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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Train en gare > L’attente, l’arrivée, le passage, le départ > Angers

23 Juin 2015, 15:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un titre à 70 caractères, qui tombe presque pile-poil, est déjà un bonheur de blogueur, bien que je n’ai pas réussi à placer les trois petits points pour montrer que l’histoire ne s’arrête pas là, surtout aussi quand il s’agit d’un train.

Gare d'Angers, la gare, les rails vus du haut, le vide, n°1, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, la gare, les rails vus du haut, le vide, n°1, Cl. Elisabeth Poulain

Un train est fait pour rouler. Par définition aussi, sa marche s’entend avec des arrêts compris et annoncés à l’avance, mais pas toujours. Ce train-là ne s’est pas arrêté. Telle était sa fonction ce jour-là, sans personne pour l’attendre à l’arrêt d’Angers, puisque ce n’était pas sa fonction du moment.

Gare d'Angers, les rails vus du haut, l'arrivée du train, n°2, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, les rails vus du haut, l'arrivée du train, n°2, Cl. Elisabeth Poulain

Un train est fait pour rejoindre le lieu où on l'attend, sans perdre de temps.  Il n'y avait donc personne, ni mouvement d'aucune sorte. Des voitures qui passaient le pont, oui certainement, des voyageurs en bas sur le quai derrière mon dos, près du centre des quais localisé par les panneaux indicateurs de la composition des trains, aussi. Mais en cet endroit où la largeur des quais diminue, en regardant vers Paris, c'était un vide étonnant, dans une immobilité terriblement forte.

Gare d'Angers, les rails vus du haut, l'arrivée du train, n°3, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, les rails vus du haut, l'arrivée du train, n°3, Cl. Elisabeth Poulain

C’est dire qu’il n’y avait ni voyageurs descendant, ni voyageurs attendant de monter, ni accompagnants ou personnes attendant ceux qui arrivaient, ni non plus de membres du personnel attaché à la SNCF, la Société nationale des Chemins de Fer français.

Gare d'Angers, les rails vus du haut, l'arrivée du train, n°4, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, les rails vus du haut, l'arrivée du train, n°4, Cl. Elisabeth Poulain

Il n’y a eu aucun mouvement perceptible et saisi par la photographie. C‘est cette vacuité dans un univers urbain très contraint avec un train qui arrive, passe et s’en va… sans autre réaction qui m’ont attiré. Il faut dire que je passais en tenant mon vélo à la main sur le large trottoir avec mon appareil photo.

Gare d'Angers, les rails vus du haut, la rame presque au complet, n°5, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, les rails vus du haut, la rame presque au complet, n°5, Cl. Elisabeth Poulain

L’idée était de prendre des photos vues du dessus des rails, des quais et des poteaux centraux… avec des lignes de fuite fortes et des différences d’un côté à l’autre, particulièrement au niveau des parois de pierre, des voies et des chemins à terre et des quais uniquement sur le côté gauche et au milieu.

Gare d'Angers, les rails vus du haut, la rame vue de l'arrière, n°6, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, les rails vus du haut, la rame vue de l'arrière, n°6, Cl. Elisabeth Poulain

Il est frappant aussi et surtout de constater la grande différence paysagère entre le côté droit au style architectural très urbain fin du XIXe et la dimension végétale d’un espace reconquis il y a plusieurs décades en côté gauche. Il s’y élève maintenant des immeubles et… la patinoire qui va déménager pour aller dans le nouveau quartier de Saint-Serge pour se rapprocher de la rivière Maine.

Gare d'Angers, les rails vus du haut, traversée terminée, n°7, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, les rails vus du haut, traversée terminée, n°7, Cl. Elisabeth Poulain

Le seul désordre est le graffiti traité à la peinture blanche sur le fond rose brique foncé, que l’on aperçoit en horizontal sur la rambarde du pont sur un des clichés. Et le trouble à voir les photos, est de ne pas savoir quel est le sens d'avancée du train...Regardez par exemple les photos en remontant cette fois-ci...vous avez l'impression que le train arrive.

Imaginez maintenant un pas de plus, les photos vous arrivent dans le désordre, votre interprétation pourra être plurielle. Vous pouvez en déduire par exemple qu'il n'y a vraiment personne...Les voyageurs sont pourtant là mais on ne les voit pas.

C'est une illustration en image du fait que la photo - aussi -  n'est pas le territoire, pas seulement la carte!

 

Pour suivre le chemin

. La gare d’Angers sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Gare_d'Angers-Saint-Laud  mais sans information sur le tunnel permettant de traverser Angers en souterrain pour aller vers Le Mans, Paris…

Gare d'Angers, parapet, rails vus du haut, traversée terminée, n°8, Cl. Elisabeth Poulain

Gare d'Angers, parapet, rails vus du haut, traversée terminée, n°8, Cl. Elisabeth Poulain

. « L’arrivée du train en gare de la Ciotat », un film des frères Lumière réalisé en 1895 et projeté en 1896 pour la première fois, retrouver l’essentiel sur https://fr.wikipedia.org/wiki/L'Arriv%C3%A9e_d'un_train_en_gare_de_La_Ciotat  

. Avec l’analyse de d’Encyclopédie Larousse sur http://www.larousse.fr/encyclopedie/film/lArriv%C3%A9e_dun_train_en_gare_de_La_Ciotat/780  

. Clichés Elisabeth Poulain

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Paysages bleus & jaunes de Normandie > Champs de lin dans l’Eure

18 Juin 2015, 16:31pm

Publié par Elisabeth Poulain

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cliché France Poulain

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cliché France Poulain

Nous sommes en Normandie, dans le département de L’Eure au début du mois de juin. C’est la pleine période de la floraison des graines de lin montées en tige avec une toute petite fleur au sommet. Sa floraison proprement dite ne  va durer que quelques jours. 

Devant vous se déploie une très grande surface bleu-mauve de millions de petites fleurs de lin qui forment un tapis ondulant doucement d’une bonne soixantaine de cm de haut ou plus. J’avoue ne pas avoir sorti mon centimètre enrouleur que je devrai toujours avoir avec moi, ni avoir plongé mon bras dedans pour mieux sentir la hauteur.

Le bleu parme incomparable de la fleur de lin. D’une très grande finesse, sa couleur ne se compare à nulle autre dans le règne végétal. Elle a de plus cette particularité unique  de se voir sur de très grandes parcelles de terre sans barrière, que l’on peut admirer de la route, à condition d’être dans la moitié nord de la France en Normandie, Haute et Basse, en Picardie et, parait-il, dans le Grand-Est parisien.

On a l’impression de noyer son regard dans un bain de bleu très particulier, un bleu parme léger, adouci par le vert jaune des tiges, celles qui vont donner les fibres avec lesquelles seront faites la corde de lin, la toile de lin et les tissus plus fins après de nombreuses opérations pour extraire la fibre.

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cl. France Poulain

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Cl. France Poulain

La culture du lin. Il lui faut plusieurs conditions pour pouvoir s’épanouir. D’abord et avant tout la terre, une terre légèrement acide riche et profonde, et une rotation des cultures pour éviter des maladies. Ajoutez ensuite de l’humidité au printemps car c’est une plante gourmande en eau, de la chaleur pour monter en graine rapidement et du vent. Le bon vent, pas un vent trop fort non plus pour éviter aux plants d’être couchés de sorte qu’ils ne pourraient plus être fauchés mécaniquement pour en faire des rouleaux impeccables. Le bon vent , celui qui va sécher le plant coupé laissé à terre pour le rouissage, afin d’amollir la fibre,

De grandes parcelles sont nécessaires à son semis en lignes longues et régulières. Les chiffres donnent le tournis. On compte entre 1500 et 1600 plants au m2. Imaginez la voracité de toutes ces petites graines pour devenir des plants avec beaucoup de travail de l’homme, même assisté par des machines ! Cette alliance entre la terre, la graine et l’homme conduisant les machines est fabuleuse.

Les particularités de la récolte du lin. De très grosses machines sont en effet nécessaires pour arracher ces tiges très dures, si dures qu’elles ne peuvent être traitées sur le moment. Il faut laisser au temps, à l’humidité et au soleil le temps de faire leur travail, pour amollir les tiges en les laissant sur place au sol pour que le rouissage puisse faire de façon optimale.

Les éléments naturels ne sauraient pourtant suffire. Parmi les grosses machines, j’ai mentionné les « arracheuses », auxquelles s’ajoutent les « retourneuses » pour retourner les bottes à terre pour faciliter le séchage du côté jusqu’alors tourné vers le sol, puis des « enrouleuses » qui vont former des balles où les tiges (les andains) vont finir de sécher.

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Après seulement commencera le dur travail du teillage du lin…pour extraire les fibres. La grande aventure de l’extraction des fibres commence et là un nouveau voyage commence, qui va être planétaire. Et je n’exagère pas. Jugez-en !

Actuellement et depuis des années, la France est le leader mondial de la production de lin pour la qualité des fibres. La culture a été réintroduite au XIXè siècle par des agriculteurs de Flandres (Belgique). En France, les deux-tiers de la production se font en Normandie, en Seine maritime, dans l’Eure, au pays de Caux, dans la plaine de Caen, au Pays d’Ouche. Le lin est alors transformé en filasse par des coopératives et des teilleurs privés pour une faible part.

La filasse faite, on se retrouve tout à coup en Chine, une fois le transport effectué bien sûr. La République populaire achète en effet 80 à 85% de la production mondiale de filasse. C’est là-bas que les lots sont peignés pour être débarrassés de toutes leurs impuretés physiques telles que du bois, de la terre, des débris minéraux. Une activité industrielle qui doit être, à mon avis, dure physiquement. Le peignage étant fait, la Chine revend la filasse peignée cette fois-ci aux tisseurs en particulier européens situés essentiellement en Italie et dans les Pays de l’Est…

Et tout ça, grâce à cette petite fleur, d’un bleu-parme si léger qui change avec la lumière, qui ne dure que quelques jours, d’une plante qui existait déjà à l’époque du Néolithique, 7500 ans avant Jésus-Christ. La plante est en effet née en Perse et en Egypte. Sa diffusion s’est faite par la Méditerranée. En France, les archéologues en ont retrouvé des traces dans la Vallée de la Deule (Nord-Pas de Calais).

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014

Normandie, Champs de Lin dans l'Eure, Cl.Elisabeth Poulain 2014

Cette plante nous offre une autre surprise. Le vert vif et tendre à la fois des tiges devient presque jaune-vert une fois la floraison terminée…Quand vous apercevez ces grandes parcelles au mois de juillet, vous savez que la prochaine floraison sera pour l’année prochaine… Une photo d’un grand champ de lin en pleine floraison agit comme un déclic, qui vous fait faire le tour du monde en aller-retour, via la Chine, et un grand retour 7500 ans en arrière, au temps du Néolithique, grâce à ce très beau cliché de France Poulain pris dans l’Eure en 2015.

Pour suivre le chemin

. Voir l’article très complet sur le « lin cultivé » sur wikipedia, avec en particulier le lexique technique, pour vous y retrouver.  

. Trouver l’essentiel de l’information sur le lin en Normandie sur   http://www.chambre-agriculture-normandie.fr/panorama-lin-normandie/

. Découvrir le site de référence européen du lin, avec aussi un blog très documenté http://www.mastersoflinen.com/pages/phototheque/31  

. La fiche professionnelle sur les techniques et les métiers du lin, avec beaucoup d’informations techniques et juridiques précises http://www.fmpcisme.org/FMPPDF/804/FicheResume.pdf  

. Des informations aussi sur http://www.sme76.fr/Upload/medias/sme_actes_rencontres_lin_juin_2012.pdf  

. L’étude d’Emmanuel Martial 2008 en texte intégral et avec des photos, en particulier une fosse de rouissage à Houphin-Ancoisne, rue Max Dormoy « Exploitation des végétaux et artisanat textile au Néolithique final sur les sites de la vallée de la Deûle (Nord - Pas-de-Calais) » en page 114 sur http://nda.revues.org/611  

. Photos : France Poulain pour le champ de lin dans l’Eure 2015, avec de grands remerciements de ma part et quelques photos personnelles pour le lin jaune, après floraison.

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Sillon entre les Rangées, Cl. Elisabeth Poulain 2014

Normandie, Champ de Lin dans l'Eure, Sillon entre les Rangées, Cl. Elisabeth Poulain 2014

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Arromanches > Les gens, la plage, la mer & le béton > Printemps 2015

14 Juin 2015, 16:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

Arromanches, vue sur la plage, les promeneurs à marée basse, Cl. Claire McDonald

Arromanches, vue sur la plage, les promeneurs à marée basse, Cl. Claire McDonald

Quand on parle d’Arromanches, beaucoup savent que c’est un lieu de mémoire, où tout parle de ce qui s’est passé ici, avec toujours la mer en ligne de mire au bord de la petite route côtière ou plus bas sur la plage. Ce jour-là, le temps était au beau, ce qu’on appelle beau ici, quand le ciel n’est chargé que de quelques nuages légers blancs qui n’annoncent pas de pluie, que le vent ne se fait guère sentir si ce n’est sous la forme de la petite brise de mer de la Manche, quand les touristes sont de retour…

Comme toujours, dès les dimanches de printemps et jusqu’à l’automne, il y a beaucoup de monde sur la plage à marée basse. Des promeneurs marchant à petits pas, sans forcer, ensemble ou s’étirant en file. Beaucoup de groupes se sont ainsi fractionnées en plusieurs unités, chacun dans ses pensées… On n’est pas ici pour faire son jogging, ni promener son chien, même si cela doit arriver, sans manquer de respect à tous ceux qui ont ici donné leur vie lors du Débarquement, avant ou après. C’est un signe qu’ici l’air, le sable, la mer ont en commun quelque chose d’étonnant.
 

Arromanches, la plage, les promeneurs, un caisson en béton, Cl. Claire McDonald

Arromanches, la plage, les promeneurs, un caisson en béton, Cl. Claire McDonald

Arromanches, la plage, les promeneurs, un caisson, Cl. Claire Mc Donald

Arromanches, la plage, les promeneurs, un caisson, Cl. Claire Mc Donald

Ce spécial se voit déjà à ces grands blocs de béton qui semblent échouer sur la partie de la plage découverte par la marée. De loin, on imagine des blockhaus détachés de la côte par la force des vagues. S’ils ont bien le béton en commun, ils offrent deux grandes différences. D’abord ce sont des caissons qui n’avaient aucune fonctionnalité d’abri. Ils avaient pour objectif de créer un port artificiel sur l’eau, près du bord de la terre. Alors que le blockhaus était bâti, au bord de plages sur la terre pour surveiller la mer. Les caissons ont été fabriqués en Angleterre pour être jeté en mer pour fabriquer un port artificiel au profit des Alliés, alors que les blockhaus l’étaient en France même au profit des forces d’occupation allemandes.

On peut toucher, contourner certains de ces grands caissons allongés de béton qui s’enfoncent depuis leur dépose en 1944 dans le sable sous l’effet des marées. Certains se sont cassés en morceaux. Tous abritent des petites algues qui ont réussi à force de persévérance à se nicher dans les alvéoles du béton, quand les petits cailloux intégrés sont partis sous l’effet de l’eau. L’étonnant à des yeux de native du bord de l’Atlantique est la faible quantité d’algues qui a réussi à se fixer.

Arromanches, marche sur la plage, approche des caissons, Cl. Claire Mc Donald

Arromanches, marche sur la plage, approche des caissons, Cl. Claire Mc Donald

Ce sont les chiffres qui contribuent à un télescopage mental qui donne le tournis. L’esprit a du mal à arriver à visualiser l’arrivée par la mer de millions d’hommes et de matériel en mer à faible distance d’un paisible village qui abrite aujourd’hui environ 600 habitants et vraisemblablement moins de 200 le 7 juin 1944 après les bombardements par l’armée allemande. Il y eut 180 sinistrés, seules sept maisons restèrent intactes. Mais pendant les quelques mois -100 jours ou 5 mois pour d’autres sources - de fonctionnement du port artificiel fondé sur des navires coulés et les fameux caissons, baptisé Mulberry, 2,5 millions d’hommes furent débarqués ici, ainsi que 500 000 véhicules et 4 millions de tonnes de marchandises.

En mer, d’autres gros blocs se détachent en noir sur le fond de l’horizon. Ce sont les vestiges du port artificiel. Ces caissons aux dimensions impressionnantes restantes sont les témoins que l’on vient entendre témoigner depuis 71 ans…

Arromanches, la plage à marée basse, pêcheur de crevettes, caissons à l'horizon, Cl. Claire Mc Donald

Arromanches, la plage à marée basse, pêcheur de crevettes, caissons à l'horizon, Cl. Claire Mc Donald

Pour suivre le chemin

. Aller à Arromanches, et lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Arromanches-les-Bains  

. Voir l’opération, avec des clichés militaires sur http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-port-darromanches  

. Découvrir le port artificiel de Mulberry B sur http://commons.wikimedia.org/wiki/File:MulberryB_-_Piers.jpg  

. Voir comment se sont passés les évènements grâce au « Guide des Plages du Débarquement », de Patrice Boussel et Eddy Florentin, aux Presses de la Cité, éditions 1974, 1984

. Avec des extraits publiés sur http://www.netmarine.net/bat/porteavi/arromanc/villearrom.htm  

. Réviser ses connaissances avec le carnet pédagogique n° 1 pour les enfants scolarisés en primaire. Ce livret est remarquable, du fait en particulier de la présence de photos très parlantes sur http://www.musee-arromanches.fr/docs/carnet_pedagogique_niv1_fr.pdf   Le livret n°2 pour les élèves du secondaire est plus axé sur le contrôle des connaissances sur http://www.musee-arromanches.fr/docs/carnet_pedagogique_niv2_fr.pdf  

. Une demande d’inscription des Plages du Débarquement au Patrimoine Mondial de l’UNESCO serait envisagée ou en cours http://www.cityzeum.com/ev/commemoration-du-debarquement#sthash.xkZlATp5.dpuf  

. Clichés Claire Mc Donald, avec mes plus vif remerciements.

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Collection Emmaüs > La petite chaumière > Peinture à l'eau d'amateur

11 Juin 2015, 19:33pm

Publié par Elisabeth Poulain

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

Elle est représentée sur du papier à dessin fort, collée sur une feuille de papier plus grande qui a jauni avec le temps. Le peintre, qui a signé son œuvre, a dû aussi faire le cadre, un cadre prévu pour défier le temps, tant il a mis de la colle pour être sûr que le tout allait tenir. En plus, Il a pris soin de coller sur l’arrière un échantillon de papier mural avec des fleurs en relief, à la mode dans les années 60. Il a ensuite vissé des attaches rondes dans lesquelles il a placé une ficelle solide, dont il a renforcé la résistance à l’endroit où la ficelle touchait le clou. Une technique qu’on utilise quand le tableau à suspendre est vraiment lourd, ce qui n’est pas le cas ici, même avec la plaque de verre en plus. Tous ces détails montrent l’importance que le peintre a attachée à sa création. Quand on est content de son travail, on ne lésine pas sur les derniers mètres à  parcourir avant d’accrocher son tableau au mur. 

Aucune date ni indication ne permettent de donner une origine à cette peinture ni à la chaumière. Elle pourrait être originaire du grand marais de Brière en Loire-Atlantique grosso modo d’avant 1960. Avant que la grande vogue et la vague touristiques uniformisent les représentations de ces maisons paysannes pauvres. Un grand nombre de chaumières ressemble désormais à l’image idéalisée de la vision souhaitée par les touristes locataires en période de vacances.  Les portes et des huisseries sont maintenant souvent peintes en bleu tendre, comme l’est le ciel quand  le temps est au beau en Basse Bretagne.

La chaumière que j’ai devant les yeux n’entre pas dans cette catégorie de chaumière touristique. Elle se situe même à l’opposé, dans la catégorie des vieilles maisons paysannes saisies juste avant que ne passe le grand vent du temps qui souffle, celui qui fait tomber les échelles, ouvre le haut de porte qui devrait être fermée, soulève le chaume du toit qui aurait dû être beaucoup plus épais pour garantir l’isolation contre la pluie et le froid…Il y a une mode en photo et en tableau,  non pas de la décrépitude, c’est un terme trop fort, mais plus simplement des effets du temps dans des endroits oubliés.   

Visiblement, la chaumière  n’est plus habitée depuis longtemps. Il n’existe plus de chemin pour aller du portillon à la porte d’entrée, ni de rideaux à la partie vitrée haute de la porte qui devait mener au séjour qui servait souvent de pièce à vivre unique. L’étable devait être à gauche du séjour, avec sa porte pleine qui pouvait s’ouvrir en haut pour donner de la lumière aux bêtes à la mi-saison. Notons l'absence de fenêtre. De l’autre côté, figurent des annexes moins hautes qui ont été calées contre la maison, en diminuant la hauteur de l’adossement à chaque fois. Des simples barrières faites de planches ou branches assemblées permettaient d’indiquer la frontière du clos, par différence avec les deux portes du bâtiment principal.

Une petite ouverture en partie haute de la maison permet d’accéder au grenier sous le toit de chaume. On y accédait grâce à une des échelles que l’on voit appuyées sur la façade. La hauteur importante de la façade de cette chaumière indique la volonté d’avoir de l’espace couvert et protégé supplémentaire. L’intéressant, bien que peu accentuée, est la courbe du chaume descendant un peu plus bas que la limite haute de la petite porte haute.  On retrouve cette découpe sur toutes les chaumières briéronnes pour pouvoir accéder à la soupente tout en protégeant le haut de la porte de la pluie poussée par le vent.

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

La petite chaumière de Brière, Collection Emmaüs, Cl. Elisabeth Poulain

La composition. Le chemin de l’œil est retenu en bas par le portail qui devait juste être adossé aux deux poteaux bas composés de pierres. Cette façon d’entrer dans le dessin nous entraine sur la droite vers la partie haute du pignon dissimulé en bas par des arbustes. Puis le regard parcourt le chaume de la toiture principale, rebondit vers les toits plus petits des annexes et revient pour mieux voir l’avant de la chaumière, voir les différentes portes dont aucune ne ressemble à une autre, certaines ouvertes, la principale fermée…

Il faut parler ici du mur de façade et du mur latéral à droite. Ce qui m’a frappé est l’absence de pierres proprement dites, alors qu’on les devine sur ceux de l’annexe principale à gauche sur le dessin. Les murs étaient faits de pisé, en blocs d’argile découpés que l’on laissait sécher à l’air libre, avant de les monter en mur et de les enduire d’un enduit d’argile. C’est la grande différence d’avec des chaumières du Marais Vernier dans une des boucles de la Seine qui intègrent des éléments végétaux dans leur torchis.

Et puis survient l’élément végétal extérieur, très important en particulier pour la façade. Peut-être s’agit-il de plusieurs pieds de vigne, redevenus sauvages ? Le sol entre le muret et la maison est reparti à l’état de nature mais sans l’exubérance des herbes folles. C’est alors le moment de constater la présence d’un grand arbre feuillu en arrière des annexes sur la gauche.

Quant aux couleurs utilisées par cet artiste amateur, qui a une signature illisible, sauf pour lui, elles sont vraiment réussies. Il a utilisé une base de beige doré, assombri de gris pour la porte d’entrée et les ombres, du marron pour la pierre du muret pour le bois et surtout le chaume. Les verts jaunes et plus francs sont très présents aussi bien pour l’herbe au sol, une haie à droite, les plantes accrochées aux murs de devant ainsi que pour l’arbre, avec ses différences de profondeur. Le ciel porte les couleurs d’un gris ardoise léger, qui reste bien dans les teintes "couleur de terre" fanées de cette chaumière aux deux cheminées, une à chaque bout. Ce qui pourrait expliquer la présence d’une autre façade de l’autre côté, car on n’aurait pas mis de cheminée dans un local pour les bêtes. Cela permettrait aussi de comprendre la hauteur de la façade. Généralement sur des petites chaumières, l’écart entre le haut de la porte et le bas du chaume descendant accroché à la charpente est très faible.

La réussite vient du centrage sur l’essentiel, le lien à l’argile, aux roseaux de chaume , qui indiquent qu’un marais est proche, aux autres végétaux, avec des arbres là où il y a de la terre, qui donnent le bois, de la pierre pour monter les murets et certains murs des annexes. Il y a une réelle harmonie chromatique réussie par un peintre qui a visiblement réussi à traduire son émotion sur le papier. 

 

Pour suivre le chemin . Retrouver la série « Collection Emmaüs », qui regroupe des œuvres d’amateurs ou d’étudiants que j’ai achetées chez Emmaüs, quelque part en France, à voir sur ce blog, avec en particulier « La ronde des arbres bleus …L’étrange fleur carnivore … La fin de la moisson… Un vieux paysage de rivière…Coucher de soleil d’automne sur la jetée…Le bouquet de roses… »

. Lire l’étude intéressante que publie la mairie de Saint-Nazaire sur l’architecture du marais, celle qu’elle dénomme l’ « architecture briéronne et rurale 2007 » sur son site, avec de bonnes photos, de beaux dessins et des conseils pour restaurer, retaper… des chaumières, à voir sur http://www.mairie-saintnazaire.fr/fileadmin/media/PLU/PLU_en_ligne/Annexes /Cahiers_de_prescriptions_architecturales/architecture_brieronne_rurale.pdf .

. L'étude est l'oeuvre d’une architecte-urbaniste de Ville d’Avray, V. Thiollet-Monsenego vmonsenego@unefenêtresurlaville.fr  

. Pour mieux comprendre les paysages de Brière, voir http://www.parc-naturel-briere.com/paysages-briere.html  et le métier de chaumier sur le même site http://www.parc-naturel-briere.com/architecture-le-chaume-briere.html  

. Le Marais Vernier dans une première approche sur http://www.normandie-accueil.fr/page,0,0,185.html, avec peu de photos, dommage!  

. Photo Elisabeth Poulain

 

 

 

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Jacques Callot > Son bestiaire des sept péchés capitaux > Estampes

10 Juin 2015, 13:46pm

Publié par Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, lion d'Ira, paon de Superbia, Cl. Elisabeth PoulainJacques Callot, Les 7 péchés capitaux, lion d'Ira, paon de Superbia, Cl. Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, lion d'Ira, paon de Superbia, Cl. Elisabeth Poulain

Jacques Callot est un des plus grands graveurs européens. Il est né en Lorraine à une époque au début du XVIIe siècle, où chercher à apprendre l’art de la gravure se faisait naturellement en Europe, en descendant vers le sud, en Italie, à Rome, à Turin… Je vous en ai parlé hier dans un billet centré sur la femme, qui incarne à elle toute seule six des sept péchés sur ses frêles épaules.

Avec une circonstance aggravante, qui est que le diable voletant est toujours présent au-dessus de sa tête à elle. Parfois même un seul diable ne suffisait pas. Jacques Callot n’a alors pas hésité alors à lui attribuer deux diables qui se battent presque pour stigmatiser encore plus cette pauvre jeune fille pour sa paresse. Avec de telles gravures compréhensibles par toutes et tous, imaginez qu’elle pouvait être la vision très négative projetée sur celle qui est à la fois orgueilleuse, avare, gourmande, envieuse, aguicheuse et paresseuse... La dureté de la condition féminine telle qu'elle se présentait en une véritable BD des années 1617-1621!

Seul l’orgueil relève de la sphère masculine. A se demander si, du coup, c’est bien un péché. Ne serait-ce pas simplement un trait caractéristique de l’Homme avec un grand H? Jacques Callot a franchement tranché. C’est non, c'est une caractéristique virile : son guerrier est représenté dans toute la beauté de son épanouissement d'homme, avec un magnifique lion à ses pieds.

Revenons aux autres animaux incarnant cette fois-ci les femmes des péchés. Contrairement au billet d’hier, je ne vais pas vous les citer dans l’ordre attribué par le graveur et toujours repris depuis leur date approximative de réalisation du début du XVIIe siècle. Je vais les choisir par ordre de laideur en incluant aussi un autre critère qui est celui de la femme. Parfois les deux laideurs - animale et féminine - vont de pair, ce qui pourrait signifier que le péché concerné est vraiment horrible. Voyons donc si cette hypothèse est validée.
 

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Jacques Callot, les 7 pèches capitaux, sanglier-Gula, chienne-Inuidia, crapaud-Avaricia, Cl.. Elisabeth Poulain

. En Ier, voici la chienne, compagne d’Inuidia, l’envie. Cette pauvre bête fait pitié tant elle est maigre. On voit ses côtes jaillir, ses grosses mamelles pendantes à force d’avoir nourri ses portées. Elle fait vraiment peur. Il faut dire qu’Envie n’est pas mal non plus, avec sa maigreur, ses seins pendants et les serpents qui sifflent dans ses cheveux et sur son bras. Un binôme bien assorti, avec une vieille femme qui ressemble à la chienne en pire, à cause des serpents.

. En 2e position, le crapaud d’Avaricia, l’avarice. On le voit mal car il se cache dans l’ombre de la jupe de la vieille femme. C’est vrai que les crapauds aiment parait-il le clair-obscur du crépuscule. Il est un symbole de laideur et de maladresse. Son côté lunaire le rendrait infernal et ténébreux. Pour sa part, Avarice a un visage atroce, avec ses yeux renfoncés dans leur orbite.

. En 3è lieu, citons le sanglier de Gula, la gourmandise. Il est monstrueux avec son gros corps et sa langue pendante. En Occident, il est peu de dire qu’il n’est pas spécialement apprécié dans les campagnes. C’est un symbole de la goinfrerie qui, pour son plaisir, est capable de ravager les cultures sur son passage. Ici il est même un démon, qui a raison de se cacher dans l’ombre de la jupe ample de sa maîtresse. Celle-ci, Gourmandise, n’offre par contre vraiment rien de repoussant ni de liens particuliers avec son animal-symbole. Elle est même plutôt agréable à regarder. Elle est gironde. C’est la première dissociation que l’on rencontre.

. En 4è place, vient le bouc de Luxuria, la luxure. A nos yeux, iI n’a rien de vilain, il a même l’air sympathique. A l’époque, au XVIIe siècle, il était encore le symbole de la libido pour les Lettrés nourris de cultures grecque et romaine. C’était cet animal qu’on sacrifiait dans l’Antiquité en Grèce lors des fêtes données en l’honneur de Dyonisos, le Dieu de la Vigne, du Vin et de la Fête. Quant à Luxure, elle répond aux canons des beautés rondes d’alors, bien nourries, bien en chair. Lui regarde sa maîtresse, qui admire son oiseau qui est plutôt un symbole de légéreté et de beauté. Voila le second  cas de dissociation.

. En 5e et dernier, se présente l’âne de Pigriria, la paresse. Je vous le dit franco, l’âne est une brave bête, dure à l’ouvrage. A la Renaissance, il fallait trouver un animal porteur de beaucoup de défauts, ce fut lui. Il était soi-disant bête, ignorant, stupide, flemmard…en un mot la paresse incarnée. La pauvre jeune fille, Paresse, vraisemblablement une servante levée tôt et couchée tard, était peut-être aussi très fatiguée, comme lui, l’âne, son compagnon de lourdes tâches.

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, le bouc-Luxuria, l'âne-Pigriria, Cl. Elisabeth PoulainJacques Callot, Les 7 péchés capitaux, le bouc-Luxuria, l'âne-Pigriria, Cl. Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Les 7 péchés capitaux, le bouc-Luxuria, l'âne-Pigriria, Cl. Elisabeth Poulain

Hors catégorie, je vous ai déjà parlé du lion d’Ira, la colère. L’animal est très attentif à côté de son maître, prêt à bondir sur l’assaillant, ses deux pattes de devant déjà en l’air. Il n’a pas l’air spécialement irrité ni en colère. Il n’a pas la bouche ouverte, prête à croquer de l’ennemi par exemple. Quant à Colère, il incarne toute la puissance de l’attaquant, l’épée à la main. Sa vaillance ne semble pas forcément dictée par la colère. On dirait plutôt un sportif bien entraîné, avec nos yeux d’aujourd’hui. Aucun des deux ne symbolise un péché, ni la colère. Quoi qu’il en soit, les deux vont bien ensemble. Ils sont en pleine forme.

Il reste à vous parler du paon de Superbia, l’ambassadrice de l’orgueil. Et c’est là, où cela ne va pas. Le paon est un symbole solaire, qui transmet en particulier la rutilance de sa beauté qu’il peut déployer ou cacher à volonté. Il n’est pas un symbole d’orgueil. Il pourrait certainement signer la vanité. Il était à coup sûr signe de richesse et de beauté. Son association avec Orgueil, la belle dame va très bien. Et comme pour le lion, ce n'est pas un hasard.

                                                                      *

Quelques mots pour finir. Quand on analyse les gravures de Jacques Callot, on comprend bien la raison de la présence animale. Celle-ci permettait de mieux faire ressortir certaines facettes de ses personnages, quitte à exagérer dans le sens que souhaitait l’artiste. Celui-ci n’hésitait pas non plus à flatter les puissants et les riches, en représentant des belles dames comme Superbia et Luxuria,  et à charger les vieilles pauvresses, quitte à en faire beaucoup dans la laideur ou la peur. Je sens qu’Inuidia va me donner des cauchemars et sa cousine Avaricia aussi… !

Quant au lien entre la gravité du péché et la laideur des personnages, je ne peux vraiment pas me prononcer sur ce point, tant la définition des péchés eux-mêmes a changé au fil des siècles et des styles de vie aussi.Quoi qu'il en soit, cette analyse visuelle toute simple est beaucoup plus  riche quand on se focaise sur l'animal, comme dans cette version n°2, alors que la découverte des dames dans la version n°1 a permis de découvrir la série. Les objectifs étaient différents, l'anlyse aussi et donc les résultats...

                                                                     *

Pour suivre le chemin

. Retrouver le billet  centré sur les sept péchés capitaux vue à travers la double représentation de la femme et des animaux, http://www.elisabethpoulain.com/2015/06/callot-les-7-peches-capitaux-entre-representation-feminine-animale.html  

. Voir la symbolique des animaux sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_des_animaux  

. L’âne sur http://www.mere-nature.com/animaux/ane/ane_intelligence.php  . Le bouc sur http://axiomcafe.fr/pourquoi-le-diable-est-il-represente-mi-homme-mi-bouc . Le chien dans notamment http://fr.wikipedia.org/wiki/Chien_dans_la_culture . Le crapaud sur http://www.icem-pedagogie-freinet.org/sites/default/files/Des_crapauds_et_des_hommes.PDF . Le lion dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Lion_dans_la_culture  . Le paon sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Paon Le sanglier sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_du_sanglier

. Photos Elisabeth Poulain. Retrouver les photos des estampes avec leurs références dans le billet précédent déjà cité.

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Callot, Les 7 péchés capitaux, entre représentation féminine, animale

8 Juin 2015, 17:07pm

Publié par Elisabeth Poulain

Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris

Jacques Callot, Superbia, Avaricia, Gula, 3 des 7 péchés capitaux, Clichés Gallica, BNF, Paris

Le titre d’abord. Il s’agit de montrer par sept exemples visuellement très forts le lien existant entre la femme, les sept péchés capitaux et l’animal, qui sont représentés en gravures datant du début du XVIIe siècle.

Le graveur est Jacques Callot (1592 - 1635). Sa renommée a été exceptionnelle, sa vie très courte et son amour de la gravure  étonnante. Malgré la volonté de son père pour le dissuader de devenir artiste, il a su poursuivre sa formation en Italie, en France et obtenir des commandes qui lui ont non seulement permis de vivre mais d’arriver à exprimer la plénitude de son génie. Imaginez ce qu’il aurait pu continuer à réaliser, s’il avait pu vivre au-delà  de ses 42 ans…à une époque où quittant Nancy et sa Lorraine natale, il alla parfaire sa formation à Florence, à Rome, à Turin, pour revenir en Lorraine et plus…

. Les 7 péchés capitaux. La date exacte de réalisation n’a pas été portée sur l’estampe. On connait seulement la période et le lieu, Florence semble-t-il. On ne sait pas non plus pour quel commanditaire elle a été faite ni dans quelles circonstances. Les dates 1617-1621 (1619-1621 pour Avaricia) indiquent la durée de la réalisation et la ville d’édition qui est Florence. Chacun des péchés est cité en italien et dans l’ordre suivant :

Superbia = L’orgueil     Avaricia = L’avarice    Gula  = La gourmandise          Inuidia   = L’envie    Luxuria = La luxure     Ira  = La colère     Pigriria =  La paresse

Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris

Jacques Callot, Inuidia, Luxuria, Ira, Estampes des 7 péchés capitaux, vers 1620, ClichésGallica, BNF, Paris

.1. Superbia – L’Orgueil - est incarnée par une jeune femme coquette qui se regarde dans son miroir. A ses côtés, un paon de grande taille ne saurait faire oublier.

.2. Avaricia - L’Avarice- est une vieille femme maigre qui compte ses pièces de monnaie dans sa main droite. A ses pieds se tient le sac qu’elle a posé à terre, avec dans son ombre un crapaud si gros qu’on dirait un chien.

.3. Gula - La Gourmandise - est une jeune femme gironde (bien en chair) qui tient de sa main gauche une amphore à vin et un verre à pied de sa main droite qu’elle tend vers le soleil . Par terre, la tête d’un gros sanglier dépasse.

.4. Inuidia – L’Envie- est une très vieille femme d’une extrême maigreur et d’une extrême méchanceté, très peu vêtue, qui porte à son bras droit un serpent enroulé, ainsi que dans ses cheveux et à sa jambe gauche une chienne aux mamelles pendantes. Un peu plus qu’Avaricia, sa copine, elle se présente de profil et regarde vers sa gauche, comme la chienne.

. 5. Luxuria - La Luxure - est un nu féminin, selon les codes de l’époque. La jeune femme présente son torse et son ventre dénudés ainsi que son bras droit et ses jambes. Sur sa main droite, elle porte un oiseau tandis qu’un bouc les contemple.

.6. Ira - La Colère - est un guerrier, un homme donc qui sera le seul des sept, qui porte un bouclier de sa main gauche tandis que la droite pointe l’épée vers le ciel. A ses pieds rugit son compagnon, le lion.

. 7. Pigriria - La Paresse - est une jeune femme assise semble-t-il sur son âne. Elle semble se reposer. Sa vêture semble correcte mais son aspect est peu négligé.

Jacques Callot, Pigriria, la paresse et les deux diables, Estampe, vers 1620, Cliché Gallica, BNF, Paris

Jacques Callot, Pigriria, la paresse et les deux diables, Estampe, vers 1620, Cliché Gallica, BNF, Paris

. Un diable noir volète au-dessus des six dames, demoiselles et vieilles femmes, et du seul homme présent. Symbolisant le péché, il constitue le seul point commun dans la bande des Sept, avec une exception et de taille : Pigriria, la flemmarde. Celle-ci, la dernière à être citée, est non seulement survolée par un diable de bonne taille mais en plus elle en a aussi un autre sur son côté gauche. La paresse pour une femme est en conséquence le pire des péchés. Quant aux hommes, à part la colère… 

. Le bestiaire aussi est impressionnant, entre le paon qui se pavane pour se faire admirer, le crapaud visqueux qui est horrible, le sanglier qui est un animal violent et dangereux, la chienne atroce de maigreur et de fatigue, le bouc lubrique, l’âne stupide et le lion dangereux…Je préfère les citer ainsi en les regroupant tant l’association avec les femmes est choquante.

. Quant aux femmes en effet, elles n’en demandaient certainement pas tant. Elles incarnent à elles seules 6 péchés sur 7 ; tous les mots latins sont au féminin, même Ira, la colère. Quant au français, le score est de 6 mots au féminin sur 7 mots au total. Seul l’orgueil échappe à cette vague féminine de mots négatifs. Et après, on s’étonne que la discrimination envers les femmes demeure aussi présente en 2015. Regardez toutes les représentations négatives que nous trainons derrières nous, ces tonnes de casseroles et cela depuis des siècles en latin, en français…

Pour suivre le chemin

. Retrouver toute la série sur le site de la BNF, avec la possibilité de voir chaque estampe en grand, et surtout sans coupure sur http://gallicalabs.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8495787f

 . A citer aussi la série remarquable datant de 1968 de Bordas Encyclopédie, 3 – Philosophies et Religions, une co-édition de Bordas-Laffont en pages 116 et 117, qui m'a donné l'ide de ce billet.

. Photos Gallica-BNF Paris

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Style de Pub > Beaux Arts > La force de la présence du chien

6 Juin 2015, 17:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

Beaux-Arts, n0 173, Oct. 1998, Pub. Elle-Décoration, Chien dans le fauteuil, Cl. Elisabeth Poulain

Beaux-Arts, n0 173, Oct. 1998, Pub. Elle-Décoration, Chien dans le fauteuil, Cl. Elisabeth Poulain

Beaux Arts Magazine fait partie de ces revues qui ne vieillissent pas, tant la sélection des articles est grande, le contenu qualitatif et l’analyse toujours fine et documentée. Ce numéro n° 173 de 1998 portait en particulier sur « Spécial Fiac, La French Touch, Buren, L’entretien polémique, Les créateurs japonais à Paris, Moreau au Grand Palais".

Pourtant ce n’est pas de cela dont je veux vous parler. Mais d’une publicité pour le n° 81 d’ « Elle Décoration, Spécial Décoration, Petits Prix très chics ! » C’est en page 42 de Beaux Arts, le magazine de l’actualité, que se trouve le visuel pleine page qui m’intéresse. C’est une publicité pour un numéro d’Elle Décoration, Spécial, Petits Prix, Très Chic. Une création maison du magazine car aucune mention d’une entreprise de publicité n’y figure.

La composition en partant du haut. ELLE apparait en gros caractères rouges, DECORATION est en tracé fin en dessous pour rester dans le cadre des 4 lettres d’Elle. En dessous en guise de tableaux, le code barre EAN du journal en jaune, c’est du moins ce qu’il possible de supposer. Ensuite un fauteuil blanc qui ressort sur le fond bleu, avec inscrit sur le côté SPECIAL en noir, PETITS PRIX en rouge, TRES CHIC ! en noir.

Pour ajouter un peu de piquant, quand même, un lampadaire est placé sur le côté gauche. Sa barre oblique permet d’éclairer le fauteuil en cassant la ligne des barres obliques du grand code barre horizontal, qui renvoie à celui du journal placé en vertical au pied du lampadaire, derrière le fauteuil sur la gauche. Le côté droit est réservé au contenu des articles

Beaux-Arts, n0 173, Oct. 1998, Pub. Elle-Décoration, Chien dans le fauteuil, Cl. Elisabeth Poulain

Beaux-Arts, n0 173, Oct. 1998, Pub. Elle-Décoration, Chien dans le fauteuil, Cl. Elisabeth Poulain

Mais quelle est donc la star qui est placée dans le fauteuil ? C’est vraisemblablement un Parson Russell, le cousin plus grand format du Jack Russell. On dirait qu’il a des pattes assez hautes. Celui-ci a pour caractéristique d’avoir une jolie tache rousse sur l’œil droit. Son air penché le rend attendrissant. Une couverture bien pliée lui permet de positionner son corps dans la même ligne oblique que la barre haute du lampadaire. Quel raffinement !

Et maintenant, faites l’essai. Enlevez le chien du fauteuil, que reste-t-il ? Pas grand-chose ! Le visuel devient vide ; il n’a plus grand sens. Et le-la concepteur-trice le sait bien. Rien de tel qu’un chien sympa, avec une bonne tête, pour donner et du sens et de la chaleur « humaine » à une composition.

Pour suivre le chemin

. Beaux Arts, le magazine de l’actualité, n° 173, octobre 1998, qui est toujours en vente d’occasion sur le net.

. Le chien à retrouver sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Parson_Russell_terrier  

. Pour en apprendre plus voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Jack_Russell_terrier  

. Ainsi que sur http://wamiz.com/chiens/jack-russell-terrier-210  

. Clichés Elisabeth Poulain

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M comme Man, comme Manero, Vino Rosso di Toscana, le Trait

4 Juin 2015, 14:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

Manero, Vino rosso di Toscana, Tenute del Cerro, Photo Elisabeth Poulain

Manero, Vino rosso di Toscana, Tenute del Cerro, Photo Elisabeth Poulain

La bouteille. Elle a été achetée lors d’une foire aux vins dans l’Ouest de la France. Le vin est un rouge de Toscane, une appellation   géographique typique, comme on dit ici en France d’une indication géographique protégée. Ce sont tout autant le plaisir de la découverte que l’étrangeté de l’étiquette qui m’ont  intéressés.

L’étiquette. Elle est ce qui reste d’une bouteille une fois le vin dégusté, surtout quand ce vin intéressant est incarné par un visage d’homme qui a un pouvoir d’expression impressionnant. Essayez de voir quelle serait votre réaction si on vous demandait de réaliser en  dessin un visage d’homme avec les données suivantes:

. 1 trait pour le visage, 1 pour séparer le haut du visage du bas, 2 traits pour faire un œil, 1 trait pour la bouche, 2 pour la langue,  19 pour la barbe, 15 pour les cheveux, du Fattoria Tenute del Cerro

. en lien avec le graphisme très particulier et qu’on ne peut oublier de  ce Manero incarné par un visage.

La force de ce graphisme est étonnante, non seulement à cause du visage en oblique, mais aussi de ces yeux vides et de cette grande langue aussi longue que le nez à partir du coin de l’œil, avec ces traits qui figurent les cheveux et la barbe…Ils focalisent le regard sur le nez qui capte les arômes.  

Manero, Vino rosso di Toscana, Tenute del Cerro, Photo Elisabeth Poulain

Manero, Vino rosso di Toscana, Tenute del Cerro, Photo Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Retrouver la bouteille sur le site « Tenute del Cerro » http://www.tenutedelcerro.it/documents/145119/145624/Fattoria+del+Cerro/bf8bb30c-9b4c-4d88-80f9-6f61dad18d8f

. Photo Elisabeth Poulain à partie de la bouteille

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Le mur de briques rouges, War Graffiti, l’arbre x 365, le papier, Tylicki

3 Juin 2015, 10:07am

Publié par Elisabeth Poulain

Tylicki, Street Art, War Graffiti, New York, 1982, Ph. Tylicki, wikipedia

Tylicki, Street Art, War Graffiti, New York, 1982, Ph. Tylicki, wikipedia

Le titre en commençant par Tylicki. C’est  un photographe artiste, un artiste photographe. Retenez qu’il est un artiste, un vrai qui a l’œil, celui qui est doté d’une telle capacité à créer de l’art, là où beaucoup ne verraient rien, si ce n’est par exemple une feuille de papier mangée par le temps, l’humidité…Lui construit une autre monde que toutes, tous pouvons sentir, percevoir en discernant à chaque la tonalité, l’ambiance, les différences entre chacune de ses compositions photographiques. Il photographie un réel qu’il invente, réinvente  à chaque fois dans le cadre de séries qu’il décline au fil du temps. Il décrit ce qu’il fait comme du « street art war. » C’est le nom qu’il a donné à son site.

Ce cliché est plus qu’une photographie prise sur le vif. C’est en fait une création de Jacek Tylicki et un véritable manifeste politique. Son combat  est de faire la guerre dans l’art, pas dans la réalité  « make war in art not in reality ». Pour mieux faire percevoir le message, il s’est muni dans la nuit, outre de son appareil photo d’une bombe en papier remplie  de couleur blanche et d’un gros pinceau avec lequel il a préalablement tracé les trois lettres bien lisiblement W A R. Dans les photos suivantes, ce mot disparait, le tag de la peinture de la bombe-papier avec ses coulures sur le mur suffit en guise de marqueur .

Cela devient sa signature au cours de performance publique où la bombe-papier est jetée semble-t-il  sur le mur au bout d’une flèche envoyée avec un arc. La couleur peut changer, le mur servir à d’autres fonctions, être moins adapté à ce qu’il veut faire, la tache de peinture éclatée va désormais être signée. Tylicki est venu tagger certains murs de la rue de New York pour réveiller les consciences, mener sa lutte contre la pauvreté et …  faire connaître son mode d’expression aux Etats-Unis en 1982, à l’époque où il s’est installé dans ce pays.

Trois ans, auparavant ou plutôt quatre ans avant cette fois-ci en Suède, à Lund, Tylicki avait commencé une série très particulière qui avait duré un an, jour après jour. Chacun de ces 365 jours, une photo du même arbre a été prise de la même façon, on imagine à la même heure dans les mêmes conditions, pour créer l’évènement. Son œuvre datée de 1979 s’appelle « 365 jours, une photo d’un arbre. »

Tylicki, L'arbre x 365 , Lund, Suède, Photo Tylicki, wikipedia, jours

Tylicki, L'arbre x 365 , Lund, Suède, Photo Tylicki, wikipedia, jours

Quel lien y-a-t-il entre le mur et l’arbre ? Une réponse peut être que c’est la dimension aléatoire et le temps, grâce à la feuille de papier posée dans la nature. L’artiste définit sa conception du Natural Art. « Created by Nature. 4 days in the rushes of the Hoje River. S.W. of Lund, Sweden » en 1981. “Natural Art project, closely related to Conceptual Art and Land Art movements, has been initiated by Jacek Tylicki in 1973. Tylicki sends into the Nature, the wind, the rivers or the forests sheets of canvas or paper, and leaves them for a long while in a natural environment , thus forcing upon Nature an attitude previously reserved to the artist: the creation of a forms.” Ce qui pourrait être traduit de la façon suivante:

« Le projet d'art naturel, étroitement liée à l'art conceptuel et au mouvement du Land Art, a été initié par Jacek Tylicki en 1973. Tylicki envoie des feuilles de toile ou sur papier dans la nature, le vent, les rivières ou les forêts, et les laisse pendant un long moment dans un environnement naturel, forçant ainsi la nature à adopter une attitude auparavant réservé à l'artiste : la création de formes. » L’artiste ne se dit pas seul créateur de l’œuvre produite.

La nature, puis le mur de la ville et le temps sont ses partenaires de réalisation d’une photo co-produite en commun. Pour l’arbre, le temps de la photo court sur un an, jour après jour des 365 unités de temps, on imagine à la même heure dans les mêmes conditions, avec un appareil photo posé sur un trépied ancré dans le sol. Pour la feuille de papier, le temps couvre quatre jours et quatre nuits dans un lieu humide près de la rivière. New York crée une rupture dans le temps, en quittant l’univers du végétal. Jacek Tylicki lance le temps d’un instant très court une petite bombe en papier de peinture blanche sur un vieux mur de briques rouges foncées. On savait le lendemain que Tylicki était passé par là, un très court instant dans la nuit. Le tempo avait changé, la guerre à la pauvreté avait changé la donne.

Reste le dernier élément qui est la dimension aléatoire de l’œuvre produite. Le co-créateur n’est pas seulement la nature ou la rencontre avec le mur, il est aussi et surtout dans la mentalisation de la création en amont du processus et aussi en aval, quand il s’agit de choisir LA bonne création due au hasard. Tous les essais ne sont pas forcément concluants. Il faut de la patience pour que les deux co-artistes s’accordent à produire de nouveaux accords, de nouvelles harmonies… En n’oubliant jamais que seules vont être publiées et diffusées les réalisations réussies. C’est le point commun entre le street art, le land art ou le natural art…

Tylicki, Natural Art, Rivière Suède, travail personnel, photo Tylicki, wikipedia

Tylicki, Natural Art, Rivière Suède, travail personnel, photo Tylicki, wikipedia

Pour suivre le chemin

. Sur son site « l’art des guerres » au pluriel http://www.tylicki.com/art-wars.html  

. Retrouver Jacek Tylicki sur http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tylicki_street_art_war_graffiti_New_York_1982.jpg  

. Voir l’artiste sur http://www.now-gallery.com/  

. Sur les 6 clichés de la première rangée des photos de Street Art publié sur wikipedia en tapant « Année 1982, New York, Street Art »,  5 sont de Jacek Tylicki et la première photo de wikipedia est celle que je vous présente.

. Tylicki, un peintre du Land Art, ce qu’il appelle du Natural Art sur http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tylicki_Natural_Art_506.jpg  

. Photos du mur New York-War-1982 et de l’arbre-365-1-1979 de Tylicki à retrouver sur le site de Wikipedia, avec mes remerciements. Il est en effet rare qu’un artiste partage lui-même ses créations les plus connues.

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Style de Pub > B de Bête > C de Chameau, D de Dromadaire

1 Juin 2015, 14:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

Dessin de "Camel", le chameau des cigarettes, Cl. Elisabeth PoulainDessin de "Camel", le chameau des cigarettes, Cl. Elisabeth Poulain

Dessin de "Camel", le chameau des cigarettes, Cl. Elisabeth Poulain

Ah ce chameau, il nous complique vraiment la vie, avec ses une ou deux bosses, la question piège étant toujours la même, « notre » chameau en français est en fait un dromadaire car il n’a qu’une seule bosse, sauf qu’on préfère vraiment parler d’un chameau que de prendre la peine de citer le dromadaire. La dimension perverse de la langue latine est que celle-ci attribue à cette noble bête un nom qui porte les deux dénominations. C’est un tantinet compliqué. Voici donc le Camelus dromedarius, le dromadaire ou chameau d’Australie, à ne pas confondre avec le Camelus bactrianus qui est le chameau domestique.

Clairement, c’est Camel qu’il nous faut. Celui qui nous intéresse est ce brave dromadaire à une bosse, que l’on retrouve sur les paquets de cigarette « Camel ». Cette fois-ci nul besoin de parler latin, l’anglais ou plutôt l’américain suffira. Le packaging est celui d’un paquet de Camel Light fabriqué en Allemagne sous licence américaine que j’avais dû acheter sur place uniquement pour le paquet, en virant les cigarettes. Curieusement le paquet, plus de 15 ans après, a conservé une odeur sucré, mais ce n’est pas cela qui nous intéresse.

Le chameau a diminué de taille par rapport à des paquets anciens. C’est plus sa silhouette prise de loin, encadrée d’une pyramide dans le lointain à droite et d’un bouquet de trois palmiers à gauche qui nous intéresse. On peut l’admirer au centre d’un halo jaune à plusieurs variantes qui se détache sur un fond bleu clair à légères strates plus claires ou plus foncées sur les quatre faces, Les faces du haut et du bas du paquet sont uniformes chacune, avec sa spécificité, plus foncé en haut, plus claire en bas. Tout ça pour souligner combien le packaging a été travaillé. De surcroit le dessin de Camel, le chameau, ressort en relief sur le fond plat bleuté, avec de très légères touches de jaune. Le halo jaune, chameau compris, mesure 4,4 cm sur 2,8 cm de haut.

Camel-cigarettes, à droite, aumilieu et à gauche, Cl. Elisabeth Poulain Camel-cigarettes, à droite, aumilieu et à gauche, Cl. Elisabeth Poulain Camel-cigarettes, à droite, aumilieu et à gauche, Cl. Elisabeth Poulain

Camel-cigarettes, à droite, aumilieu et à gauche, Cl. Elisabeth Poulain

Camel regarde vers la gauche du cliché. Et certainement pas vers le bas du paquet où figure les mentions « SMOOTH AMERICAN BLEND » et puis en très petits caractères « Selon la loi 91 – 32 », avec en dessous en caractères gras plus grand « Nuit gravement à la santé ». Ceci sur la face avant par laquelle s’ouvre le paquet. Le facing arrière est quasiment identique, la composition est la même, la disposition aussi, seule la mention est différente. Cette fois-ci, c’est « Pour être en bonne santé, ne fumez pas ». Une évidence qui interpelle franchement. Elle ferait presque rire, si ce n’était aussi grave. Elle est en effet posée sur un paquet de cigarettes qui justement a été acheté pour fumer.

Camel doit s’interroger sur notre bon sens. Cette présentation du dromadaire avec ce regard tourné vers la gauche du visuel, nous allons la retrouver dans deux autres supports de pub, qui sont indéniablement de la publicité, avec une forte particularité commune qui est qu’on en sait pas pour qui, pour quelle marque. Cette fois-ci, Camel nous la joue « secreto, c’est moi, la star mystère ».

. Voici un sous-verre en plastique, à poser - j’imagine - sous un bock de bière, sans aucune identification d’aucune sorte,

. ainsi qu’une pochette d’allumettes produite par Seita qui devait être distribuée en boîte de nuit. La face intérieure du rabat permet d’inscrire le prénom et le n° de téléphone de la personne intéressée. On voit sur la face arrière de la pochette, la tête d’un chameau couvert de traces de rouge à lèvres en forme de baiser. Le pauvre a des grands yeux bigleux. II a l’air réellement sonné, son cœur visiblement vient de chavirer sous ces assauts amoureux…En face avant cette interrogation « Qui est aussi l’idole des filles ? » et à l’intérieur du rabat, cette question « Qui raffole des nouvelles rencontres ? » Et ma question suit « pourquoi avoir choisi un chameau »? Son mauvais caractère, sa résistance à la sécheresse… ? On peut suggérer plutôt une certaine communication transgressive dans les deux cas. Une agence publicitaire en charge du budget de la marque avait choisi par exemple de montrer combien Old Joe était un vrai séducteur, sous la chaleur du soleil ou des sunlights…

Chameau sur sous-bock,  pochette d'allumettes-prise de rendez-vous, Cl. Elisabeth PoulainChameau sur sous-bock,  pochette d'allumettes-prise de rendez-vous, Cl. Elisabeth Poulain

Chameau sur sous-bock, pochette d'allumettes-prise de rendez-vous, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Lire sur ce blog, « Ce chameau de Camel », un précédent billet que j’avais publié sur ce blog le 25 août 2009 sur Over-Blog http://www.elisabethpoulain.com/article-35252412.html  

. Pour avoir les idées claires, voir les sites que wikipédia consacre au chameau (domestiqué) de Bactriane dans les steppes d’Asie centrale, depuis 4 000 ans, le camelus bactrianus, sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Chameau_de_Bactriane  

. Compléter, en découvrant son cousin, le chameau sauvage de Tartarie, le Camelus ferus, à deux bosses sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Chameau_sauvage_de_Tartarie  

. Par différence, voir le dromadaire, le chameau d’Arabie ou Camelus dromedarius http://fr.wikipedia.org/wiki/Dromadaire  

. Consulter ensuite le site scientifique pour avoir une bonne vue d’ensemble http://camelides.cirad.fr/  

. Voir aussi l’article de wikipedia sur Camel, la marque de cigarettes, http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Camel_cigarettes.JPG  

. La loi 91 – 32 est la française Loi Evin, célèbre pour avoir été la première à lutter contre le tabagisme et l’alcoolisme sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_%C3%89vin  

. Photos Elisabeth Poulain

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