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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Photos > La Vallée de la Seine > de Rouen à Caudebec > Boucles & Berges

12 Août 2013, 17:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

Des photos un peu particulières. Elles le sont car elles ont été prises en roulant, assise à la place à côté de la conductrice en allant de Rouen à Caudebec en Caux.

 

Elles ont le mérite de l’instantanéité,sans possibilité ni volonté d’en faire de trop. Ce sont ce que j’appelle des photos aléatoires.

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-2-Le Côteau

 

Le trajet entre les boucles et les berges de la Seine. Il permet de voir vraiment une grande variété de paysages, sur une quarantaine de kilomètres, dans des sites qui ont d'abord été façonnés par la Seine et travaillés ensuite par l'homme.

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-3-Le-Côteau

Il emprunte la départementale D182,qui domine Rouen avec au premier plan la zone portuaire, avant de traverser la forêt très présente dans les boucles de la Seine et au-dessus.

Mon choix. Il est de voir la nature telle qu’elle s’exprime dans le travail de l’homme. C’est dire que mes photos racontent une longue histoire qui a commencé il y a bien longtemps, avec d'abord des champs gagnés sur la forêt.

Sur la droite, de belles pièces de terre alternent entre herbages et blé sur le coteau quand il n’est pas trop pentu, le reste est resté en bois.

Paysages de Seine-entre-Rouen-Caudebec-en-Caux-1-Champ-de-Blé-avec-meules

La moisson a été faite, le grain récolté et le foin compressé en rouleau. Il sèche au soleil en attendant d’être rentré à la fin de l’été.     

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux -4-Champ-Maïs

 Sur la gauche, du côté du fleuve qu’on ne voit pas, c’est un champ de maïs qui éclate de vigueur. La terre ici est plus humide que de l’autre côté. On n’y voit pas d’arrosage ni en journée, ni le soir, tant le climat normand fait bien les choses.  

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-5-La-Seine

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-8-la-Seine-le-Côteau

La route redescend vers la Seine. Cette fois-ci, on le voit enfin, ce grand fleuve, large et puissant. Ce doit être la marée haute, tant le niveau est élevé.Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-10-Maison

La différence entre les deux rives apparaît clairement, au côté droit, là où se trouve la route, des maisons apparaissent de chaque côté, bloquées très vite par des hautes falaises blanches.

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-9-La-Falaise-Craie

En rive gauche, on ne voit que du vert,avec en particulier des saules et des hauts peupliers qui sculptent le paysage en hauteur.

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-6-La-Seine

La traversée de Caudebec en Caux nous amène sur le plateau. C’est là que se termine cette petite série, avec un champ où le blé n’a pas encore été moissonné. D’autres paysages nous attendent où l’influence de la Seine se moins sentir, mais là avec aussi de très belles découvertes. En attendant, regardez bien les ciels et constatez le pouvoir d'attraction de l'eau.   

Paysages-Vallée-de-la-Seine-Rouen-Caudebec-en-Caux-Sur-le-Plateau

Pour suivre le chemin

. Emprunter la D982 de Rouen à Caudebec sur Caux et là tourner à droite monter le coteau raide par la D131.

. Sur ce thème de la photo aléatoire prise pendant un transport, voir sur ce blog  Photos > Paysages routiers de la Vallée de l'Eure > Le Givre     Photos > Paysages ferroviaires > Belgique > Flandres > Sud-Ouest

    

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Rouge de rouge, comme le rouge brique du Mont Fuji, selon Hokusai

1 Août 2013, 15:45pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le Mont Fuji, qui vient seulement d’être classé par l’UNESCO, fait depuis très longtemps l’objet d’une véritable vénération au Japon. Plus qu’un symbole national, il est considéré à l’égal d’un dieu tutélaire bienveillant au pays du Soleil Levant. Il est devenu lieu de pèlerinage dont seuls les plus courageux arrivent à faire les huit stations pour atteindre le sommet situé à 3776 mètres.

  Fuji-rouge-Red Fuji-southern wind-clear morning-Hokusai-183

Sa forme parfaite de volcan a également été prise pour modèle par les artistes et ce depuis longtemps. Hokusai est l’un deux qui réalisa de 1830 à 1840 une série de 36 vues du Mont Fuji,  36 qui se révèlent compter 46 représentations au total. L’un de ces dessins est particulièrement connu. Il représente le Fuji revêtu de couleur rouge, au pont que certains l’appellent « le Fuji rouge ».

Le rouge du Fuji rouge est très difficile à définir. D’ailleurs le peintre ne s’y est pas risqué. Il a appelé son tableau en traduction anglaise  « Mount Fuji, South Wind, Clear Sky », dont la traduction   française devient « Le Mont Fuji par vent du sud et temps clair », ce qui vous en conviendrez n’est pas tout à fait pareil. Si je devais traduire le titre en conservant la couleur rouge, ce pourrait être « Le Mont Fuji, à la couleur rouge quand le vent et au sud et que le ciel est clair ».Le ciel est autrement plus évocateur, que le temps pris au sens du climat.

Ce rouge « par vent du sud et ciel clair ». Hokusai est le seul à l’avoir fait et à avoir pu le faire, parce ce rouge-là ne peut être obtenu que si le ciel est bleu de Prusse, nimbée de petits cumulo-nimbus horizontaux disposés d’une certaine façon, groupés essentiellement en partie gauche du tableau  . Le seul aussi parce que ce rouge est issu en partie basse et gauche d’une forêt grise,  tachetée de petits cônes noirs qui chacun représente une partie de la forêt dense de confères qui semble entourée la base du volcan. Le seul aussi à l’avoir associé au feu dans sa partie basse et moyenne pour le fondre très vite dans le noir choisi pour représenter le cône du volcan, là où se voient le mieux les traces de neige éternelle  qui ressemblent à des coulées de lave en fusion, qu’on aurait tendance à voir rouge-fusion éclairer la roche noire extérieure du volcan.

Mont-Fuji-Rest-Station-Mark-Grant-Wikipedia 

Traditionnellement, c'est le cône du volcan qui est représenté en rouge fusion, pour marquer la sortie de la lave. Ici le cône est noir et c'est toute la montée vers le sommet qui est rouge brique. Le plus étonnant est que dans la réalité, la roche est bien de couleur rouge, quand on se situe à l'approche du dernier refuge, un rouge plus clair que celui choisi par l'artiste, mais un rouge quand même.  

Pour suivre le chemin

. Aller voir le Mont Fuji, en attendant.

. Commencer à vous faire l’œil sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Trente-six_vues_du_mont_Fuji  

. Photos Wikipedia, Merci au contributeur Mark Grant qui a fait la photo du « resthouse ». L’endroit est réservé aux alpinistes  confirmés.

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Rouge de rouge... comme l'étiquette de vin Joli Grain de la Coop

31 Juillet 2013, 15:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une étiquette qui a forcément une histoire. Non collée, elle n’a pas eu à subir le destin difficile qui fait de l’étiquette de vin une simple porte d’entrée sur le vin enfermé dans la bouteille. Elle a donc conservé son état d’origine. Une des conséquences aussi est qu’elle n’est accompagnée d’aucune information d’aucune sorte, à commencer par sa date approximative. Aucune mention n’y figure concernant le type de vin. Seul le titre alcoolique est indiqué. C’est un 12°.

Rouge de Joli Grain, Vin de la Coop

Amoureux des grands vins, à l’étiquette prestigieuse, vous  pouvez être assuré qu’elle ne vous intéressera pas. Les collectionneurs peut-être. Les transmetteurs de la mémoire de Coop assurément. Un tel site existe. Il retrace le fil de la mémoire de Coop, qui était à ma connaissance très présente par exemple en Loire-Atlantique    dans les années d’après la seconde guerre mondiale. On y voit une bouteille vide avec une étiquette portant le logo de Coop bien reconnaissable qui date semble-t-il de 1967, mais avec une grosse différence.

L’étiquette que je vous présente est –elle- d’un rouge franc et massif, ce qui me permet de dire d’abord que c’est un rouge de rouge à vous emporter la vue. L’absence d’indication quelconque d’origine m’amène à penser que c’est un vin de coupage obtenu par le mélange de plusieurs types de vin de façon à garantir le type de vin, le titre alcoolique et le petit prix accessible aux adhérents de la coopérative fondée en 1905.

D’où mon titre de « Rouge de Rouge », synonyme d’un vin facile à boire vite, en quantité et qui ne coûte pas cher, mais sans être du "gros rouge" pour autant, ce qui aurait été dévalorisant. Joli Grain devai têtre un vin à forte couleur rouge car il comportait des vins obtenus avec des cépages « teinturiers » qui n’étaient pas renommé pour leurs qualités mais pour donner une belle couleur rouge attirante au vin. C’était en particulier celui qui était vendu à Paris à la fin de la semaine dans les faubourgs ouvriers. A la fin du XIXe siècle, la couleur rouge allait de pair avec le vin bon marché et l’alcool qui garantissait un lourd sommeil.

 

Rouge de Joli Grain, Vin de la Coop 

Mais l’étiquette donne aussi des autres indications, à commencer par son style qui a un vrai côté "art déco" avec ses colonnades à trois bandes sur les côtés, placées  en dessous d’une arche  dans laquelle s’inscrit d’une façon involontairement comique « Joli Grain ». Il y avait vraisemblablement une volonté de montrer que le vin n’était justement pas du gros rouge. Pour justifier ce joli grain, le dessin placé au centre est étonnant. On voit un vendangeur âgé –un signe de qualité dans le monde du vin – la hotte plein d’un raisin qui ressemblerait à des cerises débordé de la lourde hotte. L’homme tient en plus du raisin de la même couleur que ceux de la hotte. Pour éviter un conflit entre les couleurs rouges, celle du raisin est rose, au contraire du fond qui rouge profond et dense.   

Il reste le visage du vendangeur qui montre que le dessinateur a un réel talent. Il a dû travailler d’après une photo. On y voit un homme souriant aux lèvres brillantes rouges, aux pommettes qui scintillent au soleil, les yeux plissés de plaisir. Sa casquette, en position été, laisse passer des touffes de cheveux abondants au-dessus des oreilles. Le logo de Coop placé dans l’encart en bas du dessin ne coupe pas sa main, même s’il empiète légèrement sur la grappe tenue de la main droite. Regardez la bien, on dirait presque que chaque grain reflète le soleil, à l’instar des pommettes de ce vendangeur au regard intelligent et qui vous regarde dans les yeux. En guise de signature de l’artiste (je blague) se trouve la mention G. 145. R à gauche. 

Voici un commentaire de Chantal Tefy qui vient de m'arriver (en date du 10.12.2013) et que je joins au texte concernant  "l' image  représentant un vieux monsieur vendangeur sur les bouteilles coop joli grain ainsi que la même le représentant vraiment et bien,  en fait c'est mon grand père qui vivait dans le Limousin à Campnétery.Il est décédé en 1975. Ça me fait chaud au cœur quand je vois ces images, je les ai chez moi en souvenir."

Un grand merci pour ce témoignage.      

Pour suivre le chemin

. Merci au collectionneur qui m’a fait parvenir cette étiquette, il y a plusieurs années. 

. Voir http://www.deja-hier.com/histoiredesmarques/coop.asp

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Styles de Pub 1938-1939 > Byrrh > Les Dames de Byrrh & Les Artistes

30 Juillet 2013, 15:26pm

Publié par Elisabeth Poulain

 La puissance d’une entreprise comme Byrrh. On a peine à l’imaginer aujourd'hui. Son nom est toujours connu ; l’entreprise est maintenant entrée dans le Groupe Pernod Ricard. L’histoire  a retenu trois choses, son chai en construction métallique, œuvre de Gaston Eiffel - celui de la célèbre Tour à Paris -, sa très grosse cuve en chêne, la plus grosse existante au monde et l’incroyable force de frappe publicitaire déployée par l’entreprise créée en 1866 et qui connut son pic de renommé en 1930. C’est à ce moment de rupture marqué par la crise de 1930 entre la fin de la première guerre mondiale et la préparation de la seconde que Byrrh fut le plus distribué en France et là où vivaient les communautés françaises dans le monde.

 pyrénéen.Byrrh-Panonceau-de-Café-avec-Dame-au-Chapeau

La marque sentait bon le chaud soleil du sud pyrénéen, celui qui se niche en Catalogne française, dans les montagnes qui sont situées à la frontière avec l’Espagne.  Le Byrrh est un mélange de vins secs du Languedoc et de mistelle - du jus de raisin non fermenté additionné d’alcool qui stoppe la fermentation- et de sucre. Pour le différencier de la concurrence toujours possible, l’idée des fondateurs qui n’étaient ni des paysans, ni des vignerons, mais des commerçants, les Frères Pallade et Simon Violet, a été de l’aromatiser avec des herbes et du quinquina, bon pour lutter contre les fièvres. Une façon astucieuse de présenter cette boisson comme un médicament tonique et revigorant, vendu en pharmacie pour lutter contre les microbes, ceux du paludisme en particulier. Une façon aussi de vendre plus facilement une boisson alcoolisée qui contient de 16 à 22° degré d’alcool, de l’alcool bon pour donner un coup de fouet et de l’énergie.

Byrrh-Panonceau-de-Café-avec-Dame-au-Chapeau 

A Thuir, dans la plaine de Perpignan, à la limite de la montagne, où s’est implantée l’entreprise en 1866, le succès a été immédiat. Il ne se démentira pas jusqu’en 1930, passant sans difficulté les graves évènements de 1907 dus à la sur-production de vin dans le Midi viticole. La guerre de 1914-1918 fut une période pendant laquelle fut inventé, à l’intention des soldats, le concept de vin-boisson nationaliste pour sauver la France. Boire du vin fut pour eux qui étaient bloqués dans les tranchées une des seules façons de tenir, sous les bombes allemandes. Par extension, boire du vin devint un acte patriotique d’ampleur nationale. Des affiches - bleu-blanc avec beaucoup de rouge- disaient « Le Vin chaud, de l’arrière à l’avant, nous vaincrons en le buvant. » Il fallait produire du vin pour que les soldats puissent continuer à lutter dans les tranchées.    

Byrrh contribua aussi à cet effort de guerre. Une célèbre affiche en témoigne. Cette fois-ci le terme de vin est bien mis en avant ; la mention indique « Byrrh, Vin tonique au quinquina ». La demande explosa et les prix aussi. Dans la région, en 1910 l‘hectolitre de  vin se vendait 10 francs  et 110 francs en 1917.  Ce fut aussi « une façon » d’apaiser les troubles des émeutes du Midi pyrénéen.

   Byrrh-Soldats-Guerre-1914-1918

Après la première guerre, l’activité reprit avec pour Byrrh l’intention de se développer à l’international où l’entreprise n’était pas vraiment présente et ne l’est toujours pas. Devant la difficulté de passer ce cap, l’entreprise tabla sur la publicité force 5 pour développer ses ventes en France.

 La première idée a été d’abord de faire savoir qu’on pouvait boire un Byrrh  dehors au café et chez soi, à la maison. Pour cela, il fallait séduire les femmes. La seconde idée a donc été que Madame pouvait elle-même le goûter avec plaisir et le donner à déguster à ses invités. La 3e idée est une  conséquence des deux premières. Pour avoirs des amateurs de Byrrh plus tard et des clients fidèles,  il fallait former le goût des enfants au Byrrh pour que devenus adultes, ils aient la marque en tête avec les codes du savoir-boire. C’était une façon de faire qu’on utilisait couramment pour le vin afin que les enfants apprennent très jeunes à connaître le vin. Cette initiation à la dégustation, d’un usage courant dans la bourgeoisie, pour le vin a constitué la quatrième idée. Il s’agissait de faire du Byrrh un apéritif de la bourgeoisie. C’était aussi une façon « très naturelle » d’élargir le cercle des clients potentiels de l’entreprise. La 5e et bonne idée a été de faire appel à des artistes dessinateurs, capables de réaliser un visuel hebdomadaire attirant en noir et blanc  à paraître dans un support de prestige. J’ai nommé l’Illustration à la meilleure place, ce qu’on appelle la 4e de couverture, c’est-à-dire la dernière page du journal à l’opposé de la couverture. Le succès fut incroyable, non seulement sur le moment mais depuis lors, jamais la vogue ne s’est démentie.

     Byrrh-Panonceau-de-Café-avec-Dame-au-Chapeau

Dans le même temps, entre 1914 et 1930, avant le pic de notoriété de Byrrh, les responsables gouvernementaux prirent les premières mesures de lutte contre les dérives de l’alcoolisme dans la société civile. En 1915, le 10 novembre, il fut interdit de vendre de l’alcool aux femmes et en conséquence à celles-ci d’acheter de l’alcool, avec une surveillance toute particulière de leur consommation  dans les cafés. Outre cette double distinction entre les deux genres, masculin et féminin,  et celle du dehors-au-café et du dedans-à-la-maison, une troisième différenciation fut amplement utilisée. Elle a consisté à séparer très nettement l’alcool de betterave du Nord de la France qui rendait fou et l’alcool du fruit de la vigne du Midi qui était sain. Boire des spiritueux était franchement dangereux, boire des  boissons fermentées à base de vin ne l’était pas. C’est pourquoi, la dénomination de VIN est apparue sur les bouteilles de la Maison Byrrh. Dans ce combat, il y eut une « victime », si l’on ose dire, qui fut  l’absinthe très populaire et accusée de tous les maux de l’alcoolisme. On en parlait comme du « péril vert » du « mal français ». Elle fut donc interdite.  

La réclame selon Byrrh. Elle consistait à être présente partout au café d’abord comme boisson d’homme pour des hommes et très vite  comme un quasi-médicament plus spécialement fait pour attirer les femmes, en ciblant aussi bien les sportives ou les femmes modernes que celles qui étaient atteintes de « langueur ». Dans les années 1930, la direction de Byrrh fit de la femme dans le vent, la bourgeoise, cette fameuse parisienne, une de ses cibles préférées entourées parfois mais pas toujours des jeunes membres de la famille, les enfants. L’entreprise déclinait ce faisant son slogan « Byrrh se consomme en famille comme au café ». Son support de préférence a été l’hebdomadaire de grandes dimensions et de très forte renommée « L’Illustration ».

Parmi les dessinateurs,  Georges Léonnec a été souvent choisi pour faire vivre la page 4 de couverture, en déclinant de façon variée et amusante, une saga de Byrrh déclinée au féminin, avec à chaque fois, une présentation nouvelle du « BonBoireByrrh» en famille, vue sous l’angle le plus souvent de la Parisienne belle, aimable, bonne copine, bonne mère, bonne épouse, une Dame de l’Univers Byrrh en un mot.

  Byrrh-Georges-Léonnec-Illustration-

. La bonne épouse, bonne cuisinière, qui ouvre un cadeau d’Oncle Gustave, le 2 avril 1932.  On y voit une belle jeune femme encore en déshabillée vaporeux, avec sa petite fille à ses côtés, habillée d’une jupe plissée et d’un chemisier écossais et son mari fin prêt à partir au bureau. Madame ouvre un paquet-cadeau qui, oh surprise, se révèle être un poisson qui porte en lui une bouteille de Byrrh. Les yeux de l’homme brillent d’une convoitise incroyable. Il en bigle presque, ses cheveux plaqués sur son crâne grâce à de la gomina, une marque qui existe toujours d’ailleurs. Le commentaire est  impressionnant : « la sauce fait passer le poisson », une vieille expression française qui signifie que l’art d’accommoder  vaut plus que le met lui-même.  C’était peut-être drôle à l’époque.

Byrrh-Georges-Léonnec-Illustration- 

. La bonne mère . Sur ce dessin du 5 mars 1938, on y voit  Madame Byrrh, très élégante dans son tailleur noir, veste courte et jupe droite hyper-serrée, avec des trotteurs à hauts talons, des gants bien évidemment pour ne pas salir ses blanches mains, un jabot à dentelle qui dépasse du tailleur, un chapeau galette blanc fixé sur le haut de la tête et un ruban par derrière. Elle serre sa pochette sous son  bras gauche et tient le livret du Musée du Louvre de sa main droite. Sa petite fille au moins aussi bien habillée que sa maman  mais dans le style anglais, lui demande en visant « la Victoire de Samothrace » : « Dis, maman, comment buvait-elle son Byrrh, la Dame…avec une paille  

  Byrrh-Georges-Léonnec-Illustration-1938

. La bonne copine. On était alors le 7 janvier 1939. C’est ainsi que j’appellerai mon dessin préféré. On peut ainsi voir la belle Dame Byrrh voir rendre visite à une de ses amies alanguie en robe de chambre dans un fauteuil, une couverture sur les genoux et son chien de manchon à ses pieds. La visiteuse est en pleine forme. Elle est élégante, avec ses hauts talons, sa jupe courte, son blouson aux manches de fourrure, un bibi (un petit chapeau) et un manchon assorti. Le dialogue est proprement incroyable à nos oreilles de 2013. La malade s’adresse à son amie : « Oh, ça ne va pas du tout…J’ai reçu tellement de bonbons ! Et toi ? »  Et l’amie de répondre « Moi, ça va magnifiquement…J’ai reçu tellement de Byrrh ! ». Sans commentaire autre qu'aujourd'hui, il ne serait plus possible de faire passer une telle publicité.

Bien d’autres dessins sont parus toujours en page 4 de couverture de l’Illustration réalisés par Georges Léonnec pas toujours avec la maîtresse de maison, mais quasiment toujours avec des enfants charmants. Sur ce thème, la maison Byrrh fit appel également à d’autres artistes.

  Byrrh-René-Vincent-L'illustration

René Vincent fut l’un deux. Il était un illustrateur connu aussi sous d’autres dénominations, telles que Rageot, René Mael et Dufour. Un de ses dessins pour Byrrh est célèbre. Sur le thème de la maman et de ses enfants, il a réalisé un très beau dessin en noir et blanc, d’une jeune femme très chic penchée vers un jeune enfant aux boucles blondes qui goutte du Byrrh dans un verre à pied en le tenant à deux mains, à la profonde satisfaction de sa mère, de sa sœur et de son grand frère. La composition est remarquable.

En guise de conclusion, la saga des publicités Byrrh continue encore maintenant.      L’Illustration n’a jamais cessé d’intéresser un grand nombre de lecteurs. A l’approche du centenaire du début de la guerre de 1914-1918, on ne trouve plus guère d’exemplaires anciens de cet hebdomadaire grand format pour l’année 1914, ni celle de 1918 chez les bouquinistes en France. Entre les deux, 1915, 1916 et 1917 connaissent des fortunes diverses selon les régions où on se trouve. Ce journal qui se disait « universel » ne l’a bien sûr jamais été selon nos critères 2013 d’appréciation. Il continue pourtant à rester vivant au-delà du moment, gagnant sans conteste la course du "Temps", son plus célèbre concurrent de l’époque en France (1842-1942).       

 Byrrh-Panonceau-de-Café-avec grains-de-raisin                                            

Le marketing de Byrrh était digne de celui de Coca-Cola, alors que le mot n’existait pas encore. Les techniques de fidélisation du client et de son attachement à la marque tout au long de sa vie sont encore maintenant un modèle du genre, tout à fait comparables à ce que font l’industrie du tabac et celle de la bière dans le monde. Toutes les grandes marques par exemple ont en commun une règle intangible qui est de mettre la bouteille en avant pour imprimer la marque dans l'esprit de l'acheteur...ce qu'a toujours fait la maison Byrrh.    

 Avec une question juridique pour finir. La loi d’interdiction de vente de boisson alcoolisée aux femmes est-elle toujours en usage ? Il a fallu attendre 2010 pour que celle applicable à l’absinthe soit abrogée. Celle interdisant le port du pantalon aux femmes, qui datait d’une ordonnance du 7.11.1800, n’a été abrogée que le 31.01.2013!  Si la réglementation de 1915 est toujours en cours, Mesdames, un conseil, arrêtez de faire les courses et surtout mettez des pantalons, maintenant que vous avez acquis ce nouveau droit!       

Pour suivre le chemin

. Lire l’histoire de Byrrh sur un bon site http://jeantosti.com/histoire/byrrh.htm

. Voir aussi en particulier http://lemog3d.blogspot.fr/2009/12/lalcool-francais-lexposition.html

. Consulter l’étude dirigée par le Conseil général de l’Hérault maritime sur l’état sanitaire sur la côte méditerranéenne plus au nord « Paysages de la Côte et des Etangs. »

http://pierresvives.herault.fr/sites/default/files/livret_d_accompagnement_herault_maritime_3_0.pdf

. Lire « Jeux et Jouets des Vins et Spiritueux, A consommer sans modération », Serge Defradat, Du May, 2002 , qui consacre une double page à « L’Illustration Byrrh », avec huit illustrations de Georges Léonnec et celle de René Vincent. La photo de de ce dernier est tirée de la collection de Serge Defradat, avec mes remerciements.

. Faire connaissance avec un dessinateur de grand talent, René Vincent, qui a beaucoup travaillé pour l’Illustration, un peu pour Byrrh et surtout pour l’automobile. Ses visuels en couleur sont à se pâmer, ceux qui sont en noir et blanc sont époustouflants. Voir sa carrière sur le site d’André Leroux, qui est une véritable pépite documentaire, sur http://leroux.andre.free.fr/ren%C3%A9vincentcarri%C3%A8re.htm  Byrrh, Les Images de l'Alcool en France 332

. Sur la Révolte de 1907 dans le Midi, lire "La longue marche du Midi Viticole", Le Papillon rouge, éditeur d'où est extraite l'affiche dans les tranchées, avec mes remerciements. Consulter aussi "Les images de l'alcool en France, 1915-1942" de Sarah Howard, CNRS Editions, un toujours excellent ouvrage, malheureusement sans images, mais avec une couverture qui inclut Byrrh dans les images, avec mes remerciements.  

. Les photos de panonceaux sont issues des catalogues  Kaczorowski, Hôtel des Ventes des Salorges, Nantes, avec mes remerciements à www.interencheres.com      . Photos Elisabeth Poulain pour les photos restantes.    

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Rouge de rouge, comme le tapis...rouge de Vinexpo

26 Juillet 2013, 17:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pour débuter la saga du rouge, rien de tel que de faire appel aux vins les plus connus de la planète, je nomme les vins rouges de Bordeaux. Il existe aussi, chacun le sait des vins blanc tout aussi fins mais rien n’y fait, ce sont les rouges qui dominent, tout comme, en position inversée, les blancs en Champagne où il y a aussi des rouges.

Rouge du Tapis rouge-Estacade-Bordeaux-Vinexpo 

Pour le tapis rouge, point de discussion,le rouge chasse toutes les autres teintes. Le tapis est forcément rouge ou n’est pas. Point barre ! Pour affirmer ce pouvoir sans partage, les auteurs se réfèrent à l’Antiquité, comme s’il suffisait d’aller aussi loin pour démontrer la force d’un usage et aussi et surtout la mondialisation de son usage. Sous l’influence du développement durable, d’autres teintes sont utilisées pour ouvrir la palette, mais rien n’y fait. Aucune autre couleur ne peut dominer le rouge.

Et d’abord pourquoi faut-il un tapis  et quelle sorte de tapis? La réponse est évidente, parce que c’est la meilleure façon de cacher ce qu’il y a en dessous. Un sol ingrat, qui sert à beaucoup d’autres usages en temps normal, devient chaleureux par la magie d’un tapis qui est en fait de la moquette collée à usage unique. Il existe des fabricants spécialisés dans ce type de fabrication à usage unique, qui va durer quelques jours ou une semaine au mieux. Les plus gros clients sont les entreprises qui gèrent les expositions, les salons, les foires.  L’usage du tapis est intéressant aussi et surtout en extérieur, pour obtenir une surface parfaite.

Le tapis rouge indique que quelque chose va se passer, pendant un temps limité, pour accueillir par exemple une personnalité. C’est le cas au Festival de Cannes au point que les stars femmes doivent adapter la couleur de leur tenue à cette couleur dominante. L’univers du spectacle n’est pas le seul à chercher à attirer avec le tapis rouge. On en fait aussi usage pour accueillir en toute solennité les chefs d’Etat, de gouvernement et les autres personnalités politiques de haut niveau. Cela  a été le cas récemment pour le Président Hollande lors de son accueil en plein air dans les jardins du palais présidentiel de la République indienne.

    Rouge-Vinexpo-2013-122vinexdim 

Pour Vinexpo, le déroulé du tapis rouge est une jolie image, d’autant plus que le tapis est posé  sur une estacade qui traverse le lac devant les bâtiments de Vinexpo. Il y a une alliance visuelle tout à fait réussie, un jeu d’humour aussi avec ce tapis rouge posé sur l’eau couleur de ciel bleu pour aller découvrir le monde du vin qui attend les visiteurs.  

La célébrité que Vinexpo attend c’est vous, vous qui êtes cette célébrité que vous voyez en rêve la nuit. Cette très belle jeune femme, sentant les arômes du vin...rouge bien sûr. Oui vraiment le tapis rouge est fait pour vous!  

Pour suivre le chemin

. Aller à Vinexpo du 16 au 20 juin 2013, à voir sur http://www.vinexpo.com/fr/

. Photos  Vinexpo.

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L'Abbaye de Bon Port, en son parc, au bord de l'Eure, au Pont de l'Arche

25 Juillet 2013, 16:53pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Ici à Bon Port, quand on entre dans le parc, ce qu’on perçoit en premier, c’est la force du lieu, une force qui vient aussi de l’attente qui nous est venue à longer le long mur qui ceinture  le domaine que nous avons suivi le long de la route. C’est à l’endroit où s’arrête le mur dans une montée qu’il faut arrêter la voiture dans  la prairie dont l’herbe vient d’être fauchée à l’intention des visiteurs. L’entrée se fait à pied, en passant la grille ouverte, au milieu des arbres de la forêt dense qui entoure le long bâtiment conventuel que nous apercevons au loin, comme en brillance dans son écrin de verdure. 

Abbaye-Bon-Port-Porte-de-Sortie- 469

C’est d’abord la luxuriance de la nature qui frappe. Il est vrai que nous sommes en Normandie, dans l'Eure. Les jardiniers viennent  de passer la tondeuse pour dégager l’allée d’entrée qui passe d’abord au milieu des arbres, puis traverse en oblique la très grande pelouse, qui entoure deux des côtés de l’abbaye. Nous la suivons sans hâte, tant il y a de beauté à voir et d’abord ces très grands arbres à admirer, comme ancrés dans une très grande terrasse, qui domine l’Eure en bas du mur. Il y a en particulier un hêtre pourpre, un sujet magnifique, d’une hauteur égale  à son ampleur. 

 Abbaye-Bon-Port-Avancée dans Forêt- 234

Nos pas nous conduisent à l’entrée actuelle de l'abbaye située au point de rencontre entre le long bâtiment perpendiculaire à la rivière et un plus petit en avancée transversale qui en marque la fin vers la gauche. Le premier était affecté au logement des moines du XIIe au XVIIIe siècle. Le petit bâtiment transversal était la sacristie de l’abbaye. Il fait office maintenant de cuisine et remplit si parfaitement ce rôle, qu’on ne peut que louer la faculté qu’ont eu des générations de propriétaires à choisir les bons endroits et en tout premier lieu les moines de l’Ordre de Cîteaux.


Née au XIIe siècle en 1189,  l’abbaye Notre-Dame de Bon Port est indissolublement lié à Richard Cœur de Lion, qui en permit l’édification en lui attribuant de par sa volonté le statut d’abbaye royale. Celle-ci fut d’emblée placée sous la protection de Notre-Dame de Bon Port, avec des privilèges spéciaux complétés par les nombreuses immunités de l’Ordre ecclésiastique dont l’abbaye relevait. En 1244, le Pape Innocent IV accordait des indulgences à ceux qui se rendaient à l’église abbatiale, au cœur de l’abbaye. Beaucoup des grands noms de l’histoire de France sont liés à « Bon Port », au point qu’il n’était même plus besoin de parler de l’Abbaye, tant sa renommée était grande. De toutes celles qui portent ce nom, elle est indéniablement la plus célèbre.

Abbaye-Bon-Port-Découverte-Aile des Moines 242
   
Ici en ce lieu de grande histoire, tous les mots comptent. Ils indiquent un lieu privilégié à commencer par l’emplacement sur une colline boisée, avec la rivière de l’Eure bordant le mur d’enceinte en contre-bas, entouré de nombreuses terres alentour qui permettaient aux moines de dégager des rentes pour leur survie et le développement de l’abbaye. Bon Port illustre bien le choix qui a été fait, près de l’eau, non loin du village du « Pont de l’Arche » qui était en fait une véritable forteresse pour veiller ou interdire selon les époques le passage des soldats, des gens et des marchandises en amont de Bon Port sur la Seine. Preuve s’il en est que l’endroit était stratégiquement important au plan militaire qu’au plan économique puisque l’abbaye devait assurer en partie ou en totalité sa subsistance pour elle-même, les siens et ceux qui dépendaient d’elle. 

      
Les moines étaient encouragés en cela par l’Ordre cistercien qui fait du travail de mise en valeur de la terre un des fondements de l’engagement religieux chrétien et de son œuvre de civilisation.  Cette richesse de la terre fut sans conteste la constante de toute l’histoire de l’abbaye de Bon-Port.  Ici, on savait travailler le bois de la forêt, récolter le grain pour faire du pain, chasser dans les bois pour avoir du gibier... On y faisait pousser la vigne, on savait presser le raisin et attendre et que le vin se fasse. Outre ces activités liées à la terre, il y était fait commerce. Les moines étaient par exemple informés en temps et heures du passage en amont au pont de Mantes des navires marchands de vin.


    Abbaye-Bon-Port-Façade-Aile des Moines sur Cloître- 258 

Les bâtiments monastiques. Ils ont été principalement édifiés au XIIIe siècle. Ils furent tour à tour agrandis, complétés, laissés en l’état, restaurés, embellis, enrichis, agrandis, comme le
cloître qui date du XVIIIe siècle. Les raisons en étaient tout autant monastiques que séculières, pour agrémenter le confort jugé un peu rustique  par des grands noms de la noblesse. Le grand bâtiment perpendiculaire à l’Eure affecté aux moines fut doté d’une bibliothèque, d’un dortoir un peu plus confortable, en grande partie grâce à l’Abbé de
Polignac, ambassadeur en Pologne et qui tarda tant à y aller, qu’il fut envoyé en disgrâce en son abbaye de Bon Port par le roi Louis XIV...La teneur de la missive que signa le roi est la
suivante « Monsieur l’Abbé de Polignac, je vous écris cette lettre pour vous faire savoir que mon intention est que vous vous rendiez incessamment dans votre abbaye de Bon Port et que vous y demeuriez jusqu’à nouvel ordre ». Sa « retraite » dura quatre ans, pendant lesquels Melchior de Polignac aménagea les bâtiments de vie  de façon plus confortable et plus digne de son rang et se fit construire un pavillon pour lui juste à côté!  

Abbaye-Bon-Port-Cloître-Porte-Aile-aux Moines- 375-  

 La période révolutionnaire fut dure pour Bon Port. L’ensemble fut vendu comme bien national. L’église, le cloître, le bâtiment des convers, l’hôtellerie…furent détruits et les pierres utilisées comme matériaux de construction. La dimension monastique disparut. La fonction d’accueil traditionnellement dévolue aux communautés chrétiennes fut supprimée de facto. Restèrent les fonctions agricoles ; pourtant Bon Port devient moins qu’une ferme ; seuls certains de ses bâtiments furent utilisés comme  hangars agricoles. 

Abbaye-Bon-Port-Cuisine-Fenêtre-456


La glycine fleurit à nouveau sur le mur de façade de l’Abbaye de Bon Port. Depuis 1990, le domaine a été racheté. Les propriétaires s’emploient avec beaucoup de passion, de délicatesse et de ténacité à faire revivre ce grand lieu de l’histoire de France, grâce à une véritable et profonde stratégie de restauration de ce qui peut l’être.  C’est ainsi  que la sacristie est devenue la cuisine, l’entrée se fait à tout à côté. C’est un petit espace voûté à croisée d’ogives très accueillant. Une partie des pièces du bas a été restaurée et aménagée avec beaucoup de goût pour servir par exemple, le jour de notre découverte, à des expositions, avec un grand choix d’ambiances différentes à chaque fois. Les fenêtres donnent des deux côtés sur la grande pelouse à l’entrée et sur le cloître. C’était un espace intérieur fermé un peu en  hauteur dans l’axe est-ouest par l’église abbatiale dont il ne demeure que l’embase des piliers. Une porte située sur la façade interne permet de rejoindre le cloître, qui était un lieu de méditation.

Abbaye-Bon-Port-Escalier-Rampe-Fenêtres 379
 
L’Escalier d’Honneur. Il est à lui seul une des merveilles de l’ensemble bâti tant il éclate de lumière, de grâce et d’équilibre, taillé dans de la pierre blanche avec une  superbe rampe en fer forgé. Il permet d’accéder à ce qu’on appelait le dortoir des moines qui fut transformé au XVII en cellules. Au rez-de-chaussée en cet endroit de liaison entre les pièces du bas et l’escalier figurait le chauffoir. C’était, comme à Fontevraud, le seul endroit chauffé de l’abbaye. Il faut dire aussi qu’ici à Bon Port, il y avait les fours de la cuisine en-dessous dans le sous-sol. 

Abbaye-Bon-Port-Ier-Etage-Galerie- 383


Au premier étage, un grand espace unique parcourt l’aile tout du long, rythmé par des portes qui s’ouvrent sur les chambres. A ce niveau de largeur et de longueur, on saurait parler d’un « couloir ». Il est un formidable lieu d’exposition, avec une profondeur de vision impressionnante et … beaucoup de murs pour placer des tableaux pour les accrochages.  Outre sa porte donnant sur le grand espace commun intérieur, chaque chambre - une des cellules - est dotée de sa fenêtre qui s’ouvre sur la grande pelouse d'entrée, reliée à celle qui la précède et celle qui la suit par une porte dans la cloison mitoyenne.  Au fond du bâtiment, près de la forêt, une grande salle occupe toute la largeur. Elle est magnifiquement éclairée par des hautes fenêtres sur trois de ses côtés. C'est elle qui le bâtiment au sud.

Abbaye-Bon-Port-1er-Etage-Vue sur l'Eure- la Seine- 392
   

A l’autre extrémité,  se trouve la seule fenêtre par laquelle on peut apercevoir l’Eure et l’île en face. On devine la Seine dans le fond.  C’est en bas à cet endroit précis que se rattache l’histoire la plus célèbre de l’abbaye. C’est là que Richard Cœur de Lion, sauvé d’une noyade dans le fleuve avec son cheval, fit le vœu, s’il en sortait vivant, de faire bâtir une abbaye, qui prit le nom de « Bon Port » pour indiquer que c’était un bon endroit pour les navigateurs, un endroit béni de Dieu et choisi par un roi, le roi d’Angleterre connu pour son courage pendant les croisades. 

Abbaye-Bon-Port-Ier-Etage-Tourelle d'Angle-Entrée-393

Tout à côté de la fenêtre, une tourelle d’angle doit être  un des derniers vestiges d’une fonction de surveillance de la rivière.  Redescendons au rez-de-chaussée et cette fois-ci poursuivons notre chemin pour  atteindre ce qui devait une entrée dotée de nombreuses portes.   

    Abbaye-Bon-Port-Chai-Cellier-Voûtes- 347
L’une de ces portes intérieures mène par un escalier en colimaçon au sous- sol, au pressoir qui fait office aussi de chai. Il est placé sous le bâtiment dont les bâtisseurs ont su exploiter la technique de la gravitation pour ne pas écraser le raisin, comme le permet la déclivité du terrain à l’approche de la rivière. L’endroit est fabuleux, avec ses voûtes basses, ses lourds poteaux, les barriques au fond et un énorme pressoir près d’un soupirail à pan incliné permettant de faire glisser le raisin apporté par « une besogne » - une grande barque à fond plat tiré par des chevaux de halage – directement par un soupirail dans le pressoir. Un petit escalier permet de sortir au plus près du mur d’enceinte. Une grande porte de l’abbaye est située à cet endroit très proche de l’Eure.  C'est la seule qui existait sur cette partie de la clôture de hauts murs sur ce côté proche de l'Eure. 

    Abbaye-Bon-Port-Face-Ouest-Réfectoire-Cuisine-358

En poursuivant notre tour cette fois-ci à l’extérieur de l'abbaye elle-même dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, en quittant la face nord pour aller vers le sud en passant par l’Ouest, nous longeons le mur d’enceinte en restant à l’intérieur et nous arrivons dans un espace carré formé par un bâtiment perpendiculaire à étages  « la cuisine » .  L’endroit est très particulier, silencieux, comme en retrait de la vie, oublié, avec des cicatrices sur ses façades qui parlent autant qu’une très belle porte, ornée de piliers d’entrée sculptées…Elles disent beaucoup ; elles montrent comment les fonctionnalités changent au  fil du temps. Chaque cicatrice est à elle seule une histoire.  


    Abbaye-Bon-Port-Cuisine-Voûtes-303-copie-1

Voici le cloître qui s’approche. Il suffit de tourner encore à angle droit. En très peu de distance, le cloître se profile avec ses deux côtés restant.  L’endroit est très ensoleillé. Il règne ici  beaucoup de grâce et de délicatesse. Notre hôtesse, la dame des lieux nous fait descendre quelques marches pour admirer les grands fours des anciennes cuisines, celles dont nous avons déjà évoqué la si précieuse chaleur dans le chauffoir. L’endroit est impressionnant. On se croirait « revenu » plusieurs siècles en arrière. Quelques marches à remonter, quelques mètres à faire le long du mur extérieur, à nouveaux quelques marches à
descendre, et voici le lieu le plus emblématique de l’abbaye. 


    Abbaye-Bon-Port-Réfectoire- Grand-Soleil-269

La grande salle du réfectoire des moines, se déploie sous nos yeux en contre-bas par rapport au niveau du cloître. On est ici réellement dans un lieu extraordinaire, une grande salle qui a tout d’une chapelle élancée avec des fenêtres nombreuses et ajourées qui ont pour particularité pour celles de droite (vers l’Est) d’être très rapprochées de l’Aile des Moines et pour celles de gauche (vers l’Ouest) de s’ouvrir sur le grand air et l’immensité du ciel. L’absence de vitrail - il y a bien eu- ou de verre de nos jours pour certaines font que l’endroit est colonisé par les oiseaux. C’est une salle qui a subi les assauts du temps, c’est pourtant aussi un lieu très fort, qui aurait pu être une chapelle tant les points communs sont nombreux, si ce n’est la taille qui est peut-être plus réduite que celles de l’église qui a été détruite. Cette salle rappelle que manger est un don de Dieu. Le repas commençait par une prière, le Bénédicité, par laquelle les moines remerciaient Dieu  pour le pain quotidien et en appelaient à sa bienveillance pour en procurer à ceux qui n’en ont pas.
  
    Abbaye-Bon-Port-Aile des Moines- 240

Après avoir découvert l’abbaye, il  nous reste à repartir sur nos pas, les yeux emplis de beauté et de paix, avec l’idée qu’une autre fois nous reviendrons voir le site d'en bas, de l’Eure, au plus près de l’eau, dans les pas de Richard.  


 Pour suivre le chemin

.   Aller visiter l’Abbaye et trouver avant toutes  les informations sur http://www.abbayedebonport.com/ avec une très belle
vue aérienne et une bonne sélection de photos présentées en diaporama, 27340 Pont de l'Arche, 02 35 02 19 42 et contact@abbayedebonport.com
  

Voir ce qu’en dit Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Abbaye_Notre-Dame_de_Bonport 


. Lire également le livret de qualité "Abbayes normande, Un autre regard" qui a été édité pour fêter le 11e centenaire de la Normandie, 911-2011", "Happy Birtday Normandie", à retrouver sur www.abbayes-nromandes.com


    Abbaye-Bon-Port-Clair-obscur-Bois d'Entrée 230

. Lire les données de base d’une abbaye cistercienne sur      http://architecture.relig.free.fr/glossaire.htm#C   


. Découvrir le passionnant extrait du cartulaire de l’Abbaye royale de Notre-Dame de Bon Port de l’Ordre de Cîteaux au Diocèse d’Evreux par J. Andrieux, Fonds de Charles Minot, 1828, MDCCCLXII, de la Bibliothèque du Harvard Collège, numérisé par Google      http://books.google.fr/books?id=t0QoAAAAYAAJ&printsec=frontcover&dq=bonport&hl=fr&ei=XdGbTM_iAdjNjAfYrMTpCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CFgQ6AEwCQ#v=onepage&q&f=false


. C'est dedans que j'ai trouvé mention des murs de l'abbaye, aini que la citation de Louis XIV qui m'a bien amusée.   


. Sur Pont de l’Arche et l’Abbaye de Bon Port, voir un blog intéressant d’un historien http://pontdelarche.over-blog.com/article-abbaye-de-bonport-representation-de-1696-78046300.html où se trouve un joli dessin à la plume et à l’aquarelle attribué à Louis Boudan en 1696.


. Un dessin à la plume de 1816 se trouve sur le site du Petit Céphalophore http://lepetitcephalophore.blogspot.fr/2011_06_01_archive.html

Abbaye-Bon-Port-1er-Etage-celles-Moines-Perspective- 401


. Photos Elisabeth Poulain prises le jour de notre visite le 25 mai 2013 lors du 3e forum "Association patrimoine(s)", à retrouver dans l'album-photos " Eure-Patrimoine3"  


 

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Une vision de la ville moderne en un dessin de BD des années 50

21 Juillet 2013, 11:27am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une page d’un album d’une bande dessinée, ce qui reste quand le livre est dissocié, sans aucune indication autre que le dessin de la ville, les deux enfants qui traversent le croisement en courant et les mots écrits en bas à droite.  C’est un dessin dérangeant du fait me semble-t-il d’une volonté d’un dessinateur appartenant au monde anglo-saxon de franciser un dessin d'une ville où on roule à gauche, où existe le tramway et où il n’y a pas de passage clouté pour les piétons.

Dessin de ville moderne, origine mystère, BD

Les bâtiments sont des blocs identiques où les seules variations affectent les reflets sur les fenêtres. La ville est très minérale. Le créateur a disposé des arbres dans la perspective pour montrer la fin de la ville. Dans l’air plane un avion rouge tandis que trois petits nuages en forme de poissons flottent dans l’air à gauche. Outre les voitures rouges à l’allure de jeep, il y a au premier plan une camionnette verte qui semble transporter de la bière, peut-être de la marque Heineken, à cause de l'étoile.

Les drapeaux français sont très nombreux. On en voit accrochés à des hampes au coin des deux immeubles, fixés par trois à une baie au troisième étage de l’immeuble de droite  tandis qu’une longue guirlande  est disposée sur la façade de l’immeuble de gauche.

Deux enfants courent en direction du camion vert, le petit garçon – aux cheveux bruns - avec une salopette bleue et un t’shirt rayé, la petite fille – aux cheveux blonds- avec jupette rouge  et petit haut blanc. Les deux petits ont tous les deux la bouche en cœur. Ils sont sérieux.

Dessin de ville moderne, origine mystère, BD

Le texte  est plus que succinct et mystérieux : "Dieu ! Que la rue est large !". Ma question: d'où vient ce dessin de 209,3 sur 23,6cm?  Merci à vous lecteurs, de me donner des pistes.  

 

.Photo Elisabeth Poulain

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Phytolab, l'Agence du Paysage qui fait Desjardins le coeur de la Ville

19 Juillet 2013, 15:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un jardin qui s’écrit déjà naturellement au pluriel en un seul mot « Desjardins » du nom de la caserne qui avait été édifiée à cet endroit et qui a été déconstruite pour cause de fin d’activités par décision de l’Etat et de rachat du terrain par la ville d’Angers. Celle-ci a voulu faire de cette emprise dans un quartier résidentiel ancien un endroit où il ferait bon vivre…. L’idée maîtresse du projet présenté par Phytolab - l’agence du paysage crée par Loïc Mareschal il y a 20 ans,  qu’il co-dirige avec Frédéric Fourreau, son associé - a ceci de remarquable qu’elle a placé le Parc au cœur de l’ensemble immobilier et urbain, comme une sorte d’agora végétale d'un nouveau type où se rencontrent les gens du coin, les passants, les enfants, les curieux de l’évolution de la ville…  

Parc Desjardins-L'accueil-Loïc Mareschal au centre 209

Loïc Mareschal est de ces paysagistes qui sont de véritables révélateurs des lieux qu’on  confie à l'agence. Avec lui, pas d’esbroufe, pas de grands mots clinquants, pas de cinéma…, il a cette capacité proprement étonnante de voir autrement ce qui est sous l’apparence qui a pu durer longtemps d’un  long moment d’un lieu, de concevoir un projet qui tient en quelques mots justes quand il doit « expliquer, préciser, reformuler, argumenter » aussi bien avec les aménageurs, qu’avec les habitants, les futurs occupants et les enfants dont on devine que ce sont des interlocuteurs avec lesquels ils ont tous les deux, Frédéric Fourreau et lui, eu grand plaisir à concevoir ce Parc Desjardins.

    Parc Desjardins-Pavillon de droite-Les Visiteurs 207

 Ce matin, 10 ans environ, après le début du travail sur le terrain, c’est lui qui vient nous dire ce que l’aventure Desjardins a pu représenter pour Phytolab, son associé ayant été plus spécialement en charge du projet.

Loïc Mareschal commence son intervention en disant de lui qu’il n’aime pas spécialement parler de lui. Ce qu’il aime par contre, c’est de trouver le ton juste, avec le site, avec les gens, en phase avec le temps. Il sait transmettre la force du projet de l’équipe de Phytolab, décrire la façon dont celui-ci est passé au stade du chantier et montrer comment l’avancée des travaux a été mise en musique avec de nombreux interlocuteurs. Ce plaisir partagé  a été le cas pour les membres de l’agence, pour lui, comme pour nous,  qui avons fait la promenade-découverte de ce parc, qui est un véritable cœur d’îlot de quartier, en sa compagnie en un samedi matin frisquet de juillet.

Parc Desjardins-Jardin d'Ardoise-Immeubles à gauche 224

Il suffit d’écouter ses mots, en regardant devant soi, en arrière, en se tournant, en haut, en bas, naturellement sans se forcer, pour  commencer à bouger avec le lieu de façon naturelle, à entrer en phase nous aussi avec le site, quitte à s’arrêter le temps de presque voir les enfants jouer, de s’asseoir le temps qu’il faut sur le banc en bois à l’allure d’une vague, de se laisser aller à être vraiment présent là où nous portent nos pieds, pour faire partie d’un endroit inspiré, qu’on appelle un parc, faute de mieux,  pour voir ce que notre tête a à nous dire, va dire, va nous dire. Un jardin qui se conjugue au pluriel et qui en plus s’appelle un parc, voilà de quoi intriguer, surtout pour désigner un morceau de ville !

Parc Desjardins-La Pièce centrale 232

L’agence Phytolab est un révélateur des lignes de force qui modèlent le paysage. Elle a cette capacité à faire jouer ensemble des lignes avec des volumes, à fluidifier les lignes et apaiser la vision du paysage, tout en sachant jouer des ruptures  créées pour le rendre plus juste, plus vrai, pour en cela respecter plus pleinement le lieu et les gens et permettre au temps de jouer sa partie .

Loïc Mareschal aime profondément les arbres qui ont des puissants marqueurs du territoire. C’est par eux d’ailleurs qu’il a commencé sa présentation du site. La plantation de grands platanes en ligne ne peut étonner dans un ancien site militaire. Cet élément, tout comme la grande grille monumentale encadrée de ses lourdes colonnes latérales, et complété par les remarquables pavillons d’entrée, ont marqué durablement le terrain. Avec ces données de base très fortes, Phytolab a su  à la fois en tenir compte, jouer son propre jeu, en espérant aussi et surtout l'appropriation du site par les gens.   

Parc Desjardins-La Pièce centrale-Vague enfants-Vue sur côté droit 241

 Loïc Mareschal n’arrive pas avec une structure dans la tête, celle qu’il va mettre en scène et avec  laquelle il va composer. Avec Frédéric Fourreau, il s’approche sans idée préconçue. Il ne force ni le site, ni le temps. Il regarde, il virevolte, il bouge comme un danseur, il cherche les lignes qui structurent  et composent l’ensemble. Il scrute les lieux, comme il écoute les gens et comme il dialogue avec les arbres. Avec ces trois partenaires qui jouent chacun sa partition dans le long jeu du temps, l'agence va pleinement jouer son rôle. Il s'agit d'entrer en résonnance, en mouvement pour trouver la structure, sous-jacente aux lignes dont les deux associés vont rendre certaines perceptibles de l’extérieur.

Ces lignes vont servir de haubans visibles-invisibles qui vont tenir l’ensemble. Pour qu’elles puissent jouer pleinement leur rôle de porteur de sens, de transmetteur d’énergie et de capteur d’atmosphère, ils vont beaucoup enlever de ce qu’ils ont devant les yeux pour apurer, alléger, ôter le superflu, l’inutile, le kitch dont ils ont horreur, pour simplifier et rendre plus vrai ce qui est au cœur du cœur du projet, ce qui reste quand il n’a plus rien à ni à enlever, ni à densifier.  

Parc Desjardins-Le Banc de Bois-Effet Vague 237

Pour dire ce qu’il fait, Loïc Mareschal, n’hésite pas à inventer des mots qui s’imposent à peine sont-ils prononcés, des mots tellement vrais que tout le monde les retient aussitôt. Pour l’Opération des Berges de la Maine qui en est déjà à sa seconde séquence de concertation actuellement à Angers, il a, avec François Grether, qualifié les jardins au pied du Château de « plissés » pour montrer comment le promeneur va pouvoir glisser de plissé en plissé, pour descendre du pied du château, comme on saute, enfant, de marche à marche, jusqu’au bord de l’eau pour pouvoir « mettre la main dans l’eau ». C’était une des demandes des habitants réunis en groupe de concertation. Rappelons que le projet Grether-Phytolab a été sélectionné parmi les trois qui avaient été préalablement retenus dans la sélection finale des Berges de Maine.

Parc Desjardins-Esplanade-Mur et Immeubles 245

« Le parc habité » n’est pas une dénomination utilisée par le paysagiste  pour qualifier le projet devenu maintenant une réalité. « En 2003 quand le projet a été lancé, cela avait un sens dit-il  pour les habitants proches de ce site urbain de 6 hectares. Il s’agissait dans cet endroit de la ville  situé en nord-ouest proche du centre juste au-dessus du quartier 1930 du Lutin, de créer un cœur d’îlot en transformant l’espace jusqu’alors dédié à la Caserne Desjardins, devenu sans usage, en un parc central, autour duquel rayonneraient des immeubles qualitatifs à construire. Cette dénomination n’a plus de raison d'être maintenant que les immeubles et les habitats individuels proches sont construits et habités. 10 ans après, le parc est vraiment accessible à tous, habitants tout proches, plus éloignés, visiteurs… et pas seulement réservé à ceux qui ont la chance d’y résider en première, seconde ou troisième ligne. Les membres de l’équipe de Phytolab ont eu beaucoup de plaisir à  voir par exemple la réaction des enfants investir l’endroit des jeux. 

Parc Desjardins-Allée des Pavillons 262

Cette façon de procéder, qui consiste à placer le parc au cœur de la ville et l’arbre au cœur de l’espace, avant que ne commence la construction des immeuble, d’une façon réelle et que chacun a pu constater, a permis de rendre visible et crédible pour tous cette volonté de partage par tous. Chacun a ainsi pu s’approprier la transformation de la Caserne Desjardins en Parc Desjardins entouré de logements, une opération  qui a grandement valorisé le quartier. D’autres éléments ont joué, en particulier la transformation d’un des pavillons d’entrée en garderie, celui qui est à droite quand on est dehors face à la grille. L’autre pavillon est devenu salle de réunion pour les associations. La grille a été restaurée ainsi que les pavillons d’entrée tant ils sont emblématiques du site. 

Parc Desjardins-Côté gauche 204

La grille et les pavillons d’entrée ont été aussi et surtout très importants pour indiquer l’orientation du parc qui s’étend de façon égale sur l’axe de la grille en une longue bande rectangulaire dans le sens sud-nord. Pour autant, le cheminement à l’intérieur ce long quadrilatère rectangulaire se fait en partie gauche -vers l’Ouest- par un chemin qui emprunte un tracé légèrement courbe, de façon à changer la perception de la fonctionnalité du lieu dédié maintenant à la promenade et adoucir la vision. En outre, outre cet élément de désordre tout à fait volontaire, les deux paysagistes ont joué cette fois-ci sur les différences de niveaux de façon à créer un effet visuel pour ralentir la vue avec un effet de marche qui fractionne cette grande pièce d’herbes en terrasses successives. C’était déjà une façon de plisser le terrain pour freiner le regard habitué à jouer de la perspective en se rendant trop vite au point de fuite.

Parc Desjardins-Allée transversale du bas 198

Perpendiculairement des trouées transversales ont été prévues entre les immeubles pour éviter l’effet de barres qui bloquent la vue sur les côtés. Des allées perpendiculaires permettent de relier le Parc aux contre-allées et au quartier ancien situé un peu plus loin sur le côté droit en montant. Entre les deux, immeubles de front du parc et maisons anciennes de la ville préexistantes, deux autres lignes de constructions ont été créées, une ligne d’immeubles moins hauts que celles du devant et, au plus proche de la rue ancienne, des pavillons accolés avec chacun son jardin. La structuration du parc repose sur son accroche avec le reste de la ville marquée par ces liens transversaux avec le quartier, avec en plus tout en haut une rue avec des voitures qui passent, sans rompre du tout l’unité paysagère, quel que soit l’endroit où on se trouve. Un exploit.

Parc Desjardins-Perspective sur Pavillons 267

 Plus on avance dans le parc, en montant, plus les arbres changent et moins ils sont hauts. De grand développement au départ et placés sur le côté, ils commencent à coloniser la grande pièce centrale d’herbes, vers la gauche à la hauteur des jeux pour les enfants et du long banc de bois à effet vague. En haut, de l’autre côté de la rue, se situe l’Esplanade Desjardins, qui bénéficie d’un double  aménagement paysager très recherché, différent de ce qui a été fait jusque là. Il y a des parterres denses d’arbustes entourés d’une bande de gazon près des voitures et ou des places de stationnement. Au-dessus du mur très travaillé  qui permet de créer une surface plane au pied des immeubles qui ferment la perspective du parc, l’esplanade est plantée d’arbres de faible développement conduits en cépée, qui ont plusieurs troncs. Les bancs sont nombreux et les arbres petits de façon à ne pas gêner la vue, vers le bas, vers la grille d’entrée. C’est encore une façon de jouer avec la perspective et de créer une ligne oblique qui traverse la grande pièce centrale de pelouse.

Parc Desjardins-Perspectives-Allée transversale médiane 230

L’effet-temps a bien joué sa partition. L’opération a maintenant 10 ans, un temps suffisamment long pour avoir permis au parc de s'ancrer durablement dans le sol. En matière de paysage, il faut toujours savoir être patient et endurant. L’endroit nouveau s’est bien enraciné dans le quartier essentiellement constitué de pavillons avec des petits jardins. La mixité au cœur du projet dès le départ fonctionne bien, comme avaient bien marché les différentes phases de concertation qui en 2001 constituaient une démarche réellement innovante. Les habitants nouveaux et anciens aiment leur parc. Il faut dire aussi que la ville, en particulier le service des Parcs et Jardins, chouchoute tout particulièrement  le parc, l’esplanade ainsi que les contre-allées latérales fleuries.

Il est temps de parler du rôle des massifs de fleurs. On les trouve essentiellement dans ces allées piétonnes ainsi que le long de la rue ouverte aux voitures au nord. Elles sont ainsi liées au mouvement, avec beaucoup de bancs proches. Pour les enfants et les autres, un petit coin de fleurs plantées en massif dense de couleur jaune (des « immortelles » qui sentent si bon l’été) et violette (des nepetas) a été aménagé tout à l’entrée du parc, un peu en arrière de l’allée, en guise de clin d'oeil de bon accueil.

Parc Desjardins-Contre-Allée à droite 261

Phytolab, l’agence que dirigent Loïc Mareschal –paysagiste & botaniste- et Frédéric Fourreau –urbaniste & paysagiste- a reçu :

. la Médaille d’Or aux Victoires du Paysage 2010 pour ce Parc Desjardins,

. tout comme leur projet des Berges de Maine a été sélectionné en 2012 pour réaliser la grande opération urbaine désormais qualifiée d’Angers Rives Nouvelles pour en montrer l’importance.

. Il reste à citer une autre récompense à Angers, entre 2010 et 2012, le Prix spécial du Jury 2011 du CAUE pour l’aménagement paysager du nouveau siège du Crédit Agricole avec devant le parvis-jardin et derrière le patio.  Des récompenses qui se savourent 20 ans après la création de l’agence par son fondateur.

Parc Desjardins-Perspective nord 202

10 ans après pour  Desjardins, la réussite qui ressort le plus nettement aux yeux des deux associés de Phytolab, du côté du métier, c’est « la densité, sur les 6 hectares, 4 sont dédiés aux 440 logements, une densité plus forte qu’en plein centre-ville d’Angers. Il y a eu un gros travail de fait sur le plan de l’économie de voierie, pour laisser plus de place disponible pour le végétal. » Du côté humain, cela a été la longue et fructueuse phase de concertation, en particulier avec les enfants, ce qui à l’époque constituait une réelle innovation ».

A une des dernières questions posées sur ses réactions face aux demandes des habitants, la réponse de Loïc Mareschal a été d’une grande simplicité : « on était en phase » et quand une « der de der »  (une dernière question)  est   arrivée   encore pour savoir par quoi il a commencé, sa réponse  fuse « par un examen attentif des arbres matures ; ils sont intéressants pour la valorisation des lieux ». Son conseil au groupe, avant d’aller rejoindre Vincent Dulong l’élu du quartier, juste au-dessus du quartier du Lutin pour la poursuite des visites des jardins d'Angers, « il faut savoir planter les arbres de façon dense, serrée et ne pas hésiter à couper ceux qui sont en trop 15 ans après. » Le temps est un acteur majeur du paysage. C'est toujours lui qui a le dernier mot.

Parc Desjardins-Allée des Pavillons 263

Ce billet fait suite à la journée du « Printemps de l’Architecture » qui s’est déroulé de mars à juin 2013, placé cette année sous l’éclairage de la « croissance du végétal et croissances urbaines ». Angers a été la 5e et dernière étape d’un périple qui s’est déplacé à Nantes le 30.03, aux Herbiers le 12.04, au Mans  le 16.05, à Laval le 24.05 et à Angers le 22 juin, sous un temps gris et frisquet mais heureusement sans la pluie annoncée. Loïc Mareschal a participé à toute la journée copieusement garnie. Celle-ci a commencé par la découverte du Parc Desjardins, s’est poursuivie par la visite du Jardin des Plantes vue sous l’angle de l’héritage du XVIIIe siècle où s’est tenu le pique-nique. Est venue ensuite la promenade du Jardin du Mail « un jardin emblématique de la Ville des Fleurs » et la visite un peu plus loin de la Maison Bleue de 1929, qui est un Monument historique inscrit. Puis la journée a continué par la découverte des travaux de restructuration et de modernisation du Jardin du Musée des Beaux-Arts, avec pour finir le projet de grande envergure « Angers Rives Nouvelles ».   

Parc Desjardins-Pourtour extérieur végétalisé 272

Pour suivre le chemin

. Loïc Mareschal et Frédéric Fourreau, à retrouver sur http://www.phytolab.fr/?p=5, pour voir en particulier  des photos des jardins du Crédit agricole.

Phytolab-Loïc-Mareschal & Frédéric-Fourreau-Parc-Desjardins-Angers 

. Le Printemps de l’Architecture, Angers, 22 juin 2013, avec la participation de l’ARDEPA, de la Maison régionale de l’Architecture des Pays de Loire, avec le soutien de l’ENSA de Nantes et des cinq CAUE, sur des thèmes différents pour chaque département, www.printempsarchitecture.fr  Les organisateurs ont pour l’occasion créée une plaquette qui a été bien appréciée par le groupe d’Angevins qui a participé avec un grand plaisir à la journée.

. Lire l’étude complète de la Sara sur l’Ilot Desjardins, sous le titre « Habiter dans un parc » sur http://www.sara-angers.fr/developpement-durable/desjardins/desjardins.php et De la caserne au parc Desjardins sur http://www.angers.fr/index.php?id=50279

. Voir CAUE-2012-Prix spécial du Jury pour le Siège social du Crédit Agricole  à Angers / 2009, maîtres d’œuvre : DMT Architectes / TÉTRARC, architectes / PHYTOLAB, paysagistes  http://www.matp-angers.eu/Prix-Departemental-de-l,945.html

. Sur la Caserne Desjardins, qui s’est d’abord appelée Caserne de la Brisepotière, avenue du Général Lamoricière dans le quartier Ney-Chalouère à Angers, lire le court résumé de sa courte histoire, sur  http://www.patrimoine.paysdelaloire.fr/inventaire-du-patrimoine/?tx_oxcspatrimoines_pi1%5BshowUid%5D=5765

. Photos: Phytolab pour le cliché des deux associés, Elisabeth Poulain pour le reste, avec d'autres photos dans l'album Angers2 à l'intérieur de l'album-mère "Angers". Ces photos ne respectent pas vraiment l'ordre du texte; j'ai préféré choisir de raconter une histoire complémentaire visuelle cette fois-ci pour restituer une certaine impression des ambiances...

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Au Château de Gaillon, La Semaine européenne de la Charpente, 2013

14 Juillet 2013, 11:14am

Publié par Elisabeth Poulain

 Le titre avec des explications tout de suite. Il cible les trois éléments d’une lourde opération de rénovation de la pièce centrale de la charpente de la plus haute tour du Château de Gaillon, celle qui porte le si joli nom de la Tour de la Sirène, au cours de la Semaine européenne de la Charpente. L’opération de rénovation ne concerne donc pas toute la charpente de la Tour, ce qui aurait nécessité plus d’une semaine de travail à l’équipe des 40 charpentiers mais de la pièce centrale ronde posée horizontalement à la base de la toiture sur les murs et qui porte littéralement toute le reste de la charpente. 

Gaillon-Château-Vu-du-Ciel

Le Château de Gaillon. Ce bâtiment classé appartenant à l’Etat a une longue histoire  depuis que le site de Gaillon fut dévolu à la couronne de France en 1194.  Depuis plusieurs années maintenant, il fait l’objet d’importants chantiers de restauration de la part de l’Etat afin de  conserver cet important patrimoine de l’histoire de France. Il a été remanié, agrandi, embelli au cours de l’histoire, ce qui fait de lui un des symboles forts de l’art de vivre de la Renaissance. Après des siècles de grandeur et un long endormissement, il a aussi connu le déclin, un déclin accru au XIXe et au XXe siècle au cours desquels il a vécu plusieurs périodes troublées en servant plusieurs fois  de prison. 

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La Tour de la Sirène. On la voit très bien quand on contemple le château situé en dehors de l’enceinte au pied de la face Est de l’ensemble, en bas dans la ville de Gaillon, près de ce qui était l’ancien lavoir, situé sur la Place de l’Abreuvoir.  La Tour rend compte de la vocation défensive du château lors des longues guerres franco-anglaises. Elle est d’autant plus impressionnante à voir que ses murs bas qui sont des vrais remparts sont visibles à partir de la sente du château qui longe les douves de l’extérieur. La Tour double alors de hauteur, sans compter le toit qui chapeaute l’ensemble et les parties souterraines de ses murs non visibles de l’extérieur qui ont plusieurs fois servi de cachot dont on ne sortait plus dans les siècles derniers.

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 Les murs  s’élèvent à plus de 20 mètres entre la partie visible à partir du bas des douves et le début du toit qui lui-même mesure une dizaine de mètres de haut. C’est la partie la plus massive et à l’œil la plus ancienne de l’ensemble du Château de Gaillon. Elle a gardé son aspect moyenâgeux défensif alors que la Galerie sur le Val juste à côté fleure bon l’art de vivre de la Renaissance.       Château de Gaillon, Chantier, Charpente, Vue du Haut

C’est au cours de  la semaine européenne de la charpente que s’est déroulé le chantier dont la phase terminale de sciage, de façonnage des troncs d’arbre, d’assemblage des différentes pièces et de pose finale a constitué le point d’orgue. Cette opération qui a pour principaux objectifs de permettre à des charpentiers venant d’une dizaine de pays de l’Union européenne et du Canada de se rencontrer, outils à la main, pour travailler ensemble à la réalisation d’une charpente à l’ancienne, représentative d’un savoir-faire séculaire. Celui-ci résulte de pratiques où est fait à la main et qui se transmettent par le travail partagé en commun au cours d’une période de temps passé ensemble. Comme au théâtre, il y a unité d’acteurs, unité de lieu et unité de temps : ce sont des charpentiers volontaires, hommes et femmes, qui ont œuvré au Château de Gaillon au façonnage et à la mise en place de la principale pièce de la charpente de la Tour de la Sirène. 

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 Les phases du chantier. Il s’est agi d’abord de tailler les troncs de chênes pour obtenir des poutres qui, une fois assemblées selon le plan préalablement fait, ont formé  la pièce maîtresse, celle qui a la forme ronde et qui porte le terme technique d’enrayure basse dans lequel on retrouve le terme de rayon. Cet énorme assemblage en forme de roue posé horizontalement constitue l’assise de base de toute la structure du toit de la Tour. Cette portance permet de répartir le poids régulièrement pour éviter la déformation des murs hauts sous la pression du toit vers l’extérieur. Il avait déjà fallu faire des opérations de conservation dans la Tour en 2009, en mettant des tirants intérieurs, pour répartir et soulager la pression qui pesait sur les murs en les poussant vers l’extérieur et qui provenait du mauvais état de cette pièce fondamentale de la charpente.  

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Les hommes et la femme qui ont réalisé cet exploit.  Ils ont été 40 charpentiers européens et d’un charpentier canadien  à avoir réalisé cet exploit où tout a été fait à la main selon la tradition transmise de siècle en siècle. L’équipe a regroupé des hommes et une femme de métier aguerris. Leurs particularités communes sont d’être des passionné-e-s par leur métier et qui entendent pratiquer et conserver les techniques anciennes de la charpente médiévale, quand tout se fait à la main, avec l’aide de compagnons venus en nombre et des lourds chevaux de trait, pour effectuer le débardage et la traction des fûts.    

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Les chevaux de trait. Ils sont déjà intervenus pendant l’hiver pour acheminer les troncs de chêne du lieu d’abattage en pleine forêt située juste au-dessus du  chantier situé dans le château au plus près du lieu de pose de la charpente dans la Tour de la Sirène. Ils sont intervenus à nouveau, cette fois-ci, pendant le chantier pour tracter les grosses poutres taillées à partir des fûts en haut par les charpentiers jusqu’en bas près du camion grue pour permettre au grutier qui officiait au pied  de la Tour dans les douves avec sa grue de 60 tonnes, afin de les saisir plus facilement et de les porter dans l’ouverture de la toiture de la Tour. Quant aux plus petits éléments restés en haut, ils ont été portés deux par deux par quatre charpentiers pour les placer à l’aplomb de la grue.    

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Les étapes du chantier. Il a commencé six mois plus tôt en plein hiver quand il a fallu sélectionner, abattre et débarber les 10 chênes dans la forêt du Parc de Gaillon Le choix s’est fait en fonction de l’âge du chêne, de la forme, des particularités de son fût et de l’absence de certains vices rédhibitoires susceptibles de porter tort à l’usage ultérieur tels que des blessures, des trous de vers…Par contre un fût qui ne serait pas parfaitement droit peut-être justement intéressant à cause de cela dans certains assemblages. Cela a été le cas ici.  

 

Une des conséquences est que l’étude et le plan de l’enrayure nouvelle à poser ont précédé l’abattage ; l’étude de l’opération elle-même a commencé beaucoup plus tôt. Dans le cas de la Tour de la Sirène, elle a été facilitée par le fait que les pièces étaient encore là même si elles étaient en très mauvais état. Les relevés sur place, avec des photos et sur documents ont permis de réaliser le plan puis la maquette pour mieux visualiser les points sensibles, les dimensions et les appariements des différentes pièces...et de concevoir le plan de travail et la répartition des rôles.Pour les charpentiers présents, une visite du château en deux groupes a permis à tous de comprendre le lieu où ils ont été invités à opérer.

Château de Gaillon, Charpentiers, Découverte  Château de Gaillon, Charpentiers, Découverte

Le chantier au Château de Gaillon. Il s’est tenu dans un site emblématique, au troisième niveau du château en partant de l’entrée, après l’Avant-Cour et la Cour d’Honneur. Cette Cour de l’Orangerie est située  entre la face nord du château proprement dit et le pavillon Colbert dans le fond, avec la forêt au-dessus. Ce grand quadrilatère de la Cour de l’Orangerie s’ouvre à l’Est sur la ville et la vallée ; à l’Ouest, il est surmonté par le haut mur en arrière duquel se tenait l’ancien prieuré et où ont été érigés des bâtiments  qui accueillent maintenant en particulier l’Ecole de Musique de la ville de Gaillon.

Château de Gaillon, Le Pot d'accueil, Equipe de Charpentiers 

C’est d’en bas, au pied de ce haut mur, que nous avons pu découvrir en fin de la première soirée les charpentiers nous regardant eux d’en haut au Prieuré sur ce qui forme le 4e niveau du château, accoudés au muret de séparation, avec beaucoup de curiosité de part et d’autre. C’est là au soleil couchant que s’est faite la rencontre lors d’un verre de l’amitié offert par la mairie, au son des violons de deux musiciens passionnés de musique ancienne dont l’un est professeur de musique à l’école toute proche. Il y a eu un vrai moment de partage en cet endroit marqué par l’histoire, en cette fin de journée, sur le site où s’est tenu un ancien prieuré, qui dominait le site du château d’où on voyait la Tour de la Sirène, avec non loin  les tours pointues du Logis d’accueil du Château à droite et à gauche en bas en 3e niveau le long bâtiment Colbert qui a lui aussi servi de prison.

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L’avancée des travaux au jour le jour. Un plan au sol a été tracé sous forme d’une étoile en ficelle en dimensions précises qui a matérialisé sur l’herbe l’emplacement exact où devait se placer chacune des pièces de l’enrayure basse, le fil  se situant exactement au milieu de chacun des éléments constitutifs de la pièce. C’est là qu’il a été prévu de procéder à l’assemblage de l’enrayure. Interdiction a été faite de marcher sur ce lieu, tant que l’opération finale n’a pas terminée.  

28-05-2013 Gaillon et autoroutes 594 (2) Pour le grand public, l’affichage du plan ainsi que la maquette  ont  joué un grand rôle dans la compréhension du chantier au jour le jour. Il pouvait ainsi suivre l’évolution des différentes phases, en respectant les différentes zones de sécurité. Aux yeux des néophytes venus admirer le travail, les choses n’étaient pas évidentes à comprendre. On pouvait voir les professionnels tailler, scier, ajuster, taper, mesurer, regarder, cligner de l’œil pour mieux voir…Travailler seul, en binôme ou à plusieurs, toujours occupés à des tâches dont l’importance nous échappait. Chacun avait apporté ses outils et en prenait soin. Comme dans un film sans paroles où l’on voit des gens s’affairer pendant des temps longs. Au fil des venues, on avait pu repérer des visages, des silhouettes, des tenues, des façons de faire…  

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Le temps. Il est temps d’en parler dans toutes ses déclinaisons de sens. D’abord le temps pris au sens de climat. Il a fait un temps de charpentier au travail, ni trop chaud ni trop froid même s’il  y a eu un peu de vent à certains moments, mais surtout sans pluie. Le travail a pu se poursuivre en continu, sans la survenue de l’aléa climatique. Il y a bien eu aussi une progressivité dans le travail qui a commencé par le lourd quand les copeaux de bois tombés au sol  étaient encore gros et devenaient de plus en plus fins au fur et  à mesure de l’avancée et de la proximité du rendez-vous avec le grutier et la mise en place  des différentes pièces de l’enrayure.

Château de Gaillon, Chantier, Début  2013-05-31 Ch-Gaillon-Grue-Tour 407

Chaque jour, le travail avançait, chaque jour différent avec chaque matin des  copeaux regroupés en tas, qui dessinaient au sol sur l’herbe le travail sur le bois de la journée précédente. Sur cet espace toujours très ordonné, il y avait les tentes blanches disposées surtout près du Pavillon Colbert. A chacune le soin d’indiquer un métier, une activité et/ou une passion. La plus grande était celle des charpentiers eux-mêmes, avec une grande table avec un banc de chaque côté, une fontaine à eau proche, des documents de travail affichés sur des chevalets. Parfois un invité s’y est assis, comme Philippe Gibaux, luthier et musicien qui suit les chantiers de la charpente depuis 2002 et qui était accueilli sur le chantier mais hors zone de travail, pour y jouer sur son violon traditionnel de la musique ancienne, qui a un rendu très particulier dans ce cadre qui fait enceinte. Il était un des deux musiciens qui nous avait enchantés le premier soir.

Le chantier a aussi accueilli d’autres passionnés, maîtres en leur savoir-faire, artisans ou amateur de vieux outils qui ont animé la vie du chantier en projetant un éclairage sur des métiers liés au bois, au métal ou aux outils.

Château de Gaillon, Philippe Jousseaume, Fab. Bardeaux . Pour le bois, c’est Philippe Jousseaume, fabricant de bardeaux de chêne, qui est venu faire des démonstrations de son métier. Il était auparavant fabricant de douelles pour les tonneaux. Sur le chantier, il a pu renseigner des visiteurs intéressés par la construction en bois et plus particulièrement par les murs ou les toits recouverts de bardeaux.  

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. Pour les métiers du fer, la star incontestée des artisans d’art a sans conteste été le forgeron, l’homme qui danse auprès de son feu, Ludovic Marsille, qui exerce le métier  de serrurier clefetier. Il a réellement fasciné aussi bien les charpentiers, dont certains sont venus l’assister au moment de leur pose, que le public et aussi et surtout les enfants venus le rencontrer.  

Château de Gaillon, Chantier Charpente, Jean Vilpoux, Outils anciens 

. Le troisième homme est Jean Vilpoux, un passionné d’outils anciens en usage dans les métiers de la charpente. Pour la semaine européenne de la charpente, il a fait une sélection étonnante de plus de 100 outils à main. Il s’y et intéressé  à l’âge de 14 ans avec une herminette et a commencé à récupérer tout ce qui était jeté. Cette passion ne s’est jamais démentie depuis lors. C’est un voisin de Gaillon ; il habite en effet à Aubevoye qui possède sur son territoire le parc haut du château. 

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La musique a été une ligne qui a rythmé le déroulé du temps du chantier. Présente dès le pot d’accueil, il y eut pendant le chantier et juste pour le plaisir des moments de musique de Philippe Gibaux, le luthier, musicien de violon traditionnel venu de Bretagne. On a pu aussi entendre aussi les exercices réalisés par un élève de l’Ecole de Musique située juste au-dessus le samedi matin dans un ciel très pur, avec un son qui portait, amplifié par les bâtiments de la Cour de l’Orangerie plus bas qui faisaient caisse de résonnance.

Blog 2013-05-30 Gaillon-St Pierre de Bailleul 215 

Il y eut aussi  et surtout la soirée du jeudi qui fut le moment le plus fort, hors chantier bien sûr. L’ancien réfectoire, aménagé  pour l'occasion avec le nombre de chaises prévues sur un sol tout neuf prévu, put accueillir un concert donné par l'ensemble instrumental et vocal du Conservatoire de la CCEMS, placé sous la direction de la CCEMS placé ous la direction de Muriel Salé et de Myriam Keriel. Ce fut l'occasion d'écouter des pièces de musique baroque tirées de l'oeuvre de G.F. Haendel, R. Clarke et H. Purcell, avec une très belle sonorité.   

Château de Gaillon, Réfectoire, Concert, Semaine/Charpente

Ce fut ensuite le moment de goûter les délicieuses mises en bouche préparées par le traiteur choisi par la mairie de Gaillon, suivies de vraies tartines de baguette fraîche avec du foie gras étalé devant nos yeux. Tout était délicieux et très fin.

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Mais cette soirée de jeudi n’était pas finie. A un moment quand la nuit est tombée sur Gaillon et la Galerie sur le Val, un bruit a couru. Les charpentiers avaient commencé à chanter une chanson des charpentiers dans le cellier et dans le noir. Seul un panneau éclairait la paroi où ils avaient apposé le texte de la chanson en anglais qu’ils savaient pour certains et appris pour les autres. Ce chant a cappella porté par des voix d’homme dans la longue salle basse semi-enterrée placée sous la Galerie du Val a fait courir des frissons, la magie de la nuit aussi faisant vibrer le gros cœur la lumière rouge de la descente de l’escalier.  Blog 2013-05-30 Gaillon-St Pierre de Bailleul 307

Cette accélération du temps signait l’avancement des travaux. Cela aurait pu durer longtemps comme ça, les uns travaillant et nous autres regardant et prenant beaucoup de photos pour certains et certaines, avec l’équipe de FR3 présent pour réaliser plusieurs reportages pendant trois jours. Et puis en un moment très court, le sentiment est venu que le travail allait bientôt aboutir. Un des signes a été que des charpentiers ont investi le pavillon Colbert pour y faire des travaux de finition à hauteur de personne dans un endroit ouvert à tous les vents sur trois côtés mais préservé de la pluie annoncée mais qui heureusement n’est pas venue.

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Pendant ce temps de montée en puissance, on a pu enfin voir chaque pièce posée à son emplacement sur l’épure en ficelle et la minutie des dernières finitions pour que les emboîtages soient parfaits sans avoir jamais à forcer sur le bois, chaque élément devant trouver naturellement sa juste place au juste endroit. Ce travail s’est déroulé, comme le reste du chantier,  dans un très grand calme qui révélait une implication totale de l’homme ou  de la femme dans ce qu’il faisait, chacun faisant ce qu’il avait à faire, avec à la manœuvre un des grands chefs charpentiers suédois de l’équipe. C’est lui qui a donné l’accord final. 

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L’autre signe fort en fin de semaine a été l’arrivée du camion grue de la société qui avait échafaudé au préalable sur 25 mètres de hauteur la Tour pour permettre l’acheminement des différentes pièces de l’enrayure basse sur le lieu de pose dans la Tour au niveau bas du toit, juste à la hauteur des gros murs de la Tour. Pour cela, il avait aussi fallu préalablement ouvrir le toit à l’endroit le plus adapté pour le grutier situé tout en bas de la Tour dans les douves et non pas en haut dans la Cour de l’Orangerie.

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Une fois le calage du camion assuré, la grue a attendu de se déployer au top départ du déplacement des pièces au sol vers le lieu de pose après un court transport aérien, en espérant qu’il n’y aurait pas de vent. Ce fut heureusement le cas et permit de tenir les délais très courts sans trop de fatigue pour l’équipe. Le choix d’une grue a été dicté également pour des raisons techniques d’accessibilité des pièces à l’endroit précis où elles devaient être montées.

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Samedi matin, il a fait beau, avec un temps clair, sous la belle lumière de Normandie. Des équipes étaient dans la Tour pour finir le travail de pose. Le chantier au sol s’est vidé, comme une outre pleine devenu soudainement vide. Un élève s’exerce à l’Ecole de Musique. Il a tout l’espace pour lui. Certains charpentiers s’affairent encore dans la tour, d’autres ont déjà dû partir, appelés par le travail la semaine suivante. Le château retrouve petit à petit son calme. Il restera à nettoyer le chantier, déjà certains commencent dans un coin…La semaine internationale de la charpente est finie pour cette année. Le prochain rendez-vous se fera dans deux ans dans un lieu qui n’est pas encore déterminé.  

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Les déchets de bois n’ont ce matin pas étaient refait en tas. Pourtant on les perçoit encore clairement. A bien les regarder, on peut s’étonner de voir qu’ils sont fait du même bois que les grosses poutres. Chacun des petits morceaux est la résultante d’un geste de charpentier. Plus le travail avançait, plus le morceau devenait petit, à une exception notable quand il a fallu à la fin scier les grosses poutres pour leur donner leurs dimensions finales, une fois placées sur l’épure, la forme en ficelle. On voit des morceaux de grosses poutres qui ont servi à l’enrayure.

Château de Gaillon, Chantier, Saga du Bois, Epure sous les déchets

Pour la photo et le plaisir en forme d’hommage, je me suis amusée à dégager l’épure cachée sous les petits morceaux de bois. Chacun de ces petits morceaux de chêne, ces écailles plus ou moins grosses, certaines avec encore l’écorce de l‘arbre, résulte d’un geste de charpentier, de milliers de milliers de gestes... Cette idée seule est fascinante, tout en sachant que les gestes les plus lourds en termes d’effort et impactant comme le sciage au long qui ne produit que de la sciure. Ma semaine de présence irrégulière mais renouvelée chaque jour au château de Gaillon s’est terminée sur cette pensée qu’un jour, dans des centaines d’années, un spécialiste pourrait retrouver les gestes du charpentier et les outils qui leur ont donné naissance ! 

Château de Gaillon, Galerie sur le Val, Apéritif dinatoire, Semaine/Charpente 

 Un grand merci à tous ces charpentiers qui ont donné, en plus de leur savoir-faire, plus d’une semaine de leur temps , en payant eux-mêmes le voyage depuis leur pays de vie jusqu’à Gaillon et qui ont réalisé un chantier complexe dans un temps très court dans un lieu très sensible et fragile, tout en échangeant leur savoir-faire dans une vraie bonne humeur, avec des échanges chaleureux comme celui que j’ai eu avec un des charpentiers, Mathieu Peeters, un jeune spécialiste belge de la charpente japonaise traditionnelle originaire d’Anvers et qui vient de rentrer en Europe après cinq ans passées à travailler sur des chantiers en Californie. Pour lui « être charpentier, c’est  pouvoir créer,  pouvoir choisir sa vie et être vrai. »      

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Cette biennale d’importance vient de se dérouler en Normandie dans le département de l’Eure avec François Calame (DRAC) ethnologue qui est le concepteur de l’opération, Florian Carpentier aux commandes techniques de charpentier et France Poulain (DRAC) au titre d’Architecte des Bâtiments de France qui compte le Château de Gaillon au titre des Monuments d’Etat dont elle a la charge. L'opération a en outre bénéficié de l’aide de différents sponsors, dont la ville de Gaillon et l’AMSE, l’Association des monuments et sites de l’Oise. En 2011, le chantier avait refait une partie de la charpente de la Grange dîmière de Daubeuf la Campagne (Eure). 

Pour suivre le chemin

. Retrouver le billet sur la rénovation d’une partie de la charpente de la grange dîmière  de Daubeuf la Campagne en 2011  sur ce blog http://www.elisabethpoulain.com/article-la-grange-dimiere-daubeuf-la-campagne-fran-ois-calame-eure-91667790.html  

. Lire l’histoire très chahutée du Château de Gaillon et les opérations lourdes de conservation effectuées par l’Etat, dans la fiche « Le Dire de l’Architecte des Bâtiments de France - Les Essentiels –Information – n° 11, 30.04.2012, par France Poulain », Service territorial  de l’Architecture et du Patrimoine 27 –STAP27 (DRAC Haute-Normandie) sur http://www.haute-normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/telechargement/ESSENTIEL_INFO_11_chateau_gaillon_historique.pdf

Château de Gaillon, Chantier, ABF et Photographe

. Retrouver toutes « les Dire de l’Architecte des Bâtiments de France » de France Poulain  - Connaissance – Information –Conseil – sur http://www.eure.pref.gouv.fr/Services-de-l-Etat/Culture/Le-Service-Territorial-de-l-Architecture-et-du-Patrimoine-de-l-Eure-des-Batiments-de-France/La-doctrine-du-STAP-Les-Essentiels/Connaissance

. Le site des Charpentiers d’Europe et d’Ailleurs sur  http://www.charpentiers.culture.fr/

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. Voir le reportage en cinq séquences de Sylvain Chemin et Philippe Taddéi pour France 3 Haute-Normandie  http://haute-normandie.france3.fr/2013/06/18/eure-quarante-charpentiers-restaurent-l-ancienne-le-chateau-de-gaillon-272365.html

. Voir les éléments constitutifs de base d’une charpente du XIe au XVIe siècle selon Violet-Le-Duc sur http://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_raisonn%C3%A9_de_l%E2%80%99architecture_fran%C3%A7aise_du_XIe_au_XVIe_si%C3%A8cle/Charpente

. Des précisions sur les jeunes stagiaires français ciblés pour l’opération d’abattage des chênes pendant l’hiver par des jeunes (phase 1 du chantier) sur  http://www.eure-en-ligne.fr/cg27/accueil_eure_en_ligne?id=19901 « d'une classe de bac professionnel ‘construction bois’ du lycée professionnel Augustin Hébert d'Evreux, et d'un groupe d'élèves de l'Institut National du Patrimoine réunis en séminaire sur l'histoire et le renouveau des techniques de charpente à la main. Le travail avait démarré en décembre dernier par l'abattage à la main de dix chênes en forêt de Gaillon, débardés à l'aide de chevaux et acheminés sur le chantier.  L'opération, encadrée par la DRAC, a bénéficié du financement de cette dernière, ainsi que de la Ville de Gaillon, de la Fondation-Musée Schlumberger de Crèvecoeur-en-Auge. Elle était placée sous le haut-patronage de la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, dans le cadre du réseau mis en place depuis 1992 pour développer l'échange transnational et trans-générationnel autour des savoir-faire de la construction traditionnelle en bois.

. Découvrir l’Association des Monuments et Sites de l’Eure –l’AMSE - un des partenaires de l’opération effectuée sous l’égide de la DRAC sur http://www.amse.asso.fr/

. Visualiser Dicobat, le lexique des termes techniques de la charpente sur  http://books.google.be/books?id=D8R1X963wbgC&lpg=PA160&dq=dicobat&hl=fr&pg=PA160#v=onepage&q=dicobat&f=false

. Pour avoir des informations sur les bardeaux de bois que fabrique Philippe Jousseaume,  http://www.maison-paysanne-de-touraine.com/upload/news/20091207-123856-54189.pdf . Ses coordonnées, La Charterie, 41800 Saint Arnoult, 02 54 85 05 00 et 06 83 78 09 54

. Ludovic Marsille – Au Gilet rouge- est serrurier clefetier à Paimpont dans le Finistère. Il est très connu dans les métiers du fer pour les couteaux à façon qu’il fabriquait. On peut le joindre au  (35), 02 99 07 81 71, ludovic.marsille@wanadoo.fr  

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Fêter l'été 2013 avec le Groupe de Travail Angers Rives Nouvelles

12 Juillet 2013, 17:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre d’abord. En France, le temps d’été est le temps des fêtes. Chaque ville, village…décline ses fêtes, avec une inventivité joyeuse proprement fabuleuse. Il s’agit de saluer, comme il le convient, le retour du soleil et la fin du travail de l’année précédente. C’est le début des grands départs pour les vacances annuelles estivales qui, en France, coïncide cette année avec le passage du Tour de France cycliste en terres ligériennes (à Tours) et toujours en France, dans toutes les villes, la Fête du 14 juillet en hommage aux soldats des armées françaises avec des représentants d’armées d’autres pays européens, en symbole d’unité nationale et de fraternité européenne.

2013-07-12 Blog Angers ARN 446 

A Angers, en attendant ces grands évènements, vient de se tenir une autre fête, celle d’Angers Rives Nouvelles, une petite cette fois-ci, pour marquer la fin de la séquence du travail de concertation 2012-2013. Elle vient d’avoir lieu le 10 juillet en pleine ville d’Angers sur l’esplanade de la Faculté de Droit. Le cadre est enchanteur, à la fraîche en cette fin d’après-midi, près des deux tentes blanches montées par la ville.  Nous tiennent  compagnie plus loin quelques groupes d’étudiants ou des voisins du site venus goûter l’ombrage sous chacun des grands arbres.  

Angers Rives Nouvelles est désormais  le titre donné à la grande opération de rénovation des Berges de Maine dont le concours européen a distingué le projet de François Grether au titre de l’Urbanisme et de Loïc Mareschal au titre du Paysage. L’opération « Angers Berges de Maine »  s’est accompagnée d’une  première séquence importante de concertation au cours de laquelle les citoyens ont pu participer à l’élaboration de la définition en commun de la façon dont ils voyaient leur ville en perspective. Le travail fait par les habitants dans les groupes de travail et  leur implication dans le projet dans la séquence n°1 ont convaincu la Ville de poursuivre cette aventure de la concertation citoyenne, cette fois-ci dans la séquence n°2.  

2013-07-12 Blog Angers ARN 434

La réunion sur l’herbe avec un verre de Crémant de Loire  avait pour but  de célébrer la sortie du « Plan-Guide » qui vient d’être distribué aux membres des groupes de travail de la séquence n° 2. Le Plan-Guide est un document d’urbanisme très important. C’est un document-cadre qui précise « les principes constants et les grandes lignes des multiples réalisations préconisées ». Il est réactualisé chaque année en fonction des orientations  et des décisions prises par la collectivité. Quatre principes généraux guident le projet : veiller à la qualité écologique et paysagère, améliorer les déplacements et faciliter l’accessibilité au centre de la ville, équilibrer les fonctionnalités des différents espaces et amplifier l’attractivité dynamique du territoire sur la base d’activités innovantes.

2013-07-12 Blog Angers ARN 435

Les participants ont été heureux de se retrouver ensemble dans un  cadre quasiment champêtre, avec un petit chien heureux de courir dans l’herbe, de jeunes footballeurs aux pieds nus, des groupes d’étudiants ou d’habitants venus lire à l’ombre des grands arbres et deux amoureux seuls au monde pendant que le ballon passe au dessux d’eux... Frédéric Béatse, maire de la ville et président de la société publique locale « Angers Rives Nouvelles » est venu participer à ce partage d’un moment en compagnie de plusieurs  membres de l’équipe de SPL-ARN, tels que Christophe Lesort, Directeur général délégué  et Lena Chesné, qui était déjà son assistante pour l’opération des Berges de Maine. Frédéric Béatse remercie les participants pour leur implication dans cette grande opération urbaine, ainsi  que l’équipe de Rives Nouvelles et l’équipe Phytolab dirigée par Loïc Mareschal pour leur accompagnement au cours de cette nouvelle phase. 

2013-07-12 Blog Angers ARN 448 M. le Maire nous a confirmé les propos qu’il avait tenus à la presse la veille, ceux en particulier qui consistent à laisser de côté le projet de construction d’un nouveau  Centre des Congrès  qui devait être édifié près du Quai en rive droite de la Maine, juste en face du Château d’Angers en rive gauche. L’idée est de ne pas se disperser pour « privilégier la construction de la seconde ligne de tramway Beaucouzé-Angers qui pourrait être opérationnelle en 2020, si le financement de l’Etat peut être obtenu pour partie.  (Il constate que) Le projet de François Grether crée déjà un élan. Le Plan-Guide est une première étape. Ce n’est pas le compte-rendu exhaustif de tout ce qui a été demandé. Trois dossiers ont bien avancés. Ce sont :  

. la Promenade du  Bout du Monde, qui domine la ville à côté du château, avec des aménagements des abords qui sont déjà en route ;

. la base d’avirons pour laquelle une extension de 600 mètres carrés est en cours, sa façade va marquer le paysage en rive droite de la Maine ;

  2013-07-12 Blog Angers ARN 421

. à la Rochefoucauld, l’Allée des Platanes et le Quai Monge vont être aménagés de façon à assurer la continuité avec la base d’avirons et pour faciliter le cheminement entre le quartier de Reculée au nord et le parc Balzac au sud de la ville, tous les deux en rive droite.

Place La Rochefoucault, Promenade sous les platanes

 Nous travaillons également à faire converger les projets de l’Université vers les berges. Il s’agit de construire vite une phase qui va éclairer la ville et d’avancer sur les berges. Pour la fête des Accroche-Cœurs, une nouvelle étape va commencer à partir de septembre. Il y a à Angers un vrai souhait de bien-être et un vrai intérêt pour la Maine et ses berges. Beaucoup d’espoirs sont en route."

Le maire renouvelle ses remerciements à l’association de pêche "l'Ablette angevine" et aux 200 personnes volontaires qui ont participé à la récente opération propreté des bords de la rivière. 

 2013-07-12 Blog Angers ARN 404

Quelques questions fusent de la part des participants pour savoir si le groupe pourra travailler en septembre sur un certain nombre de points  restés en  suspens. La réponse de Frédéric Béatse est positive dans la mesure où le groupe est la continuation d’un groupe existant et non pas un nouveau groupe, ce qui est interdit en phase pré-électorale. Il confirme aussi qu’"en 2014, la question lourde du stationnement sera abordée ainsi que le renforcement du rôle du végétal. C'est dans ce cadre que la décision a été prise de conserver la présence de l'INAO à Angers. L’antenne d'Angers verra en outre son équipe permanente sur place gonfler par celle de Nantes qui va venir nous rejoindre en terre angevine. »  

Une nouvelle qui ne peut que réjouir les  amateurs de vins de Loire heureux d'apprendre cette mesure de nature à améliorer la synergie du travail de l'Institut national des Appellations d'Origine entre le Pays nantais et l'Anjou et plus largement la visibilité des vins ligériens. Il est temps pour moi de finir mon verre de Saphir de chez Bouvet-Ladubay, Cuvée Jenkins en hommage au grand peintre américain qui avait participé en 2001 au concours de muselet Bouvet-Ladubay,  de reprendre mon vélo, en traversant l'esplanade de la Fac de Droit, pris le temps de saluer ma fresque préférée en street art au bas des escaliers, pour emprunter le Pont Confluence sur la Maine et rejoindre  la Place la Rochefoucauld en face...  

Pour suivre le chemin

. Plan-Guide « Angers Rives Nouvelles », une publication mai 2013, SPL Angers Rives Nouvelles, le Forum, 18 rue de Rennes, 49100 Angers, contact@angersrivesnouvelles.fr, des informations sur www.angers.fr

. Photos Elisabeth Poulain     

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