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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La richesse en Chine ou "La Chine et le Luxe"

27 Octobre 2008, 09:59am

Publié par Elisabeth Poulain


 

C’est la cosmogonie chinoise qui nous donne les premiers éléments de réponse. La nature et l’homme sont indissociables. Pour que le monde soit en ordre, le lien entre les cinq éléments fondateurs doit être maintenu (bois, feu, terre, métal et eau) et la hiérarchie respectée dans la société entre les cinq relations : empereur/sujet, père/fils, mari/femme, frère aîné/frère cadet, ami/ami. Chacun doit tenir son rôle. Une des façons de le rappeler à tous est d’établir une codification très stricte des rites et normes sociales, dans le domaine du vêtement par exemple. A cette segmentation globale, se superpose une classification socio-économique directement dérivée du confucianisme : vient en Ier le lettré qui éclaire, puis le paysan qui nourrit, l’artisan qui façonne et enfin le marchand qui vend. 


La segmentation de la richesse

De ces trois hiérarchies découlent des formes traditionnelles différenciées de la richesse ritualisée :
. la richesse sociale identifiée visible par l’habit, ce qu’on appelle le code vestimentaire   actuellement,
. la richesse sacrée, qui relève de la cosmogonie, entre « le ciel et la terre »,
. la richesse profane, à titre de lien et de marqueur social
= une richesse éternelle, le jade, qui symbolise la perfection dans la culture chinoise, et à ce titre concentre toutes les valeurs spirituelles sociétales chinoises.  


L’art de vivre
Il faut ajouter le poids de l’histoire dans l’élaboration de l’ art de vivre à la chinoise et de la typicité de la richesse. Cet art de vivre est d’abord fondé sur « le manger, le boire, la maison, le jardin, les femmes, l’amitié. » Dans cette citation, il manque la beauté qui est plus que dans d’autres civilisations une valeur en soi qui exprime la perfection, acquise par la maîtrise et le temps qu’il faut pour l’acquérir. Etre collectionneur dans ces conditions est le signe d’un fort attachement à la Chine pluri-millénaire, un haut degré de réussite sociale et une forme de perfection personnelle. 
 


L’oisiveté
Elle peut être également un signe majeur de réussite car elle permet de se mettre ou d’être en symbiose avec les éléments, en particulier la terre, l’eau et le ciel. L’oisiveté est vue comme une qualité du lettré, qui se situe en haut de la pyramide sociale. Elle permet en outre de célébrer l’art de la jouissance. C’est un titre de l’auteur, auquel elle ajoute l’art de la quiétude. Jouissance  et quiétude visent directement le vin et l’alcool qui sont  une autre idée de la perfection, en terme d'échange de rêve et de création. Le terme chinois Jiu ne distingue pas le vin de l’alcool. L’ivresse est pour le lettré une porte d’entrée sur l’imaginaire. (L’autre porte d’entrée sur l’imaginaire est le thé, mais elle ne permet d’accéder à l’ivresse). Le plaisir de boire  est d’ailleurs codifié et se détaille en cinq caractéristiques : la capacité des buveurs à apprécier ce qu’ils boivent, des compagnons « brillants causeurs », l’ordre de succession des mets, des jeux à boire réalisables et une durée limitée de libations. 
 


De la richesse au luxe
L’ensemble de ces codifications très structurantes se traduit aujourd’hui en plusieurs types de luxe, l’un plus extériorisé qui peut aller jusqu’à l’ostentation pour marquer la vraie réussite et l’autre intériorisé marqué par le raffinement en fonction de ses préférences personnelles.


Le luxe extériorisé est celui de l’ordre marchand, éclatant, ouvert. Il marque la puissance (revenue) de la Chine, le centre du monde et est le signe de la confiance des Chinois en la Chine. Les principaux acteurs de ce luxe sont les jeunes, gros consommateurs de produits de luxe. L’enfant est un très bon ambassadeur de ce nouveau royaume. C’est lui qui devient l’ambassadeur de la réussite de toute la famille et de son accession à ces nouvelles castes sociales. Le luxe, il ne s’agit plus alors de richesse, est devenu un élément fort de la construction identitaire de l’individu. 
 


C’est sur la notion du concept d’un nouveau type de luxe à la chinoise que termine l’auteur. Un des objectifs de sa thèse est de ré-ancrer le luxe dans l’histoire chinoise  pour en montrer la légitimité. Elle nous donne des éléments de réponse concernant le pouvoir de novation du luxe dans le plus grand pays au monde le Ier pays consommateur de luxe au monde. Ceci sans perdre son origine et sans adopter non plus les modes du raisonnement démocratique. Mais ça l’auteur ne le dit pas. 

Quant au luxe intériorisé, il n'est pas vraiment mis en valeur actuellement, bien qu'il existe aujourd'hui comme hier mais d'une autre façon.  


Pour suivre le chemin
. Ce billet est basée sur l’étude de Jacqueline Tsai est parue sous le titre de La Chine et le Luxe (éditions Odile Jacob). C’est la thèse qu’a soutenue l’auteur pour devenir Docteur de l’université Paris-Sorbonne. Quant à moi, je préfère utiliser le terme de richesse qui me semble plus adapté à l’histoire. On ne parle du luxe que depuis l’avènement de la civilisation de la consommation  en 1960 et +.   


La progression des chapitres montre bien la volonté de l’auteur de faire ré-absorber la richesse par le luxe.  Elle aborde l’enracinement du luxe dans la philosophie chinoise (1), l’art de vivre à la chinoise (2), l’âge d’or de Shanghai (3), Hong Kong du XIXè jusqu’à Mc Do (4), la période contemporaine marquée par la coexistence des luxes depuis 1990 (5) et enfin le rôle du luxe dans la construction identitaire. Jacqueline Tsai est responsable des études et de la veille internationale chez Louis Vuitton. 
 


Un des aspects de cette recherche m'a plus particulièrement intéressé, c'est présentation en forme de mise en segmentation quasiment naturelle que fait l'auteur de la vision du monde et de la culture chinoise. Segmentation dont vous savez que c'est un des outils majeur du marketing (segment/produit face au segment/consommateur). 

Un autre élément intéressant est l'absence de toute réflexion politique ou sociologique, comme si -et c'est la conclusion majeure de l'ouvrage- le luxe est capable de tout absorber.   
   
. Lire aussi sur ce blog le billet intitulé:
 
Enquête alimentaire auprès de Qiu Xiaolong (Chine) , chez Lliana Levi éditeur,
 qui montre l’extrême raffinement d’une certaine cuisine chinoise revendiquée par les lettrés d’aujourd’hui. 
. Photos EP, Encre de Charles Joguet, Peinture Anne-Marie Donnaint-Bonave 'Bol' 

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1 Le développement durable, l'estuaire de la Loire 2008 entre problématiques et prospectives

26 Octobre 2008, 09:34am

Publié par Elisabeth Poulain

Les problématiques de l’estuaire sont celles d’aujourd’hui, en suivant la Loire d’amont vers l’aval, d’Est en Ouest : 

 - la terre en rive droite

. la très forte urbanisation de l’estuaire, avec la formation d’une métropolisation de Nantes à Saint-Nazaire,

. l’implantation de zones d’activités industrielles en ruban entre les deux axes portuaires,

. l’existence d’un nombre important installations industrielles lourdes en terme d’impact sur le territoire et en terme de risques (Seveso) ;

 

- l’eau salée

. la remontée d’eau de mer dans le lit de la Loire à la suite du dragage pour permettre à Nantes de rester un port accessible à des navires de gros tonnage,

. la production de vase de plus en plus entre l’embouchure et Nantes, avec comme conséquence le dragage incessant de la vase, puisqu’elle se reforme à peine enlevée en raison du phénomène du bouchon vaseux ;

 

- l’eau douce

. des besoins en eau toujours plus élevés (habitat, usages agricoles, usages industriels),

. des traitements de l’eau toujours plus coûteux en terme de traitement et de réseaux ;

 

- la rencontre entre la mer et la terre

. avec un port aux deux extrémités de cet estuaire, celui de Saint-Nazaire, qui a en particulier une vocation agro-alimentaire, céréalière (Cargill), pétrolière (raffinerie de Donges)… et Nantes qui garde une compétence Bois…La dénomination de ce port : Nantes-Saint-Nazaire pour montrer la complémentarité des deux parties d’un tout ;  

 

A ces problématiques fonctionnelles s’ajoutent des données géographiques, économiques et historiques fortement impactantes :

 

. un fleuve, dans une multitude de lits, qui changent, bougent dans un espace large et non constructible,

. des zones inondables qui sont de véritables poches de nature de part et d’autre du fleuve, qui marquent les frontières les plus larges,

. des petits affluents en grand nombre;

  

. deux marais parmi les plus importants de France, situés en diagonale est-ouest. Le plus proche de Nantes est situé sur la rive gauche (Lac de Grandlieu), le plus éloigné sur la rive droite (La Brière). Le Lac est relié à l’estuaire par une multitude de rivières ; le marais a été coupé de l’estuaire pour éviter la remontée d’eau salée. Ces deux marais sont d’ailleurs insérés dans des frontières d’un parc naturel qui ne touchent pas la Loire ;

 

. des rives bien différenciées en terme climatiques, plus chaud et plus rural au sud, avec une métropolisation moins accentuée, une relation naturelle avec la Vendée alors que la rive nord est en lien avec la Bretagne. La poly-agriculture domine au sud, alors que le nord est placé sous le signe de la grande industrie, la ville étant le cœur des services. Un bon marqueur climatologique est la vigne qui est présente rive nord jusqu’au Cellier inclus et jusqu’à la mer rive sud, dans une zone littorale maritime qui va du Lac de Grandlieu jusqu’à la mer ;  

 

. le fleuve qui est toujours une frontière entre les deux rives. Il crée de facto une concurrence entre les deux rives, l’une étant toujours dominante par rapport à l’autre puisqu’elles sont différentes. La création du pont de Saint-Nazaire a eu pour première conséquence la vitalisation de la rive gauche de l’estuaire en terme d’habitat et d’implantations d’activités économiques ;

 

. un pont entraîne pour la rive la moins forte un  accroissement de la mobilité, une pression foncière de plus en plus accentuée et un renforcement du maillage économique ; d’où les projets de deux nouveaux ponts. Les deux derniers sont déjà saturés, que ce soit le Pont de Saint-Nazaire et celui beaucoup plus récent de Cheviré.

 

A ces données de base, il convient de rappeler deux autres dimensions :

. le poids de l’histoire, qui a marqué très distinctement les deux territoires et dont il n’est pas possible de ne pas tenir compte en terme de mentalités et de réactions sociales,

 

. le littoral, un concept du XIXè siècle, inventé à l’usage des riches bourgeois qui ont posé les jalons de la société des loisirs et découvert la mer en suivant  le modèle de l'aristocratie anglaise. La Baule en est très bon symbole. La métropolisation ici se traduit en terme de bétonnisation du bord de la mer de chaque coté de l’estuaire, surtout en rive nord avec l’ensemble La Baule-Pornichet. L’axe d’urbanisation Est-Ouest, Nantes- Saint Nazaire se traduit dans les faits par la création d’une métropole en T horizontal.

 

Les conséquences pour la zone sud

. la rive sud sert à éponger le trop plein de la zone nord,

. le mitage se renforce,

. le manque de terre, déjà très fort au sud-sud de Nantes, du fait de la géographie (bassin de la Sèvre et de la Maine) et de la vigne , se déplace vers l’ouest,

. l’urbanisation augmente, non seulement du fait de la métropole de Nantes, mais aussi du littoral (Saint-Brévin, Pornic …) et de chacune des communes petites et moyennes entre les deux, qui sont plus accessibles en terme de coûts premiers de logement,

. la création de pont renforce les flux entre les lieux de logement, les lieux de travail et les lieux de services en lien avec la ville et les modes de vie urbain, même quand on vit à la campagne.

 

Arrive maintenant un nouvel élément, le réchauffement climatique et ses conséquences en terme d’élévation du niveau de l’eau. La surface de la terre disponible pour les activités humaines baisse encore. La surface prise par les logements (travail + loisir), le travail dans l’agriculture, l’industrie et les services, le déplacement pour le travail, le déplacement pour les loisirs explose en terme de demande. Un département disparaît tous les 10 ans du fait de l’asphalte et du béton en France.

 

La question est : que fait-on dans le cadre du développement durable ?

C’est la question que la Région pose à des habitants sélectionnés par Ipsos pour réfléchir à différentes problématiques. Outre le Groupe-Estuaire qui planche sur l'industrialisation, il y a trois autres groupes qui travaillent sur l’industrialisation de l’est de la région, la santé et les contrats territoriaux. Chaque groupe de 15 citoyens - c’est la terminologie utilisée - est identifié par sa couleur. Le bleu pour l’estuaire.

 

Pour suivre le chemin

Ce billet est le Ier d’une série que je vais consacrer à la Région. Vous avez bien sûr compris que je fais partie du Groupe Estuaire/Industrie et que je  suis ravie de cet exercice, en temps réel serré, de fortes cogitations neuronales et  de rencontres humaines chaleureuses dans un cadre de prospective appliquée à un territoire qui nous concerne tous, pas seulement les Ligériens, la Loire. 

 

J’ai commencé cette synthèse avant la première réunion citoyenne, complétée par des informations reçues pendant et collectées depuis.  Ce n’est donc  pas un compte-rendu des interventions des experts que nous avons pu questionner ni des prises de positions de chacun des sous-groupes du groupe.  Il y a en outre des thématiques qui n’ont pas été évoquées (et que je cite)  puisque ce premier mini week-end de rencontres a été consacré à l’estuaire proprement dit. Le prochain est dédié au thème de l’industrie dans l’estuaire.  

.www.paysdelaloire.com

. Photos EP à partir d'étiquettes auto-collantes qui sont des outils de communication de la région. J'ai choisi la crevette et le vélo en Ier et le poisson et la grappe de raisin en 2. En guise de clin d'oeil pour ne pas oublier les vins de Loire, rive droite, rive gauche et littoral! 
. www.diversivie.com

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La compote de la Coche = la compote du Vieux Vigneron

21 Octobre 2008, 10:13am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est la recette du mois que j’ai trouvée dans la missive du Petit Cocher du Domaine de la Coche d’Emmanuel et Laurent Guitteny à Sainte-Pazanne (44). 
Pour 4 personnes, il vous faut prévoir:   

. 3 poires William ou Comice, 2 pommes Gala, 2 pêches (en cette saison, mettez 1 poire et 1 pomme en plus),

. 300 gr de sucre (vous pouvez diminuer un peu pour ne pas écraser le goût des fruits),

. 1 clou de girofle, 1 bâton de cannelle, 1 pincée de muscade

. et une bouteille de Cabernet ou Clos neuf du Domaine (ou un autre rouge de qualité).

 

Il suffit alors versez le vin rouge dans une sauteuse à revêtement anti-adhésif, avec les épices et le sucre. Vous y ajoutez les fruits pelés et coupés en morceaux. Vous laissez mijoter à feu doux pendant une heure environ, en remuant de temps en temps.

 

Vous obtenez ensuite une très belle compote, à déguster, si vous en avez envie avec une boule de glace à la vanille, ou une coupelle de fromage blanc avec une goutte de citron et très peu sucre.

 

Pour suivre le chemin

. La Missive du Petit Cocher, n° 18, octobre 2008, avec des informations précises et claires notamment sur

-        les vendanges très particulières de l’année, avec des rendements bas (20hl/ha pour le Muscadet, 15hl/ha pour le chardonnay), heureusement avec beaucoup de fruits,

-        les récompenses du Guide Hachette 2009 pour leur Muscadet Côtes de Grandlieu sur lie 2007 et pour  leur Chardonnay Pays de Retz

. www.domainedelacoche.com et lacochevins@aol.com
. Photo n° 1, Domaine de la Coche, Photo n° 2 EP, Dessin FP Collection particulière

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En France, en matière de pub/info, 1789 n'est jamais bien loin (2)

20 Octobre 2008, 10:37am

Publié par Elisabeth Poulain

Surtout en temps de crise! A croire que la révolution s’est déroulée hier. L’Ancien Régime, aussi. Cette fois-ci, on est à Versailles dans la Galerie des Glaces avec les membres de la Cour du Roi. Versailles nous offre le sentiment d’appartenance à l’élite et à l’art de vivre si raffiné 'à la française'. Versailles, c’est aussi 1789, qui marque le début d’une période mouvementée et sanglante dont l’étincelle est due à la révolte des gueux, des sans titre, des sans terre & des sans pain.

 

La crise actuelle offre un bon exemple de la persistance de ces deux faces de 1789 dans nos esprits dans notre république d’aujourd’hui, comme on parlait avant de la Noblesse face au Tiers Etat, le seul à ne pas avoir de nom dans le royaume (le second était le clergé).

 

C’est ce à quoi je pensais en lisant la presse. D’abord la pub pour commencer. Sur une ½ page des Echos (13.10.08), la meilleure et la plus chère, celle de la page de droite en bas, voici une pub qui se présente sous l’aspect d’une photo d’une grille grande ouverte face à un vrai grand château. Un paysan de dos est là, à hauteur de la grille ; il tient sa faucille à long manche dans la main droite, la fourche à deux dents dans la gauche. Il lève les bras, comme en signe de victoire. On l’imagine avancer seul vers le château.  

 

D’abord on ne comprend pas cette pub. Surgit alors une image, celle des pauvres venus de Paris  se rendant en masse au château de Versailles, leur fourche à la main, pour demander du pain. Le plus hallucinant de cette publicité est la qualité de l’annonceur : c’est PriceWaterhouseCoopers, un grand groupe de conseil. Le titre de cette publicité : « Difficile de faire la révolution tout seul » et le début du commentaire : « Tout seul, on peut avoir une idée révolutionnaire, mais pas forcément la mettre en œuvre… ». Cette publicité est pour moi un très bon exemple de ce qu’il ne faut pas faire, à savoir utiliser les symboles de la lutte des classes pour faire du double ou triple degré.

 

A revoir Les Echos et Le Monde de mars 2008 et d’après, on s’aperçoit que plusieurs articles par jour étaient déjà consacrés aux troubles financiers qui agitent notre monde. Déjà aussi les publicitaires avaient recours au thème de l’Ancien Régime dans sa double face de luxe ostentatoire face à la violence populaire (qui coupe les têtes) lors des crises. La pub porte cette fois-ci sur un compact grand angle de Samsung NV24HD parue dans le Monde (14.06.08).

 

Sous le titre « Imaginez votre vie en grand angle », vous voyez une jeune femme aux cheveux blonds chevaucher fièrement son cheval. Elle a un port royal et pose en travers de l’allée qui mène au château. Nous sommes donc déjà dans le parc. L’allée est environ 3 fois plus large que le cheval. Seul hic et il est de taille, ce cheval n’a plus ni tête, ni queue. Ca trouble si fortement l’œil qu’on revient sur la photo pour voir si on bien vu. On découvre alors que  ce leurre de cheval  n’a plus que  2 pattes sur les 4 qui lui sont nécessaires.

 

L’esprit commence naturellement à associer
. le château + le cheval à la tête coupée,
. la femme aux cheveux longs + le cheval à la queue coupée,
. le cheval mutilé atrocement + le parc à la française avec des buis taillés dans l’allée qui mène à ce château du XVIIIè siècle. Je me demande alors quelle est l’image positive attendue par la marque japonaise avec un tel concept publicitaire, qui est en plus contredit par la photo. L’allée est en effet 3 fois plus large au moins que le cheval même s’il avait tout ce qu’il faut pour être un vrai cheval.

 

Reste l’info. C’est l’édito de Vitisphère dans sa E-lettre le 7 octobre dernier.  C’est le titre qui m’a interpellé tout d’abord : « Franchement, c’est pas le moment. »  C’est un vrai cri du cœur ; votre première réaction quand vous êtes en train de chercher un nouveau logement, que vous cherchez du travail et que tout devient encore plus compliqué, comme s’il fallait la crise en plus.

 

En ce qui concerne la filière viti-vinicole, l’éditorialiste de Vitisphère liste les principaux projets gouvernementaux alors que  le travail d’après vendange n’est pas fini et que la récolte est faible : la hausse des taxes, l’interdiction de la publicité pour le vin sur Internet, la limitation des dégustations gratuite ou de la vente de vins dans certains lieux…Il termine en rappelant au gouvernement que si ces textes concernant les taxes, la pub et la promotion sortent, « c’est toute la famille vigneronne qui se révoltera. » Cette fois-ci, ce n’est plus 1789 qui est visé.  

 

Pour suivre le chemin

. Difficile de faire la révolution tout seul, www.pwc.fr

. Imaginez votre vie en grand angle, www.samsung.com/nv24hd

. E-lettre n° 318, elettre@vitisphere.com     www.vitisphere.com    

 

            

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En période de crise, en matière de pub, on a encore rien vu (1)

19 Octobre 2008, 19:00pm

Publié par Elisabeth Poulain

Souvenez-vous, hier encore, on débattait gravement en France de la nécessité de distinguer information et publicité dans le vin. Il était question de tracer une frontière, parce que c’est rassurant pour l’esprit. Et aussi inefficace. Aucune frontière – aussi bien la Grande Muraille de Chine que la (Grande) Ligne Maginot – n’a jamais empêché une armée étrangère de la franchir ou une idée de se diffuser. Au contraire, elle focalise l’attention de l’ennemi d’à côté en lui disant en langage non-verbal : ici, il y a un trésor auquel tu ne dois pas toucher.  


En période de crise, la pub se la joue et sort le grand jeu, un jeu d’une ampleur que nous n’avons jamais même imaginée jusqu’à maintenant. Il s’agit de capter l’attention de gens sur-saturés d’infos et qui en re-demandent pour essayer d’y comprendre quelque chose. Cette  demande pressante d’infos booste les ventes et créé un énorme appel d’air pour la pub, qui s’y engouffre avec une jouissance qu’on sent presque physiquement. C’est ce qui se passe actuellement. 
 


Une précision d’importance, avant de vous donner quelques exemples. La pub n’est qu’un outil dans la main des entreprises clientes qui commandent et valident ce que leur proposent leurs agences  de communications. Le publicitaire a évidemment sa part de création dans le résultat, une grande part d’ailleurs d’inventivité, de beauté et de matière grise, mais sans client, le publicitaire ne peut rien produire, à part peut être faire de la pub pour son agence de pub, si celle-ci le désire. La pub appartient au client. S’en prendre à la pub ou aux publicitaires est une franche erreur. Comme de désigner l’outil au lieu de la main qui tient l’outil. 
 

Quelques exemples de relation entre information et pub :
. Les Echos s’offrent un quart de page de pub/info à la meilleure place, en bas à droite de la page de droite, au milieu de la double page du cahier Entreprises & Marchés, dans les pages dédiées aux Services. C’est une publicité en faveur du journal fait par le journal lui-même, qui titre:                     
Quand tout va mal, un seul journal, Les Echos/ Le quotidien de l’information, La seule source d’information économique       et                 financière / 41% de progression des ventes en kiosque … avec les précisions ad hoc en matière de date et de source. Le message est réduit à une idée, la typo et la mise en page très structurée met l’information chiffrée, -+ 41%- en lumière. 

On trouve maintenant des pubs étonnnantes:
. d’abord par leurs dimensions ; le nombre de pub pleine  page augmente pour SFR, Orange, Stoxx Sector (connaissance des indices de marché Dowes)…
. par la multiplication des pleines pages qui se suivent pour un même annonceur, en jouant la déclinaison de la pub : exemple de la banque CIC avec une sculpture à la Rodin d’un homme nu assis pensant sur fond rouge lie de vin avec un portable sur les genoux ! C’est certainement puissamment pensé et le concept m’échappe totalement ;
. plusieurs jours de suite ;
. avec aussi un quart de page en plus, en page volante, couvrant la première page du cahier central, pas du cahier Economie et Marchés,    

 . par leur thématique, un homme en train de se noyer, en costume-cravate , l’eau à hauteur de sa bouche et la tête inclinée vers l’arrière, un pont ( ?) une barre de béton au dessus du front ; joyeuse ambiance, c’est pour le WWF, dont le panda à côté fait joyeux drille. C’est une façon très visuelle de dénoncer le réchauffement climatique à cause de l’accroissement de CO2 ;  

. en conjuguant 1 marque x 1 déclinaison parfois sur plusieurs jours x un grand nombre de pleine pages, on  pense avoir tout vu. Erreur, surtout en plein salon de l’automobile. Il reste à concevoir un cahier spécial Mondial de l’automobile. Audi vous donne rendez-vous en page 5, vous y trouvez un cahier spécial de 16, dont 14 sont des doubles pleines pages, chaque double étant consacrée à un photo de l’Audi TDI. Et comme le dit Denis Fainsilber des Echos, c’est effectivement un changement d’ère. Les véhicules neufs sont maintenant placés sous le signe de la norme Euro 4, celle qui limite depuis 2005 les émissions polluantes de 65 à 85%. Du coup, c’est logique, pourquoi se priver. Autant acheter une grosse voiture. CQFD. 
 

Je vous ai gardé le plus beau pour la fin. C’est le bleu qui envahit tout. Blue is blue. La voiture est bleue, la pub est bleue, donc la double page est sur papier bleue. Jusque là, ça va. Maintenant c’est tout le cahier  Entreprises et Marchés qui est bleu. Et puis le cahier central. Le Financial Times est bien saumon. Oui, sauf qu’ici, ce bleu est partout, cahier général inclus. C’est une pub pour Mercedes-Bentz, qui nous annonce en bas de la première page de nous rendre en pages 8-9, en oubliant d’ailleurs la page 15. Tout ça pour la Nouvelle Classe A 160 CDI BlueEFFICIENCY. Oui Madame. Tout ça pour nous montrer une voiture rouge. Oui, pourquoi pas .

 

Le seul souci, et il est vraiment d’importance, est que le journal titre en première page sur une déclaration de Carlos Ghosn, le patron de Renault, « fermer une usine en France est inenvisageable » avec une photo de lui, le montrant soucieux. On retrouve Carlos, avec une grande photo sur un fond vert. L’horreur est que  toute l’analyse de Daniel Fortin sur la situation de Renault et tous les propos de C. Ghosn se font sur papier bleu. Pire encore, les pages suivantes sont justement les 8/9 qui vantent la nouvelle merveille de Mercedes-Bentz.  


Dans cet exemple, la pub a tout mangé, sans plus aucune distinction possible entre la pub et l’info. Pire elle se superpose et arrive à dominer ce que dit un concurrent, en l’obligeant à entrer dans sa sphère d’influence. 
 

Pour suivre le chemin
Juste pour finir, Le Monde (02. 10. 2008) a refusé de céder à ce tout-blue. Il  a quand même dérogé à sa mise en page de sa Iè page en plus, en permettant à une pub pour la TrueBlueSolutions cette fois ci en blanc sur fond noir, juste à côté du nom du Journal, en partie droite, en haut, pour nous donner rendez-vous en page centrale des deux côtés dans un encadré noir dans lequel il est clairement indiqué « Publicité » en petit.  

Les Echos du 03. 10. 2008 pour SFR
Les Echos du 07. 10. 2008 pour Orange
Les Echos du 06. 10. 2008, 13.10. 2008 pour la pub CIC
Les Echos du 16.10. 2008 pour WWF
Les Echos du 02. 10. 2008 pour TrueBlueSolutions

Photo EP
A suivre 

 

    

 

 

 

 

 

 

 

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Les femmes du vin, championnes du monde du travail invisible

15 Octobre 2008, 16:53pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est la phrase que j’ai employée le 3 octobre dernier à l’Hôtel des Pénitentes, un magnifique bâtiment restauré avec beaucoup d’intelligence et de finesse par la Ville d’Angers en coordination avec l’architecte des Bâtiments historiques. C’est un lieu de mémoire édifié pour abriter en leur temps les religieuses ainsi que des femmes malades et repenties, les Pénitentes. Ce jour là s’est tenue la réunion régionale de l’association Culture et Bibliothèque pour tous, en présence d’une centaine de bibliothécaires de l’association. J’y ai présenté ma recherche sur les femmes, le vin et la Loire « Le vin aussi est affaire de femmes ».

 

Les propos qui suivent n’ont été que très rapidement évoqués, à titre de contexte, pour expliquer pourquoi et comment j’ai mené cette recherche importante auprès de 75 Dames de la Vigne et du Vin dans la vallée de la Loire, pour prouver par leurs témoignages qu’effectivement le vin est l’affaire des femmes. La preuve : elles y travaillent et parlent de leur engagement dans le monde du vin au travail. Pour le montrer, je suis allée à la rencontre  de ces femmes, je les ai toutes interviewées, à commencer par la ministre Roselyne Bachelot et 74 autres, en mettant en lumière leurs compétences complémentaires, en terme de formation, de postes, d’âge, de nationalité, de type d’entrée dans le vin, d’emplois en entreprise, en organisme public ou para-publique ou à titre libéral….

 

Le titre que j’ai donné à ma recherche a toujours été compris par les femmes : Le vin aussi est affaire de femme. Les hommes, à plus de 90%, l’ont toujours traduit autrement. Il leur a suffi de déplacer le 'AUSSI'. Si vous dîtes que ‘le vin est aussi affaire de femme’, vous restez dans le monde clos du vin et vous vous positionnez face aux hommes. Si vous replacez le ‘aussi’ avant le verbe être, vous vous placez face et dans la société. La Ière réponse que j’ai donnée à la question d’un homme, calant sur le ‘aussi’, « c’est quoi ce aussi ? » a été de dire que le vin est l’affaire des femmes, comme tout le reste, président de la république, chef d’entreprise, journaliste, docteur, chercheur et aussi infirmier, salarié, employé, chauffeur de bus, instit…. 

   

Ce qui est proprement incroyable en effet est que les femmes restent les championnes de l’invisibilité, tout particulièrement dans le domaine du travail. Quand elles ont un travail salariée extérieure à la maison, elles continuent à être tout simplement moins vues, leur travail moins perçu et partant leur rémunération plus faible. Les raisons individuelles sont justifiées à chaque fois par l’employeur. Admettons. Il n’en reste pas moins que globalement leur place dans le monde du travail est toujours minorée et sous-évaluée.

 

Quand elles n’ont pas de travail salarié, à l’extérieur du foyer, j’emploie à dessin un terme ancien, le langage courant dit qu’elles ne travaillent pas. J’ai entendu encore hier cette affirmation complètement erronée et si dangereuse à l’usage. Elle valide l’idée en effet qu’il n’y a de travail que rémunéré. Celui qui se fait à l’abri des mûrs de la maison, hors de la vue des passants, n’existe littéralement pas. La femme, qui est dedans, fait ce qui est nécessaire pour que tout fonctionne normalement, comme un lutin invisible qui viendrait la nuit. La norme sociétale de ce travail invisible est fondée sur un résultat de réussite afin que la famille et la maison au sens large puissent fonctionner au mieux, sans voir à rémunérer quelqu’un puisque cette personne a par cette nature cette fonction. C’était aussi le cas de ces religieuses qui étaient aussi soignantes, comme à l’Abbaye royale de Fontevraud. Nul besoin de leur assurer un salaire. Il suffisait de leur assurer le gîte et le couvert. C’est aussi une des raisons pour lesquelles les infirmières et les professionnelles  de soins aux personnes ont eu tant de mal à valoriser leur rémunération. Encore actuellement, les soins aux personnes âgées, qui constituent pourtant un gisement formidable d’emplois, offrent des emplois peu valorisés et donc aussi peu valorisant pour celles qui les effectuent. 

 

Chacune sait combien il faut de travail, de tâches petites et grandes, qui s’imbriquent les unes dans les autres, dans un certain ordre, au bon moment, afin que tout puisse se dérouler normalement dans un logement. Mais ou plutôt ET,  tout le système est conçu afin que ce travail soit nié. On aurait pu penser que la présence désormais acquise des femmes sur le marché du travail allait changer radicalement la donne du travail de la gestion quotidienne de la famille, aussi bien en ce qui concerne les personnes que les objets, les matériels ou le logement. Certes la situation change à très petit pas. En attendant et comme toujours, les femmes parent au plus pressé, comme toujours. Elles accomplissent tous les jours ou presque des mini-miracles d’organisation. Les femmes ont un profond sens du devoir, du travail et de l’urgence. 

 

Dans les exploitations, c’est la même chose. Sans les femmes, aucune filière viti-vinicole ne peut fonctionner. Si demain, il n’y a plus de femmes travaillant dans le vin, le monde du vin s’arrête. Pourquoi ? Parce que les femmes sont partout, à tous les postes, à tous les niveaux hiérarchiques, avec tous types de formation, en provenance de toute origine sociale. ET curieusement, chaque année, au moment où les feuilles des marronniers tombent, très curieusement des journalistes font des articles sur le thème du « Mais oui, il y a des femmes dans le vin », comme si c’était une question posée par les lecteurs. Au cours de dîners en ville, certains se demandent gravement « les femmes ont-elles une façon à elles de vinifier » ou bien « comment arrivent-elles à faire des vins féminins ? » Comme si le seul travail digne d'en parler continuait à être celui du vigneron, le créateur alchiliste du vin.

 

Si on relie le travail invisible à la maison et le travail minoré d’un trop grand nombre de  femmes dans les exploitations, la femme du vigneron comptant souvent pour ½ poste, alors que la mari lui compte pour 1 et le salarié agricole pour 1, on reste dans une situation qui est très préjudiciable et douloureuse pour les femmes. Nul ne sait combien exactement elles sont.

 

Et c’est bien ce qui me frappe, quatre ans après avoir réalisé cette étude, c’est qu’il est encore possible d’entendre cette question d’un client arrivant au domaine et demandant à la femme du vigneron, qui est aussi la responsable de la vente, de l’administration des ventes et de la gestion : « alors il n’y a personne ici ? » en s’adressant à elle droit dans les yeux. Il sait pourtant qui elle est, ce qu’elle fait et son évidente compétence à répondre à toutes les questions de ce ‘bon’ client.  Le vin continue à se parler d'homme à homme.

 

Tout comme, il est encore possible de voir une femme sur un stand au salon des Vins de Loire se mettre en retrait, en laissant son mari, le vigneron, négocier avec trois acheteurs anglais. C’est elle qui a créé  et dirige la société de négoce dont le CA est constitué au 2/3 à l’export, essentiellement en grand export (EUAN-Asie). C’est elle qui prospecte à l’étranger et vend des vins de Loire et en particulier les vins du domaine de son mari.

 

Ces deux femmes sont à 300% plongées dans le vin. Ce sont des passionnées qui aiment le vin et ce qu’elles font. Leur vie est plurielle et leur entreprise y tient une très grande place. Et pourtant on ne les voit pas ou peu ou quand cela arrange d’autres qu’elles. Non seulement on ne les voit pas mais elles ne parlent pas et forcément, leur parole n'est pas prise en compte. C'est la souffrance de l'invisibilité.

 

Pour suivre le chemin

. Il y a bien sûr ma recherche « Le vin aussi est affaire de femmes », Cheminement, 2004

. Vous trouverez la liste des 75 dames de la vigne et du vin sur ce blog dans un billet en date du 04.02.2007, avec le texte de la 4 de couv.

. Photos EP, la Ière de l'Hôtel des Pénitentes et la seconde, un dessin de FP paru dans l’ouvrage.   

 

. L’Hôtel des Pénitentes ne se visite pas, sauf lors des Journées du Patrimoine. Les salles peuvent être louées en s’adressant à la Mairie d’Angers. Le bâtiment date de la fin du XVè siècle. Il a accueilli « une communauté de dames pénitentes pour recevoir les femmes et les filles de mauvaise vie enfermées sur ordre de la police  mais aussi les repenties volontaires qui ne souhaitaient pas retourner dans le monde ». Il y eut au fil des siècles d’autres habitations autour dont l’une destinée à être une maison de détention, à titre sanitaire, les filles prostituées. Extrait de la plaquette municipale ‘laissez-vous conter l’hôtel des Pénitentes ».


. Sur les fonctions des abbayes de femmes dans l’histoire, voir tout spécialement l’interview de Joelle Gautier-Ernoul, historienne et responsable du Centre Culturel de l’Ouest à l’Abbaye de Fontevraud, dans le Vin aussi est affaire de femme en page 233.


. La Journée a été organisée  par Elisabeth Truchot, déléguée régionale de Culture et Bibliothèque pour tous, sur le thème de la communication. J’ai focalisé mon intervention sur la parole par différence avec la communication
.

. Photos EP, la Ière est tirée de la plaquette de la municipalité d'Angers sur l'Hôtel et le seconde, un dessin original de FP, est extraite du Vin aussi est affaire de femmes. Il y en a un par dame.  

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Dire les 1001 plaisirs de manger selon Florence > Anjou > Bourgogne

14 Octobre 2008, 15:47pm

Publié par Elisabeth Poulain

J’aime me surprendre et connaître de nouvelles saveurs. Depuis quelque temps maintenant, je découvre le monde des épices. C’est complètement nouveau pour moi. Dans la famille, nous trouvons que c’est une belle façon de découvrir un pays. Une autre façon de voyager. Depuis plusieurs étés par exemple, nous échangeons notre maison contre une autre dans un pays à l’étranger. Cela fait plusieurs fois que nous allons ainsi au Canada, que nous aimons beaucoup. Ceux avec lesquels nous échangeons sont devenus des amis et nous essayons de passer ensemble quelques jours ensemble avant l’échange. La dernière fois, Marie-Hélène, la dame canadienne,  m’a dit : surtout ne vous obligez pas à faire la cuisine le soir pour nous. Cela fait beaucoup de dérangement pour vous et nous ne voulons pas vous donner du travail en plus. Je lui ai répondu que c’est notre façon habituelle de dîner, avec deux assiettes de plus seulement.

 

Je suis une mère de famille au foyer. Je prends le temps de faire les courses et de réfléchir à ce que je vais préparer. La première chose à savoir est que j’aime manger et faire la cuisine. Dans la famille, mon mari aime bien cuisiner aussi, au Nouvel An ou à Noël par exemple.  Je fais toujours les courses, en vacances par exemple, c'est avec lui en décidant ensemble du menu.   


Il faut toujours prévoir. J’ai toujours une idée de ce que je vais acheter. En même temps, j’aime bien trouver du nouveau, par exemple récemment de la sauce aux huîtres que j’ai utilisée avec un rôti de bœuf cuit au wok.  Nous n’étions que trois pour ce déjeuner là, Christian, mon mari, et notre fille qui est la plus jeune de nos enfants. Le menu aurait été presque le même si nos deux fils avaient été là. Presque le même menu, parce que j’aurai pris en compte le fait qu’un de nos fils est plus traditionnel que nous quatre. Il aime ce qu’il connaît. Il est très ‘français’ dans ses choix: le pain, le saucisson, le beefsteack, le filet mignon, le fromage. Comme nous, il apprécie les légumes mais repousse sur le côté de l’assiette les petits raisins que je mets un peu partout. 
 


En ce moment, je suis très ‘sucré-salé’. C’est amusant parce que je n’aime pas le sucre. Enfant, je n’en mangeais pas. Je trouve pourtant que c’est intéressant dans la cuisine asiatique par exemple ou le tajine aux mirabelles. Christian et moi sommes bourguignons. Il ne faut pas s’étonner qu’un des plats d’ancrage de la famille soit le bœuf bourguignon. J’en fais une grande potée et j’en surgèle ensuite uneAMBD-expo-Lille-dessins-bol.jpg partie, pour en avoir toujours de prêt quand on a du monde.
 


Nous sommes très ‘fruit’. C’est avec un fruit de saison qui finit le déjeuner qui commence directement par le plat principal. Par exemple, un tajine aux mirabelles accompagné de légumes ou de riz. Je prépare un dessert quand nous avons des invités : tarte aux pommes, crème brûlée, choux à la crème…C’est par période. Je fais aussi des crumbles aux pommes à emporter par nos amis en guise de cadeau. 
 

Le soir, nous mangeons de façon très variée. Le dîner est un repas déstructuré axé sur la salade, avec, en accompagnement selon les soirs, omelette,  restes du midi, tomates farcies, foie, jambon, avec du fromage, un yaourt et un dessert pour ceux qui le veulent. Dans le frigo, il y a beaucoup de yaourts, de fromages et de fruits.
 
 

Entre les repas, je prends parfois un thé roiboos, sans sucre. Je n’aime pas l’eau nature par goût.  Par contre, j’ai besoin de mon café expresso avec un carré de chocolat noir à la fin du déjeuner. Cela fait partie de mes rites. C’est comme le petit déjeuner ; par différence avec les autres repas, chacun a sa propre formule. Pour moi, c’est un thé sans sucre, des flocons d’avoine et un yaourt en mélange. Pour Christian, la même chose mais avec du miel dans son yaourt. L’aîné de nos fils prend 2 tartines briochées, un chocolat  et  un jus d’orange, le second un chocolat et du pain sec sans rien, notre fille du jus d’orange et deux pains au chocolat. Pour elle, ça peut changer. Comme pour moi, avant les flocons d’avoine, je prenais des tartines. 


Nous sommes toujours surpris, quand nous sommes en Allemagne, par le petit déjeuner que nous prenons là-bas. Une de mes belles sœurs française est mariée à un Allemand. Bien sûr, cela dépend où l'on est. Que ce soit à Cologne ou à Stuttgart, le petit déjeuner est un vrai repas, qui se prend ensemble en famille, avec une belle nappe, une belle vaisselle et une abondance de plats parmi lesquels choisir.  Au menu, du pâté de foie (leverwurst), du raisin, du jambon cru avec du melon, des pains variés, de la confiture... Ce petit déjeuner se déroule comme un vrai rituel qui met l’accent sur  l’important d’être ensemble avant de partir chacun de son côté pour la journée. 


Quand je regarde mon évolution en matière de lien avec la cuisine et la nourriture, je m’aperçois que j’éprouve un vrai plaisir à découvrir et à apprendre pour découvrir. Je suis très organisée. J’ai trois cahiers de recettes : 1 pour les desserts, avec des fiches manuscrites mises sous plastique, 1 pour les tajines et 1 pour les plats. C’est ma belle-mère qui a commencé à me donner des recettes. Ma fille cuisine à son tour. En Allemagne à Stuttgart, en stage scolaire, elle a préparé un repas, avec un poulet à la crème et aux champignons de Paris pour la famille qui l’a hébergée pendant ces deux mois. Je complète mes sources par des livres de cuisine que j’achète ou qu’on m’offre en cadeau. J’essaie les recettes qui me tentent et je les annote pour des utilisations futures. C’est vraiment un de mes plaisirs de découverte, la surprise associée à la saveur et à l’attente. 
 

Pour suivre le chemin
. Florence est le nom de la jeune femme que j’ai interviewée à la table qui marque la séparation entre le coin cuisine et le séjour, l’Anjou désigne sa région de résidence et la Bourgogne, sa région d’origine.

. Son rôti de bœuf à la sauce aux huîtres
Il suffit de découper le rumsteack en fines lamelles, recoupées s’il le faut en baguettes, avec un peu d’huile et de les faire revenir dans le wok. On y ajoute très vite un peu de sauce aux huîtres achetée chez l’épicier asiatique, avec un petit peu de maïzena, de l’ail, du gingembre, des champignons et un peu de sucre. C’est prêt en quelques minutes. L’accompagnement choisi par Florence ce jour là : des haricots verts plats coupés en morceaux.   


. Sa recette de tajine aux mirabelles
Il vous faire dorer 6 cuisses de poulet dans 2 cuillérées d’huile de sésame, saupoudrez ensuite avec une cuillérée à soupe de ras-el-hanout. Vous  ajoutez deux  oignons coupés finement, un bouillon Kub dissous dans une demi-tasse d’eau, avec du sel et du poivre. Après une heure de cuisson à feu doux, vous ajoutez les mirabelles, le miel et les graines de sésame. Et on laisse le feu doux encore 20 minutes. Précision de Florence : on trouve des mirabelles plus facilement en boîte que fraîches. Mais à cœur vaillant, rien d’impossible.    


. Le thé vénitien
de Florence
C’est un mélange de thé noir fumé de Chine et de Ceylan, de la vanille, des fruits rouges et des pétales de fleurs de tournesol et de malvacées (marsh mallow)  bien connues au Canada et aux Etats-Unis. Les enfants en dévorent sous forme de boules de guimauve colorées aux couleurs pastel.

. Sa recette canadienne préférée : le pudding du chômeur
Dans 150 gr (1 1/3 tasse) de farine, Florence ajoute 190 ml de sucre (3/4 de tasse), 15 gr de poudre à pâte avec un peu de sel. Elle creuse un puits au milieu et y dépose la margarine amollie (1/4 de tasse ou 65ml), l’œuf et le lait (3/4 de tasse ou 190ml) en mélangeant bien. Ensuite la boule est posée dans un plat sans l’étendre. La ‘sauce’ qui accompagne la pâte se fait avec 2 tasses (400 gr) d’eau, 1 tasse ½ de cassonade (ou 1 tasse de sirop d’érable + ¼ de cassonade + ¾ d’eau), 2 cuillérées de beurre (30 gr) ou de margarine et 1 cuillérée (5 ml) de vanille. Il suffit de faire fondre le mélange dans un chaudron, surtout sans faire bouillir et verser sur la pâte. 45 mn de cuisson au four sont ensuite nécessaires. Thermostat à 350° Fahrenheit. A manger à la fin d’un repas relativement léger –ça dépend des appétits- avec du lait ou de la crème. Florence précise qu’elle ajoute le sirop d’érable parce que cela lui rappelle les bons moments passés avec leurs amis canadiens. Elle fait découvrir ce pudding du chômeur à leurs copains de France.


. Son livre d’épices préféré : Epices, aromates et condiments, Marie-Pierre Arvy, François  Gallouin, Belin, 2003 
 


. Photos EP : le wok de Florence dont elle se sert pour ses tajines, une série de bols d'Anne-Marie Donnaint-Bonave et une des deux très belles gravures anciennes de Fernand Chalandre qui ornent un des murs de la grande pièce.
Sa signature est un F inséré dans le C.  

   

 

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Stratégies différenciées de ramassage des feuilles mortes

12 Octobre 2008, 19:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

Vous avez évidemment compris qu’il s’agit de donner quelques aperçus sur les différentes stratégies mises en place, sans concertation, entre des voisins concernant les feuilles mortes sur l'espace public. Je suis sûre déjà aussi que la fin de cette phrase d’introduction vous titille. J’aurais pu dire par exemple que ces stratégies concernent directement le ramassage des feuilles tombées au sol, comme dans mon titre. Cela n’aurait été que partiellement adapté, parce qu’on n’est pas obligé de ramasser les feuilles. On peut en faire des petits tas, bien ronds et les plus coniques possible, pour éviter une trop grande emprise au vent. On peut les caler dans un coin, en attendant…, en attendant que la ville les enlève ou que le vent les emporte autre part que devant chez soi. Ou en attendant que le voisin comprenne ce message même pas subliminal et les enlève, lui.  

 

Ce sont quelques-unes de ces réactions que je vais vous raconter. Au départ, il se pose d’abord une question de frontières. J’en vois déjà deux au moins:
. entre chez vous et l’extérieur, c’est la distinction entre le dedans/dehors, très importante, entre le domaine privé-intime et le dehors-public,
. entre voisins en ce qui concerne les abords des jardins, à l’extérieur sur le domaine public.

 

Face à ces questions très quotidiennes de voisinage, différentes stratégies s’appliquent de façon non concertée dans presque  100% des cas. Le seul cas que je connaisse de concertation vise le stationnement des voitures. Rien ne concerne la question du traitement des abords et celle de leur entretien par l’extérieur.

 

Ier cas de figure. C’est l’exemple le plus courant avec deux voisins, ayant une clôture en ligne, le mur de l’un se poursuivant en continu par le mur de l’autre. Face à cette frontière horizontale, la frontière perpendiculaire se fera à la liaison entre le mur intérieur de séparation entre les deux propriétés avec le mur extérieur. Ca se complique si le mur intérieur est en oblique. La frontière extérieure est-elle toujours perpendiculaire ou poursuit-elle l’oblique ? Réponse : ça dépend. 

II cas de figure. Dans une allée étroite qui concerne trois voisins et qui se termine par un portail d’entrée au fond,
. qui est concerné par les FM ? Réponse : les 3 ;
. qui balaie ? Réponse : c’est extrêmement subtil. Le voisin ayant son muret face à l’Ouest (O), balaie jusqu’à son poste extérieur de gaz et d’électricité, mais pas plus loin. Le voisin possédant le portail (P) qui lui permet d’accéder en voiture à son garage, balaie tout le début de l’allée. Que fait alors le voisin possédant le muret face à l’Est (E)? Que balaie-t-il, puisque tout ou presque semble balayé ? En réalité, il balaie l'espace qui lui est "propre", celui qui est seulement en face de chez lui.  
 
 

Arrive alors une autre donnée. D’où viennent ces feuilles ? Question importante s’il en est. Il m’étonne d’ailleurs que vous ne l’ayez pas encore posé avant. Les feuilles des bouleaux très légères  sont facilement dispersées par le vent, qui tournicote avec plaisir dans cette ‘ruelle’. Réponse, elles viennent de E, justement le voisin qui ne balaie pas ou moins que ce que ses voisins aimeraient qu'il fasse. 
 

Comment la difficulté, qui pourrait nuire aux bonnes relations de voisinage entre O, P et E, est-elle résolue ? La problématique FM est en outre plus sensible pour les voisins O et P qui n’ont pas planté d’arbres à feuilles, justement pour ne pas avoir de problèmes de ramassage de feuilles, alors que pour E, les FM font partie intégrante du cycle de la nature et ne causent pas de souci particulier.
 

En d’autres termes, comment font O  et P pour dire à E que les feuilles mortes se ramassent (effectivement et pas seulement dans la chanson) à la (petite) pelle ? la réponse est vraiment une jolie démarche, qui se fait en fluidité et sans calage particulier.  


La solution. O fait un petit tas de feuilles près de son compteur. P ne touche pas au tas de O, balaie tout, en faisant de longues lignes de feuilles le long des deux murets qui se font face. Il utilise la technique en manuel du soufflage en machine, mais lui fait ça avec son balai. Il repousse les feuilles dans la petite végétation plantée extérieurement le long de l’allée des deux côtés par E.

 

Et E, face à ces signes parfaitement compréhensibles de langage non verbal, enlève le petit tas conique près de chez O et va rechercher les feuilles cachées dans les plantes des deux côtés par P. Cette fois-ci les feuilles quittent pour de bon l’allée et vont enrichir un des tas de compost qu’affectionne E dans son jardin.  Tout le monde est content. Chacun a travaillé à sa façon et pour l’abord de sa maison et pour ses voisins. 

Pour suivre le chemin

. La question de la réglementation  oblige chacun à balayer devant chez soi en phase avec les services municipaux. Dans le cas que je vous décris, l’allée n’est pas  un endroit qu’affectionne particulièrement la grosse machine aspirante de la ville. On en revient donc à la situation que je vous ai décrite.

     

. Aux Etats-Unis, dans certains endroits, le samedi matin est consacrée aux travaux que chacun doit faire pour la communauté. Pas question de "se défiler" ou d’envoyer son jardinier à sa place pour nettoyer les espaces communs. C’est aussi le cas dans la démarche d’ O + P + E mise en application avec beaucoup de subtilité et de souplesse, puisque chacun travaille, ou pas, quand il le veut et comme il le veut. 

. Photos Elisabeth Poulain, feuilles de fusain en train de tomber et de petits tas en attente d'enlèvement par E.              

 

 

 

 

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Angers, ce mardi 7 octobre 2008

7 Octobre 2008, 17:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il pleut sur Angers. Une pluie douce et pas ce crachin des jours derniers suffisamment présent pour vous faire dire qu’il pleut et pas assez pour que le jardin puisse en bénéficier. Aujourd’hui, oui, la seule chose à noter est qu’il y a juste un petit souffle d’air pour vous rassurer sur la vie des feuilles des arbres.  

Le centre d’Angers est bloqué par les travaux d’installation d’un tramway, offert en guise de récompense d’entrée dans ce siècle post-moderniste. La voiture est désormais écologique ou plutôt le sera. Pour l’heure, il n’y a jamais autant d’automobiles que lorsqu’il pleut, même un petit peu comme aujourd’hui. Juste de quoi satisfaire la conversation avec les voisins. Il pleut et il fait doux. Il y a très peu de promeneurs autour du Lac du Parc Saint-Nicolas pour en profiter.  Je n'en ai vu qu'un seul, à part moi bien sûr. Pas de chiens non plus à tirer leur maître ou maîtresse au bout de la laisse. Pas de chien, ce qui est rarissime mais trois énormes corbeaux noirs.  Heureusement qu’il y a des joggeurs, par groupe de trois ou de deux. Et un brave en t'shirt qui riait sous la pluie.   

Sortir oui, c’est une bonne idée, comme en Bretagne, quand vous allez affronter la tempête. Sortir ici juste le temps d’être vraiment  mouillée et de se rappeler qu’elle mouille, la sournoise. On a les tempêtes qu’on peut. On se met à rêver alors combien on est bien au chaud dans sa voiture en train de pester contre tous ces automobilistes qui prennent leur voiture pour un rien une petite pluie de rien du tout. Comme celle d’aujourd’hui, celle qui colle votre pantalon trempé contre vos jambes.

Tout ça au Parc Saint-Nicolas qui a une longue histoire derrière lui, un parc qui devrait plutôt un bois tant il paraît naturel. La forêt existait déjà au XIè siècle ; elle fournissait le bois de chauffage à l’abbaye édifiée avec le schiste tirée des carrières proches. Celles-ci étaient situées le long d’un petit ruisseau. Le Brionneau, car tel est son nom, a vite comblé ce nouvel espace et créé un étang. Double avantage pour les moines : avoir une réserve de poissons toujours frais et pouvoir installer des moulins à eau au bord de ce lac de retenue pour broyer le grain, avant que l’eau qui s’écoule reprenne son nom de Brionneau et rejoigne La Maine si proche. Celle qui coule au pied du Château d’Angers. Il reste des traces visibles au moins d’un moulin à eau. 

 

Le plus remarquable de ces 8 kms de promenade du tour de l’étang (sans compter les autres sentiers) est qu’ils sont situés dans un ensemble naturel préservé d’une rare beauté dont les 2/3 sont placés en zone urbaine d’Angers pour la plus grande partie  et Avrillé pour la partie amont du lac. Rappelons que cet ensemble et le lac en particulier ont été volontairement créée à cet endroit à la demande d’un homme Foulques Nerra au tout début des  années 1 000.  

 

Pour suivre le chemin

- Lire dans Vivre à Angers, l’étude très complète publiée par le Conservateur des Archives d’Angers, Sylvain Bertoldi, mai 2007
- Photos EP en date de 07.10.2008, la Ière d'une carrière de schiste remplie d'eau, située en hauteur tout prés du lac, la seconde de la barrière qui très exceptionnellement empêche les promeneurs de faire le tour du lac par le bas.

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Enquête alimentaire auprès de John Grisham

6 Octobre 2008, 16:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

John Grisham est un juriste américain, qui a même été un temps élu de son Etat de l’Arkansas. A 35 ans, il change radicalement de vie, sinon d’univers et devient auteur de romans noirs. Celui que j’ai sous les yeux s’appelle « Le dernier Juré ». Le héros, originaire de Memphis,  est un jeune diplômé journaliste fraîchement sorti de l’Université de Syracuse (Etat de New York). De grand reporter ou correspondant de guerre, traquant et faisant l’information qui lui aurait valu le Prix Pullitzer, il se retrouve petit journaliste engagé dans un journal moribond, le Ford County Times, à Clanton, une petite ville du Mississipi, où les rôles sont bien distribués. Le rédacteur en chef et propriétaire du journal par exemple excelle dans les nécrologies. L’actualité, la présence de photos ou la recherche de publicité l’intéressent si peu, qu’il préfère se laisser mourir en douceur avec son vieux canard de quelques pages à la parution irrégulière. Seules les nécrologies apparaissent importantes à ce moribond. Il y consacre littéralement sa vie et  meurt. Nous sommes en 1970. 

 

C’est ainsi que Joyner William Traynor, ce jeune journaliste se retrouve par hasard et, à sa grande honte, rédacteur en chef et propriétaire de cette feuille de chou. Le roman retrace l’histoire de celui que la petite ville appelle désormais beaucoup trop familièrement à son goût  Willie. Il va découvrir ce qu’est de faire renaître un journal dont le personnel est composé de bras cassés, à l’exception de la secrétaire, comprendre comment vit et réagit une petite communauté, voir concrètement la gouffre qui sépare les Blancs de ceux qui sont noirs de peau et commencer enfin à grandir.

 

Le roman est dédié au Sud. Le récit est lent et chaud au sens où on sent la pesanteur de la chaleur qui ralentit les gestes et freine le changement. Les personnages ne sont ni bien intéressants ni remarquables, à commencer par l’auteur du récit lui-même, ce jeune blanc-bec de Willie,  infatué de lui et réellement snob. Sa sortie de chrysalide commence lorsqu’il devient propriétaire du Times, presque par hasard. Son accession à l’état adulte passe –forcément- par sa relation avec la nourriture, grâce à une femme noire étonnante, mère de famille nombreuse, une mère courage à l’antique.

 

Par exemple, Willie  a gardé de sa vie  citadine à New York l’habitude de se coucher et de se lever tard. Un jour, il se lève à 5 h du matin et se rend au Tea Shoppe commander un café, comme il en a l’habitude. La serveuse note et pince les lèvres. Un des membres de son équipe qui l’accompagne demande, lui au contraire, œufs brouillés, jambon de pays, biscuits, bouillie de maïs concassé   et portion de pommes de terre sautées. La serveuse sourit, c’est un vrai petit déjeuner du Sud.

 

On apprend petit à petit par Willie que sa mère ne mangeait ni ne cuisinait. Enfant, il n’a jamais manqué de rien : céréales au petit déjeuner, sandwich au déjeuner et le soir une « cochonnerie surgelée » qu’il mangeait seul devant la télévision. Et c’est   dans cet état d’esprit et avec ce bagage culturel qu’il fait la connaissance de  Calia Ruffin, mère de huit enfants, qu’elle a dignement élevés avec son mari. 7 sur 8 sont professeurs d’université et docteurs dans différentes spécialités. Calia attache une grande importance à la préparation et à la présentation des repas. Son mari et elle cultivent un grand jardin potager qui nourrit la famille, les voisins et les amis.

 

Lors de la première rencontre entre Willie et Calia, celle-ci a préparé le guéridon sous le porche, avec une nappe et des serviettes blanches, des fleurs en bouquet, un grand pichet de thé glacé et quatre plats tenus au chaud pour eux deux. A savoir, une pile de côtelettes de porc en sauce à base d’oignons et de poivrons, du maïs en grain avec des morceaux grillés de poivron vert, des gombos bouillis, des haricots verts avec du jarret et du bacon, avec des tomates à l’huile d’olive et au poivre. Elle s’excuse d’avoir du acheter les tomates. Malgré son désir de bien faire, Willie, qui comprend l’importance symbolique de ce don, cale devant le pudding à la banane et feinte en reprenant un peu de thé glacé.                  

 

Dés lors à chaque étape de son insertion dans la communauté blanche et de sa découverte de l’existence de la communauté noire, grâce à Celia, Willie va découvrir de nouvelles saveurs et les usages alimentaires des uns et des autres. Des rôtis de chèvre à la broche sur feu de bois pour les membres de club de tireurs, avec des boyaux de porc grillés bons pour les vrais hommes, que seules de grandes lampées d’alcool de pêche peuvent faire passer. Willie en a un tel choc que ses yeux pleurent. Avec Callie, il découvre comment faire cuire un bœuf braisé, avec des pommes de terre nouvelles, des oignons, des navets, des carottes et des betteraves. 5 heures à feu doux et c’est bon. Pour la tarte à la pêche qui finit le repas avec la glace à la vanille, il demande une pause d’une heure. Son stomach n’en peut plus.

 

La seule fois, où il emmène une amie, Ginger, au restaurant, c’est un tex-mex qu’il choisit. Au menu des enchiladas qu’ils mangent sous un grand chêne. Après, ils décident d’un commun accord de se soûler. Ils achètent hamburgers, frites et un pack de bières. Retour au motel et fin de cette triste soirée dans le même lit.

 

L’été, les repas comportent moins de viande. Il y a parfois des repas « végétariens », avec tomates rouges et jaunes mûres, concombre et oignon au vinaigre, haricots beurre, pois, gombos, pommes de terre bouillies, maïs et toujours le pain de maïs chaud. Avec l’automne, arrivent des plats plus consistants, tels que canard ou agneau braisé, ragoût pimenté à la viande hachée, haricots rouges et riz avec des saucisses, et la valeur sûre, le rôti à la cocotte. Ce jour là, du poulet avec des boulettes. L’impératif donné par Miss Callie : vous devez manger lentement. Un dessert nouveau quelques jours après, Willie mange dorénavant tous les 15 jours, puis toutes les semaines, ce jour là une tarte à la citrouille.   

 

Il lui faut déployer des trésors d’imagination pour convaincre Miss Callie, comme il l’appelle maintenant,  qu’elle ne commettra pas une faute envers le Seigneur en allant déjeuner avec lui au restaurant. Willie choisit Claude, le restaurant noir près du journal. Leur présences ensemble pour déjeuner dans LE restaurant noir marque un tournant dans le récit. Pas question pour eux de choisir des menus différents, leur choix commun, deux chilis texans (ragoût pimenté à la viande). Miss Callie critique tout, le bruit, la nappe en papier, la promiscuité, les prix, Claude qui rabroue tout le monde… En fait elle est ravie d’avoir pour la première fois de sa vie été invitée à déjeuner par un jeune homme blanc dans un restaurant pour Noirs.

 

L’intronisation de Willie en tant que citoyen à part entière se fait quand deux vieilles demoiselles le désignent pour être l’acheteur de leur belle et vénérable demeure. Il est comme elles maintenant ; il admet qu’en effet il n’y a que lui à pouvoir restaurer cette maison et lui redonner un bonus de quelques dizaines d’années de vie supplémentaire. Comme le journal l’a choisi pour se relancer. Il accepte, sans s’opposer. Il se coule dans le rythme du Sud. Il a compris par exemple que les lourds travaux de restauration seraient finis quand ils le seraient. Ce jour là, il ouvre une bouteille de champagne pour célébrer comme il convient cette date à l’issue incertaine avec l’entrepreneur. Il commande du vin pour faire une grande fête. Le tord boyaux de pêche est de la partie, les boyaux de porcs aussi, sans avoir été conviés mais ils sont pourtant là, aussi. Le révérend de la Première Eglise baptiste s’enfuit à la vue de cet alcool qui coule à flot, celui de la Première Eglise presbytérienne lui aime beaucoup le champagne.

 

Et le tonnerre éclate quand Miss Callie se met au régime. 1 500 calories par jour. Désormais le poulet est cuit au four et les pommes de terre sont en robe des champs. Willie apprend qu’il y a deux prix à l’épicerie un pour les Noirs et un pour les Blancs pour une boîte de lait condensé : 38 cents contre 55 cents. C’est normal, tout le monde le sait et c’est comme ça. Une grande surface arrive à Clanton. Miss Callie découvre un Centre commercial regroupant 100 commerces à Memphis Elle prend une pizza au déjeuner. Le soir, chez Grisanti, un grand restaurant, c’est lasagnes et raviolis au fromage de chèvre. Et un jour…

 

Pour suivre le chemin

- Le dernier juré, John Grisham, Le Club, 2005       

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