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Le Blog d'Elisabeth Poulain

La plage, le sable, la mer > Ce nouvel espace déjà conquis par la pub

27 Octobre 2014, 17:36pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Une logique de conquête spatiale d’un nouveau type. C’est le ressort fondamental de la dynamique de la publicité. Après la conquête des esprits, des âges, des territoires urbanisés, des cultures quelque qu’en soit le type et l’endroit dans le monde, il reste toujours quelque chose de nouveau à exploiter, comme on en a fait hier avec le pétrole, maintenant avec le gaz de schiste…

La plage, Renault, LM20030618

Le regard intéressé porté sur la plage.C’est un espace par définition non construit, appartenant à tous, apparemment sans voiture du moins en France et où vont les gens pour s’asseoir, marcher, se délasser, nager, se mouiller… Ils sont vraiment au repos ou font bien semblant. Quelques-uns arrivent à lire, mais ils sont rares. Beaucoup de personnes arrêtées sans bouger à un endroit en train de regarder la mer, quelle aubaine pour les publicitaires! Voilà une cible intéressante qui profite des retombées interculturelles de la mondialisation sur les usages et pratiques différenciées de la plage au fil du temps. Le sable n’a pourtant pas été au commencement de notre histoire. C’est par l’eau qu’elle a débuté. L’usage de la plage a suivi, surtout là où le temps n’est pas forcément chaud.

La conquête spatiale en photo. Les premières cartes postales montraient la plage des estivants le plus souvent vue d’en haut, à l’instar de ce que faisaient les peintres comme Raoul Dufy. Il y avait une idée de surplomb pour bien voir et d’une certaine domination en matière  de relations à la nature et de positionnement social. On montrait la plage dans sa pratique balnéaire, de nouveaux styles de vie des lanceurs européens de la mode. Pour évoquer les vacances, rien de mieux que d’envoyer une carte postale avec des vacanciers en train de jouer au ballon, de prendre le soleil, de barboter dans l’eau. On est alors dans une cohérence de vacances, qui évoquent le vide, ne l’oublions pas. Comme ces personnes, qui vous disent qu’elles font le vide en vacances. Ce vide, où l’on ne pense à rien, est un véritable appel d’air pour les publicitaires. 

La plage, Renault, Le Monde 20030618

La nouvelle vision de la plage pour les publicitaires. Cette fois-ci, il s’agit de lier l’univers de la plage à l’univers des marques grand public telles que Renault en 2003 ou des grandes marques telles que Dior (2012) et récemment Emporio Armani en 2014. L’intéressant est de voir l’évolution en un peu plus qu’une décade. La plage devient un paysage de pub, pour des objets hors-plage, qui n’appartiennent pas à cet univers qui n’est jamais simple, avec quelques exemples. 

. Pour Renault New Deal, il s’agit de vendre un véhicule particulier neuf, Contrat Losange de 5 ans  ou 100 000 kms au barème d’avril 2003, du 1er juillet au 30 août. C’est la période de temps de validité de l’offre qui inspire Publicis, l’agence de com, en charge de la campagne, avec le slogan suivant « L’été, tout n’est pas garanti comme une Renault. ». Elle a demandé à F. Lelong de concevoir le dessin. Celui-ci existe en deux modèles, l’un en format horizontal de la largeur du quotidien « Ouest-France » et l’autre en portrait vertical pour des magazines, tel qu’une revue de programme de télévision. 

« L’été, tout n’est pas garanti comme une Renault » évidemment. Dans ce premier visuel, on y voit deux vacanciers prévoyants assis sur leur drap de plage, bien tirée sur le sable tout près de l’eau. La mer est lisse, avec une toute petite vague de bordure ; l’eau bleue ciel est d’huile, le ciel est rose. Et, un énorme avion volant très bas passe au-dessus des deux plagistes. Mais ceux-ci sont prévoyants. Ils ont pensé à tout et ont des gros bouchons d’oreille anti-bruit. Quant à la plage, elle est plate de plate et est surtout vide de tout occupant. C’est l’avion qui mange tout l’espace, au- dessus de l’eau et de la plage. Tout ça pour dire qu’il vaut mieux aller acheter une Renault, qui va occuper toutes vos pensées plutôt que de vouloir rêver avec un bombardier lourd qui vous écrase sous son bruit. 

   La plage, Renault       

. L’homme jambes nues et gros blouson orange regarde fixement la mer alors qu’il pleut à verse. Ce second visuel de F. Lelong paru dans la même série de 2003 est plus parlant encore. On ne voit le vacancier que de dos  mais on devine pourtant son fort désappointement. La mer est franchement mauvaise, il y a des moutons, le ciel bas est gris, avec un gros nuage qui envoie des cordées obliques d’eau. Dans le ciel, on ne retrouve plus le gros avion qui vole trop bas, le gros nuage suffit à meubler le vide. Le sable légèrement vert n’attire plus personne. L’idée de s’y asseoir serait absurde. Ce dessin montre toute la désespérance d’un aoûtien les pieds mouillés sur le sable l’été quand il pleut au bord de la mer.  Et l’homme de rêver à une Renault où il serait bien au chaud sous la pluie. C'est le meilleur visuel de F. Lelong.

La plage, Dior, LM20121210

. Dior a également utilisé la plage (2012), mais cette fois-ci sans que l’on voit la mer, un peu moins de 10 ans plus tard. Il fait vraiment très beau, le sable, la dune dans le lointain et l’énorme ciel composent le paysage qui sert d’écrin à la jeune femme qui sert d’égérie à la marque. Elle porte une robe Dior, avec un gilet deux tons beige rose + une bande jaune vert au bas des manches, un sac à main matelassé rouge qui détonne franchement sur une plage et …des chaussures compensées si hautes qu’il doit lui être impossible de marcher surtout dans du sable. Elle regarde la mer en souriant pendant qu’un petit avion bleu à l’allure d’une grosse libellule s’apprête à la survoler. Elle devrait alors se tourner vers l’avion qui va passer juste au-dessus d’elle ou plutôt se poser à côté d’elle. Mais non, elle sourit. C'est la seule de tous les visuels.  

La plage serait alors un petit aérodrome et la jeune femme celle que vient chercher l’aquaplane. Il n’y a plus de lien entre la plage et la mer et l’objet de la publicité, ni vraiment entre la plage et celle qui aurait beaucoup de mal à vraiment marcher dans le sable. La plage est devenue une scène de théâtre non adaptée, justement pour retenir l’attention. C’est une publicité qui appartient au genre « télescopage ». C’est la seule explication que j’ai pu trouver à cette création maison Dior.

La plage, Emporio Armani, Le Monde 20140914

. Emporio Armani a également signé son propre visuel (2014) situé cette fois-ci carrément sur la plage mouillée, là où les vagues terminent leur avancée sur le sable. C’est l’endroit choisi par le concepteur du visuel. Tout est gris et noir, grise la tenue haute avec chemisier, veste et long manteau de tissu fluide. La jupe pantalon large et souple est noire, tout comme les chaussures à bride et haut talon aiguille. On voit clairement l’empreinte sur le sable mouillé de la chaussure du pied droit et le léger enfoncement du talon de la chaussure du pied gauche. Une très grande attention est portée aux lignes qui strient le sable humide, l’eau et le ciel, ainsi qu'aux variations de gris. Outre les chaussures à talon totalement incongrues pour marcher, le chapeau est impressionnant, tant ses dimensions paraissent démesurées par rapport à la silhouette de la jeune femme qui cache ainsi ses traits. La dimension « télescopage » est encore plus accentuée que dans le visuel précédent. Une telle promenade les pieds dans l’eau abîme définitivement les chaussures. Il y a là un air d’Ancien Régime, dans une photo superbe.

En 10 ans, on est passé d’une vision encore classique du séjour à la plage avec une grande serviette pour s’y placer à deux pour ensemble  rêver à une voiture Renault, à une jeune femme alerte qui attend l’avion qui va se poser sur l’eau pour venir la chercher sans qu’elle mouille sa tenue Dior ou ses pieds itou, à une autre enfin qui joue à cache-cache avec nous tout en mouillant ses souliers à très hauts talons pointues Emporio Armani. La plage, on y vient aussi toujours faire des cures de solitude propres à s’aérer l’esprit. Cette solitude est vraiment la distinction à faire entre la voiture Renault conçue par la famille et les vêtements et chaussures Dior et Armani. Dans le second cas, on est seule au monde, une solitude revendiquée comme une forme d’élitisme assurée.  

Reste la nouvelle dimension choisie par la publicité en 2014, qui est de montrer la voiture seule sur la plage. Elle occupe tout l'espace. Il n'est plus besoin de meubler le ciel avec un gros avion, un petit aquaplane ou un gros nuage noir menaçant, ni même d'avoir des personnes. La voiture a tout conquis. C'est un très beau cliché qui montre à voir une Volvo XC60 blanche la nuit seule sur une plage, au bord de l'eau qui se détache sur un ciel où règne seul un petit nuage posé au dessus de la voiture, comme une auréole. Il n'y a plus personne, à l'exception de celui qui regarde. Tout est bleu nuit grisé qui fait ressortir le blanc de la voiture, le petit nuage et le texte. 

Pour suivre le chemin menant à la plage

. Renault, 5 ans de garantie du 1 juillet au 30 août, une création de Publicis, Le Monde 18.06.2003, Ouest-France du 04.08.2003

. Dior, une création maison, parue dans Le Monde 9.12.2012

. Emporio Armani, un visuel auto-conçu, paru dans le Monde 18 septembre 2014

. "Volvo XC60 de l'audace" est un visuel produit par Fuel France pour la marque, à voir dans le Monde 15.10.2014. Attendre un peu pour voir le visuel sur le Net.  

 . Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album "Mer2" à l'intérieur de l'album mère "Mer-Eau"!

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Le tour de l'Etang Saint-Nicolas, fin d'été, début d'automne, Angers

20 Octobre 2014, 15:54pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’endroit est exceptionnel et le temps d’une douceur remarquable. En ce samedi après-midi, on se croirait en pleine saison dans un lieu hyper-touristique, près du bord de la mer. L’étang Saint-Nicolas est bordé par le parc Saint-Nicolas, qui tous deux avaient pour particularité de dépendre de l’Abbaye Saint-Nicolas qui domine toujours l’étang avant qu’il ne disparaisse aux yeux de tous. Son eau canalisé rejoint le parc Balzac de création récente pour lequel la ville d’Angers a gagné un prix au niveau européen de l’autre côté de la grande place.

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Situé non loin du château d’Angers, le site est bien connu des Angevins. Le Parc Saint-Nicolas est un véritable trésor historique, patrimonial et naturel. Bordé par les villes d’Angers, d’Avrillé et de Beaucouzé, il n’en demeure pas moins un vrai morceau de nature partie intégrante de la ville et d’où on ne la voit pas. Il est vrai que ce véritable lac, qu’on appelle ici un étang,  est protégé par sa topographie de part et d’autre d’une faille taillée au fil des siècles dans le  schiste noir. Au fond de la coulée, s’étale le Brionneau, une petite rivière qui plus loin après avoir traversé le Parc Balzac arrive doucement à la Maine. Dire qu’elle se jette dans la Maine, serait franchement exagéré, son débit étant très faible.

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La Maine, quant à elle, est la plus courte rivière de France. Elle offre la particularité de ne pas avoir de source, car elle est formée par trois vraies rivières que sont la Mayenne à l’Ouest, la Sarthe au milieu venant du Nord  qui a aussi en sa rive gauche un affluent d’importance, qui est le Loir. Toutes ces eaux se rejoignent juste en amont d’Angers pour former la Maine qui débouche sur la Loire quelques kilomètres  plus bas à la bien-nommée Bouchemaine.   

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En cette fin d’été qui a parfois des allures de début d’automne, ou plutôt l’inverse, je crois avoir rarement vu  autant de monde se promener. En couple dont les partenaires se connaissent bien entre eux, avec souvent le monsieur qui parle et la dame qui écoute, rarement l’inverse, des personnes des deux genres seules ou en famille qui promènent leur chien attaché en laisse le plus souvent, sauf quand il est de petite taille ou qu'il a envie de se baigner. Des adolescents se baladent à plusieurs, en tenant leur vélo à la main.

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Il y a ceux qui connaissent. Ce sont les plus nombreux. Ils apprécient tant le parc que certains y viennent tous les jours, à la même heure et de la même façon, en ce sens qu’ils font le tour – il y en a trois, le petit -4 kms environ-, le petit + avec un pont juste au-dessus, ou le grand de 8 kms environ– quasiment tous dans le même sens inverse des aiguilles d’une montre. C’est le flux franchement majoritaire, au point qu’en semaine les joggeurs vers 17h-18h courent en file indienne le long du chemin qui fait le tour de l’eau. A notre plaisir, ils sont les rois de l’étang Saint-Nicolas.

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Et il y a ceux qui ne sont pas là pour bouger ou alors le moins possible, juste pour l’indispensable. Je vise là les pêcheurs à la ligne, sagement assis au bord de l’eau, à deux copains, parlant entre eux tout doucement, sans faire un geste inutile, la pêche à la ligne étant une activité de plein exercice qui se suffit à elle-même. Ils sont franchement détendus, les uns et les autres ayant choisi un coin à soleil doux pour le plaisir de sentir vraiment sa douceur, entourés de leur matériel chéri, avec des promeneurs qui passent non loin d’eux, sans troubler leur quiétude.

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Ils sont tous d’accord pour que je les prenne en photo. Comme me l’a dit l’un deux,  « ça va, cela ne gênera pas le poisson ». Quant aux deux jeunes, en train de bien discuter près de la passerelle du milieu de l’étang, l’un est un aguerri qui pêche depuis longtemps avec son père. Il forme son copain qui lui débute dans le noble exercice de la pêche à la ligne. Ils sont tous deux vraiment heureux. Ils se racontent des histoires de pêcheurs en faisant attention à leur canne, mais sans chercher, à ce qu’il me semble, à vraiment rapporter du poisson à la maison, les autres non plus d'ailleurs.  

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Les boulistes forment une autre catégorie de joyeux copains qui doivent avoir l’habitude de jouer ensemble. Pour eux, la photo sera prise de face. Pendant ce temps des coureurs s’arrêtent à la fontaine pour boire de l’eau ou se rafraîchir, tant l’effort a dû être long.

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Et puis, derrière eux, il y a maintenant un nouveau groupe de sportifs, qui viennent tester les appareils sportifs mis librement par la ville à leur disposition pour faire leurs exercices de musculation ou de décontraction musculaire en plein air, sur le modèle nordique ou anglo-saxon. Une vraie réussite visible de la rue Saint-Jacques qui aboutit à la Grande Place Maurice de Farcy.

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Combien de personnes ai-pu voir en cette balade douce prise à contre sens pour rejoindre le premier petit pont qui séparait l’étang haut dépendant de l’Abbaye aux Bonhommes de l’étang bas rattaché à celle de Saint-Nicolas ? Impossible à dire, je ferai comme les enfants qui répondent, après avoir bien réfléchi « je ne sais pas, en tout cas, il y en avait beaucoup ». Surtout qu’il y a eu toute une série de personnes que j’ai vue deux fois parce qu’eux  faisaient le tour, dans le « bon sens », celui  qui est inverse aux aiguilles d’une montre.  

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Avec des gags parfois. Une dame qui me demande en venant me regarder de près en me croisant, « je vous connais ? » Elle réfléchit en fronçant le sourcil et dit à son mari « Non ». Ma réponse « ce n‘est pas grave !»  Ou ce chien, un grand filou qui a eu le temps d'aller prendre un bain dans l'étang près de la passerelle, pendant que sa maitresse discutait avec une amie...    

Pour suivre le chemin

. A retrouver avec une vue aérienne très éclairante sur le site de la ville d’Angers http://www.angers.fr/vie-pratique/vie-quotidienne/environnement/les-parcs-et-jardins-publics/patrimoine/espaces-naturels/les-parcs-saint-nicolas/index.html 

. Plan du parc, http://www.angers.fr/vie-pratique/vie-quotidienne/environnement/les-parcs-et-jardins-publics/patrimoine/espaces-naturels/les-parcs-saint-nicolas/index.html

. Toujours wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89tang_Saint-Nicolas

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. Certains font le parcours du haut, ou enchaînent le tour de l’étang Saint-Nicolas avec celui du parc Balzac, à voir sur   http://www.courseapied.net/forum/msg/100886.htm

. Photos Elisabeth Poulain

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Aux Iles Lofoten > L'ode au bois en photos > L'Illustration 5.5.1928

18 Octobre 2014, 11:53am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Traduction du titre. Ce billet va vous parler du bois, celui que nous fournit encore l’arbre, celui qui a permis l’essor de civilisations depuis des millénaires et ce partout dans le monde. C’est notamment grâce à lui qu’il a été possible à l’humanité de vivre et de survivre. Il s’agit donc d’abord d’un hommage au bois, qui permet la vie et assure la survie. J’aurais pu tout aussi bien vous parler du « chant du bois aux Iles Lofoten », en ajoutant que cette ode est « force 5 ». Vous allez comprendre pourquoi.  

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Les Iles Lofoten. Cette indication de la localisation est essentielle. Le rôle dévolu au bois n’est pas le même selon que l’on est en un pays tempéré qui célèbre « la douceur de vivre »  comme la France ou dans le Grand Nord, comme le sont les Iles Lofoten situés en plein océan arctique au nord de  la Norvège. Les conditions  climatiques ne sont pourtant pas celle qu’on imagine. L’hiver, le temps est doux du fait de l’influence du Gulf Stream qui baigne les côtes des îles sud de la Norvège. Néanmoins les vents venus du Pôle et les courants ne facilitent pas la pêche des  morues en mer. Retenez que si la douceur de l’eau attire ces poisson, la vie est franchement rude là-haut pout ceux qui y habitent. Il faut des cœurs bien accrochés, une très bonne connaissance de la mer et une excellente pratique de la pêche de janvier à avril - la période faste - pour survivre.

Le moment. Outre cette saisonnalité régulière, l’époque choisie par le rédacteur de l’Illustration, T. Chauvin,  se situe quelques années avant le 5 mai 1928, date de la parution de l’article. Il a vécu en effet plus de deux ans là-bas et déclare avoir eu en outre grand plaisir à y revenir le temps de faire cet article, après être parti du grand port de Bergen situé au sud sur le continent, en compagnie de pêcheurs venus pour faire la saison de pêche.

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La pêche à la morue en vraiment quelques mots. Elle a eu une importance qu’on a peine à imaginer maintenant. On peut comparer son essor dès le Moyen-Age et son importance avec le commerce des épices qui a ouvert le monde  selon Fernand Braudel, suivi quelques siècles plus tard dans  seconde moitié du XIXe siècle par la Ruée vers l’Or en Californie. Les pêcheurs venaient du Portugal, du Pays basque, de Terre Neuve…

. Les barques traditionnelles et bateau de pêche, en Ier usage du bois. Toutes en bois, elles commençaient déjà à être remplacées en ces années 1927-1928 par des bateaux à moteur dotés de pont couvert qui permettaient aux hommes de se mettre à l’abri, le temps de l’aller sur le lieu de pêche et au retour. Il n’en allait pas de même avec les longues et étroites barques effilées à la pointe particulièrement haute devant et un peu moins en arrière. Les plus anciennes, qui  étaient manipulées à la rame, ont été progressivement remplacées par des barques plus grandes dotées d’une voile carrée dissymétrique de couleur rouge ou bleu. Les rames étaient conservées tant la navigation était rendue difficile avec ce type de voile.

L’article de L’Illustration présente deux types de bateaux. Le cliché le plus ancien montre des barques non pontée, sans mat et donc sans voile où l’on distingue une petite dizaine d’hommes dont certains  rament. Les barques ont une silhouette ressemblant aux anciens drakkars des Vikings.  Sur la seconde photo, on aperçoit  des bateaux plus grands à l’arrêt, avec semble-t-il deux mats, le plus petit à l’arrière portant sa voile non attachée pour pouvoir battre au vent.   

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. A terre, le poisson est mis à sécher dans des sècheries – 2e usage du bois -pour pouvoir être conservé et ensuite transporté. Il faut donc prévoir des installations à cet effet en plein air. C’est ce que montre la photo qui occupe la place prééminente dans l’article. Les sècheries sont constituées de poteaux de bois enfoncés dans le sol, auxquels sont fixées de longues poutres horizontales sur lesquels sont posés les poissons attachées deux par deux par la queue. De cette façon, le vent passe aisément entre les poissons.  

. Il faut aussi que les pêcheurs puissent trouver un abri à terre au plus près de la mer qui entoure les Iles Lofoten. Comme tous les pêcheurs de morue, de retour à terre, ils sont aussi bucherons l’été et quand le temps le permet. Ce sont donc eux aussi qui ont conçu, taillé et monté les cabanes de pêche3e usage - à partir des troncs bruts d’arbre. Ces cabanes de pêche sont conçues sur le mode minimaliste d’une ou deux pièces au mieux avec  l’une dédiée au couchage et l’autre au matériel, l’idéal étant d’avoir aussi un porche extérieur couvert pour y stocker du matériel hors neige. Visiblement la photo du campement à Balstad ne semble pas en posséder, comme le montrent les malles de bois posées dehors ainsi qu’une partie de l’outillage (photo n°4). On peut aussi penser que la cabane de pêche pouvait être  composée d’une seule pièce, accolée à d’autres en bande, quand la situation au sol s'y prêtait. Un des quatre murs était alors chauffé par le mur accolé.

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. Qui dit habitat temporaire, dit aussi transport et de stockage du matériel de survie nécessaire au bon déroulement de la campagne de pêche. Il faut prévoir des malles résistantes en bois pour remplir cette 4e fonction. C’est ce que vous découvrez sur la photo  la moins travaillée mais qui est riche d’informations. C’est aussi la seule où l'on peut voir un vraiment jeune pêcheur, tête nue et chemise ouverte dans l’entrebâillement de la porte basse d’une des cabanes accolées les unes aux autres.

. La porte refermée, à l’intérieur, le bois remplit deux autres fonctions proprement vitales  qui sont le chauffage et la cuisson de la nourriture (5e et 6e fonction). Un seul poêle alimenté au bois permettait de chauffer le volume restreint, de « détendre les membres » selon l’auteur de l’article, de faire baisser la pression, de deviser  agréablement et le dimanche de se reposer, le jour du Seigneur….

T. Chauvin termine son article, qui « n’a pas pris une ride » selon la formule consacrée, en disant des pêcheurs que  " leur optimisme est étonnant et il suffit d’une bonne journée de pêche pour faire renaître chez eux l’espérance et la bonne humeur. Ce sont des vrais fils de mer ". Oui, en partie grâce au bois de vie, de survie…           

Pour suivre le chemin de la morue

. Retrouver l’Illustration en date du 5 mai 1928, avec l’article remarquable de T. Chauvin, « Avec les pêcheurs de Morue des Iles Lofoten ». Quatre des photos ne sont pas signées, seule « La flottille de pêche au large de Slolvaer » en page 444 l’est par Otto Hoy. 

. Découvrir sur Persée  des extraits de l’étude de Michel Barbe, « La pêche aux îles Lofoten »,  (dans les années 1960-66),  Revue de géographie de Lyon. Vol. 41 n°1, 1966. pp. 29-60,  http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1966_num_41_1_2592

. La morue n’est pas seulement l’affaire des pêcheurs norvégiens, elle l’était aussi celle des Normands, des Basques et des Portugais… et des Canadiens, à voir sur Radio-Canada «La morue, des siècles d’histoire », à  regarder sur http://archives.radio-canada.ca/economie_affaires/ressources_naturelles/clips/7190/

. Fécamp, haut lieu du départ des pêcheurs normands vers Terre-Neuve, voir http://www.fecamp-terre-neuve.fr/Historique/GrandesDates.html

. Avec l’histoire de la morue à Fécamp, « La morue normande, de la conserverie au musée » sur http://www4.culture.fr/patrimoines/patrimoine_monumental_et_archeologique/insitu/article.xsp?numero=8&id_article=levert-482

 http://www.canalacademie.com/ida7106-La-Morue-de-l-or-blanc-a-la-brandade.html

. Photos Elisabeth Poulain d’après le magazine

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Le chien dans la ville, le regard acéré & calme = un travail d'étudiants

13 Octobre 2014, 15:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage. Voilà encore un travail d’étudiant dont je ne sais s’il résulte d’un travail collectif auquel cas, il faudrait mettre un « s » à étudiant ou est la création d’un seul. Pour cause de limitation du nombre de caractères dans le titre, il n’y en aura qu’un seul, avec l’équation suivante =  un chien, un regard, un œil dans une ville, un auteur...

Le chien dans la ville, le boxer1

Le résultat en grand format. Il occupe pleinement l’espace d’un cadre 62cm  sur 82cm en hauteur et pourtant on en voit que sa tête ou plutôt son profil droit qui n’occupe que 28 cm en largeur sur 26cm d’un carton qui a été peint. Sa tête en plus n’est pas centrée. Elle ne figure que dans le coin haut à droite du grand quadrilatère vertical, en position portrait.    

L’expression. Elle est proprement étonnante de force. Le chien a été saisi au moment où il aperçoit quelque chose qui retient son attention, sans que l’on sache évidemment quoi. Son œil est remarquablement rendu. Il est bordé de noir afin de le rendre plus visible. Ses oreilles ont été rajoutées visiblement après. On dirait que le peintre a représenté l’œil, tracé ensuite le profil d’un chien boxer, fini le menton, accentué le haut de la tête, esquissé la nuque … et puis basta.

Le reste est couleurs, essentiellement de gris, de rose, de jaune et du noir. Celui-ci  sert à lancer des lignes en diagonales pour garder une certaine maîtrise a postériori. Une autre grande ligne, plus large de couleur rose a été occultée par un certain tourbillon qui donne un rendu de trouble, de vitesse et de bizarre.

Le chien dans la ville, le boxer2, sa tête,

Pourquoi la ville. Aucune raison venant de la peinture assurément, si ce n’est  que je ne peux l’imaginer autre part que dans un endroit fourmillant de gens, de bruits et de couleurs, au point que le chien doit se dominer pour garder le contrôle. Il est calme et vigilant. Une preuve en est que son nez a l’air de fumer, tellement il se contrôle, mais en assurant.     

Pour suivre le chemin

. Ce carton a été produit au cours d’un atelier de créativité auquel ont participé des élèves ingénieurs de 5e année. Une hypothèse pourrait être que la tête est l'oeuvre d'un seul et que plusieurs se sont mis ensuite - ou avant - à l'oeuvre pour donner du corps au reste.   

. L’essentiel à connaître sur le boxer sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Boxer_(chien)

. Photos Elisabeth Poulain

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Le Château de la Thibaudière, ses Communs, son Parc, Montreuil-Juigné49

10 Octobre 2014, 11:27am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Pour trouver le parc du Château de la Thibaudière en Maine et Loire (49), il vous suffit de sortir d’Angers au nord-ouest par la route nationale, la N 162, qui va d’Angers à Caen. Elle traverse Avrillé, puis atteint le carrefour de la Thibaudière à la croisée de la petite route départementale n°103 en pleine campagne. Ensuite vous tournez à droite et vous empruntez la première et seule entrée sur la gauche de la petite route qui mène du Louroux-Béconnais à Cantenay-Epinard. C’est là, vous êtes arrivé. Avec vous, dans votre poche, se trouve la carte de Montreuil-Juigné que vous a offert très aimablement la mairie lors d’une précédente balade. C’est notamment grâce à elle, mais pas seulement, que vous allez pouvoir vous livrer  à un jeu de pistes très éclairant en forme de quatre cercles qui s’imbriquent les uns dans les autres.

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. L’approche par le plateau qui domine la Mayenne, en rive droite. La carte vous donne une première indication importante. Devant vous, il y a de grands paysages, au sens où la terre n’a pas été morcelée et cela depuis longtemps. Dans la descente qui va vers la rivière, jusqu’au croisement en bas avec la route de Pruillé jusqu’à Juigné-Béné, il n’y a qu’une seule petite voie sur la gauche.  C’est le chemin des Noues parce qu’il y a un bâtiment qui porte ce nom suivi ensuite d’un autre bâtiment plus loin, le Petit Mesnil. Ce chemin des Noues du coup prend alors le nom de chemin du Mesnil. Une jolie façon de ne pas faire de jaloux.

Les Noues indiquent en effet qu’ici il y avait une mare qui recueillait les eaux de pluie ou de source. Les deux dénominations sont valables ici. On est à la limite du plateau qui descend en pente douce vers la Mayenne. Il y a bien des sources et il pleut aussi régulièrement à cet endroit situé entre deux forêts, celle qui reste en rive droite, où nous sommes, et celle qui se trouve en rive gauche de La Mayenne, une rivière qui coule au fond de la vallée. Quant à la désignation de Mesnil, elle  signifie en langue d’Oïl du Moyen-Age qu’il y avait là une ville ou du moins une maison près d’une ville, ce qui était le cas. En arrière du bâtiment du Petit Mesnil, en s’éloignant du chemin et sans accès direct, se trouve un autre bâtiment qui porte le nom « Les Mazuaux ». Je n’ai trouvé aucune référence directe, mais il y a vraisemblablement un lien avec « la mazure », un terme normand qui désigne la basse-cour, le verger autour d’une maison de ferme.

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. En continuant ce grand cercle dans un sens inversé aux aiguilles d’une montre –c’est le tour n°1 -, toujours en regardant la carte, on arrive juste en dessous du Château de la Thibaudière, en survolant les Communs et de l’Orangerie. Ce faisant, vous avez non seulement  remonté le temps mais aussi commencé à découvrir l’espace grâce à la carte qui constitue dans le cas du Parc de La Thibaudière un formidable outil de connaissance.

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Au XIXe siècle, au domaine de la Thibaudière, le château était le bâtiment statutaire qui montrait la puissance du Comte de Mieulle, le propriétaire qui était alors député et Receveur des Finances du Maine et Loire. Le château est lui-même double avec une partie construite au XVIIe siècle et une grande extension au XIXe. Autour du château se trouve le colombier (XVIIe), qui  est le plus proche bâtiment restant de l’ancien parc, avec plus loin de l’autre côté, disséminés dans la grande pelouse qui entoure le château, des « fabriques » datant du XIXe. Ce sont des petites élévations qui ornaient les parcs, tels  un petit temple à l’antique, une vraiment petite chapelle de Hodé et surtout, plein sud, une très belle orangerie.

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Cette orangerie placée plein sud, proche du château, est actuellement la star incontestée du parc. Elle vient d’être entièrement rénovée à l'identique par la DRAC 49 dans le cadre de sa protection de Monument Historique. Elle va désormais servir de salle d’accueil pour des évènements culturels. Le soir même d’ailleurs s’est  tenu le premier concert  de la Thibaudière donné par des musiciens indiens de grande renommée. Là vous avez un autre indice d’importance, c’est la dimension internationale actuelle, passée et à venir de la Thibaudière.  

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. Ce tour n°2 commence par « les Communs » situés derrière l’Orangerie qui nous présente en cette belle après-midi sa façade superbement restaurée en pierre blanche de falun à exposition plein sud. A son coin gauche, une grande porte, entrouverte sous un haut porche,  laisse apercevoir de curieux bâtiments au centre en particulier. Cet ensemble immobilier clos, que sont les « Communs », méritent bien des majuscules tant ils sont remarquables. Ils le sont tellement qu’ils sont inscrits au titre des Monuments historiques protégés depuis un arrêté du 5 juillet 2005, ainsi que leur seul mur extérieur que l'on voit du dehors.

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On y découvre un endroit vraiment insolite, tant on sent qu’il ne peut être le fruit du hasard, comme ce qui resterait d’un coin d’une ville du XIXe siècle en style anglo-normand entièrement fermé par des murs, à l’exception de deux grandes portes abritées sous un porche. Seule l’une d’entre elles est ouverte, celle de l’Ouest. C’est par là que nous sommes entrées, invitées par le maître des lieux, Jean de Montlaur, désormais propriétaire de l’ensemble. C’est lui qui nous dévoile le mystère de cette toute petite ville close de mur, avec en son centre une encore plus petite construction elle-même, à l’allure d’une maison de poupées de grande taille, enserrée par un grillage haut en son centre et moins élevé sur le pourtour. L’ensemble  des bâtiments constitue une ferme-modèle telle que la concevait en ce milieu du XIXe siècle des architectes férus de modernité. Il s’agissait déjà de rendre belles des constructions nécessaires à l’exercice des fonctions agricoles d’un réellement très grand domaine.

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Le domaine de La Thibaudière. Seulement quelques chiffres pour en montrer l’importance. Le domaine lui-même couvrait plus de 1800 hectares. Il y avait ici 300 personnes qui y vivaient et qui y travaillaient. Cette situation a globalement perduré jusqu’en 1914 et ce avec des différences. On fabriquait ici par exemple de la toile à bateau. La terrible guerre qui devait durer quatre ans fit tant d’énormes dommages aux hommes et aux biens que la situation d’avant-guerre fut perdue à jamais.

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On ne retourne pas en arrière, témoigne Jean de Montlaur, jamais.  « Aucun des hommes de la Thibaudière ne revint de cette véritable guerre civile européenne. Ils étaient tous partis au front... Dans ma famille, poursuit le châtelain, il y eut trois décès,  un en 1915, un autre fut gazé en 1916 et un autre mourut en 1921 des suites de ses blessures. La propriété fut abandonnée ; il pleuvait en direct jusque dans les sous-sols. Mon grand-père a survécu et plus tard j’en ai hérité. J’ai agi au plus pressé, par exemple en bâchant les toits ; c’était ça ou l’effondrement total.  Lors de la seconde guerre, le château a été bombardé de haut par des tirs américains. Il y avait en effet une base allemande de la Luftwaffe à Avrillé (la ville voisine). Le domaine et le château ont été ruinés. Plusieurs bombes sont tombées sur ou tout près du bâtiment. On en a encore retrouvé des non-explosées. »

 Quelques mots ensuite sur sa carrière. « J’ai vécu cinq ans en Inde ; maintenant depuis plusieurs  années, je travaille et vis au Japon avec mes trois enfants. Il y a dans ma famille des liens forts avec l’Europe et plus loin. Une des femmes de la famille est italienne, deux sont allemandes et une autre est brésilienne. Ma famille est originaire de Lorraine. Elle a dû s’exiler en Allemagne du fait de son attachement à la religion protestante. Une de mes grands-mères, devenue allemande, était une Von Failly ;  elle a épousé mon grand-père français. Elle est morte à Ravensbrück après avoir été déportée au premier semestre de 1944.  Mes trois cousins Von Failly sont morts en février 1943 à Sébastopol. » 

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Le développement de ces propos sur la dimension internationale et européenne, visant l’Allemagne en particulier, est venu de la rencontre proprement étonnante en terre angevine à cause de sa rareté  entre des personnes arrivées avant l’heure, dont moi. Parmi nous, il y avait un Allemand et trois d’entre nous qui avions eu dans notre famille et/ou poursuivions des liens particuliers avec l’Allemagne. C’est la raison pour laquelle Jean de Montlaur parle en Inde, au Japon, aux Etats-Unis… de « guerres civiles européennes » à juste titre. 

Pour en revenir aux Communs, ce n’est pourtant pas l’influence allemande qui s‘y fait sentir, mais plutôt l’anglaise en ce qui concerne le concept très innovant au XIXe siècle  et l’anglo-normand pour le style. Imaginez un carré d’environ 100 mètres sur 100 dont les côtés sont donnent l’impression d’être construits d’un seul tenant, avec au milieu une autre construction-mystère. Ici tout est ordonné, dans une présentation qui résulte d’un tour inversé.  

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Ce tour n° 2 permet de découvrir ce quadrilatère qui couvre un hectare. Trois de ses  constructions formant trois des côtés sont jointifs grâce aux porches qui surplombent les portes. La découverte commence par la laiterie à notre gauche en entrant. C’est pour l’instant le chantier sur lequel se concentre  toute  l’attention de Jean de Montlaur.

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. Ce  côté gauche est affecté aux vaches et donc à la production de lait dans la bien nommée « laiterie ». C’est une petite pièce dans laquelle on descend par quelques marches. Sa porte d’entrée est elle-même couverte par un porche. La restauration est lourde du fait que la pierre blanche de calcaire  était attaquée au cœur. Il a donc fallu reconstruire à l’identique murs et voûtes de pleine pierre, sans liant, et tenant par la seule force de la gravité. Ce travail admirable des tailleurs de pierre  est mis en valeur par l’atmosphère très douce qui y règne et de la faible lumière qui surgit de la découpe des volets. Auparavant, les murs et le sol étaient revêtus de marbre blanc pour assurer la prophylaxie de l’ensemble. L’hygiène telle qu’on la conçoit de nos jours est née, ne l’oublions pas, au XIXe siècle.

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. Le bâtiment situé entre les deux portes sous les porches accueille la sellerie. L’équitation tenait une grande place dans les modes statutaires  de vie du XIXe siècle. Il y avait ici cinq chevaux montés (à distinguer donc des chevaux de trait) pour la famille. Les boxes étaient dotés de boiserie  en châtaignier. Eugène de Montlaur, spécialiste des races anglaises, avait conservé, comme il en était l’usage,  toutes les médailles gagnées dans les concours. 

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. Le troisième côté du quadrilatère est dédié aux boxes des chevaux. Il fait face à son vis à vis qui accueillait les vaches. En continuant à tourner dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, vous arrivez ensuite à l’angle ouvert qui sépare les boxes à chevaux du bâtiment du fond.

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. Ce quatrième côté fait face aux deux portes d’entrée. Situé plein sud, ses fonctions sont multiples. En partant de l’angle proche de l’aile aux chevaux, il y a encore une partie dédiée aux chevaux en retrait dans le dessin du carré. Puis on trouve la blanchisserie et la boulangerie qui occupent toute la partie centrale de ce quatrième côté. Il devait aussi y avoir des logements. C’est ce qu’on découvre par une des fenêtres du bas  qui a conservé son vieux verre. Notre tour, qui a commencé par la laiterie, se poursuit très logiquement par l’aile des vaches. C’est alors le moment de faire un troisième tour, plus restreint que le n°2.

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. Le très petit tour n°3 permet de découvrir du dehors  l’étrange bâtiment bas construit à l’intérieur de la cour qui doit être peu ou prou carrée des Communs. Il y avait là une volière accueillant des faisans. Cette faisanderie permettait d’élever ces grands oiseaux pour la chasse. Le contenu de l’enclos donne à voir une représentation  d’une petite ville, dont des petits habitants pouvaient monter à des tours érigées aux quatre coins à des fins de surveillance. C’est certainement la réalisation architecturale la plus remarquable que j’ai vue ces dernières années. Ses quatre faces semblent identiques.  

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. Voici venu le grand tour n°4, c’est celui qui permet de mieux comprendre le site. On retrouve alors la carte du début, qui permet de resituer le parc dans son ensemble. Il n’est pas inconnu, il a été en effet ouvert en effet pendant plusieurs années à la visite en juin, le mois des jardins. Beaucoup d’Angevins ont ainsi pu faire de belles découvertes. Le parc du Château de la Thibaudière en fait partie. Il a été remodelé au XIXe siècle en style anglais, certainement plus adapté au site du fait de la souplesse de ses courbes que la rigidité du jardin à la française qu’il  y avait avant. Le parc permet de comprendre la forte cohérence de l’endroit.

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C’est là, pendant le temps de cette vraie balade que nous avons pu retrouver  d’abord l’eau cette fois-ci dans une grande pièce d’eau dont les dimensions sont occultées par la présence d’une île boisée qui se fond dans le paysage boisé tout autour du château. Ici les arbres sont les rois, ou plutôt certains d’entre eux, les autres ont pour fonction de former un écran tout à fait efficace à l’environnement proche du château, n’appartenant pas au domaine. En s’éloignant du château et des communs, on passe près d’un séquoia vénérable, de grands chênes, ainsi que de quelques autres beaux arbres remarquables. Leur santé témoigne de leur vitalité qui fait contraste avec les toits du château protégés par des toiles noires. La pelouse a été tondue pour faciliter la vue et la marche. Le chemin qui s’ouvre devant nous, offre une succession de séquences paysagères courtes et très variées. Il s’agit de faire un tour boisé en arrière de la grande pelouse de l’autre côté de l’île.

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Voici quelques séquences non exhaustives. D’abord la découverte du mur extérieur classé  des Communs qui permettait d’accéder au grand potager qui existait à gauche des Communs, la découverte des grandes silhouettes des arbres sélectionnés  par  le Comte de Choulot, sur le côté droit en regardant vers la vallée, à gauche la grande pelouse qui permet d’entre-apercevoir la façade du château donnant sur le parc, puis l’arrivée à un croisement avec la grande allée d’entrée du domaine. A notre droite un grand champ descend en pente douce vers la rivière. La barrière est ouverte et on aperçoit l’arrière d’un grand bâtiment agricole, peut-être est-ce les Mazuaux.  On voit très bien la forêt en rive gauche de La Mayenne. C’est ensuite l’entrée dans la forêt par une allée de chênes, proprement dite dont le chemin va nous conduire à faire une grande boucle qui longe la route nationale. C’est ensuite l’arrivée sur une autre grande allée qui mène au château et d’où nous découvrons la petite chapelle sur le côté gauche. L’arrivée au château nous permet d’admirer le Colombier. Beaucoup de personnes déambulent maintenant près de l’Orangerie et des Communs…Il est alors temps pour nous de descendre voir la Mayenne. Le retour nous permet de retrouver la dernière carte.

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C’est le plan du parc à l’anglaise conçu par le Comte de Choulot et dessiné en 1844, sur le concept de la boucle qui boucle sur elle-même, comme nous l’avons fait d’une autre façon avec nos tours.

Pour suivre le chemin

. Voir le site http://www.lathibaudiere.com/. Vous pourrez y admirer en grand format le plan dessiné par Prosper Jolly en 1844 sur les indications du Comte de Choulot. 

. Retrouver aussi  en petit format le plan du parc dessiné de 1840 à 1844 par M. Delavenne, Comte de Choulot, dans le livret « Pays de Loire » « En juin, visitez un jardin en France », un évènement  organisé en 1995 sous l’égide des ministères de la Culture, de l’Environnement et le CPJF.

. Le parc a été ouvert à la visite pour les Journées du Patrimoine 2014, les 20 et 21 septembre. . Quelques points d’histoire sur http://www.journees-du-patrimoine-2014.com/SITE/chateau-thibaudiere--montreuil-juig-10586.htm  

.  Consultez le Site Mérimée, http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr

. Voir une photo ancienne de l’ensemble du château et des communs de Gustave Lemaire du Ministère de la Culture sur http://www.loomji.fr/montreuil-juigne-49214/monument/chateau-thibaudiere-37494.htm

. Lire aussi le numéro spécial de La Revue des Pays de Loire, XL, 303, « Parcs et Jardins » qui consacre un article aux  parcs de Choulot dans le Maine de Dominique Pinon, avec un grand cliché du parc, du bassin et du grand séquoia du château de la Thibaudière.    

. Le concert de musique classique indienne du nord a été donné par Pandit Narendra Mihra et Shree Kushal de Bénarès, à retrouver sur Facebook, au "Château de Montlaur"  https://www.facebook.com/pages/Pandit-Narendra-Mishra/745896265462692

. Découvrez la ville de Montreuil-Juigné sur  http://www.ville-montreuil-juigne.fr/tourisme/actualites/1132-journees-du-patrimoine-20-et-21-septembre.html

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. Photos : Jean de Montlaur pour le plan du parc, avec mes remerciements, et Elisabeth Poulain pour les autres, à voir dans l'album "Châteaux" sur ce blog, avec en prime ce cliché de la partie basse d'un des volets de la laiterie .

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Styles de Pub Caravanes > Thomson T-Line, Safari & L'Espace

3 Octobre 2014, 11:33am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Voici deux visuels publicitaires qui appartiennent à la série des publicités faites par les constructeurs de caravanes lors du grand salon européen de la caravane tenu à Villepinte au nord de Paris en 1966.  

Thompson T-Line caravans 1966. Cette publicité présente tout d’abord à nos yeux le grand mérite d’être datée. L’année est même un élément important du nom de cette caravane. C’est la première fois que nous rencontrons cet élément qui indique la volonté de la marque d’être à la pointe du progrès. Voici une caravane moderne, actuelle et adaptée aux besoins des utilisateurs. Blanche sur fond beige-orangé moucheté, elle est toute petite, calée dans le coin droit inférieur du visuel. On ne voit que peu de choses d’elle, si ce n’est l’essentiel, sa petite taille qui ne l’empêche pas d’avoir une partie à vivre à l’avant avec sa porte toute proche.

Pub caravane Wawa

Cette T-LIne est placée dans le sens de la marche, avec un mat auquel est accroché un fanion qui se déplie gaiement même à l’arrêt. Dessous est inscrit le nom du constructeur mais en gardant un espace. A l’autre bout du visuel en partie basse également mais en sortant du cadre et cette fois-ci à gauche se trouve le nom du modèle, T-Line 1966,  avec un effet graphique sous T-Line qui suggère la plate-forme sur-laquelle la structure de la caravane est posée.

L’effet de douceur ressenti tient au positionnement des différents éléments les uns par rapport aux autres. Une ligne de fuite en oblique part du haut avant de la caravane, touche le T de Thompson et atteint le T de T-Ligne en blanc sur fond noir qui est le seul élément chromatique capable de dynamiser l’ensemble. Si on enlève le socle inférieur, le visuel perd de son sens et cette douceur devient un peu trop mystérieuse pour être compréhensible.

La dimension franchement innovante de ce visuel publicitaire est de rétrécir cette caravane afin de montrer combien elle s’insère bien dans l’espace de ce grand paysage. Faire petit pour prouver combien la marque est grande. C’est une belle anticipation de la philosophie de « Small is beautifull » (1973), l’opus d’avant-garde du philosophe E. F. Schumacher qui dénonçait le gigantisme et la volonté de puissance de nos sociétés.    

    Pub caravane Safari

Safari worth hunting for. Cette publicité est intéressante à plus d’un titre: c’est la première à être conçue pour une catégorie particulière de campeurs, les hommes chasseurs. On ne peut s’y tromper. Le héros a chapeau et jumelles ; son visage appartient clairement au genre masculin. Il n’est pas spécialement épanoui ; ses lèvres serrées témoignent de sa détermination, son nez pointu aussi.  

L’ensemble est un peu inquiétant. La marque Safari a choisi comme argument de vente ce slogan d’une caravane adaptée au chasseur pour la chasse. On irait presque à dire qu’il lui suffirait à ce chasseur-guetteur d’arriver avec sa caravane pour faire peur aux grand fauves intrigués, qui du coup s’approcheraient d’elle. Ce que montre le visuel est en fait un raisonnement au deuxième degré. De la chasse, seuls demeurent le chapeau du broussard et ses jumelles, sans lesquelles il ne saurait être efficace. Que voit-il dans ses jumelles ? C’est ce que nous montre cette publicité. A la place de ses yeux, on y voit deux caravanes qui curieusement sont toutes les deux placés dans le même sens, avec la partie à vivre à l’avant. Cela aurait été plus drôle qu’elles soient inversées l’une par rapport à l’autre, à la façon des yeux d’une personne.

En commun, ces deux visuels ont le sens de présentation et la distance. La T-Line et la Safari, vues vers l’avant placée à gauche dans l’espace, la première en l’éloignant dans le coin inférieur droit et Safari en la rapprochant pour la grossir par deux fois.

Pour suivre le chemin

. Ces deux visuels appartiennent au « Carnet de Notes » des Editions de la Direction de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise, paru sous le titre de « l’Objet caravane, Mémoire graphique des années 1960 », une réalisation de France Poulain  

. Retrouvez sur ce blog toute la série qui va bientôt se terminer.

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album-photos "Petites Maisons " sur ce blog

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Nicolas Landemard, Photographe > La Ville de Mexico, Jeu à 3 photos

25 Septembre 2014, 19:14pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Il est de ces photographes professionnels qui ont l’œil magique, celui qui nous donne à voir  là où nous ne verrions pas ou peu, mais en aucun cas comme lui sait le faire. Comme tous les photographes ou presque, quand Nicolas Landemard doit parler de lui, il s’exprime en photo. Il saisit alors l’essentiel, le minimum pour dire non pas le maximum, mais   ce « je ne sais quoi »  qui fait sa différence.

 

Par exemple sur un de ses sites, Nicolas Landemard ne se montre en noir et blanc qu’en ombre projetée au sol avec près de sa tête-ombre sa main droite-ombre levée dont semble jaillir la lumière qui elle-même crée un halo lumineux autour de sa tête. Seuls ses pieds doivent être les vrais, au sens où ce ne sont pas des ombres. Ce cliché constitue à la fois la page d’accueil et l’essentiel de ce qu’il a à dire - ses différentes adresses à Paris, à Bruxelles et sur le web. Sans page de conclusion, puisqu’en photo, il n’y a pas de fin.

                                                                     

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Le titre de l’exposition réalisée par le photographe, Mexico-Manhattan, rend compte de l’explosion de ces grandes tours dans un espace qui était encore « libre », non encore urbanisé, comme en réserve, sans être non plus de la campagne cultivée. Les clichés montrent à comprendre le choc du télescopage qui en résulte, avec un élément important, qui est l’absence de référence au passé. Dans une des villes les plus peuplées au monde, il devait bien y avoir pourtant des traces humaines.   


. La Ière photo. Le choix pour déterminer cette première, celle par laquelle vous allez entrer dans l’univers de Nicolas Landemard, est vraiment facile, au sens où lorsque vous avez un certain nombre de clichés devant vous, vous savez que c’est celle-là. Sans conteste. Et c’est vrai pour vous, pour moi et… pour Nicolas qui en a fait l’affiche d’annonce de son expo à Bruxelles à la maison de l’Amérique latine.

 

Il faut dire qu’elle est vraiment impressionnante au sens premier du terme, au regard de l’occupation de l’espace, du rendu des couleurs et de son étrangeté. Les immeubles, qui forment une barre, sont situés en haut. Ils occupent environ un tiers de l’espace, ciel non compris, serrés les uns contre les autres. Un autre building, dont on ne voit que le bas, occupe la partie haute complètement à gauche pour un quart de la largeur environ. Tout ce qui est conçu par l’homme est marqué par la ligne droite verticale surtout dans cette vision de la ville dense qui ne montre d’elle que     ces remparts érigés drus.

  

Tout le reste de l’espace en dessous montre à voir des petits arbres, des buissons gros et petits et de l’herbe, avec au milieu une rivière, un ruisseau,  qui serpente en descendant vers nous. C’est la seule longue courbe avec aussi l’arrondi des petits arbres.  Cette composition si curieuse oblige le regard a d’abord descendre en suivant le cours de  l’eau puis à remonter vers le haut, pour arriver pile sur la tour, la seule qu’on n’oublie pas, celle qui porte ce U inversé rouge, qui irradie et qui signe le cliché en guise de mystère urbain dans un paysage encore vert. 

 

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. La seconde photo est beaucoup plus difficile à choisir, car elle oblige à faire un vrai choix. C’est en fait la troisième, qui ne peut être placée en second,  qui va guider la sélection. Là, il s’agit de jouer franchement l’impact des volumes, le choc des couleurs et la composition en lignes. Il est d’ailleurs possible de commencer par n’importe laquelle de ces composantes, qui se parlent entre elles, chacune impactant l’autre. 

Le volume, plus que les volumes d’ailleurs. Il s’agit de la visualisation de l’arrête d’un immeuble, un gros bloc blanc et bleu, saisi d’en bas pour accentuer sa force, comme il en va de la proue d’un navire. C’est visiblement la dissonance qui régit les règles de bon voisinage des deux façades.    

. L’une qui est entièrement blanche à gauche est percée d’une série très calibrée d’ouvertures qui semblent carrées, qui ressortent comme des percées régulières dans une façade en relief. Ce carré ou quasi-carré qui est aussi le format préférentiel choisi par Nicolas Landemard pour ses photos.

. L’autre à droite, la bleue, est entièrement vitrée, sans que je puisse vous assurer que le verre lui-même est coloré, un peu, beaucoup ?  S’agit-il uniquement d’un reflet du ciel ? Je ne le pense pourtant pas, le ciel qu’on voit au-dessus est plus blanc que bleuté. L’intéressant ici est le jeu d’interpénétration entre ce  volume d’allure cubique, la couleur et la forme des percées qui sont un jeu à elles seules. Mais il y a plus et c’est là où la composition devient raffinée grâce aux lignes que met en valeur cette prise de vue de Nicolas Landemard.

 

Pour alléger la façade blanche percée, celle-ci est parée de deux parties saillantes en rebond sur les bords verticaux. L’objectif est de donner du relief en créant une poussée vers le haut de la structure. De la sorte se crée un effet de rainure noire qui entraîne le regard qui monte. Presque à l’intérieur de cette fente se glisse pour partie un candélabre noir très contemporain. Il est un des signaux  de la voierie qui doit être en bas.

Arrive le dernier élément, en guise de socle, cette fois-ci c’est la terre brute à nue qui dessine une ligne descendante qui va du bas gauche vers le bas droit. Cette terre brune, qui sent encore le bulldozer du chantier, n’a pas encore eu le temps de se reconstituer une protection végétale. Clairement il lui manque le vert du Ier cliché.

 

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La troisième photo. Elle est celle qui tourne dans la tête depuis le début, celle sans qui les autres littéralement n’existeraient pas. Elle leur est également intimement liée. La raison en est que c’est celle qui abrite les outils et les travailleurs qui les utilisent. Cette cabane de chantier est la construction qui précède les autres. Pour elle aussi, on peut  parler de couleur, de volumes et de lignes pour la composition.

 

Cette petite maison bricolée par les ouvriers est de fait quasiment sans couleur, tellement la tôle est d’un gris clair si clair qu’on ne doit pas voir sa couleur les jours de pluie. Elle doit se fondre dans la brume qui recouvre tout.  D’une hauteur modeste, sa forme est vraiment très simple ; elle s’adapte à l’espace disponible au sol. Elle semble plus rectangulaire que carrée. Son toit est recouvert d’une bâche simplement posée qui tient peut-être avec quelques pierres.   

 

La cabane dispose d’une porte qui s’ouvre sur la rue. Elle montre à l’intérieur une belle plaque rouge et blanche Coca Cola soulignée d’un effet vague impressionnant. C’est quasiment une boisson nationale là-bas. C’est la seule touche de couleur, un rouge qui rappelle le rouge du premier immeuble. Seul un fût placé sur la voierie anime le Ier plan en bas. Plus que le volume, ce sont les lignes qui s’éclatent en un formidable jeu de mikado. Tout en bas au sol, Il y a l’asphalte de la rue et son trottoir. Ensuite on trouve celles multiples des plaques de tôles posées là où reste un trou. Elles sont le plus souvent posées horizontalement avec parfois aussi verticalement, quand la plaque s’adapte mieux ainsi. Pour l’instant, le décryptage est simple. Arrive maintenant le compliqué. Il s’agit de la partie supérieure au-dessus de la cabane. On voit une bande blanche qui semble monter. En arrière de celle-ci, se trouve une façade d’un immeuble de bureaux à larges fenêtres qui tracent des lignes verticales et horizontales qui nous apparaissent en oblique. Et il y a une partie arrondie métalliques dans l’espace gauche en haut qui complique encore cette densité visuelle.   

 

 Ce cliché n’a pas d’acteurs visibles, comme les deux autres clichés d’ailleurs. Sauf que là, la porte est ouverte, vraisemblablement à la demande du photographe. C’est la seule fois où l’on en voit une et où elle est ouverte. Il ne reste plus de présence de végétation comme il y en avait sur le cliché n°1, ni de terre comme sur le n°2. La couleur a disparu, ainsi que le lampadaire. L’accent chic mis sur la forme et les lignes s’est évanoui. Reste un abri construit aujourd’hui, démonté le lendemain quand le chantier sera terminé. Une nouvelle histoire commence…là où il restera de la terre disponible.      

                                                                                 *

Quelques mots sur Mexico. Elle est une des villes les plus peuplées au monde, qui regroupe à elle seule près de 20 millions d’habitants à près de de 2300 mètres d’altitude. Située dans une cuvette où stagne souvent la brume et entourée de montagnes, elle connait une densité de population impressionnante. Elle subît une très forte pression à la construction du fait de la conjonction de ces éléments. A l’ouest de la ville, s’élève désormais ce quartier d’affaires de Santa Fe  constitué de grands immeubles qui deviennent l’emblème de la modernité du Mexique. C’est l’endroit choisi par le photographe pour exprimer sa vision de la ville d’aujourd’hui à Mexico et de demain, ailleurs.                                                                          

                                                                                * 

Pourquoi trois photos. C’est une question de non-équilibre actif. Une photo parle sans conteste. Elle peut exprimer toute sa puissance sans être obligée de composer avec une autre. Deux photos peuvent coexister sans problème. Elles se parlent ou pas, tout dépend du choix qui est fait. On reste alors dans un monde clos où chacun a sa place, comme l’Ancien et le Nouveau-Monde, comme les Nantis et les Autres, comme sous l’Ancien Régime avec ceux qui roulent carrosse et ceux qui vont à pied...Ici, à Santa Fe dans ce nouveau quartier d’affaires construit à l’ouest  de la conurbation urbaine de Mexico, la distinction se ferait plutôt entre ceux qui vont à pied ou attendent le bus sous la pluie et ceux qui sont motorisés.   

 

En deux mots, c’est le vrai et pur système binaire, celui qui est le nôtre. Il offre des tas d’avantages en simplifiant notre façon de voir le monde et d’en parler. A trois, la situation se complique, il y a déséquilibre et le choix devient plus difficile et donc moins déterminé, plus tonique en un mot, donc plus stimulant.  A toute question, il y a toujours trois réponses Oui, Non et Autre. Ce « autre » vient d’une autre culture qui se juxtapose à la nôtre, dans un changement perpétuel et ouvert.    

                                                          

Pour suivre le chemin

. Le site minimaliste de Nicolas Landemart pour Paris http://landemardnicolas.perso.neuf.fr/      

. Un autre site plus descriptif du photographe, avec une présentation par thèmes http://nicolas.landemard.free.fr/www.nicolaslandemard.com/PHOTOGRAPHIES.html

 . Mexico-Manhattan // photographies de Nicolas Landemardest une exposition qui s’est tenue à Bruxelles à la Maison de l’Amérique et à L’ambassade du Mexique en Belgique, www.america-latina.be, 27 rue du Collège 1050 Bruxelles, du 27.11 au 14.12.2009         

http://www.quefaire.be/mexico-manhattan-175177.shtml

http://blog.zphoto.fr/exposition-photographique-de-nicolas-landemard-mexico-manhattan/

. Voir aussi d’autres séries du photographe, sur Cuba par exemple http://www.reporters.be/photographers/show/52    

. Voir les activités de la Maison de l’Amérique latine, 27 rue du Collège, 1050 Bruxelles, 32 (0)2 535 93 80  sur http://www.america-latina.be/       

. Photos de Nicolas Landemard, avec son autorisation pour la reproduction et mes plus vifs remerciements.  

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Collection Emmaüs > La ronde des arbres bleus > Tableau

16 Septembre 2014, 10:06am

Publié par Elisabeth Poulain

Ma collection Emmaüs d’abord n’est pas une. D’abord parce que je ne collectionne pas. Collectionner supposerait une volonté certaine d’accroître le nombre de tableaux, leurs « qualités », leur typicité… Puisque collectionner amène toujours à se spécialiser pour se différencier et aller vers plus de finesse dans le domaine qu’on s’est choisi après réflexion, avec aussi une part de hasard. Voici pour le premier point.  

Ensuite, j’aime faire tourner les choses.C’est dire qu’un tableau par exemple va changer de place, parfois pour certains être mis à l’honneur un certain temps. Le temps qu’un jour, je me dise, non pas « ah, il faut changer » mais « tiens, et si je mettais celui-là ici, plutôt que là ? ». Le temps venu aussi, pour certains, de faire retraite dans des placards... ou même parfois de partir ou repartir vers... Emmaüs.   

La ronde des arbres bleus, Collection Emmaüs

Le titre. Il s’agit bien d’un tableau d’une série que j’appelle et c’est vrai « Collection Emmaüs ». Cette désignation pour moi regroupe des peintures, des photos, des dessins… d’amateurs qui ont été achetés au fil du temps, non seulement par moi mais par d’autres membres de la famille qui, eux, manquent de place justement dans leurs placards. C’est dire que je fais office de pool de rassemblement parfois définitif, parfois transitoire, d’un certain nombre de tableaux le plus souvent achetés dans un centre Emmaüs ou dans un autre centre du même type, Oxfam, par exemple à Bruxelles.

En commun, ces tableaux ont une certaine fraîcheur qui ressort encore quand la technique n’a pas uniformisé d’une façon discernable le travail du peintre amateur. Une fraîcheur qui peut porter le nom de naïveté ou de maladresse, il importe peu quand ressort cette petite vibration ou le plaisir, la tension que le peintre a pu ressentir et voulu transmettre. Je trouve cela émouvant, tout comme le geste des héritiers qui ne veulent pas vraiment jeter une toile qui ne leur plaît pas et qui préfèrent l’apporter à un Centre Emmaüs « des fois que ça plairait à quelqu’un ».       

La ronde des arbres bleus, Collection Emmaüs

Cette « ronde des arbres bleus ». C’est un titre totalement inventé et qui me plaît bien. En réalité tout ou presque est bleu dans ce tableau de 46 cm sur 38, donc les arbres aussi. Il est signé  par « filip »   qui a soigné son style de graphie dans le coin bas droit. A l’arrière du cadre, en haut au centre, on peut lire  au feutre noir entre tirets et en majuscules  " - INCULPE – "   sans accent sur le E. Sur la longueur du dessous, il y avait une longue phrase que le peintre, je pense,  a pris soin de masquer tout du long bien soigneusement. On peut penser qu'il y a une autre peinture dessous qui devait porter ce titre bizarre d'inculpe .  

La forte originalité de cette toile est d’être entièrement bleue avec des variations bien entendues et quelques jetées de couleurs autres pour suggérer l’ombre, la perspective, l’arrondi et les feuilles des arbres.     

La composition ensuite. Elle est curieuse,comme le montrent ces quatre troncs d’arbres  qui partent du coin gauche vers le centre de la toile, comme pour aller à la rencontre de l’arrondi qui part du coin droit pour rejoindre le centre de la hauteur de l’autre côté.

Les feuilles sont plus jaunes vers le côté gauche. Quelques-unes volètent encore vers le côté droit. D’autres sont déjà rassemblées dans le creux de l’arrondi, un jaune bienvenu pour que Filip ait pu apposer sa signature. Quant au bleu, il appartient à la gamme turquoise, à l’exception de la partie plane en bas  et de l’arbre dont on ne voit que le tronc presque noir. C'est là d'où vient l'ombre de la nuit.

On peut aussi procéder à une seconde lecture de l'ensemble et comparer chacun des quatre rectangles formés par les médianes verticales et horizontales, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

. Le 1er rectangle part du coin droit inférieur où se trouve la signature. Il est composé de deux parties, chacune comprenant deux sous-parties. Le bas est composé par l'ombre de la nuit et de l'ombre de l'arbre du haut, avec pour le haut, la ligne dense formée de feuilles de couleurs, qui  disparaissent petit à petit.

. Le rectangle n° 2 - juste au-dessus - est très uniforme, avec un bleu plus clair pour le fond et quelques feuilles qui volètent. C'est le rectangle le plus calme, qui a pour fonction d'apaiser.

. Le 3e rectangleà gauche en haut porte la ramure des arbres, en fait surtout celui du haut. C'est là que s'exprime la puissance du tronc avec ses fortes branches qui irradient.

. Le rectangle n°4 en bas à gauche a pour objet de porter toute la structure des arbres ancrés dans le sol qui envahissent le ciel, quand tombe la nuit. Le bleu noir alors envahira la toile, qui du coup mangera la couleur jusqu'à ce que tout soir noir...

Un tableau que j’imagine avoir été fait d’un seul coup, à l’instinct et pourtant avec réflexion préalable, pour utiliser une toile qui avait déjà servi ou qui aurait du servir à un autre projet. Un geste d’énergie pour tourner la page. En montrant comment la tombée de la nuit monte du sol pour envahir l'ensemble...jusqu'à cacher le souvenir.  

Pour suivre le chemin

. Photo Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album "Couleurs et matières" sur ce blog

. Centre Emmaüs Angers sur  http://www.emmaus49.com/fr/emmaus-angers/bienvenue-p43.html

.  Centre Oxfam, Bruxelles, sur   http://www.oxfamsol.be/fr/Magasins-a-Bruxelles.html   

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Le domaine de Florent Baumard à Rochefort sur Loire, rue de l'Abbaye

13 Septembre 2014, 10:49am

Publié par Elisabeth Poulain

A Rochefort-sur-Loire, où se trouve le domaine Baumard, coule le Louet, un affluent de la Loire qui n’est pourtant pas très éloignée. C’est pourtant elle, la Loire, le plus grand fleuve de France, qui permet aux vignes plantées sur le coteau en rive gauche de bénéficier du célèbre  climat ligérien, sans oublier la belle lumière de Loire, qui donnent naissance à des vins parmi les plus célèbres de France et ceci depuis des siècles.    

Rochefort sur Loire, Baumard, Façade sur rue

Il faut bien ça pour célébrer à la fois tous les vins Baumard, les grandes appellations, comme les Savennières en rive droite de la Loire par où je suis arrivée, les Quarts de Chaume en rive gauche dans le Layon et tous les autres vins du domaine de 40 hectares qui court d’une rive à l’autre en tressant  un chant d’amour au travail des hommes, au plant de vigne, en respect à la terre, à la roche sous-jacente, au climat et au temps…

Rochefort sur Loire, Baumard, Façade d'entrée

Il est toujours plusieurs façon d’aborder un lieu, quel que soit l’endroit d’où on vient et ce qu’on cherche. Pour moi, c’est d’abord la Loire que j’ai traversée et ensuite arrivée à Rochefort, c’est la petite rue de l’Abbaye qui m’a guidée vers le domaine, le parc ensuite qui devient vigne sans rupture, avec les roses en célébration, après être  passée devant la façade d’entrée de la gentilhommière du XVIe siècle, puis en arrivant devant le chai très contemporain dont la façade joue avec le clocher de l’église proche.    

 Rochefort sur Loire, Baumard, la Gentilhommière  

Avant d’entrer dans le chai, qui focalise toute l’attention des invités,  juste derrière le domaine, commence la vigne qui se poursuit sur les coteaux pentus qui captent le soleil comme un privilège qui bien sûr ne va jamais de soi. C’est là, en pleine ville,  que commencent les vignes qui ont fait et font la renommée de cette petite ville de 2200 habitants.

Rochefort sur Loire, Baumard, entrée & vieux rosiers 

Ces vignes hautes sont plantées en rangs larges enherbés un rang sur deux, une innovation de Jean Baumard, le père de Florent. Elles rutilent de brillance, entourées par de très vieux rosiers qui ornent le portail de l’entrée autrefois utilisée pour entrer à Rochefort sur Loire venant des Ponts de Cé au sud d’Angers. 

Rochefort sur Loire, Baumard, Vignobles, vue vers la ville

C’est d’abord la vigne que j'ai voulu parcourir, laissant le chai sur ma gauche pour une découverte de cette belle parcelle qui est au cœur du jardin. J’ai d’abord entrepris de faire le tour de cette vigne, pour voir le coteau d’en bas et ensuite revenir vers le chai, après cette immersion d’un pas lent, sans chercher à aller vite, ni à forcer, comme pour percevoir la beauté de l’intérieur.

Rochefort sur Loire, Baumard, Chai

Au domaine des Baumard, tout parle du temps qui s’écoule et jamais ne s’arrête,  tout autant que du temps se fige, un court instant chargé d’éternité, celui de laisser une gorgée d’un des vins du domaine pleinement s’épanouir en bouche. Les temps aussi de demain et d’après-demain et de la transmission qui va de pair, qui s’inscrivent dans des cycles longs à faire tourner la tête.

Rochefort sur Loire, Laurent Baumard, Chai

Quelques dates pour commencer. La gentilhommière, qui porte le joli nom du Logis de la Giraudière, date du XVIIe siècle. La famille grand-maternelle de Jean Baumard  a commencé à travailler la vigne en 1634, en devenant propriétaire de parcelles qui sont toujours au cœur du domaine actuel. La famille ensuite est devenue pépiniériste, un métier qui est aussi un engagement de vie où le plant et la plante jouent un rôle essentiel. C’est en 1955 que Jean, le père de Florent, a pris le domaine en charge et commencé à acquérir de très belles parcelles en particulier à Savennières et dans le Layon, à Chaume, tout en revitalisant l’ensemble grâce à des innovations techniques. 

Avec quelques chiffres sur les vins Baumard, à débuter avec les deux types de vin, tranquilles et à bulles, les trois couleurs, avec des blancs très majoritaires, des rosés  et même deux rouges, les différentes appellations telles les Savennières, les Coteaux du Layon AOC moelleux, les Quarts de Chaume AOC moelleux en blanc, les Rosé de Loire et Le Cabernet d'Anjou en rosé, sans bien sûr oublier la distinction entre les célèbres clos de Savennières et les millésimes de la Réserve du Domaine et la gamme très connue des Crémants de Loire...

Rochefort sur Loire, Baumard, Chai, Dégustation

Florent Baumard à sa suite a pris la direction du domaine en 1987, qu’il a conforté de plusieurs façons.  Il a en particulier fait construire le chai actuel qui combine les atouts du haut de gamme, les avancées techniques telles que le bouchon à vis ainsi que la qualification et l’attachement du personnel à « son » domaine. Au plan des vins, il a à la fois resserré la gamme très large, conservé toutes les appellations, grandes et plus confidentielles qui font et ont fait la notoriété mondiale du domaine et élargi la palette avec par exemple ses Crémants de Loire. 

Les vins du domaine, qui ont ici commencé leur vie parfois déjà longue, impressionnent par leur diversité,  tout en conservant leur profonde identité ligérienne, dans plusieurs millésimes. Sur le site du domaine, par exemple chaque vin à la vente est présenté dans sa singularité avec sa fiche technique, les appréciations qui ont été faites, son prix et ses autres modalités de vente.

Baumard, Rochefort s/Loire, Coteaux du Layon, le paon

Cette démarche très claire, très anglo-saxonne aussi, est fort appréciée des acheteurs étrangers, en particulier américains. Ce sont eux qui permettent tout particulièrement de conserver les Quarts de Chaume dans la gamme.

Baumard-Quarts de Chaume-grains de raisin surmûri-Layon

Le respect de la terre, celui du plant et de la vinification, sans oublier la préservation du vin grâce au bouchon à vis, vont de pair aussi avec l’écoute du marché, la connaissance de la demande des acheteurs et la fidélité aux distributeurs. Il  n’y a pas d’antinomie comme encore trop souvent on le pense en France. La qualité est globale et l’innovation perpétuelle. C’est ce que Florent Baumard a appris après ses études en France. Il est allé poursuivre sa formation en partant à la découverte du monde tel qu’on le vit, tel qu’on le voit particulièrement en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, une forme essentielle de connaissance pour un monde, celui du vin en particulier, qui ne connait plus de frontières. Cette ouverture et une démarche très active de prospection, de finesse  et de fidélité permettent de comprendre pourquoi le domaine vend une grande partie de son    chiffre d'affaires en Grand-Export.  

Baumard, vignes, vélo, Rochefort sur Loire

Pour ma part, il est temps de repartir en passant près du vieux vélo adossé à un arbre et plus loin admirant les belles roses du domaine.  

Pour suivre le chemin

. Découvrir le site impressionnant de clarté et d’ouverture du Domaine Baumard sur  http://www.baumard.fr/

. Voir sur Facebook des séries de clichés remarquables du vignoble Baumard https://www.facebook.com/VinsDeLoire.Baumard

. Voir en particulier l'appréciation sur Florent Baumard et les vins de son domaine sur http://vintuswines.com/estates/domaine_des_baumard  

. Voir ausssi http://www.vinsvignesvignerons.com/Regions/Loire/ANJOU-SAUMUR/Les-appellations/(aoc)/Les-appellations/Quarts-de-Chaume-A.O.C    

A lire dans "Vins de Loire Magazine", n° 1, une interview de Patrick Amara avec des photos de Yolande Mignot sur "La saga du Domaine Baumard"  

. Relire "Un grand vin du monde, Le Quarts de Chaume" de Jean Baumard  

Rochefort sur Loire, Baumard, sortie, vue vers la ville

. Retrouver la ville de Rochefort sur Loire sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Rochefort-sur-Loire

. Photos Elisabeth Poulain, à retrouver dans l’album « Le vin dans tous ses états » ... et la photo signée Baumard par Baumard of course.

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Le vent > Le chant des ganivelles, au bord de la mer, dans les dunes

9 Septembre 2014, 11:16am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Dur, dur de parler avec des mots, du vent, de sa force, de son imprévisibilité… sur la côte littorale atlantique, dans son action sur le sable des dunes érodées par les estivants et par…les tempêtes d’hiver et le vent lui-même.

Blog 09.09.27 051

Le vent d’abord. Il est par nature insaisissable. Le savent bien les Bretons qui dès l’automne sont amenés à condamner certaines fenêtres placées en frontal dans l’axe des vents d’Ouest, ceux qui accompagnent les grandes marées  d’équinoxe et les tempêtes fréquentes dans l’Océan atlantique. Même les gros volets de bois barrés à l’ancienne d’un Z à l’intérieur laissent toujours passer l’air qui siffle à nos oreilles. Le phénomène est bien sûr accru lorsqu’il s’agit d’une maison située directement face à la mer.

Le vent, une force agressive. Une de vos premières priorités est de préparer la maison à affronter le vent, en vérifiant si toutes les ardoises du toit sont bien fixées, si les portes, volets et fenêtres ferment bien, si les cupressus plantés vers 1860  sont encore en bonne forme, en visant particulièrement les grosses branches bien trop proches de la maison. L’autre domaine d’agression du vent, couplée à celui de la mer, est celui de la dune de sable.

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La fragilité des dunes. Chacun a pu constater combien les dunes sont fragiles. Constituées essentiellement de sable, heureusement renforcées par des oyats, elles n’offrent aucune résistance à la force des vagues venues d’en bas, accrue par celle du vent d’hiver qui fait littéralement voler le sable en surface, au moins celui qui n’est fixé par les racines traçantes des oyats.

Cette double agression est renforcée par le piétinement des estivants l’été, pressés d’arriver le plus vite à la plage et l’eau. Pour eux le chemin le plus rapide est celui qui descend en ligne droite du haut de la dune vers le bas. C’est ce que montrent les dunes fendues par ces sentes perpendiculaires qui ont tendance à se creuser et à accélérer d’autant l’érosion des dunes.

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La ganivelle est une réponse à ces dégradations préoccupantes. C’est une clôture qui est vendues en rouleau formée de branches fendues à la main de châtaigniers, réunies entre elles par une double torsion du fil de fer simple (non barbelé) sur trois hauteurs. Sa hauteur est variable, selon l’usage auquel ces rouleaux sont destinés.

. La ganivelle-clôture. Elle a pour fonction d’empêcher les gens de courir droit à la plage en écrasant tout sur leur passage. Son efficacité est tout à fait réelle. Il suffit simplement qu’elle soit d’une hauteur suffisante pour les empêcher de passer par-dessus, en allant tout droit. Le sentier va donc descendre en pente faible et longue vers la plage, quitte à faire des zigs-zags.   D’autres municipalités préfèrent limiter le nombre de descentes autorisées et n’aménager que quelques descentes en ligne droite. C’est le cas par exemple à Brétignolles-sur-Mer en Vendée. Mais il est d’autres  fonctions assurées par ces ganivelles.

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. La ganivelle-capteuse de sable. Elle a un pouvoir bien connu des Anciens qui vivaient au bord de la plage. Certes la ganivelle est bien une clôture. On en oublie de dire que les branches ne sont pas jointives. Elles laissent de  l’espace entre chaque latte par lequel passe le vent, lequel vent est chargé de sable.

Le vent chargé de sable le plus léger, celui qui est en surface, se casse sur les dunes et décharge partie de son sable sur les ganivelles. L’hiver, la ganivelle devient la meilleure alliée des dunes sous l’effet du vent. Ses parties pleines en bois freinent le vent qui se décharge en sable tandis que l’espace vide laisse passer le vent lui-même.    La ganivelle est un pousse-sable très efficace qui regonfle la dune en sable.  Mais la ganivelle a encore d’autres avantages.

Blog 09.09.27 056

. La ganivelle, un graphisme incomparable, perceptible aux photographes. Quasiment toutes les ganivelles peuvent se décliner en photo. Neuves ou fatiguées par une vaillante résistance au vent, elles se présentent en isolées ou parallèles quand elles bordent un sentier. Presque toujours elles sont associées à l’oyat qui a tendance à les dissimuler, car la plante développe ses racines au fur et à mesure que la ganivelle disparait sous effet de l’accumulation du sable. L’une monte tandis que l’autre donne l’impression de descendre. Il y a un joli jeu à trois partenaires entre le vent que rien n’arrête, la plante toujours traçante et le bois statique.  

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Tant de qualités ne sauraient faire oublier en outre que cette clôture est d’une pose simple - il lui suffit de gros poteaux d’ancrage enfoncés directement dans le sable – et d’un coût relativement modeste. Sa faculté à disparaître sous l’amoncellement du sable oblige à la renouveler dès lors qu’elle est d’une hauteur trop faible pour empêcher les promeneurs de passer, le vent d’être freiné et son chant stoppé faute d’interstice où le vent peut se faufiler.  Il reste à citer un dernier atout de la ganivelle auquel personne au départ n’avait pensé.

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. La ganivelle, ambassadeur du développement durable, promoteur du sac plastique et vecteur publicitaire efficace. La publicité a ceci de remarquable  qu’elle est capable de s’emparer de n’importe quel thème, de le retourner à son profit et de le transformer en agent de la marque. C’est le cas de Leclerc, le réseau français de grande distribution pour promouvoir la norme spéciale « NF Environnement - sacs cabas – NF 340 ». Le texte écrit en blanc sur fond d’un ciel bleu clair d’été précise : « Cette marque NF Environnement conjugue qualité et environnement. Pour votre confort et un plus grand respect de l’environnement, ce sac a été conçu pour être réutilisé de multiples fois. Pratique et solide, il limite ses impacts sur l’environnement grâce à son procédé de fabrication et à sa composition ». Pour plus d’informations, contacter AFNOR certification au (0)1 41 62 80 00 ou sur www.ecolabel.fr ». Il est accompagné du logo de la norme, le monde et une feuille d’arbre qui le recouvre en partie .

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La photo sélectionnée. Elle est excellente. J’ose croire que c’est une vraie, au sens où elle a été prise « pour de vrai » au bord d’une vraie mer, avec cette dune très proche du bord de l’eau, ce sable blond clair qui a déjà recouvert ces tiges de ganivelle déjà malmenées. Vous remarquerez qu’elles n’ont pas de pointe en haut. Elles sont coupées net au raz, à l’ancienne pourrait-on dire. Actuellement, on trouve surtout des pointes au bout, ce qui à mon goût dénature la ganivelle. Cette dimension guerrière dissuasive me semble contraire à la philosophie de ce type de protection. Sur la photo, les touffes d’oyats devant sont magnifiquement mises en valeur. Elles se détachent sur fond du sable de la plage et de la mer très calme, avec ses petites vagues. Le fond de la baie est formé d’une dune couverte d’arbres. Une dernière remarque. La photo montre aussi qu’il serait temps de revoir le dispositif  de cette clôture qui ne protège plus la dune. On voit clairement des traces de pas des deux côtés... C'est dire qu'elle ne joue plus son rôle; il est temps de la remplacer.                  

     Blog 09.09.27 031 

Une dernière photo pour la route, qui montre que la seule clôture tolérable l'été sur la plage est bien la ganivelle et qui a le mérite, l'hiver, de pouvoir être facilement enlevée.

Pour suivre le chemin

.  Découvrir la ganivelle à acheter, avec de belles photos, sur   http://www.la-cloture-chataignier.fr/Cloture-Chataignier-en-rouleau

. Admirer aussi un poster intéressant de ganivelles sur  http://www.affiches-et-posters.com/photographies-ap-5/affiche-ganivelles-p-4871.html?gclid=CMCy_6vm0cACFQoCwwodDz4Ayg#nofollow/2/           

. Photos Elisabeth Poulain prises en Vendée essentiellement à Brétignolles-sur-Mer et à La Tranche-sur-Mer pour la n°2… à retrouver dans le sous-album Mer-Eau2 à l'intérieur de l'album-mère Mer-Eau; Aldo Soarez pour le sac publicitaire, avec mes remerciements.  

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