour un domaine ou une cuvée. Dans les campagnes on leur donne parfois le nom du propriétaire du champ -le chêne devenu homme- et plus tard celui d’un domaine :

- Estelle Girault,  Domaine du Chêne Allaire à Neuville du Poitou, a sélectionné une feuille stylisée de chêne au trait en or à chaud, pour son Cabernet.

- les Grands Chênes pour un Saumur des Vignobles Louis Luneau,

- les Trois Chênes pour un Touraine de Vincent Ricard,

- les Chênes ronds pour le Quincy de Joseph Mellot sur une étiquette ovale.

 

D’autres arbres sont utilisés, comme l’olivier associé à la paix et à l’espérance, dans le mythe biblique quand il s’agit d’un rameau d’olivier porté par une colombe. Le cèdre représente, la force et la pérennité et a la faculté d’exprimer la spiritualité.


150. Pour ses Touraine, Les Devants de la Bonnelière, Marc Plouzeau a choisi le cèdre qui veille depuis plusieurs centaines d’années sur le château. Pour le Cabernet Franc, le cèdre est légèrement rouge clair saumoné.

 

La matière ‘bois’

Le bois, cette fois-ci, est aussi présent dans les étiquettes, non sous la forme d’une forêt ou d’un arbre mais dans sa matière,

- en sélectionnant une étiquette incurvée en bois de peuplier pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie d’Yves Provost,

- en donnant en plus un nom de cuvée-bois à une étiquette en bois de petite taille, Ebène pour un Saumur-Champigny du Domaine Fouet. L’étiquette est en bois veiné foncé et l’écriture en argent à chaud,

- par la couleur rouille et la forme ovale de l’étiquette pour l’Ardile, un Saumur élevé en fût par Franck et Ingrid Bimont du Domaine des Guyons.

D'autres arbres portent d'autres symboles, comme l'olivier associé à la paix et à l'espérance, dans la symbolique biblique quand il s'agit d'un rameau d'olivier porté par une colombe. Le cèdre, quant à lui, représente la force et la pérennité. Il a aussi la faculté de représenter la spritualité. 

150. Pour ses Touraine, Les Devants de la Bonnellière, Marc Plouzeau a choisi le cèdre qui veille depuis plusieurs centaines d'années sur le château. Pour le Cabernet Franc, le cèdre est légèrement rouge clair saumonné. 

Le bois
Il est aussi présent sur l'étiquette, non sous la forme d'un bois ou d'un arbre, mais par sa matière: 
- en sélectionnant une étiquette incurvée en peuplier pour un Muscadet Sèvre et maine sur lie d'Yves Provost, 
- en donnant un nom de cuvée-bois à une étiquette de petite taille, Ebène, pour un Saumur-Champigny du Domaine Fouet, 
-  par la couleur rouille et la forma ovale de l'étiquette pour l'Ardile, un saumur élevé en fût par Franck et Ingrid Bimont du Domaine des Guyons.   

  

Transition du Signe de L’Homme (1) vers le Signe de Terre (2)

La richesse de ce Signe premier qui englobe l’homme, la vigne et le paysage en fait le Signe majeur du pouvoir d’expression par la bouteille. C’est l’homme qui fait le vin et qui s’exprime par le vin. Sans lui, il n’y a rien. Entre le vin d’exception, boisson des Dieux réservé à quelques initiés et le vin de séduction, c'est-à-dire entre le très haut et une banalisation telle que le vin prend le risque de perdre son identité, il y a le vin exprimant une personnalité. C’est celui-là qui est porteur d’ouverture et de sens. Et ce sont les quadras d’âge ou de cœur qui ont redécouvert à leur façon cette vérité essentielle qui se poursuit avec le Signe de Terre.

 

 

Dialogue imaginaire entre Eli, l’auteur sérieux forcément, et Isi, son double impertinent et rieur.

Isi : Tu ne crois pas que tu exagères un peu !

Eli : Pas du tout, au contraire. Il n’y a que le sens qui donne vie à ce qui nous entoure ; sinon ce ne sont plus que des objets ou des boissons inertes, qui nous amusent dans un premier temps et nous oppressent ensuite, en nous faisant perdre notre spiritualité. C’est dur de refuser la tentation du toujours plus : plus d’abondance, plus de rentabilité, plus de laisser-faire parce que « les autres le font bien ». Il faut de la rigueur, de la réflexion, avoir une haute idée de soi et des autres.

Isi : Ça ne colle pas à l’image du vin.

Eli : Mais si, au contraire parce que les plus belles satisfactions viennent de tout ce qu’on a fait avant pour avancer, sans se perdre. Et en plus, tu rencontres des gens habités par la passion et c’est d’autant meilleur.

Isi : la suite, la suite…

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WBW7 > Les Habits du Vin d’Expression > Les paysages sur l’étiquette

5 Mars 2009, 17:29pm

Publié par Elisabeth Poulain

Nous sommes dans le Cycle des vins contemporains d’Expression, qui commence par le Signe de l’Homme. Les paysages sur l’étiquette vous montrent comment certains vignerons rendent hommage au paysage, comme partie intégrante de leur travail et de leurs vins. Ils sont des créateurs et des renforçateurs de paysages. Ce sont eux qui donnent sens au paysage. Il est donc naturel et normal de retrouver ces paysages sur leurs étiquettes de vin. Ce billet clôt le Ier chapitre consacré à l’Homme.

 

La valeur du paysage

Le paysage est, tout autant une traduction culturelle de notre façon de vivre, qu’un facteur modelant de notre identité et par-là même une des composantes du vin. Il y a d’abord le paysage tel qu’on l’entend de façon traditionnelle par ce qu’on voit avec les yeux. Ce paysage englobe des éléments variés le plus souvent d’ordre naturel. On parlera ainsi de paysages de vignes. L’oeno-tourisme par exemple est basé tout autant sur la découverte des vins et des vignerons que sur les belles ballades à faire dans le vignoble. Le paysage a toujours existé mais la perception de la valeur du paysage en tant que capital culturel est récente (Colloque de Fontevraud 2003). Le classement Unesco de la partie médiane de la Loire l’atteste et pourtant peu de vignerons le citent expressément. La question qui se pose alors est de savoir comment le paysage peut figurer sur l’étiquette de vin. Une des solutions peut être de se référer au paysage réel ou imaginaire du lieu où est situé le domaine ou l’entreprise de négoce.

 

Le paysage de vigne

C’est souvent sous la forme d’une nature maîtrisée que la vigne apparaît sur les étiquettes, les allées sont droites, les vignes taillées, les mauvaises herbes arrachées. La vigne arrive près de la maison, du chai, du moulin. Nulle clôture, ni route sépare la vigne du jardin. Il y a là un message clair : la vigne témoigne de l’ordre généré par le travail invisible du vigneron, lui aussi, invisible. La vigne est le prolongement naturel du jardin, qui est lui-même la suite de la maison et du chai, qui est aussi à la ressemblance du maître des lieux, le vigneron. Le vigneron peut choisir de montrer, non pas l’ordre, mais la vitalité maîtrisée de la vigne.

 

129. Pour le Sancerre, Le Clos du Roy, de Pascal Jolivet, la vigne surplombe les maisons en arrière plan et en creux. Les rangées de vigne plantées dans des sens différents forment une sorte de tresse. Le caractère vallonné du site conduit naturellement à la demeure, comme si la vigne elle-même formait un berceau pour la maison du vigneron.  

 

130. Pour cet Anjou Gamay du Domaine de Bellevue, le paysage est stylisé en dessin noir et blanc rendu en graphisme fort grâce au jeu entre le blanc, le noir et le rouge pour le nom du domaine.

 

131. Le Savennières, Le Clos des Mauriers, des Rochais recourt à un dessin ancien en blanc et noir très structuré et dense enfermé dans un rectangle de petite taille.

 

132. Claude Branger utilise le blanc sur fond vert pour son Muscadet Sèvre et Maine sur lie Terroir ‘Les Gras Moutons’ La Févrie.

 

A l’examen, la photographie de paysage, c’est-à-dire une réalité qui pourrait être plus forte que celle qui s’exprime à travers un dessin, est peu ou pas sélectionnée par crainte de casser le rêve et/ou par difficulté pour le photographe à saisir l’essence du paysage.

- Pour des vins à destination du Royaume-Uni, sous la marque La Grille, Charles Sydney et Philippa Sydney ont sélectionné des photographies couleur avec une thématique pour chaque vin. La difficulté à visualiser l’ampleur du paysage est résolue par le choix d’une partie emblématique d’un paysage, comme une barque pour évoquer la Loire par exemple.

 

Les éléments valorisants du paysage

Ces éléments ont pour point commun d’offrir du mouvement à la vue, que ce soit par un coteau qui descend ou une montagne qui culmine. Les collines offrent de jolies profondeurs au regard. On peut aller plus loin avec les coteaux. Ceux de la Loire sont célèbres. Leur nom est intégré dans l’appellation, comme pour les Muscadet Coteaux de la Loire, les Coteaux du Layon, les Saumur Coteaux de la Loire, les Coteaux du Loir, du Vendomois... Le vin de coteau se situe généralement avant le vin d’appellation générique dans la hiérarchie des vins.

 

133. Un dessin reprend le célèbre panorama de Saint-Méen qui domine la Loire pour un Muscadet Coteaux de la Loire des Vignerons des Terroirs de La Noëlle.

 

134. Un Quincy de Pierre Duret visualise le village de Brinay autour de l’église qui est souvent choisie comme emblème par les vignerons de l’appellation.

 

Le piton de Sancerre

Sancerre fascine les voyageurs depuis des siècles. Son piton est également revendiqué par tous, vignerons et négociants, ce qui en soi est déjà intéressant et sait s’accommoder à toutes les recettes quelle que soit l’époque. En terme de cycle de vie, l’usage intensif qui en est fait indique qu’on se situe en haut de la courbe de fréquence d’utilisation. Il est vraisemblable que la visualisation du célèbre piton va être moins fréquente au profit d’autres façons de communiquer. Remarquons que ceux qui utilisent la vue du piton sont extérieurs à la ville, à l’exception de la Cave des Vins de Sancerre dont les bâtiments sont situés à Sancerre en bas de la ville.

 

135. Sancerre avec une gravure au 18ème siècle qui est utilisée pour trois Sancerre, Les Implipeaux, les Fredins, Les Belles Dames, chez Gitton Père et Fils,

 

136. Sancerre à la mode chinoise avec Élégance Elégance des Caves des Vins de Sancerre,

 

137. Sancerre contemporain de Pierre Riffault, Domaine du Carroir, grâce à un dessin d’architecte très épuré et structuré,

 

138. Sancerre terrien sur fond de feuilles beige sable pour Les Aristides de Claude et Florence Thomas-Labaille de Chavignol,

 

139. Sancerre vue par Joseph Mellot en Cuvée Pierre Etienne 1513-2000 en bouteille numérotée, sur un fond vieux parchemin,

 

- Sancerre à la mode féminine du 18ème siècle, avec La Duchesse de la Cave des Vins de Sancerre,

- Sancerre en dessin très graphique à la plume de petite taille et traité verticalement pour une cuvée Prestige de Jean-Pierre Loicher.

 

Pour suivre le chemin

. prochain chapitre, le Signe de Terre, toujours dans le cycle des vins contemporains d’Expression,

. déjà parus, les 6 premiers billets, à voir en pages sur la colonne de gauche à l’écran 
P.1 The World through the Bottle of Wine -WBW-

P.2 WBW > Le Monde à travers la Bouteille de VIn, Avant-propos
P.3 WBW, Les Habits du Vin, La langue des Signes du Vin
P.4 WBW > Le Signe de L'Homme > Les Vins d'Expression
P.5 Le Signe de l'Homme > L'expression > La Vigne > La Terre
P.6 > Les Habits du Vin > Les Vins d'Expression > La Vigne  

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Les valeurs de la pub

4 Mars 2009, 10:02am

Publié par Elisabeth Poulain

Bien sûr ce n'est qu'un exemple. Toutes les pubs ne sont pas pareils, toutes ne portent pas sur l'univers du luxe, toutes ne sont pas sulfureuses. Mais il en est quand m^me certaines qui passent la ligne et qui dérangent.  C'est une pub Dolce & Gabbana pour des costumes pour homme parue dans le Monde  du 27.02.2009.  

Imaginez une publicité en faux noir et blanc (1/2 page); seuls ressortent un peu de blanc pour les chemises et surtout la couleur chair, celle de la peau bien huilée, d’un athlète à genoux, torse dénudé, mains jointes tête baissée, doigts croisés comme s’il était en attente, le regard à terre ; c’est lui qu’on voit en Ier, il est en second plan. A sa droite, tout au coin gauche en bas de la scène, au Ier plan pour nous, un autre homme  en train d’attendre, les mains posés en boule l’une sur l’autre, le regard à terre.

 

Au milieu de la scène (en 3è plan), se trouve le maître, un homme assis dans un grand fauteuil de cuir noir bien sûr avec un bandeau noir sur l’œil gauche, un lévrier de bronze noir huilé posé près de sa main droite. Il est las, méprisant, saturé ; il a tout vu, tout fait. Toute la scène s’articule autour de lui. Tout converge vers lui. Le 4è homme est face à nous à droite, il est à genoux, les mains placés l’ une sur l’autre, sans avoir les doigts croisés, à côté de l’homme assis. Il nous regarde dans les yeux. Son visage n’exprime rien. Par derrière lui au fond en 5è plan, légèrement décalé vers le fauteuil se trouve un homme jambes écartées qui surveille la scène, un garde du corps peut être. Il manque le dernier homme à gauche en 4è plan, c’est un cameraman asiatique, dont on ne voit pas les yeux, il est en train de filmer une scène à terre situé en partie gauche hors du champ de la pub. La caméra voit et pas lui. C'est là où on comprend le double ou triple jeu des publicitaires: la scène est censée  être conçu pour le tournage d'un film. On peut tout se permettre au nom de la culture, n'est-ce pas?   

 

Tout est noir, gris, beige sale pour les murs, le décor est luxueux, la promiscuité grande. L’atmosphère est si étouffante et glauque qu’elle donne la chair de poule. On évoque l’Italie de Mussolini, les chemises brunes, la décadence, des jeux dangereux pour les hommes en attente… Cette mise en scène focalisée sur les besoins d’un pervers, avec un suppliant torse dénudé et deux autres hommes tous à genoux devant lui, auxquels s’ajoutent un homme prêt à dégainer et un caméraman avec un bandeau sur les yeux. La caméra voit et pas lui. Ca fait vraiment froid dans le dos. Et tout ça pour valoriser la vente de costumes.


Pour suivre le chemin
. Photos EP, Collection Emmaus 

 

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Com de Crise, Crise de Com

3 Mars 2009, 17:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

La com en période de crise

L’impression, comme toujours, est qu’on parle un peu trop souvent de crise à propos de tout et du moindre changement. Ce serait plus utile de se demander de quelle crise on parle. Quant à la com, c’est pareil. Les soucis existaient déjà avant. 
 

A la question s’il y a une com de crise, la Ière réponse est oui. Comment voudriez vous qu’il n’y ait aucun changement alors que tous les paramètres de la com changent et en un temps très court. Il y a moins d’annonceurs, moins de budget alloué  à la communication, moins de presse en bonne santé, moins d’acheteurs du journal, plus de pression sur les prix, plus d’attente de retour sur investissement…

 

Les dimensions des encadrés publicitaires

Elles sont plus imposantes. La page entière est plus fréquente, la double page est moins rare.

. Un bel exemple est la pub Mauboussin, récupérant le Yes we can sur fond de drapeau américain à acheter un bijou et gagner des donuts (beignet américain) avec 1, 2 ou 3 billets de 100 USD en double page centrale du Monde 28 février 2009. On vous donne un vrai billet de banque.

. De gros annonceurs de la presse économique (masculine), s’offrent maintenant 4 pages pleines, en blanc sur fond noir, en sur-couverture du journal entier, avec une publicité répétée à la télévision pour Citroën (Les Echos, Vendredi 13 février 2009). Comme pour la publicité bleue dont j’avais déjà dénoncé le procédé*, cette pub en noir et blanc recouvre un article sur le concurrent direct, Renault en l’occurrence, avec un titre hyper-pessimiste : « Eprouvé, Renault redoute une nouvelle chute du marché. » Notons que cette façon de mettre l’accent sur l’information négative concernant un concurrent renforce la gravité de ce manquement à la déontologie. Ce type de publicité offre en effet la novation de l’usage de la couleur sur toute une partie du journal et plus seulement sur l’encadré publicitaire de sortir du champ réglementaire qui veut justement qu’on puisse distinguer ce qui est info de ce qui est pub. Le texte de la pub est bien dans l’encadré réglementaire, la couleur de la pub a tout envahi. On a largement dépassé la pub comparative.

 

Les accroches plus directes

Encore plus persuasives, du genre « vous êtes perdu dans la tempête, nous allons vous guider ». Il s’agit pour les annonceurs, des grandes entreprises de consulting, d’attirer l’attention et de rassurer :

.  de faire comme Tiger, le champion du monde de golf, pour savoir « se projeter avec une visibilité aussi faible » avec accenture High performance. Delivered. Le fait de recourir à un sportif n’est pas nouveau, mettre l’accent sur l’absence de visibilité à ce point si.

 

. L’usage de plus en plus répandu est de vendre de l’espace vide en vous promettant « d’avoir les bonnes cartes en main ». Le graphisme est bizarre, les couleurs fadasses, c’est assez dérangeant pour qu’on le remarque. C’est le cas avec une pub Microsoft qui offre des solutions  décisionnelles people_ready* aux entreprises (*= « se dit des entreprises, des logiciels qui sont prêts, efficaces, performants et immédiatement opérationnels » (LE, 02.03.2009),

 

Le vide et le parler vrai

On va retrouver ce vide en grand format avec deux pubs parus le 21 février 2009 pour la Grande Distri. L’une en page 7 montre un poing fermé prêt à taper sur la table « ça suffit » (sous-entendu la vantardise de leurs concurrents en faveur des leurs prix moins chers) choisi par Intermarché et l’autre en page 14 de Leclerc avec deux panneaux de sens interdits démontrant leurs prix sont moins chers. Ce n’est pas beau ni pour l’un ni pour l’autre mais ça se veut efficace, comme une preuve supplémentaire de parler v rai.  

 

La quasi-disparition de la publicité

Ce qui frappe toujours dans Les Echos ou dans Le Monde, c’est qu’il n’ y a presque plus de pub si ce n’est pour la presse ou le journal lui-même. C’est d’autant plus frappant qu’il y a de plus en plus de pages sans pub du tout. Un exemple avec Le Monde du 20 février 2009, en page 1 un petit encadré pour une pièce de Tchekhov au Théâtre de La Bastille, dans le reste du journal, une pub pour Courrier International, 1 pour Challenges, 1 pour le Nouvel Observateur, 2 pour Le Monde, 1 autre pour Le Monde du Design, 3 petites pour Le Monde, soit 4 au profit du Monde sur les 8 au total.  

La sur-utilisation de la pub associée au Luxe

Qui aurait pu prédire un tel impact négatif sur les quotidiens et les magazines d’ailleurs en aussi peu de temps? La crise certainement. Mais il y a aussi une autre explication. Parallèlement se créent, à côté de ces parutions habituelles et sous leur bannière, de nouveaux médias dont l’existence est entièrement fondée sur la pub. C’est le cas avec tous les suppléments Luxe qui se portent, eux, très bien, bien à l’abri dans un cocon bien au chaud, éloigné de la sinistrose quotidienne véhiculée en temps de crise par le vaisseau amiral.

 

A quoi bon communiquer dans un n° lambda quand on peut le faire dans un magazine d’hyper-luxe, dont tous les éléments éditoriaux sont markétés à un point que je n’aurais jamais cru pouvoir voir. Tout est  conçu pour un segment bien précis de lecteurs qui par définition sont peu nombreux. Là pub dans ces suppléments ne vient pas en complément d’un article de fond. Elle est le moteur et la raison d’être du journal. Les articles viennent après en collant à la pub. C’est de l’info en renforçateur de la pub !  Conséquence de la création de nouveaux supports dédiées à des annonceurs du luxe, c’est l’assèchement des parutions de ces mêmes annonceurs dans le (vrai) journal principal. Un des deux contre-exemples que j’ai trouvés est une pub de Versace pour un sac rose Vanitas Collection (LM 21.02.2009).   

 

Résultat de la concurrence entre ces grands médias, ils font tous la même chose. On avait en des temps déjà révolus dénoncés l’impact du marketing et de la pression publicitaire sur le vin par exemple, mais maintenant la contamination a gagné la presse économique et la com. Tous leurs acteurs mettent en pratique les techniques de benchmarking pour proposer des produits qui collent au marché, en additionnant ce que font les concurrents.  

La surenchère

Le problème de la duplication de ce que font les autres au nom de la bonne connaissance du marché amène à une exagération qui n’est pas franchement du meilleur goût. Ce sont Les Echos qui nous racontent l’histoire de cette campagne de communication de l’agence TBWACompact ( sur 3 ans, 1, 4 million d’EUR, financé par le Conseil général) avec ce slogan pour 2009 « En Gironde, à chacun sont point G ».  Comme le dit Franck Niedercorn, le journaliste de Bordeaux qui conte l’affaire (LE 02.03.2009) « on frémit déjà du slogan l’année prochaine ». Au moins, ça c’est drôle. L’objectif était d’être osé et jeune. L’agence a créé un site pour faire un maximum de buzz en achetant tous les mots clés et les bannières incluant ce Point G. On en arrive à ce qui fait mal, c’est la connexion avec le Web.

 

Les liaisons dangereuses

Elles le sont vraiment pour les campagnes d’affichages classiquement installées à la Gare Montparnasse et dans le métro, relayées par la presse quotidienne régionale, nationale  et à l’étranger. Cela ne suffit plus ; il devient impératif de capter l’audience du Net pour transformer chaque surfeur en propagandiste actif de la pub, comme dans le Point G précédent en plus des campagnes d’affichage.  Après il ne faut pas s’étonner si l’information et la com échappent de plus en plus aux supports et aux acteurs classiques puisque ce sont les Internautes qui font leur boulot en partie.  Parler de crise alors est un tantinet choquant puisque ce sont les professionnels eux-même qui poussent à ce mélange des genres en se faisant chèrement payés (près de 260 000EUR rien que pour la partie Internet de la campagne 2009 du Point G).

 

Le mauvais moment

C’est ce à quoi on pense quand on voit que c’est le moment choisi par les Pouvoirs Publics pour lancer une campagne contre les vignerons qui communiquent de mieux en mieux sur leur travail et sur leurs vins. A eux seuls,  sans le secours de personne et sans subvention et en parlant cette fois-ci vraiment vrai parce que c’est vrai et pas de la pub, ils savent attirer les touristes, bien mieux qu’une campagne publicitaire plus ou moins séduisante. C’est vraiment pas le bon moment de s’attaquer à des vignerons qui créent de l’information originale de première qualité et qui font vivre  une région. 

 

Alors Com de crise, oui, ça commence ; crise de com, aussi. Il faut attendre que les situations se décantent pour voir émerger de nouvelles formes de communication. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’au début dans tous les domaines et pas seulement le Net.  Maurice Lévy, PDG de Publicis, vient d’ailleurs de déclarer que « notre système de valeurs est en crise » (LE 23.02.2009).

 

Dommage que Maurice Lévy n’ait pas détaillé la crise des valeurs dont il parle. En fait il vise le mode de fonctionnement de notre société, dont la pub n’est qu’une des facettes. On est d’accord : la société forme un tout et la pub n’en est qu’un élément. A mon avis, ce n’est pas la com qui est en crise mais bien la question de ses valeurs et celle de sa valeur ajoutée. C’est bien pour cela que je vous ai réservé une pépite publicitaire pour la fin : l’autre contre-exemple de pub du luxe que j’ai trouvé dans Le Monde le 27.02.2009. C’est une pub pour Dolce & Gabbana pour des costumes homme (à découvrir dans le prochain billet).  

 

Pour suivre le chemin

. Récapitulatif: sur les 11 pubs cités, 4 sont de l'auto-pub, 3 portent sur votre argent (à dépenser en moins pour les gens 'moyens', en + pour les 'luxes'), 2 sur le conseil aux grandes entreprises, 1 sur le luxe courant  et sur le sexe (des femmes.)   
.* Voir le billet paru le 20.10.2008 sous le titre « En matière de pub, on a encore rien vu » concernant une pub pour une Mercedes Classe A 160 BlueEFFICIENCY

= LE pour Les Echos, LM pour Le Monde

. Quelques explications, j’ai choisi de parler de la pub dans la presse professionnelle masculine pour mieux apprécier le rapport entre l’info et la pub. Choisir la presse féminine aurait été moins parlant car les grands annonceurs sont aussi les actionnaires des grands titres. D’autres revues hyper-luxueuses ont  déjà complètement franchi la ligne de la frontière entre la pub et l’info. Ce sont des supports de pub, avec un tout petit peu d’info pour pouvoir passer pour de la presse. C’est très intéressant à voir. Citizen K Printemps 2009 sort aujourd’hui

. Photos EP , la photo de la boussole a été prise à la devanture d'une banque l'été 2008  

 

 

      

  

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Vin, Changement et Com

2 Mars 2009, 11:03am

Publié par Elisabeth Poulain

 

 

A chaque fois que quelque chose change dans le monde, se pose la question, dont on connaît pourtant bien la réponse, à savoir si le changement va justement changer quelque chose, sans que ce soit une crise. Je sais que ça a l’air confus, énoncé comme ça, confus et bête et. Et pourtant c’est exactement ça, en ce moment surtout, mais aussi tout le temps. A force d’évoquer la crise et de crier aux loups, parfois ils arrivent, surtout que ces cochons de loups ne nous préviennent pas. Ou plutôt qu’ils nous préviennent à leur façon mais que nous n’écoutons pas. Certains ne collent pas assez leur bonne oreille sur le sol pour sentir les vibrations du marché. La bonne oreille, celle qui entend ; pas l’autre qui est capable de saisir tout ce qui lui promet la pub, la com et les politiques.   

 

Charles Joguet, Encres, peintre, Chinon

 

 

L’exemple du marché anglais du vin

Nul ne peut ignorer non plus que le marché anglais est un marché de promo. Un des reproches faits en GB aux vins français a toujours été de ne pas prendre en charge l’animation du rayon. Un de leurs mérites est de ne pas être cher à l’achat par le distributeur. Mais entre deux vins, dont l’un (le français) n’est pas cher (ni à l’achat, ni à le re-vente au consommateur final) et l’autre un peu plus cher (l’australien) mais qui est assorti en plus d’un budget conséquent d’offres promotionnelles complétées par une campagne publicitaire, le choix est facile à  faire quand vous êtes la centrale d’achat. L’un est un produit statique, froid et qui risque de peser sur les stocks et l’autre un produit vivant, chaud et qui gonfle la trésorerie et attire le client friand d’exotisme.  30 ans après l’annonce des changements à venir par l’Onivins, on nous présente à nouveau le marché anglais comme un sinistré de la crise qui a débuté ‘officiellement’ en 2008-2… Entre 1980 et maintenant, il y en a eu de ces crises annoncées !

 

C’est un bon exemple d’information - pourtant abondamment diffusé au profit des professionnels- en  sous-utilisation par eux pour conserver leur parts de marché face à la concurrence étrangère sur un marché étranger. Le marché est un être vivant et qui se modifie donc 24h sur 24h où que ce soit dans le  monde. Evidemment ceux qui intègrent le changement sont mieux armés que les autres quand arrive vraiment une vraie crise sociétale, qui dépasse le monde du vin et forcément va le toucher.

 

La minimisation de la concurrence

On peut alors s‘interroger  sur ce qui peut apparaître comme une véritable résistance au changement dans le domaine du vin. Pourquoi cette résistance à la transformation d’une information professionnelle en action stratégique de la part de l’entreprise ? Nuançons tout d’abord. Certaines entreprises savent très bien le faire. Il y a maintenant de plus en plus de jeunes vignerons engagés dans des démarches très qualitatives et qui ont l’oreille de la presse et des importateurs, des domaines qui savent rentabiliser aussi leur réseau de distribution en devenant négociant, de plus de négociants en vins à identité qualitative, en particulier dans le bio et de plus en plus d’importateurs connaisseurs en recherche de petites séries.

 

Il n’en reste pas moins que cette résistance au changement tient en une raison, c’est la minimisation de la concurrence qui va de pair avec la faible importance accordée à la distribution. On sait que la concurrence existe ; on en parle beaucoup ; on s’en plaint énormément et trop souvent on entend des gens du vin agiter le spectre de la concurrence, avec des titres d’une violence verbale inouïe du genre ‘on veut assassiner nos bons vins français’. Comme si ces mots violents étaient de nature à exorciser ou repousser les pertes bien réelles des commandes conclues par les concurrents.

 

Le drapeau de la culture

Une hypothèse complémentaire est le lien qui s’établit en France entre cette faible perception de la concurrence et de la distribution  et l’appel à la culture. Le vin d’appellation de France, bien culturel français par définition, ne saurait avoir de concurrent puisqu’il repose sur le concept du terroir qui se résume dans sa plus simple expression comme étant un vin d’un endroit bien précis produit dans les conditions prévues par la loi qui est en France, en plus, un outil puissant au service de la culture.

 

Cet accrochage du vin à la culture n’est pas un simple truc pour gonfler le prix de vente du produit. C’est plus profond et participe à la définition si française du « bien vivre ». C’est le bon côté de la chose. L’autre est plus gênant. A trop évoquer la culture, bien des vignerons ‘oublient’ que le vin est d’abord un produit à vendre. Tant qu’il n’est pas vendu, il est une charge et quand on a trop de charges, on coule parce que cette fois-ci la concurrence ne va plus être seulement celle que l’on subit en allant à l’étranger mais celle qu’exerce le collègue voisin.

 

 

La conjonction entre tous les facteurs négatifs

A trop parler de culture et pas assez d’économie d’entreprise, on occulte le fait que le vin doit se vendre pour rapporter de l’argent. Quand on additionne =

+ une mauvaise vision de la dure réalité de la concurrence

+ la minimisation de l’acte de vendre et la distribution,  

+ un appel mental constant à la culture-culture qui ne fait pas appel à l’argent, si ce n’est celui de la collectivité

+ une disposition bien française à limiter la vente au produit lui même sans vendre du service en plus pour animer le rayon chez le distributeur,  ou plus simplement comme la prise en charge du transport et du dédouanement jusque chez l’importateur,

= il est clair que la partie à jouer contre la concurrence est encore plus difficile.

 

Dans un texte récent relatif à la crise, une personnalité souhaitait par exemple que les exportateurs français assument l’obligation de transport de la marchandise qui repose dans la quasi-totalité des cas sur l’importateur. Oui, c’est une bonne idée sauf que ça ne marche pas comme ça. Il ne suffit pas d’avoir un port en déclin à disposition, Bordeaux en l’occurrence, pour que le transport effectué par le vendeur parte de Bordeaux. Il faudrait  déjà connaître ses Incoterms et avoir une bonne connaissance de l’offre des commissionnaires de transport. Il faudrait aussi que l’acheteur ait intérêt à ce que le vendeur prenne le transport et le dédouanement en charge. Pour ça, il faudrait négocier et revoir toute la chaîne et ça, ça ne s’apprend pas en un clic, surtout quand arrive une vraie crise.  

   

Les réactions aux tensions des marchés

Quand ça va mal, le Ier réflexe est de vendre à tout prix, c’est à dire à petit prix. C‘est jouable un certain temps, quand on a un peu de réserve. Si non, c’est suicidaire à plus ou moyen terme, pour l’entreprise et la profession. Les acheteurs ont vite fait de faire jouer contre les vendeurs la concurrence à la baisse des prix ou d’exiger de promotions en plus qui ont toutes pour effet d’accroître la charge des vendeurs et de baisser la rentabilité des ventes. 

       

Y-a-t-il d’autres pistes ? Au cours des décades passées, la profession a répondu en Loire en particulier par la vente directe au chai en attendant le client ou en allant à sa rencontre sur les salons. La Ière formule a été longtemps privilégiée en raison de l’allocation de subventions européennes pour créer ou moderniser les locaux. La seconde se développe en particulier pour la vente des vins bios.  Depuis l’entrée dans le nouveau millénaire, les syndicats poussent au développement de l’oeno-tourisme et à la professionnalisation de l’accueil au chai.  

 

Ces trois solutions sont de grosses mangeuses de temps, d’un temps que le professionnel du vin ou sa famille n’a pas forcément, sans que la rentabilité de ces ventes de quelques bouteilles ou de quelques cartons soit assurée. Ce sont les relations publiques du vin, avec maintenant un nouvel élément qui vient peser sur ces ventes aléatoires, la menace de la parution prochaine d’un nouveau règlement visant à encadrer les dégustations gratuites et l’information sur le Net. Il sera évidemment possible de trouver une formulation n’empêchant pas les professionnels du vin de faire connaître leurs vins pour pouvoir les vendre et limitant l’ingestion inconsidérée de vin gratuit qui plus est. 

 

Nicolas, Bonhomme, Statuette

 

D’autres changements

Les choses continuent à se modifier, dans les secteurs de l’information et de la com aussi . Si le vin connaît des difficultés, la presse ne va pas bien, en raison du bouleversement de l’Internet. Tout est lié. Les rentrées publicitaires baissent, la diffusion des éditions papier aussi, le Net n’a pas encore trouvé ses marques. Tout bouge en même temps.  Les frontières se brouillent entre la communication et l’information. On accuse les vignerons de faire de la pub quand ils informent, ils se transforment en journalistes et vice et versa…avec la pub au milieu qui navigue entre ces deux pôles. Une nouvelle com parce que Tout change, Partout, Tout le temps, Pour Tous mais Pas de la même façon !

 

Photos Elisabeth Poulain

 

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