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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Styles de pub, le chemin de l'oeil découvrant les nouveaux mots du vin

20 Octobre 2007, 09:19am

Publié par Elisabeth Poulain

fruit.jpgCe sont des mots de couleur qui volètent dans une page noire de la Revue des Vins de France (n° de septembre dernier consacré aux FAV et qui se termine par un bel entretien avec Jacques Puisais de Chinon) qui ont attiré mon attention. Plus que le fond noir ou le bandeau rouge qui coupe le coin gauche avec le terme de Foire aux Vins écrits en blanc. Le centre de la page est décalée au 1/3 en haut et dans la partie droite de la page, avec des mots qui forment des cercles concentriques autour de ce point de rayonnement. Aucun cercle n’est indiqué. Et pourtant on les sent puisqu’ils servent de point d’accroche à des panonceaux (fictifs) sur lesquels seraient portés les mots du vin seuls visibles.
 
Approche n° 1 La disposition spatiale
Dans ce cercle « central » (cercle n° 1) qui n’est pas formé, apparaît en caractères blancs romains, Roquesau dessus de 
Mauriac en dessous, le nom du domaine. Ce sont les mots les plus forts : ce sont les seuls à être blancs et en très gros caractères (1,6cm de haut). En petit en dessous bordeaux-france, sans majuscules. C’est là seulement qu’on s’aperçoit que ce doit être une pub. Jusque là, on ne savait pas de trop. Mais l’œil fait instinctivement le lien avec le bandeau rouge avec la mention « Foire aux Vins sur www.roques-mauriac.com » à gauche et  RoquesMauriac à droite.
 
Déjà troublé par la dissymétrie, le regard accroche alors les mots qui volent autour de Roques Mauriac. Ils sont en caractères droits, de trois tailles différentes, sans majuscules et surtout en cinq couleurs chaudes plus ou moins éclatantes. L’effet de couleur différencié donne une profondeur plus ou moins accentuée à chaque mot. Le tableau prend alors de la profondeur.
 
Dans le cercle n° 2, on commence à percevoir le mouvement avec le mot le plus proche château en ocre-jaune au dessus de Roques Mauriac . Puis en tournant vers la gauche, il y a plaisir en ocre orangé, puis en dessous et à hauteur de Roques Mauriac éléganceen ocre bronze. Et ça, c’est étonnant parce que l’atténuation de la teinte ne fait pas contrepoids à Roques Mauriac situé à la même hauteur mais en partie droite.
 
En dessous on trouve promesse en orangé vif, c’est même la teinte la plus vive que l’œil repère avec le rouge et le blanc.    Ce premier cercle se termine avec elle en ocre un peu plus clair que bordeaux - france situé au dessus. Le différentiel d’intensité des couleurs fait ressortir vers l’avant château et promesse et fait rentrer en creux élégance pourtant le plus gros caractère.
 
En 3è cercle, figurent deux mots gourmandise de la même couleur ocre-jaune que château tout en haut de la page et terroir dans la partie basse en couleur moutarde.
 
Le 4è cercle est très partiel puisqu’il n’occupe que le coin gauche inférieur, figurent lui en ocre moutarde un peu atténué par rapport à terroir et enfin partage encore un peu plus foncé.      
 
En résumé, la construction joue sur trois éléments principaux, un nom de domaine qui sert d’accroche, des éléments volants qui y sont rattachés comme par un lien invisible et la couleur pour donner le mouvement et la profondeur. Mais il y a plus puisque les mots eux-mêmes sont porteurs de sens.
 
Approche n° 2 Le sens des mots
- château : élément très important du positionnement surtout dans le Bordelais, placé juste au dessus du nom du domaine, il s’y associe naturellement ;
- plaisir : c’est ce qu’on appelle en terme marketing, le bénéfice consommateur ; le mot ici est associé à Foire aux Vins placé au dessus ;
- élégance : aussi important que château, presque une conséquence ;
- promesse : le lien se fait ici avec plaisir placé au dessus, la couleur est quasiment la même ;
- elle : désigne la nouvelle cible préférentielle en matière de communication ; on cherche instinctivement lui : il est en bas à gauche, elle à droite sous bordeaux-france de la même couleur ; 
 
- gourmandise : va avec plaisir, s’associe à château par la couleur et la proximité ;
- terroir : est la valeur de réassurance qui s’associe par son positionnement à lui placé en diagonale
 
- lui : fait le pendant à elle
- partage : rappelle que le vin est avant tout échange de valeurs
 
Approche n° 3 Le regroupement par la couleur (de la plus foncée à la plus claire)
Chaque regroupement suggère un univers qui à eux quatre forment le positionnement du domaine face à la concurrence.
 
Couleur n° 1 Orangé = suggérer l’hédonisme
-        orangé clair pour château et gourmandise
-        orangé plus vif pour plaisir
-        orangé très tonique pour promesse
Couleur n° 2 Ocre souffré pour élégance, lui et partage= renforcer l’assurance
Couleur n° 3 Moutarde jaune pour terroir = rappeler la légitimité
Couleur n° 4 Beige pour elle, bordeaux-france = créer une nouvelle notoriété
   
Approche n° 4 La découverte de la bouteille
Sa présence est si discrète qu’on ne la voit vraiment qu’à la fin. C’est normal : le verre est noir, l’étiquette est verte foncée et argent pour la partie supérieure avec un château et la capsule argent. Seul ressort le reflet de la lumière sur le verre et l’argent. La bouteille est collée contre le bord droit dans la partie basse. A ma question : la présence de la bouteille apporte quelque chose ? Un étudiant répond sans hésitation : « oui, si non on ne sait pas que c’est du vin ». Oui, à part dans Foire aux Vins.
 
Approche n° 5 La mention légale
« L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Sachez apprécier avec modération » sert de soubassement à la construction. Elle est, me semble-t-il, de 2 couleurs très proches, la Iè rappelle le coté souffré de lui et la 2è a la douceur de l’élégance. Un joli raffinement pour cette publicité qui fourmille d’idées. 
 
Approche n° 6 Le degré d’usage du mot
Plusieurs groupes se distinguent.

Groupe n° 1, la tradition
-        château + plaisir + élégance d’un côté
-        et terroir de l’autre
continuent à être les piliers de la communication « à la française » sur le vin. En conséquence leur degré d’usage est très fort.
Groupe n° 2, la novation 
-        gourmandise + promesse sont des versions contemporaines de plaisir en apportant un supplément de sens;
-        elle + lui désignent les cibles de la communication, surtout elle d’ailleurs ; avant, il n’était pas nécessaire de parler de lui puisque c’était une évidence ;
-        partage est une jolie trouvaille pour remplacer le terme de convivialité complètement dépassé actuellement.
 
Ces 5 mots sont la preuve qu’il est toujours possible de dire les choses d’une façon nouvelle, sans renier le capital de communication, en jouant simultanément sur l’espace, les mots, la typographie, la couleur et l’absence de majuscules pour bien montrer l’accessibilité.
 
Méthodologie
Pour la démonstration, j’ai choisi pour les mentions le caractère Verdana qui n’est pas celui qui est utilisé. J’ai mis les mots en caractères gras pour faciliter la lisibilité. De la même façon, je n’ai pas restitué exactement la taille des caractères. Je me suis basée sur une mise en relation de la dimension des mentions les unes par rapport aux autres. J’ai fait de même pour la couleur. 

Il est possible de découvrir sur le site de Roques Mauriac cette fois-ci une autre disposition des 9 mots du vin pour présenter la gamme des vins du domaine, Classic, Premier Vin et Damnation.    

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Que porter avec ce vin ?

16 Octobre 2007, 09:56am

Publié par Elisabeth Poulain

Qu’est-ce que ce titre encore ? Porter mais quoi ? Et le vin là dedans ? Mais voyons quelque chose, une robe, un pantalon, un ensemble, ce qui vous plaît mais surtout pas n’importe quoi quand même. Car déguster est une chose sérieuse et comme pour tout ce qui compte, il faut réfléchir avant à ce qu’on va se mettre sur le dos. Ce qu’on va porter en un mot. Il faut établir une stratégie. Pigé ? Oui, alors je continue.
 
Que porter avec ce vin est une des mille ou plus questions existentielles que se pose Camilla Morton, une journaliste anglaise, et à laquelle elle répond dans cet ouvrage à couverture rose « Comment marcher sur des talons aiguilles» visiblement destiné aux demoiselles des pays anglo-saxons. Le sous titre nous éclaire sur l’ambition du livre de 445 pages « Guide à l’usage des Filles sur absolument tout »(City 2006). Donc le vin. C’est d’ailleurs par là que commence le rabat sur la page de couverture : savoir déguster du vin, comprendre l’art moderne, parier aux courses, jouer au poker… Camilla a travaillé dans la mode avec John Galliano qui a fait la préface. Elle est maintenant chroniqueuse de mode pour le Times, Harper’s Bazaar…et vit à Londres. Alors le vin, ça vient. Oui, j’y arrive.
Elle y consacre une quinzaine de pages qui parlent du vin : comment le boire, ouvrir une bouteille, détecter le goût de bouchon…Curieusement dans cette section elle parle de la tenue à porter. C’est quand même la Ière fois que j’entends parler de ça, mais c’est aussi pourquoi je lis ce genre d’ouvrage qui vise la nouvelle cible de choix de la jeune génération féminine, celle qui est capable de lire en américain dans le texte Janet Evanovitch (que je vous recommande, c’est d’un drôle). Pas de dispersion, le vin. Juste un mot, ce n’est pas chez Stephanie Plum (l'héroïne de Janet) qu’il faut aller pour bien manger ou boire du vin. Sa mère par contre fait de la vraie cuisine, du moins à mes yeux.
 
La tenue à porter d’abord
Camilla voit le vin rouge comme une belle brune , un mélange de Sophia Loren et Jayne Mansfield avec Coco Chanel. Compris, il faut donc accentuer sa féminité avec jupe droite + pull moulant en cashmere + rouge à lèvre rouge + perles + talons hauts (d’où le titre) + bas résilles. Avec ça, vous devenez bombe incendiaire à mon avis, comme Jayne. Ca, c’est pour le resto. Il y a aussi la version ‘chalet montagnard’, mais rien entre les deux. Cette fois-ci, il faut un décor, feu dans la cheminée, fourrure en peau de mouton devant et vous posée comme une fleur dessus, avec (seulement, c’est moi qui le souligne) un grand pull ample. Attention, il vous faut un maquillage subtil. Vous dites ‘subtil’ !  
Le vin blanc est une belle blonde nordique, légère et forcément sexy, comme Marilyn Monroe. Vous portez une  robe de soirée Ralp Lauren, Calvin Klein ou bien une chemise blanche Jil Sander ou Galliano, avec une étole de vison, des boucles d’oreilles en diamant. Seconde version cette fois-ci en col roulé en cashmere, avec une goutte de parfum Allure de Chanel  (pas le 5 de Chanel que Marilyn utilisait « pour de vrai ») et des talons à bride en crocodile. Seule le vin blanc peut se boire entre filles en survêt de marque avec un masque au concombre devant un film d’amour. Très anglo-saxon, je vous le dis.    
 
Les vins maintenant
En rouge, il vous faut goûter :
-        le Cabernet Sauvignon rattaché à Bordeaux, la Californie, l’Australie,   l’Italie ;
-        le Merlot qui est lié à Saint-Emilion et Pomerol, la Californie, le Chili et l’Italie du Nord. En France, les grands noms sont le Château Le Pin, Petrus et Le Château Clinet ;
-        le Pinot noir, son nom est associé à la Côte d’Or en Bourgogne, à la Champagne, en Californie et en Nouvelle Zélande.
 
Le blanc
-        Le Chardonnay est cité en Ier. Camilla nous recommande parmi les meilleurs
      Chardonnays au monde le Meursault, le Puligny-Montrachet et le Chassagne-  
      Montrachet ;
-        le Sauvignon blanc est un grand vin de Bordeaux et de la vallée de la Loire…
-        le Pinot Gris qui est cultivé en Alsace…
Le rosé n’attire que peu de commentaires de Camilla qui cite le Lacheteau d’Anjou en 2è position parmi les trois vins cités. C’est la seule présence de la Loire, ouf.
 
Le cas du Champagne
Camilla consacre une section spéciale consacrée au Champagne et aux 12 Grandes Maisons qu’elle cite. Visiblement, il y a deux mondes pour elle, le vin avec 9 citations dont 7 françaises et le Champagne avec 12. Revient la question : que porter avec le Champagne? La réponse tient en peu de mots :
-        des diamants, de la fourrure et surtout des talons aiguilles glamour. 
Pour le reste, à vous de voir, l’essentiel est de porter sur soi ce trio de choc de la féminité.
Pour finir, je ne résiste pas à reproduire la très jolie citation prêtée à Lily Bollinger de la maison éponyme fondée en 1829, que cite Camilla en préface à cette partie sur le Champagne:
-    Je le bois quand je suis joyeuse et lorsque je suis triste. Parfois je le prends quand je suis seule. Je le considère obligatoire quand j’ai de la compagnie. Je joue avec quand je n’ai pas d’appétit et j’en bois lorsque j’ai faim. Sinon, je n’y touche jamais à moins que je n’ai soif.
 
Les relations publiques
Comment voulez-vous résister à telle vision du monde, où tout n’est que luxe et volupté ? Vous retrouvez avec cet exemple l’intense travail de relations publiques mené avec beaucoup d’efficacité par les Maisons de Champagne dans le monde de la mode, de la création et de l’art en concertation avec les lanceurs de tendances et cela depuis plusieurs siècles, bien avant que le marketing soit né. Une affaire d’intelligence et d’intuition qui se joue dans le temps et dans le monde. 

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Le raisin, la vigne, le vin de Champagne et la table dans l'Histoire au pluriel

14 Octobre 2007, 09:17am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un de ces achats d’impulsion que l’on fait alors qu’on sait qu’on n’a plus de place dans la valise et auquel on cède malgré tout. Il y a un air de trouvaille autour de ce livre d’Eric Glatre un livre d’un bon format (19,1 x 14), à la présentation contemporaine, beau papier, très belle iconographie. Lourd en main, sobre et avec un titre auquel il est difficile de résister : « Chronique des Vins de Champagne » en blanc métallisé  sur une couverture verte foncée en papier mat, agrémentée d’un envol de quelques bulles en diagonale gauche-droite (Castor et Pollux édition 2001).
 
Et le voyage dans le temps commence par cet avertissement de l’auteur qui nous prévient, nous lecteurs, de repérer pour chaque date une des trois icônes utilisée par l’auteur selon le sujet visé: la fleur de lys pour l’histoire de France, un chevalier à cheval pour l’histoire de la Champagne et une fleur ( ?) pour l’histoire des Vins de Champagne. C’est un livre qui doit être le fruit d’une très grosse et longue recherche et qui est d’une richesse d’information étonnante. Devant une telle abondance, j’ai choisi comme fil de trame une autre histoire, celle de la légitimité du vin par l’art, la sculpture, la tapisserie, la peinture, le dessin, l’affiche…pour chaque chapitre de cette recherche. C’est une idée qui m’est venue à la suite de la découverte de Boire et Manger par la peinture dont je vous ai déjà parlée.  
 
Le Ier chapitre (58 av JC-476), Les Gallo-Romains, la légitimité romaine et la sculpture
Le livre commence par une interrogation sur la date à laquelle la vigne est apparue en Champagne (entre le Ier et le V siècle). Ce qui est sûr c’est qu’elle a été apportée par les Romains maîtres de la Gaule Chevelue (Aquitaine, Belgique et Celtique)n qui en firent une province rattachée à la « Provincia » (Narbonnaise). Les choses n’étaient déjà pas simples, il y a plus de 2 000 ans. Entre 16 et 13 av JC, Reims est devenue capitale de la Belgique seconde et a disposé dés la fin du IIè siècle d’un arc de triomphe, la Porte de Mars, sur lequel figurent des scènes de vendanges pour représenter le mois d’octobre.
 
Chapitre II, le Moyen Age (476-1492), la dimension ecclésiastique et la tapisserie
Celle-ci ressort du Miracle du Vin figurant sur une tapisserie consacrée à Saint Rémi dont le testament fait état très précisément de la situation du vignoble. Rémi était l’évêque de Reims que tous les écoliers de France connaissaient, il y a quelques décades. C’est lui qui a baptisé Clovis avec ses 3 000 guerriers le 25 décembre 496. Dans les siècles suivants, le développement du vignoble s’est poursuivi sous la vigilante attention de l’Eglise : « …en ce lieu abondent les vignes, / avec toutes leurs grappes / dont les gemmes gonflées s’en viennent/ rutiler dans les coupes de vin » (Almann, moine d’Hautvillers, dans Les Miracles de Sainte Hélène, IXè siècle).
 
Chapitre III, Renaissance et Guerres de Religion (1492-1610), la dimension d’usage et le dessin
Les scènes de table commencent à être représentées par les artistes, que ce soit en dessin d’une taverne au XVIè siècle (collection Eric Glatre) ou en carte postale contemporaine où on voit notre « bon roi Henri » (IV) célébrant les vertus du Vin Gris de Champagne avec une poule juchée sur le bras gauche, le droit portant la bouteille. 
 
Chapitre IV, Louis XIV et le Siècle des Lumières (1610-1789), la dimension royale et la peinture
Le Déjeuner d’Huîtres (1735) peint par Jean-François de Troy (1679-1752) est certainement une des œuvres les plus connues du Musée de Chantilly (un peu moins célèbre quand même que Les Riches Heures du Duc de Berry). On y voit comment était bu le vin effervescent de Champagne au cours d’un repas d’hommes. Par terre des coquilles d’huîtres, une bourriche renversée, des bouteilles à rafraîchir devant la table…Beaucoup d’hommes debout autour de la table où seuls quelques gentilshommes sont assis. C’est remarquable de vie, de fraîcheur, de composition, d’information et d’harmonie au point qu’on se dit qu’il faut aller à Chantilly, rien que pour voir cette toile maîtresse, legs du Duc d’Aumale, fils de Louis Philippe à l’Institut de France. En attendant, vous pouvez voir la toile en vous connectant sur le site du Musée.  
Faites la comparaison avec Le Déjeuner au Jambon de Nicolas Lancret (1690-1743). C’est un repas champêtre assez curieux par la dissociation qui existe entre la table à la fin de repas et le décor en extérieur posé comme un décor de théâtre autour. Avec des restes par terre et un relâchement certain des convives. Une femme debout caresse la gorge d’un hommes assis. Les deux œuvres ont été commandées par Louis XV pour la salle à manger des Petits Appartements à Versailles ; c’est ce qui explique l’identité de date et la présence de cette nature idéalisée.
 
Chapitre V, De la Révolution à l’Empire (1789-1815), la dimension politique et internationale par le dessin et la littérature
Comme on le sait l’époque est troublée mais pas n’empêche pas la réputation du Champagne de se développer.
-        Un dessin du 5 mai 1789, l’Accord fraternel, représente des représentants des Trois 
      Ordres avec chacun un verre à la main, une coupe de Champagne pour la Noblesse, un  
      verre de Bordeaux pour le Clergé et « un gros verre à vin ordinaire ». Que de
      symboles dans cette histoire de verres.
-        Arthur Young, l’économiste anglais, raconte dans Voyages en France que le 7 juillet 1789 : « l’Hôtel de Rohan est une très bonne auberge, ou je me suis conforté avec une bouteille d’excellent vin mousseux à 40 sous ». 
-        Le vin de Champagne est qualifié de vin d’entremets (entre le rôti et le dessert) ou de vin de dessert pour Joseph Berchoux dans La Gastronomie (1805).
 
Chapitre VI, La transformation du monde moderne (1815-1870), les Grands Noms et la peinture
Alors que se développent ou naissent les grandes maisons de Champagne, apparaissent l’usage de moyens très avancés de communication sur le nom des entreprises ; l’art de l’étiquette est complété par celui de l’affiche. Le vin effervescent continue sa progression dans l’élite. Il est bu par la famille royale en 1840, comme on le voit sur un tableau de la collection d’Eric Glatre. Autour d’une petite table ronde installée devant une fenêtre ouverte sur une terrasse, trois dames sont assises dont la reine à droite. Une bouteille est posée sur la table, mais seuls les hommes ont un verre à la main. Les verres des dames sont posées sur la table. Pour la Ière fois les dames sont l’élément central de la toile. 
 
Chapitre VII, La Révolution industrielle (1870-1914), la réussite sociale et la connaissance par l’affiche publicitaire et le croquis
J’ai choisi une publicité particulièrement remarquable de la filiale anglaise de la maison Bollinger dans les années 1880. On y voit 11 hommes en tenue de soirée assis autour d’une table éclairée par deux luminaires dans un cabinet lambrissé aux couleurs chaudes devant une cheminée. Plusieurs bouteilles figurent sur la table. L’ambiance est sereine et l’on trinque à la gloire du Bollinger’s Champagne, avec là aussi des bouteilles en Ier plan dans de la glace, comme en 1735, et une bouteille vide renversée. C’est un thème que l’on retrouve sous des formes variés à chaque fois.  
On découvre aussi les travaux de la vigne par un dessin qui figure dans une recherche très exhaustive faite par un journaliste anglais en poste à Paris qui s’est passionné pour le Champagne, Henry Vizelly. Il a écrit en 1879 « A History of Champagne with notes and other sparkling wines of France» qui montre toutes les facettes de ces vins, de la culture de la vigne à sa vinification, à la façon de le boire et de rêver :
-       « Partout où l’homme civilisé a mis le pied, il a laissé des traces de sa présence sous la forme de bouteilles vides qui furent un jour remplies de vin effervescent de Champagne » (1879).
-        « Le succès du Champagne, en huilant les rouages de la vie en société est si grand et si universellement reconnu que son éclipse signifierait presque un effondrement de notre système social » (1882). (site Champagne-Sources d’inspiration des Artistes du Monde).
La démarche de Henry Vizelly est d’autant plus intéressante que ce journaliste a ajouté cette dimension culturelle dans un travail avant tout scientifique. Plusieurs dessins extraits de cet ouvrage anglais sont reproduits ici et là par Eric Glabre pour montrer toutes les étapes qui va du plant de vigne au vin dans la bouteille.
 
Chapitre VIII, D’une guerre à l’autre (1914-1945), la réalité par la photo
Ce sont les cartes postales de la Médiathèque d’Epernay qui nous montrent l’importance des femmes lors des vendanges. On peut voir sur l’une d’entre elles, colorisée, « l’épluchage » du raisin selon la légende de l’auteur.
 
Chapitre IX, L’époque contemporaine (1945-2000), l’ivresse du sommet par le dessin humoristique
Ce dessin de Jacques montre un gentleman forcément anglais en knickerbockers, veste serrée à la taille et casquette assortie, au sommet d’un pic, dégustant une coupe de vin de Champagne, le regard fixé sur l’horizon, la bouteille calée dans une anfractuosité à ses pieds, le carton de 12 cols un peu plus bas tenu en laisse par l’alpiniste. Le titre placé en dessous : « The English Gentleman and Pol Roger champagne-the peak of achievment ».
 
Pistes pour poursuivre le chemin:Ernest Lavisse de l’Académie Française, Histoire de France, Cours élémentaire, Classes de 10è et 9è, Librairie Armand Colin, 1932                    http://artistes.maisons-champagne.com 

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Oh, mon pauvre marketing par l'article de Que Choisir sur le vin

7 Octobre 2007, 09:43am

Publié par Elisabeth Poulain

De quoi es-tu donc coupable pour être autant méprisé, décrié, dénigré, vilipendé chaque jour, à tout moment, par tous et en particulier par ceux qui t’utilisent le plus, qui sont en principe censés te connaître. Que m’arrive-t-il , êtes vous en train de vous demander avec raison ? Moi qui suis une calme, je trouve que cela commence à faire beaucoup. Réellement et sérieusement de quoi donc est coupable le marketing en France pour subir tant d’attaques journalières. Tous les jours des décideurs ou des journalistes tiennent des propos méprisants sur le marketing. C’est d’autant plus curieux que trop c’est de trop.
 
L’affaire de l’article de Que Choisir sur le vin de septembre 2007 en est un bon révélateur. Comme chaque année à pareille époque, la presse grand public accompagne les foires aux vins et les vendanges par la sortie d’un « marronnier », c’est à dire d’un article qui revient chaque année à des dates ou moments convenus …Le titre de cet article de Florence Humbert donne déjà le ton « Ca tourne au vinaigre pour le terroir ». Certains, nommons Jacques Berthommeau en tête, dénoncent l’article du magazine de défense des consommateurs qui rappelle les propos de René Renou sur des «  produits indignes » d’être présentés à l’agrément. D’autres, comme Sève qui est nommé dans l’article de Florence Humbert, estiment qu’il est grand temps de reconnaître cette réalité dérangeante et félicitent le journal de sa prise de position. Ce qui m’intéresse dans ce contexte est de voir le travail d’interprétation qui peut être fait à partir de certaines données concernant le marketing en partant des mots utilisés dans l'article. Parce qu'il y a un communiqué en plus. mais c'est encore autre chose.
 
La qualité et l’origine
Comme on le sait, l’INAO est devenu l’Institut national des appellations d’origine et de la qualité. Florence Humbert met l’accent sur le lien entre AOC et qualité : « l’estampille de l’appellation contrôlée ne suffit plus la qualité intrinsèque de la bouteille » et elle officialise l’absorption de l’origine par la qualité en parlant de « la réforme des signes officiels de qualité (dont l’AOC) ». On peut légitimement penser que la présence dans le nom de l’Institut des deux mots montrent bien qu’ils ne sont pas synonymes. A aucun moment elle ne définit ce qu’est cette qualité, autrement que par l’externalisation des contrôles et par la transparence. Quelques lignes plus loin, elle utilise le terme de « contrôles qualité ». Encore une fois, la qualité est définie négativement comme l’absence de fraude ou de manquement. 100 ans après les premières lois françaises, les premières au monde à protéger ceux qu’on n’appelait pas les consommateurs et pour cause, ça interpelle puisque l’origine est parfois bien difficile à saisir* et qu’on ne sait pas encore définir la qualité intrinsèquement. C’est le prochain grand défi du vin à venir dans les prochaines décades. 
 
La référence au consommateur
Pour Florence Humbert, « les consommateurs ne sont pas dupes tant sur le marché intérieur qu’à l’export… » ; elle propage ainsi l’idée qu’on les trompe, une dupe étant une personne qui a été trompée ou que l’on peut tromper aisément. Un peu plus loin, la journaliste dit qu’il faut renforcer la crédibilité des AOC auprès des consommateurs. Crédibilité qui signifie que l’on peut croire ou à qui se fier. On est toujours dans l’ordre du mensonge. L’emploi du négatif –pas dupes- ne suffit pas à rendre la formule positive. On ne retient que le mot dupe. C’est terrible parce qu’en plus c’est toujours au consommateur qu’on fait appel pour dire que ça ne va pas, sans jamais parler des distributeurs et des vendeurs afin qu’eux ne soient pas associés à cette face cachée.  
On peut en effet aller plus loin et s’interroger sur le vocable de consommateur lui-même. S’il est un domaine où le mot est connoté négativement, c’est bien dans le domaine du vin. Jamais un amateur de « vin culturel » ne se dit consommateur. Ce serait l’insulter, le dévaloriser, le mépriser et surtout méconnaître la dimension culturelle du vin.    
 
Et le pauvre marketing
Il sort en très piteux état de cet article. Il y aurait de quoi en rire, s’il ne fallait s’inquiéter, au bout de presque un demi-siècle de marketing. Dans l’article de référence, la journaliste oppose en effet constamment le modèle français à la culture millénaire qui inclut le vigneron artisan (auquel s’ajoute le vigneron de petit domaine) face à la wine industry, en anglais dans le texte pour bien marquer le coté « étranger », qui intéresse selon elle le négoce et la grande distribution. Sous l’intertitre « Bruxelles a soif de vins ‘faciles à boire’ », Florence Humbert se réfère cette fois-ci au fromage pour parler du vin en montrant que les fromages au lait cru ne représentaient plus que 15% de la production française. Quel est le rapport ?  
Suit alors en page suivante un encadré consacré à l’Europe sous le titre « le grand tournant de l’industrialisation » qui emploie des mots à charge négative et ou émotionnelle d’une violence étonnante : combat d’arrière-garde, tsunami, modèle plus industriel, sujets brûlants, dérives, Cassandre, sanglantes émeutes de 1907, boisson alcoolisée industrielle, vin standardisé, disparition de milliers de petits producteurs. Cette diabolisation de l’Europe précède de peu celle du marketing : « ce schéma (de la wine industry) n’est-il pas mieux adapté aux produits du Nouveau Monde, construits de toutes pièces en quelques décennies à coups de dollars et de marketing ». Puis en marge un intertitre en gros caractères « l’authenticité et la tradition menacée par la logique marketing ».
 
Petite piqûre de rappel marketing
Que Choisir se définit comme un journal de défense des consommateurs ; lesquels consommateurs n’ont d’existence que dans une société de consommation régie par un ensemble de règles marketing. Par définition Que Choisir est d’essence marketing.   
En second lieu son positionnement par rapport à la concurrence, le contenu de ses articles, le choix des sujets, leur présentation, le prix du journal, la publicité, les promotions et les services qu’il offre, tout est markété. La presse est tout autant markétée que l’industrie du lave-vaisselle, les services bancaires, l’artisanat, l’humanitaire ou le luxe. Opposer produits de grande consommation d’un côté et produits artisanaux ou de créateur, c’est avoir une vision duale qui méconnaît totalement le métissage actuel. 
 
Enfin, il serait temps de s’en rendre compte et d’éviter de continuer à diaboliser tant l’Europe que le marketing. Cette double pratique est aussi nuisible aux vins français qu’inefficace pour ceux qui ont à charge de les produire et/ou de les vendre ou mensongère pour les amateurs de vin. Constamment mettre l’accent sur l’antagonisme entre des vins de qualité bons pour les Français et des vins faciles à boire pour l’Export est ressenti d’une façon très négative par bon nombre d’amateurs de vins français à l’étranger, sensibles à cette dichotomie quelque peu méprisante et peu intéressés par nos débats réglementaires. Cette double pratique est d’autant plus choquante qu’on oublie constamment qu’opposer la France de l’Europe est un énorme non-sens : nous sommes tous européens. De plus les distributeurs étrangers demandent aussi les «autres » vins et pas seulement ceux qui sont « faciles à boire ». Sait-on par exemple que 70% des vins bios sont vendus à l’étranger.    
Continuer à opposer la culture à l’argent (le dollar cité conjointement au marketing) dans un journal qui s’inscrit dans l’ordre économique fondé sur la vente et l’achat me cause un étonnement profond. Stigmatiser ou diaboliser, quelque soit le terme utilisé, aboutit à un effet de simplification dans lequel il y a des gentils et des méchants. Cette distorsion de la réalité est une manipulation pour mettre des gens en condition. Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler l’affaire passée de la publicité contre le vin qui montrait par l’image le vin à effet de mort (bouteille de vin + verres vides à côté d’un sablier dans lequel le sang s’écoulait goutte à goutte). Tous ces procédés exagérés nuisent en effet gravement à la confiance que nous pouvons avoir envers les autres.  
 
*Note de bas de page 
L’article qui précède celui sur le vin, sous le titre « Détournement d’appellation », raconte comment l’INAO envisage d’augmenter de 700% l’aire de l’AOC Pommeau de Bretagne, qui engloberait le Pommeau de Normandie ! La juxtaposition des deux articles est troublante.   

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La NBB ou la Nuit Blanche à Bruxelles

4 Octobre 2007, 10:46am

Publié par Elisabeth Poulain

Commençons par Bruxelles. Je vous en parle souvent. C'est normal, je l'aime beaucoup et les Belges aussi. Ils ont bien besoin qu'on leur dise qu'on les aime, surtout en ce moment. Mais chut, c'est un autre problème. Continuons par la nuit qu'aiment bien les noctambules. C'est malin ça et facile. Non, non: celui qui marche la nuit, c'est la traduction littérale de noctambule. Et c'est bien ce que nous avons fait dans la nuit blanche quand tout est noir. Alors voila, le noir avant le blanc. Oui parce que le noir modifie tout, l'espace, les perceptions, les couleurs, les sons, les relations avec les autres. C'est en plus la couleur qui accompagne naturellement le blanc puisque tous deux sont des non-couleurs, qui sont la somme de toutes les couleurs et qui se situent aux deux bouts de la chaîne chromatique. Allez on y va.  

Le blanc. Pour fêter dignement cet évènement qui a drainé quelques 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles, nous avons choisi le White Hotel, avenue Louise, qui est blanc au dehors, au dedans, sauf les moquettes qui sont noires. Ca vaut mieux. C’est un immeuble de 9 étages avec 40 chambres dont certaines sont très grandes. La notre faisait 48m2. Elles sont toutes désignées par un créateur différent dont le nom est indiqué sur la porte.  A l'intérieur idem, le nom du créateur des meubles ou du tapis et ses coordonnées sont affichés sur le mur de façon à pouvoir le contacter. Pourquoi le design aime-t-il le blanc? parce que le blanc gomme les lignes et les volumes et agrandit l'espace. Le White Hotel est une belle façon de promouvoir l’école belge de design qui est très active. Sur la table tulipe de type Knoll de la chambre sont posés des ouvrages de design dont l’un par exemple recense toutes les boutiques de design à Bruxelles et alentour. 
 
Enchantées par cette volonté d'insérer la création et la différence au coeur de notre vie et de nos nuits, nous avons dîné, à la façon yuppie-branchée des quadras, au Natural Caffé proche en remontant vers la Place Flagey. On quitte l'univers du plastique blanc pour un bain d’acier et de miroir contemporain : comptoir adossé à la vitrine pour regarder  les passants, petites tables le long du mur intérieur, grande table haute commune pour lire la presse au brunch du dimanche matin et derrière une vitrine avec des plats préparés, froids en salade ou à réchauffer au micro. Question cuisine, nous nous sommes lancées. Avec la salade Pise, qui est à conseiller à ceux qui ont des intestins en béton : poulet, coriandre, citron, tomate, courgette crue en lamelle fine, jets de soja, carotte, citron vert, sauce de soja, huile d’arachide. Avec ça, je vous recommande de prendre une Botanic Water aux qualités apaisantes, 100% naturel, de marque Carpe Diem. Avec 9 « herbes », il nous fallait bien ça pour aller à la rencontre de la nuit bruxelloise : lavande, pétales de rose, tilleul pour la détente, thym, zestes d’orange pour la stimulation du métabolisme, ensuite mélisse, fleur de la passion, menthe et houblon pour la paix intérieure. Si je calcule bien : 7 + 9 = 16 légumes et fruits. Goût spécial mais quand on aime, on se lance. Un seul vin dans la vitrine en 25cl, un Côte de Saint Monts rouge.  
Le blanc, ça tombe bien la nuit quand tout est noir et que nombre de rues ne sont plus éclairées du tout. Sympa quand c’est une rue de bureaux et vous savez bien que Bruxelles construit beaucoup pour le business. Ca interpelle quand vous voyez une rue perpendiculaire face à l’avenue Louise à Ixelles en face de vous. Noire et noire, avec seulement quelques fenêtres éclairées. L’avenue Louise a heureusement des réverbères, le mot sent bon son XIXè siècle, en position basse, avec éclairage mini, pour cause de « développement durable ». Ceci dit, vous êtes à pied parce que vous n’avez pas mis le ticket de bus dans le bon sens et que vous vous dites finement : allons à pied au moins jusqu’au métro. Oui mais il faudrait un peu plus penser en stratège. Parce que des kilomètres, on en a fait peut être un peu plus que ce que nous avions prévu. Check up avant de partir. Les pieds, ça va. Bonnes chaussures de marche confortables. Les pulls, OK. Un imper, pour le cas où. L’appareil photo aussi, le pied pour le cas où on ferait une vidéo. Oui, c’est bon. Nous voilà parties vers 20 heures 30 à l’attaque de Bruxelles Centre. 
 
Vers 21h, un peu de monde dans la rue. Nous savions où nous voulions allées au 3, rue du Pont Neuf. Nous étions invitées à assister à une « performance » théâtrale fondée sur les 7 péchés capitaux. Nous voulions voir la Colère et l’Envie jouée par Claire qui avait invité ses ami-e-s au spectacle créé par Patricia Barakat et Hélène Gulizzi. Beaucoup de monde dans cet ancien magasin transformé en petit théâtre pour un soir avec des chaises à l’intérieur pour les frileux et la possibilité de voir le jeu aussi de la rue. Télé Bruxelles est venue filmé Hélène qui jouait l’Orgueil et interviewé Patricia sur le travail qu’elle effectue avec son groupe Blast. Un travail qui part du corps, avec un espace défini par des objets, avec peu de mots puisque c’est le corps qui parle. C’était ma Ière expérience de théâtre dans un petit espace qui renforce et modifie à la fois aussi bien la relation individuelle à l’acteur que la réaction du groupe. C’est là qu’on voit bien combien le jeu de l’acteur ne peut se comprendre sans un spectateur. C’est le secret de la communication : l’émetteur-acteur envoie un message à destination d’un spectateur-récepteur qui lui-même émet en retour un message de réponse qui interfère avec le message initial de l’émetteur. Avec Claire par exemple, lors de son jeu sur la Colère, les spectateurs ne savaient pas quelle devait être leur réaction lorsqu'elle est entrée dans leur espace. Devaient-ils intervenir et modifier ce faisant le jeu de l’acteur ? Il y a eu tous les cas de figure. Pour sa seconde prestation vers minuit sur l’Envie, Claire a provoqué par son jeu un énorme silence à la fin de sa prestation, un silence qui a été ressenti comme un quasi coup de poing par le groupe.  Elle avait cassé le lien avec les spectateurs en se recroquevillant dans le coin le plus éloigné. Un tout petit espace.       
Entre la Colère et l’Envie, nous sommes allées écouter-voir près de là un concert de musique classique, joué par un quatuor à cordes, dirigée par un chef roumain qui parlait un anglais chantant. Par la grâce de l’informatique, de la sonorisation et d’un gros travail de préparation d’une tour de 40 étages et plus, la musique s’est traduite immédiatement en lumière qui semblait venir de l’immeuble lui même. Cela a été un grand moment. Nous avons fait de très belles photos dans la nuit. Avec le noir en écrin à ces explosions de couleur, chaudes, froides, intimistes, enveloppantes...qui nous reliaient tête levée à nos voisins du sol dans la nuit noire.   
Et puis, il y a eu la rentrée en bus avec un billet gratuit. Que des jeunes dans le bus dont le chauffeur se la jouait Rambo au volant. C’était d’un drôle. Imaginez un double bus, roulant très très vite sur des pavés posés en creux et bosses, prenant des tournants hallucinants, nous faisant décoller de notre siège et retomber comme on pouvait. Du coup, on a loupé l’arrêt et on s’est retrouvé en terra incognita. Seule solution après avoir interrogé un jeune passant charmant, reprendre un autre bus pour revenir sur notre circuit. Chose faite 20mn plus tard, nouveau conducteur de bus, qui nous explique exactement ce que nous devons faire. Et voilà comment nous avons fini à pied la nuit blanche vers 2h du mat. Olé. Vive les pieds. C’est là qu’on s’est dit qu’on aurait pu louer un vélo à l’hôtel.  
Et le vin ? Rien sur le vin. Si pour le vin, il y avait même un circuit spécial organisé et animé par les Vins du Sud. Mais là, ça aurait vraiment de trop. Ca n’a pas été le cas de tout le monde. Certains l’ont bien faite cette nuit blanche. On les a retrouvé le lendemain matin au brunch à la terrasse de l’Irlandais place Flagey, près du lac d’Ixelles au soleil. Magnifique. Ca vous dirait un p’tit dèj irlandais avec saucisse grillée, beans à mettre sur les toasts …. ?. Quoi, vous calez, petite nature, va.    
 

www.carpediem.com

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Le monde selon Patrick Baudouin, vigneron, Ardenay, Chaudefonds sur Layon, France

2 Octobre 2007, 08:05am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un monde de conviction, plein  de tension et d’effort, dans un océan de douceur en concentré, un monde riche de contrastes qui se révèlent peu à peu pour qui sait voir et goûter, un monde ouvert, au delà des frontières et des clivages. Le monde de la mine, celle des hommes en noir, à Ardenay au pays du Layon, lorsque la rivière ne peut franchir la colline qui culmine à 70 mètres et qui la sépare de la vallée du Louet et plus loin de la Loire. C’est un coin heurté avec des vallées pentues, des roches saillantes, des routes en lacet, des petites maisons de mineurs à coté de fermes de travailleurs de la terre et  des demeures bourgeoises qui dés  le XVIIIè siècle savaient s’insérer dans la beauté des paysages de la Corniche angevine. Pour trouver Ardenay, vous choisissez l’endroit le plus resserré et le plus élevé au sud ouest d’Angers. Comme vous le dit Patrick Baudouin « c’est simple, quand la Vierge bleue vous apparaît, vous prenez à droite et vous voyez un peu plus loin… une haie de charmes et c’est là. »

 

Patrick Baudouin et le vin, c’est tout autant un combat d’idées et de rencontres avec des hommes et des femmes de conviction qui défendent les même valeurs de transparence qu’une affaire de vins proprement dit. Faire du vin est d’abord un combat philosophique qui se traduit concrètement en plus en vin non pas d’exception, ni d’excellence mais d’exigence. Je ne suis pas sûre que le vin soit primordial pour lui car le combat qu’il mène actuellement dépasse très largement cette boisson qu’on appelle le vin. Rester dans le cadre réglementaire, oui à condition d’en hausser le niveau pour garder la cohérence. « Ce n’est pas ma démarche de vouloir sortir du cadre pour en sortir, ma démarche est plutôt faire coïncider la démarche d’exigence, d’authenticité avec le cadre qui doit être remis en cause. Je ne cherche pas  la transgression pour la transgression, le cadre doit accompagner la vie, sinon c’est une chose morte et négative ». Il n’existe pas actuellement de mot qui permettrait de faire la distinction entre un vin réglementaire et un vin qui joue dans une autre cour, sur d’autres exigences avec tellement d’autres contraintes  que faire ce vin là devient un défi permanent. Défi pour se mettre en phase à l’écoute de la nature, au respect des équilibres naturels, en jouant avec ce que la nature donne, sans chercher à la corriger, à dire d’autre choses que ce qu’elle peut dire. Défi pour cultiver cette vigne, pour en faire du vin, défi pour faire comprendre ce vin et surtout aussi pour arriver à vivre de la vente de ce vin. Car ce défi d’essence philosophique doit pouvoir coïncider avec l’objectif économique de rentabilisation du travail effectué dans le cadre d’une logique d’entreprise.    

C’est cette conscience des enjeux multiples qui conduit Patrick Baudouin  depuis maintenant quinze ans à réclamer plus de logique et de cohérence d’un coté, de justesse et de justice de l’autre dans le monde du vin. Il parle aussi d’éthique. René Renou avait proposé de parler de « Vins d’Excellence » mais les mots sont cruels. Dire qu’il y avait des vins d’excellence, cela voulait dire que les autres ne l’étaient pas ou si peu, ou trop. Il y a en plus dans ce terme d’excellence, une idée aristocratique qui passe toujours mal dans un pays qui, paradoxe, voit le vin en château et où le rêve d’une vie est de devenir châtelain. Pour sa part, il a beaucoup de réticence sur la dénomination de « vins naturels ; en fait je ne veux pas du tout communiquer avec ces termes. Ce serait une erreur philosophique, car parler de ‘ vin naturel’ est compris comme ‘ sans l’homme’ alors que l’homme et ses actes font intégralement partie de la nature ».  

 Créer est toujours un exercice difficile ; on est seul. Défendre ses idées contre le consensus est encore plus difficile. Il faut tenir, en assumant une charge tellement lourde qu’on se demande comment on a encore assez d’énergie pour échanger avec les autres. Parce que parler est vital. Patrick est de ces hommes qui pense qu’il est possible de changer le monde avec les idées traduites en mots ; ces mots qui vont à la rencontre d’autres comme lui, qui se heurtent frontalement à un immobilisme certain, à ces habitudes nées de contraintes économiques bien réelles et de pratiques avalisées par la majorité. Vigneron, ce n’est pas un métier, ni une profession, c’est un engagement de vie. Certains disent de lui qu’il est un idéaliste. Lui pense qu’on doit porter ses convictions. Il préfère se penser utopiste. Il est vrai que boire les vins de ces passionnés vous entraîne à voir les choses autrement, en mouvement, dans l’instant, dans le temps et dans l’espace. Car les choses changent. Patrick Baudouin en est bien persuadé. Sa formation d’historien et sa pratique syndicale ne sont pas un hasard. Comprendre notre société, c’est aussi d’abord se remettre en perspective en jouant collectif avec un petit groupe. Et ça, on en a vraiment besoin pour arriver à avancer sans attendre que tous soient prêts.                          

Actuellement, Patrick est reparti des fondamentaux. C’est dire qu’il remonte à Capus et à 1905 qui distinguait déjà les vins élitistes qui représentaient 10-15% des vins. Depuis l’entrée dans l’ère productiviste avec des engrais, des clones plus producteurs et la chimie, la production a explosé et l’Etat n’est plus garant de la morale. D’où la confusion actuelle, avec les AOC assurant plus de la moitié de la production française de vins ou  des grands vins rejetés lors de l’agrément.   

Patrick Baudouin est un homme qui a beaucoup d’amis en France et en Europe avec lesquels il partage, échange et avance. Quand il signe ses mails, il ajoute, comme un ministre, toutes « ses » signatures. Entendez par là les associations comme Sève, Sapros  qu’il a contribué à créer, dont il fait partie et dont il assure, avec d’autres, la diffusion des idées communes. Mais lui aime encore plus que d’autres écrire, tout autant que discuter.  Débattre aussi, en particulier avec son voisin de Chaudefonds sur Layon, Pierre Aguilas, vigneron, qui l’a accueilli lors de son arrivée en Anjou. Pierre Aguilas, est, on le sait, attaché à défendre la cause des vins de Loire et des « petits vignerons ».   Patrick et Pierre sont au moins d’accord sur deux choses, la valeur du terroir et l’injuste méconnaissance des vins de Loire.  

Cette méconnaissance se traduit par une valorisation encore plus difficile des vins à rendements aléatoires d’une année sur l’autre qui n’offrent qu’une seule certitude, c’est que les rendements seront faibles. C’est tout particulièrement le cas des liquoreux qui souffrent, encore un paradoxe, d’une certaine défaveur alors que toute l’industrie agro-alimentaire est placée sous le signe du sucre et du sucré au jus de betterave alors que lui défend le seul pouvoir du botrytis. Comme le disait son arrière grand mère, Maria Juby, qui a fondé le domaine familial avec son mari, Louis Juby : « les clients à leur arrivée, disent qu’ils veulent du sec et ils ressortent avec une barrique de moelleux. »  C’est à Maria Juby que le vigneron à dédié une de ses plus célèbres cuvées de Coteaux du Layon, du pur botrytis, qui arrache des trésors d’émotion aux rédacteurs du Gault et Millau 2007. Jugez-en par les mots employés : vins excellents, voire Grands, grandeur du chenin, série des Anjou blanc subjuguante, vins aériens à la fraîcheur diabolique, plus beaux vins de France, finesse et équilibre grandiose. C’est par Patrick Baudouin que s’ouvre la partie consacrée à la Loire et pas seulement parce que son nom commence par B. Il est coup de coeur pour tous ses vins, non seulement les blancs issus du Chenin (pour 7,5ha) mais aussi les rouges en Cabernet franc et Cabernet sauvignon (2,5ha). Son Maria Juby est noté 19,5 sur 20. Ils ne sont que deux en Loire à avoir cette note.  L’autre est un voisin distant de quelques kilomètres mais sur l’autre rive, Nicolas Joly avec un Savennières La Coulée de Serrant 2004.     

Et c’est là qu’on découvre le coté secret du personnage.  Parler pour défendre une injustice, oui toujours; parler de lui, non pas vraiment et quant à ses vins, il en parle avec beaucoup d’émotion, d’affection et de retenue, et toujours une préférence avouée pour ses liquoreux. Chacun de ses vins a bien sûr un ancrage dans des parcelles plein sud situées dans un terroir qui va de Chaudefonds sur Layon  (Ardenay fait partie de la commune) à Saint Aubin de Luigné en remontant le Layon (c’est là qu’est situé en particulier Les Bruandières, la parcelle acquise par Maria Juby au départ). Ancrage dans le temps aussi puisque jamais la nature n’est exactement la même  d’une année sur l’autre. Ancrage par l’homme qui doit à chaque millésime réinventer la vinification puisqu’il agit : « a minima en fermentation naturelle, sans ajout d’autre produit qu’une dose minimale de souffre. Si l’équilibre final se fait à 6,5° ; et bien, c’est que c’est bien ainsi ». La tendresse qu’il a pour ses vins va jusqu’à penser au nom des cuvées comme Anjou Effusion ou Après-Minuit dont l’étiquette est toujours réalisée par un ami artiste qui a pour nom Henri Mouzet qui réussit à associer le mot, vecteur de l’idée, intimement à l’art, à l’amitié, avec toujours une touche d’humour.
Car dans le monde de Patrick Baudouin, il y a aussi les copains, les vrais, ceux qu’on se choisit avec le cœur. Dans ce groupe là, il y a les artistes, il y a aussi des restaurateurs comme ceux des Tonnelles à Béhuard, à hauteur de Savennières, dans une île en amont sur la Loire. Gérard Bossé est en cuisine  et Catherine Bossé en salle ou quand il fait beau sous la tonnelle recouverte de vignes.  Et c’est en particulier là qu’il faut venir goûter les vins de Patrick en mangeant avec le plaisir de découvrir la cuisine de Gérard que vous apporte Catherine qui vous conseille sur les vins.  (Lire la suite de ce billet dans « le monde selon Gérard et Catherine Bossé, restaurateurs, Béhuard, Savennières, France)  

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Le monde selon Gérard et Catherine Bossé, restaurateurs, Béhuard, Savennières, France

1 Octobre 2007, 17:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce billet fait suite à celui dédié à Patrick Baudouin (2)

Gérard Bossé est devenu cuisinier en second choix de vie. Il a beaucoup lu, beaucoup réfléchi et est revenu en Anjou après avoir vécu et travaillé dans la région parisienne. Autant de points communs avec le vigneron. Par des amis, Gérard Bossé a entendu dire que Les Tonnelles étaient à vendre. Il connaissait. C’est là qu’il venait manger une tartine de rillettes avec un verre de Savennières avec ses copains le dimanche après-midi. Avec Catherine, ils se sont décidés très vite et se sont lancés à une ré-interprétation de la cuisine angevine. Le chef n’a jamais été très docile pour travailler sous les ordres de quelqu’un. Il se définit comme un artisan, un metteur en goût. S’il avait un secret, il tiendrait en peu de mots : des produits frais de qualité, avec un approvisionnement local, travaillés dans le respect de leur identité. « Manger une carotte rapée, c’est bon, une crêpe fait par le jeune voisin dans la crêperie d’à coté aussi. » En jouant les saisons avec une carte des vins de vignerons comme Gérard et Catherine les aiment et la possibilité de boire les vins au verre. La carte est tout à fait exceptionnelle, avec des vins de Patrick Baudouin bien sûr et aussi de Jo Pithon, de René et Agnès Mosse en Anjou, des Foucault en Saumurois …  

Ce goût pour le vin, Catherine l’a développé à l’instinct comme une ardente nécessité. Et pour acquérir cette dimension nouvelle pour elle qui travaillait aussi, comme son mari, dans l’animation sociale lui avec des jeunes et elle avec des femmes, elle a appris chez Patrick Baudouin et Jo Pithon le travail de la vigne puis du raisin pour faire du vin.  Cette approche douce, traduisez humaine, des lieux, des produits, des hommes et des femmes leur  a permis à tous deux de comprendre et de façonner « leur » Loire, celle qu’ils donnent à goûter à leurs clients.  

Des vins de Patrick, Gérard dit qu’il aime beaucoup ses moelleux. « Les belles années, il a fait vraiment des choses extraordinaires. Il y a dans ses vins un coté franc, droit. Ce sont des vins de bonhomme, avec les qualités et les faiblesses du bonhomme. Que ce soit pour Baudouin, Pithon et Mosse, Foucault bien sûr, à chaque fois, il y a correspondance avec ce qu’ils sontNous on goûte une bouteille. Si à la fin, on est toujours content, on sait que ça vient d’un vigneron comme on les aime. Les étiquettes ou les grands crus, on s’en fiche. » Ils connaissent tous les vignerons dont ils présentent les vins à leur carte. Ils sont allés à leur rencontre, chez eux. Pour aller plus loin, Gérard et Catherine ont franchi une autre barrière en devenant eux-même propriétaire de deux parcelles, Saint Germain des Près en Anjou blanc que vinifie Patrick Baudouin et une à Savennières  que vinifie Jo Pithon pour eux. Et cette fois-ci les deux propriétaires ont confié la création de leur étiquettes à Tolmer, un artiste ami, qui a noué des liens étroits et chaleureux avec les vignerons de Loire dans leur style.  Et c’est Lucie Lom dont  un des deux animateurs habite Savennières qui a fait leur protège-carte et leur carte de visite en partant d’une photo très graphique de la Loire en crue. Le résultat  est tout autant étrange, onirique que réussi.  

 

Le monde vu par un couple d’Américains, New York, EUAN, Béhuard, France  (3)

Le restaurant et la crêperie située à coté constituent les seules activités encore en exercice à Béhuard, que l’on connaît surtout par sa petite église et le pèlerinage qui continue à être pratiqué. Il y règne une certaine atmosphère de lieu hors du temps. C’est pourtant aussi à certains moments et pendant un temps très court le centre du monde. Cela a été le cas  pour ce couple de New Yorkais aux cheveux blancs, des seventies, qui ne parlent pas le français et dont nous comprenions tous l’américain. Ils étaient venus là absolument pas par hasard. Leur voyage avait été préparé. La dame avait un calepin et un crayon à portée de sa main et notait les accords mets-vins, les cuvées et les millésimes, avec un plaisir presque aussi fort que celui qu’elle avait à goûter, en compagnie de son mari. Tous deux font partie d’un « wine-group » à New York et se concentraient sur la rencontre qu’ils faisaient avec ce qu’il y avait dans leur verre et dans leur assiette, en échangeant avec gourmandise leurs impressions. Notre plaisir, à nous qui les regardions finir leur repas, a été de voir leur plaisir. Il est si rare en France de voir des gens dire leur bonheur de vivre, de manger, de boire, de parler et de remercier.  Ils avaient pris le grand menu : foie gras grillé, homard, turbot… Sur leur table restait une bouteille des Foucault « Le Clos ». En partant, ils ont demandé au Chef de venir signer le menu qu’ils ont emporté avec eux.  « It’s a very nice souvenir » a ajouté pour sa part le monsieur qui a signé la note et ça l’a fait rire. J’ai fait des photos des quatre héros ensemble, tous en train de rire. Au chef, ils ont dit de Catherine qui parlait en anglais avec eux :  « She is as good as you » et ils ont ajouté qu’on ne s’était pas occupé d’eux comme ça chez Taillevent.  

Le lendemain, ces New Yorkais avaient rendez-vous au Domaine du Closel et au Domaine aux Moines pour goûter des Savennières in situ. Catherine Bossé leur a trouvé une chambre dans le moulin proche du Domaine aux Moines sur la colline. La tonnelle s’est vidée, il faisait doux, il devait être 15 heures et plus, par un jour de semaine de septembre. Devant nous sont alors passés une quarantaine d’étudiantes et d’étudiants majoritairement en provenance  de Chine, en visite dans l’île ; des jeunes qui viennent de l’autre bout du monde pour comprendre notre monde, encadrés par un prof de l’Ecole supérieure d’Agriculture d’Angers. Et nous nous connaissions tous, le vigneron, les restaurateurs, le prof et moi, avec assis à nos côtés un couple charmant d’Américains et des jeunes Chinois dans la ruelle. A Béhuard, au Restaurant des Tonnelles.  C’est quand même étonnant.     

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La couleur de saison par la vaisselle, le vin, le raisin et le blog

21 Septembre 2007, 08:16am

Publié par Elisabeth Poulain

Au Japon, on a une vaisselle d’été et une autre l’hiver. Le climat est différent, la nourriture change, l’habillement est plus protecteur parce que la personne a d’autres besoins qu’en été. Il est donc normal que la vaisselle change aussi. Quand on connaît la superficie limitée des logements au Japon (plus forte densité au monde, de l’ordre de + de 1 000 habitants au km2, en Europe, seule peut lui être comparée le delta en Hollande) et quand on sait qu’il n’est pas d’usage de recevoir à la maison, on comprend l’importance symbolique de la vaisselle accordée à la saison. En Asie d’une façon générale, la saisonnalité est plus fortement marquée qu’en France où la segmentation appliquée à la vaisselle par exemple est plus axée sur le caractère social du repas. On distingue le repas de tous les jours en famille, de celui qui accueille les amis, souvent le week end –voila notre brin de temporalité- du repas de prestige quand on met les « petits » plats dans les grands, avec porcelaine fine et verres de cristal. Seul le pique-nique et le barbecue ont un lien marqué avec le plein air et l’été.

 

Les Champenois en ont tiré des conséquences très rapidement en faisant des cuvées d’été plus légères, plus fruitées et des cuvées d’hiver à la couleur plus dorée et une bouche plus complexe.  L’élan pour le rosé l’été dans le monde et pas seulement pour les femmes n’est qu’un des prolongements de cette tendance forte. Il n’est que de voir la mode vestimentaire  également pour s’en convaincre. 4 saisons en Allemagne, donc 4 garde-robes. Une des raisons du succès de l’Italie dans ce domaine est sa réactivité et sa capacité à innover en fonction des saisons. N’avoir que deux modes été/hiver, c’est se condamner à ne viser que l’hémisphère nord et seulement ceux qui bougent peu. Une solution est de transiger à 3, été+hiver+mi-saison.   Mais la mi-saison est peu vendeur parce qu’elle ne fait pas rêver. On a plutôt l’impression d’être en retard d’un train qu’en avance sur celui qui suit.  Or la mode est toujours devant.  

L’automne est une saison bien particulière ; c’est celle qui suit l’été, le moment le plus fort de l’année, le moment des vacances, celui où on expose son corps au soleil, enfin. Celui où on a l’impression enfin de vivre plus complètement. L’automne à la nature duale est tournée vers la rentrée, rentrée scolaire, retour au travail, avant l’arrivée de l’hiver et du froid. Il faut reprendre le harnais. Les couleurs changent. Nous aussi. C’est le retour du brun et des feuilles mortes. Sauf celles des feuilles de vigne qui prennent toutes les couleurs, vertes encore, jaunes éclatants et rouges, d’un rouge à vibrer d’émotion avant de tomber.  Peu à peu le rouge s’assombrit et vient celui  de la grappe de raisin que l’on cueille au cours des vendanges, celui du raisin pressé.  

Pour être en accord avec la saison, j’ai commencé par changer les couleurs du blog. J’ai choisi, vous vous en doutez « Raisin » dans la série Ice Cream ( ! c’est comme ça. Je n’ai jamais goûté de glace parfum « raisin »). Le résultat fait plus penser au rosé de l’été. Tant pis. Toujours pour être en phase, je commence aussi ma cure annuelle de raisin. Je choisis la formule light : un verre de jus de raisin mixé au début d’un repas léger. J. Valnet, le docteur bien connu, l’auteur de véritables bibles familiales*, recommande lui la formule lourde quand on veut perdre quelques kilos: 2 jours rien qu’avec 1 à 2 kg de raisin par jour tous les 10 jours. Combien de fois ? Mystère.   Excellent comme détoxicant, diurétique, stimulant et ++. Jean Valnet compare le jus de raisin (JR) au lait de femme (LF). C’est troublant. Eau : JR 75 à 83/LF 87, Matières azotées : JR 1,7/LF 1,5, Matières minérales : 1,3 JR/0,4 LF, Sucre :  12 à 30/LF 11. C’est pour ça qu’on dit à raison que le jus de raisin est un véritable lait végétal.  

Devinette : quel est le légume phare, autant que le raisin dans le domaine des fruits ? Celui qui sert à tout et dont ne devrait pas se passer. Et pourtant, celui qui est autant méconnu, voir méprisé, qu’oublié ?   

P.S. Vient de sortir chez Florette une salade de saison, intitulée Envie de saison Automne, avec de la scarole, de la Frisée, de la Chicorée rouge et des pousses de Romaine rouge. L'emballage en cellophane transparent porte des couleurs rouge violet foncé, orange cuivré et un tout petit peu de vert.  

* Traitement des maladies par les légumes, les fruits et les céréales, Maloine ed

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Quand Nicky rencontre Angie,

17 Septembre 2007, 15:51pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il lui fait la bise et ça devient une affaire d’Etat. Pourquoi parce que c’en est une (d’affaire d’Etat) d’abord, parce lui est français et elle allemande, parce qu’on ne sait pas de trop, si ça se fait ou pas d’un chef d’Etat à un autre et parce que surtout c’est toujours à l’initiative du Ier. Et ça, entendez la bise, relève des rapports homme-femme. Un sujet toujours d’actualité et qui à mon avis va le rester pendant encore un certain temps, voir un temps certain.  

Quelques éléments à verser au dossier. Au départ, c’est plutôt sympa. C’est un petit geste d’affection sans façon. Quelqu’un qui vous fait la bise ne peut pas être entièrement mauvais.  Les chats que j’ai vus mettent beaucoup l’accent sur le coté sympa de l’affaire et sur la différence culturelle entre les 2 pays.  

En Allemagne, on aime bien garder une certaine distance, plus grande qu’en France. Là franchement le respect de la distance à préserver impérativement dans les rapports sociaux, le travail et la politique en font partie, n’est pas sauvegarder. Chacun avance dans la vie entouré d’une petite bulle, comme un cocoon protecteur. La gêne commence quand l’autre franchit la frontière invisible, sauf pour des raisons amoureuses par exemple. Clairement on n’est plus dans le travail. Cette frontière varie avec les situations et les cultures*. Sans aller loin dans l’analyse, chacun sait et sauf exception que les Anglo-Saxons aiment garder une distance plus grande qu’en pays latins. En France on se serre très souvent la main, plus qu’en Angleterre  ou en Allemagne où on préfère limiter les contacts corporels.   

Et quand à la fameuse bise, de nombreux étrangers sont surpris de ce goût des Français à vous faire la bise, voir à vous serrer dans leurs bras, nous les femmes françaises ou pas. A tout bout de champ, sans s’arrêter, 1 fois, 2 fois, paraît-il que c’est 2 en Alsace (ah bon ??), en commençant par la joue droite. Plus paraît-il que cela devient populaire. 4 fois étant réellement un maximum. En Anjou, parfois, vous ne savez pas si ça va durer longtemps encore. Vous vous surprenez à compter et parfois vous arrêtez avant, sans faire attention. Et là suspense, est-ce que ça va recommencer ? Non, bon.   

Mais pourquoi les Français hommes veulent-ils absolument nous faire la bise ? Les exemples que j’ai trouvés sur le net citent la bise faite à un enfant, à une femme ! Ah ! Déjà, je n’aime pas beaucoup l’assimilation, comme la Documentation française qui a une rubrique « Femme,  enfant » dans son catalogue de nouveautés. Ca ne choque apparemment que moi. On pourrait peut être faire deux entrées. Quand même, on est en 2007. Passons, on revient au travail. Là on n’a pas besoin d’affection, mais d’efficacité et de politesse.  

Pour Angie et Nicky, que vous avez bien sûr reconnus, la critique en Allemagne, ne se situe pas sur ce terrain mais sur celui de la familiarité. Ca fait trop copain-copain. Evidemment le Grand Jacques faisait un baisemain, ce qui a des façons Grand Siècle, en forme d’hommage dit le petit Larousse, à une femme ou à un souverain. Cette fois-ci, ça pourrait passer pour le souverain, de souverain à souverain. Remarquons que le coté désuet du baisemain était déjà une bizarrerie; on pardonnait. Ah, ces Français toujours à se faire remarquer.  

Pour finir, je vous livre en cadeau, certaines de mes sources « Histoire de la Politesse de 1789 à nos jours » de Frédéric Rouvillois (Flammarion) que j’ai achetée pour ma recherche sur Les Habits du Vin. L’auteur, un juriste distingué comme je les aime, décrit en p. 204 :

-        la vieille poignée de main française, noble et digne, au bout du bras tendu droit,

-        le secouement britannique brusque et cordial (= le shake hand). Il date la naissance du baisemain du début du 20è, fort répandu avant la Grande Guerre : le geste d’un homme, d’un jeune garçon inclinés sur la main d’une femme est d’une  grâce et d’une délicatesse exquise. Il est bien plus déférent que le shake-hand cavalier. Un détail, l’homme ne soulève pas la main de la dame et doit se courber ; on peut le pratiquer dans la rue, tout dépend de la rue, contrairement à ce que me disait ma mère qui me disait: jamais dans la rue !

-        Pour la bise, il faut se rendre à la page 400 ou l’auteur parle alors de promiscuité plébéienne !  Une seule exception admise, celle de l’âge avec les jeunes qui se font la bise, sans même se connaître, en signe de reconnaissance. 
Et c’est Gilles Marin-Chauffier dans son dernier roman « Une vraie Parisienne » (Bernard Grasset) qui nous donne peut être une autre piste en nous parlant des bises qu’on se fait entre people : « on s’embrassait tous, on s’aimait, la journée s’achevait… ». mais ce n’est plus le temps du travail.  

* Sur le sujet voir tous les ouvrages de Edward T. Hall publié au Seul dans la collection  "Points" et tout particulièrement "Le langage silencieux", chapitre 10 "L'espace parle".

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Scènes de pub, Tous marcheurs, tous marketeurs

16 Septembre 2007, 08:59am

Publié par Elisabeth Poulain

Ou le marketing en mouvement

 

Sibyllin ? Oui, j’adore être mystérieuse. Mais vous allez voir tout cela a un sens. La pub, parce que mon histoire se passe à Paris et qu’en vraie parisienne, j’aime regarder sans en avoir l’air ce qui change autour de moi, donc la pub. Ce goût rejoint évidemment mes affinités marketing pour le changement et la mobilité. Mais vous aussi et vous allez voir pourquoi.  Le marketing d’accord et le mouvement alors ? Patience. Et le vin ? Mais oui, il y en aura mais un tout petit peu. Suffit, on y va. Ah, marketeur ? Ca veut dire acteur du marketing. 

Pub et métro

A Paris donc, un des rites de passage est de prendre le métro, comme les autres, avec les autres. A Montparnasse, un autre rite est d’emprunter le fameux tapis roulant qui structure le long couloir quand vous prenez la ligne 4  Porte de Clignancourt-Porte d’Orléans. Et là, Ier exercice de marketing, je vous conseille de regarder la voûte à votre gauche quand vous allez à la gare. Vous voyez un spectacle étrange, très long, coloré, une flèche en forme de tresse de corps d’homme dont vous ne voyez jamais la tête. Au fur et à mesure de l’avancée du ruban, vous prenez conscience que cette mêlée linéaire est extensible à l’infini, vous repérez des pantalons dont la couleur se répète tous les 10 mètres ( ???, tout comme j’ignore les dimensions exactes de ce panneau d’affichage géant).  

Et le clic se fait même pour des  ignares comme moi : damned,  it’s rugby of course. C’est beau et malgré vous, vous vous demandez si c’est uniquement pour la déco. C’est vrai que ce panneau habille bien la voûte cintrée. Il faut attendre la fin du tapis roulant pour trouver la solution. C’est de la pub pour Toyota écrit en tout petit dessous. Une seconde preuve arrive cette fois-ci sur pieds. 4 Ecossais en kilt, un peu perdus, regardaient ça un peu dubitatifs.   Quand vous savez que la pub se mesure en ODV (= occasion de voir), vous multipliez par le nombre de personnes qui s’imprègnent du lien Homme+ Rugby + Métro = Toyota et vous arrivez à des scores impressionnants.  

Il y a là un concept, le lien entre des hommes en mouvement, en forme de corps de flèche, qui accompagne votre propre avancée sur le tapis ou le tapis lui même, un jeu graphique dans l’agencement harmonisé des corps, de la couleur mais pas trop sur fond blanc et une marque en tout petit, avec la pointe de mystère. Et c’est là, mon seul bémol. J’aurais mis moi le logo de la marque à hauteur de la tresse d’hommes au bout comme une pomme que le serpent s’apprête à avaler  ou comme l’entrée du but. En fait le décalage annonce la vraie cible, c’est un site « Tous ensemble derrière les Bleus ». Une belle publicité avec du sens, du style et le petit + qui fait la différence. En plus votre présence sur le tapis vous rend co-acteur de la pub, pas seulement parce que vous en êtes le destinataire mais parce que vous la voyez même si vous ne la regardez pas. Et la rencontre entre vous et la pub se fait en marchant quand vous êtes plus réceptif parce qu’occupé à marcher. Marcheur et marketeur. Ouah. Le pied ! 

Pub et train

Toujours marcheur mais cette fois-ci pour rejoindre votre train à la gare Montparnasse. Chance vous trouvez une place assise en guettant le panneau d’affichage. Pour meubler ce temps, vous ajustez votre vue, près de vous dans un tour circulaire : voisins, pigeons et en haut 3 panneaux, encore. Distincts cette fois-ci, sur fond blanc. Dimensions de chaque panneau : 2m x 10 ??. L’objet de la pub est celle fois-ci rond et non plus ovale, c’est un melon de marque Soldive. La trilogie s’appelle « Tentation de la Chair », le 1er panneau vise les « Préliminaires » ( = une tranche de melon avec des traces de dent), le 2 le « Passage à l’acte » (= la tranche entamée avec un fourchette-oh !) et le 3ème « Mariage consommé » (l’enveloppe quand l’intérieur a été mangé).  Le ressort est clairement sexuel. Graphiquement, c’est réussi et le jeu de mots aussi. Plusieurs remarques quand même : 
- pour accentuer le sens, le panneau 1 (l’avant) aurait du être la tranche de melon non entamée, puis ensuite en 2 (passage à l'acte) les traces de dent dans la chair tendre.
La fourchette passe mal après les dents et fait mal à cette chair tendre. Je suggère une petite cuillère. C'est doux, rond, non-agressif.
- le positionnement des panneaux sous la verrière est idéal pour les pigeons et les personnes assises. Les marcheurs, j'en doute.   
 

Flèche du rugby et fourchette du melon

La Ière est symbole masculin d’action dirigée vers un objectif alors que la seconde par assimilation à la fourche est féminin en signe d’ambivalence. Vous savez le plus drôle, la fourchette du melon est à 2 dents, comme la fourche. En plus au 19è siècle, le bon usage de la fourchette interdisait qu’on touche l’aliment piqué avec les dents. Dans le cas de la pub, le panneau 2 contredit le 1. C’est peut être fait pour ça ?  

Et le vin ?

Pas de pub pour elle. C’est clair. Rien qui évoque le lien avec le vin sauf si vous vous approchez de points presse et là, vous trouvez une de ces petites pépites comme je les aime : un très petit livre bourré d’infos sur le vin, fait par un de nos Grands, Eric Beaumard, et QU’ON PEUT LIRE DANS UNE RAME BONDEE au point que vous ne voyez plus vos pieds qui ne marchent plus du tout. Du vrai-bon marketing adapté à nos vins les plus qualitatifs. Jugez-en. Le titre : les 100 meilleurs vins pour une cave idéale, à partir de 4E… de FIRST Editions. Le format : 8,5cm x 11,9. La segmentation : amateur débutant, amateur de découverte, amateur éclairé avec une 4è catégorie, les 10 vins à goûter 1 fois. Les données informatives sur le vin sont classées en catégories qui forment autant de segments de vin. Vous devez, incontournables, à goûter absolument et en plus l’usage des chiffres vous donnent des certitudes en étant assuré de ne pas commettre d'erreur ou de faute de goût, parce que vous avez une description claire et des accords mets/vins: 30 vins pour débutants, à –10 E, avec une garde de – 5ans, 30 vins découvertes/8-15E/garde 10-20ans, 30 pour éclairés /20-30E/garde 5 et + et les 10 à goûter x 1 fois. 
Pour la Loire, c’est la Coulée de Serrant, un Savennières de Nicolas Joly, ce visionnaire qui dirige un domaine qui a bientôt 1000 ans et dont le symbole est un hippocampe. Eric Beaumard conseille de le carafer au moins 1 heure avant de le goûter avec des poissons. Bonne dégustation à vous mais pas en marchant, quoiqu’on ne sait jamais quels vont être les usages de la table de demain !
  On a bien commencé à manger et boire allongé quand on était romain. 
Au fait, vous connaissez "Les Romains" du Domaine Gitton de Ménétrol sous Sancerre. C'est un Sancerre rouge. Zut je m'égare, ça c'était dans un catalogue Carrefour de leur FAV  qui était dans ma poche.           
 

PS. Selon Benoit Heilbronn, prof de marketing à l'ESCP, vous êtes exposé à 1500 "marques" par jour. il y a 20 ans, le score était de 500 aux Etats-Unis. Rassurez-vous, c'est une estimation. Tout dépend de votre mode de vie. Sur le sujet voir "La Marque" du prof cité en Que sais-je.        

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