Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

L'eau, le sel et le vin, La Verrerie royale et les Caves de la Bouvraie

5 Juillet 2007, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

DSC00983.jpgUne ballade à Ingrandes (49) et au Fresne sur Loire (44) On y fait des découvertes véritablement surprenantes. En arrivant d’Angers, vous prenez la rue de l’Eglise à droite avant le pont, puis vous suivez la grande rue et après la Ruelle des Pigeons, vous tournez à droite. Vous êtes dans la rue de la Verrerie. Au coin de la rue, un énorme porche marqué « Caves de la Bouvraie ». Et c’est là que vous apprenez qu’une verrerie royale a été édifiée à cet endroit en 1755. Au début du XIX siècle, 500 ouvriers y produisaient près de 500 000 cols par an qui partaient à l’export, en particulier aux Etats Unis. L'aventure s'est très vite terminée en 1830 en raison de la concurrence et des difficultés d'approvisionnement en charbon de qualité en provenance de Montrelais, le village proche. Quelques décades après, le site a été transformé pour produire du vin mousseux. Du contenant, on est passé au contenu. Les Caves de la Bouvraie, nouvelle version, sont nées en 1982 et appartiennent actuellement au Groupe Boisset.  

Avant, il existait déjà des Caves de la Bouvraie qui était un domaine familial depuis 1580. L’héritière des Caves épousa en 1886 un certain Henri Grandin, notaire à Ingrandes. C’est lui qui fit construire au dessus des fours à verre une grande demeure ornée de briques, entourée de hauts murs avec le fameux porche et qu’on peut louer pour des fêtes. Et c’est ainsi que le seul établissement industriel d’importance, Les Caves de la Bouvraie,  produit toujours un Méthode Traditionnelle, sous la marque « Grandin » d’Ingrandes sur Loire. Elles continuent à produire des bulles dont un Crémant de Loire qu’on peut acheter à l’Intermarché ainsi que les vins de Gérard Oger, le seul vigneron à continuer à faire du vin d’Ingrandes. Les Caves continuent à vendre à l’export comme au début de leur existence surtout en Australie leur principal client.  Mais on vient aussi de la Sarthe par exemple pour ces bulles,  au temps suspendu.  

Cela se passe à Ingrandes et au Fresne, 1400 habitants d’un coté et 700 de l’autre, sur la rive droite de la Loire déjà paresseuse en juin, la même rue parallèle au fleuve qui s’appelle la Grande Rue  coté Ingrandes et  Rue Principale coté Le Fresne. Des maisons, alignées le long de la rive et de temps en temps, des cales qui permettent d’accéder à l’eau. Un pont qui marque le centre du village d’Ingrandes, et qui traverse la Loire, pour joindre Le Mesnil, à 4 kilomètres dans les terres rive gauche. Du coup Ingrandes ressemble à une île avec de l’eau d’un seul coté,  mais une eau très présente. 

Dans cette "île", les échanges se faisaient surtout par l’eau. Ce n’est pas un hasard si le site a été choisi par les Gaulois puis est devenu une baronnie au XIè siècle. La Loire fait un coude à cet endroit, à cause d’un tertre où se trouvent d’ailleurs les bâtiments anciens du village. Les bateaux qui remontaient la Loire  y apportaient du sel avant la révolution,  des bananes et des oranges plus récemment … En redescendant le fleuve, leurs cales étaient chargées de charbon, de tuffeau ou de vin d’Anjou. Le sel et le vin. Il manque le pain. Sa trace est indiquée par les ruines d’un moulin   Et entre les deux une frontière, celle qui séparait la Bretagne de la France. Excusez du peu. En langue d’aujourd’hui vous traduisez le 44 et le 49, comme on ne dit pas. 

Cette île est un endroit très passant. Les marins s’y arrêtaient en remontant le fleuve dans l’attente du vent d’Ouest ; ils y vendaient leur sel, seul moyen de conserver les aliments et qui surtout, avant de vendre, ils devaient payer les différents impôts et taxes quand ils entraient en France. En attendant, ils buvaient du vin d’Anjou, du bon on l’espère, du vin de mer destiné surtout à nos amis hollandais de l’époque. Il reste un grenier à sel du 18è siècle perché en haut du tertre, ainsi que des murailles du 16 et 17ème siècle au Fresne. Ce sont les traces les plus visibles de cette frontière, avec la Contrôlerie du Trépas à gauche du pont d’Ingrandes qui percevait un droit sur toutes les marchandises qui montaient, descendaient ou traversaient le fleuve. 

Il y a aussi encore des témoins d’une époque révolue plus récente, qui garde des liens privilégiés avec la Bretagne. Comme Félix Fouquetières né en  1919, qui habite toujours le bord du fleuve. Il se souvient des vins d’Anjou qu’il allait vendre en Bretagne dont il est originaire et du cidre qu’il rapportait au retour à Ingrandes.  Ses clients étaient les gens qui vivent dans la Vallée en face sur la rive gauche. Pour ses déplacements éloignés, il utilisait une camionnette Hotchiss. Il faisait aussi des tournées avec son vélo. Il y chargeait 20 à 25 kilos de moules, allait de ferme en ferme et, quand il n’avait plus rien à vendre, rentrait. Sa valeur ajoutée se faisait en créant des liens transversaux à la Loire, en partant de la Bretagne. « Madame Marie, j’ai de belles moules à acheter et celle-ci de lui répondre, gardes tes moules, mon gars, moi j’ai des fraises qui n’attendent pas dans le jardin ».  

C’est un petit village paisible où il fait bon vivre et se promener. Comme d’autres, il a connu cependant beaucoup de bouleversements. L’ancien château a été incendié par les Anglais au 15è siècle avant de devenir la propriété de Gilles de Rais, plus connu sous son pseudo Barbe Bleue. De belles demeures  ont été construites ensuite. Elles ont accueilli Henri IV,  Louis XIV ou Napoléon III. Comme autrefois, il y toujours deux villages, l’un avec des maisons de mariniers et l’autre plus patricien avec des hôtels particuliers qui étonnent en ce lieu si resserré. Ce clivage traditionnel se double d’une distinction entre ceux qui  habitent Ingrandes ou Le Fresne et une autre entre ceux qui y ont des liens et les nouveaux arrivants qui recherchent une certaine douceur de vivre proche d’Angers et de Nantes. Car depuis 1852, il y a la voie ferrée. C’est elle qui forme le quatrième coté de l’Ile.   

Il n’y a plus guère de marins, ni de bateaux sur la Loire. Mais il reste la distinction entre les gens de galerne et ceux qui habitent dans la vallée, malgré la construction du pont suspendu en 1868, long de près d’un demi kilomètre. Le sel s’achète maintenant en boîte ou au kilo. Le vin ne compte plus qu’un vigneron, Gérard Oger du Clos Rossignol et qui repart en Bretagne chaque week end. Marc Fouquetière, le fils de Félix, précise qu’avant la dernière guerre, il y avait 21 cafés à Ingrandes même. Il y en a 2 actuellement. Mais on peut encore admirer des maisons de vignes au hasard des ballades dans les sentiers de randonnée. On vous montre aussi aux Caves de la Bouvraie la photo d'un bouteille de la Verrerie royale trouvée au fond d'un four, une bouteille de 25 cm de haut qu'on enfonçait dans le sable, parce qu'elle n'a pas de fond et qui s'appelle délicatement "Couille de Bouc". Elle était encore utilisée en 1950. Si vous arrivez à en trouver une, dites le moi!  

Sources : Office du Tourisme d’Ingrandes sur Loire, Félix Fouquetière, Jean Baptiste Glotin, Marc des Terroirs alias Marc  Fouquetière, Mairie du Frêne, conceptvins.com et boisset.fr.

Voir les commentaires

Le monde selon Didier Dagueneau & Co, Saint Anderlain, Aubertin, France

2 Juillet 2007, 11:20am

Publié par Elisabeth Poulain

DSC01054.jpgC’est l’histoire d’un tour qui me transporte loin de mes terres angevines dans un lieu magnifique déjà reconnu et célébré par les Romains. Ils avaient déjà l’œil, les diables. Du haut de la colline, on voit un paysage à 180 ° de vallées et collines. Non, je ne dirais pas qui est en face, ceux du Berry, qui lorsqu’ils voient celui qui m’accueille, disent de lui aux autres « tu sais, c’est le gars de la Nièvre ».

Je ne suis pas venue ici à Saint Andelain par hasard ; si je sais qui je viens voir, je ne sais pas trop où. Mais cela ne devrait pas être trop difficile. Cibler l’église, le temple, la mairie toute pimpante. Entre l’école d’un coté et le terrain de basket de l’autre, il y a un petit chemin qui a un nom sans un avoir un. Le premier bâtiment à venir sur la droite est un chai semi-enterré, contruit à coté d’une maison « Bellevue » aux volets bleus qui forme les bureaux et enfin la maison d’habitation. C’est là. Après le chemin se transforme en sentier qui descend vers la vallée et la Loire, parmi les plus beaux paysages de Loire qui soient.

Bellevue est le QG de la ruelle « Ernesto Gue Chevarra », au temps de sa célèbre photo qui a fait le tour du monde où le Che pris de coté sourit à quelqu’un qui est à coté du photographe. Il est éclatant de vie, ce rebelle qui a fait rêver des générations. La plaque est apposée sur le chai. C’est un Ier indice. Sur le chai, il y en a un autre, un bras d’honneur en bois, bras coudé à 90° tourné vers la vallée, qu’on suppose être le symbole du vigneron. Devant Bellevue, il y a des roses roses, rouges, jaunes, un prunus florissant et un pécher, plein de pêches, si le vent ne fait pas tout tomber.

Parce qu’ici, le point le plus haut de Saint Andelain en avancée vers la vallée, c’est aussi la tour météo. Le matin, à 8h à l’embauche, les prévisions de temps passent de l’un à l’autre, de Didier qui s’est déjà renseigné aux autres, que je vois et dont je ne connais pas le nom. Ils ont des cheveux longs qui ne voient pas souvent les brosses et les peignes. Ce sont ceux qui travaillent la vigne. Oui, c’est un drôle de temps. Tout à la fois, chaud par moment mais pas là, froid carrément pour une fin juin. On se caille carrément, moi qui suis une petite chose fragile. Des nuages qui passent vite au dessus de nos têtes, du vent froid et fort mais moins qu’en face. En tout cas, c’est ce que nous dit Héléna, la jeune femme, qui fait la visite et assure la dégustation. Il a plu pendant la nuit. Et la vigilance s’impose. La vigne est soumise à de fortes tensions actuellement. Il faut la surveiller et voir si des petites taches brunes n’apparaissent pas. Le mildiou attaque. On n’a jamais vu ça depuis 30 ans en France. 

Au cours de la visite du chai, ce sont les membres du groupe que j’ai le plus regardés. Il y avait un jeune vigneron israélien du Golan qui, pour me situer le Golan, m’a dit c’est « la même size que Châteauneuf du Pape ». On arrivait à se comprendre, lui avec des mots techniques vin en français et un anglais moins approximatif que le mien. Uri Hetz, tel est son nom, possède 5 hectares de vignes et visiblement, il n’était pas là par hasard. Visiblement aussi le parcours du raisin par gravité, il connaît. D’autres étaient plus difficiles à cerner, comme cet américain qui s’est prétendu espagnol avec sa femme et leur fille. Mais dans ce village si tranquille, si « français », sans que rien ne soit « étranger » à l’oeil, en quelques minutes, on s’est retrouvé à 4 nationalités, chez Didier Dagueneau. Pas par hasard, pour les vins de Didier Dagueneau.

Ses vins parlent autant que lui mais à leur façon évidemment. Leurs noms : Silex, connu dans le monde entier, Pur Sang, Astéroïde… tous des Sauvignon produit par une terre à silex, sans une goutte de calcaire dans les veines. Le premier, qui le dit, va avoir des problèmes. Didier a besoin de s’exprimer. Par ses vins, c’est une évidence. Par l’expression de ses habillages de bouteille aussi. Il aime la matière, la couleur, la sensualité d’une peau de bête sous laquelle bât une veine gorgée de sang. Il est un des rares vignerons qui a plusieurs habillages successifs pour un même vin. Pur Sang par exemple est aussi représenté par un dessin d’art pariétal. Un cheval a gros ventre tracé sur la paroi d’un mur, là sur la rotondité d’une bouteille.

Sur les murs blancs du chai, dans le coin à dégustation, Didier Dagueneau a collé ses étiquettes sur le mur. Il a aussi fait écrire en grand des citations de Gérard Oberlé, un ami :
- « Plus besoin de conquérir, quand tout est à vendre », « L’avenir appartient aux roublards et aux tricheurs »,
qui font face à sa préférée, du Che évidemment
- « Soyons réalistes, exigeons l’impossible ».

Parce que Didier est un homme de cœur qui a le goût de l’aventure et du défi. Pour le vin, il a voulu connaître autre chose, sans quitter ses racines de Saint Andelain. Après le Sauvignon, il s’est attaqué au Petit Manseng. Pour cela, il a un petit domaine de 2, 5 hectares dans le Jurançon, presque l’endroit le plus éloigné de Pouilly sur Loire, en traçant une diagonale vers le Sud-Ouest, vers l’Atlantique. Là en Béarn, il produit un vin que les visiteurs dont je parlais au début jamais ne recrachent : c’est Les Jardins de Babylone à Aubertin (64290). Personne, même parmi les professionnels, n’a été capable de trouver le taux de sucre. C’est la question favorite de Didier. La bonne réponse est 110 grammes et ça se goûte, se regoûte sans souci à cause de l’acidité élevée qui équilibre le tout.

Mais notre tour n’est pas terminé. Il suffit pour cela de dépasser la maison vers la vallée. Au fur et à mesure, s’élèvent des aboiements doux, mais vifs quand même, de chiens, qui s’expriment en vous voyant ; ils sont 30 à vous regarder passer. Vous, vous tournez la tâte de l’autre coté. C’est ce que j’ai appris, ne pas regarder un chien qui aboie en face. Là ce serait difficile avec le nombre et surtout, ils ne sont pas agressifs. Ces huskies, dont le nom vient de l’esquimo, ces chiens de traîneaux aux yeux bleus, vous ont à l’œil mais calmement, sans aucune agressivité. Ce sont des sportifs qui se reposent en attendant de travailler.

Il y a là trois attelages, celui de Susie, la femme de Didier, celui de Didier et bientôt celui de Aaron (7 ans) leur fils aîné, dés qu’il pourra les maîtriser. Léon (5ans) est encore un peu tendre pour penser attelage. En attendant, il faut s’en occuper, en plus du petit chien blanc et d’une vieille chienne husky qui ont le droit de dormir à la maison. Les courses d’attelage surprennent un peu sur cette douce colline de vignes. Il est vrai que c’est plutôt un sport d’Europe du Nord. Susie est originaire d’Hanovre. En grande sportive, elle adore la course d’attelage. Elle entraîne les chiens par groupe de 8, qu’elle attelle à un quad, dont elle ne démarre pas le moteur. Quand ces 8 premiers ont fait leur aller-retour en descendant et remontant la colline, elle en prend une seconde équipe et recommence.

Ca dépote à Saint Andelain, avec le contraste entre le coté un peu endormi du village en semaine, la notoriété bien réelle des vins de Didier qui sont connus dans le monde entier par leur rigueur et leur profondeur, la profonde gentillesse de ce vigneron humain et chaleureux, Susie, une femme qui a une énergie étonnante, et qui par exemple, a son arrivée au village, a développé d’entrée de jeu une affaire d’importation de calèche en provenance d’Allemagne. Comme il y a maintenant une concurrence polonaise, elle vient d’acheter, « avec ma copine Jacqueline, une rodéo machine », qu’elles louent à la journée pour des manifestations. 

Et le tour se termine par la visite du Temple (1890) que Didier a racheté et rénové entièrement à ses frais en plein coeur du village, à coté de la mairie, sur la rue principale. C’est émouvant parce que c’est petit au sol et grand en même temps quand on lève la tête. Le Temple vient d’accueillir sa première exposition de peinture avec 40 toiles de Jacques Oussou, un peintre régional de Loire. Il y a même un balcon intérieur qui a conservé son escalier d’origine pour accueillir des musiciens.

C’est ça le monde de Didier Dagueneau de Saint Andelain et d’Aubertin, un des maîtres mondiaux du Sauvignon, qui adore aussi la blague. Sur les murs intérieurs de la maison d’habitation, il a disposé des peintures de flibustiers qui savent lever le coude, en l’honneur du vin, cette fois-ci. Il y aussi des tas de livres sur le vin. Les deux derniers: Le terroir et le vigneron, Jacky Rigaux chez Terres en vue et Vignerons et Crus du Berry de Denis Herdier, Berger Editions, dans le premier Didier rend hommage aux hommes qui lui ont "montré l'exemple", comme Charles Joguet, et dans le second on parle de lui comme d'Agamemnon. Excusez du peu. Et comme il ne sait pas résister à une bonne blague, il m’a offert une bouteille très spéciale, un Blanc Fumé de Pouilly numéroté Cuvée Quintessence de mes Roustons, pour bien marquer l’origine bien virile du vin, à moi l’auteur du Vin aussi est affaire de Femmes. Et c’est ainsi que, grâce à Didier, j’ai découvert qu’il existait un portail Wikipedia, spécial Sexe. J’ai ainsi pu réviser un tas de mots classiques que mes frères utilisaient avec délectation dans leur jeunesse.

 

Et tout ça pour faire connaissance avec Didier Dagueneau dont les étiquettes très expressives figurent en bonne place dans "Le monde à travers la bouteille de vin, The World through the Bottle of Wine", ma nouvelle recherche sur l'habillage de la bouteille de vin à paraître prochainement. Je vous en parlais jusqu'ici sous le nom des Habits du Vin. 

Voir les commentaires

Le vin, le marketing et la crise

24 Juin 2007, 10:32am

Publié par Elisabeth Poulain

 
 C’est un drôle de titre qui associe trois notions dont on ne sait pas trop ce qu’il recouvre et c’est bien pour ça, que je l’emploie. Par où commencer ? 
 
Par la crise peut-être. Parce que si vous regardez bien les journaux, écoutez la radio, vous entendez le mot moins souvent. J’ai regardé la séquence consacrée à Vinexpo au début de cette semaine. C’est un « marronnier » (= article ou émission qui revient chaque année, comme la rentrée des classes) des plus classiques.  La référence à la crise a été beaucoup moins forte que les autres années. En 2004, 50% des vignerons interrogés s’y référaient expressément mais il est vrai que l’enquête n’avait pas été faite auprès des exposants à Vinexpo. Ceux-ci sont par définition ouverts vers l’international. L’explication de leur présence repose sur leur volonté de développer ou maintenir l’export.
 
Quelques chiffres d’abord : le marché mondial est en croissance sur la période 2004-2009, de 10% environ pour les effervescents et de 6% pour les tranquilles et de 7% et de 11% en valeur. Ce qui montre que les bulles voient leur valeur baisser sous l’effet de la concurrence et que celle-ci est favorable aux vins tranquilles. Les importations de vins s’accroissent quant à eux de plus de 14% sur la même période, ce qui signifie que les exportations aussi. Au plan de la consommation, ce sont les vins les moins chers du marché (au dessous de 5 USD) qui connaissent le moins de hausse, même s’ils restent majoritaires. Ce qui, quoi qu’on en dise, est un encouragement à la qualité. Je sais bien qu’il ne suffit pas de fixer un prix élevé pour être assuré que le vin est bon mais quand même. On ne trompe pas longtemps des professionnels.
 
Au plan mondial, les vins entrent dans trois catégories, les plus de 10 USD, entre 10 et 5 et moins de 5. Et là, ça interpelle  quand on rapproche cette segmentation des grands débats que nous avons eu ici en France sur les vins de pays du Val de Loire ou les vins d’Atlantique qui entrent pour beaucoup dans la catégorie « plancher ». C’est un terme que je préfère à « basse » qui a toujours un aspect péjoratif. Et on en arrive au marketing. 
 
Hors du marketing, pas de salut. C’est une évidence quand  on sait que le marketing existe dés lors que le produit se vend. Ceci dit le marketing peut être visible, on, dit alors que le vin est marquété (= sous-entendu qu’il n’est pas bon, ou tout juste assez bon pour des gens qui n’y connaissent rien), peu visible ou invisible pour le luxe. En fait le marketing suit une segmentation triple, fondée son caractère de visibilité. Mais dans tous les cas, il existe parce qu’il touche tous les éléments de la stratégie commerciale et oblige à définir très précisément le type de vin vendu, le pays dans lequel on vend, le réseau de distribution, le prix, la promotion en fonction de l’image du vin, du vigneron, de son domaine et l’image qui s’en dégage… 
 
En aucun cas, le marketing ne peut se limiter à une marque ou à la publicité. Malgré cette évidence, c’est pourtant, ce qu’on entend tous les jours et qui est repris en boucle, comme la fameuse crise : le marketing est associé à du vin de basse extraction, pour des gens de peu. Je grossis volontairement le trait. La seule exception à cette vision très négative porte sur certains vins qui « ont droit » par nature à se présenter sous une forme plus festive, comme le rosé, le vin d’été, voir le vin de copains, ou le vin ludique. 
 
Peut-on continuer à parler de crise alors que les principales caractéristiques de la situation actuelle en France ont été annoncées depuis le début des années 80. Non, évolution, oui, mutation, oui, difficultés d’exploitation oui, revente accéléré de domaines certainement. Je connais ainsi un domaine qui vient d’être revendu pour la 3è fois en 15 ans. Ca fait beaucoup. Iè revente par un vigneron qui n’a pas pu mettre en place un réseau de distribution, 2me revente par les Bobos qui l’avaient acheté et reprise maintenant par un jeune vigneron à l’étroit dans le domaine familial. 
 
Quant au marketing, il serait temps de le prendre pour ce qu’il est, un système organisé de techniques de cohérence, rien de plus, rien de moins. Mais c’est déjà beaucoup. Il met sa force de cohérence au service de la stratégie du professionnel du vin. A celui-ci de faire ressortir les qualités du vin. En n’oubliant jamais que plus le vin relève du luxe, plus il est l’objet d’une politique si fine de marketing qu’il en devient invisible. Moins on le voit et plus il est intégré dans le produit au point de faire corps avec lui et meilleur il est. 
 
Pour conclure, je dirai plutôt que ce je regrette, moi, c’est l’absence, pour une grande quantité de vins, de réflexion marketing, mais attention d’un marketing adapté à la petite exploitation, à distinguer de celle de la moyenne qui a déjà le profil d’une entreprise. Alors pour répondre aux détracteurs du marketing, je dis : 
- 1. que le marketing bien pensé existe,
- 2. qu’il est différent selon que l’on est petit, moyen ou grand, 
 - 3. et qu’il faudrait commencer par le commencement, c'est-à-dire savoir qui on est et ce qu’on veut en partant de ce qu’on peut. 
 
Le reste, c’est Sam le vigneron qui vous le dira quand il le pourra. Pour l’instant, il réfléchit à optimiser son temps d’été pour partir prospecter  en dehors de nos frontières.
 
 
 

Voir les commentaires

Champagne versus Bière belge et biscuit suisse

20 Juin 2007, 16:49pm

Publié par Elisabeth Poulain

Champagne versus Bière belge  ou Biscuit suisse

= Publicité comparative et Concurrence   

Vous avez bien lu. C’est le champagne qui se sent attaqué par la bière. Le motif : une question de concurrence, loyale ou déloyale. Que je vous compte le récit. Il était une fois une marque de bière belge qui avait décidé de monter en gamme. Elle a créé une bière très qualitative à la mode champenoise. C’est dire qu’elle a utilisé le terme de « Champagnebier », ce qui était une trouvaille étonnante (c’est moi qui le dit),  comme nous le raconte le juriste de l’Agence Juris Presse Stéphane Corone (Le Monde 20.06.07). Elle a du cesser par une Ière décision de justice belge saisie par le CIVC. Exit la référence directe à Champagne,  pour une bière fusse-t-elle de qualité, quand même. Exit aussi la citation directe à Reims France, ça faisait tâche. La société belge a conservé le droit de se dire « la première bière du monde » ainsi que « Brut Réserve ». Heureusement, parce que sinon, nos Crémant de Loire auraient été mal. Score au bout de ce premier set : 1 à 1, traduisez les deux parties sont mécontentes. 

Deuxième set devant la Cour de Bruxelles, sur un recours du CIVC, qui demande à la CJCE, (Cour de Justice des Communautés Européennes) de préciser ce qu’est la publicité comparative qui se réfère directement la concurrence entre produits comparables. Une compagnie de transport aérien peut faire de la publicité comparative en se disant meilleur qu’une de ses concurrentes. C’est ce que fait Leclerc face aux autres Groupes de GD, avec son site « qui est moins cher ».  

Se pose alors la question centrale de savoir si la bière est une concurrente du champagne. Ce sont toutes deux des boissons avec des bulles, qui ont suivi un process identique même si le  produit de départ est le raisin dans un cas et le houblon dans un autre. Pour la société belge, la réponse était non, pour le CIVC, oui et pour l’avocat général, suivi par la Cour, oui parce que la concurrence ne se fait pas seulement produit à produit mais fonction à fonction, d’un marché à un autre. Dans mon exemple du transport aérien, la comparaison pourrait se faire aussi avec du transport maritime. 

On comprend d’autant mieux la position du CIVC que celle-ci a, il y a quelques années, déclenché l’artillerie lourde comme il sait le faire, contre un producteur suisse de gâteaux secs, de marque « Champagne », du nom, écoutez bien, du village « Champagne » en Suisse.  Le Gouvernement fédéral suisse a pris fait et cause pour l’entreprise suisse qui flirtait évidemment sur le nom du village. Elle allait jusqu’à sponsoriser un bateau à voile qui portait fièrement Champagne sur ses voiles et appelait ses biscuits des « flûtes de champagne ». C’était beaucoup et comme dans le cas belge, le hasard n’avait rien à y voir. 

Suite de la bière : l’affaire revient devant la Cour de Bruxelles qui a maintenant un nouvel outil juridique pour trancher le différent, le degré de substitualité. Au plan marketing, c’est une façon de reconnaître   que les marchés ne sont pas étanches. Ils sont mouvants, changeants et les produits fluctuent en fonction des habitudes de consommation. Qu’une bière est tout autant un concurrent au champagne qu’un vin à bulle, quelle que soit le positionnement de l’un ou l’autre. Mais c'est quand m^me drôle de voir que le Champagne qui revendique l' air de famille avec la biere.  

Quant à l’affaire des biscuits Champagne, la société suisse a pu, fait rarissime face au CIVC, conserver son nom ;  elle a du indiquer la fabrication suisse pour la distribution en France d’autant plus qu’elle a une filiale en France ; enfin elle ne doit pas utiliser la dénomination de flûte de champagne. Je me demande même si ce n’est pas la Ière fois qu’il est interdit d’utiliser le nom d’un  type de verre. Et si je vous ai cité Leclerc, ce n’est pas par hasard non plus, c’est là que j’avais découvert ces flûtes. J’ai ensuite pris contact avec l’entreprise et j’ai pu ensuite reconstituer toute l’histoire, intervention du gouvernement suisse comprise. Du lourd.

Voir les commentaires

Chococube, Hasquin à Mortains, Vin, D Day et Boutros Boutros Ghali

14 Juin 2007, 14:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

dsc01690.jpgAccrochez-vous; il va falloir suivre. Il y aura de tout mais pas forcément dans le bon ordre. Du vin évidemment puisque je pense qu'il est un des miroirs de notre société. J'essaye de repérer les traces du vin, de vin de Loire. Du vin, il y en a eu forcément à l'Abbaye de Mortains après l'inauguration de l'exposition de Marcel Hasquin mais je ne suis pas restée jusque là. J'ai toujours eu peu ou pas de plaisir à peopoler. Ce n'est pas mon truc; à la place, j'ai été voir la grande cascade tout à coté. J'ai reconnu là le bon goût d'Adeline et de son frère qui ont fondé l'abbaye en 1100 et quelques. Un site en hauteur, des bois, de l'eau et de la pierre pour monter les murs du cloître.

 

Ldsc01684.jpg'exposition a lieu tout à coté dans un hangar repeint en blanc pour l'occasion, avec des verrières incluses dans le toit qui donne une superbe lumière. Et là, cela a été mon premier choc. L'écart qu'il y avait entre le monde selon Marcel Hasquin et le monde réel qui défilait devant les oeuvres. Il faut vraiment être seul pour voir de telles toiles blanches et noires, aussi fortes, dénudées, qui représentent une humanité dont il ne resterait que la spiritualité. Je ne sais pas pourquoi, je pense à un gant qu'on retournerait à l'envers. Ce jour là, il y avait des photographes, le préfet certainement et dsc01686.jpgsurtout, surtout mais j'en parlerai après, M. Boutros Boutros Ghali, ancien Secrétaire général de l'Onu. Beaucoup de gens, plus de 600 personnes. Le peintre s’est montré mais n’a pas accompagné le cortège. Cela aurait été de trop.

   

Ensuite direction la mer, forcément. J'aime l'eau. C'est une des raisons qui m'ont fait venir en Loire, près de la Loire. J'habite tout près d'un lac, creusé par des moines pour édifier une abbaye, une autre. Dans mon jardin, j'ai posé des pierres sur une ligne qui rejoint la mer. Il y a aussi l'eau du lac traversé par un tout petit ruisseau , qui se jette dans La Maine, qui rejoint la Loire, qui se jette dans une mer moi qui me parle, moi qui suis née à La Baule, une autre mer, un autre style. Ce jour là, il s'agissait de la Manche. Et là, choc n° 2, un petit.

   

Restaurant le soir forcément, moyenne d'âge élevé des clients en contraste avec la toute jeune fille qui nous servait. Ce devait être ses premiers services en salle. Une carte des vins d'une tristesse infinie. Un seul vin de Loire, un Muscadet avec pour seules indications, la contenance -75 et 35cl- et le prix, 13 EUR pour la 35. Je lui demande d'où vient le Muscadet. Elle ne savait pas et a été demandé, très gentiment. Elle m'annonce au retour: de Sèvres et Maine sur .... elle n'a pas su comment terminer. Moi, non non, j'aimerai savoir de chez qui, d'où il vient. Sa seconde réponse à son retour, fièrement: de Mouzillon. Heureusement, les huîtres et le poisson étaient bons. Je n’ai pas su d’où venait le vin. Les autres fois, il n’y a pas eu de vins de Loire marqués sur la carte ou un qui n’a fait envie à personne. L’export commence en effet à la porte du chai (voir Sam le vigneron et l’export, moi et la simplicité).

   

Le lendemain matin, poursuite de la balade, par un bonne marche le long de la côte, avec d'un côté une mer odorante, moitié eau, moitié algue et moitié mousse (je sais que ça fait beaucoup). Une aussi vraie mer que celle des cartes postales et dans laquelle je me suis trempée un peu plus loin, tellement il faisait beau. Et de l'autre côté, je sais bien que vous voulez savoir ce qu'il y avait de l'autre coté. Suspense, des campings. Camping force 4, c'est-à-dire qu’il y avait tous les modes de camping (en camping municipal, en camping-car, bientôt en résidence de loisir et en aire naturelle) sauf celle citée par tous les Français et qui n’existe plus, le camping sauvage.

   

Après la promenade, la découverte en voiture. Nous étions le D Day, ce qui se traduit visuellement par quelques efforts d'embellissement des villages et des drapeaux français, américains, canadiens... Des cars, tous anglais, remplis d'américains de tous âges, jeunes surtout, difficiles à croiser le long de la route du bord de mer. Une scène émouvante quand huit cars se sont arrêtées en front de mer à Omaha Beach et que plusieurs centaines de personnes se sont assises groupées sur le pan incliné qui protège le remblai. Beaucoup d'entre elles photographiaient la mer, l'eau bleue, le dos tourné contre les collines où il y avait eu tant de morts. Et puis le troisième choc, fort et dérangeant celui-là. Et les Français là dedans? Des civils étaient déguisés en soldats américains, comme s'ils étaient dans des jeux de rôles. Pour la vérité, j'ai vu aussi des américains dans des jeeps d'époque. L'armée française avait déployé du matériel avec d'un coté du matériel de la guerre de 40 et de l'autre des engins modernes. Mais vraiment très peu de monde.

   

L'allocution de la veille de M. Boutros Boutros Ghalli à l’Abbaye de Mortains prenait alors tout son sens. Il a parlé de la paix à sauvegarder entre les nations et de la culture à laisser s'épanouir comme le  moyen de favoriser le développement de  l'humanité. Entendez bien : pas un des moyens mais LE moyen. Des paroles fortes dans la bouche de celui qui a été pendant le temps de son mandat le garant de la paix dans le monde. Des paroles à mettre en situation avec ce qui s’est passé il y a quelques décades où on comptait en centaines de morts pour une petite colline. Qui raisonnaient particulièrement à mes oreilles, moi qui ai eu la chance d'avoir ce grand personnage comme professeur de droit international public lors de mes études à l'Institut des Hautes Etudes internationales à la Faculté de Droit de Paris, Place du Panthéon.

Voir les commentaires

Dites Madame, vous qui connaissez beaucoup d'entreprises

12 Juin 2007, 10:23am

Publié par Elisabeth Poulain

Dites, Madame, vous qui connaissez beaucoup d’entreprises, 

Dites, Madame, vous ne pourriez pas me trouver un stage. Oh la question ; c’est une des questions qui m’agacent fortement. Je dis toujours qu’on doit être capable de répondre à n’importe quelle question. Mais là, ça m’énerve vraiment. Au point que j’ai mis au point une méthodologie de recherche de stage que je donne dés les premiers jours. Parce que s’il y a une chose que l’étudiant sait quand il commence c’est que 1. il va faire un stage et que 2,  il a en a besoin pour passer l’examen et avoir le diplôme. En plus il connaît les dates et a le référentiel sous les yeux. 

Un stage ne se trouve pas, il se cherche. Pour beaucoup c’est la même chose. En fait c’est tout à fait différent. Chercher un stage implique de s’engager à fond dans une démarche comparable à la recherche d’emploi. Et là, c’est plus « facile » puisque de nombreux stages ne sont pas ou peu rémunérés. Penser qu’il suffit d’appeler quelqu’un pour que celui-ci vous donne un stage comme la maman oiseau donne la becquée à l’oisillon relève du fantasme. 

C’est vrai que je connais beaucoup d’entreprises. Elles savent très bien gérer les demandes de stage, de choix et d’accueil des stagiaires. Celles-ci ne m’appellent que pour me demander un stagiaire dans les cas « désespérés » ou graves. Et là c’est moi qui m’interroge sur les raisons de l’appel. Deux cas récents, uniquement pour l’exemple et sans en faire des généralisations. Une entreprise me demande « un étudiant,  connaissant le vin, bon en marketing, pas débutant et libre de suite en plus ».  Attention, pas un professionnel qui aurait quelques exigences sur le profil de poste, le type de travail, les conditions de travail et … le salaire. Car là, il n’y a pas de salaire. L’autre cas était à la fois plus grave et triste. Il fallait d’urgence quelqu’un, l’entreprise était en train de sombrer, pour assurer les affaires courantes. 

J’ai eu beaucoup de mal à expliquer au premier que le profil demandé relevait de la perle rare, qui existe certes. J’ai eu des étudiants véritablement exceptionnels, comme il y a des personnes rares. Par définition, un étudiant a ses propres exigences et contraintes, comme de suivre les cours, passer les contrôles, travailler entre les deux. Pendant de nombreuses années, j’ai eu avec grand plaisir des BTS Commerce International qui avaient des semaines qui dépassaient allègrement les 40 heures, sans compter le temps d’apprentissage, ni le temps de recherche de stage. Quand au second, j’ai du lui expliquer avec beaucoup de délicatesse qu’un étudiant est un étudiant qui n’est pas disponible comme ça, quand on en a besoin, sans souci du fameux référentiel, sans même parler des compétences. 

Le brouillage des genres me pose problème. Il y a beaucoup trop d’étudiants OVNI, mi-chèvre, mi-choux, étudiants certes et pas professionnels pour autant, qui travaillent sans être couvert réellement par le droit du travail, sans salaire mais qui reçoivent un peu d’argent. De l’autre coté, face aux entreprises, il y a plusieurs catégories d’étudiants. 

- Il y a les stratèges actifs qui ont défini un projet pas toujours très abouti mais suffisant pour leur permettre d’avancer. Ils sont guidés par leur envie de travailler pour un produit, dans une filière, dans un pays…Le choix est sans limite : travailler dans une PME aux Etats-Unis, intégrer la filière poisson d’élevage en France, prospecter le marché néerlandais pour un viticulteur… Tous ont commencé par développer leur connaissance du produit, de la filière, du pays, en se demandant parallèlement ce qu’ils allaient pouvoir apporter à ces entreprises. Ils  sont moteur dans une promo et se créent leur propre réseau relationnel. 

- Il y a les actifs appliqués. Ils font ce qu’il faut, sont sérieux et comptent un peu sur la chance et le réseau relationnel, surtout parental il faut dire. Ils forment le plus gros bataillon d’étudiants et savent utiliser leurs atouts sans forcer. Ils savent ce qu’ils n’aiment pas, plus que ce qu’ils veulent. - - Il y a les étudiants pour qui le stage est un pensum. Alors on s’y prend au dernier moment, parce qu’il le faut bien, en espérant le miracle. Parce que le miracle existe ; il y a en effet des heureux hasards qui révèlent à l’étudiant sa personnalité. Il trouve sa voie en avançant. Une affaire de chance et de rencontre.  Il en reste d’autres qui sont souvent tellement stressés qu’ils se démotivent ou n’arrivent pas à se motiver pour agir. Avec ceux-là, il y a un énorme travail à faire, en parlant de méthodes, de connaissance de soi, de projet…

- Et puis il y a les relations-relations, un pur produit de notre époque, même si cela a toujours existé. Ils additionnent les relations des parents, plus ceux du grand-oncle, ceux de la cousine, + et +. Plus il y en a et mieux c’est. Ils pensent que ce sésame leur ouvrira toutes les portes. Très vite, et grâce au stage, ils s’aperçoivent que les choses sont heureusement plus compliquées, surtout quand on est à l’étranger. Les plus actifs développent leur propre stratégie pour avancer. Ils ne confondent pas moyens et résultats. 

Je me souviens d’une séance de travail particulièrement intense avec une promo de 50 étudiants d’Affaires internationales (Bac + 5). Trois groupes, 1/3 étranger, 1/3 français-relations, 1/3 français-sans relation. Grosso modo. J’ai passé plusieurs heures à expliquer à tous ce qu’est une relation, comment chacun a des relations, eux étudiants y compris, comment développer un projet et comment avancer. A la très grande surprise des étudiants étrangers qui n’avaient jamais eu jusqu’alors de formation de stratégie active. 

Alors vous, étudiante, qui recherchez un stage de marketing dans le vin, la première chose à faire est d’aller à la rencontre des entreprises du vin, que ce soit au cours de visites, de dégustation ou de repérage sur les sites et en lisant ce qui sort. La seconde est de sélectionner des entreprises et de comparer leurs sites. Vous commencez à mieux percevoir la situation. Puis en 3, de voir ce que vous, vous pouvez apporter dans cette configuration, en sachant une chose. C’est que le marketing est partout, dans le vin comme ailleurs mais différemment. On n’en parle pas. Par contre tout le monde a besoin de vendre. Développer votre projet dans cette optique et surtout, surtout apprenez à connaître le vin, si non rien n’est possible.

 

 

Voir les commentaires

Sam et l'Export, moi et la simplicité

8 Juin 2007, 15:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Sam et l'export, moi et la simplicité

Sam, vous le connaissez, est vigneron. L'export concerne ses vins et moi parce que je suis moi , spécialiste export. En ce moment et ça fait un temps que ça dure, je ne suis pas contente, pas contente du tout. Mais vraiment pas. Pourquoi ? A cause d'une banque dont j'ai oublié le nom, oubli freudien sans doute, qui commence sa pub à la radio par ces mots « oui, c'est vrai, c'est dur l'export ». dit la voix masculine qui vous comprend si bien, vous responsable de PME, confrontée à l'obligation d'exporter. En vrac, mes réflexions pendant que j'écoute. On s'adresse à des responsables qui gèrent une entreprise. C'est simple ça? A mon avis non. Connaître son métier, s'adapter, mettre au point la stratégie, gérer le personnel, décider des investissements, mettre au point la distribution, c'est simple, oui peut être. Je ne pense pas. Tout d'un coup, être obligé de penser à se développer à l'export, entendre ça me rend proche de l'exaspération. L'export est une chance, pas un pensum. Entre nous, ce n'est pas plus difficile que de vendre en France. C'est à dire que c'est un métier difficile, comme le reste. Le mot simple me hérisse le poil. Rien n 'est simple, ni en France, ni à l'étranger. Penser même que vivre est simple relève du fantasme, comme de développer son entreprise.

Ce sont les mêmes arguments qui servent encore depuis 60 ans, écoutez bien, soixante ans: pour aider l'entreprise à exporter, il faut l'aider. Depuis 1946 exactement, toutes les mesures d'aide ont été inventées, appliquées et développées. La France a été leader dans le monde en matière d'aide à l'export, au point qu'elle a été copiée partout. Pendant ce temps, on a aboli les frontières commerciales et créé un grand marché unifié. L'information commerciale s'est développée au point qu'il y a pléthore, les salons se sont multipliées, les réseaux de distribution se sont diversifiés, tout comme les autres modes de prospection et on ose encore nous dire que c'est compliqué. Toutes les donnes ont changé mais pas cet argument, selon lequel une entreprise aurait comme un droit naturel à ne vendre que dans son pays. Chacun restant chez soi. Ce ne serait que lorsque les choses deviennent difficiles ici qu'il faudrait commencer à se pencher sur ce qui se passe là-bas, au-delà de nos frontières.

Je connais des entreprises depuis plus de 20 ans qui n'ont tâté de l'export que du bout des doitgs, sans vraiment y aller, ni y croire. Ce sont celles-là qui connaissaient mieux le système d'aide que le marché sur lequel elles voulaient aller. 20 ans après, elles n'ont toujours pas acquis la mentalité export. Et ce sont parmi celles-là qu'il y a le plus de fantasme export, en décidant par exemple, de prospecter la Chine. Ca me fait mal au coeur. La Chine est le marché le plus difficile au monde, au point de savoir faire plier Coca Cola, au point d'obliger Danone à courber l'échine. Commencez donc à vendre près de chez vous. Savez-vous par exemple que la Belgique est plus proche d'une grande partie d'entre vous que Marseille. Au fait à Marseille ou Toulouse, on connaît mal les vins de Loire. A 100 kms au dessus de Paris, on vend en grande surface 4 à 5 fois plus de vins d'Alsace que de vins de Loire. On trouve plus facilement des vins de Loire à Bruxelles qu'en Picardie. Pour reprendre un formule que j'ai souvent utilisée, l'export commence à la porte du chai. Encore faut-il mettre en place un réseau de distribution pour élargir l'espace disponible devant soi.

Savez-vous par exemple que jamais aucune entreprise n'a demandé à un étudiant ou l'inverse, aucun étudiant n'a jamais proposé à une entreprise, de prospecter la Belgique. Elles sont deux pourtant. Tout le monde va en Belgique wallonne et personne en Flandres, disons très peu, ce sera plus juste. Il y a pourtant des connaisseurs et une demande réelle.

Et Sam dans l'histoire, je ne l'ai pas oublié. Il va bien. Il a décidé de partir passer une partie de son temps d'été à se balader dans les Ardennes belges et près de la mer, pour commencer à sentir le marché. Aller dans les grandes surfaces pour voir l'offre, éviter les cavistes du Centre de Bruxelles qui sont hyper-sollicités et nouer des contacts auprès des restaurateurs.

En réponse à des questions qui m'ont été posées:

1.pourquoi votre vigneron s'appelle-t-il Sam? Parce que ça claque, c'est court et que ça m'amuse. Avec un M, il devient Man, avec un F, femme; je sais, je sais mais c'est comme ça.

2. Certains ne sont pas d'accord du tout sur les 5 métiers de Sam et s'en tiennent surtout à la vinification qui est leur domaine d'élection. Je ne vois pas comment on peut tout et bien faire, tout en restant indépendant. Il faut donc faire des choix. Le premier étant de rester petit, small is beautiful, disait-on dans les années 70. C'est toujours vrai. Ce qui est intéressant, c'est de voir les évolutions actuelles.

Voir les commentaires

Séquence de vie 9 (1) de vie, Eric Morgat - Marcel Hasquin

27 Mai 2007, 08:35am

Publié par Elisabeth Poulain

Séquences de vie 9 (1), Eric Morgat,Savennières, Marcel Hasquin, Abbaye de Mortains,

Les Trois Guerres, la lance, le sang, le rouge, le temps…

Tout commence, évidemment en ce moment, par du vin. Pas n’importe lequel bien sûr, pas du gros rouge qui tâche même s’il va y avoir effectivement du rouge qui tache et qui marque dans l’histoire. Commençons par le commencement. Ce serait déjà bien, moi qui viens d’écrire un livre circulaire (sur l’habillage de la bouteille de vin) , rond comme une orange qui aurait neuf quartiers. Le vin dont je parle est blanc, fin et puissant. Pour tout vous dire c’est un Savennières  d’Eric Morgat, certains diraient et lui le premier que c’est un Savennières de  L’Enclos. Moi je cite toujours le vigneron avant le lieu, fusse-t-il prestigieux. 

 

Bon, on a une base, le vin d’Eric qui nous amène à Marcel. Lui ne fait pas du vin, même si pour lui aussi le vin et le rouge sont toujours présents pour le premier et le rouge en ce moment surtout. C’est bien parce qu’il y a le vin et le rouge que je me suis retrouvée à la gare hier matin, pas du tout par hasard, j’ai horreur d’attendre, mais bien pour prendre un billet. Forcément attente ; je calcule trois guichets ouverts, 2 fois 3 personnes devant moi, je suis la 7è. Ca fait combien d’attente ? Pour attendre intelligemment, je regarde. Je vois bien quelque chose, bouger là bas dans le fond à gauche. On dirait un petit train qui tourne sur un comptoir. Une gare, un train, personne ne s’étonne et personne ne regarde. 

Arrive d’une dame d’un âge certain, droite, grande et vive. Elle se place à ma droite et attends. Puis se lève tout à coup et passe devant moi, se retourne, me dit : c’est juste pour aller voir le petit train. Elle revient tout aussi vivement et m’annonce d’un air entendu : c’est bien ce que je pensais, des lego ; le train est en lego. Ah, vous devez être une grand-mère pour dire ça. Rire et fierté : oui j’en ai 10, non en fait 9 et 1 arrière petit fils.  Je lui raconte qu’il y a en France 2500 familles qui comptent 5 générations. Je le sais par une de mes filles qui loue un logement à des personnes qui ont la fierté de faire partie de ce club très sélectif. 

Comptez bien, ça fait des arrière grands parents + grands parents + parents + des enfants + des petits enfants. Chez  elle, il n’y a que 4 générations ! Elle fronce le sourcil et ajoute : c’est dommage à 3 mois près, ma grand-mère aurait pu devenir arrière grand-mère. Elle est morte en juin 46 trois mois avant la naissance de l’enfant  fin août  46. Elle a connu trois guerres. Vous vous rendez compte. Elle avait une peur bleue des Boches avec leur casque à pointe. Elle disait à sa famille :’oui, j’ai peur,  vous ne savez pas le mal que les soldats allemands ont en eux. Ces soldats qui ont pris un bébé pour le clouer de leur lance sur le porche de l’église’. Quand on a vu ça, reprend ma voisine,  on sait que cette violence existe. On ne peut pas oublier ça. 

Oui, la violence, la lance, je lui ai demandé si elle ne voulait pas dire une baïonnette, non non c’était une lance avec le sang qui coule et le bébé… Une vision si horrible, à la gare en attendant mon tour, sachant que je venais chercher un billet pour aller à Mortains à l’Abbaye, pour aller voir la nouvelle grande expo de Marcel Hasquin, un grand peintre belge vivant en Anjou qui présente ses dernières œuvres. Un homme sur de grandes toiles rectangulaires hautes, rouges d’un rouge éclatant, dont ne ressort que le tracé d’un bourrelet de peinture, coulée le long d’un roseau (un calanne), pour figurer un homme lumineux. Un rouge d’une spiritualité si intense qu’on comprend que ces peintures trouvent leur place quasi naturelle dans une abbaye. La précédente expo de Marcel  Hasquin a eu lieu dans une église, c’était celle de la Madeleine à Paris.  Elle représentait La Passion. 

Arrive mon tour. Dame charmante ; elle a un badge autour du cou qui proclame « plus que 14 jours ». Je fonds de curiosité et je lui demande ce que ça veut dire. Tout bas, en se penchant vers moi, ouvrant grand les yeux et la bouche: la re-trai-te ! Ah ! Je lui demande si elle est contente. Froncement de sourcils : non. 

Bilan de cette séquence SNCF : 9 minutes d’attente + plusieurs milliers d’années en arrière pour une autre histoire de lance, un  millier d’années pour Savennières dont le vignoble de la Roche aux Moines était rattachée à l’Abbaye Saint Nicolas à Angers, qui possède le dernier vignoble d’Angers, 5 générations (soit 100 ans environ), 70 + 14 + 40, 14 jours, une semaine d’attente pour l’expo.  Et le lien entre le vin d’Eric Morgat et l’oeuvre de Marcel Hasquin tient en une petite étiquette blanche faite par le second pour le premier, de toute beauté, pour un instant d’enchantement, le temps d'un battement d'aile de papillon.  

Voir les commentaires

Je suis charrette

14 Mai 2007, 10:52am

Publié par Elisabeth Poulain

 J'ai tout juste le temps de vous dire que je n'ai pas le temps, plus du tout le temps de vous écrire un petit mot le dimanche matin pour me mettre en forme. La cause: je suis en train de terminer ma grosse recherche sur l'habillage de la bouteille de vin dans la vallée de la Loire.

 

En ce moment, je slalome entre les étiquettes qui forment les nouveaux tapis de la grande pièce. Plutôt, les étiquettes ont d'abord conquis les tapis puis ont commencé à grignoter l'espace inter-tapis. Résultat de cette invasion, je marche en fil droit, un pied devant l'autre pour avancer.

 

DSC00001.JPG

   

Dans les semaines à venir, je pourrai

-  répondre à ceux et à celles qui m'ont écrit,

-  plus spécialement aux étudiants qui sont taraudés par le besoin de trouver un stage,

- faire quelques articles, en particulier sur les difficilesq relations entre le vin et le marketing,

- citer les blogs des vignerons que j'aime bien,

- et faire ce que j'aime: de la marche à pied, m'occuper de mon jardin qui hurle de frustation, finir des raccords de peinture laissés en plan l'été dernier ( oui, je sais, nobody is perfect), aller voir des vignerons et tout ce que je ne fais pas depuis quelques mois... So long!  

Voir les commentaires

Un petit tour au Salon du Livre 2/2

8 Avril 2007, 09:27am

Publié par Elisabeth Poulain

 

 

 

Tranches de vie, Entre Girouette et Paravant, chameau volant, Gottfried Herder à Nantes et Angers, Yourte, Vickram Seth 

Le lien entre girouette et paravent ? Telle est la question qui me tournait dans la tête en marchant dans les allées du Salon dans le Grand Hall en direction du stand Cheminements. Le vent, bien sûr. Mais attention,  celui d’Edgar dont la vivacité, la rapidité et la capacité à tout saisir manque cruellement ces temps-ci, celui  qui disait qu’il était d’une fidélité à tout épreuve : il était comme une girouette qui suivait toujours le vent. C’est d’Edgar Faure dont il s’agit bien sûr. La sortie de sa biographie a coïncidée avec l’ouverture du Salon. C’est un vent qui voit tout, qui s’intéresse à tout, qui parcourt des kilomètres pour le plaisir de rencontrer et de comprendre. De Suisse, en Allemagne, en Belgique, au Maroc, en France bien évidemment et aussi en Loire près de Saumur. Le lien s’appelle Daniel Couturier. 

Il adore l’art, les livres, les objets, les rencontres,... Parmi ceux qu’il préfère, il y a Gi-rou-ette et Par-a-vent, l’un qui se  fiche au fait d’une maison et l’autre qui se déploie devant une fenêtre qui laisse passer le vent. Outre ce vent, leur point commun est qu’ils ont une formidable présence. Expression d’art que l’on dit populaire, ou support d’œuvres contemporaines, Girou et Avent ont une capacité de communication étonnante. Pour le savoir, commencez par lire « L’Esprit de la Girouette » publié aux Editions Cheminements. Vous apprendrez beaucoup et vous vous surprendrez à lever les yeux en l’air pour voir si des fois…Quant au paravent que vous avez repéré à Emmaüs la semaine dernière, vos doigts magiques le transforment en un tour de clac en œuvre d’art avec pour montrer votre génie et non plus cacher. Et puis vous pourrez toujours aller voir une de ces expos en Europe où Daniel déploie ses collections. En attendant « L’Esprit du Paravent » qui ne saurait tarder !

Après la girouette, allez donc faire un petit tour au Maroc. Simple comme tout, vous prenez votre chameau volant, spécial création DC, et hop, vous y êtes. C’est le dernier ouvrage de Daniel, cette fois-ci auteur  d’un conte pour petits garçons, illustré de dessins de Mostafa Ben Alia « Miracle au pays des Hommes Bleus ou l’histoire des chameaux volants » aux éditions Cheminements. Chez qui Daniel est aussi Directeur de plusieurs collections, dont celle du Vieux Logis du nom de sa propre maison d’édition. Cet homme là est aussi journaliste belge qui écrit surtout pour le Maroc où il compte  beaucoup d’amis. Cela ne l’empêche pas d’affiner ses recherches sur l’histoire des villages de la Loire. Prochaine sortie prévue : Montsoreau. Vous suivez toujours ? 

Maintenant vous prenez 4 paravents ou plus selon la taille, avec un peu plus de girouettes ; il vous faut ensuite pour la recette 6 tapis et des petits trucs qu’on va découvrir au cours de la construction. Les paravents sont debout les uns liés aux autres en forme de tipi indien triangulaire, avec un au dessus (un sans trou ni jour, de préférence) pour le toit, vous gardez un volet d’un paravent ouvert en guise de porte face à l’est (ça explique la yourte, si la yourte vous intéresse, lisez  « La mission Chaffangeon en Asie centrale en 1894 » de Michel Vaissier  chez Chem of course. Dedans attachez les tapis sur les murs, comme isolant contre le vent, avec un au-dessus comme plafond et en dessous comme plancher, tapis, matelas, planche de relaxation, de méditation et tout et tout. Non, ce n’est pas fini. Les girouettes bien sûr…Une yourte façon DC, sans Girou, ce serait comme…je ne sais pas. Inenvisageable. Et là le top. Vous mettez une girouette en position Loire, parallèle au fleuve, une autre fichée vers la Suisse (le pays de la maman de Daniel), une vers le Maroc, une vers l’Allemagne. Car notre homme-vent est germaniste. Il aime cette langue et cette culture. Un de ses essais d’ailleurs est dédié à Johann Gottfried Herder, un philosophe mentor de Goethe, qui a pensé avant beaucoup d’autre que nous étions déterminés par notre langue et notre culture et qu’il n’y avait pas de suprématie entre les cultures. Ca tombe bien le premier jour d’ouverture de ce Salon du Livre 2007, ouvert sur l’Inde. Lisez donc « Un garçon convenable » de Vickram Seth chez Grasset. Un livre dans lequel  vous pouvez entrer en commençant par n’importe quel chapitre.   

 

 

 

 

Voir les commentaires