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Le Blog d'Elisabeth Poulain

De l'art de boucher les portes et fenêtres des murs > Le Tuffeau blanc d'Anjou

24 Septembre 2013, 09:53am

Publié par Elisabeth Poulain

Quelques murs en photo. J’aime les murs qui ont une histoire, certains plus que d’autres. C’est en particulier le cas de vieux murs qui ont vu passé beaucoup de choses, dont les fonctionnalités des logements en arrière ont changé et qui en gardent la trace. C’est le cas de trois d’entre eux en Sud-Saumurois dans la charmante vallée du Thouet, en rive gauche. Trois exemples avec trois cas de figure différents avec en points communs, le tuffeau et la situation en bordure de rue ou de route.  

Mur-Porte-Tuffeau-Sud-Saumurois 

La porte cintrée bouchée. Le mur est ancien. C’est un composite entre plusieurs sortes de pierre. Il a été rejointoyé plusieurs fois, semble-t-il aussi avec du ciment parfois. Il est franchement fatigué. Son originalité vient de la structure encore existante de la porte. Celle-ci fait preuve de la qualité de son édification, avec en guise de poteaux verticaux, l’alternance de pierres horizontales et verticales pour assurer l’intégration avec le mur et surtout aussi les trois pierres dures cintrées qui chapeautent le haut de l’ouverture de la porte.  

Ces trois pierres permettent de répartir harmonieusement la charge des pierres du dessus. Cette porte se trouve au ras d’une petite route pas très passante, certes mais certainement gênante pour ceux qui habitent dans le logement à l’intérieur. Il a suffi de trouver d’autres pierres, de les placer sans effort particulier et c’était fait. Le mur était à nouveau muré.   

Mur-Fenêtre-Tuffeau-Sud-Saumurois 

La petite fenêtre basse bouchée. Non loin, voici un autre mur, plus récent, tout en pierre de tuffeau, qui cette fois-ci, montre une volonté certaine de faire du beau travail, tout en tuffeau cette fois-ci. Il y a alternance entre des rangs de grande pierre et des séries de plus petites au-dessus et en dessous, avec des petites pierres verticales pour assurer le calage de l’ensemble et une vraie recherche visuelle.    

La structure d’encadrement de la fenêtre a été préservée, à l’exception de la pierre du haut qui manque entre les deux pierres taillées en oblique. C’est embêtant car c’est elle qui assure le calage des pierres au-dessus de l’ouverture. Tout en bas on aperçoit une partie qui a dû être recouverte de ciment. L’étonnant dans l’ensemble est de voir la disproportion entre la lourdeur de l’encadrement de pierres et la taille de la fenêtre.      

Mur-Ouverture-fermée1-Tuffeau-Sud-Saumurois

L’ouverture bouchée. C’était vraisemblablement une porte étroite, située légèrement en hauteur par rapport à la route. Les pierres au sol ne permettent pas de savoir s’il y avait un petit escalier qui y menait. Le mur est maintenant rebouché, non pas avec de la pierre comme dans le cas précédent, mais avec vraisemblablement des parpaings revêtus d’un enduit pierre dont le ton est légèrement plus jaune.

Si le bouchage n’est pas choquant à l’œil, le résultat est quand même surprenant, non pas tant pour le principe, que parce qu’il manque tout l’encadrement rectangulaire, à commencer surtout par le linteau. Du coup la grande fissure qui part du haut en côté droit a ré-ouvert toute la paroi de comblement. La seconde photo qui montre la petite fenêtre à côté est intéressante car on voit qu’elle a fait aussi l’objet de réparation. L’encadrement de la fenêtre est préservé sur trois des côtés, avec une partie basse horizontale saillante qui ne semble pas être de la pierre de tuffeau et c’est bien dommage. L’ensemble devient lourd. Il est vrai que l’époque a changé et que faire appel maintenant à des artisans spécialistes en tuffeau doit être sensiblement plus onéreux. 

Mur-Ouverture-fermée2-Tuffeau-Sud-Saumurois 

Qu’est-ce que ce tuffeau. C’est une pierre calcaire blanche tendre. Sa couleur varie en fonction de son site d’extraction, de la lumière, de son exposition, de sa proximité avec la terre et les plantes et de sa qualité…Tout lui profite ou presque, à l’exception de l’eau qu’elle aime trop - c’est une pierre-buvard ou éponge à votre choix - et du gel qu’elle n’aime pas. Parmi ses qualités, outre sa douceur de pierre tendre, il y a sa très grande facilité de taille. Elle sait se prêter aux souhaits des mains des hommes qui savent l’extraire du sol, la façonner facilement et l’adapter exactement à leurs demandes.

Sa facilité d’extraction. Elle offrait l’avantage de s’extraire l’hiver du sous-sol en raison de la thermie particulièrement stable qui règne sous la terre. Elle donnait du travail l’hiver aux carriers-paysans le reste de l’année. Ces carrières ont constitué au fil du temps de grandes galeries souterraines qui ont été ou sont toujours, pour certaines d'entre elles bien entretenues, utilisées ensuite à d’autres usages nécessaires. Citons le stockage de matériaux ou de marchandises, l’aménagement d’habitats troglodytes ou d’ateliers professionnels, la constitution de caves de vieillissement de vins ou la production de champignons…

Ingrandes-2007--en-face-Grandin.JPG 

L’édification des murs de construction. La « facilité de coupe des blocs de tuffeau se couple avec celle de leur découpe ensuite et de la taille de pierres à monter des murs de maisons petites, grandes, de belles demeures et d’admirables châteaux… Les plus belles pierres et celles qui sont de la meilleure qualité ont aussi suivi  le fil du fleuve. Elles ont ainsi servi à construire la cathédrale de Nantes, ou comme sur la photo ci dessus à l'édification de petites maisons au bord de la Loire en aval de Saumur. La multitude des autres pierres, plus petites, moins parfaites, irrégulières a été utilisée sur place, en particulier pour les petites maisons faites en auto-construction par « les petites gens » de la pierre et de la terre dans l’arrière-pays saumurois. 

Ici dans cet « Anjou blanc », il y a beaucoup de belles découvertes à faire, en particulier ces vieux murs qui parlent comme des tissus ravaudés. Ici  les murs ont une histoire et certains sont de véritables tableaux, à admirer comme des oeuvres d'art...      

 

Pour suivre le chemin  

. Consulter le site http://www.tuffeau.com/ qui fait de la pierre du tuffeau un des quatre marqueurs identitaires du Val de Loire, avec l’eau de la Loire, le végétal des jardins, la vigne et le vin de Loire.    

. Sur l’exploitation et commercialisation du tuffeau blanc du XV au XIXe siècle, Daniel Prigent, consulter http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0399-0826_1997_num_104_3_3940

. Parcourir « Tendre comme la pierre. Monuments en tuffeau : guide pour la restauration et l'entretien »  sur    http://www.culture.gouv.fr/lib/e-BookShell/index.html?/culture/conservation/fr/preventi/tuffeau/&navbar.html&index.html&auteurs.htm&toc.htm&refer-fs.html&notes.html&true&

. Et la fenêtre dans le bâti ancien http://www.culture.gouv.fr/culture/sites-sdaps/sdap69/Fiches_conseil/fenetre_impr.pdf  qui vise plus la fenêtre en tant que telle que la structure qui va accueillir le châssis en bois

. Pour le vocabulaire technique du cadre d’accueil avec de beaux dessins, voir  http://www.pierres-info.fr/dessins_d_encadrements/page34.html

. Photos Elisabeth Poulain prises il y a quelques années; le dernier cliché a été pris à Ingrandes sur Loireprès de l'eau; c'était une maison de pêcheur dont on voit l'escalier arrière pour monter au grenier bas...Je l'ai choisie pour montrer le viellissement de la pierre et le remplacement des plus usées par du schiste noir.  

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N de Nana > La Blonde aux Yeux froids > Vins des Humanistes > 2002

16 Septembre 2013, 11:31am

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. Voici un billet qui va vous parler d’une nana dont on devine le fort caractère rien qu’à voir son regard et surtout ses lèvres. Mais ça, je n’ai pu l’indiquer dans le titre faute de place.

Blonde, Chinon-Le Champ Martin-Vins des Humanistes-JF-Crespin 

D’abord un élément essentiel, les dimensions de son portrait,  4,8 cm de hauteur et 4,7cm de largeur, sans que je puisse jurer que ce ne soit pas un franc carré. C’est possible ; allez donc mesurez avec exactitude le cœur de couleur d’une étiquette blanche qui 7,7 cm sur 7cm ! A l’œil, l’étiquette parait franchement plus haute que large, du fait de la rotondité du verre de la bouteille qui gomme une partie de la largeur. Cet effet d’optique s’applique aussi au portrait. C’est une bonne chose à savoir quand on conçoit une étiquette.

La Nana. Elle n'est vraiment pas contente,    elle est du genre râleuse, boudeuse, teigneuse… C’est tout juste si elle ne nous envoie pas le mauvais œil, avec sa bouche pincée de déplaisir. Des explications,     on ne lui plaît pas, c’est elle qui a des problèmes, ou c’est le peintre qui projette…Bien sûr, ça l’a peut-être amusé, le peintre, pas la nana, de nous faire un clin d’œil, pour faire du double degré ou plus encore.

Le peintre et le vigneron sont une et même personne, c’est Jean-Pierre Crespin qui signe donc deux fois son vin, une fois en tant que vigneron de ce Chinon 2002 et une fois en tant que peintre qui se cache sous la signature bien reconnaissable de JP Crespin. Le drôle est que l’artiste a placé tous les cheveux longs de cette blonde du côté gauche quand on la regarde pour bien mettre en lumière sa signature blanche sur fond noir à lui du côté droit. Du coup, la pauvrette en a  la tête penchée, du côté des cheveux. Le plus étonnant pourtant ce ne sont ni les yeux vides et froids, ni les cheveux blonds qui font pencher la tête, c’est sa bouche rouge pincée, en signe de franche réprobation. 

Blonde, Chinon-Le Champ Martin-Vins des Humanistes-JF-Crespin 

Quant au vigneron Jean-Pierre Crespin, son nom est écrit cette fois-ci en toutes lettres  sur la contre-étiquette minimaliste collée de l’autre côté. L’indication intéressante est l’adresse. C’est le Château de l’Aulée à Azay le Rideau qui avait à l’époque 37ha de vigne sur Azay et 10ha à Chinon, avec aux commandes cet homme au fort tempérament et qui voulait faire du vin autrement en utilisant plus la finesse humaine, d'où le nom de  Vin des Humanistes.

Revenons à la nana, ce qui m’amuse dans ce portrait, c’est qu’on nous montre une femme qui n’est pas contente, elle le dit et je trouve ça plutôt marrant. On n’est pas toujours satisfait de sa vie. Ce devait être le cas du vigneron, alors le peintre a fait endosser son mécontentement à une jeune femme. Une réaction de cour de récré, du genre, « c’est pas moi, c’est elle ». Parce que quand même, pour vendre du vin, « faire la gueule » ce n’est pas terrible !  Mais tout cela n’est qu’une hypothèse…bien sûr.      

Pour suivre le chemin

. Retrouver deux autres étiquettes du même vigneron-artiste sur http://www.oeno.tm.fr/Palmares2003/wod/vRub/6490x6740x6742.html 

. Le château  a été revendu peu de temps après, avec ses 37 hectares de vigne à Azay- le-Rideau  à une jeune femme œnologue d’origine champenoise et à son mari tourangeau. La nouvelle direction de ce domaine viticole, qui existe depuis 1856, a pris les rênes en 2004, il y a bientôt 10 ans. A retrouver sur     http://www.laulee.com/   

. Photo Elisabeth Poulain prise sur la bouteille vide ! Je vais enfin pouvoir la jeter depuis le temps qu’elle a été bue!

. Retrouvez d'autres billets N de Nana sur ce blog: N comme Nana > Les 5 plus Belles Blondes du Monde du Vin   N de Nana > La Femme couchée dans l'herbe > Une image de détente et +                 N comme Nana > La Femme-Papillon > Hermès, Le Temps, Le Sport     

 

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La petite maison de Clémenceau, St-Vincent s/Jard, L'amour de la Lumière

13 Septembre 2013, 15:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre d’abord. Associer « petite » ou petit  avec Clémenceau n’est pas évident tant cet homme politique a marqué la vie de la France tout autant en période de paix que  pendant la guerre de 1914-1918. Dire ensuite que c’était « sa » maison est une contre-vérité. Il en devint locataire en 1920 en prévoyant d’y séjourner 6 mois par an. C’était le châtelain du château de la Guignardière à Avrillé (en Vendée), commandant pendant la guerre de 1914-1918,  Amédé Luce de Trémont qui en était propriétaire ainsi que de la terre et des bois alentour. A la demande du Grand Homme, il lui accorda bien volontiers l’utilisation de cette maison de pêcheur agrandie au fil du temps. Il proposa même de la lui offrir en hommage au titre de « Père de la Nation », un cadeau que Georges Clémenceau refusa. Il choisit de signer un bail à vie en versant le loyer à une famille nécessiteuse. 

 

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Plein Soleil 

L’attachement à la Vendée. Elle était chevillée au corps de ce vendéen de souche. Georges Clémenceau est en effet né à  Mouilleron en Pared le 28 septembre 1841, un peu à l’intérieur des terres dans ce pays de moulins et de meuniers. Il passa son enfance au Château de l’Aubraie à La Réorthe,  tout près de Sainte-Hermine dans la propriété de ses grands-parents. « C'est au caractère vendéen que je dois le meilleur de mes qualités, le courage, l'obstination têtue, la combativité ».

Revenu « au pays », il entreprit très vite en 1921 de régler ses liens à venir avec la Vendée, en inaugurant le Monuments aux Morts de son village natal le 9 octobre. Quelques jours avant,  le 2 du même mois, il fit de même pour  son propre monument sculpté par Sicard pour être édifié à Saint-Hermine. Beaucoup plus tard, lors de la seconde guerre, la tête de sa sculpture fut arrachée par des bombardements allemands. Retrouvée, elle est maintenant placée à « la bicoque de Bélesbat », comme il a appelé sa maison dans ses écrits. On disait aussi Bel-Ebat avant sa venue, ce qui l’amusa beaucoup quand il l’apprit, lui qui était un grand séducteur.

  St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La mer

Cette petite maison basse constituée de quelques pièces liées entre elles par un grand couloir situé côté forêt est devenue pourtant la seconde et dernière maison de Clémenceau, par l’attachement qu’il lui porta, la durée effective de l’usage qu’il en fit et l’achat qui a dû être fait à un moment non connu, puisque son fils Michel en a hérité. Georges en parlait aussi comme de « son château horizontal ». Elle fut pour lui un lieu de ressourcement profond à la mesure du choc qu’il avait ressenti en perdant l’élection à la présidence de la République au profit de Paul Deschanel. Son amertume fut immense. Il garda son appartement de trois pièces à Paris, rue Franklin, d’où il pouvait voir la Tour Eiffel.   

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, L'arbre

A Saint-Vincent, il  vécut de façon fort simple, entouré de sa cuisinière et de son chauffeur et homme de service. Pour sa voiture (une Rolls parait-il),  il fit ajouter un garage à l’extrémité proche de l’entrée de la propriété. Pour lui, de l’autre côté, le côté le plus nature, il fit réaliser un prolongement ouvert sur l’extérieur, avec vue sur la mer, couvert de brande, comme il en est d’usage au bord de l’Atlantique pour protéger les jeunes cupressus des atteintes du vent et des embruns salés. C’est là qu’il méditait. Il lisait beaucoup, recevait ceux avec lesquels il avait gardé des liens ou noué des amitiés qui ne s’étaient jamais démenties. Ce fut le cas avec Claude Monet qu’il avait connu en 1860 quand ils étaient étudiants au Quartier Latin. Plus tard ils furent voisins dans l’Eure où l’homme politique avait acquis le Château de Bernouville à une vingtaine de 20 kilomètres de Giverny pour se rapprocher de l'ami artiste.

C’est à Claude Monet qu’il écrivit son plaisir d’emménager à Bélestat avec ces mots : « depuis trois jours, j’ai pris possession de mon ciel, de ma mer et de mon sable. Je vis entouré de crevettes, de homard, sans parler d’une étonnante carpe japonaise  au bout d’un bâton ». Cette carpe était un don du Prince héritier du Japon Hiro-Hito. En fait il y en avait deux ; c’était des bannières de soie accrochées chacune à une perche de bambou.   St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La mer

Une bonne partie de son activité, outre la lecture, la mise en ordre de ses archives, la contemplation du ciel et « les bains de lumière » qu’il savourait, fut consacrée à son jardin qui se déployait  devant la longère en hauteur par rapport aux rochers en contre-bas. Il transforma cet espace dunaire avec quelques pins et cupressus sur les côtés et par derrière en un jardin éclatant de couleurs, à la manière dont Claude Monet transforma une prairie pentue au bord d’une petite rivière en un Eden qui transforma sa vie, bouleversa sa peinture et donna naissance à l’Ecole des Impressionnistes. L’homme politique continua à se rendre à Giverny quand le peintre tomba malade, pour le réconforter. Celui-ci décéda le 5 décembre 1926.   

Quant à Georges Clémenceau, son tour advint le 24 novembre 1929 à Paris. A sa demande, il fut enterré à Mouchamp en Vendée près de la tombe de son père au « Bois sec » au bord d’un terrain boisé surplombant la rivière Le Lay au manoir-ferme que possédait son père. La cérémonie fut empreinte d’une très grande simplicité,  selon sa volonté, en dehors de toute solennité, de toute présence officielle et conformément au rite protestant. 

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, La petite porte 

La maison a été donnée par son fils, Michel Clémenceau, en 1932 à l’Etat. Selon d’autres sources, c’est l’Etat qui l’a rachetée. Elle n’est devenue Monument historique qu’en 1970. Depuis elle a été conservée presqu’en en l’état, avec son mobilier que Georges Clémenceau avait choisi pour l’entourer dans cette retraite vendéenne, quelques objets d’art qui avaient un sens fort à ses yeux et surtout aussi les nombreux livres qui garnissaient sa bibliothèque dans sa pièce de vie et les rayonnages fixés au mur du couloir du bas au niveau du plancher jusqu’en haut et sur toute la longueur du couloir, éclairé par une fenêtre, avec une petite porte pour permettre à la cuisinière d’accéder à la cuisine le matin. C’est l’image la plus forte que j’ai gardée en mémoire, avec le petit bureau devant la fenêtre, parce qu’on pense et on écrit mieux quand le regard se porte au loin.   

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau 

Des bâtiments bas de style vendéen ont été édifiés en bordure de la propriété pour faciliter l’accès des visiteurs nombreux à ce qui est devenu un musée constitué d’une petite maison et de son jardin. La visite de la maison se fait maintenant aussi sous l’angle de ce jardin impressionniste réalisé par le Père de la Nation, un Tigre devenu Jardinier en chef d’un tout petit jardin, dirigeant le travail de son seul jardinier pour réaliser un monde éclatant de couleurs sous la lumière éblouissante de Vendée avant que le grand rideau noir se déploie.

Cette image très forte n’est en aucune façon une métaphore facile de ma part. Ce sont les mots même de Georges Clémenceau lors de l’enterrement de son ami si cher un peu plus de trois ans auparavant. Quand il avait vu le drap noir qui recouvrait le cercueil, Il l’avait arraché  en s’exclamant « Ah non, pas de noir pour Monet » et il le recouvrit d’un tissu coloré  de fleurs multicolores…  

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Les deux roses    

Pour suivre le chemin

. Lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Clemenceau

. Voir http://www.ot-stvincentsurjard.com/accueilV2.php?page=clemen

. Parcourir un très bon article avec des photos prises l'hiver avec du brouillard  http://blogs.lexpress.fr/styles/tendance/tag/clemenceau-maison-vendee-saint-vincent-sur-jard/    

. Et aussi http://www.angles.fr/dossiers/coeurs/guignardiere/guignardiere.htm

 . Des cartes postales anciennes http://archives.vendee.fr/ et plus spécialement http://www.archinoe.net/cg85/visu_affiche.php?PHPSID=4da2d5eb8b293caef77794a355cda04b&param=visu&page=1#  

. Une autre carte postale avec son Château de Bernouville dans l’Eure, à voir sur http://www.delcampe.net/page/item/id,0162194682,language,E.html

. A voir aussi  http://www.niduab.com/article-voyage-jusqu-a-bel-ebat-la-petite-maison-de-pecheur-62444895.html  ainsi que http://www.niduab.com/article-blog-a-part-mouilleron-en-pareds-119643293.html  

. Lire  l’ouvrage de Michel Ragon « Ils se croyaient illustres et immortels » (Albin Michel) qui parle de la fin de vie de Georges Clémenceau à Saint-Vincent sur Jard.

St-Vincent s/Jard, Petite maison, Clémenceau, Esplanade

. Sur l’homme politique lui-même, son courage et sa probité, lire ce qu’en dit un historien Michel Winock qui dénonce des petites paroles malveillantes encore aujourd’hui contre celui qui avait cherché à ne pas prolonger d’un jour la guerre de 1914-1918   http://www.sudouest.fr/2011/12/12/l-histoire-revelee-un-tour-de-bonimenteurs-578694-4670.php  

. Sur l’amitié entre Georges Clémenceau et Claude Monet  lire le très bon ouvrage d’Alexandre Duval-Stalla , « Claude Monet –Georges Clémenceau, Une histoire, deux caractères », Gallimard, avec une formidable photo en couverture des deux copains octogénaires très coquets, chacun dans son style, couleurs claires pour Monet et "noir de noir" pour Clémenceau.

    . Photo de Georges Clémenceau à son bureau face à la fenêtre, à retrouver parmi la sélection du International Herald Tribune pour fêter ses 125 ans, avec également une superbe photo de Gandhi à Londres et une autre de Gary Grant à Paris sur les toit avec l'Arc de Triomphe dans le fond   http://www.marevueweb.com/photographies/125-ans-du-international-herald-tribune-en-images/  

Clémenceau-assis-table de travail-St-Vincent sur-J

. Photos d’Elisabeth Poulain de Bélesbat prises en été 2010, après le passage de Xynthia dont les vagues avaient littéralement balayé le jardin, à la grande désolation du personnel des Monuments historiques en charge du site. Il restait quelques rosiers rugosa particulièrement résistants. J’ai ressenti beaucoup d’émotion à voir cet espace quasiment reparti à l’état de nature avec ces quelques fleurs qui étaient là en témoignage de résistance naturelle. C'était à mes yeux un jardin plus vrai.    

Vous ne verrez aussi que ces quelques clichés pris de l’extérieur et rien de l’intérieur. Il ne m’est même pas venu à l’idée de photographier ces quelques pièces, tant la présence du grand homme est forte.  Autant prendre une photo dans un château qui a vu passer beaucoup de monde ne me pose aucun problème dans la mesure où c'est autorisé, autant cela m'a paru inconvenant à Saint-Vincent. "Il" aurait détesté cela!   

Claude Monet fut certainement l'artiste qui peignit le plus de drapeaux bleu-blanc-rouge pour fêter la république  . C'est la raison pour laquelle j'ai choisi parmi mes clichés celui où l'on voit le drapeau en hommage de la Nation à son Père La Victoire, un jour d'été, au bord de la mer en Vendée, dans un site très touristique... 

. Et pour finir une question : quelqu’un sait-il de quelles couleurs étaient les volets de Bélesbas en 1920 ?  Certainement pas de ce vert tendre très mode fait pour s’accorder avec les couleurs roses des roses-fleurs.                                                       

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The Running Fence > Le Mur de Tissus d'Aviation > Christo & Jeanne-Claude

10 Septembre 2013, 17:05pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’espace, le mur, les gens et le temps limité. Le Running Fence est d’abord un concept de ces deux artistes visionnaires créateurs et révélateurs de paysages bien réels que l’on peut sentir, toucher, voir. Des murs plus que des murs et pourtant de vrais murs, qui vont devenir plus « murs » pendant un temps toujours éphémère. L’espace est non seulement le cadre d’un grand évènement culturel. Il est au cœur de l’évènement lui-même, comme tous les gens qui vont participer à l’affinement du projet dans une véritable « concertation de mur » à l’échelle américaine, pendant un temps fixé au départ. C’est dire qu’il ne saurait y avoir deux murs semblables puisque ce mur est spécialement conçu pour cet espace-là, par les gens qui vivent dans l’espace choisi pendant un temps court fixé en accord avec les autorités.

Running Fence, Californie, Cristo & Jeanne-Claude, 1972-1976

Un mur pour révéler l’espace. Aucun espace ne ressemble à un autre. On peut avoir des traits communs qui vont caractériser les paysages communs à des espaces appartenant à un même groupe. C’est la façon de réunir des paysages appartenant à un ensemble. Quand on veut procéder à une aventure différente - je ne dis pas contraire - il est d’autres façons de procéder.

. La première est d’ériger un monument symbolique de hautes dimensions comme une stèle à valeur totémique. C’est le cas par exemple en France de la haute Croix de Lorraine implantée à Colombey-les-deux Eglises pour honorer le Général de Gaulle, le libérateur de la France.

. L’autre façon de faire est de faire courir un mur  à travers le paysage, comme un ruban enroulé qui se déplie. Le plus bel exemple de ce symbole allongé, adapté au sol, qui en épouse les montées et les descentes, est la Muraille de Chine dont on dit qu’elle est le seul monument fait par la main de l’homme visible de l’espace. Son tracé est très particulier puisqu’il cherche à joindre les endroits les plus hauts pour voir l’ennemi, avec des points de passage au plus bas là où passent les gens, les animaux de charge et les marchandises. Ce mur, qui peut prendre des noms très diversifiés, offre à la vue une acuité toute particulière comme si on pouvait voir un grand serpent onduler et changer devant soi. Une sorte de mur-vivant. Notons qu’il offre aussi la singularité de comporter aussi des tours aux endroits de passage pour récupérer en partie le pouvoir de vision au loin.

Le mur de Cristo & Jeanne-Claude et la Frontière. Il se situe volontairement ni en Asie, ni en Europe mais en Amérique du Nord, dans un Etat de l’Ouest, près du bord de la mer, en Californie dont la découverte  à la fin du XIXe siècle  a symbolisé l’ouverture d’un nouveau monde au-delà du monde connu. Cet immense espace qui intègre dans ses gênes historiques la marque si prégnante de la Nouvelle Frontière incarnée par la poussée vers l’Ouest, pour reculer la frontière de l’homme civilisé sur l’inconnu. Cette ouverture dans cette frontière est toujours perçue comme le symbole de l’aventure humaine et  l’accès à une nouvelle richesse, non seulement pour les Etats-Unis mais pour tout le monde occidental. Cette attirance de la frontière vécue comme un mythe est encore aujourd’hui une réalité mais cette fois-ci vue de façon négative  doublement inversée. Ce ne sont plus les hardis aventuriers et les explorateurs qui vont à l’Ouest conquérir des terres nouvelles ; ce sont les populations du sud de l’Amérique du Nord  qui sont empêchées de se rendre aux EUAN pour y trouver du travail. Les murs de cette frontière sont terriblement meurtriers.

Running Fence, Californie, Cristo & Jeanne-Claude, 1972-1976 

Ce « Running Fence », la clôture courante, de Christo et de Jeanne-Claude n’a pas du tout cette connotation. Eminemment paisible, elle s’inscrit dans le mythe américain. Elle marque le travail de l’homme et sa fierté de faire au sein d’une communauté en y associant la force de chacun pour la réalisation d’un projet commun.

Ce mur, désignée sous le nom curieux à nos oreilles françaises de « clôture » est une palissade de tissus de nylon blanc qui se gonfle avec le vent. Son empreinte au sol est très légère car les parois de tissus sont fixées sur des poteaux d’acier ancrés dans le sol. Elle offre une belle surface en elle-même, car ses dimensions sont imposantes, tant en hauteur qu’en longueur.

Cette clôture de 5,80 mètres de haut court sur  37 kilomètres de long dans les collines boisées californiennes, avec parfois des endroits  des grandes prairies où sont blotties  des grandes installations agricoles près d’une route. Le tracé a été établi avec soin pour offrir le plus de visibilité sur l’ensemble, le plus de sinuosités de façon à voir danser le serpentin blanc avec ses voiles gonflés de vent de colline en colline en passant par les fonds de vallée et offrir finalement le plus de sens. Il ne s’agit pas de jouer à imaginer un mur de quelques mètres de long. L’objectif est aussi mental. Il faut un vrai mur qui fait plus que de composer avec le paysage et d’en révéler la finesse et la richesse. Il se met à son service tout autant que des hommes et des femmes du coin qui travaillent à sa réalisation et qui vont vivre avec lui un certain temps.

Running Fence, Californie, Cristo & Jeanne-Claude, 1972-1976

Car comme tout mur, il coupe, bloque, pas seulement le vent et repousse les gens, les animaux, les engins agricoles d’un côté ou de l’autre. Un mur est toujours un désorganisateur de ce qui a été et un nouveau canalisateur. Il a donc fallu créer des passages afin d’organiser les flux qui existaient naturellement avant. De nombreuses séances de travail ont été réalisées sur place avec les acteurs du mur, les villageois, les fermiers, des salariés d’une ancienne usine de tissus d’aviation qui cessait son activité… sans compter l'application des procédures devant les instances pour régler les questions juridiques dans une optique de développement durable. C’est un mur fait pour unir et ne pas nuire.       

Le projet, l’œuvre du couple, un jeu avec le temps. Les deux créateurs sont les concepteurs-réalisateurs du « Running Fence » du début jusqu’à la fin. C’est une des raisons aussi pour laquelle l’œuvre est éphémère. Ils sont  ceux qui vont lancer, engager, diriger, suivre et participer directement sur leurs fonds propres et en assumant tous les risques, comme les entrepreneurs, du début du chantier jusqu’à la fin. Ils ne sont pas propriétaires du sol ; par contre ils s’engagent totalement en prenant le temps nécessaire. Ce mur, qui est leur «enfant » est pourtant de leur propre volonté aussi la création de tous ceux qui ont participé à cet évènement original de création vivante d’un paysage créé dans un paysage mythique de la grande forêt californienne.

Cette dimension humaine fait partie intégrante du mur et toutes les étapes de la réalisation qui constituent autant de séquences de création. Le dossier de vie du mur qui a grossi à chaque étape fait partie intégrante de ce mur de tissus, éphémère sur place et qui va poursuivre sa vie par  les photos admirables prises en particulier par Jeanne-Claude mais pas seulement. C’est Christo qui ensuite dessine le mur une fois implanté, après l’avoir fait sur papier et imaginé dans sa tête. Pour ce faire, il choisit les outils les plus simples que l’on puisse imaginer, sa main qui tint les crayons de bois et les crayons de couleur et le papier marouflé (= collé)  sur toile pour assurer sa solidité.

Running Fence, Californie, Cristo & Jeanne-Claude, 1972-1976 

Le mur est ensuite dessiné séquence par séquence, chacune d’entre elles devenant une œuvre  originale en deux parties, avec le paysage en dessous et une carte au-dessus pour montrer la portion dessinée du mur. Les dimensions des  deux dessins (91 x 243 cm et 35 x 243 cm) répondent à la nature du mur. Elles évoquent aussi le ruban dont on voit le tracé sur la partie du haut et sur la partie du tracé de quelques centaines de mètres choisie par Nestlé. Il est possible d’imaginer que la longueur du Running Fence (37 kilomètres) a ainsi donné vie à un nombre (inconnu) d’œuvres dont aucune séquence ne ressemble à une autre et qui toutes assemblées reconstitueraient l’œuvre.

Le crayonné de Christo 1985 choisi par Nestlé est étonnant par ses couleurs douces sur l’avant, couleur de blé mûr, et qui va en se grisant à mesure que le regard  avance vers les collines. On a à peine eu le temps de voir les bâtiments de la grande installation agricole en partie gauche, que l’œil  prend déjà le chemin qui va de la grand-route vers le bas des deux collines en haut, en coupant le mur de tissus.  C’est la partie basse de la composition (243 cm x 91) ; la partie haute avec la carte mesure 243 cm x 35 de hauteur. Les deux parties sont reliées par un petit espace blanc qui apparaît comme un ruban bien repassé pour ne pas troubler l’oeil.La photo que vous voyez ne restitue que la partie basse de l'oeuvre.   

Les dessins sont complétés par des photos admirables qui donnent une toute autre ambiance du « Running Fence », surtout quand les clichés sont pris dans la forêt. La blancheur du mur éclate dans les couleurs sombres de ces bois vallonnés.  Voici, comment les deux artistes présentent leur Running Fence, avec un goût très américain pour la description de leur œuvre par  des chiffres : « Running Fence was 18 feet (5.5 meters) high and 24.5 miles (39.4 kilometers) long. The art project consisted of 42 months of collaborative efforts, 18 public hearings, three sessions at the Superior Courts of California, the drafting of a 450-page Environmental Impact Report and the temporary use of the hills, the sky and the ocean at California's Bodega Bay.”      

Quelques précisions sont apportées par Helmut O. Maucher, le PDG de Nestlé SA. Le chantier « a mobilisé 500 volontaires; il a donné du travail pendant un an aux ouvriers  d’une usine de fabrique de parachutes mis au chômage à la fin de la guerre au Vietnam… Le coût total s’est élevé à 3 millions de dollars, qui ont été financés par la vente de dessins et de collages… L’artiste se fait entrepreneur et se préoccupe de toutes les phases de la réalisation et du financement de ses idées ».

En réalité, le couple se partageait les tâches, à lui Christo  la créativité et l’avancée du projet en discutant et en échangeant avec les gens, une dimension qu’il considérait comme partie intégrante de son travail de création en concertation avec les habitants et plus, à elle, Jeanne-Claude, plus spécialement l’organisation, la sauvegarde et la transmission de la mémoire de l’œuvre. La démarche entrepreneuriale a été saluée par le PDG de l'entreprise qui a donné aussi cette explication au choix du groupe: c'est en Californie que Nestlé réalise son plus gros chiffre d'affaires aux EUAN, de là à penser que les bâtiment que l'on voit sur la gauche sont ceux de Nestlé, c'est une hypothèse vraisemblable. Mais cela n'est pas dit.   

Running Fence, Californie, Cristo & Jeanne-Claude, 1972-1976 

Selon Christo,  « Notre travail parle de liberté … L'urgence d'être vue est d'autant plus grande que demain tout aura disparu… Personne ne peut acheter ces œuvres, personne ne peut les posséder, personne ne peut les commercialiser, personne ne peut vendre des billets pour les voir…»  

Les évènements de Christo et Jeanne-Claude duraient en général deux semaines. J'ignore quelle a été la durée d'implantation de ce mur de toile. Par contre je sais que l'opération elle-même s'est déroulée de 1972 à 1976! Dans le cas du Running Face, ce n'est pas tant la durée d'exposition (deux semaines) qui comptent, que la durée de réalisation au sens le plus large (208 semaines) qui a permis à des centaines de personnes de voir et de sentir autrement, grâce à l'oeuvre de deux créateurs tout  a fait complémentaires, Christo pour toute la partie artistique et concertative et Jeanne-Claude pour l'organisation et la transmission de leurs créations. Grâce  au travail  invisible et sans retombées médiatiques, ce que tous deux  ont réalisé reste vraiment  vivant pour des milliers de personnes. Un hommage doit leur être rendu maintenant que cette création éphémère a rejoint un autre espace, celui de l'art et celui de la mémoire ...

 

Pour suivre le chemin

. Se référer au site très riche en informations, documents préparatoires… des deux créateurs sur lequel vous trouverez  aussi des superbes clichés http://www.christojeanneclaude.net/projects/running-fence  

. Lire aussi les pages Wikipedia bien documentées consacrées au couple   http://fr.wikipedia.org/wiki/Christo_et_Jeanne-Claude  dans lesquelles on découvre que l’artiste, bulgare d’origine, a été très choqué par l’érection du Mur de Berlin en 1961. Le couple a ensuite travaillé sur l’Iron Curtain, un mur de barils de pétrole (Paris, 1962, non réalisé par interdiction de la préfecture de police), puis sur le Valley Curtain, un rideau de couleur safran  qui traversait une vallée de l’Etat du Colorado. Une photo montre cette dernière réalisation.   

. Voir « La Collection d’Art Nestlé » de la société Nestlé qui présentent quelques-unes des œuvres acquises par la société mère du groupe mondial dont le siège est à Vevey sur la rive nord du lac Léman à l’Est. C’est une publication 1993 Nestlé S.A., CH -1800 Vevey, Suisse, introduite par une préface du Président et Administrateur-Délégué de Nestlé S.A., Helmut O. Maucher. Par deux fois dans son texte, le président utilise le terme de « large » (« les activités culturelles au sens le plus large » et d’ « élargissement de notre horizon ». Sur les 19 artistes qui figurent dans l’ouvrage, deux ont travaillé sur le mur en tant que mur à la fois de séparation, d’union et de création d’un autre rapport à l’espace. Outre Cristo & Jeanne-Claude,  il y a Ulrich Rückriem sculpteur et tailleur de pierre qui ouvre le livre et fait la couverture de ce que le président appelle une « plaquette » et moi un ouvrage d’art.

Cet ouvrage m'a été offert par le siège de Nestlé il y a quelques années. Je l'ai toujours gardé. Je m'en suis servi dans mes cours notamment pour montrer ce qu'une multinationale européenne à vocation mondiale faisait en matière d'art et de création de valeurs. Pendant mes cours, l'ouvrage, qui était à la disposition des étudiants en 5e année d'école d'ingénieurs agro-alimentaires, circulait dans l'amphithéatre.  

. Le site de Nestlé Monde sur http://www.nestle.com/    

. Nestlé va ouvrir en 2016 un centre d’art et un centre ludique à Vevey pour fêter ses 150 ans dans son ancien siège complètement rénové, selon la Tribune de Genève sur http://www.tdg.ch/suisse/nestle-s-offre-centre-ludique-55-millions-vevey/story/29307080

. Pour Vevey, http://fr.wikipedia.org/wiki/Vevey

. Photo Nestlé Art Collection à retrouver dans l'album " Art3 2013" 

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Eva Besnyö > Photo > La femme sur le ponton au bord du lac

7 Septembre 2013, 16:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

   

La photo en noir et blanc d’abord. Une femme est assise au bord de l’eau sur un ponton de bois au bord d’un lac. Elle a une attitude très posée. On la voir de ¾ arrière, le visage de profil, avec son bras droit qui assure l’équilibre, la main posée sur le ponton, le corps un peu en arrière, sa jambe gauche repliée  permet à son bras gauche de s’appuyer sur le genou, tandis que la jambe droite est allongée vers l’eau.

Ce n’est pourtant pas cette nageuse qui est l’élément central du cliché. Une des raisons est l’angle de prise de vue choisi par la photographe professionnelle hongroise Eva Besnyö. Elle s’est placée en biais par rapport au ponton, de façon à avoir le tronc très particulier de cet arbre au bord du lac dont on a coupé maladroitement des branches basses qui auraient pu gêner le passage vers l’eau. La grosse branche tronquée conduit d'aimeurs le regard vers la tête de la nageuse.

Eva Besnyö, L'Image sensible, La Femme sur le Ponton 

L’arbre au tronc penché cherche l’eau et la lumière. Il en a beaucoup vu avec ses deux branches mal coupées à gauche et qui du coup fait surgir une autre branche en haut mais cette fois-ci à droite. Le ponton tourne autour de lui sur deux côtés, à gauche et par devant.

La vue de l’arbre inclinée conduit le regard au fond du lac, ce qui nous fait voir qu’il y a un esquif à rames qui occupe la portion du lac comprise entre le ponton et le fond. Il est au repos, la pointe  vers la gauche, là où la femme regarde. On a un point de fuite vers la gauche.

Le ponton est en forme de T. La partie qui s’accroche à la rive semble assez courte. Elle se poursuit perpendiculairement par un ponton de chaque côté. La femme occupe l’espace de gauche et un sac la partie droite.

La partie centrale du lac à droite est occupée par le bateau, qu’on ne voit pas entièrement, comme le sac d’ailleurs.

Le ponton du côté droit devant nous n’est pas spécialement en bon état de côté-là. Une chaîne se détache sur l’eau, entre le ponton et la berge ; on le voit juste en dessous du soleil qui brille dans l’eau. Du côté gauche près du bord, c’est l’ombre du ponton qui prend beaucoup de place.

Eva Besnyö, L'Image sensible, La Femme sur le Ponton 

Il y a beaucoup d’éléments dans cette composition. Voici   un arbre qui  coupe la photo en deux et oblige l’œil à voir plus attentivement de chaque côté et en même temps par strate horizontale. Celles-ci sont au nombre de quatre, le bord de l’eau, l’eau du lac entre le bord et le ponton, le lac devant le ponton, l’autre rive qui semble boisée dans le fond et le ciel. Quatre personnes sont assises dans le bateau d’un côté et la femme assise seule de l’autre, en compagnie d’un sac plus loin. Pour lier le tout, un ponton flottant en T. Cela fait beaucoup de choses et pourtant c'est le silence qu'on entend et l'absence de tout bruit.

On retrouve cette problématique avec des artistes photographes actuels chinois par exemple comme Chen Jiagang qui expose à la Galerie Paris Beijing. Un de ses clichés montre deux jeunes femmes sur un ponton, l'une debout et l'autre assise. Dans le cas du cliché, qui est ancien, d'Eva Besnyö, le choix a été fait par les organisateurs de l'exposition. Ce sont eux qui ont pensé que cette photo était la plus à même d'attirer les visiteurs, tout en représentant fidèlement le travail de l'artiste. Il est vrai que l'estacade et plus largement le chemin de bois sont actuellement des thèmes à la mode. Pourquoi? C'est une bonne question! C'est une de celles que je me pose.      

Pour suivre le chemin

. Voir l’article et retrouver la photo (en bonne qualité) consacrée à Eva Besnyö (1910-2003) sur le thème de l’ «Image sensible », du nom de l’exposition qui s’est tenue au Musée du Jeu de Paume à Paris du 22.05 au 22.09.2012    sur http://www.upjf.org/fr/5185-   

. Voir aussi des clichés d’artistes contemporains chinois sur ce thème et tout particulièrement « Temptation » de Cheng Jiagang, qui aime faire des clichés de très grands espaces, avec presque toujours d’abord une jeune femme et depuis quelques temps deux jeunes femmes. http://www.galerieparisbeijing.com/artists/chenjiagang/works/temptation/ 

. A comparer avec le travail que fait le photographe Michel Kenna, qui recherche la plus grande pureté de lignes et le minimalisme le plus pur, ce qui le conduit à enlever l’anecdote que serait une femme par exemple  http://www.michaelkenna.net/    

. Sur le thème de l’estacade et du ponton, retrouver la série qui commence à être fournie sur ce blog Style de Vie > Marcher sur l'Eau > De l'Estacade au Ponton et plus     L'estacade > Le rendez-vous avec la mer, le ciel et l'air du large     

  Photo > Un Chemin de Bois et d'Eau > Mael Leblanc > Laval    L'Evasion > Le Chemin de l'Estacade > Absolut Vodka, Les Vins Nicolas     L'estacade > Le rendez-vous avec la mer, le ciel et l'air du large    

  Tadashi Kawamata & Kinya Maruyama > Le Bois revisité en milieu urbain          

. Photo Elisabeth Poulain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rouge comme le rouge orangé Viallat, Claude Viallat

5 Septembre 2013, 17:18pm

Publié par Elisabeth Poulain

Son rouge est vivant. Ce côté dynamique vient à la fois de loin, comme l’est toute intuition, et d’un à peu près qui cherche volontairement ou non  à donner l’impression d’un rouge toujours en mouvement qui toujours se cherche. Voici une bien longue phrase pour vous dire que chacun va avoir sa vision du rouge de ce  peintre du Sud, d’un Sud écrasé de chaleur, comme on peut la sentir à Nîmes où il est né et où il travaille, un endroit qui fait vibrer les couleurs, avant même que vous les voyez.

Viallat, sans titre, 1989, Centre d'Art Contemporain Bouvet Ladubay 

Ce rouge est aussi le produit d’un travailqui commence bien avant que le peintre prenne ses pinceaux. Au départ, il ne sait pas qu’il va travailler en rouge. Il se laisse guider par le support qu’il choisit pour cette œuvre. C’est la toile qui sera la rencontre entre lui et le rouge qui ne sera jamais complètement rouge, car un rouge tout seul n’aurait ni signification ni besoin d’un support particulier, ni besoin d’un accoucheur de rouge.

La toile existe bien mais elle n’est pas classée en tant que telle. Claude Viallat ne va pas acheter ses cadres chez le meilleur professionnel de matériels pour peintres de la ville. Il cherche, il chine et récupère des vieilles toiles qui ont déjà vécu une ou d’autres vies dans d’autres fonctions. Citons parmi ses préférées, des toiles de tente, des morceaux de parasols, des toiles utilitaires de toutes sortes qui n’auraient jamais pensé être ainsi anoblies même dans leurs rêves les plus fous. Ce que Claude Viallat cherche, c’est un contact avec un support porteur de sens. Avec certains, un dialogue inconscient va s’engager et de cet échange, si tout va bien, naîtra un tableau, une toile, une œuvre de Claude Viallat.

L’artiste donne sa préférence aux grands formats quand il a la chance d’en trouver. Il en indique les dimensions comme le fait tout peintre, par contre il se refuse à leur donner un titre. Pour lui, visiblement une toile se suffit à elle-même. C’est à elle de s’exprimer. Elle a suffisamment d’atouts pour le faire. Le titre est donc  « Sans Titre ». Ensuite l’année est indiquée,  dans ce cas il s’agit de 1989. Arrive enfin la seule information  volontairement donnée par le peintre « Peinture sur Toile de Tente ». (Une PTT, je blague !).  

Les vibrations de la couleur. Elles vont venir de plusieurs éléments. Le plus important est la forme du pochoir que l’artiste a créée et répète par apposition régulière sur la toile. Cette forme peut être perçue comme un bouton de forme et de couleur bleu éteint sur lequel l’œil s’appuie de lui-même pour sauter de forme en forme à l’instar d’enfants jouant à la marelle. Pour renforcer l’attrait de ces formes, chacune d’entre elles est entourée d’un trait orange qui ressort sur le rouge plusieurs fois orangé, de par sa composition propre, du trait orange qui borde le bleu, des petites taches allongées qui se fondent dans le bleu de la forme et enfin de ces même taches allongées qui éclairent le rouge qui pourrait être perçu comme trop oppressant sinon. La vibration va venir de ces nombreuses couches, à savoir la toile, l’orange au-dessus, puis le bleu et le rouge,  avec à nouveau peint au plus près du bleu et sur le rouge ce gros trait orange qui réveille ce bleu éteint pour laisser vibrer ce rouge orangé dense.

Les éléments du désordre. Tant de projections et de volonté de la part du peintre d’agir sur la toile pourraient être perçu comme une domination trop forte, avec un risque majeur qui serait de tarir le pouvoir d’expression d’une toile individualisée et donc unique. Claude Viallat répond à ce risque en accordant une grande importance à ce qui va rendre cette toile unique. Pour ce faire, il va jouer avec ce qui rend le morceau de toile unique, de par sa forme, les coutures, les surpiqures, des ourlets, des fils, ficelles, des nœuds… à la manière inversée d’un ethnologue qui lui analyserait l’art du tressage par exemple chez les bantous, par exemple.

Viallat, sans titre, 1989, Centre d'Art Contemporain Bouvet Ladubay 

Ce tableau fait partie des collections du Centre d’Art Contemporain, Bouvet Ladubay, Saint-Hilaire Saint-Florent à Saumur. Il a été spécialement choisi par Patrice Monmousseau, président-directeur général de Bouvet Ladubay pour figurer dans l’ouvrage intitulé «  Centre d’Art contemporain Bouvet Ladubay 10 ans ». Il faisait partie de l’exposition qui portait le même titre et qui eut lieu du 26 juin au 30 septembre 2001.

En 2013, le Centre d’Art vient de fêter ses 20 ans. Il est bon de rappeler les mots prononcés par Patrice Monmousseau en 2001. Ils sont toujours d’actualité : « Rien n’est plus indispensable à la finesse des bulles que l’art et les artistes. Rien n’est plus évident pour le rayonnement que la lumière de leurs créations. Rien n’est plus essentiel que le superflu et qui pourtant de façon intuitive apparaît ici exactement à sa place. Une harmonie entre le vin, le lieu, l’esprit… » au Centre d’Art de Bouvet Ladubay, la Grande Maison des Fines Bulles de Loire qui fête en 2013 ses 163 ans.

Pour suivre le chemin

. Quelques informations sur l’artiste sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Viallat la photo du peintre qui illustre l’article le montre portant une chemise d’un magnifique rouge orangée !  

. Voir aussi l’analyse de l’œuvre intitulée « Bâches » 1978 sur  http://www5.ac-lille.fr/~ienarras4/IMG/pdf/doam13.pdf   

. Sur le Centre d’Art Bouvet Ladubay http://www.bouvet-ladubay.fr/media/benoit_lemercier_fiche_exposition_2013__017803400_1653_24042013.pdf

. Sur Patrice Monmousseau voir le reportage de Sylvie Denis en date du 19.01.13 sur  http://www.youtube.com/watch?v=YHbgXWeR7yU

. Et sur  les 20 ans du Centre d’Art Contemporain qui continue sa belle aventure de la rencontre entre la Loire, le Vin et les Artistes qu’a lancée et continue à poursuivre avec brio Patrice Monmousseau, voir http://www.youtube.com/watch?v=7zCy3EsDpXs

 

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Les Fêtes de l'Eté > La Fête du Feu, de Saint-Jean à Saint-Clair

4 Septembre 2013, 17:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Le feu tient une place ambivalente dans nos civilisations anciennes. L’incendie a toujours représenté le plus grand danger dans la vieille ville dense. Il est aussi associé aux forces de la régénération que l’on célèbre lors des fêtes des moissons qui remplissent les greniers et éloignent le spectre de la famine lorsque les récoltes sont bonnes. Le feu est à la fois une fin et une renaissance, la fin d’une année qui se termine et le début d’un nouveau cycle que l’on espère placé sous le signe de l’abondance. Jouer avec le feu est aussi une des façons de favoriser la chance et de faire taire les désunions. Ces feux de joie  donnaient lieu à de grandes fêtes qui rassemblaient le village  et au-delà. On y dansait, on y mangeait, on buvait et on se souhaitait de se retrouver encore plus nombreux l’année suivante… 

 

Feux-de-la-Saint-Jean-Bretagne-1891 

Les fêtes de la Saint-Jean. Elles avaient lieu en deuxième semaine de juin. Dans les temps anciens, elles se situaient au plus près du solstice d’été, le 21 juin, parfois un peu avant, le 19 parfois ou le 24 juin date anniversaire de Saint-Jean Baptiste, à un moment dans l’année où la nuit est la plus courte. Elles sont associées à la période la plus gratifiante de l’année, quand la terre d’été finit de faire murir les blés  et  quand la moisson a réuni tous les hommes du village pour faire un travail lourd et fatiguant.  Tous se réunissaient le soir pour participer et  assister à la fête du feu. Les jeunes gens du village venaient y danser autour du brasier. La tradition voulait que c’était là que se faisaient les rencontres entre les jeunes gens qui allaient l’année suivante donner lieu à des épousailles.    

Ces feux de la Saint-Jean ont été très nombreux dans toutes les régions rurales  en Europe du Nord, en Europe centrale et aussi en France en diverses régions.    

. C’était le cas en Bretagne, où l’on voit, sur un dessin colorisé du Petit Journal, des villageois danser autour de plusieurs feux bas édifiés près d’un calvaire breton. Des fagots sont préparés au premier plan pour alimenter le feu. Toutes et tous ont endossé leurs plus beaux habits.

  Alsace, la Moisson, gravure sur bois, PM1

. En Alsace…comme en témoignent ces deux gravures sur bois signées PM’, la première représente deux hommes faucher les champs et la seconde la danse d’un couple qui se tient la main autour du feu la nuit.  

  Alsace, la Moisson, gravure sur bois, PM2

. En région Ile de France, en Seine et Marne, la tradition du feu a été implantée dans la petite ville de Saint-Jean des deux Jumeaux, qui montre comme unique cliché d’elle sur Wikipedia le bucher préparé pour les Estivales de la Saint-Jean à Saint-Jean.  

 FeuxdelaSaintJeanMons

. En Belgique, à Mons, la tradition du feu a été reprise à la demande de la population, après une longue interruption de 1823 à 1990. Depuis lors, c’est certainement la seule ville européenne qui a fait de cette fête de la Saint-Jean, qui dure deux jours (28 et 29 juin 2012), l’évènement marquant de l’été. Il y a d’abord la traversée de la ville aux flambeaux entre la Place Nervienne suivie par 6 000 personnes et la Grande Place et le boutage du feu (la mise au feu) sur la Grande Place auquel assistent 20 000 personnes.  

    Feu-Saint-Clair-Bucher-La-Haye-de-Routôt

La fête de (la) Saint-Clair. Elle a lieu en Normandie dans le département de l’Eure en particulier à la Haye de Routot  à la date invariable     du 16 juillet chaque année. Elle est certainement la plus connue des fêtes du feu. Les raisons de son succès fascinent certainement autant aujourd’hui qu’hier. Mais elles ont vraisemblablement changé de nature. On ne parle plus de fête villageoise ni de grande fête comme à Mons, qui a créé un véritable festival de rue. On parle encore d’une fête qui garde des connotations religieuses    en lien avec l’église et le curé du village qui bénit l’opération et des liens avec l'art des hommes de travailler le bois.   

Feu-Saint-Clair-Bucher-Mise à feu-La-Haye-de-Routôt-Franc

 C’est plus cet art de l’assemblage du bucher qui est mis en lumière actuellement, un art dans un pays de forêt qui est transmis quasiment de « père en fils », même si je n’ai lu l’expression nulle part. Celui-ci est érigé avec des buches mesurées en pied (0,33m, une mesure qui date d’avant 1790)  les unes sur les autres grâce à des encoches et surtout sans clou ni colle. La seconde caractéristique, au coeur de l'évènement, vient du fait que ce sont les « charitons » qui procèdent à toutes les étapes du montage du bucher de 15 mètres  Ce sont les membres de la confrérie de charité de la Haye de Routot créée en 1494. Ils ont pour première fonction d’enterrer gratuitement les morts, sans aucune distinction et plus largement de porter secours.     

  Feu-Saint-Clair-La-Haye-de-Routôt-Bûcher-20130716 112819

Cette forme de bucher en pyramide haute qui va en se rétrécissant à mesure de l’élévation en hauteur est tout à fait typique du savoir-faire que les hommes du monde rural  proche des forêts ont su développer au cours des siècles. Il faut 5 m3 de bois de peuplier qui brule vite pour cette opération. Quelques semaines de séchage sont ensuite nécessaires.

Feux-de-la-Saint-Jean-Jules-Breton-1891 

Il n’en reste pas moins qu’un mystère demeure, à savoir l’attrait que ces feux de la Saint-Jean ou de Saint-Clair exercent sur les esprits. Pourquoi le feu maîtrisé est-il si attirant et cela quels que soient les siècles, les cultures et les façons de procéder, pour les enfants et les adultes? C’est vraiment le mystère du feu.   

Pour suivre le chemin

. Pour un bon résumé de l’opération, voir le reportage en photos de l'AMSE (Association des monuments et des sites de l'Eure) qui détaille toutes les séquences nécessaires au bon déroulement de ce grand évènement dont la notoriété dépasse largement le département de l'Eure, un département très marqué par la présence de grandes forêts telles que celle de Brotonne pour la Haye de Routot ou celle de Lyons la Forêt au nord-est. http://www.amse.asso.fr/dossiers/reportages/le-feu-de-saint-clair-de-la-haye-de-routot-3.htm     

http://www.fetes-traditionnelles.fr/feux-de-la-saint-jean/   http://www.lahayederoutot.com/le-feu-de-saint-clair/ http://www.eureasso.fr/web/guest/accueil/-/asset_publisher/3nQo/content/le-feu-de-saint-clair-celebre-mardi-16-juillet-a-3km-de-routot?redirect=%2Fweb%2Fguest      

. Photos avec mes remerciements à France Poulain ainsi qu'aux autres contributeurs, à retrouver dans l'album-photos "Symboles2"; celle du bucher de Saint-Jean les deux jumeaux est à voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Jean-les-Deux-Jumeaux   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Monde des Murs > Les Murs de la Ville > La Gare Lille-Europe

2 Septembre 2013, 16:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

Voici des murs très particuliers, encore plus que vous ne croyez. Bien sûr tous les murs ont quelque chose de spécial, aucun ne ressemble à un autre. C’est vrai et pourtant ceux-là ont vraiment une personnalité volontairement très affirmée. Les raisons en sont multiples. D’abord il s’agit de ceux d’une gare très fréquentée. Ceux qui vont à Bruxelles ou à Londres… la connaissent bien. Il y passe beaucoup de trains qui voient passer beaucoup de monde.

Lille-Europe-Gare, Murs, Jonction avec cable et boulons 

Alors on regarde le mur en face de soi avec une fixité à percer le mur le plus solide et le plus épais que vous puissiez imaginer. Et c’est à ce moment-là de concentration que vous voyez un paysage de murs absolument fabuleux, des murs faits pour supporter des charges phénoménales et d’un design si beau que le hasard ici ne peut avoir sa part dans cette réussite visuelle.

  Lille-Europe-Gare, Murs, Jonction avec Cable & Boulons

Ces murs sont des porteurs poids lourds. Ils apparaissent à la lumière artificielle dans ce qui  parait être un sous-sol ou un semi-sous-sol, dans cette gare aux allures futuristes qui a supprimé les murs pour aérer l’ensemble qui du coup est ouvert à tous les vents du Nord. Ici, c’est la gare « Vive le Vent », sauf en bas, là où se situent les fameux murs qui portent l’ensemble des étages du dessus et par où passent les trains. Ce sont les murs du niveau des trains.

Ceux qui m’intéressent sont les intermédiaires qui séparent chacune des lignes. Ce sont ceux dont le design a été le plus travaillé, lors de la jonction entre les différentes parties constitutives de ces murs à l’allure géométrique. Ce sont ceux-là que vous voyez en photo. Les  murs intermédiaires à leur jonction résultent d'un assemblage hyper-sophistiqué constitué  d’énormes poutres horizontales, posées sur des poutres poteaux tenues par des boulons. Le tout est assemblé et tenu   par des câbles que l’on voit. Les jeux de lignes obliques superbes font de chaque rencontre une réussite technique et visuelle à ce montage de béton, boulons, de câbles, de formes qui s’emboitent les unes dans les autres, avec des teintes grises, noires… pour chacun des éléments constitutifs.  

Lille-Europe-Gare, Plafond, Murs à Fenêtres

Les clichés suivants font apparaître les parois ajourées qui sont liés à  ces jonctions de murs-poteaux. Elles sont pour objectifs d’aérer et d’alléger les murs de séparation entre  les quais et aussi surtout  de laisser se diffuser le son à l’arrivée et au départ des trains. Ces trouées qui laissent passer la lumière des autres quais ont également un effet très positif, en particulier pour lutter contre la claustrophobie.

Lille-Europe-Gare, Plafond 

C’est alors le moment de lever les yeux au plafond qui est anti-bruit. Ses alvéoles sont conçues pour empêcher le son de se répercuter.

Lille-Europe-Gare, Mur plein, Paroi extérieure

Il y a une autre sorte de mur plein cette fois-ci. Ce sont ceux qui sont situés le long de ce grand rectangle placé en cœur de ville, qui servent de coffrage extérieur. Ils portent presque tout et n’ont visuellement que peu d’intérêt, sauf par quelques coulures d’humidité à la jonction des panneaux de béton.

Lille-Europe-Gare, Murs à Fenêtres 

Il est temps de terminer les clichés, le train arrive…Ce billet répond à la question "que fait-on quand on attend un train qui ne vient pas?"On attend  et on passe le temps, un temps de plus en plus long à mesure que le temps  s’écoule, avec un effet ralentisseur indéniable. Plus on attend, moins ça va vite et plus on regarde sa montre, comme si le regard pouvait forcer les aiguilles (pour ceux qui encore ces montres) à tourner légèrement plus vite. Allez mes chéries, on fait un effort, on y va…Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? Toujours rien, surtout quand vous entendez la durée des retards annoncés qui s’allonge...Il y a maintenant autre chose à faire, c'est de regarder les murs ou de parler à son sac, comme si c'était un chien sans pattes!

Pour suivre le chemin

. Aller à Lille-Europe et surtout ne vous trompez pas de gare et ne confondez pas la nouvelle gare avec l’ancienne qui est toujours en fonctionnement. Vérifiez bien votre billet et prévoyez le temps nécessaire pour aller à pied d’une gare à l’autre, ce qui n’est pas toujours évident surtout l’hiver quand il neige ou en cas de grève!

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album-photos "Murs" 

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Faire chic, Le fauteuil Louis XV dans l'eau, l'herbe, sur le tracteur

1 Septembre 2013, 15:37pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. C’est une quasi-obsession de notre société et depuis un  grand « bout de temps » que de toujours vouloir  « faire chic » une expression qui n’est pas française. On aurait dit plutôt il y a quelques décades « être chic » ; quant au mot chic, il n’est plus utilisé du tout, pour bien montrer qu’on est au-dessus de ça, alors qu’on est en loin.  Une façon de faire du double degré chic est d’associer visuellement des univers qui ne vont pas ensemble. Pour montrer l’incongruité de la rencontre entre ces univers, mieux faut évidemment un décor de rêve. Ce n’est pas toujours le cas.

Fauteuil Louis XV au Lac, avec du champagne C’est le cas pour une bouteille de Champagne Mumm Cordon rouge. Voici deux fauteuils Louis XV cannés, les pieds dans l’eau bleutée du soir  et une bouteille de Champagne avec ses deux flûtes. Les fauteuils sont disposés au bord, avec la bouteille posée dans l’eau, juste entre les deux fauteuils, avec un verre à ses côtés et l’autre sur le fauteuil de droite. De grosses bulles roses envahissent le ciel du soir.  Curieusement, elles ne s’échappent que du fauteuil posé à droite, celui aux grosses bulles roses,  et pas de l’autre verre qui est dans l'eau. C’est un mystère d’autant plus grand que la bouteille n'a pas été ouverte.Peut être la magie du champagne a-t-elle déjà opéré.     

Fauteuil Louis XV au champ, pour du théâtre 

. Voici un fauteuil Louis XV doré revêtu d’une soierie rouge posé dans un champ fleuri de petites pâquerettes, avec en décor un château dans le fond et une lumière vive qui irradie derrière le fauteuil. Cette publicité pour le Festival d’Anjou est une illustration du théâtre à la campagne, avec le château proche en explication. Le fauteuil est là visiblement pour faire rêver, seul dans cette prairie. Le second cliché situé en page 3 du livret est plus réussi, avec les numéros des pages qui s'impriment sur toute la hauteur du demi-fauteuil. Il reste à citer un troisième fauteuil, toujours le même, cette fois-ci dans une plaquette déstinée aux seniors pour les inciter à venir au Festival. Le visuel est franchement troublant; le fauteuil ne repose qu'à deux pieds sur un ruban marron qui lui-même flotte dans un espace qui pourrait être le ciel. Cette fois-ci c'est peut être la magie du théatre qui opère cette quasi-lévitation.    

Fauteuil Louis XV au champ, avec un tracteur

. Je vous ai gardé le meilleur pour la fin. C’est une publicité parue dans « Elle » pour un journal de décoration qui s’appelle « Campagne Décoration ». Le positionnement de ce magazine est de montrer qu’on peut avoir du style à la campagne. Rien de mieux que de faire du premier degré, avec ce fauteuil Louis XV doré, revêtu d’un tissu rouge brillant, avec un lampadaire à ses côtés et le tout posé sur un tracteur rouge peint de petites fleurs. Le titre de ce visuel « La campagne n’a jamais été aussi déco » avec juste en dessous l'homme qui conduit une énorme machine agricole en train - lui- de vraiment travailler la terre. On imagine Madame, bien chic, arrivant avec ses talons pour guider avec maestria ce drôle de fauteuil transformé en petite machine à fleurs avec des gros pneus. La passion de la mécanique est vraiment magique. Cela aurait été plus drôle si cela avait été elle à  conduire  une grosse machine déguisée en fleur.   

Saltair-Pavilion-1900-Bibliothèque-EUAN-Wikipedia   

Le visuel le plus réussi est sans conteste celui de Mumm. Il faut dire que l'endroit est cité. Il est indiqué en bas en petits caractères blancs «  Au bar du Saltair Pavilion, Great Lake, Utah, USA », une mention que l’on peut comprendre de deux façons,  la photo a été prise au Lac salé où on peut déguster ce champagne au Saltair Pavilion juste à côté. Ce formidable cliché est une vraie surprise totalement inattendue. Comme quoi, il faut toujours lire jusqu'aux plus petits caractères dans une publicité, parce que tout aussi tôt arrive une autre question: pourquoi se référer, dans une publicité pour du Champagne à Salt Lake City, une ville qui a été édifiée par les Mormons?

En guise de conclusion sur ce rapprochement de trois visuels, dont l'un se décline en trois, qui n'ont que le fauteuil en commun, chacun pose des questions, à commencer par le recours au fauteuil, mais pas n'importe lequel, c'est un fauteuil Louis XV, un fauteuil symbole de pouvoir et qui porte en plus le nom d'un roi.   

 

Pour suivre le chemin.

. Mumm Cordon rouge a été publié  dans le Monde du 21.06.2012

. Le fauteuil pour le Festival d’Anjou est en page 1 de couverture d’un livret pour le festival 2013, le demi-fauteuil en page 3. Quant au fauteuil pour les seniors, il est en page 1 du livret spécial pour les personnes âgées.   

. Le fauteuil sur le tracteur est paru dans « Elle » 21 novembre 2005.

. Photos: Saltair Pavilion, Bibliothèque du Congrès des EUAN, Wikipedia, Elisabeth Poulain pour les autres.     

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Photo 1900 > Stéphane Passet > Paris > 89 Rue de Seine > Les 2 Portes

30 Août 2013, 15:28pm

Publié par Elisabeth Poulain

Traduction du titre. Il s’agit dans ce billet de vous présenter un cliché du photographe, Stéphane Passet, à Paris aux alentours de 1900. Il fut repéré par Albert Kahn, un alsacien vivant à Paris, très ouvert sur l’importance de l’ouverture du monde, de la richesse des  différences cultures et de l’impérieuse nécessité de faire œuvre d’inventaire au bénéfice de jeunes chercheurs de l’époque et des générations futures. Plus tard, le photographe fut envoyé par l’homme d’affaires et banquier dans plusieurs pays du monde  au cours de deux missions en 1912 et 1914, en particulier  en Chine, en Mongolie, aux Indes et au Pakistan. 

Deux Portes-89-rue-de-Seine-Albert-Kahn-Photo-S. Passet      

Du n° 89, on ne voit que le bas de l’immeuble. C’est un rez-de-chaussée lui-même coupé en deux,  car il n’y a qu’un seul numéro situé en hauteur pour les deux portes, avec un lampadaire situé juste entre les deux portes. A gauche «  les 3 marches » semblent être un magasin de vin qui devait être chic au vu de ses fenêtres et de la porte vitrée agrandie par imposte au-dessus. Cette façade vitrée dotée d’un arc agrandi par une imposte est très belle et très soignée. Un grand souci d’équilibre visuel a été apporté à la composition de la porte-fenêtre avec les deux vitrines, l’imposte et l’arche. Les  bouteilles de vin placées de chaque côté montrent qu’on pouvait goûter à l'intérieur  ainsi que la bière, comme l’indique l’auvent.  

A droite sur le cliché, l’Hôtel du Camélia, qui n’a que deux marches, s’est choisi un nom plus chic en gros caractères sur la façade. C’est un établissement qui dispose  de l’électricité et du gaz comme l’indique la petite plaque bleue. L’« Eau à tous les étages » n’est pas mentionnée. On peut penser que c’était le cas.  

Au rez-de-chaussée juste à côté des « 3 Marches », on voit d’abord la porte qui permet d’entrer. Elle est franchement plus petite que l’ensemble que le marchand de vin. Pourtant, elle est construite selon le même modèle, en suivant les lignes horizontales de la boutique de vins et l'arc au-dessus. La couleur rouge lie de vin est légèrement plus claire. Une question à laquelle je ne pourrai pas répondre est de savoir où conduisait cet escalier, uniquement vers les chambres de l’hôtel, l'atelier du cordonnier et vers d’autres logements ?  

Une autre ouverture apparaît. Il s’agit de la fenêtre-guichet qui indique qu’il y a là un cordonnier. La fenêtre est ouverte pour permettre d’appeler l'artisan quand on vient apporter des chaussures à réparer. Au-dessus du petit atelier qui doit être très étroit, une ouverture munie de deux barreaux a été ouverte dans le mur. Est-ce pour apporter de la lumière au réparateur de chaussures… ?

Deux Portes-89-rue-de-Seine-Albert-Kahn-Photo-S. Passet 

Trois signes de vie seulement apparaissent. Si je commence par la fenêtre de l’échoppe du cordonnier, j’aperçois une paire de chaussures sagement alignées à l’extrême droite. Elles doivent être réparées. J’imagine mal qu’on puisse laisser dehors une paire de chaussures non réparées. En poursuivant le champ vers la gauche, dans le magasin de vins, au milieu un homme est assis à une table. Il se tient la tête dans les mains.

Ces deux éléments me font penser à une demande du photographe pour donner de la vie à son cliché. Cela semble vraiment curieux. Un cordonnier n’aurait jamais laissé une paire de chaussures dehors, réparée ou non ; elle aurait été dérobée rapidement. Quant à l’homme, son attitude est tellement composée, qu’elle appelle cette remarque. Il y a une troisième curiosité qui va dans le même sens. Il s’agit du petit bac à fleurs placé derrière le lampadaire.  

 

La rue de Seine. C’est une petite rue étroite, très passante, au cœur du vieux Paris dans le 6è arrondissement en rive gauche de la Seine. Sa population était encore hétérogène. Plus on était près de la Seine et plus l’endroit était chic. Plus on s’en éloignait et moins le foncier était coûteux. On pouvait en dire de même en hauteur ; plus il fallait monter d’étages, moins le statut social était élevé et les loyers étaient toujours trop chers pour leurs utilisateurs. Les marchands de sommeil ont toujours existé. Une troisième dimension prévalait également. Elle découle de la structure du bâti dans de parcelles longues et étroites. Seuls les beaux hôtels avaient vue sur la rue. Au milieu, entre deux rues parallèles ou presque, des constructions étaient érigées en fonction des besoins de logement en particulier des domestiques. Il y avait une foule de « petites » gens qui vivaient entassés comme ils le pouvaient.

A Paris en ce  début du XX siècle, Stéphane Passet constitua un relevé photographique des façons de travailler des Parisiens en lien avec l’occupation de la rue. Il a travaillé ce faisant comme un véritable ethnologue spécialisé dans ces domaines. Il était en particulier fasciné par les affiches. Il était aussi un artiste qui savait faire parler les murs, les portes et les fenêtres… à la place des gens et savait repérer les jeux de couleur, comme ici entre la façade dominante  lie de vin avec des lettres blanches et une façade soumise blanche avec des lettres lie de vin.

Pour poursuivre le chemin

. Voir la belle sélection des photos faite par La Boîte Verte http://www.laboiteverte.fr/photos-de-paris-en-couleur-en-1900/

. Sur Albert Kahn, l’homme, le savant, le mécène, ouvert sur les cultures étrangères… http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Kahn_(banquier

. Photo à retrouver dans l'album-photos "Murs & co" sur ce blog.                                                                                                                                                                  

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