Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

La ville > Theodore de Bry > Une image gravée d'île protégée & +, 1588

18 Juin 2014, 18:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le titre. Il est à la fois simple et un peu compliqué. Simple au sens où il est descriptif, tout comme l’est la représentation de l’Île qu’a dessinée Théodore de Bry en 1588. Avec son intention très forte visuellement et philosophiquement de montrer la volonté des Indiens d’Amérique de se protéger  au sein de petit rassemblement qualifié de « village ». Ce que je désigne sous le nom générique de la ville pour ne pas viser le mythe nostalgique du village-rassembleur par opposition à la ville-solitude tel qu’on l’imagine facilement dans l’Europe de l’Ouest et ailleurs actuellement. Ici, il s’agit clairement non seulement de la ville qui unit mais plus encore celle qui permet de vivre, tant les dangers extérieurs sont nombreux. La protection devient un élément premier de la survie.  

 Indian Village of Pomeiooc Theodor de Bry 1590 learnnc.org  

Les deux gravures les plus connues datent de 1588-1590. La ville (ou le village) de Pomelooc est situé en Virginie. La gravure  qui accompagne  l’ouvrage de Thomas Hariot est paru sous le titre “ A Briefe and True Report of the New Found Land of Virginia”.  La seconde parle du « village of Secoton » toujours en Virginie. C’est la première qui m’intéresse u fait de sa conception insulaire, qui forme un cercle séparé de l’extérieur par un mur de pieux fichés de façon très régulière en terre, de sorte qu’on peut voir l’ennemi approcher et préparer sa défense avec des lances.  Le deuxième élément à noter porte sur la disposition très réfléchie des cahutes en cercle autour d’un arbre autour duquel les Sages échangent. Il s’agit de montrer la maîtrise de l’ordre intérieur qui règne, en particulier la propreté. On ne peut pour autant parler d’une disposition en étoile à partir du point central. Notons enfin le dispositif de l’entrée pour laquelle on ne voit pas de porte. Il est vrai aussi qu’en cas d’attaque d’autres tribus indiennes, il devait y avoir des barrières mobiles de lances assemblées.  

La seconde représentation peut être moins célèbre, est cette fois-ci rectangulaire. Elle reproduit un parcellaire qui ressemble beaucoup à une vision  européenne très ordonnée, avec des cahutes placées au bord d’une allée bien tracée, des jardinets cultivés dans un ordre parfait, auquel on a peine à croire. L’intéressant est que les  deux gravures ont été faites la même année 1588 ou 1590. L’autre élément est la volonté de montrer des différentes  fonctions de la ville. On voit les habitants parler, s’occuper du feu, s’exercer au tir ou chasser, faire pousser des céréales et des plantes, danser, préparer le repas, au sein d’une nature-mère abondante et généreuse. IL s’agissait clairement de prouver que ces « sauvages » étaient aussi des êtres pensants.

Indian-Village of Secoton Theodor de Bry 1590

 

Il est vrai que les deux savants qui inspirèrent Théodore de Bry étaient des hommes visionnaires de très grand talent. Le premier à citer est certainement un savant totalement hors du commun. Il s’agit de Thomas Hariot ou Harriot (1560-1621)  qui fut à la fois explorateur notamment en Virginie occidentale, cartographe de la  Baie de Chesapeake (1685), ethnologue, mathématicien et physicien.  Le second personnage est Richard Hakluyt (1522-1616), un voyageur convaincu de l’importance fondamentale du Nouveau Monde pour conforter la reine Elisabeth I dans ses désirs d’expansion de la Couronne britannique.  C’est lui qui procura au graveur les dessins qui encouragea  Théodore de Bry à se lancer dans cette grande aventure.             

La ville vue comme une île de protection. Elle est encore vécue comme telle en cette fin du XVIe siècle si tumultueux dans l’histoire notamment européenne qu’il incita des chercheurs, aventuriers et explorateurs à prendre la mer pour savoir ce qu’il y avait de l’autre côté. En réalité aussi à la recherche d’un nouveau paradis.  Il fallait un sacré courage pour aller vers l’inconnu et en même temps une lucidité certaine sur un avenir un peu bouché sur le monde européen d’alors. Les artistes d’alors voyageaient, non pas facilement mais avec la volonté de pouvoir être en phase avec une élite européenne capable d’apprécier ce qu’ils créaient et de leur commander leurs œuvres. Sans mécène, il n’y avait pas de survie possible.

Cela a été le cas de Théodore de Bry, orfèvre-joaillier, graveur, éditeur lui-même fils de graveur, né à Liège en 1528, parti se réfugier à Strasbourg en 1560-70, puis en 1577 à Anvers, en 1587-88 à Londres. Il s’installa ensuite à Francfort dont il devient Bourgeois de la ville et «  en position de fortune », un honneur et une situation financière qui récompensa toute une vie de travail commencée dans la souffrance. Celle qu’il subit quand il dut quitter en hâte Liège du fait de ses convictions religieuses protestantes qu’il ne cachait pas. Tous ses biens furent saisis. Il ne s’agissait pas de voyage d’agrément mais bien d’un changement  douloureux de pays de travail et de résidence. Le voyage n’était pas non plus touristique, une notion qui date de la fin du XVIIIe et plus largement du XIXe siècle.

Carte-générale-Liege-Blaeu-1627-publication-1649-Amsterda

Quand on parlait de voyage, on évoquait celui vers l’inconnu, vers la découverte d’un autre monde, du Nouveau Monde. Et quand on célèbre aujourd’hui cette Europe ouverte du XVIe siècle, il faut aussi se rappeler que les temps étaient difficiles notamment pour les Protestants et les  penseurs, créateurs qui avaient des idées différentes des pouvoirs en place. Il existait de ce fait des réseaux pour échapper à la censure qui expliquent par exemple que Théodore de Bry fut bien accueilli à Strasbourg et ensuite à Francfort.   

Le nom de Théodore de Bry est associé à ses « Grands et Petits Voyages », mais pas ceux qu’il aurait pu faire, ceux que Thomas Harriot -1590-1621- en particulier a faits en Virginie occidentale. C’est notamment ce triple prisme qui rend son travail de graveur « imagineur », metteur en image  aussi intéressant et aussi attirant encore aujourd’hui. Il y a les récits et des dessins qui lui en ont été remis, ce qu’il a pu connaître et ceux qu’il a traduit et ou réinterprété  en représentation graphique. Cela pendant des années, le temps pour lui de réaliser les commandes qu’il avait pu réaliser, avant de commencer à graver. C’est dire que le temps de l’édition de ses créations graphiques effective a prolongé le temps  nécessaire pour réaliser la gravure et l’édition des cahiers. Les six premières parties de ses gravures sont parues, assurées par ses soins de graveur-éditeur, de 1590 à 1596. Les 7 autres le furent ensuite par ses fils et le gendre de l’un  deux à titre d’éditeur de la suite des planches  du père graveur pour cet opus.  

 P1310155  

 Les représentations mentales de la ville qui inspirèrent Théodore de Bry. Outre les dessins qui lui furent montrés, Il y eut bien sûr ce qu’il pouvait connaître dans l’Europe de la seconde moitié du XVIe siècle, en particulier à Liège, une place forte amplement protégée par un grand mur d’enceinte de pierres, à l’instar de toutes les  villes et surtout les grandes villes. Mais il y a beaucoup plus. Les deux représentations que réalisa Théodore de Bry ont cette caractéristique impressionnante de montrer vraiment quelque chose de nouveau, avec respect. Il s’agit de prouver par ces dessins qu’il existe une autre civilisation : preuve en est ces villes ou villages d’un « Nouveau Monde » montrés « pour de vrai » de dessin. C’est la force de l’image qui s’exprime ici dans des gravures de 1588. Je trouve cela courageux et émouvant.

Il reste enfin un dernier point à noter, cette idée universelle que l’ennemi est l’étranger, celui qui vient de l’extérieur. Preuve en est qu’il est toujours nécessaire de se protéger, dans ces visions anciennes de la ville, par des murs gros et petits, des barrières de bois ou de métal…alors même que la ville du fait justement de cet encerclement ne peut être autonome à elle-même…Et que cette même île cette fois-ci vraiment entourée d'eau est à la fois vide d'occupants et perçue comme le salut de tous les Grands Navigateurs.Sur l'extrait figurant dans la plaquette de l'exposition Terra Brasilis de Bruxelles, on voit une vraie île,. Cette fois-ci, ce sont eux qu'on voit à l'extérieur, avec la porte de l'enceinte de bois rouge ouverte avec des Indigènes venus les accueillir!   

    Ile-Th-de-Bry-Les-grands-voyages-1557- Terra Brasilis-Extra

 Pour suivre le chemin  

. Théodore de Bry sur wikipedia qui reproduit notamment les deux gravures  http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_de_Bry

. Lire l’extrait de Wikisource sur Théodore de Bry, éditeur, qui publia à ses frais trois éditions en 15 volumes des « Grands et Petits Voyages » dans trois éditions différentes, la française, l’allemande  et en latin ! http://fr.wikisource.org/wiki/Biographie_nationale_de_Belgique/Tome_3/BRY,_Th%C3%A9odore_DE

  . Thomas Hariot ou Harriot http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Harriot 1590-1621  

. Richard Hakluyt “Le Jeune” sur    http://encyclopediavirginia.org/Hakluyt_Richard_1552-1616

.Photos wikipedia, avec une variante de la présentation rectangulaire et Elisabeth Poulain pour l'île entourée d'eau, une vraie île cette fois-ci, extraite de la plaquette de l''exposition "Terra Brasilis", 20.10.2011-12.02.2012 organisée à Bruxelles par europalia.brasil .   

                  

Voir les commentaires

Découvrir Cadenet en vallée de la Durance, la Provence au printemps

16 Juin 2014, 15:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

Une bonne façon de sentir comment les gens vivent, c’est de prendre le volant de sa voiture en dehors des périodes de vacances, quand il fait déjà beau ou encore, sans chercher à « préparer son voyage ». Sans chercher à tout  savoir, voir, ou le maximum, sans avoir tout vu, avoir  tout lu, tout compris en cherchant l’essentiel avant alors que cet essentiel-là ne se trouvera que sur place. Cela s’appelle sentir les choses, des petites vibrations, des odeurs nouvelles, des couleurs surprenantes, voir des gens surtout et des personnes qui vivent là, échanger un sourire, un regard, quelques mots...Il restera des beaux paysages, une façon autre de vivre, le tracé d’une rue, une ruelle qui monte, avec un chat à l’ombre, avec des gens du cru dans les rues et des boutiques ouvertes…  

    Cadenet vu de la plaine-Marchall 2 wikipedia 

Partir avec une carte, connaître sa direction,  savoir à peu près où se passera globalement sa journée  suffisent largement au top départ. La découverte n’en sera  que plus belle.

Cadenet-le-café-chez-Marga-La place-les drapeaux-923

Toujours garder ce plaisir de l’inattendu, c’est quelque chose d’essentiel dans un paysage  marqué par de grands espaces où les collines ont toujours jouée un grand rôle de veille,  sur ceux qui arrivaient par la vallée. Avec des rôles bien distincts à chacun au fil du temps, un sens précieux de ce qui est parce que c’est ainsi. A Cadenet, par exemple il y a bien toujours une place qui voit converger tout le village et ceux qui le traversent, avec une statue me semble-t-il. C’est là qu’on sait trouver aussi la pharmacie pour acheter sa crème contre le soleil et forcément au moins  un café sympa avec une terrasse à l’ombre.Non loin, il y aussi une bouquinerie ouverte. Ca fait plaisir à voir.

Cadenet-le-café-chez-Marga-La place-921

L’envie de prendre un café. Elle vous saisit dès lors que vous apercevez le village au loin à mi-pente sur la colline, dominant la plaine où vous êtes encore, avec au-dessus de Cadenet  une nature plus proche de ce qui devait exister entre pierrailles, arbres qui s’accrochent et petits buissons volontaires. La plaine a toujours été consacrée à la culture, comme en témoignent de vieilles petites maisons de pierre qui permettaient de conserver les outils et ce qui était difficilement transportable. Ces petites maisons qu’on appelle « de vigne » là où il y en avait et où maintenant il y en a à nouveau de plus en plus souvent.

Cadenet-le-café-chez-Marga-Roberta-le perroquet-917

L’inattendu vous attend au café. Il s’agit de Roberta, une dame  perroquet juchée sur le haut de sa cage placée au plus près de la grande fenêtre qu’elle s’est appropriée. A nous voir la regarder, elle fait sa coquette et se montre très intéressée. Photos sont prises pour la satisfaction de la belle et la nôtre. Puis une autre photo du copain de la belle, le charmant petit chien blanc sur le seuil du café qui garde l’entrée dans le café.  

Cadenet-le-café-chez-Marga-le chien-copain de Roberta-le perroquet-929

S’ensuit après un petit tour des vieilles rues du centre ancien de cette petite ville de 4 000 habitants qui accueille maintenant des citoyens européens originaires des Pays-Bas, d’Allemagne, de Belgique et du Royaume-Uni… dans l’ordre décroissant de présence numérique. A croire qu’il n’y a pas eu que Robert Mayle à vanter à sa façon caustique et toujours avec humour un certain charme. Celui que l’on rencontre dans les villages provençaux jouissant de très beaux paysages et de vieilles maisons où tout était à refaire pour une «  bouchée de pain ». Ce temps est désormais franchement révolu.

Il y a maintenant aussi une agence immobilière à Cadenet et des poteaux qui empêchent le stationnement des véhicules. L’été en effet, l’endroit doit être particulièrement "intéressant" à découvrir…Pour l'instant, le côté sympathique est de voir encore des gens dans le centre, qui vont à pied faire leurs courses et - pour les hommes- prendre un pot dans un des cafés de la place face à la mairie.

Cadenet-après-le-centre-les poteaux-959

Après cette rapide découverte des rues très soignées de Cadenet, deux options s'offrent à vous sur le moment, vous dire que vous y reviendrez un jour, au moment des vendanges par exemple et, dans l’immédiat, poursuivre votre découverte en rejoignant Lourmarin pour aller plus loin encore découvrir les carrières d’ocre.        

Pour suivre le chemin

Cadenet-perspective-ville-ancienne-rue-étroite-946

. Pour retrouver le village sur les collines qui domine la vallée de la Durance sur le D943,  http://www.ot-cadenet.com/index.php?i=5 et avoir ensuite des informations,  http://fr.wikipedia.org/wiki/Cadenet  

. Lire et relire aussi d’abord « Une année en Provence »  de Peter Mayle, un récit cocasse et une analyse fine des mœurs  français  tels que le vécut un journaliste anglais, tombé « amoureux » de la Provence. Son récit, qui est paru en France en 1993, connaît toujours un vrai succès.

Cadenet-vue sur une ruelle qui descend-943

. Lire « Cadenet, un village français » d’Alain Duhamel, http://www.lepoint.fr/editos-du-point/alain-duhamel/cadenet-un-village-francais-15-11-2012-1529269_74.php, un certain regard d’un parisien, un intellectuel bien connu, qui regrette « la boboïsation » de cette petite ville de 4 000 habitants choisie par des Urbains, comme lui,  recherchant un style vie tel qu’on le voit à la page « Provence » des magazines chic grand public. Quand la nostalgie nous tient…Il est néanmoins intéressant qu’il ait choisi Cadenet, peut-être en raison de sa proximité  avec Marseille et de sa position dominant la plaine. 

. En attendant, découvrir la région par la route des vins de Provence sur http://routedesvinsdeprovence.com/domaine/recherche 

Cadenet-placette-arbre-banc-maison-rouge-944

. Photos Elisabeth Poulain, à retrouver dans l’album « Paysages de Provence ». Celle de la ville prise d’en bas, avec les coquelicots dans la prairie et les petites maisons de vigne,  est signée « Marchall » dans « Cadenet » sur wikipedia. Un grand merci au photographe!   

Voir les commentaires

Style de Pub > Peintures Ripolin > Le Mur jaune des Trois Frères, Riri, Polo & Lino

12 Juin 2014, 14:20pm

Publié par Elisabeth Poulain

La peinture Ripolin. Elle était à l’avant-garde de la technique de la chimie des peintures-laques. L’entreprise Ripolin entendit le faire savoir. On était en 1912, une année où  la réclame avait déjà toute sa place depuis près de 20 ans sur les murs de la grande ville. On connaissait bien les affiches qui promettaient des jours meilleurs.  Les débuts de siècle ont souvent été vécus comme des moments forts d’attente pour une vie plus douce, plus riche, plus forte en couleurs. Pour faire connaître sa peinture laquée, Ripolin s’adressa alors à un touche à tout en matière de création artistique, tour à tour illustrateur, dessinateur, affichiste aussi…

Emile Vavasseur est cet affichiste. Sur l’homme, on connaît peu de choses, alors que la presse jouait déjà un grand rôle de diffusion de l’information, mais avec un fort clivage entre ce qui relevait de l’art officiel et du divertissement d’un côté et l’utile de l’autre. Sur le net, on trouve facilement les dates de naissance d’Emile Vavasseur, 1863-1949, déjà un peu moins la date d’exécution de la célèbre affiche 1913…On sait que Picasso plus tard vantait la qualité de la peinture. La survenue de la guerre de 1914-1918 mit la diffusion de l’affiche en dormance mais, contrairement à d’autres créations publicitaires, n’enraya pas son succès populaire.

Ripolin-Pub 1913-Riri-Polo-Lino-Mur jaune

L’idée de génie d’Emile. Elle est d’avoir inventé un trio de peintres en bâtiment, les Frères Ripolin, à qui le public a donné des petits noms affectueux. Citons-les : il y  a Riri d’abord, Polo ensuite et Lino à la fin. Pour savoir qui est qui, regardez le mur jaune sur lequel ils sont en train de peindre  la réclame en lettres rouges  de trois tailles différentes. En très gros, le nom de la marque, en caractères moyens « Peinture laquée » et en plus petit ensuite en dessous « S’Emploie…, Métaux, Plâtre, Bois et Ciment ». C’est  Riri  qui se trouve en dessous de RIpolin, Polo en dessous de RiPOlin et LINo pour la fin de RipoLIN.

Chacun des frères  peint la surface qui est devant lui. Lino finit de peindre « Bois et Ciment » en rouge sur le mur. Polo achève de peindre en vert un slogan sur le dos de Lino  selon lequel  « Ripolin / une peinture hygiénique / résiste aux Intempéries ».  Quant à Riri, il finit de poser au pinceau « Ripolin / donne aux objets / une surface brillante / analogue à / la porcelaine » sur le dos de la blouse de Polo. Et pour corser le tout, Lino a des cheveux roux avec un canotier au ruban bleu, Polo des cheveux blancs et un ruban rouge et Riri une chevelure noire avec un ruban vert sur son chapeau. Tous ont un pantalon bleu avec des chaussures noires. Qui dit mieux ?!  Surtout aussi si vous considérez que ce visuel vous montre une fois le nom de la marque peint sur le mur et deux fois des slogans sur le dos des deux premiers peintres.    

Le succès de cette affiche de 1913. Il  fut énorme, au point qu’on la voyait encore pâlie sur des murs dans les années 50. Cette géniale idée a ensuite été reprise et reprise par tant d’autres dessinateurs, graphistes, créateurs de tout genre … Elle continue d’ailleurs à être une valeur sûre de l’art publicitaire qui se vend à une bonne côte, surtout pour l’affiche de 120 x 160cm, qui a été aussi déclinée en buvard.

Ripolin-Pub 1913-Riri-Polo-Lino-Mur jaune    

Pour suivre le chemin

. Voir la belle plaquette éditée par Kaczorowski, Hôtel des Ventes des Salorges, 44100 Nantes, Cycles, Art publicitaire, du samedi 5 novembre 2005, 8 bis rue Chaptal, 44188 Nantes cedex 4, 02 40 69 91 10, kac@interenchres.com

. Voici les informations qui concernent cette affiche "conservée dans son jus": "Ripolin, Affiche lithographiée signée Vavasseur, 120 X 180cm, imprimée par Lean Acker, rue Etienne Marcel à Paris. Bel état, couleurs parfaites, qqmicro-manques dans les plis". Il est en effet frappant de constater les variations de la couleur du jaune dans les différentes présentations qui courrent sur le Net.

. Photos Elisabeth Poulain     

         

Voir les commentaires

Une photo de Martin Kollar > La plage de Dunkerque l'hiver > Rencontre

11 Juin 2014, 14:53pm

Publié par Elisabeth Poulain

Martin Kollar est un photographe, un de ceux qui ont l’œil pour voir des choses que les autres ne voient pas ou peu. Dans tous les cas, il voit autrement, avec le plaisir de trouver ce que j’appelle des « pépites visuelles », comme ce chien sur une marquise de béton au-dessus d’une porte, dans un lieu déserté. Le titre de sa série « Nothing special » indique bien cette distanciation qu’il porte aux paysages dans  leurs dimensions humaines. C’est à lui que le journal Le Monde avait confié le soin  de photographier les régions françaises dans le cadre de son supplément « Elections régionale de 2010 ».    Martin_Kollar_Dunkerque_Plage1G7E4709 800

Le cliché de Martin Kollar. On y découvre une scène de vie étonnante l’hiver sur la plage de Dunkerque dans le Nord de la France. Généralement il y fait si froid et venteux que personne ne s’y  promène au bord de l’eau. Seules des mouettes apprécient cette atmosphère tonique. Elles sont les reines de cette plage longue de plusieurs kilomètres. La venue de cette camionnette blanche clairement les agace. Elles le manifestent en s’élançant avec force et détermination dans le corridor entre la camionnette et le photographe qui était sorti dehors. Notre regard ne voit plus qu’elles, elles qui sont pourtant si petites, en dansant, en tournant dans cet espace si grand, comme en confrontation avec ce gros bloc blanc inerte alors qu’elles sont faites de vif-argent.   

Les piaillements aigus des volatiles dérangés par ces intrus. J’ai presque l’impression de les entendre manifester leur irritation. L’amusant est que cet envol de plusieurs dizaines d’oiseaux n’ait pas semblé intéresser du tout le jeune homme assis à côté du conducteur. L’étonnant aussi est cette rencontre improbable entre des hommes enfermés dans une grosse   boîte blanche bien au chaud  avec une bande de mouettes légères en parfait aérodynamisme qui se déploient avec tant de légèreté dans le grand espace vide de cette plage de la Mer du Nord sur le sable mouillé, non loin de l’eau.         

C’est grâce à « ses » mouettes que j’ai fait la découverte des clichés de Martin Kollar qui tous ont ce petit quelque chose de différent. Une des raisons est certainement qu’il est un Européen sensible à la Frontière, celle qu’on désignait sous le nom du Rideau de Fer. Originaire de Slovaquie, il continue sa découverte d’univers différenciés que ce soit par des séjours longs comme cela a été son cas en Israël et maintenant par des expositions qu’il fait, au Japon, à Moscou et Saint-Pétersbourg, à New York, à Arles (France)…  par exemple.

Bonne route, Martin Kollar…  

Pour suivre l’artiste

. Photo de Martin Kollar, avec mes plus vifs remerciements.

. Retrouver toute sa série « Frontières » sur le Nord-Pas-de-Calais sur  http://www.lemonde.fr/elections-regionales/infographe/2010/02/02/nord-pas-de-calais-par-martin-kollar_1299710_1293905.html

Voir les commentaires

N de Nana > La Femme-Serpent du dentifrice Gibbs > L'Illustration 1915

9 Juin 2014, 08:43am

Publié par Elisabeth Poulain

Le décryptage du titre. Il s’agit dans ce billet sur la femme-serpent Gibbs de vous montrer ce que des publicitaires, avec l’accord de l’annonceur, étaient capables de faire en pleine guerre européenne pour faire connaître et vendre leur dentifrice-savon.  Pour être sûr de frapper les esprits, ils avaient choisi le visage d’une jeune et jolie femme pour incarner leur dentifrice spécial.

Ce numéro 3788 de l’Illustration en sa 73e année est daté du 9 octobre 1915. Un des articles importants porte en particulier sur la bataille de Champagne le 25 septembre  que l’on peut suivre  en reportage-photos d’une très grande force effectué par la Section photographique de l’Armée. L’article court de la page 368 à 379.  On voit de nombreux cadavres ou ce qu’il reste d’hommes exposés directement ou indirectement à des tirs d’obus qui visent les tranchées allemandes reprises par « nos troupes ». 

 Gibbs dentifrice, femme-serpent1, L'Illustration 1915.10.09 

Le moment de parution. On était en 1915, alors que la guerre frappait une grande partie de l’Europe. La bataille de Champagne venait de se dérouler le 25 septembre. La bataille en Artois avait aussi été lancée ce même jour. La Russie connaissait sa deuxième année de guerre. Le front italien était très actif dans les Alpes carniques et le Haut-Isonzo. L’Extermination des Arméniens  s’était poursuivie. Déjà « 450 000 personnes auraient été massacrées, 500 000 autres réduites à la plus cruelle extrémité, traquées, menacées de mourir de faim… Notre escadre (française)…en recueillit 5000 environ ». La  guerre terrestre incluait aussi la Serbie, la Mésopotamie, le Congo belge ; les Opérations du Levant incluait la guerre navale (pages 382 à 392)...   

La distinction des pages d’ « annonces » d’avec les articles de fond. Elle est au cœur de l’organisation du magazine. Leur pagination est distincte, avec deux modes d’annonces d’ailleurs. Citons d’abord le verso de la page de la couverture et le recto de la page qui termine l’hebdomadaire. Ces deux pages n’ont pas de numéros. Elles portent uniquement des petites annonces publicitaires. La page 2 de couverture accueille par exemple les annonces de, du Vin Dubonnet, du Sel Cérébos, de l’aspirine usine du Rhône ; la page 3 de couv.  Marie Brizard  & Roger, le chocolat Vinay lacté en plus d’une bande dessinée. Suivent ensuite les pages d’Annonces numérotés de 1 à 4 pour le début et de 5 à 8 pour la fin.

Le visuel Gibbs occupe une pleine page, la n° 3. Il est très compliqué dans sa composition centré –c’est une façon de parler- sur le visage d’une femme aux cheveux courts très souriante qui regarde vers la droite. Elle a une bonne tête. Ses cheveux frisés sont blonds ; ils deviennent bruns dans le reflet du visage dans l’eau. L’eau d’une mare qui semble constituée par des gouttes qui s’échappent de la chevelure. On voit même des roseaux fins surgir de l’eau.

Le mystère du passage du blond au brun en phase avec l’eau. Il ne peut s’expliquer que par ce qui se passe au-dessus de la tête blonde et qui est le vrai centre du visuel. On découvre alors une forme rectangulaire plus foncée sur laquelle se détache le tube dentifrice en métal brillant en position horizontale. La marque Gibbs s’y détache de façon très visible. Tout comme la marque en ombrelle et gros caractères juste au-dessus. C’est le chapeau du visuel.

Gibbs dentifrice, femme-serpent2, L'Illustration 1915.10.09

Entre la marque, le tube et la jeune femme, il y le dentifrice qui s’échappe du tube en forme de serpent blanc. C’est la raison pour laquelle le rectangle intérieur est d’un gris plus foncé. Et voici l’extraordinaire de cette publicité d’il y a presque 100 ans à 1 an près. Le dentifrice blanc se transforme peu à peu en cheveux puis en visage de la jeune femme. On le voit aux ondulations  du « serpent blanc » qui s’accroissent au fur et à mesure qu’on s’approche de la transformation d’une pâte dentifrice en une personne humaine charmante bien sûr.

L’éclaircissement du mystère, la modification de la couleur de cheveux. Il s’explique par les mots qui définissent le positionnement de la marque.                                                                                             - Gibbs est la source du plus ravissant des sourires                                                                                                                                                                           -        Lavez vos dents comme vos mains car en tube comme en boîte, son dentifrice est du      savon

On  comprend alors « la subtilité » de l’argumentaire. Quand on se lave, on chasse la saleté et du coup on est plus propre, le blanc étant l’incarnation de la propreté. Une preuve en est aussi la couleur sale de l'eau en bas dans la mare avec ces roseaux qui poussent dans les marigots fétides. Utiliser le dentifrice Gibbs  a donc un double avantage. Non seulement il rend les dents plus blanches mais aussi il permet de se laver les mains. Le dessin ne fait qu’aller un peu plus loin en suggérant que du coup on peut aussi se lever le visage et pourquoi pas les cheveux, en retrouvant sa blondeur naturelle… Cette publicité devait être destinée à des femmes. Juste à côté sur la page 2 en effet, figure un encart d’un quart de page qui les interpelle directement, « Mesdames, participez à l’œuvre de la Lettre au Front »,   en les invitant à envoyer 20 000 lettres au Front par l’intermédiaire du magazine  « Fantasio».                                                                                       

Imaginez l’effet de cette publicité sur les soldats au front, du moins les gradés qui pouvaient peut-être à y avoir accès pendant  leurs rares permissions. Ils ont dû éprouver un véritable choc de cultures et de temporalités, sans compter la référence directe au serpent de la tentation. Heureusement que n’existait pas encore le dentifrice au goût de pomme !     

Et je pense aux mains. Où ont-elles disparues? Quelle horreur.    

Pour suivre le chemin

. Gibbs, une marque américaine très connue, a maintenant disparu. Elle a pris le nom de Mentadent. Malgré quelques recherches, je n'ai pu trouver de publicités anciennes de la marque qui faisait pourtant beaucoup de publicité en France.

. Retrouver l’Illustration citée. Il est mis en ligne.

. Lisez, si cela vous tente, tout ou partie de la série  « N de Nana, … » et  « N comme Nana, …) sur ce blog.

. Photos Elisabeth Poulain. La première a été retouchée pour faire ressortir le dessin et la couleur du papier a été jaunie de façon à plus ressembler au vrai numéro de l'hebdomadaire. Le dessin de la femme doit être une création de w.fef (?) qui a signé son oeuvre.  

Voir les commentaires

Photos > Marseille > La Ville normée sous terre > Paysages de parking

6 Juin 2014, 16:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’ordre qui règne sous la terre. Il s’agit dans ce billet de montrer en photos l’impact sur notre esprit, notre vue, nos pieds… de l’agencement des parkings que « nos » voitures à tous ou presque sont bien obligées d’emprunter dès  lors qu’on désire bouger, quelle qu’en soit la raison. Cet ordre prend le nom de la norme dans le titre car sous terre, comme dans toute construction, surtout celle qui accueille du public en grand nombre et en voiture en plus, tout est réglementé de façon à faciliter les flux, le stationnement et limiter les risques de toutes natures à tout moment. 

Marseille, gare, parking1

Les clichés que j’ai choisis sont focalisées sur les lignes, les couleurs, les lumières ainsi que les ambiances. Quant aux odeurs, je ne peux rien en dire, ni dans un sens ni dans un autre.  Un jour viendra certainement où l’on pourra respirer de l’air frais de sous-bois avec un soupçon de senteur de mousse et de fleur de violette, avec une odeur différenciée à chaque niveau. Pendant que des hologrammes s’afficheront sur les murs des rampes pour descendre et remonter les niveaux.    

Marseille, gare, parking2

L’entrée du parking de la gare. C’est à ce moment que se fait le contact entre l’automobiliste parkeur et sa place de parking. Ce n’est pourtant pas le lieu le plus signifiant. On a l’impression d’être avalé tout cru par une grande bouche de couleur claire qui tourne sur elle-même.  

Au sol brillant éclate une  couleur bleu moyen bien attirant avec des pavés rectangulaires d’un jaune orangé foncé. Il faut lever les yeux pour voir que le bleu est un sens interdit pour les voitures et le jaune autorisé pour les marcheurs à pied.  

Un peu plus loin, la voiture ayant avancé, la bonne voie au sol est alors revêtue de ce beau jaune orangé. Le pavage pour les pieds des marcheurs est alors bleu turquoise. La vie revient, des voitures sont garées, l’une d’entre elles justement s’apprête à quitter son emplacement. Du coup, la petite lumière accrochée à une rampe va passer de la couleur rouge au vert, de façon à signaler aux automobilistes à l'avance qu'une place est libre. Une bonne idée.    

Marseille Centre, parking, descente en blanc & noir

 

Dans un autre parking localisé en plein centre de la ville proche du Vieux Port, la descente est un peu rude visuellement. Plus bas, du gris brillant au sol cohabite avec du blanc aux murs, un marquage au sol en blanc, une bande bleue  et des lumières vives sur les murs.

Le grand panneau jaune de sortie nous indique que nous sommes au 3è niveau. C’est ce que j’ai trouvé de mieux visuellement, outre le positionnement en plein centre.

Marseille Centre, parking, niveau jaune, sortie piétons

C’est le troisième parking, le plus récent aussi puisqu’il vient tout juste d’ouvrir, qui remporte tous les suffrages. Il bénéficie d’un ensemble significatif de codes visuels attirants, à commencer par son entrée sous une voie rapide et … très vite un jeu de couleurs néon en bleu et rose foncé à faire vibrer les parois de plaisir à mesure que nous descendons. C’est la fête au parking des Terrasses du Port, un tout nouvel ensemble immobilier d’envergure et un centre commercial qui se veut à la pointe, pour attirer en particulier les croisiéristes en recherche de nouveautés « made in France ». L’intérieur est très soigné et d'une propreté évidente. Elle est à elle seule un message qui s'adresse directement à ceux qui viennent déposer leur précieux carosse en toute sécurité.  

 

Marseille, Les terrasses du port, parking5, flèche

Le parking bénéficie de toutes les nouvelles recherches en matière de code couleur et d’attractivité par le design. « Notre » niveau, le n°4 porte la couleur « mousse légèrement jauni », un ton doux qui n’évoque pas le végétal et qui attire justement parce qu’il se situe dans un entre-deux. Les lumières, les allées, les portes en verre transparent pour piétons, tout est neuf et agréable à l’œil. Reste bien sûr le problème du gigantisme qui se pose toujours dans un parking où les repères visuels ne sont pas légion, à part la couleur du niveau et le positionnement par rapport à la porte piétons. Il y a pourtant ici un gros effort fait pour communiquer par le design et les couleurs.    

Marseille, Les terrasses du port, parking6, couleur

La volonté d’ordonner au mieux l’espace des niveaux crée à la fois un sentiment de rassurance tant pour les véhicules et les gens qu’un contre-effet de banalisation du paysage qui se présente à l’œil et une sensation de perte de repères visuels. On a aussi cette impression d’être devenu, sa voiture et soi, une seule boule de flipper se coulant dans un circuit obligatoire. Avec la sensation aussi que la voiture est plus facilement canalisable ; une fois garée, elle a sa place alors  qu’un marcheur sorti de sa voiture n’est plus grand-chose, surtout quand au retour, il doit retrouver son carrosse qui ressemble furieusement à d’autres, s’il n’a pas pris la précaution de noter le numéro de sa place de parking!  

 

Marseille, Les terrasses du port, parking10, sortie

Le ressenti de cet espace si étendu, sous un plafond bas, est totalement différent selon que l’on est au volant de sa voiture ou que l'on marche pour s’en éloigner ou la rejoindre. Au volant, on ressent moins, me semble-t-il, l’effet-plafond et l’impossibilité de voir avec tous les poteaux de soutien. La dimension « cocoon » de la voiture entre en conflit avec l'effet-mono-fonctionnel de cet espace- parking. La perception des dimensions est complètement différente et le plus curieux est que la focalisation de l’espace sur la voiture fait qu’on trouve un tantinet bizarre de devoir marcher à pied là où tout parle la langue de la voiture. L'autre remarque qu'il est possible de faire, comme dans tous les parkings est la disparition visuelle de ceux qui nettoient en raison du report des fonctions de nettoyage la nuit.  

 Marseille, Les terrasses du port, parking, entrée voitures2

Cet immense parking, qui offre 2600 places, doit compter en 2014 parmi les plus grands de France.         

Pour suivre le chemin  

. Quelques infos supplémentaires sur les parkings sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Parking  

. L’essentiel sur Marseille toujours dans http://fr.wikipedia.org/wiki/Marseille  

Marseille, Les terrasses du port, parking, entrée voitures

 

. Trouver toutes les infos sur les Terrasses du Port dans      http://www.lesterrassesduport.com/        9 quai du Lazaret, 13002 Marseille, France, 04 88 91 46 00   

. Photos Elisabeth Poulain, à retouver dans l'album "Ville sous terre, parking et tunnel"

Voir les commentaires

Le Monde des Murs > A Verneuil-sur-Avre, des Murs qui parlent

2 Juin 2014, 18:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Il y a mur et mur, comme partout et à Verneuil sur Avre encore plus. C’est vrai dans toutes les villes anciennes, aucun mur ne ressemblant jamais tout à fait à un autre. A Verneuil sur Avre dans cette ville du bas du département de l’Eure, qui marquait il y a bien longtemps la frontière entre la Normandie anglaise et le Royaume de France, les murs, certains d’entre eux ont eu plus d’importance que d’autres. Surtout quand on sait qu’il y a eu là plus qu’ailleurs une forte volonté de destruction de monuments emblématiques décidées par des volontés placées au sommet du pouvoir, et sans qu’il y ait eu un Baron Haussmann vernolien pour aérer le plan d’urbanisme.

La hiérarchie des murs entre eux. Certains ont eu aussi pour conséquence d’engendrer d’autres murs, qui à leur tour cohabitent plus ou moins bien avec d’autres qu’eux. C’est le cas en particulier des murs d’enceinte qui ont toujours occupé une place majeure dans l’histoire des peuples en guerre, avec parfois des retournements de situation « intéressants », l’ennemi de l’extérieur devenant à son tour l’habitant de l’intérieur qui à son tour….

 Vernueil sur Avre, l'Iton, Vue sur le Mur d'Enceinte 161

Leur objectif commun est toujours de fermer, de clore, de couper, de cacher ou plus simplement de dire « ici, je suis chez moi et l’inverse tout autant et surtout, ici vous n’êtes pas chez vous »  mais toujours avec des différenciations qui viennent des caractéristiques des murs. Celles-ci portent sur leur tracé au sol, leurs formes, leurs dimensions, leurs matériaux, leurs couleurs, leurs usages, leur évolution dans le temps, leur positionnement face au soleil et ce « je ne sais quoi qui fait leurs différences. » Et cela même  quand le mur en tant que tel n’existe plus ou du moins ne se voit plus, on en parle encore. Il a existé à un moment de l’histoire, il continue son cycle de vie autrement, dans les mémoires et les recherches des historiens.

Le mur s’ancre dans le sol. Il est fils du sol et ce lien est d’autant plus fort que le gisement de la pierre à extraire est proche de l’usage qui en est fait.  A ce titre, il modifie par trois fois l’espace, dans le sous-sol, sur le sol lui-même et dans les airs. Il est aussi enfant de la terre, de la pierre et de l’air. A ces titres multiples, il crée des modifications de l’espace dont certaines sont visibles de l’Espace avec un grand E, comme dans le cas toujours cité du Mur de Chine.

Verneuil sur Avre, Mur d'Enceinte coupé, parking CHU 141

 

Le mur est d’abord et avant tout une volonté de dire quelque chose en langage pérenne que tous vont comprendre au fil du temps, un message que tous entendront, cela quelle que soit l’époque, la langue utilisée… avec un code universel de compréhension. Plus il est long, haut et épais, plus il y a de la richesse derrière à protéger et plus le géniteur de ce mur, son chef, son propriétaire  est volontaire et puissant. 

Le mur est une création humaine. Il a aussi toujours un lien avec le temps, le temps long de l’histoire. Le bois va pourrir, être mangé par les termites ou brûler. La terre va se vider de sa substance et redevenir poussière. La pierre dure plus longtemps sous sa forme première ou déjà assemblée en mur. C’est elle qui garde le mieux la mémoire de l’histoire des Anciens.  A Verneuil-sur-Avre, celle-ci commence en 1120 par la volonté d’un homme de pouvoir, Henri Ier de Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Sa décision est de créer une ville-frontière là où la délimitation entre les deux entités n’était justement pas protégée de son côté par un mur d’enceinte, avec d’autres murs de renfort et les deux protections que constituent le talus en hauteur et le fossé  en eau en creux.

Verneuil sur Avre, Hôpital, mur d'en face 130

Ces murs protègent la création de la ville, son  peuplement et son développement économique à venir. Les remparts de Verneuil-sur-Avre érigés sur ordre du roi anglais ont littéralement créé la ville à l’intérieur, avec une forte distinction entre le vide dehors et le plein dedans. Car Il a fallu bien sûr des hommes-soldats pour garder ces murs et dissuader l’ennemi venant de France d’y rentrer. Les soldats se devaient d’habiter sur place au plus proche et donc d’être logé et nourri.  

Ces murs emblématiques porteurs de la mémoire assument diverses autres fonctions. En partant de l’extérieur du cercle protecteur de l’enceinte, on rencontre une grande variété de situations.

. Il y a la muraille, renforcée par un talus extérieur et au pied duquel coule quand c’est possible un cours d’eau.

. Toutes les adjonctions de l’enceinte vont renforcer et améliorer l’efficacité de ce  mur défensif telles que des tours, celle de la Tour grise est célèbre, et des portes à surveiller encore plus étroitement que les autres segments protégés eux par un fossé en eau et un talus.  

Verneuil sur Avre, l'Iton près du moulin, hors les murs 153

. A l’intérieur, toutes les constructions qui toutes chacune à sa façon vont utiliser le mur de pierre comme première technique.  

. Avec comme autre particularité de Verneuil-sur-Avre qu’il n’y avait pas de ville préalable dont le développement se serait fait au fil du temps  vers l’extérieur à partir du point central que constitue généralement l’église. Ici, la démarche est inverse. Henri Ier est parti de l’enveloppe extérieure pour créer de facto une ville à l’intérieur du cercle capable de faire vivre le mur, en lui fournissant les hommes et tout ce qui était nécessaire à cette mission et à leur survie, à commencer par le pain et l’eau. 

. Evoquer le pain, c’est parler de la farine et donc du grain  de blé à moudre et c’est donc encore parler de mur, dans un raisonnement incroyablement sophistiqué. Pour moudre le blé, il fallait des moulins et pour cela il fallait de l’eau. La décision du roi anglais fut de détourner le cours de l’Iton pour la faire entrer dans la ville, en surveillant bien son cours, laquelle ville était entourée d’un haut mur bien surveillé. A l’intérieur pour freiner le mouvement des gens (qui habitaient tout près des terres françaises), des murailles intérieures furent édifiées et les flux de circulation encore ralenties par les ruisseaux.

 

Verneuil sur Avre, jonction rue des Tanneries-rue des Marroniers 115

 Le mur de délimitation d’une grande propriété, ou de grand propriétaire, tel qu’une famille noble à grand nom ou de membres du haut clergé, ne ressemble pas aux autres. Il est long, haut et porte les traces des réparations cumulées au cours des siècles. Le bon entretien est un signe de la volonté d’une famille ou d’un ordre religieux de défier les siècles. C’est un mur-transmission du patrimoine.  

. Parfois, des murs anciens perdent leur  qualité de façade. Ils redeviennent des murs aveugles. Certaines ou toutes leurs ouvertures, leurs portes et/ou leurs fenêtres sont alors bouchées totalement ou partiellement sur la rue. De nombreux exemples existent à Verneuil-sur-Avre du fait de la modification des fonctionnalités intérieures du bâtiment. Exceptionnellement il est possible de repérer le bouchage fait plusieurs fois à quelques distances les uns des autres et à des époques différentes.   

    Verneuil sur Avre, rue des Tanneries, ruelle 093

. En centre-ville, des petites rues étroites ont été insérées dans le maillage existant, entre deux rues passantes, avec des conséquences différentes. D’un côté, des maisons se sont implantées transversalement avec des terrains en arrière très variés en longueur, qui prolongent la parcelle large comme la façade arrière. Le murs de ces parcelles jointives allongées parfois rencontrent les autres murs des parcelles en contre-bas.

. Les façades des maisons sont fortement habitées et l’arrière peu, du fait que ce sont des jardins ou des espaces vides, qui font face à la situation inverse en prolongement. Au fil de l’écoulement du temps, seule la destruction de quelques constructions permet d’accéder à de grands îlots centraux qui permettent l’implantation de nouvelles voies d’accès et partant de nouvelles constructions.

Verneuil sur Avre, Vue sur Mur intérieur, vieille Maison, Tour 149

. Sous l’effet de la recherche d’espace libre pour édifier des nouveaux bâtiments et surtout de nombreuses annexes, l’espace restant se restreint dans les petites parcelles initiales. Il est parfois possible d’avoir un aperçu de l’intérieur des îlots, à la faveur d’une trouée, avec des murets moins hauts à certains endroits qui permettent de distinguer un maillage extrêmement serré de constructions diverses et variées. Cette imbrication ne se perçoit pas toujours facilement vue de la rue.

« Dans les murs », la construction attire la construction à un point que l’on a peine à imaginer. C’est une des lois universelles de la tension immobilière, avec la construction d’une maison, son extension avec une terrasse, un garage couvert, un appentis, un plus petit qui s’adosse au précédent, des toilettes au XIXe siècle,  aujourd’hui une cabane de jardin, parfois une petite maison à jouer pour les enfants, une niche pour le chien... Et le tout est inséré dans un espace privatif clos de murs, lui-même serré dans les murs.   

Verneuil sur Avre, rue des Tanneries, Clôture ancienne, 098

Un mur de séparation de parcelle  par exemple dans ces vieilles villes de la France offre rarement un tracé au carré. Le dessin au sol est quasiment toujours  fortement rectangulaire. En façade dans la rue, il est étroit en largeur afin que le maximum de maisons puisse accéder à l’espace commun dans la zone protégée par le grand mur d’enceinte qui fait le tour. Il peut être très long afin que les maisons puissent bénéficier d’un jardin en arrière de la maison. Il s’ensuit deux situations. Un mur sépare le plus souvent deux propriétés voisines, sans que l’on sache souvent qui est toujours ou encore propriétaire du mur. Parfois non, on peut apercevoir aussi deux murs qui se font face dans des ruelles très étroites qui permettent juste à une personne de passer, avec une petite brouette. 

 . La façade qui redevient mur. Une attention toute particulière peut être portée aux murs restant d’une grande construction disparue qui bordait l’espace public. On garde alors le mur du fait de la construction en arrière, mais en lui bouchant ses ouvertures vers la rue.  C’est ici le cas à Verneuil pour de nombreux bâtiments, comme dans le quartier de l’ancien hôpital, des tours importantes, de nombreux moulins…Certaines petites rues proches de l’Eglise Notre-Dame toute en pierre de grison ont des façades de grison très anciennes, alors que cette pierre était peu utilisée pour les petites maisons.  

   Verneuil sur Avre, Hôpital, Mur rebouché 122       

. Le mur d’enceinte qui encercle l’espace au milieu est vivant. Prenant un autre nom pour bien montrer sa valeur défensive, il est très souvent modifié dans l’histoire. Sa fonction et partant sa forme et ses adjonctions évoluent avec le temps. En effet ce type de mur de fortification est daté dans l’histoire. Il répondait à la première époque de la guerre féodale au XIIe siècle, avant même l’utilisation du boulet de pierre lancé par de gigantesques catapultes de bois. A Verneuil-sur-Avre, ces fortifications,  dotées de tours et de portes, sont liées à la fondation de la ville pour des raisons militaires défensives (1120 env.)

La durée de vie d’un mur est donc limitée. Leurs forces créent leur propre faiblesse. Leurs masses de pierres  gênent l’extension naturelle de la cité, en suscitant une forte hausse du coût du foncier à l’intérieur des murs  et une tentation d’utiliser ses matériaux à d’autres fins. Cette situation est très visible dans l’ancien quartier de l’hôpital où le mur d’enceinte a été coupé pour laisser place à une rue passante, un parking et un nouveau parc paysagé (le parc André Faugère)  près d’un ancien moulin où coulent les eaux vives de l’Iton.

Verneuil sur Avre, Hôpital, façade chapelle 132

. Les murs religieux. Contrairement aux murs militaires et/ou défensifs, Ils ont souvent une grande pérennité du fait de la puissance du clergé au titre de grand propriétaire terrien sous l’Ancien Régime. La ville comptait sept paroisses, donc sept églises et deux monastères avec chacune leurs chapelles, sans compter d’autres chapelles au fil des siècles. Qui dit propriété religieuse pense aussi aux hauts murs qui protégeaient l’ordre à l’intérieur, comme cela a été le cas pour l’abbaye royale de Saint-Nicolas au sud de la ville où les Bénédictines surent utiliser le vieux mur d’enceinte comme mur de clôture pour protéger leurs vergers et potagers « dans les murs ».    

. Les longueurs d’un mur. Elles sont déterminées par l’usage qui en est fait. L’enceinte suivra le cercle intérieur à protéger, au moins au début. Il en ira très vite autrement avec des doubles enceintes ou plus pour protéger les premières dont on s’aperçoit vite des faiblesses. Quant aux dimensions des murs religieux et civils, elles  sont fonction de l’importance du nombre de personnes, qui y travaillaient, y habitaient et de leur statut à l’intérieur. Les neuf églises de la ville marquait une forte présence de communautés  religieuses possédant des grands domaines appartenant à l’Eglise.  

  Verneuil sur Avre, Hôpital, Porte face au mur rebouché 126 

. Les largeurs entre les murs de clôture dans un parcellaire en bandes dépendent de la date à laquelle les constructions ont été érigées. Elles peuvent être franchement étroites à nos yeux contemporains, qui font ressembler les parcelles à de longs rubans avec au fil du temps des constructions annexes en continuation de la maison, dans le fond, et ensuite  le long d’un des murs de séparation pour laisser un corridor pour rejoindre le bout. Vu d’en haut, l’espace résiduel tend à devenir une denrée franchement rare. Le phénomène de la densification de la ville est facile à constater dans la partie ancienne de Verneuil sur Avre dans la rue du Canon par exemple.      

. Les hauteurs des murs donnent beaucoup d’informations sur ceux qui habitent dans les murs.  Le mur est certainement le premier marqueur social dans l’histoire, avant même le bâtiment situé à l’intérieur dont en ville on n’aperçoit souvent que le toit. Plus il est haut et plus il dit qu’il y a un trésor à protéger à l’intérieur, de l’autre côté. On peut aussi tout autant penser que le vol était une activité trop fréquente pour être ignorée et que la nécessité de se protéger était un impératif de survie. La densité de l’habitat dans l’histoire ne suffit pas pourtant à expliquer cette confrontation de hauts murs. D’autres cultures, comme celles des Flamands prônaient au contraire l’ouverture des fenêtres à la vue pour montrer qu’on n’avait rien à cacher. 

Techniquement plus le mur est haut et plus il doit avoir une épaisseur lui permettant de se soutenir lui-même.  Il est alors un choix à faire, soit c’est un mur simple et donc pas très haut, soit ce mur devient une partie d’une construction, une façon naturelle de pousser à la construction derrière le mur. Entre les deux, une solution médiane est d’ajouter des contreforts.

Verneuil sur Avre, rue du Pont aux Chèvres 095

. Les multiples fonctions du mur. Elles sont toujours de séparer l’espace au sol selon que l’on est d’un côté ou de l’autre. Les cas les plus fréquents portent sur la distinction entre l’espace privé d’une parcelle privative et l’espace public de la rue auquel tous peuvent accéder. Le regard sur le mur va différer selon qu’il s’agit d’occulter toute perception de l’intérieur (question de la hauteur du mur), exprimer l‘appartenance à une époque (question de la légitimité historique), valoriser les matériaux anciens du mur (légitimité patrimoniale), faire preuve d’un savoir-faire régional (pierre de grison, modénature en brique, mur en bauge), traduire un métier (question de l’impact professionnel sur le paysage urbain), s’inscrire dans un paysage d’appartenance régionale (légitimité culturelle)…     

. Un vocabulaire spécifique. Intramuros, extramuros. Cette locution latine continue à être couramment employée pour preuve de la force d’impact d’un mur qui créé également une distinction forte selon que l’on est dans les murs (intramuros) ou hors les murs (extramuros). Parler de mur d’enceinte, de rempart, de tour de guet, d’attaque de l’ennemi suscitent toujours une vraie curiosité pour l’histoire médiévale qui parle si fortement à l’imaginaire. Le coût du foncier dépend directement de cette dualité et de la valeur patrimoniale du bien, avec cette conséquence que plus on est proche du centre, plus cher est le logement à acheter.

 

Verneuil sur Avre, l'Iton hors les murs, cottage 157

Le langage attractif du patrimoine. Des villes closes, comme Verneuil-sur-Avre, ont su conserver une partie significative de leur enceinte, avec leur parcellaire compliqué et la présence de vieilles maisons dont certaines à ossature bois  jouissent toujours d’un regard appréciateur de la part des personnes qui les découvrent. Les plus belles qui ont bénéficié de rénovation fine et qualitative font l’objet d’un véritable engouement. A nouveau, ces vieux murs de maison se sentent l’objet de tous les soins de leurs nouveaux propriétaires amoureux et défenseurs du patrimoine ;  ceux-là même parfois qui avaient quitté la ville pour trouver de l’espace à la campagne, sans murs visibles autres que les leurs, et qui reviennent dans la vieille ville pour retrouver le pouls de l’histoire, une histoire qui a commencé plus de 900 ans avant....

Dans le vignoble, le clos de mur est toujours signe d’une qualité spécifique de la parcelle, de sa terre de son exposition, de son histoire et de l’engagement  de ses nombreux propriétaires qui ont eu à charge de le faire fructifier pour le transmettre aux générations futures. Il en va de même en ville. Un mur qui parle, qui a une réelle force de caractère ou quelque chose qui fait sa différence sera plus remarqué qu’un autre, avec cette particularité que la ville n’a pas de « mur protégé » au titre des Monuments historiques.  

  Verneuil sur Avre, destruction avant reconstruction, Moulin, Iton 155 

. L’histoire est aussi celle des destructions des murs et pas seulement toujours celle des constructions, des rénovations, ou du toujours plus. Il est frappant de  voir par exemple combien cette ville-frontière a suscité de mesures parfois radicales de la part de ses décideurs, selon qu’elle a été anglaise ou française. Citons le château médiéval (XIIe) proche de la Tour Grise détruit sur décision de Louis XIII au XVIIe siècle. Une bonne partie des remparts au XVIIIe   fut arasée ainsi que les églises Saint-Jacques et Saint-Pierre qui furent détruites à la Révolution comme un certain nombre de biens du Clergé et les pierres bradées à des récupérateurs, comme ce  fut le cas par exemple à L’Abbaye de Bon Port qui fut vendue comme bien national. Une partie des pierres du cloître fut ainsi cédée comme matériau de base.     

. Le mur n’a pas de fidélité propre. Il a en effet cette faculté très forte de nous faire percevoir les retournements de situation. On se rend compte ainsi  que l’ennemi d’hier n’est plus celui du lendemain. Cette fameuse Tour Grise édifiée sur ordre de Philippe-Auguste en 1204, qui est devenue l’un des deux symboles de la ville, avec la Tour Madeleine construite à côté de l’église, a permis aussi en réalité de surveiller l’ennemi éventuel de l’intérieur, c’est-à-dire les habitants eux-mêmes jugés peu fiables aux yeux du roi de France. 

Verneuil sur Avre, rue des Tanneries, Clôture au lilas 110 

 Quand le mur redevient pierre. La destruction volontaires des murs, leur inadaptation au changement continu et l’usure du temps sont les trois causes majeures du changement où mur de pierres, ceux-ci redeviennent pierres au service d’autres murs dans le meilleur des cas ou de rien du tout le plus fréquemment. Les périodes révolutionnaires sont dures aux murs, qui redeviennent des tas de pierres. Leur cycle de retour à l’usage offre un grand avantage par rapport à la pierre à façonner : celles qui sont ainsi récupérées sont déjà taillées. Elles sont pour ainsi dire prêtes à l’emploi, pour combler des trous, boucher des fenêtres ou des portes, élever des petits murets de rien… Un nouveau cycle commence et l’histoire se poursuit, avec aussi le remplacment de la pierre par d'autres matériaux…    

 

Pour suivre le chemin

. Les photos qui illustrent ce billet ont été presque toutes prises dans le quartier de la Madeleine.  

. Retrouver la carte très précise de Verneuil sur Avre http://www.normandie-sud-tourisme.fr/wp-content/uploads/2013/09/Plan-de-verneuil.pdf  

. Il existe aussi une plaquette qui donne beaucoup d’informations utiles sur « Verneuil-sur-Avre, Circuit historique, Circuits des fossés, Balades au fil de l’eau, du bois et des pierres », Office de Tourisme du pays d’Avre d’Eure et d’Iton, 129 place de la Madeleine, 27130 place de la Madeleine, 27130 Verneuil-sur-Avre, 02 32 32 17 17, www.tourisme-avre-eure-iton.fr 

. Aller vous balader à Verneuil sur Avre, avec en particulier « Les Amis de Bernay » et Pierre Durand http://amis-de-bernay.pagesperso-orange.fr/03sortiesept2011verneuilavreville.html et http://pierre-durand.over-blog.com/ avec une analyse fine du rôle important de l’eau de l’Iton, un ruisseau à l’eau vive qui traverse la ville pour rejoindre la rivière l’Avre, celle de Verneuil sur Avre…

. Lire aussi une très bonne étude résumée de l’histoire forcément compliquée de la cité de Verneuil sur Avre, ville neuve du XIIe siècle  sur http://www.patrimoine-normand.com/index-fiche-29856.html

. Feuilleter « Le guide des 100 Plus Beaux Détours de 2014 » qui vient de sortir. C’est toujours intéressant,  à voir sur http://www.plusbeauxdetours.com/association/plus-beaux-detours.html On y découvre par exemple que les trois bourgs étaient eux-mêmes entourés de murailles intérieures, sans compter les nombreux bras de l‘Iton à franchir.

. Photos Elisabeth Poulain prises lors d’une balade très intéressante, organisée par  Pierre et Françoise Durand pour un petit groupe d’admirateurs du Patrimoine. A retrouver dans l'album-photos "Eure-Villes".

Voir les commentaires

Styles de Pub Caravanes > La Wawa & la Sprite

25 Mai 2014, 15:24pm

Publié par Elisabeth Poulain

Voici deux visuels publicitaires qui avaient fait le buzz comme on ne disait pas encore en ces années 60 qui marquèrent un des pics de renommée de la caravane en France. Ils ont aussi en commun d’être franchement avant-gardistes au point qu’ils n’ont absolument pas vieilli. Aujourd’hui encore, ils auraient autant de force d’impact. Ils sont toujours aussi bons. Ils ont en commun d’être minimalistes et d’avoir choisi le jaune, un jaune différent dans les deux marques,  comme premier message de bonnes vacances au soleil.

Pub caravane Sprite

La  Sprite. Oui, il s’agit bien de la publicité pour une caravane anglaise. Pourtant vous ne voyez qu’un chameau ou un dromadaire hilare. Il vous tire la langue et vous fait un gros clin d’œil malicieux pour que vous ne sentiez pas offensé. N’y voyez donc nulle malice, bien plutôt un gag visuel qui a été jusqu’ici bien peu présent. La caravane était une chose beaucoup trop sérieuse et importante pour qu’on puisse en rire. 1966 marquait le vrai  début de l’essor du marché de la caravane en France. La concurrence entre les marques s’est faite plus rude. Sprite, une marque anglaise construite sous licence en France, était déjà bien connue des estivants français.

La marque franchit alors le pas. Il n’est plus nécessaire pour elle de montrer une caravane. L’essentiel est  ailleurs. Il s’agissait de faire rire en jouant cette fois-ci avec le concept de la caravane qui traverse le désert comme vous le signale un chameau hilare, avec des trâces de pas devant lui:  « Vous cherchez une caravane ? Et bien vous l’avez trouvée ! C’est certainement une Sprite ». Je ne suis pas sûre que cet humour anglo-saxon qui n’utilise que deux couleurs, le jaune et le noir, ait fait tilt en France, mais l’intéressant est que la marque l’ait jugé convenir au marché français.   

Pub caravane Waha 

La WAWA. Cette petite caravane belge à la forme ovoïde file tellement vite sur la route grâce à son aéromodélisme que le nom de sa marque WAWA est reproduit à l’instar du son que ferait une voiture de course. Il n’apparaît pas entièrement sur le visuel, preuve qu'il va vite. C’est un modèle au toit repliable sur l’arrière pendant la marche de façon à diminuer la prise au vent.

L’effet est remarquable : seules deux couleurs douces ont été choisies de façon à accentuer l’effet de fluidité. C’est du design graphique et sonique à l’état pur. Et c'est remarquable. Le design de la forme suscite un design visuel qui résulte du design phonique, les deux dans la même couleur beige enrichi de jaune et d'une pointe de vert sur un fond uniforme plus foncé...Seul reste alors WaWa dans l'espace et le monde!   

Pour suivre le chemin

. Voir  la série des billets « Styles de Pub Caravanes » parus sur ce blog. Les clichés sont à retrouver dans l’album « Petites Maisons.

. Pour la Sprite 2014, voir http://www.spritecaravans.com/2014_Sprite_export_brochure_French.pdf

. Pour la WaWa qui garde ses inconditionnels au fil du temps, voir plus spécialement http://auto-union.over-blog.org/article-les-caravanes-wa-wa-53461146.html 

. Photos Elisabeth Poulain

Voir les commentaires

N de Nana > La tête à l'envers > Des châteaux plein les mirettes

21 Mai 2014, 09:41am

Publié par Elisabeth Poulain

Cette Nana-là est vraiment très spéciale. Parce qu’elle joue plus que toute autre personne humaine un rôle fondamental dans l’art et la culture. Il est vrai que cela fait quelques millénaires que cela dure. Les statues de femmes nues abondent, et pas seulement dans les musées. Il est vrai qu’actuellement elles sont moins dénudées qu’en Grèce ou à Rome au temps de la grande période de la statuaire antique. Non, elles sont tout bonnement spéciales. Et celle que je vous présente aujourd’hui a la tête à l’envers et les yeux fermés, ces fameuses "mirettes" que citent le titre de ce billet.

Femme tête à l'envers, châteaux dans les yeux

Fermer les yeux, c’est quand même spécialpour aller voir une exposition  présentant des monuments du Moyen-Age à aujourd’hui. Mais il n’y a pas que cela ; cette jeune  femme a les pieds visés au plafond comme dans une publicité pour une colle instantanée d’il y a quelques années. A l’époque, les publicitaires avaient pris un homme pour convaincre de la solidité de l’adhérence. Pour la culture, c’est une femme, comme si les hommes ne rêvaient pas eux aussi, avec l’avantage de pouvoir le faire avec les deux pieds à terre. C’est quand même plus pratique.

La tête à l’envers ne doit pas présenter non plus une grande facilité d’approche des maquettes, dessins et plans présentés. Mais ceci est mon opinion personnelle que je partage entièrement. C’était peut-être aussi une locution utilisée pour dire qu’on oubliait des choses. Cette façon de s’exprimer n’a plus cours actuellement selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales ; pour ces spécialistes de la langue française, « cette forme est introuvable» !

Que voit-on dans ses yeux fermés ? Dans son œil gauche, celui qui est à droite en réalité, il y a la toiture d’un petit manoir a deux tourelles pointues encadrant de chaque côté la toiture centrale. On distingue les paratonnerres mais pas les cheminées. Y-en-a-t-il ? Il devrait y en avoir. Pour l’œil droit, qui est à gauche, cette fois-ci, c’est toute une église et le presbytère qui arrivent à tenir cachés à moitié sous la paupière. On distinguerait presque un coq tout en haut. Est-ce crédible ? Je viens de prendre la loupe. Ce ne serait pas impossible.

Femme tête à l'endroit, châteaux dans les yeux

Voyez maintenant le visuel à l’endroit avec elle à l’envers. On lit très bien « Rêves de Monuments »  en très gros et en blanc sur fond noir ainsi que toutes les autres informations qui encadrent le cliché. Quant à elle, elle a non seulement la tête à l’envers et les yeux fermés tellement est pesante la charge du château et de l’église, presbytère compris, mais en plus la portion visible de son visage est enserrée dans un bandeau oblique, pour troubler la vision de celui, celle qui regarde.

Et maintenant, dans le visuel inversé, que distinguez-vous ? Ce qui ressort nettement, ce sont les ombres noires qui entourent les yeux, surtout l’œil-château d’ailleurs plus que l’œil-église qui est moins chargé. On distingue les sourcils et les cils, les faux-cils plutôt. Ils sont d’une étonnante longueur à boucles qui permettent de cacher la jonction entre la paupière et le cliché numérique. On dirait qu'elle pleure des larmes noires. Une idée troublante, s'il en est.   

Retenez qu’au final, cette Nana-là a un nez, deux yeux fermés, des sourcils bien dessinés, beaucoup de noir sur les paupières, ne serait-ce que pour cacher la ligne de collage des faux-cils. Et dans les mirettes, ses yeux, elle transporte avec elle les deux icônes essentiels des paysages de France, le château et l’église. C’est vraiment beaucoup.

Sur le plan de l’efficacité de ce visuel publicitaire, il quasiment certain que cette création originale a attiré l’attention des lecteurs des magazines dans lesquels il a paru. On imagine que c’était bien l’essentiel pour les annonceurs, avec un effet nouveau réel d’un bon niveau et avec toujours cette idée qui perdure depuis la fin du XIXe siècle qu’il appartient aux femmes de promouvoir la culture. C’était un des rôles sociaux qu’elles pouvaient assumer. Maintenant, posez-vous la question de savoir pourquoi il est toujours ou presque fait appel à une femme jeune et jolie dès lors qu’il est question de pub ? Cette jolie jeune femme toujours considérée comme le principal porte-pub au XXIe siècle. N’y-a pas vraiment d’autres supports, d’autres « cintres » porteurs… ?    

L’objet de ce billet est de dire avec des mots ce qu’un jeune enfant à l’esprit pas encore formaté à la publicité, par exemple, pourrait voir lorsqu’il regarde cette image. Cet exercice s’inscrit dans la continuation de cette réflexion « c’est vrai, la pub l’a dit » que chacun d’entre nous a déjà entendu « pour de vrai !» au moins une fois dans sa vie.

Pour suivre le chemin

. Visuel de l’agence meanings pour Rêve de Monuments à la Conciergerie, Paris.

. Rêve de Monuments, Architectures imaginées du Moyen-Age à nos jours, Exposition à la Conciergerie, Centre des Monuments Nationaux  www.monuments-nationaux.fr,  

. Meanings a reçu le 34è trophée de l’agence de communication corporate de l’année 2013  http://www.meanings.fr/lagence/actualites/

. Découvrir le Centre national de ressources textuelles et lexicales sur  http://www.cnrtl.fr/definition/la%20tête%20à%20l'envers 

. Retrouver sur ce blog la série des 4 N comme Nana, Ce que les femmes portent sur la tête - un canapé Roset, La femme-papillon d'Hermés, Les 5 plus belles Blondes du Monde du Vin et Moi, Bernadette - le lapin souriant aux lèvres rouges,

. ainsi que les 2  N de Nana, La Blonde aux yeux froids - Vins des Humanistes, La Femme couchée dans l'herbe - une image de détente et plus...    

. Photos Elisabeth Poulain

Voir les commentaires

Hommage à John Mc Crae > Des poppies – coquelicots - dans la prairie

20 Mai 2014, 10:47am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Les  coquelicots semblent flotter dans une prairie verte en bas et, qui par leur chaleur, teintent de jaune la partie haute. D’autres « poppies » ont changé de fond pour que leur ciel reste blanc. Il reste à citer le bleu pour rappeler aux combattants canadiens, anglo-saxons et alliés la mort de leurs camarades tombés au champ d’honneur, en particulier lors de la seconde guerre d’Ypres en 1915.  

Coquelicots dans la prairie 1-pastel gras-brou de noix

Voici le poème du lieutenant-colonel John McCrae qui conçut le poème « In Flanders Fields » en mai 1915, médecin du Corps royal de Santé du Canada. 

In Flanders fields the poppies blow

Between the crosses, row on row,

That mark our place; and in the sky

The larks, still bravely singing, fly

Scarce heard amid the guns below.

 

We are the Dead. Short days ago

We lived, felt dawn, saw sunset glow,

Loved and were loved, and now we lie

In Flanders fields.

 

Take up our quarrel with the foe:

To you from failing hands we throw

The torch; be yours to hold it high.

If ye break faith with us who die

We shall not sleep, though poppies grow

In Flanders fields.

Depuis le coquelicot est devenu l’emblème du courage de tous ceux qui luttèrent au nom de la liberté. Cette fleur si fragile qu’on ne peut jamais la cueillir pour l’admirer dans un vase, sait pousser dans les sols les plus pauvres, les terres si meurtries qu’il ne reste rien, ce qu’en langage  militaire on appelle « la zone rouge » des terres brûlées…

Pavots de mai

Pour suivre le chemin

. Voir le site anglais http://www.greatwar.co.uk/umbrella/poppy-umbrella-idea.htm et l’histoire du coquelicot devenu le symbole des soldats britanniques morts en Flandres durant la guerre de 1914-1918. On peut acheter un « Poppy-Umbrella » pour poursuivre l’hommage, en attendant de fêter le « Poppy Day » le 11.11.  Voir le texte manuscrit de l’auteur sur   http://fr.wikipedia.org/wiki/In_Flanders_Fields#mediaviewer/Fichier:In_Flanders_fields_and_other_poems%2C_handwritten.png 

. A découvrir le site canadien où vous pourrez  lire l’histoire de John Mc Crae (1872-1917) venu du Canada avec son cheval Bonfire, qui conduisit la dépouille de son maître à sa dernière demeure au Ier rang du cortège menant au cimetière de Wimereux en France, avec les botes renversées de son maître dans les étriers     http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/dans_les_champs_des_flandres_in_flanders_fields

. Je ne vous présenterai pas  le poème en français qui « traduit » … « Les Champs de Flandres » par « le Champ d’honneur ! ». « Row » qui signifie rangée devient « un lot ». Tant de modifications dénaturent le texte original  en anglais. On ne s’étonne pas ou plus d’avoir eu tant de mal à trouver d’abord une  traduction française acceptable et on ne peut que s’étonner ensuite de trouver celle-ci qui a pourtant été avalisée par les autorités canadiennes.   

Prairie aux coquelicots 2-pastel gras & brou de noix

. A voir aussi le musée «In Flanders fields» à Ypres, Belgique

. Lire aussi sur l’hommage rendu tant au poète-médecin ainsi qu’à la ville d’Ypres en particulier à  la Porte Menen (Menin en français) qui chaque jour grâce aux pompiers renouvelle l’hommage à tous ceux qui luttèrent pour préserver une certaine idée de l’Europe libre sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Porte_de_Menin   et http://www.inflandersfields.be/

. Et retrouver la tombe de John Mc Cae sur  http://www.cheminsdememoire-nordpasdecalais.fr/les-chemins/le-littoral/wimereux-communal-cemetery.html

. Consulter aussi http://www.oorlogentrauma.be/ sur les traumatismes de cette  première guerre mondiale.

. En France, 120 000 ha furent classées en Zone rouge, voir la carte sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_rouge_%28s%C3%A9quelles_de_guerre%29

. Sur Ypres, lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Ypres où on apprend que 300 000 soldats alliés y sont morts dont 250 000 soldats anglo-saxons

. Associé au blanc de la marguerite et au bleu du bleuet, le coquelicot constitue l’un des symboles de la France. 

oise-champs-coquelicots-&-fleurs

. L’essentiel à savoir sur le coquelicot sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Coquelicot

. Les coquelicots dans la prairie, à retrouver dans ce blog dans   http://www.elisabethpoulain.com/article-paysages-de-l-oise-on-the-road-lignes-couleurs-au-bord-du-chemin-122190558.html

. Photos Elisabeth Poulain de pavots au soleil de mai et de coquelicots en pastel gras et brou de noix en collection « Emmaüs », ainsi que des vrais coquelicots de plein champ   à voir dans l'album "Végétal" et "Terre-Sol"  

Voir les commentaires