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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Europa mai 2009, l'Homme numérique selon Timothée Mathelin, graphiste

28 Juillet 2009, 11:26am

Publié par Elisabeth Poulain

Je vais céder la parole au créateur de cet homme que j'appelle 'l'Homme numérique.' Il s’appelle Timothée Mathelin.  C’est un créateur nantais talentueux qui aime le futur. Il dit de lui qu'il est open-minded et que si vous l'êtes aussi, vous avez des chances de vous entendre. Il fait la couverture d’Europa avril-mai 2009 que vous pouvez voir sur www.journaleuropa.info à cause du dossier principal dédié à L'Open Source:


« Je suis parti sur l’idée d’un portrait, qui amène l’idée de la personne, de l’humain. Le portrait, c’est l’être et l’esprit. Sur un fond de ciel, cela amène l’idée de l’âme, et de bien d’autres choses. Ce portrait pour amener un côté très spirituel au sujet.


On y retrouve de la technique et du numérique. Le hardware, le câblage, l’alliance homme-machine, l’esprit ouvert par la machine. La machine qui devient prolongement, voire remplacement du cerveau.


Je me suis servi d’une citation d’un bouquin qui parlait d’Internet et qui expliquait que depuis toujours l’outil est le prolongement du corps, comme par exemple le marteau était un prolongement de la main. Aujourd’hui, l’ordinateur et le réseau sont des outils qui deviennent le prolongement du cerveau. D’où l’idée de la technique dans l’Homme. Prolongement du cerveau et ouverture de l’esprit par la technique.


J’amène aussi de la légèreté et de l’aérien avec les oiseaux autour.


Ensuite, j’ai voulu y amener un côté épique et baroque dans l’ambiance. Malgré tout, c’est une guerre, une révolution. Une nouvelle forme de guerre, mais une guerre quand même. La guerre de l’info, du traitement de l’info, des savoirs, des partages, etc. Bref, des libertés. Le côté glaive, l’anti copyright en écusson tributaire gravé sur le front du personnage, le regard et l’air sérieux. On pourrait un peu croire que ce personnage est le chef d’une tribu.


Il a un côté atemporel, mélangeant son côté apaisant, étrange, paisible, mais aussi mystérieux. Qui pourrait aller avec les a priori, les enjeux, les dangers et les intérêts d’Internet. J’ai voulu lui donner un rôle de leader. Celui d’un chef spirituel qui rappellerait le déterminisme technologique avec une sorte de déification de la technique.

Personnification de ces logiciels, de ces techniques, de ces communautés qui prônent le libre savoir. C’est pour cela aussi que je lui ai donné un peu ce côté «prophète», les yeux clairs, la barbe blanche, etc. Tous ces éléments du binaire qui l’entourent et qui en font ce qu’il est.


J’amène aussi une notion de liberté au travers du ciel et des oiseaux. Des éléments qui sont pour moi synonymes de liberté et de grandeur. Enfin, ce qui est sûr, c’est que l’on a un côté fantastique là-dedans. Et c’est ce que je recherchais. Le rêve, car la science et la fiction ne sont jamais bien loin. Souvent, les écrivains  de science-fiction et les chercheurs en communication trouvent ensemble les réponses aux enjeux des réseaux de demain.»


Pour suivre le chemin


Plus d'infos sur Timothée à voir shift://www.futurorg.com/ 

. Europa est un magazine européen gratuit, créé en 2004 à l’Université de Nantes. Ses objectifs : favoriser les échanges d’information entre jeunes européens, concrétiser le sentiment d’appartenance à l’Europe, rendre palpable le concept de citoyen pédagogue européen grâce aux 300 contributeurs du journal. A Nantes, on trouve Cyril Bérard à la coordination, Guillaume Siaudeau à la publicité…L’adresse, Chemin de la Censive, 44312 Nantes cedex 3, 09 51 82 31 34


. Photo 1 Europa, photo 2 EP

. Juste à noter le raffinement du lien entre la couverture et la 4 de couv (voir article récent sur mon blog sur cinq 4 de la Vigne) : Timothée a pris soin de lier  les deux.

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WBW30 > Les Habits des Vins d'Emotion > Le Signe du Trait

27 Juillet 2009, 11:11am

Publié par Elisabeth Poulain

La satisfaction             

Il a déjà beaucoup été question des mots et des blasons qui figurent sur les étiquettes en particulier dans le Signe de Papier. Par différence, le Signe du Trait apporte une autre dimension, celle donnée par la satisfaction provoquée par des signes, mots à forte densité ou chiffres ou par la forme et la façon dont le trait est apposé pour donner du sens. Le Signe du Trait a même préexisté à la bouteille de verre qui est une invention du 18ème siècle en Angleterre. Plus d’un millier d’année avant, des amphores fabriquées en Italie étaient déjà arquées au nom du maître de chai dans l’argile encore fraîche avant d’être livrées en Méditerranée.

 

Dans le monde du vin, la façon de dire est au moins aussi importante que le mot lui-même, comme l’attente d’un cadeau participe de l’importance du cadeau attendu. Il en va de même avec l’habillage du vin qui est une promesse annoncée d’une jouissance proche, comme le paquet cadeau complète le cadeau, tout en ayant sa valeur propre. L’approche sensorielle est tout autant fondée sur l’émotion et la mémoire.  A ces titres, elle fait entièrement partie de la culture contemporaine. Ce sont autant de raisons qui expliquent l’essor du design graphique. Le trait provoque le bouleversement des frontières, entre le dit et le non-dit, le dedans et le dehors, le marqué et le ressenti.

 

L’emblème graphique

Il désigne le logo dont l’usage connaît en français un essor étonnant. Il se définit comme un signe visuel de repérage des produits et/ou des marques, logo signifiant marque en anglais. La différence entre l’usage des initiales à titre de blason et celles qui servent de logo tient en l’existence dans le second cas d’une volonté de communiquer de façon contemporaine, en utilisant les leviers tels que l’émotion, l’annonce d’une promesse, d’un cadeau, d’une satisfaction, la fascination mais aussi l’information ou la confirmation…On peut distinguer plusieurs étapes, la première consiste à choisir une typographie particulière pour son nom, son prénom, la première lettre de l’un ou l’autre, bien souvent suggérée par l’imprimeur, la plus conceptualisée aboutissant à faire une véritable œuvre de création graphique grâce à ce qui est vraiment du design.    

 

Le pouvoir d’émotion d’une lettre

C’est très souvent la première lettre du prénom ou du nom du vigneron, du nom du domaine, ou d’une partie du nom ou de la ville où est situé le domaine ou la coopérative. Le choix se fait selon différents critères : le choix du prénom appartient au monde de l’enfance, celui du nom de la famille relève de la volonté dynastique, le domaine met l’accent sur la volonté de rendre hommage à la terre et/ou à la propriété. Il peut y avoir aussi un choix plus graphique, pour le H, le I, le X, le V par exemple ou un jeu sur la sonorité comme le R de Roc, comme pour Rock.  La distinction à faire avec le SIGNE de Papier porte sur la recherche d’un esthétisme contemporain ici :

 

701. le G de Gouron pour un Chinon du Domaine Gouron avec un effet millésime particulièrement marqué,

702. le G de Gibault du Domaine du même nom répété deux fois, une sur le corps supérieur de l’étiquette et une en plus grand dans le corps central pour Alliance, un Touraine rouge ;

 

703. le J de Juchepie niché au fond de l’œuf que forme le O d’Oosterlinck, les vignerons du domaine, pour ‘le Sec de Juchepie’ ‘Les Monts’ un Anjou blanc sec ; 

 

- le L de Louis de Grenelle pour un Crémant de Loire Platine des Caves Louis de Grenelle de Saumur traité de façon très graphique et de façon décalée sur le muselet ;

 

704. un M très particulier pour Daniel Macault, Domaine des Deux Moulins,  pour un Anjou-Villages Brissac, Le Clos au Chat, puisque la lettre est séparée en deux parties à chaque extrémité de l’étiquette circulaire,

 

705. le M de la Fruitière, un Muscadet de Jean Douillard et Jean-Michel Boussonnière avec un design qui met en valeur le M puisque c’est le nom de ce Muscadet Sèvre et Maine sur lie. Il prend un quart de l’étiquette en lettres droites. C’est le seul cas de sélection de l’initiale du vin ;

 

706. le R de Roc de Châteauvieux, un Pineau d’Aunis de Pierre Chainier ;

 




707. le

 









L’emblème à deux initiales

Ces initiales reprennent souvent le prénom et le nom d’une personne, les deux prénoms d’un couple ou celles d’une parcelle ou d’un domaine. Ce peut être aussi un jeu sur une des caractéristiques du nom du domaine ou un nom de cuvée :

- BC pour Bruno Cormerais avec un jeu graphique très réussi résultant de l’usage d’un dessin de bois de vigne pour le B et la trace d’un verre pour le C, pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie,

 

- HP pour Henry Pellé avec un design très contemporain, le H est plus grand que le P, le jeu se fait sur les trois verticales en grisé léger sur le tiers gauche de l’étiquette rectangulaire et la barre du H, est constituée par le dessin des porteurs de raisin de très petite dimension et seul élément or, 

 

- JB en forme de tampon qui déforme l’étiquette vers le haut à droite pour un Sancerre Joseph Balland Chapuis, Domaines Saget : le point du I est formé par une feuille de vigne avec une grappe de raisin,

 

- TL pour les Montlouis de Jacky Blot du Domaine de la Taille aux Loups, avec un effet d’ombrage qui double les lettres et en renforce la présence,

 

708. VT à effet mystère certain pour un Touraine Vendanges Tardives 2004 de Barbeillon Rouballay.

 


Le jeu à trois

C’est une façon de parler d’un couple:

- ASF pour Alina et Stéphane Filiatreau de Saint-Germain sur Vienne, sur le rond central d’une bague de cigare, Aroma, pour un Touraine, 

- J.Y.A. Lebreton, pour Jean-Yves et Annick Lebreton,  en forme de signature pour les vins d’appellation du Domaine des Rochelles,

 

La signature

La signature constitue l’étape suivante. Elle marque la démarche suivante comme des bornes sur une parcelle. On signe son vin comme on signe une lettre importante, un engagement et une garantie. Plusieurs modalités sont en usage. Développer son prénom avant de donner son nom donne des indications sur le genre du vigneron dans la majorité des cas, sur l’âge parfois et confère une proximité. La tendance est à mettre son prénom pour personnaliser le vin : 

 










709. Valérie Forgues pour un Touraine La Méchine,

710. Franck Gourdon du Domaine de Piedflond pour tous ses vins d’Anjou,

 

- Philippe Portier, pour un Quincy, Domaine de la Brosse,

- Alphonse Mellot à Sancerre pour tous ses vins.

 

- une signature graphique pour Le Domaine Saget de Pouilly sur Loire avec Saget en jaune dont le S très exubérant s’entrelace avec Domaine. D’autres versions existent pour Guy Saget dont le S jaune relie le Y de Guy au S de Saget en blanc sur fond noir, pour un Pouilly Fumé, Les Logères.

 

En sens inverse  et plus exceptionnellement, certains et certaines se refusent à indiquer leur prénom qui continue à figurer sur les étiquettes uniquement par l’initiale. Les raisons sont plurielles. Citons la volonté de mettre le nom de famille en lumière, de jouer la complémentarité et le passage de relais entre un père et son fils, ou pour une femme, le choix d’être un professionnel comme un autre. L’arrivée d’un gendre au Domaine conduit aussi parfois à supprimer l’initiale du fondateur beau-père pour montrer la prévalence du domaine sur la personne.

 

Une des conséquences de la tendance  à indiquer les noms des personnes qui incarnent le domaine est la suppression ou le non-usage du mot domaine.

 

- L’abandon de la référence au domaine a conduit Jane et Pierre Aguilas à modifier l’étiquette désormais haute et fine et à placer leur nom en haut dans un panonceau qui annonce leurs vins, Coteaux du Layon-Saint Lambert du Lattay,

 

711. Laurent Chatenay signe ‘La Vallée’ un Montlouis, en or à chaud sur un losange pointé sur ‘La Vallée’ pour mettre le nom de l’appellation en valeur ; Montlouis sur Loire est écrit en grand en bas de l’étiquette dans une étiquette à la construction équilibrée par le soulignage de l’appellation par un socle qui structure l’ensemble.

 

La signature à effet graphique

Plutôt que des initiales qui n’ont souvent de sens que pour ceux qui les portent, le choix se porte sur des emblèmes graphiques figuratifs pour dire autrement qu’avec des mots. La communication non verbale est d’autant plus importante que l’on change d’univers culturel et de langue. Les signes identifiants sont hétérogènes par définition puisqu’ils sont créés pour l’occasion. Le repère peut aussi être une signature conçue cette fois-ci comme du design graphique :

 

- DAGUENEAU de chez Didier DAGUENEAU, vigneron à Saint-Andelain France. C’est ce qu’indique Didier Dagueneau sur tous ses vins la mention Le vigneron est inséparable de cette identité précisée par l’ensemble de ces mots placés dans cet ordre et ceci afin de se distinguer d’autres Dagueneau proches géographiquement mais pas forcément des idées de Didier.

- Sébastien David, vigneron de Saint-Nicolas de Bourgueil qui marque sa volonté de mettre en lumière son métier. 

 

Pour suivre le chemin

. Le prochain billet WBW31 abordera le dessin graphique dans ce 7è chapitre consacré au SIGNE du Trait.

. Les étiquettes de ce Signe sont regroupées en 7WBW Labels.

. Outre ce SIGNE du Trait, il ne reste plus que deux chapitres à découvrir, le SIGNE du JE-U (qui terminera le Cycle contemporain des Vins d’Emotion) et le SIGNE du FEU (qui ouvrira  le CYCLE fondamental des Vins d’Expression).   V du Clos de La Victoire de Jean-Michel Sorbe, pour un Quincy.

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WBW29 > Les Habits des Vins d'Emotion > Danser avec le rouge

24 Juillet 2009, 15:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le rouge, l’anti-sagesse de l’homme

Cette sagesse que nous avons vu avec le bleu et le vert, le rouge va la bouleverser. Il va ouvrir à nouveau la palette des émotions. Cette couleur a aussi pour effet de réunir des personnes qui se ressemblent en créant des groupes d’appartenance spontanée ou organisée. Le genre masculin ou féminin, l’âge ou une passion commune sont de nature à créer ces liens. Le rouge est la couleur naturelle du vin présenté dans un verre, que ce soit sur une photographie, une publicité ou un dessin d’interdiction de boire. Spontanément le vin est rouge en signe de vitalité, de force, de tonicité, de sexualité, de passion…

 

Le rouge en Vallée de la Loire

Cette région est placée pour une grande part sous le signe de la douceur de vivre, de la modération et de l’élégance.   Le rouge va bouleverser en partie cette douceur. En jouant avec les teintes de rouge, avec le mode de la présence du rouge dans l’étiquette, avec la forme de l’étiquette…il est possible de dire beaucoup de choses. C’est une constante : dès lors que la couleur sort du code classique d’usage, l’attention se focalise sur une ou plusieurs caractéristiques de l’étiquette pour ‘justifier’ la couleur.

           

638. Jérémy Mourad associe un Collection de Mareuil Fiefs Vendéens à étiquette rouge avec une pointe d’orange foncée, avec des lettres or rouge.

 

639. Etienne de Bonnaventure sélectionne un rouge profond, uniforme et dense pour le Chinon haut de gamme ‘Les Pigasses Bonnaventure’ sur une étiquette en grand format qui accentue la force des mentions.

 

640. Pour un Saumur Brut, Château Tour Grise, Philippe et Françoise Gourdon utilisent un rouge foncé avec des tâches noires à effet peau de lézard en déclinaison de couleur or et ivoire.

 

Les rouges complexes

 

641. Le Saumur ‘Cuvée La Falaiserie’ du Domaine des Mâtines porte un habit de lumière rouge diffractée qui fait ressortir des bleus, des bruns, du noir, autant de variations du rouge sur une œuvre de Vincent Etchegaray.

 

642. Un rouge sombre cramoisi illustre Naccarat, un Gamay des Cailloux du Paradis.

 

Il faut aimer et savoir animer ces couleurs. C’est vraiment une question de personnalité. Des  vignerons flirtent avec les rouges, rouge cuivré, rouge rose fuchsia, sans se laisser enfermer dans le piège de la séduction.

 

La tendance actuelle redécouvre le rouge dans des versions innovantes qui jouent sur la lumière pour accentuer les vibrations intérieures.
 

- ‘Le Chant du Bois’ d’Yves Guégniard pour un Anjou-Villages du Domaine de la Bergerie,  offre une profondeur accentuée par un jeu de contraste sur trois niveaux, avec le blanc pour les mentions et le G de Guégniard, un rouge sombre avec un effet dentelle et en fond un rouge rose plus clair, comme au coin du bois quand le jour se lève.

 

Les rouges ‘terre’

Certains rouges sont si sombres qu’ils en retrouvent leurs attaches terriennes, avec

643. un rouge foncé pour un Anjou rouge du Domaine du Gué d’Orgé de Loïc Mahé, 

 

644. un acajou vieux cuir pour un Chinon ‘Récolte 2000’ de J.M. Monmousseau composé de deux formes, un carré ivoire (5,5cm) qui se détache au milieu du rectangle acajou de 12 cm sur 7 cm,

 

645. la couleur terre qui en perd sa couleur rouge pour un Touraine Mesland ‘Les Vieilles Vignes’ Château Gaillard de Vincent Girault,  

 

646. la couleur d’une feuille de tabac séché pour un Touraine ‘Cuvée Lancero’ d’Alina et Stéphane Filliatreau. Le Lancero est un cigare de Cuba,

 


647. avant de retrouver sa polyphonie chromatique pour un Jasnières des Vignes de l’Ange Vin de Jean-Pierre Robinot de Chahaignes,

 

- un brun acajou avec un effet de tissus de velours pour la ‘Cuvée Concerto’ un Saint-Nicolas de Bourgueil du Vignoble de la Jarnoterie, de Carine et Didier Rézé.

 

Le rouge du jour renaissant

La fin de la nuit appelle à nouveau la lumière d’un soleil qui réchauffe l’univers :

 

648. Le rouge clair vif pour ‘Le Bois Jacou’ un Touraine Gamay des Bois Vaudons de Jean- François Mériau, en forme d’arbre-corail de Madlen Herrstrom.                                       

 

649. Quant au rouge torride, celui qui fait faire des folies le soir au coin des bois, c’est en Anjou qu’il faut venir le voir danser déguisé en Diable cavaleur, sur un dessin d’Henri Mouzet, pour un Anjou-Villages de Patrick Baudouin.

 


Le rouge du ‘Bouger jeune’

L’âge de l’amateur de vin est un sujet délicat qui n’appelle pas de réponse unique dans notre société dont une large part des jeunes n’a pas d’attrait particulier pour le vin. Les jeunes qui aiment le vin veulent être considérés avec ‘respect’, comme il en va de tout amateur respectable. Pour tester leurs réactions, plusieurs tentatives sont expérimentées en Loire avec des vins ou des boissons à base de vins, outre ‘1 un grain’ d’Olivier Lecomte déjà cité :

 

650. Spicy Bubbles de JM Monmousseau est un AOC Touraine Mousseux aromatisé avec un sirop d’herbes et d’épices. L’habillage est frais et charmant.

 






651. Excessive Wine de Joseph Verdier comprend un Cabernet d’Anjou, un Rosé d’Anjou et un Loire blanc. Le code couleur, qui appartient à l’univers des pistes de danse la nuit, s’appuie sur le noir, la couleur préférée des jeunes, trouée par des spots de couleur flashy jaune rose, jaune bleu et jaune vert de cette gamme à effet collector.

 

652. WHY not est une boisson à base de moûts de raisin avec un goût fruité-sucré marqué, élaborée par Victor et Vincent Lebreton. L’étiquette dissymétrique de grande taille (15cm x 8,3cm) est une explosion de couleurs et de jeux graphiques dont les trois lettres WHY ressortent en couleurs bigarrées sur un fond rouge profond.

                                   

Plus que la couleur,  c’est le jeu des couleurs dans une gamme qui attire l’attention et donne le message. Des vignerons, cette fois-ci pour des vins, lancent actuellement des nouveaux habillages, associant couleurs vives associées à l’aluminium et à des mentions blanches en liant jeunes et vins jeunes, passion et caractère, finesse et temps quel que soit l’âge.

 

653. Tel est le concept du Domaine de Putille où Isabelle Sécher et Stève Roulier ont conçu trois gammes dont l’une ‘Friandises’ inclut des vins jeunes et frais comme ‘Bulles’, un Chardonnay Méthode traditionnelle paré de mauve, blanc et argent.

 

Pour suivre le chemin

Ce billet forme la transition  du SIGNE de la Couleur (chapitre 6) vers le SIGNE du Trait (chapitre 7). On ne communique jamais sur un seul élément. La couleur seule ne saurait suffire. Il faut un ensemble très construit avec des messages prioritaires et des axes secondaires tout aussi nécessaires. La communication par l’étiquette est une architecture dont la cohérence de système peut être facilement repérable ou peu visible. Mais de toutes façons, elle existe, comme c’est aussi le cas avec les SIGNES précédents. Plus on avance, plus les Cycles et les SIGNES se parlent, se mélangent l’un l’autre. Plus on progresse dans la découverte de l’univers des vins contemporains et plus les connections se découvrent. Toute étiquette est le fruit d’un métissage entre plusieurs cultures.

 

Dialogue imaginaire entre Isi-le double impertinent de l’auteur-  et Eli-l’auteur

Isi : . Je trouve que ce chapitre est plus léger à lire que les autres ; la couleur, c’est plus facile, au moins pour moi, et je trouve qu’on peut commencer à jouer sans se prendre la tête, d’autant que j’ai l’impression que tout le monde utilise la couleur, les vignerons d’expression, ceux plus classiques de la tradition et maintenant ceux qui partagent l’émotion ;

Eli : oui, notre monde est couleur, depuis l’origine des temps. La couleur est un révélateur qui renforce les valeurs symboliques que nous avons rencontrées.

Isi : c’est d’accord mais j’ai quand même l’impression de me sentir plus jeune avec plus de vitalité qu’avant. Et puis, je vais te dire un secret, moi j’aime bien le rose, en rosé, en fleur, en robe, en parfum…D’un autre côté, des fois, je ne suis pas certaine d’aimer ce qu’on fait pour nous les femmes. Il y a parfois, un côté un peu facile qui me gêne et du coup je ne vais pas acheter. A trop me dire qu’on veut me parler avec un vin fait pour moi, sous-entendue, une godiche qui n’y connaît rien, je me rebelle. Du coup, je vais chercher ce qui est le moins fait pour les femmes.

Eli : c’est le début de la sagesse !Courage. On continue.

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La croix, le vin et la couleur

23 Juillet 2009, 09:43am

Publié par Elisabeth Poulain

La tranversalité

Je crois beaucoup au titre et pas seulement au vertu d’efficacité du critère de repérage par Over-Blog et Google qui ont créé une nouvelle technique de com sur lequel tout le monde se jette pour avoir un blog rank plus élevé et être classé dans le top des blogs. Non, là, il s’agit d’autre chose. Il s’agit de montrer des liens qui existent et que pourtant ne se voient pas ou peu. Ce sont des liens parmi ceux que j’aime tout particulièrement avec aujourd’hui la croix, la figure la plus chargée en symbole que nous connaissons dans notre culture, le vin qui, vous le savez chez moi est une de mes principales portes d’entrée sur notre société ainsi que du ‘vivre ensemble’, un des mots à la mode que nous usons aussi vite qu’un mouchoir jetable.  La couleur enfin parce qu'elle est chargée de sens et change le sens du symbole.  

La croix

C’est elle qui est le point commun entre ces thèmes. Les symboliques qui s’y attachent sont si larges, si riches, si complexes que je ne vous en parlerai pas, sauf à mentionner la relation à  l’espace, au temps, à l’homme, à ses dieux et à la couleur.  Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de montrer l’usage de la croix qui en fait dans la publicité, l’art et la représentation, avec à chaque fois un exemple dont le sens diffère selon la couleur.

 

La croix, le vin et l’étiquette

Commençons par le plus simple. Vous montrer des étiquettes de vin avec des croix chrétiennes. Les étiquettes portant des églises sont extrêmement nombreuses ; plus que le village mais beaucoup moins que le château, l’église symbolise l’appartenance à la communauté villageoise et la bénédiction du Seigneur grâce et avec le vin, béni de Dieu.

Beaucoup plus rarement la croix est l’objet principal de l’étiquette très personnelle demandée par le vigneron:

-        La Croix de Mission est un Anjou-Village Brissac (rouge) du Domaine des Rochelles, Jean-Yves et Anita Lebreton (n° 533 sur fond noir, sans visualisation de la Croix),

-        Le Clos du Calvaire est un Blanc fumé de Pouilly sur Loire, Dagueneau de chez Didier Dagueneau (534-535-536, c’est une étiquette triple à dominante blanche et grise, avec des pointes de bleu-violet).

 

La peinture de l’artiste Vincka, que Didier Dagueneau avait commandé à cette artiste en vue d’habiller son vin, montre la force surprenante de désolation et de pénitence de cette croix ancrée en pierre blanche. C’est la dimension de l’art qui fait que rares sont ceux qui ont bu de ce vin à avoir jeté la bouteille, une fois vidée. 
La couleur du vin blanc est associé à la douleur et le rouge est lié au caractère missionnaire de la Croix non visualisé sur fond noir.  
  

La croix, la ville et l’art

C’est une carte postale que j’ai sous les yeux. Une croix y figure ; elle est constituée par des pavés quasiment noirs qui forment une croix sur un fond gris. C’est l’oeuvre d’une artiste canadienne, Carole Simard-Laflamme, qui la présente sous ce titre  « Lieu de rassemblement. Lieu public » 1993-1995. L’impression est étonnante. On ne peut imaginer lieu plus désolé, ni repoussant au vu de la carte postale. Par contre, la scénographie que montre le site de la
plasticienne canadienne donne une toute autre impression. Elle fait ressortir plusieurs éléments qui modifient totalement l’impression, l’espace environnant et la présence en hauteur d’un éclair métallique centrée au cœur de la croix. C’est très mystérieux. En fait de bitume, il s’agit d’une composition de papier lamellé, acrylique, boulons, 36 modules de 0,30 x 0,30. Pour l’artiste, cette croix s’inscrit dans ses « Paysages proustiens-Art contemporain ».

 

La Croix blanche, l’Etat, l’emblème de la Confédération helvétique

En fait cette croix blanche sur fond rouge qui symbolise si parfaitement la Suisse avec ses valeurs de calme d’un pays neutre, de chocolat, d’emmenthal, de montres, de banques et de compagnies d’assurance, qui chérit la démocratie directe, est issue d’une longue histoire mouvementée. C’est aussi un symbole de guerre. Le drapeau est né en 1840 pour unifier les drapeaux de toutes les forces armées de Suisse et fut confirmé en 1889 dans sa forme de croix dont les bras sont de 1/6è plus longs qu’ils ne sont larges. Le drapeau lui-même garde sa forme carrée, comme le Vatican, les deux seuls Etats au monde à avoir choisi et conservé cette forme particulière.   

La croix, le bouchon de vin par la publicité

Cette fois-ci, c’est Nomacorc qui utilise la croix dans une publicité pour ses bouchons synthétiques avec ce slogan « Sauvons le vin », sans jamais visé directement le bouchon en liège, mais en disant : « cette technologie exclut définitivement tout risque d’altération de goût dues à des phénomènes d’oxydation prématurée, de réduction excessive ou encore de goût de bouchon ». Et pour sauver le vin, N montre une croix blanche-beige sur fond rouge. C’est une superbe création publicitaire qui a du être réalisée par l’entreprise elle-même, N, Nomacorc, The Symbole of Assurance. La croix cette fois-ci est prise au sens suisse de la croix blanche sur fond rouge, le pays de la ré-assurance où il fait bon vivre à l’abri des secousses du monde. On peut aussi y voir le côté guerrier qui précède.  

 

La croix rouge, emblème d’une organisation internationale

Ceci vous rappelle évidemment que l’organisation internationale de la Croix Rouge, créé en 1863 par Henri Dunant est née en Suisse pour venir en aide aux malades et aux blessés des guerres.  Cette fois-ci, la croix est rouge sur fond blanc. En inversant les couleurs, la croix devient symbole d’aide en période de guerre. C'est une croix dont le logo est difficile à montrer tellement il est liè à la demande d'argent dont l'association fait un usage véritablement professionnel.

 

La croix, le blason par la héraldique

La croix fait partie des armoiries classées dans les « pièces honorables » qui sont des formes géométriques simples, où la croix est rouge sur fond blanc. Mais il est aussi des chevaliers qui portent des blasons avec une croix. Celle que porte le chevalier de Dole en Valais (Suisse) est or sur fond rouge, l'étiquette elle-m^me étant noire. Elle est le symbole de ce vin du Valais, Mathier-Kuchler.

 

En suivant la croix, j’ai commencé par le vin, et terminé par le vin, après avoir balayé presque 10 siècles et vagabondé dans plusieurs pays : France, Canada, Suisse, sans oublier les pays d’importation de ces vins balladeurs.  

 

Pour suivre le chemin

. Pour voir quelques-unes des étiquettes de vin de Loire, portant des croix et autres signes religieux, vous pouvez vous reporter sur ce blog en particulier à l’album photos n° 5, WBW, Le Signe du Temps

. http://www.carolesimardlaflamme.com/

Lisez la biographie de cette chercheur-artiste qui bat tout le monde en matière de transversalité. Architecte et prof d'art, elle cherche à décloissonner les disciplines et, grâce à l'art textile tissé et ou tressé, elle montre les liens de l'homme avec l'environnement, la nature et sa sensibilité propre...  
.
Europa, www.journaleuropa.info, février-mars 2009, #20, qui a consacré un dossier important à la Suisse, la « grande histoire de ce petit pays » , qui connaît "une  démocratie directe et une xénophobie participative », une « neutralité à la carte » et un « secret bancaire pas si bien gardé ». Tous les termes en italiques forment un article dédié. 

. http://switzerland.isyours.com/F/guide/general/histoire.drapeau.html qui a repris et traduit un article tiré de www.atlasgeo.ch

. La Vigne, n° 194, janvier 2008, publicité Nomacorc

. Merci à l’OPAV, l’Office de Propagande pour les produits de l’agriculture valaisanne, 1950 Sion, Avenue de la Gare 5, Confédération helvétique, ainsi qu’à ma cousine Mary-Lou Dutoit-Dixon de Lausanne, qui m’ont adressé une sélection très choisie de très belles étiquettes de vin.   


 

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DD12, Estuaire de la Loire et pollutions de l'eau

20 Juillet 2009, 16:54pm

Publié par Elisabeth Poulain

DD12 signifie que c'est le 12è billet traitant du développement durable. J’ai quatre documents sous les yeux qui tous traitent de l'eau de Loire.

 

. Le bulletin de la DDASS du 49 (Maine et Loire) me dit que l’eau dont je dispose à mon robinet est de bonne qualité bactériologique et que les critères sont conformes pour les nitrates  mais sans donner les chiffres, excellents pour le paramètre des pesticides, avec une teneur faible en fluor et une dureté faible.  Tout baigne donc.

 

. En second, j’ai une carte du MEEDAT que vous connaissez tous évidemment (Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du Territoire).  Celle-la, parue dans Les Echos, me signale que nous ne sommes pas très 'clean’ dans notre coin. Tout autour d’Angers et sans chercher à savoir si nous sommes en amont ou en aval, en Maine et Loire ou déjà en Loire atlantique, il y a 10 agglomérations de plus de 2 000 habitants qui ne respectent pas la directive européenne sur les eaux résiduaires au 31.12.2008. Excusez du peu. L’Ouest est globalement bon, sauf dans l’estuaire de la Loire et en amont. Voyez la carte. Bien dommage. Des noms, des noms ! Il va falloir que je fasse une enquête bien cachée derrière mes lunettes, comme Sherlock Holmes . 

 

. En trois, j’ai un gros rapport que le Conseil économique et social –CESR- des Pays de Loire m’a fait parvenir. Il porte sur le projet d’avis rendu le 20 mars 2009B sur l’équilibre écologique et l’activité industrielle de l’Estuaire, sur saisine du Président du Conseil régional dans le cadre de l’Agenda 21.  Ce rapport, présenté par André Tameza, comprend toute une partie sur la pollution de l’eau de l’Estuaire, avec ce constat « les différentes mesures et études montrent une qualité de l’eau médiocre dans l’estuaire. Des analyses effectuées en 2000 ont ainsi montré que seulement 25% de l’estuaire était considéré en bon état écologique ». Parmi les causes citées,

-        "...les rejets industriels, les accidents comme le rejet de fuel dans l’eau (Total Saint-Nazaire par deux fois), les prélèvements en eau potable (Total à Saint-Nazaire), les rejets d’eau chaude (EDF Cordemais) ou froide (Terminal méthanier GDF Suez Saint-Nazaire),

-        les eaux de ruissellement qui entraînent avec elles des déchets organiques, des engrais, les déchets d’élevage, l’absence d’assainissement d’habitations et des activités économiques diffuses, le lessivage des sols et des routes, les insuffisances des capacité et des performances des stations d’épuration, en particulier de stations situées en amont de Nantes. C’est ainsi que « la Maine apparaît comme une source non négligeable de nitrates d’origine urbaine ou agricoles, contrairement aux autres affluents. Les concentrations de la Maine dépendent des excédents agricoles et des rejets d’épuration de la Baumette en aval d’Angers »  

  

. En quatre, j’ai un tableau sur la qualité des eaux que j’ai tiré du site gouvernemental qui me donnent des appréciations.  Aih, aih, la situation se complique dans le bassin de la rivière Maine.

Cette toute petite rivière de 11 kms de long est suffisamment large pour qu’on la traite de fleuve à Angers. On fait ce qu’on peut, à Angers on n’a pas la Loire et l’eau de la Maine n’est pas terrible. Respirez un grand coup, si l’air est pur,  parce que pour l’eau, ce n’est pas ça. On y va : 
la situation est

- passable pour les matières organiques et oxydables, les matières azotées, les matières phosphorées,

   
-     mauvaise pour les nitrates,

      -       bonne pour le phytoplancton

      -       et inconnu pour les pesticide. C’est-y pas mieux comme ça. Surtout qu'une information glissée plus loin dans le texte signale que le bon état écologique ne sera vraisemblablement pas atteint comme prévu en 2015 (Directive Cadre sur l’Eau) à cause justement des pesticides.

 

Le score est identique à Bouchemaine à une exception : chez eux le résultat est bon pour les pesticides. Pour la qualité hydro-biologique, on n’a pas non plus d’infos sur les invertébrés, les diatomées et les poissons. On apprend seulement que c’est passable pour les diatomées à Bouchemaine et pour les poissons à Sainte Gemmes sur Loire.

 

Il est noté que l’eau subit l’influence de l’agglomération d’Angers en raison des « rejets azotés en particulier au niveau de la station d’épuration et des rejets par le réseau pluvial ». La zone est qualifiée de « vulnérable à la pollution diffuse par les nitrates d’origine agricole … et (de) sensible à l’azote et au phosphore ».

 

Ce qui m’enchante dans cette fiche de synthèse, c’est l’admirable raccourci de la dernière phrase du document, après l’absence d’information sur les polluants chimiques:

«  la qualité sanitaire des eaux de baignade est bonne ». Oui, c’est extraordinaire. On croit rêver. C’est la raison pour laquelle on se baigne en particulier au Lac de Maine à Angers, dont l’eau vient directement de la Maine et que de plus en plus de villes et de villages organisent avec grand succès des baignades dans ces eaux.  Delicious indeed !    

 

Pour suivre le chemin

. Une info importante : ce domaine public fluvial de la Maine et de la vieille Maine, son affluent qui contourne au nord l’Ile Saint Aubin, avec la Mayenne en 3è partie du triangle, a été transféré par l’Etat au Conseil Général du Maine et Loire depuis le 01.01.2008. 
. http://www.angersloiremetropole.fr/decouvrir/histoire/histoire_de_lassainissement/lest_de_lagglomeration/index.html
. DDASS de Maine et Loire, qualité de l'eau distribuée en 2008, Angers
. Carte sur Les Echos du 01.07.2009
. Avis du CESR sur ce blog
CESR > L'industrie et l'équilibre écologique de l'estuaire de la Loire 
. http://www.pays-de-la-loire.ecologie.gouv.fr/fiche.php3?type=12&id_regional=FR51130202 
.  http://www.angersloiremetropole.fr/projets_et_competences/domaines_dintervention/environnement/eau_et_assainissement/traitement_des_eaux_usees/la_station_de_depollution_de_la_baumette/les_objectifs_de_la_renovation/index.html
. Photos EP, carte des Echos, M. Tameza, pêcheur de Maine et la confluence Loire/Maine   
      

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WBW28 > Les Habits des Vins d'Emotion > Les couleurs de l'Homme

19 Juillet 2009, 08:41am

Publié par Elisabeth Poulain

Si le rose est censé être la couleur de la femme, quelle est donc la couleur de l’homme ? La question n’avait pas de sens ‘avant’ puisque le vin était par évidence masculin, fait par les hommes pour les hommes. Traditionnellement, le petit garçon était habillé en bleu, avec du vert surtout dans les pays du Nord. L’évolution récente provoque des innovations intéressantes.  


Les nouvelles couleurs de l’Homme

621. Quand Daniel Macault du Domaine des Deux Moulins vinifie un rosé d’Anjou, il l’intitule ‘Rose et Tendre’, sans rose, avec des couleurs fortes acajou, cuivre et une pointe de feu au milieu de l’étiquette.

622. Pour Christine et Joël Ménard, Domaine des Sablonnettes, avec leur Anjou Gamay, les copains ont une étiquette jaune, les copines forcément rose, même si aucune d’entre elles n’en porte. C’est ainsi que le peintre, Denis Huneau, un de leurs copains, voit les nombreux amis du couple.

Denis Huneau, peintre encre et aquarelle, Angers

« Avec Christine et Joël Ménard, c’est vraiment une histoire d’amitié. Ils sont très chaleureux. Pour eux j’ai fait plusieurs planches. Les copains d’abord sur un air de Brassens, avec cinq musiciens, puis une série filles, Les copines aussi, parce qu’un de leurs enfants a dit « alors rien pour les filles ? ». Puis il y a Les Beaux Vins pour le plaisir de jouer avec les mots en peinture.

J’aime bien ce mélange des genres. Actuellement je travaille sur le vent, l’eau, avec des femmes légères comme des plumes. C’est le style que j’ai choisi pour « le P’tit Blanc » dans des tons légers, blancs bien sûr, brun, gris et une petite pointe de couleurs. C’est tout et cela suffit ».

 

623. Au Château de la Bidière, le Muscadet Sèvre et Maine sur lie de Jean-Philippe Thompson prend la couleur jaune pétulant pour ‘Le Moulin’ ‘Vieilles Vignes’.


Dépasser le genre

L’orange est signe d’équilibre entre l’esprit et la sensualité. Dionysos avait une robe orangée pour montrer la fragilité de cet équilibre. Sa couleur associée, le violet, marque l’équilibre entre le ciel (bleu) et la terre (rouge), entre l’esprit et les passions. La couleur revient maintenant en association avec l’orange dans des jeux d’équilibre en signe d’affirmation et de confiance en soi, quel que soit le genre du vigneron. 

Du jaune, on passe facilement à l’orange surtout quand il est adouci par une pointe d’ocre.

- Les Frères Marchesseaux du Domaine de L’Humelaye ont choisi simultanément un orange foncé pour leur Bourgueil ‘L’Ormeau de Maure’, un violet foncé pour leur Chinon ‘Le Pommier rond’, et un plus clair pour leur Saint-Nicolas de Bourgueil. 


624. Le plus bel exemple de couleur tonique du rosé, avec très peu de rose, est celui de Wilfrid Rousse pour un ‘Rosé de Saignée’, écrit en verticale or en grand, pour ce Chinon rosé. L’étiquette est jaune-orange, orange-rouge et violette avec toujours la sirène emblématique du domaine en or, un bouchon violet et une capsule transparente. 
 

                                 

625. Quand Catherine Motheron, Domaine de Flines, veut mettre en lumière un Grolleau de Cinq-Mars, elle retient une composition très graphique forte jouant sur l’équilibre entre des tons orange vif, blanc cassé, avec des mentions noires, blanches et orange. 

626. Chaque année, Thierry Germain du Domaine des Roches Neuves, choisit une couleur de millésime pour un Saumur-Champigny. Celui de 2006 est orange ocre. C’est un nouveau concept : la couleur millésimée pour renforcer le lien avec la nature.

                                   


Se réapproprier la sérénité

Le bleu est la couleur préférée des Français. Nous l’avons à peine citée jusqu’ici, si ce n’est en bleu foncé au Moyen-âge, en association avec le rouge dans les vitraux et les enluminures ou avec Grau Garrigua pour la Dame Blanche de l’Anjou (rouge) du Château de la Fresnaye de Saint-Aubin de Luigné. Le bleu est une couleur céleste, profonde, immatérielle et pure. C’est sur cet élément qu’à été conçu en 1911 « L’heure bleue » de Guerlain, un des parfums les plus célèbres au monde. A la différence du rose qui joue de concert avec le vin rosé, le bleu ne peut être utilisé que par contraste, avec d’autres éléments de l’étiquette, avec d’autres étiquettes ou pour soi.  

. La cuvée ‘Le Pavillon’, Loire Collection, un assemblage Cabernet franc - Abouriou - Gamay de Christophe Réthoré et Jean Michel Davy, a un habillage bleu-nuit profond avec des effets de lumière sur papier métallisé. 

627. Il est des gris-bleus très clairs, qui jouent sur une

harmonie de deux teintes que font ressortir les mentions blanches et argent pour un Montlouis Méthode Traditionnelle de la Cave des Producteurs de vin de Montlouis-sur- Loire,  

 

628. ou un bleu tendre un peu assourdi traité de façon très contemporaine pour s’assortir à une feuille or qui constitue l’emblème de Loire Propriétés pour un Anjou blanc, Caves de la Loire. L’étiquette ne porte plus aucun mot. 

 

Le bleu profond

Il s’associe de plus en plus souvent à la couleur rouge très rouge d’un vin rouge tel que celui issu du Cabernet franc ou du Pinot noir. Il dégage de l’assurance et de la confiance. Mettre du rouge avec du rouge apporterait moins de sens si on veut attirer l’attention tant sur le résultat lui-même que sur la profondeur du travail en amont.

 

629. Le Sancerre (rouge) ‘Les Herses’ de Gitton Père et Fils est traité de façon très classique en bleu foncé avec une bordure en style ‘mosaïque romaine’ et qui porte avec une

fierté réelle la mention « Produit Français », avec une majuscule sur le F majuscule, celui de la France. 

 

Le bleu des fêtes nocturnes

Le Crémant de Loire, porte parfois sa tenue bleue-nuit en signe d’un chic qui proscrirait le noir trop utilisé et toujours un peu inquiétant. Le bleu foncé est une couleur profonde et sage, actuellement peu utilisée, peut-être à cause d’un emploi trop souvent assimilé à la couleur d’un uniforme. Certains y sont restés fidèles ou sont des précurseurs.

- C’est le choix des Tijou Père et Fils du Château de Bellevue, viticulteurs à Saint Aubin de Luigné, pour leur Crémant de Loire. Le bleu s’harmonise très bien au château et à l’or.

- ‘L’Aromante’, un Pinot noir Haut-Poitou, de la Cave du Haut-Poitou joue la carte de la nuit avec un astre nocturne qui éclaire l’étiquette d’un rayon bleu clair.

 

Le bleu de l’univers masculin

C’est  une couleur de la guerre, de la chasse ou du combat à l’épée.

. Le Demi-Bœuf, Sauvignon de Michel Malidain, figure en bleu et noir sous l’emblème du domaine une demie-tête de bœuf associée à une demie-grappe de raisin. Le nom du domaine fait référence à un épisode de la guerre de Vendée.

 

630. Au Domaine Gaudard de Pierre et Janes Aguilas, l’Anjou-Villages porte une tenue bleue et or, comme les chasseurs qui figurent sur l’étiquette qui eux sont en or. L’Anjou rouge est reconnaissable à son étiquette rouge, celle de l’Anjou-Villages est bleue en raison d’une plus haute typicité qualitative.

 

631. C’est aussi le bleu qui est choisi comme couleur virile de jeux de rôles pour les Chinon du Domaine de la Commanderie marqué par son blason et ses épées, avec une harmonie bleue sur fond blanc pour la cuvée ‘Médiévale’ et blanc sur fond bleu pour ‘Elégance’.

 

Le bleu clair de l’été

Plus clair, le bleu est associé aux vacances et aux loisirs. Grâce au soleil qui chasse les nuages, il évoque le beau temps, le ciel pur, l’eau qui scintille, le jardin de plaisir, une belle journée ainsi que l’arrivée de la nuit sans l’aspect inquiétant du noir.

- Le Chardonnay en vin du Val de Loire du Château de Bellevue ‘Cuvée Tradition’, Tijou, communique d’une façon onirique sur la Loire. L’eau est figurée par une gabarre et un pont à arche. Il est enserré entre le noir du Chardonnay et le blanc du Château.

- Pour son Quincy 2005, Philippe Portier a imaginé un bleu plus clair marbré de blanc avec un effet nuages de coton qui évoluent dans la voûte céleste. Le jeu entre le blanc et l’or confère de la stabilité renforcée par la signature.

- C’est un bleu clair monochrome que le Domaine de la Fruitière a sélectionné pour la cuvée Florilège des Jardins de La Placellière, un assemblage majoritaire de Chardonnay et de Melon de Bourgogne complété avec du Sauvignon et de la Folle Blanche (le cépage du Gros Plant).                        

Le bleu de l’Atlantique

C’est celui qui reflète la couleur du ciel au bord de la mer quand il fait beau. Ce bleu est maintenant celui d’un  Muscadet Sèvre et Maine (Lacheteau, Doué La Fontaine) associé à une marque Bleu avec une bouteille bleue sérigraphiée dont le design a été conçu en Grande-Bretagne. Considéré au départ comme un vin destiné au marché anglais, le Muscadet en bouteille bleue a toujours sa place en France dans l’imaginaire de la plage, des petites vagues et du sable des vacances familiales.

La réaction

Le lien est si fort entre le bleu, la mer et le premier vin blanc de vacances en France qu’il a donné envie aux vignerons qui sont plus éloignés de la mer de chercher une autre couleur pour désigner la couleur blanche de leurs vins.

 

632. La peintre Charlette Voyant choisit le vert pour mettre en valeur un pavot bleu de l’Himalaya sur une toile grand format. Cette peinture est devenue maintenant l’étiquette d’un Touraine Mesland effervescent rosé de Vincent Girault.

 

Se ressourcer au vert

Contrairement au bleu qui est porté par l’homme, le vert n’est pas au départ une couleur masculine. Au Moyen-âge, elle était réservée aux apothicaires qui élaboraient des potions avec les simples. Il en est resté la croix verte et l’expression ‘se mettre au vert’ qui signifie chercher le repos. C’est une couleur calmante qui s’oppose au rouge, la couleur de vie. En Loire, on ne peut pas dire que cette couleur soit spontanément choisie par les vignerons. Pourtant cette couleur a des atouts. Le vert des feuilles des différents cépages indique la bonne santé du plant. Malgré cela, la feuille verte de la vigne n’est utilisée qu’à titre de rappel symbolique et rarement à titre principal.

L’essor du vert

Il connaît un nouveau développement soit en tirant vers le jaune soit en poussant vers le foncé. Le plus souvent, un ou deux traits verts suffisent à indiquer la couleur blanche du vin mais sans donner d’indication supplémentaire.

- le Chardonnay du Domaine de l’Aujardière d’Eric Chevalier, à Saint-Philbert de Grandlieu, porte une étiquette verte-jaune avec des effets de nervure-bois en vert plus clair pour figurer l’écorce du chêne dont la silhouette est devenue l’emblème du domaine,

- le Saumur ‘Les Grands Chênes’, Vignobles Louis Luneau, porte un liseré vert mousse qui met en valeur le dessin des chênes sur un fond ivoire,

- le Coteaux de l’Aubance ‘Noble’ 1998, Sélection de Grains nobles, de Bablut de Daviau est entouré d’une bordure mousse qui attendrit l’ivoire de l’étiquette.

 

Parfois le vert est utilisé dans l’étiquette pour mettre en évidence l’appellation et son emblème dans une gamme à plusieurs couleurs. Pour le blanc, la concurrence est forte entre le bleu et le vert.

- Aux Caves de La Loire de Brissac, c’est le Sauvignon qui teinte de vert-gris un angelot. Le Chardonnay est bleu. Pour l’Ambroisie, l’Anjou blanc est vert.  

L’importance du vert

Un vert foncé comme la couleur de la feuille de laurier est signe de profondeur et de qualité. Il peut aussi s’associer avec l’or qui le réchauffe. On retrouve alors le lien avec le jaune.

633. C’est un jeu en deux tons de verts qui inspire Annie-Claire Prouteau  pour son Anjou sur fond noir, avec le millésime en blanc sur fond gris placé à droite de l’étiquette dans un corps vertical distinct.

634. Le Coteaux du Layon-Saint Lambert du Lattay de Jane et Pierre Aguilas est vert métallisé tonique et profond avec toutes les mentions or.

- Au Domaine de la Bergerie, Yves et Marie-Annick Guégniard jouent sur deux tons de vert pour leur Anjou ‘Les Pierres Girard’.

Les autres verts plus rares.

635. Le Muscadet Sèvre et Maine sur lie  ‘Vieilles Vignes’ du Clos des Allées de Pierre Luneau-Papin du Domaine Pierre de la Grange est associé à un vert réchauffé par de l’or sur un fond métallisé qui en fait ressortir le jaune d’un vert ‘jeune pousse’ pour des Vieilles Vignes.         

 

A l’opposé, une autre catégorie se fait jour, ce sont les verts de terre. Sans jeu de mot, ces verts, assourdis avec une pointe de rouge ou de brun, prennent une couleur mousse éteinte. La couleur interpelle surtout quand on s’aperçoit que le rouge, son compère, est lui aussi couleur terre, proche du brun. La distinction entre les couleurs demeure et il n’y a plus d’opposition. On se fond dans la terre.  

636. Le Menetou-Salon, d’Albane et Bernard Minchin de La Tour Saint-Martin, se présente avec une étiquette de format rectangulaire moyen, un ciel clair couleur ivoire et des mentions aériennes, une assise en vert gris aux mentions droites avec une séparation or et un jeu sur le millésime vert sur fond or comme une boucle sur une ceinture.

 637. ‘Confidence’, un Touraine de Jérôme Sauvête, joue du vert sombre en volute pour montrer l’intensité du vin.

Prochain billet

.  Ce sera ‘Danser avec le rouge’.
. Quelques lecteurs trouvent certains billets un peu longs à lire. C'est le choix que je fais pourtant, avec des inconvénients , comme celui-là, et des avantages aussi, qui sont de ne pas trop segmenter ce qui est un. Il faut que le lecteur puisse disposer d'une vue d'ensemble et s'éviter la dispersion d'une présentation des couleurs une par une.
. Une autre remarque qui m'a été faite est de ne pas respecter la dimension des étiquettes par rapport les unes aux autres. Voici trois éléments de réponse: 
- la proportionnalité aurait très difficile à obtenir et l'auteur doit pouvoir garder sa liberté de présentation. 
- Il faut toujours garder à l'esprit qu'une étiquette ne prend sens que positionnée sur la bouteille pleine.  
- N'oublions pas non plus, l'impossibilité de gérer les dimensions des écrans. C'est le côté aléatoire et vivant du Net.   


Un message d'Iris de Lisson (19.07.2009)
J'aime bien cette présentation par couleurs - et il faut la longueur qu'il faut, pour traiter chaque sujet - donc n'essayez pas de racourcir ou hacher, je pense, qu'il y a aussi des lecteurs, qui apprécient, quand un sujet est traité en profondeur, comme vous nous avez habituez sur votre blog.Libre aux habitués de la lecture rapide, de revenir en plusieurs fois, pour ne pas se surcharger les neurones:-)!Et merci pour ce travail fort instructif!

Ma réponse
Salut Iris,
Sous les yeux, j'ai le catalogue de "Vins du Monde". Si je devais choisir d'emporter sur une île déserte, soit une (bonne) bouteille soit leur catalogue, je choisirais le second qui me permettrait de rêver à tous ces vins et surtout à ceux qui le font. Ce qui m'intéresse dans un vin, c'est d'essayer de trouver un lien entre le vin et le vigneron, homme ou  femme. A lire les portraits des vins, de leurs créateurs et à voir leurs étiquettes, il est étonnant de constater qu'il existe autant de jugements conformistes sur les étiquettes des vins 'étrangers' que sur les vins français. S'il y a un message qui se dégage, c'est le suivant: soyez le plus complètement vous-même, habillage inclus. Il fait intégralement partie du vin.   
VDM, Les hauts de Couëron, Rue des Imprimeurs, 44220 Couëron, 02 40 56 75 75,
info@vinsdumonde.com, www.vinsdumonde.com

 

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Le labyrinthe en pub Cetelem et en couv La Vigne

18 Juillet 2009, 16:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Ah, ça devient difficile. J’adore. Déjà la dernière fois, je vous avais mis ‘cinq 4 de couv’ en même temps en titre. J’avais essayé en chiffres ‘5 4 de couv’. Ce 5, ce 4, ce 5 4, cela aurait été un vrai gloubi-boulga. Mais ce que je viens de trouver est pas mal non plus.

 

Cette fois-ci aussi je parle de pub et de couverture comme la dernière fois. En point commun également, La Vigne mais cette fois-ci, il s’agit du mensuel juillet-août 2009. Cette fois-ci, la pub est  celle de Cetelem, et comme elle est parue avant la couverture de La Vigne, je commence par elle.

 

Cetelem

L’organisme financier a lancé pendant 3 semaines du 15 juin au 5 juillet 2009 une grande campagne de pub avec trois visuels dont deux utilisent le concept du labyrinthe pour accompagner l’ouverture du premier service d’aide 100% non commercial sur le crédit. Ce site est un outil d’aide à tous ceux qui sont en recherche d’un crédit. Les réponses qu’ils obtiennent à leurs questions leur permettent d’avancer dans ce véritable labyrinthe.

 

L’originalité de l’affiche n°1 parue à la télévision, sur Internet et par voie de presse (Les Echos, Le Monde) est que le dessin est vert  sur fond blanc. Le petit bonhomme Cetelem vous explique ce dont il s’agit pour que vous vous sentiez toujours accompagné à la sortie du labyrinthe. 

 

La Vigne

On retrouve le concept du labyrinthe cette fois-ci avec quelques différences. Le dessin est en  noir sur fond vert. Surtout il ne s’agit plus d’une pub mais de la couverture de cette revue du monde viticole.  Disposant de moins de place, le dossier principal destiné à vendre le magazine et qui justifie le labyrinthe, est placé un endroit forcément très secret au centre du carré, visible seulement à ceux qui disposent de la loupe, que tient une main d’homme : « Contrôle des AOC plus compliqué que prévu ».

 

Deux labyrinthes apparemment ressemblants

Oui, un vert et blanc, un vert et noir. Le Ier utilisé à titre de pub pour faire connaître un service non payant et ouvert à tous, le 2 à titre de couverture. Mais il y a une autre différence, intéressante.

 
Avec Cetelem

Vous rentrez facilement et sortez tout aussi facilement du labyrinthe en suivant le chemin blanc. Il y a une entrée en haut et une sortie en bas au bas de laquelle vous attend le bonhomme en vert pour vous prendre par la main. L’idée et l’image sont simples et globalement réussis même si il y a un déficit global au niveau des couleurs choisies.

 

Avec La Vigne

Le problème se corse parce que, si les chemins sont noirs, le vert est alors réservé aux rangées de vigne taillées. Cette fois-ci, les AOC sont cachés au milieu du vert, ce qui est logique pour un professionnel du vin quand même. Pour un marcheur, cette placette devrait être noire puisque vous êtes sur un chemin noir. Pour être sûr que vous allez comprendre, le concepteur de la couverture a mis un encart rouge « dossier » qui barre le chemin pour arriver là.

Pour trouver l’entrée, il vous suffit de remonter le chemin noir. Vous arrivez sur le coté gauche de ce carré. Il n’y a pas apparemment d’autre sortie. En fait, si, et c’est à ces petits détails que vous voyez que la couverture a été faite par un professionnel de la com.

 

AOC versus Levures

Pour sortir du cœur du labyrinthe du dossier « AOC », en blanc sur fond vert avec un peu de rouge au-dessus, se présente un difficulté. Vous ne pouvez plus retourner en arrière. Le dosier en rouge est un panneau de sens interdit. Pour trouver la solution, il vous suffit de cligner les yeux. Qu’est-ce qui ressort ? Le seul autre endroit rouge ; c’est le coin droit inférieur dédié aux levures en page 34 et suivantes. Par lévitation, vous vous y transportez.  Là vous en avez pour 19 pages. En clair, vous sortez d’un coin secret dans lequel on vous dit que le contrôle des AOC est plus compliqué que prévu et pour lequel tout retour en arrière est interdit. Et c'est vrai. Lisez-le et vous comprendrez pourquoi. Tous les textes prévus ne sont pas sortis. Vous faites comment pour contrôler sans avoir toutes les cartes en main ?

Tout ça pour vous préparer à prendre une suée à comparer les 270 levures qui, en principe, ont chacune des tas d’avantages, sans que les inconvénients soient précisés et dont le prix n’est pas toujours indiqué. Dur, dur la vie.       

 

La force de com de ces labyrinthes

Celui de Cetelem n’est pas assez compliqué. On n’a qu’une envie, c’est de contourner le carré et d’aller voir directement le petit homme vert. Trop simple, il joue à peine sa fonction de piège. Cela aurait eu plus de sens de mettre le petit bonhomme le long du bon chemin, dans le labyrinthe. En plus, ce vert un peu pâlichon sur  fond blanc n’attire pas beaucoup.

Celui de La Vigne est beaucoup plus subtil. Il est tellement piègeux qu'on y reste et c'est un peu inquiétant. Graphiquement il est plus beau et les couleurs fortes sont bien choisies. La dernière remarque, c’est qu’il aurait fallu pouvoir sortir de ce labyrinthe pour retrouver les articles du haut. Le regard reste scotché en bas, attiré par le rouge des levures qui est, à mon avis, le véritable dossier.

 

Pub ou Couv

Elles se ressemblent tellement qu’il est possible de considérer qu’il s’agit du même travail de conception : être une promesse, qui attire suffisamment pour susciter l’acte attendu : téléphoner à ce n°, taper l’adresse pour avoir le site, avoir envie d’ouvrir le journal, justifier l’abonnement…  

 

Pour suivre le chemin

. Cetelem, pub dans Le Monde 16.06.2009,

. Cetelem, 0 810 11 10 09, www.moncreditresponsable.com

. Voir les affiches sur http://www.bnpparibas.com/fr/affiche/default.asp ?affiche

. La Vigne, La revue du monde viticole, 01.40.22.79.10 

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C'est la crise? Non, Sire, c'est la guerre, avec Citizen K!

16 Juillet 2009, 12:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Je ne résiste pas. Ce titre vous rappelle bien quelque chose ? Louis XVI regarde la foule des Parisiens massée devant le château pour exiger du pain. Le roi interroge un de ses confidents et lui demande si ce sont des émeutes et la réponse tombe : Non, Sire ! C’est la révolution. Vous avez remarqué ma délicatesse, je ne mets pas de guillemets d’abord parce que je pense que la citation est apocryphe, tellement cela montre bien l’aveuglement de ce pauvre Louis XVI face à la misère de son peuple. Il est une autre raison, c’est que je me souviens de l’idée mais pas forcément des termes exacts. Donc prudence.

 

Quoi qu’il en soit, les créateurs publicitaires vous annoncent ce qui vous attend ou plutôt où nous en sommes. Non pas, sommes-nous encore dans la crise, en plein trou ou en train de remonter, maintenant, demain, dans un an… Pas du tout. Eux le savent et ils le disent en vous le montrant et pour vous annoncer la nouvelle, ils choisissent évidemment la femme, cette porteuse de mauvaise nouvelle.

 

C’est simple,

Que faut-il faire pour passer de la crise à la guerre ?

Simple, comme un coup de peigne, pas comme un coup de fil, comme un coup de peigne. Il suffit d’aller chez le coiffeur et vous faire faire une mise en plis ‘façon 1940’. Mais oui, quelle joyeuse époque, le début d’un quinquennat un brin mouvementé, qui a laissé de telles cicatrices qu’on a encore de la peine à en parler ouvertement, entre ceux qui…et les autres.  J’arrête, on ne rigole pas avec cette période, d’autant que tous les comptes n’ont pas été arrêtés et ne le seront jamais.

 

Donc, revenons à nos moutons. De quoi commence-t-on à manquer en ce début de guerre ? De tissus, de cuir, de lainages pour les vêtements, de maquillage pour le visage, tout ce qui est indispensable à la femme qui veut séduire, quelle que soit l’époque. Dans ces cas là, deux pistes s’ouvrent à vous : faire confiance aux professionnels de la mode et recourir à l’ingéniosité qui sommeille en toute Parisienne. Désolée, je suis, à l’égard des provinciales avec un petit ‘p’. Mais « Paris ist immer Pariss ». Passons, c’est de très mauvais goût et en plus, c’était plus tard, pas en 1940.

 

Pour l’ingéniosité,

Garder les fond de thé, il y en avait encore en 1940, pour se brunir les jambes et tracer avec un crayon noir ou marron une ligne partant de la cheville vers le haut de la cuisse pour simuler la couture des bas, qui ne se trouvaient plus sur le marché. C’était paraît-il terriblement érotique.

 

Pour les professionnels

L’important était de changer le look pour renforcer la féminité. Si le vêtement perd un peu de son importance, que reste-t-il ? Le visage avec d’abord les cheveux, les yeux et toujours le rouge des lèvres. Donc à nouvelle époque, nouveau visage, avec une telle réussite qu’on en parle encore et qu’on y reprend goût.

 

Les ingrédients

Les cheveux sont bruns ou noirs de préférence, mis en forme avec de gros rouleaux, de façon  à vous faire faire une grosses banane devant sur le haut du crâne et de grosses boucles lourdes en bas. Tant pis pour les cheveux blonds, filasses, sans tenue…Les objectifs : renforcer le visage et dominer d’autant plus qu’avec vos talons à semelles compensées de 10 cm de haut -les talons,  pas les semelles, pas encore – vous dominez l’homme qui vous accompagne de 15 bons cm. C’est important de savoir ce qu’on veut dans la vie. L’égalité et puis quoi encore, la domination, évidemment s’impose. Pourquoi 15 cm et pas plus ? Vous pouvez mais ça devient difficile, 10cm pour les chaussures et 5 pour la banane. Essayez de vous tenir droite et de prendre un air hiératique et méprisant. Un must dans notre société un brin décadente.

   

Ensuite les sourcils épilés finement et retravaillé au crayon pour vous donner un air de vraie lionne ‘mangeuse d’hommes’. Pas une qui fait semblant évidemment. En dessous, les yeux sont si charbonneux que vous n’y voyiez plus rien. C’est fait exprès, pour qu’on ne vous repère pas pendant le black out en pure application du principe selon lequel si vous n’y voyiez plus à cause de tout ce noir, les autres non plus.  C’est un principe universel qu’on applique dés son plus jeune âge : pour vous cacher, il suffit de mettre sa main devant les yeux.

 

La bouche maintenant : fini le rouge à lèvres rose, mandarine, bonbon, maintenant c’est du saignant, un rouge sang qui noircit en s’oxydant, avec des lèvres très dessinées, ourlées, des lèvres de tueuse. C’est vrai, il le faut le dire. C’est la guerre. Il ne s’agirait pas de se tromper d’époque et de clamer avec les moutons : les femmes à la maison. Non, c’est la guerre, il faut sortir l’artillerie et être prête à dégainer.


J'allais oublier le teint; il est blafard bien sûr. Quoi de plus séducteur!
 

Un conseil, des conseils

Pour aller au bureau, emporter d’autres chaussures, de celles qu’on met pour marcher. Ca existe encore ? Et oui. Pour la banane, ça va être difficile aussi de garder cette architecture de cheveux impeccable toute la journée. Mais je vous fais confiance, vous allez bien trouver quelque chose pour remplacer ce volume manquant, un serre-tête à porter bas sur la tête en poil d’ourse noire, par exemple. Les sourcils et les yeux, itou. Vous avez une imagination sans limite.

 

Quant à 1940 que vous n’avez pas connu et moi non plus - j'étais trop petite, mais pas ma mère que vous voyez avec mon père en 1946 - là aussi je peux me fier à vous : vous allez détourner cela à votre façon et vous rendre là où on ne vous attend pas.

 

Par contre n’oubliez pas, il a fallu attendre 6 ans après 1940 pour avoir enfin le droit de voter. Alors on prévoit quoi pour 2015 ? A vous de jouer.       

   

Pour suivre le chemin

. Lisez Citizen K International, Eté 2009, où toute la collection du Cahier Mode, Super Woman, est présentée  avec des mannequins style Années 40, pour New York, Londres, Milan, Paris,

= Création, Kappauf. Photos, Sol Sanchez. Stylisme, Benoît Béthume. Texte, Laurent Dombrowicz. Ce texte qui commence comme cela :

«  Quoique majoritairement sous influence EIGTHIES mâtinés FORTIES, l’offre des couturiers pour la saison prochaine met en selle une femme de pouvoir »…

= C'est de la sociologie pure associée à la création artistique et publicitaire.  

. Ière photo, Citizen K, la seconde montre le célèbre mannequin Dita von Teese (source Marie Claire), dernière photo, mes parents en 1946 au lac de Saint Cucufa à Garches (92), ma mère porte cette coiffure!    

 

  

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Jeu de Pub avec cinq 4 de couv. de La Vigne

15 Juillet 2009, 11:56am

Publié par Elisabeth Poulain

Avant le jeu, le positionnement

Au départ, la Ière idée a été de comprendre le positionnement d’un magazine pour les professionnels du vin en partant des pubs que la direction arrive à attirer pour financer leur journal. Vous avez bien sûr, qu’un journal, quel qu’il soit, ne peut survivre – je ne parle pas de vivre- sans pub. C’était vrai avant les événements financiers récents, ça l’est encore plus aujourd’hui, même si la presse professionnelle est peut être moins mal lotie que la généraliste.

 

La 4 de couv de La Vigne

La 2è idée était de voir la quantité et le type de publicité que le magazine faisait en évolution. Devant la lourdeur d’un tel travail, je me suis basée sur la pub la plus prisée et donc la plus chère qui fait l’objet de la pleine page couleur de la dernière page du magazine, la fameuse 4 de couv - pour couverture bien sûr.   Comme magazine, j’ai choisi La Vigne qui fait partie du Groupe France-Agricole, avec Thierry Verret (PDG) et Bertrand Collard (rédacteur en chef). Et pour faire court, j’ai choisi de sélectionner l’exemplaire de janvier sur cinq ans : 2003, 2004, 2005, 2006 et 2009.

 

Le résultat

En 1er je cite la couverture, puis la pub avec la marque, le type de produit, la visualisation et l'argumentaire commercial:

2003.01 Carte France + Vigne   =    Flint, produit anti-oïdium ---)   pile qui donne 14 jours puissance


2004.01 Verre + Avenir  =
 Gramoxone plus, désherbant ---) paysage ‘cœur’ pour desherber sans dénaturer


2005.01 Verre + Carte France
 =  Scala, anti-Botrytis, BASF = verre + rouge à lèvres pour choisir entre le botrytis  ou le plaisir des sens?                                                                     

2006.01 Carte France rouge + crise = Goëmar avec  Vitiflo E avec un trou de serrure pour voir le  packaging du produit

2009.01  Paysage vigne neige + billet  = Vintage M Disperss, anti-mildiou  avec canard jaune anti-couac qui vous dit "le mildiou? Je m'en moque!" 

Le commentaire

Ces pubs sont au choix :

-        . d’un niveau qui ne serait pas toléré en école de pub comme la pile anti-oïdium

-        . difficile à saisir comme ce désherbant qui ne dénature pas, ah bon ?!

-        . consternante comme l’anti-botrytis qui associe la femme, ses lèvres et le plaisir des sens, surtout que cette pub a été beaucoup diffusée, vu le budget pub de BASF, un des Iers chimiquiers mondiaux

-       . décevante pour Goëmar dont on aurait attendu mieux, vraiment
. quant au canard, il me laisse sans voix, un couac, même pas. Si au moins, ce canard disait 'Le mildiou? Je m'en fous', au moins il y aurait eu une rime…

 

Le désherbant qui ne dénature pas et le canard sont tous deux des créations d’agence de pub : Publicis Etoile pour la Ière et Singulier pour la seconde. Diable, diable. Quant on connait la créativité qui existe en matière de pub, on ne peut que s’étonner de ces argumentaires d'un niveau 'plus c'est gros, plus ça passe'. Une des explications possibles est que la Vigne a un double positionnement, professionnel et grand public. Trop parler des remèdes pourrait être nuisible à l’image du vin. Peut être ? Qui sait ?   

 

Le jeu

Aucune pub individuellement ne me semble efficace. Sauf à rappeler la marque, leur attrait semble vraiment limité. Il faut donc trouver autre chose.

Le jeu consiste à voir, si ensemble, on peut leur faire dire quelque chose. Voilà ce que je vous propose :


. la déclaration d’amour avec la rivière qui forme un cœur (Publicis/Gramoxone),

. le plaisir de la séduction, avec la grosse lèvre enduite de rouge à lèvre (BASF)

. le voyeur qui essaie de voir comment ça se passe à travers le trou de la serrure (Goëmar-Vitiflo E)

. leur enfant à tous deux, un petit canard crac-crac (Singulier/Vintage M Disperss)

. et une pile pour que ça dure longtemps.  

Les pages 1 de couverture

Quant aux cinq couvertures  de La Vigne, la carte de France semble jouer un grand rôle (2003/5/6), à égalité avec le choix de la couleur rouge (2004/5/6), comme le verre BASF est rempli de vin rouge, comme le packaging de Vitiflo OE. Le canard est jaune sur fond orange. Le vert n’est utilisé que 2 fois, en 1 de couverture pour la carte de France sur fond de feuille de vigne et le cœur de Gramoxone Plus (Désherber sans dénaturer) qui est un photo sélectionnée par Publicis dans Hoaqui, l’Europe vue du ciel.

 

Pour suivre le chemin

. http://www.lafranceagricole.fr/la_france_agricole/les_journaux_du_groupe/la_vigne
. Intéressez-vous aux publicités de vos magazines professionnels ; vous saurez tout de suite quel est leur positionnement face aux produits chimiques que l’on ajoute à la vigne. 
. Prochain billet sur la 1 (la couverture), une pub comme une autre, toujours avec un exemple tiré de la Vigne.

. Les réponses à des questions que je viens de recevoir: 
- Pourquoi ne pas avoir sélectionné 2007 et 2008 aussi? = Tout simplement parce que je ne les avais pas. J'ai été abonné pendant plusieurs années.
- Est-ce vraiment un travail sérieux? = Ce ne serait suffisant pour un travail de recherche scientifique, mais c'est un instantané qui entre dans les quelques 1 000 informations visuelles que nous captons par jour. Alors la réponse est oui. 
- Avez-vous vu le dernier n°?; il n'y a pas de produit chimique = C'est vrai; c'est une voiture Mitsubischi, superbe d'ailleurs. Heureusement que j'ai choisi Janvier.                   

 

  

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WBW27 > Les Habits des Vins d'Emotion > Le violet et l'orange

14 Juillet 2009, 09:13am

Publié par Elisabeth Poulain

Comme vous le savez, vous qui avez lu le précédent billet sur les multiples facettes du rose en habit des vins contemporains ouverts  sur l’émotion, le rose, une ‘couleur’ est désormais incontournable. Aucun vin, quelque soit sa couleur ne peut désormais s’en passer pour établir un lien avec celui qui a la bouteille en main, avant de l’avoir repérée par ses yeux. Mais il est d’autres couleurs, seules ou associées l’une à l’autre, l’orange et le violet. 


Provoquer des vibrations

Émotion, sensation ou vibration sont des mots qui n’ont pas été employés jusqu’ici. Le Signe de la Couleur marque très nettement le changement de planète et d’époque, dans un monde moins codé, qui communique de façon plus directe, plus sensorielle, en s’adressant directement à nous, en se passant des mots. Pour établir le contact avec ceux qui ne sont pas entrés dans l’univers du vin, il faut utiliser un autre langage, une autre façon d’établir le contact, plus visuelle, plus attractive au premier degré en cherchant à élargir la palette des sensibilités, des sens et du sens.

 

Il n’est pas un seul type d’amateur de vin, comme il n’y pas un seul type de vin. Le monde de la couleur ouvre aux habits des vins de nouveaux chemins, qui:

. donnent envie de bouger, de faire la fête…

. suggèrent la légèreté, la nostalgie, la dissonance…

. illustrent le style baroque, contemporain, nocturne…

. permettent d’identifier le genre où la jeunesse, apportent des frissons… du mystère et suscitent l’envie d’en savoir plus et d’aller à la rencontre du vin, des autres...

 

Plus que d’appartenir à une terre, un château, une communauté, une paroisse, cette tendance contemporaine est marquée par les vibrations de l’émotion, de la sensation ou de l’action.

 

Interpeller

Il est des habillages propres à donner de légers frissons, ce sont en particulier ceux qui sont conçus avec les nouveaux papiers métallisés utilisés avec un effet de diffraction de la lumière. On ressent de l’étonnement et on se surprend à faire bouger la bouteille comme pour vérifier qu’il n’y a pas une couleur cachée derrière :

 

609. Le Gamay, Loire Collection de cépages de Réthoré-Davy, utilise un papier métallisé mat qui accroche le regard pour le corps supérieur de l’étiquette portant le nom du domaine grâce à un trait de lumière verticale qui traverse le nom des vignerons. 

 

610. Sublime, un Chinon des Caves des Vins de Rabelais, a changé de style d’étiquettes. Les réactions au vu des deux modèles sont impressionnantes. Il y a le clan de ceux qui sont favorables à l’étiquette classique avec le C de Chinon ornée à la façon d’une enluminure, avec une gabarre à gauche et un château à droite et ceux qui préfèrent tout aussi fermement le style nouveau, plus graphique, avec des couleurs froides et fortes qui jouent le contraste pour ce Cabernet franc.

 

Évoquer le mystère

Le mystère attire par son côté non accessible directement mais sans que ce soit dissuasif. Le noir mat confère une intimité qui intrigue en suscitant cette question : quel est le trésor qui est caché derrière l’étiquette, dans la bouteille ? Le violet surtout est le signe du secret qui cache le mystère de la réincarnation, avec aussi une dimension temporelle d’apaisement.

 

- En vin, tout dépend de la tonalité du violet qui peut tout aussi bien être si profond qu’on si perd, claquant pour Sublime, calmant pour le Bourgueil du Domaine de l’Humelaye ou exprimant l’équilibre, grâce à une construction solide.

 

611. Les Trotte-Loups, un Chinon du Domaine des Millarges (Lycée Tours-Fondettes), possède un violet si foncé qu’il cache une grappe de gros raisins à gauche de l’étiquette. Toutes les mentions sont portées à droite pour donner un effet mystère réussi.

 

612. Le Montlouis sur Loire demi-sec, La Nef des Fous, du Domaine Les Loges de la Folie porte une tenue violette- pourpre dense, structurée autour de l’emblème du domaine en violet clair en partie droite et deux bandes horizontales où s’inscrivent les mentions, en  violet plus clair.

 

- Laurent Chatenay de Saint-Martin Le Beau associe deux tons de violet avec du blanc et de l’or en liseré pour une Méthode ancestrale, un pétillant naturel non dosé, en losange allongé horizontalement.

 

613. Pour un Touraine Primeur du Domaine Chainier, le Château de la Roche, qui figure sur une petite étiquette carrée, gris-clair, ressort sur un fond violet éteint de forme rectangulaire avec une pointe de rouge accentuée par les mentions rouge du nom du château.  

 

614. Le choix d’Albane et Bertrand Minchin, La Tour Saint-Martin, pour un Menetou-Salon ‘Célestin’ s’est porté sur un ruban violet-pourpre avec des mentions et une bordure haute et basse de couleur orange profond.

 

Jouer avec la lumière

C’est l’effet nostalgie qui consiste à utiliser des couleurs fanées, ayant subi les assauts du temps, pour conférer un aspect poudré aux couleurs de l’étiquette. Sur ces étiquettes, on trouve désormais des assemblages de couleurs très travaillés. Des teintes déclinables à l’infini ont pour particularité de se situer hors du temps et de varier avec la lumière. Il ne s’agit pas de jouer le contraste mais au contraire le ton sur ton, sans opposition. Ce sont :

- des beiges doux pour un Montlouis Méthode traditionnelle de la Cave,

- un beige sable pour un Chinon ‘Château La Grille’,

- un beige rugueux pour Le Sec, un Vouvray de Château Gaudrelle d’Alexandre Monmousseau,

- un crème crémeux pour un Muscadet ‘Climat’ d’Alexis Sauvion du Château de la Fessardière ;

 

615. de l’ivoire pour le Chinon, La Chevesserie, de Marie-Pierre Raffault avec des mentions en gris et le nom de la cuvée en rouge foncé,

 

616. du miel clair pour Quintessence, un assemblage Cabernet Franc et Côt, de  Patricia et Bruno Denis, Domaine de la  Renaudie,

 

617. du miel foncé pour un Touraine, Cuvée Jeanne d’Arc, Château de l’Aulée, de Mireille et Arnaud Henrion.

 

Sentir la chaleur de l’orange

Plus qu’à la couleur du fruit, c’est à la couleur du soleil que cette couleur fait penser actuellement.. C’est celle qui éclate au soleil des vacances, qui donne envie de bouger ou de bronzer. Quelques exemples montrent plusieurs modes de communication, aussi bien avec un certain classicisme qu’une façon plus anglo-saxonne avec des couleurs en aplat sans perspective. Les deux premiers exemples montrent qu’on peut aussi communiquer d’une  façon à la fois classique et très innovante.

 

618. L’effet littoral est perceptible au Domaine de la Chaignée des Vignobles Mercier pour un Fiefs Vendéens Vix. Certains éléments de l’étiquette sont classiques, le château traité en dessin austère, la mention du domaine en lettres anglaises. Le format vertical, de taille moyenne donne un effet hauteur, accentué par le traitement du château en rose ocre orangé, dont le soubassement est plus profond que le château n’est haut. Six bandeaux horizontaux de violet ou barres or ou noir maîtrisent cette explosion de couleurs.

 

619. Folle noire, un vin de cépage de Jérémie Mourat de Mareuil en Vallée du Lay, associe la vigueur du soleil avec un rouge profond et le noir du cépage. Celui-ci, appelé aussi ‘Ragoûtant’, aurait été apporté au 12ème siècle par les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ce que traduit la calligraphie et la présence d’un chevalier en armure sur son cheval sur l’étiquette.  

 

620. Le Chardonnay Leconte, un vin du Val de Loire des Boullault, est habillé en orange foncé éteint alors que leur Muscadet est jaune clair. Ces vins,  conçus pour le marché nord-américain, gardent l’emblème du domaine, les initiales LB avec la feuille de vigne.

 

- Les Dunes des Côtes de l’Auxence, un VDQS blanc Fiefs Vendéens Brem de la Maison Jard, joue pleinement du contraste de l’orange pour la terre et la mer avec la couleur sable du ciel.

- Le Bourgueil Bonnaventure possède une tenue orange jaune éclatante alors que le Chinon de la même maison est rouge.

 

Un autre avantage de l’orange

Il s’applique aussi bien à la femme qu’à l’homme. Pour elle, il suffit d’ajouter une rose ou un peu de rose. Pour lui, quelques milligrammes pour foncer l’orange comme on vient de le voir. Il est aussi déclinable selon les couleurs du vin, en fonction du taux de sucre.

- Les Maîtres Vignerons Nantais ont choisi un orange vif rehaussé de rose pour les roses et un bandeau horizontal, qui coupe l’étiquette en losange, en portant le nom de la cuvée de Muscadet Primeur, Fleur de Terroirs, 

- Jaune pour un Anjou sec ‘Les Rogeries’ et un orangé soutenu tirant vers le rouge pour un Anjou demi-sec ‘Grandes Rogeries’ au Domaine Richou.

 

L’atout de la monochromie

Dans ces derniers exemples, le jaune et l’orange sont traités de façon monochrome, en aplat, sans effet de profondeur. Il n’y a ni volonté de mystère ni recherche de sophistication. L’entrée dans l’étiquette en est facilitée. Concernant les couleurs fortes, l’effet gamme est un facteur décisif. Une couleur forte seule pour une seule étiquette peut étonner voir détonner. Plusieurs insérées dans une gamme s’équilibrent dans un ensemble, comme s’épaulant l’une l’autre. Leur appartenance à un univers perceptible sécurise et amuse tout à la fois en donnant envie de jouer à goûter les autres vins de la gamme. On perçoit aussi directement la volonté de parler avec celui qui va déguster le vin.

 

Pour suivre le chemin

. Le prochain billet sera consacré à l’homme en répondant à cette question : comment parler à l’homme qui sommeille en vous, quelque soit le genre auquel vous appartenez ? 
. Toutes les étiquettes de ce chapitre 6 à voir dans 6WBW Labels.  

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