Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

9 Ville durable, le Plateau Capucins-Mayenne, Angers-Avrillé (49)

24 Novembre 2008, 20:54pm

Publié par Elisabeth Poulain

Comme le développement durable (DD ou SD pour Sustainable Development) est partout et nous concerne tous, il est normal de se poser à un moment donné la question de l’urbanisation. C’est là peut être aussi que le sens des mots joue à plein.

 

Comment une ville pourrait n’être pas durable ? Parmi les éléments que trouvent les archéologues en premier dans le monde entier, ce sont les traces de vie laissées par les habitants sur leurs lieux de sédentarisation. Un champ, une forêt disparaît, pas un tumulus ni un abri en pierre.

 

Dans cette mesure comment peut-on décliner la ville et la durabilité ? Quelques faits tout d’abord.

Concevoir et/ou injecter de la durabilité dans la ville ou un quartier d’une ville est un processus complexe à mettre en place. Aucun quartier nouveau de ville fondé sur le DD ne peut être ni totalement durable, ni statiquement durable. Il le sera plus sur certains points par rapport à une construction qui ne l’est pas et qui s’inscrit dans une dynamique de territoire plus que sur des techniques. En ce sens, le lien entre la ville et le développement durable est le mouvement.  

Les nouveaux équilibres

L’urbanisation du monde est une réalité qui ne peut plus être contestée. La majorité des habitants de la planète habite déjà dans les villes. 76% des Français sont des urbains. Pour limiter le mitage du territoire, l’objectif est maintenant de densifier le nombre d’habitants au km2 grâce à la limitation des surfaces des logements, l’élévation du nombre des étages, l’optimisation de la fonctionnalité des surfaces disponibles en terme de mixité et celle de la gestion des flux nécessaires.

 

A ces fins, la ville durable met en place de nouveaux équilibres quantitatifs et qualitatifs, basés sur un projet architectural innovant, la recherche de limitation des besoins énergétiques de fonctionnement et des rejets, des transports en commun et une urbanité solidaire à vivre au service des habitants. Ce qui se traduit concrètement par moins de coûts pour faire fonctionner l’ensemble, moins de sorties (déchets et rejets) et plus de bénéfices pour les habitants et de la ville. Le gain se traduit concrètement en terme de qualité de l’habitat, de mixité sociale et de solidarité.

 

Les liens sont renforcés par 

. le transport collectif (pour limiter l’usage de la voiture, l’emprise sur le sol et aussi la pollution et rencontrer l’autre - celui qui n’est pas soi -) et faciliter les déplacements et la mobilité

. les espaces verts qui sont conçus comme des éléments structurants de l’ensemble, de véritables poumons de respiration et des lieux de vie et d’action, pas seulement de la décoration pour faire joli.

Une ville durable s’inscrit résolument dans le présent  d’autant plus fortement qu’elle est issue d’un projet collectif dont la mise en oeuvre répond à des besoins d’aujourd’hui, tout en sachant accueillir le changement qui va modifier au fil du temps le projet initial.

 

Tendre vers la  durabilité d’un quartier est un objectif complexe à atteindre grâce à  :

. un projet concerté et adapté localement, en vue d’une recherche qualitative de vie  = notion de développement à visée humaine, 

. un territoire qui répond à des problématiques générales environnementales actuelles et localisées en fonction de son histoire, des besoins et contraintes particulières…,

. en symbiose active avec tous les acteurs de la ville, à commencer par le citoyen et ses diverses représentations que sont les associations, la commune, le département, la région, l’Etat, l’UE… = idée de gouvernance, de transversalité et de solidarité,

. qui s’inscrit dans notre temps et le temps de demain  en fonction des besoins des générations futures.

 

Quel sens peut-on donner à ce lien entre la ville et le développement durable ? L’exemple du Plateau Capucins-Mayenne, 49

Une opération d’envergure portant sur la création d’un double quartier nouveau situé en périphérie proche du centre, se met en place actuellement conjointement entre Angers et Avrillé, chacune ayant conçu son propre projet en synergie complémentaire. Ces deux plateaux couvrent 10 000 logements, une ligne de tramway complètement nouvelle en axe est/ouest, 6 stations qui desservent la zone, un parc végétal Terra Botanica situé au nord du projet, qui donne le ton à ces deux quartiers bordés au nord par la Mayenne (l’affluent de la Maine) qui forme la face est de l’ensemble. En face, côté nord, l’Ile Saint Aubin, 600ha classée en zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique et  inscrite en périmètre Natura 2000. 25 mètres d’altitudes séparent les deux entités. La station de maintenance du tramway est placée à l’est entre l’éco-quartier et la Maine, la rivière qui traverse Angers avant de rejoindre la Loire au sud d’Angers. 

 

Le 30.10.2008 s’est tenue à la Maison de l’Architecture, des Territoires et du Paysage, actuellement le seul bâtiment classé qui va demeurer sur le site, une conférence réunissant quelques’unes des personnalités qui ont mené ce projet. La conférence a été conçue et animée par Hedwige de Penfentenyo, directeur-fondateur de Fimbacte, organisateur de l’exposition Les villes en mouvement, vers une ville durable.    

 

Quelques aspects des interventions

Jean-Louis Gascoin (Vice-Pr d’Angers Loire Métropole à l’aménagement et au DD, maire de la Menbrolle-sur-Longuenée) : ce projet s’inscrit dans un territoire très propice, celui de la métropole qui réunit 31 communes. Une réflexion lourde a été menée pour intégrer l’ensemble des politiques, schéma de cohérence territoriale (SCOT), plan local de l’habitat (PLU), plan de déplacement urbain (PDU), en application de l’Agenda 21 adoptée en 2006. Les lignes directrices sont : (1) faire émerger la métropole, (2) la création d’emplois et de richesses, (3) s’adapter aux nouveaux besoins de logement, (4) répondre aux besoins de déplacement et d’équipements. Le choix a été fait d’un territoire multi-polaire entre centre et périphérie et d’un équilibre du territoire en vue de permettre à chaque commune de s’épanouir.

 

Jean-Luc Rautureau (Adjoint Urbanisme/Logement au Maire d’Angers) : Angers est lancée dans le DD depuis 10 ans. Le mode durable de développement se traduit par  une économie viable, une écologie raisonnée et une socialisation équitable. Les 3 piliers du DD sont marqués l’agréabilité du développement, la vivabilité des espaces et la prise en compte des déplacements.

 

Michel Ballarini (Dr de la Sodemel/Plateau des Capucins) : 250 ha en global en agglomération dans un site remarquable face à l’Ile Saint-Aubin, qui nécessite une qualité paysagère et urbaine, l’importance du tramway pour structurer l’ensemble en liaison sud-est vers le nord-ouest. 4 objectifs à ce DD : (1) viser la diversité sociale et l’appropriation de l’espace par les habitants pour favoriser la mixité sociale, (2) implanter un réseau de chaleur par bio-masse, (3) privilégier une intégration paysagère des bâtiments, (4) développer le transport en commun pour les déplacements.

 

Roland Korenbaum (Architecte du Plateau Mayenne) :  nouveau quartier d’envergure qui s’inscrit dans un temps long, structuré horizontalement par le tramway et transversalement par des lanières végétales qui sont des coulées vertes qui mènent à Terra Botanica, tout en isolant des îlots ouverts qui caractérisent les espaces construits sur la perméabilité entre l’espace publique ouvert et l’espace privé construit. Beaucoup de végétaux équilibrent l’ensemble, en surface aussi bien que sur les parois. Enfin un maillage de liaisons douces parachève l’ensemble pour optimiser la promenade et le vélo.

 

Hedwige de Penfentenyo (Dr-Fondateur de Fimbacte, organisatrice et animatrice de la conférence) : le DD se présente sous 3 aspects :

. la construction urbaine a 3 priorités - créer du travail, loger ses habitants et assurer leurs déplacements – avec 3 exemples, Dunkerque/une ville à vivre, Thiais Village/centre commercial en  ville, Valence/ville lumière, ville communicante ;

. le bâtiment durable avec la démarche HQE, les centre commerciaux de pleine ville, la maison en terre, en cuivre, en béton…

. les projets innovants à Issy les Moulineaux (92), le Green Office à Meudon (92), le Centre Hospitalier sud francilien, la médiathèque de Betton (35) et …bientôt  Angers/Avrillé (49).

Pour suivre le chemin

9 parce que c'est le 9è billet sur le développement durable.  

Le plateau Capucins-Mayenne

. voir le projet sur www.ecoquartiers.developpement durable.gouv.fr/article.php3 ?id_article=115

. l’organisme d’accueil de la conférence  www.matp-angers.eu

 

Nantes

. La ville, membre à part entière de Eurocities (échange d’expériences et développement d’une solidarité et d’une gouvernance entre villes européennes), vient de prendre la direction du forum

www.eurocities.org/content/members/flash 

. Magali Vergnet-Covo, Ville durable : mode d’emploi, Territorial éditions, 120 pages, 60,80 EUR. Cet auteur a fait une intervention à l’Hôtel de Région des Pays de la Loire  le 18  octobre 2008, sous le titre « Développement durable, une autre logique pour les territoires » assortie d’exemples du Grand Lyon/Vallée de la Chimie, Paris/La vélorution de l’espace et Lille/Du social au durable.  

Sur la ville durable

. Retrouver  les fondamentaux sur la Charte d’Aalborg qui a posé le concept le 27.05.1994 sur le site www.ecologie.gouv.fr/IMG/agenda21/textes/aalborg.htm  

La Charte commence par ces mots « Nous, villes européennes, signataires de la présente charte….avons pris conscience que les niveaux de consommation des ressources par les pays industrialisés ne peuvent satisfaire l’ensemble de la population actuelle, et encore moins les générations futures, sans détruire le capital naturel… »

. Comment définir une ville durable, de Cyria Emelianoff, à lire sur www.ecologie.gouv.fr/IGM/agenda21/intro/emelia.htm

. Ville durable, intensité et densité, Les Cahiers de l’Oise n° 106, avril 2008-11-24

www.oise.equipement.gouv.fr/articles.

 

Photos: Wikipedia pour l’Ile Saint-Aubin (le plateau se situe dans le quart gauche en bas de la carte)  et EP lors de la conférence sur le Plateau Capucins-Mayenne.  

Voir les commentaires

8 DD Développement Durable, entre sable et vase, Loire versus Océan

20 Novembre 2008, 16:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une illustration en questions/réponses de la problématique qui oppose le dessus-dessous dans le lit de la Loire :

. Au dessus, que voit-on ? De l’eau mais une eau dont la couleur varie, non seulement à cause du reflet du ciel sur le miroir de l’eau mais à cause du dessous.

. Qu’y a-t-il dessous, si ce n’est de l’eau ? De l’eau oui, qui contient en outre plus ou moins de sable et plus ou moins de vase et de matières en suspension. 

. Et en dessous de cette eau, que trouve-t-on ? Le socle du lit du fleuve. Comme il y a plusieurs lits qui ne sont pas tous en fonction au même moment, la réponse n’est pas simple.

. Dans le cas du chenal principal, pour cadrer la réflexion, que se passe-t-il ? Cette fois-ci, on démarre. On est au cœur du problème.

 

L’eau du fleuve s’écoule d’Est en Ouest. L’estuaire de la Loire se termine apparemment à Saint-Nazaire en rive droite et Saint-Brévin en rive gauche quand les terres disparaissent pour laisser place à la mer. Sauf que ce n’est pas si simple. Il ne peut y avoir de véritables frontières entre la mer et la terre. L’estuaire est une rencontre entre deux masses liquides, constituées par un fleuve, la Loire et la mer, l’Océan atlantique. Chaque mouvement de l’une entraîne une réaction de l’autre, ceci toutes les 12 heures dans une phase de 24 heures, qui s’inscrit dans un calendrier lunaire qui détermine les hauteurs des marées dont les grandes attirent en foule les pêcheurs à pied.

 

A tout moment, le mouvement  entre les eaux douces et les eaux salées se modifie, en créant des tourbillons latéraux, centraux, des infiltrations, des glissades… Chaque action menée par l’homme sur la terre et le fleuve entraîne des réactions dont seules certaines sont prévisibles parce qu’elles sont espérées. C’est la raison pour laquelle, on n’a cessé depuis des décades au cours des siècles passés, de vouloir régulariser le cours du fleuve, le canaliser, le dévier pour qu’il gêne moins, le creuser pour permettre aux gros bateaux d’arriver à Nantes, le doubler par un canal contrôlé…

 

Tout a été essayé, pas seulement en Loire. Aucun port situé à l’intérieur des terres ne supporte de laisser le dernier mot à la mer. Cette lutte de territoire et donc de pouvoir confère une dimension guerrière à la rencontre. Dans les faits, toutes les interventions lourdes à un endroit quelconque d’un fleuve ont des  répercussions  impossibles à prévoir à un instant ‘t +’. C’est bien pour cela que la première démarche du développement durable est d’instituer des observatoires et que la seconde est de communiquer sur les résultats pour donner aux chercheurs et aux autres une information de qualité validée.

 

Que voit-on, à la lecture des mesures et des veilles menées sur la Loire ?  Tracer un chenal plus droit pour que les bateaux chargés puissent remonter plus vite oblige à creuser directement le lit du fleuve. L’onde de marée constituée d’eau salée faisant le reste, le navire arrive au Port au Bois par exemple ou au Port aux céréales de Nantes. Le courant d’eau douce, qui pousse vers la mer en sens contraire de l’onde de marée, est bloqué un temps plus long et en amont de ce qui se passait avant le creusement. La frontière entre l’eau douce et l’eau salée s’est déplacée à l’intérieur des terres. Lors du choc frontal entre ces deux énormes volumes d’eau, les eaux se cherchent, se frottent,  tourbillonnent et soulèvent tout ce qui est en suspension dans le lit du fleuve. C’est ce qu’on appelle le bouchon turbide ou le bouchon vaseux qui donne à l’estuaire cette couleur d’huître qui va du vert clair laiteux à parfois un ocre clair  veiné de vert mousseux. Puis elles se calment, en attendant le cycle suivant.

 

Ce choc horizontal entre la vase et le sable se double de modifications des rives du fleuve lui-même. Les  frontières latérales du fleuve et de tous ses avatars (bras secondaires, boires…) ont été modifiées toujours pour une bonne cause : gagner de l’espace, de la terre pour des usages d’habitations ou économiques. Ces modifications contribuent à renforcer le choc et accentuent les courants.

 

L’eau, quelle soit douce ou salée cette fois-ci, ne peut plus ou moins s’épandre comme bon lui semble. Globalement en France, tous les 10 ans, l’équivalent d’un département disparaît en raison de l’utilisation du béton et de l’asphalte. Si la bétonnisation est un terme usitée, l’asphaltisation l’est très peu. Ses effets en terme de captation d’espace et d’impossibilité pour l’eau de s’écouler sont au moins aussi importants. Du coup, les débordements d’un fleuve aussi irrégulier qu’est la Loire devraient engendrer mathématiquement des risques accrus d’inondation et ceci sans parler du réchauffement climatique. En fait ce risque d’inondation pour l’instant n’est pas le plus menaçant. Il en est un autre plus urgent. C’est qu’à force de creuser et de pomper de plus en plus d’eau , le lit du fleuve a terriblement baissé. Cette baisse de niveau modifie tout le système hydraulique  du bassin versant de la Loire (1/5 du territoire de la France) et menace tout particulièrement les grands ouvrages comme les ponts et les digues, sur toute la Loire et pas seulement dans l’Estuaire.  

 

A ce stade là, on en arrive à ce qui se passe du fait du creusement du socle profond pour faire passer les bateaux. Le creusement se fait de façon irrégulière en fonction de la dureté du socle. Il se crée alors de façon invisible cette fois-ci à l’oeil des fosses transversales dans le lit du fleuve, qui sont retravaillées, re-comblées, re-vidées à chaque mouvement de marée. Cette action dans la 3è dimension provoque des mouvements encore plus violents au cœur du fleuve lui-même. L’argile se libère, s’agglomère avec des débris végétaux et animaux de toutes sortes et crée de la vase. Cette vase se dépose partout où des prélèvements de sable trop importants ont modifié l’équilibre naturel entre les eaux, le courant, les sédiments en suspension et le socle dur.

 

Que fait-on alors ? La santé du fleuve passe par le retour du sable ou plutôt par la décision de laisser son sable à la Loire. Quant à la vase, le problème est traité de façon mécanique pour l’instant. Elle est tout simplement enlevée au tracto-pelle et…rejetée. Où ? En mer. C’est en mer maintenant aussi qu’on prélève le sable dont la construction a notamment besoin. C’est aussi une des raisons qui me font dire que l’estuaire maintenant va beaucoup plus loin que la ligne Saint-Nazaire-Saint-Brévin.

 

Des décisions importantes viennent d’être prises par le GIP Estuaire de la Loire :

. remettre en état les vasières qui couraient le long du fleuve et qui sont d’une richesse irremplaçable en terme de capital de la bio-diversité et de préservation des éco-systèmes,

. recréer des épis en diagonales à partir des rives du fleuve pour freiner l’eau douce dans son mouvement vers la mer,  

. combler les fosses qui sont les cicatrices de mutilations profondes du fleuve.

 

Alors la valse de la vase et du sable continuera au cœur de l’Estuaire de la Loire mais d’une façon peut être moins traumatisante pour le fleuve, ses habitants de toutes sortes et ce que nous avons à cœur de transmettre aux générations futures.  

Pour suivre le chemin

. Je vous encourage à aller sur Google Earth. Vous partez de l’Hôtel de Région des Pays de Loire et vous descendez le fleuve jusqu’à la mer, un formidable voyage « live », avant de le faire « pour de vrai .»

 

. Quelques chiffres extraits de la plaquette de GIP Estuaire : 450 millions de m3 de sable extrait en 100 ans de la mer à la Maine, 180 Mm3 de vase extraits en dragages normaux  d’entretien au cours de la période 1981-2001 (chiffres PANSN)

 

. Un exemple actuel de chantier de dévasage, celui du Port de Pornic qui est encombré de vase. C’est Ouest-France (12.11.08) qui compte l’histoire : 43 000 m3 à enlever, l’extraction se fait tous les jours à la marée haute, 7 jours sur 7, même la nuit s’il le faut, jusqu’au 31.03.2009, sur financement du Conseil général 44. La vase est rejetée ensuite au début de la Baie de Bourgneuf, en face de Préfailles. Cette fois-ci, c’est la frontière terrestre de l’estuaire qui gagne sur la mer. Ce mouvement vers la mer se double d’un autre mouvement en sens contraire, celui de l’extraction du sable au large du phare des Piliers, pas à côté quand même. Un chassé-croisé pour le moins étonnant au regard du développement durable.               

 

. Photos récentes de Loire prises à Trentemoult par Christelle Coicaud qui fait partie du Groupe Estuaire dans le Panel Citoyens des Assises de la Région des Pays de Loire, avec mes remerciements.

 

Voir les commentaires

7 DD*, Pierre Vivier, pêcheur de poissons de Loire, Ancenis

16 Novembre 2008, 20:30pm

Publié par Elisabeth Poulain

* DD = Développement durable = Sustainable Development

Vous savez, que je vous ai promis un second billet dédié aux plaisirs de Loire. A midi peut-être, vous avez goûté la recette de lamproie à l’Anjou rouge de Christophe Audrain, le chef de la Table du Pêcheur. Lui se charge de préparer et de garnir la table de mets succulents en lien avec les vins de la carte. Son voisin est le pêcheur qui pêche le poisson à présenter une fois cuit sur cette fameuse table. C’est ce que nous allons voir maintenant.  


Son nom comme l’indique l’annuaire du téléphone: Pierre  Vivier, pêcheur, 23 rue des Pêcheurs, 44150 Ancenis, 02 40 83 32 74. Si après cela, vous doutez de l’existence de la pêche en Loire à Ancenis, c’est que vous êtes particulièrement traumatisé par tout ce que vous avez lu sur la situation de la pêche en Loire. Elle va plutôt mieux qu’il y a quelques années. Au point que Pierre Vivier ne se souvient pas d’avoir vu, au cours de ses 46 ans de vie professionnelle, ni celle de son père avant lui, une telle abondance de lamproie. 


« C’est vraiment une année extraordinaire pour la lamproie, l’alose revient aussi. Je n’ai jamais vu ça. Nous vendons beaucoup de lamproies sur Bordeaux. C’est là-bas une grande spécialité locale, cuisiné avec du Bordeaux bien sûr.  C’est une des règles des bonnes recettes : toujours utiliser pour la cuisson le vin avec lequel on va manger le mets.  Les mareyeurs à qui nous vendons le poisson l’exportent en grande partie vers l’Espagne et le Portugal. C’est là-bas tout particulièrement un mets de choix.   


C’est vrai qu’il faut tempérer. La situation est un peu plus délicate pour certaines espèces. L’année qui vient va être sensible par exemple pour les anguilles. 
Nous ne sommes plus que deux pêcheurs professionnels sur Ancenis. A Oudon, c’est M. Penot qui est adjudicataire, comme moi. La pêche est en effet réglementée, grâce à des adjudications de portions de Loire tous les  cinq ans.  De Saumur à Nantes, on compte 20 pêcheurs.  Petromyzon marinus


La Loire a vraiment beaucoup changé depuis 40 ans. On s’habitue à la baisse du niveau. Les courants sont plus forts qu’avant. On connaît bien notre fleuve. Le dragage du sable ayant cessé, on commence à voir les effets positifs. Grâce au sable qui revient, l’eau salée est freinée dans sa remontée de l’estuaire. Dire que l’eau salée est présente à Thouaré, il ne faut pas exagérer.  Certaines années, on voit des eaux jaunes à Mauves. Il y a moins de marnage (différence entre le niveau des eaux en hautes eaux et basses eaux), mais quand même : la remontée d’eau a été de 4m, 27 en 15 jours et elle a rebaissée d’1 mètre en une semaine. Imaginez un peu. Personne n’est mieux placé que nous pour savoir ce qui se passe au fond de l’eau. » 
 

Pierre Vivier aurait pu ajouter ‘et sur les bords de l’eau’. Il connaît bien par exemple Nicole Le Nevez du Corela*. Périodiquement aussi les médias font aussi appel à lui pour parler de pêche et de poissons. C’est ainsi qu’il a été interviewé par Jean-Pierre Pernaut sur TF1 le 26 août dernier. 
 

Pour suivre le chemin
. Les poissons de Loire regroupent les poissons d’eau douce comme la brême et les poissons migrateurs comme l’anguille, la civelle (l’anguille bébé), la lamproie, l’alose…Voir le site du GIP Estuaire : www.loire-estuaire.org  

.

. Pour plus d'informations sur la lamproie, sachez qu'il s'agit d'une lamproie marine (petromyzon marinus) à ne pas confrondre avec sa petite soeur fluviale (lampreta fluvialitis). La Ière est une grosse bête, qui vit 8 ans, pèse au moins 1 kg, a un régime alimentaire si bizarre que je préfère ne pas vous en parler et qui explique qu'elle a des dents dans sa bouche suceuse. Une seule lamproie peut pondre de 120 000 à 260 000 ovules. A découvrir sur www.rhone-mediterranee.eaufrance.fr/milieux-continentaux/poissons/lamproie.phb

L'Ouest est particulièrement bien dotée en lamproie.

. Le Corela est le Conservatoire régional des Rives de la Loire et ses affluents, qui est maintenant spécialisé dans la défense de la biodiversité. Il a été crée en 1992 à l’initiative du Conseil régional des pays de Loire avec l’appui des Conseils généraux de Loire Atlantique et du Maine et Loire. Madame Roselyne Bachelot en était la présidente lorsqu’elle était Ministre de l’Environnement. 
. Nicole Le Nevez est depuis le 7.1.2008 membre de la Commission supérieure des sites, perspectives et paysages, qui incombait auparavant au Conservatoire des Rives.

. Photos du panonceau de  Pierre Vivier dans le livret et d'une lamproie marine sur Wikipedia.


Dernières minutes 

Les 7 pêcheurs professionnels du Lac de Grand Lieu demandent l'égalité de statut avec leurs collègues de la Loire. Seuls ces derniers ont un statut de pêcheur d'avalaison qui autorise la pêche  à l'anguille argentée. Pour l'instant ceux de Grandlieu ne l'ont pas et verraient leur activité menacée par l'application en 2009 d'une réglementation européenne protectrice de l'espèce. Voir Ouest-France du 13.11.08    

     

 

 

 

 

 

    

 

 

      

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

6 DD*, Estuaire de la Loire & Lamproie en recette goûteuse

16 Novembre 2008, 16:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

*DD = Développement durable = Sustainable Development

Oui Monsieur, le développement durable comprend aussi un volet ‘plaisir gastronomique’. La preuve, pour ce week-end, je commence par la recette. Je continuerai par le pêcheur ensuite. C’est une recette que vous pouvez déguster actuellement à la Table du Pêcheur à Ancenis, tout prés de la Loire et du château. Elle est l’oeuvre  d’un chef spécialiste du poisson, Christophe Audrain, qui privilégie les poissons de Loire et les légumes du terroir de proximité pour leur fraîcheur et la typicité, comme pour le vin ! Le tout donne la recette de la lamproie à l’Anjou rouge.  

La lamproie = 1 belle lamproie pour 4 personnes 

. D’abord il faut prévoir et aller voir le pêcheur pour lui demandez de vous réserver une lamproie d’1 kilo lors de sa pêche suivante. Il faut en effet qu’elle soit vivante de façon à ce que le pêcheur vous l’a prépare et réserve le sang pour la recette.

. Dés que vous êtes  allé chercher la lamproie préparée et le sang chez le pêcheur, vous la coupez en morceaux de 6 à 8 cm de long que vous faites frire quelques minutes avec 1 cuillerée d’huile dans une poêle.

 

Les légumes d’accompagnement = 2 blancs de poireau, 1 oignon, 1 gousse d’ail, 1 branche de céleri, 1 bouquet garni

    + 1 bouteille d’Anjou rouge    

. Vous coupez le blanc d’1 poireau en tronçon, émincez 1 oignon, pilez 1 petite gousse d’ail que vous placez dans une casserole avec 1 cuillerée d’huile et 25 gr de beurre. Vous ajoutez 75 gr de jambon cru, avec la branche de céleri et le bouquet garni, sans oublier la tête et la queue de la lamproie pour le goût et le fumet. Vous mettez le tout à feu doux pour faire suer pendant 15mn. (Force 1)    

. Le grand moment arrive. Vous mouillez avec 1 bouteille d’Anjou rouge, portez à ébullition et enflammez le tout. (Force 2)    

. 1 heure de cuisson douce à couvert est ensuite nécessaire, en enlevant l’écume régulièrement. Puis vous passez le tout au chinois (passoire fine de grande taille) pour ne garder que le jus.

. Dans ce jus,  vous faites cuire l’autre blanc de poireau pendant 20 minutes. Vous avez compris que le Ier poireau ne servait que pour la sauce. 

 

La Ière rencontre entre les légumes et la lamproie

. Vous placez les morceaux de lamproie et 75 autres grammes de jambon dans cette sauce  qui va continuer à mijoter.

. Vous réservez tous les solides (poisson + poireau + dés de jambon) et remettez la sauce sur le feu de façon à la faire réduire d’un tiers environ pendant 20 minutes. (Force 3) 

 

= Vous avez là du concentré de concentré de concentré (au cube). C’est l’objectif du jeu (de la recette). Mais ce n’est pas fini.    

L’enrichissement de la sauce

= 15cl de porto

= le sang    

. Dans cette sauce, vous ajoutez 15cl de porto et faites réduire un peu pour garder l’épaisseur du velouté. (Force 4)    

. Arrive le 2è grand moment,  la liaison avec le sang. Le risque est que le sang coagule. Pour éviter cette catastrophe qui vous obligerait à tout recommencer du début, suivez le conseil de Christophe Audrain :

«  commencez par verser une petite louche de sang sur la sauce et fouettez énergiquement le mélange. Versez le ensuite dans la casserole de sauce, hors du feu et amenez doucement à ébullition en continuant à remuer. Laissez prendre quelques bouillons ». (Force 5)   

La 2è rencontre entre la lamproie et la sauce

Elle se fait quand vous versez la lamproie + les morceaux de poireau dans cette sauce que vous remettez sur le feu et amenez doucement à ébullition sans cessez de remuez. (Force 6)  

La 3è rencontre

C’est vous qui la provoquez en mangeant cette recette de force 6 qui vous a demandé 1h15 de préparation et 2h10 de cuisson. Oui,  quand vous êtes un spécialiste comme Christophe Audran. Vous comprenez aussi pourquoi, je dis que la recette est très goûteuse. Chacune des phases renforce et/ou concentre la saveur.    

Les  7 conditions de succès

1 = connaître un pêcheur de lamproie, 2 = aller le voir avant, 3 =  chercher le poisson préparé juste avant, 4 = commencer cette fois-ci votre recette, 5= sans jamais la quitter des yeux, 6 = mangez quand c’est prêt, 7 = boire le même Anjou rouge que celui qui a été utilisé pour la cuisson. Avec cette lamproie, le Chef sert un Anjou rouge, Grande Réserve,  du Domaine des Galloires de Drain, juste de l’autre côté du pont d’Ancenis. 

Pour suivre le chemin

. L’autre possibilité est de préparer cette fois-ci votre venue à Ancenis, en téléphonant avant à La Table du Pêcheur pour savoir si c’est la saison de la lamproie. En novembre, c’est tout bon.

= 11 boulevard Léon Séché, 44150 Ancenis, 02 41 83 11 36 et latabledupecheur@wanadoo.fr    

. Le Guide du Pays d’Ancenis est un très joli livret de 132 pages qui vous dit tout sur tout sur la découverte du pays d’Ancenis : sites naturels, patrimoine culturel, produits locaux et savoir-faire, vacances actives, restauration-hébergement… C’est une publication de la Communauté de Communes du pays d’Ancenis. En page 41, j’y ai trouvé la recette Christophe,  le chef de la Table du Pêcheur.  Parmi les financeurs du livret, le Conseil général de Loire-Atlantique, Compa Pays d’Ancenis, la Région des Pays de Loire

 

Vins conseillés. Plusieurs possibilités s’offrent à vous :

. goûter le vin sélectionné par le cuisinier : Domaine des Galloires , les Galloires, 49530 Drain, 02 40 98 20 10, contact@galloires.com       www.galloires.com  

. jouer la carte de l’Anjou rouge qui se prête particulièrement bien à cette recette, avec par exemple

un Baumard, 8, rue de l’Abbaye, 49190 Rochefort sur Loire, contact@baumard.fr, à voir sur

www.baumard.fr

. innover en découvrant « Le Cousin », un Grolleau Noir, un cépage ancien que sait très bien travailler en biodynamie Olivier Cousin Vigneron, 7, rue du Colonel Panaget, 49540 Martigné-Briand,

02 41 59 49 09

. varier avec un Côteaux d’Ancenis (rouge en VDP), du domaine Guindon, très connu pour ses Muscadet, Prestige ou     

. traiter la lamproie comme un poisson, avec un Muscadet Côteaux de la Loire, Cuvée Prestige, du Domaine Pierre Guindon, une bonne maison, à Saint-Géréon tout près d’Ancenis,

La Couleuverdière, 44150 Saint-Géréon, 02 40 83 18 96, domaineguindon@hotmail.fr     

 

Billets connectés sur ce blog

. A suivre : Pierre Vivier, pêcheur, 23 rue des Pêcheurs, 44150 Ancenis

. Précédents :

-        les 5 billets sur le développement durable : L’estuaire de la Loire entre problématiques et  prospectives, Deux  auteurs et un dessinateur face à la Loire, L’estuaire, le démographe et l’estuarienne, L’estuaire et l’industrialisation, L’égalité des chances

-        Anguille, Alligator & Co, 20.08.2007 + Suivre l’angueille jusqu’au Japon, 20.01.2008   

. Photo EP d’après la plaquette       

Voir les commentaires

5 Développement durable + Genre / Egalité des chances + Mainstreaming

10 Novembre 2008, 17:05pm

Publié par Elisabeth Poulain

Eh oui le cycle continue, en parlant cette fois-ci des questions de genre, toujours dans le cadre du mainstreaming bien sûr. Il s’agit cette fois-ci d’attirer  votre attention sur un nouvel avatar du développement durable, celui de développement humain durable. Alors pourquoi parler de genre ?  

. Genre
C’est ainsi qu’en anglais, on désigne le genre humain, pour parler de la distinction H/F (homme/femme). Ce que nous traduisons en France par la parité – sous-entendue de la femme par rapport à l’homme. Parler de parité (mot positif) ou de discrimination (mot négatif), n’est pas du tout équivalent à l’emploi de « gender ». On peut aussi parler d’égalité des chances, pour y inclure tous les autres cas de discriminations, en particulier ceux qui visent l’origine et/ou la couleur de peau.  

L’emploi du terme de genre a d’abord pour avantage de ne pas parler de sexe. Entendre à chaque fois ‘le sexe féminin’ pour parler des femmes est un peu réducteur quand même. Le genre fait appel au genre humain composé d’hommes et de femmes. Le raisonnement se fait alors à trois composantes, sans avoir à opposer l’une des deux parties du genre humain à l’autre. Ce mode raisonnement est hyper-important. On est d’accord que ça ne règle pas les problèmes pour autant tout de suite mais c’est cohérent au niveau du raisonnement. C’est au moins un début.  

. Genre / Egalité des chances + Développement durable = ?
Quand vous ajoutez les deux, cela donne une nouvelle notion, le développement humain durable. Certains ajoutent un ‘et’ entre les deux adjectifs : DD humain et durable. En réalité cette expression est très rarement employée, si ce n’est pas ceux qui sont victimes de discrimination et/ou de conditions de vie difficiles. Rappelons que la dimension sociétale est une des trois composantes de ce concept inclus dans le rapport Brundland en 1987. Il y a plus de 30 ans. Ca interpelle.  

. Mainstreaming
Ce mot anglo-saxon n’a pas d’équivalent en français. Il est absolument étonnant de voir qu’un concept aussi important et appliqué journellement par l’Union européenne et donc par nous autres membres de l’UE (rappelons que 70% de notre réglementation est d’origine européenne) n’a pas réussi à trouver sa traduction française en 10 ans et plus. En fait c’est plutôt le contraire. C’est un signe fort d’une très grande difficulté mentale à intégrer des modes culturelles de raisonnement différent.  

Pour comprendre cette approche, il faut décortiquer le terme composite anglais: stream, le courant, streaming, le fait d’établir ou d’activer le courant, main principal.  Si vous assemblez le tout, cela donne l’idée de faire entrer un concept, une valeur, comme par exemple l’égalité des chances, dans un domaine réglementaire, entrepreneurial ou social donné et au sein de la société en général, dans la manière de décider, de mettre en oeuvre et d’évaluer des actions qui sont portées par le mainstrreaming.  

Mainstreaming + Egalité des chances & Développement durable
Après une telle définition, il me faut vous donner un exemple. L’UE estimant que la politique d’égalité des chances est d’une importance telle qu’elle fait l’objet de la démarche du mainstreaming, au même titre que la question du développement durable. Le recours au mainstreaming a plusieurs conséquences :
. le changement de dimension et d’univers de référence (1),
. la fixation d’objectifs quantitatifs et qualitatifs (2),
. selon une méthodologie définie et assortie de dates  (3),
. dans le cadre d’une approche intégrée, transversale et globale (4),
. impulsée par les acteurs politiques et/ou institutionnels disposant d’un pouvoir décisionnel (51)
. ainsi que par les entreprises et les citoyens, dans leur sphère d’action (52) et
. orientée vers les résultats (6).  

Voilà pourquoi l’UE, les Etats membres, le gouvernement français, les régions, les départements mettent en place un Agenda 21. Le mainstreaming est un magnifique exemple d’un mode de raisonnement anglo-saxon qui part d’un constat (l’audit), crée un plan stratégique complété par un programme d’actions tactiques, le tout étant soumis à évaluation, dans un process sans cesse en mouvement pour intégrer le changement.  

C’est alors que vous cherchez à savoir quelles sont les autres grandes questions qui affectent la société, outre le développement durable, l’égalité des chances et le changement lui-même (c’est déjà énorme),  qui concernent l’humanité en cette fin de cette Iè décade du 3è millénaire. A mon sens, il y en a  au moins 3, qui sont toutes connectées entre elles dans le sens de la transversalité et qui relèvent du mainstreaming, la technique transversale par définition :
. l’accès équitable à la nourriture, aux soins, au savoir…
. l’égalité des chances en particulier dans les choix de vie, le travail, la rémunération, la prise de décision, la qualité de vie, la participation politique…
. la protection de l’enfance et des plus faibles, la lutte contre la violence... 

Et c’est à ce moment là que vous comprenez la beauté du raisonnement du développement durable  : chacune de ces grandes questions sociétales est étroitement connectée aux 5 autres. Elles inter-réagissent en outre de facto avec les deux autres grands domaines du DD (économie et écologie) :
. les grandes questions de la création de valeur dans le domaine économique et de la production d’une richesse plus équitablement répartie et
. la sauvegarde de la bio-diversité qui est un gage d’équilibre de notre planète. 
 

Pour suivre le chemin

. Genre et mainstreaming, voir l’article de la Commission Femmes et Développement (CFD) du Ministère belge de la Coopération au Développement : www.dgcd.be.themes/gender  

«  Le développement durable n’est possible que si l’égalité entre hommes et femmes est une réalité non seulement sur le plan juridique, politique, économique et sociétal mais aussi dans les faits. Ainsi chaque programme de développement doit comprendre une stratégie visant à promouvoir l ‘égalité des chances. Aucun programme de développement n’est neutre : chaque programme a des effets différents  sur les hommes et sur les femmes, que l’on se trouve dans une situation de pauvreté ou non, que l’on habite à la ville ou à la campagne ». 

Cette citation montre la force du développement durable. Se préoccuper de la question des femmes et de la pauvreté dans le cadre de la coopération. Mille fois, oui. A condition de ne pas oublier que le développement commence à notre porte, mille fois oui aussi. Merci à nos ami-e-s belges de le rappeler.

 

. Photos EP , le genre humain par l'exemple du végétal et la théorie des 3 cercles du développement durable à voir sur Wikipédia.      

 

Voir les commentaires

Le monde selon Jean-Pierre Robinot, vigneron, négociant, Chahaîgnes, Paris, France

7 Novembre 2008, 11:32am

Publié par Elisabeth Poulain

Il est de ces hommes qui sont profondément de quelque part et qui justement à cause de cela ont toujours le voyage en tête, le goût de l’aventure et de la rencontre avec les autres. Cela fait plusieurs années maintenant que je connais Jean-Pierre. Nous nous sommes rencontrés au Ier salon du Livre qui s’est tenu au Château de Poncé sur Loir, lui pour faire connaître ses vins de vigneron et ses vins de négociant. Moi pour présenter « Le vin aussi est affaire de femmes ». Le monde a changé, pas lui. Il garde au fond des yeux et dans son sourire une forte dose d’espièglerie et de tendresse humaine. C’est un homme profondément engagé et chaleureux.


Il a rencontré le vin à 22 ans, en dégustant un Cheval Blanc 1964. Depuis lors, sa vie ne peut plus se concevoir sans progresser dans ce monde très sélectif et exigeant. A 17 ans, il quitte son village de Chahaignes dans la Sarthe et la plomberie pour laquelle il n’a que peu d’appétence à l’apprentissage. Direction Paris. Il emploie le mot de « monter à Paris », comme on escalade une montagne. C’est bien ce qui s’est passé. Sans aide, sans appui d’aucune sorte avec un impératif, survivre et au fond de lui, cet espoir fort de trouver son moteur de vie. Cinq ans lui ont été nécessaires pour cela et depuis son engagement dans le vin n’a pas cessé. 
 

Sa passion pour le vin s’est concrétisé par la création d’un restaurant-bar à vins, qui lui a permis d’entreprendre cette longue marche du vin, en même temps qu’il apprenait à définir les vins qu’il aime. Tout en les faisant découvrir aux Parisiens qui aiment tant le vin qu’ils en parlent encore plus qu’ils n’en boivent, qui aiment se rencontrer un verre à la main, debout à un bar ou assis à une table de bistrot. Pour cette triple aventure, il a choisi le XI arrondissement à une époque où ce Paris de l’Est avait profondément gardé sa typicité populaire, rue Richard Lenoir. C’est là qu’il a posé son Ier restaurant-bar à vins qu’il a vendu pour en ouvrir un second à Montmartre, encore un quartier emblématique d’un Paris vivant, turbulent qui aime les mixités de toutes sortes. Son nom : « Les Vignes de l’Ange Vin ».  

Il y a le jeu de mot bien sûr, sur le vin de l’ange (comme je l’ai vu sur une traduction automatique d’angalis en fraçais), ce qui reste après le passage des anges qui prennent leur part* et l’angevin qu’il est presque. Lui est complètement Vallée du Loir et pas Vallée de la Loire. Mais comme il est profondément tolérant, il veut bien annexer l’identité Loire et se revendiquer angevin si c’est pour le bien du vin. Il y a plus que le jeu de mot. Il aime profondément les vins de Loire. Avec ce second restaurant-bar à vins, il a encore franchi un pas. Cette fois-ci, la vigne apparaît, avant le vin ou plus justement pour annoncer le vin. 
 

Gérer et tenir un bar-restaurant est plus qu’un métier. C’est un engagement de vie, au contact étroit des clients qui font les modes et les défont tout aussi vite. Dans le cas d’un bar à vins, la sélection des vins est primordiale. Il faut qu’ils aient une personnalité que le patron puisse  percevoir et savoir faire partager. Son choix l’a porté très vite vers les vins qui ont une personnalité, comme les vins de Loire mais pas seulement, dont il apprécie l’étonnante diversité et la capacité des vignerons à rechercher l'expression du terroir dans sa plus grande diversité. Mais cela ne lui suffisait pas. dés le début, il a naturellement partagé l’aventure du vin qui est porté par le dire, l’échange et les mots.  
 

Jean-Pierre Robinot a alors approfondi sa connaissance des vins au contact des hommes qui le font,  les  vignerons et de ceux qui en parlent et les font connaître, les passionnés et les journalistes du vin. C’est ainsi qu’il a croisé la route de Michel Douaz, de Michel Bettane…et participé à de belles aventures. Avec ce dernier et quelques autres, il a fondé en 1983 Le Rouge et le Blanc vendu sur abonnement. Chaque appellation est goûtée en toute indépendance, en recherchant l’authenticité de ce qu’il appelle les vrais vins, les vins naturels : « mieux vaut un vin naturel avec un défaut qu’un vin lisse, sans défaut même s’il est de bonne qualité ».  

Puis est venue une nouvelle étape dans sa route du vin. La volonté de posséder ses propres terres pour y planter sa vigne et de faire son vin à sa façon, c’est à dire sans souffre ou presque, en laissant le jus de la vigne jouer sa partition du vin à sa façon et le temps qu’il faut.  Pour cela, ce désormais vrai parisien est revenu au village, qu’il avait quitté avec joie dans l’espoir de connaître la vraie vie. A Chahaignes, il a pris 2 à 3 ans pour  trouver des friches en coteaux qui lui convenaient. Certaines avaient été laissées à l’état de nature depuis plus 100 ans. Son Ier millésime date de 2002. Dans sa première année, il a tout repris à la base et ré-appris. Il a maintenant une dizaine d’hectares en aire d’appellation Coteaux du Loir. Il exploite maintenant 6,5 ha, en Coteaux du Loir Jasnières. Le nom de son domaine, Les vignes de l’ange vin bien sûr.  

Son choix est clair et sa confiance dans ses vins très forte. L’agriculture qu’il met en œuvre est biologique, sans utilisation de désherbant ; les terres sont labourées, les plants de vigne  traitées avec des produis biologiques et des infusion de plantes. Les vendanges se font à maturité sur du raisin sains ; elles  sont évidemment manuelles pour ne pas abîmer le raisin ; la vinification se fait avec des levures naturelles, le plus souvent sans souffre ou si peu. La mise en barrique dans des galeries de tuffeau fait le reste, le temps qu’il faut.  C’est là, la grande force de Jean-Pierre, sa capacité à se mettre en symbiose avec son vin, à son écoute, en collant son oreille pour entendre le fin glou-glou de la fermentation. Il compte au minimum de 12 à 18 mois pour les Chenin élevés sur lie en fût de chêne et 12 pour les Pineau d’Aunis (rouge). 
 

Et puis, presque naturellement, Jean-Pierre Robinot a créé une autre entreprise, de négoce cette fois. Il achète du raisin à des vignerons qu’il connaît et qui travaillent dans le même sens que lui, pour avoir une carte de vins plus large, en y ajoutant des vins de Loire pour garder une logique de terroir, le domaine étant dédie aux vins du Loir. Cette fois-ci le nom choisi sort de l’univers classique : c’est L’Opéra des Vins, pour mettre en valeur la musique de chaque vin et l’harmonie qui se dégage de l’ensemble de la palette. A cette carte de négociant-vinificateur, surtout des vins de table à la forte personnalité, comme Lumière de Silex, Symphonie du temps, les Années folles en rosé ou le très récent Concerto d’Oniss, Tokyo la nuit.  

Pour ce vin, l’artiste JPR a réalisé une étiquette d’un autre style que pour les deux autres. Les vins de l’Ange Vin sont en style art déco, les vins d’Opéra sont des traits de peinture grasse éclatante et le concerto d’Oniss un travail sur le mouvement et la nuit d’une grande inventivité maîtrisée. 

L'export est sa nouvelle aventure.  Et c
omme le dit, Bertrand Celse de Wine Terroirs: Great Visit and Wines, Jean-Pierre, Thank you.            

 

Pour suivre le chemin

* La part des anges est la partie du vin, qui s’exprime en %, du vin qui s’évapore dans une cuve au contact de l’air. C’est un phénomène naturel. 
. Les vignes de l’Ange Vin, le Présidial, 72340 Chahaignes, 02 43 44 92 20, 06 21 53 37 17,
lesvignesdel’angevin@orange.fr, http://lesvignesdel’angevin.vinsnaturels.fr

. La revue Le Rouge et le Blanc est la seule revue qui s’enorgueillit  d’être libre de toute publicité et sponsoring, à voir sur www.lerougeetleblanc.com 
. Lire le formidable récit des dégustations faite par Bertrand Celse en 2006 sur son site www.wineterroirs.com/2006/07/robinot.html. C 'est superbe. Actuellement en photo sur le site de ce french photographer and writer, une photo de Pierre Breton face à un Nicolas Joly hilare, tous deux un gros cigares à la main. Ils ont l'air bien et heureux.    

 

. Photos EP, la Iè prise au Salon des Vins de Loire 2008, Jean Pierre et sa femme, avec une présentation "bistrot" de ses vins, que le maestro venait de mettre en forme, à sa façon.

 

 

Voir les commentaires

4 Développement durable + Estuaire + Industrialisation = Mainstreaming

5 Novembre 2008, 18:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

Je sais bien que je le fais exprès. Ce titre est pourtant l’approche la plus précise de ce que je veux dire. Alors c’est simple, je le dis. En plus, je suis plein pot dans mon rôle actif de citoyenne pensante. Bien sûr,  je vais vous traduire ce titre énigmatique : 


. 4
parce que c’est le 4è billet que je consacre au développement durable sous des formes variées touchant à l’estuaire de la Loire. Certains lecteurs de mon blog commencent d’ailleurs à s’inquiéter, surtout ceux qui voudraient n’y trouver que des billets sur le vin. Je le sais. Vous me le dites (que vous voulez des articles sur le vin). Ma réponse est que pour bien parler du vin, il faut aussi parler de ce qu’il y a autour, c’est à dire de notre société puisque le vin en est une des composantes. 
 

 . DD, pour développement durable. On utilise beaucoup ces deux mots sans trop savoir ce qu’il y a dedans. On entend parler de l’effet de serre, du réchauffement climatique, de pollution, de crises…Souvent on assimile la notion à l ‘écologie et on la limite à l’environnement. Ce ne sont là que des approches. Le développement durable est tellement plus vaste que ça mais comme toujours chacun ne projette que ce qui l’intéresse, lui. Une bonne façon est d’essayer de définir l’objectif à atteindre : faire en sorte que notre société d’aujourd’hui et de demain laisse à nos héritiers une société vivable.  


Le DD est par définition un concept global, sociétal et transversal. Il est donc par nature impossible à définir facilement et à réduire à une ou deux idées. Cette incertitude sur les contours du concept, qui gêne des esprits formatés à la culture française qui veut une définition claire pour chaque chose, est normale dans la mesure où on comprend l’idée principale. Il s’agit d’accepter en profondeur le changement et de voir de ce qu’on peut faire de mieux. Au fur et à mesure que nous avançons dans cette grande route du DD, le concept s’affine. C’est un nouvel avatar de l’adage selon lequel:
c’est en forgeant que l‘on devient forgeron ! Changeons donc, en commençant d’abord par :
. limiter les causes de nuisance faites à notre planète, la société, l’écologie et l’économie,
. réparer certains dommages, ce que fait par exemple GIP Estuaire,
. avant qu’ils ne deviennent irréversibles ou trop coûteux/douloureux à entreprendre. 

 Le DD est un jeu vital de stratégie entre trois grand acteurs :
-        notre planète terre,  qui est notre partenaire d’intervention et de co-action-co-réaction,
-        nos actions d’hommes et des femmes d’aujourd’hui pour créer un nouvel ensemble sociétal à la mesure humaine,
-        le temps qui nous est compté, en terme de durée de vie des générations et/ou en terme de ressources non renouvelables.  


.
L’estuaire est celui de la Loire. Je suis sûre que vous le savez maintenant. Il est exemplaire au sens où ses problématiques qui lui sont propres, sont aussi caractéristiques de la situation de la planète: pollution, navigation, gestion des risques naturels et industriels, habitation, transport, territoire disponible pour les générations futures, création de richesse, emploi, qualité de vie de tous les acteurs …
 

. L’industrialisation de l’estuaire, c’est la facette économique  qui est certainement une des plus méconnues de la Région des Pays de Loire. On pense histoire -Château/Jules Verne/Lu- à Nantes,  chantiers de Penhoet/culture ouvrière/base des sous-marins  à Saint-Nazaire, soleil/plage/mer sur la Côte. Entre les deux, on voit des autoroutes et quelques vaches pour rejoindre La Baule, la vigne en rive sud et des petites maisons au toit de tuiles. Et pourtant l’industrie est fortement présente en rive nord. Je vous en parlerai plus amplement une autre fois. Le point marquant à garder en mémoire est le sous-équipement de la rive sud de l’estuaire en terme d’industries, alors que c’est là qu’il « reste » de l’espace disponible ! Après avoir décortiqué chacun des termes, cherchons maintenant à les associer, en partant toujours et du DD et de l’Estuaire. 
 

DD + Estuaire
C’est devenu une ardente nécessité que de penser les deux ensemble. Il n’est plus possible de faire ce qu’on a fait au XIXè voir, ce qu’on faisait encore au XXè siècle dans les années 1980, du genre continuer à extraire du sable en grandes quantités parce qu’il est meilleur et moins cher. Cette époque est finie. Donc on fait autrement, c’est alors qu’on se met à penser en terme de DD. On sait les erreurs à éviter, on tâtonne pour savoir ce qu’il faut faire et heureusement, si non on ne pourrait avancer. 

DD + Estuaire + Industrialisation
Je sens déjà que ce sous-titre provoque une inquiétude. Certains, j’en suis sûre, commencent à rétracter leurs orteils dans leurs chaussures. Comment pourrait-on associer l’industrie lourde avec la Loire, le plus grand fleuve sauvage d’Europe, avec le risque industriel ou le risque de pollution de la Loire, comme cela s’est passé récemment du fait de la raffinerie de pétrole de Donges.  C’est pourtant une  nécessité économique indéniable. Aucune région ne peut entièrement se dédier à une civilisation de consommation de loisirs. 
 

Où serait la valeur ajoutée en terme de création, de production et d’emploi? Peut-on imaginer un marché de l’emploi entièrement tourné vers les services (tertiarisation de l’économie par différence avec l’économie où on salit les mains)  ou les seuls services à la personne  (avec un taux de rémunération très bas)? La mixité sociale commence à la mixité économique à voir en tant que production de matières premières, transformations artisanales ou industrielles et  services associés pour produire de la valeur ajoutée, toutes ces activités qui se traduisent par une offre élargie d’emplois. 
              

. Le mainstreaming et nous dans notre estuaire de la Loire ?
Le  mainstreaming n’a pas de traduction en français. C’est extra-ordinaire quand on y réfléchit. Voici  un concept anglo-saxon mis en œuvre quotidiennement par l’Union européenne et par les instances politiques dans tous les Etats-membres pour les grandes questions sociétales. La réglementation seule n’y suffirait pas, en raison du caractère transversal du DD. Il serait impossible, même à la Commission Européenne qui peut pourtant beaucoup, de prévoir tous les secteurs touchés par le DD. Il faut alors savoir raisonner autrement et utiliser par exemple la technique du mainstreaming (stream=le courant, main=principal, ing= action de faire) qui est l’ action de placer une thématique dans le courant principal, au cœur du dispositif que tous doivent prendre en compte. Citoyens y compris, pas seulement les politiques et les entreprises.  Maintenant, vous comprenez mieux mon titre transversal. 

Le Développement durable étant partout, toute question, toute réflexion, toute action sont par définition touchés. C’est donc un nouveau mode de raisonnement à acquérir. La question du BVT (= Bon Vieux Temps) ne s’y oppose pas. C’était seulement une autre époque, à voir comme lorsque vous avez découvert la Renaissance dans vos livres d’histoire. Bien sûr j’exagère un peu, mais un peu seulement. Moi qui aime travailler sur le changement et l’innovation, je suis gâtée. 


Pour suivre le chemin
. Ce billet s’inscrit dans le prolongement du travail collectif de réflexion commencée dans le Groupe Estuaire appartenant aux Panels Citoyens des Assises de la Région des Pays de Loire (Agenda 21). 

. A lire sur ce blog, les trois billets précédents :
-        DD1 L’Estuaire de la Loire, entre problématiques et prospectives
-        DD2 Des auteurs et un dessinateur face à la Loire
-        DD3 L’Estuaire, le Démographe et l’Estuarienne

. Photo 1-EP, Collection personnelle, "Exercice de créativité" d’étudiants Bac + 5  International Business à x mains
. Photo 2-EP prise directement sur écran lors des interventions à l'Hôtel de Région des Pays de Loire.       

Voir les commentaires

3 Le développement durable, l'estuaire, le démographe et l'estuarienne

31 Octobre 2008, 18:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’estuaire est forcément celui de la Loire, le démographe est Hervé le Bras et l’estuarienne  Martine Staebler. Leurs périples se croisent et forment une tresse avec La Loire, chacun suivant sa route, les deux derniers toujours à courir avec le grand fleuve dans son aventure de rencontre avec la mer. Ils sont donc plusieurs dans le lit de ce fleuve pluriel qui en plus n’en finit pas de se chercher d’autres lits. 

Cela fait beaucoup pour une rencontre. Surtout si on ajoute que le démographe court d’une ville à l’autre le long du sillon de Bretagne, le Ier contrefort en arrière du fleuve le long des la rive droite qui va de Nantes à Saint-Nazaire et revient par la rive sud, après avoir survolé la côte littorale. L’estuarienne, quant à elle, se tient sur les bords du fleuve sous tous ses formes et avatars. Elle descend même sous le niveau très changeant  des basses eaux aux hautes eaux, qui suit le cycle des marées. Elle  plonge dans le lit profond du fleuve pour mieux en comprendre sa typicité qui n’a rien de naturel puisqu’elle est le fruit du travail de l’homme.  

Ma question alors est de savoir ce qui différencie le géographe de l’estuarienne. Qu’est-ce qui les réunit, qu’est-ce qui les distingue dans leur connaissance de l’estuaire. C’est au moins un Ier point de rencontre. Tous deux travaillent sur l’estuaire, l’un sur la terre et l’autre sur l’eau. En fait ce n’est pas sur l’eau que le mystère de l’estuaire réside. Ce serait plutôt sur ses bords et surtout sur son lit profond, c’es-à-dire la terre ou plus justement la vase.  

Commençons par Hervé le Bras, le démographe pour savoir qui vit et comment on vit sur les rives de l’estuaire. C’est un homme qui sait faire parler ses cartes de lissage. Entendez par là, qu’il met en valeur visuellement les évolutions de la population au cours du temps après des traitements statistiques tout autant que cartographiques et informatiques. Que nous disent ces cartes ? L’Ouest, l’estuaire de la Loire et la côte littorale de part et d’autre forment une des régions les plus attractives de France, avec le Midi bien sûr et surtout la région Languedoc-Roussillon.  
 

. « De 1975 à 1999, le développement de la population se fait en diagonale Est-Ouest en France. L’Ouest attire, l’Est surtout en partie nord se dépeuple.   

. Depuis 1999 et jusqu’en 2006, le développement des grandes villes Nantes, Angers Laval se poursuit et la Côte attire encore plus de la Vendée à Mesquer. L’attirance vers la Côte devient un phénomène national.   

. Le cycle de vie territorial découle du cycle de vie des ménages. Les jeunes couples avec des enfants s’éloignent de la ville pour bénéficier d’un foncier moins cher. Les seniors reviennent en centre ville surtout vers 75 ans pour bénéficier des services dont ils sont très demandeurs.

. Le nombre de personnes par foyer diminue.
. La fécondité est exceptionnellement forte dans les pays de Loire : 2,12% en Mayenne pour 1,57% à Limoges.
. Le vieillissement de la population est un phénomène urbain, particulièrement marqué en centre ville.
. Les retraités ont un pouvoir économique plus élevé que les jeunes couples : un retraité gagne plus qu’un actif en France.  

= Et le célèbre chercheur se refuse à faire des prospectives puisqu’elles sont basées sur des faits de maintenant. L’avenir est par nature incertain.  

C’est bien cette incertitude qui lie l’estuarienne au démographe. Martine Staebler rappelle que l’estuaire est un endroit bien particulier. Cette rencontre du fleuve et de l’océan est le plus grand estuaire de France ; le bassin versant de la Loire couvre 1/5 de la France. Le fleuve charrie 27 milliards de m3/an d’eau douce, avec des débits d’une très forte amplitude, qui font face à 150 milliards d’eau salée… 

Cet endroit si particulier est aussi le fruit d’un certain nombre d’aménagements entrepris depuis deux siècles pour chenaliser la Loire. Les bateaux peuvent ainsi remonter le fleuve jusqu’à Nantes. Pour amender les terres pour l’agriculture, on a extrait de très grandes quantités de sable en particulier pour le maraîchage, encore à la fin du siècle précédent. Que ce soit sur les rives restructurées, le chenal principal fixé, les chenaux secondaires bouchés, le lit profond creusé en profondeur, les résultats vont tous dans le même sens : ils sont terribles. Le courant est violent, l’onde de marée (la remontée de l’eau salée) atteint l’amont de Nantes, le dragage de la vase est incessant, les vasières sont obstruées, les prairies grillées … 


Les équilibres profonds du fleuve sont atteints. Un scénario de restauration est maintenant en application. En Ier lieu, l’effort porte sur le vivant en reconstituant les vasières qui sont des lieux d’une extrême  richesse (800 individus au m2) nécessaires à l’alimentation des oiseaux et des poissons. En seconde position, les monstrueuses fosses creusés par l’homme sous le lit du fleuve vont être comblées au moins en partie pour lisser les effets de l’onde de marée. Ces deux mesures sont au cœur du dispositif permettant à la Loire ‘d’apaiser’ son estuaire au moment où les pressions à venir vont toutes dans le même sens.
 

= Car l’estuaire va à nouveau subir un choc d’une amplitude sans égal du fait des effets du réchauffement climatique. Ce n’est plus un risque aléatoire, c’est maintenant une certitude. Toutes les mesures touchant à l’estuaire vont devoir intégrer cet événement sans précédent dans l’histoire. 


Que partagent en commun ces deux chercheurs ?
. La recherche sur l’assise de leurs études, la démographie pour l’un, l’estuaire pour l’autre.
. La passion de transmettre et une grande chaleur humaine.
. L’interaction entre trois acteurs que sont un espace bien particulier, l’estuaire, la prise en compte du temps qui passe et qui est à venir et l’action de l’homme.
. L’intégration du changement dans le schéma global de raisonnement.

. Avec des perceptions différentes: l'un parce qu'il est dans le changement perpétuel, l'autre aussi avec une obligation thérapeutique, qui est d'essayer de réparer autant que faire se peut,  quelques dégats du passé, pour mieux envisager l'avenir. 
 
 

Pour suivre l’estuaire
. Les rencontres avec Hervé Le Bras et Martine Staebler se sont faites dans le cadre des Assises 2008 « Panel Citoyens »  organisées par la Région pour le Groupe de travail Estuaire de la Loire le 18.10.2008.
. Hervé Le Bras est un universitaire très connu, directeur d’études à l’INED  et enseignant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.
. Martine Staebler vient de quitter le GIP estuaire dont elle a été la directrice pendant 10 ans.
. Voir les travaux du GIP sur www.loire-estuaire.org/detail.html 

. Lire aussi sur ce blog le Ier et le 2è billets sur l’estuaire :
-        L’estuaire de la Loire entre problématiques et prospectives
-        Des auteurs et un dessinateur face à la Loire et à l’Océan

C’est pourquoi, le titre devient maintenant DD3, parce que c’est le 3è billet sur le développement durable de l’estuaire.
 
Remarque importante: le réchauffement climatique ne fait pas directement partie de nos travaux pour l'instant. Il est pour moi continuellemen sous-jacent.
 

. Photo EP Portrait de Martine Staebler à la fin de son intervention à l’Hôtel de Région. 

 

            

 

 

Voir les commentaires

2 Le développement durable, l'estuaire de la Loire, les auteurs et le dessinateur

29 Octobre 2008, 11:35am

Publié par Elisabeth Poulain

Quand ils se rencontrent, cela donne un joli livre, Loire & Océan - préfacé par Jacques Auxiette, Président du Conseil régional des Pays de Loire - d’autant plus intéressant que la moitié des auteurs sont originaires d’Argentine, d’Italie et d’Ecosse.

 

Maria Fasce est la romancière argentine. C’est elle qui nous parle de Nantes en qui elle retrouve certains traits de Buenos Aires. « Les deux villes ont le même penchant pour la littérature du fantastique et pour les rêves, ce qui revient au même… Il y a deux mille cinq cent ans, les Celtes naviguaient déjà sur la Loire.  En 600 avant Jésus-Christ, Nantes était tout juste un  comptoir de troc de métaux, un lieu de transit vers les terres de l’étain…Le fleuve trahi, caché, détourné, affleure sous la forme la plus imprévisible et au moment où on s’y attend le moins : inondations, transformations, cauchemars. Selon Jung, qui peut être connaissait Nantes, l’inconscient qui est féminin, lorsqu’il est confronté à une Histoire essentiellement masculine, prend sa revanche. Le mot rivière est aussi féminin en français comme la mer et la peur ».   

 

Patrick Deville est l’auteur nantais. Il connaît tous des différences entre les deux rives : « l’ardoise et la tuile sur leurs toits, la politique depuis la Révolution, depuis toujours les eaux tourmentées du grand fleuve dont les mouvements contraires écumaient à chaque marée, frontière naturelle aussi considérable que le Bosphore à Istambul entre l’Europe et l’Asie, manière de fleuve Congo entre Brazaville et Kinshaha ». Des deux rives, il choisit les yeux grands ouverts la rive gauche et plus particulièrement l’embouchure du grand fleuve. L’ancien port de Paimboeuf l’émeut profondément, surtout à un endroit bien précis où, placé sur le goëmon,  il peut placer son pied gauche dans l’Océan et le droit dans le fleuve. C’est aussi un endroit bien particulier qui est maintenant réuni à l’autre rive grâce à un pont haubanné de plus de 60 mètres de haut et de près de quatre kilomètres de haut. Pour lui, ce pont est une fiction. Une invention de l’un des deux Jules, Verne ou Grandjouan…son héritier farfelu… qui rêvait déjà d’un Nantes-Naz, une seule ville ! un seul port de la bouche océane au premier gué ». 

 

Jean-Claude Crosson est le dessinateur et l’aquarelliste de tout l’ouvrage. Tout comme l’eau quelle soit de Loire ou d’Océan, ses croquis et ses aquarelles forment l’unité profonde de l’ouvrage. Sans lui, le livre ne pourrait se concevoir. Il s’est posé successivement à Fontevraud qui abrite le CCO (Centre culturel de l’Ouest), à Saumur, au Thoureil, à la Bohalle, aux Ponts de Cé, à Angers qui domine La Maine, un affluent de la Loire, à Ancenis. Il a été très inspiré ensuite par Nantes et l’embouchure. Il a terminé son périple par le Croisic et Noirmoutier.    

 

Pour suivre le chemin

. Impressions d’une Argentine à Nantes, Maria Fasce, Françoise Garnier pour la traduction de l’espagnol (Argentine) en français, Marina Harrs pour la traduction de l’espagnol (Argentine) en anglais

. Nantes-Naz, Patrick Deville, Delia Morris pour la traduction du français en anglais

 

L’ouvrage réunit quatre autres textes, deux pour la partie qui précède l’estuaire :

. De Saumur à Angers,  Giuseppe Conte, traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para et de l’italien en anglais par Elisabeth Petillot

. La troisième rive, Michel Chaillou, Delia Morris pour la traduction du français en anglais

et deux pour la partie océane :

.  Le Croisic, John Burnside, Françoise Abrial pour la traduction de l’anglais en français

. L’appel de Noirmoutier, Jean Rolin, Delia Morris pour la traduction du français en anglais

 

Jean-Claude Crosson est aussi l’auteur de « La route des Zincs ».

 

meet, la maison d’éditions, est basée à Saint-Nazaire. Elle a ceci de particulier qu’elle est la maison des écrivains étrangers et des traducteurs de Saint-Nazaire.

Photo EP de la couverture de l’ouvrage.  

Voir les commentaires

La plus belle bouteille aérographe de Cassandre pour Nicolas

28 Octobre 2008, 17:25pm

Publié par Elisabeth Poulain

Elle date de 1935. Elle est tellement belle qu’aucun graphiste n’a osé s’inspirer de cette œuvre de A. M. Cassandre. C’est ainsi  que cet artiste signait ses oeuvres en ajoutant sur la ligne du dessous et en décalé les deux derniers chiffres de l’année où il avait réalisé l’affiche. C’est un projet de 32 x 41cm fait par l’artiste pour Etienne Nicolas. La technique utilisée est l’aérographe. La difficulté de sa maîtrise manuelle explique peut être le faible usage qui en a été fait.

 

L’affiche

Dans cet espace rectangulaire réduit, deux éléments occupent l’espace gris/noir assombri. En position verticale sur la moitié gauche, l’œil est attiré par un rouge si vivant, si chaud et si troublant qu’on ne comprend pas tout d’abord. C’est le rouge du vin qui se verse dans un verre à pied. Seul le vin à la sortie de la bouteille puis au  contact du verre du verre est rouge. Au cœur du verre, le rouge est redevenu quasiment aussi foncé que la couleur gris foncé du fond.

 

Le chemin de l’oeil

Le regard cherche alors à suivre ce rouge. Il remonte le long d’un filet de vin qui provient d’une bouteille de bordeaux à l’horizontal. On ne voit pas la main. Y en a-t-il une d’ailleurs ? Le vin de la bouteille est rouge très sombre, de la même couleur que celui du cœur du verre. La capsule de la bouteille est rouge, plus clair sur le haut que sur la bas. Et il suffit que le lien se fasse entre la bouteille et le verre pour qu’un miracle s’accomplisse : le vin qui se verse dans le verre devient à son tour d’un rouge vivant, chaud et troublant.


On comprend alors la magie de l'instant, de la rencontre dans l'espace entre le vin et l'air, puis le vin et le bord intérieur du verre. On saisit intuitivement aussi que cet instant ne peut pas durer.   

L’univers graphique

Il est constitué de droites et de courbes parfaites dans un espace géométrique rigoureux. Le haut de la bouteille par exemple est formé d’une ligne droite puis d’un arrondi pour les épaules. La courbe est la même que celle qui a été choisie pour le galbe du verre. Un pied de verre épais se fiche dans le socle de la même épaisseur pour donner l'assise de l'ensemble, verre + vin qui se verse + bouteille qui tient dans l'air à la perpendiculaire.  

 

Le bord du verre est souligné de blanc uniquement dans sa partie droite et sur le dessus. On retrouve cette ligne blanche pour le haut de la bouteille. On la voit aussi au cœur du vin qui s’écoule dans une torsade qui montre le mouvement. Tous les autres traits sont noirs.

 

Le concept de l’association de la bouteille et du verre

Chacun des deux jouent un rôle distinct et pourtant complémentaire dans la scénographie de Cassandre. C’est la bouteille placée en position horizontale qui verse le vin dans le verre à vin. La couleur rouge incandescente montre que le vin est vivant. Il est temps de le boire, comme un feu vert inversé, une fois dans le verre. 

 

La décision de Michel Nicolas

Ce projet de Cassandre fut rejeté par Etienne Nicolas. Nous n’en connaissons pas les raisons. Une hypothèse personnelle est que ce projet était accompagné de deux autres qui utilisaient aussi la technique de l’aérographe. L’un s’appelait Inquiétude et l’autre Certitude. Peut être en effet, la force du premier était-elle un peu trop troublante, même pour l’époque. Ce filet rouge qui crée des bords rouges  avec un cœur noir a en effet de quoi intriguer et faire frissonner. Ce plaisir, qui ne dure qu'un instant, s'inscrit dans un univers noir inconnu, l'inconscience peut être.  

 

Pour suivre le chemin

. Cassandre, de son vrai nom Adolphe Jean-Marie Mouron, est un des plus célèbres affichistes du monde. Son graphisme, son style, ses concepts appliqués dans une gestion de l’espace rigoureuse  sont d’une telle actualité, d’une telle force qu’on s’étonne que ce grand artiste soit né en 1901 en Russie de parents français. Il est devenu affichiste par défaut de pouvoir gagner sa vie avec la peinture. Il fut très connu entre les deux guerres et partit travailler aux Etats-Unis en 1936-1937. Sa forte personnalité l’amena à créer ses propres caractères typographiques résolument romans. C’est à lui que Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent firent appel pour créer le célèbre logo avec un Y, un S et un L entrelacés. Complètement oublié, il se suicida en 1968. Sources : Wikipédia ainsi que les 2 ouvrages cités ci-dessous.

 

. L’aérographe (airbrush) est une technique de projection de la peinture grâce à un pistolet à air comprimé, inventé dans les années 80-90, 1880-1890 bien sûr aux Etats Unis.   

 

. Voir « Nectar comme Nicolas », d’Alain Weill, expert en art publicitaire, édition Herscher, 1986, d’où provient la photographie que j’ai faite.

. Voir aussi « Cassandre » dans la série « Les maîtres de l’affiche », d’Alain Weill également, Bibliothèque de l’image, 2005, avec d’autres exemples d’usage de l’aérographe (Les wagons-lit 2ème classe 1930 ou La Grande quinzaine internationale de lawn-tennis 1932).

 

On y trouve aussi d’autres  affiches de couples bouteille/verre, cette fois-ci avec un homme assis à une table de bistrot. Une série de trois dessins pour Dubonnet est vraiment amusante, avec toujours une scénographie (= 1, 2, 3, partez). En DUBO, cet homme tend son verre plein et le regarde avec intensité, en DUBON, il boit concentré et en DUBONNET, il verse avec force les dernières gouttes de la bouteille, qu’on ne voyait pas jusqu’alors,  dans son verre.

 

. Sur ce blog, voir aussi : 

-        Bouteille et verre dans l’art publicitaire à l’Hôtel des Salorges à Nantes

-        La plus belle bouteille caligramme

-        Les plus belles bouteilles droites et fortes
La plus belle bouteille d'absinthe  


. Photo EP, à partir du livre fait pour Nicolas. Sur l'ouvrage, le rouge ne contamine pas l'espace du fond de l'affiche en dehors du verre à boire.   

 

 

        

Voir les commentaires