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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La Loire à vélo > Saumur > Des vélos dans la ville

23 Décembre 2014, 16:42pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

La Loire à vélo. C’est une magnifique idée, tellement bonne qu’il faut absolument d’emblée  poser la question « On dit merci qui ? » et la première réponse à laquelle on pense : on dit merci aux vignerons, aux négociants et à tous ceux qui travaillent dans la filière des Vins de Loire. Je sais bien que  commencer par parler du vin pour aborder la pratique du vélo sur les 800 kms le long de la Loire est un peu incongru, voir provocateur.  On pourrait dire aussi que tous deux commencent par un V avec peu de lettres derrière, 2 pour le VIN et 3 pour le VELO. Il n’empêche que cette unité territoriale n’a été vraiment revendiquée et portée, à l’exception majeure des géographes, que par les acteurs du Monde du Vin, à commencer par les politiques qui soutiennent depuis ses débuts le Salon des Vins de Loire. Mais il n' y a pas qu'eux et vous découvrirez qui à la fin du billet.

Saumur-246, Set-de-table-LoireAvelo

La différence entre les deux tracés. Les deux, la Loire du vin et la Loire à vélo,  ont bien le fleuve en commun pratiquement de la source jusqu’à l’estuaire, avec une vraie différence qui est que la Loire à vélo court au plus près du premier fleuve de France, avec parfois des itinéraires secondaires pour mieux voir le fleuve d’en haut d’un coteau. Les circuits sont surtout situés en rive gauche.  La Loire du vin intègre toutes les appellations situées dans le bassin versant du grand fleuve et de ses affluents qui couvre 1/5 de la France, avec parfois une absence physique de lien avec l’eau du fleuve. C’est vrai de toutes les zones littorales par exemple. 

Après Saumur-103, bord de Loire-aire camping car

Pour revenir à la Loire à vélo, les routes recommandées aux vélos sont situées au plus près possible de la  Loire, avec parfois quelques portions de rives de Loire dénuées d’accessibilité ou de visibilité plus ou moins proche. C’est le cas par exemple à Savonnières entre Tours et Villandry, mais c’est vraiment une exception. Le tracé tient compte des exigences de sécurité nécessaires aux cyclistes et c’est ainsi qu’il peut changer de rives, soit en rive gauche le plus souvent ou en rive droite quand c’est nécessaire, au gré des contraintes. Il arrive aussi que le chemin serpente des deux côtés du fleuve, une solution très intéressante pour faire des petits circuits en fonction des ponts existants sans avoir besoin de reprendre le même itinéraire dans un sens inverse pour rester près de la Loire.   Une situation qui existe avant et après Nantes, pour Angers aussi et surtout, à Saumur  en aval, avant Blois  et enfin à Briare en amont.     

Saumur-189-Ile d'Offard-Loire

Saumur. Il est temps d’y arriver. C’est le plein été. Il fait beau et très doux, ni trop chaud, ni trop frais ; le temps est  parfait, l’air est léger pour les touristes qui veulent découvrir la ville. Et c’est le cas. Il y a vraiment  beaucoup de monde ici sur les bords de la Loire, des vacanciers et des cyclistes. Quant à vous dire que tous les cyclistes sont des sportifs en vacances, je crois que ce serait erroné. je pense même que la majeure partie des cyclistes que j'ai pu voir sont des Saumurois qui ont plaisir à re-découvrir leur ville comme s'ils étaient des touristes.  

Saumur-170, Pont-Cessart-Loire

Il  y a néanmoins un effet  vélo certain, comme ci, le projecteur focalisé sur la grande opération de la Loire à vélo avait donné de la visibilité aux deux roues et à ceux et celles qui les utilisent. Il n’y a pas seulement des jeunes qui pédalent sans forcer au bord de l’eau. Il y a a des gens de toutes sortes. Comme si aussi, les automobilistes et les piétons prenaient conscience – enfin – d’un autre mode de mobilité en ville et dans la campagne. Ce qu’on voit aussi, comme nous avons pu le constater dans une aire gratuite de stationnement joliment aménagé des bords de Loire en aval de Saumur sur la rive gauche pour les camping-caristes, c’est le binôme intéressant que forme le camping-car pour tracer la route ou quand il pleut  et le vélo sur place à l’arrêt pour se dérouiller les jambes et découvrir des sites inaccessibles autrement.

Saumur-215-Loire-Pont-Cessart

Le vélo comme révélateur de la dimension humaine  des vacanciers  et de l’attrait touristique d’un site. C’est une réflexion déjà entendue  aux Pays-Bas, à Amsterdam, qui est une ville hyper-touristique même l’hiver, par exemple mais pas seulement. Voir les touristes et les percevoir comme des acteurs d’un lieu, en train de pédaler avec énergie le long de la Loire, renforce la dimension réellement humaine d’un site. Ils sont la preuve que tout est vrai : le paysage est beau, la lumière de Loire bien présente, les monuments tels que le château de Saumur vraiment aussi beau à dominer la Loire vu d’en haut que d’en bas, perché en haut de la colline pentue, avec des vignes à ses côtés. Ils - ces touristes - ne sortent pas d’un car, pour en remonter au bruit du sifflet quelques minutes plus tard pour dire plus tard, « oui, on a fait Saumur, c’était bien, il y avait beaucoup de monde », avec d’autres comme eux à côté qui descendaient en rang du bus pour y remonter toujours en rang très vite après.

Saumur, 337, le château,le coteau, la vigne

Cycliste, on retrouve sa propre singularité, sa liberté de passer par ici, par-là, s’arrêter pour un coucher de soleil, demander son chemin, s’acheter quelque chose à manger, de l’eau ou du jus de fruit à boire, parler avec des gens du coin… On n’est plus prisonnier d’un véhicule même s’il est gros, on retrouve le plaisir de la découverte et de la rencontre. « Chemin faisant », pour reprendre le titre célèbre de Jacques Lacarrière, un grand penseur, marcheur  et fils de la Loire, comme il le disait lui-même –J’ai eu deux mères -, on  retrouve le goût d’être, de bouger, de regarder la Loire. On se trouve à parler aux autres dans la rue… C’est beau la Loire à vélo l’été au bord de l’eau ! 

Saumur, 348, chateau, remparts

Et poursuivant votre connaissance du circuit en partie au moins, ce qui est mon cas, vous découvrirez ou redécouvrirez avec un grand étonnement que si  cette Loire à vélo est bien un projet porté et financé à hauteur de 60% par les Régions Pays de Loire et Centre, elle se transforme ensuite en  une Euro-Vélo-Route, qui porte le n° 6. On peut dire que le tracé va de Saint-Brévin des Pins situé en France au débouché de l’estuaire de la Loire sur la Côte atlantique jusqu’en Roumanie sur les bords de la Mer Noire au port de Constanta à 3650 kms plus loin. Il vous suffit de commencer par remonter la Loire, en quittant la Loire-à-vélo un peu avant Nevers pour rejoindre cette fois-ci seule L’EuroVelo6 vers Vienne, Budapest et Constanta. Ce qui veut dire aussi que lorsque vous empruntez la route de la Loire à vélo, vous vous dirigez vers l’Euro-Velo6. C’est ça le voyage, vous avez à peine mis un pied par terre, que vous êtes déjà loin. C’est magique.       

 Saumur-EuroVeloRoutesUE-LoireAvelo              

Pour suivre le chemin

. Vous rendre sur le site  générique de la Loire à vélo http://www.loireavelo.fr/var/crtc/storage/original/application/03b82d055bc0088c0bc4bc5474f3b609.pdf

. Commencer par ce qui vous intéresse ; chaque ville ou territoire a développé son offre pour ces touristes très demandeurs d’offres de découverte d’un nouveau type. Par exemple la Loire de Saumur (avant Angers) à Saint-Brévin (au bord de l’Atlantique) en 7 jours pour 825 E  http://www.loireavelo.fr/organiser-sejour-loire-velo/sejour-loire-velo/la-loire-a-velo-de-saumur-a-saint-brevin

. Compléter vos connaissances du terrain par les 2 500 km d’itinéraires à vélo à découvrir en Pays de Loire sur www.vélo.enpaysdeloire.com   et vous pourrez même si la SNCF décide de renouveler la formule embarquer gratuitement votre précieux vélo dans un « Train Vélo Loire », comme  elle l’a fait du 14 juin au 14 septembre 2014, à voir sur www.velo.sncf.com

. Comble de raffinement, vous pourrez aussi découvrir la Loire en bateau, avec des photos magnifiques à voir   http://loire-en-bateau.fr/ en partant  de Saint-Florent le Vieil en Maine et Loire en aval de Saumur et d’autres photos.

. Jacques Lacarrière http://www.cheminsfaisant.org/content/?q=node/85#.VJhDXCcBg

. Photos Elisabeth Poulain, Saumur été 2014. Désolée de ne pouvoir vous présenter une horde de cyclistes. J’en ai vu plus que je n’en ai photographiés, surtout près du château…  

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Style de Pub > Jeux de Rôles > Mère-Fille > La Toyota RAV 4

21 Décembre 2014, 12:27pm

Publié par Elisabeth Poulain

     

Le titre d’abord sans limitation à 70 caractères. Style de pub prend parfois un « s «  à style, parfois non. Cette fois-ci ce sera sans, car il s’agit de l’analyse d’un seul visuel d’une seule marque de voiture. Avec ou sans s, la caractéristique commune est que le billet porte sur l’analyse de ce que dit le visuel publicitaire avec la photo, la mise en scène, les personnages, les couleurs, les mots et plus, à savoir l’impression ressenti, l’impalpable difficile à exprimer, tout « ce je  sais quoi » qui fait qu’on repère une pub et pas une autre. C’est cette petite différence qui fait que certaines publicités restent imprimées à vie dans notre rétine et plus profondément dans notre inconscient tant au niveau individuel qu’à celui d’un groupe d’âge ou d’un pays… 

C’est Toyota, dont le slogan habile et réussi joue finement à la fois avec le temps d’aujourd’hui et de demain. Ce « TODAY  TOMORROW  TOYOTA »  est en effet assorti d’une forme ovoïde placée au-dessus de la marque en rouge dans laquelle deux autres sphères aplaties gravitent à l’intérieur, chacun de ces cercles figurant une des trois composantes du logo. Avec cette question, quel ovale la marque représente-t-elle ? Vous avez jusqu’à la fin de la lecture du billet pour répondre. Un indice pour vous faire avancer dans le difficile chemin qui mène à la réponse : où ce logo dessiné est-il placé ?  

                                            Toyota RAV4-La transmission-Mère-Fille-DSC06231

Le RAV 4 est une 4 x 4 super compact, à la technologie haut de gamme, capable de passer automatiquement de 2 à 4 roues motrices en fonction du terrain et des conditions climatiques pour avoir une consommation réduite (6,6L/km en cycle mixte). Le vrai texte est à peine plus long. Il occupe 4 lignes et demie de la demi-page grand format du magazine féminin DS. Point trop d’arguments techniques  n’en faut pour la cible féminine avec pourtant cet extrait : « l’essentiel de la technologie haut de gamme (système de contrôle actif de conduite (IADS), transmission intégrale intelligente) ».

Le positionnement sur la cible féminine.Il découle directement de l’argument suivant, placé juste en dessous de la photo : « 2 500 E d’économies sur le TOYOTA RAV 4, ça va faire des heureuses. » complété aussi par « de nouvelles lignes plus raffinées » et « le plaisir de la conduite » dans le corps de l’argumentaire que j’ai déjà cité dans le paragraphe précédent.

Les femmes, je devrais dire la maman et sa petite fille, toutes les deux sont cachées derrière des pyramides de boîtes cadeaux très  colorées  et en équilibre fortement instable. Elles doivent revenir  de faire du shopping, une activité fortement féminine par nature, c’est du moins ce que disent les publicitaires. La mère et la petite fille  sont bien présentes. On imagine qu’elles retournent à la Toyota, les courses finies. Le cliché les  prend au moment où elles descendent dans la rue pour ouvrir le coffre. C’est aussi une façon d’accentuer la présence noire de ce véhicule garé dans la rue près d’un trottoir, sans aucune autre voiture garée ni par devant, ni par l’arrière.

Elle – la voiture – est immatriculée dans les Hauts de Seine, dans le 92, jointif du département de la Seine (75) où se trouve Paris. Déjà qu’il n’y ait aucune voiture de garée à Paris, même en 1998, ce n’était pas possible. Serait-ce à dire aussi qu’il faut bien un 4 x 4 pour aller par exemple de Saint-Cloud sur les Champs-Elysées ou au Faubourg Saint-Honoré ? L’argument pour les femmes serait alors plutôt que la voiture a un grand coffre, qui ressemblerait à un grand coffre-fort à pneus où mettre tous les trésors que ces dames, grande et petite, ont acheté. Pourquoi, parce qu’elles le valent bien…un air déjà chanté par l’Oréal en son temps. Pour en revenir au visuel, l’intéressant est que le photographe a gardé la silhouette d’une dame dont le look n’appartient certainement pas à l’image jeune dégagé par ce 4 x 4 au  design  très travaillé. C’est une façon d’accentuer la différence et de valoriser la cible.  

Toyota RAV4-La transmission-Mère-Fille-DSC06231

La cible est bien sûr la mère jeune et élégante, c’est aussi et surtout la petite fille qui veut très vite « faire comme maman » au grand plaisir de cette dernière qui voit ainsi sa position confortée. Il y a 6 ou 7 ans, c’était déjà vrai mais pas forcément au point où ça l’est maintenant. Où l’on voit des enfants bien jeunes qui connaissent déjà mieux l’univers des marques que tout autre domaine de connaissance. C’est aussi un bon exemple de transmission mère-fille vue par une marque mondiale de voitures, comme si la transmission se faisait toujours de la mère vers la fille et du père vers le fils.

On en est encore là en bientôt 2015. Le mimétisme en forme d’héritage transmis. C’est impressionnant.       

Pour suivre le chemin

. Le Nouveau DS, Eté 2008, un titre du groupe Alain Ayache, dont la disparition a été annoncée le 28.07.2014,  http://www.lesblogsmedias.fr/2014/07/28/124686-cest-la-fin-du-groupe-ayache/

. Toyota RAV 4 à voir sur le site de la marque, avec certainement des modifications par rapport à 2008, sur  http://www.toyota.fr/new-cars/rav4/index.json

.Le visuel est une création maison. Le photographe Jean-Yves Lemoigne  est à retrouver sur  http://www.jeanyveslemoigne.com/advertising/#/

. Photo Elisabeth Poulain  à partir du magazine, à retrouver dans l'album Symboles2

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A Baugé=le château-le palais-le mur de la prison-la mairie=la ligne

20 Décembre 2014, 12:01pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un titre à expliciter. A Baugé, il y a bien un château, un palais qui est celui de la justice ; il y avait une prison dont il ne reste que le mur. Il y a maintenant une mairie contemporaine et un centre culturel à la place de la Maison d’Arrêt. Et les quatre bâtiments sont en ligne. Ils forment un dessin géographique en alignement ou presque à trois composants ou à deux, et cela dans l’endroit le plus emblématique du centre de la ville de Baugé en Maine et Loire (49).

Ces implantations sont placées sur le site où a été édifié le premier château de Baugé, une motte féodale en haut ou presque de ce qui est devenu la Place du Champ de Foire, qui s’appelle maintenant la Place de l’Europe. Avec en plus un changement de nom de la ville, qui est dû à un regroupement volontaire de communes voisines. Commençons alors  par la ville, en reprenant ensuite chacun des termes un à un.   

   Baugé1571

. Baugé en Anjou. C’est la nouvelle dénomination de l’ancienne ville de Baugé, depuis son regroupement volontaire avec quatre communes voisines que sont Le Vieil-Baugé, Montpollin, Pontigné et Saint-Martin d’Arcé en vue d’optimiser les stratégies d’ investissements en fonction des moyens groupés des communes. Dans ce billet, je ne viserai que la ville de Baugé, qui est toujours placé au centre de « la commune nouvelle ».   

A Baugé, on distingue encore le tracé de l’ancienne ville close, la petite Cité de Caractère située à l’est du territoire, placée à un endroit très stratégique par le passé de l’ancienne circonscription de l’Anjou, plus étendue que l’actuel département du Maine et Loire actuel. Une ville très ancienne par son peuplement qui date du Néolithique, une époque très présente en Vallée de la Loire grâce à ses monuments de pierre dont la signification précise nous échappe encore. Il y a en effet une Pierre couverte inscrite aux Monuments historiques depuis 1910 à Pontigné à 2,5kms au Nord Est de Baugé. C’est dire l’importance du site.

Baugé 1570

. Le Château de Baugé. Il a été et continue à être le principal marqueur patrimonial qui  identifie la grande histoire de Baugé, de la France, de l’Angleterre... C’est d’abord lui qui fut édifié sur un promontoire où avait déjà été implantée une motte féodale (XIe siècle) qui fut brûlée. A son tour, ce château fut détruit au cours de diverses guerres et un autre reconstruit au même endroit par les Plantagenêt. Celui-là connut à son tour le même sort, la destruction après incendie. C’est le Roi René d’Anjou qui en fit édifier alors un nouveau au XVe siècle. Retenez que le château connut ensuite des temps moins violents. Il devient en effet la résidence de chasse du Roi René, l’homme aux dix titres ancrés dans des territoires aussi variés que Bar, la Lorraine, l’Anjou, la Provence et Forcalquier, le Piémont, Barcelone, Naples, Jérusalem, la Sicile et l’Anjou.

On comprend l’importance du château de Baugé avec ce condensé de la grande histoire de France. Et pourtant ce billet ne va pas parler du château lui-même qui mériterait à lui seul un billet dédié. C’est le site lui –même, qui nous intéresse, comme s’il ne pouvait avoir d’autres monuments à forte  identité de Baugé à d’autres endroits que là, en face, à côté ou par derrière.

Baugé1573

. Le Palais de Justice. Il arrive bon second dans l’ordre de construction dans la seconde moitié du XIXe siècle (1862-1866). Le bâtiment occupe en grande partie l’emplacement de l’ancien château royal du XVe siècle. On voit bien que le site avait été choisi pour sa centralité à l’endroit le plus élevé de la ville.

Baugé-Palais-de-Justice 1559

Actuellement quand on arrive au bas de la Place de l’Europe, le nom actuel de ce grand espace qui libère la perspective vers le haut, c’est le corps central du Palais de Justice que l’on voit en premier à la place d’honneur, au milieu de la place,  et non pas le château qui est situé à sa gauche, dans une position non rayonnante  et plus basse. Il faut dire aussi que ce Palais  a tout d’un bâtiment de prestige, situé ouest-sud-ouest. Il signe la force du pouvoir et paraît beaucoup plus grand qu’il n’est en réalité grâce ce style néo-classique très apprécié d’une l’époque qui voulait montrer la réussite. Une autre raison tient en la faible visibilité des deux ailes basses qui longent chacun des côtés du corps central.

Baugé 1567

Sa composition intérieure est révélatrice de la volonté d’apparat d’un vraiment petit palais. Il y a globalement trois espaces. En entrant, on pénètre dans la salle des Pas-Perdus, un long espace tampon en arrière de la façade avant  de prestige, qui forme un déambulatoire orné des symboles de la République, où le public attendait de pouvoir assister aux audiences. Puis en arrière, en position médiane, se trouve la salle d’audience qui est restée « dans son jus du XIXe siècle » à un point troublant.  Arrive ensuite sur les côtés et en arrière de ce bloc médian, des salles de travail  faiblement éclairées par l’arrière, grâce à des fenêtres hautes qui donnent directement sur le mur de la prison à un point troublant.

Baugé 1569

L’intérieur est surprenant tant on a l’impression d’entrer dans un lieu hors du temps, ou plutôt où un endroit où le temps se serait arrêté  sans qu’il y ait une suite prévue à son destin ultérieur. Et c’est effectivement ce qui s’est passé. Le bâtiment n’est plus un palais où la justice est rendue. Maintenant on parle du « tribunal ». C’est la ville de Baugé, qui en assure la conservation de ce qui est maintenant un Monument historique protégé, sans usage actuel ni prévisible.

Baugé 1670

. La Maison d’Arrêt située juste en arrière de la façade principale, de l’autre côté d’ un espace séparatif extrêmement étroit entre les deux murs. Il s’agissait non seulement de donner de la lumière aux quelques fenêtres du Palais mais de garder une distanciation claire entre les juges et ceux qu’ils envoyaient derrière les murs. Peut-être y avait-il un souterrain ou un passage direct entre les bâtiments aux fonctionnalités bien distinctes ? De la prison, de son agencement intérieur, de ses modalités de fonctionnement, on ne sait rien, au moins rien de visible sur le Net. Tout l’intérieur a été détruit, seul le mur extérieur a été gardé en raison de son importance historique, bien qu’il ne soit pas protégé au contraire des petites grilles du jardin proche du Palais qui le sont bien.

Baugé 1602

Garder les murs-remparts, pour re-vitaliser l’intérieur de cet énorme espace situé en pleine ville à l’endroit le plus fort de l’histoire de Baugé, tel a été le challenge confié par la municipalité à Lionel Vié architecte et Laurent Vié architecte & architecte d’intérieur. Que fallait-il faire ? La décision a été prise de transformer tout le volume intérieur, quitte à repousser le ciel en hauteur, à monter d’autres murs intérieurs en guise de structure pour en faire le lieu le plus emblématique de la ville nouvelle, le Centre culturel René d’Anjou, un lieu en plus dédié à la transmission de la culture, du patrimoine...et ouvert à tous. Mais avant je dois vous parler de la mairie. 

Baugé 1663

. La Mairie de Baugé. Elle se dresse face au château, quasiment en ligne, l’un – le château- forme la barre gauche du U lorsqu’on est Place de l’Europe du bas tandis que l’autre bâtiment – la mairie- est placée en transversal dans l’autre partie du U. Si l’on continue l’axe de la construction qui date de 1995, la ligne arrive en plein milieu du château. La forme de la mairie est dictée directement par la forme allongée du terrain, une longue bande étroite, qui descend en pente assez forte vers le Couasnon, la rivière d’eau vive, qui coule au bas. Un petit pont de bois, près près d’un énorme bouquet de platanes, permet de le franchir pour se promener dans un joli jardin municipal sur la rive gauche.

Baugé1649

Le bâtiment très contemporain est l’œuvre de l’architecte Thierry van de Wyngaert (1995), choisi certainement pour sa capacité à travailler dans des sites intéressants de par les difficultés qu’ils présentent. C’est le cas ici, avec un devers important entre le haut de l'étroite  parcelle proche de la  rue, là où se trouve la vue exceptionnelle sur le palais et le château, et le bas qui est souvent ou parfois inondé lors des crues hivernales du Couasnon. Toutes les maisons proches sont d’ailleurs construites en haut.  Le pari réussi a été de jouer de la forme de ce long parallélépipède  rectangle, en accentuant la force de sa façade rectangulaire  coté place pour « exister » face aux « poids lourds » que sont le château en face et le palais en haut à droite. Par ailleurs l’autre façade ronde cette fois-ci sur le vallon est aussi très présente en signe d’équilibre. Celle-ci est valorisée par une longue rampe qui permet d’accéder à la salle des mariages placée là.

Baugé 1631

La mairie forme un navire à deux proues. Dans les deux cas, la vue est exceptionnelle, tout comme l’est aussi celle qui est situé sur le côté droit vers la ville.  A l’intérieur, le choix de l’architecte a été de mettre la lumière à l’honneur, non seulement provenant de l’extérieur pour faire vibrer les deux longues façades latérales avec vue sur des jardins potagers mais aussi entre les étages.  

   Baugé 1711 

. Il reste à vous citer le centre culturel qui occupe l’intérieur de ce qui a été la prison dont seuls ont été conservés les quatre murs de ce grand quadrilatère situé juste en arrière du tribunal. Ces murs ornés de petites tourelles aux quatre coins sont tellement emblématiques -  ils sont tellement forts - que Lionel Vié et Laurent Vié, les architectes en charge de la profonde transformation de ce grand volume parlent à leurs propos de « remparts ». C’est d’autant plus parlant que de l’autre côté de la petite rue qui longe le bâtiment en longueur commence le faubourg Saint-Michel.

Baugé 1624

. Cette visite forte intéressante a été organisée au début de l’année 2014 par le CAUE du Maine et Loire en lien avec la Mairie de Baugé à l’intention de personnes sensibles à la découverte du patrimoine contemporain et ancien du département dans le cadre du programme culturel de MATP 2013-2014. Notre groupe a été reçu avec beaucoup de chaleur par le Ier adjoint au maire,  différents conseillers municipaux et le personnel communal. Arrivés un peu avant l’heure, nous avons pu nous rendre à l’église Saint-Pierre et Saint-Laurent (dont je ne vous ai pas parlé. Ce sera pour une autre fois). Revenus devant le château et cherché de la documentation à l’Office de Tourisme, nous avons découvert avec fascination l’intérieur du Palais de Justice. Quelques pas, et nous avons ensuite rejoint la mairie où nous attendait une délégation d’élus tels que le Ier adjoint au maire, l’adjoint aux travaux, l’adjoint à l’urbanisme… qui nous ont fait visiter le bâtiment, en descendant jusqu’au Couasnon.  Nous nous sommes rendus ensuite, en traversant la rue, au Centre Culturel René d’Anjou.

  Baugé 1623 

La ligne d’hier. Elle est celle qui lie le château ---) au Palais de Justice ---) à la prison, en tournant autour du Champ de Foire.

La ligne d’aujourd’hui. Elle relie la mairie ---) au château, qui a été aussi le siège de l'ancienne mairie ---) au centre culturel René d’Anjou ---) en passant devant le tribunal et ...en rejoignant par la pensée Kelsterbach, la ville du Land de Hesse avec laquelle Baugé en Anjou est jumelée, cette fois-ci en tournant autour de la Place de l'Europe!  

 Baugé 1707             

. Ce parcours de découverte architecturale à Baugé en Anjou, dans les murs de ces réalisations  actuelles particulièrement fortes au regard de leur pouvoir d’expression a été organisé par le CAUE 49 conjointement avec l’équipe municipale avec M. Philippe Chalopin, maire de Baugé en Anjou, à sa tête.  A la mairie en ce début d'avril 2014, nous avons été très chaleureusement  accueillis en particulier par Joseph Ergand, le Ier Adjoint, Jean-Louis le Drogo, Adjoint en charge de l’Urbanisme ainsi que par Jacky Boyeau, Adjoint responsable des Travaux, qui nous ont accompagnés lors de la découverte du Centre culturel René d’Anjou...    

Pour suivre le chemin

. Baugé-en-Anjou  à retrouver sur le site de la mairie http://www.baugeenanjou.fr/ et http://fr.wikipedia.org/wiki/Kelsterbach pour la ville jumelle.

.Outre ses bâtiments emblématiques, Baugé appartient au club très fermé des villes closes de l’Anjou, avec une bonne centaine de très beaux hôtels particuliers qui témoignent chacun à sa façon de la richesse patrimoniale de laville. C’est dire si le parcours de découverte du patrimoine conçu la ville est riche et varié. Le dépliant est disponible à l’Office du Tourisme  situé justement au château.   

. Les 100 plus Beaux Détours de France, à retrouver surwww.plusbeauxdetours.com , Baugé en page 16 avec une photo intéressante du château prise où se trouve l’Office du Tourisme côté jardins et une carte page 115.           

. Pour le parcours de découverte du patrimoine, voir l’Association des Petites Cités de Caractère de Maine et Loire, Mairie de Turquant, 49730 Turquant, contact@pcc-paysdeloire.fr

. Pour le dolmen situé dans une propriété privée, voir

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Pontign%C3%A9_-_Dolmen_3.jpg

. Les sites mégalithiques du Maine et Loire à découvrir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Sites_m%C3%A9galithiques_de_Maine-et-Loire

. Une carte ancienne du département du Maine et Loire sur http://www.wiki-anjou.fr/images/4/48/Carte_maineetloire_1852_levasseur.jpg

. Retrouver la Bataille du Vieil Baugé en 1421 sur http://www.histoire-fr.com/lancastre_guerre_lancastrienne_2.htm

. Pour le roi René, voir http://www.occitanies.fr/patrimoine/RoiRene.html

. La vie culturelle à Baugé en Anjou à retrouver grâce au centre culturel René d’Anjou sur http://www.baugeenanjou.fr/culture/centre-culturel/ avec une photo aérienne très intéressante du Château, du Palais et du Centre

. La Maison d’Arrêt de Baugé citée dans   http://prisons.voila.net/Prisons.HTML

. L’attitude des Juges dans « l’Anjou, la République et ses Juges, 1883, L’épuration du corps judiciaire, entre réaction de légitime défense et instrument de consolidation du régime (1883) », une étude de Vincent Bernaudeau 2011 dans l’excellent site sur l’univers pénitentiaire http://criminocorpus.revues.org/558  

. La visite de la ville avec des photos sur http://bauge.pagesperso-orange.fr/visitedelaville.htm ,

. Découvrir le site de l’architecte Thierry van de Wyngaert, maintenant associé à Véronique Feigel architecte, sur http://www.tvdwarchi.com/index.php?act=projets&proj=maison   au 43 rue Bobillot 75013 Paris,  +33 (0)1 45 89 30 00, agence@tvaa.fr  Sur le site, je vous conseille d’aller voir « la maison derrière le mur ». C’est remarquable.

. Voir aussi le site de Lionel Vié, architecte en charge de la mutation de la prison en Centre culturel  http://www.lionel-vie.fr/portfolio/centre-culturel-rene-danjou/

. Et celui de Laurent Vié, architecte et architecte d’intérieur, en charge de la profonde transformation des fonctionnalités de la nouvelle construction   http://laurent-vie.fr/centre-culturel-rene-danjou.html

Baugé 1568

 . Pour le CAUE 49, voir http://www.caue49.com/-Visites,201-.html Celles-ci vont recommencer pour le nouveau semestre à venir le vendredi après-midi.  

. Photos Elisabeth Poulain   

                                                                                      ****

Un commentaire d'un lecteur, en date du 08.08.2017, avec tous mes remerciements

Bonjour,

Un court message pour vous remercier de votre article datant de 2014 sur les monuments de Baugé ! Il n'y en a pas beaucoup sur Internet et, habitant la ville depuis 3 ans, il est intéressant de tomber sur un article comme le votre !

Encore merci. Cordialement,
 
 
 -- envoyé par Ounfana (sylvain.ounfana@gmail.com)

 

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Le mur ocre-rouge > La Renault Laguna > La pierre blanche d'humour

15 Décembre 2014, 12:37pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une publicité pour une voiture Renault Laguna, une grosse berline très à la mode au début du 3ème millénaire, que je vous propose aujourd’hui pour jouer sur un air de nostalgie. Non pas pour la voiture qui est actuellement le Ier « objet publicitaire » – avec les montres – pour les hommes, avec comme ressort la puissance, le fait seul au monde maître de l’univers... Ce doit être une conséquence directe de notre lutte à tous contre le réchauffement climatique ! Si ce n’est la puissance, c’est donc l’humour qui nous manque fortement en ce moment. La question est alors de savoir comment introduire une touche d’humour, un peu ou franchement sophistiqué compréhensible par tous et de nature à ne pas dévaloriser ni la marque, ni le futur usager. La réponse est : c’est un vrai mur en situation, avec quelques petites choses en plus.  

Pub-Renault-Laguna-estate-Geo-12-2002-DSC06009

. Pour cela, il faut commencer par réunir les ingrédients. La voiture d’abord à citer en premier. Elle est d’un blanc-bleu métallisé - c’est une « Renault Laguna Estate, 2.2 dCi. 150 ch, même à l’arrêt –parfaitement assorti à la couleur du ciel. Il vous faut ensuite trouver le décor ad hoc. Et ça, ça ne va pas être le plus facile.

. Pour la pierre à avoir avec soi, il vous faudra en trouver une quasiment blanche avec de l’ocre doux, surtout avec une forme arrondie pour ne pas être agressive et être suffisamment grosse pour être visible sur un visuel de deux pages du magazine GEO, à la meilleure place en page 2 et 3, juste après la couverture. 

. Le mur très spécial. D’abord, il est ocre rouge-rouge, impossible – à mon avis- à trouver autre part que sur la Côte d’Azur, en hommage aux carrières d’ocre de Roussillon. Peut-être aussi est-ce une référence à l’appel du soleil  et à un art de vivre dédié aux loisirs dans une voiture puissante. Le mur est très structuré avec des pilastres saillants à intervalles réguliers, une bordure haute pour terminer les panneaux. On distingue un poteau  d’entrée avec un médaillon qui soutient une grille fine en fer forgée. Le haut du mur laisse apercevoir un palmier et la grille des cyprès, qui sont autant de références à l’univers du midi méditerranéen.

. La pente. C’est là où les choses se corsent. Pour le traducteur automatique, je précise que  ça devient franchement d’une forte intensité.  Parce que tout le visuel repose sur cette pente vraiment forte qu’il n’est pas rare de trouver sur les coteaux pentus de la Côte d’Azur, avec vue directe sur la mer méditerranée. Une pente que la Renault Laguna se fera un plaisir d’avaler, sans souci, grâce à sa puissance. En effet « de la 1re à la –è, à chaque changement de rapport, vous ressentez la poussée franche du nouveau moteur diesel à injection directe équipée d’un turbo à géométrie variable. Cliquez, choisissez, rêvez sur www.renault.fr »

Pub-Renault-Laguna-estate-Geo-12-2002-DSC06009

. Et la pierre alors, où faut-il la mettre ? Patience, n’oubliez pas qu’il a fallu la porter celle-là. Maintenant il vous faut la placer juste en avant de la roue avant gauche. Je répète, gauche, et pas droite car alors on ne la verrait pas. Quant à celui qui la mettrait bêtement derrière le pneu, comme on faisait il n’y a pas encore si longtemps, au cas où freins lâcheraient, il aura une tapette sur les mains pour bêtise caractérisée, ou une pénalité supplémentaire au prochain MONOPOLY familial…Une voiture neuve aussi sophistiquée et puissante ne saurait avoir besoin de doubler ses freins qui ne sauraient faillir! C’est là que réside l’humour. Ceci dit, il vaudra mieux l’enlever pour partir facilement… 

Et comment pouvez-vous être sûre qu’il s’agit d’un « vrai » mur ? On le voit à la jonction entre le bas du mur qui est un peu dégradé avec le bitume tout neuf.  

Pour suivre le chemin

. Pour Renault, voir http://www.renault.fr/, sur son histoire http://www.renault.fr/decouvrez-renault/histoire-culture/histoire-renault/

. Pour la Laguna, http://www.renault.fr/promotions/promotions-vehicules-particuliers/?ORIGIN=liens-commerciaux&CAMPAIGN=promo_laguna_go_pro_ord_def-exact&utm_campaign=promo_laguna_go_pro_ord_def-exact&utm_medium=cpc&utm_source=google&utm_content=promo_laguna_generique_def-exact&utm_term=laguna#products/laguna

. Pourquoi « Laguna », mystère et boule de gomme, surtout après avoir lu la définition assortie d’un croquis, avec une référence à Venise http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/lagune/64348  

. Géo, n° 286, décembre 2002, sur www.geomagazine.fr , un n° spécial « Vins autour du monde »

. Pour Roussillon en Provence, voir  http://roussillon-en-provence.fr/  qui fait partie des plus beaux villages de France sur http://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr/carte-des-plus-beaux-villages-de-France    

. Photo Elisabeth Poulain, avec mes excuses pour le rendu du rouge beaucoup trop rouge ici et pas assez ocre...

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A Koksijde-Coxyde, le sable, le vent, la dune, les immeubles, la mer

13 Décembre 2014, 17:31pm

Publié par Elisabeth Poulain

          

En Belgique, Koksijde - Coxyde en français - est une station balnéaire du sud du littoral  située juste au- dessus de De Panne en flamand, La Panne pour nous autres au sud de la frontière qui sépare la Belgique de la France.  La station est très fréquentée l’été, franchement moins l’hiver tant le vent aime le sable de ses dunes qu’il fait voler malgré la présence des braves oyats, ces grandes graminées traçantes qui  ont le mérite de fixer les dunes, tant qu’il y a du vent. Une franche nécessité surtout quand il n’existe pas de digue en hauteur légère où marcher pour voir la mer.  

Voici trois photos d’hiver  et trois ambiances différentes. En commun, elles ont plusieurs traits notables. Elles ont été prises l’hiver, quand il y a peu de monde dehors et dedans. Elles ont été tirées en sepia, cette couleur ocre-clair qui renforce l’aspect hors du temps d’une photo. Ce choix est particulièrement intéressant pour montrer ces grands paysages dunaires de bord de mer, dont les constructions ont déjà vieillies. Datant de 1970 environ, elles ont été aussi quasiment toutes construites en même temps, ce qui accentue leur impact sur le paysage.

Coxyde-Plage-immeuble, Mer-du-Nord-Belgique-DSC06006

. Le Ier cliché  a été saisi contrairement à l’habitude des photographes de bord de mer qui placent les immeubles sur le côté droit du cliché et en hauteur, avec le soleil pour faire briller les façades face à la mer. Cette photo fait doublement l’inverse. Elle a été prise au milieu de la dune, avec la barre dense d’immeubles sur la gauche et le soleil qui éclaire l’autre façade, côté terre. C’est ainsi que les immeubles projettent leurs propres ombres sur la dune, comme s’ils voulaient la  manger pour montrer qui est le plus fort. Une autre conséquence aussi est que les promeneurs relativement nombreux marchent en bas au soleil sur la plage près de l’eau, là où on sent le mieux la mer et où on sent le soleil. Les abords des immeubles ne semblent pas non plus forcément très attirants, si non les gens marcheraient en haut. On aperçoit le prolongement de la côte dans le fond avec des immeubles encore.

Coxyde-Plage-Mer-du-Nord-Belgique-DSC06007

. Le cliché n°2 est plus étonnant. Il n’y a plus de ligne claire entre le construit, la dune et la plage. On retrouve cette fois une disposition plus classique, avec les habitations dans le fond à droite et en haut. Ce qui frappe cette fois-ci est la présence forte de l’espace dunaire  presque plat, mi-plage, mi-dune, où on voit des promeneurs marcher en groupe. Des immeubles plus récents sont disséminés dans le fond sans ligne d’ordre apparent entre eux. A leur proximité des maisons dont certaines de bonne taille se déploient autour, sans qu’on puisse percevoir le plan de leur implantation. L’intéressant est le rapport étrange entre l’espace du sable en première tranche horizontale en bas, le ciel très limpide en haut  qui répond au sable, avec entre les deux, un composite non-ordonné de dunes comme mitées par des  constructions.

Coxyde-Plage-Mer-du-Nord-Belgique-DSC06008

. La photo n°3 est franchement surprenante de par sa composition et par son absence d’explication. Le lieu d’abord, cette fois-ci nous sommes vraiment sur la plage très plate, encore sur le sable sec, avec une mer très calme marquée par de très petites vagues qui éclatent au bord. Tout au fond du cliché, sur la ligne d’horizon, on aperçoit un gros bateau blanc dont je ne sais s’il part ou s’il arrive. Le ciel est franchement limpide comme pour les autres clichés d’ailleurs. En premier plan se situe la plage marquée par des traces variables d’empreintes de pas en fonction du vent. Et puis il y a toujours en horizontale, une grande ombre, peut-être celle d’une tour, qui barre inégalement toute la photo. Ce jour-là, il n’y avait pas de vent. Par contre, il y en avait eu récemment, preuve en est les petits tas de sable que l’on voit en arrière des poteaux.

Les poteaux qui semblent tracer une zone de délimitation transversalement à la plage, avec en plus un panneau que l’on voit de la mer assorti d’une barre verticale pour accroitre sa visibilité. Deux autres poteaux différents écartés, un qui est dans la zone mouillée à gauche et l’autre plus fin et plus en retrait, prolongent cette double barrière simple vers la mer. Par ailleurs dans la même ligne transversale à la plage, on peut distinguer deux sortes de poteaux. Celle que l’on voit le mieux est celle de droite. Il y a d’abord les poteaux dont deux sont renforcés par un demi-poteau enfoncé en bais dans le sable. Ils sont joints entre eux par deux lignes de fil de fer simple. Plus loin vers le sable humide, quand la plage s’abaisse, cette clôture se transforme avec d’autres poteaux  plus petits reliés  entre eux par un grillage (?) léger. Est-ce un chenal pour permettre par exemple de descendre de la terre des bateaux de secours en mer ? On dirait une frontière, marque l'empreinte de la ville sur la plage.

 Pour suivre le chemin  

. Explorer la carte qui vous permet de franchir d’un clic la frontière et de découvrir la linéarité de cette longue côte sur http://www.lesdunesdeflandre.fr/carte 

. Vous rendre d’abord sur le site un peu maigrelet de la mairie http://visiteur.koksijde.be/brochure_info

. Un site sur les visites des scolaires en groupe, avec des photos intéressantes des dunes, du moulin, des pêcheurs à la crevette… qui vous renvoie sur le site précédent   http://www.schoolreis.be/koksijdefr.html

. A Coxyde, il n'y a pas que la mer. Voir l’histoire très mouvementée de l’Abbaye des Dunes, fondée par les moines en 1107 qui n'ont jamais cessé de travailler la terre, en particulier dans leur lutte contre les invasions d’eau de la mer  http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_des_Dunes  

. Découvrir surtout la Grange dimière qui faisait partie de l’Abbaye des Dunes, située près de Bruges,  dont les ruines ont fait l’objet de recherches archéologiques intéressantes, à admirer sur http://www.chateaubelgique.com/2012/06/grange-dimiere-ter-doest.html ainsi que sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_des_Dunes  

. Photos avec mes remerciements à Claire Poulain pour les trois clichés de la côte à Coxyde un jour de grand vent et d’autres à découvrir pour voir la foule l’été sur la plage sur  http://www.7sur7.be/7s7/fr/1502/Belgique/article/detail/1452702/2012/06/12/Cinq-mois-avec-sursis-pour-avoir-seme-la-pagaille-sur-la-plage-a-Coxyde.dhtml  

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Styles de Pub Caravanes > La Paladin & La Bailey

12 Décembre 2014, 15:53pm

Publié par Elisabeth Poulain

Voici deux caravanes anglaises telles qu’elles ont été présentées dans des publicités conçues pour le salon européen de la caravane qui s’est tenu à Villepinte au nord de  Paris en 1966.  

Pub caravan Paladin- 

La caravane Paladin. Le visuel a choisi le jeu du noir et de la couleur pour faire ressortir la stylisation graphique de l’arrière de la caravane.  En 1966, ce choix était franchement audacieux. C’est une application d’un principe romain datant de l’Antiquité connu mondialement grâce aux trois mots que sont « pars pro toto » qui signifie « la partie pour le tout ». Ce n’est en aucun cas un détail puisque le choix a porté  sur la partie à vivre, avec ses quatre fenêtres dotées chacune de ses rideaux « bonne femme » attachés par un ruban. C’est là que se trouve le cœur vivant de la caravane, celui qui va décider de l’achat pour le bien-être de la famille réunie.

La visualisation de cette partie à vivre, vraisemblablement l’avant, se présente en un contre-effet en profondeur intéressant. Seules ressortent des amorces de lignes en courbes avec quelques droites en couleur.  Le rose prononcé et le bleu des lignes inachevées font ressortir le slogan écrit en blanc sur fond noir « Life’s a pleasure with a Paladin », avec en dessous la marque inscrite dans un ovale rose.  Un paladin est un chevalier qui suivit Charlemagne à la guerre. Plus tard, on utilisa ce mot pour désigner un chevalier errant. On peut aussi penser que ce terme désigne un petit palais, à la sonorité italienne, que l’on imagine itinérant dès lors qu’on a une caravane. C’est la magie de la publicité. Retenons que  le slogan est très contemporain. Il est axé sur le plaisir. Il n’est plus nécessaire de parler de la vitesse, de la voiture qui tracte, du goût des vacances ou de la joie de se retrouver en famille au plein-air. C’est la vie toute entière qui est un plaisir à consommer en caravane, preuve en est que ce rose associé intimement au bleu sur fond noir a fait disparaître tout le reste. Au plan visuel, c’est une franche réussite, où le noir agrémenté de rose pour la nuit et de bleu pour le jour valorise la caravane et la marque.

Pub caravan-Bailey-Bristol    

La Bailey Caravan 1966. Cette affiche annonce la participation de l’entreprise de caravanes anglaise Bailey à ce salon du caravaning de 1966. Ce doit être la seule publicité où la date de l’évènement figure sur le visuel. C’est dire son importance pour le caravanier anglais, qui vient présenter sa gamme (range).  Le choix de cette entreprise s’est porté sur une caravane blanche en train de rouler tractée par une voiture noire dont on n’aperçoit que l’arrière. Seule l’affiche collée sur la paroi gauche est en couleur. Celle-ci est placée à un endroit stratégique de façon à être vue si la voiture roulait vraiment. Elle a aussi comme intérêt à mettre l’accent sur les fenêtres, d’abord celle placée sur le côté et surtout aussi sur la grande baie panoramique placée à l’avant. Notons que toutes ces fenêtres ont des rideaux.     

L’impression ressentie de vitesse est nouvelle. Il s’agit d’inspirer confiance grâce à la saturation du noir pour faire ressortir le blanc de la carrosserie de la caravane Bailey et la large fenêtre placée à l’avant. C’est une preuve de la solidité de la marque, capable de supporter la vitesse. De la voiture placée à l’avant, on ne voit que quelques lignes plutôt horizontales – avec un effet ligne de fuite qu’on retrouve au sol- et deux verticales à la hauteur du feu arrière, pour bien montrer la rupture avec la voiture qui tracte. Outre l’arrière de la voiture, le sol et l’avant de la  caravane, il reste à citer le ciel qui est moucheté de noir sur fond blanc, avec des lignes de fuite du sol et du ciel qui se rejoignent en avant  hors du visuel et de notre champ visuel. Entre les bras de cette pince se trouve l’annonce du fabricant « 1966, RANGE OF BAILEY CARAVANS » écrites en jaune et rose fuchsia. Le résultat n’est pas forcément beau, par contre il est vraiment efficace du fait du concept global.

Les deux visuels ensemble se parlent de façon étonnante.

Pub caravane PaladinPub caravane Bailey, 1966

Pour suivre le chemin . Retrouver  la série de ces styles de pub –caravanes des années 1960 sur ce blog. Cette série est directement fondée sur une sélection de France Poulain, parue sous le titre « L’Objet caravane, Mémoire graphique des années 1960 » dans « Les Editions de la Direction départementale de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise ».  

Une série qui va bientôt se terminer; il reste encore deux billets à faire, après celui-là. 

. Pour la Paladin, voir une publicité de 1955 parue dans le magazine « The Autocar », dans un site très riche en photos et informations sur les vieilles  caravanes dont certaines sont offertes gratuitement, à condition de venir les chercher  http://vintagecaravansetcie.blogspot.fr/2012_07_01_archive.html  . Pour la Bailey of Bristol, une marque, et l’entreprise qui existe toujours http://www.baileyofbristol.co.uk/caravans/caravan-archive/

. Photos Elisabeth Poulain

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Styles de Pub-Jeux de Rôles > Père-Fils > La transmission > La montre

10 Décembre 2014, 16:43pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Avec cette montre d’homme de marque  PATEK PHILIPPE GENEVE, il s’agit de vous montrer dans ce billet comment la marque utilise le ressort de la transmission d’un père à son fils pour montrer la profonde originalité de cette montre. Plus qu’un bel objet qui défie le temps, c’est un témoignage d’amour où le père se voit en reflet dans les yeux de son fils, tout comme celui-ci s’imagine être un jour au moment où lui-même…   

La beauté du positionnement. Il s’agit d’occuper un créneau très particulier dans l’univers du temps, pour se démarquer des concurrents tous placés dans le haut de gamme, en se posant la question suivante : que dit la montre ? Elle indique le temps, pas seulement celui des 24 heures, ni des temps d’ailleurs d’autres fuseaux horaires comme ont choisi de le faire certains concurrents très connus.

Montre-Patek-Philippe-la-transmission-pub-Beaux-Arts-1999   

L’autre temps de la montre. Il s’agit du temps long qui s’inscrit dans un déroulement de liens de sang qui marquent profondément la mémoire, un des plus importants étant toujours celui d’un père à son fils. Il n’y a pas que dans le vignoble que les vignerons n’engendrent que des fils. Il suffit d’écouter des interviews d’hommes connus à la radio, au point qu’en 2014 ce soit vraiment impressionnant. Le phénomène est bien connu des dessinateurs de presse. Il est vrai que la logique de la transmission d’homme à homme peut s’expliquer aussi par le fait que les montres pour femme sont plus petites pour s’adapter à des poignets plus minces.  

La montre en transmission. Elle est une preuve tangible du lien fort qui unit le père encore jeune à son tout jeune fils qui n’a pas encore le poignet assez large pour la porter. En attendant, les liens de l’amour du père au fils et du fils au père peuvent se constater grâce à des scènes de vie à deux, brillamment mises en lumière par des visuels en noir et blanc comme saisis sur le vif et dans une sobriété chromatique très réussie.

Le père et le fils, le fils et le père.Tous deux sont vraiment beaux. Ils sont saisis dans le duo qu’ils forment, centré sur l’essentiel, le regard qu’ils échangent, le lien qui les unit avec le  temps en partage, mais pas le même bien sûr.

. Le Ier visuel les montre en train de rire saisis par l’objectif dans une rue sur fond noir. Tous deux ont les bras croisés, tous les deux ont t’shirt blanc ou chemise blanche, pantalon noir pour le grand et bermuda au genou tenu avec des bretelles pour le petit garçon aux cheveux blonds. Ils rient vraiment ensemble, le grand penché les bras croisés vers son fils et le tout jeune fait de même tout près de la jambe de son père. Les deux lignes de corps, cintrée vers l’enfant pour le père face à nous et celle du petit regardant son père la tête en arrière forment une ogive, qui s’arrête juste en dessous du bas du bermuda du petit garçon.

Pub Montre-Patek-Philippe-La-transmission-LeMonde2007

. Le second visuel. Père et fils, d’autres que ceux du Ier visuel, sont assis cette fois-ci à une table de café. Le père est penché vers le petit garçon qui est plus âgé. Il est brun cette fois-ci, avec des cheveux mi-longs, un peu plus que ceux de son père. C’est lui cette fois-ci qui parle  tandis que son père l’écoute avec attention. Il s’apprête à tourner le chocolat dans la tasse de l’enfant.

Deux conséquences à cette transmission d’un père à son fils. On ne possède jamais complètement une Patek Philippe. « On en est juste le gardien, pour les générations futures. » Cette première certitude s’assortit d’une autre, qui la complète avec bonheur: « Fondez votre propre tradition ».  On entre alors dans une nouvelle séquence temporelle, celui de la transmission dynastique, à poursuivre ou à commencer comme une nouvelle aventure pour donner une autre densité au temps.           

Le temps dynastique, le temps du noir et blanc, un temps quasiment intemporel. Il est particulièrement bien mis en valeur dans le visuel n° 1 pour la Nautilus Aquanaut, la montre du père qui rit avec son petit garçon, avec seulement du blanc pour le t’shirt du père et la chemise de son fils qui ressort fortement sur le camaïeu très structuré des noirs et des gris. Le visuel n°2 est plus axé sur le blanc et des gris dans le fond qui jouent avec des formes rondes, les têtes des deux personnages, les tasses, le guéridon, la cuillère, et toujours le noir qui sert cette fois-ci à mettre en valeur les profils et la très grande proximité d’une personne qui parle –l’enfant- à celui qui écoute -le père-.  

Et la montre ? Elle est dans les deux cas placée en dessous de la scène animée, cette fois-ci c’est elle qui se détache en noir sur le fond blanc. Pour le Ier visuel, elle est exactement située en dessous du père, c’est le temps du père. Pour le second visuel, elle est située sous la tasse placée entre les deux personnages ; son bracelet déborde déjà sur le visuel, avec l’heure (10h) qui indique le temps du père et les minutes (08mn) déjà orientées vers le fils, c’est le temps du successeur à venir.  Et la montre elle-même est située entre les deux !

Du bel ouvrage vraiment, qui montre en plus quelquechose d'essentiel, à savoir que la transmission ne se fait jamais à sens unique, du plus grand vers le plus petit, mais aussi dans l'autre sens qui commence tôt !    

Montre-Patek-Philippe-Beaux-Arts-1999-DSC06002

Pour suivre le chemin, après avoir laissé passer le temps

. Le Ier visuel – Nautilus Aquanaut - forme la page 4 de couverture de Beaux-Arts magazine, n°182, juillet 1999.  

. Le visuel n°2 –modèle inspiré du Calatrava Patek des années 1930 – figure en page 15 du Supplément au Monde « Watch your Time Spécial Montres », Edition européenne du 4 avril 2008. Il figurait aussi en anglais cette fois-ci  en page 4 de couv. d’Intelligent Life, The Economist, Winter 2007

. Consulter le site de la marque https://www.patek.com/contents/default/fr/home.html

. Voir aussi pour le boîtier Calatrava  http://fr.wikipedia.org/wiki/Patek_Philippe

. Photos Elisabeth Poulain  

 

    

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Aurel > La force du dessin > Les rapports parents-fils, avec le temps

7 Décembre 2014, 10:56am

Publié par Elisabeth Poulain

Aurel d’abord, à lui l’honneur. Normal, il est le créateur, celui qui donne vie à ses personnages, qu’on pourrait presque voir en chair et en os, tant ils ont l’air vrai, au point qu’on pourrait leur taper dans le dos, en disant d’une voix bourrue « allez, ça va allez mieux, respire un grand coup. » Mais pour certains seulement, car tous ne  sont pas forcément sympathiques. Il y en a « des qui …»  sont à éviter absolument de croiser « pour de vrai » comme disent les enfants, tant ils suent la méchanceté aigrie. Oui vraiment.   

Le décor d’abord. Il s’agit d’une cuisine comme on les imagine dans la fin des années 50 revues et corrigées. La cuisine est déjà dotée d’un évier à double bac avec des placards en hauts et en bas sur le côté droit du dessin. La petite table où le couple des vieux parents est attablé pour dîner est placée sous l’unique ampoule qui éclaire toute la scène dans un espace entre cuisine et salle-à-manger.

Aurel-dessin-Boomerang-Kids-LeMonde20140131

Les couleurs & les formes. Elles marchent à l’amble, c’est dire qu’elles vont ensemble, comme si une forme donnait vie à une couleur et l’inverse qui pourrait être aussi vrai. Les couleurs s’inscrivent franchement dans des variantes de marron, marron clair, plus ou moins, enrichi de rose éteint, d’ocre, de vert, de gris. Quant aux formes, elles modifient la couleur avec ces rayures, ces plis dans les tissus, ces lignes dans le carrelage ; sans oublier toutes les structures composées par les horizontales pour les meubles, le plafond, la chaise, le plateau de la table…qui se croisent avec des verticales forcément pour les meubles, le fils entortillé de la lampe…Dans cette structure très composée en dehors du marron, seules deux couleurs ressortent franchement, le rouge du dosseret et du siège de la chaise à gauche et le vert turquoise de la robe de chambre.  De qui, de qui ? Un peu de patience, les voilà.

Les « héros », ceux qui « animent » la scène. C’est franchement une façon de parler pour ceux situés à gauche du dessin. Ce sont les vieux parents assis en train de finir leur dîner. Ils sont comme ancrés  à la table, en faisant partie intégrante du décor, au point d’être comme fossilisés par le temps dans un positionnement des corps relevant de jeux de rôles tenus depuis des décades.

. Le père est devenu meuble parmi des meubles. Les preuves, chez lui tout est maintenant marron, un marron couleur terre avec quelques nuances, des chaussons, au pantalon, au pull, ou presque. L’arrière de sa tête commence d’ailleurs à brunir près des plis de son cou.

. La mère. Elle est la méchante, celle qui reste vivante par ses paroles qui tuent, aussi bien que des flèches lancées plein cœur. Son visage est déformé par l’âge, elle n’a plus d’yeux, mangés par d’énormes lunettes qui lui donnent l’air d’une aveugle, ce qu’elle est aussi. Elle a gardé ses cheveux frisés grâce à une permanente qu’elle doit faire faire une fois l’an. Littéralement, elle ne voit plus; elle regarde devant elle. Clairement, pour elle, le temps s’est arrêté. C’est elle qui est au centre, comme la méchanceté domine toujours la bonté, l’altruisme…dans les rapports aux autres.

Devant elle, passe un homme fatigué, déjà chauve. C’est leur fils. Comme elle, il a des lunettes. Comme son père, il est déjà chauve, lui a gardé une petite touffe près des oreilles pour trois cheveux sur la tête de son père. Il en a aussi les couleurs, marron pour le manteau, le pantalon, ocre pour son écharpe, du même ocre que le pull-over de son papa. Le rouge – seul lien avec le père - arrive aussi en marqueur identitaire, cette fois d’un rouge acajou plus foncé pour l’élégante serviette qu’il tient à sa main gauche, assortie à ses chaussures.

Un peu de blanc, une non-couleur qui va de pair avec le noir, c’est ce que ce quadra ou quinqua a en commun avec sa mère. Dire qu’ils partagent le blanc serait fallacieux. Chez lui, les lunettes sont blanches. Il voit et ne dit rien à haute voix. Il pense et ne dit rien. Sa mère au contraire, elle, ne voit plus – et c’est elle qui prononce des mots qui tuent. Ses paroles assassines s’inscrivent en noir écrits en blanc sur un gros nuage blanc en forme de quadrilatère, au- dessus de la tête du père. Au-dessus de sa tête à elle, la sorcière, il y a l’ampoule de la lumière !   

Aurel-dessin-Boomerang-Kids-LeMonde20140131

Non-dialogue d’elle à lui. Pour elle en gros caractères d’imprimerie                                = C’EST A CET AGE-LA QUE TU RENTRES ?, ce qui donne avec les accents « C’est à cet âge-là que tu rentres ? »Et lui de ne pas répondre en le pensant mais en disant rien= GNA, GNA, GNA.  Et c’est ça qui est terrible, il n’ose pas lui dire qu’elle n’a pas le droit de lui parler ainsi comme s’il avait encore 15 ans, quand elle guettait l’heure à laquelle il rentrait après une soirée chez des copains et qu’à chaque fois, il s’entendait dire « C’est à cette heure que tu rentres ! », comme s’il avait commis un crime, en arrivant 3 minutes après l’heure de rentrée fixée.

Le temps. A l’époque de ses 15 ans, il habitait encore chez ses parents. Maintenant à 40 ou 50 ans, il est à nouveau obligé d’entendre cette méchanceté qui tue, tout autant que le fait de devoir habiter à nouveau  chez ses parents, par manque de travail…  

"Avec le temps, oui, tout s’en va." Et de se réciter le poème chanté par Léo Ferré en 1970, Avec le temps, va, tout s'en va/ On oublie le visage et l'on oublie la voix/ Le cœur, quand ça bat plus, c'est pas la peine d'aller/ Chercher plus loin, faut laisser faire et c'est très bien… Et l'on se sent blanchi comme un cheval fourbu…//Alors vraiment/ Avec le temps on n'aime plus..." 

Et tout ça, cette force, dans ce dessin d'Aurel qui fait 14cm de largeur sur 14,2. C'est impressionnant d'intelligence, de finesse en complète osmose avec le dessin, les couleurs...  

Pour suivre le chemin

. Dessin d’Aurel paru dans Le Monde en date du 9.01.2014, dans un article de Catherine Rollot avec le titre « Enquête sur les ‘boomerang kids’, ces adultes contraints de retourner chez leurs parents »  http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/30/enquete-sur-ces-adultes-contraints-de-retourner-chez-leurs-parents_4356826_3224.html

. Voir le site du dessinateur   http://www.lesitedaurel.com/

. https://fr.news.yahoo.com/photos/cartoons-1312219063-slideshow/

. http://fr.wikipedia.org/wiki/Aurel_(dessinateur)

. Léo Ferré, retrouvez les paroles de sa chanson sur http://www.avecletemps.org/

. Photo Elisabeth Poulain, à partir du dessin-papier paru dans le quotidien et reproduit avec l’autorisation du dessinateur, avec mes remerciements . La photo est à retrouver dans l'album "Genre-Variations"

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Style de Pub > La Côte d'Opale, la plage, le touriste anglais, l'humour

3 Décembre 2014, 17:34pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Un titre presque complet, mais pas tout à fait. Il y manque deux éléments importants, à savoir que l’homme est un homme d’affaires, dans sa déclinaison d’investisseur, une cible particulièrement importante pour les villes du littoral français et l’humour qui est « forcément » britannique. L’apporteur de capitaux pouvant aussi se transformer le week-end ou à ses moments de loisirs en vacancier désireux de se ressourcer à la plage le temps d’une pause bienvenue.

Quant à l’humour « british », nul ne peut dire s’il l’est vraiment. Ou si c’est la version française de ce que pourrait être ce type d’humour très second degré. La question est d’importance et comme presque toujours en publicité, la réponse n’est ni simple ni unique. Ce serait trop facile.  Une piste est que l’agence de communication est française et, mieux que ça, dunkerquoise. Elle a une bonne connaissance du terrain.

Le visuel. Le cadre d’abord. La scène se passe face à la mer qui se déroule devant nous dans sa plus grande beauté d’été, avec un ciel bleu clair, une mer bleue plus foncée adoucie de blanc par les vagues au bord de la plage, et celle-ci d’un beige qui s’éclaircit au fur et à mesure qu’on s’éloigne de l’eau.

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Le héros ensuite. C’est un homme, c’est la seule certitude. Est-il anglais ? Pas sûr. Comprend-il l’anglais ? Oui, puisque le texte d’accompagnement est en anglais.

Le texte : Côte d’Opale. Enjoy equally by tourists and businessmen ! For some, it’s the doorstep of Europe, for the others, it’s the doorstep of UK . Suivent les 8 avantages de la Côte d’Opale, que vous trouverez en notes. On commence à comprendre que cette pub est à deux facettes.

Le touriste. Il est jeune, pas très musclé. Il est tellement content d’être au bord de l’eau, qu’il s’est approché au plus près de l’eau pour ne pas se mouiller. Juste avant d’arriver à la limite du sable humide, il commence à se déshabiller, avec quand même un certain sens de l’ordre. Tous les efforts de sa mère ne se sont pas entièrement perdus lors de son adolescence prolongée : « Donald, range ta chambre ! Tu as vu ce que tu as fait de tes vêtements, range d’abord, tu prendras ton bain après…Non, on ne met ses vêtements par terre en tas, non… ». Ce n’est pas tout à fait gagné non plus.

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Le déshabillage selon Donald. Preuve en est qu’il a mis à sa droite tout ce qui est vêtement, sans aller jusqu’à faire un tas, à l’exception de son bermuda rayé et de ses chaussettes noires. Sa serviette d’homme d’affaires est à sa gauche posée sur le sable presque parallèlement à la vague, ses chaussures par contre ont été enlevées n’importe comment, avec les lacets dénouées !  Il a gardé son bermuda et ses atroces chaussettes noires sur lui pour contempler la mer, avec son grand parapluie sur les épaules, tout simplement parce qu’il n’a pas encore pensé qu’il pouvait le ficher dans le sable. C’est sa façon de montrer la forte attirance qu’il éprouve pour ce moment de détente.    

Ce touriste personnalise avec humour la double nature de force d’attraction de la Côte d’Opale auprès des touristes et des hommes d’affaires anglais pour investir en Europe et pour les autres au Royaume-Uni.

Donald est-il alors anglais ou continental ? Le parapluie indispensable au look britannique, le bermuda flottant  et les chaussettes noires feraient plutôt pencher la balance vers la Ière hypothèse.  

Pour suivre le chemin

. Le visuel, une création « Agence Marine Communication »,  est paru dans le mensuel gratuit « Metropolitan, London, Paris, Brussels & Beyond » distribué dans l’Eurostar, août 2012.

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. Les atouts de la Communauté urbaine de Dunkerque qui figurent sur le visuel : 55mn de Londres, moins de 3h de Paris, Bruxelles, Amsterdam, 3 ports majeurs pour les échanges avec l’Europe, le Tunnel sous la Manche, 30m de passagers par an, 80 m de consommateurs potentiels, 120 m de tonnes de marchandises transbordées par an, 4000 ha d’espace disponible à l’investissement.  

. Les annonceurs sont Lille Region "Coeur d'Europe", Côte d'Opale Développement (Audomarois, Boulonnais Montreuillois, Calaisis, Dunkerquois) ainsi qu'Investment Promotion Agency (Boulogne sur mer, Calais, Dunkerque, Saint-Omer).

. En 2013, cette même agence « Marine Communication » a été choisie par la CUD –Communauté urbaine de Dunkerque - pour faire valoir l’année 2013, comme Capitale régionale  de la Culture à Dunkerque, MARINE COMMUNICATION 68 rue du Lapin Blanc, 59640 Dunkerque, Tél. 03 28 27 26 25

contact@marinecommunication.frhttp://www.marinecommunication.fr/realisations/2013/capitale-regional-de-la-culture-dunkerque-2013/

. Photos Elisabeth Poulain

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Dunkerque > Entre frontières & grands paysages > L'art du télescopage

2 Décembre 2014, 19:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

S’il est un endroit en France où le terme de « grand » s’associe au mieux à « paysage », c’est bien à Dunkerque qui conjugue les deux au pluriel. Avec un facteur renforçateur qui est que ces différents paysages sont en télescopage naturellement permanent renforcé par l’existence de frontières, des "limites" comme on dit à Dunkerque. Des télescopages revendiqués comme une singularité positive de nature à accroître encore la spécificité de la CUD (Communauté urbaine de Dunkerque) qui regroupe 18 communes avec ses 220 000 habitants environ, la ville au sens large, à un endroit de la France toujours considéré comme stratégique dans le territoire national.  

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Les frontières de Dunkerque. Elles ne sont ni les seules que l’on connait ni celles que l’on aperçoit directement. Elles sont plurielles à un point emblématique, qui est à la fois le résultat d’une histoire forte et qui porte aujourd’hui d’une façon étonnante les grandes questions de la ville de demain.  Il en va des frontières comme des autres composantes d’un paysage. Il en est d’évidentes, d’autres très visibles et certaines qui ne sont pas cachées, mais tellement intégrées, constitutives de l’identité du territoire qu’on ne les perçoit plus comme telles. Je veux parler en particulier de celles causées par l’eau, celle qui borde les rivages de la Mer du Nord, celle qui coule sur terre, dans les rivières, les canaux et dans le sous-sol. Toutes ces frontières ou presque sont imbriquées les unes dans les autres, avec maintenant les frontières que constituent le maillage des autoroutes et toujours celles qui découlent de l’existence des murs de toutes les sortes.

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La frontière qu’est la mer au sens premier.Il ne s’agit pas de la frontière maritime que la France peut avoir avec l’Angleterre, ni de celle qui prolonge en mer la frontière terrestre qui nous sépare de la Belgique. C’est plus la masse d’eau que je vise. Littéralement, la mer nous bloque sur le rivage, elle nous empêche d’avancer. C’est bien pourquoi elle nous attire autant, marchant sur la grève ou assis face à elle, en permettant à son esprit de se projeter au loin. 

De là  vient l’importance du port de Dunkerque  dans cet endroit aussi stratégique disputé au fil des siècles à un point qui donne le tournis, surtout à notre époque où on parle tellement de « la typicité » de chaque espace, comme il en va du terroir pour la vigne et le vin. Dunkerque, dont le nom signifie en flamand « l’église dans les dunes » est encore vécu et vu par certains toujours « de l’extérieur » comme un port. L’étymologie de son nom montre en effet cette vision vue de la mer d’une côte littorale basse, où l’église sur la dune constitue le repère des marins, pour s’y abriter comme il en allait au Havre, qui était bien un havre de repos pour les marins après de dures journées en mer.

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Rappelons ensuite très vite l’existence de la plus évidente, la frontière politique qui sépare la France de la Belgique située à quelques kilomètres au nord en continuation linéaire, juste au-dessus de Bray-Dunes. Ce littoral français est clairement moins urbanisé et moins « cossu » du côté français que chez nos voisins belges. Comme s’il y avait toujours un vrai différentiel d’avec le voisin et ami, perçu comme beaucoup plus aisé. Le coût des impôts locaux et le manque d’offres immobilières à des prix encore « accessibles » en Belgique conduisent de plus en plus de citoyens belges à acquérir une résidence secondaire sur la côte dunkerquoise.

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Une autre différence entre les  deux séquences française et belge est qu’il existe une route littorale tout au long de la séquence la plus au nord, avec un décroché intérieur à la hauteur de Nieuwpoort à l’embouchure  de l’Yser. Alors qu’en France, du fait du rayonnement du port de Dunkerque, toute la séquence géographique qui va de Gravelines au sud jusqu’à Bray-Dunes au nord est traversée à une certaine distance de la mer par une départementale encadrée maintenant du côté terre par l’autoroute 16, qui devient l’E40 en Belgique en s’éloignant de la mer. Une des conséquences porte sur les différences dans les fonctionnalités demandées au territoire, en France à Dunkerque, c’est l’industrie lourde ;  au-dessus à De Panne en Belgique, il s’agit plus d’économie résidentielle. Mais les choses changent.

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L’autoroute forme une frontière à l’instar d’une voie ferrée qui coupe un territoire en deux. Pourtant ces deux moyens de liaison ont une importance toute particulière à Dunkerque. Pourquoi ce rapprochement ? Parce que la prospérité de Dunkerque à partir du milieu du XIXe siècle tient en l’arrivée du chemin  de fer (1848) qui permit de désenclaver ce territoire bien loin de Paris tout en contribuant aussi à scinder le territoire encore plus. Aujourd’hui on ne peut qu’être frappé par exemple en voyant des vues d’avion de Dunkerque prises de l’arrière-port vers la mer de constater l’importance du nœud autoroutier situé au sud-sud-ouest de la ville. Cette fois-ci, c’est la route rapide, sans arrêt, complètement indispensable à l’exercice de nos modes de vie et de fonctionnement de la société qui forme une vraie "limite".

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L'eau encore, mais cette fois-ci l’eau douce des wateringues forme une frontière d’un autre type. En commun, les deux territoires français et belge  ont des« paysages wateringués », formés par les canaux de drainages continuels nécessaires pour drainer l’eau douce vers la mer et empêcher l’eau salée d’y rentrer. Ces  « watergangs », ces chemins d’eau offrent également une spécificité au regard  de la gestion des canaux par les habitants eux-mêmes  qui sont les mieux à même de savoir ce qui se passe sur ces terrains situés au-dessous du niveau de la mer pour intervenir rapidement dans l’arrière-pays. Clairement aussi, ces wateringues renforcent les pressions de toutes sortes  qui s’exercent sur le littoral remblayé, celui qui entoure la ville de Dunkerque qui s’est construite et développée autour son port.   

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Le rapport au rivage différencié de chaque côté de la frontière est ce qui frappe fortement entre les deux pays pour globalement une même séquence d’une trentaine de kilomètres environ. La Belgique a consacré le sud de son littoral à des immeubles résidentiels à forte densité pour permettre au maximum de résidents de voir la mer, sur une côte qui ne fait que 66kms de long.  Cette densité s’accompagne d’une économie résidentielle dynamique ainsi qu’à l’implantation de petites zones industrielles juste en arrière près de la route, avec en arrière-pays des ilots de polyculture vivrière et Ostende restée port de pêche au nord comme grande ville de loisirs.

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Au sud de la frontière, en France, plus de la moitié du rivage a été conquis sur la mer ; c’est cette partie du territoire, située au sud de la ville-centre de Dunkerque, entre mer et route, qui est occupée par de l’industrie lourde. Seul reste  un seul accès privilégié pour pouvoir accéder à la plage, à la dune etau Bassin du Braek accessible aux navires de haute mer qui viennent charger et/ou décharger le contenu de leurs soutes. Ce sont grâce à eux et aux contraintes portuaires de la circulation maritime que sont nés ces fameux grands paysages industriels en télescopage, vus de la dune d’en face située près de la mer où des estivants marchent, font du vélo, pêchent…, sur la Digue du Braek qui forme une protection contre les assauts de la mer, dans ce nouvel espace de 450 hectares gagnés sur la mer.

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D’autres frontières stratégiques tirées de l’histoire. Elles découlent de l’emplacement du site à un endroit très sensible du territoire français. Au cours des siècles passés, la ville a été tour à tour flamande, espagnole, anglaise avant de devenir et/ou redevenir française. A chaque fois,  elle s’est adaptée à sa nouvelle situation politique, avec la souplesse que confère le poids des si nombreuses contraintes qui ont maillé son histoire tumultueuse et douloureuse. C’est ce que rappelle Christophe Lesort, urbaniste qui a travaillé à Dunkerque «  la ville-centre et son hyper-centre ont été entièrement détruits lors des deux guerres, par les bombardements des Allemands au début des conflits et ceux des Alliés à la fin de la dernière guerre pour chasser les forces allemandes. Sur une grande place, seule est restée intacte la statue équestre de Jean Bart », le plus célèbre des fils de la ville, un corsaire au service du roi de France. 

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Les frontières-protections par la pierre. Par le passé, ceux qui commandaient aux destinées de la ville avaient toujours intégré au plus profond du fonctionnement de celle-ci la notion de protection contre l’extérieur. Il en reste des traces  particulièrement remarquables, qui sont celles des bastions et autres différentes fortifications que conçurent les ingénieurs militaires, dont  Vauban fut le maître incontesté. Les remparts de Vauban construits en pierre  se présentaient sous forme d'une étoile rayonnante dont les formes sont encore aujourd’hui très reconnaissables. Ils  devaient arrêter les troupes ennemies qui variaient avec le temps, l’ennemi d’hier devenant le maître du site peu après.

Le dispositif était complété par le creusement de profonds fossés remplis d’eau pour gêner la progression de l’ennemi aux pieds des murailles larges de 16 mètres et profondes de plus de 2 mètres. On retrouve l’eau de mer cette fois-ci à visée défensive. En dernier recours, « il s’agissait, précise Christophe Lesort, d’inonder les terres par l’eau de mer qui, située plus haut, pouvait être lâchée dans les watergangs à partir des écluses situées à l’extrémité près de la mer. »

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A ces travaux d’envergure pour créer ces remparts, renforcer leur pouvoir de dissuasion ou les détruire selon des changements de la puissance tutélaire, d’autres grands travaux eurent pour objectifs de gagner de la place sur terre en vue de la création d’un quartier entier à Dunkerque, comme celui de Basse Ville. Et aussi, après rasement des dunes,  l’édification de la longue esplanade maintenant à l’origine de la grande plage de Malo-les-Bains. On  l’aperçoit à droite lorsqu’on se trouve sur ce qui reste d’une muraille de Vauban, juste en arrière du port de loisir situé en avant-port. Celle-ci se trouve à l’entrée du port, en continuation du quai où se trouve Le Grand Large, une grande opération immobilière de prestige de l’agence Nicolas Michelin  qui a reçu le grand prix de l’architecture de l’Equerre d’Argent.

Au XIXe et au XXe siècles, des opérations lourdes de creusement de nouvelles darses  ou nouveaux bassins furent effectuées pour développer la capacité d’accueil des navires, en toute proche relation avec le centre de la ville. Une des conséquences est que la ville maintenant éprouve un besoin très fort de se refaire un centre à fort pouvoir de rayonnement en partant de son cœur - et non plus du port - mais sans chercher à s’en couper. 

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La singularité de Dunkerque en matière de paysage. Elle est d’avoir réussi à créer plus qu’un nouveau style, une certaine alchimie réussie entre tous les « grands » qui ont précédé ces « grands paysages », à commencer par tous les grandes contraintes physiques qui ont pesées sur elle. La ville au début du XIXe siècle avait déjà perçu la logique qui voulait que continuant à être « un  grand port », il lui fallait devenir « une grande ville » pour faire « un Grand Dunkerque » et nouer certainement un jour prochain peut être une grande région transfrontalière avec son alter ego en Belgique toute proche.

Le choix des sites. Comme on le voit, Dunkerque est née et continue à vivre sous la contrainte d’un espace  restreint. Pour accueillir la grande industrie, seule considérée comme capable de fournir de l’emploi dans un pays qui n’en offrait guère, Il lui fallait de l’espace, un espace d’autant plus rare, qu’il n’est point de « terre » véritablement disponible sauf à le conquérir cette fois-ci sur le bord de la mer, entre Dunkerque et Gravelines au sud qui a pu conserver ses remparts de Vauban.

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Le Bassin du Braek. On désigne ainsi l’eau de mer retenue par un étroit remblai bordé en arrondi de béton, qu’on appelle ici une digue, comme il en va dans une bonne partie des côtes de la Mer du Nord. C’est là, entre Gravelines au sud  et la partie sud du port que s’est implantée la zone d’industrie lourde que l’on peut voir de l’autre côté du bassin, quand on est situé sur la Digue du Braek. La découverte commence par l’attente au pont levant, qui justement était levé, bloquant autant de temps que nécessaire le passage qui permet d’accéder au bassin et à la mer. Un temps long mis à profit pour discuter avec d’autres personnes qui se rendaient sur la dune, pour aller à la plage. Le temps aussi de voir de près le Deiulemar, un navire pétrolier  venu livrer sa cargaison, faire un demi-tour quasiment sur place manœuvré par des pousseurs pour sortir par le canal. 

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La Digue fait 7 kms de long. Côté mer, elle offre une vision grand format sur la plage bordée d’oyats et la mer qui ce jour-là était d’un bleu d’azur, avec toujours du vent du Nord qui ne peut s’oublier. Pour s’en protéger, il suffit de s’abriter dans un creux de la petite dune, ou de prévoir un coupe-vent. Ou pour les moins équipés de s’abriter derrière sa voiture. Des séquences pourraient aussi être faites côté plage, chacune ayant une certaine spécificité, avec plus de dune et d’oyat proche du pont levant, un profil qui s’abaisse en allant au sud, des traces de blockhaus plus bas sur la pente, des traces de vie restées sur le béton…

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Du haut de la digue, en tournant le dos à la mer, en faisant un tour à 180° degré, se déroulent devant vos yeux des paysages industriels grand format, qui ne sont pas  occultés comme c’est presque toujours le cas dans la vision  classique du « beau paysage ». Ici, la logique industrielle  perdure au point qu’elle en devient une originalité en soi. Et cela  se passe en toute  proximité avec la mer dans sa vision touristique avec ses références d’eau, de bateau, de sable, de dune, de parasol, de rêverie… Ces hautes cheminées, ces grues, ces tours, ces grands mats, ces silos gigantesques… se présentent à nous dans leur nudité industrielle, dans leur vérité existentielle sans chercher à se cacher comme c’est l’habitude en France particulièrement par des arbres ou autre paravent visuel, ce qui aurait été impossible ici. Quant à la Centrale nucléaire de Gravelines, on la devine à ses grosses boules blanches comme posées à terre dans le fond du paysage vers la droite au sud, avec quasiment, en avant-poste décalé, les grands mats des éoliennes blanches dotées de leurs longues pales. 

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Le télescopage se fait quand on additionne tout le panorama que les yeux balaient de droite à gauche, ces lignes de volumes, ces formes différenciées à des hauteurs variées, qui ressortent en couleur sur l’eau de la mer si calme du Bassin du Braek, à l’abri du vent du nord, qui frappe la plage en perpendiculaire, venant de la mer. Tandis que l’esprit essaie d’associer ces volumes, ces lignes et ces couleurs avec  les activités lourdes variées.

Juste de l’autre côté de la dune passe devant nous, cette fois-ci libre en Mer du Nord,  le Deiulemar, un navire appartenant à une société vénitienne et qui porte le logo d’Arcelor Mittal qui a fait son demi-tour à l’écluse Charles devant nous tous, spectateurs fascinés comme si nous étions au théâtre. On le voit en partance rejoindre à bonne allure maintenant son port d’attache, le port industriel de Venise au fond de la lagune. C’est du moins ce qu’on imagine après coup. Venise est un des premiers sites touristiques au monde inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco et qui possède aussi au fond de la lagune un site portuaire d’industrie lourde. Le télescopage est d’abord une question mentale, avant d’être visuelle. 

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Et pendant ce temps au bas de la digue du Braek, côté bassin, deux   camping-cars - ou plutôt leurs occupants – s’étaient mis à l’abri  sur la petite voie qui longe le bassin en bas de la dune, protégé ainsi du  vent du Nord. Des pêcheurs étaient en train de s'installer au bord du bassin, tandis que d’autres vacanciers avaient choisi la plage pour « profiter » d’une très belle journée de soleil au grand air revivifiant. Quant à nous, nous sommes reparties vers le sud en revenant sur nos pas pour passer à nouveau le pont levant Charles  et emprunter cette fois-ci la route vers le sud, comme le Deiulemar, mais nous en voiture. Nous avons à notre tour longé cette zone industrielle grand format par l’arrière avec des clôtures de grillages en fil de fer. Il n’y a plus ou quasiment plus rien de l’émotion ressentie à  la vue de ces paysages industriels posés au bord de l’eau, entre une mer bloquée dans un bassin, un espace dunaire protégé par une digue de béton et la mer du Nord fouettée par le vent. Avec une dernière remarque portant sur la très grande propreté de l'ensemble du site.

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Peter Klasen et ses paysages. Le célèbre photographe allemand qui a vraiment créé un nouveau style de photographie, s’est pris de passion pour le paysage industriel ou plutôt des éléments visuels tels qu’une porte, un panneau… tirés de l’univers industriel. Il a d’ailleurs fait une exposition en 2009 ici à Dunkerque, au LAAC, comme il en avait faite une à Nantes à l’Hôtel de Région un peu avant. C’est là qu’il a défini "le paysage industriel comme un paysage entièrement conçu par l’homme." Une définition qui pourrait presque s’appliquer à Dunkerque qui a subi tant de destructions-reconstructions dans son histoire qu’il lui a fallu après les deux guerres mondiales du XXe siècle littéralement renaître de ses cendres pour encore une fois repartir dans le chemin de la vie et refaire surgir du plus profond d’elle-même ces grands paysages qui constituent des marqueurs de son identité.

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Avec une question qui trotte dans la tête, depuis le début, qui est que cette ville connait quasiment depuis ses débuts dans la vie l’ensemble des problématiques auxquelles vont devoir répondre toutes les villes… Elle est exemplaire également de par l’urgence qu’elle éprouve à se doter à nouveau d’un centre rayonnant capable de retendre toutes ses lignes de force. Elle a commencé cette grande opération à qui elle a donné comme nom de code très parlant de « Neptune », le Dieu de la Mer, toujours la mer comme un éternel recommencement…avec ce témoignage de Christophe Lesort, qui connait bien Dunkerque où il a été urbaniste.

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La reconquête du Centre-Ville de Dunkerque selon Christophe Lesort. « Comme souvent les cités maritimes du nord, la ville tournait le dos à la mer, pour s’en protéger. Avec l’implantation des grands espaces industriels sur l’eau, est née la cité nouvelle de Grande-Synthe à la fois exemplaire de l’imagination urbaine des années 60 et 70 et monofonctionnelle. La disparition des chantiers navals et de la plus grande part de l’activité de pêche a libéré des espaces en plein cœur de Dunkerque et l’ouverture du centre-ville sur la mer. Reste que la vie de la cité aujourd‘hui surtout alimentée par la grande industrie nécessitait aussi de faire renaître une dynamique économique et culturelle locale.

La création de l’Université a constitué un moteur essentiel, la dynamisation du centre en était un second, le développement d’une euro-région un troisième, en donnant une ampleur et une échelle de vie à la hauteur de ce magnifique espace plat des Flandres. Le quatrième, peut-être le plus essentiel, était la réunion de tous les acteurs dans une dynamique locale « pour taper sur le même clou » : cette capacité est peut-être une des plus grandes richesses culturelles de Dunkerque. Depuis 25 ans, un retissage progressif est en cours autour d’un centre qui se ranime : c’est long, l'édification d’une ville ! Christophe Lesort, directeur de l’Agence de développement et d’urbanisme de la région dunkerquoise –Agur- de 1989 à 2000. »

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Quelques ouvrages de référence conseillés par Christophe Lesort avec cette bibliographie très sélective, que je remercie pour sa contribution à ce billet:

.1. « L’usine à la ville, 1836-1986 », Institut français d’Urbanisme, avec en particulier un article très intéressant d’Emmanuel Pouille sur les évolutions des politiques d’urbanisme menées à Dunkerque, après sa destruction complète par deux fois, lors de la 1è guerre mondiale 1914-1918  et lors de la seconde 1940-1945.

.2. « Dunkerque, Un port, des villes, un littoral, un siècle d’aventure urbaine », Norma Editions, sous la direction de Maurice Culot, avec des superbes photos de Pierre Devin et Frédéric Faure, à retrouver sur http://www.editions-norma.com/index.php?page=shop.product_details&flypage=flypage.tpl&prodsuruct_id=101&option=com_virtuemart&Itemid=66  

. 3. « Dunkerque en projet : Neptune 1989-1999 », Les archives d’architecture du nord, direction Alice Thomine, coordination Corinne Tiry.

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Ce billet est dû à trois séquences temporelles que les hasards de la vie ont fait se télescoper maintenant. *A savoir la découverte de Dunkerque que j’ai faite grâce à France Poulain, architecte – urbaniste et maintenant Architecte des Bâtiments de France, au cours de laquelle nous avons pu découvrir des sites magnifiques comme en témoignent ces photos que nous  avons prises. **Dunkerque dont Christophe Lesort, urbaniste à Angers, a parlé avec beaucoup de chaleur dans son pot d’adieu à la Mairie d’Angers. ***Enfin l’entretien que nous avons eu sur les problématiques de cette ville-port, avec cette interrogation lancinante  « comment fait-on pour se refaire un centre ? ». C’est ce thème qui a guidé l’écriture de ce billet, qui tourne sans arrêt autour du centre pour s’en éloigner et revenir, repartir, retourner en une ronde sans fin…avec aussi des points de rencontre en guise de connections.

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Pour suivre le chemin allant vers Dunkerque  

. Lire sur ce blog le billet dédié au Grand Large qui a reçu le Grand Prix de l’équerre d’argent, sur ce blog  http://www.elisabethpoulain.com/article-le-grand-large-a-dunkerque-sur-le-port-un-souffle-d-air-nouveau-107585321.html          

. Découvrir Dunkerque par ses plans au fil des siècles sur  http://www.ville-dunkerque.fr/decouvrir-dunkerque/histoire-de-la-ville/1000-ans-dhistoire/lhistoire-en-images/#c1264

. « Vauban et Dunkerque, une histoire d’amour », une étude historique très intéressante à lire sur http://www.ville-dunkerque.fr/decouvrir-dunkerque/histoire-de-la-ville/1000-ans-dhistoire/vauban-et-dunkerque-une-histoire-damour/      

. De Panne sur http://en.wikipedia.org/wiki/De_Panne

. Bray-Dunes à voir sur http://www.bray- dunes.fr/_2015/_loisirs_culture/mediatheque/

. Lire un article sur l’achat d’une résidence secondaire sur le littoral français par des Belges, où l’on apprend que les Français sont sympas- nous, nous disons cela des Belges -  sur http://www.lesoir.be/223671/article/economie/immo/2013-04-11/mer-du-nord-cote-france-seduit-belge   

. Les wateringues vus du côté belge avec des photos sur http://environnement.wallonie.be/aww/

. Pour la France, retrouver l’article très documenté  de wikipedia sur les wateringues http://fr.wikipedia.org/wiki/Watringue avec un rappel historique éclairant sur la mentalité des Gens du Nord face au risque d’inondation par la mer:   « Selon l'ingénieur en chef des ponts et chaussées (et membre de la légion d'honneur) Joseph Louis Étienne Cordier (1775-1849), « Les deux tiers de l'arrondissement de Dunkerque, se trouvant au-dessous du niveau de la mer, ainsi que la Hollande, furent inondés en 1793 par mesure de défense. Les sept années suivantes, le sol imprégné de sel fut presque stérile et le peuple devint très-malheureux. On lui accorda, par cette raison, le privilège de se régir. Les propriétaires de terres des Wateringues ont, depuis cette époque, le droit de se réunir, de nommer des commissaires, et de les revêtir d'un grand pouvoir. Ces commissaires, ou administrateurs, choisis parmi les propriétaires les plus éclairés, établissent des impôts, en règlent l'emploi ».

. La Zone industrielle de Braek-Dunkerque sur le plan du port de Dunkerque   http://www.dunkerque-port.fr/index.php?cmpref=6452&lang=fr&module=media&action=Display

. Sur les rapports entre la mer, l’industrie et les loisirs, lire  http://dunkerque.blog.lemonde.fr/2011/07/20/sur-le-bitume-la-plage/ avec une très belle photo de la route du bord de mer en haut de la dune un jour d’orage…  

. Des récits de vie sympathiques tels que « Monique et moi… », à lire sur http://www.jepi-dunkerque.fr/article-la-digue-du-break-dunkerque-2012-108649482.html

. Le port industriel s‘est maintenant doté d’un terminal méthanier situé très en avant vers la mer, un chantier qui se poursuit sur  http://www.newsletterdunkerquelng.com/index.php?menu=3&page=abonnementNewsletter

Dunkerque-Départ-route départementale-sud-728

. Découvrir le littoral belge tout proche grâce au tramway de la Côte belge, une merveilleuse idée qu’il ne serait pas impossible à faire au sud sur la cote en France, du fait de l’existence d’une ancienne voie ferrée dont l’emprise existe toujours. Une affaire à suivre, qui un jour, surement permettra de découvrir autrement le littoral français, tant l’attente est forte des deux côtés de la frontière,  http://fr.wikipedia.org/wiki/Tramway_de_la_c%C3%B4te_belge

. Retrouver Peter Klasen sur  http://culturebox.francetvinfo.fr/expositions/peter-klasen-photographie-le-patrimoine-industriel-de-dunkerque-17671  

. Ainsi que le LAAC, Le lieu d’art et d’action contemporaine de Dunkerque, un endroit qui bouge sur  http://www.musees-dunkerque.eu/

.Lire aussi concernant cette fois-ci Venise inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1967, vue sous sa dimension industrielle qu’elle a gardée  http://www.venicethefuture.com/schede/fr/331?aliusid=331 ainsi que l’article de Suzy Verges « Lagune de Venise : l’Industrialisation » sur   http://www.italie-decouverte.com/lagune-de-venise-lindustrialisation/ avec une photo toute à faite étonnante qui pourrait ressembler à celles du Braek, avec peut être plus de densité au sol et plus de brume.  

. Photos Elisabeth Poulain et France Poulain, avec mes plus vifs remerciements, à voir dans l’album-photos « Dunkerque ».

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