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Le Blog d'Elisabeth Poulain

DD11 > Faire le bonheur des gens > un film de Catherine de Grissac

30 Juin 2009, 07:47am

Publié par Elisabeth Poulain

Ce billet constitue le 11è d’une série consacré au Développement durable (Sustainable Development), dans son volet social. Faire le bonheur des gens’ apparaît en guillemets dans l’annonce de la programmation du film réalisée par Catherine de Grissac.
Ce titre aurait mérité trois petits points pour suggérer la partie manquante, « malgré eux ?». Mais la réalisatrice est trop fine et préfère suggérer le questionnement sans m^me mettre un point d’interrogation. Catherine de Grissac a réalisé une série d’interviews dans le quartier de Malakof qui a fait l’objet d’une profonde rénovation en l’an 2 000. Son parcours : 20 ans éducatrice spécialisée à Nantes et l’envie de devenir réalisatrice ; ce qu’elle a fait avec ces témoignages de personnes touchées par l’opération d’envergure de renouvellement urbain qui a visé 4 200 habitants.

 

L’opération débute par des interviews entremêlées d’habitants, d’élus et des professionnels concernés. Le quartier dispose de nombreux atouts. Il borde la Loire, se trouve juste en face de l’Hôtel de Région, et est proche de la Gare et donc du Centre. 

Les habitants, le plus souvent des femmes âgées, expriment leur attachement au quartier. Au départ, ils se sentent peu concernés par cette volonté affichée d’établir un dialogue « on n’a pas grand chose à dire. C’est toujours beau sur le papier avec ces couleurs ». 

 

Pour les élus, il est urgent d’intervenir pour éviter un repli du  quartier sur lui-même. Ils rapportent des propos peu amènes sur la réputation de ce  quartier dégradé. L’office HLM confirme l’existence de 300 appartements vacants alors qu’il y a des milliers de demandes. Selon le directeur du Grand Projet, il était temps d’intervenir avant l’incendie ; il faut se donner les moyens d’agir en douceur pour établir un dialogue avec les habitants concernés. L’objectif premier est de « construire et de démolir à l’échelon de la ville » et non pas en se focalisant sur le seul quartier. D’où ces nouvelles voies de circulation pour relier le quartier au reste de la ville.

 

Et ces réactions d’habitants qui expriment leur peur devant ces nouvelles rues qui vont traverser le quartier : « on ne va plus se sentir chez nous ». Une charte du relogement est mise au point pour détailler les droits au relogement dans un autre quartier des locataires. Des difficultés surgissent. Il est parfois difficile de répondre aux souhaits de ceux qui sont touchés directement par le relogement. Les craintes de ne pas trouver aussi bien sont clairement exprimées : « il y a loin du rêve à la réalité » explique une jeune femme, (dite‘la jeune femme aux oiseaux’). Elle déclare : « ça serre le cœur. On propose à une dame de 82 ans un logement loin des commerces, avec peu de bus».

 

La réponse des officiels : « il faut laisser du temps au temps, laisser s’exprimer les inquiétudes et prévoir aide psychologique et aide matérielle ». La tension monte contre cette mixité dont on rabat les oreilles aux habitants. Un monsieur : la mixité, ça veut dire quoi ? Des Bourgeois, des Parisiens qui vont venir à notre place et nous on doit partir ? Une dame : « la vraie mixité, je vois mal les nantis venir au milieu de la masse prolétarienne. ». Une autre dame : « c’est triste quand même de détruire une tour pour mettre un rond-point. »  

 

Une responsable sociale intervient dans le débat : « la participation des habitants est un mythe. Je préfère qu’on parle d’information des habitants en leur disant la vérité ». La concertation prévue leur laisse quatre choix de relogement.  « Beaucoup râlent mais ne viennent pas aux réunions pour autant. Sur 40 personnes aux réunions, dit une dame, il y a 20 officiels ». Ils dénoncent pêle-mêle le manque de temps, le fait que le projet est bien lancé, le fait de ne servir à rien, le fatalisme de ceux qui ne savent pas se défendre, la réunionnite…

 

En réponse arrivent des commentaires du responsable du Grand Projet : « les gens n’exercent pas leurs droits ». Il développe sa vision de la démocratie locale, qui repose un état de fait pour accroître la citoyenneté. Son adjointe complète en disant qu’ « il faut rendre le projet plus compréhensible ». 

 

Les réactions de la salle
Les questions et ou commentaires de la salle sur le film qui a vivement intéressé les spectateurs serrés dans une salle du Centre Tati, quartier Belle Beille à Angers (49, Maine et Loire)

-        la résistance au changement, le fatalisme subi, le décalage entre la vision des décideurs et le ressenti d’exclusion des habitants, la peur des habitants, l’écart culturel, l’absence de médiateur culturel, beaucoup de bavardage de la part des décideurs,  

+     des gens se bougent, ce dialogue n’existait pas avant, il y a eu relogement,            

 

=   la réalisatrice apporte des précisions sur les conditions de la réalisation des interviews dont le montage a été délicat et long puisqu’elle n’intervient jamais en direct. Elle doute de la réalité de fameuse démocratie participative : les gens n’ont pas eu le mode d’emploi. Ce n’est pas de la vraie participation. Il y a toute une pédagogie de la concertation à mettre en place.  

 

La démocratie participative (DP)

Un dialogue s’instaure sur les chances de succès de la DP. Pour la majorité des participants au débat, il faut un certain nombre de conditions : 

-        la concertation doit se prévoir très en amont,

-        éviter de dire « ces gens-là »,

-        ne pas faire le bonheur des gens sans une demande de leur part,

-        il faut faire ensemble, recréer du lien social,

-        avoir une bonne connaissance des populations concernées à Malakoff: 40% de chômeurs, beaucoup n’ont pas leur carte d’électeurs, seuls 67% l’ont ,

-        l’urbanisme doit créer de la fluidité fonctionnelle, c’est la seule qui fonctionne …


CEMEA

La soirée a été organisée par cette association qui a pour objet la promotion de l’Education nouvelle. Les membres interviennent dans des champs variés : l’école, l’animation, le travail social, la petite enfance, l’accompagnement culturel. Elle organise des Cafés pédagogiques en lien avec des collectifs d’associations. La soirée  a eu lieu le 15.01.2009, en présence de l’auteur, de deux dames membres de CEMEA et d’un public qui remplissait la salle.  


Pour suivre le chemin

  http://www.film-documentaire.fr/Faire-bonheur-gens.html,film,14627

 


Malakoff, cité HLM nantaise, construite de 1967 à 1971, a une situation privilégiée en bordure de Loire et proche du centre ville. 11 tours et 5 barres courbes appelées "bananes" se partagent ce territoire enclavé entre Loire, voie urbaine et voies ferrées. En 2000, ce quartier est choisi pour bénéficier d’un Grand Projet de Ville (GPV). Objectifs : désenclaver pour relier le quartier au centre ville, démolir et réhabiliter pour requalifier l’habitat, diversifier les constructions afin de créer la mixité sociale, renouveler l’équipement urbain... Début 2004, la banane "Pays de Galles" se vide. Cette barre sera "déconstruite" : fenêtres et portes récupérées puis tout le bâtiment démonté. Les habitants de la tour "Sicile" s’apprêtent à déménager et suivront ceux de la tour "Portugal". Ce film raconte un moment de l’aménagement d’un territoire urbain d’habitat social. Comment la décision est-elle prise ? Quels en sont les enjeux ? Qu’entend-t-on par mixité sociale ? Qu’en est-il du "faire pour" et du "faire avec" ? Comment habitants, aménageurs et acteurs sociaux vivent cette transformation ?

. Ciné Femmes, à découvrir sur :  http://www.fragil.org/focus/525

 

. CEMEA: http://cemea-pdll.org/-Qui-sommes-nous-

. Le Centre Jacques Tati à Angers, Belle Beille : http://www.centrejacquestati.fr/

 

. Opération Malakoff, à voir sur http://www.nantesmetropole.fr/1147254279225/0/fiche___article/

. Malakoff aujourd’hui avec un diaporama et la carte du nouveau quartier de face duquel se construit le nouveau pont au dessus de la Loire:

http://www.nantesmetropole.fr/34870880/0/fiche___pagelibre/

Un film de Catherine de Grissac, 2004 - France - 52 minutes - DV Cam . Faire le bonheur des gens sur

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Regard en images d'un homme en colère, Michel Hénocq, peintre, Paris, Angers

29 Juin 2009, 10:12am

Publié par Elisabeth Poulain

L’atelier

Il est à ce point fait pour Michel Hénocq qu’on se dit qu’il ne peut y avoir de hasard. Dans un quartier ancien d’Angers, La Doutre, son atelier est situé dans une petite rue, qui se finit en escalier, comme à Montmartre, entre un cloître bordé de très hauts murs d’un côté, et des petites maisons avec quelques ateliers, transformés en garage de l’autre.  Sauf un, c’est le seul à avoir une double porte peinte en un rouge profond. Quelques marches à descendre dans l’atelier et vous êtes dans l’antre du tigre.

 

 

 

C'était avant déjà celui d’un peintre, mais sur meuble. Cette petite rue du Tambourin débouche sur la Rue Lionnaise, avec un i comme lion, qui était une voie importante au Moyen-Age pour sortir et entrer dans la ville.

 
Le tigre

En ce moment, c’est un tigre de cirque qui occupe une partie de son atelier. Michel Hénocq l’a découvert sur une affiche, l’a croqué en dessin, puis transcrit sur une toile, en commençant d’ailleurs sa toile par lui dans le coin supérieur gauche. C’est dire son importance. C’est un tigre avec une gueule de tigre, du genre qui en aurait beaucoup vu, à aller de ville en ville, à voir des gens qui disent ‘Oh, c’est un tigre, ben oui, c’est moi le tigre’, un peu las, solide quand même, qui garde suffisamment de confiance pour continuer sa route,  avec la volonté de se tenir droit, fidèles à ses émotions.

 

« Ceux qui découvrent ma peinture peuvent en être étonnés, choqués, même de ce qu’elle ne cadre pas avec la représentation que l’on a de l’art contemporain. Mais je ne vis pas en dehors de mon époque » Michel Hénocq.

 

Les images

Si on peut dire que Michel Hénocq chasse, c’est uniquement pour les images qu’il capture, emmagasine et enfouit au plus profond de lui, sans y être pour quelque chose. Ou plutôt sa sensibilité s’en nourrit pour pouvoir traduire en images ce qu’il sent et veut exprimer dans ses peintures. Ses rêves, la nuit, recréent des villes, des maisons en bois, qu’il  sait n’avoir jamais vues et qui sont pourtant là, si précises, si présentes. Il s’émerveille de ce que son esprit peut créer. Sa peinture ressemble un peu à ça, mais avec une volonté de contrôler ce qu’il fait, contrairement aux rêves, en particulier à ceux des surréalistes.  

 

 

Bien sûr, Michel Hénocq a été impressionné par les Surréalistes, en particulier Georges Limbour, philosophe et poète, qui faisait ses cours sans note. Un grand bonhomme, qui avait mis sa bibliothèque à la disposition de ses étudiants. Il est toujours sensible à leur vision du monde  mais repousse leur refus du contrôle. Sa recherche d’images est sa façon d’alimenter ce hasard contrôlé. Quand il voit une tâche sur un tableau, il y voit quelque chose, ne l’enlève pas, s’en sert et ne cherche pas à savoir pourquoi.

 

Les paysages, l’érotisme, la répétition

Mais pourquoi, fait-il ainsi,  comme ça, à la limite ça ne l’intéresse pas beaucoup. Il laisse cela aux autres.  Les paysages par exemple l’ennuient. Les Impressionnistes ne l’émeuvent pas  mais voir Goya et ses peintures noires au Prado le bouleverse pendant plusieurs jours. Les Expressionnistes allemands l’intéressent aussi, en particulier Hans Bellmer et sa vision de l’érotisme qui l’ont inspiré. 

 

Dessiner le corps a été pour lui une belle aventure. Mais très vite aussi, la préoccupation première s’efface devant la technique, le poil pubien devient une question de trait à aligner. Cela devient lassant. Cela a été une façon de comprendre qu’il ne veut pas être lié par ce qu’il a déjà fait. La répétition est un piège qui détruit petit à petit la sincérité du message.


La gourmandise

Michel Hénocq a poursuivi son chemin dans la peinture par une certaine idée de la gourmandise. C’est un visage boursouflé, gonflé à la limite du craquement, composé à la façon d’un Arcimboldo, mais sans  fruits, ni fleurs, ni poissons, uniquement avec des volumes

 

 

 

volumes en rondeur de couleur chair. Ses objectifs, exprimer la volupté, la sensualité réinterprétée au niveau érotique de façon à sortir de ce  thème en dessinant une vision très particulière de la gourmandise à l’encre de chine. A ce moment là de sa vie, un écrivain a été très important. C’est Elias Canetti, un juif de la diaspora espagnole, qui parlait 15 langues. Il était un homme inclassable, qui avait une culture encyclopédique ; il a vécu dans toute l’Europe. C’est lui qui a ouvert au peintre la porte des grosses dames.

 

Les grosses dames, la jouissance et le petit homme

Elles ont fait et font encore partie de la vie du peintre; elles sont au cœur de sa diaspora. A côté d’elles, il y a des petits hommes, comme dans l’histoire racontée par Canetti, une grosse dame  - du genre mangeuse d’homme -  suivi d’un petit homme appelé Fischerle (le petit poisson en allemand). Cette période a été très féconde pour le peintre. Il y avait un véritable boom sur l’art. Les gens achetaient trois-quatre tableaux d’un coup. C’était l’époque de la libération sexuelle, avec une explosion de jouissance, juste avant le boom pétrolier de 1991. Le peintre était jeune, il vivait à Paris. Tout était permis. 

 
 

 

L'inquiétude, le questionnement

Des grimaces, des grincements ont commencé à apparaître dans la société. Il y avait trop d’avidité de mauvais aloi. Michel Hénocq le sentait d’autant plus qu’il avait une position en retrait. Il a commencé à instiller ces vibrations, ces doutes en images. Il voyait la société courir de plus en plus vite. Il a d’ailleurs peint une toile où l’on voit courir des hommes dans le ravin et continuer à courir en tombant le long de la paroi. La situation devenait difficile, la guerre commençait en Yougoslavie, une guerre religieuse, ethnique en Europe, des charniers, qui annonçaient les prémisses de la 3è guerre mondiale. La suite, avec l’Irak, l’Iran, l’a fortement ébranlé.


Les hommes en noir

Ils ont commencé à peupler ses toiles, bien avant l’an 2000. Ils annoncent l’apocalypse, les Twin Towers ou les émeutes urbaines. Les villes sont noires, les hommes aussi, des corbeaux volent dans le ciel, des voitures noircies par le feu gisent dans les villes. Que disent ces hommes ? Que veut cette société ? Comment peut-on renouer volontairement avec la guerre, partir volontairement en exode en

 

fin de semaine, chacun dans sa voiture; au sein d’une nature, qui reste verte pour qu’on puisse encore y aller en voiture, avec des gens qui continuent à manger, toujours encore plus, alors que le monde croule autour d’eux ? C’est  à ces moments là que le peintre a réalisé Pique Nique à Hiroshima par exemple. 

 

«  En tant qu’artiste, je ne puis me contenter de faire de l’art pour l’art, une peinture qui se situerait hors du temps. Mais ni voyeur, ni témoin, ni moraliste, je tente par une figuration singulière, d’exprimer mes jubilations et mes colères, face aux désordres du monde présent »  Michel Hénocq

 

La Bête, la violence urbaine et les décombres

Chez Michel Hénocq, une image ne chasse pas l’autre. Certaines deviennent dominantes à un moment et repoussent les autres dans un coin, dans un fond ou peut être derrière. Les grosses dames reviennent sous forme de prostituées dont les seins sont aussi pointus que la pointe des obus. Elles ont des regards durs, comme des maquerelles usées. A côté d’elles, des hommes au regard vide.

 

 

De nouveaux acteurs viennent occuper les toiles. Le peintre vient de terminer par exemple une série de dix peintures ‘Conversations avec la Bête’. 10 pour être sûr de ne pas se répéter sur le thème du principe mâle et femelle, la Bête et l’Ange, dont on ne sait pas qui est qui. C’est une suite de ses visions érotiques du début. Une évolution et une rupture en même temps.  Les hommes en noir sont présents maintenant dans les violences urbaines et la série sur les voitures. Les carcasses de voitures, les décombres d’une façon générale sont une mine à utiliser pour Michel Hénocq qui les traduit dans les violences urbaines. Ce sont des dessins au fusain noir sur de grandes planches,  pour trouver le rythme puissant, l’imbrication des  corps entre eux, la force de cette violence en connexion qui couvre quasiment toute la surface des planches.                  

 

Le choc de la photo, le poids de la peinture

Actuellement tout le monde sait tout sur tout. On voit des gens mourir à l’écran. C’est comme au cinéma. Plus rien n’a d’importance. Ce n’est pas être tragique en disant cela. C’est un fait. Michel Hénocq est aussi un homme de son temps. Ses tableaux entrent en concurrence avec les photos. Jamais, affirme-t-il, il ne sera possible de reproduire la violence de l’avion qui s’est fracassé sur une des Twin Towers avec cette interpellation « Oh my God » ou ce sniper israélien qui vise un enfant palestinien qui se lève, attend qu’il se soit dressé et le tue.     

 
Sa diaspora

Ces hommes en noir sont toujours là, avec lui.  Ce sont chez le peintre des personnages récurrents, comme le petit enfant boursouflé, une femme bossue qui porte du bois, des femmes liées (avec des cordes ou autres liens), le diable avec son sexe turgescent…

 

 

Les animaux aussi ont leur importance, qui permettent au peintre de dire sa colère. Comme il le dit lui-même, il y a chez lui un côté Jérôme Bosch qui donne à sa peinture une dimension religieuse. C’est vrai que le peintre a commencé par faire des études de philo puis de droit. Parallèlement à son métier engagé dans la société, il a toujours dessiné les ambiguïtés de la nature humaine,  dans des décors à la fois ultra-réalistes, allégoriques et dénonciateurs, du mal,  de la guerre et de la violence. Pendant des années, ses œuvres ont été exposées chez Catherine Moisan à  la  Galerie satirique.


La couleur, les dimensions

Le noir est très présent chez lui . Toutes les toiles sont précédées par de nombreuses esquisses en noir. Des noirs qu’il obtient avec l’encre de chine, l’encre, le fusain, le crayon, le charbon…C’est pourtant la couleur qui l’attire. Pour ‘Un beau dimanche d’automne’, c’est l’orange qui apporte l’éclaircie. Montrer la violence urbaine sans couleur serait un non-sens.  Imaginez par exemple ‘Sacrifice urbain’ (2006) sans les couleurs chaudes (l’orange, le rouge, le jaune) et froides (le vert, le bleu…). Comment serait-il possible montrer le feu la nuit, la voiture qui brûle, la chair blême dans cette violence chromatique? 

 

« Je retourne ainsi tout naturellement aux sources des hantises, des interdits, de l’inconscient collectif par l’intermédiaire d’allégories obsessionnelles. Non sans délectation ! »   Michel Hénocq  

   

Michel Hénocq fait le choix d’utilise des grands formats parce qu’il a beaucoup à dire, fortement et en même temps. Ne montrer qu’un des aspects d’un sujet n’a pas beaucoup de sens pour lui. Son format type est le 1m x 1, le plus souvent avec une multitude de sujets, hommes, femmes, enfants et bêtes, peu d’objet, à part la voiture et l’immeuble. Mais ‘Conversations avec la bête’ (2006)  montre deux personnages. Il est rare qu’il n’y ait qu’une seule personne. Même ‘La sauterelle’, une femme tonique au grand nez et à la fesse ronde n‘est pas seule ; elle chevauche un puissant sanglier (2002). Une étude récente montre pour la première fois chez lui deux fillettes longilignes serrées l’une contre l’autre, sans volonté de les enlever leur aspect de brindilles solitaires. C’est une rupture avec ce que faisait le peintre jusqu’alors.   


Les titres des toiles

Les titres ont toujours une grande importance, surtout chez un lettré comme Michel Hénocq. En quelques mots, ils expriment le sens de ses peintures. Parfois, ils sont à prendre au premier degré comme dans La Mère Tourière’ qui serre deux bébés maigrelets sur son ventre noir rebondi ; parfois ils relèvent de la provocation pure comme ‘Osez la guerre’ ou annonce un  mystère qui renforce le sens du titre, comme un clin d’oeil de sa part à son intention. Dans cette catégorie, sont à ranger ‘Les barbaries, le héron du Nil’ ou ‘La pierre qui pense n’a pas d’état d’âme’.

 

Aujourd’hui, demain

La vie de Michel Hénocq est de montrer sa colère en images, avec beaucoup de réflexions préalables pour transformer ces images en allégorie. Depuis ces dernières années, il sait très clairement ce qu’il veut dire et ce que ses toiles veulent dire. Ce sont des messages adressés à ceux qui pourront les déchiffrer. Il se plait à imaginer des dialogues entre eux et ceux qui les verront sur leur mur pendant 30 ou 40 ans. Ses oeuvres ont tellement de choses à dire. L’important, à ce stade de la vie de Michel Hénocq  n’est plus là d’être classé dans une école, un style ou d’être rattaché à une galerie, c’est d’être encore plus pleinement lui. Il sait ce qu’il veut dire et le dit.

 

« A-t-on peur de l’image et de ce qu’elle peut dire ou veut dire, comme on a peur de la mort au point de la cacher ? Ou bien n’a-t-on plus d’imaginaire ? » Michel Hénocq

 

Pour suivre le chemin

. Michel Hénocq a un site sur lequel il exprime ses colères : 

www.michel-henocq.fr/ -

. Ce texte fait suite a une interview que j’ai réalisée le 9 juin 2009 dans l’atelier du peintre, rue du Tambourin à Angers.  Les photos que j’ai prises à ce moment l’ont été dans un tempo très serré, tout en notant les propos du peintre. Elles témoignent de la réalité d’un instant. voir l’œuvre de Michel Hénocq, il convient de se référer à des photos extraites de son site ou de ses expositions.

. Les citations sont extraites de la plaquette donnée par le peintre pour expliquer sa démarche.     

. Voir aussi certaines expositions récentes, la première à Châtillon et la seconde dans l’Ouest à Saffré

www.ville-chatillon.fr/.../archive_henocq.htm

www.hang-art.fr/...04/Fiche_Henocq.html

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WBW24 > Les Habits des Vins de Tradition > Le noir en élévation

28 Juin 2009, 17:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

La puissance du noir

Le noir évoque la nuit, l’orage qui fait peur et qui attire en même temps quand le ciel s’assombrit. Un noir qui rime avec désespoir, celui dont on se vêt lors des enterrements. Mais aussi des petites robes noires ou celui des smokings. Le noir est la marque du vêtement de notable d’un certain âge dans les classes bourgeoises depuis le 19ème siècle en signe de respectabilité. Actuellement ce sont essentiellement les jeunes qui portent un quasi uniforme noir. Un noir qui souligne le corps de danseurs. C’est un noir jeune de rupture, avec un côté dangereux, menaçant et en même temps fascinant. Comme la nuit qui annonce l’aube puis une nouvelle journée, la nuit qui nous permet de nous ressourcer en dansant ! Le noir est fête. Il a un effet théâtral. Il est apparu sur les étiquettes dans les années 1970 et les vignerons qui l’ont choisi y restent très attachés. Il semblerait qu’il soit pour beaucoup de ceux-ci comme une preuve d’affirmation de soi, comme il y en a une à chaque passage de génération.

 

543. Jean-Maurice Raffault parle avec beaucoup d’attachement des étiquettes noires brillantes de ses différentes cuvées de Chinon. Les Galuches 2003 est caractérisé par un encadré aux coins arrondis, Chinon en lettres gothiques blanches et un Rabelais à l’œil malicieux, dans un ovale or formé par la célèbre citation du grand humaniste « Beuvez toujours, vous ne meurrez jamais . »

 

544. Le Muscadet Sèvre et Maine du Domaine de la Tourmaline de Gadais porte une étiquette très classique avec bordure, écriture or sur noir, noir sur or en bandeau, le G de Gadais encadré de deux grappes de trois grains de raisin, tout en or à l’exception de l’argent pour l’appellation, une collerette portant le millésime, et une cravate avec la mention « Mise en bouteille sur lie » . C’est à la demande de l’importateur américain qu’est conservé cet habillage qui nécessite un travail minutieux de collage à la main de la cravate.

 

Le noir en fusion avec l’or et le blanc.

Leurs forces se conjuguent en synergie. Impossible de ne pas les remarquer tellement leur duo ou trio éclate de vibration avec parfois une démesure qui s’impose comme un fait établi et qui permet aussi de faire varier les formes de l’étiquette et d’ajouter des pièces supplémentaires à l’habillement. Le point commun à ces exemples est la théâtralisation de la présentation qui exprime tout aussi bien :


545. la forme parfaite d’une voûte romane en or pour un Anjou Prestige Domaine Ogereau dans lequel s’inscrit dans la lumière, sur fond vert, la blanche demeure du vigneron qui y habite ;

 

546. la fusion rouge et or avec la nuit, pour un Anjou vieilli sous bois, du Domaine de Flines, Catherine Motheron ;

 



547. le velours soyeux de la nuit douce et profonde avec un Extra-Brut millésimé écrit en rose, de Jacky Blot de la Taille aux Loups, écrit en bleu. L’étiquette en papier-velours a demandé deux ans de recherche et de mise au point.

 




Le noir mat

Actuellement, le noir mat l’emporte par son aspect plus contemporain et moins accrocheur. L’usage en fait de plus en plus une valeur de la nuit et de la fête. La modification des dimensions et du format des étiquettes a également des conséquences sur le noir qui devient plus intime, avec parfois une alliance inattendue entre la théâtralité du noir et son intériorité. Avec le noir, tout est possible.

 


548. Comme le péché de gourmandise dans un lieu où les moines travaillaient déjà la vigne pour Les Tentations, Coteaux du Layon 2004 du Domaine Pied Flond de Franck Gourdon,

 



549. ou la modernité en carré graphique d’un Loire Sauvignon Blanc Levin de David Levin et Thierry Merlet,

 

 

 










550. la vitalité en association avec des couleurs fortes comme le rouge, le jaune pour un Bourgueil 1999, Les Incroyables de Christophe Deschamp, avec une peinture de Christian Thomas.

 




Christian Thomas, sculpteur et peintre, Paris

« J’aime bien partir à l’aventure, en sculpture, en peinture et dans la vie.

J’ai fait des peintures et des collages pour les vignerons de Bourgueil. J’ai travaillé en dimensions réelles d’étiquette. J’ai trouvé que le Bourgueil s’associe bien à ce que je fais.

J’aime travailler la matière, le métal que je cabosse en partant d’une boîte boisson pour le transformer en visage peint par exemple, le papier que je déchire pour des collages avec des effets de superposition de matières, l’huile pour l’épaisseur de la matière ou l’encre pour son caractère insaisissable. Artiste, j’exprime la liberté du créateur, surtout que je détourne les objets, j’y mets mon empreinte. Pour le vin, j’ai conçu des étiquettes plusieurs années de suite pour des Bourgueils et j’ai noué lors de ces rencontres des amitiés avec des vignerons. J’en garde un bon souvenir et je montre ces rencontres du vin que j’appelle ‘ les vignettes du vin’ dans mon site ».

 

Le noir, une couleur naturelle

Le noir peut aussi être la couleur naturelle d’un domaine ou d’un vin.

- C’est le cas du Domaine de Nerleux dont le nom se réfère aux loups noirs. Régis Neau sait les interpréter en or sur noir ainsi qu’en gris-noir, blanc et or pour un Saumur Champigny Clos des Chatains.

- Le noir est la couleur choisie par Philippe Orion pour la Cuvée Nébuleuse, un vin de pays de Vendée.

 

Pour suivre le chemin

Après le blanc, le premier marqueur de temps que nous avons vu, dans ce SIGNE du Temps, il nous reste à découvrir la puissance mythique de l’Or sur les étiquettes des Vins de Tradition. 

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DD10 > Le concept du mini-jardin de rue > Ville durable > Angers > France

27 Juin 2009, 07:45am

Publié par Elisabeth Poulain

DD10 signifie que ce billet est le 10è d’une série consacrée au développement durable, celui qui est ‘soutenable’ (sustainable) au regard de toutes les contraintes qui pèsent sur le développement. Dire que le développement est durable est un véritable non-sens. Le développement comme la vie, est toujours en mouvement, jamais en arrêt. Il ne peut en aucun cas être durable ; comme on l’espère de l’amour, un amour durable, qui défie le temps.

 

Aujourd’hui, le thème porte sur le lien végétal qui est au cœur du lien sociétal fait d’échanges de sourires, de mots, de graines, de plantes et parfois d’un peu d’eau, comme on le ferait pour un passant qui a soif. Ce lien végétal est illustré par le petit jardin de rue inséré, comme un trésor, sur le domaine public, en cadeau à la vue des passants.   

 

Le mini-jardin de rue (MJR)

Il se situe à la rencontre entre le mur d’un immeuble ou la clôture d’une propriété et le domaine public et/ou le trottoir de la rue, quand il y en a un. Au niveau symbolique, il traduit chez l’habitant, qui s’en occupe, un message de bon passage à celui qui marche. Le succès des ballades dans les ruelles des îles bretonnes ou vendéennes provient essentiellement de ces petits jardins de roses trémières. Le promeneur se sent accueilli et attendu et cela sans jamais que soit reproché à l’habitant d’embellir sa commune au bénéfice des touristes (cas également de Rochefort en Terre en Morbihan, célèbre pour ses géraniums).  

La plantation d’une herbe décorative

Il suffit d’un pochon de terre pour faire  pousser une plante entre des cailloux, en bordure d’asphalte ou dans un trou d’asphalte. Si une (vraie) mauvaise herbe pousse devant chez soi, il est vite fait de l’arracher à la main, de remuer un peu la terre (il y en a forcément un peu, si la plante qui vient d’être arrachée y poussait) et d’y planter une graine (coquelicot, rose trémière, pavot, valériane..), des plantes grasses type sedum ou un pied de saponaire, toutes plabntes qui supportent beaucoup de misères, en particulier l’arrosage irrégulier ou carrément absent.  

La montée en puissance

Il est évidemment possible d’avoir des ambitions plus grandes et de planter des arbustes et plantes déjà de bonne taille. Tout dépend de l’implantation ; dans des endroits protégés, peu de souci, à partir du moment où le passant comprend le message.  Autrement il vaut mieux commencer petit par des plantes sans importance : les graminées et petites plantes grasses sont parfaites dans ce rôle.  

La dimension

Le petit jardin peut couvrir une surface de 5 sur 10cm, comme il peut atteindre plusieurs mètres carrés. Tout dépend de l’emplacement. Un fond de ruelle en impasse laisse beaucoup de liberté, un trottoir étroit très passant pratiquement aucun.  

L’emplacement

Le plus souvent, il n’est pas choisi, comme dans le cas de la mauvaise herbe citée plus haut. C’est elle qui dit où il y a de la terre. Les seules remarques qui peuvent être faites sont que l’emplacement du petit jardin de rue ne doit pas gêner la fonctionnalité du trottoir et doit permettre le passage…Les coins reculés le long d’un mur, les espaces entre un mur et un poteau, les renfoncements de petite taille présentent de belles opportunités pour débuter un petit jardin sans souci pour lui et sans gêne pour les autres. Le rêve est d’avoir un trottoir irrégulier avec des rochers, un revêtement de bitume interrompu, déjà des plantes. Cela se trouve mais rarement en centre ville. Dans le quartier Doutre-Saint-Jacques-Nazareth, il y a de nombreuses opportunités (voir en particulier ce qui a été fait par des habitants d’une petite maison ancienne, Cour des Petites Maisons, proche de la rue Lionnaise).    


Les soins à donner

Un petit jardin de rue est d’autant plus fragile qu’il cumule toutes les contraintes qui s’appliquent dans un jardin  et celles qui proviennent du caractère ouvert de l’espace public: des personnes qui ne voient pas que c’est un petit jardin, des chiens qui passent, des voitures qui se garent…Il faut donc être très persévérant et soigneux. Un petit jardin demande d’autant plus de protection qu’il n’en a pas. Sa survie dépend de son acceptation par les passants et des soins réguliers donnés.   

Le problème de l’eau

C’est le souci n° 1. Du fait de son implantation superficielle, dans des conditions limites, la plante est très dépendante des apports en eau. Il faut donc mettre des plantes qui supportent bien le stress hydrique. Ce constat limite la dimension et la localisation du petit jardin.

 

Ce problème n’est pas insoluble pour autant, en choisissant des espèces adaptées, réduisant les objectifs  et en paillant le sol. En cas de petit jardin fait à plusieurs, la charge de l’arrosage est répartie sur le nombre de volontaires, qui chacun assure une semaine d’arrosage selon un calendrier choisi en période estivale (plate-bande entrée du square de Roc Epine). Si non, l’arrosage est pris en charge par celui qui a créé le petit jardin, conjointement avec celui qui est propriétaire du mur. 

 

Il est important de noter que les expériences de PJR qui réussissent le mieux et qui durent sont celles qui fonctionnent de façon informelle, très souple, sans règlement intérieur.  

La mixité sociale

Le fait de semer une plante change les rapports humains dans une rue. Les échanges de paroles et très vite de graines et/ou de plants commencent immédiatement, avec un énorme avantage : c’est que les personnes ont plaisir à être dans la rue et recommencent à parler. On échappe ainsi à ce syndrome phénoménal de la rue vide anxiogène et embouteillée. Bien sûr, ce n’est qu’un élément parmi des milliers d’autres, comparable au souffle du papillon.   

Un cas particulier

Un autre cas de  mini-jardin de rue est celui créé par la ville sur ce qu’on appelle ‘un délaissé administratif’ à l’endroit par exemple d’une modification du tracé d’une voie, de la destruction d’une maison… En ce cas et en l’absence d’eau, le choix a été fait de mettre en place des arbustes résistants avec un revêtement plastique vert par-dessus, pour limiter l’évaporation.   

Pour suivre le chemin

Les mini-jardins de rue ne sont pas toujours faciles à trouver dans certains quartiers. Mais même là, il y a souvent de belles vues sur des jardins privés à  voir ou entre-apercevoir le temps d’ouverture d’un portail ou le temps d’un chantier. Angers est une très jolie ville durable, qui possède de très nombreux parcs, jardins, squares, placettes ou balcons, sans oublier maintenant les petits jardins de rue qui commencent à embellir les trottoirs des rues.

 

www.angers.fr/...angers/...parcs-et-jardins...dangers/index.html -

www.angersloiretourisme.com/.../Parcs_jardins.aspx

www.ademe.fr/paysdelaloire/inf/BP
Photos EP

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Carte de com, design graphique, intérêt général

26 Juin 2009, 07:36am

Publié par Elisabeth Poulain

Je vous ai déjà parlé récemment de cartes postales publicitaires de marque CART COM ECO faites à la demande de l’agglomération d’Angers Loire Métropole pour annoncer le tramway à venir. Cette fois-ci, il s’agit toujours de cartes publicitaires avec un élément en plus, le design graphique qui va renforcer le sens du message.

 

A dire vrai, la carte est très peu postale, puisqu’on en envoie de moins en moins. Il y a certainement un lien entre les deux phénomènes : on envoie si peu la carte qu’on la garde pour soi. Vous comprenez bien que les publicitaires, toujours en recherche de nouveaux espaces où s’exprimer, ne s’y sont pas trompés. Comme ils sont finauds, ils vous donnent le code pour l’envoyer en SMS, parce que c’est une vocal card et qu’il suffit de suivre les guidelines parce que c’est en anglais bien sûr.

 

Et puis tant qu’à être précise, je continue. La carte n’est pas vraiment publicitaire non plus. Elle ne pré-vend aucun produit comme le fait la pub. Elle transmet un message d’intérêt général.

 

Dans les deux cas que j’ai choisis, le design va même être tellement fort qu’on pourrait se passer des mots qui sont importants quand même. La Ière est une merveille d’efficacité graphique, beaucoup plus forte que ce que vous avez pu voir il y a quelques années sur la pub faite pour vous inciter à vous rendre chez un opticien pour faire vérifier votre vue. La seconde est d’une si grande simplicité qu’on ne peut faire moins. Elle vous dit simplement qu’on a besoin de vous. C’est tout. 

 

Pour suivre le chemin

. Don’t drink and drive by Thierry Verbeeck, Boomerang Supports Creativity, www.boomerang.be

. On a besoin de vous, une carte qui se déplie. Au verso, le texte rappelle que ‘chaque jour, en Belgique, sept personnes se donnent la mort et une centaine d’entre eux en font la tentative’ et lance un appel aux volontaires répondants bénévoles (21 ans, 20h/mois, enrichissement humain), voir www.preventionsuicide.be 
. Photos EP   

 

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WBW23 > Les Habits des Vins de Tradition > Le temps et le blanc

23 Juin 2009, 08:19am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Les marqueurs de temps : le blanc, le noir et l’or

Le blanc, le noir et l’or ont en commun de ne pas être des couleurs et d’avoir une portée symbolique d’une amplitude inégalée. Ils renforcent le sens des signes précédents axés sur la pierre et le papier et marquent aussi une rupture car, comme tout symbole, ils ne sont pas datés. Venu de ‘la nuit des temps’, ce trio continue son chemin propre. Chacun d’entre eux a beaucoup été utilisé pour conforter le Signe de Pierre et le Signe de Papier et connaît maintenant un nouvel essor grâce aux Signes de la Couleur, du Trait et du Je-u. Pour l’instant voyons en l’usage classique en montrant quelques déclinaisons actuelles, en commençant par le blanc.

 

Le blanc, une couleur ?

Le blanc est la ‘couleur’ la plus utilisée pour les étiquettes des bouteilles de vin, comme nous l’avons vu dans le Signe du Papier. Toutes les étiquettes sont claires à l’exception d’une seule, celle du Château de Montcontour à Vouvray. Le blanc se ‘marie’ naturellement avec les belles nappes et la vaisselle de qualité. Au-delà du blanc, il n’est rien. A ce titre, la couleur n’est pas une couleur. On ne peut aller plus loin que le blanc si ce n’est par des effets de contraste comme l’étiquette blanche sur une bouteille au verre presque noire ou des effets de matière, comme du papier sur du verre. En terme de tissus, le blanc est la couleur du propre, du renouveau avec le linge qu’on achète traditionnellement en début d’année après les agapes de Noël et de Nouvel An. C’est le blanc de l’offrande et c’est aussi la couleur du lait de la mère à son enfant. Le blanc est la somme de toutes les autres couleurs, en signe d’épurement. Il constitue un choix très fort pour la grande majorité des vignerons qui dit vouloir une étiquette sobre et élégante ou sobre et épurée. Est-ce à dire que l’élégance se traduise par l’action d’épurer et vice et versa ? C’est une hypothèse créative.

 

Le blanc, le fruit de l’histoire

Le vin blanc est blanc par différence avec le rouge ; en fait, il peut être pâle mais il n’est jamais blanc comme le lait par exemple. La couleur blanche de l’étiquette peut être réellement blanche mais avec tellement de diversité qu’on peut se demander si le blanc existe vraiment. Sa couleur change selon l’heure du jour, la lumière, le temps, la couleur et la forme de la bouteille, le contexte, sa propre humeur… Le blanc des étiquettes anciennes nous paraît terriblement jauni avec le temps. Il était propre à un développement technique, avant l’adjonction d’agents blanchissants dont le plus connu est l’eau de javel. Le papier un peu coloré accentue l’âge de l’étiquette, avec un côté fragile à préserver, pour :  

536. un Quarts de Chaume du Domaine Chiron à Saint-Aubin de Luigné.

 


La couleur du blanc

C’est une question sensible. La vogue actuelle des blancs cassés, de la couleur ivoire, du crème s’explique parce qu’ils sont plus doux à l’œil. Ils sont déjà une réaction au trop de couleur qui peut être ressentie comme une agression. Le blanc pur est dur et nécessite une véritable raison pour l’utiliser. On retrouve alors la double question récurrente du sens et du style. Les franches réussites en matière de blanc sont rares, ce qui prouve a posteriori qu’il faut de l’audace pour jouer la carte du blanc et qu’il faut avoir une raison précise. Car il est des blancs toniques ou statiques.

 

537. La gamme des Melle Ladubay de la Maison Bouvet Ladubay utilise plusieurs formules de couleurs claires ou fortes, avec ou sans bordures, sur des étiquettes rectangulaires de taille moyenne. Les plus efficaces en terme de force et d’impact sont les blanches toniques, sans bordures, avec seulement un écusson or, comme par exemple Rosé brut.

 

La composition du blanc

Son origine peut être végétale comme le lin et le coton, animale comme la laine ou la soie, minérale avec la craie et le kaolin. La teinte coquille d’œuf peut apporter d’infinies nuances ; l’ivoire évoque une matière vivante au toucher très sensuel. Le blanc rime avec Loire de jolie façon, naturelle en quelque sorte ; il est vrai que le Chenin peut avoir cette couleur délicate.

 

538. Françoise Flao des Caves de Grenelle nomme Ivoire à un de ses crémants de Loire ‘Louis de Grenelle’.

 

Toujours dans le domaine du vivant, la crème du lait est plus colorée en été qu’en hiver, avec plus ou moins de jaune. Le papier crème pourrait être une façon de célébrer les saisons, plus pâle en hiver, plus chaud en été. Le blanc de la pierre de tuffeau avec lequel sont érigées les maisons du Saumurois offre une ample palette de couleurs selon l’âge et l’environnement de la pierre. Il se marie bien avec l’aquarelle dont le papier boit l’eau :

 

539. Château de Targé en offre un bon exemple pour un Saumur-Champigny Cuvée Ferry d’Edouard Pisani-Ferry.

 

Le sens du blanc

La légère colorisation du blanc en change le sens parce qu’on change d’univers : on entre dans le domaine des émotions pour attirer des amateurs plus sensibles à la douceur qu’à l’exigence de la pureté. C’est pourquoi les créateurs proposent des teintes très pâles déclinables à l’infini avec une pointe de couleur. A chaque blanc, son univers d’émotions véhiculées par le nom des teintes des blancs : lumière, reflet, perle, fraîcheur, cristal, sérénité, calme, sagesse, perfection…tels sont des dénominations du blanc relevées dans des nuanciers de peinture. 

 

La brillance ou la matité du blanc

Le blanc devrait avoir deux mots différents, selon qu’il est brillant ou mat. Quoi qu’il en soit, la tendance est à la matité qui laisse entrer le regard en ne le bloquant pas par un effet reflet à moins de vouloir au contraire jouer l’effet miroir. La suppression des bordures d’une étiquette a souvent pour effet d’inciter le vigneron à porter plus d’attention à la forme de l’étiquette, au papier, à sa texture, à son grain et à la matité, comme si l’ouverture avait un effet qualitatif immédiat. Il devient alors nécessaire de mieux penser l’intérieur.

. Château Yvonne en Saumur Blanc et Rouge en est un bon exemple : le papier est un vergé léger, mat et tramé, de couleur crème claire. La typographie donne une impression de clarté et de calme. La teinte des mentions, vert mousse ou bordeaux foncé, est douce à l’œil et pourtant modifie la couleur du fond. La différence est impressionnante à l’œil quand on compare les deux bouteilles. Dans certains cas, c’est la brillance du papier qui est recherchée car elle fait bien ressortir un dessin traditionnel en noir et blanc. La brillance peut être de densité moyenne, qui convient bien à des étiquettes anciennes ou ne porter que sur les mentions imprimées.

-         

Le grammage du blanc

Pour l’heure, l’effet matière est surtout donné par l’épaisseur du papier. La technique des étiquettes autocollantes permet toutes les fantaisies. Il est donc possible de se laisser aller au goût du toujours plus épais, comme un lainage ou un feutre qui permet de jouer sur le relief et la profondeur. Comme un vin ne se découvre pas du premier coup mais en suivant des étapes.

- Il est possible aussi de parler plus à l’imagination qu’à la vision : c’est le pari tenté par Christophe Baudry et Jean Martin Dutour pour un Chinon ‘Blanc’ écrit blanc dans un petit carré côté rempli en un vert-gris mousse de feuillage délicat placé dans une étiquette carrée.

 

A l’autre bout de l’échelle de l’épaisseur, un papier à faible grammage peut aussi donner un effet léger de nature à s’adapter au vin et à ce que recherche le vigneron. Pour garder l’étiquette dans son jus, avec son sens et sa légitimité dans le temps, il peut être également intéressant de travailler simultanément le type de papier, l’allégement des mentions imprimées, des effets de superposition, la couleur des mentions et la capacité à gérer l’espace. Il s’agit d’optimiser l’équilibre entre l’écrit et le non-rempli qui n’est surtout pas vide :

 

540. Le Cabernet Sauvignon du Château La Berrière d’Armelle de Bascher, sur papier ivoire fin,  a une force accrue par l’usage mesuré du noir de l’impression du nom du château et du gris de toutes les autres mentions, avec en impression derrière le nom du château des armoiries de la famille.

 

Il est évidemment possible d’aller plus loin, avec un papier à effet trame comme le vergé dont le coût est environ le triple d’un papier courant ou avec des mentions réduites pour valoriser le support en reportant la partie réglementaire sur la contre-étiquette. La couleur des mentions peut être du brun, du bleu gris ou du gris pour ne pas avoir à utiliser le noir brutal. L’effet haut de gamme est garanti pour ces cuvées d’exception qui s’inscrivent dans un développement personnel du vigneron ou un millésime très particulier pour  :

 

541. le Muscadet Sèvre et Maine, Semper Excelsior, Le Cru, Terroir de Schistes, Clos des Noëlles de Pierre Luneau-Papin, du Domaine Pierre de la Grange ;

 

542. l’Anjou-Villages, Cuvée Andégave, du Domaine Sauveroy de Pascal Cailleau  qui présente l’emblème du domaine « SAU-VE-ROY » en évolution blanche cette fois-ci. 

 

Vers la disparition du papier

Une autre tendance est de pousser jusqu’à la disparition du papier et d’aller vers la transparence totale pour des étiquettes en plastique invisible de dimensions de plus en plus réduites que nous verrons dans le Signe de la Couleur. Mais on sent bien intuitivement qu’une étiquette transparente en plastique ne dit pas la même chose qu’une étiquette blanche. C’est déjà le cas pour des Crémant en particulier dotés d’étiquettes transparentes. La suppression de l’étiquette dans ces deux cas conduit à passer au noir. 

 


Pour suivre le chemin

. Le prochain billet du SIGNE du Temps sera consacré au noir.

. Vous pouvez retrouver toutes les étiquettes de ce SIGNE, qui forme le chapitre 5 de ma recherche, dans les albums photos, sous le titre de 5 Labels. 

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Les Vigner-offs de Vin-expo

17 Juin 2009, 16:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’autre titre

J’aurais bien aimé ‘les Vigneroffs de Vinexpoff’. Après consultation rapide de mon coach juridique (moi en l’occurrence), j’ai pensé qu’une telle audace n’aurait pas été appréciée du tout par Vinexpo qui doit sévèrement protéger sa marque, avec tous ses vinexpo éparpillés dans le monde. Vous savez aussi bien que moi, que ce crime de lèse-marque aurait été si grave que je m’en serais pas remise*. Il ne me reste plus qu’à jouer avec les vignerons qui ont, je le sais, plus d’humour. Regardez donc le blog Glougueule, auquel Michel Tolmer un maître en la matière prête sa plume, et vous comprendrez.

 

Des nouveaux réseaux

La nouveauté, si tant est qu’on puisse parler comme ça, est que la mobilité du vin et de ses amateurs se fait maintenant de plus en plus dans le cadre de nouveaux réseaux, qui ne vont plus être entièrement dédié à un type de culture (bio, biodynamie…) ou une attitude face aux institutionnels (syndrome du dedans/dehors) mais à un lien de recherche d’autre chose. Des réseaux qui sont souvent plus légers, moins ambitieux, plus pragmatiques - il s’agit là de répartir les frais de location de salles et de com pour un événement - mais aussi plus souples, plus éphémères pour tenir compte  de la volatilité actuelle et créer de nouveaux paysages du vin fondés plus sur le lien que sur la prison de la réglementation.

 

Beaucoup de vignerons se retrouvent ainsi en off. Pas seulement des jeunes d’ailleurs mais des vignerons qui cueillent leurs raisins et élèvent leurs vins à l’air de l’indépendance du vigneron qui fait tout et sait tout faire. La grande messe de Vinexpo ne leur convient pas. Alors ils font du off, ce qui est une belle façon de re-tisser des liens entre appellations ou non, sans volontairement se situer à l’intérieur des frontières de grands bassins. A ne voir son vin que par sa région et sa nationalité, on  oublie les autres de façon à minimiser volontairement la concurrence naturelle entre régions et entre pays. Se créent ainsi de nouvelles cartes de France et d’Europe, une vraie novation, avec 3 exemples.

 

1. Les vignerons de Rhône, Loire et Découvertes  au Novotel pour un Tasting RhônE.LoiRe et DECouverTES. N’imaginez pas que ma main dérape sur le clavier. C’est la com de la plaquette qui est ainsi faite, avec beaucoup de couleurs, d’impressions et d'étiquettes au point que le document devient très lourd. Ils sont 15 vignerons du Rhône, de Loire et d’autres qualifiés de ‘Découvertes’, qui se sont regroupés pour avoir une salle commune. Voici le message de que Wendy Paillé: Nous exposerons nos vins avec une quinzaine de vignerons du Rhône, de Loire* et d'ailleurs pendant Vinexpo. Nous serons de vous y accueillir du dimanche 21 au mercredi 24 juin 2009 ,de 12h à 20h. Voir l'invitation ci jointe pour le plan et la liste des exposants. Cordialement, Jo, Isabelle, Joseph and Wendy,  Pithon-Paillé, Château la Fresnaye, 49190 St Aubin de Luigné, Tel: 02 41 78 68 74, jo@pithon-paille.com   www.pithon-paille.com

 

- Les domaines des vignerons du Rhône : Duclaux à Tupin et Semons (69), Les Hauts Chassis à La Roche de Glun (26), Durand à Chateaubourg (07), Jaume à Vinsobres (26), St François Xavier à Gigondas (84), Le Colombier à Vacqueyras (84), Chante Cigale à Chateauneuf du Pape (84),  Château L’Hermitage à Saint-Gilles (30).

- Outre les Pithon-Paillé, les exposants de Loire sont Bertrand Minchin à Crosses (18), Jean-François Mériau à St Julien de Chedon (41) et Damien et Coralie Delécheneau à Amboise (37)

- Les Découvertes’ sont Olivier Pithon de Calce (66), Château Biston-Brillette de Moulis en Médoc (33) et Luc Pirlet de Douzens (11).

 

2. Vins et Toile, les dégustations « off » des vignerons blogueurs, 22 juin 2009, 11 à 19 h au Château Luchey-Halde (Mérignac). C’est Iris Rutz-Rudel qui m’envoie l’info. Voici les motivations qui ont guidé leur démarche :  

 

Nous vignerons et vigneronnes blogueurs de toute l’Europe passons de l’autre coté de l’écran. Pour la première fois, nous rencontrons nos lecteurs pour une dégustation de nos vins dans une ambiance conviviale et passionnée.

- Dégustation “Vins et Toile”

Nous sommes sont français, italiens, portugais, espagnols, allemands ou américains, jeunes ou expérimentés, vignerons de “Père en Fils” ou reconvertis. Nous cultivons en biologique ou de manière conventionnelle. Pour la plupart, nous nous connaissons uniquement à travers nos blogs. À Bordeaux, nous nous réunissons pour la première fois pour une dégustation “Vins & Toile”.

- Unis autour d’une même passion

En “off” de Vinexpo, nous sommes une vingtaine de vignerons blogueurs venus de France, d’Allemagne, d’Italie et du Portugal rassemblés pour présenter nos blogs et nos vins, le lundi, 22 juin de 11h à 19h, au château Luchey-Halde à Mérignac. Professionnels du vin et lecteurs assidus de la blogosphère, nous nous sommes tous donnés rendez-vous pour une rencontre chaleureuse autour des vins et de la toile.

- Qui sommes nous, vignerons blogueurs?

Vignerons, nous avons en commun la passion de notre métier et surtout la volonté de le partager. Nous nous sommes réunis autour d’une philosophie: “inviter l’œnophile, le néophyte et le curieux à entrer au quotidien dans l’intimité et l’authenticité de notre métier de vigneron. Nous, vignerons blogueurs,  avons choisi d’ouvrir une fenêtre sur le monde pour nous rapprocher de ceux qui boivent autant leurs vins que leurs écrits. C’est tout naturellement sur un blog commun que nous nous présentons:  

 

http://blogsetvignerons.over-blog.com  (plan d’accès sur le blog)

 

3. La 3è rencontre, européenne celle-là , l’opération « Haut les Vins » au Château de Cujac, 22 et 23 juin 2009

C’est un mail de Patrick Baudouin qui m’annonce la 3è édition du groupe de 52 vignerons européens de la « Vieille Europe », comme ils le disent eux-même, qui ont en commune de se connaître et de s’apprécier en lien avec la passion pour leur terroir.  Il faut dire que Patrick a toujours vu plus loin que le bout de son nez, de son verre et de son domaine. Ce qui est vraiment novateur dans ce groupement, c’est l’ampleur de leur démarche qui réunit 16 vignerons venant de 5 pays d’Europe,   que sont l’Autriche, la Suisse, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, à 36 vignerons français d’Europe-France  qui est comme chacun sait aussi un pays européen. A vous d’aller le retrouver sur leur blog.

 

La Loire est représentée par Patrick Baudouin en Coteaux du Layon (www.patrick-baudouin-layon.com), Matthieu Baudry en Chinon (www.chinon.com/vignoble/bernard-baudry/), Eric et Christine Nicolas en Côteaux du Loir (www.belliviere.com), Marc Ollivier en Muscadet (earl.lapepierre@orange.fr), Marc Pesnot en Muscadet  (marc.pesnot@wanadoo.fr)

 

Pour suivre le chemin
* Patrick Baudouin me signale qu'il a déjà fait la blague, il y a quelques années: Vinexpoff. Il me précise aussi (= humour) que c'est donc avec lui que j'aurais eu des soucis! 

. Rhône-Loire-Découvertes : voir la plaquette sur www.pithon-paille.com

. Les vignerons blogueurs sur http://blogsetvignerons.over-blog.com

. Les vignerons la Vieille Europe passionnés par leur terroir ‘Haut Les Vins’ http://hautlesvins.com/Haut%20les%20Vins%202009%20invitation.swf

 

. http://www.glougueule.fr/

. Photos EP
 

. Un petit commentaire off

- Le Ier groupe s’inscrit toujours dans une démarche d’appartenance territoriale, le Rhône et la Loire, ce qui est un peu gênant pour les trois autres vignerons qui n’y appartiennent pas et qui sont qualifiés d’un terme de com ‘Les Découvertes’ alors qu’ils méritent certainement mieux. Gageons que la prochaine fois, le groupe aura trouvé un concept rassembleur. Ce groupe reçoit le Ier prix de présentation parce qu'il incarne le vigneron par une étiquette d'un de ses vins. C'est important d'avoir une représentation du vin.  

- Le groupe n° 2 est innovant à plusieurs titres, la volonté d’établir un lien de complicité grâce à des blogs professionnels de qualité entre ceux qui se rencontrent ainsi, qu’ils soient vignerons ou amateurs de vin. L’autre aspect important est de montrer que le vin de France est aussi fait par des vignerons qui ne sont pas français, ce qui oblige à réfléchir sur ce qu’est l’identité française et tant qu’à faire à raisonner européen.  Ce groupe reçoit le Ier prix de pédagogie avec un concept clairement expliqué.

- Le groupe n° 3 parie sur une nouvelle Europe du vin. Jusqu’alors cette Europe n’existait qu’au niveau réglementaire et une réglementation toujours présentée comme bêtement contraignante et castratrice par des bureaucrates idiots. Il était temps de montrer qu’il se passe aussi  quelque chose en provenance de ceux qui font le vin, les vignerons. ce groupe crée une vraie Europe des Vignerons, en rappelant que l'Europe commence en France.   

 

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La cité végétale, la vision de Luc Schuiten

15 Juin 2009, 08:54am

Publié par Elisabeth Poulain

Le créateur de la 'Vegetal City'

Luc Schuiten est un architecte du futur qui s’exprime par des dessins qui sont autant de visions de la ville de demain. Pour elle, il a créé un nouveau mot parce que le concept est nouveau, la ‘vegetal city. C’est une ville qui surgit du végétal et qui change nos perceptions, même s’il reste parfois  en guise de clin d’œil une rangée d’arbres boule bien taillés.

 

Les couleurs de la cité

Dans cette cité végétale, la lumière est d’un bleu clair véiné de vert, où l’ombre projetée par les immeubles ou les maisons est gris-bleue, le ciel d’un bleu un peu plombé et les chemins couleur or jaune. Il n’y circule que des marcheurs, des cyclistes en position semi-couchée dans des vélocipèdes  protégés du vent et de la pluie ou des vélos à 3 personnes et un homme sur une drôle de machine en bois faite d’échasses douées d’un mouvement pendulaire actionnables avec les bras.

 

Le végétal au cœur de la cité

Malgré tous ces bleus et jaunes, le vert est la couleur dominante. Vertes sont les bordures bien sages devant les habitations, vertes comme les herbes qui les composent. Elles s’interrompent sagement à angle droit devant chaque entrée de maison ou d’immeuble de verre. Ce sont avec les quelques toits bien traditionnels de quelques maisons à deux étages, les seuls angles droits du dessin. Tout le reste est  plat,  végétalisé, avec quelques lignes aiguës pour certains hauts d’immeubles  aux allures de flamme.  La nature est en bas et en haut grâce aux platures (= toitures) végétalisées, qui recréent un autre niveau de vie urbaine. Entre les deux, les habitations dont les structures accueillent, hébergent des arbustes ou des arbres au point pour ces derniers de constituer parfois l’armature même de la structure. 

 

L’arbre

Il est si important pour Luc Schuiten que cet architecte désigne ses créations futuristes sous le terme d’archiborescence, « une architecture qui utilise pour matériaux de construction toutes formes d’organismes vivants ». Construire pour lui ne consiste pas à d’abord « détruire, qui conduit l’homme à une aliénation profonde, à l’épuisement des richesses naturelles, à la pollution de la planète ». Il faut revoir entièrement notre attitude. Nous sommes vivants et à ce titre nous devons refonder notre position d’être vivant, tel un arbre, qui synthétise le pouvoir du vivant sur l’inerte. Dans cette optique, l’architecture est une arborescence qui ne demande qu’à vivre.  D’où déjà réalisés ses jardins verticaux, ses maisons bio-solaires qui n’étonnent pas, tellement ses créations semblent évidentes une fois implantées.

 

Bruxelles et le végétal

C’est une véritable histoire d’amour. En pleine ville, sur de petits trottoirs, des habitants sèment des fleurs, piquent des plants, aménagent des arbustes, disposent des jardinières. Quand il n’y a pas de terre, ils en trouvent ; quand il y en a, au pied des arbres par exemple, ils le transforment en petit décor végétal. Derrière un parcmètre, entre le mur, dans les 8 cm de terre, ils plantent une glycine qui part à l’assaut des étages de l’immeuble. C’est un régal d’ingéniosité.

 

L’exposition

Dans un tel contexte, qu’une expo de Luc Schuiten se tienne à Bruxelles n’est en aucun cas un hasard.  Pour voir les autres dessins du créateur, il vous reste un peu de temps. L’expo, qui se tient au Musée du Cinquantenaire à Bruxelles, Jubelpark, ne ferme que le 30.08.2009.


Pour suivre le chemin

. Découvrir l’archiborescence sur www.sfere.be/2150/concept.htm

. Photos LS, la Ière a été choisie par l'architecte pour l'affiche de l'exposition, la 2è est une variante de la Ière et la 3è est une réalisation de Luc Schuiten à Bruxelles.       

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WBW22 > Les Habits des Vins de Tradition > La religion

12 Juin 2009, 10:22am

Publié par Elisabeth Poulain

Des signes et des traces de religion

Des symboles religieux sont clairement perceptibles dans le paysage, la statuaire, le mobilier, les mots que l’on retrouve sur les étiquettes… qui tracent des chemins de l’imaginaire. Mais il est possible aussi de dire sa foi.

 

508. La cuvée Vieilles Vignes de Muscadet Sèvre et Maine sur lie Clos Saint-Vincent d’Yves Provost possède indéniablement cette dimension en hommage à son oncle Michel, Frère de Saint-Vincent de Paul, qui a conçu cette œuvre d’art en fer forgé que l’on peut voir au domaine qui porte le prénom du patron des vignerons.

- Le second exemple est celui du Savennières, L’Enclos, d’Eric Morgat, qui a demandé à Marcel Hasquin, peintre belge des Ardennes de renommée mondiale qui vit en Anjou, de concevoir son étiquette. On la retrouvera dans le chapitre 9 de cette recherche.

 

Les moines

Tout au long des siècles, particulièrement en France, les moines ont toujours, dès que cela leur a été possible, planté quelques pieds de vigne pour faire du vin de messe mais aussi de repas ou de plaisir de célébrer l’amour de Dieu. Ce sont eux qui avaient la connaissance, la pratique et qui assuraient la transmission de la culture de la vigne et du vin. Grégoire de Tours mentionne la vigne et le vin dès 582, mais elle existait bien avant. A Sancerre, les moines Augustins de Saint-Satur y furent étroitement associés. A l’Ouest, l’Abbaye de Fontevraud ne dérogeait pas à la règle de l’union entre le vin et le Seigneur à la Grande Messe du matin.

 

- Au Château d’Eternes, un Saumur, le Clos de l’Abbesse rend hommage aux abbesses de l’Abbaye de Fontevraud proche. Le vignoble du château livrait ses raisins pour le vin utilisé par l’ensemble de la communauté des religieuses, des religieux, des malades, des serviteurs et des invités.

 

509. Madame Laroche a donné au Savennières Roche aux Moines le nom de Cuvée des Nonnes pour un moelleux.

 

510. Nicolas Joly, propriétaire-viticulteur au Château de la Roche aux  Moines, produit un    Savennières, Les Clos Sacrés.






511. Le Petit Mont de Jean-Marc Pichet est un Bourgueil du Domaine du Petit Bondieu ;


512. Le Clos Riel de Michelle, Hervé et Vincent Etchegaray est un Saumur du Domaine des Matînes, du nom des cloches que sonnaient les moines de l’Abbaye d’Asnières voisine.  

 

- Le Chinon de Jean-Maurice Raffault, porte le nom du Clos des Capucins, un ordre franciscain (Saint-François d’Assises) autorisé en 1517 et auquel l’Abbé Pierre appartenait.

 

D’autres repères religieux existent sur les étiquettes, sans atteindre toutefois le niveau des châteaux. Pour en montrer la variété, la diversité et l’utilisation qui en est faite sur les bouteilles de vin, voici quelques exemples sans exhaustivité. 

 

. Chapelle, église, basilique ou cathédrale

513. la très belle et très petite chapelle du Domaine de la Bonnellière de Marc Plouzeau pour le Chinon Chapelle,

 



















514. l’église de Brem en noir et or pour un Fiefs vendéens de Thierry Michon ;

 

- associée à un moulin pour un Sauvignon de Joël Hérissé, Moulin de la Touche près de Bourgneuf en Retz,


- toute petite, dominant le village de Saint-Fiacre sur Maine, entourée de deux anges assis sur une feuille de vigne, pour un Muscadet de Gadais,

 

515. l’église de Savennières, vue de Rochefort sur Loire, associée au moulin qui broie le blé du pain,  pour un Savennières de Sylvie Termeau,

 



516. et celle de Vendôme qui forme l’axe vertical autour duquel se structure l’étiquette de Patrice Colin,  les Vignes d’Emilien Colin en Coteaux du Vendômois. La parcelle a été plantée en Pineau d’Aunis en 1890 par Emilien Colin grand-père du vigneron ;


- le clocher de l’église de Montlouis se glisse entre un pignon d’un toit à deux pentes et un pont à arches avec une grappe de raisin devant pour un Montlouis de la Cave des Producteurs de Vin,

 

517. l’église de Valençay au milieu de la ville encadrée par deux tours pour un Valençay de la Cave des Vignerons réunis de Valençay,

 

518. celle de Brinay pour des Quincy de Philippe Portier du Domaine de la Brosse,

- bainsi que pour Pierre Duret et Jean Michel Sorbe…

 

519. celle de Chavignol chez Claude et Florence Thomas-Labaille pour leur Sancerre,


- et de Pouilly pour Henri Bourgeois pour son Pouilly-Fumé, qui fait le choix également de s’exprimer par l’église de Chavignol pour ses Sancerre et par une petite chapelle en bois remontée au fond de la parcelle qu’il possède à Marlborough pour un Pinot blanc en Nouvelle Zélande.

 

-  La cathédrale Sainte-Croix d’Orléans, construite du 13ème au 16ème siècle sur des anciennes murailles gallo-romaines,  est reproduite sur un Orléans-Cléry des Vignerons de la Grand’Maison. Cléry est le nom de la basilique proche à laquelle les pèlerins faisaient halte avant de se rendre à Saint-Jacques de Compostelle.

 

520. La mitre de l’évêque, propriétaire du Château de Villevêque et de son vignoble, bénit un Anjou mis en bouteille au domaine par Coignard-Benesteau de Lué en Baugeois.

 


Prieuré et abbaye

Ils figurent dans des noms de domaine ou de clos,

- Le Prieuré ‘La Chaume’ de Christian Chabirand pour des Vins de Pays de Vendée, comme Val de Noir, 

- le Domaine du Prieuré de Franck Brossaud pour des Anjou-Villages Brissac, Coteaux de l’Aubance,

- le Prieuré des Aublats pour un Menetou-Salon d’Henri Bourgeois et

- le Clos de l’Abbaye d’Henry Aupy pour un Saumur.

                                                          

Les Saints
Ils ne sont pas très nombreux à figurer visuellement sur des bouteilles mais leur nom est plus souvent cité pour

- Sainte-Catherine pour un Coteaux du Layon des Baumard,


521. Saint-Hilaire pour une cuvée  du Vendomois, moelleux, des Vignerons du Vendômois,
 

 

522. L’Héroïne pour Jeanne d’Arc, un vin mousseux, méthode champenoise de Saint-Cyr en Bourg, sur une étiquette de collection, appartenant à Alain Larcher de Beaumont en Véron : Jeanne tient un étendard sur lequel est inscrit « La France y puisera force et énergie »,

 

523. Saint-Jean en nom de domaine, la Tour Saint-Jean en Cabernet d’Anjou,

 

524. Saint-Just pour un Saumur-Champigny, La Montée des Roches, d’Yves Lambert de Saint Just-sur Dive,

 

- Le Petit Saint-Louis, pour un Saumur du Château de Montguéret,

- Saint-Louand du Château de Saint-Louand pour un Chinon, Réserve de Trompegueux,


- Saints Martins des Vins Thomas de Tigné pour rendre hommage autant au saint patron qu’au célèbre jockey,

- Saint-Nicolas a donné son nom au Domaine Michon pour Reflets, un vin des Fiefs Vendéens Brem,


- le Petit Saint-Vincent avec deux églises de Dominique Joseph, vigneron à Varrains, pour un Saumur-Champigny,

- Saint-Yves pour un Savennières des Baumard, avec un macaron aux couleurs de vitrail portant le millésime au-dessus.

 

Les pèlerins

Ils continuent à sillonner les routes de France et d’Espagne jusqu’à Saint-Jacques en passant par Fontevraud.




525. Jeanne d’Arc (1412-1431), qui délivra Orléans des mains des Anglais (1429), donne son nom à un Orléanais, Cuvée « La Victoire de Jeanne » du Domaine des Pèlerins par David Parou. Le vigneron de Mareau-aux-Prés  avait voulu ainsi honorer aussi bien celle qui a défendu la France que celle qui a pris ensuite le nom de Jeanne d’Arc. Huit très petites coquilles Saint-Jacques figurent sur la capsule de la bouteille.


- La coquille Saint-Jacques est au cœur de l’emblème graphique de l’Abbaye Sainte- Radegonde pour des Merlot Cabernet et des Chardonnay du Domaine Elzingua au Loroux Bottereau.

 

526. Pierre Soulez du Château de Chamboureau, dédie une de ses cuvées les plus prestigieuses de Savennières, Roche aux Moines, Cuvée d’Avant, au Chevalier Buhard qui au 11ème siècle reçut l’Ile de Béhuard des mains du Comte d’Anjou. Depuis 15ème siècle, les pèlerins s’y rendent pour prier.   

 

La statuaire

Elle est peu utilisée, par contre un détail se prête mieux à la dimension de l’étiquette:

 

527. Un sceau en pierre à l’effigie de la Vierge constitue l’emblème de La Chaume, le domaine d’Estelle et Christian Chabirand pour Bellae Domini (La Belle du Seigneur) dont le nom est inséré dans une croix,

 

528. Héritage, représenté par trois statues romanes, pour un vin du Haut-Poitou, vieilli en fut de chêne de la Cave du Haut- Poitou.

 

Les anges   

Ils sont encore présents comme :





529. ceux qui ornent les murs de la chapelle du Château de Pimpéan de Maryse Tuggendhat. Particulièrement remarquables, ils sont au nombre de sept. Chaque année et à tour de rôle, un des sept est choisi par la propriétaire pour représenter un millésime Anjou.

 

530. Les Andelys sont un Saumur méthode traditionnelle du Domaine des Guyons de Franck et Ingrid Bimont représentés par un ange aux ailes à demi-repliées qui s’apprête à prier. Le chai est très proche de l’abbatiale du Puy Notre Dame.

 

Les angelots

S’il y a peu d’anges, on rencontre par contre beaucoup d’angelots, ronds comme des pommes à croquer, que l’on retrouve dans la décoration du mobilier d’église et plus tard pour orner des miroirs, des meubles, des bibelots…. Ils suscitent depuis plusieurs dizaines d’années un fort engouement de collection. Il n’est pas étonnant, dès lors, qu’ils soient de retour aussi dans le vin mais cette fois-ci, sans intention sacrée, d’autant plus que des angelots sont parfois présentés comme des Bacchus enfants.

 

531. C’est un angelot qui, tel Cupidon, bande son arc pour le vin blanc sec de Philippe Marchais, La P’tite Messe,  en bouteille de 50cl.


- L’Angelot, Chinon du Domaine de Beauséjour, de Gérard et David Chauveau semble fêter avec beaucoup d’enthousiasme le vin, la barrique et le raisin.

 

532. La Confrérie des Vignerons d’Oisly Thésée (Loire Propriétés) a choisi deux angelots comme ambassadeurs : l’un dort assoupi contre une barrique et l’autre lève sa coupe en riant. Ils sont présents sur quasiment tous les vins et en particulier pour le Sauvignon Touraine Vallée des Rois avec une feuille de vigne évidée au-dessus de leur tête.

 

La Croix

Elle est présente et donne une grande force à la bouteille.

533/34. C’est à une véritable scénographie incluant trois éléments -la croix, le calvaire et le blanc- que Dagueneau de chez Didier Dagueneau, vigneron à Saint-Andelain, s’est livré avec sa cuvée de Blanc-fumé de Pouilly, Le Clos du Calvaire, sur une peinture de l’artiste Vincka. Le résultat est puissant, avec un effet très inspiré grâce aussi à la contre-étiquette structurée en forme de vitrail blanc.

 


535. La Croix de Mission est le nom d’une cuvée Anjou-Villages Brissac du Domaine des Rochelles de Jean Yves et Anita Lebreton. L’étiquette est noire et seule la signature et le millésime apparaissent dans un rond blanc cerclé de points et de traits formant sept cercles concentriques.

 

Pour suivre le chemin

Le prochain billet porte sur la valeur symbolique des marqueurs de temps que sont le blanc, le noir et l’or, toujours dans le SIGNE du Temps.

 

 

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Mini-Cas Com, l'image construite d'un territoire, Angers & son tramway

10 Juin 2009, 09:57am

Publié par Elisabeth Poulain

Parler de construction d’image attire l’attention  sur la volonté d’exprimer un message de façon à accroître l’attractibilité d’un territoire à l’intention de ceux qui habitent, travaillent ou pas dans ce territoire. C’est actuellement une demande importante  en provenance des régions, villes et métropoles et autres entités publiques qui cherchent à se valoriser, valoriser leurs atouts, attirer les investisseurs et accéder ou garder leur pouvoir lors des élections. Ces demandes créent un marché important qui attirent les grands groupes de communication.   

La spécificité de ce type de communication

Comme pour une marque, l’image d’un territoire est d’abord mentale avant d’être visuelle ou réelle. Elle résulte de l’ensemble des éléments, souvenirs, connaissances…, dont on se souvient, qu’on projette ou qu’on espère. L’image est un process mental toujours en mouvement, pour un individu, quel que soit son âge, son genre, son statut, sa place dans la société, mais aussi un groupe et les différents groupes auxquels on appartient. Toutes les composantes sont toujours en inter-connexion et en mouvement.

 

Les budgets sont à la hauteur des enjeux et les résultats difficilement estimables en terme d’efficacité. Mais comme dans la communication d’entreprise, il paraît difficile ou impossible à un décideur public d’aujourd’hui de ne pas utiliser ce type complexe de communication dont l’objectif n’est pas de vendre ou de booster les ventes d’un produit mais de créer autour de l’entité cliente de l’agence de com une atmosphère positive favorable à ses objectifs.  

Le moteur du développement durable et le déplacement en tramway

C’est LE grand ressort des politiques institutionnelles, celui sans lequel il convient de placer toutes les politiques et/ou quasiment tous les investissements qui engagent les générations futures. Pour angers Loire métropole, regroupant les 31 agglomérations autour et avec Angers, un ensemble de 283 000 habitants (au 15.04.09), placé au cœur du département du Maine et Loire (49), le tramway est l’élément structurant des nouveaux quartier des Capucins (Angers) et Plateau de Mayenne (Avrillé). Le bâtiment d’entretien du tramway placé en périphérie est de ces nouveaux quartiers près de la Maine est un des deux pôles d’emploi directement généré par la construction des immeubles d’habitation. L’autre pôle d’emploi est le parc du végétal, Terra Botanica, situé au nord de ce nouveau quartier double, face à l’Ile Saint-Aubin. Le tramway permettra de relier le nord-ouest de la périphérie d’Avrillé à la Roseraie, un quartier au sud-est d’Angers.  

La mise en image des avantages du tramway

Parmi les importantes questions qui se sont posées, en figure une relative à la mise en image  du tramway. Le budget de l’opération est confié à la très grosse agence de com Euro RSCG C&O. L’idée à faire passer est que ce tramway, un mode de transport qui a déjà existé à Angers, est un atout important dans le domaine de la qualité de vie et de travail. Il s’agit de « fluidifier le trafic, de préserver l’environnement et pour chacun de gagner en liberté et en autonomie » et cela sans jamais prononcer le terme de transport en commun ni celui d’automobile. Ce tramway prend le joli nom d’Arc en Ciel et bien évidemment il en porte les couleurs vives que l’on retrouve dans les grands panneaux de signalisation des arrêts et sur les trams eux-mêmes.

 

Un plan multimedia d’importance a été mis en place par Euro RSCG C&O qui cite d’ailleurs Angers en Ier dans la liste de ses clients; le Conseil Régional des Pays de Loire en fait partie aussi. Le site créé par la métropole d’Angers Loire donne un aperçu complet sur les moyens utilisés pour ancrer le tramway dans l’imagerie mentale des Angevins. En commençant par rappeler que la ville a déjà  eu son tramway de 1890 à 1930, ce qui est une façon astucieuse de réveiller la légitimité tramway dans la ville et d’amenuiser la portée d’un certain nombre de critiques de la part des commerçants, des habitants, des usagers et …des automobilistes que nous sommes tous.

 

Les cartes postales CART COM ECO et les visuels

Un moyen peu coûteux de faire circuler ce tramway avant l’heure est d’éditer des cartes postales gratuites conçues sur un modèle unique qui laissent au verso une partie disponible pour l’ajout d’un texte et l’adresse du destinataire. Au recto, les quatre variantes montrent une personne dont on ne voit que le bras à partir du coude portant une mallette, un sac ou des sacs papier. Ce sont :              

-        l’homme à la mallette noire,   
-     l’homme à la mallette peau de porc,

-        l’homme au sac jaune étoiles,

-       la femme aux bracelets et sacs papier multicolores. 

                       


Le texte 

Un texte validé par ALM explique les avantages du tram au verso. Il est composé de quatre phrases, la 1, la 2 et la 4 sont identiques sur les quatre versos. Seule la phrase n° 3 est adapté au visuel.



Phrase 1 et 2 : « Capitale du développement durable
 : pour Angers et son agglomération, cet engagement est un état d’esprit très concret qui consiste à joindre l’agréable à l’utile. Le futur tramway Arc-en-Ciel l’illustre parfaitement : il permettra dés 2009 de fluidifier le trafic et préserver l’environnement tout en offrant à chacun de gagner en liberté et en autonomie
.


Phrase 4 : « 
Pour en savoir plus, demandez le n°2 d’Angers 21, « Penser les déplacements pour une ville durable, sur www.angers.fr ou sur angersloiremetropole.fr/tramway ».

 

Phrase 3 de l’homme à la mallette noire : « Le tramway Arc-en-Ciel, ça va devenir très angevin d’arriver à l’heure - et détendu - à ses rendez-vous ».

Phrase 3 de l’homme à la mallette peau de porc : « Le  tramway Arc-en-Ciel, on n’a pas trouvé mieux pour rapprocher les Angevins de leurs entreprises ».

Phrase 3 de l’homme au sac jaune étoiles : « Le tramway Arc - en - Ciel, le plus court chemin entre étudier, se cultiver et faire la fête ! ».

Phrase 3 de la femme aux bracelets et sacs papier multicolores : « Le tramway Arc - en - Ciel, un raccourci entre les Angevins et le dynamisme de leurs commerçants».

 

Ces cartes postales sont une création de l’agence de com CART COM ECO qui utilise évidemment des matériaux recyclés écologiques.

 
Questions concernant ces cartes postales

  1. 1.En terme de cible, à qui s’adressent ces cartes de com ? Qui ne visent-elles pas ?
  2. 2.Quelles sont les idées du texte que cherche à faire passer l’agglomération ? Pourquoi avoir écrit la phrase 3 en particulier ?
  3. 3.De quoi ne parle-t-on pas ?  
  4. 4.Que signifie le visuel ?
  5. 5.Si vous aviez une question à poser à l’agglo, quelle serait-elle ?
  6. 6.Donnez une note globale et justifiez votre appréciation.

 

Réponses
1 Les cibles

Elles sont très nombreuses;  ce sont lespersonnes qui se déplacent pour des raisons professionnelles, administratives, scolaires-universitaires, marchandes, culturelles… ; en commun, elles ont le déplacement urbain. En fait, il n'y a pas de cibles-groupes mais des individus, des personnes qui vont utiliser ce transport en commun, sans jamais souligner cette utilisation commune.   

Les cartes postales ne visent que des adultes, à raison de 3 hommes pour une femme ! Les enfants et les jeunes de moins de 18 ans ne sont pas visés alors qu’ils sont très nombreux dans les bus (parce qu’ils ne votent pas ?). Quant aux personnes âgées à la peau des mains ridée et tachetée, elles ne prennent pas le tram ! Peut être, y-a-t-il eu d’autres cartes spéciales 3è et 4è âge ? J’en doute, la ville ne tient pas à apparaître comme une ville ‘agiste’ (comme on dit jeuniste !)


2 Les idées 

La phrase 3 donne des éléments de langage à ceux qui vont devoir vanter les avantages du tram, en montrant les liens fonctionnels de ce mode de déplacement durable. Elle permet en outre de relier les cibles entre elles (voir question n° 1). 

                                
Le tramway va avoir pour avantage de
-        fluidifier le trafic, Ier avantage global,
-        préserver l’environnement, 2ème avantage global, 
-        offrir plus de liberté et d’autonomie, ce dernier terme vraisemblablement à destination des personnes à autonomie réduite. Ce 3è avantage se réfère à la liberté ; c’est un peu curieux et difficile à expliquer.  J’aurais parlé plus simplement de facilité de déplacement. 


3 De quoi ne parle-t-on pas ?

-        En quoi le tramway offre-t-il plus d’avantages que le bus électrique par exemple? Je l’ignore et le texte est sec sur ce point. Certes, il va bénéficier d’un nouveau pont qui coûte fort cher. La circulation automobile est déjà réglée sur le bénéfice temps accordé aux bus Véolia.

-        Quel sera le coût pour l’usager ? Pour l’habitant d’Angers, le contribuable de l’agglo?

-        Quels seront les nuisances en terme de bruit, de vibrations pour les immeubles proches?

 
4 La signification du visuel

C’est la grande inconnue. J’avoue que j’ai du mal à comprendre. J’ai fait des tests pour savoir ce que d’autres pouvaient en penser. Il ressort de ces échanges informels : 

-        l’importance de la poignée à laquelle s’accrocher lors des pointes de vitesse et des tournants un peu secs dans les transports en commun. Je confirme. A Bruxelles parfois, c’est rude. Il faut vraiment s’accrocher ;

-        l’idée d’un gag visuel, perceptible à certains seulement. Vous, vous accrochez à votre travail (matérialisé par votre mallette ou vos sacs) pour arriver à l’heure ou revenir de vos courses ;

-        il y a 3 hommes pour 1 femme à convaincre (une précision : je ne sais pas exactement combien il y a eu de visuels) ;

-        la femme ne travaille pas ; elle se contente d’acheter chez des petits commerçants du centre ville, ceux qui donnent des petits sacs papier en couleurs gaies à la mode indienne ; 

-        le tramway est petit et vous êtes grand ; l’important est vous et pas le (transport en) commun ;

-        la dimension très conventionnelle de ce visuel pas drôle.      


5 La question 

Quel est le coût global réel/annoncé du budget cartes postales par rapport au budget global réel/annoncé de com ? 


6 La note 

Si j’avais du donner une note, elle n’aurait été que de 11 sur 20 pour les raisons suivantes:

. au titre du texte :

+ les adresses données,

- pour l’argumentaire vraiment trop léger et pas accrocheur pour un sou

- pour nommer Angers, capitale du développement. C’est de trop.

 

. au titre du visuel : 

+ carte blanche pour mettre les couleurs du tramway en valeur, + son nom, + le grand sac jaune

+ pour le jeune qui part à la bibliothèque avec une mallette hyperchic de clown

- pour le gag visuel, - pour le déséquilibre H/F, pour l’image de la femme qui fait seulement du shopping, - pour le côté 1960 des mallettes noire et porc bien cadrées.

 

Mais tout dépend du coût bien sûr. Ces cartes ne sont qu’un très petit outil de communication dans une panoplie imposante de tous les outils existants qui sont censés agir en synergie les uns avec les autres, selon une programmation très précise. Ce que l’agence nomme l’architecture de communication. La seule explication, que je pourrais donner, est que cette carte a du vraisemblablement être programmée pour sortir au début de la campagne de com, peut être dés 2006, année du lancement de l’opération.    

 

. Quelques données sur ce tramway

12kms de longs, 25 stations, 35 000 voyageurs quotidiens. La participation de l’Etat vient de s’accroître pour atteindre un montant de 30,5m EUR depuis le 30.04.2009 (avant 07 m EUR).  Le FEDER (Fonds européen de développement régional) apporte 2,5m EUR et la Région des Pays de Loire 13,3 m EUR, soit un total de 46,3 m EUR pour un coût total de 287m EUR HT, en augmentation de 15% par rapport au budget initial de fin 2005 (248m EUR HT).

 

Les causes de l’augmentation et de l'allongement du chantier (ouverture prévue en 2009 et annoncée maintenant en 2011) : la nécessité de renforcer les deux berges de la Maine (la rivière de 12 km qui reçoit les eaux de la Mayenne, de la Sarthe et de l’affluent de cette dernière,) le Loir, la hausse du prix de l’acier, les découvertes archéologiques près de la gare d’Angers, le choix architectural du pont et des déviations de réseaux. Source, voir ci-dessous.          

. Pour le tramway d’Angers, voir http://tramway.angersloiremetropole.fr/

 

. Sur l’agence  de com, lire en particulier comment l’agence définit son métier : 

«  Euro RSCG C&O est la première agence de communication corporate, finance et RH du marché. Elle accompagne les entreprises et institutions dans leur communication auprès de l’ensemble de leurs publics : grand public (clients-citoyens), public relais (presse, leaders d’opinion, etc…) et publics internes.

Elle intègre autour de consultants ‘architectes de communication’, des spécialistes de l’ensemble des disciplines : publicité, relations presse, public affairs, publicité éco-financière, évènementiel, identité visuelle, édition, communication interactive, communication de recrutement, conseil média.

L’agence dirigée par Laurent Habib, regroupe 380 collaborateurs et gère la communication d’environ 200 clients, parmi lesquels Airbus, ANPE, AREVA, Capgemini, EDF, France Telecom, INPES, Lagardère, l’Oréal, Microsoft ».

http://eurorscgco.com/Upload/Actualites/Prix%20UJJEF%20pour%20l_Oise_novembre2005.pdf

. Pour les cartes postales en papier recyclé, voir http://www.cartcom.fr/3/ecologie-creativite 
. Lire aussi l'article sur ce nouveau quartier d'Angers-Avrillé sur ce blog
9 Ville durable, le Plateau Capucins-Mayenne, Angers-Avrillé (49)
. Photos EP: en réalité, la photo de la nana est aussi verticale: pour ce billet, elle s'est elle-même placée de cette façon horizontale, sans que j'y sois pour quoique ce soit. Moi, j'y vois un gag.    

 

 

 

 

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