Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Main et regard de céramiste et d'artiste, Anne-Marie Donaint-Bonnave

9 Avril 2009, 18:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cette artiste a deux prénoms, deux noms et au moins deux professions artistiques. Deux au moins parce que dans ce domaine, elle pourrait en revendiquer d’autres comme formatrice et scénographe. Anna-Marie Donaint-Bonave adore transmettre et regrouper autour d’elle des publics très différents pour leur découvrir des savoirs à partager ou à faire s’exprimer avec la main. Aller à la rencontre des autres artistes est aussi une des premières démarche qu’elle a faite à son arrivée à Angers en Anjou, venant de Lille. Elle a recherché les artistes ouverts comme elle et veulent partager et échanger. Anne-Marie est une rassembleuse solitaire. Depuis, elle continue sa route. Elle revient de Villeneuve d'Ascq (Lille) où elle est allée inaugurer sa dernière exposition  "Carnets de Bol"autour de ses derniers travaux de terre, pastel et acrylique.

 

Les carnets de terre

Imaginez des carnets à spirales, format 10 x 18, dont vous pourriez détacher chaque feuillet de terre. La forme est obtenue par l’utilisation d’un cadre ; chaque feuillet possède 15 trous sur une des largeurs, pour reproduire le style des feuilles papier et pouvoir ensuite être accroché au mur avec ficelle et cordes à linge.

 

Le feuillet, réalisé dans ces feuilles d'argile mine,  est cuit très rapidement à basse température (+ ou - 1000°) et subit ensuite un enfumage, des caches et des argiles de couleurs différentes. Chaque page est donc une création originale, l’œuvre d’un instant court qui s’inscrit en même temps dans une série longue d'une petite centaine par expo. Juste avant la solidification en phase de refroidissement, quand la pâte est encore modelable, Anne-Marie passe le bombée d’une cuillère ou une agate sur la surface de façon à avoir un lissé doux à la main. Une fois l’argile refroidie, elle enduit légèrement la surface de  cire d’abeille de façon à protéger le feuillet, renforcer les couleurs et obtenir un satiné perceptible à l’œil et à la main.

 

Les bols

« Cette série s’inscrit dans une démarche que j’ai commencée il y a plusieurs années. Quand j’étais encore étudiante à Paris en Arts appliqués, j’ai fait une découverte qui m’a profondément marquée. C’était au Musée Guimet, j’ai vu des bols, ces concentré de volumes et de pleins qui s’inscrivent dans la main, avec des courbes qui répondent à d’autres courbes. J’ai eu un déclic et c’est certainement une des raisons qui m’ont fait travailler la terre. A l’époque, je ne connaissais pas toutes les symboliques de ce contenant (voir le bol tibétain). Cela me le rend encore plus sympathique aujourd’hui.

 

Le bol est quelque chose de très fort. En français, il ne porte aucune signification négative. On dit qu’on est cruche quand ça ne va pas  ou qu’on a du bol quand on a de la chance.  Le bol est quelque chose qui rassemble, il fédère les gens. Il est déjà en lui une clé de rencontres. Des gens par exemple m’ont donné des textes, on m’a apporté des dessins de bol de façon spontanée.  C’est comme ça que j’ai demandé aux artistes avec lesquels je partage quelque chose, de bien vouloir me faire des bols. J’en ai une centaine maintenant ».

 

L’exposition de Villeneuve d’Ascq

A un moment, elle a craint, comme tout artiste, de s’enfermer dans son bol en cédant à une certaine facilité de l’habitude. Il lui a semblé qu’il ne lui fallait pas se polariser dessus. Et puis très vite, elle compris qu’il ne sert à rien de s’interdire. Le bol est un de ses fils rouges. S’il est présent et se continue à se dérouler, pourquoi arrêter. Il ne l’empêche pas de faire autre chose.

 

A Villeneuve d’Ascq, la céramiste a lancé l’opération dessine moi un bol’ en se disant que ce serait un bon test pour voir si les visiteurs étaient aussi sensibles qu’elle à ce mythe. La réponse est oui. C’est ce que lui a annoncé le médiateur culturel quand elle lui a demandé comment ça se passait. Comme la salle est grande (120 m2, 3,50m sous plafond), des câbles ont été tirés de part et d’autre, sur lesquels les dessins de bol des visiteurs adultes et enfants sont suspendus. Ils sont déjà pleins, il a fallu tendre 3 câbles de plus.

 

La technique du raku pour les bols

Les bols qu’elle façonne et cuit sont issus de la technique du raku. « C’est un mode de cuisson céramique rapide qui a été inventé au 6ème siècle lors de la codification de la cérémonie du thé au Japon. On rentre les pièces avec des pinces dans la four à chaud. Après 40 minutes à une température à 950°, on défourne  la pièce incandescente et on l'enferme avec de la sciure, du foin ou du papier journal qui dégagent du carbone en s’enflammant. La terre va absorber ce noir. C’est une technique minimaliste et qui donnent des résultats rapides intéressants au contraire de la cuisson dans de grands fours qui nécessitent beaucoup de technicité ». C’est la raison pour laquelle Anne Marie Donaint-Bonave organise des stages de raku à Villevêque près d’Angers.  

Celle des terres polies enfumées pour les carnets

C’est une technique encore plus minimaliste que celle du raku. « Après avoir beaucoup utilisé les grands fours, j’ai voulu revenir à plus de simplicité, on peut même dire à dire du basique. Il me fallait de la spontanéité pour alléger la technique. C’est ce que j’ai utilisé pour les carnets. C’est un peu ce que ferait un grand cuisinier avec un oeuf au plat. La terre polie enfumée est un croisement d’une grande liberté, de travail au pinceau pour les noirs et de l’aisance technique du céramiste ».

 

Que ce soit dans cette voie de la céramique ou dans celle de la peinture, Anne-Marie Donaint-Bonave aime à mêler les genres et à brouiller les cartes. Elle ne voudrait pas être cataloguée dans une seule technique, ni un seul art. ce serait pour elle une perte de sens et de vitalité. On le lui reproche au nom de la visibilité de l’artiste. Pour elle, la création est forcément issue d’un chaudron bouillonnant. On n’est pas céramiste pour rien et l’art de la rencontre de la terre et du feu, elle maîtrise. C’est aussi certainement pourquoi, elle cherche d’autres voies d’expression, en jouant cette fois-ci les effets de transparence.

 

La recherche de la transparence

Une des œuvres maîtresses qu’elle a exposée à Angers lors des visites de son atelier a pour titre « vent léger ». C’est un diptyque de grandes dimensions (170 x 43cm x 2) aux harmonies fines, aux lignes en mouvement avec un effet profondeur curieux. Comme il y a deux panneaux, Anne-Marie a cherché aussi à avoir deux surfaces, une dessous, celle du tableau peint à l’acrylique sur une toile de transat rayée, et une autre au dessus constituée par un voile léger, que l’on imagine soulevée délicatement par un « vent léger ». C’est le titre de cette œuvre qui se situe dans le cadre d’une recherche de la transparence et d’un travail sur l’espace.

 

L’espace est un autre fil rouge de cette artiste qui revendique sa capacité à ne pas se laisser brider dans un seul genre, un seul art, un seul style. Elle ne veut pas être catégorisée ni être enfermée dans une seule définition. Elle qui sait travailler des petits bols à la taille des deux  mains réunies dans le geste d’offrande, elle aime quand elle a ses pineaux à la main faire de grandes toiles à la présence forte. Ses bols font alors 100 x 100cm. Cette fois, c’est la couleur qui éclate, un rouge comme celui qui est issu d’un brasier.

 

La danse

Et on se surprend à penser qu’il y plusieurs points communs entre la boule d’argile pétrie qui devient bol, la boule mise à plat qui est feuillet où laisser son empreinte, une boule devenue carnet qui une fois repliée devient un tube creux , la toile qui reproduit le feu à l’origine de la création, le vent qui fait bouger les toiles de la création et la transparence qui  jour à compléter la pesanteur du bol en main, sans oublier les tiges de fer sur lesquels Anna-Marie Donaint-Bonnave a enfilé des tubes d’argile, comme autant de bambous noirs au-dessus  desquels volent des dessins de bols suspendus à des câbles par des pinces à linge.

 

A Villeneuve d'Ascq, pour structurer l’espace dédié à l’expo, Anne-Marie, la scénographe, a placé des grandes tiges de métal pour soutenir des cylindres d'argile cette fois-ci noircis, comme autant de réponses à ce qui se passe sur les murs. Des formes rondes, vides, qui s’empilent pour former des bambous d’argile, qui parlent à des feuillets posés au mur dans l’attente de la réaction des visiteurs, qui vont dessiner des bols. Il y en a déjà près de 300 à flotter dans l'air.   

 

Pour suivre le chemin

. à voir le site d’Anne-marie Donnaint-Bonave : www.donaintbonave.com

. L’exposition de « Carnets de Bol » est visible jusqu’au 24 avril 2009 à la Galerie de l’Atelier 2 à l’Espace Francine Masselis, ferme Saint Sauveur, Avenue du Bois, Villeneuve d’Ascq, 03 20 05 48 91

www.atelier-2.com

. Anne-Marie Donaint-Bonave est présente à une importante expo de livres à Chartes "Délires de Jivres "jusqu'au 4 mai.
Photos AMBD  

Voir les commentaires

Gérard Poullain, volailler-rôtisseur, chasseur, Angers, Daumeray

8 Avril 2009, 09:06am

Publié par Elisabeth Poulain

Gérard a décidé de prendre sa retraite à 65 ans. Il avait cet âge en tête depuis quelques temps. Non pas qu’il n’aimât plus son travail ou ses clients. C’était plus simple que cela. Sans avoir besoin de calculer longuement, il a fait la soustraction, 65 – 15, ça fait 50. 50 ans de travail, c’est bien. 50 ans de travail avec la fermeture du magasin en août, un peu pour se reposer en famille avec les enfants, beaucoup pour passer quelques semaines à la mer, où il a découvert la pêche.  

Le poisson et la viande

C’est au bord de l’Atlantique qu’il a vraiment apprécié le poisson frais pêché, les moules qui poussent sur les rochers, les palourdes cachées dans le sable et les crabes à attraper. Un vrai plaisir pour lui qui dés l’âge de 15  ans a toujours travaillé dans la viande de la volaille et dans celle du gibier. Pour lui, il y a réellement deux types de viandes, les viandes fines, blanches, qui sont celles des poules, poulets, lapins, canards, pintades, pigeons… Il connaît tout, sait quels sont les bons fournisseurs, connaît les bonnes découpes, les bonnes recettes, ce qu’aiment les clients, tout vous dis-je. Et puis il y a l’autre viande plus secrète dont il connaît tout aussi.  

L’attraction du gibier et ses fournisseurs

Cette autre viande, c’est celle du gibier. « Une viande délicate à travailler, qui sent, qui demande du métier pour la découpe, sans avoir de pertes, difficile à trouver quand on ne vend que de la qualité. Les clients recherchaient chez nous de la qualité et de la variété. C’est une clientèle de centre ville, qui aime à se faire plaisir en fin de semaine, une clientèle très fidèle aussi. Cette aventure a duré 30 ans rue de la Roe et ensuite aux Halles à Angers. Quand on s’est déplacé d’une cinquantaine de mètres, les clients nous sont suivis. Mais pas tous. De nouveaux clients sont venus. Encore une fois, c’est le gibier qui les faisait venir. Pour les fêtes de Noël et de Nouvel An, ça n’arrêtait pas. Les gens venaient de Saumur ».  

 

Au début de leur installation, des fournisseurs professionnels de gibier, il n’y en avait guère. L’approvisionnement était  aléatoire et dépendait des ressources locales en gibier. Quant à l’importation en provenance d’Europe de l’Est où il existe une forte tradition de la chasse, ou d’Amérique du Sud, qui constitue le principal réseau d’approvisionnement, il n’en était pas question pour Gérard. Il veut savoir d’où viennent les bêtes.  


Le gibier en Anjou et dans la Sarthe

Trouver de la volaille, ça dépend aussi de l’endroit où on est. A Angers, on a toujours mangé du gibier. L’Anjou et la Sarthe sont des régions de chasse, de châteaux et de grandes propriétés. Dans la Sarthe, près de Durtal, vers Sablé ou à Juigné sur Sarthe par exemple, il y avait une chasse ou Valéry Giscard d’Estaing venait chasser.  Au sud de la Loire, il y a aussi de belles chasses ; il y a un fournisseur près de Brissac par exemple. Nous les Angevins, on est connu pour manger du gibier.

 

Au départ en 1972, quand nous nous sommes installés, Eliane, ma femme, et moi, on ne trouvait pas de gibier. On commandait 100 faisans à l’époque de Noël, on en recevait 30, et encore parce que c’était nous. Puis très vite, les grandes chasses m’ont contacté et il est arrivé un moment où j’avais presque trop de fournisseurs. A la fin de la chasse, les participants partagent le tableau de chasse entre les actionnaires. Le surplus était géré par le garde-chasse qui me téléphonait pour me dire qu’il avait tant de gibier à céder, soit à chercher, soit à livrer. Dans la région, nous étions reconnus comme des spécialistes du gibier, petit et gros, d’octobre à fin janvier, aux dates d’ouverture. Notre principal fournisseur de gibier à ces dates, une fois qu’on a eu fait nos preuves, était Givigros, une grosse maison d’Haguenau dans le Bas-Rhin. Il faut savoir que c’est en Alsace qu’on trouve encore les sociétés de chasse les plus importantes. Il nous fournissait en cuissot, épaules, filet, côtelette de chevreuil, biche et sanglier…C’était de la belle viande. 

 

Abattre et découper un sanglier, ajoute Gérard, n’est pas une difficulté. Par contre, complète Eliane, il n’aime pas aller à la chasse au chevreuil. C’est trop délicat, trop joli. « Je ne suis pas un tueur », dit Gérard. « Une année, précise Eliane, j’avais suspendu en décoration un chevreuil, au lieu de mettre comme souvent un petit sanglier. Il a fallu le retirer très vite. Les clients l’assimilaient à Bambi ; les gamins disaient : c’est pas gentil.  C’était une des différences d’avec Paris où nous avons travaillé, rue de la Roquette (XIè). Les enfants ni leurs parents à cette époque là ne connaissaient les animaux. Ils s’en fichaient. Il n’y avait pas encore cette sensiblerie projetée par le cinéma ».        

 

La chasse en Nord-Anjou

Depuis son départ en retraite, de la mi-septembre à fin février, Gérard continue à chasser à Baracé  avec ses beaux-frères, Bernard et Gérard Guillet*, qui ont une chasse privée près de Daumeray, là où il a commencé à travailler dans la volaille. On y trouve encore du sanglier, du chevreuil  et du petit gibier, comme de la bécasse ou du faisan. « Un jour, Bernard a tué trois sangliers le même jour dans le bois en dessous de chez lui.  La chasse, c’est un plaisir que de partir dans les bois, à quatre ou à six, avec les chiens, pas tant pour le gibier qu’on rapporte,que pour être ensemble dehors à prendre l’air. Il y a une cabane sur place.   J’ai un fusil calibre 16 juxtaposé de marque Darme, une production de Saint-Etienne. Bernard, lui, a aussi un Darme mais de calibre 20, conseillé pour le sanglier.

 

A la chasse aujourd’hui, ce qui me manque vraiment, c’est mon chien, sauf quand on va au pigeon sauvage puisque c’est une chasse postée, à l’arrêt sans les chiens. Il s’appelait Milord. C’est d’ailleurs un garde qui me l’avait donné. Sa mère n’avait plus de lait. Ce chien avait la chasse dans ses gênes. Nous l’avons gardé 17 ans. Il faisait partie de la famille, au point que nous n’en avons plus voulu d’autres après. Il était cabochard, un peu-beaucoup cavaleur. Il adorait partir au Parc des Garennes proche et revenait ensuite l’air de rien alors qu’il savait bien qu’il n’avait pas le droit de sortir du jardin. Tout le monde le connaissait dans le quartier. Il avait une sens de l’orientation étonnant. Il a réussi un jour à nous rejoindre au magasin dans le centre d’Angers aux Halles à plusieurs kilomètres de là. On n’a jamais su comment il avait fait. La seule explication plausible est qu’il avait repéré le chemin en voiture.   

 

La ressource en petit et gros gibier

Dire qu’aujourd’hui il y a moins de gibier, oui et non. Il ne faut pas généraliser.  Il y a moins de petits gibiers à plumes -c’est du gibier de passage- comme la bécasse ou la grive. Il y a encore du lièvre. Il y a franchement beaucoup plus de sangliers, contrairement à ce que les gens pensent. Ils ont tout simplement plus à manger. Avant, la laie avait deux petits, maintenant 4-5. Elle peut en plus avoir  deux mises à bas dans l’année. La régulation se fait par la nourriture. Moins il y a à manger, moins il y aura de petits. C’est un bel exemple de reproduction naturelle régulée. Par contre, pour le chevreuil, la biche, le cerf, la situation est moins favorable. Les chasses sont clairement moins giboyeuses. Eliane, ma femme qui aime bien faire des terrines de gibier, se plaint d’en faire moins souvent qu’avant ».

 

Les trophées

Ils se font face l’un en face de l’autre dans la salle à manger, le grand cerf à droite quand on regarde le jardin, le sanglier très puissant à gauche. Le cerf vient de la famille d’Eliane et le sanglier est un trophée de Gérard.

-        Le cerf vient du parc du château du Gripp, appartenant au Comte d’Andigné. Sa capture date de 1945. Eliane l’a vu arriver chez ses parents déjà naturalisé par J.A. Choplin, un taxidermiste renommé. Il avait 8/9ans. Il devait peser dans les 100kg et devait mesurer 1,60m sans compter les cornes.

-        Le sanglier a été tué par Gérard en 1974. Il avait 7 ans et mesurait 1,85 m. C’est Gérard qui l’a débité en prenant bien soin de garder le maximum de peau à la hauteur du cou, sachant que lorsque la découpe est trop juste, le taxidermiste a des difficultés à faire du beau travail. 

 




Dans le magasin Rue de la Roe d’abord et aux Halles ensuite, le cerf était présent en photo sur un des murs et le sanglier était fixé à coté de la porte d’entrée. Eliane ajoute que le sanglier, une fois sa tête ôtée, a été entièrement passé en civet par Gérard. Eux en ont fait une daube en sauce avec les morceaux. Il faut, précise Gérard, que la viande de gibier soit toujours un peu plus cuite que moins. 


La viande de gibier

Vous l’avez compris Gérard et Eliane sont des artisans de bel ouvrage et des amateurs de bonne viande et de belle gastronomie.  Gérard continue à aller à la chasse ; Eliane l’accompagne à Daumeray et va voir sa famille pendant que Gérard crapahute dans les bois, en revenant ou non avec du gibier. Ils ont un seul regret, qui dépasse de loin, leur situation propre, c’est de voir que leur métier en fait n’existe plus. Un véritable marché qualitatif  de la viande de gibier ne s’est pas mis en place malgré la demande des clients et des restaurateurs et malgré tous les avantages de ces belles viandes, maigres, issus de bêtes qui vivent à l’état sauvage et qui savent ce qui  est bon pour elles.

 

Ces viandes bénéficient également d’une réglementation très protectrice. La chasse, la découpe, le transport et la vente sont étroitement encadrés au bénéfice des consommateurs. Tous les morceaux découpés à la fin d’une chasse par exemple doivent être revêtus d’un collier qui assure la traçabilité de la viande en indiquant le lieu et l’heure. Seul le sanglier échappe au port du bracelet car il est considéré comme un nuisible. Aucune protection n’est à l’ordre du jour réglementaire. On peut chasser aussi bien les laies que les petits. Ils causent trop de dégâts aux cultures du fait  de leur trop grand nombre.   

 

Et pour rester sur une note d’ouverture, ajoutons qu’une des prévisions de Gérard et d’Eliane pour les années à venir est que les consommateurs pourront enfin bénéficier d’un marché de professionnels de haute qualité, non seulement dans les régions de chasse où le savoir-faire existe encore mais aussi en dehors. A deux conditions, qui sont de savoir garder la connaissance du métier et de créer et développer les réseaux pour que puissent être savourées de belles pièces de gibier par des amateurs éclairés.     

 

Pour suivre le chemin

Voilà la recette que Gérard aime bien en prendre une tranche le matin au petit déjeuner sur une tranche de pain grillé avec son café au lait.

 

La terrine toute simple d’Eliane au sanglier ou au chevreuil

Il vous faut naturellement un petit morceau de sanglier ou de chevreuil (1/2 livre), avec du lard de poitrine (1/2 livre) ; vous prévoyez un bel oignon, de l’ail, du thym, du laurier, du sel et du poivre. Vous avez une terrine en terre et votre plaque de cuisson au gaz peut contenir un peu d’eau dans le fond pour éviter le dessèchement lors de la cuisson. Elle mixe le tout en gardant quelques morceaux pour éviter l’aspect trop haché et place le tout dans la terrine qu’elle enfourne avec son couvercle dans un four à 200° pendant une heure. Vous pouvez évidemment aromatiser à votre goût avec d’autres aromates, des baies de genièvre, de la muscade râpée, un peu de cognac aussi pourquoi pas. Eliane dit que la recette est toute simple dans la mesure où tout est naturel, sans aucun ajout inutile ou chimique.     

 

Le gigot de jeune sanglier

Faites d’abord rôtir le morceau de sanglier (2kg environ) des deux côtés dans une poêle. Ensuite vous le placez dans une cocotte que vous placez dans un four à 200° pendant 30/35 minutes. Vous arrosez au cours de la cuisson et ajoutez ensuite carotte, oignon, gousse d’ail, thym et laurier en laissant la cuisson se poursuivre encore une dizaine de minutes. L’important est de permettre à la viande de se  maintenir au chaud en douceur.

 

Pendant ce temps, vous retirez les légumes de la cocotte et laissez brunir le mélange avec un peu de farine, en ajoutant  une bouteille de Pinot noir* et une ½ litre d’eau. Vous attendez que le mélange réduise jusqu’à consistance d’une pâte sirupeuse. Si vous pensez que c’est trop épais, rajoutez un peu d’eau. Vous passez le tout et versez sur le gigot encore chaud. Si vous voulez raffiner encore, servez avec des coings cuits doucement dans du Pinot noir*. *A défaut de Pinot noir, un Anjou rouge corsé fera tout aussi bien l’affaire.  

 

Le cuissot de (vieux) sanglier

C’est la même bête, en plus coriace. La recette est donc différente. Il va falloir prendre les grands moyens. Vous commencez par couper le cuissot de 2kg en morceaux. Vous les faites mariner pendant 48 heures dans un litre d’Anjou blanc ou rouge,  à votre choix, 1/2 litre d’eau, 5 échalotes coupées en petit, sel, poivre. Vous placez la terrine avec un bouquet garni à four doux pendant 4h 30. Avant vous avez soudé le couvercle de la terrine avec un bourrelet que vous avez pétri avec de la farine et un peu d’eau.

 

* Gérard Guillet, le frère d’Eliane, était coconnier, comme on disait en Nord-Anjou, c’est dire qu’il était marchand de volaille. Il avait pris la succession de Théophile Guillet, le papa d’Eliane et le fondateur de l’abattoir de Daumeray, maintenant dénommé l’abattoir LDC depuis que le groupe l’a rachetée. Daumeray est le village où le Président Sarkozy s’est rendu dernièrement pour parler de la réforme de la politique commune. Le maire du village est Jean-Luc Davy, conseiller général et président de l’union des maires.

 

Sur la commercialisation de la viande de gibier, voir sur le site de la Direction départementale des Services vétérinaires de l’Indre : H:\DSV\Fiches information\commercialisation de la viande de gibier

 

Lisez sur ce blog, le Ier billet consacré à l’évolution des façons de manger chez Eliane Poullain, la femme de Gérard, originaire de Daumeray et le billet n° 2 sur leur façon actuelle

- http://www.elisabethpoulain.com/article-27226710.html 

- http://www.elisabethpoulain.com/article-27775284.html

 

Photos EP : Gérard et Eliane, Milord à partir d’une photo de la famille Poullain et peinture de Didier leur fils quand il avait 17 ans, le cerf et le sanglier, le panonceau du magasin, peint par Didier avec le sanglier à droite et le cerf à gauche.

Voir les commentaires

WBW13 > Les Habits des Vins de Tradition > L'Elévation > Les Châteaux

3 Avril 2009, 18:28pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Nous venons d’entrer dans un nouveau CYCLE, celui des Vins de Tradition, qui fait suite au CYCLE des vins d’expression, par lequel j’ai débuté ma recherche sur le monde à travers la bouteille de vin. En premier, nous allons découvrir pourquoi les châteaux ont un tel pouvoir symbolique. Ils témoignent de la volonté d’élévation dans la représentation de la société au cours des siècles et tout autant maintenant. Tout de suite se pose la question de savoir pourquoi il convient de distinguer la pierre de la terre et en faire un signe spécial ?  

De la terre à la pierre

Parce que c’est avec la pierre extraite de la terre que sont élevés les châteaux ancrés dans le sol. Ce Signe de la Pierre marque une rupture avec les deux Signes précédents de l’Homme et de la Terre par lesquels commence Le Monde à travers la bouteille de Vin. Ce Signe nouveau est la pierre angulaire d’une trilogie qui va du château à la carte de visite (prochain Signe de Papier) à la légitimité de l’histoire (Signe du Temps qui suit). Ces trois Signes, la pierre, le papier et le temps,  forment le cycle classique des vins de tradition en France.

 

Les trois monuments à visiter en France                                                            

Il y a trois monuments historiques que les touristes étrangers cherchent à visiter quand ils passent 48 heures en France : Paris avec la Tour Eiffel, Versailles et les Châteaux de la Loire, le château est cité deux fois sur trois. Quant à la Loire, le château y est toujours  associé. Le lien entre le vin et le château est si fort qu’il domine toute cette recherche. Ce n’est pas l’ancrage par la vigne et le vin dans les éléments naturels qui nous donne la clé de la compréhension du système de communication traditionnelle qui caractérise de façon simplifiée l’imaginaire français du vin, mais bien le château.  


Le vin, le château et le roi

L’histoire montre que nous sommes ce que nous mangeons et buvons. Ce principe d’application universelle est aussi bien valable dans la civilisation bantoue que dans la nôtre, aussi bien au plan matériel que spirituel. Le pain et le vin ont tous deux une dimension sacrée. Puisque nous sommes ce que nous ingérons, l’une de nos exigences, au fur et à mesure que la prospérité devient un dû, est de consommer le meilleur. On ne mange pas plus, mais plus cher, plus raffiné, plus sélectif. Il en va de même avec le vin. On veut déguster le meilleur, comme les membres de l’aristocratie et le Haut Clergé dans les siècles passés, la bourgeoisie au 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème siècle.

 

L’allégeance au Roi

D’ailleurs certains domaines continuent à se référer directement à un roi,

- comme le Domaine du Roi René pour un Coteaux du Layon d’Antoine Chéreau. Le Roi René, surnommé le Bon Roi, fut duc d’Anjou, comte de Provence et Roi de Naples de 1438 à 1442. Epris des arts et des lettres, il est enterré à la cathédrale d’Angers.

 

Le château d’Amboise

Il continue à évoquer les fêtes somptueuses organisées par François Ier au début du 16ème siècle pour ses fiançailles, son départ pour l’Italie, la naissance du dauphin… Pour valoriser leurs vins d’AOC Touraine Amboise, de nombreux vignerons ont choisi de placer le roi et le château d’Amboise à l’honneur sur leurs étiquettes :

 

301. C’est ainsi qu’on peut admirer, le portrait du roi François Ier (1494-1547) avec Serge et Pascal Bonnigal du Domaine de la Prévôté sur la contre-étiquette de leur Touraine Amboise, à étiquette ovale, avec la citation suivante : « Bien que je n’y naquis point, je fus élevé à Amboise et ma vie durant eu toujours souvenance du divin breuvage de cette belle cité de Touraine, si chère à mon cœur ». 

 

- Pour son Touraine Amboise (rouge), Cuvée François Ier, Damien Delecheneau du  Domaine la  Grange Tiphaine, poursuit la tradition avec le roi, profil droit, sur fond du  château. 

Les autres titres

Outre le roi, les étiquettes portent d’autres titres nobiliaires : duc, marquis, comte… 


302. L’Anjou-Villages Brissac du Château de Brissac, mis en bouteille par les Caves de la Loire, met l’accent sur la durée « depuis 1502 vignobles des ducs de Brissac » signé « Le Président » qui ne décline pas son titre de duc.

 





303. Le Marquis de Carabas, le séduisant héros du Chat Botté dans le conte de Perrault,  est un Chenin de François Plouzeau des Vins de la Garrelière, dressé en aquarelle par Bataille.

 

304. Le Coteaux de Saumur du Château de Brézé porte le nom du propriétaire, le Comte de Colbert, sur une étiquette ancienne qui fait bien ressortir les douves profondes qui entourent le château.

 

Notre relation aux châteaux

Walt Disney a su merveilleusement illustrer l’éblouissement que fait naître la vue d’un château, haut perché au sommet d’une colline, qui se voit alentour à des kilomètres à la ronde. Comme un phare au-dessus de l’océan  guide les marins, comme un repère bien visible aux yeux des voyageurs fatigués. Ceux-ci n’ont qu’une hâte, c’est d’arriver au château, avant la fermeture des portes, pour bénéficier de l’hospitalité légendaire du châtelain et se protéger des frayeurs de la nuit. Le château est si protecteur qu’il attire au point d’en faire l’objectif d’une vie. Notons que Walt Disney était très imprégné de la culture européenne des contes et légendes et avait donné instruction à son équipe de travailler sur la base de ces récits à très haute teneur symbolique.

- Pour le Touraine Primeur de Paul Buisse, la silhouette des ruines du château féodal de Montrichard sert d’emblème visuel au négociant-vigneron.

- Pour son Touraine-Azay le Rideau, Chenin, du Château de la Roche, Cuvée Joséphine,  Louis-Jean Sylvos, son propriétaire, a choisi une forme arrondie pour l’étiquette de façon à suggérer la douceur du vin, du lieu et le cocon protecteur que forme le château.

 

La tradition d’accueil, l’abondance et la volupté  

Elle était inscrite dans les devoirs de l’aristocratie qui se déplaçait beaucoup. Le roi de France et les princes de sang allaient de châteaux en châteaux avec leurs serviteurs, leurs mobiliers et leurs vaisselles. Les récits ont fait de ces déplacements de la noblesse et de leurs serviteurs un joyeux cortège de danse, de musique et de plaisirs de toutes sortes. Ainsi est née dans l’imaginaire collectif la vision très réelle d’une vie d’abondance et de richesse, de bonne chair et de bons vins, de raffinement et d’élégance où tout n’était que jouissance et volupté pour ceux qui en bénéficiaient. Tous les hôtes pouvaient se restaurer et goûter à une cuisine abondante et riche, le meilleur étant gardé pour le roi et sa suite.

 
La table des nobles

Au 17ème siècle, les convives invités à la table se voyaient proposer de manger les plats qui étaient devant eux . La place du roi était située au milieu de la table allongée. Il avait devant lui les plats les plus raffinés, en bout de table des mets plus communs permettaient de remplir les estomacs moins délicats des personnes de plus petite naissance. En conséquence, plus il y avait de convives et plus il y avait de plats. Le château qui accueillait le roi et ses invités se devait de pourvoir à sa subsistance et à la satisfaction de leurs plaisirs, quelque fût l’état de ses finances. Comme dans les monastères, la fonction logistique de l’approvisionnement était une préoccupation majeure des intendants. Plus la source était proche, plus aisé et plus sûr était l’approvisionnement.

 

Le vin faisait partie intégrante du bien vivre, du bien manger et du bien boire ‘à la française’. C’est pourquoi bien souvent un vignoble était planté dans ou aux abords proches du château. C’est à nouveau le cas à Saumur par exemple par décision de la municipalité. C’est encore le cas quelques arpents de terre au sud de Saumur sur des terres anciennement monastiques.  

 

305. Le Saumur du Domaine du Château d’Eternes à Saix témoigne de la reconstitution du vignoble de l’Abbaye de Fontevraud par les Martelling, les actuels propriétaires. Le château est nommé en 889 pour la première fois dans un texte du Roi Eudes confirmant le partage des terres au profit des chanoines de Saint-Hilaire, puis au fil des siècles à l’abbaye de Fontevraud proche.

 

La Loire, les châteaux, le vin et la réussite

La Loire offre la particularité d’être une terre accueillante et un terroir à châteaux. Certes il existe des châteaux partout en France mais leur concentration, leur diversité et leur rayonnement sont particulièrement riches en Loire. Au-delà de l’histoire, une des raisons tient en effet à la position centrale de la Loire, entre l’Ouest tournée vers la mer et l’Est axé vers la Bourgogne, entre le Sud et le Nord, avec un lien très fort pour et avec Paris qui demeure encore actuellement. Les vins de Loire sont toujours en première position des vins les plus vendus en restauration à Paris, en raison de leur grande diversité et d’un très bon ratio qualité-prix.

 

Ces images mentales sont si fortes en France qu’elles réussissent la prouesse de traverser les siècles sans perdre de leur fascination. L’élévation dans la hiérarchie sociale passe souvent par la possession d’un château au point qu’on appelle ‘château’ toute construction dont l’ampleur montre la volonté de son fondateur de porter témoignage de sa réussite pour les générations à venir. La famille  est en effet une autre dimension importante de la fascination qu’exerce le château dans notre imagerie mentale. Le château a une durée de vie longue qui se poursuit au-delà des siècles. Les générations qui s’y succèdent sont la preuve d’une quasi-transcendance familiale. Certains châteaux, c’est le cas à Brissac-Quincé en Anjou, offrent visuellement la preuve de l’existence de nombreuses générations qui, toutes, ont ajouté quelque chose au bâtiment, qui une aile, qui une tour… Le château, comme la vigne, possède la capacité à défier le temps, à supporter les aléas de la vie et à se renouveler.

 

Le château est alors un double indicateur visuel de réussite, familiale d’abord et sociale ensuite. Sa possession permet d’intégrer un nouveau cercle de relations, nécessaire pour distinguer ceux qui sont ‘dedans’ de ceux qui sont ‘en dehors’. Cette notion du dedans/dehors va toujours être présente dès lors qu’on parle du vin et, comme on le verra plus avant, de la bouteille.

 

Le vin et la force des liens choisis

Visiter un château, c’est devenir châtelain le temps de la visite. En vertu du principe d’incorporation, on est ce qu’on mange et ce qu’on boit. Ce principe a été mis en exergue par Claude Fischler (L’Homnivore, Points). Le principe d’incorporation date des débuts de la chrétienté et est directement relié au dogme « ceci est mon corps, ceci est mon sang » sur lequel est fondé le rite de la communion dans la religion catholique. Quand on mange comme un roi et qu’on déguste les (bons) vins du château, on devient roi soi-même, non seulement le temps du repas, mais plus tard grâce aux souvenirs et aux réseaux auxquels on adhère pour partager sa passion avec d’autres. Le vin peut alors s’intégrer dans un style de vie ouvert vers ceux qui pratiquent la même démarche de rechercher les vignerons qui les intéressent. Le vin forme alors un lien non seulement entre les membres d’une même famille ou avec les amis mais aussi avec d’autres amateurs, sous la forme très contemporaine de réseau.

 

Cette chasse au trésor, que constitue la découverte d’un vigneron, d’un terroir et d’un vin,  fait partie des activités culturelles les plus enrichissantes et valorisantes qui soient dans notre société et pas seulement en France. Trouver l’esprit derrière la matière et rencontrer le créateur du vin constituent un voyage sans limite. C’est une des significations de l’expression « vin culturel. »

 

Le vin et l’histoire

Le vin culturel est aussi une jolie façon aussi d’alimenter le lien entre le vin et l’histoire en passant par les châteaux, surtout quand, par un raccourci admirable de notre langue, le château devient vin à son tour. D’où certainement l’inflation de châteaux qui existe dans notre région, mais pas seulement. L’attractivité du château est telle que ce terme s’impose au vigneron ou au négociant, quand c’est le village lui-même qui l’inclut : Chateauvieux, Château Gaillard, Châteauneuf-sur-Loire… Quelle admirable phrase que ce « donnez-moi un château Moncontour » dite à un caviste ou à un sommelier. Il faut vraiment être Français pour faire tenir tout un château dans une bouteille !

 

306. Honoré de Balzac tomba tellement amoureux du Château de Moncontour à Vouvray qu’il écrivit « Moncontour est ma prédilection » dans une lettre à Madame Hanska, mais faute d’argent il ne pût l’acquérir. Sur l’étiquette, le dessin de grandes dimensions du château domine le Vouvray sec du Vignoble du Château.

                       

Parfois également, le château est le nom d’un des associés de la société ou devient célèbre quand une star en devient propriétaire :

- pour le premier cas, citons la Maison Langlois-Château pour un Saumur parce que Mme Château était l’associée de son mari M. Langlois.

 

307. Pour le second, le Château de Tigné, un domaine de grande superficie de vins d’Anjou, constitue un bon exemple. Son Rosé d’Anjou porte une double figuration, celle du château avec un dessin ancien et un croquis récent de Gérard Depardieu, son propriétaire, avec sa signature.

 

Pour suivre le chemin

-        voir les autres billets sur ce blog,

à suivre le prochain billet sur les châteaux des étiquettes ou le

Voir les commentaires

Le Banc de Bilho (Loire) et les Séquoias de Yosémite (Californie)

3 Avril 2009, 10:14am

Publié par Elisabeth Poulain

ou > L’eau > Le sable > La vase > L’humus > Le feu > L’homme > La nature > > et on recommence la ronde avec de nouveaux éléments >. C’est mon second choix de titre pour ce billet. Vous allez comprendre tout de suite pourquoi. L’idée de ce petit billet m’est venue  lors du vote par le CESR des Pays de Loire le 30 mars 2009 en présence de Jacques Auxiette, le président des Pays de Loire.

 

Lors de sa prise de parole, Joël Batteux,  le maire de Saint-Nazaire et vice-président du Conseil régional des Pays de Loire, a rappelé la réaction très négative des écologiques lors de la  création de l’îlot artificiel de Bilho dans l’estuaire face au port de Donges. Cet îlot est né de la nécessité de stocker le sable issu du dragage du lit du chenal près de la rive droite de l’estuaire pour faciliter l’accostage des navires au port de Saint-Nazaire ou leur passage vers Nantes (voir carte Gip estuaire ci-contre).

 

Le Banc de Bilho

10 ans après la création de ce banc de sable,  « cette île de Loire artificielle conquise sur le fleuve » selon GIP Loire Estuaire, les oiseaux avaient déjà pris possession de ce nouvel espace et en ont fait maintenant 30 ans après une véritable réserve naturelle.  « Elle est devenue l’île aux oiseaux et leur refuge à marée haute. Les tadornes de belon autrefois appelés canards royaux conduisent leurs canetons se nourrir sur les riches vasières qui bordent ce confortable reposoir. » Vasières qui s’enrichissent des débris végétaux issus de la décomposition naturelle à la base de l’humus (voir iconographie Gip-Estuaire ci-dessus).

 

Le Parc de Yosémite 

Quels points communs peuvent avoir ce minuscule banc de Bilho situé dans l’estuaire de la Loire et les séquoias qu’on trouve à Yosémite, le 3è plus grand parc naturel de Californie ? Les clés nous sont données par Michael Crichton, l’auteur de thrillers bien connu, dans son roman « State of Fear » paru en 2004 (« Etat d’urgence » en français). Il nous raconte une très vilaine entourloupe mortelle sur fond de développement durable et de hausse du niveau des océans. Ce récit repose, comme toujours chez l’auteur, sur une base scientifique solide. Il a consacré 3 ans à faire des recherches pour ce roman publié en 2004.  

 

Les séquoias

Michael Crichton met en scène un dialogue entre un citadin, amoureux des séquoias, dont la force et la vigueur sont révérées telles des divinités de notre Mère Terre aux Etats-Unis et une scientifique qui comme l’auteur connaît bien les sources scientifiques de l’évolution du revêtement végétal depuis plusieurs milliers d’années.

 

L’évolution végétale

L’histoire commence il y a 20 000 ans à la fonte des glaciers de la Vallée du Yosémite lors du réchauffement climatique. En se retirant, les glaciers laissent un sol de sable nu gorgée d’eau. Au fil des milliers d’années, une toundra se fixe et  commence à abriter des colonies de petits animaux, écureuils et souris, que les chasseurs apprennent vite à capturer pour se nourrir. Le réchauffement se poursuit. Le permafrost s’enfonce de plus en plus profondément dans le sol au fur et à mesure de l’élévation du niveau et du type de végétaux à la surface grâce à l’humus en décomposition qui garde la chaleur.

 

Il y a 14 000 ans, le Ier arbre a été le pin qui pousse comme de la mauvaise herbe, puis ont suivi l’épicéa, le sapin du Canada et l’aulne, ce grand buveur d’eau, qui se sont fixés pendant 4 000 ans. Le changement climatique qui avait fait fondre les glaces au début de l’histoire, s’est poursuivi. Sous l’effet de la chaleur et de la prolifération des incendies, un nouveau couvert végétal apparaît, des feuillus, en particulier des chênes. Puis il y a 6 000 ans, encore un changement, le climat devient plus humide et le pin de Douglas, le sapin et le cèdre se développent. Les glaciers reviennent mais évidemment pas les mêmes, ni de la même façon puisque tout avait changé.

 

Les Indiens Miwoks

Apparaît maintenant le facteur humain. Les premiers chasseurs ont formé des colonies d’Indiens qui de temps en temps mettent le feu à certaines parties de la forêt pour fournir de l’engrais et rajeunir le reboisement. Les Miwoks pratiquent l’écobuage près des chênes noirs qui ont besoin de beaucoup de clarté. En un mot, ils savent déjà gérer de façon très subtile la forêt par espèce et par lot de façon à bénéficier des avantages du capital qui leur offrent le gîte, le couvert et la survie à condition de ne pas faire n’importe quoi. Les séquoias aussi bénéficient de cette maîtrise du feu. Les graines des séquoias sont si dures qu’elles se ramollissent sous l’effet du feu et peuvent ainsi plus facilement germer et prendre racine.

 

La nature et l’homme

Que se passe-t-il maintenant ? Sur le Banc de Bilho, les Tadorne de Belon s’épanouissent, protégés par leur frontières d’eau et nul ne va leur chercher noise et certainement pas les navires du port. A Yosémite, depuis les années 70 aussi, les agences en charge de la gestion des parcs appliquent de façon très sélective des incendies contrôlés de façon à régénérer l’éco-système et nettoyer les bois morts sans attendre que la foudre déclenche des départs incontrôlés de feu.

 

Et le dernier mot appartient aux séquoias ; leur écorce est si épaisse qu’elle supporte le feu. Et c’est ainsi que ces arbres magnifiques peuvent vivre heureux pendant plusieurs centaines d’années, admirés  par des amoureux des arbres qui s’émerveillent devant la force de la nature naturelle, sans savoir que ce capital, qui fait parties des trésors du monde, est le fait de l’homme!  

 

 

. L’eau est celle de la Loire et celle de Yosémite utilisée contre les incendies naturelles,

 

. Le sable et la vase sont des constituants naturels de nos sols, enrichis par l’humus

issu de la décomposition des végétaux,

 

. Le feu est celui de la foudre et celui que l’homme utilise pour protéger et enrichir la forêt,

 

. L’homme est au centre de cet univers, il lui appartient d’en faire le meilleur usage,

 

. La nature est notre mère à tous.             

 


Pour suivre le chemin

. CESR, voir l’avis sur l’industrialisation et l’équilibre écologique de l’estuaire sur ce blog

. Michael Crichton, Etat d’urgence, Thriller Pocket, 2006

. Alston Chase, In a Dark Wood, p. 157 et s., p. 404 et s, ouvrage cité par l’auteur

. Parc de Yosemite à voir :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_national_de_Yosemite

. Voir les séquoias sur :        http://fr.wikipedia.org/wiki/Arbre

 

. Photos

Banc de Bilho, Photos GIP Estuaire « Battements d’Estuaire GIP Loire Estuaire », « La Loire de la Maine à la mer » la carte de GIP

Séquoias, Wikipédia

Voir les commentaires

Le Japon, une formidable logique de déclin démographique

1 Avril 2009, 14:13pm

Publié par Elisabeth Poulain

Vous prenez une île qui a toujours cultivé un fort sentiment d’insularité au point de revendiquer avec fierté  cette particularité ethnocentriste. Au Japon, il n’y a que des Japonais et les Japonais font de moins en moins d’enfants. Au point que ce très gros souci de renouvellement de générations a incité les Pouvoirs publics à créer un ministère Anti-Déclin pour montrer sa modernité au monde, comme nous un ministère de la Culture, pour rassurer.

 

Vous savez que depuis près de 60 ans, la natalité ne cesse de baisser pour passer de 3,65 à 1,34 enfants par femme. La presse vous apprend que le pays compte 127 m d’habitants aujourd’hui ; il n’en aura plus que 100 en 2050 et 50 m 50 ans plus tard, si le taux reste le même. Alors vous décidez d’étudier la situation.

 

En 1, vous partez de l’axiome de base qui veut que c’est au mari de travailler à l’extérieur et à la femme de s’occuper des enfants. Quand celles-ci se marient, elles arrêtent donc leur travail salarié pour entrer dans leur nouveau logement. On ne peut pas dire qu’elles y rentrent. A la maison, elles enrichissent par leur travail invisible le réseau d’entraide et la solidarité familiale ; normal, elles ont du temps, gratuit qui plus est. C’est au moins ce que pense la Société.

 

A partir des années 80, le Japon s’étant ouvert sur l’extérieur, des entreprises étrangères ont commencé à recruter des jeunes femmes, qui du coup ne se sont pas mariées pour ne pas être obligées de s’arrêter. C’est la deuxième étape. La solidarité et l’entraide  en sont réduits d’autant et le taux de fécondité commence à baisser. Les femmes ont franchement moins de temps. 

 

On en arrive à la 3ème  étape . 10 ans plus tard, ces jeunes femmes franchissent un nouveau pas, sous la pression de leurs familles horrifiées d’avoir des filles célibataires vieillissantes. Pour avoir la paix –familiale et sociale-, elles se marient avec des garçons célibataires qui subissent eux aussi ces pressions. A une condition, le mariage oui, mais pas les enfants  qui pourraient freiner leur carrière ou coûter trop cher. Cela au moment où le chômage commence à entrer dans les mœurs ; avant souvenez-vous, c’était l’emploi à vie.

 

4. Se pose alors la question de savoir ce qui est fait pour faciliter la vie de ces jeunes femmes et des jeunes couples. La Sécurité sociale, rien ; clairement elle ne rembourse rien. Les choses commencent à bouger du côté de collectivités territoriales proches des grandes villes et de quelles que très grosses entreprises. L’Etat donne 50 E/mois. Du côté des retraites, cela ne va pas fort non plus. Les personnes âgées doivent de plus en plus recourir à un travail salarié d’appoint, dont ne veulent pas les salariés en pleine forme, pour compléter leur pension trop faible pour assurer leurs vieux jours.

 

5. Quant à s’ouvrir aux émigrants, pour remplir les postes de travail dont ne veulent pas les autochtones qui sont à 98,5% japonais, il n’en est pas question (voir Ier paragraphe). Le pays ne compte que 0,5% d’immigrés venant de Corée et 0,4% venant de Chine. Pour rejeter cette idée utilisée par les Occidentaux, il est répondu au Japon que l’analyse fine de ce qui se passe en Europe montre surtout les effets négatifs induits par de telles politiques. La solution partielle au Japon est de recourir aux personnes âgées.

 

6. En 2007, le taux de fécondité semblerait remonter un peu, 1,32% contre 1,26% en 2005. Du côté des personnes âgées, le Japon est Ier pays au monde par le nombre de retraités, avec 11% de plus de 75 ans. L’espérance de vie y est la plus élevée au monde, plus de 85 ans pour les femmes et 78 ans pour les hommes. On se fait là-bas de gros soucis pour le paiement des retraites, surtout quand il y a déjà de moins de descendants pour pouvoir ou vouloir aider les vieux parents ou des membres éloignés de la famille.

 

7. Toutes ces raisons et d’autres encore expliquent le taux pharamineux des suicides au Japon, Ier pays au monde aussi, avec 26 pour 100 000 habitants.

 

Maintenant que vous avez en tête ces données non contestables, vous vient à l’idée qu’il vous en manque un certain nombre d’autres pour avoir une lecture plus fine et toute aussi juste.

 

1. 1970 marque le grand essor de la consommation dans un grand nombre de pays dont le Japon. Ces années glorieuses ont été marquées par la découverte de la jouissance de la prospérité et de la dépense pour se faire plaisir. Elles ont aussi permis aussi aux personnes d’un certain âge de renforcer leurs défenses contre les atteintes du temps et de vivre plus longtemps. Tous, et les jeunes aussi et surtout, ont découvert  le plaisir de consommer  au moment où le Japon accédait aux Iers rangs des grandes nations. Le Japon aussi, pour faire écho au « moi aussi, je le vaux bien » de L’Oréal, d’autant plus que règne dans ce pays, l’idée d’excellence nationale renforcée quotidiennement par les infos radios et télés. 

 

2 . De plus en plus de besoins, de plus en plus d’habitants, dans un espace encore plus restreint, avec la densité de population la plus forte au monde (plus de 1 000 hab/km2) sont autant de facteurs de nature à créer une pression très forte, d’autant plus forte que règne toujours cette volonté d’excellence individuelle qui va se porter en particulier sur les enfants, ou plutôt sur l’enfant. Celui-ci va devoir effectuer la meilleure des scolarités, quitte à rajouter des cours particuliers supplémentaires payants le week-end et pendant les vacances. « Le coût de vie » d’un enfant à la charge des familles devient de plus en plus élevé. 

 

3. Cet espace restreint et les coûts d’éducation ont forcément des effets sur le nombre d’enfants. Les logements ne sont pas extensibles à l’infini et leurs propriétaires peu pressés de les quitter puisqu’ils vivent plus longtemps. En conséquence, les générations sont forcées de cohabiter encore plus longtemps, ce qui aussi avoir des conséquences sur le nombre d’enfants désirés, d'autant plus que des grands mères ne sont plus forcément disponibles pour s'occuper des petits enfants Elles doivent travailler pour arrondir leur retraite. 

 

4. Quand vous êtes habitués à beaucoup dépenser pour vos plaisirs, l’habillement et les signes de richesses en particulier, vous raisonnez en terme de budget par personne supplémentaire. Quand vous ajoutez trois autres paramètres, la durée des mariages, le chômage et le faible montant des retraites, vous commencez à raisonner vraiment autrement. C’est ce qui se passe maintenant.

 

5. Et ce qu’il y a de bien en démographie, et ce qui me plait beaucoup, c’est qu’il est impossible à un Etat ou à des démographes de faire des prévisions. La preuve en est en France ; les démographes avaient prédit la baisse du taux de fécondité. C’est le contraire qui s’est produit, à l’étonnement de tous. Nous sommes même les champions de la fécondité en Union européenne !   

 

Pour suivre le chemin 

. Pour le Japon

Le Monde, Le gouvernement japonais ne parvient pas à relancer la natalité, Philippe Mesmer, 24.10.2008

http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-japon-le-taux-de-fecondite-remonte-legerement-en---1270.asp?1=1 

http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mographie_du_Japon

lire régulièrement Courrier International

Des idées qui détonnent

Au cours des années 80, il était venu à l’idée d’investisseurs japonais de créer une chaîne de maisons de retraite pour des Japonais…en Espagne de façon à libérer de la place dans l’archipel. Devant le scandale provoqué par cette exportation de vieux et vieilles en terre lointaine, aussi bien en Espagne qu’au Japon, l’idée a été abandonnée. On la retrouve en science fiction sous forme de croisière éternelle !  

 

. Pour la France

voir le site de l’Insee

http://www.insee.fr/fr/themes/detail.asp?ref_id=bilan-demo&reg_id=99&page=donnees-detaillees/bilan-demo/pop_age.htm

voir aussi le site de l'Ined qui vient de publier une étude de Gilles Pison "France 2008, pourquoi le nombre de naissances continue-til d'augmenter?"
lire également les travaux d’ Hervé Le Bras

http://www.ehess.fr/fr/enseignement/enseignements/2008/enseignant/2328/ 

 

Photos
EP pour Miss Japon, l’icône des T’Shirts,
Extra-Paul pour les photos des petites filles et des lycéennes joyeuses, avec mes remerciements
http://www.extrapaul.be/photos/
  

Voir les commentaires

Pierre-Yves Ginet, un photographe en résistance

29 Mars 2009, 09:06am

Publié par Elisabeth Poulain

 La résistance, Pierre-Yves Ginet de l'agence Rapho connaît bien. C’est le mot qu’il a choisi pour le titre de sa dernière exposition de photos. Elle a lieu à l’Hôtel de Région des Pays de Loire à Nantes, dans l’Ile Beaulieu, jusqu’au 6 mai 2009. Son titre « Femmes en résistance ». Vous aurez beau cherché, vous ne trouverez pas de photo de lui ; des femmes, oui. Des femmes battues, martyrisées, violées et qui se relèvent, repartent dans la vie, avec leurs cicatrices visibles ou invisibles, qui pleurent et rient, se mobilisent, s’encouragent et continuent. Des femmes debout, en marche, qui avancent et qui vont au charbon.

 

Parmi des milliers de personnes rencontrées et encore plus de photos qu’il ne compte évidemment pas, Pierre-Yves a choisi de mettre cinq de ces femmes à l’honneur. Avec à chaque fois, cinq éléments, à savoir une photo qui éclate, une ou des femmes, un verbe actif, un texte pour mettre la photo en perspectives dans une démarche active et l’histoire en verso.

 

Commencez par imaginez cinq rondes composées de cinq verbes en mouvement dans la photo à un endroit d’équilibre qui change à chaque fois. L’ordre de ces verbes change selon ce que le photographe entend mettre en lumière. Il appartient donc à celui qui regarde de fixer son ordre de lecture, à moins qu’il se détermine, comme moi par l’attrait, le lien avec certaines photos et moins d’autres.

 

Voici l’ordre  de Reconstruire :

--) SURVIVRE 1 --) RESISTER 2 --) EXISTER 3--) RECONSTRUIRE 4 --) MILITER 5 --)

 

Et l’ordre des autres photos en gardant la trace à chaque fois par la couleur du rang occupé dans la photo précédente: 

Survivre =  Militer 51, Résister 22, Survivre 13, Exister 34, Reconstruire 45, 

Résister = Survivre 131, Reconstruire 452, Exister 343, Résister 224, Militer 515

Exister = Militer 5151, Exister 3442, Survivre 1313, Résister 2224, Reconstruire 4525

Militer = Reconstruire 45251, Exister 34421, Militer 51513, Survivre 13314, Résister 22245    

 

J’ai choisi de vous parler plus spécialement de Survivre et de Reconstruire.

 

Survivre

C’est le premier devoir de vie envers soi-même et ses enfants, sans parler des autres. Elle est une femme réfugiée du camp de Riyad, El Geneina, au Soudan en 2004. Ce sont les femmes qui cherchent et portent l’eau. La photo a été prise en octobre 2004 pendant la saison des pluies, ce qui explique le temps menaçant. Le commentaire de Pierre-Yves : « Le simple accomplissement des besoins vitaux régit encore l’existence de millions de femmes qui affrontent chaque jour la guerre, la famine, la maladie. »
 

Reconstruire

Au Rwanda en 2005 à Nyagarambo, Dafrose Mukangarambe, une femme de 42 ans, rit aux éclats, sa petite fille Aline de 11 ans aussi. 11 ans et 9 mois auparavant, des miliciens ont violé et mutilé sa maman, Dafrose, après avoir tué ses cinq autres enfants. « Quand la violence s’éloigne, la remise en marche des sociétés incombe pour une large part aux femmes ». 

 

Résister

Nora Morales de Cortinas noue son panuelo (foulard) blanc autour du cou en signe de protestation contre la disparition de ses enfants par la junte militaire. Elle s’apprête à défiler sur la Place de Mai avec les autres mères. Buenos Ayres, juin 2006, avec ce commentaire : « face aux injustices et aux débordements des pouvoirs en place, des voix s’élèvent. Bien souvent des voix de femmes ». 

 

Exister rappelle la mutilation subie par les femmes stérilisées d’Anta au Pérou par le régime Fujimori. Hilaria Supa Huaman a fondé le Comité qui lutte depuis 2001 pour que justice soit enfin rendu à ces femmes. «  Affirmer son identité, ses droits, sa culture face à l’oppression d’un pouvoir central exige une lutte de tous les instants. » 
 

Militer

C’est ce que fait cette jeune caravanière à leur arrivée à Gulmim, la dernière ville avant le Sahara le 4 décembre 2004 «  D’autres situations imposent aux femmes de militer pour leurs droits : elles agissent et luttent sans violence en s’efforçant de rallier hommes et femmes à leurs causes ».

 

Et pour finir, voici l’ordre choisi par le photographe. On le trouve dans la plaquette de présentation de l’exposition. Un nouvel ordre, c'est donc une nouvelle harmonie de couleurs. Je triche pour aller plus vite:

                             

                 exister, résister, militer, survivre, reconstruire

 

Pour suivre le chemin

. L’expo rassemble 150 photos de femmes qui toutes, quelque soit leur lutte, oeuvrent à l’amélioration de l’avenir, le leur, ceux de leurs enfants, des autres et des enfants de leurs enfants à tous.

. Les trois autres photos que je cite sont visibles dans ce blog dans l'album "Personnes, Personnalités, Personnages".
. Le portrait de 11 femmes ligériennes complète l’exposition : Femmes ligériennes en résistance.

. www.paysdelaloire.fr
http://www.pierreyvesginet-photos.com/index.php?action=actualite&choix=actualite&lang=fr
. www. raphocorporate.com

Voir les commentaires

CESR > L'industrie et l'équilibre écologique de l'estuaire de la Loire

26 Mars 2009, 17:17pm

Publié par Elisabeth Poulain

Session du 20 mars 2009

Voici le texte intégral du projet adopté à l'unanimité par le CESR des Pays de Loire, en l'Hôtel de Région à Nantes,  vendredi dernier, le 20 mars 2009:

 

PROJET D'AVIS

 

sur saisine du Président du Conseil régional en préparation de l'Agenda 21

 

Activités industrielles et équilibre écologique de l'Estuaire

 

quelle ligne de conduite pour la Région ?

 

présenté par M. André TAMEZA,

au nom de la Commission n°4 "Transports, télécommunications, énergie"

 

Espace de vie, espace de nature, espace économique, l'estuaire de la Loire comme tous les débouchés de grands fleuves sur la mer, est un espace de l'extrême où doivent s’équilibrer les trois piliers du développement durable.

 

Longtemps, la priorité a été donnée à l’économie. Mais le progrès, la nouvelle donne économique, l’amélioration des connaissances, l’évolution des sensibilités par rapport à l'environnement et au fleuve font qu’il est possible aujourd’hui de concevoir, de mettre en œuvre et de faire partager un nouveau modèle de développement conciliant les différents usages. Le choix ne se pose donc pas ou plus entre un développement anarchique et irrespectueux et la sanctuarisation excessive d'un espace.

 

Si la conciliation des usages doit être équilibrée, cela ne signifie pas non plus qu'elle doive se réduire au plus petit dénominateur commun. Il faut au contraire rechercher à la fois l'excellence économique et l'excellence environnementale, pour proposer un territoire alliant qualité de vie et opportunités, éléments fondamentaux d'un territoire attractif.

 

L'intensité des enjeux et des risques de contradiction font de cet espace, depuis de nombreuses années, tout à la fois un terrain d'expérimentation d'outils d'aménagement du territoire de plus en plus sophistiqués et un lieu d'oppositions frontales, en particulier entre les associations de défense de l'environnement et le Port, principal aménageur de l'estuaire.

 

C'est dans cette perspective qu'il convient de replacer la question posée au CESR par le Président du Conseil régional, qui intervient à un moment propice du fait des opportunités d'évolution offertes par la réforme portuaire et d’une prise de conscience de la nécessité d’intégrer les principes de développement durable selon les dispositions du Grenelle de l’environnement.

 

Par ailleurs, cette réponse au Président du Conseil régional constitue une partie d’une étude plus large sur les atouts portuaires de la région, conduite actuellement par le CESR, et dans laquelle seront abordées des problématiques supplémentaires, mais qui ne concernent pas directement la présente saisine (l’économie portuaire par exemple).

 

L’estuaire fait partie de notre patrimoine et les déséquilibres constatés aujourd’hui mettent en évidence la nécessité d’un rééquilibrage entre ses fonctions économiques, environnementales, urbaines, culturelles et sociales. Pour la mise en œuvre de ce nouveau modèle de développement, il reste à définir et à faire partager une ambition, un projet, une gouvernance.

 


1             l'ESTUAIRE DE LA LOIRE : un espace de l'EXTREME

 

1.1        Un espace très règlementé

 

L’estuaire est un lieu d’échanges et de passage, un élément majeur d'un système hydraulique complexe. Lieu de vie pour les hommes, il l’est aussi pour une faune et une flore particulièrement riche et à préserver : les diverses fonctions de l'estuaire créent inévitablement des conflits d'usage. Mais loin d'être une zone de non-droit, l'estuaire de la Loire est au contraire un espace très encadré, par de multiples schémas, plans, réglementations et zonages élaborés par l’Union Européenne, l’Etat et les collectivités locales, dont les objectifs principaux sont la maîtrise de l'espace, la gestion de l'eau, la protection des zones naturelles et la protection contre les risques industriels. Pour ne citer que quelques dispositifs :

 

Documents généraux d'aménagement

  • la Directive territoriale d'aménagement (DTA) approuvée en 2006,
  • les Schémas de cohérence territoriale (SCOT) de Nantes – Saint Nazaire approuvé en 2007 et du Pays de Retz en cours d'élaboration,
  • les Plan locaux d'urbanisme (PLU) de différentes communes limitrophes de l'estuaire,

 

Lois, directives et zonages de protection des espaces naturels

  • Loi littoral votée en 1986, qui interdit toute construction nouvelle à moins de 100 mètres du rivage en dehors des zones urbanisées,
  • Zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique 1 et 2 (ZNIEFF),
  • Zones Natura 2000 intégrant des zones de protection spéciale (ZPS) issues de la Directive Oiseaux et les zones spéciales de conservation (ZSC) issues de la directive Habitats…
  • Arrêtés de protection biotope (APB), sites inscrits et classés,
  • Réserves naturelles régionales et nationales,
  • Terrains du Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres,
  • Espaces naturels sensibles départementaux (ENSD),

 

Lois et schémas de protection de l'eau

  • Loi sur l'eau votée en 1992, mettant en place le Schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) Loire – Bretagne (1996) et le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) Estuaire de la Loire, à un niveau plus local,
  • Directive-cadre sur l'eau, adoptée en 2000 par l'Union européenne, qui fixe à 2015 le retour au bon état écologique des eaux et des milieux aquatiques.

 

Règlements et zonages de protection contre les risques industriels accidentels et les risques de pollution chronique (pour la qualité de l'air et de l'eau)

  • Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), en fonction du risque qu'elles représentent
  • Autorisations avec servitude pour les établissements à haut risque accidentel (dits sites "Seveso seuil haut" ou "Seveso II") et plan de prévention des risques technologiques (PPRT) autour de ces sites,
  • Plan régional santé – environnement (PRSE) adopté en 2005, qui prévoit parmi ses actions prioritaires la réduction des émissions aériennes de substances toxiques d'origine industrielle et la réduction des émissions d'oxydes d'azote des installations industrielles
  • Plan régional pour la qualité de l'air (PRQA) adopté en 2002, plan de protection de l'atmosphère (PPA) de Nantes – Saint Nazaire approuvé en 2005

 

Ceci conduit certains acteurs à penser qu’aucune initiative n’est désormais possible dans l'estuaire, à cause de la superposition de ces différentes mesures. Il est en effet possible de s'interroger sur leur abondance, leur lisibilité et finalement leur efficience. Il faut néanmoins rappeler que tous ces schémas et réglementations ont été mis en place successivement, en réponse à des préoccupations environnementales plus fortes et à des enseignements tirés d'accidents intervenus en France, en Europe et dans le monde. 

 

Une analyse consolidée de toutes les mesures de protection mériterait d'être conduite pour en apprécier finement les conséquences et dégager des perspectives économiques et sociales tangibles.

 

 

1.2        Un espace hébergeant des activités économiques majeures

 

Le contexte

 

L’économie de la Loire-Atlantique compte environ 150 000 emplois industriels directs, soit 44% de l’emploi privé départemental. 43% de ces emplois industriels sont concentrés sur Nantes métropole.

 

Ce socle industriel important se caractérise par la diversité de ses activités et la présence de pôles d’excellence. S'il trouve ses fondements historiques autour de l’estuaire de la Loire, au fil des années l’industrialisation du département s’est développée en dehors des zones portuaires, sur les deux pôles urbains de Nantes et de Saint Nazaire, sur les pôles d’équilibre qui maillent le département, comme Ancenis, Machecoul, Châteaubriant… et de façon diffuse sur l'ensemble du territoire.

 

Le Grand port maritime

 

Avec un trafic en 2007 de 34,1 MT, dont deux tiers de trafic énergétique, et jouissant d’une excellente situation financière, le Grand port maritime de Nantes – Saint Nazaire est le premier port français de la façade atlantique et le quatrième port de commerce français.

 

Le port compte 1800 salariés directs. Mais une étude récente de l’INSEE montre que les activités indirectes, notamment les industries qui ont besoin de la présence du Port, emploient 6800 salariés, tandis que les activités induites par le port et les établissements industriels emploient 4200 personnes. En ajoutant à cela les emplois de sous-traitance, de transport et d'administration, ce sont 16 000 emplois qui dépendent de l'existence du port selon l’INSEE.

 

Le Grand port maritime de Nantes – Saint Nazaire connait actuellement une mutation économique et culturelle importante, consécutive à la réforme portuaire et à son déploiement local selon les orientations de son plan stratégique. Ces orientations, qui seront proposées prochainement à ses instances, peuvent ouvrir des perspectives nouvelles concernant la gestion des espaces.

 

Le pôle industriel et ses projets de développement

 

L’estuaire accueille des fleurons industriels, dont un pôle énergétique d’envergure nationale. Parmi les principales entreprises ayant un rapport avec l'estuaire, il convient de citer :

  • STX : construction navale ;
  • AIRBUS qui a choisi Montoir et Bouguenais pour les compétences et les disponibilités foncières. Le fleuve conforte ce choix en permettant le transport maritime des grands éléments d’A380 entre les deux sites de Bouguenais et Montoir, puis entre Montoir et Bordeaux ;
  • TOTAL : deuxième raffinerie de France et plus de 40% du trafic du port ;
  • GDF-SUEZ : terminal méthanier qui assure 20% des approvisionnements en gaz de la France, et une centrale de production électrique de 425 MW prochainement mise en service ;
  • EDF : centrale électrique thermique au fuel et charbon, dont la capacité de 3000 MW sécurise l’approvisionnement de l’ouest, et principalement de la région Bretagne ;
  • CARGILL : alimentation animale et production de biodiesel (unité récemment mise en service à Montoir) ;
  • YARA : production d’engrais ;
  • ARCELOR MITTAL qui produit à Basse Indre des aciers plats pour les emballages ;
  • DCNS : appareils propulsifs pour les navires ;

 

Des projets de développement des industries existantes, sur leur propre site, sont actuellement à l’étude, ou prêts à être réalisés sur l’estuaire, si toutefois ils sont assurés de bénéficier d’un fort soutien local afin de faciliter leur acceptabilité par les populations. L'ensemble de ces projets représente un montant de 1,5 à 2 milliards d'euros d'investissements. GDF – SUEZ a ainsi engagé la construction d'une centrale de production électrique d'une capacité de 425 MW, en cycle combiné-gaz, à proximité de son terminal méthanier de Montoir, dont la quatrième cuve sera mise en place en 2013. Par ailleurs, une nouvelle "tranche" est envisagée en remplacement de la tranche fioul n°1 de la centrale électrique EDF de Cordemais. Total prévoit la mise en place d’une unité de désulfuration à la raffinerie de Donges, afin de traiter les nouveaux fuels plus chargés en soufre. Le contournement de la raffinerie par le déplacement de la ligne ferroviaire est également nécessaire. Enfin, le grand port maritime de Nantes – Saint Nazaire prévoit d’ici 2010 la création d'un nouveau terminal conteneurs, sur un quai de 1600m, avec l'objectif d’accueillir 500 à 600 000 conteneurs EVP (Equivalents vingt pieds) par an. Ce projet nécessiterait le déplacement du terminal roulier sur le site de Méan.

 

Si à l’échelle locale, l’estuaire peut être perçu comme un lieu de densité urbaine et économique, cette densité reste extrêmement modérée à l’échelle des grands ports européens du nord. Pour autant, il ne faut pas sous-estimer le poids économique ni les risques inhérents au complexe industrialo-portuaire de la Basse –Loire, qui concentre une part importante des sites Seveso de la région.

 

Une agriculture dynamique et diversifiée

 

A cette diversité industrielle s'ajoute une agriculture dynamique qui représente 14000 actifs sur l'estuaire. Sa production est diversifiée : maraîchage (production de fleurs et de légumes), cultures fourragères et surfaces en herbe, cultures céréalières, productions laitières et de viande bovine.

 

L'ensemble de ces territoires agricoles (espaces réservés à l'acticité agricole dans les PLU) et des espaces protégés pour la qualité des sites ou de la nature souvent utilisés par l'agriculture (comme par exemple les prairies de Loire), représentent 80% du territoire du SCOT métropolitain, et 90% du territoire du SCOT du Pays de Retz. Ces espaces jouent un rôle majeur dans les équilibres de la métropole. L'agriculture de l'estuaire connait néanmoins certaines difficultés : problèmes de transmission, poussée urbaine, cohabitation difficile avec d'autres activités, mauvaise gestion hydraulique (conditions d'envasement et de remontée de sel). La contribution de cette agriculture extensive, productrice de fourrages, est essentielle en zones humides pour la préservation de la biodiversité. Il est donc indispensable de la soutenir, en développant une meilleure gestion et configuration du réseau et des ouvrages hydrauliques et en améliorant les conditions d'alimentation de ce réseau depuis la Loire.

 

 

1.3        Un espace fragile marqué par l'omniprésence de l'eau

 

Le contexte

 

L'estuaire est intégré à un système écologique complexe, dont les enjeux dépassent ses seules frontières. Par exemple, les vasières, formées dans les surfaces recouvertes et découvertes deux fois par jour par les eaux mêlées du fleuve et de l'océan, abritent des vers, crustacés et mollusques qui constituent une ressource alimentaire essentielle pour de nombreux poissons et oiseaux, sédentaires ou migrateurs, qui fréquentent l'estuaire. L'estuaire assure ainsi une fonction nourricière pour les poissons et les oiseaux, et une fonction d’accueil des migrations et de nidification des oiseaux.

 

Les questions concernant la qualité de l'eau du fleuve illustrent également la complexité du fonctionnement de l'estuaire, et montrent la nécessité de le doter d'une gouvernance renouvelée.

 

L’estuaire est l’embouchure d’un fleuve qui recueille les eaux de ruissellement de son bassin versant. La Loire est d’une part une source de prélèvement en eau et d'autre part un espace d’accueil des eaux usées retraitées. Ses rives accueillent des zones urbaines, des zones d’activités, de loisirs, ainsi qu’un complexe industrialo-portuaire. L’ensemble de ces activités, de la source du fleuve à la mer, agissent sur la qualité des eaux et l’équilibre du milieu estuarien.

 

Les différentes mesures et études montrent une qualité de l'eau médiocre dans l'estuaire. Des analyses effectuées en 2000 ont ainsi montré que seulement 25 % de l'Estuaire était considéré en bon état écologique.

 

Les origines  multiples de pollution de l’eau de l’estuaire

 

Ø      L'industrie

 

Parce que les accidents visibles et spectaculaires marquent durablement les esprits, les établissements industriels en aval sont souvent montrés comme les principaux responsables de la mauvaise qualité de l’eau du fleuve dans son estuaire. Pourtant, les industriels ont réalisé ces dernières années d’importants investissements, afin de respecter des normes de rejets de plus en plus strictes. Les rejets de matières organiques et de matières en suspension des principaux émetteurs ont diminué de 30% en dix ans, et les rejets de métaux ont été réduits de 80% sur la même période.

 

Des progrès restent néanmoins à accomplir afin de limiter les besoins en eau des grandes industries de l’estuaire, qui sont de deux natures : l’eau prélevée sur la ressource en eau potable et l’eau prélevée dans la Loire. Les principaux utilisateurs sont la centrale EDF de Cordemais qui prélève de l'eau pour ses échangeurs et rejette de l'eau chaude, le terminal méthanier GDF-SUEZ qui prélève de l’eau pour la gazéification et rejette des eaux froides, et la raffinerie TOTAL qui s’alimente sur le réseau d’eau potable de la communauté d'agglomération de Saint – Nazaire (CARENE).

 

Des solutions sont actuellement recherchées par les industriels, afin d’économiser la ressource en eau et de sécuriser leurs approvisionnements. Ainsi, le projet de centrale électrique à cycle-combiné gaz de GDF-SUEZ a été étudié pour alimenter en thermies le terminal méthanier au vu des besoins nécessaires aux échanges thermiques. La nouvelle tranche en projet de la centrale EDF de Cordemais utilisera des échangeurs d’une nouvelle génération permettant de recycler l’eau de refroidissement et ainsi de limiter les prélèvements et rejets en Loire. Enfin, deux études ont été menées sur l’utilisation par les industriels des eaux brutes émises par les stations d’assainissement de Nantes métropole (Neptune) et de la CARENE mise en service prochainement à Donges.

 

Hormis les éventuels accidents pouvant survenir (comme le déversement de fuel en Loire en 2008 à cause de fuites dans les canalisations de la raffinerie TOTAL), l’importance des rejets dans l’eau par l’industrie en aval doit donc être relativisée.

 

Ø      Les autres sources de pollution

 

Les ruissellements expliquent également la mauvaise qualité de l’eau de la Loire, ainsi que les rejets dont les sources sont multiples : le ravinement des berges qui provoque le déversement de déchets organiques, les traitements des sols par des engrais, les déchets des élevages, l’absence d’assainissement des habitats et des activités économiques diffuses, le lessivage des sols et des routes, les comportements individuels, ou encore les insuffisances de capacité et de performance des stations d’épuration présentes le long du fleuve. Les stations d'épuration de Nantes sont en effet récentes et performantes, et leurs rejets ont un impact limité sur la pollution dans l'estuaire, mais ce n'est pas encore le cas de toutes les stations d'épurations.

 

Ces rejets, ponctuels ou diffus, interviennent sur l'Estuaire lui-même, mais aussi très en amont. Par exemple, la Maine apparaît comme une source non négligeable de nitrates d'origine urbaine ou agricole, contrairement aux autres affluents. Les concentrations de la Maine dépendent des excédents agricoles et des rejets d'épuration de la Baumette en aval d'Angers.

 

Ø      L'impact des modifications morphologiques de l'estuaire

 

Enfin, la morphologie contrariée et l’hydraulique du fleuve, qui ont été modifiées dès le 18ème siècle entre Nantes et Saint – Nazaire, expliquent la qualité relative de l'eau de l’estuaire. Ces aménagements ont été réalisés pour permettre la navigation sur le fleuve, limiter les conséquences des crues, aménager les villes, et favoriser le développement des activités maritimes, fluviales et industrialo - portuaires. Ils ont donné à l’estuaire une forme d’entonnoir, et ont créé un chenal et un bassin de marée afin de favoriser l’intrusion de l’onde de marée (qui remonte sur 90 kilomètres), pour faciliter le chenalage des bateaux.

 

Ces travaux n'ont pas été sans conséquences sur le fonctionnement hydro-sédimentaire de l’estuaire : ils ont accru le bouchon vaseux et la vitesse des courants, abaissé la ligne d’eau d’étiage de plusieurs mètres, et favorisé l’envasement du lit du fleuve et des systèmes hydrauliques associés ainsi que la remontée de la salinité... L’ensemble de ces phénomènes a considérablement réduit les capacités d’auto épuration du fleuve. Tout en apportant richesse et développement, les transformations humaines ont fragilisé et perturbé un système qu’il s’agit désormais de restaurer.

 

Ø      Les restaurations en cours

 

La restauration du système hydraulique est l’objectif du vaste plan de restauration des cours d’eau, des zones humides et de l’ensemble du bassin versant, prévu dans le cadre du SDAGE et du Plan Loire 2007 – 2013. L’examen de ces mesures (d’un total de 2,9 milliards d’euros) permet d’ailleurs de situer les enjeux et de montrer la multiplicité des sources de pollution : 44% du budget est destiné au traitement des pollutions d’origine agricoles, 27% à la morphologie du fleuve, 20% aux pollutions des collectivités et des activités industrielles du bassin versant.

 

Par ailleurs, les collectivités réalisent également des investissements importants en assainissement, et de nouvelles pratiques agricoles se mettent en place, notamment dans les installations d'élevage. La "directive nitrates" nécessite en particulier de maîtriser les intrants et entrants sur les zones vulnérables, afin de protéger la ressource en eau. Comme les industriels, les agriculteurs réalisent des efforts de mise aux normes de leurs installations. Néanmoins, ces actions ne permettront pas de respecter les critères de qualité des eaux fixés à 2015 par la loi sur l’eau.

 

Ainsi de nombreux éléments déterminant la qualité de l’environnement de l'estuaire sont déterminés bien en amont de celui-ci. C’est pourquoi une gouvernance à un niveau plus global paraît nécessaire.

 

 

1.4        De multiples structures de gouvernance et de concertation

 

Association communautaire de l'estuaire de la Loire (ACEL), GIP Estuaire, Comité de l’estuaire, Comité de développement du port, Agence de l'eau Loire – Bretagne, Comité de gestion des poissons migrateurs (COGEPOMI), syndicats mixtes du SCOT Nantes – Saint Nazaire et du SCOT du Pays de Retz… les comités, les instances de concertation sur le territoire de l'estuaire sont nombreuses et peuvent donner le sentiment d’une organisation multiforme dispersée. En réalité, chacun évolue dans le cadre de missions précises, l’estuaire est donc un espace dont la gestion est au minimum concertée. Les différents acteurs connaissent les travaux et les compétences des uns et des autres, et savent s'entendre pour mener à bien des actions concrètes : ainsi, par exemple, le Port a été choisi comme maître d'ouvrage par le GIP Estuaire pour restaurer 100 ha de zones humides ; et l’Agence d'urbanisme de la région nantaise (AURAN), qui a été le maître d’œuvre du SCOT métropolitain de la rive nord, et qui fait actuellement le même exercice pour le SCOT du Pays de Retz sur la rive sud.

 

L’ensemble manque cependant de lisibilité pour les non initiés et force est de constater que certaines instances ne jouent plus le rôle qui avait initialement motivé leur création, comme l'ACEL, véritable lieu de coordination et de décision de l’action des collectivités locales dans les années 80-90 qui a produit notamment le programme concerté de l’estuaire de la Loire, tandis que d'autres peinent à émerger, comme le Comité d'Estuaire qui ne s'est réuni qu'une seule fois pour son installation en janvier 2008.

 

De plus, les différentes instances réunissent souvent les mêmes acteurs, sur des problématiques redondantes qui concernent des territoires qui se chevauchent. Ainsi, la réforme portuaire, votée en 2008, prévoit la création d'un Conseil de développement durable du port, composé de trente membres, représentant des milieux professionnels, sociaux et associatifs ainsi que des collectivités locales et de leurs groupements. Organe consultatif, il est amené à se prononcer sur les sujets stratégiques (définition du plan stratégique et de la politique tarifaire). Certaines décisions ne pourront être prises qu'après avis du conseil de développement. Les membres composant le conseil de développement du port siègent ensemble dans d'autres instances comme l'ACEL, le Comité Estuaire ou à l'assemblée générale du GIP Estuaire.

 

Ces chevauchements interrogent sur la complémentarité de toutes ces instances.

 

 

2             Préconisations en faveur d'UNE EXCELLENCE ECONOMIQUE ET ENVIRONNEMENTALE

 

2.1        Conjuguer le développement économique, la maîtrise foncière, la gestion de l'eau et la valorisation des espaces naturels

 

Préparer l'avenir

 

Le fleuve est un espace de vie exceptionnel, qui accueille désormais toutes les activités humaines : résidentielles, industrielles, tertiaires, commerciales, touristiques et culturelles. Le succès des plages aménagées dans l'agglomération (comme par exemple la carrière de la Roche Ballue à Bouguenais), les transports en commun de passagers (Bateaux-bus) ou les évènements culturels comme Estuaire 2007 illustrent le fait que la population s'approprie, se réapproprie le fleuve et son environnement, et que la préservation de ses paysages, l’amélioration de la qualité de l’eau et de l’air, ne sont plus des contraintes mais des atouts de développement.

 

Loin d'être antinomique, la protection de l'environnement peut offrir des possibilités de développement intéressantes. Par exemple, la récupération de CO2 d’origine industrielle représente une opportunité pour le développement de projets de production d’énergie à partir de biomasse issue des micro-algues. Un démonstrateur est actuellement à l’étude à proximité d’un site industriel de l’estuaire. De tels projets ouvrent des perspectives d’avenir vers une diversification du pôle énergétique national de l’estuaire aujourd’hui exclusivement centré sur les énergies fossiles.

 

Les zones encore disponibles, comme par exemple le site du Carnet, doivent être réservées, afin d'accueillir ces diverses opportunités nouvelles le moment venu. Plus généralement, l’espace en zone portuaire, disponible, non contraint par les différents zonages de protection, est rare, surtout en bord de fleuve. Il faut donc savoir l’utiliser et le gérer avec pertinence en n’hésitant pas à être sélectif sur les projets qui peuvent s'y implanter et en sachant constituer des réserves pour les projets futurs. Une politique foncière globale et sur le long terme est plus que jamais nécessaire. Les développements rapides d'Airbus France, inimaginables il y a encore 10 ans, ont été possibles à Bouguenais et Montoir parce que des réserves foncières existaient à proximité pour accueillir les nouveaux ateliers de l'A380, de l'A350 et de l'A400M. Dans le cas contraire, ces activités auraient été réparties sur d'autres sites européens. Une gestion durable et responsable de l'estuaire impose donc de prendre des mesures de précaution, et d’anticiper la conservation de zones réservées sans que leur finalité ne soit pour le moment précisée.

 

Par ailleurs, le port doit rester accessible par la route et le fer dans des conditions de fluidité facilitant le transport des marchandises. Il faut donc réserver, dans les différents plans d’urbanisme, les corridors permettant la réalisation des infrastructures ferroviaires et routières, comme par exemple le contournement de la Raffinerie de Donges par la ligne ferroviaire, ou le dégagement de la plate-forme logistique vers les différentes zones industrielles rétro-portuaires. Ces aménagements structurants sont en effet difficiles voire impossibles à réaliser dans des espaces déjà construits.

 

Chercher une stratégie globale et la cohérence entre les schémas

 

Les DTA, SCOT et PLU sont des documents prescriptifs qui définissent la vocation, les perspectives, l’organisation et l’usage des sols d’un territoire concerné. Mais certaines anomalies constatées sur le terrain montrent qu’un travail de mise en cohérence et de contrôle est nécessaire. Ainsi à Cordemais, un lotissement a reçu l'autorisation de la mairie de s'installer sous une ligne très haute tension de 400 000V proche de la centrale. Par ailleurs, le PLU de la commune de Donges et le SCOT Nantes – Saint Nazaire n'intègrent pas le contournement ferroviaire de la raffinerie Total de Donges, pourtant indispensable. Il faut souligner le fait que les collectivités supra-communales, comme le Département ou la Région, sont habilitées à émettre un avis en tant que personnes publiques associées lors de l'établissement des PLU et des SCOT, mais qu'elles n'exercent que rarement cette possibilité.

 

Un espace tel que l'estuaire, qui concentre des enjeux si importants, exige que l'ensemble des SCOT soit mis en cohérence à une échelle géographique pertinente, qui peut être l'échelle départementale.

 

La DTA existante, dont l'objectif est de fixer, sur certaines parties du territoire, les orientations fondamentales de l'Etat en matière d'aménagement et d'équilibre entre les perspectives de développement, de protection et de mise en valeur des territoires, va prochainement être "toilettée" et pourrait perdre son caractère opposable. Cette décision ne serait pas souhaitable. L’estuaire, qui a toujours connu tout au long de l'histoire des conflits d’usage, a besoin d’une stratégie d'aménagement global. L'Etat, qui possède le pouvoir législatif, doit garder cette responsabilité.

 

Une gestion différenciée des espaces à vocation économique

 

Ø      Les espaces "bord à quai"

 

La construction en bord de Loire est strictement encadrée par la loi et les règles d’urbanisme. Les possibilités de construire en rives de Loire sont donc extrêmement limitées. En dehors des villes où existent des projets de reconversion de friches industrielles en quartiers d’habitations (bas de Chantenay à Nantes, site de Soferti à Basse – Indre par exemple), il n’existe que très peu d’espaces pouvant accueillir des activités industrielles. La rareté implique que ces espaces en bord de fleuve soient exclusivement réservés à des entreprises dont l’activité nécessite une présence proche de la Loire ou d’un quai.


Ø      Les espaces "rétro-portuaires"

 

Le maintien et le développement des industries déjà présentes dans l'espace restreint de l'estuaire constituent l'objectif commun de l'ensemble des acteurs, dans le respect des principes du développement durable. Les conditions favorables à ce développement doivent être mises en place, en s'appuyant sur le port, dont l'existence génère des activités industrielles et une importante filière logistique, aussi bien maritime que terrestre.

 

L’accueil d’industries et d’activités nouvelles, le transfert et l'extension d’entreprises existantes qui n'ont pas besoin d’être bord à quai, doit se faire dans les zones rétro-portuaires et sur l'ensemble de l’hinterland, qui dispose de réserves foncières suffisantes (par exemple 2500 hectares disponibles en Loire – Atlantique). Cette répartition sur le territoire nécessitera des infrastructures de communication adaptées.

 

Ø      Les espaces portuaires

 

Les futurs aménagements du Port vont désormais s'effectuer vers l’aval de ses installations actuelles et vers le site de Méan, des collaborations étant par ailleurs recherchées avec des plateformes logistiques terrestres arrière (par exemple à Donges au nord-est des installations portuaires ou à Savenay sur la ligne ferroviaire). Le développement du Port va donc désormais s'effectuer à périmètre aménagé globalement constant, alors que seulement 1300 hectares sont aménagés, sur les 6400 hectares que compte le domaine portuaire. Il est probablement possible de mieux utiliser l’espace portuaire et de reconstruire les sites industriels sur eux-mêmes, sur le principe des villes, mais il faut souligner que les plans de protection des risques technologiques (PPRT) établis autour des sites classés Seveso II créent des servitudes qui limitent la constructibilité des zones portuaires, notamment sur Donges et Montoir.

 

 

2.2        Expertise – concertation – décision : les trois piliers d'une gouvernance durable de l’Estuaire

 

Historiquement, le fleuve a été un outil de production. Fleuve et port se confondaient, le gestionnaire était d’ailleurs le même. Peu accessible, l’estuaire est un espace méconnu. Mais l’émergence de préoccupations nouvelles laisse penser que le futur de l’espace estuarien sera fondé sur la conciliation entre ce qui constitue son économie aujourd’hui et la valorisation du patrimoine naturel que constituent l’eau, le fleuve et ses paysages.

 

La mise en œuvre de ce nouveau modèle de développement ne passe pas par des mesures de protections supplémentaires ou par des aides à l’installation, mais il implique une bonne connaissance du système estuarien, l’expression d’une ambition réaliste et la construction d’un projet partagé, qui équilibre les différentes valeurs d’usage et qui concilie les grandes fonctions de l’estuaire : l’économie, l’environnement, l’urbain, les dimensions sociale et culturelle.

 

Sa mise en œuvre ne pourra donc se faire que dans le cadre d’une gouvernance renouvelée de l'estuaire, répondant à trois besoins principaux : le besoin d’une expertise partagée, le besoin de concertation et le besoin d'un lieu de décision qui rassemble l’ensemble des acteurs.

 

Le besoin d’une expertise partagée

 

Pour construire un projet partagé, les acteurs intervenant sur ce territoire ont besoin de références et d’une expertise dont la qualité et l’indépendance sont reconnues par toutes les parties. Le GIP Estuaire émerge comme un lieu d’expertise reconnu et assumant actuellement cette fonction de façon satisfaisante, sur les sujets liés au fleuve et à son environnement immédiat. Ses analyses et conclusions sont adoptées par l’ensemble des acteurs dont les visions peuvent parfois être divergentes. Mais il ne restera cette référence pour toutes les parties que s’il se limite à ce rôle essentiel d’expertise, qu’il n'assume pas d'autres missions. Il devra disposer par ailleurs des moyens nécessaires et des garanties de son indépendance.

 

Le GIP Estuaire, naturellement, poursuivrait et développerait sa mission d’information auprès de la population, en cohérence avec les orientations de la nouvelle gouvernance.

 

Le besoin d’une concertation ouverte pour construire un projet partagé

 

Toute stratégie de long terme implique que les acteurs partagent une même ambition pour le fleuve et son estuaire. Une instance de concertation globale est plus que jamais indispensable, pour élaborer et s’approprier cette ambition. En somme, l'Estuaire a besoin d'un "conseil économique, social et environnemental", lieu de construction d'un projet collectif.

 

La tentation pourrait être de s’appuyer sur des instances installées par la loi, comme par exemple le conseil de développement durable du Port. Mais une instance intégrée à la gouvernance du Port n’envisagerait pas les questions sous le même angle qu'une instance dédiée à l'estuaire. D'autant que si elles ne sont désormais plus identiques, la gouvernance du Port et celle de l'estuaire ont longtemps été étroitement liées, le Port étant l'aménageur et le gestionnaire du fleuve. Il importe que la distinction entre les deux soit désormais affirmée et concrétisée.

 

Le comité d’estuaire pourrait être à même de prendre ce rôle en charge, dès lors qu'il associe l'ensemble des partenaires concernés. Il est en effet important, pour une concertation de qualité dans l’estuaire, que tous les acteurs soient associés à cette concertation sans exclusion, qu'ils soient institutionnels, économiques, environnementaux ou sociaux.

 

Le besoin d'une gouvernance garante de la mise en œuvre d'un projet partagé

 

La mise en œuvre et le financement du projet partagé nécessite une instance exécutive qui en aurait la charge et les moyens de l'exécuter. En conséquence, une telle instance doit impliquer les acteurs territoriaux issus du suffrage universel, disposant des compétences en matière d'aménagement du territoire et pouvant mobiliser les fonds nécessaires, soit l'Etat et les collectivités territoriales concernées : la Région, le Département, les communautés de communes et d'agglomération au nord et au sud de la Loire. La gouvernance serait légitimée par un accord entre ces deux groupes d'acteurs.

 

Cette instance devra être dotée d’un cadre juridique formel pour asseoir son autorité. L'hypothèse d'un établissement public inter-collectivités, garant de la mise en œuvre du projet partagé, mériterait d'être étudiée. Néanmoins, un cadre juridique rigide ne remplacera pas une volonté réelle des protagonistes de travailler ensemble et en vérité.

 

Cette instance de décision, le GIP Estuaire et l'organe de concertation pourraient être, le moment venu, regroupés dans un même lieu, lieu d’information et de documentation, où seraient présentées les différentes problématiques et politiques publiques mise en œuvre sur cet espace.

 

La Région garante de la cohérence entre l'amont et l'aval

 

La Région a donc un rôle important à jouer aux côtés des autres institutions, et en complémentarité avec elles.

 

Elle seule peut veiller à la cohérence des politiques publiques entre l'aval (en Loire-Atlantique) et l'amont (en Maine-et-Loire et dans les autres régions). Elle devra par exemple s'assurer que l'amont soit également engagé dans des politiques fortes de maîtrise des rejets polluants.

 

En tant que chef de file en matière de développement économique, la Région doit intégrer les enjeux de l’estuaire dans ses politiques économiques territorialisées. 

 

Elle doit par ailleurs jouer plus souvent son rôle de personne publique associée (PPA), en s'assurant que les documents d’urbanisme (SCOT et PLU) intègrent ses recommandations.


Source
 http://cesr.paysdelaloire.fr/index.php?id=38

Enfin, elle deviendra également un acteur clé lors de la création de l'Etablissement public foncier régional, qui pourra largement contribuer à l'aménagement intégré de l'Est

Voir les commentaires

WBW12 > Les Habits du Vin d'Expression > La Terre et le Ciel

26 Mars 2009, 10:32am

Publié par Elisabeth Poulain

Le ciel, cet espace infini

Comme le ciel, l’espace est difficile à visualiser sur une petite surface.  Une solution serait de ne rien montrer sur l’étiquette. C’est le pas que des vignerons américains ont franchi avec une étiquette totalement blanche et vide.  C’est aussi le rêve de certains en France de présenter une bouteille sans aucune indication, nue comme au premier jour de la Création et qui se suffirait à elle-même. C’est un rêve devenu presque une réalité quand l’étiquette devient transparente ou si petite qu’on ne la voit plus. Pour suggérer l’infini, il existe néanmoins d’autres idées, comme les étoiles et la lune la nuit, le ciel, les nuages, les oiseaux ou les papillons le jour. Il suffit alors de lever la tête pour regarder l’infiniment grand de la voûte céleste et se poser la question  ‘que me dit le ciel aujourd’hui ?

 

239. Une seule vigneronne a eu cette idée de célébrer le ciel qui chaque jour renaît et chaque jour change, qui est la manifestation la plus forte de l’ordre sacré de l’univers. Marie-Annick Lemaire signe ainsi tous ses vins de Vouvray, ici un sec représenté ici avec une grue, symbole en Asie de prospérité, de pureté et de vitalité.

 

La pluie, les nuages

Ils ne viennent pas spontanément à l’esprit. Difficile de dire que la pluie figure en tant que telle sur une étiquette de vin. Pourtant c’est d’elle que dépend la fertilité de la terre. Elle est source de fécondité. Par contre les nuages annonciateurs de la pluie, oui, il y en a.

 

240. Les plus beaux sont ceux de Pascal Jolivet pour des Sancerre et des Pouilly sur Loire; le blanc porte des nuages gris-noirs, le rosé des nuages orangés et le rouge des nuages violets-mauves. Quant au Pouilly-Fumé, ses nuages sont vert-gris. Ces nuages bienveillants et étonnants de présence créent une atmosphère d’attente et d’évanescence.

- Il est plus fréquent de trouver un cumulo-nimbus bien rond annonçant le beau temps dans un ciel clair pour meubler l’espace au-dessus du chai. C’est le cas pour le Muscadet Sèvre et Maine sur lie du Domaine de la Cognardière de Dominique et Vincent Richard.

 

Le vent

Il est difficile à représenter en tant que tel. Dans les vignes, on en parle surtout pour s’en protéger, comme par exemple à Saint-Nicolas de Bourgueil ou à Bourgueil contre le vent du Nord qui voit sa course freinée par les bois du haut du plateau, avant la descente face au sud vers la Loire. Quelques vignerons arrivent à en parler de façon directe et positive.

- Au Domaine des Guyons, Franck et Ingrid Bimont ont donné le nom de la Cuvée Vent du Nord  à un Saumur parce qu’il rafraîchit avec bonheur l’été leur chai ouvert plein sud dans une cour blanche de falun qui retient la chaleur du soleil.

 

Le vent d’Ouest

Il apporte la douceur océanique le long de la Loire, ce vent qui transporte les graines de plantes qui aiment la chaleur et que l’on retrouve tout au long des rives de la Loire jusqu’à Saumur et plus. Sur terre toujours mais sur les collines, une façon très féconde au niveau de la symbolique de faire parler le vent est de dessiner un moulin dont les ailes tournent pour broyer le grain qui donne la farine. Le lien se fait naturellement entre le vin et le pain avec l’aide du vent qui fait tourner les ailes du moulin. Le meunier était un personnage important de la communauté villageoise avec le maréchal-ferrant, le laboureur et le vigneron. En France le vin est associé au pain pas seulement pour la rime mais par l’histoire, surtout dans notre région d’ouest. Les ailes des moulins transmettaient des informations vitales aux ‘Vendéens’, ces  royalistes en lutte contre les forces de la Convention (1793-1796). Plus pacifiquement de nos jours, les moulins  connaissent une nouvelle vie de résidence secondaire grâce aux restaurations entreprises par leurs nouveaux propriétaires.

 

241. Quand on met le clocher de l’église à droite de l’étiquette, face au moulin aux ailes déployées à gauche, on comprend bien que la vigne placée entre ces deux totems bénéficie d’une double protection, surtout quand l’étiquette est ronde, la forme parfaite. C’est le cas par exemple du Grolleau gris de Joël Hérissé du Moulin de la Touche.

 


242. Un Muscadet-Sèvre et Maine sur lie se présente avec un moulin, sous le nom de Château de la Gravelle, Cuvée Don Quichotte, de Véronique Gunther Chéreau de Saint-Fiacre sur Maine. 
 

 

243. Le moulin du Domaine des Saints Martins des Vins Thomas a été démantelé pierre à pierre pour ne plus avoir à payer le lourd l’impôt qui frappait l’outil de travail du meunier. Il en reste aujourd’hui l’embasement. C’était en 1900 le plus grand moulin autour de Tigné. De nos jours, il existe encore pour tous les vins du domaine dont un Blanc de pays, Chardonnay.

 

244. Il existe aussi, à la Maison Couly-Dutheil, un Saumur ‘Les Bondonnières’ avec un dessin que l’on dirait ancien et fort en couleur. Un autre moulin donne son nom à un Couly-Dutheil Saumur blanc, celui de Turquant.

 

245. Le Clos du Grand Beaupréau est actuellement travaillé par trois vignerons qui ont adopté en commun un macaron portant l’emblème du moulin pour leur Savennières. La seule autre contrainte est d’utiliser le blanc et le gris. Yves Guégniard du Domaine de la Bergerie est l’un d’eux.

 

Les oiseaux

Sur terre, la présence du ciel peut aussi être matérialisée par les oiseaux terrestres, des libellules et surtout les papillons car ils sont censés représentés la grâce féminine et de ce fait parler aux femmes. Les oiseaux de terre sont surtout retenus pour leur grâce, leur chant, la chatoiement de leur plumage ou leur finesse plus que pour leurs prouesses de vol athlétique.   

 

246. Christophe Daviau a choisi une grive qui symbolise la légèreté et la vitesse, avec ses ailes déployées pour son Crémant de Loire du Domaine de Bablut à étiquette blanche.

 



La nuit

Quand le soleil tombe, tout change. Ce sont les étoiles et la lune qui nous font rêver. L’ambiance se moidifie, les perceptions aussi, comme les vins  et leurs représentations. 
 

247. La Lune est un vin de table de France de la Ferme de la Sansonnière de Mark Angeli, vigneron et paysan solidaire à Thouarcé, en raison de la force du symbole lunaire associé au blanc de l’étiquette, au violet du blason et à l’argent à chaud.

 

Il n’y a pas que la lune à se montrer la nuit quand le ciel est clair, un grand nombre d’animaux nocturnes aussi, à commencer par les loups qui nous ont fait frissonner de peur le soir, étant enfant, avant l’arrivée du sommeil.

                                                                                                                       

248. Chez Régis Neau au Domaine de Nerleux, les Loups noirs de ce Saumur-Champigny se sont transformés, par la magie du vin, en loups d’or sur fond noir par un procédé qui rappelle celui qui consiste à parler des ‘enfants des livres’ pour désigner les livres pour enfants.

 

Au petit matin, la nuit se termine, le soleil réapparaît et la lumière chasse les démons de la nuit. Les plantes, les animaux et les hommes vont pouvoir reprendre vie.

                       

La lumière  

Elle est si importante qu’elle mérite d’être individualisée en tant que telle. Cette tendance venue d’Asie place la lumière au même rang que la couleur. Elle est une dimension en soi. La douceur de la lumière est celle de la Loire faite de couleurs tendres, de paysages accueillants, de pierres blanches de tuffeau, de beauté discrète et d’élégance, sans violence ni dramaturgie. Celle à laquelle pense Jacques Puisais de Chinon, un grand oenologue de renommée mondiale  qui a nommé un de ses ouvrages « Douceur et Tendresse de la Loire » (Editions L’Araignée). C’est certainement aussi  l’une des raisons qui associe la Loire à l’aquarelle. Rapide, cet art  nécessite une parfaite maîtrise du geste, sans possibilité de retour en arrière.

 

- Edouard Pisani-Ferry de Parnay parle en paraphrasant Kundera de « l’insoutenable légèreté de la Loire. » Pour la célébrer, il a choisi l’aquarelle pour son Saumur-Champigny, Cuvée Ferry, Château de Targé.

 

- Pascale et Etienne de Bonnaventure du Château de Coulaine utilisent l’aquarelle de façon monochromatique. Pour leur Chinon rouge, seuls des arbres colorés en vert forment un écrin autour du château.  

 

Ce quatrième élément est certainement celui qui est le moins perçu, d’une façon un peu surprenante, en décalage avec la réalité, comme si la lumière était occultée par le soleil qui lui fait de l’ombre ! Une des raisons peut être qu’il est plus facile de montrer la transparence et les jeux de lumières entre le vin et le verre de la bouteille plutôt que d’essayer de la traduire sur l’étiquette seule.

 

Le soleil

Plusieurs utilisations peuvent en être faites.

- Le Domaine de L’Eté de Catherine Nolay, a naturellement adopté le soleil d’or comme emblème sur ses étiquettes. La Cuvée Soleil est attribuée à un Coteaux du Layon.

 

249. On peut aller beaucoup plus loin pour monter la force symbolique du feu du soleil. Il suffit de se tourner vers François Ier qui l’avait choisi comme emblème dans ses armoiries avec pour devise « J’y vis et je l’éteins. » Il s’agit de la salamandre qui représente à la fois le Juste au Moyen-Âge et le soufre incombustible. D’où l’or cuivré qui accentue la forme de la salamandre dressée en cuvée d’un Cour-Cheverny de Philippe Loquineau.

                                               



250. Claude Courtois des Cailloux du Paradis, pour son vin de table ‘Petit coin de Paradis’ place le soleil à droite dans une étiquette panoramique qui inclut tous les éléments de la nature, la vigne évidemment mais aussi les arbres à fruit, les fleurs, l’herbe, la mare, un lièvre et une barque pour aller sur l’eau. Un monde global.

                       

Transition du Signe de Terre (2) vers le Signe de Pierre (3)

Le Signe de Terre est fondateur de l’identité du vin. Il s’est traduit en France par le concept des AOC qui fait reposer l’identité d’un vin sur un terroir, la vigne dont le cépage est adapté au terroir et le travail de la vigne et du vin. Ce concept a maintenant acquis la dimension mondiale par la force de sa cohérence. Les réformes actuelles sur l’agrément de l’exploitation et non plus de chaque vin n’en prouvent que mieux son importance et pourtant visuellement, peu de vignerons communiquent sur ces éléments.

Comme le montrent les Signes de l’Homme et de la Terre, une nouvelle vague commence à redire haut et fort l’importance de l’amour et du travail de la terre et à montrer visuellement nos liens avec l’histoire de l’humanité. Cette tendance va s’accentuer et ce de façon irréversible, sans nuire à l’imaginaire, ni à l’existence des autres Signes. Bien au contraire, les chemins du rêve se créent au fur et à mesure qu’on avance dans le SIGNE de Pierre.
 

 

Dialogue imaginaire entre Isi** et Eli*

 

Isi : drôlement compliqué, ton truc. Déjà, il me faut dorénavant repérer les vignerons qui me parlent. Maintenant, j’ai à apprendre sur quel type de terre je marche, d’où vient le vent, où sont les coteaux à vignes ; je vais en plus devoir mettre mes lunettes, ce qui m’agace, pour lire ce qui est marqué en tout petit, zut, flutte et reflutte ; moi, je veux simplement boire du vin,

 

Eli : quelle râleuse, tu fais. Tu connais bien pourtant tout ce qui touche à ce que tu adores. Là c’est la même chose. Je ne vois pas le problème et en plus tu deviens intelligente, tu comprends mieux ;

 

Isi : merci bien, du compliment. Je le suis déjà tellement que je m’effraie,

 

Eli : si tu le dis !


Eli est l'auteur sérieuse et ** Isi, son double impertinent et rieur  

 

 Pour retrouver et suivre le chemin

= voir les 12 précédents billets
= et attendre le début du 3ème chapitre, le Signe de Pierre.  

Photos EP, visuel plan France Poulain 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Mini-Cas de Com 1 > Ah ces pubs au titre agaçant à effet de loupe!

24 Mars 2009, 17:52pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont des titres réducteurs qui simplifient une problématique en vous manipulant dans un raisonnement binaire. On est pour ou contre. L’enfermement dans une case préformée est renforcé par ce fameux effet de loupe. C’est un procédé de communication qui attire l’attention sur un détail ou un élément très minoritaire en globalisant après. Au lieu d’étudier une population donnée, vous citez quelques petites histoires sur une ou quelques personnes et c’est bon. L’effet de loupe inversé consiste à partir du général pour attribuer les caractéristiques générales à un individu en particulier. 

 

Les deux procédés sont tellement fréquents qu’ils créent une véritable pollution mentale. En Ier exemple, je vous citerai les micro-trottoirs qui sont des interviews réalisées par le journal ou l’institut de sondages: 

-       avec un homme, une femme,

-       un jeune, une jeune,

-       . un pour, un contre… La très grande majorité des émissions de radio (Europe 1, France-Inter…) est fondée sur cette balance censée reflétée les opinions du groupe. 

 

Le second exemple vise  le travers culturel qui consiste à dire que tous les hommes français portent des bérets et ramènent une baguette chez eux après le travail. Et en plus ils font du vélo à cause du Tour de France!  Le vin « Red Bicycle » a fait le tour du monde sur cette bonne blague. On pourrait continuer longtemps sur ce thème là : les Françaises sont sexy, elles savent bien faire la cuisine..J’ai trouvé récemment  quelques pépites à soumettre à votre sagacité.  
 

« Vivez comme vous voulez », la pub Caddy Home de Delhaize

C’est un très bel exemple de raisonnement binaire. C’est une pub très bien faite, jolie à voir et avec des petites touches d’humour. En plus c’est très coloré. Il s’agit de la pub de Delhaize, une chaîne de grande distribution belge très dynamique, qui veut booster les ventes de sa société de vente de produits alimentaires en ligne, Caddy Home.

 

« Et aujourd’hui de quoi avez-vous envie ? » vous demande la pub. Pour vous aider dans votre choix, Caddy Homme, la filiale de Delhaize, a visualisé la gamme alimentaire en 16 paires qui vous donnent le choix, parce qu’ « après tout, ça ne regarde que vous. Vivez comme vous voulez » conclut Delhaize. C’est bien vrai ça, comme dirait Mamie Nova, sauf que 'le comme vous le voulez' est sacrément encadré pour vous conduire là où l’annonceur veut vous emmener. Vous n’oubliez pas que les agences de pub sont les plus grands recruteurs  de diplômés en psychologie.  

 

On aurait pu classiquement représenter ce que ‘doit’ manger une famille type. Mais l’humour n’aurait pas été forcément présent, surtout avec des haricots verts. La pub aurait pu aussi vous demander : les haricots verts, vous les voulez à éplucher ou tout épluchés ? Beaucoup plus finement, toutes les questions sont conçues sur le mode actif : est-ce que vous voulez éplucher vos haricots verts ? Il faut que la femme qui passe commande garde la maitrise du faire ou de l'impression de faire; si non elle pourrait se sentir coupable. Très vite, on comprend que Caddy Homme est là pour vous aider. Voici comment:

 

. Les haricots verts, avez-vous envie « de cuisiner (= HV à éplucher) ou de vous simplifier la vie ? (= HV prêts à cuire) »

. Les tomates, voulez-vous « les manger belges ou italiennes ?

. Le pain, «  avec trois ou neuf céréales » ?

. La laitue, vous voulez la nettoyer ou nous laisser faire (= en faisant un mélange)?

 

. Allumer le four pour la pizza ou le micro-onde pour une barquette (= d’un plat prêt à réchauffer) ?

. Manger le même plat « Comme chez Soi » (= au restaurant) ou comme chez vous ?

. Manger sans sel (= du maïs en boîte) ou sans gluten (= des pâtes)?

. Boire un vin français ou chilien ?

 

. Manger votre saumon cru ou cuit ?

. Etre curieux (= avec des chips bleus) ou pas (= chips de marque Lays) ?

.  Vous faire du bien avec des Omega 3 ou avec du soja Minarine ?

. (Acheter) du meilleur chocolat ou du chocolat au meilleur prix ?

. Faire plaisir à votre mari (= avec de la fourme d’Ambert) ou de vous faire plaisir (= avec un Forêt noir en portion individuelle) ?

 

. Manger avec des couverts (= un rôti cru) ou des baguettes (= des sushis) ?

. Compter les calories (= avec du fromage blanc 0% mg à la fraise) ou pas (= avec un yoghourt suisse pleine crème à la fraise)

. Cuisiner pour vos enfants (= un maquereau ou un hareng cru) ou jouer avec vos enfants (= portion de poisson pané) ?

 

Questions
1. Reconstituez les différents types de problématiques, pour quelles cibles ? 
2. Quels sont les aliments choisis ? Que manque-t-il ?
3. Quels stéréotypes pouvez-vous relever ?
4. En quoi cette publicité est-elle interculturelle ? Pourriez vous avoir la même en France ?        

 

Réponses

1.Les problématiques

11. Analyse produit par produit

haricots verts/salade = à éplucher ou à cuire déjà préparés

tomates/vin = origine belge/italienne, française/chilienne

pain = 3 ou 9 céréales

pizza ou plat préparé, pommes de terre + viande  = four/micro-onde à réchauffer, ou à cuire

sans sel, sans gluten = produit de régime

poisson = cru en tartare ou cuit de façon classique

chips = marque rare ou grand public:

omega 3/soja = produit senior 

chocolat = qualité/prix

fromage fermenté/gâteau à la crème et chocolat = plaisir mari/femme

rôti bœuf cru/sushis = mode traditionnel avec des couverts/mode asiatique baguettes

yoghourt maigre à la fraise /yoghourt suisse Ely à la fraise (pleine crème) = femme-régime/gourmet

poisson cru avec arrête, peau et tête/poisson pané pour enfant =  cible enfant

 

12. Synthèse

avoir le choix = tous les produits

choix du faire ou acheter tout fait = haricot vert, poisson, pizza, plat préparé, pommes de terre + viande

choix du mode de cuisson = poisson

choix du mode d’ingestion = couverts ou baguettes

choix du prix = chocolat

choix consommateurs Ancien Monde/Nouveau monde = vin

choix consommateurs belges = tomates belges

 

enfant : poisson pané

jeunes : pizza, chips

femme : gâteau forêt noir, fromage blanc maigre à la fraise

homme : fourme d’Ambert

seniors : omega 3 et soja

 

2. Les aliments choisis

 

21. Les catégories

crudités et légumes : tomates, haricots verts, salade laitue

3 viandes = 1 viande en sauce ( ?)  + 1 rôti de bœuf + 1 viande hachée

5 poissons = 1 saumon + 1 filet + 1 sushi  + 1 hareng + 1 pané

2 plats séduction jeunes = 1 pizza + 2 chips

1 féculent = 1 paquet de pâtes

1 boîte de conserve = 1 maïs

2 pains =

2 margarines =

1 fromage =

3 desserts = 2 yaourts + 1 gâteau

2 boissons = 2 vins rouges

2 sucreries = 2 chocolats

 

22. Les raisons

Ce sont vraisemblablement les produits les plus achetés pour les livraisons à domicile. Remarquez qu’il n’y a ni fruit frais, ni surgelés, ni jus de fruit, ni céréales pour le petit déjeuner, ni biscuit, ni beurre, ni riz, ni frites, ni charcuteries, ni eau minérale, ni bière.

 

23. La faible présence des marques

Les seules marques qu’on voit clairement sont les chips Blues et Lays, l’Alpro soja, le chocolat Côte d’Or et le yaourt Ely. Les autres doivent être des produits sous marque de distributeur Delhaize. Un exemple « Comme chez soi », une marque du groupe, justement parce que le plat n’est pas  

 

3. Les stéréotypes

C’est toujours Madame qui passe commande, elle aussi qui aime les douceurs alors que son mari aime les fromages un peu forts.

Les enfants n’aiment le poisson que pané. 

Les seniors  mangent tous des matières grasses pour diminuer leur taux de cholestérol.

Le vin est forcément rouge.

 

4. La dimension interculturelle

Elle est faible. Que ne mangerait-on pas vraiment en France : du saumon cru, des chips bleues… La seule inconnue porte sur le plat préparé en sauce orange. Qu’y a-t-il dedans ? Le catalogue montre  beaucoup plus de différences.

 

Pour suivre le chemin

www.caddyhome.be

www.delhaizewineworld.com

. A suivre  Mini-cas de Com 2 > L’Effet de Loupe inversé > Les citadins et les poules de New York

. Photos EP 

 

 

 

Voir les commentaires

WBW11 > Les Habits du Vin d'Expression > La Mer

23 Mars 2009, 18:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

Rappel des 11 billets précédents

Nous sommes dans le Signe de Terre par lequel les vignerons disent leur volonté de montrer leur ancrage dans et avec la terre et ses partenaires que sont l’eau, le ciel et la lumière. Ce 2ème signe  fait suite au Signe de l’Homme qui marque le désir très profond d’hommes et de femmes du vin de mettre le créateur, celui qui travaille la vigne et fait le vin, et sa créature, la vigne et le raisin, à l’honneur. Aujourd’hui, l’ancrage se fait par la mer.     

 

La carte de la Loire et/ou de la France

Elle figure rarement sur les étiquettes. La raison invoquée tient au manque de place afin d’éviter de surcharger l’étiquette la contre-étiquette. Pourtant il y a de moins en moins de personnes à connaître réellement la géographie, que ce soit en France ou à l’étranger. Et il y a de plus en plus d’appellations, 70 en Loire. Une des conséquences est que le capital commun que constitue l’appellation ne joue plus que partiellement son rôle puisqu’il n’est pas facile de la positionner réellement. Par ailleurs, les Nouveaux Vins de  Table ne peuvent pas se référer à la Loire. Il y aura donc bientôt des précisions comme ‘quelque part en France’  pour indiquer notre région. 

 

231. Les Frères Couillaud du Château de La Ragotière ont inclus une carte de France avec un point pour indiquer leur position sur le corps supérieur de leur étiquette de Muscadet-Sèvre et Maine sur lie. Ils exportent ainsi près de 70% de leur production en particulier aux États-Unis.

                       

Les couleurs de la France ne figurent, sous une forme stylisée, que sur une seule bouteille :

- C’est Jean-François Guilbaud qui offre un petit bouquet tricolore avec son Muscadet-Sèvre et Maine sur lie, Château La Bretonnerie, très apprécié au Japon.

 

La mer vu par les négociants

Quant à la mer qui constitue la première destination des vacanciers l’été, elle est le plus souvent choisie par des négociants et des responsables de coopératives désirant associer ce vin à la période estivale et à un lieu de vacances. Plusieurs solutions à découvrir qui permettent de choisir selon :

 

. la tendance bretonne :

 

232. en montrant des goélands tournant autour d’un bateau de pêche à voile, Le Bossereau, pour un Gros-Plant du Pays nantais sur lie des Vignerons de la Noëlle,

 

233. ou ces mêmes oiseaux au-dessus d’une vague qui se brise sur le sable pour La Romagne, un Muscadet-Sèvre et Maine sur lie ;

 





. la tendance sportive
 :

 

234. en communiquant sur le goût de la compétition et de la vitesse avec une coque dressée du bateau d’exception Le Pen Duick d’Eric Tabarly, le grand marin préféré des Français pour un Muscadet-Sèvre et Maine sur lie de Marcel Sautejeau. L’habillage a reçu un grand prix du packaging innovant avec une étiquette coque du navire pointée sur le ciel ;  

                                                                           

. la tendance symbolique :

 

235. en figurant un phare pour parler de la mer, de ses dangers et de la solidarité des gens de mer, avec Lighthouse un Muscadet-Sèvre et Maine sur lie, « light, crisp, fresh & fruity » de Marcel Sautejeau destiné à l’exportation en pays anglo-saxons ;

 

. la tendance historique :

 

236. en évoquant l’histoire grecque avec le S de Sautejeau pour un Muscadet. La forme de ce  S est directement inspirée de la ligne du dauphin : des (méchants) pirates attaquèrent Dionysos sur son navire, tombèrent à la mer pour s’être enivrés et furent changés en (gentils) dauphins ;

 

. la tendance graphique :

237. pour Atlantique, un Sauvignon blanc Loire Valley, de Pierre Chainier avec une étiquette haute, rectangulaire sur papier sable, avec en haut les effets du vent sur le sable en grisé et sans visualisation de la mer.

 









L’absence de la table

Les accords mets-vins, dont on parle tellement en France, ne constituent pas actuellement une piste. Aucune table dressée et aucun mets ne figurent sur des étiquettes. Les crustacés et les poissons ont quasiment disparu des étiquettes, à de rares exceptions dans la vente directe aux amateurs. Il en reste pour le circuit des restaurants (CHR), comme :

- ce Muscadet-Sèvre et Maine de Donatien Bahuaud, qui joue la transparence avec son Blanc de Mer écrit en blanc sur une étiquette en plastique translucide,

- ce Muscadet-Sèvre et Maine sur lie de Marcel Martin (Lacheteau) qui porte un homard noir en écusson dans une étiquette deux corps orange vif, apposée sur une bouteille originale.

 

Pour l’export et ensuite pour la vente en France, ce même négociant a conçu une gamme qui simplifie l’accès au vin, en l’associant au plat tout en transformant l’achat d’une bouteille en un jeu : Drink & Eat Selections, Boire et Manger, marie le Sauvignon au poisson, le Cabernet franc au poulet…

 

Pour suivre le chemin

. Voir les précédents billets

. Le prochain billet, l’ancrage par le ciel et la lumière

. Ph EP

 

 

Voir les commentaires