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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Avrilly 27, La motte féodale, un château du Moyen-Age de pierre & de terre

1 Septembre 2014, 17:31pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Décryptage du titre. Avrilly d’abord. C’est un paisible village de Normandie, comptant   450 habitants situé au sud d’Evreux dans le département de l’Eure. A part son caractère verdoyant et luxuriant propre à la terre généreuse de la Normandie, la situation d’Avrilly n’offre à priori rien de perceptible à l'oeil. Et pourtant  ce village mérite le détour comme le disent certains guides touristiques. Il est en effet doté d’un trésor patrimonial  historique à forte personnalité.

Il s’agit d’une motte féodale, un château du Moyen-Age, fait de pierre et de terre, qui n’a jamais été ni reconstruit, ni retouché depuis sa destruction partielle vers  1390 quand les troupes anglaises détruisirent tout, la motte et le village.  Commencer par donner sa date approximative de fin d’usage peut certainement surprendre. Cela l’est moins quand on sait qu’on ignore sa date exacte d’édification et une grande partie de ses conditions réelles d’activité. A notre époque, où on sait tout sur tout, avec un luxe de détails proprement inouï sur des monuments datant du premier millénaire, et à fortiori du début du suivant, une motte féodale peut receler beaucoup de mystères passionnants à découvrir. 

Motte-féodale-Pont-sur-Fossé-Avrilly-Eure

Son nom d’abord. On parle indifféremment d’une motte féodale ou castrale, d’un château du Moyen-Age ou d’une place forte. Déjà rien que ces appellations plurielles montrent qu’on n’est pas très à l’aise pour définir ces ruines de ce qui fut un fort militaire de défense, placé dans à un endroit stratégique en arrière des frontières entre la France et la Normandie. Son objectif premier était de protéger le territoire normand.

. Une motte féodale. L’intéressant de cette dénomination porte d’abord sur ce concept de motte. De nos jours, quand on parle d’une motte de terre, on voit un petit tas de terre qu’on peut écraser avec ses pataugas, une marque bien connue de grosses chaussures de marche. A Avrilly, il s’agit d’une vraiment grosse butée de terre, d’un volume suffisant pour  former une vraie colline, édifiée à un endroit qui devait déjà être un peu surélevé. De loin, on aperçoit surtout une colline boisée, ce qui est fréquent en Normandie. La motte d’Avrilly a pu, selon des historiens, être édifiée en 3 mois, avec environ 30 hommes qui ont pu manipuler 5 000 m3 de terre environ.   

2014-04-21 Blog div-Eure-Armilly 249

L’objectif militaire défensif de la motte était bien de surveiller les voies de passage et de repérer les attaques ennemies, avant que celles-ci puissent passer à l’offensive. Il en allait déjà ainsi à Rome pour les légions romaines. Chaque centurion portait avec lui sa petite pelle qui lui servait le soir à creuser un fossé autour du camp et à édifier à l’intérieur une butée avec la terre qu’il venait de prélever dans le fossé, c’est-à-dire le trou qu’il venait de faire. La protection alors devenait double et même triple, puisque des pieux dissuasifs étaient plantés en haut du talus pour freiner l’entrée dans le camp. Ces principes de base de l’art militaire protecteur étaient appliqués également le long des frontières nord et nord-ouest de l’empire romain, qu’on connait sous le nom de « Limes ».

Il est vrai que dans cette partie de la Normandie alors anglaise, vers le XIIe siècle, proche du royaume de France, l’influence romaine était plus présente qu’on ne le pense, en provenance non pas de Rome directement, mais d’Angleterre. Comme en atteste le célèbre Mur d’Hadrien, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui est un ouvrage défensif incroyablement sophistiqué de la protection d’un espace sensible entre deux royaumes.   

Le Mur d’Hadrien montre bien qu’on a toujours tendance à voir le mur en élévation plus, que le fossé en creux, alors que les deux sont indissociables, dès lors qu’il est possible de creuser et de niveler la terre. D’autres éléments vont alors compléter le dispositif ; ce sont le donjon lui-même protégé par des tours, signes visibles de la force militaire protégée de l’intérieur, et le pont pour entrer dans l’espace protégé. La différence entre un mur et une motte est que le premier est linéaire, alors qu’une motte évoque et préfigure une forme ronde.

Motte-féodale-Grand-fossé-extétrieur-Avrilly-Eure-256

Cette  motte féodale d’Avrilly fait ressortir l’adjectif de « féodale » dérivé du substantif « fief ». C’est le lien juridique très particulier qui unissait le seigneur à ses vassaux plus particulièrement du Xe au XIIe siècle. Le fief peut se définir comme étant une terre ou un bien concédé à un vassal en échange d’une fidélité absolue de ce dernier au seigneur et d’un certain nombre de services, au nombre duquel figurait la protection du territoire. C’était ce qu’on appelle le fief noble. Cela revient en droit féodal à un partage du droit de propriété de la terre très particulier puisqu’il est lié par un engagement personnel très fort du vassal envers le suzerain. Un système transmissible héréditairement qui   a été très actif entre le Xe  et le XIIe siècle.

. La motte castrale d’Avrilly a aussi le mérite de nous offrir une autre vision de la Normandie. On retrouve l’influence latine. Castrale vient en effet du latin « castrum » qui signifie le château. Cette fois-ci, l’accent se déplace du substantif –la motte- pour mettre en lumière l’adjectif du château dans sa dimension militaire. A Avrilly, il reste bien un donjon mais sans puisse dire que c’est un château à vivre, un terme qu’on réserve peut-être pour des constructions de plus grande ampleur, avec souvent des fonctions multiples. Par contre, il y avait bien des châtelains. Ceux-là même qui avaient fait bâtir le site. C’étaient aussi des grands propriétaires terriens, comme les comtes d’Evreux qui possédaient en particulier un grand domaine à Avrilly.  

Motte-féodale-Mur-Donjon-Avrilly-Eure-285

. Le château du Moyen-Age.  C’est le terme le plus large qui puisse concerner les ruines d’Avrilly.  Cette dénomination met l’accent sur le caractère  nobiliaire de la construction. On imagine de nos jours des seigneurs appartenant à la haute noblesse venant visiter leurs terres et y résidant le temps qu’ils désiraient. C’est plutôt une vision de la Renaissance, qui a révélé en France un art de vivre inconnu jusqu’alors. Aux X-XIIe siècle, le terme de château faisait plus ressortir l’origine latine militaire encore une fois, ce mot venant directement du latin « castellum » lui-même provenant de « castrum » que nous avons déjà rencontré.

Par contre, le château n’est toujours pas   « fort ». On ne  pourrait le qualifier ainsi que s’il avait été vraiment entouré de remparts comme dans une forteresse. Des fossés et des talus protégés par des tours et plus haut par un donjon peuvent et c’est le cas à Avrilly former un château mais pas encore un château fort, parce qu’il n’y avait qu’un début de fortification. L’intéressant est que c’est le château  qui a donné naissance au village d’Avrilly. C’est un signe de son importance.

 Motte-féodale-Enceinte-Basse-Cour-Avrilly-Eure-291  

Par contre, il y avait bien une forteresse à Château-Gaillard, un peu plus bas dans l’Eure, dominant la Seine pour arrêter l’ennemi remontant le grand fleuve.  Château Gaillard, toujours cité lorsqu’on évoque l’histoire normande anglo-française possède bien des caractéristiques d’une motte castrale tout en étant  lui-même protégé par deux autres mottes en amont la Tour de Cléry sur le plateau et Boutavent dans la Vallée. Le site était tellement stratégique aussi bien pour le pouvoir royal anglais, que pour son  homologue français, que ce château a été qualifié de Gaillard, ce qui signifie « fort ». On retrouve le château-fort de nos livres d’histoire. 

La Vallée de la Seine a été presque traditionnellement pourrait-on dire le haut lieu des modes de pénétration par la mer des Vikings à partir du VIIIe siècle, des Anglais par la suite et ce à plusieurs reprises. Par la suite à la toute fin du XIIe siècle, c’est alors le roi de France qui est revenu en force en venant de l’autre côté. Philippe Auguste a repris la main. Il s’est en effet emparé de la ville d’Evreux qu’il a proprement détruite et du village d’Avrilly, qui du coup sont devenus français. Passons rapidement sur le XIII et le XIVe siècle qui ont accordé un peu de répit à ces territoires franchement malmenés par les guerres de toutes sortes. Pendant ce temps, les constructions à usage militaire ont perdu de leur importance. Peut-être pas aux yeux des armées anglaises, qui décidèrent de détruire à leur tour tant le château que le village. On ne sait jamais !  C’était à la fin du XIVè siècle .

Motte-féodale-Porte-entrée-Avrilly-Eure-293

Aujourd'hui que voyez-vous devant vos yeux ?  On repère vite  le petit pont qui a dû être refait à l’identique. C’est le plus facile à distinguer avec la porte d’entrée. On voit aussi dès l’entrée le grand fossé qui fait le tour de la colline. On arrive alors dans la Basse-Cour, à prendre dans son sens premier, la cour qui est en bas. En bas de quoi ? Du donjon qui est l’endroit stratégique où se trouve le poste de commandement, alors que la Basse-Cour va accueillir les fonctions de vie. Entre les deux espaces bien hiérarchisés, se situe à nouveau un autre fossé, plus petit, repérable surtout sur le côté droit quand on regarde le donjon du bas. C’est là que l’on voit clairement une des deux tours  bien conservée. De l'autre côté, un sentier étroit permet d’accéder  à la plate-forme du donjon. De là-haut, on domine la site. C’est l’endroit qui intéresse le plus les visiteurs. En redescendant vers la Basse-Cour, on distingue bien le mur d’enceinte qui a été refait sur le côté droit gauche.

Motte-féodale-Haut du Donjon-Avrilly-Eure-Armilly 266

Et depuis lors, les choses sont restées en place. Il y a bien eu ces petites consolidations pour éviter de voir un mur encore debout s’écrouler ou pour refaire le pont, mais aucun chantier d’importance qui aurait pu avoir tendance à dénaturer le site. Ce rapport au temps dans un petit espace, protégé par des arbres, est absolument exceptionnel. Nous sommes au sommet de ce qui doit être l’endroit le plus haut d’Avrilly à  159 mètres, alors que l’endroit du village le plus bas  est à 137 mètres. La colonne érigée en haut du donjon ne doit  pas compter dans le total! L’endroit éclate de vie sous l’exubérance de la végétation et le tapis d’herbes tendres parsemé de petites fleurs. Un très bel endroit que j’ai eu le plaisir de découvrir sous le soleil du printemps guidée par Marie-Françoise Vivien, la propriétaire de la Motte féodale, et Colette Boisson, deux amies passionnées d’art et de culture normande et membres actives d'associations du patrimoine.

Il est alors temps de refermer le portail et de terminer le billet.      

 Motte féodale-Portail--Avrilly-Eure- 235    

Pour suivre le chemin

. Sur le château, voir d’abord le site de l’association « Les Amis du Donjon » avec de belles photos prises la présidente qui est aussi la propriétaire de la motte http://www.ccpd.fr/fr/vie-associative/culture/289-les-amis-du-donjon.html

http://www.chateau-fort-manoir-chateau.eu/chateaux-eure-chateau-a-avrilly-chateau-fort-avrilly.html

. Sur la place forte, lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Place_forte

. Avrilly,  quelques informations sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Avrilly_(Eure)

. Sur la naissance de la Normandie, voir  http://www.histoire-normandie.fr/rollon-et-la-naissance-de-la-normandie

. Quant à « Rollon le marcheur », vous référer à http://fr.wikipedia.org/wiki/Rollon, , et à   http://fr.wikipedia.org/wiki/Normands pour remettre l’histoire en perspective sur « Les Normands » - « les hommes venus du Nord », c’est-à-dire les Vikings. 

. Quand il vous restera quelque énergie, pour remettre toutes ces informations en perspective, connectez-vous sur l’histoire simplifiée de la Normandie http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Normandie

. Apprenez en plus grâce aux fossés royaux du XIIè siècle, une technique ancienne qui a longtemps protégé les frontières de l’Ouest de la France, sur la décision d’Henri II, roi de France, contre l’ennemi anglais.  http://www.eure.gouv.fr/content/download/10580/61444/file/105%20Les%20foss%C3%A9s%20royaux%20de%20l'Eure.pdf

Motte-féodale-Tour-Mur-Avrilly-Eure-278

Regarder avec intérêt la fiche descriptive du village d’Avrilly sur le site du Conseil général sur http://www.conseil-general.com/local/mairies-villes-communes/mairie-avrilly-27240.htm . C’est là que vous trouvez l’altitude en particulier.  

. Photos Elisabeth Poulain uniquement sur la motte,  avec d'autres photos du site à voir dans Eure-Patrimoine3 

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Bruxelles, Les couleurs de la ville > 2 > Les tuyaux à enfouir

26 Août 2014, 10:32am

Publié par Elisabeth Poulain

Il y a toujours un tuyau pour chaque usage. Ne me demandez pas à quel usage correspond  la couleur de chacun d’entre eux. Ce type de connaissance relève de la compétence de vrais spécialistes du transport du gaz, de l’électricité, des connexions informatiques et que sais-je encore…

Bruxelles, voirie, bobine tuyau souple jaune

Il doit bien y avoir des normes européennes.  Avec, je gage, en plus certainement ou presque des spécificités par pays. Je sais bien qu’il existe des codes couleurs en électricité mais il n’y a pas que ça dans le sous-sol. C’est en tout cas ce que j’ai appris en regardant des chantiers de travaux de voirie à Bruxelles.    

Bruxelles, voirie, bobine tuyau souple orange 

Les couleurs  des tuyaux. J’en au moins huit différentes sous les yeux, à classer en deux catégories, les uniformes et les bicolores. Ce sont ceux qui portent en plus deux lignes fines d’une couleur plus claire, une au-dessous et une au-dessus. Peut-être est-ce une façon de signaler à l’opérateur de ne pas tordre le tuyau !? Dans tous les cas, il y a une raison technique. Il ne s’agit pas ici de vouloir faire joli.

Bruxelles, voirie, bobune tutau souple bleu

. Le tuyau à couleur simple. J’entends par là, celui qui porte une couleur uniforme, sans ligne de couleur différenciée...) Il est orange fort et après avoir sorti ma loupe, je peux attester qu’il ne porte pas d’autre impression de couleur au moins dans la partie photographiée.

Bruxelles, voirie, bobine, tuyau souple rouge

. Les tuyaux à nom de marque imprimé sur une seule ligne…) Le tuyau vert avec un nom de marque imprimé. Ils sont deux à avoir cette  caractéristique, l’un est jaune orangé avec un nom de marque blanc et l’autre vert mousse avec une impression noire.

Bruxelles, voirie, bobine, tuyau souple griis

. Les tuyaux à plusieurs lignes d’autre couleurs. J’en vois au moins deux, ce qui signifie qu’il en existe peut-être deux autres de l’autre côté qui n’est pas visible, même à une vue perçante. On peut voir un vert franc avec des lignes blanches, un bleu moyen avec des lignes jaunes bien visibles, puis un gris beige avec des lignes de couleur orange. Arrive enfin en véritable star, un tuyau rouge avec des lignes grises.

Bruxelles, voirie, bobine tuyau souple vert jaune

Il me reste de vous parler de tubes orangés d’un plus gros diamètre qui doivent pouvoir s’emboîter les uns dans les autres. Ils sont posés à terre dans des racks. On peut supposer que les différents câbles  dont je vous ai parlés rentrent dedans…

Bruxelles, voirie, bobine tuyeau souple vert

Et voici la riche récolte chromatique d'une après-midi à se promener dans le centre touristique de Bruxelles à chercher des bobines de tuyaux des yeux ou ces gros tuyaux orangés dans lesquels les plus petits tuyaux sont insérés, sans forcer, tout en admirant ce qu'il y avait à admirer  ou découvrir. Tout ça pour dire que je n'ai pas voulu faire un parcours spécial "bobines", en imaginant le dialogue suivant: "alors vous avez vu quoi à Bruxelles cette fois-ci, Elisabeth" et ma réponse "j'ai vu de belle bobines de tutaux", "Ah!".

Bruxelles, gros tuyaux, voirie

Pour suivre le chemin

. Ce billet fait suite à « Bruxelles, Les couleurs de la ville, les panneaux de chantier »

Bruxelles, bocaux à bonbons, vitrine

. Photos Elisabeth Poulain prises, pour moi, en pleine période « Couleurs » à Bruxelles, qui est une ville délicieuse aussi de ce côté-là. Le même jour par exemple, j’ai photographié des bocaux de bonbons vides en verre dans une devanture. La raison ? Ils étaient faits d’anneaux accolés, avec « un rendu-tuyau amusant ».

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Bruxelles > Les couleurs de la ville > Les travaux de voierie & le vent

24 Août 2014, 11:09am

Publié par Elisabeth Poulain

 

A Bruxelles, les travaux de surface ont une couleur ou plutôt deux. C’est grâce à ce binôme visuel que les passants, les automobilistes et les deux-cycles repèrent les chantiers en cours sur l’espace public.

Bruxelles-Panneau-Travaux-Surface-3     

Le jaune et le bleu. Ce sont les couleurs des panneaux qui cachent les tranchées ouvertes sur le bitume. Il s’agit de couleurs identifiées comme telles, en alternant les deux couleurs de façon à attirer l’attention des usagers. Le premier cliché a été pris devant le Palais royal.

Bruxelles, Quartier du Canal, travaux & panneaux   

Les raisons d’être des chantiers sont nombreuses. Il s’agit de rénover un réseau de canalisations, d’enfouir des nouveaux câbles, de refaire tout ou partie de la chaussée et ou des trottoirs, de poser des rails pour le tramway…

 Bruxelles-Ring-Av-Louise-Travaux-Dimanche-1 

Les chantiers –et surtout ceux qui sont importants  de par leur localisation stratégique, leurs dimensions ou leur durée – peuvent avoir lieu le dimanche y compris. Ils attirent un public d’habitués qui prend plaisir à voir les travaux et à constater leur avancée.

  Bruxelles, Quartier du Canal, travaux & panneaux 

On vient voir les hommes et leurs machines comme certains dans le midi de la France vont  voir les joueurs de boules. Ici, à Bruxelles, tous portent leur veste jaune de travail. Certains en plus poussent le raffinement jusqu’à avoir un jean bleu pour l’harmonie ! Il y en a même un pour avoir un pantalon jaune avec un t'shirt bleu ciel.

Bruxelles-Drapeaux-Vent -1

C’est aussi le bleu ciel cette fois-ci qui est choisi pour évoquer le vent qui fait vibrer les drapeaux verticaux fixés à des panneaux jaunes soleil, pour animer avec beaucoup de succès une place auparavant un peu triste, un peu plus loin dans le centre de Bruxelles.   

 Bruxelles, Centre, Drapeaux bleus au vent   

La ville est sans cesse en mouvement. Elle est vivante. Réaliser ces travaux est une des façons de la garder attirante et la plus douce possible à vivre…

Pour suivre le chemin

. Aller à Bruxelles découvrir les couleurs de la ville. Vour pourrez aussi particulièrement apprécier d'avoir des draps bleu et jaune, pour le fun. Cette fois-ci, il ne s'agit plus de travail, mais de repos.

Bruxelles-Draps jaune & bleu

. Photos Elisabeth Poulain

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Photos > Traverser le Grand Rhône par le Bac de Barcarin

20 Août 2014, 16:07pm

Publié par Elisabeth Poulain

 C’est assurément le fleuve le plus puissant de France. Il s’agit du Grand Rhône qu’on admire en pleines eaux, alors qu’on est en été. Il faut dire que cet été 2014 a été franchement pluvieux. La largeur du fleuve à l’endroit choisi pour le passage du bac est de 450 mètres.  

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Sentier-Rive droite aval--P1300133

L’approche du bac venant de Salin-de-Giraud par la D 30. Le site n’a rien de particulièrement remarquable en soi. Il a dû être choisi pour ses facilités d’approche venant de la petite ville, afin de permettre l’acheminement du sel extrait un peu en amont sur cette rive gauche. En face sur la rive gauche, il n’y avait quasiment rien.

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Montée-P1300134

C’est un bac qui a permis de relier les deux rives, d’abord assuré grâce à un système de rails et maintenant grâce à un moteur. Un navire spécialisé assure la traversée et la liaison entre les deux villes de Salins de Giraud en rive gauche toute proche (2000 habitants) et Port Saint-Louis plus loin en aval en rive droite. Ce grand site portuaire dépendant du port de Marseille compte plus de 8600 habitants.

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Ordre-à-bord--P1300150

Malgré des demandes répétées depuis le début des années 1930, aucune autorité compétente ne s’est prononcée positivement sur la construction d’un pont, qui aurait grandement facilité  les liaisons avec l’Est du département des Bouches du Rhône. L’environnement très fragile, mi-eau mi-terre, présente en effet un niveau de contraintes particulièrement  important.

 Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Départ-P1300140

Les photos. C’était en fin de journée. Il avait fait beau et pas trop chaud. L’air était léger. Le ciel chargé de nuages d’un bleu soutenu, tellement fort qu’il dominait le paysage. Il arrivait à ê tre plus fort que l’énorme masse d’eau qui coulait sous le bateau.

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Rive-droite-P1300142

Quant aux rives, il n’y avait que peu de choses à voir  sur les berges elles-mêmes ou juste au-dessus. La rive droite, d’où nous sommes arrivés, se cache derrière des arbres.

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Rive-gauche-amont-P1300149

Quelques grues  rive gauche en amont du bac témoignent de travaux de construction en cours. En rive aval, on distingue quelques arbres près de maisons, ce qui veut dire qu’il y a de la terre. Rive droite, le couvert végétal se poursuit vers l’aval.

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Passerelle-P1300156

 A bord, le bac n’était pas complètement rempli par les voitures. Ceux qui étaient là étaient des connaisseurs, des utilisateurs réguliers pour la plupart, avec quelques touristes. La différence entre les deux catégories tenait à ce que les habitués restent dans leur voiture alors que les touristes sortent "pour voir".

 Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Design-Couleurs-P1300151

Personne à part nous ne regardait l’eau, ni le ciel absolument fabuleux.  

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Bord-P1300154

Restait à décortiquer les lignes et les couleurs du bac lui-même. C’est là qu’est arrivée la belle surprise, avec des lignes verticales qui tranchaient sur les horizontales, en jouant du blanc vif du navire pour toutes les superstructures, le sol gris ligné de blanc pour guider le stationnement des véhicules, avec des bandes vertes d’exclusion-voiture réservées aux piétons.

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Design-Couleurs-Ciel-P1300152

Dans l’enclos technique, signalé par un poteauqui porte des numéros accolés verticalement deux par deux (01, 28, 67, 8), le sol jaune indique que l’endroit technique n’est pas accessible aux  utilisateurs du bac.  

 Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Passage-P1300145

C’est le bleu marine qui permet de dynamiser les verticales, après avoir découvert le bleu moyen très doux des poutrelles qui permettent aux voitures d’accéder au bac en montant ou descendant selon le sens d’où l’on vient et ou la rive où l’on va.  

Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Poste-P1300157

La tourelle blanche de pilotage attire bien sûr le regard sur son escalier bleu marine.

 Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Arrivée-Rive-gauche-P1300160     

A peine parti, le bac arrive déjà à sa destination en rive gauche, une grande zone de rizières que l’on aperçoit sur sa droite de la départementale D268. Avant de rejoindre très vite, guère plus loin par la N 568, l’univers de grandes zones industrielles et  commerciales en arrière de la zone portuaire de Fos-sur-Mer.

  Grand-Rhône-Bac-Barcarin-Montée-P1300161        

Quelques chiffres pour finir. Il existe deux bacs, Bac 4 (200 personnes et 32 véhicules maximum) et Bac 3 (140 personnes et 21 véhicules maximum). Ils fonctionnent 365 jours par an, avec une amplitude quotidienne de 22h pour Bac 4 (4h 20 du matin jusqu’à 22h) et de 6h30 pour Bac 3 qui renforce la capacité de traverser en matinée et l’après-midi. La traversée se fait toutes les 10, 20 ou 30 minutes. Elle est gratuite pour les voitures des Saliniers et Saint-Louisiens et coûte 4,50 E pour le véhicule des autres.

Grand-Rhône-Bac-Barbarin-Rive-gauche-Rizière-P1300167

Ce que je retiens est le choc des univers   entre le sel, le riz, les quelques maisons et les entrepôts, l’eau et la terre, les couleurs, les lignes, dans un temps très court dans un espace restreint et à très fortes contraintes naturelles, en quittant le monde du marais pour ensuite passer près de rizières en rive gauche en se dirigeant vers Fos et l'industrie...

Pour suivre le chemin

. Retrouver toute l’information relative au bac de Barcarin sur  http://www.smtdr.fr/

. Voir de belles photos des bacs 4 et 3 dans le « Plan d’Intervention et de secours » du Syndicat mixte des Traversées du Delta du Rhône (smtdr) sur http://www.smtdr.fr/PIS%20Barcarin%20reduit.pdf  

. Salin de Giraud sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Salin-de-Giraud

. Port Saint Louis.fr sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Port-Saint-Louis-du-Rh%C3%B4ne  

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album "Fleuves et rivières"

 

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Payer en francs (FRF), c'est toujours possible, avec des timbres...

18 Août 2014, 14:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

  

Et pour un envoi postal. C’est ce qu’on peut constater en recevant un colis envoyé par la poste à la suite d’une commande. Comme vous pouvez le voir, l’expéditeur ne s’est pas contenté d’utiliser ses vieux timbres. Il a aussi pris la peine de sélectionner des timbres qui tous ont quelque chose à dire.

Une précision d’abord sur la monnaie et le pays. Il n’est marqué qu’une seule fois qu’il s’agit de francs français (F), mais l’indication « France » n’est jamais loin. On peut voir aussi l’indication « République française » pour 3 timbres qui semblent plus anciens du fait de leur graphisme. Ce sont le « IXe Centenaire de la Bataille de Hastings », « 1916, le 50è anniversaire de la Bataille de Verdun, 1966 »  et le « Château de Valençay ».

Timbres français-FRF-commémorations-symboles

Les timbres par montant, en commençant par les plus élevés.

. 1 timbre à 1,20 + 0,30 pour Louis Armand, un timbre qui a dû être fait après son décès en 1971 pour honorer sa mémoire.   

. 2 timbres à 1,20, qui sont l’Exposition mondiale de la Machine-Outil Paris 1975 et le « Sénat de la République 1875-1975 » pour fêter son centenaire. 

. Une série de  4 timbres à 1,10, le « Château d’Esquelbecq » avec un dessin au graphisme daté, « La Broderie »  avec une très jolie représentation d’une brodeuse signée par le peintre Louis Toffoli en 1980, la « Bataille de Nancy 1477-1977 » en commémoration du 500è anniversaire de cette bataille et la « cathédrale de Lodève ».

. 1 timbre à 0,60 pour le IXe centenaire de la Bataille d’Hastings.

. 1 timbre à 0,30 + 0,05 pour le 50e anniversaire de la Victoire de Verdun 1916-1966. Aujourd’hui, les auteurs de wikipedia parlent plus justement de « la Bataille de Verdun, du 21.02.1916 au 19.12.1916, qui a donc duré 9 mois, 3 semaines et 6 jours, dont l’issue a été une victoire française ». Le timbre s’inspire d’une médaille frappée en 1916, un jeton pour l’époque, avec une « Victoire », une jeune femme cheveux au vent et glaive à la main d’un côté et les deux tours de la Citadelle de Verdun de l’autre. La double innovation provient des soldats en marche dans le médaillon et du casque à terre avec les palmes, qui doit symboliser la mort de 163 000 soldats morts sur place et 215 000 blessés français, invalides le plus souvent, les blessés guérissables n’étant même plus comptabilisés.    

. Vient ensuite le seul timbre marqué avec un F pour Francs, qui est celui représentant le Château de Valençay de 25F. Il est daté de 1957, ce qui colle avec le passage au nouveau franc en 1959.  C’est la raison pour laquelle, on change d’échelle, entre la bataille d’Hastings à 0,30 + 0,05 et celui du Château de Valençay à 25 F ! Le timbre sera néanmoins utilisé tel quel ensuite pour l’affranchissement des lettres en France métropolitaine.

Timbres français-FRF-commémorations-symboles

Les 10 timbres et les choix des représentations dessinées.

. Il y a 1 hommage à un grand homme, Louis Armand, qui n’a pas été un politique. Gageons que son engagement dans la Résistance et sa grande carrière à la tête d’entreprises françaises à stature internationale sont des explications valables. 

. 1 femme anonyme, La Brodeuse, pour représenter la broderie, ce qui est déjà bien. Le plus souvent cet art textile est représenté par une broderie achevée. Le double choix de Louis Toffoli et de l’Administration des Postes ont valorisé la personne qui brode, ce qui est rarissime dans la broderie.

. Une représentation allégorique de la Victoire, représentée par un corps de femme ailée, qui semble guider des soldats au fusil à l’épaule en marche sur un fond de deux tours d’un château fort avec le drapeau français qui flotte au vent      

Les 10 timbres, la représentation dessinée et  le montant. Il n’y a pas de lien entre l’importance de l’évènement, comme la Bataille de de Hastings par exemple et le montant qui était de 60 centimes. Louis Armand, autre exemple, pèse deux fois plus lourd  sans qu’il soit possible d’en tirer des conclusions. La Brodeuse sinon pèserait presque autant que le Grand Homme, même à harmoniser les deux parités du franc.

Quant aux dessins, ils sont pour la plupart dictés par le thème, comme le dessin de la cathédrale pour celle de Lodève, un dessin de l’hémicycle pour le Sénat, le portrait de Louis Armand... La Brodeuse, on l’a vu, est originale de par son dessin. Restent deux catégories, les batailles et la représentation de l’exposition mondiale de la machine-outil.

. Les Batailles. Ce sont des grandes batailles qui ont fait la France, même si on l’a vu, celle de Verdun s’appelait sur le timbre « la Victoire de Verdun ». Leur composition est riche. La composition est dense, les thématiques sont nombreuses, avec des châteaux du Moyen-Age, des combattants en armure, des drapeaux, un fleuve, la mer ou le vent, la Liberté dans ses voiles…Toutes ces représentations qui à la fois relèvent de notre imaginaire construit dès la petite école  et contribuent à créer et recréer cet imaginaire.

. Quant à l’exposition de la Machine-Outil, le challenge pour le créateur du timbre était plus tourné vers la création du mythe. Il fallait montrer l’importance de l’évènement en célébrant la beauté de la force de la machine au service de l’homme, comme dans le film de Charlie Chaplin mais cette fois-ci en positif. Une version 1975 des Temps modernes, au service de l’Homme, avec le sigle LEMO (L’Exposition Mondiale de la Machine-Outil), centrée sur l’Afrique et l’Amérique latine. L’intéressant, quand vous regardez bien la gravure d’Albert Decaris, est que vous arrivez à découvrir un homme-outil en armure sur le côté gauche au milieu…

Timbres français-FRF-commémorations-symboles

Grâce à ces 10 timbres différents, 5 horizontaux et 5 verticaux, nous avons pu voyager dans les siècles, de 1477 (Hastings) jusqu’en 1980 (La Brodeuse), en temps de guerre, en tant de paix,  en France, en Angleterre… En réalité, notre histoire commence par les vestiges de la première catédrale de Lodève du Xè siècle, fondée par les Celtes à la fin du IVè siècle. Nous avons traversé les continents. Nous sommes devenus châtelains, soldats l’épée ou le fusil à la main, sénateurs de la République ou techniciens de la machine-outil. Femmes, nous avons brandi l’étendard de la Liberté en symbole de la Victoire, pendant que d’autres s’abîmaient les yeux à broder des tissus fins.   

Le timbre en lui-même est déjà un voyage. Celui-là est impressionnant…         

 

Pour suivre le chemin

. Louis  Armand est un ingénieur, haut fonctionnaire et résistant français, 1905-1971 qui a fortement marqué son époque  http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Armand_(ing%C3%A9nieur)

. Le château d’Esquelbecq (début du XVIIe) est situé juste à la frontière avec la Belgique, à voir grâce à de belles photos sur http://www.jepi-dunkerque.fr/article-le-chateau-d-esquelbecq-57400794.html  

. « La Broderie » de Louis Toffoli (1907-1999) est à retrouver en bon cliché sur http://www.wikitimbres.fr/timbres/1728/1980-la-broderie-toffoli  

. La Victoire de Verdun sur http://www.wikitimbres.fr/timbres/675/50e-anniversaire-de-la-victoire-de-verdun-1916-1966 et le jeton de 1916 sur http://www.cgb.fr/troisieme-republique-bataille-de-verdun,fjt_286824,a.html

La Bataille  de Verdun sur Wikipedia,  une terminologie qui me semble plus acceptable, à voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Verdun_(1916) 

. Le Château de Valençay – Indre – dessiné par Robert Cami, à voir avec précision sur la fiche très claire d’Alex Bernardini sur http://www.alex-bernardini.fr/Ch%C3%A2teau-de-Valen%C3%A7ay-France-1957-1128.html

. L’exposition mondiale de la Machine-Outil, à voir de près avec    http://www.wikitimbres.fr/timbres/666/exposition-mondiale-de-la-machine-outil-paris-1975-1emo 

. La cathédrale de  Lodève que j'ai failli oublier, à voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Saint-Fulcran_de_Lod%C3%A8ve    http://www.wikitimbres.fr/timbres/611/1976-cathedrale-de-lodeve

. Photo Elisabeth Poulain  

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M comme Man, comme Masque > Pablo Gargallo, le Petit Masque, 1911

10 Août 2014, 15:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une jolie histoire. Elle commence pour moi dans Wikipedia lorsque je cherchais à en savoir plus sur un sculpteur nommé Pablo Gargallo (1881-1934), un artiste espagnol originaire de l’Aragon, au très beau visage. Il fut l’ami de Pablo Picasso d’abord à Barcelone puis ensuite à Paris où tous deux continuèrent à être proches.    

Le sculpteur. Il est surtout connu pour son travail du métal, en cherchant toujours à aller plus loin. Plus loin au sens du dépouillement, quand il n’y a plus rien à enlever d’une façon qui n’avait jusqu’alors jamais été tentée et réussie. Dans le monde de l’art, on pense à tort que tout a toujours été déjà fait. Comme Pablo-le peintre, Pablo-le sculpteur a su vraiment avancer en faisant autrement, tout en étant beaucoup moins connu. Au crédit du sculpteur, il y  a d’abord des réussites telles qu’elles ne peuvent plus être imitées. Ou des approches qui n’avaient pas été jusqu’alors tentées.

Pablo Gargallo, Le petit masque, 1911

« Le petit masque » de 1911. Il appartient à la première des deux catégories. « Tout est bon chez lui, il n’y a rien à jeter » en paraphrasant le refrain de la chanson de Brassens (« Tout est bon chez elle, il n’y a rien à jeter »). Sa forme triangulaire, pointue vers le bas, est adoucie par plusieurs courbes  pour le haut, des mèches de cheveux courts frisotés pour finir le haut qui forment autant de courbes enroulées sur elles-mêmes, au-dessus des ovales formés par les yeux et des sourcils qui se rejoignent au-dessus du nez.  

La structure elle-même est constituée par  trois lignes. Les deux horizontales d’abord. Elles sont formées par la ligne des yeux et puis par celle de la bouche très fine, réunies par les lignes verticales saillantes du nez qui vont s’évasant pour se terminer en triangle, au-dessus des lèvres. L’arcature des sourcils, qui se transforme en nez, est une forme parfaite qui annonce l'ouverture des narines.

Le désordre est apporté par la frise des cheveux qui arrondissent le haut du masque vers l’avant. Ces boucles, qui donnent le volume et le souffle de la vie, adoucissent la  maitrise de la forme. A ces boucles presque enfantines répond le petit bombé du menton tout en bas. L’entièreté du masque est tendue à cette exception qui permet de finir presque en douceur ce menton si pointu.

Les trois visions du petit masque. Il y a d’abord celle qui apparaît dans le cliché pris dans l’  atelier du sculpteur, au 45 rue Blomet à Paris 15è, derrière lui. Il y a ensuite le cliché qui apparait dans la revue et enfin celui qui a été choisi parmi  les trois œuvres  pour figurer sur la couverture du magazine. A chaque fois le rendu est différent, à cause des yeux en particulier.

. Sur l’établi derrière l’artiste, le petit masque est vraiment chez lui, dans son environnement, seul en majesté sur son tour. Il a une place très privilégiée; c’est l’œuvre finie qui est la plus proche de Pablo Gargallo assis lui en train de travailler. L’amusant est que les deux personnages, Pablo et le petit masque, présentent leur même profil, l’un regardant vers le bas et l’autre vers le haut.

 . Le cliché de l’intérieur de la revue. Il est pris presque de face, pas tout à fait de façon à décaler légèrement l’ombre du nez vers la droite pour ne pas cacher de trop la bouche. Ce qui frappe, ce sont clairement le blanc des yeux, plus blanc que n’est le fond légèrement gris-bleuté, ce qui signifie soit que la couleur a été  retravaillée, soit que le trou a été occulté avec du papier blanc pour ne pas troubler la prise de vue. La différence de teinte agace un peu le regard.  

. Le cliché de la couverture jaune. Le masque cette fois-ci apparaît sur un fond jaune, une couleur vraisemblablement choisie pour dynamiser la couverture. La prise de vue semble la même, seule l’ombre du côté droit parait plus forte. La tige qui tient le masque a été enlevée. Cette fois-ci, la couleur du fond est peu forte, un peu de trop car elle occulte l’aspect métal rouillé du cliché de l’intérieur. Ces yeux jaunes dérangent.

Restent à retrouver les yeux du petit masque dans l’atelier. Il me semblerait bien qu’il avait de 'vrais yeux', autant que ce fut possible, sans ces vides. D’où la force de ce masque. Une autre explication est également possible. L’artiste aurait pu faire plusieurs versions du masque ; celui que l’on voit dans l’atelier n’apparait pas si petit que cela. En l’absence de dimensions, il est difficile de se prononcer.             

  Pour suivre le chemin  

. Voir le portrait attachant et détaillé que trace wikipedia de cet artiste espagnol, avec des photos qui ont  dû être mises en ligne sur le site par des héritiers du sculpteur.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Gargallo

. La revue (13.10.1965) paraissait « tous les mercredis ». Son nom « Chefs d’œuvre de l’Art », une co-production Hachette de Paris et Fratelli Fabri Editori de Milan, n° 135. Cette revue fait partie de ma collection "Emmaüs", ce qui veut dire que je l'ai achetée dans un centre Emmaüs - second hand store - à cause justement de ce   masque si expressif, qui figurait sur la couverture.

. Sur Brassens et sa chanson, voir  http://www.brassens-cahierdechanson.fr/OEUVRES/CHANSONS/jeter.html avec les paroles du refrain de « Rien à jeter » « Tout est bon chez elle,  y a rien jeter,  Sur l'île déserte, il faut tout emporter. »

. Photo de l’atelier de l’artiste sur wikipedia. Il est difficile de vous la montrer: elle est interdite de reproduction, une rareté sur wikipedia. Une suggestion aux héritiers, qu'ils mettent aussi, svp, un cliché du "Petit Masque" et pas seulement celui du "Masque à la mèche"pour que les gens puissent le voir sur fond blanc, ce jaune change forcément les choses. D'avance, mille remerciements.

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Photo > Jeu de soleil & d'ombre sur une citerne rouillée

1 Août 2014, 15:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

La photo. Elle a été prise lors d’un voyage en voiture qui conduisait à Cherbourg. Je n’ai aucune souvenance de l’endroit précis ; je peux seulement dire que c'était dans une campagne où il restait près de la route des bâtiments industriels désaffectés.  

La citerne. Ses hautes dimensions rendaient son vieillissement visiblement plus fort, plus dur à supporter. La rouille avait déjà commencé son travail de sape.

La question s’est posée de savoir quel type de liquide avait pu séjourner dans ce grand réservoir. Une question bien sûr sans réponse en l’absence de toute indication, de toute présence humaine.

Citerne dans la Manche

Restait à voir alors le jeu du soleil sur la courbure du cylindre, un jeu renforcé par l’appareillage de poutrelles qui  soutenaient l’ensemble.

Le dessin formé par ces  lignes verticales, horizontales et de biais a formé des courbes parfois interrompues, comme dans le bas à gauche, doublées en dessous par le croisement du dessus.

Et ce double jeu dessus-dessous, dessus avec les poutres et câbles de ferraille, dessous en ombres projetées, se superpose à la peau de la citerne édifiée à coups d’anneaux de métal soudés les uns aux autres. On voit clairement quatre de ces soudures horizontales.

On peut aussi repérer les soudures verticales de trois des soudures faites pour chaque anneau, sur le côté droit, une bande sur deux.  

En bas, le bel ordonnancement a été troublé. Une bande rouillée en forme de V devait indiquer la trace d’une large soudure. Une adjonction devait vraisemblablement figurer à cet endroit où la poutrelle transversale a été rompue.  

Et seul reste ce cliché d’un ouvrage industriel, au bord d'une route de campagne, qui depuis lors a du disparaître sous les coups de butoir d’un bulldozer.

Pour suivre le chemin

Photo Elisabeth Poulain à retrouver dans l'album "Paysages mobiles, route, voie" sur ce blog  

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Les mains bleues > Leurs empreintes sur la ville, la vie > Peintures

28 Juillet 2014, 16:43pm

Publié par Elisabeth Poulain

La main bleue. Elle est présentée comme un symbole de la paix entre les peuples, entre les jeunes ; elle peut être aussi et surtout connue comme l’icône de Facebook. Retenons que son usage et sa portée sont très variables d’un pays à un autre, en fonction de l’époque ou des publics concernés. Les deux exemples que je vous présente ont été réalisés par ou pour des jeunes d’un âge bien différent, il y a quelques années, le Ier en France, le second en Allemagne.  

Main bleue-Détail d'une main-Empreinte sur la ville

La première gouache. Elle a été l’œuvre d’étudiants français et étrangers participant à un atelier de créativité dans une école d’ingénieurs en 5è et dernière année. Plusieurs couches ont été faites, se superposant les unes aux autres, pour donner une image de la représentation d’une ville. Pour bien montrer sa volonté d’emprise sur la réalisation et y mettre un terme, le dernier participant a plongé ses très grandes mains dans le seau de peinture bleu-violet. Il a ainsi signé la fin de la réalisation. Plus personne ensuite n’y a touché. Ces mains ont fait office de sceau final.   

  Mains bleues-avant empreinte  

La deuxième réalisation. En fait il s’agit d’une photo des mains d’un adulte qui vient de les plonger dans un seau de peinture bleue. Ce sont celles vraisemblablement d’un homme, un des artistes qui ont fait travailler un groupe d’enfants qui ont globalement entre 5 et 10 ans. Ce cliché illustre le mois de mars du calendrier 2001 grand format de 60,2 cm sur 42,6cm d’une banque, la Sparkasse Singen Radolfzell.

Main-bleue-Calendrier 2001;Sparkasse Radolfzell

Chaque mois montre une réalisation des enfants travaillant sous les conseils des artistes ou de ces mêmes artistes travaillant avec les enfants. Ce que montre cette photo, c’est la beauté de ces mains comme œuvre d’art, avant qu’elles ne soient utilisées comme tampon.

 

Pour suivre le chemin

Main bleue-Emreinte sur la ville-Panneau complet

. Voir le pouvoir symboliquement fort du bleu sur wikipedia. C’est la couleur préférée des Français, à voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Bleu

. Photos Elisabeth Poulain           

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Le monde des hommes des vins de Bourgognes > L'âme des vins de la Terre

27 Juillet 2014, 15:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Deux étrangetés dans ce titre. D’abord « Bourgognes » écrit au pluriel. N’ayez pas d’inquiétude ; iI n’y a toujours qu’une seule Bourgogne, même à l’heure du rassemblement des régions ! Ce « s » est seulement là pour attirer votre attention sur les nombreuses facettes des vins de Bourgogne. C’est "un truc" de publicitaire.

Quant à « l’âme des vins de la Terre », j’aurais dû mettre des guillemets, ce que je n’ai pas fait, faute de place disponible dans le titre. C’est difficile à faire passer, d’abord en traduction littérale. Aussi parce que c’est un poème bien connu de Charles Baudelaire. C’est franchement de trop, surtout quand on sait que la campagne publicitaire de l’Interprofession des vins de Bourgogne, qui en est l’auteur, utilise d’abord le ressort de l’international et ensuite l’humour, pour faire vibrer les amateurs français lecteurs de revues  françaises spécialisées dans le vin ou qui présentent des numéros spéciaux sur le vin. 

Bourgognes-Nuits Saint-Georges-Peter-2004

La série court sur plusieurs années. J’ai choisi les visuels de  2004, 2005, 2006, 2007, 2008… sans volonté d’ailleurs ni possibilité de ma part de vous donner la liste complète. Il s’agit de réfléchir sur la mise en oeuvre d'une campagne de publicité. J’ai choisi aussi de vous présenter les visuels par ordre de parution chronologique afin de respecter l’influence du temps sur l’évolution de la série. C’est ainsi qu’on découvre deux déclinaisons du concept du départ, avec une année de transition.

La composition duale de chaque visuel. Dans la première série, dans le tiers supérieur de la page, figure l’homme qui incarne les vins de Bourgognes à l’autre bout du monde. Pour nous en convaincre, cet homme a un nom. L’endroit où il se trouve est identifié par son appartenance à un continent et la distance en kilomètres qui le séparent de Bourgognes. Une question de sa part indique le ressort du visuel choisi pour faire le lien avec les vins des Bourgognes. Dans la partie inférieure apparaît un verre rempli de ou d’un vin de Bourgognes avec là encore un texte d’une longueur variable en réponse à la question posée. Elle figure en haut de l’étiquette marquée du logo B, suivi en dessous par Bourgognes et l’âme des vins de la Terre.

Bourgognes-John-2005

2004-2005. La première série est fondée sur un homme du vin, jeune (le professionnel) qui se pose des questions sur les vins de Bourgognes.       

. Peter pour Nuits-Saint-Georges : « Outre-Atlantique, KM 7150,  « Depuis qu’il est vigneron, Peter ne cesse d’admirer le cratère de la Lune qui porte le nom de Nuits-Saint-Georges. Toujours pas de vignes en vue, Peter ? ». Voici la première phrase d’une très longue réponse : « Les vignerons de Bourgogne expliqueront à Peter que, c’est en fait, l’équipage d’Apollo15 qui a donné le nom de Nuit-Saint-John à l’un des cratères de la lune… » La Revue des Vins de France, novembre 2004,  page 2

. John, vigneron : « Comment des fleurs blanches peuvent-elles s’épanouir dans un verre de Bourgogne ? …La réponse : Grâce au terroir de Bourgogne, John, où le Chardonnay révèle une palette aromatique surprenante. » Le Point Spécial Vins, 8 septembre 2005, page 229   

. Andrew, vigneron : Océanie, KM 11882, « J’ai longtemps cherché un rubis profond. Je l’ai trouvé dans un verre de Bourgogne, Andrew, vigneron. » La réponse « Eh oui, Andrew… C’est en Bourgogne que le Pinot noir révèle une robe aux reflets brillants et à l’éclat de rubis. » Le Figaro Magazine, 3 septembre 2006, page 159

Bourgognes-Andrew-2005

2006. Une année de transition . Pour le Crémant de Bourgogne, il n’y a plus d’homme pour incarner ce vin, ni d’ancrage géographique du vigneron étranger, ni de distance. Le reste du visuel demeure grosso modo. Dans la cartouche du haut, figure un morceau du socle du terroir de Bourgogne en forme de volcan inversé, la pierre en bas et la vigne en haut, à l’allure d’un bouchon  au- dessus du verre placé en bas. Il y a néanmoins un texte écrit au-dessus du B de l’étiquette et en dessous de Crémant de Bourgogne : « Dans son infinie richesse, le terroir de Bourgogne offre de grands vins blancs et rouges, mais aussi un troisième type de vin au caractère pétillant : le Crémant de Bourgogne. » (Le Point, Spécial Vins, 7 novembre 2006, page 237.)  

Bourgognes-Crémant de Bourgogne-2006

2007-2008.La poursuite de la campagne et le retour des professionnels du vin, avec la disparition de l’ancrage géographique et du kilométrage jusqu’en Bourgognes, la cartouche du haut avec une photo plus grande fixée un trombone, un allègement sensible de la réponse qui ne figure plus sur l’étiquette et  la réduction de celle-ci. 

. Voici  MichEl*, SommElier*, aux allures de Schwarzenegger jeune, avec un taureau très puissant en arrière et sans barrière visible entre lui et lui. Des fruits rouges parsèment le chiclé tiré d’un classeur dont on voit les anneaux. Ce professionnel se pose la grave question de savoir « comment obtenir un rouge aussi intense et éclatant ? »** La réponse cette fois-ci figure en bas à gauche, dans l’arrondi du verre rempli : « C’est le Pinot Noir** qui donne le meilleur de lui-même sur la terre de Bourgogne. » Cette fois-ci, le « s » a disparu dans la réponse, même s’il demeure sur l’étiquette.  *(Le « E » majuscule qui figure dans le prénom et le nom est volontairement ajouté dans l’écriture par les concepteurs de l’étiquette.) **(Le rouge pour le Pinot noir figure en tant que tel dans le visuel, tout comme le bleu pour le Crémant de Bourgogne qui suit et le bronze pour le Chardonnay pour clore le billet.) L’Express, Spécial Vins, du 30 août 2007, page 84    

 Bourgognes-Michel-2007  

. FrEdEric*, œnologue* (même remarque sur le E) se pose la question désormais  rituelle : « Comment ce petit pétillement peut-il déclencher autant de fraîcheur ? »**. FrEdEric se penche sur le balcon  pour mieux admirer la fraîcheur, alors qu’un gros bloc de neige tassé s’apprête à lui tomber sur la tête. Bizarre, ce doit être de l’humour, tout comme le taureau au-dessus. J’allais oublier de vous donner la réponse « C’est le terroir de Bourgogne allié à un savoir-faire unique qui donne au Crémant de Bourgogne toute sa fraîcheur.» Cuisine et Vins de France, septembre-octobre 2007, page 9.         

 . Pour finir la série, voici l’arrivée ou plutôt le départ d’Alain, restaurateur (sans E ajouté) qui s’enfuit en courant poursuivi par une horde d’abeilles furieuses. Sa question « D’où peuvent bien surgir ces petites notes de miel ? » La réponse est  « C’est le mariage entre la terre de Bourgogne  et le Chardonnay qui donne cette palette d’arômes uniques. » Le Point, Spécial Vins, 11 septembre 2008, page 2005.Ce visuel a encore été utilisé dans Marianne, Hors-Série juillet-août 2010 "100 vins de plaisir"en page 33, face au premier vin de Bourgogne sélectionné, le Bourgogne Givry, Remoissenet Père et Fils.

Bourgognes-Frédéric-2007

Quelques remarques sur les concepts et leurs développements pour finir.

L’idée de la Ière série d’utiliser la rotondité de la terre et le recours à des professionnels étrangers de terrainest intéressante au plan  visuel. Je retiens par exemple l’ocre rouge d’Andrew, comme une belle réussite. Encore aurait-il fallu faire extrêmement  attention aux questions posées soi-disant par des vignerons étrangers, qui sont avant tout des professionnels et encore plus au ton des réponses de publicitaires vraisemblablement de l’interprofession. Cela a été particulièrement le cas pour Peter, celui dont je ne vous ai pas donné la réponse au complet. On dirait que la réponse s'adresse à des enfants qui n’y connaissent rien en vin. Vous avez aussi remarqué que les auteurs de la campagne avaient été sensibles à cette délicate question en faisant le choix de ne pas citer de pays, en préférant parler d’hémisphère sud par exemple. Une autre hypothèse est certainement qu’ils ne voulaient donner aucun nom de région viti-vinicole étrangère, fusse-telle dans l’autre hémisphère.   

   Bourgognes-Alain-2008 

La seconde série a changé de positionnement en abandonnant le recours à des vignerons étrangers et en faisant le choix d’un humour visuel. Ce sont maintenant des professionnels, sommelier, œnologue et restaurateur, aux prénoms français (Michel, Frédéric et Alain), pour éviter de heurter la fierté professionnelle des confrères vignerons étrangers. Pourtant la réussite n’est pas franchement là. Ces trois catégories professionnelles rassemblent aussi des vrais connaisseurs du vin. Quant à l’humour visuel, il est difficile à réussir. Le scandale du sang de bœuf a créé de grandes troubles dans nos exportations vers la Chine à l’aube du passage à l’an 2000. Le bloc de neige qui vous coule dans le cou ne fera pas rire celui à qui cela arrive et quant aux abeilles en furie, mieux vaut les éviter. L’humour est toujours délicat à manier. Une photo, plus qu'un texte, s'interprête aussi et surtout au Ier degré. L'image reste quand le texte s'en va.  

Le constat. A trop vouloir prouver, on prend des risques. Le ressort de la question/réponse n’est guère convainquant. Il aurait plutôt tendance à se retourner contre celui qui donne la réponse. Il aurait été beaucoup plus convaincant de laisser s’exprimer simplement le vigneron John par exemple, comme cela  a été fait après. Celui-ci aurait pu dire « incroyable, cet arôme de fleurs blanches dans ce vin de Bourgogne », avec dans la cartouche du bas, un complément léger de réponse « oui, c’est vrai, le terroir de Bourgogne est bien connu pour ses fleurs blancs. » Et cela aurait suffi. C’est peut-être sur ce point-là que l’on voit la rapidité de la mutation de la société en un peu moins de 10 ans. Il s’agit plus de montrer, sans trop dire, dans une société sur-saturée de communication…Suggérer plutôt que vouloir trop prouver.

Bourgognes-Alain-2008

Quant au dernier point qui est de mettre un « s » à Bourgogne, il ne faut jamais jouer avec les symboles. Il en va aussi également dans le monde du vin, comme veut le prouver cette campagne, où parfois Bourgogne est écrit sans "s" et parfois avec cet "s" dérangeant. Seul Bourgogne est Bourgogne. C’est là le ressort profond commun à cette série. Et pourtant le « s de Bourgognes » figure toujours dans le site actuel  de l’interprofession. Preuve que ces choix de stratégie ne sont pas faciles, surtout quand perdure la concurrence avec l'autre vignoble mondialement connu dont le nom commence aussi par B, l'autre, dont l'initial n'est pas entouré par ce cercle qui figure le monde.   

Avec une dernière remarque. En Bourgogne visiblement, il n'existe que des hommes du vin. Point de femme! Un vide sidéral qu'aucun homme, à ma connaissance, n'a jamais remarqué. Je dois dire aussi que peu de femmes l'ont vu. Avec aussi une préférence marquée de la gent masculine pour Schwarzenegger  (= Michel le Sommelier). C'est le plus "homme" de tous!            

Pour suivre le chemin

. Voir comment l’interprofession communique maintenant http://www.vins-bourgogne.fr/

. Photos Elisabeth Poulain            

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A Marseille > L'Ombrière de Norman Foster, un mystère urbain en miroir

22 Juillet 2014, 17:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

On connait les kiosques à musique précieusement conservés depuis le XIXe siècle même si on n’y entend plus guère l’orchestre municipal jouer pour animer les douces soirées estivales des grandes places urbaines, les temples de l’Amour dans de grands espaces qui ne célèbrent plus guère les folies de Cupidon, les fontaines d’eau jaillissante en hommage aux grands fleuves de la France pour encadrer l’obélisque donnée par l'Egypte au XVIIIe à France et qui a été érigée à Paris Place de la Concorde, l’ Arc de Triomphe pour célébrer les victoires militaires de Napoléon, en haut des Champs-Elysées dans l’axe de la Place de la Concorde…  

 Marseile, Quai Fraternité, Ombrière, découverte, P1300336    

Restait  à inventer « un objet culturel » propre à Marseille pour animer une des plus grandes places d’Europe, qui forme l’arrière-plan du Vieux Port de Marseille. Une place rectangulaire qui n’avait pas vraiment d’identité propre, tant l’appellation de Vieux Port était et continue à être forte, comme si l’eau l’emportait sur la pierre du quai, les fonctions maritimes sur les fonctions terrestres...

Marseille, Quai Fraternité, rendez-Vous, P1300324

L’Ombrière, située sur la partie sud du Quai de la Fraternité est la réponse à ce manque. Elle est la partie visible d’un grand projet urbain concernant toute cette façade maritime du Vieux Port de cette très vieille ville de Marseille qui a gardé son grand port rectangulaire enfoncé dans la terre et la pierre  depuis l’Antiquité. C’est dans le fond, dans la largeur au contact de la terre, que s’est développée la ville à partir du XVe-XVIe siècle  puis sur la rive sud dominée par Notre-Dame de la Garde. C’est là son point nodal qui vitalise tout le centre la ville…

Marseille, Quai Fraternité, Ombrière & Métro P1300335

Il faut alors faire preuve d’imagination. Une réelle nécessité, une urgence, quand on ne peut plus se baser sur le lointain passé grec et romain, quand on veut éviter de célébrer les conquêtes militaires, dépasser la vision de la prospérité des siècles passés… quand les grands concerts en plein air débordent largement l’aire d’écoute des kiosques. Alors, il faut voir autrement, d’abord l’eau, puis les quais, en voyant devant tout autant que dessus, dans les airs… Il faut voir en termes d’espace et de strates et concevoir une nouvelle conception du plan d’eau, de circulation des bateaux et de leur amarrage dans le port avant de penser à ce qui va se passer sur terre, sur les quais, cette fois-ci pour les voitures et enfin, pour les piétons. 

Marseille, Ombrière, Trouble P1300347

Concevoir « le socle, socle unitaire, socle de la ville, seuil de la ville vers la mer » est la réponse de Michel Desvigne, le paysagiste concepteur du projet avec Norman Foster, l’architecte. C’est ce socle qui va porter la triple novation de ce grand aménagement de la seconde ville de France qui fait du Quai de la Fraternité un lieu de rassemblement propre à attirer les gens en doublant quasiment la surface d’un seul tenant à leurs pieds, en facilitant la circulation automobile tout en réduisant la place de la voiture et en remettant de l’ordre dans la partie aquatique du port afin que soit facilité  « le seuil de la ville vers la mer ».  Les trois acteurs concernés sont donc les gens, les voitures ensuite et les bateaux qui sont directement visés dans ce lieu de passage et de rassemblement placé sous le signe de la « Fraternité », la 3è composante  de la devise nationale « Liberté, Egalité, Fraternité. » Pour un projet d’urbanisme d’une telle hauteur d’objectifs, il fallait concevoir quelque chose de fort et d’indiscutable au plan architectural pour le quai lui-même.

Marseille, Quai Fraternité, Soleil & Ombre, P1300337

C’est là qu’intervient toute l'intelligence du projet de Michel Desvignes. Son choix s’est porté sur un sol de granit blanc pour donner la force, l’élan, une portance d’un seul tenant, uniforme. Il n’y a là aucun chichi tel que des bacs à fleur, de la statuaire ou du mobilier urbain usuel tels que des bancs ; les lampadaires oui, parce qu’ils sont indispensables, mais ils ont été repoussés au bord extérieur de la place, là ou passent les voitures. Cette portance blanche, qui s’impose comme une évidence, constitue la porte d’accès à l’univers bouillonnant de l’eau, des bateaux et de la danse sonore de leurs mats.  Pour border ce socle, il y a ce que Michel Desvigne appelle « le seuil », cette marche, qui ici se descend pour aller de la pierre blanche dur du socle à l’eau si changeante qui reflète les couleurs du ciel.

Pour renforcer le socle, c’est-à-dire-le quai de la Fraternité, le projet paysager et architectural a fait le pari de « la cohérence et la grandeur attendues », avec trois autres cartes majeures qui fonctionnent en synergie les unes avec les autres. Nommons la polyvalence des usages, la dimension portuaire et la stratégie du temps.

Marseille, Quai de la Fraternité, Point rendez-Vous-P1300322

. La polyvalence des usages. Le quai de la Fraternité va être amené à exercer des usages nombreux et variés qui vont évoluer dans le temps, car la ville est toujours vivante. Elle change tout le temps, même quand cela ne se voit pas.  Connaissant la suite, on peut penser que l’édification implantée sur ce quai allait être elle aussi être polyvalente.  C'était d'ailleurs un des axes majeurs du projet conçu par le paysagiste Michel Desvignes en accord avec l'architecte Norman Forster, tous deux se connaissant bien pour avoir réalisé le pont de Millau.       

. La dimension portuaire est toujours présente à Marseille. C’est vrai qu’au Vieux Port, il s’agit  de nautisme de loisir plutôt que du transport maritime des voyageurs et des marchandises. Dans ces deux derniers cas, les hangars  de grandes dimensions étaient indissociables des opérations de chargement et de déchargement, comme Michel Desvignes l'a souligné au cours de la conception.   

Marseille, Quai Fraternité, Etals pêcheurs, P1300333

. La stratégie du temps peut s’interpréter de deux façons. Il s’agit tout autant d’être de son temps, en ce début du 3è millénaire, que de marquer le projet d’une réponse forte adaptée. Il ne s’agit plus de faire à la manière de…mais d’édifier en 2013 un bâtiment qui représente une véritable prouesse technologique de notre époque.

La réponse à toutes dimensions est « l’Ombrière » de Norman Foster qui signe  cette grande place afin que chacun puisse se l’approprier. Et ceci d’une façon magistrale, comme l’a écrit  Michel Desvignes « Seul un projet architectural permet de donner la cohérence et la grandeur attendues. » Il s’agit d’un grand hangar de 1012m2 de surface, porté par huit poteaux, constitué par 153 panneaux d’inox micro-billé pour la toiture  et d’inox poli-miroir pour le plafond réfléchissant  de ce qui s’appelle maintenant l’Ombrière du Vieux Port, tant le succès populaire a été immédiat.

Marseille, Ombrière, Sommeil, P1300357

Cette ombrière, dont la fonction est de faire de l'ombre,  s’élève à 6 mètres au-dessus du sol-socle du Quai. L’effet visuel est saisissant, car on se voit soi et ses voisins au-dessus de soi, quand on est dessous. Ce qu’on sait moins est que cet exploit n’a été rendu possible que par l’enfouissement profond de piliers de 16 mètres dans le sol, tout près de la ligne du métro. Une coexistence délicate rendue nécessaire par l’importance de la prise au vent de la toiture. Il y a du vent, beaucoup de vent en Méditerranée. Tous les marins le savent qui sortent  en mer vers les Iles du Frioul par exemple.  

Marseille, Ombrière, Où suis-je, P1300351

Cette ombrière a un pouvoir d’attraction absolument fabuleux. Quand on arrive, on voit toujours des personnes dessous. Curieux, on y va pour découvrir que tous  regardent le plafond. Et c’est ça le plus beau : on vient ici pour voir les bateaux et la première chose que l’on fait est de s’admirer soi en haut vu d’en bas. "Parlez-moi de moi, il n'y a que ça qui m'intéresse..." chantait Jeanne Moreau.  Ce que je retiens de ce pari d’une grande ombrière unique est que cette véritable audace architecturale de Norman Foster n’a été rendue possible que parce qu’il y a eu un grand travail préalable basé sur la forte cohérence et la simplicité visibles par tous conçues et mises en place par Michel Desvignes.

Une dernière remarque pour clore ce billet sur cet édifice, solidement ancré dans le sol, à quelques mètres de la mer, dans un sol de granit blanc. C'est la dimension symbolique du regard tourné vers l'éther du ciel, après avoir regardé devant et imaginé dessous. C'est aussi le changement perpétuel de ce miroir immobile et qui nous offre à chaque moment une image changeante de lui, de nous, de la ville. Cette réussite de métal, qui joue en symbiose avec la pierre, l'eau et l'air, dans la ville, sur un quai, près de la mer, fascine par son intelligence humaine.

 Pour suivre le chemin  

. Connaître l’essentiel sur le vieux port de Marseille surhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Vieux-Port_de_Marseille

. "Le groupement Michel Desvigne" était composé de Michel Desvigne paysagiste & mandataire,  Foster + Partners architectes,  Tangram urbanistes et Yann Kersalé lumière matière

. Consulter le projet de Michel Desvigne et de Norman Foster sur http://www.lemoniteur.fr/155-projets/article/actualite/772928-michel-desvigne-presente-le-nouveau-vieux-port-de-marseille

Marseille, Ombrière, départ du bateau, P1300370

. Apprécier le projet sur http://www.marseille-provence.com/assets/plugins/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/filemanager/files/Presse_2012-03-07_dp_mipim-2012_marseille_mpm.pdf

. Voir des photos et des dessins du « Projet de semi-piétonisation  du Vieux-Port-Concertation » et l’aménagement du plan d’eau sur http://www.vieuxportdemarseille.fr/images/amenagement_plan_d_eau.pdf

. Voir aussi le dossier de concertation sur http://www.marseille-provence.com/assets/plugins/tinymce/jscripts/tiny_mce/plugins/filemanager/files/Presse_2011-05-06_dossier-concertation-vieux-port_marseille_mpm.pdf    

. Suivre le montage en photos de l’Ombrière grâce à Julia Z., rédacteur en chef http://projets-architecte-urbanisme.fr/vieux-port-marseille-norman-foster-ombriere/

Marseille, Ombrière, Retour du bateau, P1300599

. Retrouver la ville en perspectives http://www.playlistsociety.fr/2013/09/marseille-capitale-europeenne-de-la-culture-2013/113651/

Photos Elisabeth Poulain

. Et merci au sympathique lecteur qui m'a précisé que l'Obélisque de la Place de la Concorde avait été "donné" à la France et non pas "capturé"...! Cela a changé mon regard.

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