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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Photos > Mc Do, la Statue de la Liberté & le Flambeau > Rouen Barentin

12 Octobre 2013, 18:13pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Des photos presque sans paroles, mais avec quelques mots quand même, si non, ce serait trop dur de les envoyer dans le vaste monde sans un petit mot d’encouragement de ma part.

Le lieu. C’est à Barentin, au Nord-Ouest de Rouen, vraisemblablement le samedi, quand tout le monde fait ses courses hors la ville, au même moment dans des zones commerciales bondées de voitures, pour cause de développement durable.

  Mc Do, Statue Liberté, Arrivée,1, Rouen, Barentin             

Le temps. On était au mois de novembre par un temps superbe d’arrière-saison, comme on en a parfois, souvent ( ?) en Normandie. On se serait cru alors plutôt fin septembre après les grandes marées.

Le déclic. Il s’est fait à l’arrivée dans la zone. L’encombrement m’a permis de voir la Statue de la Liberté sur un rond-point un peu plus loin. J’ai sorti l’appareil et commencé à prendre un cliché de loin, puis deux…   

 Mc Do, Statue Liberté, Zavatta, 2, Rouen Barentin

Le cirque Zavatta. Il y avait un grand clown qui s’appelait Achille Zavatta ; il était membre d’une grande famille du cirque. Lui n’est plus. Le cirque a dû bien changer mais l’aventure continue, avec cette habitude héritée du XIXe siècle d’annoncer son arrivée par des panneaux multiples et variés, qui fleurissent sur la pelouse comme les tulipes de Hollande en Hollande.

 Mc Do, Statue Liberté, 3, Rouen Barentin      

L’approche. Je commence à voir l’enseigne du restaurant Mc Donald légèrement sur la droite en arrière de la statue. Y-aurait-il un lien entre les deux ?  

De l’humour Mc Do ? Du mécénat?     Une idée commence à germer dans mon esprit : et si c’était Mc Do qui nous annonçait l’Amérique vue du loin, comme si les émigrants du Mayflower avaient pu être accueilli ainsi ?  Une proposition bien propre  à séduire les collectivités diverses et variées, très ouvertes sur la culture et qui ont leur mot à dire dans la gestion de l’espace public d’une zone commerciale à haute fréquentation. La preuve, la statue est là.Mais c'est juste une idée, sans certitude.

  Mc Do, Statue Liberté, 4, Rouen Barentin

C’est le flambeau qui attire mon regard.La statue oui, mais plus certainement le flambeau avec à sa hauteur le panonceau Mc Do, qui n’est guère loin. La voiture avance. Oui, ils l’ont fait. Ca y est, c’est fait, la rencontre a lieu, la voiture continue doucement à rouleur.      

« STOP » ai-je crié à ma conductrice préférée. La Statue de la Liberté porte de son bras levé le panonceau Mc Do en lieu et place de la torche qui éclaire le monde.

Mc Do, Statue Liberté, 5, Rouen, Barentin 

Le rond-point arrive. La statue redevient une copie en polyesther de l’œuvre conjointe du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi, de l’ingénieur français Gustave Eiffel et de l’architecte américain Richard Morris Hunt pour célébrer l’amitié franco-américaine. Elle atteint quand même ses 13,5 mètres de haut. Sa présence ici sur cette butte de terre en surélévation  n'est pas un hasard. Elle est due à la volonté du maire à qui cette statue a été donnée par Gérard Oury. Il l'avait fait faire pour son film, Le Cerveau (1973) avec Bourvil et Belmondo. Barentin possède 160 statues de sculpteurs,dont certains sont célèbres comme Auguste Rodin, Paul Belmondo (le père de Jean-Paul), Antoine Bourdelle...

Mais ça, je l'ai appris plus tard, tant j'ai été intriguée par la présence de cette "Liberté éclairant le monde"!     

 

Pour suivre le chemin

. Plus que quelques informations, sur la statue de la Liberté à l'entrée du port de New York, avec de belles photos sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Statue_de_la_Libert%C3%A9 

. Voir aussi Barentin, avec son fabuleux viaduc sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Barentin_%28Seine-Maritime%29

. Dernières nouvelles: la Statue de la Liberté ré-ouvre demain dimanche 13 octobre 2013 ses portes à New York malgré le « shutdown » (blocage des finances US)  

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album "Mc Do" sur ce blog

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La Garde de l'Yser dans la Boue et l'Eau > Les Chemins de Bois > Guerre 14-18

11 Octobre 2013, 19:42pm

Publié par Elisabeth Poulain

Je reprends le titre de l’article de l’Illustration en date du 17 février 1917. Les historiens préfèrent  maintenant  parler du « Front de l’Yser ». L’un ou l’autre titre ne traduise pourtant pas la réalité physique de cette garde ou de ce front. On garde un bien tangible qu’on peut saisir dans la main ou toucher s’il s’agit d’un mur d’enceinte par exemple. Dans le cas de cette petite rivière, il s’agit de veiller à ce que l’ennemi, les troupes allemandes, ne puisse atteindre la mer. Et c’est l’eau qui a servi de défense horizontale toujours mouvante et changeante. 

Inonder les terres basses de l’Yser, situées en dessous du niveau de la mer fut la  solution proposée et mise en œuvre par le marinier-éclusier belge, Henri Geeraert, sur l’accord express d’Albert Ier, roi des Belges. L’éclusier dut ouvrir par trois fois les écluses de Nieuport, proches de la mer du Nord, pour arriver à inonder la zone  que ne devaient pas franchir les soldats allemands. L’objectif, qui était de les empêcher de passer sur la rive ouest et de là passer en Angleterre et en France, fut pleinement atteint et ce jusqu’à la fin de la guerre. Au cours de cette période, deux percées allemandes furent très vite repoussées. 

L’article de l’Illustration signé par L. Dumont-Wilden. Il est remarquable, très complet, très bien documenté, précis et en même temps retenu. Nous sommes en 1917, cela fait maintenant trois ans que la guerre dévaste toute cette zone fragile de polders, du fait de sa mixité terre-eau, à la terre riche et grasse avec « des champs les mieux cultivés du monde ». L’inondation a fait ressurgir l’eau là où sa présence avait été canalisée, optimisée, repoussée là où il le fallait, à coup d’un travail incessant de générations d’hommes directement impliqués dans les missions des « wateringues ». L'eau a certes bloqué l’ennemi. Elle a aussi rompu les équilibres naturels entre la terre et l’eau, l’eau douce désormais devenue salée. Elle a coupé les sentiers, désorganisé les liens entre les hommes et les liaisons de toutes sortes. « Le beau jardin de Flandre est aujourd’hui pareil aux marais qui arrêtèrent les légions de César ».  

La terre était une éponge gorgée d’eau. La guerre de 1914-1918 a été une guerre de tranchées, avec des tranchées qui se remplissent de l’eau de la pluie qui tombe en abondance dans ces régions océaniques. Mais il n’y a pas que cette eau venue du ciel. Sur le front de l’Yser, il y a eu aussi l’eau qui sourdait du sol. Entre les deux, il y avait les soldats qui devaient sans cesse refaire les tranchées, colmater les parois autant que faire se pouvait, lutter contre l’eau et le froid tout en assurant leur mission.  

Il s’agissait d’une vraie question de vie ou de mort. Les hommes étaient fatigués. Ils avaient froid. Ils étaient toujours mouillés. Ils vivaient littéralement dans la boue et l’eau. Cela faisait maintenant trois ans que le pays était inondé. Il avait fallu parer au plus pressé et en particulier faire une nouvelle cartographie en repérant les voies encore utilisables par les charrettes tirées par des chevaux pour acheminer les hommes et le matériel. Tout en créant sur place aux postes de guet et aux autres points stratégiques des chemins de bois pour le passage des hommes, des fournitures de guerre et leur approvisionnement.  

Des chemins de bois furent installés par le génie belge pour répondre à tous ces besoins. Ce travail vital pour la défense du pays fut très lourd à effectuer et sans cesse à refaire, comme on peut l’imaginer dans un pays en guerre, contre l’armée allemande bien plus  forte en nombre que l’armée belge avec l’aide ponctuelle  des alliées. Outre cette dimension logistique et militaire,  il fallait rassurer les populations et les forces alliées sur la solidité du front avancé belge.

Des photos furent prises l’hiver par le service photographique de l’armée belge à cet effet. On y voit des soldats bien habillés, avec des vêtements chauds d’hiver assurant « la garde de l’Yser ». Un seul cliché provient de l’armée française. Elle montre le général Lyautey, ministre français de la guerre, en visite sur le front belge.   

La-Garde de l'Yser-Guetteur-Zone-inondée-Ph-n°1

. 1. Le Ier cliché a toujours une importance singulière. Parmi les sept photos de l’article de  plus de  deux pages et demie de L’Illustration, il est celui qui donne le ton. Son nom est « Guetteur dans un petit poste de la région inondée ». Il  ouvre l’article en  montrant un guetteur abrité dans sa tranchée, accoudé contre la paroi revêtue de sacs de sable. On voit nettement une grande surface d’eau, avec une estacade menant à une ferme située dans le coin gauche.

La Garde de l'Yser-Convoi-Artillerie-Route-belge-Ph-n°2

. 2. Le second cliché de cette même page 138 donne à voir des fantassins marchant aux côtés des charrettes sur des routes recouvertes de boue. Des arbres bordent la route, à côté d’un fossé profond. Dans le fond, on devine une ferme. Il s’agit d’un « Convoi d’artillerie sur une route belge ». Son intérêt était de prouver que l’armée pouvait acheminer ce qu’il fallait là où il le fallait, si non les petits postes avancés n'auraient pu tenir. Qu'aurait pu faire ce guetteur seul devant l'ennemi,  sans l'aide en arrière d’autres hommes avec des chevaux, les vivres  et le matériel?

La Garde de l'Yser-Marche-difficile-Ph-n°3

. 3. La troisième photo en page 139 est intitulée « Marche difficile ».Deux hommes s’apprêtent à marcher avec chacun un pied sur la terre gelée et l’autre sur la piste en lattis –c’est la dénomination officielle de l’époque – que les soldats belges appelaient eux « un fond de bain ». On pourrait aujourd’hui dire que c'est un chemin de bois, parfois monté sur pilotis sur terre  et toujours en zone inondée.            

La garde de l'Yser-Sentinelle-Yser-Ph-n°4

. 4. La quatrième photo est certainement la plus forte. « Une sentinelle de l’Yser » est encore plus grande que la première ; elle occupe une pleine demi-page dans le bas de page 139. On y voit un soldat chaudement vêtu, sorti de casemate de sacs de sable, avancé sur la piste de lattis sur pilotis. Il regarde l’horizon de ¾ vers le haut gauche du cliché, avec sur sa droite une grange qui a conservé son toit de chaume et les pieds dans l’eau. Un long chemin sinueux de bois se déploie à la surface de l’eau entre la grange et l'abri. Des morceaux de bois d'un ancien chemin flottent à la surface.   

La Garde de l'Yser-Convoi-Artillerie-Route-belge-Ph-n°5

. 5. Le cliché, situé en page 149 est de dimensions modestes. Il est vrai qu’il est moins parlant, moins fort émotionnellement. Il aurait pu être pris en période de paix. Il montre « le ravitaillement par eau » grâce à une plate qui permet d’emprunter les canaux et de passer sur les ponts. Ce sont des paysans que l’on voit et pas des soldats. Dernier point, on ne sait pas si on est loin ou proche de la ligne de « Garde de l’Yser.  »

La garde de l'Yser-Général-Lyautey-Front-belge-Ph6

. 6. « La visite du général Lyautey, ministre de la Guerre français, au front belge. » C’est la seule photo française qui montre le grand homme de profil dans son manteau de couleur claire par temps de neige. Les pistes en lattis sont larges. On voit une réserve les gros tasseaux de bois encore « emballés », qui devaient peser affreusement lourd  à transporter. C’est là-dessus qu’on marchait sans vide entre les « planches » épaisses. Les poteaux ancrés dans le sol étaient de section ronde. C’était facile de les distinguer.

La Garde de l'Yser-Pompe-à-eau-potable-Ph7

. 7. La dernière photo est consacré à « une pompe (qui) ravitaille les cuisines en eau potable ». Le temps semble plus doux ; visiblement, il  a beaucoup plu. Tout est mouillé, dans ce pays rendu à l’eau salée. La distribution d’eau potable fut un réel problème, plus que la nourriture semble-t-il. Ce  fut une question grave. En effet on sait par les archives de guerre que les soldats souffrirent de la soif et  de malnutrition à plusieurs reprises, en plus du typhus qui fit des ravages en 1914 et 1915. La pénurie de nourriture commença en 1916 et fut accentuée en 1917. Comme le remarque Frédérique Rousseau, un universitaire français spécialiste de la guerre 1914-1918 ", le front belge était le plus malsain de tout l'Ouest".

On comprend mieux dès lors le choix des photos, en décalage avec le texte même s’il reste toujours mesuré. Le journaliste a tout axé sur la souffrance de la terre et le contraste entre l'avant-guerre souriante avec des roses trémières dans les fermes (!) avec la désolation bien réelle qu'il a vue sur place. Les clichés avaient pour objectif de tranquiliser tant les familles restées en zone occupée par les forces allemandes que le reste des Belges et les forces alliées, de façon sinon à rassurer, du moins à ne pas peser encore plus sur leur moral. Les soldats belges furent les seuls de tous les soldats alliés à n'avoir pas pu revoir leurs proches pendant toute la durée de la guerre. Ils y gagnèrent leur forte réputation de « ténacité »  lors de cette véritable guerre du Front de l’Yser ou de ce qui n'était alors que "la Garde de l'Yser" pour ne pas effrayer.

Pour suivre le chemin jusqu’à Ypres en retrouvant après le polder de l'Yser 

. Voir le récit de l’inondation volontaire du Front de l’Yser sur la proposition d’un marinier-éclusier et l’accord du roi des Belges        http://www.nbbmuseum.be/nl/2009/05/1000francs_battle-of-ypres.htm?lang=fr   

. Sur la situation des soldats belges sur le Front de l’Yser, lire le commentaire de Frédéric Rousseau, CRID 14-18, Université de Montpellier III, à propos  de la sortie de l’ouvrage « Des hommes en guerre, Les soldats belges entre ténacité et désillusion, 1914-1918 »  par Bruno Benvindo, Etudes sur la Première Guerre mondiale, bruxelles, Archives générales du Royaume http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/benvindo_rousseau.htm  

. Sur le Front de l’Yser, voir plus spécialement http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_l%27Yser#L.27ouverture_des_.C3.A9cluses

. Constater la violence des destructions causées par les bombardements allemands  plus loin dans les terres, à Ypres sur http://p3.storage.canalblog.com/37/88/1046708/79942024.pdf

. Lire l’étude très intéressante sur la muséification du paysage http://www.ryckeboer.fr/panofrag/index.php?option=com_content&view=article&id=2&Itemid=6&lang=fr

. Sur les wateringues belges, voir http://www.wateringue.be/fr/ ainsi que http://environnementwallonie.be

. Quelques mots sur L’Yser. C’est une petite rivière qui prend sa source en France, pour très vite passer en Belgique, en traversant des paysages de polders dans les deux pays,  avant bravement de se jeter dans la mer du Nord. Je dis bravement parce que son cours se situe  en dessous du niveau de la mer une bonne partie de son cours et surtout lorsqu’elle prend un coude à quasiment 90° pour enfin rejoindre la mer. Cette caractéristique n’est pas exceptionnelle sur cette côte littorale faite de dunes de sables et d’eau  entre le nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas.

. Photos Elisabeth Poulain à partir de L'Illustration du 17 février 1917. Les différences de coloris entre les photos viennent de la lumière, naturelle de jour pour les noires et celle de l'éclairage électrique pour les marrons. 

 

. Lire aussi le billet sur la reconquête de la rive nord de l'Yser qui suivit quelques mois plus tard dans   L'Offensive des Flandres, le Génie & les Passerelles de Liège, 14-18/17    

 

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MAP > Marcher Angers Penser > Traverser > Partager par la Parole

9 Octobre 2013, 17:04pm

Publié par Elisabeth Poulain

Rappel, MAP d’abord. C’est l’acronyme de Marcher Angers Penser. Une jolie façon de jouer avec les mots, personne n’ayant oublié que map signifie « carte » en anglais. Ca tombait bien car il s’est agi de marcher en cette fin de première semaine d’octobre 2013, après avoir écouté la veille des chercheurs et une consultante cogiter devant nous sur la marche en ville. Nous sommes partis marcher, nous, les écoutants de la veille qui sommes aussi des marcheurs, avec parfois aussi selon les groupes des universitaires de la veille.  

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-149

Le samedi après-midi  du jour suivant, a été dédié à la pratique urbaine selon cinq marches suivis de débats, chacune ayant sa typicité, en matière de paysage, de thématiques et de durée… Notre Marche, la n°4, avait pour nom « Traversée » à travers les quartiers. Je m’empresse de renommer notre expérience en « Traverser » pour faire ressortir la dimension active de ce partage de l’espace afin de percevoir les « variations d’ambiances urbaines » dans ce territoire nord-ouest de la ville en rive droite de la Maine.  

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-152

« Traverser » a une connotation active. C’est bien ce que nous avons fait, pour nous tous, chacun à notre façon, dans un groupe qui a eu le plus souvent des allures de fils d’araignée tant nous nous sommes étirés comme si nous avions éprouvé le besoin d’assouplir nos muscles, comme tout bon marcheur le fait régulièrement.

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-159

Traverser l’espace devrait s’écrire au pluriel tant les lieux par lesquels nous sommes passés ont été variés. Nous n’avons pas arrêtés. Nos semelles ont foulé des trottoirs de pierre blanche brillante, des allées faites tout spécialement à l’intention des promeneurs, sans même avoir l’idée de marcher sur la pelouse, des chemins divers, des petites rues avec des voitures dormantes avec nous marchant au milieu comme si c’était là notre place naturelle. Nous avons traversé des placettes avec des arbres, franchi une petite route avec de l’herbe, emprunté des sentiers de terre qui sentaient bon la motte humide et l’herbe foulée…

Nous avons aussi été troublés par la présence oppressante d’un tunnel d’un murs de schiste noir à ciel ouvert…senti la rapidité de la descente d’un escalier raide en béton neuf dur, pour tomber sur un mur de béton brut, avant de traverser un parc arboré ancien, celui du CHU, et déboucher à nouveau sur la brillance de la pierre blanche polie du Pont Confluence.

MAP-Angers-Marcher-Penser-2013-4-160

 Notre pratique du « Traverser ». Elle s’est faite spontanément sans chercher ce que nous allions voir, faire, ni où, ni comment. Elle a donc gardé le goût et la saveur particulière de la découverte, pas seulement du chemin, mais d’abord des autres en miroir, pour le plaisir d’être ensemble, sans forcément exprimer ce plaisir. Certains par exemple n’ont parlé à aucun membre dans le groupe, en ne s’adressant qu’aux quelques très rares personnes rencontrées dans la rue.  

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Traverser a été pour nous une démarche de liberté sur un tracé conçu par l’AURA pour nous faire percevoir des ambiances différentes au cours de cette marche urbaine de 2 heures dans une succession de séquences ayant en commun d'être situées aux marges de la ville construite à différents moments de l'histoire .

2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 187

Traverser a d’abord été une rencontre, avec les autres membres du « groupe entre nous »  et avec les autres. Entre nous au début du parcours, nous avons parlé du plaisir de la marche, à sa façon, en ville ou dehors, avec chacun sa façon personnelle de dire ou de faire. Au-delà des mots, nous avons partagé d’abord des façons d’apprécier le paysage en créant de nous-même des temps d’arrêt pour mieux voir et sentir. Avec les autres, ceux qui ne faisaient pas partie du groupe, les contacts se sont d’abord établis par le regard, puis par des mots pour finir par les murs qui parlent eux aussi. 

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Traverser s’écrit donc au pluriel, forcément. Nous avons eu à certains moments des temps d’échanges qui se sont imposés d’eux-mêmes. Parmi les thèmes que nous avons évoqués, sans jamais cherché à théoriser, ni à globaliser : les lieux de marche, le plaisir de la découverte, la rencontre de l’imprévu, l’acceptation du hasard, de l’entre-deux pour certains, la présence de l’autre, la recherche de l’isolement pour être soi avec soi, ces moments si précieux qu’apporte la marche, le partage d’un espace commun, la fluidité aérienne de la ville française pour la marche comparée avec ce qui peut se passer au Brésil et en particulier à Sao Paulo, les normes de la définition des espaces au sol… Sur ce dernier point, le constat a été général : nous n’avons vu personne dans les aires de jeux, au point que certains se sont posé la question de savoir « où sont les gens ?»

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Traverser, c’est d’abord marcher. Pour certains, rien ne remplace la marche urbaine pour appréhender la ville, la faire sienne, en sentir les vibrations, les pulsions, le bourdonnement en forme de ronronnements des bruits de la ville en marche, qui jamais ne s’arrête…Pour d’autres, le lieu importe peu, c’est l’isolement qu’ils recherchent. Un soi tout seul au calme avec soi, un bon « isolement », toute autre chose que la solitude (imposée).  On a aussi comparé nos « légèretés » quand les pieds nous emportent, celle de la marche, celle du vélo…Nous avons aussi beaucoup interrogés les murs de schiste noir dans le quartier des Capucins en fin de parcours.

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Traverser, ce n’est en aucun cas l’affaire du seul marcheur. Si marcher est bien un acte premier de liberté, marcher ne doit pas créer de contraintes supplémentaires, en particulier à la terre qui nous accepte - ou pas -  et aux gens qui habitent là. Il y a des endroits qui se traversent sans pulsion particulière du sol qui nous porte, d’autres qui n’ont pas encore eu le temps d’apprendre à émettre à nouveau des vibrations, d'autres plus rares qui émettent des bruits discordants, avant à nouveau d'entendre d'autres bruits...

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Traverser, c’est sentir, ressentir les vibrations de ces lieux petits ou grands, ouverts, oubliés, en profond re-façonnage…, ceux qui portent les panneaux « chantier en cours, interdit de passer. » Dans certains cas, on ne perçoit que très faiblement ces vibrations ; elles viendront mais plus tard. Il faut accepter les effets du temps long d’ancrage, avec comme mesure étalon, l’arbre. C’est lui qui est le principal vecteur de l’ancrage dans la terre, le ciel, avec les pierres hier et aujourd’hui le béton des bâtiments. Dans d’autres cas, les vibrations sont fortes. Elles parlent. Elles racontent une histoire mais pas toujours triste d'ailleurs. Ce peut être par exemple l'histoire d'un sentier qui passait par là et jamais ne s'en est allé.  

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Traverser certains lieux plus sensibles, plus fragiles aussi, renvoie le marcheur à sa propre responsabilité individuelle dans la longue marche de la ville. Il faut être sensible à la couleur de la terre, là où en particulier elle est devenue jaune. Elle a pris la couleur de l’argile qui signe les grands chantiers où on enlève la bonne terre arable du dessus, celle qui portait les légumes du potager, les fleurs près des habitations, les jeux des enfants jouant dehors ensemble à un endroit qu’ils avaient choisi, qui portait aussi leurs immeubles de la Reconstruction. Ce sont des sols que j’appelle des terres-bulldozers.

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Traverser est aussi un jeu de miroir où voir les autres, c’est se voir soi, pour mieux se comprendre, percevoir la ville, sentir les mutations du temps, comprendre ou du moins essayer dans une position d’ouverture au monde…. Ce sont des rencontres non programmées dans une société qui aime à donner une place à chaque chose, pour faire « propre » et ordonné. C’est d’abord ce que certains ont perçu, cet espace au sol à fonctions codées, là pour les jeux de boules, là pour les enfants, là pour les voitures… un endroit clos de murs en bois pour les hélicoptères qui transportent des accidentés ou des malades au CHU…

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Traverser ces grands espaces des Hauts de Saint-Aubin, c’est s’apercevoir qu’il y a peu de banc et quand il y en a,  il est mis en scène pour structurer ou parler. Plus loin, à Verneau, il reste deux témoignages visuels au lieu sensible de rencontre entre démolition, réhabilitation et programmation à venir. Voici une table 1950-60 (?) à pique-nique avec deux bancs en béton repeint en jaune, avec une petite fleur peinte sur le côté, avec des bancs en bois par derrière. C’est aussi cette photo grande taille d’un homme debout, les bras en l'air, sur un immeuble restant, apposée tout en haut près du coin droit supérieur, un homme qui veille, un ballon au pied…

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Traverser un lieu sensible demande de la sensibilité d’approche. Il y faut de la douceur, une certaine lenteur, sans effet de groupe aussi. Heureusement nous n’avons pas eu l’allure de ces touristes débarquant d’un car, qui sortent, visitent et remontent dans le car quasiment dans l’ordre dans lequel ils étaient assis.

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Traverser, c'est découvrir le vieux potager; c'est un endroit proprement magique qui a été pour beaucoup dans la différenciation qui s'est faite dans le groupe entre ceux qui étaient partis devant et nous autres les marcheurs, fondus d'admiration devant ce lieu plein de tendresse avec une cabane, son appentis, un petit chat entre les deux, blanc cette fois-ci, ses mauvaises herbes et ses allées bien nettes du côté des plantations. Et cet endroit, comme oublié des années 50-60, est juste à la marge de l'endroit qui a subi les tensions. 

Angers-Marcher-Penser-2013-4-237

Traverser, c’est savoir être léger, sans donner l’impression d’un groupe compact d’envahisseurs. Notre allure d’un ruban un peu indiscipliné  avec des trous a certainement permis d’atteindre cette symbiose légère dans le paysage urbain.   

Angers-Marcher-Penser-2013-Groupe-4-246 Traverser a été l’occasion pour Héloïse, une charmante petite fille de 5 ans, de créer son propre rôle dans le groupe de marcheurs. Elle a su apprécier nos rythmes de temps irréguliers. A nos arrêts pour cause d’échanges, elle dessinait ce qu’elle voyait, à commencer par le mignon chaton du début qui a marqué pour elle et pour nous le vrai début de la marche.  

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Traverser est  donc une histoire qui commence  par ce chaton visiblement orphelin. « Il était une fois un petit chat qui sortait de sa tanière creusée sous un bac en bois à plantes… » Il s’est réjoui de nous voir et nous aussi, car il a été signe de vie  dans cet espace planté d’arbres encore trop jeunes pour équilibrer par leur volume les immeubles cubes posés çà et là. Il s’en est fallu d’un rien qu’il fasse le chemin avec nous tant il se sentait seul.

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Traverser, c’est toujours rencontrer le temps, dans tous les sens. C’est là que nous avons notre première rencontre avec le temps, pas celui de la marche, mais celui de la ville, qui toujours nait, vit, se développe, meurt, renait, constamment, autrement, tout le temps. Ici, le temps d’installation est encore très récent, avec parfois des trouées dans le bâti pour ouvrir une fenêtre sur "un arbre d'avant". La terre qu’on ne voit pas sous le gazon sent toujours un peu le bulldozer des aménageurs. Le temps est encore suspendu ; les immeubles vus de l’extérieur prennent  lentement vie, surtout de l’autre côté de la rue à double voie par laquelle nous sommes arrivés en tram.

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Traverser le temps nous a accompagnés tout au long de la marche, avec tous les âges de la vie incarnés dans des personnes, que nous avons vus au cours de la marche : l’âge des différents membres des familles heureux d’être ensemble dehors à célébrer un très beau jour de fin d’été, l’âge de faire du vélo d’enfant, celui d’un jeune homme parlant dehors au téléphone près d’un immeuble promis à la démolition, des jeunes hommes que nous avons vus discuter guère plus loin sur un trottoir, avec les familles aux fenêtres en face, des hommes au travail faisant une pause sur l'herbe, plus loin une famille encore assise à la table d’un repas depuis longtemps fini pour le plaisir d’être dehors dans le jardin dans le quartier des Capucins…

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Traverser les étapes de la vie par les fonctionnalités des bâtiments. La liste  est plus courte car il ne s’agit plus de citer des personnes que nous avons vues et avec lesquels nous avons parlé mais des endroits fonctionnels avec des bâtiments que nous n'avons que devinés tant les murs sont hauts. Je cite, dans l’ordre de notre découverte, une maison de retraite avec des personnes âgées dont certaines ne sortent guère plus, avec en face, des bâtiments de congrégations religieuses accueillant autrefois des personnes en retrait dans la société religieuse et maintenant des personnes âgées, plus loin la maison mortuaire de l’hôpital pour ceux et celles qui ne sont plus et restent dans la mémoire, en passant par le  CHU qui prend en charge et soigne. Pour finir par le bâtiment en forme de vague douce de la maternité où on vient au monde sur cette rive droite de la Maine.   

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Traverser c’est aussi passer près d’un guéridon fleuri sur une terrasse au rez-de-chaussée tout près de la clôture en grillage. Il nous  dit cette volonté d’appropriation d’un espace où tout est neuf.  Avec en plus, une sorte d’invitation virtuelle pour le passant, en guise de bienvenue. Ou ces lions paisibles qui ornent les poteaux d’entrée d’une petite maison de la rue Yvette dans l’ancien quartier de Verneau, inclus maintenant dans les Hauts de Saint-Aubin. 

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Traverser permet de voir une dame sortir pour téléphoner à la table du jardin, avec son petit chien dehors, tous deux contents de nous voir passer. La dame a planté une vigne le long de son grillage de petite hauteur. On y voit deux belles grappes de raisins bien noirs. Plus loin, au premier étage, des personnes sur un balcon terminaient détendus un bon repas. Ils ont vue sur l’endroit le plus chaleureux, plein soleil, sur un bâtiment rond bas, qui fait l’objet d’un bel aménagement paysager, avec des plantes qui partent à l’assaut du grillage. Cet endroit si vivant est un parking à voitures, qui répond en clin d’œil à un autre parking à étages, quant à lui, tout en lignes verticales, droites, horizontales et obliques, situé à l’arrière de la Faculté de Droit. 

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Traverser, c’est marcher entre des voitures dormantes le long des trottoirs, avec une belle caravane des années 60 au début de la rue Yvette ou Yvonne, sans avoir vu une seule voiture roulante pendant notre parcours, avant de sortir par le CHU, devant le Pont Confluence. Nous avons rencontré une seule voiture dont le moteur était allumé. L’image qui reste dans la rétine est celle de ces voitures que l’on aperçoit dans ces deux grands parkings, un parking-tour-rectangulaire auprès de la Faculté de Droit et le parking rond bas qui sera bientôt, on l’espère, couvert d’une joyeuse et exubérante parure de verdure pour mettre un peu du désordre de la vie végétale là-haut sur le plateau.     

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 Plus loin aux Capucins, dans l’ilot des Chalets, une famille est restée à table à la terrasse, tant il fait faisait beau. Leur plaisir d’être ensemble dehors a aussi été notre plaisir de les prendre en photo. La demande des "chefs" des deux groupes, celui du début sur le balcon et celui-là, « On va passer où et quand  à la télévision ? » a provoqué des rires chez eux et chez nous. 

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Traverser c’est passer du penser au partage par la parole, avec des mots  pour le dire a été une décision spontanée adoptée par le groupe, dès l’entrée dans le tram.  C’est comme cela que notre histoire a commencé. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que nous allions continuer à parler avec « d’autres » que nous, le temps de partager une photo à prendre, un sourire, une blague, une tension aussi à l’endroit où la terre parle beaucoup. Avec parfois de très belles découvertes, comme cette allée piétonne, avec ces mini-jardins de rue très soignés mis en terre par les habitants pour leur plaisir et le nôtre.

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Traverser, c’est aussi parler avec les murs, penser à ceux qui sont derrière et ceux qui ne sont plus … en écoutant la polyphonie de la présence humaine, avec un constat. La ville est comme refermée sur elle-même avec des gens dedans, chez eux et très peu dehors sur l’espace commun pourtant à tous que l’on appelle l’espace public en France.  

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Traverser en marchant a aussi généré du plaisir, un terme bien impropre, trop utilisé, usé, qui relève de l’univers publicitaire. Et pourtant cela a été le cas tant il a fait beau et doux, avec cet avant-goût de l’automne quand chacun sent que l’été va bientôt finir. La lumière est douce, avec ce bleu de la Maine, la rivière qui traverse Angers,  légèrement voilé, à l’image du ciel orné de cumulo-nimbus…

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Traverser m’a tout spécialement permis de d’apprécier la richesse de la diversité végétale que nous avons pu rencontrer, avec en véritable phare d’ancrage inscrit dans la rétine ce fabuleux vieux potager si humain, où chaque motte de terre, chaque pied de plante ou petit buisson disent le plaisir d’être. Nous avons été trois à avoir peine à quitter cet endroit où Héloïse nous avait rejoint; elle n'a eu le temps de voir le petit chaton blanc près de la cabane.

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Traverser est notre histoire qui s’est poursuivie dans un passage où les murs règnent en roi. Regardez à droite, regardez à gauche ces murs de schiste noir  dont certains ont plus de 100 ans. Ils vous renvoient une impression étonnante: vous vous sentez prisonnier alors que c'est vous qui êtes dehors sur la voie publique. L'absence de voiture renforce cette force des murs qui nous oppressent. Et voila sans transition, la grue qui annonce les grands chantiers de la ville qui jamais ne s'endort. Nous arrivons au CHU, qui marque la fin de notre marche en rive droite avant de repasser le pont cette fois-ci pour rejoindre la rive gauche d'où nous sommes partis.  2013-10-05 Blog-Angers-Marche- 299

Le tempo  s'accélère. Nous devons aller plus vite. La succession des séquences est forte. Arrive la descente par le CHU, par un mur assez raide qui nous fait "tomber" sur un mur de béton cette fois-ci. L'impression ressentie relève de "l'effet-béton" ou de "l'effet-canyon"; une sensation renforcée par la découverte sur notre côté droit de la façade évidée d'un des bâtiments anciens de l'hopital. On est dans le choc des temps. La ville n'attend pas. C'est le retour de la voiture, du passage dans les endroits prévus à cet effet...      

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Traverser la Maine a été un régal pour les yeux, comme si la rivière avait choisi de nous séduire encore plus que d’habitude. Nous avons été nombreux à nous arrêter pour prendre des photos de ces voiliers qui faisaient des  ronds dans l’eau à la parade pour le plaisir de nos yeux en amont du pont avec des kayaks blancs en aval qui posaient aussi pour nous.

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Traverser s’est fait sans passer par la rue traversière (elle est en rive gauche de la Maine et nous en rive droite) mais en empruntant beaucoup de chemin de traverse, qui comme chacun sait sont des raccourcis crées par les marcheurs pour gagner des pas inutiles, alors que nous les avons goûter pour le plaisir de découvrir la ville à la campagne, en sentant la terre, les odeurs fortes des plantes en cette saison...  

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Traverser n’a pas consisté non plus à toujours franchir des frontières visibles ou invisibles. Nous les avons longtemps longées, celles en particulier qui existent entre le dehors et le dedans. Quant à la Maine, elle est tout à la fois une frontière aquatique entre des rives bien différenciées, un marqueur identitaire de la ville d’Angers et le nouveau lieu de rassemblement de la ville.Traverser c'est faire sans cesse des boucles, avec sa tête, ses yeux, ses pieds.

Traverser, c'est toujours superposer du temps au temps.  C'est ce que traduisent ces photos qui mêlent volontairement le début de la marche avec les séquences qui ont suivi, car il y a toujours plusieurs temps en marchant en même temps. Un façon très humaine de donner du corps au temps. Avec pour finir une photo non pas d'un marcheur mais d'un cycliste qui passait le pont Confluence au moment où nous revenions cette fois-ci à pied à la faculté de Droit, juste pour le plaisir de voir arriver l'imprévu incarné par ce marcheur à vélo, un autre nous autrement!  

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. MAP Marcher Angers Penser est un atelier  qui s’est tenu à Angers les 4 et 5 octobre) 2013 à la Faculté de Droit. L’évènement a été co-produit par 

l’AURA  http://www.aurangevine.org/enjeux-et-debats/marcher-angers-penser/

la SPL-ARN,  la société publique locale d’Angers Rives Nouvelles, avec à sa tête Olivier Vaillant

et co-organisé par

Contrepoint-Projet urbain, Pascal Amphoux, quelques informations sur cet architecte-géographe de Lausanne (CH),  http://www.bazarurbain.com/actions/runninghami/

Bazar-Urbain (Nicolas Tixier)  http://www.bazarurbain.com/464/marcher-angers-penser/

. Le tracé plein de finesse et de surprises de « Traverser » a été l’œuvre de l’AURA (Agence d’Architecture et d’Urbanisme de la Région angevine. La durée  de 2 heures a été bien calculée pour tenir compte de nos nombreux arrêts…

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. Pascal Amphoux a été l’animateur de ces journées du 4 et du 5 octobre 2013 ; sur le net, on trouve  ses « Traversées de l’espace public » où le chercheur lausannois nous met en appétit avec son titre mais sans nous en dire beaucoup plus,  http://www.ma-ge.ch/sites/default/files/PA08012009.pdf

Il est également professeur à l’Ecole d’Architecture de Nantes, l’auteur de « Marcher la ville »  et membre de l’équipe Grether-Phytolab pour l’opération désormais appelée « Angers Rives Nouvelles » qui a donné son nom à la société publique locale.

. Ce billet est une opération conjointe du groupe dont j'ai été "l'écrivain public" et d'une blogueur qui s'appelle Elisabeth Poulain. Il n'est en aucun cas un compte-rendu officiel. Il traduit des éléments de paroles qui m'ont été transmises au cours de nos échanges et d'impressions que j'ai pu ressentir, avec une prédilection affirmée chez moi pour la ville végétale, l'arbre et les mini-jardins de rue...    

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l’album « Map 2013, Marcher Angers Penser, Traverser »

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Les Paysages des Vins de Loire vus à travers les Verres à Vin

1 Octobre 2013, 14:51pm

Publié par Elisabeth Poulain

Deux fois le mot de vin dans le titre ne sauraient être un hasard. Ce billet a en effet pour objectif de montrer les paysages de Loire en lien direct avec le vin, comme s'il n’y avait pas que l’eau des fleuves et des rivières pour dessiner les paysages. Il y a aussi le vin mais c’est plus difficile à montrer puisqu’il faut passer par la vigne qui ne donne du vin que si l’homme contribue activement à la transformation du jus de raisin en vin. Montrer des paysages de vigne est toujours un passage obligé dans les séquences visuelles qui s'accrochent à l'image d' un vin. Dans cet exemple, il y a plus. Il s’agit de faire passer directement le paysage qui entoure l’eau du fleuve dans le verre qui contient le vin pour que par magie il se transforme en vin bon à déguster.

Grands Vins de Loire, Calendrier 2009 

Le verre comme paysage du vin. C’est déjà une réalité « vraie » puisqu’on le regarde avec une attention et une acuité toutes particulières quand on déguste un vin. La vue joue un rôle complémentaire à celui des autres sens. On y cherche la couleur, la limpidité, le reflet, les larmes sur la paroi intérieure du verre, on y scrute les bulles…De là à mettre le paysage dans le verre, il n’y a qu’un pas que l’esprit fait très facilement et… les concepteurs publicitaires aussi. C’est aussi une façon très simple d’identifier un vin à un paysage et une façon de rendre ce lien direct visible d’un seul coup d’œil. Vous ne buvez pas n’importe quel vin, vous buvez un vin de Loire, un vin  global qui intègre toutes les composantes d’un paysage ou presque.  Le titre de cette campagne conçue par Vins de Loire « les vins qui ont un fleuve pour terroir. »

Grands Blancs de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Blancs de Loire ouvrent l’année au mois de mars  dans  le calendrier des Vins de Loire. On y voit une plate, une barque traditionnelle des pêcheurs de Loire, accrochée à un pieu planté au bord de la rive. Des arbres se reflètent dans l’eau en arrière du bateau; le soleil couchant occupe tout le fond en partie gauche. Le verre est couleur jaune pâle avec des irisations vertes pâles et des lueurs blanches.

Grands Moelleux de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Moelleux de Loire annoncent Mai et Juin. Leurs couleurs ont pris du corps ; elles vont du jaune d’or au jaune bronze. Cette fois-ci, le paysage terrestre est représenté par un coteau entier de la vallée du Layon  avec des bancs de sable qui se découvrent dans le fleuve aux beaux jours.

Grands Rosés de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Rosés de Loire représentent Juillet et Août. Cette fois-ci, c’est une gabarre qui nous emmène sur l’eau au petit matin quand la rosée commence à se lever sur une Loire couleur rose cuivré entre une berge boisée sur le côté gauche et des poteaux qui meublent le centre le lit du fleuve en son milieu.

Grands Rouges de Loire, Calendrier 2009 

Les Grands Rouges de Loire occupent Septembre et Octobre. Pour la première fois, la surface du fleuve est  légèrement ridée. Une estacade occupe la partie droite du fleuve. Un paysage de bord  d’eau se situe en continuité de la construction en bois, avec une ville dominée par une église importante. Deux oies sauvages s’apprêtent à rejoindre le lit du fleuve.

Fines Bulles de Loire, Calendrier 2009 

Fines Bulles de Loire terminent les deux derniers mois de l’année. Le choix du verre s’impose alors ; c’est une flûte qui est représentée cette fois-ci plus classiquement devant le paysage qui n’est plus dedans. La vigne semble littéralement couler vers le fleuve, comme on peut l’admirer à Savennières ou plus en aval un peu avant Le Cellier.  

Restent janvier et février qui n’ont pas de vin attitré. L’idée a été de jouer avec les couleurs de façon verticale dans un verre à vin composite quelques soient les mois concernés. En allant de droit vers la gauche, on peut ainsi trouver dans son verre des bulles, des liquoreux, des rouges, des rosés et des blancs de Loire. Seule la barge de mars-avril est restée en place près de son poteau et avec ses arbres dans le fond, avec une différence qui est que tous les éléments ont changé de côté. Ils sont maintenant sur la gauche. 

Grands Vins de Loire, Calendrier 2009 

Ces paysages d’eau se transforment en vin au seul contact proche avec la Loire, mais pas n’importe laquelle, celle qui coule à la campagne loin des hommes et des femmes qui y vivent et y travaillent en particulier dans les vignobles,  les chais et  dans toutes les entreprises qui composent la filière. La ville a disparu, resteb le village au loin avec son église. Toute vie, tout mouvement ont déserté le miroir du verre, à l'exception des oiseaux par deux fois. Plus surprenant encore est que sur la série des cinq clichés, seuls deux intègrent des rangées de vigne dans les paysages viti-vinicoles ligériens, ceux des liquoreux et des bulles. La présence humaine n’est suggérée que par la barque, la gabarre, le ponton…qui appartiennent à l’univers des pêcheurs.

La forme du verre suffit-elle à faire accepter le concept de cette eau d’un fleuve qui se transforme en vin? "Les vins qui ont un fleuve pour terroir" est une bonne idée si on remet la Loire à sa bonne et due place et sans enlever toute présence humaine directe. Les vins qui ont la Loire pour terroir, ce n’est pas mal non plus et ça rime. Reste l'usage un peu rapide du mot même de terroir, qui est quand même au coeur du système des appellations, un concept  fédérateur si cher à René Renou, originaire de l'Anjou.      

Ce billet ouvre une nouvelle série sur les paysages institutionnels véhiculés par toutes les formes de communication.  

 

Pour suivre le chemin

. Ces paysages sont issus du calendrier Millésime 2009, Vins de Loire, Les Vins qui ont un fleuve pour terroir, vinsdeloire.fr

. Photos Elisabeth Poulain

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Bruxelles > Lignes, Matières & Couleurs > Rue, Passage, Poteau

30 Septembre 2013, 16:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont trois photos + 1 prises à Bruxelles qui jouent avec les lignes et les couleurs. Elles ont en commun de regarder l’espace en partant du bas, au sol, jusqu’à notre hauteur d’yeux. Elles ne disent rien d’autre que ce qu’elles montrent. Je mets des mots parce que j’aime ça et que du coup je vois mieux et je comprend pourquoi ça me plait.

Bruxelles possède des tas de revêtements de rue, avec une certaine prédilection pour la diversité et l’usure tant il y a de monde, tant il y a à faire et tant les budgets sont forcément limités au regard des besoins. C’est une ville qui ne peut s’arrêter. On fait donc les gros chantiers de voierie le dimanche, surtout le dimanche. Certains ne travaillent pas, en particulier les badauds qui adorent regarder les ouvriers en plein boulot. Quel que soit le temps, on peut être sûr de voir des hommes accoudés aux panneaux de chantier qui regardent avec un intérêt quasi professionnel pendant une à deux heures ceux qui sont en combinaison de travail et qui ne les voient pas plus qu’un mur. Des copains s’y retrouvent pour constater l’avancée des travaux.

Bruxelles, Avenue Louise, Passage piétons 

Le pavé n’a pas disparu du sol. Au contraire, il fait partie des pièces qui ravaudent le trottoir ou la rue. Avantages, il quasiment inusable, il ralentit naturellement la vitesse de ceux qui roulent, ils obligent à la prudence ceux qui marchent, tant l’horizontalité est parfois aléatoire. Un pavé qui se déchausse, c’est un trou d’assuré. Qu’importe, il y aura bien un ou une brave qui passe à pied pour le remettre dans son trou de sable. Près des rails du tramway, son assise sera confortée dans sa stabilité. Tout dépend de l’endroit.

Bruxelles, Centre, Rue, Passage piéton, Gris, Noir & Blanc 

Ce sont deux passages piétons et un trottoir que je vous présente aujourd’hui. Points communs, les photos ont été prises à Bruxelles Boulevard de Waterloo et dans une petite rue d’Ixelles près du couvent. Les deux premières sont prises en des endroits extrêmement passants et la troisième dans une petite rue bien calme où passent quelques personnes à pied, sans compter toutes les places de parking occupées par des voitures.

Ixelles, Pavé Rue de la Croix, Blanc sur gris 

Les couleurs sont celles de la pierre dure, grises et blanches pour certaines. Les deux s’associent pour jouer à faire des bandes grises ou blanches forcément. A ces gris et blancs, il faut ajouter les nombreuses couleurs du métal enchâssé dans le sol et celles triomphantes des poteaux verticaux, qui fleurissent ici comme ailleurs avec beaucoup de punch. En particulier quand le poteau est rouge et blanc, là c’est la fête.

Pour suivre le chemin

. Aller à Bruxelles, marcher dans les rues et louer un vélo. Les gens sont très ouverts, gentils et curieux. « Et pourquoi vous photographier ce mur, cette porte…, qu’est-ce que vous voyez… ? ». Ils n’hésitent  jamais à vous parler, répondent toujours à vos questions et quand ils ne savent pas, ils essaient de vous aider  quand même, quitte eux-mêmes à demander à quelqu’un d’autre. Et si par exemple vous ne savez pas comment bloquer votre vélo (en location Villo) pour faire une course, si personne ne sait vous renseigner sur le trottoir, n’hésitez pas à rentrer dans le premier magasin venu. Il y aura quelqu’un qui va sortir pour vous expliquer, en s’assurant que vous avez bien compris.

Un conseil pour ceux qui ne connaissent pas la ville et veulent la découvrir à vélo, ne prenez jamais de rue pavée passante avec le tram en plus. Vous vous retrouverez à pédaler entre les deux rails du tram, avec le plus souvent l'impossibilité de rouler sur le côté et ...le tram derrière qui attend que vous rouliez un peu plus vite! Du stress garanti, surtout quand le pavé est humide.    

 Ixelles, Trottoir Pierres jaunes, Porte peinte, briques

. Photos Elisabeth Poulain  à voir dans l'album-photos Bruxelles. C'et moi qui ai remis le pavé en place, mais pas dans le bon sens! Tant pis.  Quant à cette dernière photo, celle qui fait l'objet de la prime, elle montre l'inventivité et l'audace dont font preuve les Bruxellois...Je sais, il n'y a plus de passage piétons ni de poteau, mais un  trottoir fait de pavé en pierre dure jaune, un mur et une porte... Nobody is perfect.     

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N comme Nana > Ce que les Femmes portent sur la Tête > Un Canapé Roset

26 Septembre 2013, 15:37pm

Publié par Elisabeth Poulain

 C’est vraiment compliqué. On pourrait penser que non et bien si. Vous allez voir. Imaginez que vous êtes un concepteur publicitaire. Vous devez trouver, vous, La Bonne Idée (que les autres collègues, concurrents et amis n’ont pas encore eue) pour une publicité pour un canapé Ligne Roset.    

Les choix que vous éliminez. Vous montrez le canapé ---) C’est d’un banal ! Vous  vantez son confort ---) Pareil. Ses choix de couleurs, de tissus, son design …---) Bof. Vous le montrez dans un salon… dans un hall d’usine… devant un mur de briques…, tout seul flottant sur l'eau...Ca ne va toujours pas. Vous mettez un homme en train d’y lire son journal, la télé, avec son chien à côté ou son fils …Votre boss vous fait comprendre que vous et la créativité, cela fait deux ! Il commence à regarder la porte pour vous, tout  en vous regardant vous. Un exploit que lui seul arrive à faire.

Alors vous mettez une femme sur le canapé. C’est votre dernière carte. L’œil de votre directeur commence à reprendre vie, mais attention, le sabre à couper les têtes qu’il tient derrière son dos n’est jamais loin. Une femme, d’accord mais en faisant du neuf, pas ce que font les autres, les mauvais. Et vous vous dites « OK Boss

Canapé Roset, page de droite, Pub L'Express,2001 

L’idée du siècle. Facile, il suffit de mettre le canapé sur sa tête. A qui ? Mais à elle, bien sûr. Elles, les femmes, ont beau avoir une petite tête, ça n’empêche, en pub, on peut tout faire et tout leur faire. Après rejet de toutes les idées qui vous viennent en image à l’esprit, il vous en vient une lumineuse, d’idée. Vous allez ne montrez ni l’une, ni l’autre tout en faisant le lien entre les deux.  

. Le canapé d’abord en page de droite: il a un revêtement bien particulier. On dirait de la corde collée et tissée cinq par cinq brins, couleur corde naturelle. L’effet est très curieux, surtout que vos instructions au photographe étaient de ne prendre qu’un angle du canapé avec un petit bout de coussin.  

Canapé Roset, Femme, page de gauche, Pub L'Express,2001                                                                                                   
. La Nana en page de gauche. On ne voit d’elle que l’arrière de sa tête qui est revêtu d’un un casque qui ressemble beaucoup à celui du canapé. On dirait plutôt de la paille que de la corde. La couleur et le tressage concordent, avec chez elle quelques mèches blondes qui s’échappent de son casque. Comme si le canapé était aussi moelleux que les cheveux d’une blonde…Ouh, ouh, oui, moi je veux bien.   

A mon grand étonnement, ça a marché. Le boss a prononcé  sa phrase célèbre dans l'équipe « tu vois, quand tu veux t’y mettre ! ». C’est le compliment maximum qu’on puisse obtenir de sa part. Et le plus formidable est que le visuel n’a absolument pas vieilli. Il est toujours aussi étrange sans être choquant. 

Canapé Roset, Femme, double page, Pub L'Express,2001  

Pour suivre le chemin . Cette publicité est un visuel double page signé « Meubles, objets, textiles, délires pour la maison, Ligne Roset », Agence Callegari Berville Grey, inséré dans L’Express Le magazine, Spécial Vins, n° 2618, 6 au 12.09.2001.    

Sèche-Cheveux solaire, Carelman, Objets introuvables, Détail   

. Le plus drôle est qu’il y a autre chose. Un hasard peut-être ou pas. J’ai sous les yeux "un sèche-cheveux solaire" à la mode de Léonard de Vinci dessiné par Carelman dans son « Catalogue d’Objets Introuvables », Balland éditeur, édition 1980. Le casque du sèche-cheveux, qui possède un capteur solaire intégré, est fait de cheveux tressés bordés par une grosse natte pour la finition. C’est impossible de ne pas faire le lien entre les deux. Il manque seulement la grosse natte.

. Photos Elisabeth Poulain

 

 

 

 

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Style de Pub > Porc ou Cochon > Entre Mots & Représentations

25 Septembre 2013, 11:06am

Publié par Elisabeth Poulain

En publicité tout a toujours sens, les mots, les façons de les assembler, de les mettre en valeur ou de les dissimuler en mettant en avant leurs représentation en photo rarement, le plus souvent en dessin, en jouant sur la pluralité du  sens des mots et de leur ambiguïté quand on passe en particulier du règne animal à celui de l’humain.

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Le porc est doté de  la puissance que lui confère sa lourdeur  alors que le cochon est plus familier. Le premier est plus grand, plus massif, plus lourd. Cette caractéristique d’ailleurs n’est pas seulement une vue de l’esprit. Les races de porc sélectionnées pour l’industrie ont en commun des gènes spécifiques qui les rendent plus grands, plus lourds et qui grossissent plus vite.

Cochons-foire-aux-cochons-champigny-2013 

Quant au cochon, il semble toujours plus petit, avec un côté mignon. Vous ne direz jamais que vous vous voyez un petit porc quand vous en voyez un devant vous, par contre pour le même  en petit cochon, cela se fera sans difficulté. Dans votre tête, vous compterez les porcs par milliers ou centaines dans une exploitation industrielle, à quelques dizaines d’unités dans une exploitation familiale et à quelques unités dans une petite ferme pour sa consommation personnelle.

Le nombre, la proximité et la familiarité vont jouer de concert. Moins il y a de bêtes, plus elles sont proches des membres de la ferme et plus elles font partie du cercle élargi qui gravitent autour des fermiers et de leur personnel. Il y a un tel lien avec le cochon que certains ont franchi le pas. Il est déjà devenu un de ces nouveaux animaux de compagnie, un NAC, avec tous les problèmes que cause sa transformation inéluctable de mignon petit cochon (mpc)  en vrai cochon adulte (vca) !

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La proximité avec l’homme est renforcée par le dessin, surtout quand les petits cochons sont faits pour plaire aux enfants. Les trois petits cochons dessinés dans les ateliers de Dysney en 1933 sont restés incroyablement célèbres, surtout quand ils font du camping. C’est la dimension ludique du petit cochon. Bien avant le XXe siècle, posséder un cochon était perçu comme une richesse et une assurance de survivre au froid de l’hiver. Il était un symbole de prospérité. En pays nordiques et anglo-saxons, à la nouvelle année, on s’envoyait des cartes de vœux avec des mignons petits cochons roses entourés de fleurs. Une variante paysanne du « dites-le avec des fleurs, avec un cochon bien rose et bien dodu au milieu du bouquet !

Cochon-Pornocrates-Félicien-Rops-Musée-1898-Namur - Copie Le cochon dans l’art. Malgré toutes ses qualités, il est rarement présent dans l’art au premier degré, en tant que tel. Il existe une exception notable, qui est le célèbre tableau de Félicien Rops, Pornocratès, appelé aussi moins délicatement  « la femme au cochon » où l’on voit marchant la tête haute et les yeux bandés une femme au corps nu, avec talons hauts et  bas, ruban bleu sous les seins, chapeau et fleurs dans les cheveux, tenir de ses mains couverts de longs gants noirs un cochon de taille moyenne, rose, bien propre, ni trop gros, ni trop petit au bout d’une laisse. Les anges qui volètent au-dessus du cochon sont quasiment du même rose pâle qui se détache admirablement du fond bleu ciel passé, comme celle que l’on pourrait voir sur une fresque.   

Quant au porc, le terme n’est utilisé vraiment que lorsqu’on évoque sa viande ou qu’on en parle en tant que symbole. Il recueille sur sa tête toutes les saletés du monde, la luxure, l’ignorance, l’égoïsme, la gourmandise, à manger si goulument et en faisant du bruit… Le langage populaire joue pleinement de cette différence. Traiter quelqu’un de vraiment vilain de « Gros Cochon » n’est certes pas un compliment. Mais le traiter de « Sale Porc » est franchement et profondément injurieux. Dans notre environnement culturel français, forcément compliqué, on comprend la difficulté de rendre attractive la  publicité pour la viande de porc, alors que dans le même temps et le même environnement « les foires au cochon » attirent beaucoup de monde.

Cochon-Inaporc-Laurent-Fabricant-Aliments-Pub 

C’est INAPORC qui rassemble les professionnels de la filière porcine française, qui  a demandé à Publicis Activ  de concevoir les trois visuels très didactiques que je vous présente. Le concept de cette campagne consiste à demander à un professionnel de la filière de témoigner de son métier avec une mise en avant de la qualité. On voit successivement Laurent, fabricant d’aliments, avec un joli petit cochon bien rose à ses pieds qui est très intrigué par l’objectif du photographe,

Cochon-Inaporc-Nathalie-Responsable-Atelier-Découpe-VPF-Pub

Nathalie responsable d’un atelier de découpe et Frédéric, charcutier engagés la première  dans la démarche Viande de Porc Française, comme Laurent, et le second dans le Savoir-Faire Charcutier Français. 

Cochon-Inaporc-Charcutier-Savoir-Faire-Charcutier-Français-Pub 

Je ne peux juger de l’efficacité de cette campagne institutionnelle pour la viande de porc présentée par des professionnels de la filière à l’intention des (vrais) professionnels. Je veux juste faire une remarque concernant le choix de l’emploi des termes de cochon/porc sur le site « leporc.com ».  Les concepteurs de ces publicités en faveur de la viande de porc ont ressenti le besoin d’attirer avec le cochon. Ils ont placé une rubrique qui paraphrase un des dictons français les plus connus « dans le cochon, tout est bon » qui devient maintenant « tout est bon dans le cochon. »

Cochons-Trois-Petits-Cochons. Schwepps-Pub 

Voici une très bonne publicité pour Schweppes   pour finir par une note ludique.  Après tant de sérieux avec le porc, malgré les bonnes têtes de Laurent, Nathalie et Frédéric, on va retrouver trois petits cochons admirablement dessinés et sympathiques dans un visuel qui donne envie de s’éclater. Les trois petits cochons attirés par la bouteille sont surpris quand elle s’ouvre. Les bulles les décoiffent et le plus peureux se cache la tête dans ses petites pattes de devant, une bonne occasion de voir ses petites fesses toutes rondes avec sa petite queue en tire-bouchon. De la bouteille, on ne voit que le nom et les seules lettres présentes « Schhh… ! » qui évoquent le bruit de la capsule.  Il n’y a rien d’autre sur le visuel.

Ni le cochon ni le porc n'ont malheureusement inspiré Claude Duneton qui ne consacre aucune ligne à ce bien utile animal dans " La puce à l'oreille, Anthologie des expressions populaires avec leur origine" (Stock 1979). C'est bien dommage et un peu curieux  de sa part, lui qui a intitulé un de ses ouvrages précédents "Je suis comme une truie qui doute" publié  au Seuil en 1976. Grâce à lui, je m'aperçois que je ne vous ai pas parlé de la truie. Zut, ce sera pour une prochaine fois, sans vous promettre toutefois que ce sera pour bientôt.

Du coup  j'ai trouvé 13 citations sur le cochon ou le porc en alsacien avec une traduction en français dans "Proverbes, Dictons et Poésie populaire d'Alsace récoltés, présentés, traduits par Illberg, édités par Robert Morel, Le Jas du Revest-St-Martin, Forcalquier, Haute-Provence. 7 citations utilisent le terme de cochon et 7 celui de porc, une citation emploie les deux termes en utilisant "cochon" et "porcherie" mais la traduction est incompréhensible. J'en retiens deux, une pour chaque dénomination, sachant qu'il n'y a rien de gentil ni sur l'un ni sur l'autre: 

 "Tu auras beau mettre redingote à un porc, Il restera toujours un porc = Kansch en're Soij lang e Frack anlege. si blibt doc eSoij . C'est comme si on mettait un collier à un cochon  =   Das isch grad wie wenn essoij e Halsbandan het."    C'est bien vrai, ça!                              

Pour suivre le chemin

. Voir le site du Musée de Namur (Belgique) qui détient l’œuvre de Félicien Rops, avec une analyse de Véronique Leblanc en 1997 http://www.museerops.be/oeuvre/2006042001/

. Les trois visuels d’INAPORC à retrouver en plein page du Monde le 16.10.2012, le 18.10.2012 et le 19.10.2012 et voir http://www.leporc.com/

. Schweppes est en page 33 d’un Géo ancien, d’août 1995. C’est toujours un très bon visuel, de ceux qui défient le temps. Je n’arrive pas à voir quelle agence l’a conçue. 

 . Photo des trois vrais mignons petits cochons de Champigny, à retrouver sur http://monchampigny.blogencommun.fr/2011-10-foire-aux-cochons-5-et-6-novembre-a-champigny/

. Pour avoir plus d’informations, si le cochon vous intéresse ; vous y apprendrez qu’aucune réglementation particulière ne s’applique, dès lors que vous ne voulez avoir qu’un seul cochon à la maison, http://groingroin.org/lecoinjuridique.htm  

. Photos Elisabeth Poulain, merci aux contributeurs pour les trois petits cochons mignons, à retrouver dans l'album "Bestiaire".     

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De l'art de boucher les portes et fenêtres des murs > Le Tuffeau blanc d'Anjou

24 Septembre 2013, 09:53am

Publié par Elisabeth Poulain

Quelques murs en photo. J’aime les murs qui ont une histoire, certains plus que d’autres. C’est en particulier le cas de vieux murs qui ont vu passé beaucoup de choses, dont les fonctionnalités des logements en arrière ont changé et qui en gardent la trace. C’est le cas de trois d’entre eux en Sud-Saumurois dans la charmante vallée du Thouet, en rive gauche. Trois exemples avec trois cas de figure différents avec en points communs, le tuffeau et la situation en bordure de rue ou de route.  

Mur-Porte-Tuffeau-Sud-Saumurois 

La porte cintrée bouchée. Le mur est ancien. C’est un composite entre plusieurs sortes de pierre. Il a été rejointoyé plusieurs fois, semble-t-il aussi avec du ciment parfois. Il est franchement fatigué. Son originalité vient de la structure encore existante de la porte. Celle-ci fait preuve de la qualité de son édification, avec en guise de poteaux verticaux, l’alternance de pierres horizontales et verticales pour assurer l’intégration avec le mur et surtout aussi les trois pierres dures cintrées qui chapeautent le haut de l’ouverture de la porte.  

Ces trois pierres permettent de répartir harmonieusement la charge des pierres du dessus. Cette porte se trouve au ras d’une petite route pas très passante, certes mais certainement gênante pour ceux qui habitent dans le logement à l’intérieur. Il a suffi de trouver d’autres pierres, de les placer sans effort particulier et c’était fait. Le mur était à nouveau muré.   

Mur-Fenêtre-Tuffeau-Sud-Saumurois 

La petite fenêtre basse bouchée. Non loin, voici un autre mur, plus récent, tout en pierre de tuffeau, qui cette fois-ci, montre une volonté certaine de faire du beau travail, tout en tuffeau cette fois-ci. Il y a alternance entre des rangs de grande pierre et des séries de plus petites au-dessus et en dessous, avec des petites pierres verticales pour assurer le calage de l’ensemble et une vraie recherche visuelle.    

La structure d’encadrement de la fenêtre a été préservée, à l’exception de la pierre du haut qui manque entre les deux pierres taillées en oblique. C’est embêtant car c’est elle qui assure le calage des pierres au-dessus de l’ouverture. Tout en bas on aperçoit une partie qui a dû être recouverte de ciment. L’étonnant dans l’ensemble est de voir la disproportion entre la lourdeur de l’encadrement de pierres et la taille de la fenêtre.      

Mur-Ouverture-fermée1-Tuffeau-Sud-Saumurois

L’ouverture bouchée. C’était vraisemblablement une porte étroite, située légèrement en hauteur par rapport à la route. Les pierres au sol ne permettent pas de savoir s’il y avait un petit escalier qui y menait. Le mur est maintenant rebouché, non pas avec de la pierre comme dans le cas précédent, mais avec vraisemblablement des parpaings revêtus d’un enduit pierre dont le ton est légèrement plus jaune.

Si le bouchage n’est pas choquant à l’œil, le résultat est quand même surprenant, non pas tant pour le principe, que parce qu’il manque tout l’encadrement rectangulaire, à commencer surtout par le linteau. Du coup la grande fissure qui part du haut en côté droit a ré-ouvert toute la paroi de comblement. La seconde photo qui montre la petite fenêtre à côté est intéressante car on voit qu’elle a fait aussi l’objet de réparation. L’encadrement de la fenêtre est préservé sur trois des côtés, avec une partie basse horizontale saillante qui ne semble pas être de la pierre de tuffeau et c’est bien dommage. L’ensemble devient lourd. Il est vrai que l’époque a changé et que faire appel maintenant à des artisans spécialistes en tuffeau doit être sensiblement plus onéreux. 

Mur-Ouverture-fermée2-Tuffeau-Sud-Saumurois 

Qu’est-ce que ce tuffeau. C’est une pierre calcaire blanche tendre. Sa couleur varie en fonction de son site d’extraction, de la lumière, de son exposition, de sa proximité avec la terre et les plantes et de sa qualité…Tout lui profite ou presque, à l’exception de l’eau qu’elle aime trop - c’est une pierre-buvard ou éponge à votre choix - et du gel qu’elle n’aime pas. Parmi ses qualités, outre sa douceur de pierre tendre, il y a sa très grande facilité de taille. Elle sait se prêter aux souhaits des mains des hommes qui savent l’extraire du sol, la façonner facilement et l’adapter exactement à leurs demandes.

Sa facilité d’extraction. Elle offrait l’avantage de s’extraire l’hiver du sous-sol en raison de la thermie particulièrement stable qui règne sous la terre. Elle donnait du travail l’hiver aux carriers-paysans le reste de l’année. Ces carrières ont constitué au fil du temps de grandes galeries souterraines qui ont été ou sont toujours, pour certaines d'entre elles bien entretenues, utilisées ensuite à d’autres usages nécessaires. Citons le stockage de matériaux ou de marchandises, l’aménagement d’habitats troglodytes ou d’ateliers professionnels, la constitution de caves de vieillissement de vins ou la production de champignons…

Ingrandes-2007--en-face-Grandin.JPG 

L’édification des murs de construction. La « facilité de coupe des blocs de tuffeau se couple avec celle de leur découpe ensuite et de la taille de pierres à monter des murs de maisons petites, grandes, de belles demeures et d’admirables châteaux… Les plus belles pierres et celles qui sont de la meilleure qualité ont aussi suivi  le fil du fleuve. Elles ont ainsi servi à construire la cathédrale de Nantes, ou comme sur la photo ci dessus à l'édification de petites maisons au bord de la Loire en aval de Saumur. La multitude des autres pierres, plus petites, moins parfaites, irrégulières a été utilisée sur place, en particulier pour les petites maisons faites en auto-construction par « les petites gens » de la pierre et de la terre dans l’arrière-pays saumurois. 

Ici dans cet « Anjou blanc », il y a beaucoup de belles découvertes à faire, en particulier ces vieux murs qui parlent comme des tissus ravaudés. Ici  les murs ont une histoire et certains sont de véritables tableaux, à admirer comme des oeuvres d'art...      

 

Pour suivre le chemin  

. Consulter le site http://www.tuffeau.com/ qui fait de la pierre du tuffeau un des quatre marqueurs identitaires du Val de Loire, avec l’eau de la Loire, le végétal des jardins, la vigne et le vin de Loire.    

. Sur l’exploitation et commercialisation du tuffeau blanc du XV au XIXe siècle, Daniel Prigent, consulter http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0399-0826_1997_num_104_3_3940

. Parcourir « Tendre comme la pierre. Monuments en tuffeau : guide pour la restauration et l'entretien »  sur    http://www.culture.gouv.fr/lib/e-BookShell/index.html?/culture/conservation/fr/preventi/tuffeau/&navbar.html&index.html&auteurs.htm&toc.htm&refer-fs.html&notes.html&true&

. Et la fenêtre dans le bâti ancien http://www.culture.gouv.fr/culture/sites-sdaps/sdap69/Fiches_conseil/fenetre_impr.pdf  qui vise plus la fenêtre en tant que telle que la structure qui va accueillir le châssis en bois

. Pour le vocabulaire technique du cadre d’accueil avec de beaux dessins, voir  http://www.pierres-info.fr/dessins_d_encadrements/page34.html

. Photos Elisabeth Poulain prises il y a quelques années; le dernier cliché a été pris à Ingrandes sur Loireprès de l'eau; c'était une maison de pêcheur dont on voit l'escalier arrière pour monter au grenier bas...Je l'ai choisie pour montrer le viellissement de la pierre et le remplacement des plus usées par du schiste noir.  

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N de Nana > La Blonde aux Yeux froids > Vins des Humanistes > 2002

16 Septembre 2013, 11:31am

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. Voici un billet qui va vous parler d’une nana dont on devine le fort caractère rien qu’à voir son regard et surtout ses lèvres. Mais ça, je n’ai pu l’indiquer dans le titre faute de place.

Blonde, Chinon-Le Champ Martin-Vins des Humanistes-JF-Crespin 

D’abord un élément essentiel, les dimensions de son portrait,  4,8 cm de hauteur et 4,7cm de largeur, sans que je puisse jurer que ce ne soit pas un franc carré. C’est possible ; allez donc mesurez avec exactitude le cœur de couleur d’une étiquette blanche qui 7,7 cm sur 7cm ! A l’œil, l’étiquette parait franchement plus haute que large, du fait de la rotondité du verre de la bouteille qui gomme une partie de la largeur. Cet effet d’optique s’applique aussi au portrait. C’est une bonne chose à savoir quand on conçoit une étiquette.

La Nana. Elle n'est vraiment pas contente,    elle est du genre râleuse, boudeuse, teigneuse… C’est tout juste si elle ne nous envoie pas le mauvais œil, avec sa bouche pincée de déplaisir. Des explications,     on ne lui plaît pas, c’est elle qui a des problèmes, ou c’est le peintre qui projette…Bien sûr, ça l’a peut-être amusé, le peintre, pas la nana, de nous faire un clin d’œil, pour faire du double degré ou plus encore.

Le peintre et le vigneron sont une et même personne, c’est Jean-Pierre Crespin qui signe donc deux fois son vin, une fois en tant que vigneron de ce Chinon 2002 et une fois en tant que peintre qui se cache sous la signature bien reconnaissable de JP Crespin. Le drôle est que l’artiste a placé tous les cheveux longs de cette blonde du côté gauche quand on la regarde pour bien mettre en lumière sa signature blanche sur fond noir à lui du côté droit. Du coup, la pauvrette en a  la tête penchée, du côté des cheveux. Le plus étonnant pourtant ce ne sont ni les yeux vides et froids, ni les cheveux blonds qui font pencher la tête, c’est sa bouche rouge pincée, en signe de franche réprobation. 

Blonde, Chinon-Le Champ Martin-Vins des Humanistes-JF-Crespin 

Quant au vigneron Jean-Pierre Crespin, son nom est écrit cette fois-ci en toutes lettres  sur la contre-étiquette minimaliste collée de l’autre côté. L’indication intéressante est l’adresse. C’est le Château de l’Aulée à Azay le Rideau qui avait à l’époque 37ha de vigne sur Azay et 10ha à Chinon, avec aux commandes cet homme au fort tempérament et qui voulait faire du vin autrement en utilisant plus la finesse humaine, d'où le nom de  Vin des Humanistes.

Revenons à la nana, ce qui m’amuse dans ce portrait, c’est qu’on nous montre une femme qui n’est pas contente, elle le dit et je trouve ça plutôt marrant. On n’est pas toujours satisfait de sa vie. Ce devait être le cas du vigneron, alors le peintre a fait endosser son mécontentement à une jeune femme. Une réaction de cour de récré, du genre, « c’est pas moi, c’est elle ». Parce que quand même, pour vendre du vin, « faire la gueule » ce n’est pas terrible !  Mais tout cela n’est qu’une hypothèse…bien sûr.      

Pour suivre le chemin

. Retrouver deux autres étiquettes du même vigneron-artiste sur http://www.oeno.tm.fr/Palmares2003/wod/vRub/6490x6740x6742.html 

. Le château  a été revendu peu de temps après, avec ses 37 hectares de vigne à Azay- le-Rideau  à une jeune femme œnologue d’origine champenoise et à son mari tourangeau. La nouvelle direction de ce domaine viticole, qui existe depuis 1856, a pris les rênes en 2004, il y a bientôt 10 ans. A retrouver sur     http://www.laulee.com/   

. Photo Elisabeth Poulain prise sur la bouteille vide ! Je vais enfin pouvoir la jeter depuis le temps qu’elle a été bue!

. Retrouvez d'autres billets N de Nana sur ce blog: N comme Nana > Les 5 plus Belles Blondes du Monde du Vin   N de Nana > La Femme couchée dans l'herbe > Une image de détente et +                 N comme Nana > La Femme-Papillon > Hermès, Le Temps, Le Sport     

 

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La petite maison de Clémenceau, St-Vincent s/Jard, L'amour de la Lumière

13 Septembre 2013, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre d’abord. Associer « petite » ou petit  avec Clémenceau n’est pas évident tant cet homme politique a marqué la vie de la France tout autant en période de paix que  pendant la guerre de 1914-1918. Dire ensuite que c’était « sa » maison est une contre-vérité. Il en devint locataire en 1920 en prévoyant d’y séjourner 6 mois par an. C’était le châtelain du château de la Guignardière à Avrillé (en Vendée), commandant pendant la guerre de 1914-1918,  Amédé Luce de Trémont qui en était propriétaire ainsi que de la terre et des bois alentour. A la demande du Grand Homme, il lui accorda bien volontiers l’utilisation de cette maison de pêcheur agrandie au fil du temps. Il proposa même de la lui offrir en hommage au titre de « Père de la Nation », un cadeau que Georges Clémenceau refusa. Il choisit de signer un bail à vie en versant le loyer à une famille nécessiteuse. 

 

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Plein Soleil 

L’attachement à la Vendée. Elle était chevillée au corps de ce vendéen de souche. Georges Clémenceau est en effet né à  Mouilleron en Pared le 28 septembre 1841, un peu à l’intérieur des terres dans ce pays de moulins et de meuniers. Il passa son enfance au Château de l’Aubraie à La Réorthe,  tout près de Sainte-Hermine dans la propriété de ses grands-parents. « C'est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités, le courage, l'obstination têtue, la combativité ».

Revenu « au pays », il entreprit très vite en 1921 de régler ses liens à venir avec la Vendée, en inaugurant le Monuments aux Morts de son village natal le 9 octobre. Quelques jours avant,  le 2 du même mois, il fit de même pour  son propre monument sculpté par Sicard pour être édifié à Saint-Hermine. Beaucoup plus tard, lors de la seconde guerre, la tête de sa sculpture fut arrachée par des bombardements allemands. Retrouvée, elle est maintenant placée à « la bicoque de Bélesbat », comme il a appelé sa maison dans ses écrits. On disait aussi Bel-Ebat avant sa venue, ce qui l’amusa beaucoup quand il l’apprit, lui qui était un grand séducteur.

  St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La mer

Cette petite maison basse constituée de quelques pièces liées entre elles par un grand couloir situé côté forêt est devenue pourtant la seconde et dernière maison de Clémenceau, par l’attachement qu’il lui porta, la durée effective de l’usage qu’il en fit et l’achat qui a dû être fait à un moment non connu, puisque son fils Michel en a hérité. Georges en parlait aussi comme de « son château horizontal ». Elle fut pour lui un lieu de ressourcement profond à la mesure du choc qu’il avait ressenti en perdant l’élection à la présidence de la République au profit de Paul Deschanel. Son amertume fut immense. Il garda son appartement de trois pièces à Paris, rue Franklin, d’où il pouvait voir la Tour Eiffel.   

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, L'arbre

A Saint-Vincent, il  vécut de façon fort simple, entouré de sa cuisinière et de son chauffeur et homme de service. Pour sa voiture (une Rolls parait-il),  il fit ajouter un garage à l’extrémité proche de l’entrée de la propriété. Pour lui, de l’autre côté, le côté le plus nature, il fit réaliser un prolongement ouvert sur l’extérieur, avec vue sur la mer, couvert de brande, comme il en est d’usage au bord de l’Atlantique pour protéger les jeunes cupressus des atteintes du vent et des embruns salés. C’est là qu’il méditait. Il lisait beaucoup, recevait ceux avec lesquels il avait gardé des liens ou noué des amitiés qui ne s’étaient jamais démenties. Ce fut le cas avec Claude Monet qu’il avait connu en 1860 quand ils étaient étudiants au Quartier Latin. Plus tard ils furent voisins dans l’Eure où l’homme politique avait acquis le Château de Bernouville à une vingtaine de 20 kilomètres de Giverny pour se rapprocher de l'ami artiste.

C’est à Claude Monet qu’il écrivit son plaisir d’emménager à Bélestat avec ces mots : « depuis trois jours, j’ai pris possession de mon ciel, de ma mer et de mon sable. Je vis entouré de crevettes, de homard, sans parler d’une étonnante carpe japonaise  au bout d’un bâton ». Cette carpe était un don du Prince héritier du Japon Hiro-Hito. En fait il y en avait deux ; c’était des bannières de soie accrochées chacune à une perche de bambou.   St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La mer

Une bonne partie de son activité, outre la lecture, la mise en ordre de ses archives, la contemplation du ciel et « les bains de lumière » qu’il savourait, fut consacrée à son jardin qui se déployait  devant la longère en hauteur par rapport aux rochers en contre-bas. Il transforma cet espace dunaire avec quelques pins et cupressus sur les côtés et par derrière en un jardin éclatant de couleurs, à la manière dont Claude Monet transforma une prairie pentue au bord d’une petite rivière en un Eden qui transforma sa vie, bouleversa sa peinture et donna naissance à l’Ecole des Impressionnistes. L’homme politique continua à se rendre à Giverny quand le peintre tomba malade, pour le réconforter. Celui-ci décéda le 5 décembre 1926.   

Quant à Georges Clémenceau, son tour advint le 24 novembre 1929 à Paris. A sa demande, il fut enterré à Mouchamp en Vendée près de la tombe de son père au « Bois sec » au bord d’un terrain boisé surplombant la rivière Le Lay au manoir-ferme que possédait son père. La cérémonie fut empreinte d’une très grande simplicité,  selon sa volonté, en dehors de toute solennité, de toute présence officielle et conformément au rite protestant. 

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La petite porte 

La maison a été donnée par son fils, Michel Clémenceau, en 1932 à l’Etat. Selon d’autres sources, c’est l’Etat qui l’a rachetée. Elle n’est devenue Monument historique qu’en 1970. Depuis elle a été conservée presqu’en en l’état, avec son mobilier que Georges Clémenceau avait choisi pour l’entourer dans cette retraite vendéenne, quelques objets d’art qui avaient un sens fort à ses yeux et surtout aussi les nombreux livres qui garnissaient sa bibliothèque dans sa pièce de vie et les rayonnages fixés au mur du couloir du bas au niveau du plancher jusqu’en haut et sur toute la longueur du couloir, éclairé par une fenêtre, avec une petite porte pour permettre à la cuisinière d’accéder à la cuisine le matin. C’est l’image la plus forte que j’ai gardée en mémoire, avec le petit bureau devant la fenêtre, parce qu’on pense et on écrit mieux quand le regard se porte au loin.   

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau 

Des bâtiments bas de style vendéen ont été édifiés en bordure de la propriété pour faciliter l’accès des visiteurs nombreux à ce qui est devenu un musée constitué d’une petite maison et de son jardin. La visite de la maison se fait maintenant aussi sous l’angle de ce jardin impressionniste réalisé par le Père de la Nation, un Tigre devenu Jardinier en chef d’un tout petit jardin, dirigeant le travail de son seul jardinier pour réaliser un monde éclatant de couleurs sous la lumière éblouissante de Vendée avant que le grand rideau noir se déploie.

Cette image très forte n’est en aucune façon une métaphore facile de ma part. Ce sont les mots même de Georges Clémenceau lors de l’enterrement de son ami si cher un peu plus de trois ans auparavant. Quand il avait vu le drap noir qui recouvrait le cercueil, Il l’avait arraché  en s’exclamant « Ah non, pas de noir pour Monet » et il le recouvrit d’un tissu coloré  de fleurs multicolores…  

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Les deux roses    

Pour suivre le chemin

. Lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Clemenceau

. Voir http://www.ot-stvincentsurjard.com/accueilV2.php?page=clemen

. Parcourir un très bon article avec des photos prises l'hiver avec du brouillard  http://blogs.lexpress.fr/styles/tendance/tag/clemenceau-maison-vendee-saint-vincent-sur-jard/    

. Et aussi http://www.angles.fr/dossiers/coeurs/guignardiere/guignardiere.htm

 . Des cartes postales anciennes http://archives.vendee.fr/ et plus spécialement http://www.archinoe.net/cg85/visu_affiche.php?PHPSID=4da2d5eb8b293caef77794a355cda04b&param=visu&page=1#  

. Une autre carte postale avec son Château de Bernouville dans l’Eure, à voir sur http://www.delcampe.net/page/item/id,0162194682,language,E.html

. A voir aussi  http://www.niduab.com/article-voyage-jusqu-a-bel-ebat-la-petite-maison-de-pecheur-62444895.html  ainsi que http://www.niduab.com/article-blog-a-part-mouilleron-en-pareds-119643293.html  

. Lire  l’ouvrage de Michel Ragon « Ils se croyaient illustres et immortels » (Albin Michel) qui parle de la fin de vie de Georges Clémenceau à Saint-Vincent sur Jard.

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Esplanade

. Sur l’homme politique lui-même, son courage et sa probité, lire ce qu’en dit un historien Michel Winock qui dénonce des petites paroles malveillantes encore aujourd’hui contre celui qui avait cherché à ne pas prolonger d’un jour la guerre de 1914-1918   http://www.sudouest.fr/2011/12/12/l-histoire-revelee-un-tour-de-bonimenteurs-578694-4670.php  

. Sur l’amitié entre Georges Clémenceau et Claude Monet  lire le très bon ouvrage d’Alexandre Duval-Stalla , « Claude Monet –Georges Clémenceau, Une histoire, deux caractères », Gallimard, avec une formidable photo en couverture des deux copains octogénaires très coquets, chacun dans son style, couleurs claires pour Monet et "noir de noir" pour Clémenceau.

    . Photo de Georges Clémenceau à son bureau face à la fenêtre, à retrouver parmi la sélection du International Herald Tribune pour fêter ses 125 ans, avec également une superbe photo de Gandhi à Londres et une autre de Gary Grant à Paris sur les toit avec l'Arc de Triomphe dans le fond   http://www.marevueweb.com/photographies/125-ans-du-international-herald-tribune-en-images/  

Clémenceau-assis-table de travail-St-Vincent sur-J

. Photos d’Elisabeth Poulain de Bélesbat prises en été 2010, après le passage de Xynthia dont les vagues avaient littéralement balayé le jardin, à la grande désolation du personnel des Monuments historiques en charge du site. Il restait quelques rosiers rugosa particulièrement résistants. J’ai ressenti beaucoup d’émotion à voir cet espace quasiment reparti à l’état de nature avec ces quelques fleurs qui étaient là en témoignage de résistance naturelle. C'était à mes yeux un jardin plus vrai.    

Vous ne verrez aussi que ces quelques clichés pris de l’extérieur et rien de l’intérieur. Il ne m’est même pas venu à l’idée de photographier ces quelques pièces, tant la présence du grand homme est forte.  Autant prendre une photo dans un château qui a vu passer beaucoup de monde ne me pose aucun problème dans la mesure où c'est autorisé, autant cela m'a paru inconvenant à Saint-Vincent. "Il" aurait détesté cela!   

Claude Monet fut certainement l'artiste qui peignit le plus de drapeaux bleu-blanc-rouge pour fêter la république  . C'est la raison pour laquelle j'ai choisi parmi mes clichés celui où l'on voit le drapeau en hommage de la Nation à son Père La Victoire, un jour d'été, au bord de la mer en Vendée, dans un site très touristique... 

. Et pour finir une question : quelqu’un sait-il de quelles couleurs étaient les volets de Bélesbas en 1920 ?  Certainement pas de ce vert tendre très mode fait pour s’accorder avec les couleurs roses des roses-fleurs.                                                       

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