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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Pub > Naf-Naf > La Belle Dame, la Gitane et les Roulottes

31 Décembre 2012, 15:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une campagne très soignée que la marque Naf Naf vient de signer sous le signe d’une robe naturellement blanche  très décolletée pour une jeune femme forcément blonde aux cheveux tressés en une natte virginale ornée de fleurs assurément blanches pour mieux renforcée la virginité de la future épousée en plein champ. Elle est le symbole de la pureté et en même temps de la séduction avec le haut du corps offert à la vue à la Marilyn Monroe. 

Naf-Naf-2012-1-Dame-Gitane

Une jeune gitane en robe foncée à la longue chevelure rousse qui lui couvre le dos et au châle fleuri de roses rouges qui éclatent sur un fond blanc avec des feuilles vertes se tient assise sur le côté droit du visuel. On devine qu' elle est pensive ; elle tient dans ses deux mains  aux ongles rouges la main gauche que la future épousée lui tend dans un geste gracieux. La bizarrerie est que celle-ci regarde le visage de la gitane et non pas sa main que regarde la gitane, qui est celle qui connaît les forces obscures et sait prédire l’avenir en lisant les lignes de la main. Parfois aussi en tirant les cartes, mais cette scène aurait nécessité une table et deux tabourets.

 

Le chien de la gitane se tient très attentif, avec son oreille gauche levée, sur le côté gauche du cliché, en contre-bas par rapport à la gitane. Il anime par sa présence cet endroit un peu vide de la scène. Il a aussi une autre fonction me semble-t-il qui est de surveiller la rencontre et de protéger sa maîtresse aux cheveux roux.  C’est lui également qui à lui seul incarne la présence animale. Il manque en effet les chevaux qui tirent les lourdes roulottes.   

Au second plan, il y a en effet non pas une mais deux roulottes au bois verni toutes neuves sorties tout juste de l’atelier du fabricant. C’est la dimension très « folklore d’Europe centrale » qui rend la scène très théâtrale. On n’imagine pas des vraies roulottes parcourant vraiment l’Europe avec leurs occupants aussi impeccables, qui ne sortent le temps de l’atelier que le temps des prises de vue.

Au loin on devine un village avec son clocher dans le fond du paysage et au sol on remarque de la paille étendue sur la terre sur laquelle marche avec délicatesse avec ses talons hauts et sans se salir la jolie jeune femme vêtue de probité candide dans sa robe de gaze blanche. 

Ce visuel pour la robe blanche a été conçu par l’agence Gaultier Colette avec Stéphane Huard pour la photographie. Paru dans Biba de mai 2012, il fait le pendant à un autre visuel crée cette fois-ci pour une robe rouge où la marque ne parle plus de pureté ni de « dis-moi gitane de quoi sera fait mon avenir » mais de franche séduction avec la belle aux cheveux longs et toujours blonds dansant devant le feu et devant avec un gitan aux cheveux noirs de la tribu au son d'une musique gitane forcément endiablée. Comme le feu du désir, comme une distribution des rôles à l’antique, mais avec une vraie réussite visuelle.  

Naf-Naf-2012-2 Jeune Femme dansant 

Avec en plus, le recours à la prédiction de la gitane pour garantir un destin heureux en lisant les lignes de la main. Grâce à qui ? Grâce à Naf-Naf en 2012 pour 2013. Il est vrai que la robe s’appelle « Déesse ». Elle est recommandée pour « un mariage bohème chic ». Tout ça pour 199E avec en plus une vie de bonheur garantie. Qui dit mieux en encore 2012 !  

 

Pour suivre le chemin

. Voir le site de la marque http://www.nafnaf.com/fr/actus.html  

. Lire l’étude de Wikipedia sur la rousseur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Rousseur et celle sur la blondeur http://fr.wikipedia.org/wiki/Blondeur avec un portrait de Marilyn Monroe mais pas celle fameuse où l’actrice retient la jupe de sa robe blanche quand elle passe au-dessus d’une bouche de métro…dans le film « Sept ans de réflexion ».

 

Michelangelo Caravaggio LaDiseuse-de-Bonne-Aventure-1594-Le

. Retrouver un tableau du Caravage peint en 1594  où la Diseuse de Bonne Aventure regarde le jeune seigneur qui fait appel à ses dons les yeux dans les yeux sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Chiromancie!

 

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Photos > Paysages routiers de la Vallée de l'Eure > Le Givre

29 Décembre 2012, 12:08pm

Publié par Elisabeth Poulain

Entre Rouen et Evreux, comme un joli conte qui ouvre la saison de l’hiver, par une féérie de givre si léger qu’il teinte de blanc le vert de la prairie, le brun clair des peupliers ou celui plus foncé des vieux pommiers, qui fait ressortir les volumes et marquent l’espace. C'est un paysage sans maison, sans mouvement, où tout est blanc. Mon histoire se déroule en photos quand j’ai pris conscience de la présence du givre. Ce duvet blanc de glace qui donne une grande finesse à chaque ligne, à chaque volume.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre01

L’histoire commence par Givre 1, comme une scène de théâtre avec ces différents plans et volumes pour annoncer l’ampleur des grands paysages à venir avec en majesté ces magnifiques peupliers à la ligne élancée en forme de pinceau effilée vers le ciel.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre2, Arbre

Givre 2 donne à admirer l’arbre rond de grande taille le plus proche de la voie rapide.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre3, Pëupliers1

Givre 3 est le premier élément de la trilogie des rideaux de grands peupliers. La photo ouvre la scène.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre4, Pëupliers2

Givre 4 marque le fond du décor, comme pour arrêter le regard ouvert plein champ en vista vision. C’est le moment où la profondeur sera la plus grande au cours du trajet.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre5, Pëupliers3

Givre 5 signe l’au-revoir de ces peupliers en majesté, plantés en même temps, tous en pleine vigueur.     

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre6, Talus

Givre 6 marque un temps de pause pour reposer l’œil après tant de largeur et de profondeur de paysage. Voici un talus qui n’a de remarquable que de tracer une séparation franche avec le bleu si clair du ciel.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre7, Clos Pommiers

Givre 7 apporte la touche normande avec un pommier entouré d’une clôture agricole au milieu d’une vaste prairie, comme un clos dans un clos.

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre8, Effet vitesse

L’effet vitesse est rendu par Givre 8 avec cet arbuste proche de la route.  

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre9, Bouquet d'arbres

Un bouquet de feuillus en Givre 9  annonce un changement de paysage. On devine la présence d’une petite route sur la droite de la photo.  

Vallée de l'Eure-Entre Rouen et Evreux, Givre10, Perspective

Givre 10 annonce la fin de la séquence. La voie rapide remonte en coteau. On quitte le fond de la vallée marquée par la présence de l’eau. Il est temps. On arrive. La descente vers Evreux s’annonce.

Cette série de photos témoigne  de  l’arrivée de l’hiver dans la vallée de l’Eure, un affluent de la Seine, sur la RN 154 entre Rouen et Evreux.  Son tracé slalome au fond de la vallée, entre l’affluent de la Seine et la route placée sur la crête du coteau. Le paysage est fait de champs et  d’arbres, avec à chaque instant des particularités qui viennent des arbres, de la taille du champ, d’une cabane… Là tout n’est qu’harmonie végétale, sans personne ni animal.  Le travail de l’homme par contre est toujours présent. En témoignent la terre après la récolte du foin, le pommier protégé par une clôture, l’abri pour un cheval, le labour d’après la fenaison, la séparation franche d’avec les bois nombreux à mi pente avec le haut du coteau...   

Pour suivre le chemin

. Voir la série des clichés dans l’album photos « Paysages » sur ce blog.

. Retrouver un  premier billet sur les « Paysages ferroviaires »    Photos > Paysages ferroviaires > Belgique > Flandres > Sud-Ouest

. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Eure_%28rivi%C3%A8re%29pour avoir quelques informations sur la rivière.

. Photos Elisabeth Poulain

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Les vins d'abbaye et ...un Côte de Saumur, cuvée de Fontevraud

19 Décembre 2012, 18:15pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pour les fêtes, il faut bien parler au pluriel des vins et des abbayes. Mais avant quelques mots sont nécessaires sur ce  qu’on entend par abbaye. Seules les abbayes qui sont encore exercice peuvent parler d’elles, comme vous le montre le site des vins d’Abbayes, en disant « ceci est notre vin ». En Champagne, citons Clairvaux, en Loire Bourgueil, dans le Jura Genne, en Côtes du Rhône la Charteuse de Valbonne, en plus des deux « poids lourds » que sont la Bourgogne qui en  compte cinq et le Languedoc sept.   Blog-divers-007.JPG Quant à Fontevraud,  son abbaye est bien sûr unique, à un point d’ailleurs qu’on a du mal à imaginer. Pas seulement parce qu’elle a été fondée en 1101, pas seulement à cause des rôles que les différents  pouvoirs lui ont attribués au fil des siècles qu’à cause de son implantation en cœur de Loire, au plus profond du territoire, dans une terre riche et généreuse en lien avec la Royauté de France, l’Etat du Vatican et la Couronne d’Angleterre. Pour autant, on ne peut pas dire que  la cuvée dont je vais vous parler est un vin d’abbaye, c’est une cuvée qui a été sélectionnée pour porter le nom de l’Abbaye de Fontevraud. 

Le lien de l’abbaye avec la vigne et le vin. Il est au cœur de la raison d’être de l’abbaye, pas seulement pour des raisons temporelles pour assurer la survie de la communauté, pour avoir chaud l’hiver ou garder leur rang pour les Mères Abbesses filles de roi. La raison en était aussi d’origine spirituelle lors de la célébration de l’Eucharistie au cours de la messe avec le vin liturgique. Pour assurer leur approvisionnement, les moines  fonctionnaient au maximum en autarcie et réservaient les meilleurs vins de l’abbaye pour la célébration de la messe.   Abbaye-Fontevraud-Ancienne 1633 Wikipedia

L’abbaye de Fontevraud a un riche passé viti-vinicole. Dès sa fondation en 1101, la vigne a été plantée. Le vignoble s’est agrandi au fil des donations faits à la communauté jusqu’à représenter plusieurs centaines d'hectares au XVIIIe siècle. "Un petit vignoble était présent dans l'enclos monastique et tout autour de l'abbaye (Grand Clos de Vigne, le Clos de la Reine...). Entre outre, elle possédait des vignobles sur les coteaux le long de la Loire angevine et tourangelle, à Souzay, à Turquant (Domaine de la Mâtinière), à Dampierre. C'étaient les moines qui s'occupaient de la vigne...Ils rendaient compte aux moniales qui elles-même en réferaient à l'Abbesse." Une citation de ma recherche intitulée "Le Vin aussi est affaire de femmes".

Propriété de la Région des Pays de Loire, l’abbaye est devenu centre culturel où il est maintenant  possible de déguster les vins de Saumur Champigny non seulement ceux qui figurent sur la carte qualitative de  l’Alienor Café, mais aussi ceux qui figurent dans la sélection 2012 de la Cuvée de l’Abbaye. Ce sont des « Côtes de Saumur » qu’il est aussi possible d’acheter et de consommer sur place.

Abbaye-fontevraud-2012  

Les trois vins. Le  choix s’est fait facilement, puisque ce sont les trois vignerons médaillés d’or de la sélection des Côtes de Saumur qui ont choisis. Citons en Ier Isabelle Suire à Berrie  pour son Saumur brut (80% de chenin et 20% de chardonnay) vinifié en méthode traditionnelle. Le Domaine de Filliatreau-Château Fouquet à Dampierre sur Loire  pour son Saumur rouge à partir d’un 100% cabernet franc 100%. Quant au Saumur blanc, un chenin, il est celui de de Jean-Marie et Noël Girard du Domaine du Vieux Bourg à Varrains.   

Les trois étiquettes sont très contemporaines. Elles sont l’œuvre de Richard Nègre accueilli en résidence à l’Abbaye. La plus connue, celle qui a été primée – façon de parler- sur le net  est celle qui éclate de rouge, pour le Saumur Brut d’Isabelle Suire. Trois éléments ressortent, comme un jeu à trois, trois couleurs un rouge clair vif, un vert pâle, et un rouge assombri pour une tour, une absence de trait du fait de la juxtaposition des couleurs qui suffisent à marquer la différence et enfin le choix de ne garder de l’abbaye qu’une tour, un mur, des toits et surtout une porte ouverte qui ressort doublement sur une ligne oblique, une seconde porte plus petite  double la première mais cette fois-ci, la porte est rouge clair, comme la couleur du ciel de l’étiquette.

On retrouve le symbole de la porte ouverte qui s’ouvre pour entrer dans l’abbaye dans le Saumur blanc du Domaine du Vieux Bourg. L’étiquette est cette fois-ci verticale, avec trois couleurs le bleu ciel, le noir de la porte ouverte et le gris bleuté avec des touches de blanc de la rampe qui monte. Quant au Côte de Saumur rouge de Filliatreau, le graphisme est plus difficile à interpréter. On dirait qu’il s’agit du toit de la cuisine de Fontevraud, violemment éclairée sur le côté droit et des flammes sur le côté gauche. Le tout fait penser à la proue d’un navire qui fend les flots, mais sans bouger.

Abbaye de Fontevraud, Cuisine 

Richard Nègre est toujours présenté comme réalisateur de films d’animation. Il a aussi un grand sens de l’espace, d’un espace immobile et comme réduit à son essence hors du temps. C’est la raison pour laquelle j’apprécie beaucoup sa façon de parler de lui-même. Il dit, pour expliquer sa démarche  « Je m’intéresse au temps ». Eh bien, c’est vrai. A Fontevraud, il  a réussi à figer le temps pour ne garder que l’espace réduit à son essence intemporelle, hors du temps, pour ces trois cuvées, celle d’une année, celle de 2012. Il était vraiment temps que je vous en parle avant le passage à la nouvelle année.

Pour suivre le chemin

. Lire  La lettre de Fontevraud, septembre-décembre 2012, n° 19, www.abbayedefontevraud.com    et voir le site http://www.abbayedefontevraud.com/visite/cuvee-abbaye-2012 avec la photo des trois bouteilles des vins sélectionnés.  

. Voir aussi l’article  http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=12765 qui annonce la sélection 2012. 

. Sur Fontevraud, lire aussi sur ce blog, Raisonnement binaire + Couple antinomique > L'Abbaye de Fontevaud      

. Retrouver Isabelle Suire, cette jeune vigneronne talentueuse  sur Isabelle-Suirre-Vigneron-Berrie-Cuvee-Abbaye-2012.jpghttp://www.tourisme-vienne.com/vignoble-production-vin/berrie/610/vignoble-isabelle-suire-berrie       

le Domaine Filliatreau sur http://www.filliatreau.fr/   et  Jean-Marie et Noël Girard sur http://www.vieux-bourg.com/les-vins.php

. La carte des vins de l’Aliénor Café est à voir sur http://www.abbayedefontevraud.com/visite/restaurants/alienor-cafe  Vous y retrouverez en particulier les vignerons de la bande des 13 ! Avec Christelle Dubois et son Cabernet Franc.Si vous voulez goûter un Saumur "Clos des Abbesses", c'est au Château d'Eternes à Saix dans le Haut-Poitou, juste derrière Fontevraud que vous devez aller, le clos était mentionné comme appartenant à l'abbaye en 1467. A retrouver dans "Le vin ausi est affaire de femmes", Elisabeth Poulain, Cheminement éditeur.    

    . Consulter le site très bien fait des vins d’abbayes  http://www.lesvinsdabbayes.com/

. Aller à l’Abbaye de Lerins  et consulter avant  http://lerina.abbayedelerins.com/ avec des paysages à faire se damner un saint.  Les moines organisent une vente aux enchères des vins du Clos de la Charité le 26 janvier 2013.

. Et suivre le débat sur la dégustation des vins de l’Abbaye de Lérins et leur prix d’achat http://lapassionduvin.com/phorum/read.php?10,34626

Abbaye de Fontevraud

. Sur Richard Nègre, voir http://www.chateaudesacy.com/art/f_richardn.php. On le présente comme un réalisateur de film d’animation. Il est aussi un plasticien qui a un grand sens de l’espace, et « un minimaliste complexe » sur  http://www.haut-pave.org/exposants/inside/Negre.html et  sur son site http://www.richardnegre.com/

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La Pub > Gordon's Gry Gin > Le Sanglier et la Pieuvre > Leo Burnett

17 Décembre 2012, 12:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre dans la série « Bestiaire de la Pub ».Impossible d’inscrire le titre complet pour cause de trop grande longueur. Ce billet porte sur une pub conçue par l’agence Leo Burnett  pour un gin, un Gordon’s London Dry Gin, un vieux de la vieille qui est né  il y a fort longtemps, qui a beaucoup vécu, en ses quelques siècles d’existence et qui, maintenant depuis plusieurs décades, s’est refait une jeunesse en visant la couleur, la fête, les jeunes bien sûr comme tous les autres  spiritueux, tout en gardant son nom, ses codes et son emblème. Une bien longue phrase pour un bon vieux gin, oui mais un Gordon’s Dry Gin.

Gordon's Gin

. C’est un gin Gordon’s parce que le fondateur de la distillerie au sud de Londres en 1769 s’appelait Alexander Gordon. La date continue d’ailleurs à être marquée sur l’étiquette de chaque côté de la tête d’un vieux  sanglier qui constitue l’emblème de la marque. Un ancêtre d’Alexander Gordon d’origine écossaise avait en effet reçu l’autorisation de porter un sanglier dans les armoiries de la famille après avoir sauvé le roi d’Ecosse d’une attaque de sanglier. Ce sanglier étonne tant le dessin est dur, du coup la bête apparaît encore plus étrange. La marque a voulu conserver ce symbole de la force et de l’endurance que pouvaient très bien comprendre les hommes envoyés au combat qui l’appelaient « l’eau de courage ». Une autre dimension apparaît ici,  c’est celle du lien à la terre qui nourrit, celui des moissons abondantes et du grain qui remplit le ventre et apaise la faim. Le gin est en effet un alcool de grain. Mais comme pour tout symbole, le sanglier à l’image positive a aussi son contraire, le porc qui souille, salit, se vautre dans la bauge… 

 . Le gin est un alcool distillé à partir de céréales et de genièvre.  On voit bien le lien entre l’alcool de genièvre, genever et gin. Cet alcool titré à 37, 5° ou 40°est né à une date indéterminée au XVIe siècle d’abord en Hollande sous le nom de « Genever ». La marque hollandaise la plus célèbre depuis cette date est le « Bols » à la célèbre bouteille en faïence brune qu’on a appelé aussi le « Dutch Genever » mais pas aux Pays-Bas bien sûr. Plus tard les Anglais au XVIIe en ont revendiqué la paternité ; la question avait moins d’importance tant la production avait explosée en Angleterre. Une autre raison est que les deux royaumes d’Angleterre et des Provinces-Unies des Pays-Bas avaient noué des liens très forts en la personne de Guillaume d’Orange, monté sur le trône en Angleterre en 1689 sous le nom de Guillaume III.

Gordon's Gin, le sanglier   

. Dry pour montrer  que c’est un alcool sec, qui a subi une distillation à partir de houblon et d’orge principalement. Le résultat est un alcool titrant  à 98°, neutre au goût, aromatisé ensuite avec des baies de genièvre et plus tard, quand il fallut anoblir le breuvage, avec d’autres plantes, telles que l’angélique, la réglisse, la poudre de racine d’iris, l’écorce d’agrumes orange ou citron séché, des graines de carvi et de coriandre… C’est cet élixir très facile à élaborer dans sa formule simplifiée allongée avec de l’eau pour arriver au titre d’alcool souhaité, qui a d’abord été délivré aux soldats  anglais venus combattre sur le sol hollandais pendant la guerre de 30 ans, pour lutter contre les miasmes et l’humidité. Ainsi « réchauffés » par cette préparation « médicale », les militaires pouvaient guerroyer plus efficacement et plus longuement. Ils rapportèrent la recette dans leur bagage, en retraversant la Mer du Nord pour revenir au pays.  C’est au moins ce que dit la légende transmise qui fait un premier lien avec l’eau mais ce ne sera pas le seul.

Les chiffres du succès impressionnent par les quantités et par la rapidité de propagation de cet alcool dans le peuple. A Schiedam, près de Rotterdam, on compte près de 400 distilleries en 1663. En 1685, dans la proximité de Londres, la production s’élève à 500 000 gallons (1gallon= 4,5l). Pour les distillateurs anglais, l’âge d’or  continue : en 1742, ce sont 18 millions de gallons qui sont vendus. Il faut dire aussi que la couronne britannique, en recherche d’argent pour continuer les guerres et en particulier celle contre la France, avait autorisé, contre versement d’une taxe, la distillation à Londres et dans sa périphérie proche. C’est la raison pour laquelle l’indication géographique « London » a une valeur si forte. Elle ne garantit certes pas l’origine contrôlée, car on peut faire du gin partout dans le monde, mais la légitimité historique et la caution royale. Une autre ville a réussi à obtenir ce fameux label, c’est Westminster, une ville également à forte empreinte royale. Cet exemple montre combien la fiscalité peut avoir une incidence directe sur la production.   

Le lien du gin avec le pouvoir marque aussi son succès et sa face noire dans l’histoire. Toujours en Angleterre, la poursuite du conflit avec la France conduisit au renforcement des taxes à l’importation sur le cognac d’origine française. Quasiment dans le même temps,  le prix du gin à acheter devint moins élevé que celui de la bière. En effet pour lutter contre la sur-consommation de la bière, une boisson très populaire auprès des « petites gens » qui conduisait très rapidement à l’alcoolisme, le gouvernement l’avait lourdement taxée. L’effet fut quasi-immédiat, l’appétence pour la bière qui était faiblement titrée se déplaça sur le gin beaucoup plus fortement alcoolisé et que les acheteurs continuèrent à boire dans les mêmes quantités que la bière. Le gouvernement prit en 1736 un arrêté d’interdiction du gin avant de l’autoriser à nouveau 6 ans plus tard, par impossibilité d’empêcher le très mauvais gin de contrebande de faire encore plus de ravages que le "vrai" vendu sous licence.  Quelques années après, un dessin devenu célèbre témoigne de la gravité de l’alcoolisme du au gin –l’alcool du pauvre et de la misère-  c’est la fameuse scène d’ivresse de William Hogarth en 1751 (redessiné par Samuel Davenport en 1880).  

. C’est le gin tonic qui permit de casser cette mauvaise renommée qui a collé à la peau du gin pendant longtemps. Le gin avait aussi la réputation, plus qu’un autre alcool, de conduire au désespoir et à la mort. Le gouvernement tenta de le taxer plus fortement avec la conséquence que du gin de contrebande très toxique inonda le marché. Une réaction que l’on va retrouver aux Etats-Unis lors de l’épisode très mouvementé de la Prohibition (1919-1933) qui avait interdit la production de gin. La consommation de gin frelaté vendu sous le manteau causa tellement de ravages dans la population américaine que le gouvernement revint sur interdiction pour  enrayer la catastrophe sanitaire du à l’alcool frelaté.

Une autre façon de lutter contre la face noire du gin, est pour le Gordon’s London Dry Gin de mettre en avant son appartenance à Londres, à l’instar des autres   grandes marques de gin. Citons  le Beefeater London Distilled Dry Gin (Groupe Pernod Ricard) qui revendique la place prestigieuse de n° 1 dans le monde, le Belgravia Dry London Gin, ainsi que le Bombay Sapphire Distilled London Dry Gin  ... Mais bien sûr, il y a Londres et les faubourgs de Londres. Seul le Beefeater est élaboré à Londres intra-muros, ce que le groupe Pernord Ricard ne manque pas de faire savoir.

L’invention du Gin Tonic basée sur l’alliance entre le gin et le tonic – de l’eau avec des bulles et de l’arôme - arrêta la descente infernale. A la fin de l’ère victorienne, les dames en firent une boisson fraîche et chic. Quant aux hommes pour ne pas être en reste, ce sont les officiers de l’armée britannique qui l’apprécièrent essentiellement à cause de ces vertus médicinales grâce au quinquina qu’il contient pour lutter contre la malaria. On retrouve l’alibi médical. Ils en firent un symbole de l’art de vivre masculin anglais dans le monde… Une autre façon de faire porte sur la communication positive sur et autour du gin à une époque pas si lointaine.

Gordon's Gin, Octopussy, Leo Burnett, Pub 1999, Courrier International 

Et c’est à ce moment-là que Leo Burnettarriva, celui de la fameuse agence de publicité que le grand homme a fondé le 5 août 1935 à Chicago pour commencer. Comme les agences de son groupe portent toujours son nom, c’est la preuve que ses successeurs continuent à mettre en application ses fameux principes de créativité, ceux qui ont fait son succès. On peut les résumer  en quelques phrases courtes résumées d’après ses propres paroles: « travaillez beaucoup, croyez en ce que vous faites, soyez votre Ier client, aussi exigeant que votre client le sera avec vous, et continuez à créer le meilleur, sinon arrêtez et enlevez mon nom de la porte. Si vous ne le faites pas, c’est moi devenu fantôme qui reviendrait la nuit pour enlever la plaque de la porte et ôter les pommes du panier de l’entrée. » Leo Burnett avait en effet l’habitude de placer un panier de pommes rouges dans l’entrée de ses bureaux, comme signe de bon accueil. 

Le moment de la création. C’était peu avant le changement de millénaire, au temps d’une euphorie que nous avons oubliée, un temps où tout paraissait possible, surtout dans le monde des boissons. C’est alors que les dirigeants de Gordon’s ont demandé à l’agence de concevoir une publicité qui soit vraiment autre, qui donne envie de prendre un Gin Tonic, en sortant aussi bien du profil de la boisson chic pour dames bien nées ou pour gentlemen à forte empreinte militaire. Quelque chose de différent, qui ait du sens, de joyeux, à fort impact visuel et qui parle sans mot.

Le résultat s’appelle la paille et la pieuvre, un « octopussy » en anglais.  C’est le petit nom affectueux que l’agence a donné à sa création visuelle d’une paille enroulée d’une des six sur les huit tentacules de grosses bulles. On est dans le verre et on nage autour de la paille. Seules de grosses  bulles, qui évoquent la pieuvre, jaillissent dans la partie haute du visuel du bandeau bas en jaune éclatant qui porte le nom de la marque « Gordon’s » en gros caractères rouges avec en dessous en petit et en noir la mention « Tonic Octopussy ». Il faut vraiment avoir des yeux de lynx pour voir en tout petits caractères en mention verticale sur la hauteur externe du visuel : « Composition ‘Octopussy’ : I/3 Gordon’s, 2/3 Tonic, 1 filet de menthe et bien agiter » « Leo Burnett », comme si c’était lui qui vous parlait directement

Gordon's Gin, Octopussy, Leo Burnett, Pub 2000 

L’agence a bien répondu à la commande, doublement pourrait-on dire. Ce visuel très créatif ne peut oublier une fois vu, un nouveau cocktail est né, avec un nom fascinant fondé sur l’image en bulles d’un animal doté d’un pouvoir de répulsion assez rare. La pieuvre fait partie  en effet de ces créatures vivantes qui font vraiment peur.  Mais Octopussy est également le nom d’un célèbre film de James Bond, le plus célèbre des agents de la couronne britannique dans le monde. Quel meilleur ambassadeur pour porter la célèbre boisson que ce film incarné par Roger Moore en 1983, un acteur anglais au charme flegmatique né à Londres, qui plus est ? 

C’est là où se voit l’intelligence qu’il peut y avoir dans une publicité pour contrer une histoire si lourde  qu’elle a durablement marqué tant la société anglaise au XVIIIe et XIXe siècle que la société américaine du début du XXe siècle. Il suffit de quelques grosses bulles pour évoquer un gin tonic avec un bandeau jaune vraiment tonique et une paille qui évoque les gondoles sur la lagune à Venise et les sucettes bicolores. Tout en évoquant d’une façon détournée qu’il y a de l’alcool dans toute cette eau aromatisée et cet air qui virevolte et enlace la paille. Il existe deux versions de ce visuel. L'avancée de la seconde par rapport à la Ière est que maintenant aussi la bouteille est sur le scène, elle est dans l'eau enlacée tendrement par une des tentacules de cette chère Octotopussy. Vous avez déjà vu, vous, une bouteille entière flottés dans votre verre? Moi non, Léo si La preuve, il l'a montre. C'est ça le miracle de la publicité.     

Pour suivre le chemin  

. Lire le livre de références « Bières, Vins et Spiritueux à travers le monde » de deux auteurs anglais Stuart Walton et Brian Glover, paru en anglais chez Anness Publishing Limited en 1998 et chez Manise en français en 1999. Certains propos des auteurs ont dû inquiéter l’éditeur (français ?) qui a pris la précaution d’indiquer que « les opinions émises dans cet ouvrage sont sous la responsabilité de leurs auteurs ». Il est vrai qu’il est rarissime en France de lire dans un livre portant sur les spiritueux, concernant le gin en pages 408, 409 et 410, les propos suivants :

 « Pour les miséreux de Londres, l’ivresse était le seul moyen d’échapper à la dure réalité. C’est ainsi que le gin commença à être associé au désespoir et au découragement. Le mythe persiste, le gin étant toujours considéré aujourd’hui comme un agent dépresseur plus radical que les autres… Des cinq principaux alcools dans le monde - cognac/brandy, whisky, rhum, vodka et gin -, il est le seul qui se doit de faire oublier sa sinistre réputation ». Les deux auteurs rapportent que « les marchands de gin vendaient leurs produits en des termes qu’aucune publicité ne pourrait plus employer aujourd’hui. Sur une annonce, on pouvait lire : Ivre pour un sou. Ivre mort pour deux sous. De la paille propre gratis » On peut lire aussi que « les masses populaires étaient droguées au gin ». Revoilà une histoire de paille mais cette fois-ci, je n’ai aucune piste vous donner.

Gin Lane, William Hogarth 1751 Samuel davenport 1880 Wikiped 

. Sur le gin, http://www.tastings.com/spirits/gin.html

. Sur le gin Gordon’s, lire l’histoire sur le site de la maison http://www.gordons-gin.co.uk/about/gordon's-history qui est une vraie réussite avec des bouteilles dessinées par le designer Terence Conran.

. Le visuel est paru en particulier dans Courrier International n° 454, 15 au 21 juillet 1999 en page 9. J’ai également sous les yeux l'autre version 2 mais sans la date ni l’origine.

. Voir le site de l’agence http://www.leoburnett.fr/FLASH/  qui présente bien la panier de pommes, mais horreur et damnation, ce sont des pommes vertes – des granny smith -  et non pas des pommes rouges, le rouge, la couleur de la tentation, comme celles que choississait Leo.

. Sur l’histoire de Leo Burnett lui-même, lire « 5 géants de la publicité » par Philippe Lorin, Editions Assouline. Le Ier est Lasker, celui qui a inventé le paquet de la Lucky Strike ». Burnett vient en second, Bleustein-Blanchet en trois, Ogilvy ensuite et Bernbach enfin. 

. La pieuvre est en symbolique le représentant des « esprits infernaux, voir l’enfer lui-même » selon les auteurs du Dictionnaire des Symboles, jean Chevalier et Alain Gheerbrant » dans la collection Bouquins chez Robert Laffont. Elle a du faire tellement peur aux auteurs qu’ils en sont restés quasiment coi en ne lui consacrant que moins d’une demi-colonne. A voir aussi chez ces auteurs l’importance très positive du sanglier dans le domaine symbolique.

. Photos Elisabeth Poulain et Wikipedia  pour le dessin de William Hogarth    

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Photos > Paysages ferroviaires > Belgique > Flandres > Sud-Ouest

13 Décembre 2012, 17:56pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont sept photos aléatoires que j’ai sélectionnées sur un certain nombre d’autres qui n’en méritent pas le nom (de photo) lors d’un déplacement en chemin de fer en Flandres près de la frontière française. Elles sont forcément aléatoires dans la mesure où l’œil voit avant que le doigt appuie sur le déclencheur alors que le train roule et sans qu’on puisse prévoir le paysage qui va venir.

Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (2) proche frontière française

 C’est un genre de sport qui est toujours frustrant et marrant de ce fait. On a fait ce qu’on a pu et puis voilà. Parfois  des photos sont réussies, parfois il y a bien eu une idée qui a fait « pfuitt », parfois il n’y a rien de rien au point qu’on se pose des questions sur soi-même. C’est bien pour cela que mon cerveau recourt au concept bien pratique de photo aléatoire.  Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (3), Pont    

Mon histoire commence (1) sur le quai de la gare de Bruxelles, avec la courbe d’un auvent et une jeune femme repliée sur elle-même, alors que part un train jaune.  Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (4), Amplitude    

En séquences 2 et 3, voilà un paysage typique d’emprise  ferroviaire auquel succède une  zone industrielle.   Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (5), Amplitude, Champ   

La séquence 4 présente un ensemble remarquable à fonctionnalités agricole et d’habitation  qui n’a pas cherché à cacher la voie ou à se cacher des trains. 

Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (6), Amplitude, Prairie, Arbre

En 5, voilà un grand champ avec des arbres après la moisson et en attente d’un labourage à coté d'un nouvel ensemencement. 

Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (8), Talus, Herbe 

Enfin pour en finir avec ces paysages à forte amplitude (6), voici le même talus qui a fait l’objet de toute mon attention, une fois dans sa quasi nudité à l'exception d'un brave buisson  et, la fois suivante, encadré par deux fiers poteaux.  

Paysage ferroviaire, Belgique, Flandres (9), Poteaux, Talus, Herbe

 

Pour suivre le chemin

. Prenez le train de temps en temps, ça change l’œil.J'étais à l'affût de meules que je n'ai pas vues mais par contre je me suis amusée avec ces séquences.    

. Photos Elisabeth Poulain. J'ai du alléger pour cause de surcharge photos. Il n'y a donc que 7 photos, à voir dans l'album "paysages"  

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Style de Pub > Savon Malacéïne > Dur de se laver pour une petite fille

10 Décembre 2012, 18:23pm

Publié par Elisabeth Poulain

La vie est dure, vraiment dure quand on est une petite fille de trois ans, quatre peut- être… A dire vrai quand on est petit, on se trouve toujours grand mais il faut dire à la vérité qu’on ne sait pas vraiment quel âge on a. Sauf que là, George Redon mon créateur-dessinateur m’a croqué quand j’étais à la fois petite-petite et suffisamment grande pour pouvoir faire ma toilette toute seule. Enfin, c’est une façon de parler.

Georges Redon, 1927, Savon Malacéïne 

Vous me voyez moi avec mes petits bras porter une bassine en métal remplie à moitié avec de l’eau ?! Non franchement, j’ai essayé mais cela n’a pas été possible même avec la bassine placée à ma hauteur. Si j’avais dû la descendre de l’évier ou aller la remplir à la fontaine imaginez les dégâts. A mon avis, il ne serait plus resté une goutte d’eau dedans et moi par contre j’aurais été bien mouillée.

Parce que moi j’aime l’eau et l’eau me le rends bien. C’est pourquoi Georges, mon tonton, le tonton Georges donc –je n’ai pas le droit de l’appeler par son prénom, par contre quand j’ajoute Tonton avant, ça va, c’est bizarre - m’a choisi moi et pas ma grande sœur. Elle a été furieuse. Je me demande bien pourquoi parce que moi, ça m’a fait plaisir, c’est sûr, mais pas plus que cela. Je suis quelqu’un de sensible et j’aime bien qu’on me laisse tranquille à barboter dans mon coin.  

Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre – je trouve que Tonton Georges est bien compliqué, il est mon oncle préféré mais quand même – pour bien comprendre que je devais me laver, sans le faire, en étant le plus propre possible alors que j’avais des instructions claires et répétées je ne sais combien de fois, de faire semblant de me laver toute habillée avec ma barboteuse blanche, ma préférée, celle que je n’ai en principe pas le droit de mettre sauf le dimanche parce que justement elle  se salit tout le temps, avec en plus mes socquettes blanches et mes petits chaussons bleus. Sept lignes pour vous expliquer tout ce que j’ai dû supporter, quand même.  

Ah les chaussons bleus, c’était une mesure obligée pour faire propre  parce que les vieux chaussons, que je mets tout le temps, eux, auraient bien eu besoin d’être nettoyés. Moi, je les aurais bien mis dans la bassine. Au moins cela aurait servi à quelque chose, parce que j’avais dans ma petite main gauche un petit savon d’une marque dont on m’a répété mille fois le nom, mais comme c’est tellement compliqué, je n’arrive pas à m’en souvenir. J’allais commencer à pleurer quand Tonton Georges a chassé toutes les femmes de la famille  de la pièce  parce que si non « le modèle allait être défiguré par les larmes ».

Le modèle, la star, c’était donc moi. Mais ce n’est pas pour autant que Tonton a pu commencer à me dessiner, avec la bonne lumière et tout et tout. Le plus dur, ça a été de trouver la « bonne » chaise. Là, non plus je n’ai rien compris. Pour moi, il y a deux sortes de chaises ou plutôt deux fois deux sortes. Il faut vous dire que je suis bonne en calcul. Il y a les chaises de la cuisine et les chaises de la salle à manger, les chaises pour les grands et les chaises pour les petits comme moi et ma sœur. Mais tout ça ne donne pas quatre chaises mais trois seulement, parce qu’il n’y a pas de chaise-enfant dans la salle à manger. Il faut donc qu’on apporte les chaises pour nous quand on a le droit de manger dans la salle à manger.

Georges Redon, 1927, Savon Malacéïne 

Bon, aucune chaise n’allait à Tonton, quand soudain, Tante Georgette, pas la femme de Tonton Georges mais une autre, a proposé sa chaise basse-haute à la fois. C’est une chaise haute pour le haut qui a des pieds raccourcis, sauf que ce n’est pas aussi simple que ça. Mais ça, c’est trop dur de vous dire pourquoi. La seule chose que je sais moi c’est que sans la chaise à bonne hauteur pour mes genoux, je n’aurais pu devenir immortelle ou quasiment…Merci Tonton,  Georges Redon pour ceux qui ne sont pas de la famille.

Mais la seule chose qui m'ennuie vraiment c'est que je me demande si c'était bien moi, moi qu'il a dessinée, avec cette question qui me taraude "est-ce que j'étais vraiment aussi mignonne, petite?". 

Zut, je m'aperçois que j'ai oublié de vous parler de la serviette blanche avec des liserés rouges posée sur le dosseret. Il fallait qu'il y ait du rouge sur le dessin, qui s'accorde avec le rouge du "Régal pour la peau". A l'époque, j'avais trouvé ça bizarre. Je me souviens seulement que j'avais goûté un morceau de ce régal. Bon, je peux vous le dire maintenant, c'était affreusement mauvais. Tout le monde avait ri de ma bêtise et moi j'avais pleuré... Je m'en souviens très bien. Oui parfaitement!

 Pour suivre le chemin

. Sur le savon Malacéïne, je n’ai aucune piste à vous donner.

. Sur Georges Redon, j’ai trouvé très peu d'informations: ses dates de vie 1869-1943 et la reproduction d’un de ses dessins de 1926 avec deux petits-enfants, une petite fille qui baisse le short d’un petit garçon. On les voit, comme sur la plaque Malacéïne, tous les deux de profil, avec leurs joues rondes, un petit nez retroussé, une grosse frange et une tête arrondie par des cheveux gonflants. Il y a « un style Georges Redon » dont la petite fille au savon Malacéïne est un excellent exemple. Le dessinateur a été très connu et a travaillé longtemps pour Nestlé , qui utilisait beaucoup l'art publicitaire avec des jeunes enfants. On trouve encore des dessins à vendre du dessinateur sur E‘ Bay.

Il est impressionnant de voir un tel décalage entre sa notoriété au début du XXe siècle, l'absence d'informations maintenant et la copie dont ses oeuvres font l'objet. La plaque que vous voyez en photo est un original.

. La chaise est en effet une création d’artiste que vous ne trouverez jamais dans la réalité : ses pieds sont trop courts, le dosseret beaucoup trop haut, les proportions absolument pas respectées. Voyez les préconisations du Centre canadien d’hygiène et de Sécurité au travail, un site remarquable que je recommande http://www.cchst.ca/oshanswers/ergonomics/office/chair_adjusting.html . Sur les normes françaises, consulter http://www.ideesmaison.com/Le-Mag-de-la-Maison/Fiches-bricos/Bois/Normes-entretien-divers/Normes-dans-le-bois/Chiffres-pratiques.html

. Photo Elisabeth Poulain

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De la complexité territoriale et citoyenne, selon Martin Vannier

9 Décembre 2012, 19:00pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce n’est pas le titre retenu par Martin Vannier à l’INSET-Angers lors de son intervention récente devant les membres du Conseil de Développement présents en nombre pour  entendre le géographe venu nous parler de la complexité du lien entre le territoire et le citoyen. Mais c’est un titre qui attire bien l’attention sur la difficulté de cerner les interactions qui unissent le citoyen, le territoire et le temps dont une des formes d’expression est la complexité au cœur de la présentation.

C’est Pierre-Marie Rivière, le président du Conseil de Développement d’Angers Loire Métropole qui a d’emblée placé la problématique sur le temps et le mouvement perpétuel  qui affecte le territoire et le rôle que les habitants peuvent y exercer, en partageant le travail de développement. Il s’agit d’analyser le pouvoir conféré au territoire à partir du vécu des habitants et non pas à partir des frontières.

INSET d'Angers, Martin Vannier, Louis-Marie Rivière Conseil du développement 

Martin Vannier précise qu’il va parler de « la participation des citoyens aux décisions publiques dans le cadre du territoire ». Il y a donc trois composantes, le citoyen, la décision publique et le territoire. Sa réflexion s’articule en 3 points, 4 synthèses et 5 propositions.

Le Ier point est une mise en garde relative à la portance du territoire. Il ne s’agit pas d’attribuer au territoire des dimensions qui ne sont pas les siennes. Parler par exemple d’un ministère de l’égalité des territoires est un leurre (un terme qui n’a pas été utilisé). « Il ne peut y avoir d’égalité des territoires comme il n’y en a pas entre les hommes et les femmes. Il n’y a de territoire que dans la différence. »

Martin Vannier aborde ensuite la question du lien entre la citoyenneté et la décision publique. Le millefeuille territorial rend la compréhension du territoire difficile. « Le citoyen n’y comprend plus rien. » A son avis, le territoire n’est pas la bonne façon d’ aborder la question de la citoyenneté ; « le territoire ne peut pas porter cette question…La complexité en France s’est beaucoup accrue depuis 20 ans. C’est une bonne chose. Le XIXe siècle a vu l’émergence du fait social à partir de la Commune. Le rôle du citoyen a suivi cette évolution. Il faut noter d’ailleurs que les pays ayant accordé le droite de vote aux étrangers sont majoritaires. » On peut ainsi tracer une ligne entre la complexité, la citoyenneté, la question publique  et « le territoire qui n’est ni la source ni la conclusion. »

Point n° 2. Il s’agit d’analyser la citoyenneté en lien avec le fait public. L’auteur constate « une usure, un épuisement du pacte citoyen, l’épuisement étant d’ailleurs plus englobant que l’usure propre du territoire. » Pour comprendre, il faut partir du citoyen en se posant la question : qui est-il ? Celui qui a le droit de vote. Puis apparait une notion associée qui porte sur la pratique délibérative : est citoyen celui qui délègue, suit la délibération, accepte la décision et s’y soumet. Arrive une troisième époque après la guerre, celle d’une citoyenneté consultative en lien avec un haut niveau de formation où il est fait appel à des experts, aux entreprises, aux syndicats, ce qui provoque une certaine forme de renoncement. Dans la 3e étape, on note « l’engagement actif d’un citoyen qui participe : il fait plus que voter à la différence d’un ‘demi-citoyen’ qui ne fait que voter ». Le pacte territorial s’enrichit avec l’engagement du citoyen. Est citoyen, celui qui a une place (entière, un terme non employé) pour participer. 

Point n°3 L’étape actuelle voit l’émergence des conseils de quartier, des conseils de développement dans le territoire. La question qui se pose est de savoir si ces instances nouvelles sont représentatives. La réponse pour le géographe est « non ». Cette démocratie-là a de la peine à fonctionner en raison  des relations difficiles entre les conseils de développement et les conseils élus. (Martin Vannier ne parle pas des conseils de quartier.) Ce qu’il note, c’est une certaine forme d’épuisement. On en arrive alors à une nouvelle notion, « celle de la démocratie contributive dans laquelle le citoyen donne son avis dans le cadre d’une contribution qui est une forme originale de décision publique. C’est un trouble fondamental. La société a de la peine à s’y retrouver dans cette multitude de petits canaux de plus en plus  parallèles. Des questions se posent : le territoire s’y retrouve-t-il, a-t-il quelque chose à faire, est-il un cadre adapté… ? La démocratie votive n’est-elle pas une notion en voie d’épuisement ? La citoyenneté a été fondée sur un cadre territorial de la même façon que la chose publique est portée par le territoire »  et vice et versa.

En parallèle « l’émergence des réseaux sociaux bouleverse tout. Nous sommes entrés dans une société de mobilité, une société immatérielle ; ce monde-là n’est pas le territoire. Il n’est pas organisé par les collectivités. Pour faire tenir ensemble l’ensemble, Google et Orange sont plus importants que nos collectivités ». Un autre élément marquant est que l’offre de service s’est dé-publicisée (=sortis des services publics) et déterritorialisée. Un bon exemple est la privatisation des autoroutes. Un réseau est sorti du service public, avec une dimension a-politique, a-publicisée et a-territorialisée. Sur un réseau, nous ne sommes pas citoyens. »   

Les synthèses. C’est le terme choisi par Martin Vannier pour montrer la convergence de quatre phénomènes cumulatifs en même temps, à savoir (1) l’affaiblissement du lien territorial d’origine de (2) par l’attachement du citoyen à plusieurs territoires, (3) la décentralisation cumulée avec  le surinvestissement des politiques sur le fait territorial et la volonté de puissance (un terme non utilisé) des métropoles et (4) la perte de sens de l’acte de voter alors que la participation à un réseau donne plus de sentiment d’appartenance et d’action (des mots non dits).

Il y a un épuisement du pacte territorialqui fait-faisait que nous sommes-étions attachés à une commune, un département, une région. On sait, on savait d’où on est- était ; c’était un lieu unique, un lieu hégémonique. Maintenant ce référentiel (de rattachement) est pluriel. Nous sommes devenus des êtres inter-territoriaux. Notre géographie personnelle s’est compliquée. En parallèle, outre la décentralisation, on note un surinvestissement de la politique publique dans le territoire et l’appartenance du citoyen à plusieurs territoires. En France, (on continue à penser qu’) il ne peut y avoir de destin national sans destin local. Dans le même temps, les politiques veulent faire grossir leur métropole le plus possible, les citoyens bougent de plus en plus et les trains sont pleins (avec beaucoup de grèves). Alors que le territoire ne cesse de se compliquer, nous avons dans le même temps compliqué notre géographie personnelle.

Dans le même temps, la société multiplie ses  horizons territoriaux et  le citoyen est usager de plusieurs territoires. Le pacte territorial commence à flancher et voter apparaît comme un acte peu significatif (un mot non utilisé par l’auteur), auquel un nombre croissant de personnes ne croît plus. Le désintérêt que le citoyen porte à l’architecture territorial est normal. Les mécanismes du siècle dernier ne l’intéressent plus. Ce qui l’intéresse, c’est quand deux souverainetés sont face à face et produisent des étincelles créatives… Le citoyen devient un acteur-contributeur de terrain. La chose publique n’est pas seulement l’affaire des politiques…Ceci est une révolte contre l’idée que le citoyen ne comprend rien. »

Les cinq propositions de Martin Vannier.

. Construire l’inter-territorialité comme une chose publique. Pour un Conseil de Développement, il s’agirait de sortir de son périmètre, en bousculant les politiques dans leur fief, dans leur territoire de compétence, dans sa capacité de négociation avec les autres…

. Le citoyen forge sa propre ingénierie de la connaissance pour comprendre le territoire, ses différents niveaux ; on ne peut rester seul pour comprendre et intérioriser tout ça. Nous sommes une société de la connaissance, notre activité est aussi celle de la connaissance.

. Il s’agit de passer du mimétisme délibératif très développé dans les Conseils économiques des régions à l’initiative contributive fondée sur la matière grise et qui génère de la matière grise.

.  Le citoyen s’investit dans les réseaux où justement il n’est pas connu. A cet effet, il s’interroge sur ses droits dont il est dépossédé, par exemple dans le réseau du TGV. On apprend à être un citoyen actif de la SNCF et contribuer ainsi à trouver des solutions. C’est la même chose pour les télécoms.

. On  s’émancipe de l’avenir prescrit. La meilleure façon de faire bouger les choses est de faire de la prospective qui libère du présent de nos habitudes et nos codes. Il faut vraiment investir dans cette pratique qui permet d’aérer ses représentations du service public. Cela se fait dans d’autres pays.

= Ce sont cinq propositions qui permettent de rendre l’individu plus à l’aise dans la chose publique.

Pour suivre le chemin  INSET, Martin Vannier

. Martin Vannier a été invité par le Conseil de Développement d’Angers-Loire- Métropole pour intervenir devant les membres sur le thème du " pouvoir des territoires ». Le texte que vou pouvez lire sur mon blog est issu des notes que j'ai prises. Sa conférence, qui s’est déroulée à l’INSET d’Angers, est à retrouver sur le site du Conseil http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=conseil%20de%20d%C3%A9veloppement%20d'angers%20martin%20vannier&source=web&cd=5&cad=rja&sqi=2&ved=0CEcQFjAE&url=http%3A%2F%2Fconseil-dev-loire.angers.fr%2Fuploads%2Fmedia%2Flettre_d_infos_n49_01.pdf&ei=Kc_EUO7UGKqd0AXD6YDQAg&usg=AFQjCNHMIComiEGiWe2Zda1oL033R3lTcQ

. Quant à l’INSET voir son site et sur mon blog, lire    http://www.elisabethpoulain.com/article-l-inset-d-angers-presente-par-patrick-debut-son-directeur-111984437.html

. Photos Elisabeth Poulain

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La photographe Delphine Perrin, Kostar le magazine et l'étrange

8 Décembre 2012, 16:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre d’abord. J’aurais pu  d’abord parler de Kostar et de  Delphine Perrin la dessinatrice ensuite ou l’inverse. Quelques mots sur Delphine en premier. L’équipe de Kostar lui a consacré plusieurs couvertures de suite tant le choix a été difficile pour eux. Pour elle, non. Elle leur a proposé plusieurs créations et ils ont choisi. A mon avis, elle a choisi la bonne méthode. Elle imagine, photographie, retient ce qui lui plaît,   propose et laisse venir.

Présences2©Delphine Perrin 

Kostar se définit comme un magazine branché- c’est moi qui le dit - de cultures et de tendances pour Rennes, Nantes et Angers qu’ils (les hommes de tendances) présentent de façon fort diplomatique par ordre alphabétique ce qui fait que la petite Angers est citée en Ier avant les mastodontes de Rennes et de Nantes. A ces trois villes, je vois en consultant leur site qu’il faut ajouter La Baule. Pour les hommes, mon intuition s’est révélée affreusement exacte. Pour les quelques 16 hommes qui sont cités,  il n’y a que deux femmes et qui, horreur, sont placées au bas de la hiérarchie aux postes de secrétaire de direction et de styliste,alors que leur rôle est essentiel dans une revue.  Elles sont au coeur de l'activité. C’est peut être aussi une des raisons pour laquelle je trouve le magazine un peu étrange.  

Quant à savoir pourquoi je parle de l’étrange, c’est facile à deviner, parce que tant Delphine que Kostar sont un tantinet étranges et cet étrange-là m’intéresse, m’interpelle ou est tellement loin de moi que je devrais chercher un dico (dictionnaire pour le traducteur automatique) pour essayer de comprendre ce qu’ils disent. Une très mauvaise façon de faire. Il suffit seulement de sentir ce qui vous parle ou pas.

Delphine Perrin est photographe. Elle travaille en se prenant comme modèle partant de l’idée qu’on ne parle en fait toujours que de soi. Comme elle le sait, autant se prendre soi comme modèle avec l’avantage que le modèle est en phase avec le photographe qui  est derrière l’objectif. Ce qui à mon avis est plus facile à dire qu’à faire. Parce qu’il y a l’idée, les mots qui traduisent l’idée, le scénario à monter, la scène à sélectionner, l’actrice à motiver et à faire jouer juste ce que veut la photographe, le rendu, l’examen ultra-critique, quitte à recommencer…tout en gardant toujours et tout le temps l’œil incroyablement sévère de la professionnelle qui veut le juste « ça » et pas « un ça de n’importe quoi » qu’un-e autre quel-le aurait pu faire…  

On voit bien l'étonnante composition d'une photo entièrement pensée, avec cette atmosphère de nuit, une lumière jaune sur fond brun caramel, cette façade d'un petit bâtiment ouvert -des toilettes d'une autoroute? - qu'elle accole en inversant- alors que la silhouette de femme de face en côté gauche est aplatie au sol sur la face droite alors que rien d'autre n'a changé, il y a deux autres choses qui me frappent.

. L’une est sa volonté de se dire autre en jouant comme le ferait un acteur à qui on donne un rôle et qui est capable puisque c’est un rôle de théâtre d’être ce que veut le scénario. Jouer la crêpe à coller au mur, au plafond, par terre sur le bitume, pourquoi pas… . Mais oui, pourquoi pas ?   Son choix de photographe exclusive d’elle-même  pourrait être aussi  de montrer aux autres leur propre singularité à être des objets composant le décor. C’est pourquoi j’aime bien l’idée de la crêpe toute plate.Parce qu'une crêpe n'est jamais la même, qu'elle que soit la façon dont vous la regardez. Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, un objet philosophique.   

. L’autre est sa maîtrise du mot  comme une obligation imposée aujourd’hui aux professionnels de l’image. Ils doivent être tout autant des penseurs qui écrivent pour que les mots frappent avant que la photo le fasse ou l’inverse, qui est tout aussi vrai. Alors que la photo est en soi un art complet que chacun raconte à sa façon. C’est la raison pour laquelle je ne vous dirai rien de ce qu’elle dit, elle. Pourquoi ? Parce que ce qu’elle dira, elle seule peut le dire, elle le dira à sa manière, en phase avec sa création, juste au moment juste.

Présences2©Delphine Perrin 

Quid de Kostar ? Son travail visiblement les a intéressés puisqu’elle a fait la couverture de 5 numéros de suite (28 à 31). Ce magazine gratuit est très structuré et très dense malgré son petit format. Jugez-en dans le n° 28, avec un billet sur l’esclavage, des bon trucs à manger type Slow Food, avec dans chaque numéro une pub Cointreau, le nouveau toit de la maternité d’Angers en rubrique Architecture, une pub pour les Transmusicales, Mélanie Laurent qui joue à la princesse, beaucoup d’objets sélectionnés à s’acheter ou à offrir par et pour des hommes, des rencontres autour d’un plat par trois restaurateurs Nhong Phong, Frédéric Pinhoro et Nicolas Bourget, un photo-reportage, … le mur vu par 4 graffeurs et beaucoup de choses jusqu’à faire une virée à Capri, après avoir mangé une huître Vendée Atlantique et vu un verre de Muscadet, une pub InterLoire…Ouf, il fallait bien ça pour siroter le tout et encore je ne vous ai pas tout dit  !

L’étrange dans tout ça. L’étrange est que je serai bien en peine de vous dire ce qui m’interpelle autant dans la photo de Delphine Perrin que dans Kostar, un magazine gratuit qui visiblement à trouvé et sut fidéliser son public, en ciblant le Grand Ouest français avec Capri, comme dimension internationale et site européen à visiter. Quand à la photo de Delphine, elle a ceci de remarquable qu'une fois qu'on l'a vue, une seule fois suffit, vous ne pourrez plus l'oublier. Elle est imprimée dans la rétine.

Pour suivre le chemin

. Delphine Perrin, photographe plasticienne, http://www.delphineperrin.com/ , avec mes remerciements pour l'autorisation de publier sa photo 

. Kostar, 2 ter rue des Olivettes, 44 032 Nantes cedex 1, France, www.kostar.fr Le magazine qui tire à 30 000 exemplaires, existe depuis 4 ans. Il est distribué gratuitement dans « les lieux de culture » en raison de son positionnement de « vitrine  de la création artistique et culturelle du Grand Ouest ». Retrouver le n° 28 sur http://www.kostar.fr/collection_kostar_issuu.html   

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L'Alliance du Grand Arbre et de la Petite Maison > Le Temps

5 Décembre 2012, 11:58am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un dessin à la plume en noir et blanc signé J. Estel, que j’ai trouvé à Emmaüs il y a un temps certain. La précision a de l’importance parce que le temps est certainement le thème principal du dessin. Toute la composition est curieuse. J’ai beaucoup hésité : devais-je vous parler de la petite maison ou du chêne en premier. Lequel des deux était le plus important ? Le temps est venu neutraliser l’importance de la question. 

Dessin J. Estel, Alliance de l'Arbre et de la Petite Maison, Collection Emmaüs

Au premier abord, l’arbre a certainement été le héros dominant. C’est d’ailleurs pour lui que j’ai acheté ce tableau entouré d’un cadre doré qui montre combien le propriétaire y attachait de l’importance, même si un cadre noir simple eût été préférable. Pour montrer la puissance de sa ramure, l’artiste a choisi de le figurer l’hiver.

J. Estel  a préféré dominer la ligne et le style plus que la couleur et le volume. Dans les deux hypothèses, il aurait été confronté à la lumière. Il a choisi de prendre celle de l’hiver quand le noir du tronc et des branches de la plus grosse à la plus petite se détache avec force sur le fond blanc où se mêlent ciel et terre. Garder la maîtrise du dessin pour obtenir un rendu qui allie à la force de l’ensemble la puissance de l’arbre jusqu’aux petites branches à la forme des petites maisons, surtout celle qui se « cache » derrière le tronc de l’arbre, voilà ce qu’il a voulu faire et réussi à rendre. 

Dessin J. Estel, L'alliance de l'arbre et de la Petite Maison,Collection Emmaüs

La dissymétrie  a été un autre de ses choix d’importance. L’arbre d’abord. En fait il y en a deux qui ont poussé ensemble, côte à côte pour n’en former plus qu’un au fur et à mesure de leur élévation, même si on arrive à distinguer qui est qui : le tronc le plus à gauche en bas est celui qui file vers la droite et l’autre fait l’inverse. Pour renforcer la complexité de la structure aérienne, le dessinateur a gardé la présence d’un autre arbre et de deux arbrisseaux sur le côté gauche en bordure du cadre. Une façon de montrer qu’il domine ce fouillis, lui ou les deux frères arbres au tronc blanc ? C’est une bonne question comme l’est celle de savoir de quel arbre il s’agit. Certainement pas d’un chêne ; la fin des branches ne se terminerait pas de cette façon très dense, comme des petits plumets. C’est peut être une façon de tracer une oblique qui part du toit de la maison la plus haute de droite, en survolant le faîtage du toit de la maison du milieu   vers  le haut des branches en arrondi de l’arbre de côté dont on voit à peine le tronc.  

On en arrive aux petites maisons. Celles de droite  sont situées au bord du chemin. Elles sont deux, ou plutôt on dirait qu’il y a une maison d’habitation dont il ne reste pour la première, la plus grande en avant que le rez-de-chaussée avec une porte défoncée. Le premier étage, le toit ne restent que pour montrer qu’ils ont existé et qu’ils ne sont plus. La grange en arrière a au moins gardé son toit et son étage. Dans le fond, on entre-aperçoit une maison blanche dans la perspective qui file vers le fond.

Dessin J. Estel, L'alliance de l'Arbre et de la Petite Maison,Collection Emmaüs 

La petite maison sous l’arbre devrait aussi s’écrire au pluriel, tant sa composition est curieuse. On distingue bien le toit recouvert de tuiles qui ressembleraient à des galets ronds. Il y a là un travail remarquable de finesse et d’attention. Contrairement à la maison d’en face, il n’y pas de porte. A force de scruter l’ensemble d’emboitage si complexe, on arrive à distinguer en partant de la gauche, un premier appentis, un second toit d’une extension de la maison, la maison elle-même avec son toit si lourd que le faîtage s’est profondément incurvé sous le poids des tuiles et par devant sur le mur une autre construction accolée. 

Le tracé minutieux du mur du bas, du toit et de la partie haute du mur de la maison principale est un tableau en soi, la partie certainement la plus intéressante. On dirait un paysage dans le paysage, avec tous ces petits trous dans le crépi ou ces traits obliques pour la partie basse  et ces troncs d’arbres à l’écorce blanche et noire, peut- être des bouleaux.   

Le dessin gardera son mystère. La seule conclusion, qui n’est pas une, est qu’il vaut mieux pour une petite maison dormir à l’ombre d’un grand arbre ou plutôt de deux grands arbres plutôt que de l’autre côté du chemin seule à côté de sa grange. Ainsi va la vie d’un dessin…

Pour suivre le chemin

. Lire « l’Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe »  L'Alliance entre la terre du cimetière et la plante près de la tombe

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. Photos Elisabeth Poulain

 

            

 

  

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Vallée du Loir > Durtal, son château, ses moulins > Val d'Argance

4 Décembre 2012, 11:57am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une jolie découverte, de celles qui font vraiment plaisir, offerte en surprise à ceux et celles qui écoutent une petite voix intérieure leur dire à l’oreille « ce samedi matin est un bon jour pour aller voir, revoir Durtal ». Il y a un je ne sais quoi dans l’air qui vous dit de remonter la vallée du Loir en dépassant Seiches au nord d’Angers, en allant un peu plus haut, guère plus, juste en dessous de La Flèche.

Durtal, sur le pont, vue sur le Château et le moulin

En fait, ce site sur le Loir est tout à fait stratégique à plusieurs titres. Durtal était une des Portes du Comté d’Anjou au nord, un passage obligé pour ceux  qui venaient du Mans (Comté du Maine) ou voulaient s’y rendre, un lieu à protéger militairement grâce à un château féodal impressionnant et franchement défensif. Nul ne peut en douter quand on est an bas des murailles. La présence sur ce site  d’un éperon rocheux a permis de hausser le château au plus proche de l’eau de la rivière « Loir »  et de gagner en visibilité pour surveiller l’avancée de  l’ennemi, venant du Nord (Le Mans) ou du Sud par la grande forêt de Chambiers au Sud, en direction d’Angers.

Durtal, Le Loir, vue du pont aval

 

Pendant des siècles, ce château, qui n’a jamais eu à subir d’assaut si ce n’est ceux du temps, de la Révolution et de ses différentes fonctions (maison de retraite avant d’être racheté), a fait de l’ombre au village qui s’est d’abord développé dans l’enceinte même puis aux pieds de ses contreforts en rive droite puis en rive gauche. L’histoire, qui a peu parlé des Durtalois et encore moins des Durtaloises, cite toujours ceux qui y ont séjourné le moins longtemps, les hauts personnages de sang royal, Henri II, Charles IX  et Catherine de Médicis…invités par le châtelain, le Maréchal de Vieilleville, François de Scépeaux, comme c’était alors une des obligations des nobles de haut rang. C’est la raison pour laquelle, la chambre qu’a occupé, fusse une nuit seulement un des rois de France, s’appelle pour l’éternité « la Chambre royale ».    

Durtal, le Château, la façade principale, après la traversée du pont

La route nationale allant d’Angers, via la Flèche, vers Le Mans passe en bas du l’impressionnant édifice pour franchir le Loir par un vieux pont à l’endroit le plus resserré, connu sous le nom du « Verrou de Durtal ». C’est à cet endroit que le vieux pont à cinq arches a été édifié en 1750 sur une levée pour remplacer le pont ancien en bois, qui subissait des dégâts régulièrement à chaque crue du Loir.

Car le compagnon inséparable du château de Durtal, à la fois ennemie par la puissance de ses débordements annuels et ami pour l’abondance de son débit, est l’eau du Loir. C’est une des rivières de France qui a conservé le plus de ses vieux moulins, qui ont fait sa richesse, en lien avec la terre généreuse pour fournir le blé à moudre pour le pain et faire paître les vaches pour le lait, la viande et le cuir. Des importants travaux de régulation du cours furent entrepris au cours des siècles.

Durtal, la Tour nord, des maisons à gauche, l'église à droite

Presque logiquement, un port s’est établi en face du château, au pied du pont cette fois-ci, dans des prairies humides drainées par des canaux, qui est maintenant devenu le quartier Saint-Léonard. Le chemin de promenade conseillé par l’Office de Tourisme préconise d’ailleurs de commencer par en bas, en rive gauche pour découvrir l’amplitude du site qui fait plus que servir d’écrin au château.

Durtal, le Château, la cour intérieure de face, vue de l'entrée

Pourtant c’est par la pierre que, carte à la main, que nous avons poussé notre découverte, en tournant en bas autour du château, pour voir comment s’insérait les maisons, entre ruelle et escalier, vieil habitat dans la rue du Maréchal Vieilleville et magasins proches. La montée par l’escalier nous a attiré, entre le château à gauche et à droite l’église romane Notre-Dame qui faisait partie du château. L’arrivée sur la Place des Terrasses permet d’avoir une belle vue sur le panorama. Après avoir pénétré dans la cour du château, nous avons franchi la Porte Verron qui fermait la vieille ville au nord.

Durtal, Place des Terrasses, Porte Verron

La découverte de la fin du Val d’Argance a consisté le point fort de la découverte du site, le long de la ruelle de La Sablonnière, avec toujours en ligne de mire, la tour la plus haute du château. Ce fond  de vallée a été comblé à la fin du XXe siècle et l’Argance, l’affluent du Loir  qui en avait fait son lit, est maintenant canalisée en un chenal étroit au cours  sinueux d’antan et  rectiligne récemment. L’endroit est charmant avec ses berges où pousse librement l’herbe, des jardins potagers enclos au centre, des ruelles parfois encore bordées de hauts murs où sont entretenus des mini-jardins de rue avec des roses trémières et d’autres fleurs. La promenade au départ est placée sous le signe de la boule de fort sur le côté gauche en avançant vers le site de La Sablonnière.

Durtal, Ruelle de la Sablonnière 2, l'Argance ruisseau à gauche

Le point culminant et le plus éloigné de la Tour du Château se nomme la Sablonnière. C’est un endroit au vaste panorama dont les bâtiments agricoles ont été conservés. Il en reste une longère constituée de plusieurs ajouts successifs et, séparée par un chemin, une grange avec trois belles portes à la voute cintrée, avec un escalier en extérieur pour rejoindre le grenier.

Durtal, La Sablonnière, Annexe, face latérale avec escalier

De là, on redescend vers la seconde partie de la ruelle de la Sablonnière, pour arriver dans la rue du Général Oudri avant de traverser la nationale qui porte le nom de la rue du Maréchal Leclerc tout en prenant une photo du Château entouré de la ville.   

Durtal, Ruelle de la Tour, avant de franchir le Loir

C’est  par la ruelle de la Tour qui fut cédé par le châtelain aux lavandières pour y laver le linge que l’on retrouve la rivière, avant d’emprunter la passerelle sur laquelle passe le GR  pour rejoindre la prairie Saint-Léonard. Un sentier en arrondi permet de rejoindre la rue juste avant le pont, en voyant le lavoir en guise de dernier plaisir avant de quitter Durtal.

Durtal, rive droite, au bord de la passerelle du GR, vue sur les moulins rive gauche

Pour suivre le chemin qui mène à Durtal .

http://www.ville-durtal.fr/liaison-douce-du-val-dargance.html

. Si vous le pouvez, allez à l’office du tourisme face au château, juste après le pont quand vous arrivez d’Angers et demandez le petit livret « Durtal, Ville d’Eau, Ville de Pierres, Ville de Découvertes ». Le sentier d’interprétation qui y figure avec une carte vous détaille d’une façon à la fois claire et concise les points à voir. La balade commence par le circuit de l’eau, c’est-à-dire par la rive gauche, alors que nous avons choisi le circuit de la pierre. C’est le même mais dans l’autre sens ! Il suffit de ne pas se tromper dans les chiffres ! Du coup, ça  vous oblige à mieux regarder et la plaquette et le paysage. Juste une petite remarque: lors de la prochaine édition du livret, il serait utile aux promeneurs d'avoir une indication sur la distance à parcourir entre deux séquences et le temps approximatif, de façon à ce qu'on puisse adapter la balade au temps disponible.    

Durtal, rive gauche, le pont, le lavoir, le château

. Lors des Journées du Patrimoine en septembre, demandez aussi la fiche  concernant Durtal,  les Rairies et la grande forêt de Chambiers proche. Vous trouverez aussi un dépliant plié en 3 sur le château, qui est ouvert à la visite et qui offre des chambres d’hôtes : à voir sur www.chateau-durtal.comet contact@chateau-durtal.com 

Voir aussi http://clipclapvideo.over-blog.com/article-le-chateau-de-durtal-49-un-palais-sompteux-aux-portes-de-l-anjou-109473358.html

http://www.ajpn.org/commune-Durtal-49127.html

Durtal, carte Office du Tourisme, sentier d'interprétation 

. Consulter le Petit Futé, Vallée du Loir, qui cite le château en page 18 et replace la ville dans son contexte géographique en page 166 en plus de trois pages. C’est la présentation la plus complète que j’ai trouvée, complémentaire de celle présentée par la ville sur son site et qui est focalisée sur la ville.

. Photos Elisabeth Poulain. Voir les autres photos dans l'album "vallée du Loir". La carte est extraite du livret. Mes remerciements pour la carte.   Skouame a publié sur Wikipedia de très beaux clichés sur Durtal.

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