Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le Blog d'Elisabeth Poulain

La photographe Delphine Perrin, Kostar le magazine et l'étrange

8 Décembre 2012, 16:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre d’abord. J’aurais pu  d’abord parler de Kostar et de  Delphine Perrin la dessinatrice ensuite ou l’inverse. Quelques mots sur Delphine en premier. L’équipe de Kostar lui a consacré plusieurs couvertures de suite tant le choix a été difficile pour eux. Pour elle, non. Elle leur a proposé plusieurs créations et ils ont choisi. A mon avis, elle a choisi la bonne méthode. Elle imagine, photographie, retient ce qui lui plaît,   propose et laisse venir.

Présences2©Delphine Perrin 

Kostar se définit comme un magazine branché- c’est moi qui le dit - de cultures et de tendances pour Rennes, Nantes et Angers qu’ils (les hommes de tendances) présentent de façon fort diplomatique par ordre alphabétique ce qui fait que la petite Angers est citée en Ier avant les mastodontes de Rennes et de Nantes. A ces trois villes, je vois en consultant leur site qu’il faut ajouter La Baule. Pour les hommes, mon intuition s’est révélée affreusement exacte. Pour les quelques 16 hommes qui sont cités,  il n’y a que deux femmes et qui, horreur, sont placées au bas de la hiérarchie aux postes de secrétaire de direction et de styliste,alors que leur rôle est essentiel dans une revue.  Elles sont au coeur de l'activité. C’est peut être aussi une des raisons pour laquelle je trouve le magazine un peu étrange.  

Quant à savoir pourquoi je parle de l’étrange, c’est facile à deviner, parce que tant Delphine que Kostar sont un tantinet étranges et cet étrange-là m’intéresse, m’interpelle ou est tellement loin de moi que je devrais chercher un dico (dictionnaire pour le traducteur automatique) pour essayer de comprendre ce qu’ils disent. Une très mauvaise façon de faire. Il suffit seulement de sentir ce qui vous parle ou pas.

Delphine Perrin est photographe. Elle travaille en se prenant comme modèle partant de l’idée qu’on ne parle en fait toujours que de soi. Comme elle le sait, autant se prendre soi comme modèle avec l’avantage que le modèle est en phase avec le photographe qui  est derrière l’objectif. Ce qui à mon avis est plus facile à dire qu’à faire. Parce qu’il y a l’idée, les mots qui traduisent l’idée, le scénario à monter, la scène à sélectionner, l’actrice à motiver et à faire jouer juste ce que veut la photographe, le rendu, l’examen ultra-critique, quitte à recommencer…tout en gardant toujours et tout le temps l’œil incroyablement sévère de la professionnelle qui veut le juste « ça » et pas « un ça de n’importe quoi » qu’un-e autre quel-le aurait pu faire…  

On voit bien l'étonnante composition d'une photo entièrement pensée, avec cette atmosphère de nuit, une lumière jaune sur fond brun caramel, cette façade d'un petit bâtiment ouvert -des toilettes d'une autoroute? - qu'elle accole en inversant- alors que la silhouette de femme de face en côté gauche est aplatie au sol sur la face droite alors que rien d'autre n'a changé, il y a deux autres choses qui me frappent.

. L’une est sa volonté de se dire autre en jouant comme le ferait un acteur à qui on donne un rôle et qui est capable puisque c’est un rôle de théâtre d’être ce que veut le scénario. Jouer la crêpe à coller au mur, au plafond, par terre sur le bitume, pourquoi pas… . Mais oui, pourquoi pas ?   Son choix de photographe exclusive d’elle-même  pourrait être aussi  de montrer aux autres leur propre singularité à être des objets composant le décor. C’est pourquoi j’aime bien l’idée de la crêpe toute plate.Parce qu'une crêpe n'est jamais la même, qu'elle que soit la façon dont vous la regardez. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, un objet philosophique.   

. L’autre est sa maîtrise du mot  comme une obligation imposée aujourd’hui aux professionnels de l’image. Ils doivent être tout autant des penseurs qui écrivent pour que les mots frappent avant que la photo le fasse ou l’inverse, qui est tout aussi vrai. Alors que la photo est en soi un art complet que chacun raconte à sa façon. C’est la raison pour laquelle je ne vous dirai rien de ce qu’elle dit, elle. Pourquoi ? Parce que ce qu’elle dira, elle seule peut le dire, elle le dira à sa manière, en phase avec sa création, juste au moment juste.

Présences2©Delphine Perrin 

Quid de Kostar ? Son travail visiblement les a intéressés puisqu’elle a fait la couverture de 5 numéros de suite (28 à 31). Ce magazine gratuit est très structuré et très dense malgré son petit format. Jugez-en dans le n° 28, avec un billet sur l’esclavage, des bon trucs à manger type Slow Food, avec dans chaque numéro une pub Cointreau, le nouveau toit de la maternité d’Angers en rubrique Architecture, une pub pour les Transmusicales, Mélanie Laurent qui joue à la princesse, beaucoup d’objets sélectionnés à s’acheter ou à offrir par et pour des hommes, des rencontres autour d’un plat par trois restaurateurs Nhong Phong, Frédéric Pinhoro et Nicolas Bourget, un photo-reportage, … le mur vu par 4 graffeurs et beaucoup de choses jusqu’à faire une virée à Capri, après avoir mangé une huître Vendée Atlantique et vu un verre de Muscadet, une pub InterLoire…Ouf, il fallait bien ça pour siroter le tout et encore je ne vous ai pas tout dit  !

L’étrange dans tout ça. L’étrange est que je serai bien en peine de vous dire ce qui m’interpelle autant dans la photo de Delphine Perrin que dans Kostar, un magazine gratuit qui visiblement à trouvé et sut fidéliser son public, en ciblant le Grand Ouest français avec Capri, comme dimension internationale et site européen à visiter. Quand à la photo de Delphine, elle a ceci de remarquable qu'une fois qu'on l'a vue, une seule fois suffit, vous ne pourrez plus l'oublier. Elle est imprimée dans la rétine.

Pour suivre le chemin

. Delphine Perrin, photographe plasticienne, http://www.delphineperrin.com/ , avec mes remerciements pour l'autorisation de publier sa photo 

. Kostar, 2 ter rue des Olivettes, 44 032 Nantes cedex 1, France, www.kostar.fr Le magazine qui tire à 30 000 exemplaires, existe depuis 4 ans. Il est distribué gratuitement dans « les lieux de culture » en raison de son positionnement de « vitrine  de la création artistique et culturelle du Grand Ouest ». Retrouver le n° 28 sur http://www.kostar.fr/collection_kostar_issuu.html   

Voir les commentaires

L'Alliance du Grand Arbre et de la Petite Maison > Le Temps

5 Décembre 2012, 11:58am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un dessin à la plume en noir et blanc signé J. Estel, que j’ai trouvé à Emmaüs il y a un temps certain. La précision a de l’importance parce que le temps est certainement le thème principal du dessin. Toute la composition est curieuse. J’ai beaucoup hésité : devais-je vous parler de la petite maison ou du chêne en premier. Lequel des deux était le plus important ? Le temps est venu neutraliser l’importance de la question. 

Dessin J. Estel, Alliance de l'Arbre et de la Petite Maison, Collection Emmaüs

Au premier abord, l’arbre a certainement été le héros dominant. C’est d’ailleurs pour lui que j’ai acheté ce tableau entouré d’un cadre doré qui montre combien le propriétaire y attachait de l’importance, même si un cadre noir simple eût été préférable. Pour montrer la puissance de sa ramure, l’artiste a choisi de le figurer l’hiver.

J. Estel  a préféré dominer la ligne et le style plus que la couleur et le volume. Dans les deux hypothèses, il aurait été confronté à la lumière. Il a choisi de prendre celle de l’hiver quand le noir du tronc et des branches de la plus grosse à la plus petite se détache avec force sur le fond blanc où se mêlent ciel et terre. Garder la maîtrise du dessin pour obtenir un rendu qui allie à la force de l’ensemble la puissance de l’arbre jusqu’aux petites branches à la forme des petites maisons, surtout celle qui se « cache » derrière le tronc de l’arbre, voilà ce qu’il a voulu faire et réussi à rendre. 

Dessin J. Estel, L'alliance de l'arbre et de la Petite Maison,Collection Emmaüs

La dissymétrie  a été un autre de ses choix d’importance. L’arbre d’abord. En fait il y en a deux qui ont poussé ensemble, côte à côte pour n’en former plus qu’un au fur et à mesure de leur élévation, même si on arrive à distinguer qui est qui : le tronc le plus à gauche en bas est celui qui file vers la droite et l’autre fait l’inverse. Pour renforcer la complexité de la structure aérienne, le dessinateur a gardé la présence d’un autre arbre et de deux arbrisseaux sur le côté gauche en bordure du cadre. Une façon de montrer qu’il domine ce fouillis, lui ou les deux frères arbres au tronc blanc ? C’est une bonne question comme l’est celle de savoir de quel arbre il s’agit. Certainement pas d’un chêne ; la fin des branches ne se terminerait pas de cette façon très dense, comme des petits plumets. C’est peut être une façon de tracer une oblique qui part du toit de la maison la plus haute de droite, en survolant le faîtage du toit de la maison du milieu   vers  le haut des branches en arrondi de l’arbre de côté dont on voit à peine le tronc.  

On en arrive aux petites maisons. Celles de droite  sont situées au bord du chemin. Elles sont deux, ou plutôt on dirait qu’il y a une maison d’habitation dont il ne reste pour la première, la plus grande en avant que le rez-de-chaussée avec une porte défoncée. Le premier étage, le toit ne restent que pour montrer qu’ils ont existé et qu’ils ne sont plus. La grange en arrière a au moins gardé son toit et son étage. Dans le fond, on entre-aperçoit une maison blanche dans la perspective qui file vers le fond.

Dessin J. Estel, L'alliance de l'Arbre et de la Petite Maison,Collection Emmaüs 

La petite maison sous l’arbre devrait aussi s’écrire au pluriel, tant sa composition est curieuse. On distingue bien le toit recouvert de tuiles qui ressembleraient à des galets ronds. Il y a là un travail remarquable de finesse et d’attention. Contrairement à la maison d’en face, il n’y pas de porte. A force de scruter l’ensemble d’emboitage si complexe, on arrive à distinguer en partant de la gauche, un premier appentis, un second toit d’une extension de la maison, la maison elle-même avec son toit si lourd que le faîtage s’est profondément incurvé sous le poids des tuiles et par devant sur le mur une autre construction accolée. 

Le tracé minutieux du mur du bas, du toit et de la partie haute du mur de la maison principale est un tableau en soi, la partie certainement la plus intéressante. On dirait un paysage dans le paysage, avec tous ces petits trous dans le crépi ou ces traits obliques pour la partie basse  et ces troncs d’arbres à l’écorce blanche et noire, peut- être des bouleaux.   

Le dessin gardera son mystère. La seule conclusion, qui n’est pas une, est qu’il vaut mieux pour une petite maison dormir à l’ombre d’un grand arbre ou plutôt de deux grands arbres plutôt que de l’autre côté du chemin seule à côté de sa grange. Ainsi va la vie d’un dessin…

Pour suivre le chemin

. Lire « l’Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe »  L'Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe

. Voir la série des petites maisons sur ce blog, parmi les dernières parutions  Le Petit Chalet à foin posé sur des pierres plates, Les Alpes, Le Rat      La Hutte de l'Aborigène > 1920 > Une photo & + d'Herbert Basedow     

. Dans la collection "Emmaüs", voir Le bouquet de roses > Une aquarelle d'E. Gossin > Collection Emmaüs    Collection de peintures Emmaüs > La chaleur de la plage

. Photos Elisabeth Poulain

 

            

 

  

Voir les commentaires

Vallée du Loir > Durtal, son château, ses moulins > Val d'Argance

4 Décembre 2012, 11:57am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une jolie découverte, de celles qui font vraiment plaisir, offerte en surprise à ceux et celles qui écoutent une petite voix intérieure leur dire à l’oreille « ce samedi matin est un bon jour pour aller voir, revoir Durtal ». Il y a un je ne sais quoi dans l’air qui vous dit de remonter la vallée du Loir en dépassant Seiches au nord d’Angers, en allant un peu plus haut, guère plus, juste en dessous de La Flèche.

Durtal, sur le pont, vue sur le Château et le moulin

En fait, ce site sur le Loir est tout à fait stratégique à plusieurs titres. Durtal était une des Portes du Comté d’Anjou au nord, un passage obligé pour ceux  qui venaient du Mans (Comté du Maine) ou voulaient s’y rendre, un lieu à protéger militairement grâce à un château féodal impressionnant et franchement défensif. Nul ne peut en douter quand on est an bas des murailles. La présence sur ce site  d’un éperon rocheux a permis de hausser le château au plus proche de l’eau de la rivière « Loir »  et de gagner en visibilité pour surveiller l’avancée de  l’ennemi, venant du Nord (Le Mans) ou du Sud par la grande forêt de Chambiers au Sud, en direction d’Angers.

Durtal, Le Loir, vue du pont aval

 

Pendant des siècles, ce château, qui n’a jamais eu à subir d’assaut si ce n’est ceux du temps, de la Révolution et de ses différentes fonctions (maison de retraite avant d’être racheté), a fait de l’ombre au village qui s’est d’abord développé dans l’enceinte même puis aux pieds de ses contreforts en rive droite puis en rive gauche. L’histoire, qui a peu parlé des Durtalois et encore moins des Durtaloises, cite toujours ceux qui y ont séjourné le moins longtemps, les hauts personnages de sang royal, Henri II, Charles IX  et Catherine de Médicis…invités par le châtelain, le Maréchal de Vieilleville, François de Scépeaux, comme c’était alors une des obligations des nobles de haut rang. C’est la raison pour laquelle, la chambre qu’a occupé, fusse une nuit seulement un des rois de France, s’appelle pour l’éternité « la Chambre royale ».    

Durtal, le Château, la façade principale, après la traversée du pont

La route nationale allant d’Angers, via la Flèche, vers Le Mans passe en bas du l’impressionnant édifice pour franchir le Loir par un vieux pont à l’endroit le plus resserré, connu sous le nom du « Verrou de Durtal ». C’est à cet endroit que le vieux pont à cinq arches a été édifié en 1750 sur une levée pour remplacer le pont ancien en bois, qui subissait des dégâts régulièrement à chaque crue du Loir.

Car le compagnon inséparable du château de Durtal, à la fois ennemie par la puissance de ses débordements annuels et ami pour l’abondance de son débit, est l’eau du Loir. C’est une des rivières de France qui a conservé le plus de ses vieux moulins, qui ont fait sa richesse, en lien avec la terre généreuse pour fournir le blé à moudre pour le pain et faire paître les vaches pour le lait, la viande et le cuir. Des importants travaux de régulation du cours furent entrepris au cours des siècles.

Durtal, la Tour nord, des maisons à gauche, l'église à droite

Presque logiquement, un port s’est établi en face du château, au pied du pont cette fois-ci, dans des prairies humides drainées par des canaux, qui est maintenant devenu le quartier Saint-Léonard. Le chemin de promenade conseillé par l’Office de Tourisme préconise d’ailleurs de commencer par en bas, en rive gauche pour découvrir l’amplitude du site qui fait plus que servir d’écrin au château.

Durtal, le Château, la cour intérieure de face, vue de l'entrée

Pourtant c’est par la pierre que, carte à la main, que nous avons poussé notre découverte, en tournant en bas autour du château, pour voir comment s’insérait les maisons, entre ruelle et escalier, vieil habitat dans la rue du Maréchal Vieilleville et magasins proches. La montée par l’escalier nous a attiré, entre le château à gauche et à droite l’église romane Notre-Dame qui faisait partie du château. L’arrivée sur la Place des Terrasses permet d’avoir une belle vue sur le panorama. Après avoir pénétré dans la cour du château, nous avons franchi la Porte Verron qui fermait la vieille ville au nord.

Durtal, Place des Terrasses, Porte Verron

La découverte de la fin du Val d’Argance a consisté le point fort de la découverte du site, le long de la ruelle de La Sablonnière, avec toujours en ligne de mire, la tour la plus haute du château. Ce fond  de vallée a été comblé à la fin du XXe siècle et l’Argance, l’affluent du Loir  qui en avait fait son lit, est maintenant canalisée en un chenal étroit au cours  sinueux d’antan et  rectiligne récemment. L’endroit est charmant avec ses berges où pousse librement l’herbe, des jardins potagers enclos au centre, des ruelles parfois encore bordées de hauts murs où sont entretenus des mini-jardins de rue avec des roses trémières et d’autres fleurs. La promenade au départ est placée sous le signe de la boule de fort sur le côté gauche en avançant vers le site de La Sablonnière.

Durtal, Ruelle de la Sablonnière 2, l'Argance ruisseau à gauche

Le point culminant et le plus éloigné de la Tour du Château se nomme la Sablonnière. C’est un endroit au vaste panorama dont les bâtiments agricoles ont été conservés. Il en reste une longère constituée de plusieurs ajouts successifs et, séparée par un chemin, une grange avec trois belles portes à la voute cintrée, avec un escalier en extérieur pour rejoindre le grenier.

Durtal, La Sablonnière, Annexe, face latérale avec escalier

De là, on redescend vers la seconde partie de la ruelle de la Sablonnière, pour arriver dans la rue du Général Oudri avant de traverser la nationale qui porte le nom de la rue du Maréchal Leclerc tout en prenant une photo du Château entouré de la ville.   

Durtal, Ruelle de la Tour, avant de franchir le Loir

C’est  par la ruelle de la Tour qui fut cédé par le châtelain aux lavandières pour y laver le linge que l’on retrouve la rivière, avant d’emprunter la passerelle sur laquelle passe le GR  pour rejoindre la prairie Saint-Léonard. Un sentier en arrondi permet de rejoindre la rue juste avant le pont, en voyant le lavoir en guise de dernier plaisir avant de quitter Durtal.

Durtal, rive droite, au bord de la passerelle du GR, vue sur les moulins rive gauche

Pour suivre le chemin qui mène à Durtal .

http://www.ville-durtal.fr/liaison-douce-du-val-dargance.html

. Si vous le pouvez, allez à l’office du tourisme face au château, juste après le pont quand vous arrivez d’Angers et demandez le petit livret « Durtal, Ville d’Eau, Ville de Pierres, Ville de Découvertes ». Le sentier d’interprétation qui y figure avec une carte vous détaille d’une façon à la fois claire et concise les points à voir. La balade commence par le circuit de l’eau, c’est-à-dire par la rive gauche, alors que nous avons choisi le circuit de la pierre. C’est le même mais dans l’autre sens ! Il suffit de ne pas se tromper dans les chiffres ! Du coup, ça  vous oblige à mieux regarder et la plaquette et le paysage. Juste une petite remarque: lors de la prochaine édition du livret, il serait utile aux promeneurs d'avoir une indication sur la distance à parcourir entre deux séquences et le temps approximatif, de façon à ce qu'on puisse adapter la balade au temps disponible.    

Durtal, rive gauche, le pont, le lavoir, le château

. Lors des Journées du Patrimoine en septembre, demandez aussi la fiche  concernant Durtal,  les Rairies et la grande forêt de Chambiers proche. Vous trouverez aussi un dépliant plié en 3 sur le château, qui est ouvert à la visite et qui offre des chambres d’hôtes : à voir sur www.chateau-durtal.comet contact@chateau-durtal.com 

Voir aussi http://clipclapvideo.over-blog.com/article-le-chateau-de-durtal-49-un-palais-sompteux-aux-portes-de-l-anjou-109473358.html

http://www.ajpn.org/commune-Durtal-49127.html

Durtal, carte Office du Tourisme, sentier d'interprétation 

. Consulter le Petit Futé, Vallée du Loir, qui cite le château en page 18 et replace la ville dans son contexte géographique en page 166 en plus de trois pages. C’est la présentation la plus complète que j’ai trouvée, complémentaire de celle présentée par la ville sur son site et qui est focalisée sur la ville.

. Photos Elisabeth Poulain. Voir les autres photos dans l'album "vallée du Loir". La carte est extraite du livret. Mes remerciements pour la carte.   Skouame a publié sur Wikipedia de très beaux clichés sur Durtal.

Voir les commentaires

La Flèche > L'Hôtel Huger > Jean-Jacques Pigeon > L'Art global

3 Décembre 2012, 12:57pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un drôle de titre à traduire d’urgence. Ce billet parle d’une exposition réalisée par l’artiste Jean-Jacques Pigeon pendant l’été 2012 à la Flèche sur Loir à l’Hôtel Huger. L’art global désigne la prise de possession par ce créateur d’un bâtiment ancien du début XVIIIe siècle, vidé en totalité de tout mobilier. Seuls restent alors la structure, des murs, des fenêtres, des portes, des plafonds, des sols, des escaliers, le jardin, la cour et ce qui unit tout ça, l’air, la lumière, l’espace et les volumes dans une architecture classique français très équilibrée.

Blog Durtal 20120901 385

L’hôtel est situé dans une petite rue dont l’étroitesse empêche de prendre une photo entière de la façade. L’habitat serré n’a pas suivi l’évolution statutaire espérée par le fondateur de l’hôtel au cours des siècles qui ont suivi, dans une ville à l’identité plurielle. La rue ressemble à la ville, au sens où La Flèche est elle aussi dominée par un ensemble patrimonial incroyablement fort, le Prytanée militaire,  dans cette petite ville d’un peu plus de 15 000 habitants. L’habitat est édifié en continue en bordure de la rue, les jardins sont en arrière.

C’est par le proche imposant peint en couleur bleu« Ile de Ré » que commence la découverte de l’hôtel et de sa cour intérieure.  

Hôtel Huger, Jean-Jacques Pigeon, L'entrée, La Flèche2012L’entrée, les fenêtres et la couleur qui masquent l’ouverture sur le jardin. La rencontre se fait dès l’entrée où se trouvent une petite table et un présentoir pour l’exposition.

L’escalier apparaît en majesté avec sa belle rampe ouvragée, qui part à l’assaut du haut Ier étage. L’usure des marches atteste d’une longue période d’usage.

 Blog Durtal 20120901 353-copie-1

C’est vers la droite que je me dirige dans la pièce proche du jardin. La porte placée près du mur du jardin me conduit vers les cercles qui constituent le premier panneau de brindilles conçu par Jean-Jacques Pigeon en dessinant des motifs symboliques en creux. Outre le cercle dans le cercle…, il y a le soleil et les trois fleurs de lys qui chapeautent les deux tours de la ville dans le blason de la ville.

Blog Durtal 20120901 354 

La salle d’apparat, à gauche du vestibule, constitue le cœur autour duquel se déploie l’hôtel. Elle bénéficie d’une double série de fenêtres sur le jardin et sur la cour. Pour elle, Jean-Jacques Pigeon célèbre la lumière éclate dans une débauche de couleurs venant du plafond, du sol, des fenêtres…

Blog Durtal 20120901 364     

Blog Durtal 20120901 363 

 Puis vient la chambre blanche en signe d’intimité d’une force éclatante. Ici l’artiste a choisi le blanc dans un volume restreint. Tout est blanc, mur, sol, plafond, fagots blanchis et néons assortis, au cœur d’un maelstrom contenu.C'est le moment le plus fort.

Blog Durtal 20120901 366

Blog Durtal 20120901 373

L’enfilade des portes tout au long de la façade côté jardin. Elle est impressionnante, tant elle unit les différentes ambiances des quatre espaces.

Blog Durtal 20120901 375

Blog Durtal 20120901 376

Les vues colorées sur le jardin cachent plus qu’elles ne dévoilent. On s’étonne de voir tant d’aération, d’ouverture alors que la ruelle offre la densité de la vieille ville.

Blog Durtal 20120901 379 

La sortie se fait par la cour  agrémentée d’une bignone vigoureuse à gauche et d’un évier en pierre blanche à droite. Je retrouve le bleu superbement assorti à la couleur de la pierre et à la luminosité du ciel. Dehors dans la ruelle, je me retourne pour voir à nouveau le porche, songeant à la réussite d’une telle emprise sans aucune fausse note d’un espace culturel habité  par un artiste qui s’est lancé totalement en occupant tout le volume, les surfaces, la lumière, l’ambiance ressentie, les lignes... Chapeau l’artiste et merci à Jean-Claude Launay, le mécène qui a racheté et restauré cet hôtel qui est un Monument historique inscrit pour faire vivre l'art!

Pour suivre le chemin

. L’artiste par lui-même sur http://jjpigeon.com/ 

. Sur ce blog, voir Regard en lignes, feuilles et couleurs de Jean-Jacques Pigeon, peintre

. Egalement sur http://www.webartsite.com/14accueil.htm 

. L’Hôtel Fuger sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%B4tel_Huger_de_Vernelles ; il est situé rue de Vernevelles, à la Flèche.

. Ne manquer pas de venir ou revenir à la Flèche, une ville  construite sur un site déjà habité au néolithique, à la frontière entre les Cénomans et les Andégaves à exacte distance du Mans et d’Angers ; elle a été la propriété des Plantagenets, du Comté d’Anjou et du Roi d’Angleterre... Il y règne une ambiance au charme provincial un peu désuet, très prenant surtout quand on s’enfonce dans la vieille ville. Dans le centre commerçant, on remarque les jeunes pensionnaires en uniforme bleu du Prytanée militaire tout proche qui se promènent. Les Fléchois ne les voient plus tant ils sont habitués à leur sortie en groupe, mais pas les touristes  qui les regardent avec une attention attendrie. Et quant à moi, on m'a demandé si j'étais étrangère parce que je prhotographiais des vieilles maisons avec leur devanture d'un autre temps!    http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Fl%C3%A8che

Voir les commentaires

La Frontière et l'Ile > La Belgique selon K. Pomian et Fabrice Montignier

29 Novembre 2012, 12:06pm

Publié par Elisabeth Poulain

Chacun sait qu’une bonne image vaut bien un long discours, un bon dessin dire plus qu’un texte pourtant très clair et bien argumenté. L’un ne remplace pas l’autre ; ils se complètent, s’interpellent, se  contredisent  ou partent chacun de son côté. L’important est qu’ils se côtoient dans un même espace restreint comme l’est celui d’une page du Monde (47cmx 32) où le dessin (19 x 17) est entouré par le texte, au centre de la page, comme une île dans son univers d’eau. Ici, ce sont des mots et un dessin.

  Le Monde, Article

Le titre de l’article « En Belgique, c’est l’Europe qui se joue » situe la problématique. Il s’agit de l’hypothèse de la partition du pays entre Flamands et Wallons analysée par Kzrysztof Pomian, philosophe et historien.  Neuf questions lui sont posées par le journaliste du Monde : 1 les conséquences pour l’UE de la crise belge, 2 Le  lien entre cette crise et la double nature romane et germanique du pays, 3 l’identité belge, 4 le fédéralisme belge, 5 la montée du régionalisme flamand en lien avec la montée en puissance de l’UE,  6 les dérives égoïstes, 7 la gouvernance de l’UE, 8 le rôle de Bruxelles, 9 l’hypothèse du rattachement de la Wallonie à la France. Quelques éléments de réponse sont donnés à la fin du texte, avant les notes.

Fabrice Montignier crée un dessin pour donner un autre éclairage aux propos très affinés du chercheur. Son idée est de représenter la Belgique sur un fond d’assiette   décorée en son centre avec une carte simplifiée. L’assiette est posée sur un chevalet qui trône lui-même sur un superbe napperon. La composition est encadrée par un pichet à gauche et un compotier rempli de spéculos – ce sont des biscuits belges - à droite. Le mur du fond est recouvert d’un papier peint avec des petites fleurs dans des ronds festonnés comme on en faisait en 1950. Tout est sombre de façon à faire ressortir la blancheur de l’assiette.

Frontiére-Belgique-fabrice-montignier 

Sa carte de la Belgique. On dirait une île flottante au fond de l’assiette. Le tracé des contours extérieurs est entouré de rouge foncé dont l’intensité s’atténue à mesure que l’œil s’éloigne. Rien n’est Indiqué, si ce n’est « België » - Belgique en flamand - sur le pourtour extérieur de l’assiette. Il n’y a plus de France, ni de Luxembourg, ni l’Allemagne. La mer a elle aussi disparu, comme s’il n’y avait plus de fenêtre sur la mer, le symbole de l’ouverture.

L’assiette est brisée en son milieu, comme le serait une vraie assiette recollée parce qu’on y tient. On sait bien qu’elle est cassée, mais comme on y tient quand même, on la recolle du mieux qu’on peut, en commandant à ses yeux de ne pas se focaliser sur la fracture. Celle-ci a un nom dans la réalité, c’est la frontière entre la Flandre et la Wallonie, en oubliant comme le plus souvent la troisième composante de l’Etat fédéral belge, les neuf communes germanophones à compétences réduites situées à l’est du pays.

La frontière indique clairement la brisureentre le nord et le sud dans un pays entouré de puissants voisins et qui n’a pas réussi lors de son indépendance à garder un accès franc à la mer pour son grand port, celui d’Anvers. La frontière   néerlandaise coupe en effet le fleuve à la sortie du port belge, de sorte  les navires venant de la mer du Nord ou sortant du port doivent naviguer dans les eaux du Pays-Bas. Au début du XVIIe siècle, le Comté de Flandres possédait encore la rive sud, comme on peut le voir sur la carte de 1608.  

Carte-Flandre-1609-Image-remarquable-2008-Wikipedia 

La devise nationale du royaume de Belgiqueest « l’Union fait la force » qui se traduit en flamand par « Eendracht maakt macht » et par  « Einigkeit macht stark » en allemand. Les deux substantifs –Union et Force - indiquent bien la volonté des gouvernants de cimenter les liens entre les différentes communautés  justement parce qu’ils en connaissent la fragilité depuis 1830, l’année de l’indépendance du pays. On comprend bien l’importance de cette devise. On parle toujours de ce qui nous manque.    

Ce dessin préfigure ce que serait une Belgique présentée comme une île coupée en deux par une frontière qui risquerait de résulter de l’antagonisme entre les Flamands et les Wallons, chacune des deux parties entourées d’une frontière sans contact avec leurs voisins européens, avec l’obligation de devoir franchir une autre frontière quasi-maritime pour accéder à la haute mer. Pour l’heure, il n’y a pas encore de bordure rouge sur cette ligne de fracture…Maintenant regardez bien le napperon du graphiste: tous ses îlots de fil sont reliés entre eux par des liens qui forment la trame de solidité de l'ensemble. Qui aurait cru qu'une dentelle puisse jouer un rôle politique aussi fort!   

Belgique-Carte-frontières-régions-INED 

Pour suivre le chemin

. Quelques éléments de réponse indiqués par Krzystoszf Pomian au journaliste du Monde.

.  1 Les conséquences pour l’UE de la crise belge. La Belgique offre beaucoup de similitude avec l’UE ; elle en est une représentation à elle seule, Trois champs de comparaison. *Point n° 1 : c’est « une Europe en miniature » qui existe depuis le XIVe siècle, avec «ses frontières dessinées depuis le XVIIè siècle », qui a attiré tout le monde, sous forme  des Pays-Bas espagnols, puis des Pays-Bas autrichiens. *Point n° 2 : son multilinguisme offre également beaucoup de points de comparaison avec ce qui se passe actuellement dans l’UE. N’utiliser que l’anglais comme langue mondiale crée beaucoup de désordre, comme ce qu’avait fait en son temps l’élite francophone en Belgique en imposant le français comme langue mondiale.*Troisième point : la centralité de la Belgique depuis le Moyen-Age. En 1830, il a lui a fallu pas moins de trois géniteurs   (l’expression est de moi) – la France, l’Allemagne et le l’Angleterre-. C’est à Bruxelles qu’est située la capitale de l’Europe. Ce ne peut être un hasard.  

. 2 Le  lien entre cette crise et la double nature romane et germanique du pays. « La Belgique a rayonné sur l’Europe…La Belgique est un lieu de rencontre ». Au XVIIe, citons Rubens, au XIX James Ensor, René Magritte, Marcel Broodthaers, les architectes Van de Velde et Horta. C’est un lieu d’enseignement multiculturel…

. 3 L’identité belge. Pour le chercheur, elle existe vraiment. Il est arrivé dans le pays à 14 ans. C’est là qu’il s’est ouvert au monde. Ceci dit, « cette identité n’est pas facile à définir ». Elle est essentiellement basée sur « la culture du compromis ». Il n’est pas pensable pour l’historien que les Belges ne cherchent plus  à poursuivre ensemble une route qui leur a permis de partager la même histoire, quel que soit l’habit, « duché de Bourgogne, domination espagnole, révolution brabançonne contre les Français, Révolution française… ».      

. 4 Le fédéralisme belge. Il a permis de résoudre certains problèmes de coexistence pendant un certain temps. Le confédéralisme suisse montre aussi ses limites : aucun ne veut parler la langue de l’autre. On retrouve « l’urgence de la question linguistique » sur laquelle l’UE doit se pencher.   

. 5 La montée du régionalisme flamand en lien avec la montée en puissance de l’UE. Cet aspect pose la question du centralisme excessif depuis le milieu du XIXe siècle. Des états ont commencé  à procéder à des réformes de rééquilibrage entre l’Etat et les régions puis  l’UE s’en est mêlée, sans avoir de position claire sur ce point.   

 . 6 Les dérives égoïstes. La situation est tendue pour le moins. Croire qu’une Europe à 50 sera plus efficace qu’à 27 est un leurre. On ne peut vouloir le beurre et l’argent du beurre (une formule EP). « Il est grand temps de briser le silence officiel (de l’UE et je pense des Etats-Membres) qui encourage les mouvements actuels ». Et l’auteur de citer le partage de la Tchécoslovaquie, la dissolution de l’ex-Yougloslavie, les Italiens du Nord contre « les nègres du Sud ». « Le virus nationaliste reste tapi dans l’ombre ».   

. 7 La gouvernance de l’UE. Elle est illisible au même titre d’ailleurs que la structure constitutionnelle de la Belgique. Il faut agir dans le sens de la simplification aussi bien pour l’UE que pour la Belgique.  

. 8 Le rôle de Bruxelles. La ville est « une pomme de discorde » entre les deux communautés. Francophone, elle est située en terre flamande. L’auteur souhaite que le Parlement et la Commission puissent émettre des avis pour dire « des vérités européennes ».

. 9 L’hypothèse du rattachement de la Wallonie à la France. Il ne croit ni à « la force du  rattachisme ni à l’enthousiasme de l’opinion française face à ce scénario ». C’est la fin de l’interview.

. Voir le Monde du 20.01.2008, Décryptages, Grand Entretien,  propos recueillis par Jean-Pierre Stroobants. Kzrysztof Pomian est le directeur scientifique du Musée de l’Europe à Bruxelles. Lire la bonne étude de l’INED sur les relations tumultueuses des deux communautés « Les Flamands et Les Wallons, Deux histoires, deux démographies »    http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_actualite/flamands_wallons/

. Pour K. Pomian, se référer à  http://fr.wikipedia.org/wiki/Krzysztof_Pomian pour avoir quelques repères dans le cheminement du philosophe, historien et essayiste  franco-polonais.  

. Retrouver Fabrice Montignier sur son site http://www.fabricemontignier.com/ et sur http://86andco.blogspot.fr/2010/05/fabrice-montignier-pur-produit-de-leesi.html Il est diplômé des Beaux-Arts de Poitier et a 28 ans.

Belgique-Crochet au fuseau du Brabant

Il a aussi une bonne connaissance de la socio-culture belge où le napperon brodée tient une grande place dans les intérieurs. C’est un signe qui montre le soin que la maitresse de maison accorde à son intérieur. Il y a encore quelques décades, les jeunes filles apprenaient à réaliser de la dentelle au fuseau très renommée en Belgique. Sur les 550 photos du « Nouvel Atlas Mondial » des Editions Stauffacher SA (Zurich) avec 500 cartes, 1958,  il n’existe qu’une seule photo d’intérieur ; elle montre quatre napperons de dentelle au fuseau de Brabant (Belgique). Les deux autres photos consacrées à la Belgique montrent le port d’Anvers et le Château des Comtes à Gand.  

  Broderie-Table-Crochet Julia-Figuueiredo-1970-Wikipedia-200

Quant au mur du fond sur le dessin, il s’inspire me semble-t-il directement d’une broderie au crochet dont la photo présentée sur Wikipedia a obtenu le label de photo remarquable.

. La photo de l'assiette "België" est à retrouver sur le site du dessinateur, les autres photos Elisabeth Poulain pour la page du Monde du 22.01.2008 et la dentelle n°1 de Belgique, Wikipedia pour la carte ancienne et la broderie n° 2 et l’INED pour la carte linguistique, avec mes remerciements à tous, à voir dans l'album "Symboles2" sur ce blog.   

. Juste une dernière précision, ce billet remplace celui que j'ai publié hier sur ce site et qui était une "version light" de celui-ci et que j'ai complété avec les éléments de réponse du chercheur.

 

Voir les commentaires

M comme Man > L'Homme sportif, son torse et son blouson > Lafuma

26 Novembre 2012, 12:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le jeu continue. L’Homme a déjà des chaussures de luxe de marque UNIC, un abri en plein désert australien, un duffle-coat anglais, la toge rouge en signe du pouvoir en France... voici maintenant qu’il a pour couvrir son torse nu un blouson anti-froid. Mais attention pas n’importe lequel. Qui l’Homme ou le blouson ? Les deux, bien sûr. L’Homme est jeune. On le devine sans risque d’erreur. On ne voit pourtant de lui qu’un demi-torse, une mesure qui n’existe pas pourtant. On n’a aucune autre information.

Homme, Demi-Torse nu, Lafuma, Blouson 

Ce qu’on voit en effet, c’est la photo de ce demi-torse sur les deux-tiers de la page (28,5cmx 21,5cm) en partie intérieure du magazine « Grands Reportages » des années 2005. La peau est légèrement ambrée, recouverte d’une fine pellicule d’huile pour attirer la lumière. Aucun vilain poil, ni surcharge pondérale  ne viennent détruire l’harmonie physique du terrain.

Seules des courbes de niveau soulignent la beauté des courbes. C’est un travail tout en finesse. On croit au prime abord à un exercice de style de tatouage. Que nenni, c’est de l’humour graphique à base de cartes météo, sans souci de la topographie de ce torse. On commence à lire les noms inscrits en brun acajou clair: Chamonix, Val d’Isère, Briançon qui est à la hauteur du téton, Saint-Véran plus bas… Saint-Martin Vésubie est au cœur de l’anti-cyclône, alors que Chamonix et Val d’Isère étaient séparés par le D de Dépression...

Le blouson est près du corps. C’est une polaire de marque « Lafuma,  le fournisseur officiel de liberté depuis 1930. Wind expert » qui permet de « changer de climat sans prendre un coup de froid ». Il figure en gris dans la colonne de droite de la page qui occupe le tiers environ de l’espace.  Il est légèrement cintré à la taille pour éviter  les petits coulis froids qui voudraient s’insinuer insidieusement près de la peau, un truc à vous faire frissonner, rien qu’à l’idée. Le logo de la marque s’inscrit en blanc sur le côté gauche que vous voyiez à droite. Rien dans le blouson n’a de quoi  attirer l’attention, ce qui quand même le but premier d’une publicité.

Homme, Demi-Torse nu, Lafuma, Blouson 

Le rouge orangé est là pour ça. La couleur retient l’attention du lecteur sur la feuille de platane qui est l’emblème de la marque « Lafuma », ainsi que sur « Liberté »  dans le slogan un tantinet compliqué de Lafuma « Fournisseur officiel de liberté depuis 1930 ». En dessous du blouson, le nom du vêtement, c’est un « « « Polaire Wind Expert ou comment changer de climat sans prendre un coup de froid. »

Et voici comment ce blouson Lafuma réchauffe ce torse d’Homme décoré de courbes harmonieuses à la couleur assortie à la couleur de la marque.

Pour suivre le chemin.

. Retrouver Lafuma, http://www.groupe-lafuma.com/, sur wikipedia aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/Lafuma

. Et l’agence DDB Nouveau Monde qui a réalisé ce visuel  publicitaire http://www.ddb-nouveau-monde.com/#/home

. Voir les autres billets La Hutte de l'Aborigène > 1920 > Une photo & + d'Herbert Basedow   M comme Man > L'Aborigène d'Ingaladdi Waterhole Cave > - 10 000 av. JC   M comme Man > Le Cardinal de Richelieu > Philippe de Champaigne   M01 comme Man > Le soldat en pub      Style de Pub > L'Homme > Le Duffle-Coat > Moorhouse & Brook    Style de Pub > L'Homme > La veste > Marlboro Classics > le Wild West      

. Photo Elisabeth Poulain

Voir les commentaires

La Frontière > Le Grand Retour > Le Péage urbain en guise d'Octroi

21 Novembre 2012, 11:10am

Publié par Elisabeth Poulain

Traduction du titre. Cette nouvelle série porte sur les multiples variations que l’on capable d’inventer pour créer ou recréer des frontières là où il n’y en a jamais eu, là où il n’y en a plus, sous des formes apparemment nouvelles, toujours au nom des grands principes, avec toujours les mêmes conséquences…qui sont de couper le territoire, toujours au détriment de certains et pas des autres.

La Frontière est le nom que l’on donnait à la séparation entre le monde blanc civilisé  aux Etats-Unis et l’Inconnu situé juste de l’autre côté, là où habitaient les Indiens qu’il fallait absolument soumettre à la civilisation, au nom du Seigneur, le Dieu des Chrétiens, pour le salut de leur âme, bien sûr. Le Grand Retour désigne cette tendance forte inscrite semble-t-il dans les gênes de l’humanité qui demande des nouvelles frontières, à peine a-t-elle oublié qu’elle criait « plus jamais ça »  après les  guerres mondiales toujours faites pour défendre les frontières. L’idée est de montrer par des exemples  comment se manifestent ces nouvelles matérialisations des frontières. L’exemple du jour porte sur le péage urbain destiné à protéger le centre des villes contre les particules fines des véhicules automobiles anciens en fonctionnement.

Frontière-Péage-urbain-Tollstation Liljeholmen Stockholm 

Une approche du péage vu sous l’angle de la frontière. Il s’agit pour celui qui veut entrer dans le centre d’une grande ville protégé par la frontière du péage de payer une certaine somme d’argent afin d’obtenir le droit de circuler dans cette zone protégée. Pourquoi est-il donc nécessaire de protéger ce centre, contre quoi ou contre qui ?  L’explication devrait se nommer l’envahissement automobile. Mais cette approche serait grossière. Comme les voitures ne se conduisent pas seules, la réglementation distingue l’automobiliste de l’automobile, les automobilistes entre eux, puis les automobiles entre elles. La vraie raison mise en avant n’est pas qu’à un certain moment de saturation dans le centre par définition exigu par rapport au reste de la ville, il n’y a littéralement plus d’espace disponible pour toute la surface cumulée qu’occupent les voitures, les camions, les bus…en mouvement, sans même parler des places de parkings destinés à accueillir les véhicules au repos et des occupations « sauvages » de l’espace public.

On commence alors à distinguer les automobilistes entre eux, entre ceux qui résident sur place et les autres en donnant la priorité aux premiers sur les seconds. A Bruxelles par exemple, les places réservées aux habitants sont matérialisées au sol par une signalétique spéciale. Les places résiduelles en petit nombre sont libres d’occupation à condition de payer son ticket de stationnement. Le contrôle du stationnement est confié à une société privée concessionnaire, qui vérifie minutieusement que chaque place est régulièrement occupée, avec photo de la vignette apposée derrière le pare-brise et photos de la plaque avant et arrière et de l’emplacement. A Londres, le montant de la somme forfaitaire pour les résidents est allégé de 90%  sous certaines petites conditions.  

Frontière-Parking-Relais-Tramway-2011

Les autres, ceux qui viennent du dehors, se voient offrir un choix multiple. Il est encore possible de laisser gratuitement sa voiture là où on peut, ou dans des parkings  à l’approche des stations de transport en commun anciennes situées en périphérie d’agglomération (cas des petites gares de la banlieue parisienne). Dans les installations récentes, la solution est de la garer  toujours en périphérie dans des parkings relais édifiés en surface dans des endroits clos contre achat d’un titre de transport en commun leur garantissant une place disponible inclus dans le prix du billet de transport. Cette solution ne vaut que tant qu’il y a de la place. Un autre inconvénient  et non des moindres est que ces parkings-relais fermés amputent la disponibilité de l’espace restant disponible gratuitement pour ceux qui habitent sur place.

Clairement le centre « exporte » sa congestion présente et future en la reportant vers la marge, sachant que le centre de la ville voisine fait la même chose de son côté et qu’aucun des deux centres n’indemnise sa périphérie contre ce report de la tension urbaine des deux côtés de la frontière urbaine qui existe entre elles. Cet espace mitoyen devient un nouveau territoire de tension, sachant qu’il y a toujours une ville dominante, celle qui protège son centre, qui est aussi le cœur de l’agglomération auquel participe de droit la ville plus petite en périphérie. On comprend que les relations de voisinage et de fonctionnement ne soient pas toujours faciles entre villes membres d’une agglomération.  Mais revenons près du centre à « protéger ».

Frontière London Congestion Charge, Old Street, England Wi 

Comment se manifeste la frontière « protégeant » le centre ? Par des poteaux,  des caméras, des marquages au sol et des badges sur les véhicules. On retrouve tous les symboles de la frontière sous d’autres matérialisations et d’autres couleurs. Il n’y a plus de barrières rouges et blanches qui se lèvent à votre approche quand vous avez montré vos papiers, votre passeport au douanier. Le passage se fait de façon plus insidieuse. Il ne s’agit plus d’exercer un droit dès lors que vos papiers sont en règle.

Le maître mot ici avec le péage urbain est le paiement d’une taxe. Il va falloir payer selon des barèmes différenciés tenant à la voiture cette fois-ci pour rester dans un cadre objectif et qui ne touche pas directement les personnes. Les véhicules sont classés en différentes catégories selon leur degré de pollution qui s’exprime en émission de particules fines. Les véhicules aux moteurs les plus anciens et les plus polluants ne rentrent pas. Les récents qui répondent aux normes les plus vertueuses ne paient pas. Restent entre les deux, des catégories intermédiaires avec des tarifs variables à la journée, encadrée par une plage horaire variable selon la collectivité.

Les tickets sont à acheter dans les kiosques, les bureaux de tabac… sur Internet comme à Milan où le coût est de 5 EUR par entrée/jour. Des caméras de surveillance sont placées à des endroits stratégiques aux points d’accès vers le centre pour vérifier que l’Eco-Pass est bien apposé. En Allemagne, à Berlin, Cologne, Hanovre, le système est déjà appliqué. Les voitures doivent arborer une nouvelle vignette verte pour celles qui ont un degré de propreté correct, jaune pour un degré moyen et rouge quand leur score est moins bon mais encore passable.  Au-delà, la voiture ou le camion n’entre pas.

Frontière-péage urbain-Singapour-ERPBugis-Wikipedia 

Cette simplicité de fonctionnement n’est qu’apparente. Le système est applicable du lundi matin au vendredi fin d’après-midi. A Londres, l’amplitude est de 7 heures à 18 heures, du lundi au vendredi. Cette « congestion charge » offre une remise de 90% aux résidents sous certaines conditions. Des systèmes hyper-performants de surveillance par caméra permettent de lire automatiques les plaques avant et arrière, avec l’aide en plus de caméras mobiles pour peaufiner le sytème. 

 Parfois, en l’absence de voies de dérivation, la situation constitue de fait un nouvel impôt puisque tout automobiliste doit forcément emprunter le trajet urbain payant pour traverser la ville. C’est par exemple cas à Sydney où le plan de situation  est compliqué par la nature insulaire d’une grande partie de l’agglomération. Il s’agit dès lors de freiner la venue des voitures tout en essayant d’optimiser les flux en élargissant les plages horaires des passages et le report modal dans la mesure du possible, grâce à des péages d’un montant modulable. La situation est aussi celle des centres des villes où il  est nécessaire de passer des ponts.

Frontière-Péage-urbain-Milan-LeParisien

Les effets. Tous les prescripteurs de ces systèmes de dissuasion qui freinent l’arrivée de la voiture dans le centre se félicitent des retombées d’abord au niveau de la pollution et ensuite au niveau du gonflement des recettes qui sont affectées en priorité au développement des transports en commun. Pourtant, on dispose de peu ou de pas d’informations sur les retombées effectives sur les autres modes de déplacement, sur les effets non prévus ou contre-productifs. Plus curieux encore, personne ne parle du coût de toutes ces installations qui associent les poteaux aux caméras et à l'informatique; personne non plus ne parle de la réelle pollution visuelle qu'entrainent ces portiques multiples...  

Penser que les personnes devant venir au centre vont forcément le faire en venant autrement, à pied, à vélo, en bus ou en métro  part du principe que les gens restent dans le même mode de pensée et qu’ils existent forcément une réelle offre de transports en commun adaptée aux besoins des usagers. Affirmer que la voiture n’est qu’un mode de déplacement comme un autre, simplement un peu plus confortable et un plus coûteux est une franche hypocrisie. A l’heure d’Internet, il n’est plus toujours nécessaire de se déplacer pour accomplir des formalités administratives ou pour ses achats. Les modifications des fonctionnalités commerciales et administratives de la ville sont profondes, surtout quand s’ajoute un autre phénomène qui est l’externalisation des fonctions commerciales dans des grandes implantations nouvelles quasiment urbaines  dédiées au commerce. C’est là aussi que se recrée la ville nouvelle pendant que le centre de la ville ancienne est plus en plus affecté aux lieux emblématiques de pouvoir, à la culture, à la nuit et au tourisme.  

La dimension humaine est toujours sous-estimée. Cette ceinture fiscale d’un nouveau type à l’heure contemporaine a pour conséquence d’accréditer l’idée que ce sont ceux qui viennent approvisionner la ville, y faire leurs courses  et/ou travailler dans le centre qui polluent. Ce sont eux les gêneurs. Sans eux, les choses iraient mieux. Cette idée de l’Entre-Soi est gênante au regard des valeurs démocratiques. Le centre-ville devient réservé à une élite fortunée  et d’une moyenne d’âge élevée, qui a toujours bénéficié de tous les avantages de la centralité, tandis que les plus jeunes et les moins nantis sont rejetés le plus loin possible du centre pour pouvoir accéder à un prix du foncier abordable. A écouter des débats sur la vision de la centralité dans des instances de développement prévues par la loi, il paraît évident si l’on est un Huron, ne connaissant rien au système français, qu’il faut mieux habiter dans le centre des villes. On y a (presque) tous les avantages, hormis la question du  stationnement et le bruit des fêtes la nuit !

Frontière-Octroi Tours PLace-Choiseul-Wikipedia 

Et l’octroi dans tout ça ? On y arrive. Reportez-vous en pensée  quelques siècles en arrière, quand il fallut à Louis XIV trouver impérativement de l’argent pour regonfler déjà un tant soit peu les finances royales en bien mauvaises situations en 1643 à son arrivée sur le trône. En 1647 il décida de percevoir à son profit cette contribution directe qui existait depuis le XIIIe siècle au profit de certaines  communes en France.  Devant le mécontentement des villes, il coupa la poire en deux en 1653 et ne garda donc plus que la moitié du produit de la taxe. Par contre, il n’hésita pas à en créer de nouvelles pour obliger les villes à lui « racheter » leur moitié ou à augmenter les montants. Une des raisons du fort mécontentement populaire en 1789 est due en particulier à ce système jugé inique par le peuple en raison des conséquences pratiques, en particulier les embouteillages aux Portes d’Octroi et les dérives du système, les pots de vin et autres « petits cadeaux » pour frauder le système. Les taverniers voyaient aussi d’un œil  peu favorable les guinguettes situées de l’autre côté de « la barrière » attirer les chalands avec des prix de vente moins élevés. Supprimé en 1791,  ce système fut rétabli au cours du XIXe siècle. Il fallut attendre 1948 pour que ce système soit aboli partout en France, sauf dans les départements d’Outre-Mer, ce qui accentue le coût final au consommateur, d’autant plus qu’il se calcule sur le coût final, transport compris. 

Le ressenti. L’intéressant est la position dans laquelle on se trouve. A Paris au XIXe siècle, la logique fiscale l’emporta au point de construire un mur tout autour de la ville  pour empêcher les gens de l’intérieur d’acheter moins cher à l’extérieur, une façon d’inverser la protection des enceintes fortifiées. Une façon ressentie  par les Parisiens de « mettre Paris en prison ». La prison est également celle que ressent un grand nombre de personnes vivant loin de la ville aujourd’hui où ils travaillent, sans avoir d’autres solutions de transport. Les transports en commun n’existent que dans la mesure où il y a une demande suffisamment importante pour générer des bénéfices pour la compagnie de transport concessionnaire de la collectivité urbaine. Quand on habite des lieux isolés, la voiture assure la liberté d’aller et de venir qui est au centre des droits fondamentaux de la personne. C’est aussi une des revendications des Milanais du centre qui veulent pouvoir rentrer chez eux sans avoir besoin de consulter les heures et sans avoir à être contrôlé. La création d’un péage touche directement celle du fichage des personnes et de leur suivi par une traçabilité en continu 24 h sur 24 d’un nouveau style. 

Frontière-Urbanisme-commercial-Atoll-Beaucouzé-P-A-U.fr

Il est quand même étonnant de constater que la ville-centre éprouve le besoin de s'entourer à nouveau d'une barrière d'un nouveau style, tandis qu'elle recrée un peu plus loin une autre ville entièrement commerciale, cette fois-ci complètement close sur elle-même avec seulement quatre portes d'entrée-sortie. C'est le cas de l'Atoll à Beaucouzé près d'Angers. Pour aller dans cette "ville" d'un nouveau type, il vous faut obligatoirement une voiture.       

Pour suivre le chemin

. Pour Londres, voir         http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9age_urbain_de_Londres

. Pour Milan,  l’application du système est actuellement suspendue depuis le 25.07.2012 en raison d’une plainte en cours contre la ville. La Tribune de Genève  relate la décision actuellement en cours du Conseil d’Etat italien en raison d’un recours d’un propriétaire de parking dans le centre qui subit un préjudice du fait de la diminution du nombre de véhicules entrant dans le centre avec  une baisse sensible de son chiffre d’affaires http://www.tdg.ch/monde/europe/peage-urbain-milan-suspendu-provisoirement/story/17558383

Lire aussi l’analyse intéressante de la situation à Milanhttp://www.leparisien.fr/automobile/automobile-un-peage-urbain-pour-entrer-dans-milan-16-01-2012-1814284.php

. Pour un exemple de plan général de stationnement avec concession à Vinci, voir l’exemple d’Ixelles (40 voitures pour 100 habitants, un taux très élevé) qui fait partie du Grand Bruxelles, avec cette délicieuse précision : les agents de la société concessionnaire n’ont pas besoin d’être assermentés puisque l’argent prélevé n’est « ni une amende ni une taxe ». Ah bon, mais qu’est-ce donc que cet OVNI ?  http://www.elsene.irisnet.be/site/fr/02vivrexl/circuler/planstatpourquoi.htm 

. Sur le thème du péage urbain pour lutter contre la pollution, voir l’analyse  qui reste bien théorique au regard de la réalité de l’offre de transports en commun sur http://quedisentleseconomistes.blogspot.fr/2010/06/peage-urbain-paris-une-bonne-idee.html

. Lire aussi le suivi de Moto-Mag sur ce thème depuis plusieurs années http://www.motomag.com/Peage-urbain-La-FFMC-fait-appel-a.html

.  Retrouver Atoll sur http://projets-architecte-urbanisme.fr/atoll-centre-commercial-eco-parc-angers-beaucouze-hqe/

. Sur le différentiel de prix entre la Réunion et la Métropole, voir http://www.lecarnetdevoyage.fr/Notre-Aventure/comparaison-des-prix-la-reunionmetropole.html, exemple pour 12 tranches de jambon de Paris : 3,40 E en France, 9,60 à La Réunion où le revenu moyen par habitant  x ( ?) fois moins élevé, ce qui renforce encore la cherté du produit.  

. Photos des différents contributeurs cités, avec mes plus vifs remerciements.  

Voir les commentaires

Style de Pub Caravans > La Wren Continental & La Welcome Consulette

17 Novembre 2012, 12:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont deux caravanes qui ont plusieurs traits en commun. Elles ont un nom qui commence par un W ; elles  se présentent sous un aspect charmant, tout en rondeur mais on verra que ce n’est pas la même et pour la première fois dans notre sélection sous l’aspect de l’attrait de la nature qui est le premier argument de vente Elles ont aussi quelques différences, l’une est anglaise, c’est la Wren Continental, la Welcome Consulette est une caravane française. Malgré ces différences, elles sont toutes les deux à classer dans les caravanes au plus proche de la nature et pas seulement d’un endroit où les enfants jouent au ballon, Papa tire son canot pour aller à la pêche et Maman sa chaise sa chaise longue pour mieux bronzer ! La publicité pour les caravanes est un merveilleux miroir de la société.

Pub caravane Wren Continental

La Wren Continental, Be as free as the air... « Soyez aussi libre que l’air » est le slogan qui annonce la présentation de cette petite caravane en photo. Elle garde beaucoup de caractéristiques qui datent. Les fenêtres sont petites, il n’y a pas de fenêtre en partie haute de la porte, l’avant  ne dispose pas de baie, mais de petites ouvertures séparées. On ne voit pas l’arrière, ce qui est étonnant. On note seulement qu’elle est blanche avec un effet couleur gris clair à mi-hauteur intéressant pour donner un effet enveloppant horizontal sur un fond vert-jaune très clair uniforme.

Pourtant la publicité offre plusieurs éléments remarquables. La référence directe à la nature passe cette fois-ci par le dessin de deux oiseaux perchés sur une branche horizontale. Leur forme ronde de couleur blanche, comme la caravane, ressort bien sur le fond léger. Il n’y a ici rien de sensationnel mais une volonté de montrer de façon très composé  la proximité avec cette nature charmante et omni présente. La rondeur de ces petits oiseaux posés sur la branche au-dessus de la caravane accentue celle de la Wren dans une diagonale gauche-haut---) droite-bas que fait ressortir les deux mentions écrites « Be as free as the air in a » …avec la réponse en dessous « Wren Continental » dans une autre diagonale opposée (droite-haut ---) gauche-bas). L’espace est très structuré. Le regard est attiré par les oiseaux, glisse sur l’injonction d’être libre comme ces oiseaux avec une Wren Continental.

Le tout forme une publicité très construite et qui réussit à sauvegarder la rondeur de l’enfance, tout en mettant la marque en valeur. Notons en outre que c’est le premier visuel anglais qui inclut dans sa publicité une marque clairement ciblée sur le continent. Un certain décalage vient du différentiel entre la modernité du décor charmant et l’aspect un peu vieillot de la caravane.  Comme quoi, la publicité peut beaucoup… !

Pub caravane Welcome

La Welcome Consulette type LS. Cette caravane bien française malgré son nom  est placée au cœur d’une marguerite à pétales différenciés de couleurs variées rouge, rose, bleu, vert clair, violet, vert moyen, rouge orangé et bleu moyen. Une feuille verte à gauche en-dessous éclaire le nom de la caravane. Cette Consulette entrait dans la gamme des Welcome du Groupe Digue qui avait choisi ce nom de marque pour sa sonorité anglo-saxonne.

La référence à la marguerite donne le sens du visuel : j’aime Consulette, un peu, beaucoup, énormément et - sous-entendu- je me rends chez le concessionnaire pour l’acheter. Le nom de la série est l’autre élément dominant de cette publicité : Welcome figure en caractères massifs d’imprimerie écrits latéralement. Pour lire  cette marque aisément, il faut tourner la publicité de 90°.  On remarque alors que les types de police sont différents : Welcome est écrit en caractères majuscules prononcés et peu hauts, Consulette en lettres inclinées en gris clair plus petites et type LS en caractères droits espacés  dans le creux entre Consulette et la fin de la marque Welcome.

Le jeu visuel du choix des couleurs offre une nouveauté par rapport à ce que nous avons vu jusqu’ici. L’effet global est peut-être moins réussi du fait de la non-mise en valeur de la caravane, avec cette photo en noir et blanc avec son bas de caisse foncé ( un bleu moyen en réalité) et la difficulté à voir l’arrière. L’avant se présente fenêtres ouvertes pour montrer l’utilisation l’été, ce qui est une bonne chose.

Remarquons au final que le visuel est peu réussi, surtout parce qu’on voit mal ou peu la caravane et aussi à cause du bandeau noir vertical trop fort ; il écrase la composition. Peut-être aurait-il fallu lire Welcome vers le haut ? Ce n’est pas la finition du E  final de Welcome pour ressembler au W qui débute le nom de la marque qui réussit à enlever l’ensemble. Fallait-il aussi le bandeau noir ? Dommage parce qu’il y avait une idée.

Remarquons que les deux marques se rejoignent quand la Wren vise le continent (Continental) et la Consulette souhaite la bienvenue en anglais (Welcome) !

Pour suivre le chemin

. Retrouver la série sur ce blog Style de Pub > Dovedale Caravans > The Melvin & The Minum   Style de Pub Caravanes > Thomson Caravan & Van Car de Van Dooren       

Style de Pub > Caravanes > Wima et "A Lire avant vos Vacances"       

Style de Pub > Caravan-e > La Industrial Trailer et la Pierart Sestrière   Style de Pub Caravane > BlueBird Penthouse vs Pemberton Panorama Range     

Style de Pub Caravanes > L'Aster et la Lucas     

Style de pub Caravane > La Star et la Miami     

Style de Pub > La Blue Bird Caravan 

Styles de pub > Caravane anglaise > Isn't she a beauty?       

. Les photos sont à retrouver dans l’Album-Photos « Les Petites Maisons »

. Consulter également "L’Esprit du Camping", de France Poulain et Elisabeth Poulain, Cheminements

. Retrouver la Consulette très bien mise en valeur cette fois-ci, avec de jolies photos couleur  sur le site spécialisé dans les caravanes Digue, et en particulier de la gamme des Welcome  http://www.diguedinguedong.com/forum/viewtopic.php?id=908

Voir les commentaires

Zut et flûte en pub > C'est encore Eve qui croque la pomme

16 Novembre 2012, 16:15pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un petit effort, Messieurs, Mesdames les publicitaires. On aurait pu croire que depuis le temps, vous auriez pu trouver une autre idée pour vendre des pommes ou autre chose que celle de montrer une jeune et jolie fille-fleur en train de croquer, porter ou présenter la pomme. Eh bien, non. A voir vos pubs sur la pomme, vous continuez. Avec une imagination qui est franchement maigrelette. Jugez-en avec ces trois visuels.

Pub craquez, croquez, pommes 2012

La publicité de l’Association nationale (française) Pommes-Poires et de Sopexa. C’est un petit dépliant 2012 que j’ai trouvé dans une grande surface au rayon « Fruits et Légumes » dans la première région française pour la production de pommes, la Vallée de la Loire. En page 1 de couverture sur fond rouge, la couleur de la tentation, une jeune femme aux lèvres roses, pour ne faire concurrence au rouge, fait semblant de croquer une pomme forcément verte, une Granny Smith à tous les coups. L’encart torride, qui figure en blanc en bas à gauche de la photo, explique le pourquoi du visuel, avec ces mots « Nouvelle Récolte ». En dessous un rectangle toujours rouge avec des éclats de blanc, on trouve le slogan qui accompagne le visuel : « Craquez, Croquez » en gros caractères et en dessous en plus petits « qui dit croque, dit pomme » ! Ouah, et c’est à ce moment-là que vous remarquez que la jeune femme vous fait de l’œil.

A l’intérieur du dépliant, il y a  tous « les trucs » de la pub actuellement, en particulier le recours à des chiffres pour conforter le message : les 5 bonnes raisons de manger des pommes et les 6 garanties de la Charte Qualité des Vergers Ecoresponsables en page 2. La recette de la pomme d’amour au chèvre frais pour 4 personnes, sans cuisson est en page 3. La dernière page est réservée à un tableau qui répartit les pommes en  six catégories. Ce sont  les gourmandes (2), les équilibrées 2, Les rustiques 3, la tonique ; les parfumées sont au nombre de 8 et la labellisée est unique (c’est la pomme du Limousin AOP), comme la tonique qui est la Granny Smith.

Pub Manger & Bouger 2012, pomme

« Manger & Bouger. Ils font partie   des plaisirs de la vie et peuvent vous aider, vous et vos proches, à rester en bonne santé. » C’est le nom d’un programme européen décliné en France sous cette dénomination. J’apprécie tout particulièrement le « peuvent ». Mais mon contentement ne dure pas longtemps. Qui a-t-on choisi pour illustrer l’injonction du manger-bouger. Une petite fille qui s’amuse d’un rien. Cette fois-ci, elle ne vous fait pas de l’œil, heureusement. Elle essaie, la pauvrette, de voir la pomme qu’elle réussit à tenir en équilibre sur sa petite tête. Le mythe de Guillaume Tell revisité avec une petite fille, au lieu du propre fils du plus célèbre tireur d’arbalète suisse au monde, qui réussit à atteindre la pomme sur la tête de son jeune fils grâce à la précision du tir de son carreau (sa flèche). Quel exploit de dupliquer l’opération avec une petite fille qui a du rose à lèvres moins de 10 ans, l’âge du fils de Guillaume qui a quand même risqué sa vie. C’est aussi ça la parité 2012 ! 

L’encart est publié dans un prospectus d’Intermarché de 2012 avec 8 recommandations. Revoilà les chiffres. Le « fameux manger 5 fruits et légumes par jour » (FLJ), c’est le programme national nutrition-santé (PNNS) qui l’a lancé, en commençant par nous dire d’ailleurs qu’il fallait en manger 10 ! Devant le côté peu raisonnable de l’injonction, les autorités françaises ont coupé la pomme en deux. Nous en sommes restés à 5 FLJ, mais attention déclinés en 8 recommandations. Les voici : en 1 = manger les fameux FLJ, 2 = manger des protéines animales I à 2 fois/jour, 3 + 4 + 5 = réduire le sel, les matières grasses, le sucre, 6 = pratiquer une activité physique régulière, 7 = 3 produits laitiers/jour, 8 = ne pas boire plus de deux verres/vin/jour/femme ou 3 quand on est un homme.

Pub Canderel, Karl Lagerfeld, Mes 5 péchés mignons

La Tentation selon Karl Lagerfeld Canderel.On en arrive (enfin?) à une « vraie » Eve tentatrice, avec des lèvres très rouges, des cheveux très longs qui cachent le bas de son buste et… un regard peu amène. Franchement, elle n’a pas le bon œil. Pour être sûr de bien faire percevoir le message, une silhouette d’homme figure en noir en partie droite. Il pose torse nu avec son téton gauche bien visible. Du coup, on croit comprendre pourquoi « Longs Cheveux à l’œil noir » tient une très grosse pomme rouge dans sa main droite. En réalité, on ne comprend plus rien. Ce n’est pas nous qu’elle devrait regarder. C’est peut-être pour ça qu’elle fait la gueule.

Au recto de la petite boîte de (‘sucrettes’, le terme n’est pas écrit parce qu’il n’est pas autorisé) Canderel, on trouve le maître, Karl Lagerfeld himself, vu de profil avec sa caméra qui filme…Qui filme quoi ? Mystère. Le message vous dit seulement que ce visuel fait partie des « 5 péchés mignons de Canderel vus par Karl Lagerfeld. » Ah bon! Par déduction, on a tous compris que cette fois-ci le visuel parle de la gourmandise par le goût sucré sans en avoir les inconvénients, en montrant la séduction sexuelle. 

Pub Canderel, Karl Lagerfeld, Mes 5 pèchés mignons 

Donc, si on récapitule, il y a

. la femme en binôme avec une Granny Smith, qui représente à elle seule les 17 pommes mises en avant par la pub ; 

. toujours avec une Granny Smith, mais cette fois-ci elle n’a que 8 ans et pratique activement le bouger du manger ; elle incarne à elle toute seule l’ensemble de 5 fruits et légumes que doivent (je souligne exprès) manger chaque jour l’ensemble des Français et des autres personnes vivant ou de passage sur notre sol. C’est dur pour ses petites épaules mais c’est juste une hypothèse ;

. enfin une vraie séductrice aux cheveux roux avec une pomme rouge, qui doit entrer dans la catégorie des « Rouges » des pommes "Equilibrées" mais curieusement il ne s’agit plus de mettre à l'honneur la pomme, la vraie pomme, classée dans une des 16 variétés, ou mélangée avec d’autres fruits ou légumes, il s’agit de faire de vanter un produit de synthèse qui a un pouvoir glucidique, le fameux péché mignon de Karl Lagerfeld,  qui a du bien rire. La Tentation est le visuel n° 2 au recto d’un boîtier de Canderel ; en 1, il y l’Impertinence, en 3 la Séduction, en 4 le Plaisir avec un torse d’homme bien bodybuildé et brillant et en 5è position  la Gourmandise.  Osons le dire, la n° 2 ne devait pas être en forme ce jour-là. L’important devait être pour Karl de figurer avec son profil minceur au verso. C’est lui, la véritable tentation, qui se vante d’avoir perdu 40kgs. 

La pomme représente le fruit de l’arbre de la connaissance qui est mentionné dans la Bible. La pomme n’existait d’ailleurs pas au Moyen-Orient à l'époque. Pourtant en 2012, c’est bien Eve, toujours Eve, dans ses différents avatars, qui continue à induire le pauvre Adam en tentation. Une véritable démone qui ose la transgression et pas lui, le pauvre chéri. Ce que retiennent nos chers et chères publicitaires, c’est quand même moins cette dimension que le fait que la femme fait vendre, quand elle est jeune, jolie et charmante…Ils continuent néanmoins à faire perdurer le mythe de cette segmentation binaire à forte dimension discriminatoire. 

Christine-Lesueur-Manière-de-Voir-n°44-Femmes 

C’est bien ce que montre cette fois-ci une autre Eve avec comme seule parure ses longs cheveux et une  pomme offerte dans sa main gauche pour tout viatique, qui éclate en jaune-orange sur le fond bleu. C’est un dessin de Christine Lesueur pour « Manière de Voir » en 1999. Le titre « Femmes, La Mauvais Genre ? ». Tout est dit avec cette création d'une artiste. Cette fois-ci, il ne s'agit pas de "vendre" des pommes, plus de pommes ou la nouvelle récolte... mais de montrer comment grâce à la force de ce drôle de lien qui perdure entre la pomme et la femme, on valorise l'une et dévalorise l'autre.  Heureusement qu’il y a un point d’interrogation ! C'est de l'humour.

 Pour suivre le chemin

. Une brève histoire de la pomme sur  http://pomme87.free.fr/index_fichiers/Page328.htm

. Craquer...Croquez, Nouvelle Récolte, Qui dit croque, dit pomme, est plaquette 2012 de l'association Pommes-poires, du Ministère de l'Agriculture, l'Agroalimentaire et de la Mer, de FranceAgriMer et devergers Eco-Responsables.  

. Voir le site des « Mangeurs-Bougeurs » http://www.mangerbouger.fr/pnns/pnns-2011-2015.html et pour ceux qui veulent lire la version complète du PNNS, le Programme National Nutrition Santé, sur le site du Ministère de la Santé sur http://www.sante.gouv.fr/IMG/pdf/PNNS_2011-2015.pdf  sans photos mais avec beaucoup de statistiques intéressantes…

A savoir aussi que ce programme est d’origine européenne dans son financement et nationale dans sa déclinaison, ce qui signifie que chaque pays membre conçoit sa propre façon de communiquer sur le « bien-manger, le bien-bouger et le bien-être » au nom de ses particularités culturelles. Le Ier programme quinquennal a débuté en 2001, le second en 2006 et en conséquence le 3è en 2011 pour aller jusqu’en 2015.

. Sur Canderel, lire le meilleur site d’analyses des publicités, Prodimarques, La vie des Marques, « Canderel, de l’aliment à l’accessoire de mode », avril 2009, n° 66  http://www.prodimarques.com/documents/gratuit/66/canderel-de-l-aliment-a-l-accessoire-de-mode.php

Christine Lesueur-Manière-de-voir-n°44-1999-Femme . Retrouver Christine Lesueur sur son site   http://www.christinelesueur.com/index.php. Chercher à "Presse", voir "Le Monde Diplomatique" et à "Manière de voir". Le dessin qui termine ce billet forme la couverture du bimestriel de 100 pages. 25 dessins originaux de la dessinatrice illustrent le magazine avec presque une création pour chacun des 30 articles. C’est remarquable et c'est la raison pour laquelle j'avais conservé ce magazine depuis lors.    

. Photos Elisabeth Poulain     

Voir les commentaires

Bilbao > La réussite de la rénovation urbaine par l'Objet culturel et tout le reste

13 Novembre 2012, 11:17am

Publié par Elisabeth Poulain

Les composantes de cette recette d’urbanisme. Il vous faut d’abord une ville qui a un riche passé qui pèse lourd. Au cours de son histoire, Bilbao a connu de longues périodes de prospérité qui n’étaient plus d’actualité en la fin du XXe siècle. La ville  en déclin n’attirait plus. Ses activités économiques, sur lesquelles son développement était fondé, se trouvaient dans une situation préoccupante. Des entreprises nombreuses fermaient, avec les conséquences que l’on connaît partout en Europe : chômage, baisse des investissements, départ des plus actifs, pression sur les finances de la collectivité et réelle montée perceptible du mécontentement populaire...avec des particularités propres à Bilbao.

 

BILBAO-Andrea-Bocchino.it-wikipedia

Les trois éléments caractéristiques. La situation de Bilbao est due notamment à la conjonction de facteurs tenant à la fois à sa singularité physique, à son développement économique et à l’existence d’une forte diaspora basque dans le monde. 

. La ville est située en bordure du littoral montagneux dans une ria au fond d’une vallée encaissée au nord de la péninsule ibérique. Une des conséquences est qu’il était plus naturel d’aller vers le littoral, vers la mer, que de se retourner vers la terre, vers l’intérieur du pays. L’ouverture sur la mer, qu’on ne voit pas mais qu’on sent, est une composante forte de l’identité de Bilbao.

Blilbao-XVIIe-Cafe-bar

. En  conséquence, le développement a été au cours de l’histoire  surtout focalisé sur plusieurs axes, les activités liées à la mer – la pêche, le commerce maritime, les activités portuaires , cumulées, avec la richesse des produits de la terre qui était aussi exportée et plus tard  avec une forte industrialisation datant de la fin du XIX et du début du XXe siècle, basée en particulier sur des mines de fer. Le caractère quasiment insulaire de la ville l’a toujours obligé à compter sur ses propres forces, ainsi que sur ses liens avec les autres communautés basques du littoral, en devenant un carrefour commercial important grâce à ses privilèges commerciaux.

Bilbao-Vue-generale-1737-Cafe-Bar-Bilbao

. La troisième caractéristique est le caractère farouchement indépendantiste des campagnards basques transplantés de l’univers rude des montagnes environnantes  dans le dur chaudron industriel, quitte quand ils ne trouvaient pas de travail en ville à émigrer par la mer dans d’autres contrées. Le salut pour une bonne partie des émigrants de Bilbao comme des autres villes basques depuis des siècles a été de chercher du travail ailleurs, loin du pays. 

La seule solution pour les plus courageux et/ou les plus désespérés  a été de  partir au-delà des mers, pour espérer se construire un avenir meilleur. Bilbao après avoir exporté ses richesses agricoles, ses draps vers l’Europe flamande, son fer bien plus tard, a aussi  «exporté » ses hommes et ses femmes. Aujourd’hui la diaspora basque, présente dans 23 pays dans le monde, compte plus de 4,5 millions de personnes d’origine basque, 15 millions avec un nom d’origine basque. Parmi les grands noms de l’histoire, plusieurs sont basques, comme Simon Bolivar ou Gue Guevarra. D’autres sont moins connus mais leurs exploits demeurent. Rappelons  seulement que le premier tour du monde a été réussi par un Basque, que c’est un Basque qui a découvert Les Philippines…

Bilbao-Gruas-Bilbao-Cafe-Bargarabi01

A la fin du XXe siècle, l’arrivée à Bilbao par l’autoroute, construite en hauteur le long du Golfe de Gascogne, montrait  la face grise de la ville, avec des coulures noires de saleté, d’une urbanisation en tours HLM pour loger des habitants qui, d’ouvriers, étaient devenus des chômeurs. On se serait cru en Tchéquie à l’heure soviétique dans des cités ouvrières ou à Wroslav (ex-Breslau) en Pologne dans un monde sans couleur, sans espoir, d’une tristesse infinie... Mais tout autant que ce choc humain visuel après de très beaux paysages de bords de mer  inaccessibles et rudoyés par le vent,  sans transition avec cette ville de la marge où étaient repoussés les pauvres sans travail, tout autant, c’était en contraste le côté fortement suranné du centre-ville qui sentait fort la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Il y avait là une situation puissamment explosive, sur un fond de violence perdurant.

Bilbao-Ignazio-Ugarte-CafeBarBilbao

Quand vous assemblez toutes ces données : un peuple résistant, dur à l’ouvrage, à forte capacité de résilience, une histoire forte de développement, à l’étroit dans une ville qui n' assure plus d’activités aux gens, des zones portuaires désormais sans utilité alors que l’espace disponible est rare au fond du Ria de Bilbao, comme on l’appelle maintenant, une diaspora qui a réussie loin de la ville-mère patrie et très fière de son identité basque, surgit une idée.

Elle est de confier à un grand nom de l’architecture de concevoir un bâtiment extra-ordinaire qui serait en lui-même  un objet culturel doté d’un magnétisme tel qu’on viendrait le voir du monde entier,  seulement pour pouvoir dire « Je suis allé à Bilbao », comme on dit encore aujourd’hui « Je suis allé-e à Saint-Jacques de Compostelle », en passant par Bilbao pour ceux qui viennent du nord. En comptant mais sans que jamais ce ne soit dit, sur le bouche à oreilles des Basques eux-même et en particulier de cette diaspora qui a gardé un attachement profond à sa capitale basque.

Bilbao-Guggenheim-MykReeve2005-Wikipedia

Cet « objet culturel » est un bâtiment d’une grande audace qui établit de nouveaux rapports entre le plein, le creux, la ligne courbe, le dedans, le dehors, qui ouvre de nouvelles perspectives à l’architecture, avec comme seuls murs droits à angle perpendiculaire avec le sol horizontal, ceux de l’intérieur.  Vous êtes dans un autre monde dans cette sculpture de titane, de calcaire et de verre  où il n’y ni portes ni fenêtres, vous êtes à Bilbao au Musée qui porte le nom, non de son architecte mais de l’entreprise culturelle que l’on a l’habitude de nommer par le nom de son fondateur Solomon Guggenheim, « Le Guggenheim ».  

. Mais d’abord le nom de son concepteur. Il s’agit de l’architecte canado-américain Franck Gehry. A lui seul, il n’aurait su révolutionner la ville même avec une construction révolutionnaire. Il a fallu deux autres acteurs d’importance, sans qui il ne se serait rien passé. Des trois principaux partenaires, il est certainement le plus discret. Il parle peu, sauf dans ses cours à l’Université de Yale  où il est professeur d’Architecture. Sa façon essentielle de s’exprimer est celle de concevoir des bâtiments qui intègrent le mouvement, la lumière et l’air, sans oublier la présence de l’eau. C’est ce qu’il a fait dans cette corolle complexe de métal dans cette ancienne zone portuaire au cœur de la principale boucle du Nervion, la rivière où se fait encore sentir la remontée de la marée.

Bilbao-Guggenheim-LeFig20120813-

. Ensuite la Fondation Guggenheim qui s’est engagée sur le projet et lui a donné son nom. Un contrat de franchise (20 millions d’euros) a été conclu avec la ville. En contrepartie, la société américaine prend en charge l’animation du site, en synergie avec ses cinq autres établissements (New-York, Venise, Bilbao, Berlin, Abu-Dhabi) avec des collections permanentes et des collections temporaires. C’est elle aussi qui communique et vend les billets en ligne avec son site.

. Il manque le troisième partenaire qui est à écrire au pluriel. Le coût d’un peu plus  de 130 000 000 EUR a été pris en charge intégralement par le Gouvernement basque, la Députation provinciale et par la Mairie qui a en outre offert gratuitement le terrain. Le Musée a ouvert ses portes en octobre 1997, avant que tout soit terminé.

On visitait alors l’œuvre du maître dans sa nudité, sans œuvre posée au sol ou accrochée au mur. Pour tout viatique, une  énorme curiosité de la foule qui attendait avant de pouvoir entrer et un signe de reconnaissance, des sur-chaussures de plastique bleu qu’il fallait utiliser pour ne pas dégrader la chape de ciment fraichement posée sur le béton. Je le sais, j’ai fait partie de ces découvreurs. J’ai alors pensé que le bâtiment se suffisait à lui-même. Il allait être presque "dommage" de devoir y installer des créations artistiques pour pouvoir dire que c’est vraiment un musée.

Bilbao-PaseodeAbandoibarra-2006-Wikipedia

Le Musée Guggenheim de Bilbao est maintenant une réalité plus d'une décennie après son ouverture en octobre 1997. Son succès a dépassé les attentes les plus ambitieuses au plan  tant artistique que culturel et continue à contribuer de façon étonnante à la création urbaine, la revitalisation économique et sociale de l’agglomération et de son environnement. Bilbao est devenue un cas d’école exemplaire en Europe pour de nombreuses villes au passé portuaire, en lien avec l’eau et qui connaissent en ce début du troisième millénaire une certaine atonie urbaine. On place toujours Bilbao en premier dans les réussites incontestables, à la condition de ne jamais oublier qu’il faut tous les ingrédients nécessaires à commencer par la dimension humaine, la cohérence globale du projet et la forte prise de risques par l’ensemble des acteurs .

En effet une des dimensions rarement mise en avant de l'Opération Guggenheim est la prise en compte dés le départ de la maîtrise financière. Dés 1991, explique le directeur du Musée,  Juan Ignacio Vidarte, l'idée d'un musée à l'architecture spectaculaire devait être conduite avec "une gestion exemplaire... Et comme le financement par subventions nous semble une technique de gestion obsolète, nous limitons celles-ci au tiers de nos recettes. C'est tout Bilbao qui a changé: 4500 emplois ont été induits par le musée; les terrains ont pris de la valeur; le fleuve est redenu propre; ses berges sont rendus à la population...Et dire qu'il y a seize ans, tout le monde parlait du Musée comme d'un coût, et non d'un investissement." Cet homme parle en connaissance de cause; Juan Ignacio Vidarte était directeur de la politique fiscale de la Province de Biscaye avant son entrée en fonction au Musée.  

A trop citer « l’Effet Guggenheim », sans le remplacer dans son contexte, on en oublie en effet qu’il ne se serait rien passé ou presque sans les autres aménagements engagés très rapidement quasiment en même temps grâce au plan global de relance de la ville. La création du musée Guggenheim a été le symbole, la pointe de l’iceberg visible, indispensable mais en aucun cas suffisante pour modifier l’équilibre de toute cette agglomération qui compte près d’un million  de personnes, sans compter la diaspora très active qui a constitué un moteur très puissant pour faire connaître la ville. On compte plus de 4 millions de Basques d’origine directe à l’étranger et 15 millions portant un nom basque. Certes tous les Basques ne sont pas originaires de Bilbao, mais tous assurément sont fiers de cette réusssite. Quant aux touristes venant du monde entier, ils sont maintenant plus d’un million à venir par an. 

Bilbao-Guggenheim-panoramic-Fernandopascullo-2008-Wikipedia

Pour conclure, voici la description qu’en fait Ariella Masboungi, Architecte-Urbaniste  en Chef de l’Etat (France): « Bilbao, nouvelle Mecque de l’urbanisme. Une ville qualifiée de 'riche et laide' par Hemingway, devenue laide et pauvre dans les années 70, a connu une véritable résurrection avec la création d’un musée Guggenheim. Cet acte architectural et culturel majeur a provoqué une rénovation de l’urbanisme et de l’architecture de Bilbao, désormais ville-phare de la movida espagnole ».  

 Pour suivre le chemin, avant d’aller à Bilbao

. Consulter le site officiel de la ville sur    http://www.bilbao.net/cs/Satellite?pagename=Bilbaonet/Page/BIO_preHome

.Retrouver l'interview du Directeur du Musée dans "Challenges n° 100, sous le titre de "Ressuciter une ville, A Bilbao, le Musée Guggenheim a été le catalyseur".

. Sur l’histoire de la ville au cours des siècles, une très bonne étude détaillée, avec des cartes anciennes, des photos d’époque et des tableaux sur le site d’un  restaurant  le Cafe Bar de Bilbao fondé en 1911 et restauré en 1992, Tlf.: 944 151 671, info@bilbao-cafebar.com,  http://www.bilbao-cafebar.com/fran.htm   

Bilbao-Guggenheim-La-materia-del-tiempo1-Collection permane

. Lire comment la Fondation Guggenheim parle d’elle, de Bilbao et de ses expositions http://www.guggenheim-bilbao.es/fr/?gclid=CIXL6or8xLMCFSTLtAodFy8ALQ Il y a en ce moment une exposition Egon Schiele jusqu’au 6 janvier 2013

. Sur l’histoire et la culture basque http://www.eke.org/fr/culture-basque/pays-basque/historia/erdi_aroa et sur l’importance de l’émigration basque au cours surtout depuis le XIXe siècle essentiellement en Amérique latine et aux Etats-Unis http://fr.wikipedia.org/wiki/Diaspora_basque 

. Consulter aussi Wikipedia avec une photo panoramique où l’on voit le Musée en rive gauche de la rivière le Nervion ;  on voit bien la densité urbaine de la rive droite  qui a vu son attractivité exploser avec un effet induit sur la hausse du foncier, la venue de nouveaux habitants à hauts revenus et la baisse du nombre des personnes à petits budgets. C’est aussi ça l’« Effet Guggenheim ».    http://fr.wikipedia.org/wiki/Bilbao 

. Lire l’analyse fine et documentée d’Ariella Masboungi Architecte des Bâtiments de France en chef qui montre comment cette création architecturale d’un nouveau type a été utilisée  en un temps record pour moderniser entièrement la ville avec un métro, un tramway, un nouvel aéroport, des aménagements tous conçus en cohérence et en connexion les uns avec les autres, dans un tempo extrêmement rapide, pour modifier la ville en profondeur au niveau culturel, des infrastructures urbaines lourdes, la rénovation des berges, la revitalisation de quartiers urbains vieillissants, grâce à un partenariat public-privé exemplaire « Ria Bilbao 2000 »... A voir, sous le titre de « Bilbao, la nouvelle Mecque de l’Urbanisme » sur  http://www.annales.org/ri/2008/ri-fevrier-2008/Masboungi.pdf 

. Photos des différents contributeurs cités, avec mes plus vifs remerciements, en particulier à Mikel Etsarri  du Bilbao Cafe-Bar, à retrouver dans l'album photos "Rives de Ville 3" sur ce blog.

Voir les commentaires