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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La NBB ou la Nuit Blanche à Bruxelles

4 Octobre 2007, 10:46am

Publié par Elisabeth Poulain

Commençons par Bruxelles. Je vous en parle souvent. C'est normal, je l'aime beaucoup et les Belges aussi. Ils ont bien besoin qu'on leur dise qu'on les aime, surtout en ce moment. Mais chut, c'est un autre problème. Continuons par la nuit qu'aiment bien les noctambules. C'est malin ça et facile. Non, non: celui qui marche la nuit, c'est la traduction littérale de noctambule. Et c'est bien ce que nous avons fait dans la nuit blanche quand tout est noir. Alors voila, le noir avant le blanc. Oui parce que le noir modifie tout, l'espace, les perceptions, les couleurs, les sons, les relations avec les autres. C'est en plus la couleur qui accompagne naturellement le blanc puisque tous deux sont des non-couleurs, qui sont la somme de toutes les couleurs et qui se situent aux deux bouts de la chaîne chromatique. Allez on y va.  

Le blanc. Pour fêter dignement cet évènement qui a drainé quelques 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles, nous avons choisi le White Hotel, avenue Louise, qui est blanc au dehors, au dedans, sauf les moquettes qui sont noires. Ca vaut mieux. C’est un immeuble de 9 étages avec 40 chambres dont certaines sont très grandes. La notre faisait 48m2. Elles sont toutes désignées par un créateur différent dont le nom est indiqué sur la porte.  A l'intérieur idem, le nom du créateur des meubles ou du tapis et ses coordonnées sont affichés sur le mur de façon à pouvoir le contacter. Pourquoi le design aime-t-il le blanc? parce que le blanc gomme les lignes et les volumes et agrandit l'espace. Le White Hotel est une belle façon de promouvoir l’école belge de design qui est très active. Sur la table tulipe de type Knoll de la chambre sont posés des ouvrages de design dont l’un par exemple recense toutes les boutiques de design à Bruxelles et alentour. 
 
Enchantées par cette volonté d'insérer la création et la différence au coeur de notre vie et de nos nuits, nous avons dîné, à la façon yuppie-branchée des quadras, au Natural Caffé proche en remontant vers la Place Flagey. On quitte l'univers du plastique blanc pour un bain d’acier et de miroir contemporain : comptoir adossé à la vitrine pour regarder  les passants, petites tables le long du mur intérieur, grande table haute commune pour lire la presse au brunch du dimanche matin et derrière une vitrine avec des plats préparés, froids en salade ou à réchauffer au micro. Question cuisine, nous nous sommes lancées. Avec la salade Pise, qui est à conseiller à ceux qui ont des intestins en béton : poulet, coriandre, citron, tomate, courgette crue en lamelle fine, jets de soja, carotte, citron vert, sauce de soja, huile d’arachide. Avec ça, je vous recommande de prendre une Botanic Water aux qualités apaisantes, 100% naturel, de marque Carpe Diem. Avec 9 « herbes », il nous fallait bien ça pour aller à la rencontre de la nuit bruxelloise : lavande, pétales de rose, tilleul pour la détente, thym, zestes d’orange pour la stimulation du métabolisme, ensuite mélisse, fleur de la passion, menthe et houblon pour la paix intérieure. Si je calcule bien : 7 + 9 = 16 légumes et fruits. Goût spécial mais quand on aime, on se lance. Un seul vin dans la vitrine en 25cl, un Côte de Saint Monts rouge.  
Le blanc, ça tombe bien la nuit quand tout est noir et que nombre de rues ne sont plus éclairées du tout. Sympa quand c’est une rue de bureaux et vous savez bien que Bruxelles construit beaucoup pour le business. Ca interpelle quand vous voyez une rue perpendiculaire face à l’avenue Louise à Ixelles en face de vous. Noire et noire, avec seulement quelques fenêtres éclairées. L’avenue Louise a heureusement des réverbères, le mot sent bon son XIXè siècle, en position basse, avec éclairage mini, pour cause de « développement durable ». Ceci dit, vous êtes à pied parce que vous n’avez pas mis le ticket de bus dans le bon sens et que vous vous dites finement : allons à pied au moins jusqu’au métro. Oui mais il faudrait un peu plus penser en stratège. Parce que des kilomètres, on en a fait peut être un peu plus que ce que nous avions prévu. Check up avant de partir. Les pieds, ça va. Bonnes chaussures de marche confortables. Les pulls, OK. Un imper, pour le cas où. L’appareil photo aussi, le pied pour le cas où on ferait une vidéo. Oui, c’est bon. Nous voilà parties vers 20 heures 30 à l’attaque de Bruxelles Centre. 
 
Vers 21h, un peu de monde dans la rue. Nous savions où nous voulions allées au 3, rue du Pont Neuf. Nous étions invitées à assister à une « performance » théâtrale fondée sur les 7 péchés capitaux. Nous voulions voir la Colère et l’Envie jouée par Claire qui avait invité ses ami-e-s au spectacle créé par Patricia Barakat et Hélène Gulizzi. Beaucoup de monde dans cet ancien magasin transformé en petit théâtre pour un soir avec des chaises à l’intérieur pour les frileux et la possibilité de voir le jeu aussi de la rue. Télé Bruxelles est venue filmé Hélène qui jouait l’Orgueil et interviewé Patricia sur le travail qu’elle effectue avec son groupe Blast. Un travail qui part du corps, avec un espace défini par des objets, avec peu de mots puisque c’est le corps qui parle. C’était ma Ière expérience de théâtre dans un petit espace qui renforce et modifie à la fois aussi bien la relation individuelle à l’acteur que la réaction du groupe. C’est là qu’on voit bien combien le jeu de l’acteur ne peut se comprendre sans un spectateur. C’est le secret de la communication : l’émetteur-acteur envoie un message à destination d’un spectateur-récepteur qui lui-même émet en retour un message de réponse qui interfère avec le message initial de l’émetteur. Avec Claire par exemple, lors de son jeu sur la Colère, les spectateurs ne savaient pas quelle devait être leur réaction lorsqu'elle est entrée dans leur espace. Devaient-ils intervenir et modifier ce faisant le jeu de l’acteur ? Il y a eu tous les cas de figure. Pour sa seconde prestation vers minuit sur l’Envie, Claire a provoqué par son jeu un énorme silence à la fin de sa prestation, un silence qui a été ressenti comme un quasi coup de poing par le groupe.  Elle avait cassé le lien avec les spectateurs en se recroquevillant dans le coin le plus éloigné. Un tout petit espace.       
Entre la Colère et l’Envie, nous sommes allées écouter-voir près de là un concert de musique classique, joué par un quatuor à cordes, dirigée par un chef roumain qui parlait un anglais chantant. Par la grâce de l’informatique, de la sonorisation et d’un gros travail de préparation d’une tour de 40 étages et plus, la musique s’est traduite immédiatement en lumière qui semblait venir de l’immeuble lui même. Cela a été un grand moment. Nous avons fait de très belles photos dans la nuit. Avec le noir en écrin à ces explosions de couleur, chaudes, froides, intimistes, enveloppantes...qui nous reliaient tête levée à nos voisins du sol dans la nuit noire.   
Et puis, il y a eu la rentrée en bus avec un billet gratuit. Que des jeunes dans le bus dont le chauffeur se la jouait Rambo au volant. C’était d’un drôle. Imaginez un double bus, roulant très très vite sur des pavés posés en creux et bosses, prenant des tournants hallucinants, nous faisant décoller de notre siège et retomber comme on pouvait. Du coup, on a loupé l’arrêt et on s’est retrouvé en terra incognita. Seule solution après avoir interrogé un jeune passant charmant, reprendre un autre bus pour revenir sur notre circuit. Chose faite 20mn plus tard, nouveau conducteur de bus, qui nous explique exactement ce que nous devons faire. Et voilà comment nous avons fini à pied la nuit blanche vers 2h du mat. Olé. Vive les pieds. C’est là qu’on s’est dit qu’on aurait pu louer un vélo à l’hôtel.  
Et le vin ? Rien sur le vin. Si pour le vin, il y avait même un circuit spécial organisé et animé par les Vins du Sud. Mais là, ça aurait vraiment de trop. Ca n’a pas été le cas de tout le monde. Certains l’ont bien faite cette nuit blanche. On les a retrouvé le lendemain matin au brunch à la terrasse de l’Irlandais place Flagey, près du lac d’Ixelles au soleil. Magnifique. Ca vous dirait un p’tit dèj irlandais avec saucisse grillée, beans à mettre sur les toasts …. ?. Quoi, vous calez, petite nature, va.    
 

www.carpediem.com

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Le monde selon Patrick Baudouin, vigneron, Ardenay, Chaudefonds sur Layon, France

2 Octobre 2007, 08:05am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un monde de conviction, plein  de tension et d’effort, dans un océan de douceur en concentré, un monde riche de contrastes qui se révèlent peu à peu pour qui sait voir et goûter, un monde ouvert, au delà des frontières et des clivages. Le monde de la mine, celle des hommes en noir, à Ardenay au pays du Layon, lorsque la rivière ne peut franchir la colline qui culmine à 70 mètres et qui la sépare de la vallée du Louet et plus loin de la Loire. C’est un coin heurté avec des vallées pentues, des roches saillantes, des routes en lacet, des petites maisons de mineurs à coté de fermes de travailleurs de la terre et  des demeures bourgeoises qui dés  le XVIIIè siècle savaient s’insérer dans la beauté des paysages de la Corniche angevine. Pour trouver Ardenay, vous choisissez l’endroit le plus resserré et le plus élevé au sud ouest d’Angers. Comme vous le dit Patrick Baudouin « c’est simple, quand la Vierge bleue vous apparaît, vous prenez à droite et vous voyez un peu plus loin… une haie de charmes et c’est là. »

 

Patrick Baudouin et le vin, c’est tout autant un combat d’idées et de rencontres avec des hommes et des femmes de conviction qui défendent les même valeurs de transparence qu’une affaire de vins proprement dit. Faire du vin est d’abord un combat philosophique qui se traduit concrètement en plus en vin non pas d’exception, ni d’excellence mais d’exigence. Je ne suis pas sûre que le vin soit primordial pour lui car le combat qu’il mène actuellement dépasse très largement cette boisson qu’on appelle le vin. Rester dans le cadre réglementaire, oui à condition d’en hausser le niveau pour garder la cohérence. « Ce n’est pas ma démarche de vouloir sortir du cadre pour en sortir, ma démarche est plutôt faire coïncider la démarche d’exigence, d’authenticité avec le cadre qui doit être remis en cause. Je ne cherche pas  la transgression pour la transgression, le cadre doit accompagner la vie, sinon c’est une chose morte et négative ». Il n’existe pas actuellement de mot qui permettrait de faire la distinction entre un vin réglementaire et un vin qui joue dans une autre cour, sur d’autres exigences avec tellement d’autres contraintes  que faire ce vin là devient un défi permanent. Défi pour se mettre en phase à l’écoute de la nature, au respect des équilibres naturels, en jouant avec ce que la nature donne, sans chercher à la corriger, à dire d’autre choses que ce qu’elle peut dire. Défi pour cultiver cette vigne, pour en faire du vin, défi pour faire comprendre ce vin et surtout aussi pour arriver à vivre de la vente de ce vin. Car ce défi d’essence philosophique doit pouvoir coïncider avec l’objectif économique de rentabilisation du travail effectué dans le cadre d’une logique d’entreprise.    

C’est cette conscience des enjeux multiples qui conduit Patrick Baudouin  depuis maintenant quinze ans à réclamer plus de logique et de cohérence d’un coté, de justesse et de justice de l’autre dans le monde du vin. Il parle aussi d’éthique. René Renou avait proposé de parler de « Vins d’Excellence » mais les mots sont cruels. Dire qu’il y avait des vins d’excellence, cela voulait dire que les autres ne l’étaient pas ou si peu, ou trop. Il y a en plus dans ce terme d’excellence, une idée aristocratique qui passe toujours mal dans un pays qui, paradoxe, voit le vin en château et où le rêve d’une vie est de devenir châtelain. Pour sa part, il a beaucoup de réticence sur la dénomination de « vins naturels ; en fait je ne veux pas du tout communiquer avec ces termes. Ce serait une erreur philosophique, car parler de ‘ vin naturel’ est compris comme ‘ sans l’homme’ alors que l’homme et ses actes font intégralement partie de la nature ».  

 Créer est toujours un exercice difficile ; on est seul. Défendre ses idées contre le consensus est encore plus difficile. Il faut tenir, en assumant une charge tellement lourde qu’on se demande comment on a encore assez d’énergie pour échanger avec les autres. Parce que parler est vital. Patrick est de ces hommes qui pense qu’il est possible de changer le monde avec les idées traduites en mots ; ces mots qui vont à la rencontre d’autres comme lui, qui se heurtent frontalement à un immobilisme certain, à ces habitudes nées de contraintes économiques bien réelles et de pratiques avalisées par la majorité. Vigneron, ce n’est pas un métier, ni une profession, c’est un engagement de vie. Certains disent de lui qu’il est un idéaliste. Lui pense qu’on doit porter ses convictions. Il préfère se penser utopiste. Il est vrai que boire les vins de ces passionnés vous entraîne à voir les choses autrement, en mouvement, dans l’instant, dans le temps et dans l’espace. Car les choses changent. Patrick Baudouin en est bien persuadé. Sa formation d’historien et sa pratique syndicale ne sont pas un hasard. Comprendre notre société, c’est aussi d’abord se remettre en perspective en jouant collectif avec un petit groupe. Et ça, on en a vraiment besoin pour arriver à avancer sans attendre que tous soient prêts.                          

Actuellement, Patrick est reparti des fondamentaux. C’est dire qu’il remonte à Capus et à 1905 qui distinguait déjà les vins élitistes qui représentaient 10-15% des vins. Depuis l’entrée dans l’ère productiviste avec des engrais, des clones plus producteurs et la chimie, la production a explosé et l’Etat n’est plus garant de la morale. D’où la confusion actuelle, avec les AOC assurant plus de la moitié de la production française de vins ou  des grands vins rejetés lors de l’agrément.   

Patrick Baudouin est un homme qui a beaucoup d’amis en France et en Europe avec lesquels il partage, échange et avance. Quand il signe ses mails, il ajoute, comme un ministre, toutes « ses » signatures. Entendez par là les associations comme Sève, Sapros  qu’il a contribué à créer, dont il fait partie et dont il assure, avec d’autres, la diffusion des idées communes. Mais lui aime encore plus que d’autres écrire, tout autant que discuter.  Débattre aussi, en particulier avec son voisin de Chaudefonds sur Layon, Pierre Aguilas, vigneron, qui l’a accueilli lors de son arrivée en Anjou. Pierre Aguilas, est, on le sait, attaché à défendre la cause des vins de Loire et des « petits vignerons ».   Patrick et Pierre sont au moins d’accord sur deux choses, la valeur du terroir et l’injuste méconnaissance des vins de Loire.  

Cette méconnaissance se traduit par une valorisation encore plus difficile des vins à rendements aléatoires d’une année sur l’autre qui n’offrent qu’une seule certitude, c’est que les rendements seront faibles. C’est tout particulièrement le cas des liquoreux qui souffrent, encore un paradoxe, d’une certaine défaveur alors que toute l’industrie agro-alimentaire est placée sous le signe du sucre et du sucré au jus de betterave alors que lui défend le seul pouvoir du botrytis. Comme le disait son arrière grand mère, Maria Juby, qui a fondé le domaine familial avec son mari, Louis Juby : « les clients à leur arrivée, disent qu’ils veulent du sec et ils ressortent avec une barrique de moelleux. »  C’est à Maria Juby que le vigneron à dédié une de ses plus célèbres cuvées de Coteaux du Layon, du pur botrytis, qui arrache des trésors d’émotion aux rédacteurs du Gault et Millau 2007. Jugez-en par les mots employés : vins excellents, voire Grands, grandeur du chenin, série des Anjou blanc subjuguante, vins aériens à la fraîcheur diabolique, plus beaux vins de France, finesse et équilibre grandiose. C’est par Patrick Baudouin que s’ouvre la partie consacrée à la Loire et pas seulement parce que son nom commence par B. Il est coup de coeur pour tous ses vins, non seulement les blancs issus du Chenin (pour 7,5ha) mais aussi les rouges en Cabernet franc et Cabernet sauvignon (2,5ha). Son Maria Juby est noté 19,5 sur 20. Ils ne sont que deux en Loire à avoir cette note.  L’autre est un voisin distant de quelques kilomètres mais sur l’autre rive, Nicolas Joly avec un Savennières La Coulée de Serrant 2004.     

Et c’est là qu’on découvre le coté secret du personnage.  Parler pour défendre une injustice, oui toujours; parler de lui, non pas vraiment et quant à ses vins, il en parle avec beaucoup d’émotion, d’affection et de retenue, et toujours une préférence avouée pour ses liquoreux. Chacun de ses vins a bien sûr un ancrage dans des parcelles plein sud situées dans un terroir qui va de Chaudefonds sur Layon  (Ardenay fait partie de la commune) à Saint Aubin de Luigné en remontant le Layon (c’est là qu’est situé en particulier Les Bruandières, la parcelle acquise par Maria Juby au départ). Ancrage dans le temps aussi puisque jamais la nature n’est exactement la même  d’une année sur l’autre. Ancrage par l’homme qui doit à chaque millésime réinventer la vinification puisqu’il agit : « a minima en fermentation naturelle, sans ajout d’autre produit qu’une dose minimale de souffre. Si l’équilibre final se fait à 6,5° ; et bien, c’est que c’est bien ainsi ». La tendresse qu’il a pour ses vins va jusqu’à penser au nom des cuvées comme Anjou Effusion ou Après-Minuit dont l’étiquette est toujours réalisée par un ami artiste qui a pour nom Henri Mouzet qui réussit à associer le mot, vecteur de l’idée, intimement à l’art, à l’amitié, avec toujours une touche d’humour.
Car dans le monde de Patrick Baudouin, il y a aussi les copains, les vrais, ceux qu’on se choisit avec le cœur. Dans ce groupe là, il y a les artistes, il y a aussi des restaurateurs comme ceux des Tonnelles à Béhuard, à hauteur de Savennières, dans une île en amont sur la Loire. Gérard Bossé est en cuisine  et Catherine Bossé en salle ou quand il fait beau sous la tonnelle recouverte de vignes.  Et c’est en particulier là qu’il faut venir goûter les vins de Patrick en mangeant avec le plaisir de découvrir la cuisine de Gérard que vous apporte Catherine qui vous conseille sur les vins.  (Lire la suite de ce billet dans « le monde selon Gérard et Catherine Bossé, restaurateurs, Béhuard, Savennières, France)  

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Le monde selon Gérard et Catherine Bossé, restaurateurs, Béhuard, Savennières, France

1 Octobre 2007, 17:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce billet fait suite à celui dédié à Patrick Baudouin (2)

Gérard Bossé est devenu cuisinier en second choix de vie. Il a beaucoup lu, beaucoup réfléchi et est revenu en Anjou après avoir vécu et travaillé dans la région parisienne. Autant de points communs avec le vigneron. Par des amis, Gérard Bossé a entendu dire que Les Tonnelles étaient à vendre. Il connaissait. C’est là qu’il venait manger une tartine de rillettes avec un verre de Savennières avec ses copains le dimanche après-midi. Avec Catherine, ils se sont décidés très vite et se sont lancés à une ré-interprétation de la cuisine angevine. Le chef n’a jamais été très docile pour travailler sous les ordres de quelqu’un. Il se définit comme un artisan, un metteur en goût. S’il avait un secret, il tiendrait en peu de mots : des produits frais de qualité, avec un approvisionnement local, travaillés dans le respect de leur identité. « Manger une carotte rapée, c’est bon, une crêpe fait par le jeune voisin dans la crêperie d’à coté aussi. » En jouant les saisons avec une carte des vins de vignerons comme Gérard et Catherine les aiment et la possibilité de boire les vins au verre. La carte est tout à fait exceptionnelle, avec des vins de Patrick Baudouin bien sûr et aussi de Jo Pithon, de René et Agnès Mosse en Anjou, des Foucault en Saumurois …  

Ce goût pour le vin, Catherine l’a développé à l’instinct comme une ardente nécessité. Et pour acquérir cette dimension nouvelle pour elle qui travaillait aussi, comme son mari, dans l’animation sociale lui avec des jeunes et elle avec des femmes, elle a appris chez Patrick Baudouin et Jo Pithon le travail de la vigne puis du raisin pour faire du vin.  Cette approche douce, traduisez humaine, des lieux, des produits, des hommes et des femmes leur  a permis à tous deux de comprendre et de façonner « leur » Loire, celle qu’ils donnent à goûter à leurs clients.  

Des vins de Patrick, Gérard dit qu’il aime beaucoup ses moelleux. « Les belles années, il a fait vraiment des choses extraordinaires. Il y a dans ses vins un coté franc, droit. Ce sont des vins de bonhomme, avec les qualités et les faiblesses du bonhomme. Que ce soit pour Baudouin, Pithon et Mosse, Foucault bien sûr, à chaque fois, il y a correspondance avec ce qu’ils sontNous on goûte une bouteille. Si à la fin, on est toujours content, on sait que ça vient d’un vigneron comme on les aime. Les étiquettes ou les grands crus, on s’en fiche. » Ils connaissent tous les vignerons dont ils présentent les vins à leur carte. Ils sont allés à leur rencontre, chez eux. Pour aller plus loin, Gérard et Catherine ont franchi une autre barrière en devenant eux-même propriétaire de deux parcelles, Saint Germain des Près en Anjou blanc que vinifie Patrick Baudouin et une à Savennières  que vinifie Jo Pithon pour eux. Et cette fois-ci les deux propriétaires ont confié la création de leur étiquettes à Tolmer, un artiste ami, qui a noué des liens étroits et chaleureux avec les vignerons de Loire dans leur style.  Et c’est Lucie Lom dont  un des deux animateurs habite Savennières qui a fait leur protège-carte et leur carte de visite en partant d’une photo très graphique de la Loire en crue. Le résultat  est tout autant étrange, onirique que réussi.  

 

Le monde vu par un couple d’Américains, New York, EUAN, Béhuard, France  (3)

Le restaurant et la crêperie située à coté constituent les seules activités encore en exercice à Béhuard, que l’on connaît surtout par sa petite église et le pèlerinage qui continue à être pratiqué. Il y règne une certaine atmosphère de lieu hors du temps. C’est pourtant aussi à certains moments et pendant un temps très court le centre du monde. Cela a été le cas  pour ce couple de New Yorkais aux cheveux blancs, des seventies, qui ne parlent pas le français et dont nous comprenions tous l’américain. Ils étaient venus là absolument pas par hasard. Leur voyage avait été préparé. La dame avait un calepin et un crayon à portée de sa main et notait les accords mets-vins, les cuvées et les millésimes, avec un plaisir presque aussi fort que celui qu’elle avait à goûter, en compagnie de son mari. Tous deux font partie d’un « wine-group » à New York et se concentraient sur la rencontre qu’ils faisaient avec ce qu’il y avait dans leur verre et dans leur assiette, en échangeant avec gourmandise leurs impressions. Notre plaisir, à nous qui les regardions finir leur repas, a été de voir leur plaisir. Il est si rare en France de voir des gens dire leur bonheur de vivre, de manger, de boire, de parler et de remercier.  Ils avaient pris le grand menu : foie gras grillé, homard, turbot… Sur leur table restait une bouteille des Foucault « Le Clos ». En partant, ils ont demandé au Chef de venir signer le menu qu’ils ont emporté avec eux.  « It’s a very nice souvenir » a ajouté pour sa part le monsieur qui a signé la note et ça l’a fait rire. J’ai fait des photos des quatre héros ensemble, tous en train de rire. Au chef, ils ont dit de Catherine qui parlait en anglais avec eux :  « She is as good as you » et ils ont ajouté qu’on ne s’était pas occupé d’eux comme ça chez Taillevent.  

Le lendemain, ces New Yorkais avaient rendez-vous au Domaine du Closel et au Domaine aux Moines pour goûter des Savennières in situ. Catherine Bossé leur a trouvé une chambre dans le moulin proche du Domaine aux Moines sur la colline. La tonnelle s’est vidée, il faisait doux, il devait être 15 heures et plus, par un jour de semaine de septembre. Devant nous sont alors passés une quarantaine d’étudiantes et d’étudiants majoritairement en provenance  de Chine, en visite dans l’île ; des jeunes qui viennent de l’autre bout du monde pour comprendre notre monde, encadrés par un prof de l’Ecole supérieure d’Agriculture d’Angers. Et nous nous connaissions tous, le vigneron, les restaurateurs, le prof et moi, avec assis à nos côtés un couple charmant d’Américains et des jeunes Chinois dans la ruelle. A Béhuard, au Restaurant des Tonnelles.  C’est quand même étonnant.     

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La couleur de saison par la vaisselle, le vin, le raisin et le blog

21 Septembre 2007, 08:16am

Publié par Elisabeth Poulain

Au Japon, on a une vaisselle d’été et une autre l’hiver. Le climat est différent, la nourriture change, l’habillement est plus protecteur parce que la personne a d’autres besoins qu’en été. Il est donc normal que la vaisselle change aussi. Quand on connaît la superficie limitée des logements au Japon (plus forte densité au monde, de l’ordre de + de 1 000 habitants au km2, en Europe, seule peut lui être comparée le delta en Hollande) et quand on sait qu’il n’est pas d’usage de recevoir à la maison, on comprend l’importance symbolique de la vaisselle accordée à la saison. En Asie d’une façon générale, la saisonnalité est plus fortement marquée qu’en France où la segmentation appliquée à la vaisselle par exemple est plus axée sur le caractère social du repas. On distingue le repas de tous les jours en famille, de celui qui accueille les amis, souvent le week end –voila notre brin de temporalité- du repas de prestige quand on met les « petits » plats dans les grands, avec porcelaine fine et verres de cristal. Seul le pique-nique et le barbecue ont un lien marqué avec le plein air et l’été.

 

Les Champenois en ont tiré des conséquences très rapidement en faisant des cuvées d’été plus légères, plus fruitées et des cuvées d’hiver à la couleur plus dorée et une bouche plus complexe.  L’élan pour le rosé l’été dans le monde et pas seulement pour les femmes n’est qu’un des prolongements de cette tendance forte. Il n’est que de voir la mode vestimentaire  également pour s’en convaincre. 4 saisons en Allemagne, donc 4 garde-robes. Une des raisons du succès de l’Italie dans ce domaine est sa réactivité et sa capacité à innover en fonction des saisons. N’avoir que deux modes été/hiver, c’est se condamner à ne viser que l’hémisphère nord et seulement ceux qui bougent peu. Une solution est de transiger à 3, été+hiver+mi-saison.   Mais la mi-saison est peu vendeur parce qu’elle ne fait pas rêver. On a plutôt l’impression d’être en retard d’un train qu’en avance sur celui qui suit.  Or la mode est toujours devant.  

L’automne est une saison bien particulière ; c’est celle qui suit l’été, le moment le plus fort de l’année, le moment des vacances, celui où on expose son corps au soleil, enfin. Celui où on a l’impression enfin de vivre plus complètement. L’automne à la nature duale est tournée vers la rentrée, rentrée scolaire, retour au travail, avant l’arrivée de l’hiver et du froid. Il faut reprendre le harnais. Les couleurs changent. Nous aussi. C’est le retour du brun et des feuilles mortes. Sauf celles des feuilles de vigne qui prennent toutes les couleurs, vertes encore, jaunes éclatants et rouges, d’un rouge à vibrer d’émotion avant de tomber.  Peu à peu le rouge s’assombrit et vient celui  de la grappe de raisin que l’on cueille au cours des vendanges, celui du raisin pressé.  

Pour être en accord avec la saison, j’ai commencé par changer les couleurs du blog. J’ai choisi, vous vous en doutez « Raisin » dans la série Ice Cream ( ! c’est comme ça. Je n’ai jamais goûté de glace parfum « raisin »). Le résultat fait plus penser au rosé de l’été. Tant pis. Toujours pour être en phase, je commence aussi ma cure annuelle de raisin. Je choisis la formule light : un verre de jus de raisin mixé au début d’un repas léger. J. Valnet, le docteur bien connu, l’auteur de véritables bibles familiales*, recommande lui la formule lourde quand on veut perdre quelques kilos: 2 jours rien qu’avec 1 à 2 kg de raisin par jour tous les 10 jours. Combien de fois ? Mystère.   Excellent comme détoxicant, diurétique, stimulant et ++. Jean Valnet compare le jus de raisin (JR) au lait de femme (LF). C’est troublant. Eau : JR 75 à 83/LF 87, Matières azotées : JR 1,7/LF 1,5, Matières minérales : 1,3 JR/0,4 LF, Sucre :  12 à 30/LF 11. C’est pour ça qu’on dit à raison que le jus de raisin est un véritable lait végétal.  

Devinette : quel est le légume phare, autant que le raisin dans le domaine des fruits ? Celui qui sert à tout et dont ne devrait pas se passer. Et pourtant, celui qui est autant méconnu, voir méprisé, qu’oublié ?   

P.S. Vient de sortir chez Florette une salade de saison, intitulée Envie de saison Automne, avec de la scarole, de la Frisée, de la Chicorée rouge et des pousses de Romaine rouge. L'emballage en cellophane transparent porte des couleurs rouge violet foncé, orange cuivré et un tout petit peu de vert.  

* Traitement des maladies par les légumes, les fruits et les céréales, Maloine ed

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Quand Nicky rencontre Angie,

17 Septembre 2007, 15:51pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il lui fait la bise et ça devient une affaire d’Etat. Pourquoi parce que c’en est une (d’affaire d’Etat) d’abord, parce lui est français et elle allemande, parce qu’on ne sait pas de trop, si ça se fait ou pas d’un chef d’Etat à un autre et parce que surtout c’est toujours à l’initiative du Ier. Et ça, entendez la bise, relève des rapports homme-femme. Un sujet toujours d’actualité et qui à mon avis va le rester pendant encore un certain temps, voir un temps certain.  

Quelques éléments à verser au dossier. Au départ, c’est plutôt sympa. C’est un petit geste d’affection sans façon. Quelqu’un qui vous fait la bise ne peut pas être entièrement mauvais.  Les chats que j’ai vus mettent beaucoup l’accent sur le coté sympa de l’affaire et sur la différence culturelle entre les 2 pays.  

En Allemagne, on aime bien garder une certaine distance, plus grande qu’en France. Là franchement le respect de la distance à préserver impérativement dans les rapports sociaux, le travail et la politique en font partie, n’est pas sauvegarder. Chacun avance dans la vie entouré d’une petite bulle, comme un cocoon protecteur. La gêne commence quand l’autre franchit la frontière invisible, sauf pour des raisons amoureuses par exemple. Clairement on n’est plus dans le travail. Cette frontière varie avec les situations et les cultures*. Sans aller loin dans l’analyse, chacun sait et sauf exception que les Anglo-Saxons aiment garder une distance plus grande qu’en pays latins. En France on se serre très souvent la main, plus qu’en Angleterre  ou en Allemagne où on préfère limiter les contacts corporels.   

Et quand à la fameuse bise, de nombreux étrangers sont surpris de ce goût des Français à vous faire la bise, voir à vous serrer dans leurs bras, nous les femmes françaises ou pas. A tout bout de champ, sans s’arrêter, 1 fois, 2 fois, paraît-il que c’est 2 en Alsace (ah bon ??), en commençant par la joue droite. Plus paraît-il que cela devient populaire. 4 fois étant réellement un maximum. En Anjou, parfois, vous ne savez pas si ça va durer longtemps encore. Vous vous surprenez à compter et parfois vous arrêtez avant, sans faire attention. Et là suspense, est-ce que ça va recommencer ? Non, bon.   

Mais pourquoi les Français hommes veulent-ils absolument nous faire la bise ? Les exemples que j’ai trouvés sur le net citent la bise faite à un enfant, à une femme ! Ah ! Déjà, je n’aime pas beaucoup l’assimilation, comme la Documentation française qui a une rubrique « Femme,  enfant » dans son catalogue de nouveautés. Ca ne choque apparemment que moi. On pourrait peut être faire deux entrées. Quand même, on est en 2007. Passons, on revient au travail. Là on n’a pas besoin d’affection, mais d’efficacité et de politesse.  

Pour Angie et Nicky, que vous avez bien sûr reconnus, la critique en Allemagne, ne se situe pas sur ce terrain mais sur celui de la familiarité. Ca fait trop copain-copain. Evidemment le Grand Jacques faisait un baisemain, ce qui a des façons Grand Siècle, en forme d’hommage dit le petit Larousse, à une femme ou à un souverain. Cette fois-ci, ça pourrait passer pour le souverain, de souverain à souverain. Remarquons que le coté désuet du baisemain était déjà une bizarrerie; on pardonnait. Ah, ces Français toujours à se faire remarquer.  

Pour finir, je vous livre en cadeau, certaines de mes sources « Histoire de la Politesse de 1789 à nos jours » de Frédéric Rouvillois (Flammarion) que j’ai achetée pour ma recherche sur Les Habits du Vin. L’auteur, un juriste distingué comme je les aime, décrit en p. 204 :

-        la vieille poignée de main française, noble et digne, au bout du bras tendu droit,

-        le secouement britannique brusque et cordial (= le shake hand). Il date la naissance du baisemain du début du 20è, fort répandu avant la Grande Guerre : le geste d’un homme, d’un jeune garçon inclinés sur la main d’une femme est d’une  grâce et d’une délicatesse exquise. Il est bien plus déférent que le shake-hand cavalier. Un détail, l’homme ne soulève pas la main de la dame et doit se courber ; on peut le pratiquer dans la rue, tout dépend de la rue, contrairement à ce que me disait ma mère qui me disait: jamais dans la rue !

-        Pour la bise, il faut se rendre à la page 400 ou l’auteur parle alors de promiscuité plébéienne !  Une seule exception admise, celle de l’âge avec les jeunes qui se font la bise, sans même se connaître, en signe de reconnaissance. 
Et c’est Gilles Marin-Chauffier dans son dernier roman « Une vraie Parisienne » (Bernard Grasset) qui nous donne peut être une autre piste en nous parlant des bises qu’on se fait entre people : « on s’embrassait tous, on s’aimait, la journée s’achevait… ». mais ce n’est plus le temps du travail.  

* Sur le sujet voir tous les ouvrages de Edward T. Hall publié au Seul dans la collection  "Points" et tout particulièrement "Le langage silencieux", chapitre 10 "L'espace parle".

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Scènes de pub, Tous marcheurs, tous marketeurs

16 Septembre 2007, 08:59am

Publié par Elisabeth Poulain

Ou le marketing en mouvement

 

Sibyllin ? Oui, j’adore être mystérieuse. Mais vous allez voir tout cela a un sens. La pub, parce que mon histoire se passe à Paris et qu’en vraie parisienne, j’aime regarder sans en avoir l’air ce qui change autour de moi, donc la pub. Ce goût rejoint évidemment mes affinités marketing pour le changement et la mobilité. Mais vous aussi et vous allez voir pourquoi.  Le marketing d’accord et le mouvement alors ? Patience. Et le vin ? Mais oui, il y en aura mais un tout petit peu. Suffit, on y va. Ah, marketeur ? Ca veut dire acteur du marketing. 

Pub et métro

A Paris donc, un des rites de passage est de prendre le métro, comme les autres, avec les autres. A Montparnasse, un autre rite est d’emprunter le fameux tapis roulant qui structure le long couloir quand vous prenez la ligne 4  Porte de Clignancourt-Porte d’Orléans. Et là, Ier exercice de marketing, je vous conseille de regarder la voûte à votre gauche quand vous allez à la gare. Vous voyez un spectacle étrange, très long, coloré, une flèche en forme de tresse de corps d’homme dont vous ne voyez jamais la tête. Au fur et à mesure de l’avancée du ruban, vous prenez conscience que cette mêlée linéaire est extensible à l’infini, vous repérez des pantalons dont la couleur se répète tous les 10 mètres ( ???, tout comme j’ignore les dimensions exactes de ce panneau d’affichage géant).  

Et le clic se fait même pour des  ignares comme moi : damned,  it’s rugby of course. C’est beau et malgré vous, vous vous demandez si c’est uniquement pour la déco. C’est vrai que ce panneau habille bien la voûte cintrée. Il faut attendre la fin du tapis roulant pour trouver la solution. C’est de la pub pour Toyota écrit en tout petit dessous. Une seconde preuve arrive cette fois-ci sur pieds. 4 Ecossais en kilt, un peu perdus, regardaient ça un peu dubitatifs.   Quand vous savez que la pub se mesure en ODV (= occasion de voir), vous multipliez par le nombre de personnes qui s’imprègnent du lien Homme+ Rugby + Métro = Toyota et vous arrivez à des scores impressionnants.  

Il y a là un concept, le lien entre des hommes en mouvement, en forme de corps de flèche, qui accompagne votre propre avancée sur le tapis ou le tapis lui même, un jeu graphique dans l’agencement harmonisé des corps, de la couleur mais pas trop sur fond blanc et une marque en tout petit, avec la pointe de mystère. Et c’est là, mon seul bémol. J’aurais mis moi le logo de la marque à hauteur de la tresse d’hommes au bout comme une pomme que le serpent s’apprête à avaler  ou comme l’entrée du but. En fait le décalage annonce la vraie cible, c’est un site « Tous ensemble derrière les Bleus ». Une belle publicité avec du sens, du style et le petit + qui fait la différence. En plus votre présence sur le tapis vous rend co-acteur de la pub, pas seulement parce que vous en êtes le destinataire mais parce que vous la voyez même si vous ne la regardez pas. Et la rencontre entre vous et la pub se fait en marchant quand vous êtes plus réceptif parce qu’occupé à marcher. Marcheur et marketeur. Ouah. Le pied ! 

Pub et train

Toujours marcheur mais cette fois-ci pour rejoindre votre train à la gare Montparnasse. Chance vous trouvez une place assise en guettant le panneau d’affichage. Pour meubler ce temps, vous ajustez votre vue, près de vous dans un tour circulaire : voisins, pigeons et en haut 3 panneaux, encore. Distincts cette fois-ci, sur fond blanc. Dimensions de chaque panneau : 2m x 10 ??. L’objet de la pub est celle fois-ci rond et non plus ovale, c’est un melon de marque Soldive. La trilogie s’appelle « Tentation de la Chair », le 1er panneau vise les « Préliminaires » ( = une tranche de melon avec des traces de dent), le 2 le « Passage à l’acte » (= la tranche entamée avec un fourchette-oh !) et le 3ème « Mariage consommé » (l’enveloppe quand l’intérieur a été mangé).  Le ressort est clairement sexuel. Graphiquement, c’est réussi et le jeu de mots aussi. Plusieurs remarques quand même : 
- pour accentuer le sens, le panneau 1 (l’avant) aurait du être la tranche de melon non entamée, puis ensuite en 2 (passage à l'acte) les traces de dent dans la chair tendre.
La fourchette passe mal après les dents et fait mal à cette chair tendre. Je suggère une petite cuillère. C'est doux, rond, non-agressif.
- le positionnement des panneaux sous la verrière est idéal pour les pigeons et les personnes assises. Les marcheurs, j'en doute.   
 

Flèche du rugby et fourchette du melon

La Ière est symbole masculin d’action dirigée vers un objectif alors que la seconde par assimilation à la fourche est féminin en signe d’ambivalence. Vous savez le plus drôle, la fourchette du melon est à 2 dents, comme la fourche. En plus au 19è siècle, le bon usage de la fourchette interdisait qu’on touche l’aliment piqué avec les dents. Dans le cas de la pub, le panneau 2 contredit le 1. C’est peut être fait pour ça ?  

Et le vin ?

Pas de pub pour elle. C’est clair. Rien qui évoque le lien avec le vin sauf si vous vous approchez de points presse et là, vous trouvez une de ces petites pépites comme je les aime : un très petit livre bourré d’infos sur le vin, fait par un de nos Grands, Eric Beaumard, et QU’ON PEUT LIRE DANS UNE RAME BONDEE au point que vous ne voyez plus vos pieds qui ne marchent plus du tout. Du vrai-bon marketing adapté à nos vins les plus qualitatifs. Jugez-en. Le titre : les 100 meilleurs vins pour une cave idéale, à partir de 4E… de FIRST Editions. Le format : 8,5cm x 11,9. La segmentation : amateur débutant, amateur de découverte, amateur éclairé avec une 4è catégorie, les 10 vins à goûter 1 fois. Les données informatives sur le vin sont classées en catégories qui forment autant de segments de vin. Vous devez, incontournables, à goûter absolument et en plus l’usage des chiffres vous donnent des certitudes en étant assuré de ne pas commettre d'erreur ou de faute de goût, parce que vous avez une description claire et des accords mets/vins: 30 vins pour débutants, à –10 E, avec une garde de – 5ans, 30 vins découvertes/8-15E/garde 10-20ans, 30 pour éclairés /20-30E/garde 5 et + et les 10 à goûter x 1 fois. 
Pour la Loire, c’est la Coulée de Serrant, un Savennières de Nicolas Joly, ce visionnaire qui dirige un domaine qui a bientôt 1000 ans et dont le symbole est un hippocampe. Eric Beaumard conseille de le carafer au moins 1 heure avant de le goûter avec des poissons. Bonne dégustation à vous mais pas en marchant, quoiqu’on ne sait jamais quels vont être les usages de la table de demain !
  On a bien commencé à manger et boire allongé quand on était romain. 
Au fait, vous connaissez "Les Romains" du Domaine Gitton de Ménétrol sous Sancerre. C'est un Sancerre rouge. Zut je m'égare, ça c'était dans un catalogue Carrefour de leur FAV  qui était dans ma poche.           
 

PS. Selon Benoit Heilbronn, prof de marketing à l'ESCP, vous êtes exposé à 1500 "marques" par jour. il y a 20 ans, le score était de 500 aux Etats-Unis. Rassurez-vous, c'est une estimation. Tout dépend de votre mode de vie. Sur le sujet voir "La Marque" du prof cité en Que sais-je.        

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Vin + Moyen Age + Conques + Femme

4 Septembre 2007, 09:18am

Publié par Elisabeth Poulain

Oh la la ! C’est quoi encore ce titre ? Un vrai gloubi glouba ! On pourrait mettre tous les mots dans n’importe quel sens et ça irait quand même. Alors ça veut dire quoi? On y va, d’abord 1 par 1. C’est le jeu.
 
Le vin 
Parce que ce blog lui est principalement dédié mais pas que. Le vin est une façon particulièrement fructueuse de voir notre société, pas seulement en France d’ailleurs.
 
Le Moyen Age 
C’est une des périodes de l’histoire qu’on découvre et redécouvre depuis 50 ans. Vous me direz que c’est beaucoup. C’est peu aussi quand on sait que c’est un tel fourre tout pour certains qui désignent ainsi la période qui va de la fin de l’Antiquité à la Renaissance. D’autres le datent de la fin du 5è à la fin du 15è. On peut aussi distinguer le Haut jusqu’à l’an 1000 du Bas après. Il y a là les fondements de notre société européenne.  
 
Conques
Il faut y aller surtout quand les autres n’y sont pas. C’est tellement beau en photo qu’il faut absolument voir si « c’est vrai pour de vrai » comme on dit en langage enfantin. Choisissez un temps sec, avec du soleil pour la lumière, sans vent qui glace, enlevez les touristes (je sais que c’est facile mais je ne peux résister : le touriste gêneur, c’est toujours l’autre), trouvez une place de stationnement payante pas trop lointaine, payez et partez à l’attaque des petites ruelles, de l’Abbatiale du XIè et du Pont des Pèlerins inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco. Après avoir vu le Trésor, vous tomberez sur un des petits plaisirs du touriste de base  : acheter un petit quelque chose chez un marchand de souvenirs. J’ai choisi des cartes postales que je sais ne jamais envoyer- elles sont déjà un tiroir à se morfondre- et j’ai fait une trouvaille à 5 E. Voir maintenant à Femme. 
 
La femme
J’ai acheté un livre de recherche très complet sur « La femme au Moyen Age » de Jean Verdon, professeur d’histoire du MO* (vous savez ce qu’il y a sous ces initiales, sinon regardez en bas du texte) à l’Université de Limoges. Bouquin tiré à 35 mille exemplaires d’un format carte postale, écrit en petit dans des éditions Jean Paul Gisserot. J’aime bien me faire ce plaisir d’acheter ce qui au Ier abord ne concerne pas mes sujets de recherche pour voir, si par hasard…, il n’y avait pas quelque chose qui…Et, il m’a fallu attendre la page 101 sur 122, en avant-dernier chapitre – pour trouver enfin quelques mots sur les plaisirs de la bouche. Ouf !           
 
Vin + Moyen Age
Il y tient une place considérable, au moins pour ceux qui ont laissé des traces dans l’histoire. Entendez plutôt les riches que les autres. Ceux-là buvaient plutôt de la piquette, une boisson résultant du rajout d’eau sur du marc de raisin, le résidu provenant de l’extraction du jus de raisin servant à faire le vin. 2 produits à partir du raisin et après pressage, du vin pour les uns et de la piquette pour les autres, qui a donné son nom au « mauvais » vin.
 
Vin + Conques
Là c’est particulièrement intéressant parce que la liaison nous amène directement au rôle joué par le vin dans la religion au cours de la célébration de la messe et donc à la place qu’il occupe dans les communautés religieuses. Conques en abrite une depuis le Xè siècle.  
 
Vin + Femme
C’est une problématique tellement riche que je passe vite sinon on n’avance pas. Je ne peux quand même pas ne pas dénoncer une véritable absurdité réglementaire et je pèse mes mots. Celle qui concerne la protection de la femme enceinte sur la bouteille de vin. Pour gagner de la place, les vignerons ont choisi en très grande majorité de sélectionner l’icône représentant une femme enceinte montrée de profil barrée d’un grand trait rouge. Pour montrer que l’alcool est interdit à la FE, comme on dit. Mais vraiment. Quand un champignon est toxique, c’est le champignon qui est barré. Là, c’est la femme, c’est donc la femme qui serait dangereuse pour le vin. Il aurait fallu barrer un verre ou la bouteille. Il vaudrait mieux que la réglementation européenne modifie son icône.  
 
Vin +++
Oui, oui, je sais. J’en arrive enfin à la page 106 qui est l’objet de toutes mes digressions jusqu’ici. Jean Verdon, l’historien, a trouvé une pépite dans le Roman du Comte d’Anjou de Jehan Maillart, un conte populaire du début du XIVè siècle qui raconte par le menu des bonnes choses que la jeune héroïne persécutée mangeait et buvait avant ses malheurs. Je passe sur les mets, il y en a de trop, et j’en arrive aux vins : « Je buvais des vins de prix, du délicieux vin cuit au miel, des vins de Gascogne, de Montpellier, de la Rochelle, de Grenache, de Castille, de Beaune, de Saint Pourçain, d’Auxerre, d’Anjou, de l’Orléanais, du Gâtinais, du Laonnais, du Beauvaisis, de Saint Jean d’ Angely ». Pourquoi dans cet ordre? Il n'y a évidemment aucune explication. mais c'est formidablement intéressant de voir la diversité et l'ouverture du choix, au dela des frontières et bien sûr avant nos a priori d'aujourd'hui.     
L’auteur cite aussi cite Marguerite de Latour, prieure d’une communauté ecclésiastique à Toul, qui boit ¾ de litre par jour au début du XVè siècle. A comparer avec la ration quotidienne d’une chopine ou demi-pinte pour chaque religieuse (0,466litre) et d’une hémine (0,273l) pour chaque religieux à l’Abbaye de Fontevraud  (1101 à 1792), près de Saumur. On n’a aucune explication sur cette différence femme/homme. Une hypothèse serait à trouver dans le statut aristocratique élevé des religieuses. (dans Le vin aussi est affaire de femmes, Elisabeth Poulain, Ed. Cheminements). L’Abbaye de Fontevraud abrite dorénavant le Centre Culturel de l’Ouest, qui organise le samedi 6 octobre prochain un grand événement sur la Cité idéale, toute une journée consacrée à la prospective.

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Le monde selon Charles Joguet, peintre, sculpteur, Sazilly, France

31 Août 2007, 16:00pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est d’abord un monde profondément ancré dans une terre, Sazilly sur Vienne pour la vie de l’enfance, de l’adolescence et maintenant de l’âge mur, et aussi une ville d’art, Paris toujours, à cause du foisonnement artistique et intellectuel qui la fait vibrer.  Sazilly est connu d’abord par Charles Joguet, puis par son église du  XIIè siècle et par l’Auberge du Val de Vienne. Deux villes, plutôt une capitale mondiale d’un coté et un village de 233 habitants de l’autre. 

 

Deux facettes d’un même personnage qui toutes deux s’appellent Charles Joguet et dont l’une est tournée vers le vin de Chinon et l’autre la peinture. Et comme si ce n’était pas assez compliqué, chaque facette a son corollaire, la vigne pour le vin, la sculpture pour la peinture. Et l’homme dans tout ça ? Il est un humaniste lettré, profondément attaché à Rabelais, son voisin de Seuilly, si souvent cité pour sa façon de dire son plaisir de boire du bon vin mais dont on oublie que la soif dont parle l’homme de lettres est d’abord la soif de connaissance. 

  

Tout le monde connaît le vigneron qui a donné son nom à son domaine et ne l’a pas repris quand il s’est tourné exclusivement vers son autre vocation, la peinture d’abord et le sculpture ensuite. Pendant toute sa vie de vigneron, il a lutté pour garder au moins une partie de son temps, de sa créativité et de son énergie pour la peinture. Maintenant il peut peindre jour et nuit s’il le désire. Il n’en a pas pour autant quitté le vin, ou plutôt la  vigne. Il vit avec elle, au milieu d’elle, avec Monique, sa femme, et leur petit chien, Sunny, un fox-terrier, qui porte bien son nom d’Ensoleillé pour jouer sur la sonorité avec Sonny (fiston). C’est une véritable boule d’énergie, petit par la taille et grand par l’affection qu’il dégage. Et comme Charles Joguet est un homme compliqué et que lui au moins le sait, il commence par déclarer qu’il ne faut pas compter sur lui pour parler du vin, ni de la peinture d’ailleurs. Et que tout ça, comprenez les demandes d’interview et les explications,  l’agace prodigieusement.

 

Pourquoi ? D’abord il n’a que peu de temps à consacrer à des futilités. Il ne prononce pas le mot  mais il dit très clairement que parler de soi, de la peinture n’est pas possible en quelques mots. C’est un exercice trop complexe. Il a mieux à faire. Comprenez qu’il doit aller peindre et méditer. Pour assouvir son besoin de création, de s’exprimer, de continuer à avancer, d’aller jusqu’au bout, de dire autrement que par des mots son besoin d’entrer en relation avec les autres, il a choisi la peinture. Mais cela n’a pas été facile. Pendant 40 ans il s’est déchiré entre le vin et la peinture. « J’ai commencé par la peinture et j’ai fait les deux pendant toutes ces années. Avant, en essayant souvent d’être le meilleur peintre de tous les vignerons, j’ai même failli être le meilleur vigneron de tous les peintres. C’est mauvais pour le vin. La vigne, c’est autre chose ; il faut beaucoup s’en occuper et surtout faire ce qu’il faut au moment où il le faut. Ni avant, ni après. Le vin pour moi est plus intéressant ». 

 

C’est avec le vin que la part de création est plus forteCharles Joguet_ Le Roc difficile76.jpg– c’est là où un homme met son empreinte -  on le comprend quand on sait que Charles Joguet vigneron a su faire œuvre de pionnier dans le domaine de la vinification mais aussi de la sélection de la vigne. C’est lui en particulier qui a imposé par exemple comme une évidence la vinification à la parcelle, qui a relevé le défi de vinifier des vignes franc de pied à Chinon, une audace sans nom à chaque fois. Il est un de ces précurseurs vignerons à qui Didier Dagueneau de Saint-Andelain (avec Marie-Christine Clément, restauratrice du Lion d’Or à Romorantin) rend hommage en disant de lui : « Charles Joguet, le chantre de la Loire, l’artiste du vin, qui m’a appris l’importance d’oser , l’aventure de l’expérience, qu’elle soit concluante ou non » (Jacky Rigaux, Le Terroir et le Vigneron, Terres en vues).  

 

Un village, Sazilly, près d’un fleuve qu’on ne devine même pas, traversé par une départementale parallèle très passante, et qui empêche de voir la petite église du XIIè siècle, construite il y a bientôt 1000 ans. On ne  peut y entrer qu’en traversant le cimetière et on découvre ce faisant sur la façade sud 6 cadrans solaires particuliers. Ce sont des cadrans dits ‘canoniaux’ qui rappellent les heures auxquelles il fallait célébrer les offices prônés par Saint Benoît. Une façon immuable de découper le temps dans un lieu hors du temps à l’écart du bruit des voitures, sans commerce proche de l’église dont on ne peut faire le tour. La petite maison de Charles et de Monique est presque en face, de l’autre coté de la route en venant de Chinon, en bas du coteau à l’entrée du village. Il y a maintenant un petit panonceau pour indiquer le domaine au dessus mais il faut bien le chercher.

 

En peinture, Charles Joguet a commencé à Paris par l’Ecole Arts et Publicité, puis avec son maître Roland Bourigeaud, il a fréquenté « Montparnasse 80 » et a suivi des cours du soir à l’Ecole des Beaux Arts. Il a été confronté ensuite à la difficile question du devenir du domaine familial à la mort de son père. Sa décision fut : le vin à titre principal et la peinture à titre complémentaire et pour autant tout aussi nécessaire à sa vie que la première. Pendant toute sa vie de vigneron, il a réussi  à peindre. Il a exposé de nombreuses années à Paris au Salon des Indépendants ainsi qu’aux Surindépendants, au Salon de Mai et surtout au Salon des Réalités Nouvelles, aux Etats Unis avec des aquarelles à New York Madison Avenue et en Italie. Et comme cela ne lui suffisait pas, il a voulu se donner une autre façon de façonner la matière. Alors il est parti à Carrare sculpter le marbre et travailler  le bronze, tout en continuant à développer son domaine et à porter son nom de vigneron et celui de Chinon dans le monde entier.

 

C’est ainsi par exemple qu’il s’est lié d’amitié avec Kermit Lynch, le plus célèbre des importateurs américains, qui vient d’être décoré de la Légion d’honneur par le gouvernement français pour son rôle d’ambassadeur des vins français aux Etats-Unis.  Kermit Lynch a écrit de très belles pages sur Charles Joguet dans Mes aventures sur les routes du vin (Payol). Il dit de lui : « Ce n’est pas seulement que Joguet fait du bon chinon : c’est l’un des rares viticulteurs dont les vins sont passionnants au point de vue esthétique, spirituel, intellectuel, autant que sensoriel… Je vois Charles comme un artiste de scène et son vin comme sa chanson ou son numéro. Il refuse de jouer la sécurité ».

 

Pendant ce temps là, cet artiste aventurier du vin continuait la peinture, comme une vie si nCharles Joguet_Mure Reflexion .jpgécessaire qu’il lui a été impossible de s’en amputer. Il a aussi maintenant la sculpture, avec toujours à coté de sa main, un ou deux bronzes polis représentant un corps de femme lovée sur elle-même et qu’on a envie de caresser. C’est par la sculpture en forme de triptyque peint qu’il garde contact avec ses amis vignerons de Chinon. Pour la Confrérie des Entonneurs Rabelaisiens, dont il est l’un des fondateurs en 1962, il a travaillé directement dans le tuffeau de la Cave Paincte.  A cette occasion, il a pu laisser s’exprimer son goût pour la symbolique de la Renaissance. Au centre d’une grande composition, est sculptée en hommage à la vie une coquille Saint-Jacques posée sur un coussin moelleux, avec à son coté droit la face lunaire et féminine de l’existence représentée par la lune-le coquillage-la licorne et à gauche la face ensoleillée  et masculine avec le soleil-la coupe de fruits-le lion. La voûte céleste est figurée par un dais qui coiffe l’ensemble et sous lequel s’abritent des petits oiseaux en signe de spiritualité.    

 

 En peinture, le peintre utilise l’huile, l’encre, l’acrylique, le collage qu’il re-investit  à sa façon sur des grands formats, habités par un geste puissant, avec des couleurs fortes et qui traduisent une énergie qui ne demande qu’à se libérer. Enfin. Et il continue les expositions, comme en début 2007 à Saint Cyr sur Loire.

 

Entre l’église et la maison, se situe l’Auberge du Val de Vienne qui a une carte des vins tout à fait étonnante. Celle des Chinon rouges commence par une très belle sélection des vins du Domaine Charles Joguet,

-        comme le Clos de la Dioterie, la cuvée la plus célèbre, à déguster l’hiver avec un lièvre à la royale que Jean Marie Gervais, le restaurateur, définit joliment comme une compote de civet avec du foie gras et une liaison au sang,

-        le Clos du Chêne vert (lisez chez Kermit Lynch comment Charles a pu acheter à la chandelle, cette pépite, dont aucun vigneron ne voulait),

-        et Les Varennes du Grand Clos 2003 ou 2005 à goûter avec un carré d’agneau l’été par exemple. C’est une cuvée de Cabernet franc de pied.

 

Outre les vins du Domaine Charles Joguet, on trouve  sur la carte beaucoup d’autres Chinon de vignerons comme par exemple :

-        La Chapelle du Domaine de La Bonnelière de Marc Plouzeau,  un jeune vigneron voisin de la Rive gauche qui a ainsi nommé une autre de ses cuvées de Chinon,

et rive droite, 

-        deux des cuvées les plus renommées de la maison Couly-Dutheil,  le Clos de l’Olive et le Clos de l’Echo qui appartenait à la famille de Rabelais,  

-        au Domaine Bernard Baudry, La Croix Boissée …

 

Pour acheter des vins du Domaine, il vous suffit de remonter un peu le coteau pour accéder directement au Secrétariat.

 

Pour en revenir à Charles, quand il ne parle pas en peinture ou sculpture, il aime bien aussi s’exprimer par la voix des auteurs et peintres, pour dire ce qui le motive :

-        1. Peindre, c’est médiatiser son vécu et son ante-vécu.

-        2. Jouer avec les hasards, les surprises et les erreurs aussi (Véronique Wirbel).

-        3. Trouver d’abord, chercher ensuite ( Picasso).

-        4. Pouvoir jouer à la marelle dans les cases de l’imaginaire (le peintre Corneille).

-        5. Il n’y a pas de chemin vers le bonheur, mais le bonheur est ce chemin. 

 

Et toujours il y a Rabelais, cet humaniste aux mille facettes. Né à La Devinière toute proche en 1483 (ou 1494) et disparu à Paris en 1553,  François a commencé ses études à l’Abbaye de Seuilly voisine de Sazilly. Pour montrer la dimension contemporaine de son humanité, le peintre ne donne aucune citation de lui. D’autres vignerons font figurer la célèbre citation « Beuvez toujours, Meurrez jamais ». Pas lui ; il a préféré  montrer son visage pour incarner ses vins. Les étiquettes qu’il a créées sont toujours celles qui sont utilisés maintenant. Rabelais figure toujours en dessin dans son médaillon avec son œil gauche vif et malicieux. Le Chinon rosé Charles Joguet  est toujours représenté par un dessin de la demeure du Domaine sur fond saumon que Kermit Lynch a conservé pour la distribution aux Etats-Unis.  Il a du, pour insérer les mentions légales, enlever ce quatrain d’Omar Khayam que Charles avait tenu à faire figurer sur l’étiquette de 1978 du Chinon rosé, pour montrer que l’imaginaire du vin s’enrichit des mots du poète et mathématicien persan (1047-1122):

      Il faut que …Boire ce vin très frais !…

      Malheur au cœur où il n’y a pas le feu !

      Puis le jour que tu passes sans boire de vin,

      Dans tes jours pas de jour plus perdu que ce jour. 

 

Kermit Lynch a repris à son tour une citation, cette fois-ci de Thomas Jefferson (1743-1826) grand connaisseur des vins français et président des Etats-Unis, qu’il a réussi à coincer sur la contre-étiquette américaine réglementaire : « Good Wine is a necessity of live for me ». Qui dit mieux en 9 mots !

 

Ecouter Charles citer Rabelais ou Omar Khayam comme s’ils étaient là, abolissant le temps et l’espace, parler de son cheminement dans la peinture en vous montrant ses toiles face à la neige qui tombe à gros flocons de l’autre coté de la vitre de l’atelier qui nous sépare de la vigne en pente douce au cœur de l’hiver est un plaisir rare*. Revenant de sa dernière expo, le peintre prenait plaisir à redonner à ses œuvres la place qui est la leur dans l’atelier avant de partir orner d’autres murs. Il remettait son monde en ordre. Le monde de la création toujours en marche pour un homme profondément humain et qui fait de sa vie de créateur sa plus belle aventure. Le nom de ses toiles: Le Chant du Ciel jaune, Curieux regard, Rue de la Joie Blanche, Missing, Le Dernier Contrôle, Grand Signe rouge (100 x 64cm acrylique sur toile)…

 

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PS* Nous étions en hiver. J’étais allée à la rencontre de Charles Joguet dans le cadre de  ma  recherche sur l’habillage de la bouteille de vin de Loire. 

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Le Boire et Manger par la peinture

24 Août 2007, 08:25am

Publié par Elisabeth Poulain

DSF02680fg.jpgQuand vous découvrez l'évolution de nos styles de vie par les peintures des plus grands musées d'Europe, 

Eh bien, ça vous fait un choc, parce que vous recevez  l'art comme un message que des artistes d'il y a plusieurs siècles vous envoient personnellement, un message très claire et très direct que vous lisez sans vous soucier ni du style, ni de l'école, ni de culture savante. C'est ce qui s'est passé pour moi avec un Guide des Arts dédié aux "Traditions et Symboles" du "Boire et Manger" au cours des siècles en Europe. 
C'est encore une des façons de constater que les tableaux voyagent tout autant que les vins. 

Trois axes constituent le fil de trame de la recherche en texte et tableau, en 1 les lieux et les rites, en 2 les aliments et les boissons et en 3 la table et le décor. Rien que ce plan en 3 parties est lumineux. Il est complet parce que chacune des parties est tout autant nécessaire à la cohérence du système qu'indispensable en soi.   
Impossible de tout citer avec 400 pages, donc 800 tableaux. 

En 1, je choisis le café, le pique-nique et les règles de la table. En 2 le raisin, le vin et le champagne. En 3, vous avez déjà deviné que c'est le récipient à boire, la coupe de cérémonie et les récipients à eau et à vin. 

11. Le café au XIX siècle est essentiellement un lieu de rencontre où on échange beaucoup d'idées. On y boit du café certes mais aussi du vin déjà vendu en bouteilles depuis la fin du XVIIIè siècle. On les voit sur le tableau de Ludwig Passini, Café Greco (1850) à Rome qui existe toujours (Kunsthalle à Hamburg). 
12. Le pique-nique est plus un divertissement qui rapproche les participants au sein de la nature qu'un véritable repas. D'origine française, il devient fréquent en peinture au 18è, sous sa forme aristocratique. C'est le Pique-Nique au cours d'une chasse (1858) de Gustave Courbet  qui a été choisi  (Wallraf-Richardz Museum à Cologne).   
13. Pour les règles de table, j'ai appris  que nos amis raffinés qu'étaient les Romains de l'Antiquité avaient  trouvé un système un peu curieux à nos yeux:  nul ne devait toucher à la nourriture tombée de la table sur le sol  pendant les banquets ou de les balayer. Il fallait attendre sous peine d'offenser les Dieux. Toujours dans le but de les apaiser, des représentations des fruits et légumes surtout étaient peintes sur les murs. En signe d'abondance et de richesse aussi. Pour les déchets, c'est une mosaïque de la Cité du Vatican qui est représenté. On y voit os, pince de crable, noyau de cerise et d'olive, arête de poisson...(Cité du Vatican)

21. Le raisin forcément, quasiment toujours présent dans les natures mortes  du 16è jusqu'au 19è. Symbole de passion du Christ, il représente aussi l'automne à cause des vendanges. Il faut dire qu'il était présent sur les tables sous forme de raisin sec, comme amuse-gueule, entre les plats. Ici, l'auteur a choisi une Nature morte avec des fruits dans une niche (1620) de Frans Snyders qui associe grappe de raisin blanc et noir avec des figues et des grenaches. Une véritable merveille du National Museum de Stockholm.   
22. Pour le vin, je ne résiste pas à vous retranscrire la citation d'Aristophane, Les Cavaliers, qui figure dans l'ouvrage: "quand ils boivent, c'est alors que les hommes sont riches, réussissent dans leurs affaires, gagnent leurs procès, sont heureux, aident leurs amis". Plusieurs tableaux figurent  à cette rubrique, dont le Bacchus adolescent par Le Caravage de 1597. Parce qu'on le voit très souvent sur des étiquettes de vin , trop souvent peut être parce que la reproduction du tableau est libre de droits. Ne me demandez pas pourquoi. Ce Bacchus là est bizarre, asexué; par contre le décor est très riche et la coupe en verre de Venise remplie d'un vin pourpre. (Galleria delli Uffizi à Florence). 
23. Le Champagne, c'est Edouard Manet , avec Un bar aux Folies Bergère (1882) du Courtauld Institude of Art Gallery à Londres qui émeut.  

31. Le récipient à boire est très présent dans les peintures flamandes. J'ai choisi une toile dans lequel on voit un verre de l'amitié, un verre haut et fuselé utilisé pour partager l'amitié, celui que tient un homme assis et dans lequel une servante verse du vin avec un pichet en étain. Le peintre est Frans van Mieris le Vieux, le tableau Scène de bordel , la date 1658 et le musée , Mauritshuis à La Haye. Ca vaut le coup d'aller aux Pays Bas rien que pour voir -en vrai- ce tableau. 
32. La coupe de cérémonie avait un double usage, boire du vin au cours de cérémonies officielles et attester de son rang dans un cabinet de curiosité.  Vous prenez une corne que vous enchassez d'or  et à qui vous mettez un pied. Je suis tout à fait iconoclaste et ignorante. En fait l'ouvrage me dit que le vase de Jacobs More Ier a la forme d'un rhyton (oui??) porté par un aigle (ouah) qui est détenu au Musée du Kremlin (oh) à Moscou.  
33. Les récipients à eau et à vin forment un groupe composite dans lequel je choisis le tonneau qui figure à gauche d'une toile de Simon Marmion, Le Miracle de Saint Bertin (1459), un moine bénédictin du VIè siècle qui fonda l'abbaye française de Sithui, Saint-Omer en français. Le Saint qui soutire du vin avec son grand pichet d'étain, était d'autant plus célèbre qu'il était réputé à avoir accompli le miracle de remplir  de vin un tonneau vide. (Gemäldegalerie à Berlin). 

L'auteur, vous avez oublié de citer l'auteur. Oui, j'ai failli. C'est Silvia Malaguzzi chez Hazan éditeur et son travail, cette merveille à déguster avec modération ne coûte que 27 E. D'un coté, c'est formidable et de l'autre, on se demande comment on peut avoir une telle qualité pour ce prix là. C'est vraiment le travail d'une vie.     

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Le marketing entre abondance et pénurie

23 Août 2007, 11:27am

Publié par Elisabeth Poulain

DSC02302.JPGLe marketing face au changement :
Consommer moins, mieux ou faire autrement ?
 
Vous avez remarqué que je n’ai pas dit consommer autrement mais faire autrement, parce qu’actuellement les choses changent tellement vite qu’on ne peut plus dire que le marketing et donc la consommation en sont restés à leurs débuts. Eux aussi sont affectés par la courbe de vie d’un produit ou d’une idée. Ce concept est un des piliers du marketing. Et le marketing et la consommation en sont à une certaine phase de maturité. En clair, cela veut dire que nous n’en sommes plus ni en 1960 début du marketing en France et de la consommation de masse, ni en 1980 plein essor du « toujours plus », en consommant mieux, plus qualitativement. Nous en sommes à la 3ème génération élevée dans l’ère-air marketing au lait de la publicité.
 

Faire autrement
Des voix s’élèvent dans le monde anglo-saxon et aussi en Europe essentiellement en faveur d’un changement d’attitude face à l’appétit de consommation. Le « toujours plus » est-il toujours politiquement correct ou plutôt, l’est-il encore ?
That is the question. Il existe même aux EUAN des associations en vue de ré-apprendre à moins consommer. Et pas seulement quand on est jeune. Seul moment de l’existence où il est encore possible de dire en souriant qu’on n’a pas beaucoup d’argent. Après cela devient plus dur, comme si on n’était plus dans la norme.

 
Le mouvement actuel parle seulement de MOINS consommer. Un exemple est particulièrement vif cet été. Il s’agit de moins utiliser l’avion pour ses loisirs pour ne pas nuire à l’environnement. Avec ce très bel exemple du village de tentes monté à grand frais à Heathrow (UK) pour protester contre le projet de doubler la surface de l’aéroport. La question qui se pose alors est de savoir qui et comment va être résolue la question du qui va avoir le droit de prendre l’avion et à quelles conditions ? Pour son travail ou pour le loisir ? D’abord qu’est-ce qu’un loisir ? Le loisir des uns étant le travail des autres. Avec cette question : le militant canadien venu défendre la planète à Londres est-il venu en bateau ou en avion ? A votre avis ?  
Consommer moins
On parle toujours aussi de consommer mieux, c’est à dire actuellement, plus intelligemment, plus moralement. On évoque alors l’éthique et le développement durable. Quelques exemples des tendances qui existent actuellement. 
-        Consommer devient presque un devoir social envers certaines catégories de population dans certains pays du monde. Buvez du café de chez M.. H…   pour favoriser l’apprentissage de la lecture par exemple par le cultivateur, la cultivatrice et leurs enfants au Guatemala ou en République dominicaine. La démarche est intéressante mais suscite toujours des questions de savoir si le surcoût de 10% ne passe pas dans les frais de mise en place du mobilier design propre à la marque chez les distributeurs ou dans les frais du packaging branché propre à la marque.
-        Nous connaissons aussi une autre variante de ce type de consommation sur notre territoire cette fois-ci. Manger de la viande par exemple après une des dernières crises alimentaires pour aider la filière bovine à redresser la tête. Etre végétarien dans ce cas devient problématique et pose la question essentielle de la liberté de choix du consommateur. Avons nous encore le droit ou la possibilité de choisir notre façon de manger ?
-     On peut aussi faire autrement. Comme ce jeune ménage vu à la télévision qui se positionne sur le delta entre le niveau de vie atteint et celui effectivement payé. Ils continuent à consommer mais en jouant « malin » en faisant payer par d’autres (les parents, les amis…), en achetant à prix réduit (promotions + Emmaüs + braderies + troc… ) et en faisant de la récup directement. Il existe ainsi dans certaines villes suisses quelques dates dans l’année où mettre ses « encombrants » sur le trottoir et qui permettent aux « étudiants » de s’équiper à peu de frais. 
 
Remarquons tout de suite que nous n’avons pas de mot pour décrire cette nouvelle attitude qui consisterait à acheter autrement. Consommer vient de l’américain to consume et ne peut en aucun cas se réduire à acheter. Consommer n’a pas de réelle traduction puisqu’il s’agit d’une attitude globale face à notre capacité à nous procurer ce dont nous avons besoin et/ou ce que nous désirons. Consommer se situe tout autant dans le monde de l’imaginaire et du symbolique en application du principe d’incorporation –je suis ce que j’achète et/ou mange- que dans le monde du réel alors que l’achat se situe dans un cadre juridique et commercial.
 
Constats
Trois générations après l’avènement du marketing, quel est le constat ?
1.      Le marketing n’est plus contestable. C’est un moyen qui permet à l’entreprise de se positionner face à la concurrence en développant l’innovation et les mille et uns procédés propres à faciliter notre vie et à conforter notre ego. Petites, moyennes ou grandes entreprise ont toutes un marketing adapté à leur taille, quelque soit le secteur économique de production ou de distribution, le produit ou service, quelque soit le pays, quelque soit la culture, quelque soit l’âge du consommateur.
2.      La Grande Distribution est devenue mondiale, en se superposant sans transition sur toutes les modalités de distribution dans le monde. L’explosion de la Grande Distri en Chine est un véritable cas d’école.
3.      La publicité continue à fasciner et à attirer. Les mondes du rêve ainsi créés deviennent plus vivants et plus fascinants que le monde réel. Il faut dire aussi que la publicité se situe au carrefour de la connaissance de la psychologie, de la sociologie, de la création et de l’art. La publicité change la vie non seulement de l’individu, de la collectivité et de la société toute entière. Il n’est que de comparer la grisaille de certaines villes de l’époque pré-marketing en Europe de l’Est avec les nôtres pour s’en convaincre. Dépêchez vous d’aller les voir. Cela change à une vitesse folle.
 
Le mécanisme semble parfait : des consommateurs libres de consommer en choisissant parmi une offre surabondante dans un monde de douceurs, de conforts et de plaisirs. Sauf que nous savons bien que les choses ne sont pas aussi simples. L’emploi du mot simple n’est pas un hasard. Vous avez un problème, il vous suffit d’acheter tel produit ou de recourir à tel spécialiste. C’est simple, il suffit d’acheter. Vous vous sentez un peu seul-e, simple, il suffit de consommer plus. Avec un impératif, il faut que ce soit tout de suite, comme un enfant qui veut tout tout de suite. Et ce n’est pas un hasard si les acteurs économiques jouent sur nos pulsions enfantines pour vendre et plus et plus cher.  
   
L’argument : vous le valez bien. Vous vous êtes d’accord bien sûr, surtout si c’est affiché en gros par exemple par le Ier producteur au monde de produits de beauté dont une des récentes campagnes mondiales disait « parce que je le vaux bien ». En plus la marque vous donne la parole, c’est dire que l’information se transmet de consommateur à consommateur, en créant un lien direct avec la marque.              
 
Déséquilibres
A raisonner seulement au niveau des acteurs économiques que sont le producteur, le distributeur et le consomm-acteur, on s’aperçoit que cette trilogie est fondée sur une inégalité de fait. Des entreprises font face à un individu dont l’individualité se perd dans un marché global. Il manque le lien de travail qui existe au sein des entreprises et des administrations et le lien social et culturel qui relie les citoyens entre eux. Remplacer ces liens –travail, culturel et social- par l’appartenance à un club d’usagers de marques montre le profond déséquilibre de notre société découpée en tranche de consommation. D’autant plus profond que la consomm-attitude équivaut à un formatage de facto des consommateurs appartenant à des clubs de marques et/ou des réseaux.
 
C’est vrai que le devoir d’une entreprise est de se développer. Elle est condamnée à s’adapter et ne peut pas rester à un niveau de développement « n » figé à un instant « t ». La concurrence change la donne tout le temps. Mes interventions commencent toujours par ces mots « Tout change, tout le temps, à tout moment, pour tous, mais pas de la même façon ». Le marketing et la publicité sont une donne acquise. La société ne reviendra pas en arrière. La question est alors de savoir ce qui peut changer au niveau des personnes.  
 
Pistes de réflexions
Comment pouvons-nous nous réconcilier avec nous mêmes en réduisant la taille du grand écart que nous faisons constamment entre ce que nous vivons, ce que nous faisons et ce que nous disons ? C’est un de nos objectifs essentiels pour les 20 ans et + qui viennent. Peut être une des pistes serait-elle de revoir la hiérarchie des besoins qui est un autre grand pilier de la théorie de base marketing. Celle-ci plus couramment appelée « la pyramide de Maslow » du nom du psychologue américain est encore enseignée sur les bancs des écoles ; elle montre un consommateur occidental très rationnel. Il segmente ses besoins d’une façon prioritaire selon qu’il s’agit d’assouvir des besoins vitaux physiologiques en 1, sécuritaires en 2, d’appartenance sociale en 3, d’estime de soi en 4 et de réalisation en 5. Cette théorie, qui date de 1940, le monde d’avant guerre, ne correspond plus à ce que nous pouvons voir chez nous et plus loin. 
 
Actuellement des instituts de sondage travaillent sur un nouveau concept qui permet d’affiner le concept du pouvoir d’achat, le vouloir d’achat. Ils expliquent grâce à ce concept notre perception de la hausse du coût de la vie lors du passage de l’euro. Les produits que nous désirons ont certes augmenté ; par contre ceux que nous achetons sans les désirer ont gardé un prix relativement stable. Et comme le coût de la vie est basée sur des éléments appartenant plutôt à la 2è catégorie… 

Ce nouveau concept va peut être permettre de travailler sur le concept de MANQUE et non plus de besoin qui est beaucoup trop général. Un manque généré par une société d’abondance pour certains pays, qui n’a rien à voir avec celui de 1940, dans un monde global caractérisé par un choc frontal entre ce manque/abondance et le manque/pénurie tellement énorme que nous ne le voyons pas.  Comment une société qui n’a jamais connu une telle richesse, comment des personnes qui peuvent pour 80% d’entre nous choisir leur vie, pour la Ière fois dans l’histoire de l’humanité, se sentent- elles aussi, autant en manque ? C’est vraiment une des questions fondamentales à laquelle il convient de réfléchir en ce début de 3ème millénaire.   

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