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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Pour le rosé de Chinon, hip hip hourra

20 Juillet 2007, 15:24pm

Publié par Elisabeth Poulain

25-1-sb.40x60.20.jpgLa vie en rose (retrouvez la suite sur le site du chinon rosé)

 

 

Eli avait pris les choses en main. Pour bien déguster le Rosé de Chinon, il faut jouer le jeu à fond, respirer l’air de Chinon, avec le château en face de soi, en mangeant des bonnes choses de Chinon, en un mot profiter d’une belle journée pour faire un pic nic face au château de l’autre coté de la Vienne, à Chinon même. C’est toujours l’idée que le vin est meilleur quand on le boit là où il est fait, là où le raisin a mûri sous le soleil, ce raisin ce soleil de Chinon, près de chez le vigneron. En plus, il fallait que chacun ait quelque chose de rose sur lui et acheter rose à Chinon. Nous voilà donc mercredi dernier au soleil, sur l’herbe à préparer le pique-nique, avec une nappe rose, des assiettes roses et des plats roses.   
Ca a été impressionnant. Dans quel sens, à vous de juger.  Seuls le riz rose et les carottes roses avaient été apportés, tout le reste est venu de Chinon même. Isi, elle, s’est chargée du vin, du Rosé de Pierre et Bertrand Couly de Saint Louand. C’est juste en arrivant sur Chinon, à flan de coteaux, en arrivant d’Angers. Dès que vous arrivez là, vous savez que le lieu est bien choisi. Moi j’ai apporté la nappe et je me suis chargée de chercher le bouquet de fleurs chez la fleuriste. Un repas sans fleurs, c’est comme un repas d’été sans un Chinon rosé. Sam s’est occupé du dessert, il a acheté de la tarte vigneron près de chez la fleuriste près du pont. Il en a pris 2 portions par personne au cas où ; il a bien fait. Un délice qui m’a fait saliver les papilles, une tarte aux pommes fondues cuites au vin (de Chinon, bien évidemment) avec une pâte très très fine. Je ne peux pas vous en dire plus. La recette est secrète. Et c’est à cause des garçons et de la tarte que les choses ont dérapées. 

Pour se rendre utile, ils ont entrepris  de placer les tartes sur des assiettes et ça n’a pas manqué. Un morceau est tombé sur l’herbe tendre. Le laisser aux fourmis, que nenni. Ils se l’ont partagé en douce. Nous les filles on a crié au scandale. Et exigé aussi une part. C’est vrai qu’on avait faim. Mais on ne pouvait pas trop commencer.  Certains étaient repartis en ville acheter de quoi faire des sandwichs avec des petites salades. Et Eli  a proposé d’ouvrir une bouteille du Rosé de Pierre et Bertrand pour nous faire patienter. Jacqueline avait trouvé des framboises avec une crème fraîche légère et des mise en bouche colorées à base de légumes d’été, avec des petits pains briochés. Un délice. 

Comme on avait commencé à l’envers, cela ne nous a pas trop gêné de continuer avec du foie gras. Ce n’est quand même pas un péché. C’était juste pour goûter, en attendant les autres, un peu de rosé, une framboise, un radis… Hum, une lumière magnifique, claire, avec un soleil étincelant et pourtant pas écrasant ; un rosé limpide d’une couleur rose saumoné et une grande richesse en bouche avec de la fraîcheur. D’ailleurs on voyait les très petites bulles au fond du verre. Parce qu’on avait fait ça bien, Isi  avait apporté des verres de dégustation. Un peu de rosé, des blagues sur ceux qui avaient du se perdre dans les rues de Chinon, le plaisir d’être ensemble, de manger comme des enfants, en commençant par le sucré, et en mélangeant les couleurs, les saveurs,  les petits légumes, les petits pains, deux grains de riz rosi (au jus de betterave) avec quelques bâtonnets de carottes, un peu de foie gras, tout en regardant les touristes anglais à coté de nous, que nous faisions rire. Des fous de Français qui jouaient pour leur plaisir la vie en rose. 

Heureusement que les autres sont arrivés à temps avec leur jambon acheté chez M. Gitton et le saumon chez  M. Marquet. Ils ont tout juste réussi à avoir les plus petites parts de tarte, quelques framboises et chacun un seul petit verre de rosé. Alors là, ils ont vraiment râlé. Evidemment qu’il n’y en avait plus assez pour eux, qui se sont auto-désignés comme les Sacrifiés du Chinon Rosé. Ils ont alors décidé que puisque c’était comme ça, un des Pirates du Chinon Rosé, comme ils ont osé nous appeler, devait aller leur acheter Deux autres bouteilles du Rosé de Pierre et Bertrand Couly. Devinez sur qui le sort est tombé. Gagné. Sur Eli évidemment. Elle aurait quand même pu prévoir un peu plus large. Un rosé de Chinon, quand même. Et pour lui faire plaisir, un des sacrifiés provisoires, lui a offert  une rose qu’il a extraite du bouquet de Mini Eden roses et blanches acheté chez un fleuriste à Chinon. C’est pas joli ça ?! 

Alors voilà, comme on est passé d’un simple pic nic en une après midi entière passée à Chinon, les uns à manger et à goûter pendant que les autres achetaient et ensuite les autres à manger et goûter et nous à continuer à blaguer. Mais eux ont pu manger et goûter dans l’ordre, d’une façon plus sage. Le verdict a été le même dans les deux cas. Chinon, c’est quelque chose, et le rosé une bien belle idée pour un jour d’été. On s’est même dit qu’il fallait inventer un nouveau concept de repas la prochaine fois en septembre peut être: chacun apporter un rosé différent de Chinon avec un plat prêt à manger et faire un repas avec les différents styles de rosés. Ca se corse. Et dire que ça avait commencé à Bruxelles quand Sam avait trouvé du Chinon rosé;

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Quand la Loire vinicole annexe Cahors...

14 Juillet 2007, 08:01am

Publié par Elisabeth Poulain

 …et ses AOC se la jouent Bordeaux, Bourgogne

 

C’est ce que le lecteur découvre en page 91 de Chez vous en France, Mille et une clés pour faciliter la vie publié par La documentation française par Geneviève Brame. Cet ouvrage fait suite à une étude précédente présentant notre pays aux Anglo-Saxons Living & Working in France. Il en résulte une impression étrange et intéressante qui est de montrer la France à des étrangers qui seraient des Français. Ou le contraire mais en tout cas bizarre et en matière de vin, plutôt propre à fantasmer.

Le vin occupe plusieurs pages  du chapitre Quelques traits culturels plus spécialement dans la section Art de vivre…et bon vivant. La vision du vin  commence par distinguer les grands crus des petits vins, puis présentent le Champagne et Bordeaux (les grands crus ?) ; arrive ensuite  la Loire citée en Ier  (les petits vins ?) dont les vins se confondent avec leur ville : Saumur, Chinon, Cahors…Je savais bien qu’on ne prête qu’aux riches mais quand même. Les vignerons de Cahors vont en avoir un choc. Cette poussée vers le sud est peut être déjà en accéléré un effet du réchauffement climatique. Et puis nous les Angevins, les Nantais et les Gens du Centre, on fait quoi ? Remarquez qu’il n’y a pas à être jaloux des Alsaciens. Pour eux, il est seulement indiqué que ce sont surtout les blancs, sans commentaire. 

Et puis pour moi qui défends toujours le bon, le vrai marketing, il y a mieux puisque le territoire  du marketing  arrive à annexer le concept même de l’AOC. Personne n’avait osé aller jusque là, même pas les wine-makers des Nouveaux Pays Producteurs de vin. L’AOC en effet y est définie comme se rattachant à une région déterminée avec, entre parenthèses, la précision suivante (vin griffé, cru classé, cru bourgeois…). On voit déjà les plus qualitatives de nos 68 appellations avoir des crus. Là on devient carrément le challenger de Bordeaux et de la Bourgogne. La Loire annexant Bordeaux. On peut rêver. On est déjà à Cahors. 

Quant à la griffe, elle est un synonyme de marque. C’est un terme utilisé dans la Haute Couture par exemple, en tout cas dans le monde du luxe. En matière de vin, ça étonne. Aucun des 250 vignerons, coopérateurs ou négociants que j’ai rencontrés ces dernières années pour ma recherche sur l'habillage de la bouteille de vin  n’a jamais utilisé ce mot. Après des recherches rapides, j’ai trouvé, 1ère pépite, du vin griffé de Disneyland en vin de pays de la France vendu au prix  de 15 E en merlot rouge ou sauvignon blanc. Ce ne sont pas des AOC mais des vins de cépage. J’ai aussi trouvé un vin griffé du parfumeur Azarro. Là, ça passe mieux. Ca fait vraiment plus chic  que du vin de marque, qui fait plus penser au vin sous marque distributeur.  J’imagine déjà une patte de panthère, dont les griffes déchirent le papier d’une étiquette de vin. Ah, question : quel vin de Loire pourrait supporter ce traitement ? Rouge forcément, peut être du Cabernet sauvignon ou du Côt.  

Ceci dit en page suivante de Chez vous en France, on retrouve notre bon vieux French paradox sous une forme nouvelle : le Français chaque année consomme 23 kg de fromage qu’il associe  au vin, plus 2 litres de champagne et 100 litres d’eau. C’est vrai qu’il est le plus gros buveur d’eau au monde mais là aussi la moyenne baisse, au moins pour l’eau minérale.  Les Américains sont en train de redécouvrir l’eau en carafe servie au restaurant. Cette fois-ci pour cause de  développement durable. La meilleure façon d’alléger les déchets et emballages, c’est de ne pas en avoir. Pour la quantité de vin qui accompagne le fromage, ce n’est pas dit et je sèche. Si quelqu’un a l’info, je suis preneur.

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Sam le vigneron à Bruxelles et les vins de Loire

12 Juillet 2007, 13:57pm

Publié par Elisabeth Poulain

DSC02300.JPGChez Delhaize et Filigranes, oui, il y a du Chinon rosé

Un vrai professionnel profite de toutes de les opportunités pour augmenter son capital de connaissances du marché du vin. A force d’entendre parler de l’amour des Belges   pour les vins de France  - ils sont même d’excellents connaisseurs et de fins dégustateurs- Sam  a décidé de faire un (grand) voyage. Le premier jusqu’à Paris. A Angers, il s’est demandé ce que faisait tous ces gens à prendre le train. Il lui a fallu quand même reconnaître que c’était normal un jour de départ en vacances. L’épreuve du métro ensuite. Pour qui est habitué au grand air angevin des coteaux du Layon, c’est vrai que c’est dur-dur. Plaignez le. Puis l’arrivée en Gare du Nord, avec du monde dans tous les sens. Impossible de marcher droit dans ce coin et ce n’est pas pour cause d’un excès de bière belge. Le Thalys et l’arrivée à Bruxelles. Ouf. Un peu de calme après cette épreuve initiatrice. Il faut vous dire que Sam voulait, en vrai vigneron, prendre sa voiture. Pourquoi ? Parce que ça permet de faire goûter son vin en Belgique et d’en rapporter de là-bas. On ne peut quand même pas tout goûter sur place. Mais développement durable oblige.

A Bruxelles, Sam avait des tas de copains et de copines à voir. Forcément, il est sympa. Il s’est proposé pour faire les courses. Et c’est ainsi que samedi matin, il s’est retrouvé chez Delhaize, la grande surface belge qui est un gros acheteur de vins français sous nom de domaine et également en vrac, vendu sous marque éponyme. Le Delhaize d’Ixelles a un coin vins qui fait plaisir à voir, en retrait du reste du magasin, avec des linéaires bas où le vin est stocké horizontalement   dans des casiers qui le mettent à l’abri de la lumière adoucie et une bouteille témoin à hauteur des yeux. Les vins de Loire sont en bonne place à quatre endroits différents, les blancs (au meilleur endroit, on tombe dessus en arrivant), les rouges et rosés (de l’autre coté du présentoir), le bio (difficile à trouver) et en petits contenants en dehors du rayon (avant la sortie). 

Blancs (21 références)

Les vins de domaine sont le mieux mis en valeur ;  ce sont aussi les plus chers. 

Domaine & co, dans l’ordre de présentation de gauche à droite et de haut en bas :

- Savennières, Château de la Bizolière, 7,89 E

- Anjou blanc, Do de Fesles, 4,94

- Sancerre, Millet, 10,30

- Menetou-Salon, Millet, 9,29

- Pouilly Fumé, Millet, 6,39

- Sancerre, Henry Natter, 10,80

- Haut Poitou Sauvignon, 3,79

- Saumur, Soliterre, Thierry Germain, 11,90

- Muscadet Sèvre et Maine, L’Aubinière, La Noëlle, 4,59

- Bonnezeaux, Château de Fesles, à un autre endroit

 

Delhaize, placés plutôt vers le bas, sauf le Ier perdu dans les vins de domaine :

Cheverny, 4,39, Muscadet Sèvre et Maine sur lie, 2,99, Saumur Blanc, 2,99, Vouvray, 4,49, Sancerre, 8,49, Reuilly, 6,79, Quincy, 6,69, Sauvignon de Touraine, 2,99, Montlouis moelleux, 3,69, Anjou 2,99, Muscadet, 2,59. 

Rouges et Rosés (4 références)

Domaine & co : Cabernet de Saumur, Vignerons de Saumur, 3,19

Delhaize : Chinon rosé, 3,99, Cabernet d’Anjou, 3,19,  Rosé d’Anjou, 2,79

Bios : Bourgueil, Do Les Roches Brunes,  Biovidis

Petits Contenants 25 cl : Muscadet Sèvre et Maine, 0,99, Chardonnay, 0,98

Et aussi en partant, un vin qui n’est pas un vin, tout en étant vinifié par un œnologue français réputé, qu’on a pas le droit de faire en France mais que je vous engage à goûter absolument, les vins de fruit de Roisin. C’est le nom du domaine quia pris le nom de la petite ville belge. Pour l’instant je n’ai dégusté que le vin de coing (10,50 les 50cl). C’est vraiment quelque chose à découvrir. La prochaine fois, j’essaie le vin de cerises. Roisin est située entre  Bruxelles et la frontière française, en diagonale vers l’ouest (www.lesvinsderoisin.be). Ils recherchent un responsable export.  Information à transmettre aux jeunes diplômés qui n’ont pas peur de bouger. Le poste est très précisément détaillé.

Dimanche matin, Sam se l’est joué yuppie. Avec sa petite bande, il a pris un brunch chez Filigranes, la librairie  de Marc Filipson, rue des Arts, sur la Petite Ceinture. Elle est ouverte 7 jours sur 7 et est un plaisir pour les amoureux des livres. On peut aussi y manger et aussi y acheter son vin. Parce qu’il faut comprendre qu’acheter des livres sur le vin, c’est bien, et qu’acheter en même temps des bouteilles de vin renforce le plaisir. Les vins de Loire sont au nombre de 6 :

- Blancs : Chenin blanc  de Valentin Fleur (4,22E), Pouilly Fumé de Michel Redde (12,27), Sancerre blanc du Clos Paradis de Fouassier (13,18).

- Rouges/Rosés : Touraine de Deletang (6,47), Chinon rosé Les Chatellières de Couly Dutheil (8,38), Saumur Champigny du Domaine des Coutures (9,45). 

Le point commun aux deux gammes, le Chinon rosé ! Ca tombe bien au moment où le syndicat des vins de Chinon (Jean Max Manceau, président) lance une jolie opération de mise en lumière du Chinon rosé.

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L'eau, le sel et le vin, La Verrerie royale et les Caves de la Bouvraie

5 Juillet 2007, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

DSC00983.jpgUne ballade à Ingrandes (49) et au Fresne sur Loire (44) On y fait des découvertes véritablement surprenantes. En arrivant d’Angers, vous prenez la rue de l’Eglise à droite avant le pont, puis vous suivez la grande rue et après la Ruelle des Pigeons, vous tournez à droite. Vous êtes dans la rue de la Verrerie. Au coin de la rue, un énorme porche marqué « Caves de la Bouvraie ». Et c’est là que vous apprenez qu’une verrerie royale a été édifiée à cet endroit en 1755. Au début du XIX siècle, 500 ouvriers y produisaient près de 500 000 cols par an qui partaient à l’export, en particulier aux Etats Unis. L'aventure s'est très vite terminée en 1830 en raison de la concurrence et des difficultés d'approvisionnement en charbon de qualité en provenance de Montrelais, le village proche. Quelques décades après, le site a été transformé pour produire du vin mousseux. Du contenant, on est passé au contenu. Les Caves de la Bouvraie, nouvelle version, sont nées en 1982 et appartiennent actuellement au Groupe Boisset.  

Avant, il existait déjà des Caves de la Bouvraie qui était un domaine familial depuis 1580. L’héritière des Caves épousa en 1886 un certain Henri Grandin, notaire à Ingrandes. C’est lui qui fit construire au dessus des fours à verre une grande demeure ornée de briques, entourée de hauts murs avec le fameux porche et qu’on peut louer pour des fêtes. Et c’est ainsi que le seul établissement industriel d’importance, Les Caves de la Bouvraie,  produit toujours un Méthode Traditionnelle, sous la marque « Grandin » d’Ingrandes sur Loire. Elles continuent à produire des bulles dont un Crémant de Loire qu’on peut acheter à l’Intermarché ainsi que les vins de Gérard Oger, le seul vigneron à continuer à faire du vin d’Ingrandes. Les Caves continuent à vendre à l’export comme au début de leur existence surtout en Australie leur principal client.  Mais on vient aussi de la Sarthe par exemple pour ces bulles,  au temps suspendu.  

Cela se passe à Ingrandes et au Fresne, 1400 habitants d’un coté et 700 de l’autre, sur la rive droite de la Loire déjà paresseuse en juin, la même rue parallèle au fleuve qui s’appelle la Grande Rue  coté Ingrandes et  Rue Principale coté Le Fresne. Des maisons, alignées le long de la rive et de temps en temps, des cales qui permettent d’accéder à l’eau. Un pont qui marque le centre du village d’Ingrandes, et qui traverse la Loire, pour joindre Le Mesnil, à 4 kilomètres dans les terres rive gauche. Du coup Ingrandes ressemble à une île avec de l’eau d’un seul coté,  mais une eau très présente. 

Dans cette "île", les échanges se faisaient surtout par l’eau. Ce n’est pas un hasard si le site a été choisi par les Gaulois puis est devenu une baronnie au XIè siècle. La Loire fait un coude à cet endroit, à cause d’un tertre où se trouvent d’ailleurs les bâtiments anciens du village. Les bateaux qui remontaient la Loire  y apportaient du sel avant la révolution,  des bananes et des oranges plus récemment … En redescendant le fleuve, leurs cales étaient chargées de charbon, de tuffeau ou de vin d’Anjou. Le sel et le vin. Il manque le pain. Sa trace est indiquée par les ruines d’un moulin   Et entre les deux une frontière, celle qui séparait la Bretagne de la France. Excusez du peu. En langue d’aujourd’hui vous traduisez le 44 et le 49, comme on ne dit pas. 

Cette île est un endroit très passant. Les marins s’y arrêtaient en remontant le fleuve dans l’attente du vent d’Ouest ; ils y vendaient leur sel, seul moyen de conserver les aliments et qui surtout, avant de vendre, ils devaient payer les différents impôts et taxes quand ils entraient en France. En attendant, ils buvaient du vin d’Anjou, du bon on l’espère, du vin de mer destiné surtout à nos amis hollandais de l’époque. Il reste un grenier à sel du 18è siècle perché en haut du tertre, ainsi que des murailles du 16 et 17ème siècle au Fresne. Ce sont les traces les plus visibles de cette frontière, avec la Contrôlerie du Trépas à gauche du pont d’Ingrandes qui percevait un droit sur toutes les marchandises qui montaient, descendaient ou traversaient le fleuve. 

Il y a aussi encore des témoins d’une époque révolue plus récente, qui garde des liens privilégiés avec la Bretagne. Comme Félix Fouquetières né en  1919, qui habite toujours le bord du fleuve. Il se souvient des vins d’Anjou qu’il allait vendre en Bretagne dont il est originaire et du cidre qu’il rapportait au retour à Ingrandes.  Ses clients étaient les gens qui vivent dans la Vallée en face sur la rive gauche. Pour ses déplacements éloignés, il utilisait une camionnette Hotchiss. Il faisait aussi des tournées avec son vélo. Il y chargeait 20 à 25 kilos de moules, allait de ferme en ferme et, quand il n’avait plus rien à vendre, rentrait. Sa valeur ajoutée se faisait en créant des liens transversaux à la Loire, en partant de la Bretagne. « Madame Marie, j’ai de belles moules à acheter et celle-ci de lui répondre, gardes tes moules, mon gars, moi j’ai des fraises qui n’attendent pas dans le jardin ».  

C’est un petit village paisible où il fait bon vivre et se promener. Comme d’autres, il a connu cependant beaucoup de bouleversements. L’ancien château a été incendié par les Anglais au 15è siècle avant de devenir la propriété de Gilles de Rais, plus connu sous son pseudo Barbe Bleue. De belles demeures  ont été construites ensuite. Elles ont accueilli Henri IV,  Louis XIV ou Napoléon III. Comme autrefois, il y toujours deux villages, l’un avec des maisons de mariniers et l’autre plus patricien avec des hôtels particuliers qui étonnent en ce lieu si resserré. Ce clivage traditionnel se double d’une distinction entre ceux qui  habitent Ingrandes ou Le Fresne et une autre entre ceux qui y ont des liens et les nouveaux arrivants qui recherchent une certaine douceur de vivre proche d’Angers et de Nantes. Car depuis 1852, il y a la voie ferrée. C’est elle qui forme le quatrième coté de l’Ile.   

Il n’y a plus guère de marins, ni de bateaux sur la Loire. Mais il reste la distinction entre les gens de galerne et ceux qui habitent dans la vallée, malgré la construction du pont suspendu en 1868, long de près d’un demi kilomètre. Le sel s’achète maintenant en boîte ou au kilo. Le vin ne compte plus qu’un vigneron, Gérard Oger du Clos Rossignol et qui repart en Bretagne chaque week end. Marc Fouquetière, le fils de Félix, précise qu’avant la dernière guerre, il y avait 21 cafés à Ingrandes même. Il y en a 2 actuellement. Mais on peut encore admirer des maisons de vignes au hasard des ballades dans les sentiers de randonnée. On vous montre aussi aux Caves de la Bouvraie la photo d'un bouteille de la Verrerie royale trouvée au fond d'un four, une bouteille de 25 cm de haut qu'on enfonçait dans le sable, parce qu'elle n'a pas de fond et qui s'appelle délicatement "Couille de Bouc". Elle était encore utilisée en 1950. Si vous arrivez à en trouver une, dites le moi!  

Sources : Office du Tourisme d’Ingrandes sur Loire, Félix Fouquetière, Jean Baptiste Glotin, Marc des Terroirs alias Marc  Fouquetière, Mairie du Frêne, conceptvins.com et boisset.fr.

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Le monde selon Didier Dagueneau & Co, Saint Anderlain, Aubertin, France

2 Juillet 2007, 11:20am

Publié par Elisabeth Poulain

DSC01054.jpgC’est l’histoire d’un tour qui me transporte loin de mes terres angevines dans un lieu magnifique déjà reconnu et célébré par les Romains. Ils avaient déjà l’œil, les diables. Du haut de la colline, on voit un paysage à 180 ° de vallées et collines. Non, je ne dirais pas qui est en face, ceux du Berry, qui lorsqu’ils voient celui qui m’accueille, disent de lui aux autres « tu sais, c’est le gars de la Nièvre ».

Je ne suis pas venue ici à Saint Andelain par hasard ; si je sais qui je viens voir, je ne sais pas trop où. Mais cela ne devrait pas être trop difficile. Cibler l’église, le temple, la mairie toute pimpante. Entre l’école d’un coté et le terrain de basket de l’autre, il y a un petit chemin qui a un nom sans un avoir un. Le premier bâtiment à venir sur la droite est un chai semi-enterré, contruit à coté d’une maison « Bellevue » aux volets bleus qui forme les bureaux et enfin la maison d’habitation. C’est là. Après le chemin se transforme en sentier qui descend vers la vallée et la Loire, parmi les plus beaux paysages de Loire qui soient.

Bellevue est le QG de la ruelle « Ernesto Gue Chevarra », au temps de sa célèbre photo qui a fait le tour du monde où le Che pris de coté sourit à quelqu’un qui est à coté du photographe. Il est éclatant de vie, ce rebelle qui a fait rêver des générations. La plaque est apposée sur le chai. C’est un Ier indice. Sur le chai, il y en a un autre, un bras d’honneur en bois, bras coudé à 90° tourné vers la vallée, qu’on suppose être le symbole du vigneron. Devant Bellevue, il y a des roses roses, rouges, jaunes, un prunus florissant et un pécher, plein de pêches, si le vent ne fait pas tout tomber.

Parce qu’ici, le point le plus haut de Saint Andelain en avancée vers la vallée, c’est aussi la tour météo. Le matin, à 8h à l’embauche, les prévisions de temps passent de l’un à l’autre, de Didier qui s’est déjà renseigné aux autres, que je vois et dont je ne connais pas le nom. Ils ont des cheveux longs qui ne voient pas souvent les brosses et les peignes. Ce sont ceux qui travaillent la vigne. Oui, c’est un drôle de temps. Tout à la fois, chaud par moment mais pas là, froid carrément pour une fin juin. On se caille carrément, moi qui suis une petite chose fragile. Des nuages qui passent vite au dessus de nos têtes, du vent froid et fort mais moins qu’en face. En tout cas, c’est ce que nous dit Héléna, la jeune femme, qui fait la visite et assure la dégustation. Il a plu pendant la nuit. Et la vigilance s’impose. La vigne est soumise à de fortes tensions actuellement. Il faut la surveiller et voir si des petites taches brunes n’apparaissent pas. Le mildiou attaque. On n’a jamais vu ça depuis 30 ans en France. 

Au cours de la visite du chai, ce sont les membres du groupe que j’ai le plus regardés. Il y avait un jeune vigneron israélien du Golan qui, pour me situer le Golan, m’a dit c’est « la même size que Châteauneuf du Pape ». On arrivait à se comprendre, lui avec des mots techniques vin en français et un anglais moins approximatif que le mien. Uri Hetz, tel est son nom, possède 5 hectares de vignes et visiblement, il n’était pas là par hasard. Visiblement aussi le parcours du raisin par gravité, il connaît. D’autres étaient plus difficiles à cerner, comme cet américain qui s’est prétendu espagnol avec sa femme et leur fille. Mais dans ce village si tranquille, si « français », sans que rien ne soit « étranger » à l’oeil, en quelques minutes, on s’est retrouvé à 4 nationalités, chez Didier Dagueneau. Pas par hasard, pour les vins de Didier Dagueneau.

Ses vins parlent autant que lui mais à leur façon évidemment. Leurs noms : Silex, connu dans le monde entier, Pur Sang, Astéroïde… tous des Sauvignon produit par une terre à silex, sans une goutte de calcaire dans les veines. Le premier, qui le dit, va avoir des problèmes. Didier a besoin de s’exprimer. Par ses vins, c’est une évidence. Par l’expression de ses habillages de bouteille aussi. Il aime la matière, la couleur, la sensualité d’une peau de bête sous laquelle bât une veine gorgée de sang. Il est un des rares vignerons qui a plusieurs habillages successifs pour un même vin. Pur Sang par exemple est aussi représenté par un dessin d’art pariétal. Un cheval a gros ventre tracé sur la paroi d’un mur, là sur la rotondité d’une bouteille.

Sur les murs blancs du chai, dans le coin à dégustation, Didier Dagueneau a collé ses étiquettes sur le mur. Il a aussi fait écrire en grand des citations de Gérard Oberlé, un ami :
- « Plus besoin de conquérir, quand tout est à vendre », « L’avenir appartient aux roublards et aux tricheurs »,
qui font face à sa préférée, du Che évidemment
- « Soyons réalistes, exigeons l’impossible ».

Parce que Didier est un homme de cœur qui a le goût de l’aventure et du défi. Pour le vin, il a voulu connaître autre chose, sans quitter ses racines de Saint Andelain. Après le Sauvignon, il s’est attaqué au Petit Manseng. Pour cela, il a un petit domaine de 2, 5 hectares dans le Jurançon, presque l’endroit le plus éloigné de Pouilly sur Loire, en traçant une diagonale vers le Sud-Ouest, vers l’Atlantique. Là en Béarn, il produit un vin que les visiteurs dont je parlais au début jamais ne recrachent : c’est Les Jardins de Babylone à Aubertin (64290). Personne, même parmi les professionnels, n’a été capable de trouver le taux de sucre. C’est la question favorite de Didier. La bonne réponse est 110 grammes et ça se goûte, se regoûte sans souci à cause de l’acidité élevée qui équilibre le tout.

Mais notre tour n’est pas terminé. Il suffit pour cela de dépasser la maison vers la vallée. Au fur et à mesure, s’élèvent des aboiements doux, mais vifs quand même, de chiens, qui s’expriment en vous voyant ; ils sont 30 à vous regarder passer. Vous, vous tournez la tâte de l’autre coté. C’est ce que j’ai appris, ne pas regarder un chien qui aboie en face. Là ce serait difficile avec le nombre et surtout, ils ne sont pas agressifs. Ces huskies, dont le nom vient de l’esquimo, ces chiens de traîneaux aux yeux bleus, vous ont à l’œil mais calmement, sans aucune agressivité. Ce sont des sportifs qui se reposent en attendant de travailler.

Il y a là trois attelages, celui de Susie, la femme de Didier, celui de Didier et bientôt celui de Aaron (7 ans) leur fils aîné, dés qu’il pourra les maîtriser. Léon (5ans) est encore un peu tendre pour penser attelage. En attendant, il faut s’en occuper, en plus du petit chien blanc et d’une vieille chienne husky qui ont le droit de dormir à la maison. Les courses d’attelage surprennent un peu sur cette douce colline de vignes. Il est vrai que c’est plutôt un sport d’Europe du Nord. Susie est originaire d’Hanovre. En grande sportive, elle adore la course d’attelage. Elle entraîne les chiens par groupe de 8, qu’elle attelle à un quad, dont elle ne démarre pas le moteur. Quand ces 8 premiers ont fait leur aller-retour en descendant et remontant la colline, elle en prend une seconde équipe et recommence.

Ca dépote à Saint Andelain, avec le contraste entre le coté un peu endormi du village en semaine, la notoriété bien réelle des vins de Didier qui sont connus dans le monde entier par leur rigueur et leur profondeur, la profonde gentillesse de ce vigneron humain et chaleureux, Susie, une femme qui a une énergie étonnante, et qui par exemple, a son arrivée au village, a développé d’entrée de jeu une affaire d’importation de calèche en provenance d’Allemagne. Comme il y a maintenant une concurrence polonaise, elle vient d’acheter, « avec ma copine Jacqueline, une rodéo machine », qu’elles louent à la journée pour des manifestations. 

Et le tour se termine par la visite du Temple (1890) que Didier a racheté et rénové entièrement à ses frais en plein coeur du village, à coté de la mairie, sur la rue principale. C’est émouvant parce que c’est petit au sol et grand en même temps quand on lève la tête. Le Temple vient d’accueillir sa première exposition de peinture avec 40 toiles de Jacques Oussou, un peintre régional de Loire. Il y a même un balcon intérieur qui a conservé son escalier d’origine pour accueillir des musiciens.

C’est ça le monde de Didier Dagueneau de Saint Andelain et d’Aubertin, un des maîtres mondiaux du Sauvignon, qui adore aussi la blague. Sur les murs intérieurs de la maison d’habitation, il a disposé des peintures de flibustiers qui savent lever le coude, en l’honneur du vin, cette fois-ci. Il y aussi des tas de livres sur le vin. Les deux derniers: Le terroir et le vigneron, Jacky Rigaux chez Terres en vue et Vignerons et Crus du Berry de Denis Herdier, Berger Editions, dans le premier Didier rend hommage aux hommes qui lui ont "montré l'exemple", comme Charles Joguet, et dans le second on parle de lui comme d'Agamemnon. Excusez du peu. Et comme il ne sait pas résister à une bonne blague, il m’a offert une bouteille très spéciale, un Blanc Fumé de Pouilly numéroté Cuvée Quintessence de mes Roustons, pour bien marquer l’origine bien virile du vin, à moi l’auteur du Vin aussi est affaire de Femmes. Et c’est ainsi que, grâce à Didier, j’ai découvert qu’il existait un portail Wikipedia, spécial Sexe. J’ai ainsi pu réviser un tas de mots classiques que mes frères utilisaient avec délectation dans leur jeunesse.

 

Et tout ça pour faire connaissance avec Didier Dagueneau dont les étiquettes très expressives figurent en bonne place dans "Le monde à travers la bouteille de vin, The World through the Bottle of Wine", ma nouvelle recherche sur l'habillage de la bouteille de vin à paraître prochainement. Je vous en parlais jusqu'ici sous le nom des Habits du Vin. 

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Le vin, le marketing et la crise

24 Juin 2007, 10:32am

Publié par Elisabeth Poulain

 
 C’est un drôle de titre qui associe trois notions dont on ne sait pas trop ce qu’il recouvre et c’est bien pour ça, que je l’emploie. Par où commencer ? 
 
Par la crise peut-être. Parce que si vous regardez bien les journaux, écoutez la radio, vous entendez le mot moins souvent. J’ai regardé la séquence consacrée à Vinexpo au début de cette semaine. C’est un « marronnier » (= article ou émission qui revient chaque année, comme la rentrée des classes) des plus classiques.  La référence à la crise a été beaucoup moins forte que les autres années. En 2004, 50% des vignerons interrogés s’y référaient expressément mais il est vrai que l’enquête n’avait pas été faite auprès des exposants à Vinexpo. Ceux-ci sont par définition ouverts vers l’international. L’explication de leur présence repose sur leur volonté de développer ou maintenir l’export.
 
Quelques chiffres d’abord : le marché mondial est en croissance sur la période 2004-2009, de 10% environ pour les effervescents et de 6% pour les tranquilles et de 7% et de 11% en valeur. Ce qui montre que les bulles voient leur valeur baisser sous l’effet de la concurrence et que celle-ci est favorable aux vins tranquilles. Les importations de vins s’accroissent quant à eux de plus de 14% sur la même période, ce qui signifie que les exportations aussi. Au plan de la consommation, ce sont les vins les moins chers du marché (au dessous de 5 USD) qui connaissent le moins de hausse, même s’ils restent majoritaires. Ce qui, quoi qu’on en dise, est un encouragement à la qualité. Je sais bien qu’il ne suffit pas de fixer un prix élevé pour être assuré que le vin est bon mais quand même. On ne trompe pas longtemps des professionnels.
 
Au plan mondial, les vins entrent dans trois catégories, les plus de 10 USD, entre 10 et 5 et moins de 5. Et là, ça interpelle  quand on rapproche cette segmentation des grands débats que nous avons eu ici en France sur les vins de pays du Val de Loire ou les vins d’Atlantique qui entrent pour beaucoup dans la catégorie « plancher ». C’est un terme que je préfère à « basse » qui a toujours un aspect péjoratif. Et on en arrive au marketing. 
 
Hors du marketing, pas de salut. C’est une évidence quand  on sait que le marketing existe dés lors que le produit se vend. Ceci dit le marketing peut être visible, on, dit alors que le vin est marquété (= sous-entendu qu’il n’est pas bon, ou tout juste assez bon pour des gens qui n’y connaissent rien), peu visible ou invisible pour le luxe. En fait le marketing suit une segmentation triple, fondée son caractère de visibilité. Mais dans tous les cas, il existe parce qu’il touche tous les éléments de la stratégie commerciale et oblige à définir très précisément le type de vin vendu, le pays dans lequel on vend, le réseau de distribution, le prix, la promotion en fonction de l’image du vin, du vigneron, de son domaine et l’image qui s’en dégage… 
 
En aucun cas, le marketing ne peut se limiter à une marque ou à la publicité. Malgré cette évidence, c’est pourtant, ce qu’on entend tous les jours et qui est repris en boucle, comme la fameuse crise : le marketing est associé à du vin de basse extraction, pour des gens de peu. Je grossis volontairement le trait. La seule exception à cette vision très négative porte sur certains vins qui « ont droit » par nature à se présenter sous une forme plus festive, comme le rosé, le vin d’été, voir le vin de copains, ou le vin ludique. 
 
Peut-on continuer à parler de crise alors que les principales caractéristiques de la situation actuelle en France ont été annoncées depuis le début des années 80. Non, évolution, oui, mutation, oui, difficultés d’exploitation oui, revente accéléré de domaines certainement. Je connais ainsi un domaine qui vient d’être revendu pour la 3è fois en 15 ans. Ca fait beaucoup. Iè revente par un vigneron qui n’a pas pu mettre en place un réseau de distribution, 2me revente par les Bobos qui l’avaient acheté et reprise maintenant par un jeune vigneron à l’étroit dans le domaine familial. 
 
Quant au marketing, il serait temps de le prendre pour ce qu’il est, un système organisé de techniques de cohérence, rien de plus, rien de moins. Mais c’est déjà beaucoup. Il met sa force de cohérence au service de la stratégie du professionnel du vin. A celui-ci de faire ressortir les qualités du vin. En n’oubliant jamais que plus le vin relève du luxe, plus il est l’objet d’une politique si fine de marketing qu’il en devient invisible. Moins on le voit et plus il est intégré dans le produit au point de faire corps avec lui et meilleur il est. 
 
Pour conclure, je dirai plutôt que ce je regrette, moi, c’est l’absence, pour une grande quantité de vins, de réflexion marketing, mais attention d’un marketing adapté à la petite exploitation, à distinguer de celle de la moyenne qui a déjà le profil d’une entreprise. Alors pour répondre aux détracteurs du marketing, je dis : 
- 1. que le marketing bien pensé existe,
- 2. qu’il est différent selon que l’on est petit, moyen ou grand, 
 - 3. et qu’il faudrait commencer par le commencement, c'est-à-dire savoir qui on est et ce qu’on veut en partant de ce qu’on peut. 
 
Le reste, c’est Sam le vigneron qui vous le dira quand il le pourra. Pour l’instant, il réfléchit à optimiser son temps d’été pour partir prospecter  en dehors de nos frontières.
 
 
 

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Champagne versus Bière belge et biscuit suisse

20 Juin 2007, 16:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

Champagne versus Bière belge  ou Biscuit suisse

= Publicité comparative et Concurrence   

Vous avez bien lu. C’est le champagne qui se sent attaqué par la bière. Le motif : une question de concurrence, loyale ou déloyale. Que je vous compte le récit. Il était une fois une marque de bière belge qui avait décidé de monter en gamme. Elle a créé une bière très qualitative à la mode champenoise. C’est dire qu’elle a utilisé le terme de « Champagnebier », ce qui était une trouvaille étonnante (c’est moi qui le dit),  comme nous le raconte le juriste de l’Agence Juris Presse Stéphane Corone (Le Monde 20.06.07). Elle a du cesser par une Ière décision de justice belge saisie par le CIVC. Exit la référence directe à Champagne,  pour une bière fusse-t-elle de qualité, quand même. Exit aussi la citation directe à Reims France, ça faisait tâche. La société belge a conservé le droit de se dire « la première bière du monde » ainsi que « Brut Réserve ». Heureusement, parce que sinon, nos Crémant de Loire auraient été mal. Score au bout de ce premier set : 1 à 1, traduisez les deux parties sont mécontentes. 

Deuxième set devant la Cour de Bruxelles, sur un recours du CIVC, qui demande à la CJCE, (Cour de Justice des Communautés Européennes) de préciser ce qu’est la publicité comparative qui se réfère directement la concurrence entre produits comparables. Une compagnie de transport aérien peut faire de la publicité comparative en se disant meilleur qu’une de ses concurrentes. C’est ce que fait Leclerc face aux autres Groupes de GD, avec son site « qui est moins cher ».  

Se pose alors la question centrale de savoir si la bière est une concurrente du champagne. Ce sont toutes deux des boissons avec des bulles, qui ont suivi un process identique même si le  produit de départ est le raisin dans un cas et le houblon dans un autre. Pour la société belge, la réponse était non, pour le CIVC, oui et pour l’avocat général, suivi par la Cour, oui parce que la concurrence ne se fait pas seulement produit à produit mais fonction à fonction, d’un marché à un autre. Dans mon exemple du transport aérien, la comparaison pourrait se faire aussi avec du transport maritime. 

On comprend d’autant mieux la position du CIVC que celle-ci a, il y a quelques années, déclenché l’artillerie lourde comme il sait le faire, contre un producteur suisse de gâteaux secs, de marque « Champagne », du nom, écoutez bien, du village « Champagne » en Suisse.  Le Gouvernement fédéral suisse a pris fait et cause pour l’entreprise suisse qui flirtait évidemment sur le nom du village. Elle allait jusqu’à sponsoriser un bateau à voile qui portait fièrement Champagne sur ses voiles et appelait ses biscuits des « flûtes de champagne ». C’était beaucoup et comme dans le cas belge, le hasard n’avait rien à y voir. 

Suite de la bière : l’affaire revient devant la Cour de Bruxelles qui a maintenant un nouvel outil juridique pour trancher le différent, le degré de substitualité. Au plan marketing, c’est une façon de reconnaître   que les marchés ne sont pas étanches. Ils sont mouvants, changeants et les produits fluctuent en fonction des habitudes de consommation. Qu’une bière est tout autant un concurrent au champagne qu’un vin à bulle, quelle que soit le positionnement de l’un ou l’autre. Mais c'est quand m^me drôle de voir que le Champagne qui revendique l' air de famille avec la biere.  

Quant à l’affaire des biscuits Champagne, la société suisse a pu, fait rarissime face au CIVC, conserver son nom ;  elle a du indiquer la fabrication suisse pour la distribution en France d’autant plus qu’elle a une filiale en France ; enfin elle ne doit pas utiliser la dénomination de flûte de champagne. Je me demande même si ce n’est pas la Ière fois qu’il est interdit d’utiliser le nom d’un  type de verre. Et si je vous ai cité Leclerc, ce n’est pas par hasard non plus, c’est là que j’avais découvert ces flûtes. J’ai ensuite pris contact avec l’entreprise et j’ai pu ensuite reconstituer toute l’histoire, intervention du gouvernement suisse comprise. Du lourd.

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Chococube, Hasquin à Mortains, Vin, D Day et Boutros Boutros Ghali

14 Juin 2007, 14:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

dsc01690.jpgAccrochez-vous; il va falloir suivre. Il y aura de tout mais pas forcément dans le bon ordre. Du vin évidemment puisque je pense qu'il est un des miroirs de notre société. J'essaye de repérer les traces du vin, de vin de Loire. Du vin, il y en a eu forcément à l'Abbaye de Mortains après l'inauguration de l'exposition de Marcel Hasquin mais je ne suis pas restée jusque là. J'ai toujours eu peu ou pas de plaisir à peopoler. Ce n'est pas mon truc; à la place, j'ai été voir la grande cascade tout à coté. J'ai reconnu là le bon goût d'Adeline et de son frère qui ont fondé l'abbaye en 1100 et quelques. Un site en hauteur, des bois, de l'eau et de la pierre pour monter les murs du cloître.

 

Ldsc01684.jpg'exposition a lieu tout à coté dans un hangar repeint en blanc pour l'occasion, avec des verrières incluses dans le toit qui donne une superbe lumière. Et là, cela a été mon premier choc. L'écart qu'il y avait entre le monde selon Marcel Hasquin et le monde réel qui défilait devant les oeuvres. Il faut vraiment être seul pour voir de telles toiles blanches et noires, aussi fortes, dénudées, qui représentent une humanité dont il ne resterait que la spiritualité. Je ne sais pas pourquoi, je pense à un gant qu'on retournerait à l'envers. Ce jour là, il y avait des photographes, le préfet certainement et dsc01686.jpgsurtout, surtout mais j'en parlerai après, M. Boutros Boutros Ghali, ancien Secrétaire général de l'Onu. Beaucoup de gens, plus de 600 personnes. Le peintre s’est montré mais n’a pas accompagné le cortège. Cela aurait été de trop.

   

Ensuite direction la mer, forcément. J'aime l'eau. C'est une des raisons qui m'ont fait venir en Loire, près de la Loire. J'habite tout près d'un lac, creusé par des moines pour édifier une abbaye, une autre. Dans mon jardin, j'ai posé des pierres sur une ligne qui rejoint la mer. Il y a aussi l'eau du lac traversé par un tout petit ruisseau , qui se jette dans La Maine, qui rejoint la Loire, qui se jette dans une mer moi qui me parle, moi qui suis née à La Baule, une autre mer, un autre style. Ce jour là, il s'agissait de la Manche. Et là, choc n° 2, un petit.

   

Restaurant le soir forcément, moyenne d'âge élevé des clients en contraste avec la toute jeune fille qui nous servait. Ce devait être ses premiers services en salle. Une carte des vins d'une tristesse infinie. Un seul vin de Loire, un Muscadet avec pour seules indications, la contenance -75 et 35cl- et le prix, 13 EUR pour la 35. Je lui demande d'où vient le Muscadet. Elle ne savait pas et a été demandé, très gentiment. Elle m'annonce au retour: de Sèvres et Maine sur .... elle n'a pas su comment terminer. Moi, non non, j'aimerai savoir de chez qui, d'où il vient. Sa seconde réponse à son retour, fièrement: de Mouzillon. Heureusement, les huîtres et le poisson étaient bons. Je n’ai pas su d’où venait le vin. Les autres fois, il n’y a pas eu de vins de Loire marqués sur la carte ou un qui n’a fait envie à personne. L’export commence en effet à la porte du chai (voir Sam le vigneron et l’export, moi et la simplicité).

   

Le lendemain matin, poursuite de la balade, par un bonne marche le long de la côte, avec d'un côté une mer odorante, moitié eau, moitié algue et moitié mousse (je sais que ça fait beaucoup). Une aussi vraie mer que celle des cartes postales et dans laquelle je me suis trempée un peu plus loin, tellement il faisait beau. Et de l'autre côté, je sais bien que vous voulez savoir ce qu'il y avait de l'autre coté. Suspense, des campings. Camping force 4, c'est-à-dire qu’il y avait tous les modes de camping (en camping municipal, en camping-car, bientôt en résidence de loisir et en aire naturelle) sauf celle citée par tous les Français et qui n’existe plus, le camping sauvage.

   

Après la promenade, la découverte en voiture. Nous étions le D Day, ce qui se traduit visuellement par quelques efforts d'embellissement des villages et des drapeaux français, américains, canadiens... Des cars, tous anglais, remplis d'américains de tous âges, jeunes surtout, difficiles à croiser le long de la route du bord de mer. Une scène émouvante quand huit cars se sont arrêtées en front de mer à Omaha Beach et que plusieurs centaines de personnes se sont assises groupées sur le pan incliné qui protège le remblai. Beaucoup d'entre elles photographiaient la mer, l'eau bleue, le dos tourné contre les collines où il y avait eu tant de morts. Et puis le troisième choc, fort et dérangeant celui-là. Et les Français là dedans? Des civils étaient déguisés en soldats américains, comme s'ils étaient dans des jeux de rôles. Pour la vérité, j'ai vu aussi des américains dans des jeeps d'époque. L'armée française avait déployé du matériel avec d'un coté du matériel de la guerre de 40 et de l'autre des engins modernes. Mais vraiment très peu de monde.

   

L'allocution de la veille de M. Boutros Boutros Ghalli à l’Abbaye de Mortains prenait alors tout son sens. Il a parlé de la paix à sauvegarder entre les nations et de la culture à laisser s'épanouir comme le  moyen de favoriser le développement de  l'humanité. Entendez bien : pas un des moyens mais LE moyen. Des paroles fortes dans la bouche de celui qui a été pendant le temps de son mandat le garant de la paix dans le monde. Des paroles à mettre en situation avec ce qui s’est passé il y a quelques décades où on comptait en centaines de morts pour une petite colline. Qui raisonnaient particulièrement à mes oreilles, moi qui ai eu la chance d'avoir ce grand personnage comme professeur de droit international public lors de mes études à l'Institut des Hautes Etudes internationales à la Faculté de Droit de Paris, Place du Panthéon.

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Dites Madame, vous qui connaissez beaucoup d'entreprises

12 Juin 2007, 10:23am

Publié par Elisabeth Poulain

Dites, Madame, vous qui connaissez beaucoup d’entreprises, 

Dites, Madame, vous ne pourriez pas me trouver un stage. Oh la question ; c’est une des questions qui m’agacent fortement. Je dis toujours qu’on doit être capable de répondre à n’importe quelle question. Mais là, ça m’énerve vraiment. Au point que j’ai mis au point une méthodologie de recherche de stage que je donne dés les premiers jours. Parce que s’il y a une chose que l’étudiant sait quand il commence c’est que 1. il va faire un stage et que 2,  il a en a besoin pour passer l’examen et avoir le diplôme. En plus il connaît les dates et a le référentiel sous les yeux. 

Un stage ne se trouve pas, il se cherche. Pour beaucoup c’est la même chose. En fait c’est tout à fait différent. Chercher un stage implique de s’engager à fond dans une démarche comparable à la recherche d’emploi. Et là, c’est plus « facile » puisque de nombreux stages ne sont pas ou peu rémunérés. Penser qu’il suffit d’appeler quelqu’un pour que celui-ci vous donne un stage comme la maman oiseau donne la becquée à l’oisillon relève du fantasme. 

C’est vrai que je connais beaucoup d’entreprises. Elles savent très bien gérer les demandes de stage, de choix et d’accueil des stagiaires. Celles-ci ne m’appellent que pour me demander un stagiaire dans les cas « désespérés » ou graves. Et là c’est moi qui m’interroge sur les raisons de l’appel. Deux cas récents, uniquement pour l’exemple et sans en faire des généralisations. Une entreprise me demande « un étudiant,  connaissant le vin, bon en marketing, pas débutant et libre de suite en plus ».  Attention, pas un professionnel qui aurait quelques exigences sur le profil de poste, le type de travail, les conditions de travail et … le salaire. Car là, il n’y a pas de salaire. L’autre cas était à la fois plus grave et triste. Il fallait d’urgence quelqu’un, l’entreprise était en train de sombrer, pour assurer les affaires courantes. 

J’ai eu beaucoup de mal à expliquer au premier que le profil demandé relevait de la perle rare, qui existe certes. J’ai eu des étudiants véritablement exceptionnels, comme il y a des personnes rares. Par définition, un étudiant a ses propres exigences et contraintes, comme de suivre les cours, passer les contrôles, travailler entre les deux. Pendant de nombreuses années, j’ai eu avec grand plaisir des BTS Commerce International qui avaient des semaines qui dépassaient allègrement les 40 heures, sans compter le temps d’apprentissage, ni le temps de recherche de stage. Quand au second, j’ai du lui expliquer avec beaucoup de délicatesse qu’un étudiant est un étudiant qui n’est pas disponible comme ça, quand on en a besoin, sans souci du fameux référentiel, sans même parler des compétences. 

Le brouillage des genres me pose problème. Il y a beaucoup trop d’étudiants OVNI, mi-chèvre, mi-choux, étudiants certes et pas professionnels pour autant, qui travaillent sans être couvert réellement par le droit du travail, sans salaire mais qui reçoivent un peu d’argent. De l’autre coté, face aux entreprises, il y a plusieurs catégories d’étudiants. 

- Il y a les stratèges actifs qui ont défini un projet pas toujours très abouti mais suffisant pour leur permettre d’avancer. Ils sont guidés par leur envie de travailler pour un produit, dans une filière, dans un pays…Le choix est sans limite : travailler dans une PME aux Etats-Unis, intégrer la filière poisson d’élevage en France, prospecter le marché néerlandais pour un viticulteur… Tous ont commencé par développer leur connaissance du produit, de la filière, du pays, en se demandant parallèlement ce qu’ils allaient pouvoir apporter à ces entreprises. Ils  sont moteur dans une promo et se créent leur propre réseau relationnel. 

- Il y a les actifs appliqués. Ils font ce qu’il faut, sont sérieux et comptent un peu sur la chance et le réseau relationnel, surtout parental il faut dire. Ils forment le plus gros bataillon d’étudiants et savent utiliser leurs atouts sans forcer. Ils savent ce qu’ils n’aiment pas, plus que ce qu’ils veulent. - - Il y a les étudiants pour qui le stage est un pensum. Alors on s’y prend au dernier moment, parce qu’il le faut bien, en espérant le miracle. Parce que le miracle existe ; il y a en effet des heureux hasards qui révèlent à l’étudiant sa personnalité. Il trouve sa voie en avançant. Une affaire de chance et de rencontre.  Il en reste d’autres qui sont souvent tellement stressés qu’ils se démotivent ou n’arrivent pas à se motiver pour agir. Avec ceux-là, il y a un énorme travail à faire, en parlant de méthodes, de connaissance de soi, de projet…

- Et puis il y a les relations-relations, un pur produit de notre époque, même si cela a toujours existé. Ils additionnent les relations des parents, plus ceux du grand-oncle, ceux de la cousine, + et +. Plus il y en a et mieux c’est. Ils pensent que ce sésame leur ouvrira toutes les portes. Très vite, et grâce au stage, ils s’aperçoivent que les choses sont heureusement plus compliquées, surtout quand on est à l’étranger. Les plus actifs développent leur propre stratégie pour avancer. Ils ne confondent pas moyens et résultats. 

Je me souviens d’une séance de travail particulièrement intense avec une promo de 50 étudiants d’Affaires internationales (Bac + 5). Trois groupes, 1/3 étranger, 1/3 français-relations, 1/3 français-sans relation. Grosso modo. J’ai passé plusieurs heures à expliquer à tous ce qu’est une relation, comment chacun a des relations, eux étudiants y compris, comment développer un projet et comment avancer. A la très grande surprise des étudiants étrangers qui n’avaient jamais eu jusqu’alors de formation de stratégie active. 

Alors vous, étudiante, qui recherchez un stage de marketing dans le vin, la première chose à faire est d’aller à la rencontre des entreprises du vin, que ce soit au cours de visites, de dégustation ou de repérage sur les sites et en lisant ce qui sort. La seconde est de sélectionner des entreprises et de comparer leurs sites. Vous commencez à mieux percevoir la situation. Puis en 3, de voir ce que vous, vous pouvez apporter dans cette configuration, en sachant une chose. C’est que le marketing est partout, dans le vin comme ailleurs mais différemment. On n’en parle pas. Par contre tout le monde a besoin de vendre. Développer votre projet dans cette optique et surtout, surtout apprenez à connaître le vin, si non rien n’est possible.

 

 

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Sam et l'Export, moi et la simplicité

8 Juin 2007, 15:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Sam et l'export, moi et la simplicité

Sam, vous le connaissez, est vigneron. L'export concerne ses vins et moi parce que je suis moi , spécialiste export. En ce moment et ça fait un temps que ça dure, je ne suis pas contente, pas contente du tout. Mais vraiment pas. Pourquoi ? A cause d'une banque dont j'ai oublié le nom, oubli freudien sans doute, qui commence sa pub à la radio par ces mots « oui, c'est vrai, c'est dur l'export ». dit la voix masculine qui vous comprend si bien, vous responsable de PME, confrontée à l'obligation d'exporter. En vrac, mes réflexions pendant que j'écoute. On s'adresse à des responsables qui gèrent une entreprise. C'est simple ça? A mon avis non. Connaître son métier, s'adapter, mettre au point la stratégie, gérer le personnel, décider des investissements, mettre au point la distribution, c'est simple, oui peut être. Je ne pense pas. Tout d'un coup, être obligé de penser à se développer à l'export, entendre ça me rend proche de l'exaspération. L'export est une chance, pas un pensum. Entre nous, ce n'est pas plus difficile que de vendre en France. C'est à dire que c'est un métier difficile, comme le reste. Le mot simple me hérisse le poil. Rien n 'est simple, ni en France, ni à l'étranger. Penser même que vivre est simple relève du fantasme, comme de développer son entreprise.

Ce sont les mêmes arguments qui servent encore depuis 60 ans, écoutez bien, soixante ans: pour aider l'entreprise à exporter, il faut l'aider. Depuis 1946 exactement, toutes les mesures d'aide ont été inventées, appliquées et développées. La France a été leader dans le monde en matière d'aide à l'export, au point qu'elle a été copiée partout. Pendant ce temps, on a aboli les frontières commerciales et créé un grand marché unifié. L'information commerciale s'est développée au point qu'il y a pléthore, les salons se sont multipliées, les réseaux de distribution se sont diversifiés, tout comme les autres modes de prospection et on ose encore nous dire que c'est compliqué. Toutes les donnes ont changé mais pas cet argument, selon lequel une entreprise aurait comme un droit naturel à ne vendre que dans son pays. Chacun restant chez soi. Ce ne serait que lorsque les choses deviennent difficiles ici qu'il faudrait commencer à se pencher sur ce qui se passe là-bas, au-delà de nos frontières.

Je connais des entreprises depuis plus de 20 ans qui n'ont tâté de l'export que du bout des doitgs, sans vraiment y aller, ni y croire. Ce sont celles-là qui connaissaient mieux le système d'aide que le marché sur lequel elles voulaient aller. 20 ans après, elles n'ont toujours pas acquis la mentalité export. Et ce sont parmi celles-là qu'il y a le plus de fantasme export, en décidant par exemple, de prospecter la Chine. Ca me fait mal au coeur. La Chine est le marché le plus difficile au monde, au point de savoir faire plier Coca Cola, au point d'obliger Danone à courber l'échine. Commencez donc à vendre près de chez vous. Savez-vous par exemple que la Belgique est plus proche d'une grande partie d'entre vous que Marseille. Au fait à Marseille ou Toulouse, on connaît mal les vins de Loire. A 100 kms au dessus de Paris, on vend en grande surface 4 à 5 fois plus de vins d'Alsace que de vins de Loire. On trouve plus facilement des vins de Loire à Bruxelles qu'en Picardie. Pour reprendre un formule que j'ai souvent utilisée, l'export commence à la porte du chai. Encore faut-il mettre en place un réseau de distribution pour élargir l'espace disponible devant soi.

Savez-vous par exemple que jamais aucune entreprise n'a demandé à un étudiant ou l'inverse, aucun étudiant n'a jamais proposé à une entreprise, de prospecter la Belgique. Elles sont deux pourtant. Tout le monde va en Belgique wallonne et personne en Flandres, disons très peu, ce sera plus juste. Il y a pourtant des connaisseurs et une demande réelle.

Et Sam dans l'histoire, je ne l'ai pas oublié. Il va bien. Il a décidé de partir passer une partie de son temps d'été à se balader dans les Ardennes belges et près de la mer, pour commencer à sentir le marché. Aller dans les grandes surfaces pour voir l'offre, éviter les cavistes du Centre de Bruxelles qui sont hyper-sollicités et nouer des contacts auprès des restaurateurs.

En réponse à des questions qui m'ont été posées:

1.pourquoi votre vigneron s'appelle-t-il Sam? Parce que ça claque, c'est court et que ça m'amuse. Avec un M, il devient Man, avec un F, femme; je sais, je sais mais c'est comme ça.

2. Certains ne sont pas d'accord du tout sur les 5 métiers de Sam et s'en tiennent surtout à la vinification qui est leur domaine d'élection. Je ne vois pas comment on peut tout et bien faire, tout en restant indépendant. Il faut donc faire des choix. Le premier étant de rester petit, small is beautiful, disait-on dans les années 70. C'est toujours vrai. Ce qui est intéressant, c'est de voir les évolutions actuelles.

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