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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le Monde-Luxe, la Tente, la Montagne et le Crédit Agricole

10 Mars 2013, 18:41pm

Publié par Elisabeth Poulain

En gros caractères, deux mots donnent le ton du message et du nouveau visuel du Crédit Agricole « Le Luxe » suivis par « ne se vit plus de La même façon ». Pour les yeux avertis, il apparaît dans le titre qu’il y a deux sortes de L pour écrire ces quelques mots, la majuscule du L et un autre L qui possède aussi un coude arrondi à la rencontre de la barre verticale haute et de la basse qui forme l’assise de la lettre. Le luxe, c'est aussi et d'abord ça, voir ce que les autres ne voient pas.

Crédit Agricole, le Luxe ne se vit plus de la même façon 

Le regard glisse ensuite sur le paysage   en dessous, avec une montagne blanche très haute entourée de nuages. Le tout est placé en dessous du titre. Une autre séquence de montagne cette fois-ci foncée est placé dessous. Elle crée de la profondeur, une façon habile de mettre en valeur le premier plan aux allures de petite plateforme. C'est là qu'est assis un beau barbu dans la force de l’âge qui nous regarde, tenant une boisson chaude avec ses gros gants, sa tente ouverte à côté de lui. Assis sur la pierre, il tourne le dos à la montagne dont le sommet le plus haut paraît bien loin.     

Ce Monde-Luxe n’est plus le monde du luxe, une formule déjà usée par une sur-consommation qui date des années 1970 aux Etats-Unis et en Europe et des années 1990 en Asie. Dans ce nouveau monde, Il ne s’agit plus de se distinguer des autres par une série d’objets-totems et de voyages de plus en plus loin. Il s’agit maintenant de faire partie d’un nouvel espace qui enveloppe le monde existant, avec des points d’accroche choisis en fonction de leur utilité et/ou de leur beauté.

Ce Monde-Luxe a ses propres bénéficiaires qui sont plus que des citoyens d’un pays donné. Ils n’ont que des droits sans trop d’autres obligations que celle de payer.  Ils sont peu nombreux par définition puisqu’il s’agit de « happy fews ».  Ce sont les acteurs visibles de ce mundo-eldorado caractérisé, outre la beauté, par la qualité du service qui leur est fourni et une exclusivité de fait.         

Ce Monde-Luxe a ses mots propres véhiculés par l’anglais en version américaine. On y parle beaucoup de beauté, de nature, de silence, de préservation, de privilège mais uniquement dans sa version d’adjectif privilégié. Là, tout n’est que luxe et volupté. Le service est roi, mais un service invisible pour ne pas être obligé de dire merci. Pas la peine puisqu’on paie.

Ce Monde-Luxe a une autre particularité. Il n’est plus localisé en un point donné du monde déjà répertorié au XIXe et au XXe siècle. Il a sans cesse besoin de se déplacer pour trouver des nouveaux espaces à découvrir avant que le tourisme de masse, un mot honni, ne l‘abime irréversiblement.

Crédit Agricole, le Luxe ne se vit plus de la même façon 

Dans ce Monde-Luxe règne le moi-seul-face à l’univers-dans un univers préservé face aux hordes de touristes dont le nombre  pose véritablement problème. Les nuisances qu’elles génèrent sur les grands équilibres de ces territoires affectent ceux qui y vivent et y travaillent. Dans Le Luxe … selon le Crédit Agricole, on voit cet homme seul avec sa petite tente, sans personne autour de lui, alors que c’est impossible. On ne peut survivre dans l’Himalaya sans porteur pour apporter tout ce qui est nécessaire à la vie.

L’Himalaya était  un lieu préservé par ses difficultés d’accès et d’impossibilité de vie, au moins avant que ne se développent le trekking et des expéditions réservés à des sportifs plus qu’aguerris. En un peu moins de de 50 ans, sur les flancs de l’Everest, ce sont près de 50 tonnes de déchets imputrescibles de toutes sortes (métal, verre, plastique, dont un non nombre de barils de fuel…) qui ont été abandonnées par ceux-là même qui les avaient fait apporter par des porteurs pour leur sport et cela malgré le respect dû à la montagne et aux sites selon les « vrais » sportifs…Une vision du Luxe à suivre pour voir si  les autres projets sont du même style.

Deux petites remarques pour terminer. Dans ce visuel, la tente appartient au monde du luxe. En 1936, elle était l’apanage des « classes populaires » - ayant déjà un peu d’argent pour avoir une tente - qui découvraient la mer pour certains pour la première fois grâce aux congés payés. Aujourd'hui, avec une tente « The North Face » prêtée pour la photo, on part dans  l'univers impitoyable de la montagne!   

Pour suivre le chemin

. http://www.thenorthface.com/catalog/ca_ecom/fr/sc-gear/equipment-tents/mountain-25.html

. Sur les expéditions dans l’Himalaya, voir http://www.zonehimalaya.net/Everest/expedition.htm

http://www.franceinfo.fr/monde-asie-2010-04-19-une-expedition-pour-retirer-des-cadavres-et-des-dechets-de-l-everest-431950-14-17.html

. Encore aujourd’hui, le problème des déchets n’est pas résolu ; il est du moins actuellement limité par la caution (4 000 USD) exigée par les autorités népalaises avant le départ et remboursé si les sportifs prouvent à leur retour qu’ils ont bien rapporté  leurs matériels et déchets. Deux mesures complémentaires sont mises en œuvre. Des associations offrent 20 USD pour  chaque kilo d’autres déchets rapportés de là-haut. Quant au gouvernement népalais, il a aussi mis en place des équipes de nettoyage pour redescendre 3  tonnes de déchets restés sur place ainsi que des corps d’alpinistes gelés laissés au sol dans la Zone de la Mort à plus de 8 000m d’altitude. Près de 300 sportifs  y sont restés.

. Photo Elisabeth Poulain, à retrouver dans l'album-photos "Petites Maisons"   

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Style de Pub > La naissance de Fleur de Lampaul > Jean-Olivier Héron

6 Mars 2013, 18:01pm

Publié par Elisabeth Poulain

Fleur de Lampaul est le nom d’un bateau de charge à voiles construit en 1947-1948.  Il a arrêté de naviguer en 1974. Après avoir  a été laissé à l’abandon en 1983, il a ensuite été classé monument historique en 1987. Cette inscription n’est pas arrivée par hasard. Elle est allé de pair avec tout un travail fait en amont  par une poignée de personnes organisées en association  qui veillent à sauvegarder ces patrimoines du monde de la mer. Parmi eux des sponsors qui ont permis d’amorcer et/ou de prolonger l’aventure, pour ce bateau de transport de matières premières ou de marchandises. Fleur de Lampaul a transporté beaucoup de sable, aussi parfois des primeurs de Roscoff. Mais sa notoriété n’a vraiment commencé que dans sa seconde vie après 1985 quand il est devenu voilier-école pour des enfants. Il a trouvé à ce moment-là sa vocation pédagogique qu’il ne va plus quitter.

Fleur de Lampaul 002 Un de ses sponsors a été Fleury-Michon, une grande entreprise vendéenne de l’Agro-Alimentaire de Pouzauges. Dans le cadre de son partenariat avec l’équipe en charge du projet, celle-ci  a fait appel à Jean-Olivier Héron, un dessinateur pour mettre en valeur le savoir-faire humain, le monde de la mer avec ses vagues terrifiantes et le monde animal représenté en particulier par une baleine et plusieurs dauphins qui vont se transformer en Fleur de Lampaul  par la magie du vent. A  l’avant du navire, trois enfants regardent des dauphins les précéder en plongeant sous leurs yeux.

Fleur de Lampaul 005 

« Comment naissent les bateaux » est le titre du dessin en format inhabituel, comme il est indiqué dessous C’est la planche 12 faite par l’artiste en 1994. Nous n’en saurons pas plus, ni de la part de l’entreprise, ni par le dessinateur, si ce n’est que le dessin entre dans sa série des « Comment naissent les bateaux ». Dans des deux autres dessins de la série vus sur le Net, à chaque fois le bateau toutes voiles dehors résulte d’une série de mutations animalières présentées  en séquences de plus en plus grandes, la dernière étant la résultante de toutes les phases précédentes.

Fleur de Lampaul 006 

Et c’est ainsi que « pour faire une Fleur de Lampaul, (vous) prenez une queue de baleine et (vous) mettez un dauphin sur le dos », laissez le vent gonfler la voile et partez !  Comme toujours ou presque derrière un dessin, il y a une histoire dont ne se surgissent quelques années après que quelques faits, comme pour un bateau dont on voit que le visible. Ici, ce qui m’a intéressé, outre la finesse du dessin, c’est le rendu de la mer quand elle commence à devenir méchante, avec le vent violent qui écrête les vagues et transforme l’eau en une sorte de nuée qui forme une émulsion avec l’air. Et le capitaine à la barre dans la réalité aurait diminué la voilure pour prendre moins le vent  et surtout lui donner moins de prise.Il reste à dire que le dessin offre un avantage très fort par rapport à la photo qui est de montrer de façon très visuelle le design des voiles du bateau.  

Fleur de Lampaul 011

Pour suivre le chemin

. Planche 12, Fleur de Lampaul, Jean-Olivier Héron, Comment naissent les bateaux, Spécialement imprimé pour Fleury Michon, partenaire principal de Fleur de Lampaul, Edité par Gulf Stream 1994, une affiche qui m’a été donnée par l’entreprise.  

. Aller voir le site www.heron-heron.fr de Jean-Olivier Héron le père et Jean-Benoît Héron, le fils, tous deux dessinateurs, le premier très ouvert sur la mer vue sous l’angle des bateaux, des poissons et des oiseaux, le second sur la terre vue sous l’angle de l’architecture et le patrimoine  http://www.heron-heron.fr/oscommerce/catalog/advanced_search_result.php?keywords=fleury+michon+&osCsid=9d1eb90653d107fe4b1595737920f380&x=6&y=4

. Retrouver l’histoire du Fleur de Lampaul sur http://www.artouest.org/vieux-greements/fleur-de-lampaul-un-dundee-francais-construit-a-camaret.html et sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Fleur_de_Lampaul

. Photos Elisabeth Poulain

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Paysages dunaires > Vue sur la Mer du Nord > Knokke le Zoute

4 Mars 2013, 12:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pour bien apprécier les paysages dunaires, il vous faut plusieurs ingrédients que vous retrouverez à coup sûr sur les côtes continentales de la Mer du Nord. Mon conseil est de commencer d’en bas, en partant de France, puis de remonter, sachant qu’en bas près de l’eau en l’absence d’immeubles en haut après la dune, vous ne saurez plus où vous êtes, en France du Nord, en Belgique, aux Pays-Bas…

Knokke-Dune-Ciel-Panneau

Vous aurez déjà une idée des trésors que vous allez rencontrer, le vent du Nord, la vastitude, la solitude, le questionnement sur soi, le trop-vide et le trop-plein avec cette idée d’éternel recommencement que vous susurre le vent dans les oreilles, les yeux, la bouche, le nez parfois… Le vent toujours présent, le sable qui bouge tout le temps, mais aussi la mer parfois bien proche, trop proche  au point qu’il a fallu construire des brise-lames perpendiculaires à la plage pour freiner la force de ses vagues dans l’eau et sur la plage. C’est ainsi  qu'est protégé le cordon dunaire qui domine de pas très haut l’arrière-pays dunaire et les prairies humides situées juste derrière, quand elles n’ont pas encore été construites.

Knokke-Dune-Ciel

Vous mangez du sable, sentez le vent, apercevez quelques silhouettes de loin… Un chien qui court en oubliant son maître devient un évènement. Une mouette voleuse un spectacle en soi, une algue desséchée une œuvre sculptée par le vent. C’est lui le grand maître, auquel vous obéissez, quand vous pouvez le fuir. On peste contre le vent, mais on l’accepte aussi. De toutes les façons, c’est toujours lui le gagnant. Quand on est près de l'eau, on remonte pour se protéger, quand on est à mi-chemin, dans les dunes, on s’assied mais alors on ne voit plus la mer. En haut, le vent souffle tout autant, rabattu qu’il est par les barres d’immeubles qui coupent l’horizon côté terre.

Knokke-Dune-Mer-Ciel

Dans ces cas là, il faut se retourner vers la mer et projeter son regard au loin. Là-bas au loin à gauche, vous voyez passer un gros navire qui vient de Dunkerque, arrive à Anvers ou se dirige vers Rotterdam ou l’inverse qui est tout aussi vrai. En vous tournant, ce sont les immeubles qui kidnappent le regard. Juste au ras de la dune en haut,  des grandes barres sont érigées face à la mer, sans aucune adaptation au site. Il s’agit clairement de construire au plus haut, au plus dense de façon à ce que le maximum de personnes puisse voir la mer de la meilleure façon, c’est-à-dire au chaud, sans vent et avec  une vue à 190°.

Knokke-Immeubles-Plage

La poussée sur la mer est d’autant plus forte que la côte maritime belge ne compte que cinq villes sur ses 66kms de long, à partir de La Panne proche de la frontière française au sud jusqu’à Knokke Le Zoute (Knokke-Heist en flamand) proche de la frontière avec les Pays-Bas qui possèdent entièrement l’estuaire éclaté en plusieurs bras qui mènent au grand port d’Anvers (Antwerpen) à l’intérieur des terres.

Knokke-Mer-Bateau-Ciel-

Cette solitude à trois, vous + la mer + le vent, est rompue dès lors que vous voyez les immeubles. A leur pied et sur la terre ferme, de grandes ou longues promenades ont été installées de sorte que marcher en compagnie d’une foule qui vous ressemble beaucoup, devient une autre source de satisfaction. Devant vous, à côté, derrière, plus loin, il y a  des vous à multiplier par toutes vos variantes d’âge, de style, de position sociale ou  d’activité sportive. Une vraie foule de vous dans un site, celui de Knokke-Le-Zoute qui claque bien dans l’oreille.  

Knokke le Zoute-Homme-contemplant-la-mer

Vous voilà, à vélo, à pied bien sûr, dans une poussette ou la poussant, jouant au ballon, prenant tout à la fois un bain de mer visuel, un bon bol d’air, une plongée dans la dune qui n’est pas loin. Vous pouvez aussi prendre le tramway, si vous êtes plus contemplatif, un tramway entre plage et dune, merveilleux. Et pour ceux qui veulent absolument leur cure de sable, il suffit de descendre à la plage. Pour passer un bon moment, il n’est besoin que de quelques petits matériels de confort à apporter, tel que petits siège pliants, pare-vents, pull-overs, bonnets pour les frileux, jouets pour les enfants.

Le plus dur sera de trouver l’emplacement, forcément derrière les cabines de plage, ou plus exposé sur le brise-lame à côté de l'Homme assis en vert-dune qui contemple la mer.  C'est une sculpture de Jean-Michel Folon qu'il a faite pour son exposition de 1997 au casino de Knokke. Son titre, "la mer ce grand sculpteur". Moi, j'aurais aussi pensé à "Homme libre toujours tu chériras la mer" de Charles Baudelaire.

Pour suivre le chemin

. Quelques informations sur la Côte belge et Knokke sur http://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%B4te_belge  http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Zoute

. Sur le tram, voir http://www.lelittoral.be/                  

. Voir aussi les billets précédents intitulés "Paysages" Photos > Paysages routiers de la Vallée de l'Eure > Le Givre                 Photos > Paysages ferroviaires > Belgique > Flandres > Sud-Ouest

. Photos de Claire Poulain, qui aime beaucoup les lignes géométriques et l'ambiance de  la côte belge, avec mes remerciements, à voir dans l'album-photos "Mer-Eau". La photo de l'homme en vert contemplant la mer sur une des jetées brise-lames vient d'un site de gestion du patrimoine.

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Style de Com > Les Monstres verts > La Grenouille

2 Mars 2013, 11:58am

Publié par Elisabeth Poulain

La grenouille est vraiment bizarre. Ce n’est certainement pas par hasard que les Anglais, quand les Français les agacent, nous appellent les « froggies ». C’est un animal dont la chair est  mi-viande, mi-poisson. Un drôle de truc visqueux qu’on ne rêve pas de prendre à pleine main. Et pourtant, il y a une réelle fascination pour la grenouille, pas celle qui a des couleurs feuilles-mortes, mais la verte claire enrichie de jaune et parfois de rouge, comme si sa couleur changeait sa nature en raison du trouble induit par le mimétisme avec la couleur du gazon et des feuillages.

 

Grenouille verte, Pub, Capital, 2000

 

C’est le cliché qui a attiré Agfa pour vanter le respect de la qualité de ses matériels en matière d’imagerie numérique et du respect des couleurs. La tête du monstre avec ses gros globuleux cerclés de noir avec un dessus jaune aurait de quoi inquiéter, d’autant plus que sa peau est luisante.  Celui-là pourtant conserve son air enfantin, pas menaçant du tout, alors qu’il occupe une plein page de magazine. C’est sa dimension à la fois drôle et magique, montrer en grand à un adulte ce qu’il ne voit pas dans la réalité comme si on était encore soi-même  petit.     Grenouille, Sergio Tacchini, Pub 2001

La seconde intitulée « Natural Player » est fait pour vanter les vêtements de sport de la marque « Sergio Tacchini », un ancien joueur de tennis italien. Le visuel est franchement plus troublant, au regard de la dimension énorme de la grenouille par rapport au golfeur qui vient de frapper la balle. Le côté enfantin a complètement disparu. Outre cela, l’étonnant au premier abord est la matérialité de la peau de cette super-grenouille. On dirait un cuir prêt à être découpé tel quel sans avoir besoin de le colorer pour le transformer en une besace souple. Pourtant le plus important peut-être n’est pas la matérialité de cette peau qu’on a envie de toucher; elle réside dans la somptuosité des plis du cou qui s’ajoute à la ligne des contours de cette forme verte qui est du pur design.

La volonté du créateur publicitaire est de renforcer la confiance du golfeur juché tout là-haut, avec un avantage comparatif énorme par rapport à celui qui serait en bas. Il n’est plus nécessaire d’avoir le moindre décor environnant, du bleu seulement pour densifier le ciel et un petit nuage blanc pour s’assortir au pantalon blanc de l’admirable sportif, l’autre exemple de pur design en version homme cette fois-ci.

Grenouille, Couverture Libération, 05.04. 2004, 100 ans Entente cordiale 

La troisième grenouille a été choisie pour figurer en couverture par l’équipe de rédaction de Libération pour un numéro spécial sur les 100 ans de l’Entente anglaise, à l’occasion de la venue en France de la Reine Elisabeth II. Cette toute petite grenouille a des yeux rouges cerclés de noir et de jaune, avec un iris noir et des pattes rouges presque assorties à la teinte des yeux. Cette grenouille à elle toute seule vise les Français. Au XVIIIe siècle, Frog visait plus spécialement les Français pauvres qui en étaient réduits à manger cet animal vivant dans la vase, après avoir désigné au XVIIe les Hollandais…Ce n’est pas le coq, l’animal symbolique, qui représente la France. C’est la grenouille.  

Pour suivre le chemin

. « Agfa > : Chacun connaît Agfa sans le connaître », Capital 99, mars 2001  

. Visuel Sergion Tacchini, Naturel Player*, Armando Testa, paru dans Capital Juin 2001. *La publicité prend soin de traduire  la mention « Joueur par nature » ; il me semble que ‘joueur naturel’ serait préférable.

. Trouver quelques informations sur Armando Testa l’Agence du même nom qui porte le nom de son fondateur, un grand créatif et styliste publicitaire décédé en 1992. http://www.ykone.com/photographes/armando-testa  

. Sur l’homme et son agence voir http://www.sergiotacchini.com/en/storia.php

. Libération, lundi 5 avril 2004, n° 7122. En page 47, voir l’histoire de la relation entre Anglais et Français vue sous l’aspect de la grenouille, qui commence ainsi « Hop off, you frogs ! » qui peut se traduire par « du balai, les grenouilles » ou « dégagez, les grenouilles », une recherche faite par John Mullan professeur au University College de Londres.

. Photos Elisabeth Poulain

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La Force du Ruban = Le Rouge + Le Vin + Le Verre + Vinexpo = Le Plein

28 Février 2013, 12:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ou comment Vinexpo, le premier salon de vins au monde,  a choisi de communiquer sur lui-même pour rappeler aux visiteurs professionnels ses dates d’ouverture au Salon des Expositions de Bordeaux  du 19 au 23 juin 2005. Le verre est un bon media même s’il offre l’inconvénient de n’être pas adapté à toutes les boissons. Il a le mérite d’être le plus universel des symboles. Quand s’y ajoutent  sa forme en tulipe refermée, son long pied et la finesse du verre –le coupant-, vous savez qu’il s’agit d’un verre INAO, spécialement créé pour déguster du vin, surtout quand vous y associez  le nom du salon –Vinexpo-. De par ses atouts en matière de communication, le verre peut aussi être un piège. Il peut porter toutes sortes de vin qui se différencient visuellement par leur couleur. Il  convient donc que le verre soit vide. Mais un verre vide est terrible, soit il est une attente insatisfaite, soit il est un souvenir ou déjà un regret. Pour ce visuel, il doit donner l’impression d’être rempli tout en restant vide.  Le challenge commence à être délicat.

Ruban rouge Vinexpo 2005, visuel le ri 

C’est alors qu’arrive le ruban rouge de préférence. C’est en effet celui qui se voit le mieux, à l’instar de celui qui porte la croix de la Légion d’Honneur, un homme dans  des 2/3 des cas (67% en 1997, un % heureusement en baisse du fait de l’obligation légale actuelle d’arriver à la parité). Celui aussi que Georges Hermann Mumm (d’origine allemande à deux générations) choisit pour barrer l’étiquette de son vin de Champagne « Cordon rouge », une dénomination qu’il prit la précaution de faire enregistrer dès 1876.

Depuis lors son plus célèbre Champagne est un « Mumm Cordon Rouge » avec dans des étiquettes anciennes la mention écrite en rouge sur rouge. Au fil du temps, ce ruban rouge qui barre l’étiquette du coin gauche supérieur au coin droit inférieur, en occupant le plus de place sur l’étiquette, est devenu un signe d’excellence indéniable. Il a gardé du XIXe siècle un caractère tranché avec un petit côté militaire, qui a été assoupli pour le packaging du carton d’emballage. Les abords extérieurs à droite et à gauche ont été légèrement arrondis pour adoucir la force du ruban, presque pour le féminiser. Il nul besoin de recourir à cet effet pour la bouteille du fait de sa rotondité naturelle, au contraire de la boîte carrée.

Ruban rouge 003 

Pour Vinexpo, le ruban choisi n’a ni début ni fin. Il offre aussi la particularité de s’élargir au fur et à mesure qu’il s’envole dans l’éther, après avoir pris dans ses enroulements ce verre INAO adopté par tous les professionnels. Le ruban prend naissance dans une mappemonde au pied du verre pour ensuite faire le  tour du pied et un autre autour  du calice, la partie charnue du verre, dans laquelle le vin se déploie, avant de s’échapper dans l’air et s’évanouir au contact de « Succès » de « La Dynamique du Succès ».

La force du ruban qui fait alliance avec le verre qui s’échappe a pour inconvénient d’occulter la partie basse du visuel, justement là où le ruban n’est pas encore apparu. Du coup, on s’oblige à regarder ce qu’il y a en dessous de la tige. Il devrait y avoir la cuvette (la coupelle  sur laquelle est fixée la tige qui porte elle-même le calice). A sa place, c’est VINEXPO écrit en bleu qui en fait office, avec en guise aussi de médaille un planisphère orné de billes vertes-jaunes et bleues entre la fin de la tige et la naissance du ruban. Pour lier les deux au salon, l’agence publicitaire a dessiné une grande jambe arrondie qui constitue une partie du X.      

Ruban rouge 004 

Retenons que l’effet ruban a déjà plusieurs caractéristiques. Par sa couleur, il attire l’attention. Par son apposition à la façon d’un tampon, il atteste de l’excellence. Sa forme et son emplacement portent sens. Il barre l’étiquette en deux, comme il barre la poitrine de l'homme au plus près de son cœur. Ce ruban est un signe de fierté pour l’homme qui le porte. Regardez le Prince de Condé, la poitrine barrée par sa Grand-Croix de la Légion d’Honneur,  poser fièrement devant son portraitiste Pierre-Louis Delaval. Il donne une impression de plénitude. 

 

Ruban rouge 005

Pour suivre le chemin. Lire un billet très récent sur ce blog Champagne G. H. Mumm > Les gestes pour le savourer > L'Homme Mumm     

. Visuel en provenance de la revue « Vins Gilbert et Gaillard Magazine en page 3 de couverture, janvier-février-mars 2005.

.Retrouver un résumé succinct de l’histoire de la Légion d’Honneur sur     http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_national_de_la_L%C3%A9gion_d'honneur

 Prince de Condé, Delaval, 1826-1830, Musée de Chantilly,

. Admirer le Prince de Condé sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_national_de_la_L%C3%A9gion_d'honneur

. Apprendre tout sur le verre à vin ou presque http://www.verres-a-vin.fr/2010/02/differentes-parties-du-verre-vin.html et voir les nouvelles tendances sur  http://vignobles.dubourg.over-blog.com/article-les-verres-a-vin-originaux-100322486.html

. Photos Elisabeth Poulain, sauf pour le Prince de Condé, Wikipedia 

. Tags : ruban, rouge, champagne, mumm, étiquette, légion d’honneur, grand-croix, prince de condé, vins gilbert et gaillard, verre à vin, INAO, Pierre-Louis Delaval, cuvette, calice, Vinexpo, symbole, fierté, homme, photos Elisabeth Poulain…

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Un Bestiaire politique > la Déclaration de Guerre > L'Allemagne 1914

26 Février 2013, 11:26am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une carte postale rare pour plusieurs raisons. La plus récente est presque une des plus anciennes. La carte est restée enfermée dans un carton qui n'a pas du être ouvert depuis la fin de la guerre en 1918. La carte n’a pas eu de destinataire car elle n’a jamais été envoyée par son acheteur. Elle n’a donc ni timbre, ni date d’envoi.

1914, Schwerer Zeit, Bestiaire de l'entrée en guerre, Cart

 

On devine par contre  que sa création est directement liée à la déclaration  de guerre par l’Allemagne à  la France en 1914. Elle offre aussi la très forte singularité de dénoncer la guerre contre  l’Allemagne  présentée en victime de trois puissances plus une. Citons de gauche à droite la France, l’Angleterre, la Russie et le Japon, tous unis contre la petite Allemagne.

La troisième particularité porte sur la représentation des cinq pays dessinés sur la carte postale en couleurs par A. Franz qui interdit la reproduction de son dessin par impression. On y trouve une étonnante figuration des cinq pays sous forme à chaque fois d’un animal symbolique.

1914 Schwerer Zeit, Le Coq, Carte postale

Un coq aux pattes rouges, avec une grande crête et une gorge rouge est placé à gauche du dessin. Son corps est multicolore et les plumes bleues de sa queue sont déployées en éventail. Son bec menaçant est dirigé vers un pauvre hérisson au centre.

Un lion jaune à très grosse tête est placé dans le fond de la carte postale en plein milieu. Mâchoires ouvertes, prêt à bondir,  il regarde fixement le petit hérisson à terre, tandis que sa queue dressée presque un tiers en hauteur de la carte. Il domine la scène.

1914, Schwerer Zeit, Le Lion, Carte postale-

Un gros ours brun est très proche près des piquants du hérisson. On voit ses fortes canines. Il est en position d’attaque ramassé sur lui-même avec ses pattes de derrière écartées pour bondir sur le petit hérisson. C’est lui qui fait le plus peur.

1914, Schwerer Zeit, l'Ours, carte postale

Il manque un animal, c’est l’araignée au visage d’une femme qui se déploie sur sa toile dans coin supérieur du dessin.

1914, Schwerer Zeit, l'Araignée, Carte postale

Au centre de ces animaux si dissemblables, le coq, le lion, l’ours et l'araignée, il y a le petit hérisson qui a déployé ses grands piquants pour mieux se protéger par l’arrière. Dans la réalité, il se serait mis en boule pour abriter aussi son petit museau et sa tête qui sont ses points faibles. Le dessinateur A. Franz a pris soin d’indiquer en caractères d’imprimerie les pays concernés sur la carte postale. Ce sont la France avec le coq, l’Angleterre pour le lion, la Russie et l’ours et le Japon pour l’araignée et… l’Allemagne symbolisée par le petit hérisson attaqué de toutes parts. On aurait plutôt vu l’aigle !

1914-Schwerer Zeit, le Hérisson, Carte postale

Mais le plus étonnant n’est pas là. Il est dans le commentaire écrit en haut de la composition: « Aus Deutschlands Schwerer Zeits 1914 », avec en dessous « Schwer anzukommen », ce que je pourrais traduire approximativement par « 1914, Hors d’Allemagne, Des temps plus difficiles » et en dessous, comme si le hérisson se parlait à lui-même « Ce sera très difficile ». Juste au-dessus figure en effet le nom de l’Allemagne, ce qui se pourrait se lire de la façon suivante 'Pour Allemagne, ce sera vraiment difficile'

Vous comprenez pourquoi cette carte postale allemande achetée en Allemagne ne pouvait être utilisée hors d’Allemagne. Même et surtout en Allemagne, ce n’était pas possible non plus. Cela aurait une preuve de manque de confiance. Tout dépend aussi  de la date à laquelle cette carte postale a été faite. A partir de 1917 de façon ouverte dans plusieurs pays belligérants, dont l’Allemagne et la France, des mouvements de contestation de poursuite de cette guerre, qui a été une véritable boucherie avec ses 9 millions de morts, ont commencé à naître et à se développer. J’aurais tendance à penser que cette carte a bien été éditée en 1914. En 1917 par exemple, cela n'aurait pas eu de sens.          

1914, Schwerer Zeit, Bestiaire de l'entrée en guerre, Cart

Pour suivre le chemin

. Sur le double thème de cette première guerre mondiale et de la carte postale, voir un très bon blog et sur Over-Blog en plus  http://cartespostales1914.over-blog.com/article-la-grande-guerre-des-images-la-propagande-par-la-carte-postale-1914-1918-de-claude-morin-113456258.html et en particulier l'article sur "l'animalisation de l'ennemi dans les cartes postales françaises"  http://cartespostales1914.over-blog.com/article-animalisation-de-l-ennemi-dans-les-cartes-postales-fran-aises-61037934.html     

. Sur la mobilisation de toute l’Europe après l’assassinat de de l’Archiduc François Ferdinand le 28 juin 1914 et   la déclaration de guerre de l’Allemagne à la France le 3 août suivant, l’entrée en guerre le lendemain de l’Angleterre aux côtés de la France, ce qui entraîne celle de la Russie membre de la Triple Alliance aux côtés de la France et de l’Angleterre. Quant au Japon, il se déclarera le 23 août aux  côtés  de l’Angleterre dont il était l’allié.

Voir deux exemples ce qui est dit sur la guerre sur http://www.charles-de-gaulle.org/pages/espace-pedagogique/le-point-sur/contextes-historiques/la-france-entre-en-guerre.php 

http://www.archives13.fr/archives13/CG13/cache/offonce/pid/91;jsessionid=6D2497702179A75454383DDC0CDE124A

. En Allemagne, le hérisson a une image sympathique plutôt que représentative en tant que symbole du pays. On citerait plus volontiers l’aigle en animal symbolique.   http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Seba_herisson.png 

. Le coq pour la France, c’est toujours vrai. Lire sur ce blog Les coqs avec ou sans attributs sur les clochers des églises de l'Eure     

. Le lion pour l’Angleterre, l’ours pour la Russie, c’est encore aujourd’hui conforme à la réalité. Par contre  l’araignée noire pour le Japon interpelle fortement. Plusieurs réponses seraient plus vraisemblables, comme la grenouille, la grue, le renard… 

. Photos  Elisabeth Poulain

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Champagne G. H. Mumm > Les gestes pour le savourer > L'Homme Mumm

25 Février 2013, 13:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

On pense avoir déjà  tout dit, tout montré avec le Champagne, c’est ce qui se boit –je n’ose dire la boisson-  qui a fait et continue à faire le plus l’objet du plus grand nombre  de publicités et cela depuis sa naissance.  Et pourtant Pernod  vient de sortir une nouvelle campagne mondiale extrêmement sophistiquée, incroyablement nouvelle, réussie  et en même temps quelque peu dérangeante. Sa sortie dans le monde des vibrations de Champagne a été saluée par plus de 1500 personnes sur Facebook, comme si les visuels d’avant avaient sombré immédiatement  dans l’ombre et le silence du fait de la naissance de ces nouveaux visuels à savourer avec beaucoup de modération.

Champagne-G.H.Mumm-20121128-

« Tellement Champagne depuis 1827 » est le nom de cette campagne qui est l’œuvre  de Marcel avec des photographies de Martin Vallin basée sur trois couleurs le blanc, le rouge et le noir en plus de celles propres à la bouteille. Dommage qu’il n’y ait un troisième compère qui serait appelé Martial par exemple et que Martin ait besoin de Vallin. Il y a en effet un véritable jeu à trois, pour célébrer le verre avec deux bouteilles lourdes bien  sûr car elles sont de Champagne et à ce titre habilitées à supporter une forte pression.

D’abord le décor en rouge, blanc et noir.Le rouge est la couleur choisie pour le tapis d’une sorte de couloir qui mène à un store à lames verticales du même rouge dans le fond. Le rouge est aussi et avant tout la couleur rouge du ruban qui barre l’étiquette du coin haut gauche au coin bas et droit de l’étiquette. Les murs et le plafond sont blancs, d’un vrai blanc aussi fort que le rouge est rouge et qui n’est pas présent sur la bouteille. Pour le noir, c’est plus compliqué parce que ce noir est celui des manches de costume d’homme qu’on suppose sans risque d’erreur être franc noir, les costumes, pas les hommes. Seules sont en noir sur l’étiquette les mentions « Champagne » avec en dessous « Maison fondée en 1827 » au-dessus du nom du fondateur de la Maison et en dessous « A Reims – France ». 

En plus de ces trois couleurs, il en est deux autres. C’est une façon de parler. Car Il y a d’abord la couleur des deux bouteilles qui en fait en portent plusieurs en dehors du rouge et du noir, celle du vert foncé du verre de la bouteille, le crème du fond de l’étiquette, l’or pour G. H. MUMM. J’enlève le vert foncé parce qu’il est quasiment noir sur le cliché. Le rouge c’est bon, il est largement représenté. L’or des lettres, qui n’est pas une couleur, va se retrouver sur la capuche dorée qui protège la bouteille fermée. Quant au crème du fond de l’étiquette, on peut l’assimiler à la couleur chair de certaines mains que l’on voit sur le visuel. Nous sommes là au cœur du mystère Mumm.

Champagne-GHMUmm-Valeurs-Actuelles-20121128

Des bras sortent du mur. Ils portentpour certains d’entre eux des gants blanc et pour d’autres non. Les « gants blancs » ont l’honneur de servir une flûte de vin de Champagne à ceux qui n’en ont pas, qui sont donc ceux qui pourront savourer leur Mumm. Cette dualité ne saurait pourtant suffire. Souvenez-vous, je vous ai parlé d’un jeu à trois. Il faut regarder plus finement ces drôles de serpents à allure de main avec manchette blanche et veste noire. Le décompte fondé sur la paroi de droite montre trois trous d’où jaillissent une paire droite-gauche de mains sans gant à droite et un avec gant blancs alors que la paroi de gauche est percée de deux trous seulement, l’un en haut pour un sans gant et l’autre avec un gant en bas.

Toutes les positions des mains diffèrent,avec une longueur de bras différenciée aussi et une largeur de trous également, pour cinq des six bras. Car il y a une exception à la relation entre le bras et le trou dans le mur. En effet jaillissant du premier plan à gauche, sans qu’on puisse lui affecter un trou, à tout honneur tout seigneur, la main droite de l’homme qui tient la lourde bouteille comme il convient  avec le pouce enfoncé dans le cul de la bouteille.

. A droite, une main nue saisit le verre du bas entre pouce et index, que le maître d’hôtel sert délicatement dans le verre qui lui est tendu, au plus près de la flute pour éviter de perdre du gaz et donc des bulles. 

. Un peu plus loin, plus en bas, un valet rectifie la position de la grande coupe à glace en argent dans laquelle est posée une seconde bouteille en attente d’être ouverte. Elle est là en réserve.

. Une troisième main, mais cette fois-ci de droite et sans gant avec des boutons de manchette noirs saisit le muselet en l’air, comme on joue avec une balle de ping-pong.

. De l’autre côté, un autre « gants blancs » tend un petit plateau sur lequel rebondit le bouchon de la bouteille, comme s’il avait une vie propre,

. tandis qu’une troisième main sans gant essaie de saisir le bouchon qui a rebondi sur le plateau!

Champagne-G.H.Mumm-bg-deluxecase

Quels joueurs que ces bras noirs ! En tout, il y a bien trois  mains droites et trois mains gauches, deux bouteilles, une ouverte en plein exercice et une fermée, un petit plateau à servir un verre, un bouchon, un muselet, une grosse coupe en argent, beaucoup de glaçons et un  verre, cinq trous dans les murs qui se font face, à des hauteurs très variables pour laisser passer des bras d’hommes qui ont réussi à percer les murs de façon à passer leur bras par  les fameux trous… Notons quand même la position globalement basse de tous ces trous, bras et mains avec la coupe posée à terre. Avec tout de suite cette double question, à quelle hauteur faut-il ou peut-on boire ce Champagne, assis par terre, sous peine de recevoir un bouchon dans l’œil, un muselet dans les cheveux ? La composition de cette vison onirique d’un ballet autour de la bouteille et du vin est certes très travaillée, mais elle interpelle assurément. A ce niveau-là de complexité de mise en scène et de difficulté de réalisation, je gage que c’est volontaire.

On n’oublie ni les couleurs, ni les objets, ni la bizarrerie de l’ensemble. Il y a des mains et pas des hommes, pas de femmes, ni de meubles, comme le fauteuil dans la campagne très réussie visuellement de 2009…En 2012, il s’agit de retenir l’attention, d’intriguer et de fixer l’image dans la rétine. Les objectifs sont atteints. Cette campagne a été choisie par l’entreprise Pernod, son propriétaire, pour célébrer les gestes du Champagne. Il s’agit de montrer la célèbre boisson à bulles de façon tout à fait nouvelle en codifiant visuellement les rites de Champagne d’une façon chic et choc, en vue de créer ou recréer une grande communauté mondiale qui parlerait la langue des Gestes de Champagne vus par Mumm. Cette langue a déjà un nom,  c’est « Tellement Champagne ». Une façon plus qu’habile de tirer Champagne à soi!

Mumm-Campagne-2009-Pernod-Site-marque

Il est vrai que la Maison aux Trois Mn’a jamais hésité à chercher à se distinguer. En 2000-2001, elle avait sorti le grand jeu pour fêter audacieusement le passage du millénaire, en jouant sur le côté maxi de la marque, avec ce slogan « maxi MUMM REVELATION » qui en rappelle furieusement un autre plus connu d’ailleurs. C’est  « le mini-mir qui fait le maximum ». Deux autres exemples font partie de cette série, « maxi MUMM INSPIRATION »  et « maxi MUMM Explosion ». L’Inspiration vient en étant assis sur une chaise faite le muselet et le fil de torsion façon camping de luxe. Révélation montre une bouteille sortant de l’eau avec vigueur comme un projectile. Quant à Explosion, le visuel m’inquiète quelque peu. La bouteille explose en plein vol sous l’effet de la pression ; le bouchon toujours ceint du muselet emporte le haut de la bouteille, verre y compris.  Dès lors on comprend mieux le grand succès du visuel de 2009, avec ce fauteuil de style posé les pieds dans l’eau, dans un paysage de grande amplitude, avec seules quelques seules bulles qui s’échappent du fauteuil dans l’atmosphère.

Champagne G. H. Mumm, Campagne 2000-01

Mais voilà, en publicité, on veut toujours changer pour faire parler de soi. Maintenant l'Homme Mumm ne voyage plus avec son fauteuil mais avec sa valise G. H. Mumm qui porte tous les accessoires pour optimiser la dégustation de son Champagne Mumm.  Cette fois-ci, il n'y a plus de bras noirs qui sortent du mur. C'est le "Mumm Man"  lui-même qui passe son bras blanc à travers le mur orné de noeuds papillons dorés (photo n° 3 à partir du haut)  pour saisir son ensemble à déguster comme il se doit son Mumm quand il voyage!

Pour aller plus loin

. Voir le site de la célèbre Maison, une des marques phare de la Société Pernod, à retrouver sur son site http://www.ghmumm.com/#/ et en perspective sur celui de son propriétaire http://www.pernod.fr/marques/champagnes_vins_effervescents/champagne_mumm.html  

Champagne G. H. Mumm, Campagne 2000-01

. Retrouver quelques exemples de peintures faites en 1970 pour la Maison Mumm sur http://www.maisons-champagne.com/bonal/pages/15/02-01 avec l’Union des Maisons de Champagne créée en 1882.

. Savoir comment on sert le Champagne toujours sur ce site http://www.maisons-champagne.com/bonal/pages/11/08 On y apprend que le vin doit être versé au plus près du verre de la flute pour éviter de perdre les célèbres bulles et faire de la mousse. 

Champagne G. H. Mumm, Campagne 2000-01

. Photos du site de la marque pour la campagne actuelle et le fauteuil, Elisabeth Poulain pour celles de 2000-2001

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A Villevêque, découvrir la vallée du Loir avec Novart

21 Février 2013, 18:24pm

Publié par Elisabeth Poulain

Novart est l’association culturelle qui, avec l’appui de l’équipe municipale depuis 30 ans  maintenant, anime Villevêque et ses environs,  sa grande voisine d’Angers incluse, puisqu’elle fait partie de l’agglomération angevine. Un de ses objectifs est d’associer la découverte d’artistes à l’animation de la petite ville de Villevêque située sur la rive gauche du Loir, juste en face de Soucelles à laquelle la relie un pont.

Villevêque sur Loir, Moulin, 2012

« L’art de vivre au naturel » est le slogan de Villevêque qui tire son nom de la Villa de l’Evêque, qui fut la demeure des évêques d’Angers pendant plusieurs siècles. Depuis lors, la ville reste connue par son château, l’ancienne Villa qui a été constamment remanié au cours des siècles. Classé Monument historique, il date du XVe siècle. Il est devenu le monument le plus connu de la ville surtout depuis qu’il a été donné à la Ville d’Angers par le mécène et collectionneur d’art qui en était le propriétaire. Les deux autres monuments sont l’Eglise (XI et XVIIIe siècle) et le Presbytère (XIV et XVe) situés de la rue principale qui conduit au pont en contrebas du château.

Villevêque sur Loir, promenade le long du Loir

 

Le site est fortement marqué par l’eau. Comme toujours dans la vallée du Loir, les villages se sont implantés au plus près de l’eau, là où il était possible d’installer un moulin pour moudre le grain. Là où la terre s’élevait suffisamment en hauteur pour échapper aux inondations d’hiver, cultiver des céréales et la vigne qui garantissait la survie, permettait les échanges à partir de la rivière et assurait une certaine forme de richesse. C’était là qu’on pouvait en effet traverser la rivière pour vendre le surplus de ce qu’on produisait  et acheter ce qui manquait en assurant la circulation des biens et des personnes.

Villevêque sur Loir, le Port, en amont du moulin

La présence du Loir est si forte qu’à peine arrivé, on se surprend à d’abord chercher l’eau pour comprendre le site. Il suffit pour cela de de descendre vers la rivière. Nul besoin d’avoir une carte pour cela. Vous avez garé votre voiture un peu après le château, à l’église et vous suivez la pente qui vous mène à l’endroit stratégique du village, le moulin, celui qui est maintenant l’Office de Tourisme. Arrivé au bord de la rive, vous pouvez cheminer pendant un court instant le long  du Loir, qui est le seul endroit qui a été construit de la commune, tout le reste devant probablement être situé en zones inondables. L’hiver, Villevêque ressemble à une île qui serait reliée par deux départementales à ses deux proches voisines de Loir Corzé à l’Est et Soucelles en face  à 500 mètres en rive droite en rive droite pour trouver le coteau.

Villevêque sur Loir, Parc du Château, Novart, 2012

Lors de l’exposition Novart, le parc du château était largement ouvert à la visite venant d’en bas, d’autant plus volontiers que le décor a servi de scène de théâtre grâce au vent qui a animé les voilures accrochées dans les arbres ou des promeneurs  en plastique transparent allongés dans l’herbe au pied des arbres. La vue était impressionnante en particulier sur la Grande Prairie en montant vers le ce qui est maintenant le « Musée-Château ». Changement d’atmosphère à la sortie du parc du château mais cette fois-ci côté village. L’objectif était d’aller voir les œuvres récentes du peintre belge Marcel Hasquin dans la longère qui jouxte le Presbytère où étaient accueillis des jeunes artistes intéressants à découvrir.

Villevêque sur Loir, Parc du Château, Prairie, 2012

Pour aller à Villevêque

https://plus.google.com/118048575056366034556/about?gl=fr&hl=fr#118048575056366034556/about?gl=fr&hl=fr

. Voir le moulin qui est aussi l’Office de Tourisme sur http://www.petit-patrimoine.com/fiche-petit-patrimoine.php?id_pp=49377_1

. Voir le site de l’association sur http://www.novartparcours.fr/

Villevêque sur Loir, Château, Novart, 2012

. Lire sur ce blog le billet consacré à Marcel Hasquin Marcel Hasquin > Peintre mystique de la Condition humaine    ainsi que les autres billets sur la Vallée du Loir   Vallée du Loir > Durtal, son château, ses moulins > Val d'Argance   ainsi que  La Flèche > L'Hôtel Huger > Jean-Jacques Pigeon > L'Art global

Villevêque sur Loir, Château, Entrée

. Photos Elisabeth Poulain à retrouver dans l'album "Vallée du Loir"

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L'Evasion > Le Chemin de l'Estacade > Absolut Vodka, Les Vins Nicolas

20 Février 2013, 11:18am

Publié par Elisabeth Poulain

Marcher sur l’eau, le titre que j’avais choisi pour le second  billet portant sur l'estacade, avait bien sûr plusieurs sens, celui de marcher au-dessus de l’eau, avec la sensation d’avancer sur l’eau, alors que votre esprit sait bien que cela ne vous pas possible et que  vos sensations et le pouvoir de l’imaginaire vous disent le contraire. Une forme de grand écart qui fascine toujours, quel que soit notre âge, notre  culture… D’ailleurs je soupçonne bon nombre de pêcheurs de venir lancer leur canne au bout de la jetée rien que pour avoir la paix de l’esprit, la plénitude d’un panorama global enveloppant, avec la mer en cadeau, les mouettes, l’air, une forme de symbiose forte…sans avoir besoin de se justifier.

Estacade-Saint-Jean-de-Monts- 

Le thème de l’estacade est très riche et réellement, je ne pensais pas trouver autant d’utilisation de ce symbole.  Ce qui m’intéresse est de voir par des exemples jusqu’où on peut aller, dans quel univers et comment, avec quelle représentation dans la publicité, le paysage, l’urbanisme... D’où le titre du chemin de l’estacade, qui révèle la forte fascination actuelle pour la trace, la voie, le sentier, la piste, la route… tout ce qui indique une direction dans une société frileuse, comme si on en était encore dans l’opacité du Moyen-Age, au risque bien sûr de voir ces signes faire plus que se contredire, vous embrouiller l’esprit, avec des fausses pistes, tout en vous montrant que si chemin il y a bien au début visible, ce chemin s’arrête net, sec ! Le choc est brutal.

Aujourd’hui, je vais me limiter à l’élément liquide, au sens propre. Il s’agit d’analyser dans deux visuels publicitaires les liens qui existent entre le recours à l’estacade et des bouteilles d’alcool, l’une forte puisqu’il s’agit d’Absolut Vodka et l’autre moins pour les vins Nicolas. Toutes les deux suggèrent l’évasion, une forme un peu particulière puisqu’elle est en forme de bouteille. C’est de l’évasion force 3 - estacade, alcool, bouteille d’alcool – chaque thème renvoyant aux deux autres.

Estacade 003 

Absolut Vodka Nantucket d’abord. Il s’agit du visuel créé pour Absolut, en référence à l’ile de Nantucket  sur l’Atlantique  par deux conceptrices Lisa Lipkin et Maria Kostyk-Petro de l’Agence TBWA en 1995. Absolut Vodka Nantucket appartient à fa fabuleuse série de plusieurs centaines d’Absolut-Villes. 

Il s’agit bien d’une estacade au bord de la mer qu’on voit dans le fond, mais d’une estacade posée à plat sur le sable de la dune qui borde la plage en hauteur. Pour bien montrer le sens du chemin, pour aller vers l’eau, prouver que quelqu’un a marché là et retenir l’attention un court instant au début, une paire de tongs bleu-ciel-couleur-de-mer-quand-il-fait-beau est laissée  sur le bois au début de l’estacade plate en bois. Grâce à un creux habilement disposé qui crée un effet d’optique , l’estacade prend la forme d’une bouteille en bois, celle de la vodka Absolut. Une telle réussite visuelle , que cet effet de la perspective a été repris avec quelques modifications en 2006 en France pour des vins Nicolas, mais cette fois-ci en indiquant la direction monde.

Estacade, Pub Nicolas, World of Wine 

Le catalogue Word Wine Nicolas. L’estacade figure en photo sur la page de couverture du catalogue de 16 pages grand format et en couleurs. Il s’agit de faire rêver, avec en pages paires des paysages emblématiques de la planète. L’estacade est alors le point de départ vers Uluru, Ayers Rock, le météorite rouge unique au monde près d’Alice Springs en Australie, le Golden Gate de San Francisco sur la Côte pacifique des EUAN, l’Ile de Pâques, la Cordillère des Andes en Argentine, le Baobab d’Afrique du Sud, l’oasis dans le désert au Maroc, la corrida en Espagne, la colline Porto sur l’embouchure du Douro en Espagne.

On comprend qu’il fallait pour faire le lien entre ces paysages-totems de notre monde, quelque chose d’extrêmement fort au niveau symbolique tout en étant différent. La mer est la réponse ; le moyen est  une sorte d’estacade sans poteaux d’ancrage en forme de bouteille de vin. Deux différences d’avec Absolut Vodka. Cette fois-ci, l’estacade repose sur l’eau et il y a des deux couples au bout comme des bouchons posés verticalement. Le haut de la bouteille est renforcé grâce au petit ponton transversal au bout, là où on ouvre le bouchon de la bouteille. Mais nulle bouteille ne semble être là. L’idée suffit ou plutôt les images du catalogue.  

Les associations d’images. L’estacade Absolut Vodka lie le sable de la dune à grimper avant d’aller déguster en bas sur la plage ou dans l’eau une vodka Absolut avec la bouteille AV. Celle de Nicolas vous emmène avec trois autres amis attendre le bateau qui conduira chacun d’entre vous dans les huit pays qui vous attendent pour vous faire goûter leurs vins. Pour cela, il vous suffira d’aller chez Nicolas pour en réalité découvrir encore d’autres vins venant de l’étranger ou d’acheter une bouteille d’Absolut Vodka, sachant qu’il y a plusieurs centaines de villes à goûter. Mais toutes ces vodkas ont-elles bien le même goût ? On connait la réponse, tout en sachant qu’on ne peut pas répondre oui. Ce serait trop simple.  

Dans le même ordre d’idées, Il est une autre question récurrente dans l’univers du vin (et du whisky par exemple) qu’il est meilleur quand on le boit là où il est fait ou du moins quand on peut le rattacher à une vraie terre, ce que suggère le visuel de Nicolas. Il est meilleur encore, et cela est alors vrai aussi pour la vodka, quand on le savoure entre amis. C’est un élément important de la convivialité qui régit l’univers des vins et des alcools. Suggérer qu’il n’y a qu’une seule personne qui descend sur la plage pour prendre une Absolut Vodka est troublant. Quant aux liens entre les deux univers de la vodka et des vins du nouveau monde, on voit que c’est la mer, le sable des vacances, l’estacade, avec le mystère de la découverte, là-bas, plus loin, là où on ne connait pas…Dans l’univers de l’estacade, on est tous un peu Christophe Colomb avec des tongs aux pieds !  

Pour suivre le chemin

Estacade-Saint-Jean-de-Monts-Splashview-2007-copie-1 

. Sur ce blog, lire les deux billets précédents: L'estacade > Le rendez-vous avec la mer, le ciel et l'air du large         Style de Vie > Marcher sur l'Eau > De l'Estacade au Ponton et plus

. Pour Absolut, il existe sur le Net de nombreuses versions en carte postale à acheter, avec des variations de couleur impressionnantes ; voir pour exemple  http://cgi.ebay.fr/P6071-Absolut-Vodka-Advertising-postcard-Absolut-Nantucket-97-/370745560591?pt=LH_DefaultDomain_0&hash=item5652284e0f

. Sur l’Ile de Nantucket, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Nantucket ainsi que l’île Martha’s Vineyards, sa voisine plus connue http://fr.wikipedia.org/wiki/Martha%27s_Vineyard

. Retrouver la saga de la marque dans le bel ouvrage de Richard W. Lewis, Absolut Book, 1996. L’auteur a été responsable du compte Absolut Vodka chez TWBA-New York depuis 1987.

. Plaquette Nicolas Spécial Vins du Monde, 04 au 24 octobre 2006

. Photos Elisabeth Poulain, Wikipedia pour les deux photos de l'estacade de Saint-Jean de Monts, mi-sable, mi-eau, avec mes remerciements aux contributeurs.    

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Marcel Hasquin > Peintre mystique de la Condition humaine

16 Février 2013, 18:55pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Il est de ces hommes insaisissables, qu’il est impossible de cataloguer en le rangeant dans une catégorie. Une des meilleures preuves est que la difficulté que j’éprouve à trouver le titre de ce billet. Dans la plupart des cas, le titre s’impose de lui-même, je démarre dans l’écriture et c’est lancé. Il me faudra ensuite seulement retravailler en revenant sur des formulations à revoir, des ajouts ou des retraits à faire. Et le travail avancera normalement, plus ou moins vite. Ce sera parti. Avec Marcel Hasquin, ce scénario ne fonctionne pas. Il me faut donc faire autrement.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

En commençant par vous dire que Marcel Hasquin  est un homme compliqué, plus que compliqué et que jamais vous ne pouvez décrire ses créations comme vous le feriez pour d’autres. Chez lui, tout est plus que pluriel, sans que jamais vous puissiez le réduire  en binaire. Dire par exemple qu’il est Belge, né à Denée-Maredsous, près d’une abbaye bénédictine récente (1860), qu’il  vit en France, non loin d’une autre petite ville de Denée, cette fois-ci en Anjou, serait trop simple. Il faut tout de suite donner une autre clé de lecture, qui est son attachement à l’Eglise, avec un grand E. Pour faire de lui-même le lien, le peintre a réalisé deux œuvres spécialement pour l’église de Denée (Anjou) d’où sa femme est originaire. Et c’est à partir de l'Anjou qu’il a trouvé son abbaye de rattachement, celle de Mortain en Normandie à 40kms du Mont Saint-Michel, toujours régi par l’Abbaye qui porte son nom. 

Attaché aux lieux, une grande partie de sa vie consiste à partir rencontrer des autres  avec lesquels il va échanger sur la réalité de la condition humaine, dans sa grandeur spirituelle, tout  en montrant des représentations corporelles de femmes, d’hommes ou d’enfants qui n’ont plus que l’essentiel, l’essence de la vie, que  sont les étincelles d’humanité, le regard, les bras qui protègent… C’est une facette de ses créations graphiques, une facette qui fait qu’on le décrit comme un peintre de  la souffrance, ce qui serait réducteur. Car il y a d’autres facettes dans ses créations.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

Revenons à « ses terres d’ancrage ».  La Belgique, il y expose à Liège comme il le fait en France, mais aussi ailleurs. Quand il parle de lui, sur son site, il commence par dire où il a exposé. En Belgique et en France, en Autriche, dans les pays du Sud au Portugal, en Espagne, en Italie, à Monaco et aux Etats-Unis et au Canada…Quand il séjourne en Anjou, il va à la rencontre des autres, pour mettre en place des communautés de partage de la connaissance et de la formation, avec comme lien, la peinture. C’est ce qu’il a fait au Village d’Artistes à Rablay-sur-Layon avec un atelier de peinture et dernièrement à Saint-Georges sur Layon avec La Flamme, une association culturelle, pour créer une autre association appelée « Révélation ». 

 Mortain-Abbaye Blanche Wikisource

Outre ces attaches, pour créer, il lui faut au moins deux ateliers dans lesquels il se puisse se sentir chez lui. Il y a le sien en Anjou à Saint-Georges sur Layon entre Doué la Fontaine et Angers et un autre, une résidence à l’Abbaye Blanche de Mortain, une initiative de Frère Didier avec lequel l’artiste  a noué beaucoup de liens. L’abbaye cistercienne, placée sous les ordres de moniales, a été fondée en 1120. Elle est située hors la ville en hauteur dans un site remarquable, entourée d'une forêt profonde, avec une cascade proche toujours en eau qui fait le bonheur des photographes. La solitude de la retraite dans un lieu d’une grande beauté et qui a été aussi un lieu de grande souffrance pendant la dernière guerre,  dédié à la méditation et au dialogue, voilà l'endroit choisi par Marcel Hasquin. Pour la grande exposition de Mortain, il a ainsi conçu pas moins de 130 œuvres à tonalité blanche, dont il a présenté une grande partie juste à côté de l’abbaye dans un grand hangar, mais sans vouloir paraître lui-même.

  Mortain-Abbaye-Vue-aérienne-Wikipedia 

La richesse de la terre, avec la pierre, l'arbre, l'eau... la chaleur de l'abri, la folie des hommes  et  sa vision du don vont se traduire aussi chez Marcel Hasquin par la couleur. C’est même plus que cela, la couleur va lui permettre de créer autrement. D’ailleurs de lui-même, il distingue son œuvre graphique de son œuvre peint. Regardez son site. Que fait l’artiste pour faire ressortir la couleur ? Il utilise le noir et des couleurs très foncées qui entourent ce qu’il veut mettre en valeur, avec une volonté forte de mise en scène. Quand il témoigne de sa foi, il choisit très souvent le bleu, qui est la couleur spirituelle par excellence, avec du jaune orangée pour figurer la lumière intérieure. Pour sa condition humaine, il a beaucoup utilisé les couleurs du blanc, avec parfois aussi le rouge qui s’empare de toute la toile pour  figurer l'homme sur fond bleu. Avec parfois, fait rarissime, des hommes qui sourient, comme sur cette pièce faite à Mortain pour l'exposition de 2007.

  Mortain-Abbaye-Exposition-Marcel-Hasquin-2007-7    

Sa dernière exposition en terre angevine a eu lieu au mois de juillet 2012 à Villevêque-sur-Loir dans un lieu bien nommé puisque le village a été créé en 1025 sous le nom de la Villa de l’Evêque. Le château (l'ancienne villa) ensuite est devenu la résidence de ces nobles personnages qu’ont été les évêques d’Angers. De cette petite ville d’un peu moins de 3 000 habitants à une quinzaine de kilomètres au nord d’Angers, on connait aussi son église et son moulin. L’église et le presbytère, construits au XIe siècle, n’ont cessé d’être remaniés tout au long de leur vie. Ils sont classés Monuments historiques. C’est de l’autre côté de l’église, par rapport à la rue, dans un petit bâtiment bas à côté du presbytère que Marcel Hasquin a exposé ses œuvres récentes. La dimension petite de la salle, au plafond bas, convient très bien à ce qu’il a fait. Ses « pièces », comme il les appelle, vous enserrent sur les quatre côtés de la salle de cette longère. Au fond, à gauche en entrant, le peintre a placé à la place d’honneur sa trilogie consacrée à la condition humaine, la femme à l’enfant dans les bras au milieu.

Marcel-Hasquin-Condition-humaine-1

Ces trois pièces constituent certainement parmi les réalisations les plus abouties du grand technicien qu’est aussi Marcel Hasquin, graphiste et coloriste. Il trace ses lignes à la peinture noire avec un bâton enduit de peinture, un calame, en travaillant debout avec la toile par terre à plat. A chaque fois qu’il est obligé de recharger « son bâton » comme il l’appelle, un amas de peinture non volontaire et impossible à maîtriser se fait sur la toile.

Marcel Hasquin, Condition humaine, détail, Villevêque sur Loir,

C’est plus qu'une technique, presque un jeu qu’il pratique depuis des années. Il en accepte le côté aléatoire qui donne une intensité profonde, impossible à obtenir autrement. Lui, qui a vu sa vie commencer à 7 ans en gagnant un concours de dessin organisé par les Sœurs  chez qui il suivait sa scolarité à Denée en Belgique. Il a pressenti à ce moment qu’on pouvait faire quelque chose, soi, avec ses mains, des choses que les autres ne pouvaient pas faire. Pour donner vie à sa composition, le peintre explique dans une vidéo qu’il a choisi un jaune qui vibre en relation avec le gris dont joue le coloriste.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

Mais il y a plus. Créer est pour lui un long chemin qui n’avance que si on sait se dépasser. Il y a maintenant dans ses nouvelles « pièces » une intensité nouvelle, qui allie la maitrise du dessin, de la peinture fine, de la couleur totalement intégrée. Les titres donnent déjà le ton, "Le pentacle de la raison, Parade nuptiale, Innocence perdue, Le papillon de l’aurore"…Où l’on retrouve le goût de l’homme pour l’imbrication, la forme ronde, l’enveloppement… mais cette fois-ci avec quelque chose de totalement nouveau, présenté comme quelque chose de beau dans une étrangeté forte qui se situe entre le fantastique et l’onirique et sans la peur qui accompagne ses précédentes «Conditions humaines» dont Marcel Hasquin explique qu’elles sont une façon de montrer « la Chute » de l’Homme dans une société  déshumanisée! Il faut préciser que l’interview est centrée sur la Condition humaine et non sur les nouvelles réalisations.

Marcel Hasquin, Villevêque sur Loir, France, 2012

Pour suivre le chemin

. Villevêque sur Loir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Villev%C3%AAque

. Voir la vidéo de l’interview du peintre parlant de sa pièce « la Condition humaine »http://www.youtube.com/watch?v=vikiKKysmGU   

 . 35 de ses oeuvres sur Facebook   http://www.facebook.com/photo.php?fbid=112904042100097&set=a.112903595433475.10550.112896132100888&type=3&theater

. Denée, Belgique http://www.denee.be/?Den%E9e:Histoire:Cartes_postales

. L’abbaye bénédictine (1872) est à Maredsous, un hameau de Denée en Belgique http://tourisme.maredsous.be/maredsous/le-centre-daccueil/

. Voir l’abbaye de Mortain sur http://www.wikimanche.fr/Abbaye_Blanche_(Mortain)et ses rochers classés http://www.donnees.basse-normandie.developpement-durable.gouv.fr/pdf/SITES/50003f.pdf

Mortain-Abbaye-Expo-Marcel-Hasquin-Boutros-Boutros-Ghali-20 

. Saint-George sur Layon http://salon.revelation.over-blog.com/

. Rablay sur Layon  http://villagedartistes.canalblog.com/archives/index.html

. Photos des pièces sur Facebook,  Portrait de l'artiste capture d'écran, Elisabeth Poulain pour Villevêque, France Poulain pour les photos de l'exposition à Mortain en la présence de M. Boutros Boutros Ghali, Secrétaire général de l'ONU et  grand Juriste de Droit public, Vues de l’abbaye de Mortain Wikimanche, Wikipedia… avec mes remerciements aux différents contributeurs.   

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