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Le Blog d'Elisabeth Poulain

L'Ile dans "L'Ile nouvelle d'Utopie" gravée par Ambroisius Holbein, 1516

15 Avril 2013, 15:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage du titre. Il s’agit dans ce billet d’analyser ce que ce montre la gravure réalisée par Ambrosius Holbein, le frère de Hans Holbein le Jeune pour illustrer la première édition de l’essai philosophique de Thomas More (1478-1535) qui fut publiée à Louvains en 1516. Le titre même complet de l’ouvrage traduit du latin associe directement l’utopie à l’île, dans une vision incroyablement contemporaine : « Du meilleur état de la chose publique et de l’île nouvelle d’Utopie, un précieux petit livre non moins salutaire que plaisant ». Thomas More décrivit avec soin sa conception d’une société imaginaire idéale  fondée sur un concept et un terme nouveau qu’il a inventés en utilisant le mot grec d’utopie correspondant à « en aucun lieu » mâtiné quelques années plus tard du concept proche d’ « eutopie » « le bon lieu ».

Ile-Utopie-Ambrosius-Holbein-Thomas-More-1516 

Le lien entre l’île et Utopie. Mon propos n’est pas d’analyser la thèse philosophique de Thomas More. Il  est beaucoup plus limité. Il est d’attirer l’attention sur la représentation de l’île « Utopie » telle que la représenta Ambroisius Holbein arrivé à Genève en 1515 avec sa famille. Il avait alors 21 ans. Sa tâche fut de graver le dessin réalisé par le dessinateur  Gérard Geldenhauer de Nimègue.  Imaginez la difficulté de représenter en un dessin compréhensible par les lettrés européens la société d’avant la faute originelle, où il fait bon vivre, sous un gouvernement idéal, sans besoin d’argent et sans vilaine pulsion humaine, un véritable Eden idyllique, tel qu’en rêvent les hommes depuis la Genèse.  

Ile-Utopie-Ambrosius-Holbein-Thomas-More-1516 - Copie (2) 

Le choix du dessin de la gravure. Il fut de représenter une petite île ronde entourée d’eau, avec deux navires devant l’entrée de l’île proche du continent. On distingue la côte dans le fond avec une ville à droite et des paysages de collines à gauche. En fait l’histoire est plus complexe que ce qu’on voit. L’île est une création humaine. Pour le bien-être des futurs insulaires, elle a en effet été façonnée par creusement d’un canal qui la sépare de la côte. L’île a ainsi été détachée de la côte placée dans le fond supérieur du dessin de façon à permettre aux flots de séparer l’île du continent proche. Ce chenal forme le Ier degré de protection des Iliens.

 Ile-Utopie-Ambrosius-Holbein-Thomas-More-1516 - Copie (3)

Une fois dans l’île, on aurait pu penser découvrir une représentation simplifiée d’un village blotti auprès de son château. Mais il n’en est pas ainsi. Dans l’île proprement dite, ce qui frappe tout d’abord est le nombre de maisons-tours à un ou deux étages placés tout autour du rivage externe, comme autant de postes de guet. Une hypothèse est qu’il est nécessaire de voir loin, comme il en va sur un navire. Entourée d’eau, l’île, tout comme le bateau, a toujours besoin de surveiller ses alentours, pour savoir qui vient, le gentil pour apporter ce que l’île ne produit pas et le méchant pour le dissuader de venir. Ces maisons dessinent une couronne non fermée en forme de croissant ouvert vers l’avant, vers nous qui regardons le dessin. Elles constituent la seconde protection de l’île. 

Ile-Utopie5-Ambrosius-Holbein-Thomas-More-1516 - 

Pour se protéger au coeur, l’ingéniosité des habitants d’Utopie a prévu un troisième système de défense ingénieux. Il y a en effet une autre île emboîtée dans la première. En regardant bien, avec l’aide d’une loupe, l’île-croissant-protecteur, apprêtez-vous à entrer dans l’île. Pour cela, il faut chasser de votre vision le gros bateau placé la porte-tour qui se trouve être le débarcadère et entrer dans l’île par le canal de droite, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Avec votre petit canot, vous allez pouvoir faire ainsi quasiment le tour de l’île-coeur. C’est la mer intérieure. Sur la gravure, on ne voit pas de route  dans l’île. Au moment de rejoindre la grande porte d’entrée placée au centre, le canal pénètre sous une colline pour ressortir de l’autre côté dans ce qui pourrait être la bouche de l’île, dans laquelle est érigée une grande porte-tour. L’importance du navire en premier plan surprend. Il apparaît comme une sorte de cordon ombilical qui relierait l’île avec la terre-mère. On peut penser aussi à un bouchon qui ferme l'accès. Les flots qui l’entourent sont agités, alors qu’il n’en va pas de même en arrière de l’île face au continent ou dans la mer intérieure. On y voit  un marin, le seul personnage humain de la gravure.

Ile-Utopie-Ambrosius-Holbein-Thomas-More-1516 - Copie 

En résumé, que voit-on ? Il y a effectivement une île, une double île en réalité, au fond de laquelle se tient une enceinte fortifiée, qui est le 3è mécanisme qui protège les Iliens, sans compter tous les autres modes de défense. Cette société cherche à s'isoler du danger  par un système de barrières qui n’ont rien de naturelles au sens  où elles sont façonnées et/ou recherchées pour leur capacité à se défendre.

- Peut-on raisonnablement penser que la peur de l’ennemi de l’extérieur soit le fondement d’une harmonie insulaire durable?

- Il y a aussi contrairement aussi au mythe d'utopie une réelle segmentation de classe entre ceux qui protègent en force 1 et 2 et ceux qui sont protégés en force 3. 

Et pourtant, c’est bien encore ce qui se passe maintenant. Posséder une île coupée de lien avec les nuisances du monde extérieur, entourés de serviteurs, avec tous les services possibles et imaginables d’une société riche et qui se veut ouverte continue à être en 2013 un des must de la réussite sociale dans un monde fermé. Ce qui m’interpelle profondément est la modernité de l’attirance de ce mythe de l’île, comme si loin de tout et des autres, mais pas des serviteurs payés,  totalement à son service et totalement dépendant de soi, il était possible de résoudre les problèmes de l'humanité…  

Ile-Utopie-Ambrosius-Holbein-Thomas-More-1516  

Pour suivre le chemin

. Sur le mythe de l’île, voir aussi sur ce blog cinq billets qui parlent de l'île La Frontière et l'Ile > La Belgique selon K. Pomian et Fabrice Montignier     Un tapis comme une île > Un archipel en forme de tapis > Laure Kaziers   Une toute petite île avec une petite maison > Grèce   Une île en forme de voiture > Une voiture comme une île > Une pub BMW          Une île en Loire, bleu sur bleu sur vert, loin de la ville 

. Retrouver la carte de 1516 sur http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Utopia/intro.htm

. Il existe une autre carte très touffue, qui est l’œuvre de l’illustrateur Ortelius,  dans l’édition de 1518. Elle présente tant de différences d’avec celle de 1516 que j’ai choisi de centrer l’analyse sur la première carte plus simple et plus lisible.  

. Sur ce traité de Thomas More et ses « figures » (ses cartes ou représentations), lire l’excellent cours de l’Université catholique de Louvains (Responsable académique : Paul-Augustin Deproost, Analyse : Jean Schumacher, Design & Réalisation inf. : Boris Maroutaeff), - que j’ai déjà cité pour la gravure sur - http://pot-pourri.fltr.ucl.ac.be/itinera/Enseignement/Glor2330/Utopia/intro.htm

. Sur le thème de l’utopie, lire aussi l’étude du rôle de l’image dans sa  relation avec l’histoire etson analyse par François Ide   de l’Université de Lille, sous le titre « Penser l’utopie par l’image », mais sans référence à la gravure d’Ambrosius  Holbein,    http://stl.recherche.univ-lille3.fr/seminaires/philosophie/macherey/macherey20082009/Ide12102008.html

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Georges Duboeuf > La Dégustation > L’œil et la main sur le verre

9 Avril 2013, 15:24pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une publicité de 2004 (Le Point?) que j’avais fait tirer en A3 pour mes étudiants en master pour leur montrer comment on pouvait utiliser les règles de la dégustation pour en faire un bon visuel publicitaire.  

Vins Georges Duboeuf, Vavro 1 

La scène du  visuel. Dans une cave, le long d’un mur noir, au milieu des tonneaux de bois de chêne, surgissent des hommes éclairés par une lumière à la fois douce et précise, comme celle que pourraient donner une centaine de bougies invisibles à la manière du peintre Le Nain. Tous deux se livrent à un rite magique, ensemble, seuls et sans échanger une seule parole, un verre de vin à la main. Ils déambulent entre les tonneaux qui sont leurs véritables interlocuteurs lors de cette dégustation-balade de cave. Il y a tout dans la composition, le lieu comme une salle aux trésors, les tonneaux posant comme des gros œufs attendant leur éclosion, deux hommes, l’un jeune qui est en avant, l’autre en retrait caché par un tonneau au ventre rouge sur lequel il a posé son bras gauche, chacun son verre et le vin dans le verre.

La tenue des hommes du vin. Ils sont tous deux en chemise, en cravate pour le plus jeune qui est le fils de celui qui porte la chemise à carreaux bleus et blancs. Ce dernier est Georges Duboeuf en arrière avec en avant son fils Franck Duboeuf le président de la société Georges Duboeuf.  

Vins Georges Duboeuf, Vavro 2

Franck Duboeuf tient son verre comme il le faut par la coupelle avec le pouce et l’index replié. Il regarde la couleur du vin, comme s’il y avait une source de lumière dans cet axe descendant qui va de ses yeux au vin dans le verre, qui suit en parallèle l’axe des trois tonneaux qui part de la tête de Franck pour celui qui en haut, passe par le tonneau du milieu sur lequel se détache la main gauche et se poursuit devant avec un troisième tonneau situé en bas sur la troisième rangée, celle du bas. Ses yeux, sa bouche très légèrement ouverte et son visage sont en parfaite cohérence avec l’action qui se passe sous nos yeux. Il est dans l’attente de ce que va lui dire le vin de lui-même et du dialogue qui va s’engager entre le vin, lui et son père. Un dialogue à trois pour un vin avec ses deux géniteurs, ses deux pères, le plus proche par sa jeunesse et l’autre qui lui donne son nom et sans qui il ne serait pas.     

Vins Georges Duboeuf, Vavro 3,

Georges Duboeuf en retrait, le corps caché derrière un tonneau de la rangée du milieu, plonge son nez au-dessus du verre pour sentir les arômes libérés par le vin. Il tient son verre de sa main droite. Avec son grand nez, on s’attendrait à ce qu’il le plonge dans le verre. Il s’en garde, alors que c’est une pratique totalement admise. Ses yeux ouverts sont dirigés vers le haut de la scène. Il ne regarde rien de précis. On aurait pu s’attendre à ce qu’il les garde mi-fermés, replié en lui-même pout mieux percevoir les arômes, mais ceci n’aurait pas convenu à la photo. Son sourire étonne un peu, soit que son auteur le porte naturellement, soit qu’il ait pu percevoir que le vin rend hommage à son nom et lui fasse honneur. Une dernière hypothèse est que ce sourire est une demande du photographe et que la sélection parmi des dizaines de clichés qui ont été pris se soit faite justement sur ce point.

Vins Georges Duboeuf, Vavro 4, Signature

Les deux hommes en bleu ciel vivent un moment d’harmonie,  protégés par les tonneaux  aux belles couleurs bois, avec des cerclages de métal qui brillent sous la lumière. Leur place est parfaitement choisie.   La tête du fils est auréolée par le dessus d’un tonneau au nom de Georges Duboeuf, avec placé juste au-dessus le logo du négociant. La tête du père ressort entre deux tonneaux, dont l’un lui sert d’appui protecteur. Les verres sont au milieu de la scène, avec le vin d’un rouge très foncé, qui ressort sur le bois et sur la chemise du fils. Les mains jouent une partition l’une plutôt horizontale, l’autre plutôt verticale. Un joli duo au service du vin  Georges Duboeuf. 

Pour suivre le chemin

. Ce billet fait suite au précédent article basé sur la dégustation vue selon le Syndicat des Vins de Bordeaux après 2004: Du rôle de l'oeil dans la perception du vin dans le verre       

. Georges Duboeuf, grand négociant qui adore transmettre et communiquer son amour pour les vins, sa région, les cuisiniers et les gens, est à retrouver sur son magazine  http://www.duboeuf.com/magazine/      

. Sur l’agence de design Vavro, voir http://www.vavro.fr/quick_start/2008-JUIN-JUILLET_LA-REVUE-DES-COMPTOIRS.pdf, une interview d’Alain Vavro http://www.leprogres.fr/rhone/2011/11/20/alain-vavro-paul-bocuse-m-a-ouvert-les-yeux-sur-le-monde. Alain Vavro, designer, parle de sa rencontre en 1982 avec Georges Duboeuf, « le père du Beaujolais nouveau. Nous avons alors réalisé des images créatives et colorées pour la commercialisation de ce vin à l’étranger. J’ai appris, grâce à lui, les bases du métier de la décoration. ». Il est amusant de parler ainsi de son travail de publicitaire !  

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Deux photos + 1 > Villes & Multi-Mobilité > Avrillé & Angers

7 Avril 2013, 10:13am

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont deux photos bien différentes et qui portent sur des sujets proches. La plus ancienne du début de XXe siècle  a été prise à Avrillé en Maine et Loire. Elle est en noir et blanc. La seconde  très récente en couleur a été prise à Angers. Les deux sont l’œuvre de photographes professionnels qui ont demandé à des personnes de poser pour le cliché.

     Mobilité-Avrillais-Avrillé-Carte-postale publicitaire Avis

A Avrillé, c’est l’entrée dans le bourg qui fait l’objet central de la photo en l’absence de véritable place de l’église et/ou de la mairie qui marque traditionnellement le centre de la ville ou comme ici du village, qui abritait environ 1000 habitants au début du XXe siècle. La seule rue pavée à l’époque était la rue principale qui était reliée à Angers vers l’Est  et au Lion d’Angers  vers l’Ouest. C’est cette dernière entrée  que nous voyons sur ce cliché. A l’exception d’une femme qui marche dans la rue et d’un enfant qui se trouve sur le trottoir, il n’y a nul autre signe de vie en dehors des premiers et seconds plans qui ont mises en scène par le photographe.

Devant il y a un chien debout face à l’objectif  au milieu de la rue. En seconde ligne, en partant de la droite de la photo, il y a l’âne posant fièrement attelé à la carriole avec une dame semble-t-il à l’intérieur. En côté gauche, dans le bon sens de circulation cette fois-ci, se trouve une voiture décapotable,  sans chauffeur assis le volant entre les mains. Sur le trottoir se trouvent trois petites filles en tablier. Derrière elles, un tonneau posé sur un petit attelage à roue de façon à faciliter la vente en se déplaçant de maison en maison. En arrière un cheval est attaché au mur d’un magasin semble-t-il. On voit une plaque au-dessus d’une porte ouverte. Un homme à la chemise blanche dont on voit  le bras est placé devant le flanc du cheval. De l’autre côté une vieille dame à la canne semble parler à un homme à la solide carrure.

Mobilité-Gert Schuon-Vélomobiliste-Angers 

A Angers, le cliché a été pris à un endroit où le tramway aux couleurs arc-en-ciel tourne légèrement de sorte qu’on peut voir son côté droit. Il éclate de propreté vive sur fond du vert jeune pousse à la forte vitalité tendance « développement durable ». Pose devant le tramway à un endroit idéal pour la photo mais évidemment fortement interdit à tout personne voulant y stationner son véhicule, Gerhard Schuon le conducteur-pédaleur assis sur son superbe vélomobile de couleur rouge et de marque Quest.

En un siècle, l’objectif du photographe a changé. Il ne s’agit plus de montrer de la vie à l’entrée d’un village, mais la nature poussant dans une ville desservie par le tramway pour offrir une alternative à la voiture qui a très fortement marqué le XXe siècle. On aperçoit quelques passagers dans le tramway ainsi que peut-être trois piétons  tout à l’arrière de la photo en côté gauche, entre un panneau publicitaire et un poteau de feu rouge.

Le bilan est  curieux. Si on devait s’en tenir à ces deux clichés qui ont tous deux le même objectif qui est de montrer la modernité de la ville, grâce aux moyens de déplacement, la voiture à moteur à essence a disparu, remplacée par le tramway et un curieux hybride, mi-voiture de course, mi-vélo, tractée à la force du jarret d’un véritable sportif qui couvre ses 8 à 10 000 kms par an. Les déplacements à pied demeurent, avec ou sans recours à d’autres moyens de transport. Le cheval n’a plus sa place en ville à l’exception du défilé du 14 juillet. Il ne tracte plus de carriole, ni son copain l’âne qu’on ne voit plus du tout. On en voyait brouter l’herbe verte d’une prairie au Lac de Maine au début des années 2000. 

Les enfants ne jouent plus dans la rue ; les vieilles personnes marchent pour certaines courbées mais elles ne sont plus forcément habillées en noir avec un tablier. Les engins de déplacement roulent toujours à droite sauf quand ce n’est plus le cas, en particulier pour le tramway et les vélos. Ceux-ci sont absents des clichés. Le vélomobile a beau être considéré comme un vélo au regard de Code de la Route, je ne lui conseille pas de prendre les petites voies à contresens réservées aux cyclistes.  Il doit en plus repérer à l’avance les bons trajets, avec très peu de côtes à monter et à descendre.

Bravo au  vélomobiliste. Je ne crains pourtant pas de m’avancer à prédire que son exemple sera peu suivi. Rendez-vous dans 100 ans.  On verra bien !

Pour suivre le chemin

. La carte postale de l’entrée du bourg d’Avrillé (Maine et Loire) a été utilisée encore il y a peu en guise de publicité d’Avis Immobilier de l’agence Avis d’Avrillé. Le verso porte les coordonnées et le texte publicitaire. On peut la retrouver, sans indication de dates, sur le site de la ville, en 16è position sur 21 sur http://www.ville-avrille.fr/photoAlbum.html?webfolder=240

. La photo couleurs provient du Courrier de l’Ouest en date du 28 avril 2012 dans un article consacré à la drôle de machine de Gerhard Schuon, un Européen allemand qui travaille à l’Office communautaire des Variétés végétales implanté à Angers. Elle est l’œuvre de Josselin Clair pour le Courrier de l’Ouest.

Mobilité-Vélomobiles-Ville-Yves-Bertin-2006-

. Yves Bertin est l’auteur de la photo des vélomobiles en ville sur Wikipedia, où l'on retrouve la belle rouge.

. Mes remerciements à tous les deux.Les photos sont à voir dans l'album "Personnes, Personnalités" à mobilité.     

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Du rôle de l'oeil dans la perception du vin dans le verre

5 Avril 2013, 17:17pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le titre. « Je sais, je sais … », comme aurait dit Jean Gabin il y a fort longtemps en sur-jouant de son célèbre phrasé, mon titre est bien long. Je le reconnais d’autant plus volontiers que c’est volontaire. Il a au moins un très grand mérite, c’est clair de clair comme de l’eau de roche. C’est malin ça de parler d’eau pour parler du vin ! Mais ça me fait rire.

Il y a quatre acteurs dans ce billet, avec le vin d’abord même si cela n’apparaît pas forcément dans le titre qui parle de l’œil d’abord. C’est pourtant le vin le héros encore et souvent qu’il s’agit de valoriser en mettant en lumière ceux qui « font » le vin. Ces visuels publicitaires sont l’œuvre du syndicat des vins de Bordeaux pour donner une image jeune des Bordeaux rouges, en montrant des jeunes professionnels du monde du vin s’apprêter à déguster du Bordeaux et du Médoc. Ludovic et Laurent goûtent des Bordeaux et Marianne du Médoc. Le premier, responsable export, est qualifié de « vigneron », le second est œnologue à Saint-Emilion et la troisième maître de chai en Médoc.   

Vin de Bordeaux, Ludovic responsable export, Le goût en héritage 

C’est Ludovic qui ouvre le bal dans ce visuel de 2001, qui a « Le goût en héritage » en argumentaire publicitaire. Ceux de Marianne et de Laurent font partie de la campagne « Tout un monde de finesse ». Ce sous-titre ne se justifie vraiment que pour le visuel de Marianne-Médoc Bordeaux. Lui seul détaille la grande famille des Bordeaux en plus du Bordeaux générique qui constitue la porte d’entrée dans la hiérarchie des  Bordeaux. Citons « Haut-Médoc, Margaux, Moulis, Listrac, Saint-Julien, Pouillac, Saint-Estèphe, Médoc. ». Les deux derniers visuels cités doivent être postérieures à 2004, après que les tribunaux aient interdit d’associer l’image de la jolie fille au vin, avec en sous-titre du visuel « buvez moins, buvez meilleur ». Dans cette version, l’argumentaire du visuel qui avait été jugé provoquant a disparu au profit de « tout un monde de finesse ».

On comprend bien que la force des visuels vient de ces personnages sympas et à « la belle gueule ».  Chacun pose à sa façon, même si on voit bien les points communs que sont le visage qui apparaît en pleine lumière, le haut de la tête coupé, le bas arrêté en haut du sternum. Le fond et rouge pour les deux hommes et bleu ciel pour la jeune femme. Tous ont une tenue décontractée, chemise blanche ouverte pour Ludovic, polo rouge pour Laurent et chemisier fermé par un lacet au cou pour Marianne.

Vin de Bordeaux, Laurent oenologue, Tout un monde de finesse 

Ils portent un verre de vin rouge à la main droite pour Laurent et Marianne et à la main gauche pour Ludovic dont on ne voit pas la main. C’est à ce moment-là seulement qu’on voit la couleur du vin quand il s’agit de vins en bouteilles de verre presque noir. La couleur foncée du verre de la bouteille empêche de voir celle du vin qui n’apparaît vraiment que lorsque le vin est versé dans le verre INAO adapté à la dégustation. Dans les trois visuels, les verres sont de travers. Ils sont trop pleins pour une dégustation.  Aucun n’a été légèrement agité de façon à dégager les arômes et laisser apparaître les larmes du vin.

Une autre particularité est liée à la façon dont Marianne et Laurent professionnels tiennent le pied du verre, l’une à trois doigts, lui  à deux. Ludovic échappe à la critique, qui veut qu’on tienne le verre par la coupelle car on ne voit pas sa main dans cette série.

La position de l’œil est identique dans les trois cas. Tous sont dirigés vers l’objectif, ce qui signifie qu’aucun ne regarde la couleur du vin dans la lumière, ni les larmes puisqu’il n’y en pas. Parler de l’objectif signifie que l’agence publicitaire a choisi de faire parler chacun des trois sélectionnés nous parler en face à face droit dans nos yeux à nous en un langage sans parole.  Chacun a son style de regard, franchement canaille pour l’œil droit de Ludovic, qui plisse les yeux et garde la bouche fermée avec ses lèvres fardées,  ouvert avec un franc sourire pour Laurent qui reçoit la lumière d’un projecteur presque droit dans les deux yeux et grand ouvert pour l’œil gauche de Marianne qui sourit fort aimablement. On dirait qu’ils s’apprêtent à faire tchin-tchin, chacun à sa façon, dans une joyeuse ambiance. Ils regardent les autres et pas leur verre. Ou plutôt ils ont une curieuse stratégie oculaire, le droit ou le gauche selon les cas nous regardent nous les regardant et l'oeil qui reste est censé voir le vin dans le verre. En fait il nous voit à travers le verre sans que nous puissions réellement le voir. Quant au vin dans le verre, il doit se sentir un peu frustré. Il est en attente.   

Vin de Bordeaux, Marianne maître de chai, Tout un monde de finesse

L’appréciation. Le résultat est globalement réussi. Les visuels restent sympathiques et non datés. Et pourtant, la stratégie du regard n’est pas franchement adaptée. Elle est bien compliquée et contraire à la réalité de la dégustation. Le plaisir de découvrir des arômes, de voir se former les larmes sur la paroi intérieur, de faire rouler le vin dans le verre pour le sentir en fermant presque les yeux... sont en soi des plaisirs intériorisés qui sont pourtant perceptibles par les autres participants. Il suffit d’un léger sourire, des yeux plutôt fermés, repliés sur eux-mêmes, sauf bien sûr au moment de lever le verre pour voir la couleur du vin dans la lumière…

A ce choix de la part du syndicat des vins de Bordeaux, qui connait évidemment de l'intérieur le mécanisme de la dégustation, il y a une explication logique. Il s'agissait de prouver par des visuels sympathiques qu'on peut goûter simplement et avec plaisir les vins de Bordeaux. Nul besoin de connaître les codes, tel est est le vrai message de ces publicités "friendly". C'était aussi peut être une façon de réagir face aux  visuels très ambitieux du syndicat des vins de  Bourgogne quelques années auparavant et qui avaient marqué avec force le monde du vin.

 Pour suivre le chemin

. « Ludovic » est un visuel-marque page qui figurant dans un livret 2001 d’hôtels-restaurants,  « Laurent » et « Marianne » sont tirées de Marie-Claire Maison qui n’indique pas la date au verso en ses pages paires. 

. L’analyse juridique de  ces visuels à la date où ils sont parus ne fait pas l’objet de ce billet. Je me base, quant à moi, sur leur impact en analysant le concept et quelles que  unes de ses  déclinaisons.

. Pour en savoir plus, sur la dimension juridique de ces publicités, lire le communiqué de l’ANPAA du 25-02-2004 en faveur de l’interdiction de ce type de publicité,     http://internet.anpaa.asso.fr/cgi-bin/brcdisplay.exe?LG=fr&SITE=&ARBO=admin&MODULE=communique-presse&TEMPLATE=f_milieu_detail.html&R01=*communique-presse***$01=32

.Voir aussi et surtout la décision de la Cour d’Appel de Paris en date du 26.02.2010 rejetant définitivement la volonté de l’ANPAA de censurer ces visuels, sur  http://www.lm-a.fr/wp-content/uploads/2012/03/2010.02.26-CIVB-d%C3%A9cision-en-appel.pdf

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album "Genre-Variation" où vous trouverez deux exemples des visuels des vins de Bourgogne.   

 

 

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Le Mur de la Caserne Verneau > Angers Rive droite, Rue du Général Lizé

4 Avril 2013, 15:57pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il en va des murs comme il en est des gens. Certains vous parlent, vous disent quelque chose et d’autres non. Certains gardent leur caractère au fil des ans, des époques et des changements. Ils ont une capacité étonnante à demeurer quel que soit le temps qui passe. Ils conservent leurs particularités et leur pouvoir d’expression malgré l’usure, malgré les travaux qu’on imagine pour garder leur intégrité et  leur solidité. D’autres au contraire se font presque un plaisir de jouer avec le temps et de montrer leurs variations différenciées d’adaptation aux époques à l’intention de ceux qui passent. Parfois ils ont presque l’air de sur-jouer une chanson d’usure en fonction des matériaux utilisés et des techniques d’élaboration qui différent à chaque consolidation, réfection et/ou à chaque génération.
Mur-Caserne-Verneau-Angers, Coin Rue des Artilleurs 2
En une petite matinée, il est ainsi possible de faire une tournée de murs en rive droite de la Maine à Angers. L’idéal est de circuler à vélo pour bien voir et s’arrêter quand on le veut. En pleine rénovation urbaine pour certaines grandes parcelles, le quartier continue d’offrir des petits îlots de grande stabilité urbanistique où la partition des murs joue un grand rôle. Nous sommes en périphérie d’un territoire qui se situe au-delà des faubourgs amont situé sur le plateau entre Mayenne et Maine, entre Angers et Avrillé.  Il y a là des situations intéressantes de murs qui ont gardé leur identité.
Mur-Caserne-Verneau-Angers, Coin Rue des Artilleurs 1
La rue du Général Lizé offre aux regards la découverte intéressante d’un long mur constitué en séquences hétérogènes, comme si aucune des parties n’avait fait d’effort pour s’adapter aux autres. Le résultat a des allures d’un ruban multi-composite dressé en position verticale. Son objectif  est clair  même si sa hauteur n’est pas toujours haute. Ce mur a pour fonction de marquer la frontière entre l’intérieur militaire qui est celui d’une caserne en exercice et l’extérieur civil d’une  rue sans forte identité bordée sur l’autre trottoir de petites maisons dont certaines maintenant ont un étage.
Il s’agit de la rue du Général Lizé étroite en sa largeur et  longue dans son unité de nom. Malgré son allure un peu désuète au début près du bureau de poste, elle est  très passante. Elle permet de lier en périphérie transversale de la ville plusieurs quartiers pour rejoindre la Maison de Quartier des Hauts de Saint-Aubin et plus loin l’accès à l’autoroute A 11 vers Paris et Nantes.
Mur-Caserne-Verneau-Angers, Face, Strates, 7
La situation de ce mur de 300 mètres constitue la largeur d’un grand rectangle  occupé par la Caserne Verneau qui abrite le 6è régiment du Génie. La façade de la caserne s’ouvre sur l’avenue qui file vers Avrillé. Elle porte à Angers le nom de  René Gasnier, le célèbre pilote de l’Aéropostale. La seconde largeur faisait face au terrain d’aviation et maintenant au nouveau quartier des Capucins. Son quatrième côté est bordé par la rue des Artilleurs que beaucoup à Angers connaissent pour ses deux jolies petites maisons que l’on voit de la rue du Général Lizé et par ses petites rues perpendiculaires aux noms charmants qui y débouchent, la rue Thérèze, la rue Yvonne, la rue Yvette et la rue Renée. 
Ce grand quadrilatère représentait le dernier morceau de ville construit sur le territoire de la Ville d’Angers entre 1913 et 1920, date de la construction de la caserne. En 1938, l’Ecole d’Aviation est le dernier bâtiment construit en limite de ville avec Avrillé, avant l’implantation récente du  Plateau des Capucins, le nouvel éco- quartier situé en arrière de l’Ecole d’Aviation.
Mur-Caserne-Verneau-Angers, Face, Changement 8
Le mur de la rue du Général Lizé est fatigué et a déjà beaucoup vécu même s’il n’est pas si vieux que ça. Il doit avoir moins d’une centaine d’années  dans ses parties les plus anciennes. C’est ce qui le rend attachant et intéressant. Mon conseil est de partir du coin de  la rue des Artilleurs pour aller à sa rencontre avec la rue du  Général Lizé en direction de l’avenue Gasnier. C’est à l’angle de départ que le mur est au plus haut. Il annonce bien sa fierté de vrai haut mur de pierre.  
Mur-Caserne-Verneau-Angers, Face, Strates, 6
Aucun endroit ne ressemble à un autre et pourtant il en ressort une grande maîtrise de l’art de tailler et d’assembler des pierres dures dans des gabarits différenciés selon la nature de la pierre. De bas en haut, on distingue trois séquences inégales, l’assise en pierres grises, avec un parement d’ardoises taillées pour faire la séparation d’avec la partie médiane, qu’on va retrouver dès lors que la pierre sera visible. Au- dessus se situe la partie la plus visible et la plus différencié selon les différentes séquences. Quant au sommet du mur, il doit être couvert d’une pierre d’ardoise pour éviter les infiltrations de la pluie dans les séquences « pierre ».   
. Les portions de mur qui vont suivre montrent un goût certain pour la couleur. Il faut dire aussi qu’il a fallu remonter la hauteur. Parfois du schiste noir a été utilisé, parfois c’est l’inverse et le blanc bleuté domine alors, avec de façon plus surprenante des superbes pierres d’un jaune orangé soutenu. Il reste toujours pourtant des parties de pierres plus fines d’ardoises qui semblent être parmi les plus anciennes, avec des lignes horizontales qui perdurent quelles que soient les réparations effectuées. 
Mur-Caserne-Verneau-Angers,12, vers Av. Gasnier 4
. Le mur vit alors sa dernière vie de pierre et sa légitimité profonde après le poteau qui rappelle en plus petit celui a marqué son apparition dans la rue du Général. Après le poteau, commence un mur de facture plus récente semi-industrielle avec des poteaux en fer, rempli de plaques de béton. Ce mur a remplacé le mur d’un hangar situé à cet endroit et qui a été détruit. Le petit bâtiment technique aux portes vertes rouillées qui s’ouvrent sur le trottoir confère une tonalité d’usure certaine à cette portion du mur, alors même que c'est à c'est endroit seul qu'on peut apercevoir à l'intérieur un des grands bâtiments à toit plat avec un joli travail de brique -comme sur le poteau- pour souligner l'angle et le pourtour des fenêtres.     
   
Mur-Caserne-Verneau-Angers, Face, 11 Bat. technique  . Le mur en ce milieu de rue va encore changer de nature. Du mur ancien, il n'a gardé que son soubassement. sa partie haute est maintenant revêtue d'un vieux crépi qui a adopté des couleurs terre bien assorties au gris clair du bas. Le haut du mur intérieur est doté d'un système de protection à base de fils de fer qui est maintenant bien rouillé, qu'on cite dans le monde militaire sous le doux vocable de "concertina" .             Mur-Caserne-Verneau-Angers,20, Variations de couleurs en perspective
. Suit ensuite une seconde séquence de mur à ossature métallique plus récente qui a du néanmoins être renforcée pour assurer la solidarité des plaques de béton entre elles. Elle offre la particularité par rapport à la première séquence de construction sur poteau métallique de ne pas avoir de barre transversale médiane qui renforce la liaison des poteaux entre eux. Du coup, il a fallu postérieurement apposer des petites plaques transversales dans la partie haute du mur.
Mur-Caserne-Verneau-Angers,15, Rencontre poutrelles-bandes blanches
  
 . La séquence de fin montre que le  mur a repris de la hauteur. Sa volonté est toute tendue vers sa rencontre avec son homologue de l'avenue René Gasnier. Dépassant du haut du mur, on aperçoit le toit récent d’un bâtiment technique et à intervalles réguliers des superbes lampadaires rouges au design très contemporain.         
Mur-Caserne-Verneau-Angers,22, Voiture rouge, Hangars
. Pour finir, le mur présente  à cet endroit un enduit bien fatigué. Sous l’effet des tensions du mur, il a éclaté et plusieurs trous apparaissent  mais sans souci pour la solidité.  Il a enfin  retrouvé un poteau, qui cette fois signe sa terminaison. C’est aussi  le début du mur de façade de la caserne avenue Gasnier. C'est là que s’ouvre la porte monumentale d’où on aperçoit le bâtiment central de la caserne, flanqué de ses deux bâtiments à sa droite et à sa gauche, à l’architecture très reconnaissable.   
Mur-Caserne-Verneau-Angers,24, Perspective vers la rue du G. Lizé
Il faudrait toute une étude pour dérouler les murs de cette caserne qui ont chacune leurs identités plurielles et qui témoignent de l’importance de la séparation du domaine militaire avec le domaine civil, chacun ayant ses logiques propres, avec une particularité notable. La caserne est en soi déjà une ville à structures fortes insérée dans la ville toujours composite et mixte à structures réelles et tissus mous interstitiels. Le mur témoigne de cette identité différentielle intégrée.
Mur-Caserne-Verneau-Angers,25, Feu, Fin, Poteau du coin
On pourrait imaginer pour ceux qui ont une imagination visuelle la présentation de toutes les séquences photographiques de ce mur vu du dehors dans un cercle ouvert dans lequel  pourraient entrer les passants du dehors cette fois-ci dedans, dans un double retournement de situation, puisque cette fois le mur du dehors deviendrait celui du dedans…Ce serait une pré-figuration du "Monde des Murs". Ce mur, qui est un vrai régal pour les photographes, interroge tous ceux qui passent.        
Pour suivre le chemin
. Pour voir le mur, il faut venir rue du Général Lizé au nord-ouest d’Angers, avec une liaison directe avec le tramway à partir de la gare. Tout à côté, de la caserne,  vous trouverez le CAUE 49 qui dispose d’une jolie bibliothèque bien documentée en matière d’architecture et d’urbanisme. Il est logé dans l’ancienne école d’aviation qui est un monument classé. 
. Pour trouver des informations sur la Caserne elle-même, consultez la base Mérimée. La construction des grands bâtiments centraux de la caserne  a commencé en 1912-1913 pour se  terminer en 1920. Il y a aussi maintenant une construction très contemporaine de bureaux de belle facture donnant directement sur l’avenue Gasnier. Les bâtiments techniques évoluent en fonction des besoins de fonctionnement. A voir sur http://www.inventaire.culture.gouv.fr/public/mistral/merimee_fr?ACTION=RETROUVER&FIELD_98=DENO&VALUE_98=caserne&NUMBER=50&GRP=1&REQ=((caserne)%20%3ADENO%20)&USRNAME=nobody&USRPWD=4%24%2534P&SPEC=3&SYN=1&IMLY=&MAX1=1&MAX2=100&MAX3=100&DOM=Tous 
     
. Voir une carte postale ancienne de marque Gaby de la caserne vue du ciel sur http://images-01.delcampe-static.net/img_large/auction/000/060/896/994_001.jpg
. Retrouvez le 6e Régiment du Génie sur  http://www.facebook.com/pages/6e-r%C3%A9giment-du-g%C3%A9nie-Officiel/351883181559588    Mur-Caserne-Verneau-Angers,18, Crêpi, Couleurs . Ce billet constitue le n° 2 du "Monde des Murs", voir en n° 1 Le Monde des Murs > Le Mur d'Hadrien > Entre l'Angleterre et l'Ecosse
. Photos Elisabeth Poulain prises à partir de l’extérieur, les zones militaires n’étant pas photographiables de l’intérieur. 

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La Ronde des Portes > La Porte rouge > Bruxelles

25 Mars 2013, 18:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

Une porte, la plus belle de la rue . Oui elle l’est, par sa couleur d’abord. C’est un rouge magnifique, qui étonne dans l’univers de la ville. La porte venait d’être refaite et la peinture éclate de vitalité. Un tel rouge n’était pas habituel au tout début du XXIe siècle dans cette petite rue d’habitations parallèle à une grande avenue chic et passante de la métropole belge. La particularité commune à de nombreuses maisons d’habitation est d’avoir été édifiée sur des parcelles longues et étroites, avec les pièces à vivre avec fenêtres de chaque côté de l’appartement et les espaces utilitaires au milieu. Dans ce schéma d’habitation étroite et parfois haute, la porte est plutôt placée  sur les côtes de l’habitation, plutôt qu’au milieu. L’escalier est accroché d’un des deux murs de façade avant ou arrière. Un des avantages est que l’escalier bénéficie de la lumière naturelleau moins à l'entrée grâce à l'imposte placée au dessusde la porte.

Bruxelles, Porte rouge, avec imposte, Outre sa couleur, ce sont ses dimensions qui frappent. Comme toutes les autres portes de ces maisons du début du XXe siècle cette fois-ci, elle est haute et étroite. Elle présente deux vantaux égaux très structurés. L’ouverture du mur qui lui est octroyée est remplie en partie basse par la porte proprement dite et en partie supérieure par une ouverture vitrée, l’imposte, qui permet d’éclairer le vestibule et le départ de l’escalier qui monte aux étages. Le haut de l’imposte est dans l’alignement des fenêtres que l’on aperçoit sur la photo. La porte joue avec la lumière et aussi avec la fenêtre.  

La porte présente aussi une autre forte particularité. Elle occupe la même largeur qu’une fenêtre, celles qui sont à côté d’elle, celles qui sont au-dessus. J’ajoute aussi celles qui sont au-dessous des fenêtres proches. Bruxelles et ses communes environnantes proches telles qu’Ixelles offrent en effet la particularité, comme dans l’Angleterre voisine par la mer du Nord, d’avoir des logements en semi-sous-sol. C’était autrefois des espaces affectés à la cuisine et au service. Certains sont maintenant habités. Du trottoir, on ne voit alors qu’une partie des fenêtres d’en bas. Parfois, mais ce n’est pas le cas avec la porte rouge, le niveau de l’habitation est relevé de façon à donner plus d’éclairage au sous-sol. L’accès à la porte est en cas précédé de quelques marches d’accès, ce qui aura pour conséquence aussi d’allonger encore visuellement la hauteur de la porte.

Bruxelles, Porte rouge, Détail central 

De cette façon, la façade présente un rendu très structuré qui donne de la « force tranquille » à l’ensemble. Au fil des transformations dues à des besoins de gain d’espaces, de création de vitrines ou de transformation d’une cuisine semi-enterrée en garage par exemple, l’équilibre de ces lignes a parfois été rompu, ce qui en soi n’est pas gênant. Il peut en ressortir un certain désordre visuel qu’on peut regretter, mais sans plus. Il reste à Bruxelles et dans ses communes proches suffisamment de beaux équilibres pour se rincer l’œil avec plaisir.

Pour suivre le chemin

. Aller à Bruxelles. C’est une ville délicieuse à parcourir   http://www.irismonument.be/fr.Ixelles.Chaussee_de_Waterloo.html 

. Ce billet commence une nouvelle série sur la PORTE, une série qui va cheminer de concert mais irrégulièrement avec la série du MUR, car « qui dit mur dit porte pour franchir le mur ». Cette porte est pour moi à ranger dans la catégorie des "portes vues de dehors" et dans cette catégorie, à celle "des portes fermées", ne l'ayant jamais vue ouverte. Ce classement est évidemment tout à fait subjectif.   

. Photos Elisabeth Poulain   

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Le Rat en n°4 dans la Hiérarchie des Viandes, en périodes de famine

18 Mars 2013, 16:47pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le rat est un petit animal vraiment digne d’intérêt. Il offre plusieurs particularités notables. Il a un coefficient d’intelligence remarquable en soi, encore plus au regard de son ratio inteligence/poids/taille absolument fabuleux. Il est capable de s’adapter à des situations très dures et dans des climats où l’homme a peine à vivre. Enfin il est extrêmement prolifique, ce qui prouve qu’il est capable de penser en terme de stratégie de survie de l’espèce.

Rats-Sketchs-VxD-2016-Wikipedia

La stratégie de survie, c’est là où je veux en arriver, mais pour l’homme cette fois-ci toujours  dans les  périodes de famine. Ces grands évènements marquent à intervalles irréguliers l’histoire de l’humanité. On a presque oublié le souvenir dans nos contrées au climat tempéré et aux régimes politiques à tendances globalement humanistes. Pourtant dans des périodes courtes et extrêmement violentes de notre histoire récente, lors des guerres du XIXe siècle en Europe, on a su ce qu’avoir faim veut dire. Le souvenir de la peur de manquer continue d’ailleurs à se transmettre encore et toujours. Il n’y a pas que la gloire de la France ou les ors de Versailles et ensuite de Napoléon III qui constituent le patrimoine transmis par la mémoire explicitement ou inconsciemment. Le rat  tient une part notable dans cette petite histoire qui fait partie intégrante de la Grande Histoire. 

En France, manger de la chair du rat a toujours été considéré comme la preuve d’une réelle disette, quand il n’y avait plus d’autres protéines pour se nourrir. Une situation que la France peut-être pas, mais certains quartiers de Paris certainement ont  connu pendant le siège de 1870. A cette occasion, une hiérarchie de fait s’établit entre les différentes viandes. Quand il n’y eut plus ni viande de bœuf, veau ou poulet, lapin, dinde…ni poisson dans les bassins de la ville ou de la Seine, Il fallut bien faire preuve d’imagination.

 Jean-Louis-Ernest-Meissonier-Etude-Cheval-Galop

Le commerce de viande de cheval ouvrit le bal. Il y en eut beaucoup de blessés pendant les combats avec les Allemands, manger la viande des animaux morts ou blessés au combat était une preuve de bon sens quand tous les circuits normaux d’approvisionnement commencèrent à être stoppés. Puis quand la source fut tarie, les chiens passèrent à la casserole. Le tour suivant fut celui des chats. Arrivèrent ensuite en 4e position, les rats. Nul ne sait encore maintenant, ce qui fut mangé ensuite. Les animaux des zoos furent pendant un temps protégés et quand ils furent abattus, leur chair de par ses prix fut réservée aux patriciens. Certains animaux finirent en ragoût de luxe pour les fêtes du réveillon 1870 dans des restaurants de luxe qui avaient dû utiliser pour s’en procurer des moyens que le respect de la légalité réprouve à coup sûr. Gageons que les cygnes des bassins des Tuileries finirent également et très rapidement dans des cocottes qu’on dégusta sous un autre nom.  

 Jean-Louis-Ernest-Meissonier-Siège-Paris-1870-Musée-Orsay

Et le rat ? Il fallut bien y arriver, sans que l’on sût jamais combien il en fut vraiment  consommé, tant il y a de rats vivant dans les vieilles villes et tant l’imagination permit de leur attribuer des noms d’animaux plus ragoutants. On mangeait bien du chien qu’on faisait passer pour du mouton. Pour le rat, une véritable filière s’organisa spontanément. On connaissait son prix à l’unité, 8 sous le 23 novembre, puis 10 et 15 sous plus tard. Un marché spécialisé se tenait Place de l’Hôtel de Ville, preuve s’il en est que ce rongeur avait une place à part dans une époque plus que dure, où les Parisiens avaient les idées larges par obligation et une forte imagination pour masquer la réalité.     

Victor Hugo s’en fit le chantre dans un quatrain, qui ne va pas bien loin mais qui a le mérite d'exister, sans se moquer. O Mesdames les Hétaïres,/Dans vos greniers, je me nourris ;/ Moi qui mourrais de vos sourires,/ Je vais vivre de vos souris./ L’intéressant est qu’il se refuse à parler du rat, tellement l’animal était pour lui repoussant et l’idée déplaisante. C’était d’une certaine façon une déchéance sociale. Il fit donc appel aux souris, qui pourtant venaient après le rat dans la hiérarchie officieuse du marché, un baromètre qui ne trompe pas.  Jusqu’où va le machisme, c’est quand même étonnant ! Passons. Une autre explication à la volonté du poète de badiner avec la viande de rat vient peut-être que le blocus, aussi sévère fut-il, ne fut pas hermétique pour autant. C’est une hypothèse qui a été émise par Germain et Gaston Blond, des très bons historiens de l’histoire alimentaire de la France.    Rats-Joueur-Flutte-Hameln-1902 

Comme toujours en ces circonstances, on fit appel aux sommités pour faire passer le message que la viande de rat bien accommodée se mangeait sans souci. C’est du moins ce que les membres de l’Académie des Sciences firent savoir. Charles Montselet, un très célèbre journaliste, lettré, gastronome, avait ouvert la voie dès 1859, dans son traité de « La Cuisinière poétique ». Il parlait de la viande de rat de la meilleure façon qui fut pour plaire aux amoureux de la bonne cuisine. Il  citait une coutume bordelaise attribuée aux tonneliers bordelais. Selon lui, ceux-ci avaient l’habitude de se faire un petit brunch en cas de petite faim ;  en guise de casse-croute, ils se faisaient griller des rats avec des herbes, du sel et du poivre, tout en buvant, on l’imagine, une petite chopine. En 1870, on rappela opportunément ses témoignages. Il n’en fallut pas plus pour que le rat fut cuisiné en pâté rôti, ragoût, ou grâce à des recettes nouvelles, comme « le rat à la parisienne »  avec de la matière grasse d’âne !

Souris-Radis-rouge-Watanabe Shotei-1851-1918  

En réalité, les Parisiens connaissaient déjà les vertus de la viande abondante de rat quand tout le reste avait disparu, à commencer par le lait pour les petits et le blé pour tous. Déjà au cours du siège de Paris par Henri IV de mai à la fin août 1590, les Parisiens avaient souffert de la faim puisque la ville n’était plus approvisionnée. La hiérarchie des viandes fit qu’on commença par manger les chevaux, puis les ânes, les chats et les rats qui se retrouvent en 4è position, au même rang presque trois siècles avant l’encerclement de la capitale par les Allemands cette fois-ci.

Ce billet fait suite à l’interview d’une jeune chercheure un matin sur France Inter ou Europe 1  lors des évènements récents en France du « scandale de la viande de cheval ». A la question qui lui était posée de savoir ce qu’elle pensait de la véracité de telles pratiques (mélanger de la viande de cheval à de la viande de bœuf), sa réponse très calme fut impressionnante. En effet de mémoire, elle commença par dire que du cheval, c’est du cheval, à comprendre comme une viande saine propre à la consommation humaine, qui ne pose pas de questions au plan sanitaire. La question pour elle n’était pas là. Elle s’en posait une autre : dans ce fameux « minerai », n’y a-t-il que des éléments carnés & co  (os, tendons…) de bœuf et de cheval,  ou y a-il aussi du porc ou du rat ? Un grand silence se fit entendre à l’antenne avant que le professionnalisme du journaliste lui permit de réagir. On parla très vite d’autre chose. Sérieusement, comment aurait-on pu penser qu’on puisse parler de manger de la viande de rat en 2013, en France?!

Pour suivre le chemin

. Voir le site  http://www.dark-stories.com/manger_du_chat_chien_rat.htm

. Lire  « L’Histoire à table » d’André Castelot, Plon-Perrin, 1972 ainsi que la toujours très bonne « Histoire pittoresque de notre alimentation » de Georges et Germaine Blond parue à la Librairie Arthème Fayard, dans Les Grandes Etudes Historiques.

. Le tableau présenté est une huile de Jean-Louis Ernest Meissonnier faite en 1884 sur le Siège de Paris  pour en dénoncer l’horreur. C’est une pièce des collections du Musée d’Orsay.L'esquisse du cheval au galop est également de lui.    Souris--Roman bronze mouse Musée-romain-Lausanne-Midy IMG

.  J'ai eu quelque mal à trouver des rats sympathiques à vous montrer. La pêche se réduit à un dessin anglais ou américain de rats (Wikipedia), les deux oeuvres de Jean-Louis Ernest Meisonnier, un dessin du  célèbre conte de Grimm qui m'avait terrifié dans mon enfance -c'est le joueur de flûtte de Hamelin-,  une adorable aquarelle japonaise et un bronze de l'époque romaine figurant une souris du Musée de Lausanne me semble-t-il. Comme Victor Hugo, j'ai choisi de parler des mignonnes petites souris et moins des rats.  

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M comme Man > Le Pied de l'Homme & La Chaussure > Le Monde d'Hermès

16 Mars 2013, 16:30pm

Publié par Elisabeth Poulain

Faire du pied le centre de l’univers, les Grecs dans leur grande sagesse le savaient eux qui avaient créé un dieu  pour célébrer le voyage. Mettre le pied en valeur est une autre histoire. Chercher des photos de beaux pieds d’homme et vous verrez combien la tâche est délicate. Mais quand on s’appelle Hermès et qu’on est une des grandes maisons du monde du luxe, on sait toujours à aller au plus près de ce qui est important, à donner plus de sens à la ligne et à la matière en harmonie avec le corps  et le mouvement. Et quand on parle de soi, on vise le monde. Le Monde d’Hermès est l’appellation de la revue de la maison.

Hermès, Le Monde d'Hermés, 2007-II, Le pied

La rencontre de l’homme avec le pied se fait sous la médiation du cuir de sa chaussure. La mise en scène est délicate car il faut d’abord trouver un pied de qualité qui suggère la capacité de portance du corps entier et la beauté du geste quand le pied se déroule en pleine course. L’art du photographe fait le reste mais seulement après  avoir souligné le pied enduit d’huile de talc blanc pour faire ressortir la courbe qui part du talon s’arrondit le long de la face du pied et se termine à l’ongle. Cette photo, qui est l’œuvre d’Isabel Munoz, une photographe espagnole, qui adore notamment faire des clichés de danseurs de tango, orne la couverture du numéro dédié à la danse du Monde d’Hermès.

Hermès, le Monde d'Hermès, L'Homme 

L’homme du pied et sa chaussure se trouvent en pages 84 et 85 bien loin l’un de l’autre. Leurs relations sont compliquées . Lui cache sa bouche. On ne voit que ses yeux, son menton pour le haut, son pull et sa chemise en bleu marine. Pour lui faire face, une seule chaussure l’attend comme une star posée sur une colonne inclinée, les lacets ouverts qui n’attendent que leur maître. Je gage qu’il a fallu beaucoup d’essais pour trouver le ton juste pour que les lacets parlent. Ils figurent à eux seuls la touche de légèreté exigée par le décor très structuré. 

Hermès, Le Monde d'Hermés, 2007-II, La Chaussure  

La ligne parfaite à mettre en lumièreest celle de la chaussure gauche vue de l’extérieur captée dans une lumière douce si fine qu’on pourrait presque compter le nombre de trous figurant sur les découpes de ce derby noir qui a pour moi des reflets bleutés. La chaussure est posée sur une surface inclinée vers la bouche de l’homme que l’on ne voit pas. Elle lui parle, elle l’attend et lui nous regarde. Un sacré jeu de miroir auquel n’est pas étranger le cuir lisse et brillant, comme un jeu entre l’homme qui se regarde dans cette brillance en lui demandant «miroir, mon cher miroir, dis- moi que je suis le plus beau » au travers du jeu de construction des différents panneaux qui conduisent le regard vers la chaussure puis vers l’homme qui ne regarde pas la chaussure. C’est nous qui la voyons pour lui…

Hermès, Le Monde d'Hermés, 2007-II, L'Homme, la Chaussure 

Pour suivre le chemin

. Le Monde d’Hermès, volume II, automne-hiver 2007

. Le Monde d’Hermès, voir pour un exemple récent le n° 60 sur  http://brieuc75.typepad.fr/soundtracktomylife/2012/03/le-monde-dherm%C3%A8s-printemps-%C3%A9t%C3%A9-2012-n60.html

. Voir le site d’Isabelle Munoz http://www.isabelmunoz.es/

. Voir d’autres billets « M comme Man » et Style de pub 

M comme Man > L'Homme sportif, son torse et son blouson > Lafuma  

M comme Man > L'Aborigène d'Ingaladdi Waterhole Cave > - 10 000 av. JC     

M comme Man > Le Cardinal de Richelieu > Philippe de Champaigne     

Style de Pub > L'Homme > Le Duffle-Coat > Moorhouse & Brook

Style de Pub > L'Homme > Les Chaussures UNIC par Cassandre  

 

. Photos Elisabeth Poulain à retrouver dans l'album-photos "Genre-Variations" 

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Le Changement vu par Jakob + Macfarlane > Architectes + Designers

14 Mars 2013, 17:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage du titre. Le Changement, c’est facile à comprendre au moins en première approche. C’est tout ce qui change, comme « tout change tout le temps, partout tout le temps mais pas de la même façon pour tout le monde » selon une citation de ma part. Jakob et Macfarlane sont tous deux architectes et  designers, un binôme assez rare pour être noté. Ils ne sont pas urbanistes, ce qui est plutôt singulier quand on intervient avec des créations fortes dans la ville. Ce qui est leur cas. Par contre ils sont aussi scénographes, ce qui implique un fort sens de l’espace et le design peut aussi s’appliquer à des gros volumes, comme des immeubles. Jakob, qui a pour prénom Dominique, est d’origine franco-suisse. Macfarlane, Brendan de son prénom, est britannique. Tous deux sont les deux créateurs et gestionnaires de l’agence qui porte leur nom à Paris. Deux de leurs réalisations récentes témoignent de leur créativité qui est en soi une forme volontaire et recherchée de changement, qui surfe sur le changement.

Paris, Cité Mode + Design, Jakob + Macfarlane, le Lézard vert

La Cité de la Mode et du Design à Paris sur les bords de Seine est leur Ière réalisation dont je vais vous parler. Le résultat de leur travail est une alliance entre des formes industrielles très géométriques au bas des anciennes docks au plus près de l’eau et un grand lézard vert à plis qui chevauche la structure de base de façon irrégulière et molle, comme les montres molles capables de s’adapter à tout . Ses lignes à plis qui filent dans le sens du courant de la Seine cassent les lourdes cellules-cases de béton en dessous,  Une façon très travaillée et innovante de jouer les contrastes en créant à la fois de la ligne en mouvement mais aussi de la profondeur, de la douceur et de l’épaisseur. La lumière la nuit rend bien cette façon de rendre un bâtiment à la fois vivant et bizarre. L’objectif était de donner à cette Cité une densité vivante propre, sans chercher à faire du joli-joli.

Sa couleur « vert algues » contribue à son étrangeté, une teinte qui varie en tonalité, vibrations et expression selon la couleur du ciel de Paris, parfois gris doux, parfois bleu éteint ou presque blanc quand le soleil est dardant. Une parfaite harmonie aussi avec la couleur si changeante de l’eau de la Seine, tant le jeu de la vibration se joue entre les trois composantes majeures, que sont le ciel, le  bâtiment et l’eau.

  Paris, Cité Mode + Design, Jakob + Macfarlane, Le Lézard vert   

En outre, une attention toute particulière a été apportée par les deux concepteurs à la rencontre entre l’extérieur et l’intérieur du lézard vert. La frontière est devenue un espace en soi extrêmement travaillé et raffiné.  La paroi verte est un composite avec des plans successifs à l’allure d’un mille-feuille arboricole quand on est dedans près du tronc. A l’intérieur l’air circule et la structure prend vie, tout comme le courant du fleuve à ses pieds modifie la forme, la couleur et l’allure de l’eau.  C’est du design d’un nouveau type à la fois visuel dedans, dehors et sensoriel, avec l’air qui circule et la lumière qui entre autour et dedans comme dans un cocon. L’intérêt aussi est que pour une fois le bâtiment est perçu non seulement du dehors mais aussi du dedans, pour ceux qui y travaillent ou qui s’y rendent.

Lyon, Confluence, Quai Saône, Cube orange 2012 

Le « Cube orange » -c’est le nom qu'on lui donne-  est leur seconde réalisation que j’ai choisie. Il se situe cette fois-ci au bord de la Saône, juste avant qu’elle rejoigne le Rhône, dans la presqu’île  de la Confluence. Il s’agit d’un presque cube de 29 m sur 33m situé sur le quai portuaire Rambaud, près d’une grue noire, au bord d’une allée qui permet de longer l’eau allante, dans un lieu appelé « Les Salines » au cœur de l’ancienne grande zone industrielle actuellement en pleine reconversion urbaine d’envergure. Pour réussir le cube, il  faut plusieurs ingrédients qui marchent toujours par trois,  de la place parce qu’un cube nécessite beaucoup d’espace autour de lui pour pouvoir rayonner sans écraser, de la vue surtout pour être vu, de l’eau parce qu’il n’y a rien de plus attirant dans une métropole pour interpeller et regrouper  les gens. Pour le Cube, les deux architectes ont prévu trois types de rencontres avec l’extérieur, la paroi métallique orange industrielle ajourée, celle qu’on perçoit d’abord, puis en dessous l’ossature avec les parois vitrés par derrière et entre les deux un mille-feuille très ajouré forcément orange.

Lyon, Confluence, Quai Saône, Cube orange 2012 

Le résultat est une franche réussite visuelle idéale à l’emplacement choisie pour son implantation à un endroit où étaient situés des docks. Le site est à la fois emblématique et caractérisé par de nombreux avantages et plusieurs contraintes. Il est situé au bord de l’eau, sans présence de voitures, avec comme seuls découvreurs de proximité  les promeneurs qui marchent le long de l’eau, surtout qu’il est prévu (et non réalisé) des pontons mobiles au bas du cube sur l’eau. On peut aussi le voir à partir de l’autre rive soit en bas au fil de l’eau ou presque soit à partir du haut de la colline avec une vue incomparable sur  l’agglomération.

D’un autre côté, l’endroit est contraint par l’eau proche, comme à Paris, par la présence d’un autre bâtiment au toit arrondi sur sa droite quand on  regarde vers le quai, d’une terrasse qui sert à la mise en valeur de la grue noire qui témoigne de l’identité portuaire  et en arrière d’un réseau ferroviaire très dense à cet endroit. Un peu en amont près de l’eau, des grands immeubles d’habitations forment de grands blocs perpendiculaires au fleuve et beaucoup plus hauts que le Cube. Du coup, le bloc parait moins haut et moins massif que les immeubles et s’intègre bien  dans son environnement.

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La couleur « orange industriel » de l’ensemble est une des raisons de cette intégration réussie. Le Cube éclate de santé et de pétillement dans cet endroit qui n’est pas facile. Pour preuve, il n’est que de regarder les entrepôts voisins. Là aussi, nous allons retrouver des séries de trois, avec *un emplacement à forte identité passée, *un bâtiment innovant par sa forme - ici le cube - et *sa couleur. Une autre série se greffe tout aussi tôt sur ce trio. Il s’agit de **la seconde peau lamellée à trous qui crée un espace vivant entre la paroi extérieur et la paroi interne, des trous ronds qui donnent une idée de pétillement qui vont résonner avec **des grands trous faits dans la structure même du cube. Le regard se porte directement sur le plus grand des trous à gauche à mi-hauteur. On dirait le pavillon d’un gramophone ancien qu’on regarderait dedans, un peu à la manière du célèbre chien  (c'est nous) qui cherchait à écouter la voix de son maître (c'est le Cube). Il y a un autre trou sur l’angle droit du bâtiment, en bas. C’est alors qu’on remarque que la toiture de l’entrepôt d’à côté est rond. Celui du Cube l’accompagne.  Le troisième élément ici est **le traitement de la partie haute du cube en vue d’alléger la silhouette, avec une petite élévation au centre et une rambarde ajourée haute tout autour. Une photo montre que l’espace du toit est accessible à ceux qui travaillent dans le bâtiment. 

Le changement selon Dominique Jakob et Brendan Macfarlane. Les deux architectes sont aussi des scénographes. Ils ont notamment travaillé pour la société Ricard du groupe Pernod en concevant le bar de la marque. A cette occasion, une interview d’eux est parue dans « Entreprendre » le magazine du groupe du printemps et de l’été 2012, avec la photo n°1.

. A la question n° 1 de connaitre les éléments qui leur permettent de créer, leur réponse est qu’ils commencent par rassembler les éléments de la marque et qu’ils cherchent ensuite une ligne de cohérence pour unir ces éléments complémentaires.

. Pour la question n°2 sur les conditions favorables à la créativité, leur réponse est qu’il faut savoir capter l’Air du Temps en périodes de changement, avec une remise en cause personnelle perpétuelle. Les deux créateurs citent comme exemples de designers de l’Air du Temps le plasticien Tadashi Kawamata et le créateur de mode britannique Hussein Chalayan.

. La question n° 3 porte sur leurs goûts pour les matériaux novateurs + les technologies numériques et leur impact sur les modes de vie. Selon eux, leur apport est de proposer « des technologies numériques dans le respect des traditions en vue de créer un nouvel humanisme. » On retrouve une série de trois.

. La 4e question rejoint un peu la première, « comment travaillez-vous avec les marques ». En respectant leur ADN est la réponse pour « créer du neuf à partir de l’existant. »

. La dernière question revient sur ce point en leur demandant comment ils arrivent à faire cela, tout « en gardant l’intégrité de leur propre travail. » La réponse plus développée  leur permet de citer ce qu’ils ont fait pour le Centre de Communication de Renault  à Boulogne-Billancourt, en partant de l’idée du losange. Ils parlent également de « La Ville Intelligente » le nom du pavillon ouvert qu’ils ont conçu à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, pour le groupe Orange, dans le cadre de l’exposition « Paris demain ». C’est à cette occasion que nous avons le plaisir de découvrir une drôle de petite chenille à bosse longue et ronde de couleur orange.

Paris-Parc-Villette-Pavillon-orange-Jakob-Macfarlane-Artevi 

Pour finir, la théorisation du changement est toujours délicate. On peut le sentir, on peut le créer, on ne sait pas pour autant définir ni les façons, ni les raisons de changer, le pourquoi des succès et encore moins des non-succès. Je suis frappée par exemple par la façon très conventionnelle dont les deux créateurs parlent d’eux dans  l’interview alors qu’ils conçoivent des œuvres audacieuses dans un pays peut être a priori moins ouvert que d’autres à l’audace architecturale et urbanistique. Il y a un énorme décalage entre ce qu’ils font et les mots qu’ils utilisent pour le dire. Peut-être une des raisons est-elle qu’ils répondent à une interview d’un de leurs clients. Je me demande s’ils parlent ainsi à leurs étudiants de l’Ecole d’Architecture de Paris-La Villette. Ils ont dit en effet quelque chose de très important sur le temps. Il n'est en effet de changement sans le temps, à un certain moment (c'est l'instant) pour un temps (une durée), quand le besoin s'en fait ressentir. Car il est un temps ressenti, un temps invisible et le temps inconnu. 

Pour suivre le chemin, avec beaucoup de pistes

. Retrouver l’ interview des deux architectes designers sur Entreprendre, le magazine de Pernod Ricard n° 57, en 8, sous le titre « Les grands créateurs doivent capter les changements des sociétés pour les révéler dans leur art », avec la photo de Jakob + Macfarlane - N. Borel –Mise en lumière Yann Kersalé         

. Faire la connaissance des deux créateurs sur  http://mapage.noos.fr/jmac  

    docks-seine-jakob-macfarlane-institut-mode-design-paris.pro.jpg

. Voir de très belles photos de certaines de leurs créations sur http://projets-architecte-urbanisme.fr/docks-en-seine-cite-mode-design-paris-rive-gauche/  

http://www.opusmang.com/forums/index.php?topic=865.0

. L’Institut Français de la Mode sur http://www.ifm-paris.com

. Le Plog-Over (le lézard vert) le long de la Seine sur http://www.popavenue.com/post/2009/01/15/La-Cite-de-la-Mode-et-du-Design-de-Jakob-Mac-Farlane  et sur via : http://www.contemporist.com 

. L’exposition réalisée pour Ricard au Musée des Arts décoratifs de Paris  http://www.lesartsdecoratifs.fr/IMG/pdf/157-ADC-aide-visite-Ricard-fr.pdf

. Le pavillon orange dans le Parc de la Villette lors de l’exposition Allodemain à la Cité des Sciences et de l’Industrie  de Paris   http://www.artevia.org/fr/references/12/orange

. Sur le Cube orange, voir le reportage de Muuuz Magazine, avec des photos d’extérieur et d’intérieur de Nicolas Borel      http://www.archidesignclub.com/magazine/rubriques/architecture/43575-le-cube-orange-par-jacob-macfarlane.html

. Lire  aussi le billet de Knauf-Archi http://www.knauf-archi.fr/archi-%25c2%25b001-plafonds/chantiers-et-projets/le-cube-orange-%25c3%25a0-lyon-69.html

. Photos, avec mes remerciements aux différents contributeurs, avec les quelques photos que j’ai faites du Cube orange de jour, de biais et à l’intérieur de la paroi à trous.   

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Le Monde des Murs > Le Mur d'Hadrien > Entre l'Angleterre et l'Ecosse

12 Mars 2013, 11:32am

Publié par Elisabeth Poulain

Il y a mur et mur. C’est bien pour distinguer les murs entre eux que je commence cette série qui sera fort riche, tant il y a de variétés de mur. Celui dont je vais vous parler aujourd’hui est le Mur d’Hadrien situé au nord de l’Angleterre à un endroit resserré entre l’embouchure de la Tyne en Mer du Nord et le Golfe de Solway en Mer d’Irlande. C’est un mur-frontière, qui a été construit par les Romains qui occupaient l’Angleterre pour se protéger contre les barbares venus du Nord. La frontière actuelle avec l’Ecosse longe le tracé ancien sur lequel ne demeure debout que la partie centrale des  117kms du Mur d’Hadrien classé au Patrimoine mondial depuis 1987 par l’UNESCO.  

Hadrian's wall at Greenhead Lough Noththumberland Velella o

Le Mur. Il a été construit en six ans de notre ère par les soldats romains, de 122 à 128. Sa hauteur varie selon les endroits. Il peut atteindre 4,60 m de haut et 2 à 3 mètres de large. La partie externe est faite de pierres taillées spécialement et assemblées sur place. L’intérieur de l’appareillage est constitué de pierres trouvées sur place et colmatées avec de la tourbe abondante dans la région. A espaces réguliers d’environ un mille romain, des forts dotés de deux tours ont été édifiés de façon à abriter les garnisons chargées de surveiller la frontière. Ce mur faisait partie des Limes, le gigantesque programme de protection mise en place par les empereurs romains pour protéger les marches de tout l’Empire, à l’instar de ce qui s’est fait plus tard en Europe au cours de l’histoire pour un château-fort, une ville avec ses remparts…ou plus récemment un pays comme l’Allemagne.  

Hadrians Wall Map Antonin Wall-UNesco Wikipedia

Là, il s’agissait de couper une grande île en deux dans un espace montagneux difficile à traverser et par là même moins difficile à surveiller. Le tracé était doublé par une voie romaine là où il n’y en avait pas déjà une. La fonction défensive explique en grande partie le choix final du tracé qui court de sommet en sommet pour disposer d’une bonne vue et obliger ceux qui voulaient à passer vers les portes gardées par quatorze forts . Ces portes de grandes dimensions servaient aussi à  prélever les taxes à l’entrée dans le territoire, la perception douanière étant déjà utilisée à bon escient par les administrateurs romains. Il n’y avait pas que des assaillants à vouloir passer et les Romains avaient besoin de vivres et d’autres denrées nécessaires au bon développement des territoires qu’ils administraient.  Et les Romains ont été des formidables gestionnaires et développeurs de territoires. 

Hadrian's Wall

Une autre donnée est à prendre en compte.Il s’agit des décisions successives concernant l’emplacement du mur prises par les différents empereurs au cours des siècles. Il y eut en effet plusieurs murs. On peut presque dire que le mur s’est déplacé. En effet, dès la mort d’Hadrien en 138 après JC, son successeur Antonin porta la ligne de défense plus au nord à un endroit encore plus resserré entre le Firth of Forth et l’estuaire de la Clyde. Dès lors, ce nouveau mur, appelé le Mur d’Antonin (60km de long environ contre 110 km environ pour le premier)  fut édifié  de 142 jusqu’à 160, un peu avant le décès de son fondateur.

Pendant ce temps, le Mur d’Hadrien fut délaissé comme si chaque empereur devait laisser son nom à une ligne de fortification, avant de reprendre du service après, jusqu’à l’an 300 environ.  Une autre hypothèse porte sur l’effet-frontière qui veut que le territoire extérieur proche subit d’autant plus fortement l’influence de la frontière qu’il est vide, au sens où on n’y fait que passer. La tentation quasi-naturelle est de grignoter l’espace extérieur, surtout en l’absence de tout contre-pouvoir.  

Hadrian-Wall-Tour

Les techniques mises en œuvre  pour  l’édification de ces murs. Elles sont à la fois très sophistiquées en matière de gestion de l’espace devant et derrière le mur  et relativement simples dès lors qu’il y a de l’espace et des hommes, les soldats des trois légions romaines envoyés pour exécuter les ordres, en plus des tailleurs de pierre de carrières proches. La gestion de l’espace est conçue de façon stratégique. Parler ainsi seulement du mur serait une simplification déformante.

Sur la partie extérieure, face à l’ennemi, le site est d’abord dégagé pour avoir une bonne vue. Des pieux sont enfoncés en terre puis un talus est édifié avec la terre extraite d’un fossé creusé pour freiner l’avancée des assaillants surtout la nuit. Quant au mur, il en existe plusieurs versions, selon leur épaisseur, leur hauteur et leur ancrage en terre. Tout dépendait de la situation. Le haut du mur variait selon qu’il s’agissait de celui d’un des forts de guet avec un chemin de ronde ou du mur de jonction plus simple entre les tours. De l’autre côté du mur, à l’intérieur de l’espace protégé, se trouvait une voie romaine qui permettait la circulation entre les tours, laquelle voie était à son tour protégée  de l’intérieur par le vallum, un fossé de 3 mètres de large entouré de deux talus de part et d’autre, de façon là aussi à bien dégager l’espace et faciliter la vue.

Outre les 14 forts de moyenne importance disposés très régulièrement sur et le long du mur, il existait un pôle de commandement à Vinolanda - Housesteads aujourd’hui - où vivait le responsable militaire du site, avec à ses côtés un tribunal, un hôpital, une salle de garde, des magasins et des greniers. Le site  a permis aux archéologues de découvrir une fabuleuse collection de tablettes écrites.   

Hadrian's Wall, Sélection Reader Digest 001

La topographie jouait un grand rôle dans l’implantation des défenses. Le tracé du mur a beaucoup utilisé les hauteurs des collines empierrées. La terre aussi en particulier dans les talus édifiés en partie grâce aux fossés creusés et aux routes implantées. On conçoit que ces défenses, aussi intéressantes qu’elles ont été, nécessitaient beaucoup d’entretien. Et c’est là que se situe la fragilité de l’ensemble. Le mur demandait à être constamment entretenu, les fossés recreusés, les talus remontés et le mur lui-même constamment ré-empierré.

Le délaissement dont il a fait l’objet presque dès ses débuts et surtout après qu’il fut devenu inutile (IVe siècle) a conduit  un grand nombre d’habitants à prélever directement les pierres au mur. Cette pratique utilisée pendant des siècles n’explique qu’en partie la disparition du mur dans ses parties les plus proches des mers. A partir du XVIIIe siècle, les constructions diverses et variées de l’urbanisation et du développement du territoire ont fait disparaître toutes trâces du mur. Seule reste la partie médiane qui est heureusement protégée par l’UNESCO depuis 1987.

Hadrians Wall remains of Roman fort Neil-San

Depuis lors, la destruction du mur est enrayée. Le mur lui-même est devenu un site très attractif grâce en particulier au sentier de grande randonnée qui a pris la suite de la voie romaine qui longeait le mur et ses constructions annexes. On vient maintenant voir le mur pour le plaisir de le découvrir en touriste. Il est vrai que de gros efforts ont été faits par tous les acteurs de l’archéologie et du tourisme.  On ne vient plus découvrir un site défensif, impressionnant par ses caractéristiques et ses vestiges préservés dans des vastes paysages de grande beauté qui font la joie des photographes. Housesteads se révèle être aussi un site d’une très grande richesse archéologique. J’ai été vraiment très étonnée et par le foisonnement des photos et par la diversité des choix de l’angle de prise de vue.

Ce Mur d’Hadrien a toujours quelque chose de nouveau à dire et à faire savoir. Il a en effet créé de toutes pièces un nouvel espace économique et culturel dans une zone désertée à l’exception d’hommes armées et de   commerçants. Au fil du temps les soldats envoyés sur place ont pris racine dans le pays et sont devenus de facto les nouveaux habitants d’un nouveau territoire. Ils ont élargi ce faisant la largeur effective du territoire occupé par le mur, qui était beaucoup plus qu’un simple mur, une véritable frontière avec une zone-tampon  incroyablement sophistiquée.  

Hadrian Wall Vindolanda Roman Fort - geograph org uk - 4090

Le mur d’Hadrien est aussi un bon exemple de la disproportion qui existe entre l’attente des retombées positives d’une frontière élevée par l’homme pour se protéger et le coût réel de l’opération, non seulement pour ériger la défense et ses dépendances au moment de la construction mais après pour l’entretien au cours des siècles qui suivent. Il a créé aussi et surtout des modifications profondes dans l’espace proprement dit en bouleversant les équilibres naturels. Cet effet-frontière provoque  toujours des retombées, quand on est soit du bon côté, quant à savoir lequel, c'est une autre histoire!      

Pour suivre le chemin

. Voir le site de l’Unesco, avec le texte officiel et les photos agrées sur  http://whc.unesco.org/pg.cfm?cid=31&l=fr&id_site=430&gallery=1&&maxrows=25

. Pour bien comprendre le mur dans un éclairage pédagogique  http://www.visithadrianswall.co.uk/things-to-do/roman-heritage

. Et en apprendre plus, avec un plan de du Fort de Housesteads  qui abritait le commandant des légions http://marikavel.org/rome/mur-hadrien/accueil.htm

. Pour avoir une belle vision de la beauté des paysages http://www.visitbritain.com/en/Hadrians-Wall-Path-walking-itinerary/  http://www.english-heritage.org.uk/daysout/properties/housesteads-roman-fort-hadrians-wall/#Right

. Photos des différents contributeurs, avec mes remerciements à toutes et tous.

. Tags : mur, frontière, effet-frontière, limes, angleterre, ecosse, hadrien, antonin, rome, unesco, housesteads, glacis, vallum, housesteads

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