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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Tour de France et ses spectateurs

17 Juillet 2008, 14:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

Chaque année, la France se met au vert, un vert qui a toutes les couleurs, celles que portent les coureurs cyclistes et les admirateurs du Tour de France. Sans eux, clairement, il n’y aurait pas de spectacle. Ils sont en même temps que les cyclistes et leurs accompagnateurs de tout genre, les acteurs et l’objet de ce phénomène qui revient chaque année. Et quel phénomène ! Il n’y pas mieux dans le monde. Il y a conjugaison entre un pays, la France, un événement sportif mondialement connu, le Tour,  et son public, qui vient de France, des pays voisins à vocation cycliste (Espagne, Italie, Belgique, PB…) et au-delà (Australie…)    
 Le Tour de France est aussi d’abord une entreprise fondée en 1903, qui arrive à faire fermer des routes entières et mobiliser départements, régions et Paris. Elle signe avec ces émanations publiques des contrats afin que passent pendant quelques minutes, seuls ou groupés, des sportifs revêtus de maillots qui portent plus de mots que de couleurs. Il y en a tellement qu’il n’est pas possible de lire toutes ces marques qui habillent ces hommes sandwichs autour du tronc, sur le dos, la poitrine, au-dessus des fesses.  

La référence à l’Etat n’est pas neutre, surtout en France. Les gendarmes, la police et tous les services publics, sans compter les grandes associations, comme la Croix-Rouge, mettent leurs compétences au service de ces migrations d’un nouveau type. La référence aux marques n’est pas due au hasard non plus. C’est en effet le sponsoring des grandes marques qui offre l’équilibre financier de cette opération privée unique annuelle. Sans Vittel & co, il n’y aurait pas de Tour. Coca Cola a renoncé maintenant à être partenaire du Tour.   

Parmi les étapes, il y a des grandes classiques, les Incontournables, comme le Tourmalet dans les Pyrénées et les grands cols des Alpes. Il y aussi chaque année de nouvelles villes à accueillir le Tour. Il y enfin les innombrables villages et sites par lesquels passe le Tour, sans s’arrêter.  Trois types de lieux, avec à chaque fois trois types de spectateurs différents. Les compétiteurs cyclistes restent apparemment les mêmes, apparemment parce que chacun sait que le grimpeur ne sera pas forcément le meilleur en plaine et parce que les stratégies des équipes s’adaptent en conséquence.  

La montagne et le vélo ont toujours été associés. La télévision couvre parfaitement bien le déroulé des étapes, mieux même que lorsque vous vous posez au bord de la route. Le challenge pour les spectateurs est alors d’arriver à faire le doublé : être au cœur de la course et voir à la télévision. Mais où est-il le plus difficile d’accéder, de garer la voiture et d’attendre pendant plusieurs jours, loin de tout? C’est bien la montagne, qui constitue un des endroits  les plus fragiles et les plus sensibles qui soit. Donc c’est bien là que la horde des 4 roues de tout style qu’utilisent les spectateurs et aussi les innombrables camions.  

Il y a les énormes camions Dentressangle rouges par exemple pour l’organisation. Ce sont les seuls que l’on a ‘droit’ de voir à la télévision. Ils acheminent les tribunes, podiums et autres constructions provisoires afin de transformer un hameau bien situé de quelques feux au sommet d’un col en village branché où tout le monde connaît tout le monde et parle au monde via les ondes. Il y a aussi tous ceux qui livrent nuitamment la nourriture et les boissons de centaines de milliers de personnes à héberger.  

Le camping car est tellement présent qu’il fait l’objet chaque année d’un commentaire de journalistes qui se trompent de moins en moins et savent maintenant faire la différence entre camping-car et caravane. En avez-vous vu le 14 juillet ? Moi non. Une des raisons est que la caravane fait un peu has been, sauf celles de collection, alors que le camping-car ‘passe’ en terme d’image. Il y en a des rangées entières de CC blancs. Ils offrent l’avantage d’offrir à leurs utilisateurs un lieu de vie en totale autarcie pendant le temps d’attente, avec leur confort habituel, et surtout avec la télévision. Et tout ça pour voir passer des surhommes en limite d’efforts.  

On a alors en un lieu improbable, la montagne, une vision extrême entre des jeunes hommes, qui subissent une pression incroyable (physique, psychique…), des spectateurs, pas tous, en situation de confort maximal, qui voient le Tour alors que le Tour les regarde. Ils se voient eux et leurs semblables à l’écran. Le tout dans des sites d’une beauté d’une magnificence et d’une fragilité extrême.  Plus l’accès est difficile, plus il est rare, plus il est cher. Plus il est improbable, plus il est demandé. Sans qu’il soit évidemment possible de faire le compte des atteintes à l’environnement qui sont portées journellement par ces nuiteux et ces journaliers d’un nouveau genre.  

On comprend mieux pourquoi une pub en faveur des CC payée par le syndicat des camping-caristes court sur les radios en mai-juin, avec cette idée : partez quand vous voulez, où vous voulez, avec un camping car. Or il est interdit de dormir sur une route dans son CC - ce que ne vous dit pas la publicité - sauf à un moment dans l’année : quand passe le Tour.   

En ville, les spectateurs ressemblent aux personnes que l’on croise tous les jours en été quand il fait beau. En dehors, ils ont beaucoup changé en quelques années. On voit de moins de moins de campeurs avec gros ventre et marcel en plaine et de plus en plus de sportifs en tenue cycliste branchée en particulier en montagne. Parfois, s’il arrive au coureur de mettre pied à terre, on ne sait plus qui est qui. Pour les distinguer, le coureur c’est celui qui tient le guidon, l’autre à qui il arrive de courir à coté du coureur, c’est le spectateur. Quand il est enfant, il porte souvent des grandes mains vertes.  Son père à côté de lui porte parfois un drapeau.  

Il y a toujours des imprudents, outre ceux qui courent comme  des fous auprès des coureurs, comme ceux qui traversent la route ou s’avancent sur la chaussée pour prendre une photo du coureur de face. Ca, ça ne change pas. Comme ne change pas cette foule cannibale qui donne l’impression de vouloir avaler le coureur en haut des cols et qui lui tape dans le dos et sur l’épaule. Des signes d’excitation qui mettent mal à l’aise.  

Comme ne changent pas les magnifiques prises de vue aériennes à partir d’hélicoptères. Est-ce une impression ou bien y en a-il moins qu’avant? Quel dommage parce que moi, c’est ce que j’aime le plus à regarder : la France vue d’en haut avec ses magnifiques paysages, en voyant les gens d’en bas attendre et voir passer le Tour.  

J’aimerais aussi un jour que soit étudiés les effets de l’Après-Tour, en terme de notoriété et de nuisances. Il existe bien, c’est vrai, des équipes de nettoyage qui passent après le Tour. Quant à l’Avant-Tour, ce sont là secrets précieusement gardés qui constituent  le cœur des savoir-faire de ces sociétés organisatrices de grands évènements, tels que le Tour de France ou le Dakar.  

Ceci dit, allez une fois au moins voir passer une étape. Je vous conseille de choisir la campagne, près d’une forêt, avec une légère déclivité. Il y a une telle variété de paysages en France qu’il faut savoir en profiter. Oui, pour moi, le vrai Tour passe à la campagne devant des familles arrivées à l’aube qui déploient table et fauteuil de camping avec le parasol Pernod Ricard ou Pastis Berger et qui ramassent leurs papiers gras et les bouteilles de bière ou de limonade avant de partir, le soir. Il y a une réelle magie éphémère, avec un petit air de vacances des années 50/60. Et les coureurs ont moins l’air d’être en souffrance.  

Comme me l’a dit un jour un ami américain, la France est un pays de cocagne où tout le monde a voiture et camping car, où tout s’arrête pour voir passer des cyclistes.  

Pour suivre le chemin

. Voir les étapes sur Google maps
. Retrouvez le Tour sur www.letour.fr
. La bicyclette était connue des sportifs fortunés en Europe dès la fin du XIXè siècle. Au Royaume Uni, précurseur en ce domaine, comme dans celui du camping, une association de campeurs cyclistes fut fondée en 1901. Elle prit le nom  de Camping Club de Grande Bretagne et d’Irlande. Le premier manuel sur le camping et la bicyclette paru en 1904… Lire la suite dans L’esprit du camping de France Poulain et Elisabeth Poulain, Editions  Cheminements. 

 

 

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Accords Vins suisses, Charlotte de grenouilles et Sushis à l'ananas

16 Juillet 2008, 10:40am

Publié par Elisabeth Poulain

 C’est Pierre Thomas, journaliste à Lausanne, que vous connaissez bien grâce à 
son site
www.thomasvino.ch qu’il actualise chaque semaine,
qui nous donne son
choix. Je lui avais demandé quels accords mets-vins
il aurait en tête parmi les vins
suisses, des vins de connaisseurs, sachant
que le vin est toujours, non pas meilleur,
mais plus vrai, plus dans son jus,
quand on le boit dans son terroir, là où la vigne a
poussé et le vin produit.
Voici sa réponse :
 Pour les sushis d’ananas au chocolat, y-a-t-il du riz collant ? Si oui, je verrais bien 
l’assemblage blanc Grain Doux 2007 de Marie-Thérèze
Chappaz à Fully (Valais).
 Pour une charlotte de grenouilles aux truffes noires, également chez Marie-
Thérèze Chappaz
, à Fully, une Marsanne (Ermitage en Valais),
Grain d’Or 2006,
d’une superbe puissance, un grand vin blanc sec qui
s’accorde bien avec la truffe,
noire ou blanche. Après quelques années,
la Marsanne acquiert des arômes proches
de ceux de la truffe blanche,
précisément.
 A trouver sur http://www.chappaz.ch 
 Ce sont des vins rares et chers, mais parmi les meilleurs de Suisse !  
 
Pour suivre le chemin
. outre les deux sites pour avoir plus d’infos de qualité,
 . deux études qui datent de 2005 sur le marché suisse des vins : 
www.romanduvin.ch et www.vitisphère.com

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Recettes saveur de Benoît le Cuisinier, avec caille et cuisse de grenouille

14 Juillet 2008, 11:53am

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont des grandes/petites recettes, grandes à cause de la finesse de goût et petites dans le sens où Benoît utilise des petits animaux, comme des cailles ou des grenouilles, pour concevoir des plats empreints de grande finesse. Cailles et grenouilles sont aussi des viandes en provenance d’animaux utilisés depuis des siècles dans la cuisine française.  Caille  et grenouille ont en outre en point commun d’avoir une forte portée symbolique surtout d’ailleurs en Asie. En France, ne dit-on pas encore ‘dodue comme une caille’ pour désigner la rondeur attirante d’une femme ou ‘chaud comme une caille’ pour vanter l’ardeur amoureuse.

 

Curieusement en symbolique chinoise, la caille de la belle saison se transforme en grenouille l’hiver, en passant de l’univers aérien au monde aquatique. Benoît en vrai sage vous propose

. une recette de printemps-début d’été avec les cailles

. et une recette d’automne-hiver avec les grenouilles, de la même façon qu’il vous a déjà parlé d’une recette saveur sucrée de printemps avec les sushis d’ananas au chocolat

et une d’hiver avec l’éventail de clémentines au Grand Marnier et romarin (voir billet précédent)

 

Cuisse de caille au miel, sur barquette de courgette, à la brunoise de poivron

Je vous redonne l’intitulé complet de la recette en noir sur blanc pour être sûre que vous arrivez à lire : Cuisse de caille au miel (en couleur miel), sur barquette de courgette (en vert) à la brunoise de poivron rouge et jaune. Il y a là une telle harmonie de couleurs que vous comprenez que je n’ai pas pu résister à la mise en couleur de l’intitulé.

 

Sur l’assiette, vous placez d’abord la barquette de courgette de forme rectangulaire au milieu de la moitié supérieure de l’assiette. Il faut couper les courgettes en barquette, inciser un couvercle, vider la courgette pour y placer 'les passagers' (les poivrons) et cuire à l'anglaise (dans de l'eai bouillante bien salée pour fixer la chlrophyle, égoutter ensuite.  


Sur la barquette, vous disposez un peu de brunoise de poivron rouge et de poivron jaune. Une brunoise est une découpe en petits morceaux de 2 mm sur 2mm de légumes revenues dans une poêle légèrement beurré... Faites attention à ne pas laisser brûler. Ensuite, mettez le tout dans un plat à gratin et chauffez au four à 120°.  

. Puis la cuisse cuite se pose ensuite chaude, la partie la plus fine sur la barquette, la partie dodue sur l’assiette, transversalement. 

 

. Vous n’avez pas fini, le plus difficile arrive maintenant ; vous récupérez les os de caille que vous faites cuire avec des carottes et du bouillon et que vous liez avec une goutte de vinaigre balsamique. Très important la goutte de vinaigre balsamique. Si pas balsamique, s’abstenir. Ce qui veut dire que toutes les préparations citées avant (courgettes, brunoise et caille sont gardées au chaud), le temps que vous puissiez presser le jus de cette  sauce. Je déjà parlé dans les cailles en sarcophage relatées dans le Festin de Babette de Karen Blixen. 


. Vous nappez la préparation de cette sauce en ajoutant ‘une voile’ en tuile de parmesan au dessus de la préparation. Un voile parce que la forme de votre saupoudrage a une forme de voile comme sur un navire.

 

Dommage que je ne puisse vous reproduire le dessin de Benoît pour vous montrer l’assiette ronde, avec une découpe en carré à l’intérieur pour accueillir la cuisse et les parties contenues entre le carré intérieur et l’assiette constituées de miroir. Imaginez un peu !

 

C’est une entrée à déguster avec un blanc sec léger pour ne pas écraser les saveurs. J’ai proposé un Chinon blanc, un vrai délice. Ca       me paraît tellement goutteux que je me demande si ce plat ne peut pas constituer l’essentiel du repas, avec une entrée plus simple et un dessert.    

Et maintenant la charlotte de grenouilles aux truffes

 

La charlotte d’abord

Il faut que je commence à vous dire ce qu’est une charlotte, c’est une grosse pomme de terre cuite au four avec une noix de beurre avec sa peau dans un papier d’aluminium (durée de la cuisson 15/20minutes). Après cuisson, on l’évide tout en lui gardant son couvercle. On forme de la purée avec la partie évidée = la charlotte est un jeu entre la partie dure de la pomme de terre et la purée fondante.  

Les grenouilles

On ne prend que les cuisses que l’on désosse, sans jeter les os qui vont servir pour la sauce. Les cuisses sont roulées en forme de poire dans de la farine et dorées à la poêle avec un peu de crème fraîche. La cuisson se fait à feu moyen pour garder le croustillant et avoir une jolie couleur brune-dorée.   

La base de sauce aux truffes

Le difficile est de trouver des truffes, les noires sont à 600 EUR du kg, les blanches à 1 500-2 000 EUR, toujours au kilo. Inutile de vous dire que vous n’en mettez pas beaucoup. On fait cuire les os avec un peu de vin blanc ni trop fort ni trop fruité. Puis il faut passer pour enlever les os, réduire de moitié, avec de la crème fraîche et des brisures de truffe noires et blanches, avec un peu de sel et de poivre.  

La disposition sur l’assiette et l’émulsion de la sauce

Les cuisses sont disposées autour de la charlotte placée au centre de l’assiette, avec quelques tiges vertes de ciboulette.

 

La sauce est passée au mixer pour faire entrer de l’air et créer une émulsion de façon à renforcer l’arôme des truffes noires et blanches de la sauce. Elle est très vite disposée sur l’assiette en lignes parallèles pour casser la disposition concentrique.

 

Vous avez bien compris que l’art du cuisinier est d’arriver à garder le met au chaud en attendant l’émulsion.   

Pour suivre le chemin

. Vous pourrez goûter la recette originale de la charlotte aux grenouilles chez un grand cuisinier français établi en Suisse, Gérard Rabaey, Le Pont de Brent et la voir sur son site avec les proportions:

www.lepontdebrent.com

 

. Une conseil de BLC : visitez le musée des grenouilles à Estavager-le-lac dans la région de Fribourg en Suisse,

. A découvrir sur www.estavayer-payerne.ch. où 108 grenouilles naturalisées font revivre 1850.

    

. Promenez-vous dans Fribourg, une très jolie ville ancienne qui date du XIIè siècle quand elle était encore rattachée à la Bourgogne.

. Admirez en particulier les volets des maisons anciennes, peints en triangles avec des couleurs fortes.  

. Trouvez en bonus une recette de soupe pour le début de l’automne que vous livre l’Office de tourisme de Fribourg sur le site www.fribourgtourisme.ch

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Un petit jardin secret à Sassetôt Le Mauconduit, Normandie

14 Juillet 2008, 11:20am

Publié par Elisabeth Poulain

Je vous connais ! Vous allez me dire que tous  les jardins sont toujours un peu secrets par définition. Aucun ne peut ressembler à un autre puisque le jardin est le reflet de celui qui y jardine et vice et versa;  mais Celui-là ne ressemble vraiment pas à un autre. D’abord il est situé dans un autre jardin, un grand celui-là, avec des pelouses, une mare, des anciens arbres fruitiers et des rosiers, luxuriants comme la Normandie sait les faire fleurir. Comme en Grande Bretagne, la voisine de l’autre coté de la mer, il y a beaucoup de rosiers et en particulier des rosiers-lianes qui se rattachent à des vieux poiriers. Il y a aussi çà et là, des outils anciens de la ferme qui était située à cet endroit. La maison de maître rénovée continue à se réveiller tous les matins au soleil de l’Est. La cabane à outil poursuit vaillamment son office.   
 
C’est un petit jardin placé à un endroit stratégique près d’une maisonnette qui fait office d’entrée. On ne peut pas dire qu’il occupe un point central, car il est placé au nord du grand jardin protégé des vents froids par une rangée de grands hêtres et une haie en talus redevenu  sauvage. Il rayonne donc uniquement vers le sud et pas seulement dans l’espace du parc. Il rayonne aussi par sa fonction d’attente ou  de détente, quand les invités ou les amis sont partis à la mer à quelques kilomètres admirer les falaises du haut du GR 21 Ce petit jardin est aussi un peu oublié à cause des deux bancs légèrement placés de biais de part et d’autre face au parc. Après avoir demandé l’accord du Jardinier du Parc pour mettre un peu de désordre, nous sommes partis à 4, avons continué à 2 pour n’en garder qu’1 à la fin.  
 

. Nous avons décalé l’axe du jardin, en renforçant le fond, en arrière des bancs pour consolider leur implantation, en cachant en particulier un pot dans une grosse plante à port retombant située au centre du jardin et qui en forme un cœur vert arrière. Pour renforcer le coté droit, une clématite dans un vieux pot en terre a été enterrée toujours dans le coté droit derrière le banc droit.  

. Nous avons beaucoup travaillé la partie avant-gauche du jardin, en enlevant les plants de pissenlit fanés, ce qui a permis de mettre en valeur des petites fleurs blanches et de retrouver un pot jusqu’alors un peu caché par des herbes.  

. L’idée a été de mettre de la couleur rouge dans le pot. Aussitôt pensé, aussitôt fait grâce à notre Ami le Jardinier, amusé par nos suggestions et notre enthousiasme. Un autre plant à fleur rouge placé dans l’arrière fond droit du jardin de façon a permis de créer une ligne rouge en biais à deux points d’ancrage, sans passer par le centre puisque pour l’instant il n’y en a plus vraiment.  

. Nous nous sommes alors occupés du quart avant-droit. Nous y avons rassemblés trois parties d’un tronc d’arbre, utilisés jusqu’alors comme repose-pieds, pour figurer un univers de bois dans ce décor minéral. Le sol est en effet surtout au centre recouvert de petits silex blancs et gris arrondis. Chaque tronc a sa particularité ; l’un en particulier était déjà évidé en partie. Il a été facile de lui enlever des fibres desséchées pour y loger une petite plante blanche, venue grâce à nous, de l’autre partie avant du jardin, gauche cette fois. De cette façon très symbolique, la partie droite a été réunie à la gauche, avec l’idée de visualiser le cycle de vie, le vieux bois permettant à la petite fleur de s’épanouir.
 
       

. Les trois parties du tronc d’arbre ont été placées en décalé de façon  à créer de nouvelles lignes non seulement entre elles mais avec l’autre coté du jardin, au centre cette fois-ci et presque parallèlement au bord de ce jardin rectangulaire. De l’autre coté, ont été posés des bois de formes, variétés et âges différents, debout, seuls ou couchés dans les herbes. Une ligne bois structure maintenant l’espace au milieu de la longueur.
 
 

. Il a fallu alors créer un autre cœur au jardin, en plus du vert qui est en arrière. C’est un très joli pot jaune qui nous en a donné l’idée. Nous l’avons placé à un endroit très précis sur l’axe  médian entre le centre vert au fond et l’avant . Ce pot vide a reçu de la terre  et une belle plante sauvage haute de couleur forcément jaune. Aucune autre fleur jaune ne contrarie son pouvoir de rayonnement au cœur du jardin. Cette fois-ci, c’est le vrai. L’assise du pot a été renforcée par de gros silex de couleurs différentes éparpillés autour. La pierre froide vient en renfort de la plante à la couleur chaude. Le cœur de chaleur est aussi un cœur de pierre.  

. Le lendemain matin, nous avons complété la structure du jardin en travaillant surtout l’avant du côté droit  proche d’un endroit passant pour éviter qu’il soit piétiné. Il a suffi de planter une plante à fleur rouge, entourée de deux jardinières qui protègent le coin.  
 

. Restait un dernier  élément placé sur la ligne bois au centre du jardin. Il y avait là, deux pièces de découpe d’un gros chêne posées  à terre, comme des pas japonais, un peu éloignées l’une de l’autre qui en fait formaient un tout. C’est une rondelle unique épaisse de quelques 8 cm de haut. Il a suffi de retourner  la plus petit partie pour voir qu’elle s’emboîtait parfaitement dans l’autre. Les deux pièces ont été rapprochées  et  décalées de façon à planter entre les cailloux trois petites plantes grasses qui se sont prolongées par des cailloux de différentes couleurs, pour former un soleil bien particulier. Cette fois, le jardin a aussi un coeur de pierre fait à partir du bois et de la plante.  

Vous comprenez bien pourquoi ce jardin est extraordinaire.  Il a plusieurs cœurs, végétal, minéral, de couleurs, plusieurs lignes de force en plantes, en couleurs, en bois, en pierre et beaucoup de couleurs. Il est très ouvert et en même temps bourré de symboles et de sens que nous lui avons donnés tout en lui gardant sa fonctionnalité. Il a, comme tout vrai jardin aussi, un coin un peu secret. C’est une très belle pierre grise claire veinée de blanc, semi-enterrée au pied de la clématite, qui donne le mystère.  


Extraordinaire parce qu'il a été refait en quelques heures, par quatre personnes qui ne se ne se connaissaient pas avant, qui ont inventé des façons de travailler ensemble, sans discours ni méthode préliminaire, en toute liberté, par ajustement continuel, l’un-e suggérant, l’autre faisant, le 3è poursuivant, le 4ème décalant et ainsi de suite…Tout ça avec ‘la bénédiction’ de notre Ami le Jardinier et l’amusement des autres qui riaient de notre plaisir.
 


Jusqu’à l’oiseau qui au petit matin a déplacé un caillou brun du soleil  de pierre, en preuve que notre désordre a été validé par l’ordre de la nature. Une autre preuve est qu’un des bancs a été utilisé par une des dames du groupe, qui téléphonait, pendant même que nous étions en train d’y travailler, sans la gêner et vice et versa.  
 


Pour suivre le chemin
. Les 4, ce sont Catherine l'humaniste chaleureuse, Solange la philosophe  vagabonde, Benoît le sage mystérieux et moi dans le rôle de l’iconoclaste qui rédige ce billet. 

. Voir sur ce blog,
-        Devinette savez-vous ce qu’est un mini-jardin ?
-        Des nouvelles des mini-jardins et des pissenlits   

. Le GR 21 est en fait le seul vrai moyen d’admirer cet ensemble unique au monde que constituent la mer, le vent, la craie, l’herbe et les bois profonds de hêtres poussant dans les vallées étroites dans lesquelles se sont implantés les villages au dessus de Dieppe. 

Photos EP 

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Nuits de feux et de couleurs à Chantilly

9 Juillet 2008, 15:34pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le ciel est immense, très clair vers 19 heures ; il se fonce petit à petit pour devenir bleu-noir vers 23h. Il fait alors très sombre. C’est ce que nous attendons depuis quelques heures, sans impatience. C’est la première surprise de cette soirée, le calme de cette foule paisible et ordonnée.  

 Sassetot, Normandie, 08.06.15 012

 

 

  Sassetot, Normandie, 08.06.15 030

  

  

  La nuit, c’est d’abord elle que nous avons attendue. Il fait frais, il y a un peu d’air qui circule entre le château, les tribunes et le canal perpendiculaire au Grand Canal devant lequel nous sommes assis par terre, avec quelques dizaines de milliers de personnes, face à la zone de tir, qui par précaution est située de l’autre coté de ce Grande Canal.  

Nous ensuite, qui formons le public de quelques 60 à 70 000 personnes qui sont venues aux trois soirées consacrées à ce concours européen de pyrotechnie dont voici la 16è édition.  

 

La pyrotechnie est l’art de maîtriser les feux d’artifices. Un ensemble de techniques qui est à la fois très ancien, très lointain puisqu’il remonte à l’Empire de la Chine, très contemporain et très proche avec la sophistication des moyens actuels. Cette maîtrise du feu est associée à la précision des tirs, l’innovation des matériels, les techniques nouvelles comme le laser, qui peuvent s’intercaler entre deux mises à feu,  et aussi et surtout la connaissance des poudres nécessaires à l’obtention d’effets lumineux dans le ciel. 

 

Feu d'artifices, Chantilly, Château 

 

Le feu est au cœur de la magie de la nuit des 12, 13 et 14 juin 2008. C’est un feu de plaisir et de surprise, qui fascine tout autant que l’éclair de l’orage mais sans la peur qui depuis des milliers d’années constitue la crainte la plus ancrée dans le cœur des femmes et des hommes où que ce soit dans le monde.  

 

Chantilly est à la fois une ville charmante, un château et un parc incomparable que le Duc d’Aumale à léguer à l’Institut de France afin de servir au développement de l’art et de la culture. Le château et le parc sont situés au cœur d’une forêt domaniale.  

 

L’implantation du château, entouré d’eau, est si complexe qu’on comprend qu’il a fallu tenir compte de nombreuses contraintes. Autant Versailles se lit relativement facilement, autant Chantilly doit se déchiffrer lentement. Les installations provisoires arrivent à se fondre dans le décor grâce surtout à la foule calme et joyeuse. L’atmosphère est paisible et fraîche.   

 

Le parc s’est ouvert à 20 heures, pas une minute avant ni une minute après. Avec tout de suite quelque chose de remarquable, la discipline de la foule qui est entrée sans se presser devant les grilles d’honneur. Impossible par exemple aussi de passer avec une boîte de bière à la main. 

 

Feu d'artifices, Chantilly, Château 

 

La logistique est impressionnante en particulier pour la maîtrise des flux de centaines de car, le meilleur moyen de venir et les dizaines de milliers de voiture qui doivent pouvoir accéder au château par des routes forestières, sans avoir la possibilité de se garer n’importe où et pouvoir  trouver des parkings pas trop éloignés de l’entrée du parc. C’est une véritable gageure. J’ai été très impressionnée par la qualité d’écoulement des flux et le calme de cette foule immense qui a montré une capacité d’auto-organisation, qui a été pour moi, une révélation.  

 

L’approche du parc se fait à pied par un beau soleil, avec déjà des groupes à pique-niquer au pied de leur car ou sur la grande pelouse qui face aux grilles d’honneur. Nous sommes tous priés de repérer les lieux, ce qui se révèlera plus facile à dire qu’à faire, malgré le plan que nous avons à la main. Le noir de la nuit ne facilite pas les choses. Rien ne ressemble plus à votre parking de cars que celui qui est à coté mais un peu plus loin.  

 

L’installation des touristes se fait à leur choix, sauf évidemment pour ceux qui ont une réservation dans les tribunes ou le Carré d’or. Il y a deux catégories de personnes, celles  qui n’ont rien emporté avec elles ou quasi-rien (comme nous, 1 coussin à fesses et 1 imper + 1 chapeau) et d’autres perfectionnistes, ceux-là. Devant nous, une famille avec matelas pneumatiques, couvertures, oreillers, jumelles et tout ce qu’il faut pour une restauration rapide lors de la tombée de la nuit.  

 

La logistique encore et cette fois-ci individuelle ou par petit groupe consiste à s’installer par terre en délimitant un espace minimaliste réservé sur cette grande esplanade dont le sol pierreux  fait très vite mal au postérieur quelles que soient les positions. Là aussi, une étonnante constatation : les Français de Chantilly sont merveilleusement capables de s’auto-gérer, en ayant individuellement une vue d’ensemble de ces milliers de personnes qui vont venir s’asseoir tout près d’eux, sans désordre, sans stress et sans trouble. Chaque petit groupe prend soin de se mettre en ligne en laissant un petit espace à titre d’allée dans le sens de la longueur. De grandes allées perpendiculaires se sont faites naturellement, comme un damier très circulant.   

 

Feu d'artifices, Chantilly, Château 

 

Nous, nous sommes clairement à classer dans les débutantes un peu naïves qui n’avions pour seul viatique que le pique-nique et le coussin. Pas de toile imperméable à poser sur le sol, trop peu pour assouplir un peu le contact sol/corps, des gamines en un mot.  

 

Nos voisins du car ont découpé pour nous de grands sacs plastiques pour nous protéger de l’humidité et de la poussière de craie. Ils nous ont aussi offerts de quoi compléter notre pique nique et en particulier de magnifiques gâteaux.  

 

Les concurrents, au nombre de 3, sont
-        l’Argentin Gaston Gallo, société Fuegos Jupiter,
-        les Français Daniel Saint-Léger et Jean Charles Audoubert, société Pyrozone
-        les Portugais Fernando Macedo et Carlos Alvez, société Macedo’s Pirotechnica.  

 

Le thème du concours est de figurer les peintures du ciel en 14 mn, avec 2mn de musique de Ravel (Daphnis et Chloé) imposées. Le meilleur est désigné par un vote du jury complété par le choix du public à l’applaudimètre. 

 

La musique, d’une grande diversité, est au service de la couleur, des figures  et des enchaînements. Ce qu’on retient, c’est la grande difficulté à jouer avec la musique sans recourir tout de suite à ce qui va être le plus frappant, le plus sonnant, le plus éblouissant. L’équipe française a certainement de ce point de vue là joué la carte de la mesure et de la finesse.  

 

L’abondance de sensations visuelles et auditives est telle qu’on en retient parfois seulement l’odeur de la poudre qui s’élève dans la nuit au fur et à mesure du déroulement de cette longue soirée. Plusieurs fois, dans la nuit on se surprend à se dire qu’il n’est pas possible d’aller plus loin dans le son, la couleur et le bruit des canons à feu. Il faut bien dire qu’on en sort un peu groggy.  

 

Le commentaire été assuré par Stéphane Bern qui a eu quelque mal à se coordonner et vice et versa avec son conseiller technique. Vu l’ambiance bon enfant, ce n’était pas ce duo incertain qui aurait pu nous gâcher la fête. 

 

Feu d'artifices, Chantilly, Château 

 

Les résultats montrent la diversité des nationalités des concepteurs et des artificiers gagnants :

. le 12 juin, Joseph Couturier de la société Jacques Couturier Organisation pour le prix du web (France)   ainsi que la Société Pyrotecnia Igual (Espagne)  pour le prix du Public et le prix spécial du Jury ; 

. le 13 juin, Christian Czech de la société Pyrovision (Autriche) ) pour le prix du Web  et le prix du Public :

. le 14 juin, Gaston Gallo de la société Fuegos Jupiter (Argentine)  pour le prix du Web, Prix du Public et Prix spécial du Jury ainsi que Christian Czech de la société Pyrovision (Autriche)  pour le Bouquet d'Or 2008.

 

La sortie s’est faîte lentement, sans hâte excessive, avec notre groupe en contournant cette fois-ci le château éclairé devant les douves, pour atteindre la porte B. Un peu de marche à pied dans la nuit fraîche nous a fait le plus grand bien. Nous avons retrouvé la chaleur du car avec grand plaisir.

 

Le retour en car s’est fait en douceur. Les cars avaient en effet priorité par rapport aux voitures pour quitter le lieu. Une impressionnante équipe de gendarmes a assuré la venue et le départ de Chantilly jusqu’à 3h du matin. Pour diversifier les circuits empruntés, le car s’est trouvé parfois en sens inverse des voitures bloquées en pleine nuit dans des embouteillages programmés et annoncés. Impressionnant quand cela se passe en pleine forêt.

 

Le saut dans le lit, je ne sais plus trop à quelle heure, vers 4 h du mat, peut être, s’est fait avec grand plaisir.

 

Le sommeil a été immédiat.

 

Le souvenir très présent dans le corps des bruits de canon et d’éclatement des lumières a duré plusieurs jours.

 

Feu d'artifices, Chantilly, Château 

Pour suivre le chemin

Chantilly est une très charmante ville, ville princière, et aussi capitale du cheval. Son maire est Eric Woreth, le ministre du Budget : www.chantilly-tourisme.com

Le château et le parc de Chantilly forment un ensemble tout à fait remarquable. Plus intime que Versailles, il est aussi plus secret. Ses collections font parties des trésors culturels de la France : www.domainedechantilly.com

Voir aussi www.oisetourisme.com 

. Le spectacle pyrotechnique est à voir sur www.nuitsdefeu.com ainsi que sur www.youtube.com

. Vous trouvez des informations très intéressantes sur la grande entreprise française de pyrotechnie qu’est la société Lacroix-Ruggieri qui organisait déjà des spectacles de feu d’artifices pour le roi Louis XV à Versailles. Pierre et Gaëtan Ruggieri étaient artificiers du roi ; Gaëtan est devenu ensuite celui du roi Georges 2 d’Angleterre. La société a déjà participé aux Nuits de Feu. Elle est la seule compagnie au monde à être certifiée ISO 9001 en matière de qualité pyrotechnique. Lacroix-Ruggieri offre une palette de 800 coloris, qui vont de l’or et l’argent toujours très à la mode surtout en France, aux couleurs vives, en passant par les pastels. Vous pouvez-même acheter des feux sur leur site : www.lacroix-ruggieri.com

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Recettes douceur de Benoît le Cuisinier

4 Juillet 2008, 10:33am

Publié par Elisabeth Poulain

Benoît est  un jeune cuisinier suisse, originaire de Fribourg - à la limite entre la Suisse romande et la Suisse alémanique- qui, aussi loin qu’il s’en souvienne, relie sa petite enfance aux gâteaux de sa Grand-Maman et de sa Maman aussi naturellement. Parmi ses préférés de Grand Maman, il y avait les ‘miroirs’ enfermés dans une boîte à biscuit pour les garder à l’abri de l’humidité. Quand les enfants venaient déjeuner avec leurs parents, elle arrivait avec la boîte serrée contre elle, l’ouvrait telle une boîte aux trésors  et en offrait à la fin de ces repas de famille qui réunissaient les oncles, les tantes, les cousins et cousines. Benoît avait un petit privilège : il en recevait souvent un avant le repas, en guise d’avant goût. Il les aimait tant ! C’est pourtant les pains d’anis qu’il cite en premier quand on l’interroge sur son enfance. Mais les miroirs avec la couleur dorée du sablé et le rouge glacé lui font encore briller les yeux.

Benoit-le-cuisinier-SA504E-2.jpg 

Les desserts sont l’apothéose du repas. C’est le moment que les enfants attendent avec impatience. C’est par ces mots que Benoît commence à parler de sa façon de cuisiner. Ce dernier moment du repas, il faut savoir l’apprécier et prendre le temps. Se laisser entraîner par les saveurs et surtout ne pas aller trop vite. Compter 3 à 4 heures pour un repas de grande cuisine est pour lui une évidence. Il faut, dit Benoît, laisser parler la saveur pour goûter le nouvel espace temps. C’est là un des paradoxes du cuisinier. En cuisine, quand on prépare les commandes, on est toujours pressé, stressé, à lutter contre le temps, pour que tout soit prêt en même temps. C’est un énorme défi qui tient autant dans une forte compétence organisationnelle que de la magie. En salle, assis à la table, au contraire, il faut se laisser porter par le déroulement lent d’un repas pour garder, à la fin, suffisamment de fraîcheur en bouche pour savourer les desserts sucrés.  

 

Ce goût de la douceur l’a conduit ‘naturellement’ vers son métier de cuisinier. Benoît  y voit la possibilité de re-découvrir des aliments qui viennent de nos parents, d’élargir l’éventail des saveurs et de créer du nouveau en faisant du bien aux gens, en partageant avec eux. Ces trois dimensions,  que sont la tradition, la création et le partage,  sont présentes dans ce qu’il dit et ce qu’il fait. Ce qu’il aime le plus dans le déroulement des différentes phases du repas commence à la composition du menu, puis se prolonge par la création visuelle de l’assiette, le grand bonheur de présenter l’assiette aux convives et enfin le dialogue qui s’ensuit. La partie proprement technique, à savoir la préparation elle-même l’intéresse moins.   

 

C’est par des sushis d’ananas ou un éventail de clémentine que Benoît aime à finir un repas, dont il vous dévoilera les autres mets dans un prochain billet. Actuellement Benoît s’occupe plus particulièrement d’organisation, de gestion et de formation des futurs comptables militaires. Il accroît ainsi la palette des compétences nécessaires pour monter un jour peut être  un bar à vins où les citadins pourraient prendre le temps de grignoter, tout en se faisant plaisir de déguster. Il revient d’un séjour à Barcelone, qui l’a enchanté et lui a donné plein d’idées.  

La recette des sushis à l’ananas et au chocolat 
. Sur une feuille alimentaire souple, placez des lamelles d’ananas coupées dans la hauteur, puis par-dessus, du riz au lait que vous avez préparé à l’avance et au centre de cette bande rectangulaire, des bâtonnets d’ananas.
. Ensuite arrive la partie délicate, qui consiste à saisir un des côtés de cet ensemble et à commencer à rouler la plaque sur elle-même de façon à faire un grand rouleau de futurs sushis.
. Vous le placez au réfrigérateur pour permettre une bonne découpe avec un couteau sans dent, de façon à ne pas déchiqueter votre ouvrage. Après la coupe, vous obtenez des sushis.
. Pendant que le rouleau se refroidit, bien calé dans la feuille alimentaire, vous préparez une sauce au chocolat noir enrichie à la crème.

. Enfin, sur une belle assiette assortie en couleur, vous disposez les sushis nappés de sauce au chocolat, avec une quenelle de sorbet à la mangue. Pour finir de décorer l’assiette, vous prenez les grains rouges d'une grenade pour faire ressortir le vert  du carambol. Une succulence en bouche, un régal pour les yeux! 
 

La recette de l’éventail de clémentines, flambées au Grand Marnier et au romarin frais

Voici un dessert à faire en hiver au moment de la pleine saison des clémentines. Benoît choisit de belles clémentines juteuses. Il sépare les quartiers, enlève la peau blanche et prépare un caramel au sucre de canne, dans lequel il plonge les quartiers. Il déglace le tout au Grand Marnier et flambe la préparation. Il retire la casserole du feu et termine le sirop en ajoutant une pincée de romarin frais à ce moment là. Reste à disposer  sur l’assiette chacun des quartiers en éventail ouvert, avec au milieu une boule de glace à la vanille. 

  

Pour suivre le chemin

. La recette des sushis au chocolat a été transmise à Benoît par Xavier, un de ses copains pâtissier parisien.

. Vous vous rendez sur le site des recettes du terroir de Fribourg: 
 http://www.terroir-fribourg.ch/modules/recettes/detail.asp?ID=80 
qui vous donne la recette du pain d'anis. 
 
. La recette du pain d’anis 

Il vous faut : 400gr de sucre, 4 œufs entier, 650 gr de farine, 75g d’anis vertn 1 c à ç d’essence d’anis, 1 dl d’huile, un peu de sel, 1 c à c de carbonate d’ammoniaque

Ensuite, dans les œufs cassés, versez le sucre, le sel, l’huile, l’anis et le carbonate et vous fouettez longuement (10mn). A ce moment là, vous ajoutez la farine rapidement.  Vous couvrez la préparation et laissez reposer pendant 2 à 4h. Vous en faites des tronçons de 10 cm sur 1 que vous roulez dans le sucre et placez au four pendant quelques 5/6 minutes, selon votre four.   


. La recette des miroirs  envoyée par BLC

Les miroirs sont des petits sablés dont la partie supérieure est évidée pour laisser la place à de la confiture rouge.

 

Pour 50-60 pièces : 250 g de beurrre ramolli, 125 g de sucre glace, 2 cc de sucre vanillé, un peu de sel, un blanc d'oeuf légèrement battu, 350 g de farine, 200 g de gelée de groseille chauffée et du sucre glace pour saupoudrer.

1 Malaxer le beurre jusqu'à formation de petites crêtes. Ajouter le sucre glace, le sucre vanillé, le sel et le blanc d'oeuf. Remuer jusqu'à blanchiment de la masse. Incorporer la farine tamisée en remuant brièvement. Amalgamer la pâte. Entreposer dans un film transparent durant 1 heure au réfrigérateur.

2 Abaisser la pâte à 2-3 mm d'épaisseur sur le plan de travail légèrement fariné. Découper en rondelles de 4-5 cm Ø. Déposer sur la plaque chemisée de papier sulfurisé. Pour les couvercles, évider la moitié des rondelles et entreposer une nouvelle fois le tout durant 20 minutes au réfrigérateur.

3 Cuire durant 6-8 minutes au milieu du four préchauffé à 200 °C.

4 Badigeonner l'envers des fonds refroidis de gelée de groseille. Poser les couvercles par-dessus et laisser sécher. Saupoudrer de sucre glace.

Un commentaire de Bernard Pichetto  du 06.07. 2008

Bel article comme d'habitude !

Quelques remarques :
. Concernant 'sushi' :
http://encyclopedia.thefreedictionary.com/sushi
http://www.thefreedictionary.com/sushi
Je ne veux pas paraître vieux jeu, mais "façon sushi" eut été préférable...

. Concernant 'miroir', cela correspond aux lunettes de Romans, que l'on retrouve d'ailleurs à travers toute la France et qui sont un de mes dessert d'enfance les plus "tendres"...
http://www.ciao.fr/Lunettes_de_Romans_biscuits__136582

. Concernant le site de Fribourg, très bien fait, j'ai été heureux de constater que l'on préserve d'anciennes variétés de poires. On trouve actuellement, sur les marchés toulousains, une variété proche dénommée poire de Saint-Jean... poirillon en charente...

 

  Bernard Pichetto - Toil' d'épices - Ressources - Veille - R&D - Histoire & Gastronomie -
bernard.pichetto@toildepices.com
   http://www.toildepices.com
   http://forum.toildepices.com

 

 

 

 

 

 


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Enquête alimentaire, Que mangez-vous, que buvez-vous, Liza Marlund (Suède)?

26 Juin 2008, 16:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

Liza est une journaliste suédoise reconvertie en auteur de roman noir, qui font grand bruit en Suède. Comme elle est traduite en français depuis plusieurs années, on sait ainsi ce que mange et boit l’héroïne qu’elle a créée, Annita Bengtzon, qui travaille dans un grand journal de la capitale, La Presse du Soir. C’est le 3ème ouvrage de l’auteur que nous voyons maintenant, La Fondation Paradis, qui mieux que beaucoup d’enquêtes sociologiques, nous montre une Suède bien éloignée de l’image construite et projetée.

 

L’histoire commence le 28 octobre pour se terminer le 7 décembre. La durée est courte, le rythme rapide et l’ambiance noire de noir. Carrément désespérée, comme la course que va mener Annita pour sauver sa peau quand elle commence son enquête sur le meurtre de 2 hommes. Sa Ière rencontre avec quelque chose qui se boit, est le café de la machine du même nom dont la seule qualité est de réchauffer , certainement pas son corps transi, mais au moins sa main, qu’elle accompagne ensuite d’un verre d’eau cherchée aux toilettes. On retrouve le café un peu plus loin, mais cette fois-ci, sorti d’une cafetière électrique. C’est l’autre héros du livre Thomas Samuelson en pleine crise existentielle d’un quadra qui se demande ce qu’il fait de sa vie.

 

Le 3ème héros, le tueur yougoslave, lui aussi vient de boire un café, pour ne pas reprendre un autre verre d’alcool dans un café. Il est furieux. Il a failli se faire avoir et cherche sa vengeance, clairement à tuer. Le café est le Ier lien entre les 3, autour desquels se construit l’intrigue violente, désespérée et extrêmement bien documentée sur la ou les mafia-s d’Europe de l’Est. Le café, trop chaud, lui brûle la gorge. Le café cout en filigrane pendant tout le récit.  

 

Annita vit dans des conditions qu’elle trouve satisfaisantes parce qu’elles lui ressemblent :  pauvres, en abandon croissant, glissant dans un trou . L’appartement n’a pas le confort minimum, la peinture s’écaille, un carreau est cassé, il faut descendre l’escalier, traverser la cour et remonter pour se laver. Les toilettes sont un demi-étage plus bas. Annita est comme ça. Quand il n’y a rien à manger chez elle, elle ne mange pas.

 

Un soir elle reçoit une amie, Anne, la seule qui lui témoigne de la gentillesse. Elles se font un grand festin de tagliatelles, avec du beurre, du fromage et du soja. Elle a tout à coup tellement faim en mangeant qu’elle boit un grand verre de Coca. Le café ensuite, accompagné d’un gros sachet de bonbons qu’elle va quasiment manger seule, enfournant les bonbons les uns après les autres. Quand elle commence son enquête solitaire, et sans en dire un mot à quiconque, la première fois qu’elle mange, elle se trouve à la cantine du personnel du journal, Les Sept Rats, pour prendre un gratin de pomme de terre, avec une feuille de salade . Le matin, elle descend l’escalier en mangeant un craque pain avec une tranchette de fromage allégé. 

 

Elle marche beaucoup la nuit, va sur les docks, s’expose à tous les dangers, se cachant de la police et du tueur ; elle parle à un pauvre perdu mouillé de froid sur un banc. Il s’est enfui de l’hôpital. Elle l’aide à traverser la rue. Elle même  est en congé maladie. On comprend qu’elle a une dépression ; elle coule. Sa grand mère, Sofia Katarina,  en maison de santé la confond souvent avec sa sœur. C’est la seule personne qu’elle aime si profondément qu’elle tremble de peur à l’idée qu’un jour, une nuit la vieille dame ne sera plus là, perdue dans le monde dont on ne revient pas. Elle reçoit un soir un appel de l’hôpital, la vieille dame vient de mourir. 

 

La seule cuisine, qui se fait, se déroule chez Thomas et sa femme. C’est lui qui fait frire un poisson dans le wok à l’huile de maïs, parce qu’il supporte de plus hautes températures dit sa femme Eleonor. Elle parle aussi des avantages de la cuisinière au gaz qui n’est évidemment pas celle qu’ils ont. Thomas aime bien la leur. Il ajoute du blanc de poulet finement haché et verse du fumet de poisson, avec de la sauce chili, des graines de coriandre et du basilic frais . Il ajoute du soja liquide pendant que le riz finit de cuire. Ce sera un des deux repas de tout le récit. Elle met la table et sert un Chardonnay australien corsé, le top du top, la seule indication du livre sur la provenance du vin. 

 

Quand Anne revient chez  Annita, elle achète en passant deux portions de poulet aux noix de cajou chez le Thai, dans des barquette alu placées dans un plastique. Elle prend aussi  du vin, un Chardonnay, parce que le docteur a dit à Annita d’en boire : le vin rouge, ça me donne des boutons plein la figure. Pas le blanc visiblement.

 

Des jours et des nuits se passent sans manger, au moins dans le récit. Quelque temps après, Annita poursuivie par le tueur, toujours dans la nuit, le froid, loin de la ville,  et sans voiture, s’arrête dans un fast-food à Jacobsberg pour manger un hamburger. Elle a le goût de la restauration rapide. Pourtant ça lui donne des renvois acides sans remettre en cause son penchant pour les fast-foods.

 

Puis vient la rencontre entre Annita et Thomas. Elle le reçoit chez elle et prépare le repas : je suis la championne des pâtes à la sauce en boîte. Elle ne l’avait jamais fait pour Anne. Cette fois-ci , elle a des tagliatelles et la sauce est italienne, servies avec une serviette de Pâques en papier jaune. Thomas entre dans la course-poursuite, s’arrête dans un café pour prendre une bière.

La vie conjugale de Thomas se dégrade au fur et à mesure que lui prend conscience de l’inintérêt de sa vie professionnelle et de sa vie tout court. Il sait qu’il doit changer et partir. Il ne partage plus rien avec sa femme. Elle veut toujours plus, plus d’argent, plus de pouvoir, et lui cherche du sens à sa vie. La cassure se passe le soir ou Eleonor a préparé, elle cette fois-ci, un vrai festin. La table à manger est d’une belle nappe, avec des verres en cristal, de la fine porcelaine anglaise et des couverts en argent. Les invités sont les directeurs de l’entreprise qui viennent de promouvoir Eléonor à un poste de direction. Elle rayonne de bonheur. Et lui à ce moment décroche. Il y a les plats à apporter, du vin…. Il n’en peut plus et n’a même pas le force de faire le café. Il quitte la table et les convives. Sa vie change.

 

Annita aussi Pour la Ière fois, c’est le 7 décembre, le dernier jour du livre, elle a faim chez elle, le réfrigérateur est plein, elle prépare son petit déjeuner . Elle boit un grand verre de jus de fruit sorti du réfrigérateur, casse des œufs dans la poêle et coupe du bacon. Elle fait même griller du pain, qu’elle mange avec du fromage à l’ail et les oeufs au bacon. Elle boit son café du matin. Peu de temps après dans la journée, elle s’achète une pizza. La Ière fois qu’il avait été question de pizza, c’est Thomas qui l’avait mangée et elle, ça lui était restée sur l’estomac. Pas cette fois-ci pour Annita. Elle est sauvée et Thomas aussi.

 

Quant au tueur…

 

Pour suivre le chemin

, La Fondation Paradis, Liza Marklund, Le Masque

. Europe à la carte, Un voyage culinaire, André Dominé, Joachil Römer, Michel Ditter pour les textes et aussi l’édition et Günter Beer pour les photos.

. La cuisine suédoise se mange aussi chez Ikéa ; on y trouve les délicieuses boulettes de viande, les Köttbullar.

. La recette des Köttbullar :

Vous faites fondre les oignons coupés fin (1 cuillérée à soupe par personne) dans la poêle avec un peu de corps gras. Pendant ce temps, vous mélangez 125 gr de boeuf haché», un de purée de pomme de terre  avec  un peu de chapelure, de crème, de persil avec un œuf. Vous en faites des boulettes rondes que vous faites rissoler. 

 

 

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Que mangiez-vous, que buviez-vous, Stieg Larsson (Suède)?

26 Juin 2008, 16:29pm

Publié par Elisabeth Poulain

Oui, c’est au passé que je pose la double question à cet auteur suédois . Il est décédé juste après avoir remis un opus en trois volumes. Il est l’auteur de Millénium, une trilogie d’une rare ampleur parue chez Actes Sud. Journaliste économiste, reporter spécialisé sur la guerre et l’Afrique, il était le rédacteur en chef de la revue Expo, qui étudiait « les manifestations ordinaires du fascisme ». Stieg Larson a un goût très fort pour la recherche de l’information, la capacité à replacer l’info dans son contexte et à montrer les jeux de pouvoir, avec l’exemple d’un pays qu’il connaît bien, le sien, la Suède. Le Ier ouvrage de Millénium s’appelle, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

 

Le héros, Mikael Blomkvist, est un journaliste en butte à des adversaires puissants qui n’aiment pas être dérangés par des fouineurs tels que lui. A ses côtés pour l’aider dans sa recherche d’infos, Lisbeth Salander, une jeune femme déjantée, en profonde souffrance. Le Ier lien entre eux tous, la mort particulièrement sadique de femmes de peu, au sens de peu de pouvoir, peu d’argent, peu d’importance . En d’autres temps, on aurait parlé de femmes de rien. C’est effectivement une des clés du livre. Elles ne valent rien, si ce n’est à donner à d’autres le plaisir de les tuer.

 

Comme dans un filme noir américain, le trio est en place avec

. un homme seul, rejeté par le système, qui part en lutte contre les puissants qui font fonctionner le système à leur profit,

. les puissants liés entre eux par des connivences multiples

. et une jeune marginale qui survit grâce à sa passion pour la puissance magique du Net qu’elle sait faire fonctionner d’une façon magique pour trouver l’information cachée en feintant tous les systèmes de sécutité.

 

Trois acteurs et ce second lien, qui est le pouvoir de l’information.  Ne comptez pas sur moi pour vous résumer en quelques mots une histoire dense, lourde et douloureuse. J’ai cherché moi un autre lien qui est cette fois-ci le lien alimentaire qui joint une personne au pays où elle vit.

 

Mikael reçoit une commande d’un grand patron d’industrie, Henrick Vanger,  qui vit sur une île proche d’ Hedeby au nord de Stockholm . Il doit écrire une chronique sur l’histoire de la famille de ce notable et surtout mettre à profit cette recherche visible pour mener une enquête, invisible cette fois ci, sur un drame familial survenu plusieurs décades avant. Lors de ce reportage qui le fait remonter dans le passé, le journaliste mange d’une façon utilitaire, c’est à dire quand il a faim et avec ce qui reste des achats de première nécessité, faits à la supérette Konsum du village sur l’île : du pain, du lait qu’il partage avec un chat que celui-ci vient de le choisir… En chemin, il s‘arrête au café tenu par Suzanne et commande un sandwich; en attendant, il boit le café qu'elle lui offre en signe d'hospitalité.

 

Le café va être un fil conducteur de l’enquête, que ce soit le café que l’on associe au travail et qu’on boit en solitaire, même si c’est à 2 heures du matin, que le café que l’on offre en signe de bienvenue, après avoir branché la machine à café. Lors d’un déplacement dans le Norrland, il en boit à en avoir la nausée , mais impossible de refuser quand on entre chez les gens pour leur poser des questions. Faire chauffer de l’eau sur la gazinière n’est jamais mentionné, ni le type de café. Par contre la machine à café, si.

 

De la même façon, associé au café et dés lors qu’il est question de travail, le sandwich règne en maître. La seule fois où l’auteur mentionne autre chose pour accompagner le sandwich du midi avec le café, c’est de l’eau lorsqu’il part faire un pique-nique, sac à dos, dans un chalet vide.

 

Les sandwichs de Lisbeth Salander sont presque toujours enrichis au fromage. Elle les mange le soir, pelotonnée sur son canapé défoncé, normalement par deux et parfois, par soir de grande faim, par trois. C’est quasiment sa seule nourriture. Elle aussi branche la cafetière et se prépare ce soir là trois gros sandwichs avec du fromage, de la crème de poisson et un œuf dur, sans que l’on sache s’ils sont tous identiques ou pas. La nuit, parfois, elle carbure au coca, c’est ainsi qu’elle entame son 6me Coca au petit matin pour arriver à terminer son enquête. 

 

Le soir, quand elle sort avec ses copines d’un groupe rock,  Lisbeth boit pas mal de bière , mais pas pendant le travail. Pour elle, la bière est associée aux sorties . Mickaël, quant à lui, n’en boit pas mais sait en partager une avec l’homme de loi de Martin Vanger, une fin d’après-midi au domicile de ce dernier.  

 

Mikael partage avec Lisbeth cette façon de manger mais sait aussi manger autrement. Il prépare des repas, quand il a une invitée ou certains jours particuliers quand il a un peu de temps. Lors de la venue au village de son associée-amie-maîtresse, Erika, avec laquelle le journaliste co-gère Millénium, c’est lui qui prépare un repas de fête, des côtes d’agneau avec des pommes de terre à la crème, accompagné d’un vin rouge. Il ne dit pas si c’est bon et s’émeut de la quantité de calories qu’il absorbe.

 

Une autre fois , mais cette fois-ci pour Lisbeth, avec laquelle il mène l’enquête et un début de relations autres que de travail, il fait aussi des côtes d’agneau, avec une sauce au vin. Cette fois-ci, l’auteur Stieg Larsson note simplement « le repas sent bon » et Lisbeth en avale deux grosses portions. C’est la seule fois que le lecteur sentira dans le livre une vibration de plaisir alimentaire. Il n’est certainement pas neutre de voir que c’est Mikael qui cuisine pour Lisbeth et que celle-ci non seulement mange autre chose que ses sempiternels sandwichs  et mange beaucoup. L’autre fois, c’est quand Mikael cette fois-ci se surprend à vouloir fêter seul la Saint-Jean. Il mange le plat traditionnel,  des pommes de terre bouillies, avec des harengs marinés à la moutarde, de la ciboulette et un œuf dur, qu’il accompagne d’aquavit, tout en lisant un polar de son auteur préféré, Le Chant des Sirènes, de Val Mc Dermid.  Il avait déjà préparé cet événement en mangeant la spécialité locale, qu’il redécouvre, la pölsa sautée avec pommes de terre et des betteraves rouges, un plat qu’il n’aime guère habituellement.  

 

Un soir, en colère contre Erika, son associée à Millénium, qui vient d’accepter que Henrick Vanger,  le notable, entre au capital du journal sans lui en parler, il quitte l’île et se rend à Hedestadt  pour se libérer de sa tension. Il va au Mc Do’s. Il fallait qu’il bouge, tout comme une autre fois, loin de l’île, il prend un hot dog français (!).  

 

Henrick Vanger, le commanditaire de Mickael et maintenant aussi associé du journal, lui offre un rôti d’élan servi avec du vin rouge italien et tous deux finissent la soirée à la vodka vers 2h du matin. Lors d’un autre repas, cette fois-ci à 4 chez Henrick, avec Erika et l’avocat de Henrick, la seule chose notable qu’il nous transmet est qu’ils finirent tous au cognac en se resservant plusieurs fois. Il y mangera aussi une omelette servie par Anna la servante. Chez une femme de la famille Vanger, il partagera avec celle-ci un sauté de gibier avec du vin rouge. 

 

Lisbeth Salander, cette jeune marginale en souffrance, est logée dans un appartement vétuste dans lequel elle se sent bien ; son état intérieur va bien avec celui de l’appartement. Elle continue à se lover sur son canapé pour manger. Son petit déjeuner se prend en descendant de son étage, en mangeant une tranche de pain avec une tranchette de fromage. Aussi faut-il comprendre son irritation quand Mikael, un matin au début de l’enquête, arrive chez elle, avec des bagels, un au rôti de boeuf, un à la dinde avec de la moutarde de Dijon et un végétarien à la crème d’avocat. C'est curieux car Mikael ne nous dit pas ce qu'il prend lui le matin au petit dèj. En fait, il prend soin d'elle, ce qu'elle commence à comprendre, elle qui a peur des hommes, avec raison. Elle est une femme blessée. Plus tard, elle saura un jour faire des tartines au fromage et cornichons, avec du pâté de foie, pour elle et lui.

On comprend l'importance du petit déjeuner avec Erika face à Mikael cette fois-ci. Quand Erika était venue le rejoindre sur l’île, c’est elle qui avait fait le petit déj, pour lui avec du café, du jus de fruit, de la marmelade d’orange, du fromage et du pain grillé. Un vrai festin. 
 

Vers la fin de l’histoire, Lisbeth doit prendre l’apparence d’une riche héritière. Pour cela, elle change de style vestimentaire, porte une perruque, se fait voir dans de grands hôtels et choisit sur la carte, ce qu’il y a de plus cher. Vous l’avez deviné, elle prend du vin rouge à 1 200 couronnes la bouteille (sans citer de nom ni d’origine) et plus tard boit une coupe de champagne avec un jeune Italien à particule qui la drague. Elle termine en fumant une cigarette dans un compartiment de chemin de fer, ce qui est strictement interdit.

 

Puis c’est la fête à Millénium qui sort de son trou noir qui a failli faire couler le journal, on y ouvre à minuit une bouteille de vin pétillant. Lors de la préparation de Noël, c’est du vin chaud que boit Mikael en regardant Erika décorer le sapin. Parmi ses cadeaux, Mikael découvre une demi-bouteille de Reimersholm Aquavit.

 

Ce sera la seule marque donnée, en dehors de la moutarde de Dijon, de Mc Do et de Coca.


Quelques remarques
Trois modes alimentaires se dégagent

. mono-thématique avec Lisbeth, 
. poly-thématiques avec Mikael qui adapte sa façon de manger et de boire aux situations dans lesquelles il se trouve,
. traditionnel avec les membres de la famille Vanger. 

Les boissons aussi sont différenciées: 
. la bière pour Lisbeth, avec le café comme boisson normale, 
. le café pour Mikael, qui travaille tout le temps aussi, et le vin rouge quand il cuisine, 
. le vin rouge dans l'orbite Vanger. 

L'évolution de l'attitude de Lisbeth face à la nourriture: 
Elle est notable. Au début, Lisbeth est recroquevillée sur elle-même en se faisant à manger pour elle seule. Jamais elle ne mange avec d'autres. Petit à petit, à mesure qu'elle découvre que se noue avec Mikael un lien de confiance, elle arrive non seulement à manger à coté de lui, la même chose que lui, à accepter de la nourriture de sa part, puis à lui faire à manger. Cette progression en 4 étapes est un évènement bouleversant qui marque le début d'une nouvelle vie pour elle.

L'attitude supposée de Stieg Larrson 
Elle doit être proche de celle de Mikael, un homme toujours sous stress, qui n'attache pas grande importance à la nourriture, même s'il a quelques connaissances de la cuisine traditionnelle suédoise et s'il sait s'adapter quand il se trouve chez de grands notables.    
 
La présence alimentaire de la France 
Elle est si maigrelette qu'elle doit être notée. Il y a
. la moutarde de Dijon, élevée à la hauteur d'une marque mondiale telle que Coca et Mc Do; 
. aucun vin n'est cité, seul le champagne en générique.  

 

Pour suivre le chemin

. Millenium, Tome 1 , Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, de Stieg Larsson, Actes Sud

. Lire la présentation sur www.evene.fr/actualité/millenium-stieg-larsson-salander-blomkvist

. Trouver quelques informations sur la cuisine suédoise sur www.sweden.se/templates/

. Et lire le billet suivant, lui aussi  consacré à la façon de se nourrir et de boire en Suède, sur ce blog

Photo EP, boite publicitaire française  

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Bestiaire de voyage, la grenouille (1)

10 Juin 2008, 19:19pm

Publié par Elisabeth Poulain

Vous savez comment nous appellent les Anglais ? Rarement encore, il est vrai parce que ça fait un peu vieillot : les  Froggies , une création populaire partant de frog le nom de la grenouille, comme .Kermit la grenouille que connaissent bien les enfants. Inutile de vous dire, que ce n’est pas particulièrement sympa, plutôt du genre : oh vous les Froggies, les mangeurs de grenouilles ! Il n’y a évidemment que vous pour avaler des trucs comme ça. Beerk. C’est à dire une nourriture gluante, d’une bestiole vivant dans des endroits humides et sales . Un truc poisseux en diable et qui fait un boucan inimaginable au moment de la saison des amours. Je n’ose pas imaginer que ce soit pour cette raison. Sait-on jamais? On nous trouve déjà, nous les Français, tellement mal élevés, pingres et râleurs que ce pourrait être une explication.  

 

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Qui, à part les Français, mangent des grenouilles ?Il faut bien se poser en effet cette question existentielle: On n’en trouve pas mention par exemple en cas de disette, l’hiver, je veux bien.  Mais au printemps et en été ? Pourquoi les Irlandais chassés par la famine à émigrer aux Etats-Unis, n’indiquent-ils jamais qu’ils ont mangé des batraciens en se fichant d’ailleurs de savoir, si c’est un crapaud ou une grenouille ? Bizarre.  Cette affaire de disette est bien troublante. Richard Deutsch, qui est prof à l’Université de Lyon3, un haut lieu de la gastronomie –Lyon, pas l’université-, cite dans son Dictionnaire des tabous alimentaires la grenouille en 3ème position dans les animaux figurant en sous-titre de son ouvrage : le porc en 1er, l’escargot en 2 (autre chose gluante) et la grenouille en 3. Quel honneur ! .

 

Richard Deutsch a trouvé un contre-exemple. En Swaziland, les pouvoirs publics ont du interdire aux habitants de manger des grenouilles. C’était la disette et les grenouilles étaient à portée de main ou de filet. Comment pêche-t-on la grenouille, je n’en sais rien, surtout en Swaziland. La raison de l’interdiction, dont on peut douter de l’efficacité, tenait non pas à la défense de l’environnement ou à la protection des mares . Il y a bien en Anjou une association très sérieuse de défense des éco-systèmes des mares. Non, la vraie raison est qu’il doit y avoir des grenouilles ‘vénéneuses’. C’est moi qui dit ça, comme si la grenouille était un champignon! Il y a eu en effet des empoisonnements à la grenouille, comme on dirait qu’il y a des intoxications des poissons au mercure en mer ou des grenouilles au pyralène dans les fleuves et les mares.

 

Poison, la grenouille ? Possible, il faut demander aux scientifiques ! Médicament, la grenouille ? Oui trois fois oui aussi, en guise de remède contre la fièvre chez les Roms.  Mais aussi chez nous pour lutter contre la toux sèche (sirop en pharmacie). Si vous avez la fibre cuisinière, vous pouvez aussi faire le bouillon du Grand Carème d'escargots et de grenouilles pour les toux sèches dans son traité sur L'Art de la cuisine française au XIXè siècle paru en 1832. Magnifique, n'est-ce pas? En cas d'eczéma  ou de surchauffe sexuelle,vous prenez alors des comprimés homéopathiques Rana Bufo 5CH. Regardez dans votre livre d'homéopathie.

Celle de pouvoir s’accommoder à toutes les sauces, façon de parler. Je vous ai trouvé une recette de grenouille à la brésilienne ? Vous voyez bien qu’il n’y a pas que nous. Ah, chic, on se sent moins seul. Je vous préviens que c’est du boulot. Ca doit être délicieux avec du riz et un peu de maïs à la créole. Je me demande qui pourrait bien faire la recette pour moi.

 

Il reste une facette de la grenouille que vous ne connaissez pas. C’est sa forte efficacité en matière de com. Comme il faut tout le temps chercher de nouveaux porte-drapeaux d’accroches de communication, les pros de la com ont trouvé la grenouille il y a maintenant quelques années, comme ils viennent de ressortir le lapin dont je vous ai abondamment parlé. J’ai sous les yeux et la liste n’est pas exhaustive :

. une GR verte foncée de petite taille porte-clé, à pince qui fait un bruit fort quand on appuie dessus, c’est la seule à bruit, 

. une horrible GR verte pisseux (GR pour grenouille, pas pour sentier de grande randonnée) qui est un porte-monnaie qui fait si peur que je ne peux pas m’en servir,

 

. une GR ronde et drôle pour flotter dans le bain des enfants,

. une GR verte de petite taille pour se brosser les ongles,

. une grenouille jaune à pois noirs à poser sur le bord de sa baignoire,

= 3 GR-SDB (salle de bain) qui font le lien avec l’eau,

 

. une sonnette de bicyclette avec une GR design, sympa, souriante avec de petits yeux rouges et jaunes, bordés de rose et des points verts clairs sur le dos, comme une coccinelle mais en GR, quoi ,

=  1 GR pour fêter le plaisir de faire de la bicyclette le long de la Loire,

 

. une grenouille en métal en provenance de Chine qui doit avoir dans les 35 ans,

= il suffisait de la remonter et elle sautait en faisant un bruit mécanique, c’est une de mes quatre préférées, 

. une autre cette fois-ci rouge très plate qui a perdu son ressort pour la faire sauter, en provenance de Chine aussi,

. un doudou de petite taille en tissu doux, qui fait accroche-clé aussi en provenance de Coburg  (Allemagne), 

= 3 GR-Jouets,

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. une GR- création d’art d’un artiste inconnu,

=  un monstre de fer à vous terrifier la nuit, je n’ai pas pu résister à sa laideur monstrueuse, c’est aussi une de mes préférées,                           

. et la dernière que je vous cite, est une grenouille de très petite taille  (4 cm largeur x 4,5 longueur x 4 de hauteur) en bronze verdi et poli en provenance de Chine qui est ma préférée entre toutes,

= elle est un porte bonheur en Asie.

 

C’est en effet le message que vous délivre la grenouille : . je suis porteuse de bienfaits 

nombreux :

. j’annonce la pluie à ceux qui l’attendent (Chine et Inde),

. je suis aussi une réincarnation de la Terre-Mère (Inde),

. celle de l’âme en voyage (Vietnam),

. avant-tout, je suis un symbole du bonheur (Japon)

 

 Cet animal, à fort pouvoir symbolique, marque maintenant l’influence grandissante de l’Asie dans notre culture. On nous parle chaque jour de l’occidentalisation des modes de vie en Asie ; l’inverse est vrai également. Ce sont là des échanges inter-culturels et économiques, qui échappent à toute volonté étatique et qui sont véhiculés par l’air du temps, les voyages, la publicité (des lingettes Pampers , Kandoo), des livres pour les touts petits. Quelle jolie réhabilitation.

 

Pour suivre le chemin

. Dictionnaire des tabous alimentaires, Richard Deutsch ,Favre, 2008, un petit livre sympathique

. Dictionnaire des Symboles, Chevalier et Gheerbrant , Robert Laffont, un incontournable

. L'Art de la cuisine française au XIXè siècle, Antonin Carême, Payot
. La recette du bouillon d'escargots et de grenouilles:
Vous faites suer à feu doux 12 escargots de vigne et 48 cuisses de grenouilles; vous les broyez au pilon et les faites bouillir dans un litre d'eau, avec 6 navets, 4 blancs de poireaux, 2 cuillérées d'orge perlé. Vous réduisez d'un tiers et vous ajoutez, raffinement suprême, 12 grain de safran.  

Encyclopédie de la cuisine, Club de la femme, Editions Rombaldi, 1959 pour la recette.  

. La recette des grenouilles à la brésilienne :

Vous comptez 4 paires de cuisses de grenouilles-bœufs (des grosses), pour 4. Vous les désossez à cru, les placez dans une casserole à cuire avec du jus de viande veau. Vous les hachez une fois cuites.

Vous préparez la sauce (à moins que vous ne commenciez pas par ça) : avec 2 jus de citron, un petit verre de porto et de la gélatine. Il faut bien mélanger, passer à travers un tamis et réduite à feu doux. Vous versez cette sauce sur les cuisses et placez le tout 2 heures au réfrigérateur.  

Sur ce blog, lire le billet sur l'anguille jusqu'au Japon et sur le lapin toujours.
Photos EP 

. La Ière dans un bassin a été prise dans le potager du château d’Epiré exceptionnellement ouvert à la visite au mois de mai et où vous pouvez acheter les délicieux Savennières de Luc Bizard. Je vous recommande le 2006.

. L’autre représente la GR qui fait peur. 

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Mini-Cas alimentaire (3), L'Eldorado céréalier ukrainien

4 Juin 2008, 16:30pm

Publié par Elisabeth Poulain

Quand survient brutalement une affaire comme celle de l’huile de tournesol, il convient toujours d’élargir le champ de vision qui est vraiment très localisée pour l'instant quand on lit la presse. A peine mentionne-t-on quelques pays parmi ceux qui se sont fait connaître - 6 sur 13 actuellement + l’UE - qu’on se dit que l’angle de vue est trop étroit. Il faut alors replacer l’affaire dans son contexte, à savoir l’huile de tournesol par rapport aux autres huiles, les entreprises productrices et l’Ukraine, en essayant de voir ce qui a changé récemment.

 

Commençons par l’huile de tournesol. Une journaliste de RFI, Dominique Baillard a relevé dans un billet du 05.10.2007 que l’huile de tournesol est devenue l’huile alimentaire la plus chère au monde, à 1 400 USD la tonne d’huile à la Bourse de Rotterdam, Elle signale que les acheteurs comptaient alors sur la production ukrainienne pour faire baisser les prix. C’est l’inverse qui s’est produit’. Le prix de l’huile de tournesol a continué à grimper jusqu'à 1 800 USD. Cette hausse évidemment doit être se comprendre dans le mouvement général de hausse du coût des matières premières, des agro-carburants, des stockages de précaution et des spéculations à la hausse.

 

La baisse de la récolte réelle en Ukraine par rapport à celle qui était prévue ne fait qu’amplifier le phénomène. Les conditions climatiques y sont peut être pour quelque chose, mais le rendement aussi du fait de l’épuisement des terres et de conditions de productions peu adaptées . Comme le dit de façon subtile, l’analyse de la Mission économique française d’Ukraine « des augmentations de rendements importantes et rapides peuvent donc être obtenues en introduisant des techniques de culture, de semences et des intrants modernes ».  

 

Trois sortes d’entreprises constituent la filière huile ukrainienne,  les petits producteurs travaillant pour le marché local, des sociétés spécialisées dans les savons et margarines aux deux bouts de la chaîne. Entre les deux, moins d’une vingtaine d’huileries qui sont des entreprises de grande taille, ukrainienne ou étrangères. Tous les grands groupes étrangers ont des filiales sur place, que ce soit des céréaliers ou des élaborateurs de produits prêts à consommer.

 

C’est dire que le niveau d’exigence est au plus haut de façon à répondre aux cahiers des charges les plus exigeants. D’ailleurs plusieurs milliers d’ ensembles normatifs ont déjà été rendus conformes aux règles du Codex Alimentarius ainsi que de l’OMC que vient de rejoindre ce nouveau membre . Un autre atout, très récent, vient de la signature au début de cette année d’un accord de libre-échange avec l’UE  Les accords commerciaux en sont facilités.

 

Les atouts de l’Ukraine sont donc en effet «majeurs» .Ils existaient déjà avant 1991, année de l’indépendance ; ils sont maintenant en plein essor en particulier grâce à l’aide de la banque mondiale, de l’UE (TACIS)  et des EUAN. On comprend pourquoi l’Ukraine est déjà le 5è producteur de céréales du monde  et le 3ème producteur de tournesol, juste derrière son puissant voisin , la Russie, avec lequel le pays a un différend profond sur le gaz. Reste la préoccupante question de la propriété de la terre qui n’est toujours pas attribuée. C’est dire que depuis 1991, la terre est louée. Le gouvernement avait jusqu’au 1 avril 2008 pour présenter des projets de lois portant sur  cette question.

 

En conclusion, selon les termes de la note de la Mission économique, « l’Ukraine est une des rares parties du monde à posséder une capacité significative d’accroissement de la production de matières premières agricoles… ».  

Question

. En quoi cette mise en perspective change-t-elle le regard porté sur l’affaire de l’huile de tournesol ? (Voir à ce sujet les deux billets précédents Traçabilité et Risque de l'huile de tournesol).  

Réponse

Il suffit de s’aider de l’apport de chaque paragraphe.

. la hausse du prix de l’huile  est déjà en soi un début d’explication. Si le cours de cette huile était bas, il n’y aurait aucun avantage financier ; c’est une des règles dégagées par la vie des affaires : plus le prix s’élève, plus le risque de modification des caractéristiques du produit tend à s’élever ;

. le bouleversement réglementaire très récent et de grande amplitude est aussi un facteur de déstabilisation, qui joue en corrélation avec la hausse de prix. Une loi ou un règlement , ne s’intègre pas d’un seul coup. Il faut un temps matériel et mental d’adaptation. C'est aussi une des règles de notre monde actuelle: plus l'appareil réglementaire est développé et plus il y a d'anomalies;

. la présence des multinationales renforce la pression réglementaire et accroît le différentiel qui existe entre les entreprises issues des anciens sovkhozes ;

. leur présence explique peut être aussi en partie l’absence totale d’information sur les entreprises et les marques concernées, non seulement en UE mais surtout en Ukraine car il y a de fortes probabilités que ce soit les mêmes d’un côté ou l’autre de la frontière de l’UE avec l’Ukraine ;

  l’accord de libre-échange explique en partie l’allègement des contrôles ;

. la non-attribution de la terre est un profond facteur de déstabilisation de la société, surtout quand elle est façonnée par le lien à la terre, l’agriculture et les industries agro-alimentaires. 


 

Pour suivre le chemin

. Fiche de synthèse sur l’Agriculture en Ukraine, rédigée par Philippe Pegorier et revu par Alexandre Brunet, sur le site des Missions économiques en Ukraine 

. Industrie de l’huile à voir sur le site de l’Ambassade de l’Ukraine en France, www.mfa.gov.ua/France/publications

. La fiche pays sur La présentation de l’Ukraine sur le site www.interex.fr/fr/fiches-pays/ukraine

. Dominique Baillard sur www.rfi.fr/actufr/articles/

. France Ukraine pour avoir toute l’actualité, sur www.France-ukraine.com

. le site de Ducroire Delcrédère sur www.ducroire.fr pour avoir quelques infos succinctes sur le risque politique et le risque commercial, deux bons indicateurs pour ceux qui veulent exporter là-bas et cette cette fois-ci pas importer : 3 en risque politique  sur une échelle de 1 (risque faible) à 7 (risque élevé) et C en risque commercial sur une échelle de A à C.
. Photos EP prises sur la route entre Picardie et Normandie, la n° 1 champ de blé, la n° 2 champ de lin,  dont l'Ukraine est aussi un grand produteur 

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