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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Les trois Pins devant les trois Montagnes, Une Aquarelle chinoise

4 Novembre 2013, 16:41pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une aquarelle, signée JdeB,  si légère qu’elle ressemble à un songe d’hiverquand le temps est au gris poudré par le froid qui s’annonce dans la montagne. Les verts-gris des branches des pins sont à la fois sombres, surtout pour le premier et plus léger au fur et à mesure que le regard s’éloigne. Quant au brun-gris de leur tronc, il se simplifie avec l’âge. Les teintes « couleur d’eau » des parois des montagnes deviennent de plus légères au fur et à mesure qu’elles s’éloignent. Elles sont comme enveloppées dans une brume légère, si légère qu’elle a envahi le ciel dans le fond. Il est devenu blanc couleur du froid de l’hiver qui fige tout. 

Les pins se déclinent par trois, avec le plus grand, le plus beau, le plus vieux aussi par devant, le moyen au milieu vers la gauche et le plus jeune sur le bord. La préséance si importante en Chine est ainsi respectée et la composition s’en trouve dynamisée par une ligne de fuite qui file vers la gauche en descendant.   

Les trois pins devant les trois monts 1, Aquarelle JDB 

Les trois montagnes sont comme peintes de dessous, à travers les branches des pins. Cette fois-ci, c’est la montagne la plus jeune que l’on voit en premier. Elle surgit comme un cône presque parfait entre les deux premiers arbres. En arrière, chacun des deux plus grands pins a sa propre montagne, presque dans l’alignement haut du n° 1 légèrement vers le centre, plus en arrière pour le n° 2, la première avec une pente très équilibrée des deux côtés, la seconde tout à fait irrégulière, sans vraiment de sommet.

Quant au troisième arbre, il n’a pas encore de montagne arrière attitrée comme marraine protectrice. Il est en devenir. Il n’est pas encore admis dans la cour des Grands. Il lui faudra faire ses preuves et savoir être patient pour devenir à son tour un symbole de longévité, de robustesse et de vieillesse.

Ce sont trois pins, avec trois montagnes en arrière-plan, qui ont toutes quelque chose à dire. Elles nous conduisent vers le lointain, dans le haut de l’aquarelle par une série de plans séquences différents qui ajoutent de la profondeur à ce paysage de montagne. Il y a en outre un élément naturel que l’on ne voit pas et qui est pourtant présent. C’est l’eau, qui est essentiel de la vie. Elle est aussi celle de cette technique picturale chinoise, dite de l’aquarelle mouillée peinte, avec des pinceaux de bambou sur un papier enduit de beaucoup d’eau, qui est coloré par très peu de pigments, qui donne ce rendu si léger qui change avec la lumière.  Les trois pins, les trois monts 2, aquarelle JDB

On se souvient alors de la légende qui veut qu’un pin naisse de la fracture du rocher de la montagne. Il va ensuite vivre 3 000 ans, si les dieux tutélaires de la pierre lui sont favorables, pour redevenir pierre qui, à son tour, engendrera un autre pin qui pourra grandir s’il peut avoir un peu d’eau, si nécessaire à la graine pour prendre vie et à l’artiste pour peindre. Mais il y a encore plus que cela, comme le précise celle qui a réalisé cette aquarelle :

« Essayer d’évoquer cette atmosphère si particulière à la Chine traditionnelle ancienne est source de sérénité. Les Lettrés, les Poètes et les Sages aimaient à se retirer dans de tels lieux, devant de tels paysages de montagne, nimbés de brume dans le lointain, pour méditer loin de l’agitation du monde … à la recherche de la sagesse. » C'est toujours vrai maintenant. 

Pour suivre le chemin

. Consulter "La Chine ancienne"  dans la collection "Les Grandes Epoques de l'Homme" , par Edward H. Schafer, professeur à Berkeley, Université de Californie, et les Rédacteurs des Editions Time and Life. Lire plus spécialement, dans la partie 5 sur "La conception de l'Univers", le chapitre dédié à " Un espace bien composé" qui traite en particulier de l'art de l'effet de profondeur et de celui de hauteur, ainsi que celui dédié à "La poésie des paysages" avec deux photos remarquables d'"effets brume en montagne",  l'un sur le Lac Li-Hou (page 151) et l'autre sur une "Chaîne des Montagnes, Côté Sud" en pages 162-163.   

. Pour la technique chinoise de l’aquarelle mouillée, voir  http://www.nordeclair.fr/Actualite/2012/02/23/l-aquarelle-chinoise-ou-l-art-d-apprivoi.shtml

. Sur la symbolique du pin -et du bambou- en Chine, lire l’extrait de « L’Imaginaire et la symbolique dans la Chine ancienne » de Maurice Louis Tournier, l’Harmattan, 1991  http://books.google.fr/books?id=cBZkjzTS-bIC&pg=PA246&lpg=PA246&dq=Le+pin,+dans+le+Symbolisme+de+Chine&source=bl&ots=TlCn94-OeM&sig=MLo-w0f9cnliUj5fA6JYPfdOsn0&hl=fr&sa=X&ei=NA51Us3aNbSg0wXFwIHgAw&ved=0CFEQ6AEwBQ#v=onepage&q=Le%20pin%2C%20dans%20le%20Symbolisme%20de%20Chine&f=false  

. Photos Elisabeth Poulain, sous deux éclairages différents, à voir dans l'album "Art & Co".

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Coucher de Soleil d'Automne sur la Jetée > Collection Emmaüs

3 Novembre 2013, 15:44pm

Publié par Elisabeth Poulain

Collection Emmaüs. C’est sous ce vocable que je regroupe des peintures d’amateurs le plus souvent, mais pas toujours, que j’ai trouvées au fil des ans dans des centres Emmaüs en France ou Oxfam en Belgique. Ils ont pour moi le charme du « fait main » par des « peintres du dimanche » qui cherchent à rendre perceptible leur plaisir  de traduire avec leurs pinceaux la couleur des paysages auxquels ils sont attachés.

Coucher de Soleil d'Automne sur la Jetée, Vendée R.V

Les thèmes. Ce sont parfois leur maisondans les alpages, la charrette pour rentrer les foins, les outils des moissons, les montagnes qu’ils voient de la fenêtre… Les bords de mer les inspirent avec toujours plus de difficultés pour saisir l’eau. Une raison qui explique peut-être pourquoi il y a tellement de  rochers en premier plan.  

Ici, c’est une jetée, le soir au coucher de soleil d’automne un jour sans vent. Le soleil très bas a empli tout le ciel de sa couleur vieux jaune. Les ombres commencent à recouvrir le paysage d’en face et la partie intérieure de la jetée. Seul reste un peu de bleu dans la partie haute du ciel. La mer est couleur d’huile recouverte de petites ondulations plus foncées qui annoncent la nuit qui tombe.

Toute la composition est centrée sur les lignes de la terre à l’horizon, avec la jetée  en trait plus épais qui lui répond en partie droite. Deux poteaux animent la scène, le plus haut indique vraisemblablement des directions géographiques, le plus proche du soleil marque la fin de la jetée pour les bateaux qui rentrent au port, là où doit être situé le peintre R. V. (pour Hervé ?)

La partie la plus réussie est sans conteste le ciel avec ses nuages qui se densifient à l’approche de la terre, en repoussant vers le haut la partie bleue. Seuls des oiseaux animent la scène. C’est l’heure où sortent les moustiques et les petites mouches bonnes à gober au calme du soir. Je verrais bien la scène quelque part en Vendée.

Coucher de Soleil d'Automne sur la Jetée, Vendée R.V, Verso

La scène est peinte sur une demi-ardoise. Le peintre a réussi à faire un petit trou en haut bien au milieu. Il ne restait plus qu’à mettre une ficelle couleur terre pour rester dans le ton. C’est chose faite. Sur l'arrière, le tableau retrouve sa nature d'ardoise, avec des empreintes de couleur blanche, qui a du servir de fond bien gras pour la peinture sur l'autre face...

Pour suivre le chemin

. Emmaüs  à retrouver sur http://www.emmaus44.fr/

. Oxfam   sur  http://www.oxfam.be/

. A retrouver  sur ce blog

  Collection de peintures Emmaüs > La chaleur de la plage   

. Photo Elisabeth Poulain

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L'Offensive des Flandres, le Génie & les Passerelles de Liège, 14-18/17

28 Octobre 2013, 12:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. Nous sommes toujours en 1917 dans les polders de l’Yser en Belgique occupées par l’armée allemande au nord de la rivière, comme nous l’avons vu dans un précédent billet sur « Le Front de l’Yser », sur la base d’un récit paru dans l’Illustration du 17 février 1917. Dans les mois qui suivirent, il s’est agi  cette fois-là de passer à l‘offensive; c'est le terme utilisé par le capitaine T…, l’auteur de l’article paru dans l’Illustration du 20 octobre. Il ne s'agissait plus d'empêcher les forces allemandes de franchir l'Yser mais au contraire de permettre aux Français de s'emparer de l'autre rive dans le cadre d'une opération militaire alliée d'envergure regroupant Français, Anglais et Belges.  

Yser-Offensive des Flandres-1917-Abri-Béton-allemand-détruit 

L’offensive des alliés français, belge  et anglais. Elle est placée sous la conduite du Général Anthoine pour les troupes françaises. Commencée le 31 juillet, elle s’est traduite par des « brillants succès » pour reprendre les termes des communiqués officiels français. Pour obtenir ces résultats qui permirent ensuite à l’armée britannique de poursuivre l’avancée, il avait fallu mettre en place un important dispositif de facilitation des opérations au sol, dans le sous-sol et dans les airs. Le sol était un polder inondé volontairement d’eau pour stopper l’avancée allemande. Plusieurs conséquences s’ensuivirent.

Yser-Offensive des Flandres-1917-Passerelle-Liège 

Il fallut dès le début de la guerre créer et maintenir en état d’accessibilité, les quelques routes disponibles pour le matériel et constamment refaire les chemins de bois qui permettaient aux soldats d’accéder et de circuler entre et dans les tranchées. Les soldats appelèrent ces chemins sur pilotis, ou posés sur la boue selon les cas,  en l’absence de termes officiels, de « fonds de baignoires » ou de « pistes sur lattis » jusqu’au début de 1917.

Pour l’offensive de fin juillet 1917, le Génie français entra pleinement en action et dans un temps record. Des routes nouvelles durent être aménagées, des voies ferrées établies pour acheminer tout le matériel, lourd y compris.  

Yser-Offensive des Flandres-1917-Pylone 

Le sol, gorgé d’eau dès 40 à 50 cm  de profondeur, empêchait de construire de façon traditionnelle pour créer des abris semi-enterrés pour tirer et bénéficier de hauteur pour voir où était placée la puissance de feu de l’ennemi. Celle-ci était, elle,  protégée en rive droite de l’Yser, par des « abris modernes en béton », qu’on appelait aussi des « batteries bétonnés » (photos n° 1 et 5) . En zone occupée par les forces françaises (Nord de Noordshoote),  des nouvelles lignes téléphoniques durent être implantées, avec l’obligation dans les zones inondées, de les enterrer dans des gaines de plomb. Pour héberger les troupes françaises, des baraques Adrian(en bois)  et des tentes furent montées en nombre.

 Yser-Offensive des Flandres-1917-Pont-Arc

Pour permettre le franchissement du canal de l’Yser au site choisi, des solutions nouvelles furent mises en place :

Pour voir au loin, des prises de vue aériennes permirent de déterminer avec précision  les batteries allemandes en distinguant avec précision les vraies des leurres ; ces clichés étaient complétés par les études sonores des bruits des tirs.   Des pylônes-observatoires édifiés au plus près d’arbres (dessin n°3), quand il en restait, permirent de compléter le dispositif pour déterminer le repérage des postes de tirs ennemis.    

Pour permettre à l’infanterie de traverser le canal de l’Yser, entre Boesinghe et Steenstrat, des passerelles en liège (photo n°2) furent acheminés prêts à monter par le Génie français. Ce dispositif innovant était complété par  la mise en place d’une passerelle lourde de bois en arc (photo n°4) haute de plusieurs mètres au-dessus  au sud de de l’écluse d’Het-Sas près de Boesinghe.  Des tapis déroulables à poser sur la structure complétèrent le dispositif. S’ensuit dans l’article une description technique incroyablement précise et complète de ce matériel militaire. C'est ce qui qui permit aux soldats français de franchir le canal, protégés par leur artillerie qui visait et détruisait les abris bétonnés allemands dont certains avaient été construits à l’intérieur de vieilles fermes flamandes (photo n°5) pour mieux les dissimuler.

Yser-Offensive des Flandres-1917-Abri-Béton-allemand-caché-maison

L’offensive des soldats français placés sous le commandement du Général Anthoine, qui ne disposait que de six semaines pour la préparer, fut brillante.  Intercalés entre les troupes anglaise et belge sur un front de 8 kms de long, le Capitaine T…conclut par ces mots « nos merveilleuses troupes ont progressé au milieu de difficultés matérielles sans nombre, mais avec des pertes minimes. »    

Regardez ces photos. Surtout cette dernière. Il ne reste plus aucune vie à l'écluse Het-Sas sur le canal de l'Yser. Les Français étaient en rive gauche et les Allemands à droite. Le cliché pris d'avion montre un sol qui pourrait être lunaire où tout repaire humain a disparu.  

 Yser-Offensive des Flandres-1917-Terre-vue-du-Ciel-Het-Sas

Pour suivre le chemin

. Sur ce thème, lire le précédent billet sur ce blog  La Garde de l'Yser dans la Boue et l'Eau > Les Chemins de Bois > Guerre 14-18

. Voir l’Illustration du 20 octobre 1917, pages 387 à 391.

. Mieux comprendre avec la carte à voir sur  http://chtimiste.com/batailles1418/1917flandres.htm

. Voir des clichés impressionnants pris en Flandres occidentale par des photographes de l’armée française, sur la base Mérimée http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr?ACTION=RETROUVER_TITLE&FIELD_98=AUTP&VALUE_98=%20R&GRP=46&SPEC=1&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=1&MAX3=50&REQ=((R)%20%3AAUTP%20)&DOM=Tous&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P

. Les photos qui illustrent ce billet sont issues du célèbre hebdomadaire qui continue à faire foi sur ce qui s’est vraiment passé, encore maintenant.   

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Pierre Prins, Pastelliste Impressionniste, Paris, Fécamp, Le Pouldu, 1838-1913

23 Octobre 2013, 17:21pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. J’aurais bien aimé continuer à décliner la série des P mais à trop vouloir jouer avec les mots et les lettres, on en oublie l’essentiel, qui est de découvrir, ce que les critiques d’hier et d’aujourd’hui appellent avec cruauté « un Petit Maître », encore un P à petit, eux qui n’ont jamais créé une œuvre. Il me vient aussitôt  une question, dit-on d’un pastelliste qu’il est un peintre ? Parler d’un artiste est vraiment réducteur. La solution de connaisseurs est d’évoquer un « pastelliste impressionniste ». Le tour est alors joué avec la référence aux Impressionnistes qui forment l’école de peinture la plus célèbre au monde.

Pierre Prins-1880-Meules et Peupliers à Lozère, Soleil couchant, Effet neige 

Pierre Prins est bien un peintre mais sans qu’on le dise vraiment, en faisant toujours ressortir ses parents artisans, pour parler de ses bâtons de pastel. En réalité, il utilisait aussi l’huile en peinture, en recourant aux pinceaux et dessinait beaucoup. Pierre Prins a deux caractéristiques majeures. Il est un peintre qui  a choisi le pastel pour la majorité de son œuvre (630 pastels pour 250 huiles), une technique sèche proche du dessin qu’il affectionnait et il a souvent, mais pas toujours, peint des scènes d’eau.

Son eau est celle des bords de la Seine, comme pour beaucoup des Impressionnistes qui ont peints les bords du grand fleuve après ou avant Paris. Elle est aussi dans sa vie celle de la Manche, dans ces paysages de grande amplitude à la rencontre entre le ciel et l’eau. Les titres qu’il donne à ses œuvres reflètent cette ampleur comme « Sur la Manche, le soir à Berck » (1873) qui montre le ciel vu de la terre, « Ciel breton au Pouldu » (1892) qui place le peintre en mer face à la terre, avec entre eux deux un petit bateau à voile, qui vogue cette fois-ci sur l'Atlantique bretonne.  

Pierre Prins-1885-Soleil couchant sur la Seine à Châtou

Le peintre a toujours eu un goût très fort pour la Seine, celle qui s’exprimait au mieux à Chatou finement le soir au couchant quand la boule orange du soleil s’apprête à disparaître à l’horizon et que tout devient bleu-gris avec encore un peu de marron. Son « Soleil couchant sur la Seine à Chatou » (1885)  montre un rameur sur l’eau au point focal de l’œuvre, mais pas de pont. Le pont est un thème qui lui est cher, un symbole qu’il a pu décliner avec à Paris même, là où il habitait.

En dehors de Paris et en l’absence de pont, il recherchait des arbres ou des berges pentues pour accentuer sa vision de la fluidité de l’eau. C’est le cas avec « La Laita au Pouldu » (1899 et 1900),  la petite rivière à son embouchure sur la côte sud de la Bretagne. Et quand il n’avait devant les yeux, ni mer, ni fleuve, ni rivière, il allait jusqu’à rechercher un ruisseau pour figurer un « paysage avec ruisseau et chapelle » (sans date), le premier est devant qui donne l’ancrage et la seconde dans le fond pour pousser la perspective.

Pierre Prins-1882-Nuage

Pierre Prins a toujours du lutter pour trouver du temps pour peindre et de l’argent pour se déplacer. En réalité, il avait peu de l’un et de l’autre, par contre il avait des soucis que lui causaient une santé fragile. Une des conséquences est qu’il voyageait peu. Il peignait ce qu’il pouvait choisir au plus près de l’endroit où il était. Il cherchait sans cesse à élargir ses thèmes de représentation, pour avancer toujours, ne pas rester collé dans un style, ne pas perdre la main…

L’artiste n’avait pas non plus le caractère ni l'énergie pour partir à l’assaut de l’élite parisienne qui décidait de la cote des peintres, comme ce qui se passe encore maintenant. Il choisissait  de revenir sur  des thèmes que ne sélectionnaient pas les autres, les autres peintres. « Les  foins près d’Orsay » croquées en 1897 sont pourtant une vraie réussite. Non seulement, elles ne déméritent pas, mais vraiment pas par rapport à celles de Monet qui sont postérieures. Elles ont pour elles  un grand sens de la couleur, un jeu de la perspective, un autre fait d’ombre et de lumière, le séquençage en plans pour rentrer dans la forêt au fond... Elles sont aussi une suite au pastel « Meules et peupliers à Lozère, soleil couchant, effet neige » qui date de 1880. Rappelons que la série de Monet s’étale entre 1888 et 1891 et chez qui on retrouve, non pas l’« effet neige » de Prins mais « un effet de gelée blanche ».  

Pierre Prins-1892-Ciel breton au Pouldu

En dehors des bords de mer ou de berges de fleuve, Pierre Prins a aussi travaillé sur le paysage et la maison rurale normande qui attirait déjà l’élite européenne. A Fécamp, où il dut séjourner pour des raisons de santé, il réalisa les  deux pastels majeurs  que sont la « Vieille maison rue Arquaise à Fécamp » (1898) et surtout « La Chapelle Notre Dame du Salut ou La Chapelle des Marins » (1999). La ville de Fécamp ne s’est pas trompée sur l’importance ce tableau, elle qui a acheté le pastel directement au peintre en 1905. C’est celui-ci qui figure sur la couverture de l’ouvrage paru  aux « Editions Points de Vues, Musée de Fécamp » 2013.  

Ces deux pastels ont en point commun d’avoir une importante séquence basse d’entrée dans l’œuvre et qui prend une place de premier plan. Sans elle, l’équilibre de la construction du tableau dans son espace serait modifié ; elle agit comme une annonce longue pour montrer l’importance de ce qui va suivre. C’est déjà vrai pour la vieille maison Arquaise, avec la rue et la placette qui occupent environ le quart de l’espace au sol. Cela l’est encore plus avec la Chapelle Notre-Dame du Salut où l’église qui donne son titre au tableau n’occupe qu’un petit tiers supérieur environ de l’espace total. C’est la montée de la colline très pentue qui est le véritable sujet du tableau, où l’on voit deux femmes portant la coiffe, l’une montant et l’autre descendant vers le port. Ce sont elles qui signent le mouvement.

Pierre Prins-1898-Vieille Maison Arquaise à Fécamp 

C’est le moment de parler des couleurs chez Pierre Prins, en indiquant trois grandes catégories avec la date du tableau à chaque fois.

. Dans la famille des "variations de noir, qui jouent avec la lumière faible et le blanc, avec une pointe d'orange" voici:   

- en 1880,  la palette de « meules et peupliers à Lozère, soleil couchant, effet neige » est basée très clairement sur une maîtrise forte du noir dans ses déclinaisons de gris, grisé, blanc, en jouant toutes les variations fines des entre deux, avec là aussi un repère qui est le soleil couchant. On retrouve la caractéristique singulière de l’artiste, avec ce partage horizontal de l’espace entre le bas et le haut, qui s’impose comme une évidence.  C’est sa palette noire, avec un petit côté oriental;  

- en 1885, Soleil couchant sur la Seine à Chatou, pour ce petit pastel (280 sur 380mm), où le pastelliste  a joué avec le noir, le gris, le bleu foncé des arbres et des couleurs grisées beiges foncées pour l’eau, la terre et le ciel. Un élément de couleur éclate, c’est l’orange du soleil couchant. C’est sa palette noire, où le noir est très présent qui joue avec des lueurs blanches.

. Dans la série des 'bleus, ceux du ciel, ceux de la mer, chacun se reflètant dans l'autre, avec un jeu très subtil entre le blanc des nuages avec une pointe d'orange qui se reflète sur l'eau de la mer. Voici:

- en 1882, Nuage, qui montre à admirer un nuage teinté d'orange le soir par grand calme, quand le soleil se couche;     

- en 1892, Ciel breton au Pouldu (450 sur 545 mm), pour ce grand paysage breton de mer et de bord de mer, Pierre Prins a choisi un ciel mêlé de nuages qui s’effilochent au vent d’un bleu léger, avec des nuages gris dans le fond et des petits nuages blanc vers l’avant, tout en se reflétant dans la mer d’un bleu-vert-grisé. C’est sa palette des bleus de la mer.

Pierre Prins-1899-La Chapelle Notre Dame du Salut, Fécamp 

. Dans la série des couleurs de le terre, avec le vert de la nature, ses oeuvres maîtresses se nomment  "Vieille Maison, Rue Arquaise, Fécamp" datée de 1898 et  "La Chapelle Notre-Dame du Salut" à Fécamp. Ce qu'on découvre en particulier avec ces deux pastels, c'est la formidable capacité de cet artiste à dessiner des bâtiments compliqués, comme le ferait un architecte artiste, et à rendre perceptible par ses dessins la nature dans le paysage, que ce soient des scènes de grande amplitude comme la mer et le ciel, la nature et la colline pentue et la complexité des différents plans de la maison en ville, avec une maîtrise étonnante des couleurs "terre" selon le positionnement des plans...  

L'exposition qui s'est tenue à Fécamp cet été 2013 a permis de rendre hommage à un artiste plein de sensibilité et de finesse et qui garde son mystère. On en sort avec plus de questions  qu'on n'en avait en entrant: pourquoi a-t-il si peu peint? Pourquoi en parle-t-on si peu? Pourquoi dans son testament, a-t-il condamné son atelier à rester fermé 30 ans après son décès? Pourquoi, dans la plaquette A4 pliée en deux faite à l'intention des enfants, "le Livret-Jeu" met-on l'accent sur les oeuvres dont il s'est "inspiré" pour produire ses propres peintures, chez Jean-François Millet, Caspar David Friedrich, Chardin, Boudin... alors qu'ils faisaient tous cela et que tous trouvaient cela normal? Ce n'est pas un hasard si les peintres se  regroupaient en école.  Et pourquoi s'est-on limité à montrer ses seuls pastels, comme si Pierre Prins n'avait de place chez les peintres impressionnistes qu'à ce seul titre d'entrée, par "la petite porte".  

Pour suivre le chemin

 . Lire l’article de Didier Rykner sur  http://www.latribunedelart.com/pierre-prins-un-pastelliste-impressionniste, pour avoir une bonne analyse de l’exposition

. Voir http://haute-normandie.france3.fr/2013/07/10/le-musee-de-fecamp-expose-pierre-prins-un-pastelliste-impressionniste-285083.html

 

. Voir l’ouvrage « Pierre Prins, un pastelliste impressionniste » paru aux Editions Points de Vue,  basé sur l’exposition de l’été 2013 à Fécamp.

 . Sur le peintre et le pastelliste Pierre Prins, consulter le site qui lui est dédié par David Gatier http://www.davidgatier.com/pierreprins/bibliographie.htm où l’on voit qu’il y a peu de musées qui possèdent ses œuvres. Citons en France, à Paris, les musées Orsay, Carnavalet, du Luxembourg, à Bordeaux le Musée de la Ville, à Fécamp au Musée de Terres  Neuves qui va bientôt changer de nom et d’endroit, à Dôle au Musée des Beaux-Arts ainsi que dans quatre musées à l’étranger…

 

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans Art3-2013

 

. Désolée, pour le grand espace blanc qui suit, je n'arrive pas à l'enlever!  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Style de Pub > Mains et Regard de l'Homme > Buveur de Bière

21 Octobre 2013, 16:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. Il s’agit dans ce billet d’analyser les choix des créateurs publicitaires dans leur stratégie de mise en valeur de la bière qui fait l’objet de la publicité, à partir de trois critères seulement, les mains et la position des yeux. Seuls les hommes sont visés par mon analyse qui n’a rien d’exhaustive. C’est un choix volontaire. Il n’y a pas de féminin à « buveur », même s’il y a bien des femmes qui apprécient la bière et/ou qui sont choisies  pour vanter des marques de bière pour hommes. Je ne vous parlerai pas non plus des nombreux animaux qui se dévouent pour promouvoir cette noble boisson qui est née en 6000 avant Jésus-Christ en Mésopotamie.

Les  mains s’écrivent au pluriel même si parfois on n’en voit qu’une seule et encore  ne perçoit-on parfois que les quatre doigts de celle qui a été choisie. Ne chipotons pas, il est très rare de ne pas voir de mains mais pas impossible, comme on va le voir. Voici une sélection qui présente quelques réponses différenciées  à la question stratégique du choix du positionnement de la marque « Que présentez-vous, la bouteille, le verre, l’homme et quel style d’homme, sa main, son regard… ? Quelle hiérarchie faites-vous entre tous ces éléments? »

 Bière Adelshoffen

. La bière Adelshoffen. C’est une belle plaque émaillée (32,5 x 49,3cm) qui présente un buveur de bière souriant, qui a la pêche, qui vous regarde droit dans les yeux, dans un style très « Congés payés sympa", avec sa casquette à rayures jaune et rouge, sa chemise blanche et sa ceinture haute de travailleur de force. Il tient la bouteille ouverte à la main droite et fait le signe de la bonne visée avec son index reposant sur son pouce de la main gauche. Une très efficace composition en V inversée structure la composition sur le fond jaune éclatant de l’été en lien avec le bleu du fond  de la marque. On le surprend au moment où il s’apprête à goûter sa bière.

Bière Champigneulles-César au Lion   

. Bière Champigneulles nous emmène dans un autre monde, à Rome, au temps des gladiateurs. Disons-le tout net, cette plaque émaillée de grandes dimensions (95 sur 145 cm) possède un nom prestigieux; elle est dite du « César au Lion ». Le fauve est situé sur la droite du César, qui a posé sa main droite au sommet de la tête du lion, tandis que la gauche dans un geste de pleine amplitude vers le ciel lève un verre, qui (me semble) vide. L’air furieux du lion, la couleur fauve ou feu de son pelage  d’un côté, la blancheur de la peau du héros m’interpellent ; quant au verre vide, il me trouble. Est-ce l’effet bière qui s’exerce déjà ? La puissance de la composition est pourtant indéniable. Le guerrier porte son regard au loin vers l’horizon, la bouche grande ouverte. C’est la seule fois où on voit un buveur de bière pieds nus, mais cette remarque est complètement hors sujet !       

Bière Gangloff-Jean d'Ylen-Besançon

. Gangloff joue d’un minimalisme stylisé. Cette plaque de 45 x 64 cm offre une très belle composition graphique et une sélection chromatique époustouflante. En l’absence de date, c’est son caractère très contemporain qui frappe l’œil de celui qui regarde. Son créateur Jean d’Ylen (1887-1938), un affichiste originaire de Besançon, a réalisé plusieurs affiches pour des marques locales de bière en 1924, 1925 et 1926. On peut donc supposer que l’affiche date de cette décade ou de la suivante. Tout est réussi, la couleur, la composition avec ce verre haut plein décalé vers la droite en position haute. C’est le plateau rouge qui occupe l’espace central, avec une utilisation d’une grande finesse de l’ombre qui structure la composition en biais. On sait où se trouve le soleil, en haut, à droite. Le tout est comme saisi sur un fond gris qui permet de faire ressortir le blanc terni de la marque Gangloff. Ici, il n’y pas de main pour distraire l’attention et l’oeil est celui de qui admire la composition.     

Bière Gruber Strasbourg   

. Gruber en comparaison est un apaisement pour l’œil de celui qui regarde. On est projeté clairement et directement dans le verre prêt à boire, sans intermédiaire autre  que la main droite tenant le verre par en bas pour réchauffer au minimum la bière fraîche. On voit la buée sur le verre. La couleur bleu moyen du fond fait ressortir l’or de la bière et le blanc de la mousse, les cinq doigts de la main droite et le renforcement de l’ombre de l’ensemble pour  renforcer l’impact de l’ensemble verre + main + gruber. Strasbourg est indiqué à la place de « Bière » qu’on se serait attendu à voir.  Mais c’était tellement rendu évident par le dessin que l’origine par la ville apportait une légitimité supplémentaire, surtout utile pour contrer la concurrence. S’il y a un regard ici, c’est celui du futur buveur de bière qui est alléché par ce visuel publicitaire.

Bière du Lion

. La bière du Lion. C’est une affiche de 60 sur 80 cm datant de 1905. Imaginez que vous l’ayez dans votre cuisine devant les yeux. Elle fait un effet "bœuf" ! Elle est surtout connue pour son (monstrueux) « personnage au canotier » d’Eugène Ogé (1861-1936). Oublions les grimaces du bonhomme et regardons ses mains. Elles tiennent fermement une grosse chope portant l’inscription « BIERE DU LION » aux armes du lion. La main gauche saisit fermement l’anse et la droite conforte la prise en évitant soigneusement la mousse qui déborde. Quant au regard, disons-le clairement, il bigle : l’œil gauche se focalise sur le centre de la mousse et le droit se hausse de plaisir anticipé, en soulevant très haut le sourcil. A voir sa côte élevée, l’ensemble est apprécié par les collectionneurs d’art publicitaire.   

Bières (Les) Maxéville-Le Gaulois   

. Les Bières Maxéville ou « Le Gaulois a la Chope ». Cette plaque de 48cm sur 88 est étonnante. Elle joue du contraste entre la sobriété des couleurs avec un tracé bleu pour le guerrier au casque ailé qui a une certaine ressemblance avec celui des « gauloises » (les cigarettes), l’ovale du médaillon sur fond noir et l’écriture italique un peu vieillotte de la marque au pluriel. Du Gaulois, on ne voit que son bras droit qui tient la chope de sa main glissée dans l’anse. L’homme  à la belle chevelure blonde qui file au vent, tout comme se longues moustaches, m’étonne un peu : il nous regarde en nous faisant quasiment de l’œil.  

  Bière Velten 

. Bière Velten présente un buveur de bière occupant une place stratégique, il est directement assis sur un tonneau, pour raccourcir au maximum le chemin du fût au gosier. Il est particulièrement content. C’est "un jovial" qui est saisi juste avant de commencer sa dégustation de sa main droite. Le verre dorée et blanc illumine quasiment la cave, en commençant par le visage du jeune homme aux joues bien rondes. La main gauche donne l’appui du corps. L’encadrement en rouge met l’accent sur la jouissance annoncée du plaisir.

Bière La Perle

Hors sélection, tout en répondant aux critères du regard et de la main, voici le dernier exemple que j’ai choisi pour ce billet. Cette fois-ci, il ne s’agit pas vraiment d’un homme ; c’est un adolescent, un futur buveur de bière, qui s’apprête à commettre un acte interdit, si ce n’est déjà fait. On le surprend se haussant à la table grâce à ses mains qui s’y agrippent ; il lèche de sa langue la mousse qui coule de la bouteille au bouchon de porcelaine. C’est l’attrait de l’interdit, un ressort toujours intéressant de la publicité.           

Pour suivre le chemin

. Cette sélection a été faite à partir de plusieurs catalogues Salorges Enchères.  

. Pour de plus amples informations, consulter « Salorges Enchères, Nantes - La Baule, qui organisent des ventes samedi 26 et dimanche 27 octobre 2013, 8 bis rue Chaptal, 44100 Nantes, 02 40 69 91 10, sarlkac@wanadoo.fr, avec des photographies nombreuses sur www.interencheres.com/44001 »

. Photos Elisabeth Poulain

. Sur le thème de la main, voir sur ce blog Style de Pub > La Main de l'Homme > Ce qui se boit, se goûte, se pétrit   Champagne G. H. Mumm > Les gestes pour le savourer > L'Homme Mumm

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A Sainte-Adresse > Marcher > Courir > Trottiner sur le Front de Mer

19 Octobre 2013, 16:19pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage du titre. Nous sommes à Sainte-Adresse, une petite ville située juste à côté de sa grande sœur du Havre. Son nom a dû lui être donné par les marins revenant au port, après avoir encouru les risques de la pêche en mer, en Manche, dans un site difficile, à l’entrée de l’estuaire de la Seine, traversé de forts courants maritimes et de vents violents. Le cap de la Hève situé au nord du site permettait de protéger un peu les navires, d’où le nom donné au Havre, qui s’appelait « Le Havre de Grâce » et à celui de Sainte-Adresse, à prendre dans le sens de « Bonne Adresse ».

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 Le Front de Mer à Sainte-Adresse.  Il est une pure création de l’avènement du tourisme à la fin du XIXe siècle, en lien direct avec la starisation de la Côte d’Azur par et pour l’élite européenne et en particulier anglaise qui imposa des nouveaux styles de vie axés sur la jouissance de paysages en lien avec les loisirs.

. C’est le journaliste parisien, Alphonse Karr, qui en particulier lança la station  auprès de l’establishment parisien et plus largement européen. Curieusement, le grand homme qui maniait la langue française avec le ciselé parfois cruel propres aux Parisiens n’a donné son nom qu’à une sente à Sainte-Adresse. Certes c’était un petit sentier parallèle à la plage, mais avec une vue incomparable réservée aux seuls marcheurs. A ce premier découvreur, lanceur d’une station balnéaire, il fallait un développeur, urbaniste de fait.

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. Ce fut Georges Dufayel qui s’y attela, en voyant grand toute de suite. Il bâtit des villas, traça des rues parallèles au rivage pour les mettre en valeur, fit édifier pour son compte un véritable palais qu’on appelle toujours d’un nom volontairement impropre qui est « l’Immeuble Dufayel » tout en haut de la colline pour être sûr d’avoir toujours vue pleine et entière sur le paysage. On aurait pu parler d’un palais.

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La station était lancée. Les villas nouvelles ont fleuri comme les tulipes au printemps, chacune avec sa vue personnelle fabuleuse, avec une conséquence sur l’espace extérieur qui a été de créer des lieux de rassemblement pour être vu tout autant que pour voir. Etre seul dans sa villa crée forcément un manque de visibilité, les réceptions les uns chez les autres ne pouvant suffire. Il fallut donc créer comme à Nice des lieux emblématiques de promenade. On parlait avec fierté de Sainte-Adresse comme étant « le Nice havrais », sans Promenade des Anglais, mais avec  un beau boulevard longeant la mer.

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Le front de mer est toujours le lieu où on peut le mieux contempler la mer, se rencontrer, voir et être vu, respirer l’air pur de la mer, marcher et faire du sport…  Ces usages collectifs se sont renforcés depuis une centaine d’années, par la pratique individuelle de la marche sportive, du jogging…  Il y a toujours quelque chose à voir et à faire, à l’instar de ces marcheurs à un ou deux pieds, à deux ou quatre pattes, chacun à sa façon, sans parler d'un mystérieux Johny le marcheur qui laisse des pas jaunes sur le bitume rose. .

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Les aménagements du front de mer  contribuent à ces plaisirs de la marche sous ses différentes formes. On peut varier les espaces au sol, selon qu’on est plutôt bitume, pelouse, revêtement sportif, à la rechercher de présence d’arbres, de roseaux…  tout en choisissant sa ligne, plus ou moins près de la plage ou du boulevard, pour être seul, avec son chien sur la pelouse, comme si le contact de la terre engazonnée était une récompense pour les pattes de nos chers quadrupèdes, ou au plus proche de la plage pour apercevoir les mouettes sur les jetées près de l’eau….

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A observer les gens sur le front de mer, des usages semblent se dégager. Le joggeur est seul ; il court pour lui. Il a sa route à tracer, son corps à satisfaire qui a faim de course.  Le marcheur seul est le plus souvent, mais pas toujours, accompagné de son chien, ce qui ne signifie pas que les couples n’ont pas de chien. On trouve aussi l’équation un couple = deux chiens. Quand on voit un couple, on a souvent l’impression qu’ils se promènent plus qu’ils ne marchent. Ils sont là pour aérer leur après-midi. Il y a aussi des petits groupes comme ces familles qui viennent marcher avec des enfants encore petits. Quelques années plus tard, ces derniers reviendront mais cette fois-ci devenus cyclistes, le plus souvent avec leur père.  En avançant encore dans le temps, ils seront joggeurs, masculins le plus souvent mais pas toujours heureusement…                                                    

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 Sainte-Adresse a toujours conservé son caractère balnéaire associée à sa grande sœur du Havre. C’était déjà le cas il y a plusieurs décades, quand des cartes postales ne mentionnaient que  « Le Havre » en oubliant de citer Sainte-Adresse considérée comme un quartier agréable, particulièrement le dimanche. C’était l’endroit où on venait en costume noir et canotier d’été pour les hommes et en robe longue avec chapeau, ombrelles avec son petit pliant sur la plage pour voir les régates…La marche alors était réservée à ceux qui n’avaient pas de voiture ou ne prenaient pas le tramway. Le jogging n’existait pas. Les chiens ne tenaient pas une aussi grande place que maintenant. Les mouettes étaient déjà là…Et il y avait des bateaux grands et petits à passer sur l’eau au fond de l’horizon.

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Le partage des rôles entre le petit port de pêche et le grand port. Le Havre est toujours le premier port français sur la façade atlantique. Il continue à accueillir les transatlantiques et les porte-conteneurs de marchandises. La nature profondément maritime de la ville subsiste mais d’une façon qui a profondément changé depuis la seconde guerre mondiale. Elle a en effet été quasiment entièrement détruite par les bombardements allemands. Elle a ensuite fait l’objet d’un très grand plan d’urbanisation révolutionnaire pour l’époque et qui a gardé son atmosphère  un peu étrange, toujours innovante  encore maintenant. Le Havre pris au sens large, Sainte-Adresse incluse, est devenu un lieu très attractif pour des Parisiens stressés en recherche de vibrations maritimes et ceci à deux heures de la capitale.

Blog 2011.11.24 046 Le marché de l’immobilier y est en conséquence florissant, le projet du Grand Paris ne faisant qu’accentuer la pression sur le littoral. La marche, la course, le trottinement aux pieds de son ou de ses maîtres, sans oublier le léger dandinement des mouettes sur le sol continuent à donner vie au littoral. Le Front de Mer est profondément le lieu privilégié de la rencontre entre le monde de la mer, de l’air et celui de la terre, dans le cycle long du temps et celui toujours imprévisible du changement.    

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Pour suivre le chemin

. Aller au Havre et pousser jusqu’à Sainte-Adresse pour découvrir le Front de Mer : c’est un endroit fabuleux.  Voir le site bien fait de la ville  et qui donne envie d'y aller sur http://www.ville-sainte-adresse.fr/decouvrir/ville-et-habitants/histoire/

. Surtout consulter régulièrement la très belle collection de cartes postales anciennes de Sainte-Adresse sur le site participatif http://dionysiens.free.fr/ dans une très bonne présentation des cartes grandeur nature.

  . Pour avoir une idée de l’importance du Front de Mer dans l’histoire, voir aussi 76 Actu, le site des Archives municipales  http://www.76actu.fr/patrimoine-le-front-de-mer-entre-guerre-et-bains-de-mer_37787/ 

Sainte-Adresse-mer-Descente-Oiseaux-Bateaux-063

. Photos Elisabeth Poulain, avec mes remerciements à Dionysiens.free.fr pour la carte postale de la sente Alphonse Karr , à retrouver dans l'album photos "Mer-Eau" sur ce blog.

.Lire sur ce blog, concernant la marche en ville   Lignes & Couleurs de la Ville > Le Havre > Les Conteneurs à Etudiants  et MAP > Marcher Angers Penser > Traverser > Partager par la Parole

 

 

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Le Havre > Les Conteneurs à Etudiants > Les Lignes & Couleurs de la Ville >

17 Octobre 2013, 10:34am

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre en commençant par les "boites", les boxs. Je vais vous parler des conteneurs empilés sur trois hauteurs par la ville pour servir de logements à des étudiants dans la zone portuaire du Havre, en mettant l’accent sur les formes, les lignes et les couleurs. Pour cause de limitation à 70 caractères du titre, j’ai dû modifier l’intitulé « les conteneurs pour étudiants » et le remplacé par « les conteneurs à étudiants », une façon peu élégante de parler, mais qui apporte peut-être aussi quelque chose en plus, avec son petit côté de « boîte à sardines. »  Ce qui n’est pas le cas, je le précise tout de suite.

 

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Le site dans l’ancien quartier portuaire.Il est particulièrement bien choisi dans un lieu qui a gardé sa nature portuaire, faite de rigidité et de lourdeur. C’est devenu maintenant une nouvelle zone résidentielle appréciée, avec vue directe sur les bassins et la mer, immeubles haute qualité environnementale et des quais transformés en parc urbain. Dans le fond, on voit toujours le port, avec ses entrepôts aux toits arrondis et surtout de l’autre côté du bassin Vétillard des murs impressionnants de couleurs différenciés des conteneurs maritimes selon la compagnie à laquelle ils appartiennent.

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La résidence  A’Docks pour étudiants. Elle est située idéalement au point de jonction  de la fin de cette nouvelle zone résidentielle (Quai de la Marne) et le début de la zone ancienne des entrepôts (Quai de la Gironde), avec au fond le bassin Vétillard. Implantés sur deux lignes parallèles et quatre niveaux, en comptant le sol, les conteneurs-logements de 40 pieds sont décalés les uns des autres pour éviter  l’effet bloc. Du coup ceux qui ne sont pas en première ligne bénéficient de balcons, avec vue sur le bassin. Ceux qui sont placés en arrière ont vue sur la ville et sur les anciens entrepôts qui s’appellent maintenant les Docks Vauban depuis la grande opération de rajeunissement menée par Bernard Reichen. D’où le nom de A’Docks donné à la résidence un peu éloignée des « Docks » de l’autre côté face à la ville, mais qui a le mérite de surfer sur l’humour. 

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Un « jardin fluvial » a été implanté tout du long du bassin, pour unifier cet espace vide entre eau, voierie et bâtiments et  redonner vie à ce site portuaire qui était très actif. Sa dénomination première de l’Agence Obras lui convenait mieux qui parlait d’ « un parc portuaire ». Il joue beaucoup sur les lignes et utilise un mobilier urbain très raide pour meubler cet espace d’une façon contemporaine. Il faudrait le voir aux beaux jours. A mon goût, le jeu des lignes au sol aurait amplement suffi à animer le site. Un port est toujours un espace de plein et de vide, un vide qui se remplit et se vide à nouveau, avant de vivre un nouveau cycle portuaire ou urbain...   

    Blog 2011.11.24 182

Les vrais conteneurs ne sont guère loin. Il suffit de traverser la place pour se trouver devant le bassin Vétillart, face à un mur gigantesque de conteneurs qui portent les couleurs de leurs entreprises propriétaires, des vrais cette fois-ci. On aperçoit en arrière une des deux grandes cheminées de la Centrale EDF implantée plus près de la mer.    Blog 2011.11.24 183 

Et c’est alors qu’on se surprend à regretter un tantinet les couleurs si ternes de la résidence étudiante. Ce ne sont pas les petits panneaux de verre coloré en vert ou en bleu qui changent l’aspect global un peu triste de l’ensemble. Ils  ornent une partie de la baie avant des conteneurs étudiants avec vue sur les installations portuaires. Certains disent là-bas que les conteneurs ont l’aspect du Havre un jour de pluie du début de l’hiver. Il aurait suffi de jouer l’effet-temps sur la couleur grise, en variant les teintes.  

Blog 2011.11.24 166

L’univers des lignes. Un port est par nature un assemblage extrêmement complexe de lignes et de forces. Il manque dans les clichés que je vous présente des grues qui auraient donné la hauteur à voir. C’est bien pourquoi j’ai apprécié la présence des cheminées de la centrale EDF. La résidence étudiante a ceci d’intéressant qu’elle sur-joue le jeu du graphisme  industriel, avec des verticales, des horizontales et des obliques, des pleins et des vides, des baies et des parois métalliques…. Le mur de conteneurs est presque aussi attractif, en comparaison à cause de ses couleurs, dont certaines sont usées par le temps. Un jeu chromatique un peu plus large et chaud soulève des émotions précieuses, surtout quand le temps est au gris et qu’il fait frisquet.

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Pour les constructeurs, le recours à des conteneurs n’a pas été facile tant les contraintes réglementaires sont fortes en France. Les neuves qui ont été utilisées au Havre ont été fabriquées en Chine, tout comme c’est de Chine que viennent la majorité des conteneurs en exercice qui attendent d’être réutilisés au cours d’un transport maritime. Quant à leur insertion dans les paysages au Havre, elle s’est faite tellement bien que les conteneurs manqueraient s’ils n’étaient plus là des deux côtés de l’eau. Il reste seulement à savoir ce que pensent les étudiants de leur « home, sweet home ».

Pour suivre le chemin

Le Havre, plan, Résidence U A'Docks, Agglo-Le Havre 

.Crous Le Havre, Résidence A'Docks, Rue des Chargeurs réunis, 76600 Le Havre http://www.crous-rouen.fr/component/jea/?id=45 

. A retrouver sur  http://fr.mappy.com/plan/76310-sainte-adresse#/2/M2/Lp/TSearch/S76310+sainte-adresse/N151.12061,6.11309,0.13701,49.48294/Z10/  sur une carte où ne figure pas encore la résidence près de la Place Carlier (arrêt de bus) 

. Voir le site officiel de la ville du Havre sur http://lehavre.fr/  et http://www.docksvauban.com/W/do/centre/alaune  

. Pour « le jardin fluvial et/ou le parc portuaire », de l’Agence Obras, voir la fiche et les photos sur http://www.caue76.org/IMG/pdf_Fiche_obras.pdf  et http://www.paysages.net/projets/fiches_projets/paysage/p_HVR.htm

Blog 2011.11.24 184

. Voir un site intéressant, très riche en photos, sur « Le Havre patrimonial » http://imagesduhavre.wordpress.com/2134-2/les-photos-les-plus-regardees-du-havre-patrimonial/   avec aussi  des clichés du port et une vue par satellite.

Blog 2011.11.24 163 

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album-photos "Mer-Eau" sur ce blog. Le plan est issu de la carte "Le Havre, Métropole Maritime, Laissez vous guider" de l'Office du Tourisme de l'Agglomération havraise. Le point au feutre rouge indique la résidence et le trait rouge de l'autre côté du bassin Vétillard le mur de conteneurs maritimes en usage  

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N comme Nana > Moi, Bernadette > Le Lapin souriant aux Lèvres rouges

15 Octobre 2013, 10:46am

Publié par Elisabeth Poulain

Moi, je suis Bernadette. Ca, j’en suis sûre. Quand on nous a demandé en atelier « peinture » à chacune, chacun de faire son auto-portrait, moi j’ai fait le lapin souriant aux lèvres rouges sur fond rouge. Et quand Martine, la prof a dit non – elle ne veut pas qu’on l’appelle comme ça - prof d'abord et arts plastiques aussi – un truc qu’elle nous explique à chaque fois, et que nous on ne pige pas, mais on la laisse faire, les profs, c’est bizarre parfois. Eux disent que c’est nous, nous en pensons pas moins. Bon, on ne va pas partir dans ces discussions sans fin.

Je suis là pour vous parler de mon lapin.Il est content de vivre, souriant jusqu’aux oreilles, au point qu’il a fallu que j’en fasse une autre, de quoi ?, mais d’oreille pardi. Du coup, le lapin a deux oreilles souriantes comme des pétales de tulipe qui penchent vers le bas et une oreille sérieuse, celle qu’on voit à gauche sur « mon œuvre » qu’ils disent, à l’atelier.

Bernadette, Auto-Portrait, le lapin souriant aux lèvres rouges

Et je vous dis que c’est à droite pour les oreilles souriantes pour que vous ne vous trompiez pas. Je ne suis jamais sûre parce que si c’est à droite comment est-ce qu’elle, l’oreille, peut-être à gauche ? Comme je ne veux pas me fâcher avec tous ces profs qui savent mieux que nous ce que nous pensons, disons et faisons, je les laisse dire et j’applique mon truc à moi. Mon TAM c’est que les oreilles souriantes sont à droite sur le papier quand j’y mets de la couleur et à gauche quand je touche la mienne avec la main gauche ou droite. Zut, je ne sais plus de trop…

Revenons à mon lapin avec du rouge. Il n’avance pas vite avec les mots. Pourtant avec le pinceau, j’ai peint à la vitesse d’une fusée ou presque. En fait, c’est pas vrai, j’ai eu du mal. Le démarrage a été un peu dur. Regardez le fond dessous ; il y a du bleu clair, du vert cuivre, du gris, du marron et beaucoup de blanc par-dessus parce que cela ne me plaisait pas. Pourtant la prof disait « mais Bernadette, avance, ne gâche pas la peinture, non, tu n’auras pas une nouvelle feuille de papier, pas la peine d’essayer de me faire les gros yeux ou ces yeux de chien triste, non, c’est non, non et non. »    

Alors j’ai boudé, mais vraiment. Tous les autres, les autres comme moi, ont dit à la prof « cette fois-ci Bernadette boude, oh c’est pas bon ça, pas bon du tout » et l’orage a commencé à gronder dehors, avec la pluie qui frappait les carreaux. Tout l’atelier s’est mis en arrêt  et moi, je disais « je veux du rouge, du rouge, du rouge, encore du rouge ». Et tout l’atelier a commencé à chanter avec moi « Ber-na-dette-elle-veut-du-rouge-pour-son-lapin-rouge…»

Finalement, je n’ai pas eu le temps de tout  refaire en rouge. Quelle tristesse ! J’ai commencé par mettre du rouge tout autour pour faire croire qu’il était rouge. Mais ça n’allait toujours pas, alors j’ai demandé à Annick, ma copine au Centre, ce que je pourrais bien faire pour le rendre joyeux, mon lapin. Elle ne savait pas. Il faut dire qu’elle n’a pas beaucoup d’imagination. Ses mains ne lui disent rien et ses yeux n’ont aucune « vision artistique », selon Martine. Par contre, elle a des lèvres, des lèvres qui parlent tout le temps, au point que la prof lui dit toujours « Annick tu es là pour dessiner et peindre, pas pour papoter, tes lèvres sont un vrai moulin à paroles ».

Bernadette, Auto-Portrait, le lapin souriant aux lèvres rouges 

Et ce jour là les lèvres d’Annick étaient d’un rouge magnifique justement comme celui que je voulais pour mon lapin. Et vous savez quoi, comme la prof n’a pas voulu me donner du rouge, c’est Annick qui m’a prêté son rouge à lèvres, juste un peu, qu’elle m’a dit. Moi, j’aurai bien voulu refaire le tour sur l’autre rouge. Mais elle n’a pas voulu. Bon, d’accord je lui ai dit. Mais j’ai eu un mal fou à lui redonner son tube…

Pour suivre le chemin

. Le dessin existe bien, Bernadette aussi et tout le reste est entièrement inventé.

. Il a été acquis à Rablay sur Layon au Village d’Artistes  http://fr.wikipedia.org/wiki/Rablay-sur-Layon#La_maison_de_la_D.C3.AEmeet http://www.rablaysurlayon.com/index.php?module=pagesetter&func=viewpub&tid=1&pid=10 

.Voir la série des "N comme Nana "et des "Rouges" sur ce blog

. Photo Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album-photos "Genre" et certainement pas dans "Bestiaire"! 

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Photos > Mc Do, la Statue de la Liberté & le Flambeau > Rouen Barentin

12 Octobre 2013, 18:13pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Des photos presque sans paroles, mais avec quelques mots quand même, si non, ce serait trop dur de les envoyer dans le vaste monde sans un petit mot d’encouragement de ma part.

Le lieu. C’est à Barentin, au Nord-Ouest de Rouen, vraisemblablement le samedi, quand tout le monde fait ses courses hors la ville, au même moment dans des zones commerciales bondées de voitures, pour cause de développement durable.

  Mc Do, Statue Liberté, Arrivée,1, Rouen, Barentin             

Le temps. On était au mois de novembre par un temps superbe d’arrière-saison, comme on en a parfois, souvent ( ?) en Normandie. On se serait cru alors plutôt fin septembre après les grandes marées.

Le déclic. Il s’est fait à l’arrivée dans la zone. L’encombrement m’a permis de voir la Statue de la Liberté sur un rond-point un peu plus loin. J’ai sorti l’appareil et commencé à prendre un cliché de loin, puis deux…   

 Mc Do, Statue Liberté, Zavatta, 2, Rouen Barentin

Le cirque Zavatta. Il y avait un grand clown qui s’appelait Achille Zavatta ; il était membre d’une grande famille du cirque. Lui n’est plus. Le cirque a dû bien changer mais l’aventure continue, avec cette habitude héritée du XIXe siècle d’annoncer son arrivée par des panneaux multiples et variés, qui fleurissent sur la pelouse comme les tulipes de Hollande en Hollande.

 Mc Do, Statue Liberté, 3, Rouen Barentin      

L’approche. Je commence à voir l’enseigne du restaurant Mc Donald légèrement sur la droite en arrière de la statue. Y-aurait-il un lien entre les deux ?  

De l’humour Mc Do ? Du mécénat?     Une idée commence à germer dans mon esprit : et si c’était Mc Do qui nous annonçait l’Amérique vue du loin, comme si les émigrants du Mayflower avaient pu être accueilli ainsi ?  Une proposition bien propre  à séduire les collectivités diverses et variées, très ouvertes sur la culture et qui ont leur mot à dire dans la gestion de l’espace public d’une zone commerciale à haute fréquentation. La preuve, la statue est là.Mais c'est juste une idée, sans certitude.

  Mc Do, Statue Liberté, 4, Rouen Barentin

C’est le flambeau qui attire mon regard.La statue oui, mais plus certainement le flambeau avec à sa hauteur le panonceau Mc Do, qui n’est guère loin. La voiture avance. Oui, ils l’ont fait. Ca y est, c’est fait, la rencontre a lieu, la voiture continue doucement à rouleur.      

« STOP » ai-je crié à ma conductrice préférée. La Statue de la Liberté porte de son bras levé le panonceau Mc Do en lieu et place de la torche qui éclaire le monde.

Mc Do, Statue Liberté, 5, Rouen, Barentin 

Le rond-point arrive. La statue redevient une copie en polyesther de l’œuvre conjointe du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi, de l’ingénieur français Gustave Eiffel et de l’architecte américain Richard Morris Hunt pour célébrer l’amitié franco-américaine. Elle atteint quand même ses 13,5 mètres de haut. Sa présence ici sur cette butte de terre en surélévation  n'est pas un hasard. Elle est due à la volonté du maire à qui cette statue a été donnée par Gérard Oury. Il l'avait fait faire pour son film, Le Cerveau (1973) avec Bourvil et Belmondo. Barentin possède 160 statues de sculpteurs,dont certains sont célèbres comme Auguste Rodin, Paul Belmondo (le père de Jean-Paul), Antoine Bourdelle...

Mais ça, je l'ai appris plus tard, tant j'ai été intriguée par la présence de cette "Liberté éclairant le monde"!     

 

Pour suivre le chemin

. Plus que quelques informations, sur la statue de la Liberté à l'entrée du port de New York, avec de belles photos sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Statue_de_la_Libert%C3%A9 

. Voir aussi Barentin, avec son fabuleux viaduc sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Barentin_%28Seine-Maritime%29

. Dernières nouvelles: la Statue de la Liberté ré-ouvre demain dimanche 13 octobre 2013 ses portes à New York malgré le « shutdown » (blocage des finances US)  

. Photos Elisabeth Poulain à voir dans l'album "Mc Do" sur ce blog

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La Garde de l'Yser dans la Boue et l'Eau > Les Chemins de Bois > Guerre 14-18

11 Octobre 2013, 19:42pm

Publié par Elisabeth Poulain

Je reprends le titre de l’article de l’Illustration en date du 17 février 1917. Les historiens préfèrent  maintenant  parler du « Front de l’Yser ». L’un ou l’autre titre ne traduise pourtant pas la réalité physique de cette garde ou de ce front. On garde un bien tangible qu’on peut saisir dans la main ou toucher s’il s’agit d’un mur d’enceinte par exemple. Dans le cas de cette petite rivière, il s’agit de veiller à ce que l’ennemi, les troupes allemandes, ne puisse atteindre la mer. Et c’est l’eau qui a servi de défense horizontale toujours mouvante et changeante. 

Inonder les terres basses de l’Yser, situées en dessous du niveau de la mer fut la  solution proposée et mise en œuvre par le marinier-éclusier belge, Henri Geeraert, sur l’accord express d’Albert Ier, roi des Belges. L’éclusier dut ouvrir par trois fois les écluses de Nieuport, proches de la mer du Nord, pour arriver à inonder la zone  que ne devaient pas franchir les soldats allemands. L’objectif, qui était de les empêcher de passer sur la rive ouest et de là passer en Angleterre et en France, fut pleinement atteint et ce jusqu’à la fin de la guerre. Au cours de cette période, deux percées allemandes furent très vite repoussées. 

L’article de l’Illustration signé par L. Dumont-Wilden. Il est remarquable, très complet, très bien documenté, précis et en même temps retenu. Nous sommes en 1917, cela fait maintenant trois ans que la guerre dévaste toute cette zone fragile de polders, du fait de sa mixité terre-eau, à la terre riche et grasse avec « des champs les mieux cultivés du monde ». L’inondation a fait ressurgir l’eau là où sa présence avait été canalisée, optimisée, repoussée là où il le fallait, à coup d’un travail incessant de générations d’hommes directement impliqués dans les missions des « wateringues ». L'eau a certes bloqué l’ennemi. Elle a aussi rompu les équilibres naturels entre la terre et l’eau, l’eau douce désormais devenue salée. Elle a coupé les sentiers, désorganisé les liens entre les hommes et les liaisons de toutes sortes. « Le beau jardin de Flandre est aujourd’hui pareil aux marais qui arrêtèrent les légions de César ».  

La terre était une éponge gorgée d’eau. La guerre de 1914-1918 a été une guerre de tranchées, avec des tranchées qui se remplissent de l’eau de la pluie qui tombe en abondance dans ces régions océaniques. Mais il n’y a pas que cette eau venue du ciel. Sur le front de l’Yser, il y a eu aussi l’eau qui sourdait du sol. Entre les deux, il y avait les soldats qui devaient sans cesse refaire les tranchées, colmater les parois autant que faire se pouvait, lutter contre l’eau et le froid tout en assurant leur mission.  

Il s’agissait d’une vraie question de vie ou de mort. Les hommes étaient fatigués. Ils avaient froid. Ils étaient toujours mouillés. Ils vivaient littéralement dans la boue et l’eau. Cela faisait maintenant trois ans que le pays était inondé. Il avait fallu parer au plus pressé et en particulier faire une nouvelle cartographie en repérant les voies encore utilisables par les charrettes tirées par des chevaux pour acheminer les hommes et le matériel. Tout en créant sur place aux postes de guet et aux autres points stratégiques des chemins de bois pour le passage des hommes, des fournitures de guerre et leur approvisionnement.  

Des chemins de bois furent installés par le génie belge pour répondre à tous ces besoins. Ce travail vital pour la défense du pays fut très lourd à effectuer et sans cesse à refaire, comme on peut l’imaginer dans un pays en guerre, contre l’armée allemande bien plus  forte en nombre que l’armée belge avec l’aide ponctuelle  des alliées. Outre cette dimension logistique et militaire,  il fallait rassurer les populations et les forces alliées sur la solidité du front avancé belge.

Des photos furent prises l’hiver par le service photographique de l’armée belge à cet effet. On y voit des soldats bien habillés, avec des vêtements chauds d’hiver assurant « la garde de l’Yser ». Un seul cliché provient de l’armée française. Elle montre le général Lyautey, ministre français de la guerre, en visite sur le front belge.   

La-Garde de l'Yser-Guetteur-Zone-inondée-Ph-n°1

. 1. Le Ier cliché a toujours une importance singulière. Parmi les sept photos de l’article de  plus de  deux pages et demie de L’Illustration, il est celui qui donne le ton. Son nom est « Guetteur dans un petit poste de la région inondée ». Il  ouvre l’article en  montrant un guetteur abrité dans sa tranchée, accoudé contre la paroi revêtue de sacs de sable. On voit nettement une grande surface d’eau, avec une estacade menant à une ferme située dans le coin gauche.

La Garde de l'Yser-Convoi-Artillerie-Route-belge-Ph-n°2

. 2. Le second cliché de cette même page 138 donne à voir des fantassins marchant aux côtés des charrettes sur des routes recouvertes de boue. Des arbres bordent la route, à côté d’un fossé profond. Dans le fond, on devine une ferme. Il s’agit d’un « Convoi d’artillerie sur une route belge ». Son intérêt était de prouver que l’armée pouvait acheminer ce qu’il fallait là où il le fallait, si non les petits postes avancés n'auraient pu tenir. Qu'aurait pu faire ce guetteur seul devant l'ennemi,  sans l'aide en arrière d’autres hommes avec des chevaux, les vivres  et le matériel?

La Garde de l'Yser-Marche-difficile-Ph-n°3

. 3. La troisième photo en page 139 est intitulée « Marche difficile ».Deux hommes s’apprêtent à marcher avec chacun un pied sur la terre gelée et l’autre sur la piste en lattis –c’est la dénomination officielle de l’époque – que les soldats belges appelaient eux « un fond de bain ». On pourrait aujourd’hui dire que c'est un chemin de bois, parfois monté sur pilotis sur terre  et toujours en zone inondée.            

La garde de l'Yser-Sentinelle-Yser-Ph-n°4

. 4. La quatrième photo est certainement la plus forte. « Une sentinelle de l’Yser » est encore plus grande que la première ; elle occupe une pleine demi-page dans le bas de page 139. On y voit un soldat chaudement vêtu, sorti de casemate de sacs de sable, avancé sur la piste de lattis sur pilotis. Il regarde l’horizon de ¾ vers le haut gauche du cliché, avec sur sa droite une grange qui a conservé son toit de chaume et les pieds dans l’eau. Un long chemin sinueux de bois se déploie à la surface de l’eau entre la grange et l'abri. Des morceaux de bois d'un ancien chemin flottent à la surface.   

La Garde de l'Yser-Convoi-Artillerie-Route-belge-Ph-n°5

. 5. Le cliché, situé en page 149 est de dimensions modestes. Il est vrai qu’il est moins parlant, moins fort émotionnellement. Il aurait pu être pris en période de paix. Il montre « le ravitaillement par eau » grâce à une plate qui permet d’emprunter les canaux et de passer sur les ponts. Ce sont des paysans que l’on voit et pas des soldats. Dernier point, on ne sait pas si on est loin ou proche de la ligne de « Garde de l’Yser.  »

La garde de l'Yser-Général-Lyautey-Front-belge-Ph6

. 6. « La visite du général Lyautey, ministre de la Guerre français, au front belge. » C’est la seule photo française qui montre le grand homme de profil dans son manteau de couleur claire par temps de neige. Les pistes en lattis sont larges. On voit une réserve les gros tasseaux de bois encore « emballés », qui devaient peser affreusement lourd  à transporter. C’est là-dessus qu’on marchait sans vide entre les « planches » épaisses. Les poteaux ancrés dans le sol étaient de section ronde. C’était facile de les distinguer.

La Garde de l'Yser-Pompe-à-eau-potable-Ph7

. 7. La dernière photo est consacré à « une pompe (qui) ravitaille les cuisines en eau potable ». Le temps semble plus doux ; visiblement, il  a beaucoup plu. Tout est mouillé, dans ce pays rendu à l’eau salée. La distribution d’eau potable fut un réel problème, plus que la nourriture semble-t-il. Ce  fut une question grave. En effet on sait par les archives de guerre que les soldats souffrirent de la soif et  de malnutrition à plusieurs reprises, en plus du typhus qui fit des ravages en 1914 et 1915. La pénurie de nourriture commença en 1916 et fut accentuée en 1917. Comme le remarque Frédérique Rousseau, un universitaire français spécialiste de la guerre 1914-1918 ", le front belge était le plus malsain de tout l'Ouest".

On comprend mieux dès lors le choix des photos, en décalage avec le texte même s’il reste toujours mesuré. Le journaliste a tout axé sur la souffrance de la terre et le contraste entre l'avant-guerre souriante avec des roses trémières dans les fermes (!) avec la désolation bien réelle qu'il a vue sur place. Les clichés avaient pour objectif de tranquiliser tant les familles restées en zone occupée par les forces allemandes que le reste des Belges et les forces alliées, de façon sinon à rassurer, du moins à ne pas peser encore plus sur leur moral. Les soldats belges furent les seuls de tous les soldats alliés à n'avoir pas pu revoir leurs proches pendant toute la durée de la guerre. Ils y gagnèrent leur forte réputation de « ténacité »  lors de cette véritable guerre du Front de l’Yser ou de ce qui n'était alors que "la Garde de l'Yser" pour ne pas effrayer.

Pour suivre le chemin jusqu’à Ypres en retrouvant après le polder de l'Yser 

. Voir le récit de l’inondation volontaire du Front de l’Yser sur la proposition d’un marinier-éclusier et l’accord du roi des Belges        http://www.nbbmuseum.be/nl/2009/05/1000francs_battle-of-ypres.htm?lang=fr   

. Sur la situation des soldats belges sur le Front de l’Yser, lire le commentaire de Frédéric Rousseau, CRID 14-18, Université de Montpellier III, à propos  de la sortie de l’ouvrage « Des hommes en guerre, Les soldats belges entre ténacité et désillusion, 1914-1918 »  par Bruno Benvindo, Etudes sur la Première Guerre mondiale, bruxelles, Archives générales du Royaume http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/benvindo_rousseau.htm  

. Sur le Front de l’Yser, voir plus spécialement http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_de_l%27Yser#L.27ouverture_des_.C3.A9cluses

. Constater la violence des destructions causées par les bombardements allemands  plus loin dans les terres, à Ypres sur http://p3.storage.canalblog.com/37/88/1046708/79942024.pdf

. Lire l’étude très intéressante sur la muséification du paysage http://www.ryckeboer.fr/panofrag/index.php?option=com_content&view=article&id=2&Itemid=6&lang=fr

. Sur les wateringues belges, voir http://www.wateringue.be/fr/ ainsi que http://environnementwallonie.be

. Quelques mots sur L’Yser. C’est une petite rivière qui prend sa source en France, pour très vite passer en Belgique, en traversant des paysages de polders dans les deux pays,  avant bravement de se jeter dans la mer du Nord. Je dis bravement parce que son cours se situe  en dessous du niveau de la mer une bonne partie de son cours et surtout lorsqu’elle prend un coude à quasiment 90° pour enfin rejoindre la mer. Cette caractéristique n’est pas exceptionnelle sur cette côte littorale faite de dunes de sables et d’eau  entre le nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas.

. Photos Elisabeth Poulain à partir de L'Illustration du 17 février 1917. Les différences de coloris entre les photos viennent de la lumière, naturelle de jour pour les noires et celle de l'éclairage électrique pour les marrons. 

 

. Lire aussi le billet sur la reconquête de la rive nord de l'Yser qui suivit quelques mois plus tard dans   L'Offensive des Flandres, le Génie & les Passerelles de Liège, 14-18/17    

 

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