Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

Vin + information + création de valeur

30 Septembre 2008, 09:14am

Publié par Elisabeth Poulain

Avec l’information, le vin partage l’amour des mots, qui ont  la capacité à
-        être prononcés, écrits, commentés, discutés, chantés... Chaque jour apporte de nouveaux débats, de nouvelles discussions enflammées entre ceux qui aiment ou qui n’aiment pas, entre les découvreurs et les suiveurs, les novateurs et les traditionnalistes ;
-        se transmettre de toutes les façons imaginables et plus, par le bouche à oreille, la rumeur, ce qu’on appelle le buzz maintenant, amplifiées par les médias, les autres moyens de communication, le Net & co ;
-        à évoluer dans le temps. Chaque époque a sa façon de parler la langue du vin ; 
-        à franchir l’espace. On connaît mieux par exemple les vins bios français dans les grandes villes au Japon qu’en France, alors qu’ils ne représentent que 2% des surfaces du vignoble français.
 2008-09-divers-007.jpg

Tout dans le vin peut donner lieu à formation de mots et à information. A chaque fois, l’imaginaire du vin s’enrichit grâce aux discussions qui s’engagent, aux commentaires faits lors des dégustations ou des très fameuses verticales de grands noms, au partage et à l’échange des expressions du vin en mots. Le tout crée une information informelle, vive et changeante, qui s’enrichit à chaque moment de cette valeur de valeur véhiculée par les mots du vin. 
 

Cette bulle de mots, d’images, de sensations, de couleurs, de saveurs et de partage virevolte autour de la bouteille, comme un cocon protecteur en mouvement. Sa vitalité arrive à modifier la perception du vin même, comme si cette bulle faisait intégralement corps avec le vin. C’est pourquoi je parle de porosité des frontières entre les mots des amateurs ou des journalistes du vin, de tous ceux qui trouvent avec le Net une nouvelle façon de partager et de faire le tam-tam autour de leurs échanges, entre eux et avec d’autres qui ne sont pas présents. Sans ces mots du vin échangés par les amateurs et ces journalistes passionnés, la magie du vin ne serait pas aussi vivante. Mais il y a plus.  

Les expériences faites en aveugle montrent qu’il est très difficile – même à des connaisseurs- de distinguer le vin par sa couleur, de reconnaître les domaines parmi les plus connus, de savoir comment le vin a été vinifié ou mise en bouteille, avec bouchon ou vis... C’est la façon du vin d’échapper à tous ceux qui veulent le cadrer, l’encadrer, le freiner ou le normaliser.  Sa nature profonde est  fondée sur la liberté, l’évolution dans le temps et la transmission dans l’espace.  


Il est des mots techniques du vin pour faire rentrer le vin dans des process définis par des cahiers des charges. Il en est d’autres, les mots juridiques, qui voudraient normaliser, encadrer, rassurer enfin, afin, et c’est vraiment un paradoxe, que soit définie par exemple la publicité dans le vin, à la demande même de la profession. C’est le combat lancé par Vin & Société. 
 

Mais la publicité change plus vite que change la société. Sa nature est de toujours être en avance d’un soupir sur l’évolution de celle-ci. Elle a pour nature de surfer sur les tendances, au point de créer ces tendances. Comme les mots du vin, ceux de la publicité créent de la valeur en dessinant les contours de nouveaux univers, pas seulement de consommation  dans l’univers marchand, mais aussi et surtout de l’imaginaire, de la sensibilité et de la mémoire qui se transmettent dans l’espace et le temps, en s’imbriquant dans tous les modes de vie, dans toutes les cultures, où que ce soit dans le monde. Le vin est le premier « produit » mondial. Il sert de passeport partout. Il y a une langue mondiale du vin. 
 

Limiter la publicité à la vente est une idée totalement dépassée parce que cela équivaudrait à figer un concept toujours en mouvement et en évolution. La publicité se situe à la rencontre entre la stratégie des entreprises du vin, l’imaginaire aussi bien des amateurs du vin et la culture populaire aussi bien que savante. 
 

Du côté de l’entreprise, elle s’inscrit maintenant clairement dans l’univers infini des relations publiques et de la communication de l’entreprise. Il n’est pas possible de séparer ce qui est matériel - l’achat d’une bouteille de vin - de l’imaginaire suscitée par la publicité ou les relations publiques, qui utilisent les mots même du vigneron, en intégrant sa propre représentation mentale du vin et ses valeurs philosophiques, dans une création continue qui associe l’art et la création à la transmission d’une information, sans que l’on sache où commence l’une et ou commence les autres. Où sont les frontières entre les mots qui transmettent, au service d’un nom de vigneron ou de domaine, les valeurs, le poids de l’histoire et de la culture, la création confiée à des artistes,  en allant à la rencontre des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? 


Le paradoxe, et le monde du vin en est friand, est que cette communication sur et par le vin s’est conçue et développée au fil du temps en France, depuis des siècles et qu’elle est maintenant copiée et adaptée au monde du luxe, partout dans le monde et pour tous les produits. 
 


Nommons en quelques traits dans le désordre:
. l’achat d’un domaine quand on a déjà tout ou beaucoup, pour devenir créateur, en faisant goûter « son »vin,
. l’appartenance à un clan, à un club très fermé, à un univers, avec ses codes, ses usages, ses hiérarchies, ses coteries, ses jeux de ‘je t’aime/moi non plus’,
. la rareté de posséder/déguster des grands millésimes, l’impossibilité de les dupliquer ou de revenir en arrière,  

. la vinification vue comme une œuvre d’art aléatoire, toujours mystérieuse, non renouvelable,

. le prestige de la terre lourde d’un passé de plusieurs siècles, ou à créer,

. l’attirance de toute une intelligentsia fascinée par le vin, qui se déplace pour voir/toucher/échanger avec le vigneron au domaine, chez lui dans son "jus", 
. la personnalité du vigneron, son charisme, sa capacité à incarner un mythe,
. sa solitude d’artiste-créateur et l’envie qu’il suscite à son passage,

. la prise énorme de risques par ces explorateurs-créateurs- sculpteurs du vin,

 

. le brassage humain, social, intellectuel, couplé avec le partage d’une émotion, d’un moment…

 

Pour suivre le chemin

Je vais vous surprendre. Il m’est venu la curiosité d’aller sur le site du Sénat, très accessible et très prévenant puisqu’on peut, après s’être inscrit,  être tenu au courant des travaux à venir. Ce que j’ai évidemment fait pour le vin. Nos amis les sénateurs ont écrit de bien belles phrases sur la question qui nous occupe dans leur proposition de loi du 6 mai 2008 .

Ils parlent de ce media incontournable que constitue aujourd’hui l’Internet, de liberté d’information des journalistes et de liberté d’expression des intellectuels et des artistes, aussi d’absurdité (si on suivait la décision  des juges du TGI de Paris de 2007) d’évoquer un vin lors de la présentation culinaire, et ce alors que la France souhaite inscrire sa gastronomie au patrimoine mondial de l’Unesco.

 

www.senat.fr  

 

 

  

 

 

 

 

                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Carte et menu du dîner du dimanche 25.09.1938 à bord du Normandie

26 Septembre 2008, 20:10pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le Normandie, il n’est plus besoin de le présenter. Il a été le fleuron de la French Line, que vous  connaissez mieux sous son nom de Compagnie générale transatlantique. Sous les yeux, j‘ai l’original de la carte refaite deux fois par jour sur une nouvelle plaquette. C’est celle du dîner. Chaque menu était orné sur sa couverture de la reproduction d’une peinture. Il s’agit ce soir là d’un « village d’Ile de France (par Céria) ».

 

C’est un menu bilingue, avec à gauche la carte en français et sa traduction, ou bien est-ce l’inverse, en anglais sur la partie droite. Je penche  plutôt sur un calage sur la carte en anglais. En effet, noblesse gastronomique à la française oblige, le menu du dîner est placé en français au centre dans un encadré léger bleu sur un fond beige. Pourquoi une traduction de l’anglais vers le français et pas l’inverse en partie droite qui est la première que l’on voit en ouvrant la carte? A cause de l’ordre de la présentation des plats qui ne correspond pas à nos usages : potages, entrées chaudes, entrées froides (les fameux hors d’œuvre), puis le plat principal en commençant par les viandes rouges (rarement pour le soir, il est vrai), blanches, les volailles puis les poissons, les  salades, le fromage, les desserts incluant la pâtisserie, les crèmes, les glaces, les fruits. 

 

La carte du dîner (avec toutes ces majuscules, comme en anglais, et cette orthographe)

. Hors d’œuvre

Olives vertes – Olives noires – Céléri en Branches – Salade de Volaille au Paprika – Thon aux Câpres – Œufs Farçis des Gastronomes 

. Potages

Consommé Froid Américaine – Consommé Chevreuse – Consommé aux  Ravioli – Crème d’Orge à l’Ecossaise – Soupe à l’Oignon 

. Poissons

Timbale de Homard à l’Américaine – Cuisses de Grenouilles Bordelaises 

. Spécialité Régionale

LA SELLE d’AGNEAU FONTAINEBLEAU 

. Entrée

Côtelettes de Volaille Pojarsky 

. Légumes

Asperges Sauce Chantilly – Laitues Braisées à l’Ecarlate – Courgettes Meunières 

. Pommes de terre

Purée – au Four – à l’Anglaise – en Robe – Pommes Château 

. Pâtes

Spaghetti – Nouilles – Macaroni (au Gratin 10 Minutes) – Riz Nature – Riz au Kari 

. Rôtis

Dindonneau Rôti Cranberry Sauce – Côte de Charolais à la Broche 

. Buffet froid

Jambon de Westphalie – Jambon de Virginie – Jambon d’York – Jambon des Ardennes – Jambon de Bayonne – Bœuf Mode en Gelée aux Olives – langue de Veau à la Gelée Printanière – Poulet Froid – Carré de Porc Froid – Selle d’Agneau Froide Sauce Menthe – Côte de Bœuf Froide – Foie Gras à la Gelée au Porto – Dindonneau Froid Cranberry Sauce – Langouste Froide Mayonnaise  - Brochet Froid Ravigotte 

. Salades

Salade de Laitue Mimosa – Chcorée – Romaine – Mixte – Salade Japonaise – Salade Rachel 

. Fromages

Petits-Suisses – Pont l’Evêque – Rouy d’Or – Saint-Nectaire – Chèvre – Hollande 

Pâtisserie

Gâteau Pain de Gênes – Sacristains – Croquets au Miel 

Entremets

Crème Don Julio – Bavaroises Pêches  - Pudding Semoule 

Glaces

Vanille – Ananas – Framboise – Sorbet Kummel – Bombe Montfermeil 

Fruits

Suprêmes de Pamplemousse au Cognac – Corbeille de Fruits – Compote de Fruits Frais
Vins

Bordeaux Rouge Supérieur – Bordeaux Blanc Supérieur – Bourgogne Blanc Supérieur 

Thés, Cafés, etc

Thé de Chine – Thé de Ceylan – Orange Pekoe - Verveine – Tilleul – Menthe – Camomille – Café américain – Café Français – Café Sanka – Maté Pampero

  

Et vous aviez aussi, ce soir là, au Menu Suggestion:         


Suprêmes de Pamplemousse au Cognac

Crème d’Orge à l’Ecossaise

Timbale de Homard à l’Américaine

Selle d’Agneau Fontainebleau
Asperges Sauce Chantilly

Salade de Saison

Bombe Montfermeil

Corbeille de Fruits

    

S’il vous prend l’envie de reproduire le menu, merci de prendre des photos !

 

Pour suivre le chemin et pour changer un peu 

Quelles questions peut-on se poser:

-        1. A quels éléments sent-on le caractère cosmopolite de la clientèle ?

-        2. Ainsi que le raffinement de cette cuisine qui était un des éléments de la renommée de la Compagnie et du Normandie en particulier pour des passagers fortunés?

-        3. Quels commentaires pouvez-vous faire sur la composition de la carte ?

-        4. Quelles sont les caractéristiques principales du menu ?

-        5. Que pensez-vous des vins ?

 

J’ai trouvé 5 questions. Et vous ?

 

A suivre…

 

 

Voir les commentaires

En hommage à Dagueneau de chez Didier Dagueneau

22 Septembre 2008, 16:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

Au verso d'une carte de voeux que m'avait adressée Didier Dagueneau, j'ai trouvé ces quelques vers d'Olivier Julien: 


 Carignane--carte-de-voeux-de-Didier-001-copie-1.jpg

 Temps fort, Temps faible 

Que l'enfant que j'était me pardonne
Que les forces de vie soient indulgentes; 
j'ai rarement choisi ce qui était bon pour moi
mais je l'ai fait avec passion, générosité et persévérance. 

Y-a-t-il réellement un cadeau derrière la souffrance? 
L'espérer m'a perdu. 
Y croire en a renforcer la cause
Lâcher me fait oublier la question.   
  

 

Didier traçait sa route. Il  attachait beaucoup d’importance aux échanges et discussions enflammées avec des vignerons amis ou avec des inconnus d’ailleurs. Il trouvait chaque année le temps de participer au Repas des Sages organisé à l’intention des vignerons âgés. Pour lui, les mots étaient vivants. Il avait fait reproduire sur les murs de son chai des citations qui étaient pour ceux qui les lisaient autant de rappel de l’importance des valeurs qu’il incarnait:                                              

 

Soyons réalistes, exigeons l’impossible, Ernesto Che Guevara.  


. Le poème est repris tel qu'il figure sur la carte.
. Photo EP de la partie centrale d'une étiquette quasiment circulaire pour un Blanc fumé de Pouilly 2004,   Dagueneau de chez Didier Dagueneau, qui était sa signature pout tous ces vins et en particulier pour ce Clos du Calvaire, dont l'étiquettre est une oeuvre de l'artiste Vincka. 
    

 

 

 

                 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Les frontières du bio

16 Septembre 2008, 11:03am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est le vin qui a commencé, comme toujours. Quand vous demandez un vin nature ou naturel, on vous répond « vous voulez donc du bio ». Ca ne gêne personne que le vin bio n’existe pas. Les amateurs et les vendeurs  se comprennent. Un vin bio, qui n’a pas d’existence légale, est un vin de raisin issu de l’agriculture biologique qui est définie et certifiée le plus souvent. Comme il n’existe pas de définition de la vinification biologique, il ne peut y avoir de vin bio.  

De là, on passe au pain bio, comme ces pains croustillants, Amaranth Sesam Knäcke,  au seigle (68%), à l’amarante (20%) et au sésame (7%) + le carvi et la coriandre, itou. Le seul constituant est le sel qui n’est pas certifié par BIO nach EG-Verordnung. Dommage pour ce 1%, sinon le Knack aurait été 100% bio. Il faudrait leur signaler le sel (bio) de Guérande. 
  

Après, on saute un grand pas. C’est ce qu’a fait une journaliste d’une revue de télé (celle qui est vendue avec tous les journaux), qui nous annonce que votre chien est bio. C’est un choc en cette année du rat. En Chine, je sais, mais ce n’est pas loin du tout. On l’a vu aux JO. Ce chien bio n’est pas à manger. Non, vous êtes un peu duduche quand même ! C’est le chien qui mange bio. Normal quand on aime, on ne compte pas et on achète ce qu’il y a de meilleur : de la nourriture bio pour chien de qualité, comme les enfants qui mangent bio à la cantine. Pour les chats, il va falloir que j’enquête. Ce serait étonnant que le créneau ne soit pas déjà aussi occupé par un producteur imaginatif. Sinon ce serait de la discrimination. Chien, chat = même combat = tous dans la rue.   

Juste avant, au printemps, vous aviez certainement remarqué que Prisunic a sorti toute une gamme de coton 100% bio labellisé bioRe, en provenance de Tanzanie et d’Inde qui est issu de l’agriculture biologique, tout comme nos raisins et nos pommes bios
 
Ce que nous mangeons, portons et buvons étant de + en + bio, la question qui se pose est de savoir s’il y a du tabac bio. On pourrait peut être trouver des cigarettes bios, avec du tabac cultivé d’une façon moins agressive pour l’environnement et qui serait -peut être, pas sûr plus politiquement correct dans l’ambiance actuelle- plus acceptable pour nos poumons et ceux des autres. La réponse est oui-non.  


Oui, le tabac bio existe aux Etats Unis, bien sûr et depuis 10 ans quand même. C’est un produit 100% tabac bio, sans additif, avec un papier biodégradable, de la marque Natural American Spirit. Aux Etats-Unis, la gamme s’appelle  Organic, ce qui se traduit par bio. En Europe, ces cigarettes ne peuvent se dire bio sur le paquet. Elles respectent pourtant les normes européennes, avec la fameuse mention sous bandeau noir « Fumer tue ». Mais elles n’ont pas le droit d’indiquer sur la boîte «100% tabac bio » parce que cette mention n’est pas prévue par la réglementation européenne. Pourtant, c’est une information triplement intéressante (tabac bio, additifs sans, papier biodégradable). Pour en finir sur la cigarette, voici la mention indiquée sous la marque sur le site: «  l’absence d’additifs dans notre tabac ne signifie pas une cigarette moins nocive ».  Là, on pourrait presque être en désaccord avec eux, quand on apprend tout ce qu’on peut mettre dans une cigarette pour créer et renforcer l’addiction à la nicotine. Ce doit l'être forcément moins (nocif). 
 


En conclusion, on se comprend quand on ne prononce pas tous les mots (vin), quand on assimile celui qui mange à ce qui est mangé (chien), quand on vise un mode de production que l’on porte (vêtement). Mais quand on touche au tabac, on n’a pas le droit de dire ce qu’on a le droit de dire pour le raisin et qui serait pourtant vraiment utile. Well, well, j’essaie de comprendre. 
 


C’était un billet sur l’hétérogénéité de la pratique sociétale de l’usage des mots face à la diversité du positionnement réglementaire des produits. C’est juste pour être précise et rire un peu!  
 


Pour suivre le chemin

. Knâcke sur www.allos.de
. Sel de Guérande sur le site des producteurs www.seldeguerande.com
Intéressant parce que les paludiers rappellent que leur métier est vieux de plus de 2 000 ans et qu’ils forment des paludiers au Bénin et en Ouganda, au nom de la solidarité entre paysans de la terre. 
. Coton bio de Prisunic sur www.monoprix.fr 
Prisunic choisit d’inclure le bio dans une démarche plus globale de développement durable, tout en gardant la certification et le logo AB pour les produits alimentaires.
. Cigarettes Organic, sur leur site
www.americanspirit-info.de/content_rechts/organic.php?lang=fr
L’entreprise, qui communique sur ses valeurs, a un nom proprement extra-ordinaire : s’appeler L’Esprit de l’Amérique, il n’y a qu’aux EUAN qu’on peut trouver ça, surtout quand on vend un produit mythique qui fait intégralement parti de l’univers et de l’histoire du cinéma. Le Lucky Luke de la belle époque aurait approuvé.  

. Lire aussi sur ce blog le dernier billet sur la porosité des frontières entre info, pub, com et promo, ainsi que la série sur les frontières du vin et le risque
. Photos EP, la seconde à partir d'une carte postale gratuite éditée par le Parlement européen pour se faire connaître des jeunes, il y a quelques années.

*Commentaire de Bernard Pichetto, 16.09.2008, 22:57
Il existe un tabac bio "Fleurs de Pays" à rouleur, qui se revendique bio et organique...à l'intérieur du paquet !!!

Voir les commentaires

Porosité des frontières dans le vin entre info, pub, com et promo

12 Septembre 2008, 13:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il est temps de mettre de l’ordre dans la maison des mots du vin parce qu’il ne s’agit pas seulement d’information et de publicité mais aussi de communication, de promotion ou de marketing direct. C’est un bel embrouillamini. J’adore ce mot tant il reflète bien la situation. Il est difficile à prononcer et à écrire. C’est exactement ce qui se passe actuellement en France.
 
 Pour certains, il serait souhaitable de tracer une frontière franche entre l’information et la publicité alors que la publicité est assise sur une information. Par contre l’information peut exister sans la publicité qui va la faire vendre. En exemple de publicité, citons la création d’une nouvelle marque de vin (Chamarré),  le nom d’un nouveau domaine ou d’un nouveau vigneron, le prix d’un vin, la description d’un millésime, l’attribution d’une médaille, la sensation d’un vin à l’œil, au nez, en bouche… 

Toutes ces annonces relèvent de l’information, qui est l’action de donner une forme (informare en latin) à un fait. J’ajoute que cette mise en forme vise en même temps le contenu de cette mise en forme et le support de celle-ci. Vous pouvez avoir quelque chose en tête et ne pas l’exprimer. Par contre, dés que vous l’exprimez par des mots, des actes ou d’autres signes perceptibles,  vous créez une information.  

La publicité maintenant. Par différence avec l’information, son objectif est commercial. Elle a pour fonction d’attirer le destinataire du message grâce à ce qu’elle dit (ce qui est une information) dans son magasin ou sur un site marchand. Son but est de vendre le produit de l’entreprise, par exemple une bouteille de vin grâce au message inclus dans la pub. Les supports utilisés par la pub sont nombreux : presse, télévision, radio, mûr, prospectus, cinéma, Internet…C’est un élément essentiel de la publicité. La presse a pour but de vendre de l’information et choisit d’insérer des publicités dans son journal pour baisser le prix de vente, comme l’entreprise de presse va faire de la publicité pour pousser les ventes. Un domaine vend du vin + des informations sur son vin, son domaine, sa vinification + et fait de la pub pour se faire connaître et accroître ses ventes.   

A l’information contenue dans la publicité, il faut ajouter une autre dimension qui est cette fois-ci l’attraction de cette information ou plutôt de ces informations mises en forme. En effet, une publicité ne se contente pas de donner une information brute de décoffrage ; elle met cette information en scène, dans un décor, avec une mise en lumière sous les projecteurs de la marque de façon à diffuser ses valeurs et ses caractéristiques.  Attraction est bien le mot qui convient puisqu’il s’agit d’attirer le lecteur qui de facto, dés qu’il entre en contact avec le message, devient un client potentiel. Il ne le sera vraiment qu’en franchissant le pas de l’achat de la bouteille de vin.  

Remarquons que ce client potentiel reçoit non pas une seule information, la mise sur le marché du nouveau millésime ou un nouveau vin de pays, mais plusieurs en même temps. Ce sont des informations objectives telles que  le nom de l’entreprise (domaine, négociant, distributeur, caviste), ses coordonnées, les caractéristiques du produit, le prix parfois…A cela s’ajoutent des informations subjectives, auxquelles certains types de consommateurs vont être sensibles et pas d’autres, telles que les couleurs, le graphisme, l’équilibre entre texte et photos, l’ambiance, qui toutes ont pour objectif de créer un lien – de connivence, d’émotion d’humour…- entre la marque ou le produit et la personne ciblée. Commence là un autre aspect, qui relève de la stratégie de communication de l’entreprise et de l’art publicitaire.  

Les outils de cet art publicitaire reposent essentiellement sur le style, le design et la création que l’on retrouve dans toutes composantes de la communication d’entreprise et en particulier des relations publiques. Ces RP consistent à informer sur les valeurs de l’entreprise en créant l’événement de façon à provoquer en interne auprès des salariés et en externe auprès des décideurs, des actionnaires et des clients existants ou potentiels une aura positive autour du nom de l’entreprise, de ses marques et de ses produits.  

A ce stade du raisonnement, on peut déjà répondre à certaines questions.
Q 1. Les relations publiques utilisent-elles l’information ? La réponse est oui.
Q 2. Est-ce de la publicité ? Non, car il ne s’agit pas de vendre.
Q 3. La publicité utilise-t-elle l’information ? Oui.
Q 4. Seulement de l’information ? Non, ce n’est qu’un élément de la communication de l’entreprise. L’attirance est l’objectif principal pour inciter celui qui voit la publicité à franchir la pas de l’achat.
Q 5. Qu’est-ce que cette communication d’entreprise qui surgit tout à coup? C’est un des piliers de la stratégie générale de l’entreprise. Elle se trouve tout autant au cœur de la direction centrale de l’entreprise que la politique produit, à la politique de distribution ou celle tenant au prix.  

La stratégie de communication permet à l’entreprise de se distinguer plus fortement de ses concurrents. Les grandes entreprises analysent ainsi en profondeur toutes leurs façons d’émettre afin d’en vérifier et la justesse et leur synergie de co-action. Quand un cadre de chez Coca-Cola est interviewé, il donne de l’information qui est en fait complètement codifié antérieurement par le siège. Il prononce les mots sélectionnés selon une progression savamment coordonnée par le service communication du siège. Il a aussi comme obligation de boire une gorgée d’un Coca Cola devant la caméra. Est-ce encore de l’information ? Est-ce de la publicité ? Non. C’est un homme CC, dans son univers de travail CC, qui boit naturellement un CC parce qu’il a soif parce qu’il parle de CC.  Cette parole est un élément de la communication de l’entreprise. Il en va de même dans le vin, chez Bernard Magrez par exemple ou d’autres grands qui confient leur communication externe à une agence spécialisée. 

Q 6. Est-il possible d’avoir une information dénuée de toute influence commerciale ? Le questionnement est énorme et la réponse ne peut être qu’embryonnaire.  Il fut un temps ( ? = c’est au moins ce que véhicule l’imagerie transmise) où il était possible de distinguer entre l’univers marchand des villes et l’univers paisible des « petits » coins de campagne proche de la nature. Maintenant, même l’air que nous respirons est marchandisé, tout comme la vue, le climat, la beauté des paysages et le statut socio-professionnel de nos voisins. Un domaine  aura plus de valeur par exemple, s’il  est bien placé, avec vue sur la Loire, du haut d’un promontoire rocheux, avec un sentier de randonnée très fréquenté qui passe à côté. C’est le cas par exemple au Cellier près du château que Louis de Funès avait restauré à grand frais. L’information sur la beauté du paysage aura une grande valeur marchande, tout comme le château. Cette information sur le paysage est d’autant plus importante dans le vin qu’elle se rattache à la question de la nature du sol et aux équilibres profonds entre la terre, l’air et l’eau. De plus en plus souvent une information sera donnée sur la contre-étiquette.  

On voit par ces quelques exemples que la frontière entre les univers de l’information et de la publicité est naturellement floue. Cela l’est encore plus si on utilise le mot de promotion, qui vient aussi du latin (promovere, promouvoir, faire avancer). Vous pouvez faire la promotion du vin, ce qui signifie que vous  en parler de façon positive parce que vous aimez ça, comme d’aller respirer l’air de la mer. Si cette promotion porte sur les ventes de vin, vous entrez clairement dans le cadre de la politique de communication de l’entreprise qui englobe aussi la publicité directe et les relations publiques. La promotion des ventes s’en distingue car elle a pour objectif de pousser le produit vers le client par une offre promotionnelle de baisse de prix, des produits couplés…C’est une technique push par différence avec la technique pull constituée par la pub.  

Mais ce n’est pas tout. Il existe aussi des techniques commerciales qui consistent à s’adresser directement à des destinataires ciblés susceptibles d’être intéressés par les produits de l’entreprise. C’est ce qu’on appelle du marketing direct, qui est une offre commerciale comportant un argumentaire commercial, pub incluse, adressée directement à une cible. C’est le cas dans la vente à distance. Dans le vin, c’est le fait par exemple de proposer à des clients sélectionnés sur la base de leur nom de leur vendre des vins de Bordeaux, avec une cuvée à leur nom. Ca fait toujours beaucoup d’effet sur une table quand on a des invités.  


Q 7. Et Internet dans tout ça ?
Il peut tout faire. De la communication, de l’information, des relations publiques, de la publicité, des promotions, de la vente à distance… A tout cela, il faut ajouter un complément naturel à l’information, qui est la formation, comme par exemple une première approche des mots du vin, des techniques de vinification, de connaissance des appellations, l’art de la dégustation, les accords mets-vins, les dégustations par des connaisseurs. L’oeno-tourisme ne peut plus se concevoir sans le net. 
 

Alors où commence la frontière entre information, formation, publicité & co? Entre communication et publicité ? A partir de quand cesse-t-on d’exprimer son opinion pour entrer dans un univers marchand, quand survient maintenant la possibilité d’accrocher des bannières publicitaires partout? Bien difficile de répondre à ces questions de frontières. A ce niveau là de réelle impossibilité à mettre des bornes entre les concepts, il est possible de suggérer l’hypothèse qu’il s’agit d’un continuum naturel et global qui s’applique à nos sociétés caractérisées par la porosité des frontières.  

Q 8. Vouloir définir la publicité ? Est-ce seulement souhaitable dans le double cadre de l’hyper concurrence qui caractérise le monde du vin en France et en Europe? Les excès de la communication d’entreprises dans ses toutes ses composantes sont déjà doublement réglementés par la législation européenne (à 70% ou presque)  et française (pour le reste) qui sont parmi les plus protectrices, et heureusement, qui soient au monde. C’est vrai qu’on doit et qu’on va faire encore mieux, dans le domaine de la formation assurément. 
 

Q 9. Une dernière question enfin, sans réponse : quelle est la position des professionnels du vin en Italie, en Espagne et en Allemagne sur les relations entre le vin et Internet? Pensent-ils qu’il soit vraiment urgent de définir la publicité, qui se re-définit, se re-déploie et se re-compose chaque jour sous l’effet de la pratique des entreprises et de la concurrence qu’ils se font, en fonction des  technologies disponibles et dans le cadre des réglementations existantes ?  

Pour suivre le chemin
. voir mon dernier billet sur le pouvoir d’expression de la bouteille de vin en photo sur ce blog
. voir aussi le site de Vin & Société, www.vinetsociete.com
. lire sur ce blog le 20.01.2007 2007 un billet que j’ai écrit pour le Vigneron du Val de Loire : A quoi sert la publicité ?
. photos EP, la Ière sur un mur-vin à Bruxelles à la fois secret et visible de la rue, la seconde sur un bus éclatant de couleur qui retrouve une nouvelle vie d'une autre façon.

2 Commentaires d'Iris de Lisson

Très bon analyse de ce sujet, qui est d'actualité ces jours-ci surtout pour l'Internet et l'épineuse question, si, et si oui, comment, nous avons encore le droit de communiquer sur le vin.

Surtout l'élement de la rélation publique me semble très important pour la communication d'une entreprise. Dans mon exemple d'une minuscule structure viticole, vivant du contact direct avec l'amateur du vin, qui autrement n'aura pratiquement plus la possibilité de faire savoir qu'elle existe et à quel but - vu que les autres supports d'information, comme la presse écrite, sont de plus en plus orienté vers les noms connus et les professionnels de la vente, comme les indispensables cavistes, de moins en moins en mésure, de prendre des risques avec des producteurs inconnus (sauf, si on tombe dans la cathégorie, qu'ils peuvent promouvoir par le "petit" prix).

Pour l'Allemagne, encore exempt d'une Loi style Evin, il est  actuellement question d'une nouvelle législation visant à la restriction concernant la publicité sur l'acool (sans distinction), qui aura comme but déclaré de protéger la jeunesse. Donc interdiction des banières de producteurs de boissons alcooliques dans les stades de sport et à la télé, interdiction de la publicité (qui existe encore assez librement, de manière inimaginable en France) aux heures de grande écoute à la télé et au cinéma.

commentaire n° : 1 posté par : Iris (site web) le: 12/09/2008 19:17:00

en petit PS à mon précédent commentaire, l'échange de commentaire sur l'excellent blog (en principe anonyme) levindemesamis blogspot com, que j'ai eu recemment:

"Mais j'adore aussi votre blog. Pour moi, "le vin de mes
amis" est actuellement ce qui se fait le mieux en
publi-journalisme dans la blogophère. Bravo au cercle de
vignerons, qui a trouvé cette forme éfficace de marketing,
qui est en plus très agréable à lire!"

réponse du journaliste Laurent Bazin, qui ne signe pas avec son nom sur ce blog:

"@ Iris: rectification.

Le VDMA n'est pas "une forme de publi-journalisme" (horreur!), mais bien le récit par un journaliste de la vin de ses amis vignerons et des débats qui agitent la profession. Un as du marketing, aurait évoqué le coté "animal" des vins de Didier Barral?

Parlons plutôt de "journalisme positif", si vous voulez, en ce sens que l'objectif n'est pas de blesser mais de partager une passion. La vérité - et pas seulement celle du terroir- n'en reste pas moins le but ultime."

Cela apporte une cathégorie supplémentaire, celle du journalisme positif, que je trouve intéressante:-)

commentaire n° : 2 posté par : Iris (site web) le: 12/09/2008 19:29:01

Trackbacks

Aucun trackback pour cet article

 

 

 

  
 

Voir les commentaires

Pouvoir d'expression d'une bouteille de vin en photo

8 Septembre 2008, 16:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est la photo sélectionnée par l’association Vin & Société qui entend lutter pour que soit distinguée sur Internet ce qui constitue l’information sur le vin par différence avec la publicité en faveur du vin. V&S  demande en particulier à ce que le contenu publicitaire de l’alcool, toujours réglementé par la Loi Evin, soit bien précisé.

 

Pour illustrer son combat, l’association montre une bouteille bordelaise dont on ne voit que le haut. La photo s’arrête là où commence l’étiquette. La bouteille est entourée de 4 ou 5 ronds de fil de fer barbelé. Au coeur de cette couronne de barbelés,  on peut lire cet encart écrit en blanc sur le noir de la bouteille: « Danger, Parler de cette bouteille peut vous faire condamner ! »

 

La photo est très belle graphiquement. L’éclairage de la bouteille est particulièrement réussi. Il y a là une réalisation aboutie d’un concept fort : montrer le vin emprisonné derrière des barbelés. L’image est saisissante  et suscite immédiatement des réactions.

 

En Ière approche, que peut-on discerner ?:

 

. Les barbelés évoquent la guerre, la souffrance des prisonniers dans les camps.

. La couronne rappelle celle en épines posée, il y a plusieurs millénaires, sur la tête d’un célèbre résistant aux forces d’occupation romaine et mis à mort par eux sur une croix.

 

= Les barbelés blessent ceux qui veulent les franchir. Leur raison d’être est de barrer la route et de déchirer la peau de ceux qui passent outre.

= Ils constituent une barrière douloureuse. Quand un vin est mauvais, on dit bien qu’il râpe le gosier. Il aurait été possible par exemple de mettre sur la bouteille un panneau de sens interdit, mais évidemment avec une efficacité bien moindre.

 

. Le vin est représenté par la bouteille bordelaise droite, qui est presque toujours choisie par les photographes ou les dessinateurs pour représenter le vin ;

= ce n’est ni la bourguignonne, ni la Val de Loire ou l’Anjou, ni la flûte alsacienne

 

= Le vin n’est pas figuré par un verre qui est tout autant que la bouteille une des matérialisations visuelles du vin. C’est grâce à lui que l’on déguste le vin. La récente campagne publicitaire d’InterLoire ne s’y trompe pas. Elle montre des paysages qui flottent à la hauteur du vin dans le verre, comme une évocation onirique qui se produirait à la rencontre du vin et de l’oeil, juste avant de boire le vin. Emettons comme hypothèse que c’est la bouteille qui incarne le vin parce que c’est elle qui recueille le fruit du travail du vigneron, alors que le verre relève du service de table que possèdent les amateurs de vin. La charge symbolique est bien différente dans l’un et l’autre cas : vigneron d’un côté, maîtresse de maison dans l’autre, justement celle qui achète le vin.    

            

. La bouteille est tronquée à la hauteur de l’étiquette pour ne pas à avoir à désigner un vignoble, une appellation, un domaine ou une marque de négociant.

 

En seconde approche, une autre idée devient perceptible. Imaginez qu’il se trouve un produit dangereux dans une bouteille. Vous pouvez écrire : attention danger, parce que le produit est dangereux en soi. Ici, il est bien écrit danger, avec une phrase explicative, il est vrai.

 

Mais un lien est fait entre VIN = DANGER. Evidemment les mots expliquent la position défendue. Mais la photo va beaucoup plus loin et a son propre pouvoir d’expression : elle montre que c’est dangereux. Un enfant qui ne sait pas lire ou un étranger qui ne connaît pas le français saura qu’il ne faut pas toucher cette bouteille, sinon il va se faire mal. C’est ce lien négatif pour le vin qui va être retenu par une personne, dont le regard rencontre des milliers informations visuelles par jour.

 

Enfin en 3ème approche, se pose la question du choix des mots et de l’adéquation des photos. Entre le poids des mots et le choc des photos, la photo l’emporte. Entre deux photos, l’une peut avoir un poids détonnant et l’autre pas. La seconde photo qui illustre cette campagne de V & S montre le différentiel d’efficacité. On voit un homme à lunettes qui lit un journal. Sa bouche, celle qui goûte le vin, est cachée par le journal sur lequel figurent de grands bandeaux noirs, dont ne reste que Champagne. Ceux-ci ont trait à des informations concernant le vin en provenance de cette région jugées récemment par un tribunal comme étant en fait de la publicité pour le vin.

 

Pourquoi cette seconde photo est-elle moins efficace ? Entre une bouteille de vin et un lecteur de journal, il n’y a pas photo ! La Ière évoque le créateur et sa création, le vigneron et le vin, et la seconde montre un homme qui lit un journal-papier après avoir chaussé ses lunettes, comme dans l’affaire du tribunal à l’origine de l’affaire. Or, la mobilisation de Vin et Société est de défendre le droit à l’information et la publicité sur Internet.

 

Pour suivre le chemin

. Pour voir la photo de la bouteille, rendez-vous sur le site de

www.vitisphere.com/dossier--49888.htm

qui vous renvoie aussi sur le dossier complet de Vin & Société remis au Pouvoirs Publics en septembre 2008. 

Merci à Vitisphère qui m' autorise à publier cette photo.
.
www.vinetsociete.fr

 

. Au même moment paraît en affichage mural d’abri bus, une très belle affiche avec une bouteille bordelaise vidée dont le verre transparent est cassée à la hauteur de son « cœur ». Dans cette cassure, apparaît un très beau paysage, comme dans la communication d’InterLoire,  mais cette fois-ci pour dire que la bouteille en verre est très énergétivore. Son empreinte carbone est forte et donc mauvaise. Ceci n’est pas discutable. D’ailleurs les négociants et les responsables de domaine en tiennent compte. Ils retiennent de moins en moins les bouteilles « lourdes ».  

Par contre, ce qui étonne encore et encore, en dehors du vin, c’est la question de savoir pourquoi est-ce toujours la bouteille de vin qui est choisie. Les publicitaires et leurs commanditaires auraient pu sélectionner une bouteille d’eau, de parfum ou d’huile alimentaire.  Il y en a de très belles dans les trois cas, si belles qu’elles méritent d’être achetées pour elles-même.

Voir les commentaires

Tendances hédonistes d'été 2008

4 Septembre 2008, 15:42pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cette année ne ressemble pas du tout  à l’année dernière. Bizarre quand même. En 2008, on commence à se dire que nous sommes vraiment entrés dans un autre monde qui bouge à une vitesse hallucinante. La preuve, il vous suffit de vous poser dans un fauteuil pour sentir les vibrations du monde. Pour ça, fermez les yeux ; concentrez-vous, écoutez bien, ça y est. Vous sentez les ailes de papillon qui battent en Asie. Vous n’avez plus besoin de prendre la voiture. Seulement de sortir à l’air  pour sentir la vitesse. Prenez donc votre vélo et commencez à pédaler. C’est fait : vous êtes en vacances. Vous avez saisi la nuance : vous n’avez pas besoin de partir pour être !   

La couleur est le rouge, un rouge spécial forcément, puisque c’est le rouge estampillé Chine, revêtu du sceau officiel du Parti. Impossible de continuer à dire que c’est le rose  quand même. Nous avons eu moins que par le passé d’articles ou émissions obligatoires en été sur  la mer indispensable, la montagne régénérative, la campagne reposante et pas chère, si tendre au coeur de tel auteur ou acteur.   

Le produit est le billet d’avion pour aller en Chine. Maintenant, c’est un peu passé, mais ça fait toujours son effet quand même. Evidemment si vous n’avez pas réussi à vous libérer pour partir, il y a ce bon vieux vélo qui vous attend si patiemment dans votre garage. Il est sympa et ne se plaint jamais. Parfois, il a un petit coup de faiblesse. Et demande que vous lui regonfliez les pneus, au moins un seul. Un de mes prochains objectifs par exemple est de ré-apprendre à poser une rustine ! Ouah, quel effort, me dis-je à moi-même. La dernière fois, je devais avoir dans les 12-13 ans, avant d’avoir un Solex, qui a fait mon bonheur pendant tant d’années. Si vous êtes deux, le chic du chic et du cher, c’est le tandem, façon écolo pour l’économie d’énergie (= un pédale, l’autre se repose) en récupérant une vieillerie ou à acheter en se ruinant.  

Le chiffre, c’est le 8 bien sûr. Il y a eu des tas de mariages le 08.08.2008 en Chine. Ce jour là, vous aviez trois fois plus de chance de réussir votre vie conjugale. C’est mignon et si vous voulez en profitez, ça va être dur  de retrouver une telle opportunité !

La boisson, vous séchez ? Le Coca-Cola bien sûr. Coca ou Pepsi ? Pas facile de répondre. Pepsi light vient de me causer un choc culturel. J’ai acheté une boite rose, oui vous lisez bien, R.O.S.E. Diable, les valeurs se perdent. C’est évidemment une façon de parler aux femmes. La nana de Pepsi est bleue, la couleur de la pureté ; elle est entourée de sept papillons roses, bleus, argent ou blancs, avec plein de cœurs roses et bleus et des fleurs. Pas mal mais vraiment mièvre. C’est trop cible « Femme » et comme tel c’est réducteur. Quitte à parler aux femmes et aux autres, je préfère la bouteille métal rouge de Coca plus ancienne qui utilise un très joli concept. De la bouteille s’échappe des symboles de Noël (cœur + cadeau + étoiles…) en une joyeuse farandole. Evidemment Noël en été, ça se discute. Pas grave, l’essentiel est de se rappelez que Coca a une bouteille rouge et que la marque est un des grands sponsors de quoi ? Des JO bien sûr.  La Chine est le marché phare de l’entreprise. Donc c’est Coca.  

Quand même, à ne parler que de Coca ou de Pepsi, me vient une soif d’autre chose. Je vais faiblir et vous proposer un autre choix : un Saumur rosé brut 1999,  Domaine de la Tour Grise du Puy Notre Dame de Françoise et Philippe Gourdon en biodynamie ou un P’Tit Blanc du Domaine des Sablonnettes, un vin authentique et nature de Christine et Joël Ménard de Rablay sur Layon.      

La fleur, celle du lin qui a un bleu-parme tendre d’une délicatesse émouvante surtout quand vous l’admirez en plein champ sur des hectares. L’idéal serait de pouvoir se percher dans un grand chêne pour s’y noyer les mirettes, sans craindre que la branche cède. A voir en allant en Normandie et en Picardie.  

L’habitat, vous avez le choix, selon que vous êtes français chic ou anglais confortable. N’essayez même pas de commencer à brouiller cette segmentation en faisant des  croisements du genre, français confortable ou  anglais chic. Pourtant ce serait intéressant et plus proche d’une certaine réalité. La seule Bentley que j’ai vue dans un camping de la vallée de la Dordogne, bourré d’Anglais d’ailleurs (en plus de ceux qui ont des résidences secondaires), appartenait à des citoyens de sa Gracieuse Majesté, qui me fait l’honneur de porter le même prénom que moi. Je sais, c’est facile.
Donc, pour les Français chics, le must de l’été, c’est soit la cabane dans les branches, soit la yourte mongole estampillée Unesco (la Mongolie en vend une dizaine par an, c’est tout). Par contre, pour l’Anglais confortable, c’est un mobil-home de luxe, avec vue sur mer et air conditionné, plantes méditerranéennes et cyprès sur la Côte atlantique. On y vit toutes fenêtres fermées à cause de la clim bien sûr.  Mauvaise langue comme je suis, je me suis demandée s’il y avait aussi une cheminée d’angle avec fausse flamme électrique. Peut être pas,  car le camping est fermé l’hiver. Si non, ça existe en version luxe évidemment.  

Les chaussures, baskets ou nus-pieds ? Le choix est facile, les premiers pour les hommes, les seconds pour les femmes. Les premiers l’emportent nettement à l’aune de la créativité des publicités. Il faut admirer celle de Onitsuka Tiger, Made in Japan. Sur une double page, vous voyez combien c’est beau une ville en forme de chaussure la nuit.  

Vous pouvez aussi être hyper-tendance en portant des chaussures en plastique, non pas celles que vous aviez enfants pour aller dans les rochers chercher des bigorneaux, pas des crabes, faut pas rêver quand même.  Des Melissa qui viennent du  Brésil, un chic fou. J’ai essayé, c’est spécial, surtout pour les pieds habitués à la douceur du cuir.  

Le bijou, ça va être dur moi qui n’en porte pas. Je vous propose des lunettes de soleil en guise de serre-tête. Pour être dans le coup, vous avez trois solutions, acheter très cher une marque (compter en centaines d’EUR), acheter vintage (une  forme qui date, du genre hublot américain) ou acheter 1er prix, en grande surface mais chut, ne pas le dire surtout. Le tout est d’en avoir une collection.  Il y a un très beau choix à Bruxelles sur la grande place de Marolles. Evidemment, une fois la monture de vos rêves dénichée, il faudra trouver des verres adaptées au format. Mais bon, on ne peut pas tout avoir d’un coup. Il faut bien que votre créativité s’exprime.  

L’animal, pour Hermés, c’est indubitablement l’éléphant pour vendre des carrés de la marque, Indian Dust en twill de soie, Orange Hermés et Rose Indien. Vive l’éléphant donc surtout quand il a les yeux peints. C’est du body painting taille éléphant. Ca jette et ça me permettra de vous parler de trois romans à lire absolument, qui se passent en République indienne.  

Le parfum de l’été, toujours chez Hermés, Un jardin après la mousson, dans le très joli flacon bleu-vert de la maison, parce que chacune sait, qu’un foulard qui se porte autour du cou, près du nez, porte une odeur, celle du parfum, de votre parfum bien sûr. Donc, c’est ce parfum végétal, floral, épicé à porter aussi bien par les hommes. Il faut bien penser à eux aussi quand même.  

Les livres de l’été,  je vais déroger à la règle. Au lieu de vous en citer un voir deux, je vais vous faire un vrai cadeau, 3 romans sur l’Inde de 3 auteurs différents et 3 romans sur la Suède d’un seul auteur.  


L’Inde
d’abord :
. Un garçon convenable de Vikram Seth, Grasset, ou la capacité d’un auteur à dresser vastes panoramas et destins individuels dans un kaléidoscope étonnant de vie,
. Shantaram, de Gregory David Roberts, Flammarion, une immersion interculturelle et humaine d’un Australien en cavale qui se fond dans l’univers  des bidonvilles, 

. L’équilibre du monde de Rohington Mistry, Albin Michel, la vie quotidienne des Indiens pauvres, qui, tels Sisyphe,  se relèvent à chaque coup un peu plus faibles et se relèvent pour continuer à vivre. 
. La Suède enfin : c’est forcément la trilogie de Millenium de Stieg Larsson, Actes Sud, un magnifique opus,  noir de noir, que vous devez absolument lire, pour la Suède certainement et pour connaître l’âme humaine à tout coup, dans les relations entre presse, pouvoir et sexe.  


Pour suivre le chemin
Pour ceux qui auraient zappé 2007, un petit rappel du patchwork 2007 s’impose :
. la couleur : le rose . le produit : le lait solaire . le chiffre : le 5 (fruits et légumes)
. la boisson : le Chinon rosé (un exemple réussi de buzz marketing) . la fleur de l’été : le coquelicot . l’habitat : l’Airstream, la caravane mythique américaine . les chaussures : les tongs . l’émission de radio : Jean-Pierre Coffe et sa série sur les légumes . le bijou : la montre Cape Code de Cartier . l’animal : l’escargot.   

. Saumur brut rosé de saignée, en vente au Château Tour Grise, www.latourgrise.com et philippeg.ourdon@latourgrise.com  et sur www.vins-etonnants.com   10 EUR

. Le P’Tit Blanc, Domaine des Sablonnettes, www.sablonnettes.com, domainedessablonnettes@wanadoo.com   7,50 EUR

. L’étiquette du P’Tit Blanc est une aquarelle de Denis Huneau, www.huneau.com    

. Publicité Baskets Onitsuka Tiger, Made in Japan, à voir dans Shoes up, Urban Footwear Culture juin-juillet-août 2008, www.shoes-up.com et www.onitsukatiger.fr

. Chaussures Melissa en PVC recyclé, à voir sur www.melissa.com.br, à acheter sur www.doukyo.com

. Hermès, foulard et parfum, sont cités dans Luxembourg féminin, été 2008, n° 7
. Photos EP, broderie d'été et fraîcheur du carrelage

Voir les commentaires

La chasse aux empreintes publicitaires, Coca Cola, Bruxelles

2 Septembre 2008, 15:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une activité culturelle, qui est particulièrement à la mode à Bruxelles. La ville, Bruxelles même et ses satellites, ont une position très particulière face aux vieux immeubles ou aux parties d’immeubles en attente de reconstruction. Elles laissent faire le temps, quitte à montrer des taudis, alors que Paris, elle, va détruire et attendre la reconstruction, comme si montrer la phase de décrépitude était socialement incorrecte.  

A Bruxelles, on peut donc non seulement admirer tous ces témoignages d' Art déco mais aussi partir à la chasse de vieilles affiches murales. J’en ai trouvé deux de la même marque, située côte à côte, de taille différente sur deux supports différents. Le mur est situé à un angle de la Chaussée de Charleroi à une jonction entre plusieurs rues, pas très loin de la grande surface Brico. Au fond de la Chaussée se trouve la grande avenue Louise, les Champs-Elysées bruxellois.  

La 3é ou 4è fois que je suis revenue chez Brico, j’ai enfin pensé à prendre mon appareil photo. Et voilà le résultat. Sur la partie supérieure de la paroi recouverte de plaques grisées, une très vieille affiche peinte. On devine encore les 2 C de la signature de Coca Cola. On les voit à peine sur la photo, peut être un peu plus dans la réalité. 

 En dessous, une affiche plus récente (date??) et d’un format classique sur un support adapté qui fait que l’affiche a mieux résisté à la pluie, au vent et au soleil. Elle est rare aussi parce que, contrairement à l’usage de Coca Cola qui a beaucoup utilisé l’image de la femme, le héros est un homme en costume- cravate, d’un âge que nous qualifierions aujourd’hui de mûr. A l’époque cela devait faire sérieux et viril. Il a des cheveux gominés et a presque un air moyen-oriental. Comme toujours et déjà, cet homme porte en avant la célèbre bouteille-emblème de la marque. remarquez qu'elle est parallèle à la cravate et que les deux parallèles obliques conduisent aux cheveux noirs plaqués. Une belle composition.

Dans des publicités Coca Cola anciennes, il y a bien des hommes en couple, avec des copains, mais rarement seuls. On peut par exemple trouver une affiche des années 40 avec un jeune serveur ou ouvrier qui ouvre une caisse avec de la glace marquée Trink Coca Cola, Eiskalt (glacière), un jeune groom souriant sur des plaques ou le Père Noël, qui appartient, chacun le sait, au royaume des enfants, pas des hommes.  

Pour suivre le chemin

. Voir Les plus belles affiches  de Coca Cola, Gérard Cholot, Daniel Cuzon-Verrier, Pierre Lemaire, Denoël, 1986. 
. Plaque Coca Cola flamande, Kaczorowski, Nantes, 02 40 69 91 10, voir aussi des photographies sur www.interencheres.com    

 

    

Voir les commentaires

Le vin de copeaux

1 Septembre 2008, 10:27am

Publié par Elisabeth Poulain


Vous allez encore penser que j’exagère. On sait bien qu’il y a le vin d’un côté et les copeaux qu’on introduit en douce ou de façon autorisée dedans. Juste une parenthèse, c’est désormais permis par la réglementation européenne à la demande de l’Italie, depuis le 20 décembre 2006 pour les vins de pays. Rien n’est dit en ce qui concerne les AOC.

 

Moi, je veux vous parler aujourd’hui bien du vin de copeaux que peu de gens connaissent. C’est une rareté découverte par Bernard Pichetto qui rangeait des bouquins chez un ami bouquiniste : je suis tombé sur cette étiquette, vestige d’un temps où les copeaux étaient un argument de vente !

 

 Il y a certainement des gens qui en ont goûté après 1952, surtout que c’était du Bourgogne en AOC, comme chacun sait. C’est un vin de copeaux tout simplement parce que son géniteur l’a appelé comme ça. Il s’agit de Jacques de Chartenay, négociant à Beaune (Côte d’Or), Récolte 1952. Il a pris la peine d’expliquer pourquoi. Lisez le texte. C’est un plaisir.  

Au IVè siècle, Virginius, vigneron de Gondran, roi de Bourgogne, eu l'idée, se basant sur certains exposés de Columelle, agronome latin du 1er siècle, de bonifier le vin de sa récolte, en le laissant pendant un certain temps, au contact de copeaux de chênes séculaires, abattus l'année précédant la récolte. Le vin, plus corsé, plus moelleux, acquit un bouquet incomparable qui se développa de façon merveilleuse. On l'appela "Vin de Copeaux" et il devint alors un breuvage délectable, hautement apprécié, qui prit place sur les tables des plus illustres personnages de l'époque.  

Pour suivre le chemin
. Bernard Pichetto, www.toiledices.com
. Si le débat sur les copeaux vous intéresse, voyez le site de Patrick Dussert-Gerber : les échanges sont explosifs
www.patrick-dussert-gerber.com/archives/manquaient-plus-que-les-copeaux-de-bois

. Voyez aussi le dossier « Le bois dans tous ses états » 14.12.2007 qui rappelle qu’à la dégustation, il est impossible à des connaisseurs de distinguer les deux types d’élevage (voir test de la Revue des Vins de France 2005 : le meilleur vin boisé n’était pas un vin de barrique, mais un vin sous inox avec copeaux) :

www.vitijob.com/vin_dossier.phb?dossier_vin=49795&vin=Le+bois+dans+tous…

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Le vin, le soleil et l'ombre

30 Août 2008, 17:54pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Photo EP

Voir les commentaires