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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Vie + Style de Pub = La Proue du Navire en symbole transversal

12 Février 2013, 18:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

La frontière entre les deux styles de vie et de pub, entre ce que nous vivons dans « la vraie vie »  et ce que nous voyons dans l’univers de la publicité est de plus en plus tenue, de plus en plus floue au point qu’on ne sait plus qui influence l’autre, avec des échanges constants. J’ai choisi pour exemple l’étrave du navire en mettant sur le même plan  une photo utilisée pour des programmes culturels, un montage utilisé pour la plaquette d’un musée, une réalisation architecturale et des « vraies » photos. L’objectif est de montrer à chaque fois la force de ce symbole de puissance, de courage, d’endurance et/ou de finesse du navire qui, vague après vague, fend les flots, avance malgré les vents contraires ou au contraire sait se rendre léger pour naviguer dans des ports ou sur des fleuves aux multiples contraintes.   

2013-02-13 Proue 011

Mon histoire commence par un fleuve, la Seine, à Rouen qui n’est pas seulement la ville de Jeanne d’Arc ou la capitale de la Seine maritime. Elle est aussi un des grands ports de France. Le chenal est suffisamment profond pour pouvoir accueillir les grands bateaux de haute mer, qui sont alors poussés et tirés par des remorqueurs. Certaines installations portuaires, comme des hangars, ont été reconvertis en lieu culturels permettant d’accueillir des manifestations très variées. C’est le cas par exemple du Hangar 23 qui a choisi une photo d’un gros navire noir et rouge comme symbole transculturel.  Une façon fine de montrer la force du lieu et sa capacité d’attraction capables de rassembler des évènements très divers tels que Susana Baca (musique afro-péruvienne), Michel Jonasz (théâtre et chanson), Je me sens bien + Tempsgo (danse urbaine), Egyptian project feat.orange Blossom (Electro-World)…

Le bateau repart à vide à vitesse très réduite, sur sa rive gauche une double rangée de peupliers avec au-dessus d’eux des superbes cumulo-nimbus. Tout est calme, l’eau du fleuve à peine ridée de blanc le long de l’étrave, le navire avance tiré par un remorqueur à l’avant. Il y en a aussi un autre à l’arrière mais on ne le voit pas. Tout est réussi, la composition, des grues dans le lointain sur les deux rives, les couleurs, le ciel,  l’eau et surtout la formidable puissance calme de ce navire dans un paysage fluvial d’une grande douceur…

2013-02-13 Proue 013

Voici maintenant Cherbourg, dans la Manche au bord de la mer, dans ce qui était un des grands ports transatlantiques au début du XXe siècle. C’est d’ici en 1912 qu’a presque débuté la grande aventure du Titanic dont chacun connait la terrible destinée. La Cité de la Mer a choisi de montrer par une restitution d’aujourd’hui le célèbre navire partant vers les Etats-Unis, avec en arrière-fond ce qu’on suppose être Cherbourg. Le paquebot est saisi d’en bas de façon à amplifier la proue pour donner plus de force à la composition.

Dans la réalité, au vu des nombreuses photos existantes du navire, une des particularités du Titanic était justement sa ligne très allongée avec une proue quasiment dans l’alignement du corps du navire. Construit en trois ans à Belfast (1909-1912), ce transcontinental avait quitté Southampton, via Cherbourg pour rejoindre New York. Il n’avait pu entrer dans le port de Cherbourg, son gabarit étant surdimensionné par rapport à la profondeur du chenal. Deux navettes avaient alors transportés les 274 passagers continentaux dans le Titanic qui n’a jamais pu joindre New-York, sa destination après un arrêt prévu à Cobh (dénommé Queenstown à l’époque). Il a en effet heurté des icebergs cinq jours après au large des côtes nord-américaines et a coulé.

La plaquette montre une composition montrant le navire de face, l’étrave vers l’avant, comme quittant le port de Cherbourg à une distance très proche, trop proche de ce qu’il lui aurait été possible de faire dans la réalité. Connaissant la suite de l’histoire, on a une impression de très grande élégance couplée avec une certaine fragilité due à son étroitesse.   2013-02-13 Proue 015 

D’un bond, allons maintenant à Amsterdam au Nemo Science Center, édifié en 1997 près de la Gare centrale, face à l’entrée du tunnel de l’IJ. On est bien dans une ancienne zone portuaire, irriguée par l’eau de la Mer du Nord, dont une partie est maintenant utilisée pour étendre l’urbanisation, au nord de la ville dense. Renzo Piano, le fameux architecte italien,  s’est toujours défendu d’avoir voulu construire un navire vert à terre, ce qui n’aurait pas été étonnant dans ce grand port. Il s’est plutôt inspiré a-t-il dit, de la forme de la bouche d’entrée du tunnel qui fait face. Quoi qu’il en soit l’édifice, qui est dédié au partage de la connaissance scientifique, a été également nommé comme le tunnel du nom de Nemo.

Nous pensons, nous Français, au célèbre Capitaine Nemo, le héros des aventures racontées par Jules Verne dans « 20 000 lieues sous les mers ». Certains évoquent aussi  une lourde tête de monstre marin sans dents et sans yeux, d’autant plus facilement que le bâtiment est en bonne partie entourée d’eau. Un bloc bas en brique termine le Centre au sol, avec juste en dessous de la partie haute revêtu de métal vert, un demi-anneau cintré en verre. Ce sont les seules « fenêtres » qui existent. Une découpe verticale partielle du haut de l’ensemble renforce l’idée d’une tête, avec en guise d’oreille une curieuse construction inclinée à 90° vers l’arrière et accrochée à la paroi basse de la tête. Quoiqu’il en soit de ces interprétations, l’impression ressentie est celle de la puissance lourde du navire de haute mer, capable de faire front aux tempêtes hivernales de la Mer du Nord et aux inondations là où il est placé.

2013-02-13 Proue 009

C’est au port des Porte-Conteneurs du Havre, que se termine notre périple. Le porte-conteneurs est au repos, soit en partance, soit à l’arrivée, mais dans tous les cas, son gros ventre  est vide de conteneurs tout comme ses pontées. Deux explications à cette certitude, s’il était chargé en cale, sa ligne de flottaison serait plus basse, avec le chargement en pontée, on ne verrait plus du tout la partie rouge qui ressort très nettement avec l’avancée arrondie de l’avant, la bulle d’étrave. C’est un pare-choc plein arrondi  qui permet d’amortir cet endroit très sensible.  

Le bateau appartient à la Compagnie danoise Maersk qui possède les plus gros porte-conteneurs au monde. L’avant du navire occupe les deux-tiers hauts du cliché. Sa coque est peinte en bleu clair plein, avec l’étoile blanche à l’avant encadrée de ses trois traits blanc qui forment le logo de la compagnie. La grosse bande rouge soutenu  du bas de la coque renvoie à la structure haute du pont. Des câbles blancs ont remplacé  les anciennes chaînes d’antan. Une eau verte bouillonne au contact du navire. Le quai gris brille sous la pluie et les grues qui vont manipuler les conteneurs sont en attente. Il y a ici nul désordre, ni impatience. C’est une représentation de la certitude.Cette fois-ci, on est presque sûr de voir une tête de requin, qui impressionne. vraiment.

Et la transversalité ? Elle est partout, dans la représentation du monde que nous avons, la capacité du genre humain à aller au bout du monde, le courage des immigrés, la capacité  à courber le dos sous la tempête pour repartir après, notre volonté de consommer en exportant et en important, dans la technicité qu’impliquent ces échanges par mer, la somme de connaissances qu’il faut acquérir pour tenir sa route hier comme aujourd’hui, le courage encore et… ces accidents de la mer dont je ne vous ai pas parlés, quand on voit ces étraves couchées dans l’eau ou fracassées sur des rochers…Ca, c’est dans la vie réelle et pas dans la publicité qui vous promet au contraire toujours une mer tranquille, juste pour soi, pour passer une belle croisière.     

Pour suivre le chemin

  . LIre sur ce blog un article précédent sur l'étrave du "Normandie" Les symboles en pub > La proue du Normandie > La fierté et la confiance

. Découvrir Hangar23 sur www.hangar23.fr avant d’aller à Rouen

. Parcourir  le site  de la Cité de la mer à Cherbourg   www.citedelemer.com

. Faire connaissance avec le Titanic    http://fr.wikipedia.org/wiki/Titanic  . Retrouver un dossier très complet sur la si courte vie de ce « Géant des Mers » parti d’Angleterre le 10 avril 1912 et qui a coulé au large des Etats-Unis quatre jours après,   http://fr.wikipedia.org/wiki/Naufrage_du_Titanic

. Lire aussi la triste histoire de la ville de Queenstown, qu’on appelle maintenant Cobh, le dernier arrêt du Titanic en Irlande, avant le naufrage. Cette ville a connu en outre le naufrage de Lusitania en 1915. Elle a été le principal port d’émigration au monde. Elle a acheminé aux Etats-Unis plus de 2,5 millions d’Irlandais sur les 6 millions au total qui ont été chassés du pays par l’extrême pauvreté entre 1848-1950.  

. 300 000 visiteurs/an se rendent au Nemo Science Center à Amsterdam http://fr.wikipedia.org/wiki/NEMO_(Amsterdam). Visitez le vous aussi avec  http://www.e-nemo.nl/

. Si l’architecture vous intéresse, je vous conseille le site de la Galinski Galery http://www.e-nemo.nl/ sur lequel vous trouverez d’intéressantes photos de ce bâtiment de Renzo Piano.

. L’article du Monde «  Des millions de conteneurs maritimes hautement toxiques » par Sophie Landrin en date du 02.01.0213  à lire et à voir surtout pour la seconde des photos http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/02/du-poison-dans-les-conteneurs-maritimes_1812005_3244.html

. Voir et lire la conduite d’un porte-conteneur dans le port de Rotterdam avec d’excellentes photos sur La Croix sur  http://www.la-croix.com/Actualite/Economie/Economie/Comment-conduire-la-marchandise-d-un-porte-conteneurs-a-bon-port-_NG_-2011-06-20-646363

. Photos Elisabeth Poulain à partir des documents publicitaires et du Monde du  03-01-2013 àretrouver dans l'album  "Mobilités" + quelques autres dans l'album "Symboles"

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Le Grenier, Le Logis, Le Salon des Vins de Loire > La Croisée des Chemins, Angers

11 Février 2013, 11:14am

Publié par Elisabeth Poulain

D’abord le titre. Ce n’est vraiment pas par volonté de ma part de faire du chi-chi, c’est seulement par désir d’avoir un titre précis, même s’il est long. Il s’agit dans ce billet d’évoquer quelques idées  pour traduire les atmosphères différenciées des trois « salons » de vins dans lesquels je me suis rendue ce week-end à Angers, avec un gros regret c’est de ne pas avoir pu aller à Brézé malgré ma promesse faite à Sylvie Augereau. Quatre salons, cela fait beaucoup. C'est bien là-dessus que porte ce billet vu sous l'angle de l'atmosphère.  

2013-02-01 Grenier saint-Jean 144

Le terme d’atmosphère me plait bien tant il évoque quelque chose d’insaisissable, d’impalpable et pourtant de bien réel  pour un évènement comme un salon de vins qui est un lieu clos avec des professionnels du vin dedans qui viennent vivre ensemble et pourtant séparément deux ou trois jours, chacun pour faire valoir ses vins aux acheteurs professionnels et obtenir des commandes qui vont permettre à l’entreprise de poursuivre ses activités. En commun, les exposants ont un certain nombre d’éléments, mais pas forcément ceux auxquels on croit…Tout dépend de qui vous parle, de sa catégorie professionnelle, de ses choix fondamentaux, de son degré de notoriété, de la santé financière de l’entreprise…et d’autres critères dont il ne saurait être officiellement question, à commencer par son engagement dans l’interprofession...

Parmi les caractères de différenciation, je placerai  en premier rang le mode cultural et la vinification « au plus près du naturel ». Evidemment tous les autres facteurs vont jouer, la renommée, le patrimoine transmis, l’expérience, le réseau d’appartenance qui vont se greffer sur une structure solide d’entreprise ou non, un réseau de distribution France et Etranger, une stratégie réfléchie d’appartenance à un salon plutôt qu’un autre … A aucun moment par exemple l’appartenance à la Loire n’a été citée devant moi à ce Salon des Vins de Loire 2013 qui a pourtant été créé il y a 26 ans pour fédérer l’ensemble de la profession ligérienne et accroître sa visibilité en créant une appartenance commune. De la même façon, le terme de terroir ne se trouve plus que sur le catalogue du Salon des Vins de Loire.  Mais commençons par le premier salon.  

2013-02-01 Grenier saint-Jean 148

Un des avantages du Grenier Saint-Jean à Angers est qu’on sait à qui on a affaire, quand on entre dans la belle et grande salle qui a été un vrai grenier à grain, avec une cave à vin en dessous. Il n’y a ici plus de de négociants présents par exemple, comme cela a été le cas au début. Les exposants appartiennent tous à la grande catégorie des vignerons « Branchés, Bios & Co ». Le terme de bio reste en  petits caractères dans le texte, la biodynamie ressort avec ses 80% d’exposants. Une pré-sélection des vins est faite antérieurement par les organisateurs pour éviter des cohabitations forcées entre des « torchons et des serviettes » selon une expression que j'aime bien. L’évènement, qui dure deux jours, prend la dénomination plus que minimaliste cette année de  « Dégustation de Vins ». Sur les 124 vignerons présents ici, il y a 9 Européens non français, 49 Ligériens plus toutes les autres régions françaises qui sont représentées, avec une forte présence du Languedoc Roussillon.

L’atmosphère est à la retenue, encore plus que d’habitude. Le lieu joue un rôle certain, mais il y a autre chose. Des vignerons ont l’air fatigué, comme s’ils en  étaient à leur cinquième jour consécutif de tenue d’un stand. C’est vrai que certains reviennent de Montpellier. D’autres ou les mêmes qui participent à Saint-Jean vont  enchaîner le lundi matin jusqu’au mercredi soir au Parc-Expo d’Angers, sauf que là il s’agit du Ier jour. Le moral visiblement n’y est pas. Du coup la réputation de "taiseux" faite aux hommes du vin en Anjou est bien méritée. Seuls y échappent quelques exposants et ceux qui ont une longue pratique de la course de fond, qui appliquent la maxime qu'on ne préjuge pas d'un salon tant qu'il n'est pas fini!

Il n’y a pas que cela, le carnet de dégustation à peine en main. Il n’y a plus de nom de l’équipe qui organise l’évènement, ni aucune référence, nom ou adresse. On n’y voit plus « Renaissance des Appellations », comme s’il n’y avait plus  de « père »  à ce salon. Nicolas Joly avait fait plus que mettre au monde et porter cet évènement qui a été une véritable révélation pour des jeunes talents pas forcément par l’âge mais dans leur engagement dans le monde du vin et pour des connaisseurs. En 2013, comme pour bien marquer la différence, le terme de salon n’est pas indiqué sur la couverture, au profit de « dégustation de vins ». Greniers est écrit curieusement au pluriel comme s’il y avait à la fois l’ancien et un nouveau. Un « partenariat » avec trois autres évènements sont cités, la Dive Bouteille (à Brézé), le Salon des Vins bios de Loire (? = en fait c’est le stand des vins bio au Salon des Vins) et le Salon du Logis du Gouverneur (du Château  d’Angers). On  sent à ces formulations  une volonté de garder des liens, au delà des tensions qui font partie de la vie.

Logis du Gouverneur-Château-Angers 

 Au Logis du Gouverneur du Château d’Angers, j’ai retrouvé quelques visages connus dans les Angevins. Trois d'entre eux ont été les  organisateurs de cette réunion de 20 vignerons. Ce qui m’a frappé d’abord c’était le décalage entre le ratio coût de l’entrée et le nombre d’exposants (5E/20 exposants) comparé au Grenier Saint-Jean (2E/ 133 Exposants). Il n’y avait aucune chaleur humaine, à l’exception de la plus jeune des deux exposantes que j’ai vu sourire. Déguster est certes chose sérieuse, mais là, c’était autre chose. Du coup, je me suis intéressée aux portes qui facilitent et/ou empêchent l’accès dans ce qui devait être la salle au trésor, au moins l’endroit où il faisait bon vivre dans un château tourné  vers la défense du territoire contre l’ennemi venu du dehors. La question est de savoir qui est l’ennemi et d’où il vient. Peut-être faut-il attendre que chacun trouve ses marques dans cet assemblage, cette fois-ci en pour - entre eux - et pas seulement en contre.  

     Logis du Gouverneur-Salle-Porte-d'en-Bas

Au Salon des Vins de Loire, la question qui vient d’être soulevée appelle plusieurs sortes de réponse qu’il ne m’appartient pas de détailler. Moi, je parle de ce que l’on sent quand on entre, quand on circule, quand on regarde… dans le salon. C’est rude dès l’entrée. Heureusement qu’il y a les trois ou quatre jeunes femmes souriantes pour vous accueillir au vestiaire. La séquence d’après, l’entrée dans Amphitea, est dure le matin quand il n’y a personne. Des centaines de bouteilles vous attendent en silence, avec deux espaces l’un à droite pour les LIgers, l’autre à gauche 1/3 plus grand. Le tout s’appelle « l’Espace de Libre Dégustation », une formule qui consiste à faire parler la bouteille seule, sans la médiation de son géniteur. C'est une façon de faire qui  avait été déjà utilisée par un négociant il y a longtemps, puis abandonnée par lui, avant d’être reprise sous une forme réussie dans un stand ouvert, toujours présent à Amphitea dans le coin opposé à l’entrée. Ce stand est le Salon des Vignerons bios du Val de Loire, dont certains ont des stands-exposant aussi.  Trois « salons-bouteilles » dans l’espace Amphitea, ça fait beaucoup, en particulier pour les exposants de l’espace restant qui ne se sentent pas forcément très bien de l’autre côté de la barrière.

2013-02-04 SDVL13-1 200 

On se surprend à remarquer des absents. « Tiens, il n’est pas là. Et eux, ils ont pourtant toujours été là… » Une ritournelle lancinante qui va durer tout au long de la journée. Malgré soi, on cherche les absents. On commence une liste, non pas des « Off » qui ont toujours eu la côte ici en Loire pour dynamiser et réveiller le salon officiel mais des « Out ». Réellement, on ne fait pas mieux pour plomber une atmosphère. On commence alors à écouter ce qui se dit, qui rebondit sur ce qu’on avait déjà entendu les années passées. Mais cette fois-ci, c’est vrai. Ils l’ont fait. Ils sont partis. Avec toujours ce souci, après une année aussi difficile au niveau climatique, de savoir s’ils sont toujours là. Oui, pour beaucoup, ils sont partis rejoindre ceux de Brézé, plus ouvert à la différence, plus chaleureux, différent, moins institutionnel qui joue la carte de l'ouverture vers du Nature-Naturel et pas celle de la Loire…Ils sont 94 exposants au Château de Brézé venus comme on dit de toute la France, avec aussi 15 exposants étrangers venus de Georgie, de Serbie, d'Italie et d'Espagne bien sûr, d'Argentine, du Chili et de l'Oregon.

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Mais il y a plus pour dire qu’il y a moins d’exposants. Il y a aussi moins de noms connus de domaine et/ou des négociants qui ne sont plus là personnellement le premier jour. Partir dès l’après-midi du lundi ne se faisait pas; mais cette fois-ci, on ne les a même pas vus du tout, ces responsables, ces noms de domaine... Cette année 2013 a vu aussi d’autres  particularités étonnantes, une interprofession absente, leur stand déserté, des stands avec uniquement des commerciaux, sans que le patron soit là du tout, des stands qui avaient dès le premier jour des allures de fin de salon, des vignerons fatigués…Des jeunes vignerons bios seuls dans leur coin, avec des trous en face d’eux à la place de leurs copains partis à Brézé…Saumur-Champigny à l’étroit et pas content du tout d'avoir du resserrer sévèrement la voilure… 

Me revient en mémoire cette règle qui est de ne jamais se plaindre sur un salon, en vertu de l’adage anglais, « Never explain, never complain » quand on est un vrai professionnel. Il y a forcément eu aussi des bons contacts sur le Salon et au Grenier.  Mais il faudrait quand même éviter que l’année prochaine le départ de ces quelques 50 à 80 vignerons, dont un bon nombre d’éléments moteurs partis cette année, soient suivis par d’autres. Il n’y a pas seulement les chiffres, il  y a la vitalité, la prise de risques, le dynamisme… et la volonté de revitaliser la Loire en intégrant vraiment les Bios, sous peine de courir le risque de voir s’affaiblir encore plus la route du grand fleuve face aux chemins qui mènent à Brézé ou à Montpellier, pour participer à Millésime Bio, ou Vinexpo pour les poids lourds, en particulier les Grandes Maisons des Fines Bulles de Saumur.

Les deux logiques, l’ancrage géographique et politique pour la Loire d’un côté et le choix d’un mode cultural et d’une vinification plus « naturelle » de l’autre, avec la passion en plus, devraient quand même pouvoir permettre à la Loire « Branchés Bios & Co » de voir offrir à ses vins la mise en lumière qu’ils méritent. La Dive à Brézé est devenu en 14 ans LE salon qui a rassemblé cette année 45 vignerons  ligériens parmi les plus toniques, ceux qui prennent le plus de risques et qui sont parmi les plus attractifs de la Loire, tout en sachant attirer les autres régions. C’est quand même dommage de constater que le Salon officiel des Vins de Loire soit à ce point essoufflé au bout de ses seulement 26 ans d’âge. Il mérite mieux.

2013-02-04 SDVL13-1 407

Quant aux exposants, il y en a encore beaucoup qui ne viennent qu'au Salon des Vins, comme ils le font depuis 26 ans. Pour de petits vignerons venant souvent de loin, c'est LEUR grand salon de l'année. Ils méritent mieux. Tout comme ceux dont on parle peu et qui pourtant portent, grâce à leur travail en profondeur et en durabilité d'engagement sans faille, la présence ligérienne sur tous les marchés des vins dans le monde. Ce sont les grands noms des domaines prestigieux. Par leur notoriété, ils tirent toute la profession. Dans les Branchés, Bios & Co, il y a ceux qui sont partis en se rendant directement à Brézé, comme ils l'avaient dit l'année passée. Il y a ceux qui sont restés et qui sont furieux. Entre les deux, il y a les Stratèges qui continuent à venir au Salon et participent au Grenier. Quelques uns cette année ont eu un pied au Salon des Vins et l'autre à Brézé. Maintenant certains du Salon vont aussi à Montpellier, le salon du bio qui monte en France et à l'étranger. Remarquons que ceux qui vont à Brézé ne reviennent pas à Angers, ni au Grenier ni surtout au Salon. 

Quant aux poids lourds du négoce, ils ont pratiqué le syndrome des "Dos Noirs" (à cause de leur costume), assis en rond entre eux, tournant leur dos rond à l'allée. C'est une image qui me restera dans l'oeil.    

La langue du vin, vue de la Loire, en ce moment, est un peu compliquée à suivre pour les acheteur étrangers. Et le choix du chemin à prendre pas évident, surtout quand on est à la croisée!     

Pour suivre le chemin vers Angers, Brézé via Saumur en citant les salons par dates

. Au Grenier Saint-Jean, le salon du même nom, le 2 et 3 février 2013, qui a perdu son nom de « Renaissance des Appellations » . Gageons qu'il en aura un l'année prochaine.

. Au Château d’Angers, le 2 et 3 février 2013, le Salon du Logis du Gouverneur, cette année pour la première fois.

. Au Château de Brézé, La Dive Bouteille, « le salon des vins vivants et sincères » du 3-4 février 2013 pour sa 14e édition sur    http://www.vinsnaturels.fr/004_salons/004_salon-des-vins-naturels-2013_La-Dive-Bouteille-313.html

. Au Parc-Exposition d’Angers les 4, 5 et 6 février 2013,  le Salon des Vins de Loire, sur http://www.salondesvinsdeloire.com/

. Lire "la Pipette aux Quatre Vins" et en particulier le billet du 31 octobre 2012 sur la situation du vignoble en Loire-Layon et pour y découvrir aussi et surtout les noms des vignerons qui sont cités; ce sont ceux-là qui "tirent" toute la profession en particulier à Paris dans les bars à vin branchés et auprès des journalistes toujours en recherche des nouveaux "Hommes du Vin"    http://pipette.canalblog.com/archives/2012/10/31/25445380.html

. Sur l’atmosphère du Salon des Vins 2013, voir  http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=14240

. Une fois n'est pas coutume, je vous recommande de lire le billet que j'ai écrit sur le Salon des Vins 2012 http://www.elisabethpoulain.com/article-les-vins-de-loire-salon-2012-l-ile-face-aux-coups-de-froid-99151880.html  

. Photos Elisabeth Poulain au Grenier, au Logis et au Parc-Expo d'Angers. Pour des raisons faciles à comprendre, je ne présente que des vues générales, quand j'en ai. Les photos du Grenier et du Logis sont rassemblées dans les albums photos sous la dénomination de Salon-Grenier et celles du Salon des Vins sous son nom.   

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Samuel Van Hoogarten est là, quand la porte s'ouvre...

7 Février 2013, 12:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

Imaginez, vous êtes dans les années 1654-62, vous habitez Dordrecht dans les Provinces unies des Pays-Bas, une contrée très prospère et qui est aussi votre ville natale. Vous venez de vous marier six ans auparavant et pour avoir un revenu régulier, vous avez accepté la charge de directeur d’un Hôtel des Monnaies, une fonction qui rapporte vraisemblablement mais qui ne vous offre pas forcément une grande stimulation intellectuelle. Peintre, vous êtes aussi un lettré et un essayiste. Vous publiez un traité sur l’art de peindre pour faire connaître vos idées tout en continuant à pratiquer. Quand vous prenez vos pinceaux, vous choisissez des thèmes qui relèvent de l’art de vivre au plus proche de ce qui est votre vie ou qui pourrait l‘être, sans faire comme beaucoup d’autres, chercher le mécène que vous pourrez représenter dans sa majesté et/ou sa beauté, même s’il a ni l’un ni l’autre. Vous êtes un maître dans la théorisation de la perspective et pour le prouver, vous allez l’appliquer dans vos œuvres peintes, en choisissant des thèmes les plus simples pour mieux faire ressortir la technique.

 

Samuel van Hoogstraten Still-Life 1666-1668 Wikipedia 

Parmi les thèmes qui sont chers au peintre, on trouve en effet des scènes de vie d’intérieurs de famille bourgeoise, avec femme(s) et petit enfant au berceau ou sans personnage, ce qui est encore plus étonnant, avec des scènes de ménage à prendre au sens premier, avec balai et pantoufles. Dans le même temps, d’autres grands noms de la peinture choisissaient de préférence de représenter le roi Louis XV  maitrisant un cheval fougueux  avec un brio forcément royal (Charles le Brun), beaucoup des grands paysages avec château et/ou église ou des portraits de jeunes filles en symbole de la fleur à éclore (Vermeer) … Quant à Samuel van Hoogstraten, il défiait les codes de la façon la plus tranquille qui soi, en montrant la sérénité qui découle d’un intérieur cossu bien tenu avec maitresse de maison et servantes à ses ordres pour balayer, nettoyer, faire briller, cirer…

Un de ses tableaux très connu montre un homme à sa fenêtre. C’est sa première œuvre très personnelle dans cette optique si singulière, qui est de donner à voir celui qui regarde sans dire ce qu’il regarde, de représenter ce qu’on a avec soi sans dire qui on est  ou d’indiquer le chemin sans dire où l’on va. Samuel Van Hoogstraten va par exemple  représenter des petites scènes de vie inerte comme un vide-poche accroché à un mur qui forme un tableau dans le tableau. Dans la maison, le peintre choisit de montrer le seuil de la porte ou le couloir plutôt que la pièce elle-même. Avec à chaque fois, une attention forte et fine à la fois à l’espace intérieur présenté comme dans une scénographie extrêmement précise. Il ne s’agit plus de montrer un décor qui a pour fonction de servir d’écrin au héros qui fait l’objet de tout le savoir-faire de l’artiste.   Samuel-Van-Hoogstraten-Man-at-a-Window-1653-Wikipedia

Il s’agit de prendre le décor du foyer comme sujet principal à la façon d’un ethnologue hédoniste qui connaitrait la douceur d’une soierie, la sensualité d’un bois ciré, la brillance d’un carrelage brillant de propreté, presque l’odeur de la cire du bois en vue de pouvoir au mieux assurer un bon accueil à celui qui entre. C’est là que se situe la plus forte originalité de ce grand peintre de l’Ecole hollandaise, réussir à montrer par ses œuvres de façon figurative et très contemporaine la grande importance attachée à l’entrée dans la maison ou le passage d’un espace à un autre. C’est aussi à ce moment-là que les portes entrent en scène, pour aller du plus général vers le plus intime, de ce qui est à la vue de tous ou presque vers le caché.

Il y a toujours des fenêtres et presque toujours des portes dans les œuvres du peintre. Toutes les deux -fenêtre et porte- ont en commun de laisser passer la lumière, une « denrée » rare et précieuse dans la ville dense de la seconde moitié du XVIIe siècle.  Les fenêtres donnent cette lumière si nécessaire à l’artiste comme à ceux qui vivent là ; elles servent aussi de faire-valoir à l’ouverture des portes. Elles permettent d’éclairer l’espace chacune à sa façon, en lui donnant en outre couleur et chaleur. Sans les fenêtres, l’approche des portes serait différente. Quant aux portes ouvertes vers soi ou dans l’autre sens, mais jamais complètement pour ne pas laisser oublier leur capacité à se fermer, elles conduisent le regard vers un ailleurs qui permet déjà l’appropriation de l’espace à venir dans une nouvelle séquence de vie, qui chacune est différenciée de la séquence précédente ou à venir, en fonction de son usage. Le carrelage vient en renfort pour compléter le pouvoir de la porte. Il peut, au gré du peintre, se différencier franchement des pièces d’intimité par opposition avec les passages de circulation.

Samuel-Van-Hoogstraten-Les-pantoufles-1654-1662- 

A examiner attentivement son tableau le plus célèbre intitulé « Vue d’un corridor » ou « Vue d’un couloir » et au XIXe siècle « Les pantoufles », on a le plus grand mal à comprendre  ce qu’a voulu dire le peintre. La date elle-même intrigue. Pour certains connaisseurs, la toile daterait de 1670, pour d’autres de 1662, d’autres encore lui attribuent deux dates dans le doute, 1654-1662. L’absence de tout personnage, le cadrage lui-même interpellent. Dans le fond, on voit des morceaux de tableaux, de la chaise, de la table à la nappe or, rien d'entier, comme un aperçu. Le regard bute sur cette paire de pantoufles posée au sol sur le seuil de ce qu’on présume être une pièce raffinée, à la frontière avec le corridor au carrelage rouge terre cuite, dont on ne voit rien d’autre que cela, et la pièce du premier plan moins recherchée avec un balai non rangée à gauche posé au mur à côté d’un grand torchon. Quant au mur à droite de la porte, son état laisse à supposer qu’on est dans une pièce de service, une cuisine…

Cette toile de 103 sur 70cm a tellement intrigué et agacé qu’au XIXe un ou des peintres forcément anonyme-s a-ont rajouté un chien, une petite fille et une fausse signature…Les pantoufles surtout ont beaucoup fait jaser ; à cause d’elles, on a parlé d’une « liaison amoureuse ». Par contre le balai et le torchon curieusement n’ont inspiré personne. On n’en parle même pas, si ce n’est en passant, de même que le nom de la toile qui a été modifié pour devenir plus parlante.

Samuel-Van-Hoogstraten-Vue-d'un-couloir-1662- 

Vue d’un couloir, l’autre toile de l’artiste, date de 1662. Elle n’a suscité ni le même engouement, ni le même trouble. Plus grande que la précédente  (264 x 137cm), elle fait preuve d’encore plus de maîtrise technique, comme si la première était un exercice en vue de la seconde. Curieusement, on « retrouve » un chien au premier plan et un chat au second qui tous deux ont dû  inspirer les copieurs du XIXe siècle. Le balai  est bien là, presque en majesté, en plein lumière et non plus dans l’ombre. La demeure est beaucoup plus cossue. Cette fois-ci, il y a une entrée avec deux colonnes pour montrer qu’on est dans la demeure d’un homme cultivé. L‘arcade au-dessus renforce la volonté de paraître avec ces deux bustes de l’Antiquité, qui retiennent le regard, sans possibilité d’aller au-delà.

Le dallage prend une grande importance, non seulement à cause de sa composition de croix noire sur fond blanc, mais aussi grâce au positionnement des croix qui indique les espaces à vivre et rythme l’avancée vers le fond. Le titre est trompeur car il n’y a plus de couloir à proprement parler, mais une enfilade à quatre séquences, avec le choix fait par le peintre de privilégier la partie droite mais sans négliger la partie gauche du tableau. Il n’y a pas de porte entre l’entrée et la pièce où la maitresse de maison reçoit un visiteur. On distingue seulement une porte ouverte dans la pièce du fond, qui est vraisemblablement une chambre au vu de son carrelage rouge et blanc. On ne peut manquer de s’interroger à nouveau sur la présence de ce balai d'apparat au bois ciré, du chien, du chat à droite au second plan et du perroquet dans la cage suspendue dans l’entrée, avec la dame dans la lumière alors que l’homme a gardé son chapeau sur la tête…Autant d’éléments qui intriguent sans que l’on ait d’explication.

Portes-Fenêtres-Dordrecht-Vieille-ville-Hofstraat-Wikipedia

Peut-être pourrait-on y voir un lien avec les nombreux séjours que fit le peintre en Europe.  Toute sa vie, Samuel van Hoogstraten a voyagé, d’une façon que nous avons peine à imaginer maintenant. Car on bougeait beaucoup dans la seconde moitié du XVIIe siècle, à une époque où les déplacements se faisaient par diligence tirée par des attelages de chevaux. Il a ainsi pu comparer les différents modes de vivre et de peindre entre Amsterdam, la Haye, Dordrecht d’un côté et de l’autre Arnheim et Cologne  (Allemagne), Vienne , à Rome  et Londres ... C’est cet apprentissage interculturel qui lui a permis aussi de devenir un peintre renommé de scènes urbaines de grande ampleur, tout en revenant toujours à la dimension humaine du foyer, avec une profonde singularité et une étonnante modernité. Il a travaillé à la façon d’un photographe capable de traduire une atmosphère avec un cliché. Sans jamais oublier qu’aux Pays-Bas, le logement se doit d’être ouvert à la vue, parce qu’on n’a rien à cacher et parce que l’accueil est au cœur des relations sociales.  

Ville-Dordrecht-Carte-1652-Blaeu-Université-Groningen-Wikipedia

Pour suivre le chemin  

. Une biographie succincte du peintre sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Samuel_van_Hoogstraten_(peintre)

. Les tableaux sur http://www.wga.hu/frames-e.html?/html/h/hoogstra/index.html 

. Je ne résiste pas à vous montrer cette belle photo d'un contributeur de Wilkipedia d'une rue ancienne de Dordrecht ainsi qu'un plan fascinant de la vieille ville détenue par l'Université de Groningues. Mes remerciements à tous. .  

 

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Bibendum, le sympathique Bonhomme Michelin continue à tracer sa route

30 Janvier 2013, 12:19pm

Publié par Elisabeth Poulain

       

C’est même un des seuls qui vous conseille de faire comme lui, s’équiper de pneus Michelin pour pouvoir « boire » les obstacles de la route, bibendum signifiant « qui est train de boire » en bonne langue latine. Le bonhomme continue à bien tracer sa route en raison  de sa forte notoriété malgré tous ses liftings de rajeunissement. On ne se pose pas la question de savoir s’il est sympa ou pas. Il l’est sans discussion.

Michelin-Bonhomme- gonflable

Il fait à ce point partie du décor, qu’il est de droit de droit associé à la route et au plaisir de conduire en toute sécurité. D’autres grandes marques lancent  régulièrement de grandes campagnes d’affichage pour soutenir la marque et relancer les ventes, le CA évoluant normalement à la hausse quand tout va bien selon l’adage « à bonne pub, bonnes ventes ». C’est bien sûr aussi vrai avec Michelin mais d’une façon un peu différente, comme si, quoique fasse l’entreprise en matière de pub, ou presque en cherchant toujours  faire de la belle ouvrage, tout ira bien parce que le Bonhomme est là. Un peu à la façon d’un porte-bonheur qu’on cajole encore plus qu’un autre symbole de publicité.

Michelin, plaque publicitaire

Il est vrai aussi qu’il y a beaucoup de travail en amont pour qu’il garde toujours et même de plus en plus son air naturellement sympa. C’est même une des particularités de l’histoire du bonhomme, d’être de plus en convivial, ouvert, gentil, aimable et qui donne confiance. Je ne vais pas aujourd’hui vous  retracer toute son histoire mais seulement vous montrer tout ce qu’il est capable de faire depuis que la marque a voulu dignement fêter son centenaire en 1998. Pour passer ce cap hautement symbolique et annoncer en même temps le passage du millénaire, Michelin  a fait les choses en grand avec l’aide de l’agence de communication, Carré noir, pour un rajeunissement complet du personnage, de l’identité visuelle de la marque et ce, pour des dizaines de milliers de produits différents dans les quelques 170 pays dans lesquels ses produits sont distribués.

Michelin, O-Galop, affiche publicitaire 

C’est le dessinateur O’Galop qui avait été choisi au départ pour inventer un personnage constitué de pneus de faibles dimensions un peu plus larges toutefois que ceux des vélos d’aujourd’hui. La profonde originalité venait de ce que tout le personnage était  en pneu, visage y compris. Pour pousser l’anthropomorphisme, les deux affiches de 1905 et de 1913 étaient très patriotiques. La première faisait aux Anglais le coup de la semelle Michelin, un procédé de la boxe française par différence avec la boxe anglaise et la seconde montrait de chaque côté de Bibendum des convives verts-gris de rage face au héros qui souhaite « A votre santé » avec le slogan de la marque  « Le pneu Michelin boit l’obstacle ». Insensiblement, les pneus sont devenus plus larges afin de convenir aux voitures et l’entreprise a continué à communiquer par affiche aussi bien pour l’auto que pour le vélo n’hésitant jamais à confier la réalisation de ses affiches à des grands artistes même pendant la guerre de 1914-1918.

Michelin, O-Galop, affiche publicitaire 

La  saga s’est enrichie pendant toute la suite du XXe siècle grâce à Savignac par exemple en 1965. A l’époque, le bonhomme ne fumait déjà plus ses gros cigares et sa pratique du vélo était un lointain souvenir. Il avait déjà minci  et était devenu noir dans une Ière version puis très vite redevenu blanc et pas comme un vrai pneu, de façon aussi à faire ressortir ses yeux sous la pancarte X As en caractères rouges ou noirs sur fond blanc selon les versions. Sous l’effort de soulever la pancarte, trois ou quatre de ses « boudins du ventre » reprenaient forme de vrais pneus et partaient vers l’avant.  Mais la plus grosse mutation portait sur la disparition de tout véhicule. Michelin est Michelin, il n’est plus nécessaire de montrer une voiture, ce qui aurait pu constituer une gêne pour la vente à l’international. 

Michelin, Savignac, affiche publicitaire 

L’international, le grand mot est lâché. Le bonhomme allait devoir parler autant au cœur d’usagers à cultures différentes. Son re-looking et celui du code graphique de la marque sont dus essentiellement à cette obligation d’adaptation multi-culturelle. La démarche a été longue ; elle a engagée toute l’entreprise, la maison-mère et ses filiales. Le maître-mot du siège était de garder et d’accentuer au bonhomme son caractère « friendly », une absolue nécessité  en Asie en particulier. Cela l’est déjà naturellement aux Etats-Unis, avec cette question qui fonde les relations entre une entreprise et ces clients « que puis-je faire pour vous ?  », «Comment puis-je vous aider ? ». Pour cela, un impératif, devenir plus mince tout en gardant sa rondeur bonhomme, les gros n’étant plus les symboles de la réussite sociale comme ils l’étaient au début du siècle précédent, tout comme le cigare et le repas plantureux.

Michelin-Bonhomme-1998- le-Moci-Pub

Ma trilogie des années 2000, qui ont en fait commencé en 1998, avec l’arrivée du Bonhomme Michelin du XXIe siècle, provient d’un dépouillement de quatre années de l’Essentiel du Management et du Moci (Le Moniteur du Commerce International). La pêche se réduit à trois visuels.

. Bibendum est un grand sportif. Il joue au foot dans un dessin très « punchy » où notre héros déploie l’ampleur de ses talents sportifs. Michelin est en effet « pneu oficial da copa do mundo de 1998 ».  

. Bibendum fait de l’humour. Il se cache derrière une grosse balle ronde de paille. On le voit à peine. Pour être sûr que les lecteurs de l’Essentiel du Management vont  quand même le voir et surtout comprendre ce qu’il veut nous dire, il tient  une pancarte « C’est par là ». Il nous montre la route d’un air lutin pour nous vanter « ViaMichelin Business Services. »  

Michelin-Bonhomme-1998-2000-L'Essentiel du Mgt- Pub

. Voilà le bonhomme dans son univers de références. Il pose comme la star qu’il est vraiment les bras croisés, devant son mur de trophées où sont accrochées quelques-unes de ses plus belles photos de tout ce qui roule quatre ou deux roues, avion, voiture, vélo, gros engin de travaux publics et même un avion… C’est une publicité de Michelin Sati    Algérie qui est filiale du groupe qui produit sur place.  

Le visuel est intéressant pour une autre raison. Le personnage a maintenant une autre densité. Sa texture a changé. On n’a plus l’impression de voir un dessin comme dans les deux précédents visuels, mais un bonhomme en plastique plein. L’impression ressentie est différente qui renforce sa présence. Sa bouche n’est plus surlignée de noir, ce qui attire encore plus l’attention sur les yeux. Cette nouvelle représentation existe maintenant  également en grosse structure gonflable qui s’agite au vent. Et le  bonhomme continue sa route, toujours prêt pour une nouvelle aventure…C'est tout juste s'il ne vous fait pas de l'oeil en vous saluant au passage quand il y a du vent!  

Michelin-Bonhomme-1998- le-Moci-Pub 

Pour suivre le chemin de la saga Michelin

http://www.michelin.com/corporate/FR/le-groupe/bibendum  http://fr.wikipedia.org/wiki/Michelin

. Lire le dossier bien documenté de Roger Alexandre dans l’Essentiel du Management, avril 1998.

. Vous référer à l’excellent « Les 100 plus belles images du pneu » de Daniel Bordet et Jacques Dreux qui est l’incontournable ouvrage de référence en matière de publicités anciennes sur les pneumatiques, Continental 2003.

. Toujour aussi "150 ans de publicité"de Réjane Bargiel, une sélection des collections du Musée de la Publicité., ainsi que le catalogue de Salorges Enchères, Kaczorowski, Derigny & Associés pour tous les objets publicitaires http://www.interencheres.com/44001 

. Photos à retrouver dans l'album "Personnes, Personnages..2" Michelin-Bonhomme-Pilote-super-sport-Suisse-2013-4W PSS 312

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A Rouen sur les quais de la Seine > La promenade d'entre-deux ponts

28 Janvier 2013, 17:04pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’aménagement paysager des quais de la rive gauche de la zone portuaire situés en aval de la ville était prévu depuis longtemps. Il a fallu pourtant aux Rouennais et aux touristes avoir un peu de patience pour découvrir comment le site allait retrouver sa bonne mine ou plutôt une autre façon d’avoir bonne mine. De l’eau avait passé sous les ponts, le fer eu le temps de rouiller, l’herbe de pousser entre les pavés, certains endroits devenir des points de rendez-vous… Pour autant, il n’y a pas eu de retard. Le temps du projet est toujours plus rapide que le temps de l’attente.  Rouen, Pont levant G. Flauvert, vu vers l'amont

Pour 2012-2013 étaient prévus les travaux de la promenade sur les quais entre le pont Guillaume le Conquérant et le Pont Flaubert – le fameux pont levant le plus en aval des deux. Les travaux d’’aménagement paysager ont bien démarré comme prévu.  Le concours gagné par la paysagiste Jacqueline Osty en 2008, sur la base d’une réflexion collective qui a débuté en 2005, commence à sortir de terre. Je devrais plutôt dire à être mis en terre quand il s’agit d’ arbres plantés près de l’eau ou renforcer en terre quand il faut créer un tertre qui n’existait nullement avant afin de donner du volume là où il est prévu d’en faire sur la base du projet.

Rouen, Aménagement paysagers quais Seine, Jacqueline Osty 

Le site est impressionnant comme souvent dans des friches portuaires de grandes dimensions, quand le site garde tant de traces d’un passé révolu, avec des alternances de grands vides là où il y avait des grands entrepôts  et de plein avec d’anciens bâtiments dont certains sont recyclés et d’autres non, dont l'absence fait mystère.   Il y a de l’espace au sol sur cette rive gauche, celle qui a été choisie par l’affectation des rives au cours de l’histoire. L’autre rive en effet est urbanisée depuis que la ville se cherche de la place pour son développement ; à la rive gauche était dédiée les activités portuaires au plus proche de la ville-centre et aux activités industrielles encore plus en aval.   

Rouen, Aménagement paysagers quais Seine, Jacqueline Osty  

Le projet retenu  parmi les quatre pré-sélectionnés a deux dimensions dont l’une est plus facile à commencer que l’autre. La séquence n° 1 porte sur la dimension paysagère des quais de la Seine, presqu’ile Rollet incluse, soit deux kilomètres de long sur une largeur variable. La « reconquête » de ce site avait déjà commencée par la transformation du hangar 106 en lieu culturel, comme ce qui a été fait à Nantes. La seconde consiste à créer en arrière de cette grande zone un nouveau quartier d’importance, l’éco-quartier Flaubert, qui permettra de revitaliser et de revaloriser cette rive, par rapport à la rive droite qui lui fait face où il est prévu également d’édifier le nouveau quartier « Luciline ».  

Rouen, Quais Seine, Vieil entreprôt, Nouvelle voie

Pour l’heure en la fin d’année 2012, les quais ont déjà été consolidés au contact avec l’eau et refaçonnés en gradin et des arbres plantés et solidement amarrés à gros tuteurs sur le terre-plein du haut près de la nouvelle 4 voies que l’on peut déjà emprunter pour aller presque jusqu’au pont. Un bâtiment d’allure futuriste est accolé à une des piles du pont levant dont le tableau se lève en 12 minutes pour passer de 7 mètres de haut à 55 mètres. Un spectacle que les Rouennais ne manquent pour rien au monde  surtout quand il s’agit de voir arriver le Belem dans le port.  Ils seront idéalement placés à cet endroit-là.

Une jolie façon de montrer l’harmonie qui va ressurgir au bord de la Seine grâce  aux promeneurs, aux bateaux sur l’eau, au pont qui permet aux camions et aux voitures de désengorger le centre de la ville, avec des enfants qui jouent, un petit garçon qui fait du patin…dans un vaste espace aéré, un bonheur en pleine ville, surtout quand l’actuelle presqu’île Rollet deviendra une île qui ira du pont Flaubert jusqu’à la queue  de l’ile.

Rouen-Quais Ile Rollet-Jacqueline-Osty -Image -Synthèse 

Pour suivre le chemin

. Lire le dossier de presse très complet du projet « Seine-Ouest Rive gauche » qui vise Rouen et Grand Quevilly soit 80 hectares, avec deux autres partenaires d’influence que sont les autorités portuaires et Réseaux ferrés de France avec  une belle carte http://www.la-crea.fr/files/projets/ecoquartier/ccd/Dossier%20de%20presse%20ecoquartier%20Flaubert%20mai%202008.pdf

. La fiche synthétique de la CREA sur l‘eco-quartier Flaubert http://www.la-crea.fr/ecoquartier-flaubert-dates-du-projet ainsi que http://www.rouen-developpement.com/offres-foncieres/rouen-seine-cite/677-eco-quartier-flaubert.html#/offres-foncieres/rouen-seine-cite/677-eco-quartier-flaubert.html où vous retrouverez les images de synthèses du dossier.

. Lire http://www.76actu.fr/un-nouveau-visage-pour-la-presquile-rollet_8/ l'image de synthèse qui doit provenir du dossier du projet et que l'on voit sur le panneau.avec

Rouen-Belem sous le pont Flaubert-JEstrat-Wikipedia-2007-Wi

 . Quelques informations sur les réalisations de Jacqueline Osty à voir sur   http://www.cstb.fr/fileadmin/documents/webzines/2010-09/ostie/Modif_Plaquette_J_OSTY_A3_pliee2.pdf , également sur mon blog pour son projet sur les Berges de maine à Angers Le projet Convivence de l'Equipe Reichen > Angers Berges de Maine   

. Photos Elisabeth Poulain, Wikipedia pour le Belem passant sous le pont levant pour rejoindre la mer, devant ce qui va devenir l'Ile Rollet sur la rive gauche.

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Découvrir les quais de la Seine, à Oissel, en amont de Rouen

26 Janvier 2013, 12:04pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’époque est à la re-découverte des berges des grands fleuves, comme le Rhône à Lyon, la Garonne à Bordeaux, la Loire à Orléans, à Nantes et bientôt Saumur, des rivières comme la Maine à Angers.  Des opérations d’aménagement des berges sont en cours de phasage pour la Seine  à Paris, de réalisation à Rouen en rive gauche ou déjà effectuées comme à Oissel, en amont de Rouen cette fois-ci et toujours sur le rive gauche. Une différence est que le parcours paysager se fait à l’entrée d’Oissel alors qu’à Rouen les travaux d’embellissement se font à la sortie de la ville, en zone portuaire, vers l’aval. 

Oissel, Seine, rive gauche, vue sur l'aval, les platanes au bord du quai

Oissel est une petite ville de 12 000 habitants qui entend faire valoir ses atouts venant de sa position sur un coteau boisé où autrefois on cultivait la vigne, au bord de la Seine, en périphérie de Rouen et en grande proximité avec l’autoroute Paris-Le Havre. Ses atouts sont à la fois intéressants en terme de lieu d’habitation qu’en terme de mobilité et une raison peut-être de passer trop vite dans ce village connu il y a encore quelque décades pour son  fort passé industriel. C’est une des raisons qui ont poussé la collectivité à re-créer à l’ombre des platanes un véritable bord de fleuve pour le transformer en un lieu agréable  d’accueil, de promenade, d’aire de pique-nique, de loisirs pour les boulistes, les amateurs de sports nautiques, les pêcheurs, les camping-caristes…Tous ceux qu’ils viennent de l’extérieur ou qu’ils soient du village qui ont envie de savourer un beau paysage en toute saison.

Oissel-Quais-Seine-Vue-Amont-CAUE76-N-07-0296-grde photo-08

En face, de l’autre côté de l’eau, il y a un paysage de prairie humide sans identité propre vue du village, tel qu’on perçoit d’Oissel quand on est sur le bord de la Seine. En restant sur cette rive gauche, l’existant est fait d’une grande diversité tant en matière de bâti que naturelle avec des prairies humides en amont à l’endroit le plus large de la bande paysagère qui devient de plus en plus urbaine en se rétrécissant vers le pont qui traverse le fleuve en aval du site.Oissel, Seine, rive gauche, maison maître XIXe siècle

Les fonctionnalités des quais découlent de ces différences qui sont accrues par les maisons grandes et petites qui sont situés côté ville pour faire face au fleuve. On pourrait dire sans schématiser qu’on part de beaux hôtels particuliers situés dans des jardins aux allures de parc du XIXe siècle dans la partie la plus ancienne et la plus valorisée. L’habitat change à mesure qu’on avance vers le pont. On retrouve des petites maisons de briques accolées, fréquentes en bord de Seine, comme on peut en voir à Quilleboeuf sur Seine. Certaines ont gardé leur typicité de maisons de pêcheurs, d’autres ont privilégié d’autres adaptations au temps. Quoiqu’il en soit, la promenade est aussi intéressante à regarder les maisons que le fleuve surtout si passe devant vos yeux un porte-conteneur ou un navire de vrac qui a franchi le barrage de Poses en amont ou si l’on voit des mouettes colonisées pour elles seules le ponton flottant auquel peuvent s’amarrer six bateaux.

Oissel, Seine, vue sur le ponton et les mouettes

Entre les deux, la ville d’un côté, le fleuve de l’autre, se situe l’espace paysager organisé en séquences diversifiées de façon à satisfaire aux différentes catégories de  promeneurs  ou des besoins différents des usagers selon le moment de la journée, au fil des saisons. Cette polyvalence recherchée va se traduire en une diversité certaine de paysages qui pourtant vont tous être liés entre eux par quelques éléments qui vont les unir. Outre le fleuve et les maisons dont j’ai déjà parlés pour en montrer les différences d’amont en aval, il faut  citer les carrés ou rectangles de végétaux rehaussés avec des parois de bois qui structurent l’espace au sol.   C’est une jolie façon de créer des petits bancs,  de contenir les plantes tout en leur apportant de la terre en plus sans à avoir à trop creuser non loin des pieds des platanes. C’est également un facilitateur de l’entretien pour la collectivité et une façon fine de dissuader les propriétaires de chien de laisser ceux-ci s’y soulager. 

Oissel, Seine, rive gauche, vue sur les maisons

Pour éviter une répétition ces carrés ou rectangles  végétalisés qui pourrait devenir lassante, des espaces vides au sol aèrent le site. Certains sont équipés de sculptures d’extérieur en métal en forme de mobilier de jardin. Il y a des chaises à dosseret droit, deux tables, l’une avec des tabourets, l’autre avec des bancs…Ces objets d’art  permettent d’animer le site et de faire la différence. Ils donnent de la présence, même quand la pluie d’hiver s’apprête avec violence à rompre la matinée éclairée par un soleil d’hiver.   

Oissel, Seine, rive gauche, vue sur les maisons accolées

En remontant le fleuve pour rejoindre la voiture garée près d’une des belles maisons, se trouve une estacade de bois passant au-dessus d’un petit fossé de drainage et devant nous une rampe qui permet aux voitures de descendre à l’eau des bateaux sans avoir à les porter.  C’est le moment de courir vers la voiture, il se met à pleuvoir dru, comme cela arrive en Normandie, surtout en plein hiver.  

Oissel, Seine, rive gauche, vue sur l'amont, la tempête

Pour suivre le chemin

. Pour replacer le site dans son contexte, voir l’étude du site selon la CREA http://www.la-crea.fr/_fichiers/la-crea.fr/publications/Seine_Sud/SSd_diag_environnement.pdf     

. Lire le référentiel du CAUE76 sur ces quais de la Seine à Oissel. On y apprend le nom de l’architecte-urbaniste, Laurent PROTOIS – ALIQUANTE, celui de l’architecte-sculpteur Bruno SAAS et FOLIUS qui est l’architecte paysagiste. L’opération a été réalisée en 2007 sur une surface totale de 30 000m2 sur http://www.caue76.org/IMG/pdf_pdf-Fiche-Oisssel.pdf   

Voir également http://www.caue76.org/spip.php?article172  ainsi que sur http://www.facebook.com/pages/CAUE-de-la-Seine-Maritime/322314494540947?ref=hl 

Oissel, Seine, rive gauche, la promenade, ciel de tempête

. Photos Elisabeth Poulain, sauf la n° 2, qui montre une vue de la promenade en amont vers les Iles de la Seine en amont, c'est un cliché du CAUE76, que je remercie.  

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Style de Vie > Marcher sur l'Eau > De l'Estacade au Ponton et plus

24 Janvier 2013, 17:25pm

Publié par Elisabeth Poulain

Quand on a tout « colonisé », un drôle mot à mettre entre guillemets, qu’il n’y a quasiment plus de terre disponible dans le monde, il « reste » deux éléments à  « conquérir »,  l’air et l’eau. L’air, on le fait tous les jours en faisant des concours d’immeubles les plus hauts du monde, à l’égal de ceux que font les petits garçons avec jets de noyaux de cerises ou de pipi. D’une certaine façon, il en va de même mais autrement avec l’eau, avec ce vieux rêve qui poursuit l’humanité, celui de « marcher sur l’eau », pour se jouer des éléments ou jouer à passer dessous le pont-estacade qui aurait du passer sur l'eau, comme à Bordeaux...
Bordeaux-2010.05.29 176   
Ce rêve était déjà présent lors de la création du Parc de Versailles. Le Grand Canal permettait à des vaisseaux de fantaisie de prendre le large pour un voyage d’autant plus exotique qu’il était fait de nuit en musique. Les Anglais renforcèrent le lien avec l’eau dans l’art des jardins, une eau plus douce, moins encadrée par des lignes rigides. De l’Asie, les Britanniques rapportèrent aussi la fascination pour l’eau qui suscite  une méditation douce, comme ces lacs sur les pentes de l’Himalaya où les nababs se faisaient construire des palais sur des îles artificielles reliées à la rive par des chemins de bois.  Tout autour lors de somptueux feux d’artifices, des jardins flottants enchantaient la vue des invités.
Paris-Berges-Seine-Piétons-Pontons
La magie commence dès lors que sont associés les trois éléments que sont le bois de l’estacade ou du ponton, l’eau  de la mer, du fleuve ou de la rivière et une certaine épaisseur d’air suffisante entre le bois et l’eau pour suggérer la marche du promeneur ou l’idée qu’il s’en fait. La dimension fonctionnelle demeure mais elle perd de son importance au profit du rêve. Il suffit de s’imaginer pouvoir emprunter ou poursuivre le chemin. On retrouve l'idée des jardins flottants pour le projet des Berges de Seine à Paris.
Quelques pieux dans l’embouchure d’un fleuve, à l’entrée d’un port ou au bord d’un lac suffisent à éveiller l’imaginaire, parfois seulement un nom de rue ou d’endroit. De plus en plus maintenant, ce que l’on voit est une création récente tronquée conçue tel un objet d’art pour suggérer la présence d’un pont, d’une estacade, d’un assemblage  de bois…Avec de plus en plus une autre tendance qui va vers la miniaturisation d'un côté et de grandes surfaces de l'autre.
Bordeaux-2010.05.29 164
C’est ce qui se passe à Bordeaux sur les quais de la rive gauche un peu après la grande place au miroir d’eau de Michel Corajoup, où l’on marche véritablement sur l’eau. Avant les entrepôts, en descendant le fleuve, il y a là un pont de bois qui prend son envol une première fois, pose le pied à terre et rebondit pour s’arrêter en plein envol juste au-dessus de l’eau. Le jeu est alors de marcher dessous auprès de l’eau alors que l’image mentale s’est projetée au-dessus de la Garonne pour la traverser. Ce vrai double pont à rebond stoppé net est une création de l’artiste japonais Tadashi Kawamata (photo n°1 aussi) .
       Bordeaux-2010.05.29 174
A Lyon, il y a vraiment une estacade construite, non pour traverser le grand fleuve au débit puissant, mais pour passer sous un pont sans avoir à lui adjoindre une structure lourde. L’estacade parallèle au courant au plus près de la pile du pont permet aux promeneurs de ne pas briser le fil qui les lie à l’eau en devant remonter pour traverser la forte circulation pour pouvoir redescendre ensuite. Cette estacade, dont on ne voit pas le soubassement, constitue le moment privilégié où le lien entre le promeneur et l’eau si allante du fleuve est le plus fort. Des bancs permettent de saisir pleinement la vision de l’eau qui coule devant soi, sachant que derrière soi, il y  les bassins d’eau de la piscine. L’eau devant avec les bateaux qui passent, l’eau derrière avec les nageurs qui avancent et soi assis, marchant ou courant… Cette estacade sur l’eau, entre Rhône et Centre nautique est l’œuvre de l’Agence de Paysagistes In Situ qui a conçu l’aménagement paysager des berges de la rive gauche du Rhône. 
Estacade-Centre-nautique-Berges-Rhone-Point-Actu-20086
Après l’estacade, arrive le pontonpour jouer avec l’eau et le bois. Il s’agit d’un échafaudage de plus petite taille en largeur et en hauteur par rapport à l’eau du lac. Il s’avance en perpendiculaire par rapport au rivage.  Le ponton sert le plus souvent à accrocher un bateau, à pêcher ou à plonger quand la profondeur le permet. Quoi qu’il en soit de ces usages, ce chemin de bois est une façon très directe et compréhensible par tous de la volonté de s’approprier l’eau. Il ne s’agit plus de s’y promener comme sur une estacade qui peut faire plusieurs centaines de mètres de long mais de rêver, avec en plus une certaine idée de danger ressenti par les enfants. Il n’y a le plus souvent pas de rambarde. Surgit aussi l’idée qu’on n’a pas le doit d’être là, car il est peut-être privé. Quoi qu’il en soit, le ponton fascine  les photographes qui l’aiment par tous les temps et surtout le matin à l’aube ou le soir au coucher, avec la brume qui tombe, vide toute présence humaine ou avec une personne assise au bout du bout en tournant le dos à la rive. C’est une image souvent prise pour évoquer la méditation.
Ponton-Brume-du-matin-Lake-Mapourika-NZ-  
Une tendance actuelle consiste à réduire encore la portée et à modifier les fonctionnalités de ce qui n’a pas encore de nom, un hybride issu des tendances actuelles de l’art très élaboré du jardin contemporain. Etre au bord de l’eau est une demande très profonde de notre art de vivre, c’est un véritable fil rouge qui conduit le travail des urbanistes et des artistes sensibles à l’espace public. C’est ce que nous allons retrouver à Lyon cette fois-ci sur les berges de la Saône.  Tadashi Kawamata  y a conçu une série de cinq pontons de petite taille, qu’il appelle « Les Planches ». Celles-ci sont accrochées parallèlement à la rive en continu et en décalé. Leur positionnement a pour objectif de permettre à des promeneurs de s’asseoir au bord de l’eau et, pour une petite partie légèrement au-dessus de l’eau, chacun sur son ponton, chaque ponton se refusant à être exactement parallèle à la berge et à celui qui le précède et ou le suit. L’artiste plasticien, qui vit et travaille à Paris, y voit des petites scènes sur lesquelles pourraient se dérouler des mini-sketches de théâtre, chacun pouvant aussi concevoir son propre chemin du rêve, que l’artiste appelle son « Walk, Touch, View ».
Rives de Saone-Port-de-Neuville-2 Planches-Pontons-fixes-Tadashi-Kawamata
On retrouve cette idée de marcher sur l’eau dans une démarche globale dans les quelques exemples que j’ai cités. Il en manque un d’importance, celui de l’Agence d’Urbanisme LIN avec le paysagiste Michel Desvignes qui a participé au projet Berges de Maine à Angers. Leur idée forte était d’implanter très rapidement sur la rivière une promenade sur des pontons flottants, avec aussi une piscine intégrée au pied du Château au ras de l’eau, une idée innovante qui a séduit une partie des Angevins, même si la majorité s’est prononcée pour le projet « très angevin » de François Grether et Loïc Mareschal.
Blog Div & co 2013-01-24 100
Depuis lors, on parle d’Angers Rives Nouvelles, pour montrer l’ouverture vers l’avenir, sachant que cet avenir est là, présent déjà pour tous, sous nos pieds, dans l’air que nous respirons, dans l’espace que nous partageons, dans les idées qui nous unissent... C’est une marque de confiance. Comme en témoigne cette photo de jeunes mariés prise sur un ponton, tout au bord de l'eau, juste après ou avant la cérémonie. Le billet est parti de là.  
Pour suivre le chemin     . Retrouver Tadashi Kawamata et sa conception des rapports avec l’eau sur  http://www.lesrivesdesaone.com/concepteurs-artistes/tadashi-kawamata/
   Blog Div & co 2013-01-24 104
. Photos pour une grande partie l’œuvre de contributeurs généreux de Wikipedia, l’agglomération du Grand Lyon pour Lyon et Neuville, Angers pour le projet LIN-Desvignes, avec mes remerciements, Elisabeth Poulain pour Bordeaux et le jeune couple, à voir dans l'album Mer-Eau . 
. Un précédent article est paru sur les estacades L'estacade > Le rendez-vous avec la mer, le ciel et l'air du large
 

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L'estacade > Le rendez-vous avec la mer, le ciel et l'air du large

19 Janvier 2013, 16:24pm

Publié par Elisabeth Poulain

Devant vous, il y a l’infini matérialisé par l’eau. Quel  que soit votre âge, seul-e ou avec votre chien, des amis, il y reste toujours en vous ce besoin d’aller voir comment c’est là-bas, plus loin, au-dessus de l’eau, sur l’estacade en allant le plus loin possible. Plus loin, à quelques dizaines mètres seulement du point de départ de l’estacade, ou beaucoup plus parfois, quand la déclivité de la plage est faible, vous allez marcher jusqu’au bout du bout, en regardant l’infini droit dans les yeux et en respirant profondément. Vous y faites votre cure de nature, de plénitude.  Estacade-Saint-Jean-de-Monts-avt-Cynthia

Allez donc sur le littoral atlantique ou de la mer du Nord, à Saint-Jean de Monts, à Noirmoutier, à Capbreton, au Havre, à Blankenberghe… et  vous verrez l’été combien la présence de ces chemins sur l’eau est importante pour ceux qui viennent s'y promener. Il n’y a pas que les pêcheurs à être attirés par le site; on y est comme sur une barque, les inconvénients en moins.     

A quelques mètres près, le paysage est pourtant le même mais ce n’est pas la même chose. Il reste toujours comme un goût d’aventure à marcher sur l’eau, à aller là-bas, comme lorsqu'on était enfant, qu’il fasse un grand beau temps d’été, avec seulement une petite brise de mer, une bonne bise de grande marée quand la mer est pleine, ou à vouloir braver les lames qui se cassent sur les gros poteaux au risque de mettre sa sécurité en jeu.

Estacade, Sainte-Adresse, Le Havre

A l’estacade est toujours associée la notion de voyage, en départ plus qu’à l’arrivée d’ailleurs tant on se projette en suivant du regard la ligne de fuite vers l’horizon. On les montre presque toujours vus de la terre, comme en partance, plus rarement quand on arrive. L'aventure, c'est quand on part, pas quand on revient...Les peintres, les photographes les saisissent vus de côté et d’en bas ou plus rarement de dessus, à hauteur d’un homme  en marche qui part…

Mais bien sûr cette image n’en est qu’une parmi d’autres. Historiquement dès la seconde moitié du XIXe siècle et de la première du XXe siècle, le montage et  l’ancrage de ces assemblages en grosses poutres de bois ont nécessité le savoir-faire de charpentiers aguerris aux contraintes de la mer. Ils travaillaient en rythme avec la marée, composant avec elle.   

Elles ont d’abord été érigées pour des raisons fonctionnelles, qu’il manquât un port pour permettre l’accostage des navires de petites tailles, d’approcher la côte en cas de faiblesse de tirant d’eau (cas de Saint-Jean de Mont ou de Noirmoutier) ou pour briser les lames en avant des ports pour protéger ces derniers (cas des ports de la Mer du Nord)… Parfois plus tard, des phares y furent implantés.

Estacade-Sainte-Adresse Dufy 

Très vite pourtant, ces usages fonctionnels furent complétés par de nouvelles pratiques sociales qui transformèrent ces constructions sur la mer en but de promenade. Il devient de bon ton à Sainte-Adresse près du Havre, à Noimoutier, à Saint-Jean de Monts, ou à Ostende…  de longer le bord de la mer, en s’offrant un petit frisson à emprunter l’estacade pour dominer les vagues de plusieurs mètres de haut.

Au cours du XXe siècle, l’estacade est devenue le symbole des villes balnéaires consacrées par les touristes, malgré ou à cause peut être aussi de leur fragilité, tant elles avaient eu à souffrir sous les assauts conjugués de l’eau et du vent lors des grandes marées et des tempêtes. Plusieurs estacades sont actuellement  en cours  de réfection ou en attente de financement pour permettre les travaux. Mais la réponse du public, habitants et touristes, est toujours la même; chaque station veut garder "son" estacade, qui ne sera plus maintenant forcément en bois. Sans elle, il manquerait clairement quelque chose, tant l'estacade a un pouvoir spatial structurant fort et une force d'identification à nulle autre pareille.  Estacade-Saint-Jean-de-Monts-Projet-2012-Atelier-Dune

Tout comme le nouveau style hyper-contemporain de l’estacade du troisième millénaire à Saint-Jean de Monts : à avancer dessus, vous serez le capitaine du navire doté de la technologie la plus innovante qui soit, aux commandes d’une estacade résolument tournée vers l’avenir.   

 

Pour suivre le chemin

. Pour  le Havre http://www.muma-lehavre.fr/en/collections/artworks-in-context/raoul-dufy/l-estacade-et-la-plage-du-havre

. A Noirmoutier http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Fonds-de-dotation-pour-l-estacade-du-Bois-de-la-Chaise-_85083-avd-20120425-62709493_actuLocale.Htm

    Estacade-Bois-de-la-Chaise-Photo-ancienne 

. A Saint-Jean de Monts http://www.saint-jean-de-monts.com/actualites-rubrique_webmag-929-FR-WEBMAG- WEBMHISTO%7CWOTSJDM%7CWMAGHIST10.html

. Pour Capbreton http://www.capbreton.fr/files/DOC-DIVERS/SPECIAL-ESTACADE.pdf

. Voir les photos dans l'album "Mer-Eau", avec mes remerciements aux différents contributeurs, en particulier pour l'image de synthèse des Ateliers Dune qui termine le billet, avant les notes.   

 

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Mini-Cas Marketing > Coca-Cola > Son Bestiaire en abécédaire incomplet

16 Janvier 2013, 17:43pm

Publié par Elisabeth Poulain

La marque est plus connue par ses jeunes femmes et ses jeunes hommes qui sentent bon l’art de vivre américain, la gaité et la bonne santé. Et cela dure depuis si longtemps que ces visuels publicitaires restent imprimés dans notre rétine, tout autant que dans notre cerveau. Tous deux acceptent sans souci de les empiler les uns sur les autres et ce n’est pas l’image de l’animal qui vient en premier. On voit le rouge toujours, alors que Coca Cola utilise maintenant toutes les couleurs. On continue à voir la bouteille qui reste un vecteur de la marque absolument fondamental, malgré la venue en force de la boîte boisson et des bouteilles grand format en plastique. On ne peut pas dire que les animaux sont très fréquents, mais ils ne sont pas absents pour autant.  
La publicité chez Coca Cola se décline sous toutes ses formes, sur tous les media,   papier dans la presse, l'Internet, peinte sur les murs des immeubles, présente sur le packaging des boîtes boissons ou autres supports, en devenant partenaire de film (Imax Arctique) ou en faisant du co-branding (Les Lapins Crétins)... Tout lui est bon, du moment que le tout reste qualitatif. Pour vous surprendre un peu, vous les grands spécialistes de la célèbre marque américaine, je vais mélanger, car c’est le jeu, des publicités récentes et d’hier ou presque, en variant les supports et sans suivre l’ordre de l’abécédaire. Il faut être en forme en ce début d’année 2013. Voilà la récolte, qui n’a rien d’exhaustive.
  Coca-Cola, Boîte-Boisson, l'Ours, Articque
. L’Ours, la maman avec ses deux oursons sur une boîte 2012-13. Tous trois éclatent de  blancheur grâce à leur fourrure merveilleusement assortie au blanc de la marque qui ressort sur le célèbre rouge. Le graphisme est très réussi. C’est une production de la Warner Bros. L’ours a déjà été utilisé par la marque sur une affiche en 1993 pour délivrer cet ardent message « Always Cool » parce que « Always Coca-Cola ». Yes !
  Coca-Cola, Boîte-Boisson, Jean-Paul Gautier, Femme
. L’Hirondelle noire-bleutée est nichée en haut dans la dentelle noire qu’a choisi Jean-Paul Gaultier pour habiller une boîte de janvier 2012. Pour les marins, elle est symbole de chance, de courage et de fidélité…Le grand couturier, qui aime  beaucoup les marins et les rayures, a conçu le packaging de cette cannette de Coca Coca Light, en  accompagnant l’hirondelle d’une rose sur le côté opposé en haut de la boîte et d’une étoile de mer en bas sous sa signature. Depuis cette version, il a créé une nouvelle série cette fois-ci avec la bouteille.
  Coca-Cola, Gobelet, le Pteranodon
. Le Pteranodon, qui savait très bien voler avec ses 8 mètres d’envergure, est présent sur un gobelet plastique comme on en trouve à New York pour des ventes à emporter et qu’on peut boire tout en marchant grâce son couvercle et à son embout qui sert de paille. Cet oiseau vivait il y a 70 millions d’années. Oui, vous avez bien lu. Il y avait donc peu de chance ou plutôt de risque que le pêcheur à la casquette verte et à la canne au lancer ait pu récupérer son poisson que le ptenarodon venait de lui voler. Ce gobelet d’une contenance d’un ½ litre, qui vient d’Allemagne, porte encore l’ancien slogan « Always Coca-Cola ». La pêche a toujours intéressé la marque par son côté sportif à pratiquer avec des copains dans la nature  quand il fait beau et chaud.
  Coca-Cola-Rennes-Noël-1949-1
. Le renne est très présent dans ce visuel créé spécialement pour Noël. C’est normal, c’est lui qui tire le traineau du Père Noël, Santa Claus,  lourdement chargé de cadeaux.  Eux plutôt, car ils ne sont pas trop de six pour tirer leur chargement sans aucun aide, il faut le dire, du Père Noël. Celui-ci est en train de « descendre » une bouteille la tête bien en arrière pour ne pas perdre une goutte du célèbre breuvage. Heureusement qu’il y a un petit garçon, malin comme un lutin qui assure tout le travail avec l’aide bienveillante des rennes. Il vous fait un grand clin d’œil, tellement il est mignon, avec en guise de casquette de groom, une capsule Coca-Cola. Ce lutin reviendra dans plusieurs visuels. La Compagnie utilisera plus encore son personnage de Père Noël plus que rond (aux deux sens du terme français) et aux joues rubicondes  bien sûr à cause du froid en tandem avec le renne qui tire le traineau aux cadeaux.
Tout est réussi, la composition, les couleurs, l’humour partout présent et les symboles de Noël sont là,  comme la paire de longues chaussettes qui pendent en haut à gauche du visuel…Du grand art, qui ne vieillit pas. C’est un des exemples qui montrent comment l’entreprise a créé en 1949 cette vision américaine de Noël qui s’est répandue dans le monde entier. Noël est attendu comme une énorme gourmandise par tous et pas seulement par les enfants. Coca-Cola a joué un grand rôle dans la diffusion planétaire de ce phénomène hautement symbolique d’une société d’abondance.
  Coca-Cola, Boîte-Boisson, Chien, Plage
. Un chien noir courant avec son jeune et beau maître sur une plage ensoleillée au bord de l’eau, alors qu’une jeune et jolie naïade est assise sur sa serviette, en buvant à la paille une boite boisson de Coca-Cola Light. Elle songe à un os en voyant le duo. Quelle stratège, cette nana ! C’est concept et c’est de l’humour diffué par Coca-Cola France pur le marché français. Le commentaire est le suivant : « Un Coca-Cola light s’il (le « vous » est barré) me  plaît ! ». Il  figure en bas du visuel paru dans la presse magazine en France au début des années 2000, sans nom d’agence.
CCC, que vous avez bien sûr traduit en Coca-Cola Company, a de fortes références réussies dans ses relations publicitaires avec le chien. Voyez cette affiche de la grande époque d’avant-guerre, en 1937, avec une belle jeune femme pétillante de joie de vivre au point de colorer la marque en rose fuchsia , avec son pull rose assorti, à ses pieds un buisson de fleurs du même rose et son fox-terrier de  chien qui a le bon goût de tirer la langue, oui parce que elle est du même rose. Décidément boire CC, c’est voir la vie en rose !
Ma préférée est pourtant une autre affiche de 1986  où vous retrouvez tous les standards de la vie dans le Grand Ouest américain, avec le cow-boy tout de bleu denim vêtu, des bottes bien cirées aux pieds, assis sur le capot de sa jeep, en train de boire son Coke directement la cannette, à ses côtés son colley qui en profite lui pour « piquer un roupillon » ( = se reposer, pour le traducteur automatique). 
Coca-Cola, Boîte-Boisson, Lapins crétins 
. Le lapin mais attention, un lapin crétin, ou plutôt les 4 lapins crétins, il faut bien ça quand on est un crétin, lapin en plus. Pas de mystère dessous, il y a trois boîtes et un lapin en plus pour annoncer la venue du trio à raison d’un par boîte  pour fêter la sortie de ce collector de Coca-Cola Zero, qui a perdu toutes ses attaches rouges sauf celui de la marque en abandonnant le sucre. L’entreprise avait déjà mis à profit le pouvoir comique d’un petit lapin aux longues oreilles en dessin, mais à la façon Bugs Bunny. C’était en 1927 alors que BB  n’a été officiellement créé qu’en 1938.
Coca-Cola-Le Pingouin-2000-1 
. Le pingouin a aussi été choisi par Coca-Cola pour promouvoir la grande bouteille quand il fait chaud sur la plage. Cette fois-ci, il ne s’agit pas de laisser une jeune femme s’imaginer draguer avec humour un beau mec (= un bel homme). C’est le pingouin, cet animal, qui a besoin de froid pour être à son aise, qui vole à son insu la bouteille de CC d’un homme assis confortablement dans sa chaise longue sur la plage. Le pingouin est représenté assis à l’ombre derrière le transat en train de vider la bouteille. Ah le filou ! Cet animal fait partie du grand bestiaire de la compagnie pour porter un des axes le plus fort de sa communication aux Etats-Unis, à savoir le froid. 
Récapitulons. Nous avons fait connaissance avec  C-le chien, H-l’hirondelle,  L-le lapin,  O-l’ours, P-le pingouin et P-le ptenarodon, R-le renne… Il en manque beaucoup.  C’est un  début pour commencer 2013.
Coca-Cola-truck-Haddon-Sundblom-Pays-Bas-Utrecht-2006-Husky 
Les questions, avec quelques pistes de réflexion
. 1. Enumérez les raisons de la présence de ces animaux dans les visuels. Pourquoi les concepteurs de la publicité de la marque ont-ils recours de  façon occasionnelle seulement à l’animal ? Cette question se réfère aux rôles attribués à l’animal dans différents pays.  
. 2. Commentez le choix des animaux et citez 2 ou 3 animaux qui auraient pu se trouver sur les publicités. Le Coca-Cola étant un produit mondial, on pourrait penser à un animal « mondial ». Est-ce bien le cas ? Quels sont les « grands » animaux manquants, grands non pas forcément par leur taille mais par leur importance et/ou leur nombre, ou par la partie du monde à laquelle ils ont attachés ?
. 3. Enumérez quelques explications possibles au choix du pteranodon. Outre les raisons propres à l’animal, répondez aussi en termes de pays-marchés pour l’entreprise mondiale.
. 4. Y-a-t-il un choix différent de packaging et de publicité selon le genre de celui ou celle qui achète et /ou boit du Coca-Cola ? Dans l’univers anglo-saxon mondial, on parle de genre (gender) et non pas de sexe. Cette question met l’accent sur l’importance d’un packaging différencié, une dimension hyper-importante de la publicité dans cette « world company »,  sur le rôle du temps et sur les limites éventuelles à franchir ou pas.
. 5. Classez les visuels par ordre personnel de préférence. Si vous êtes français, en quoi votre choix est-il  influencé par votre pays d’origine ?  C’est la question de synthèse  qui focalise votre attention sur le concept de marketing interculturel.
. 6. Comment une entreprise comme CCC  réussit-elle à garder à la fois son identité tout en s’adaptant à chaque marché phare ? Là, vous n’aurez pas de pistes indiquées, parce que c’est LA grande question, mais une réponse marketing. IL est recommandé avant de faire le mini-cas de chercher sur le net des informations diverses et variées pour avoir déjà une certaine connaissance des politiques marketing de CCC.
La Bouteille, le logo 
Quelques éléments de réponse, en sachant qu’il y a toujours d’autres réponses possibles.
. 1. Les raisons de la présence occasionnelle des animaux. Dès le départ, l’entreprise a choisi de centrer sa politique publicitaire sur la personne qui allait boire du Coca-Cola. Son objectif était de hausser la boisson à la hauteur d’un  bon produit, à la forte identité américaine, pour offrir une alternative non alcoolisée à une grande partie de la population. Les jeunes femmes chics et dynamiques ont constitué  de façon très innovante et constamment affirmée pendant longtemps sa cible prioritaire. On peut les voir ainsi au fil des décades s’adapter au changement de la société  sans  perdre  leur féminité, leur beauté ou leur dynamisme pour autant. Elles sont éminemment sympathiques et joyeuses.
La guerre déclenchée en Europe a modifié le scenario. Les soldats américains, les fameux GI’s, les femmes soldats aussi ont très présents dans la publicité aux Etats-Unis. Cela a été pour l’entreprise une façon de prouver son patriotisme : boire du coca-cola était une façon de soutenir les  jeunes américains dans la guerre contre le nazisme. Dans l’autre sens, l’entreprise a aussi fait parvenir tout au long des combats et pendant toute la durée de la guerre, du Coca Cola gratuitement aux garnisons en place en France en particulier. C’était sa façon de rappeler aux Boys que le pays était avec eux. Le retour des Boys et des femmes at home a été amplement célébré aussi dans la publicité Coca Cola.
     Coca-Cola, Les plus belles affiches, Denoël, 1986_-
Dès lors, l’animal ne s’imposait pas, ni l’animal de compagnie –qui aurait pu faire trop rappeler la gentry anglaise - ni des animaux à chasser ou à pêcher, des activités réservées aux hommes. Il existe pourtant un visuel CC d’une lady anglaise posant avec son chien comme si on était au XIXe siècle, ou deux autres avec une jeune femme en train de pêcher. Comment dit-on une pêcheure, pêcheuse ??? C’est une technique que l’entreprise a beaucoup utilisé, sortir une création un peu différente pour tester le marché en quelque sorte. C’est pourquoi, même le meilleur ami de l’homme, à savoir le chien, n’apparaît qu’épisodiquement dans la série. La première explication est que l’entreprise n’a jamais  voulu être prisonnière d’un personnage ; elle a toujours voulu conserver la maîtrise de sa communication. Une autre hypothèse est que ce meilleur ami de la femme est aussi celui du mari. Il fallait donc doser avec finesse. Quant aux animaux des villes, comme l’hirondelle, elle n’a pas forcément d’image intéressante en tant qu’animal urbain américain.
---) L’élément interculturel à faire ressortir est que la présence animale peut ne pas être perçue de la même façon partout dans le monde, en particulier dans les pays pauvres, alors que l’entreprise ne se pose pas de limite en termes de distribution sur un marché. 
  Coca-Cola-Chien-1937-2          
. 2. Les motifs de la présence de certains animaux et ceux qui manquent. On l’a vu, c’est le chien qui l’emporte nettement. Remarquons que ce sont des vrais et grands chiens, à la rigueur un moyen pour le fox-terrier, mais pas des petits-petits, du genre chien de manchon, ni des chiens de défense pour ne pas dire que ce sont des chiens d’attaque. Ce sont des chiens là toujours  sympathiques et fidèles. Il leur faut un côté « friendly », avec un parallèle important à faire avec la famille heureuse, les amis, l’insertion dans la communauté…l'image de Coca-Cola en un mot.
Pour les animaux liés au froid, la raison de leur présence est différente. C’est sur le froid, la fraîcheur, les glaçons, la glacière portative… que la société a construit toute sa communication avant, pendant et après la seconde guerre mondiale. Le plaisir de boire une boisson fraîche a été élevé à la hauteur d’un mythe, qui est devenu un « must » obligé au plan mondial, avec pour les colas mais aussi la bière, la grande concurrente des colas.
---) L’élément interculturel à marquer est qu’en France, nous ne  rencontrons vraiment ces animaux du froid que dans les livres pour enfants. La célèbre collection du Père Castor en témoigne. Le renne est présent en Suède et au Canada sous le nom de caribou. Quant au pingouin (hémisphère nord), c’est le plus souvent un manchot (hémisphère sud) qui nous sont vraiment étrangers.
Coca-Cola, Bouteille, Cheval, Travaillez rafraîchi 
Parmi ceux qui manquent, il y a le chat et le cheval au vu de la sélection présentée, au moins en Europe et le dragon en Asie.
. Le chat n’avait, n’a toujours pas une forte présence dans la publicité. Il a peut-être une connotation trop rurale, étant toujours associé à la chasse aux rats et aux souris dans les fermes, avec une dimension un peu maléfique. Quant au cheval, l’hypothèse que je peux émettre est que son usage et son image appartiennent  par trop au monde masculin. La Compagnie n’avait nulle intention de faire de l’ombre au célèbre cow-boy de Marlboro. Il n’est que de voir d’ailleurs son choix d’homme du Wild West avec sa belle jeep rouge. Ce n’est pas un grand baroudeur. Il est un peu trop beau, trop propre  et policé, trop urbain en un mot, pour avoir l’air « vrai », crédible  en rassembleur de vaches, capable de dormir à la dure, protégé du vent par son cheval…Dans ce cas là aussi, la marque a sorti un visuel aux Etats-Unis avec une cavalière descendu de son cheval pour apporter elle-même une bouteille à un vieux forgeron de légende. C’est le côté « Lady sympa » qui fait de l’équitation et sait s'adapter à toutes les situations.
. Les oiseaux et les poissons sont absents, par difficulté à s’assimiler à leur symbolique, à l'exception, on l'a vu, du poisson "pêché" sans trop de fatigue par le ptenarodon . L’hirondelle ne suffit pas à créer une réaction de sympathie, au contraire du rouge-gorge en Angleterre qui sait percer les capsules des bouteilles de lait déposée sur le perron des maisons par les petits livreurs de lait avant d’aller à l’école.
---) Un bon élément de réponse est de se poser la question de savoir dans quel univers culturel, on se situe. Par exemple, un lecteur asiatique pourrait dire qu’il manque le dragon.  En réalité, il y a bien des boîtes de la marque avec un tigre... au Vietnam mais pas en Europe. Un buveur de bière, la grande concurrente du coca, dire qu’il manque l'éléphant…Un Anglais, le rouge-gorge… La question alors est de savoir si l'image de l'animal colle avec celle de CC, et si le consommateur de CC qui boit aussi de la bière aimerait tellement cette confusion d'image.        
. 3. Le choix du pteranodon. Plusieurs raisons apparaissent, l’une très prosaïque qui est de montrer qu’il est possible avec Coca Cola d’avoir un gobelet d’un demi-litre, pratique et étonnant pour faire la différence avec la concurrence. Aux Etats-Unis règne toujours la culture du BIG. L’autre raison est plus sophistiquée : avec votre « Coke », vous restez jeune, vous devenez quasiment immortel parce que la marque l’est, elle ! Ce n’est pas forcément le packaging le plus réussi mais mettez-vous dans le contexte. Imaginez-vous dans le torrent pêcher le saumon  au lancer, un saumon énorme comme vos copains n’en ont jamais vu, le pteranodon a alors toute sa place avec ses 8 mètres d’envergure . 
---) L’élément interculturel à faire ressortir est les Allemands sont de gros buveurs de bière « habitués » à en boire dans des bocks d’un 1/2 litre à l’Oktober Fest à Münich. Pour eux, la marque leur propose du BIG.
Coca-Cola-Chien-1986-1 
. 4. La publicité de genre, chez CC, avec des limites variables au fil du temps. On voit que la marque n’a jamais fait de l’homme-homme –type Marlboro- sa cible principale, à l’exception de la période de la guerre en Europe et en particulier en France, avec une forte présence de soldats et de soldates, ce qui a été une quasi-révolution dans les moeurs. C’est à ce moment-là que les jeunes Français ont découvert l’American Way of Life, avec deux produits en particulier, le chewing-gum et le Coca-Cola. Si le premier n’a pas soulevé de problème particulier, il n’en a pas été de même avec le soda, à un point d’ailleurs que nous avons peine à imaginer. Un député communiste en 1948 est allé jusqu’à dénoncer à l’Assemblée nationale l’impérialisme américain et  le danger que représentait cette  boisson pour la belle jeunesse française. Il recommandait de boire plutôt du bon vin français plutôt que cette quasi-boisson du diable, un mot qui n'a pas été prononcé. 
L’évolution de la société, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, a modifié la cible d’abord féminine pour que les hommes en boivent aussi. L’âge des consommateurs a baissé. Il s’agit maintenant de cibler à fond les jeunes-jeunes, les adolescents, de façon à prolonger au maximum le lien très particulier qui unit un client à sa marque de cœur et d’imprégnation. Pour cela, l’humour Internet est sans conteste le meilleur vecteur publicitaire. Le lapin entre dans cette catégorie, surtout quand il est crétin, si non ce ne serait pas drôle. Quant à savoir si ce sont plus les garçons que les filles  qui sont les plus ciblés, la réponse est délicate. Dans un prospectus, c’est bien un jeune homme avec un début de moustache qui saisit de sa main droite une bouteille qui pétille de Coca-Cola Zero, un produit de la gamme au départ fait pour les jeunes filles désireuses de ne pas grossir. Pour ne pas avoir à trancher la bonne question de savoir qui fait les courses au supermarché, le visuel montre un lapin.
Coca-Cola France a choisi de faire appel à des grands concepteurs touche-à-tout du monde de l’art, de la haute-couture-et du parfum comme Jean-Paul Gaultier. Celui-ci crée des packagings qui surfent sur la différence de genre en poussant le genre d’une façon qui n’aurait pas été concevable par la direction américaine après la guerre. La femme est en guêpière que ne désavouerait pas un directeur de music-hall ou de strip-tease  et l’homme un marin qui adore franchir la frontière de genre. Il n’est pas du tout sûr que cet axe de communication aurait pu être choisi ailleurs. De la part de la France, on pense aux Etats-Unis que c’est possible. La preuve, la vieille marque française de spiritueux Cointreau fait appel avec succès à une stripteaseuse américaine, Dita von Teese, qui sait renouveler l’art pourtant bien kitch et désuet d’un déshabillage, qui a été depuis le XIXe siècle le sport favori des vieux messieurs bedonnants ( qui ressemblaient beaucoup au Père Noël) et maintenant un divertissement très apprécié par les trentenaires et quadras, jeunes femmes et jeunes hommes.        
. 5. Mon choix français. Il est facile à faire. En 1, il y a le chien en raison de son caractère éminemment sympathique, en 2, l’ours parce qu’il est très bien dessiné, en 3, le ptenarodon à cause de son caractère « énorme ». J’ai beaucoup de mal avec l’hirondelle qui se fait « voyeur-e » en regardant par les trous de la dentelle, le pingouin parce qu’il ne m’a jamais fait rire et le lapin parce que je ne suis pas sensible à son humour, même et surtout quand il est crétin. Je les mets à égalité dans une catégorie groupée en bas de la liste. 
Coca-Cola-1927-Lapin
. 6. Entre adaptation et identité pour terminer. Une des réponses possibles est qu’il suffit de penser en termes de fonctionnement entre le siège de l’entreprise aux Etats-Unis et les filiales qu’elle détient dans le monde. Les filiales ont  acquis au fil du temps une latitude certaine en matière de communication, dès lors que le succès est au rendez-vous, que les ventes augmentent et le CA aussi comme prévu. Les exemples français le prouvent, avec un message qui relève du 2e degré politiquement possible dans un marché mature. La responsabilité de la filiale est pleine et entière. Clairement aussi le dernier mot appartient toujours au siège qui exige, comme toujours aux Etats-Unis, du politiquement correct.
---) L’élément à faire ressortir est que la CCC veut tout, la préservation de son identité profonde, l’adaptation aux marchés pour progresser contre la concurrence, en soignant tout spécialement la distribution, quitte à s’adapter sur les prix pout piler la concurrence, tout en jouant tout le temps de sa communication pour rester en phase avec l’évolution de la société et ses fans jeunes et moins jeunes tout en gardant au plus près de son cœur son véritable trésor de créations publicitaires.                
Pour suivre le chemin 
. D’abord voir le site de Coca Cola France sur http://www.coca-cola-france.fr/ et http://www.coca-cola.fr/coca-cola-zero/ 
. Retrouver avec plaisir des publicités de la marque sur un site intéressant http://www.beautifullife.info/advertisment/history-of-coca-cola-in-ads/ avec une jolie compilation.
. Consulter avec beaucoup d'intérêt le site d'un collectionneur fan de la marque qui possède plus de 10 000 boîtes différentes de Coca-Cola, à découvrir sur  http://www.davideandreani.com/  C'est sur son site que j'ai trouvé le dragon, merci à lui .
  Coca-Cola-Vietnam-Dragon     
. Voir avec plaisir « Les plus belles affiches de Coca-Cola », un ouvrage de Gérard Cholot, Daniel Cuzon-Verrier et Pierre Lemaire, aux éditions Denoël, 1986. C’est en lisant la préface de Ted Benoit que vous apprendrez que le petit garçon à l’air de lutin est Bobby et que le peintre, illustrateur et publicitaire qui a créé la saga CC s’appelle Haddon Sundblom.
Ce Suédois, qui ne buvait jamais de Coca Cola, a travaillé pendant de longues années avec Archie Lee le responsable des campagnes de la marque à la d’Arcy Advertising Company. C’est grâce à cette collaboration, qui devait durer près d’un demi-siècle, que sont nés les membres de la tribu Coca Cola, le petit garçon, le Père Noël et surtout, surtout  la « All-American Girl ». C’est elle la véritable star de la publicité de la marque, la jeune fille-jeune femme américaine qu’Haddon Sundblom va peindre à l’huile en train de tirer un petit charriot avec des bouteilles, de poser en tenue militaire, d’ouvrir le réfrigérateur, de marcher fièrement en jupette blanche avec son beau militaire, de rire avec ses amies, de bronzer dans sa chaise longue….
. Photos, avec mes remerciements aux différents contributeurs,
. Elisabeth Poulain pour la naïade sur la plage, le gobelet, les deux boîtes-boissons et la plaquette des lapins.   

  
  

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La Porte de Style dans la Pub

13 Janvier 2013, 11:47am

Publié par Elisabeth Poulain

La porte a toujours porté symbole et pourtant quand vous tapez « porte symbole » dans Google, vous trouvez peu de choses, à l’exception de Wikipedia qui assure au moins le service minimum.  Il est impressionnant de constater qu’un élément aussi important dans notre vie soit à ce point peu mis en lumière alors qu’il est à lui seul une porte d’entrée sur notre société. « Dis-moi quel type de porte tu as, et je te dirais dans quelle société tu vis, une société ouverte, fermée, une ni-ni, mais autre chose… ». La porte est en effet un révélateur extrêmement fort de l’évolution de nos façons de vivre.  Un bon indicateur est comme toujours la publicité qui en ce moment nous la joue vraiment le grand air de Versailles avec le film publicitaire Secret Gardens-Versailles de Dior qui présentent des très hautes et très belles portes, très travaillées au point de devenir des tableaux mobiles mi-peintures,  mi-sculptures, de véritables OVNI de notre époque qui sait admirablement jouer avec les fonctionnalités.

Porte, Dior, Secret Garden-Versailles, Citizen K, 2012 Eté 

Il y a un véritable jeu de la porte. Celle-ci peut être fermée, si complètement qu’on n’hésite pas à placer devant elle le canapé ou le lit par exemple, objet de la pub, pour bien montrer le rapport de force entre les deux qui se traduit, non par la négation de la porte mais par un nouvel équilibre. C’est cette acceptation que suggère cette publicité de Sonia Rykiel Maison pour du linge de maison haut en couleurs devant une porte très haute, de couleur crème approfondie d’une pointe de grisé  très douce, enrichie  de moulures fines avec des petites fleurs, des guirlandes de rubans, des paniers.. La porte est elle-même encadrée de doubles panneaux de style XVIIIe léger de chaque côté. Les panneaux sont alors fragmentés horizontalement en plusieurs espaces encadrés d’une fine moulure, qui donnent vie à ce mur. Celui-ci devient une véritable composition architecturée comme le serait  une maison mise à plat verticalement avec une faible épaisseur pour tenir compte des sculptures en relief.

Porte, Sonia Rykiel Maison, Marie-Claire Maison, 2012-13 

Grande ouverte, la porte ne s’efface jamais, même quand on ne voit la plus. Seul demeure l’encadrement qui borde cette ouverture en creux. Rares en effet sont les portes anciennes, sauf à vouloir être secrètes, qui n’offrent aucune démarcation d’avec le mur. Il existait ainsi au château de Versailles dans les murs des chambres ou des salons de nombreuses petites portes taillées de façon tellement fines dans les boiseries murales qu’elles étaient difficiles à distinguer. Leurs usages étaient liés soit au secret soit à cacher des choses intimes, le secret pour que le valet du Roi puisse joindre son maître en empruntant un long couloir étroit sans que toute la Cour en soit informée ou l’intime pour dissimuler les toilettes ou des petites salles d’eau. On n’était pas forcément très propre à l’époque, plus qu’on ne le croit peut-être- et on couvrait les odeurs corporelles par un surcroit de parfum. 

    Porte, Elle Décoration, Couverture, 2012 Noël

La position des vantaux ouverts donne toujours l’indication du sens de l’ouverture vers l’autre destination. Quand on est à l’extérieur, c’est vers l’intérieur de la maison. Du couloir, vers la pièce plus petite, la chambre, la salle de bain. Mais parfois, l’évidence n’apparaît pas vraiment, comme dans l’appartement décoré par Emmanuel Bossuet et Marie-Laure Bellanger qui fait la couverture de Elle Décoration, avec ce vantail gauche d’une grande porte blanche qui éclate de vigueur sur son mur jaune d’or vif qui s’ouvre sur ce qui semble être une salle à manger. L’entrebâillement laisse apercevoir des livres dans une bibliothèque noire qui éclate fortement sur le mur du fond, comme une scénographie en plusieurs plans. Ouvrir un vantail, un peu, beaucoup et plus si affinités, les deux en jouant de la profondeur, des couleurs et des lignes de chaque plan du décor. L’article signé par Clémence Leboulanger avec de très belles photos de Nicolas Mathëus s’appelle « Entrée des Artistes » avec une photo d’une porte qui s’ouvre de ses deux battants  sur une grande pièce inondée de lumière venant de deux grandes fenêtres. La porte offre l’accès à la lumière avec entre les deux des œuvres d’art comme ce tigre en bronze japonais du XIXe siècle. 

Porte, Dior, Secret Garden-Versailles, Citizen K , 2012 Eté 

La porte peut être aussi à la fois fermée, à la fois ouverte et cependant jamais les deux vraiment à la fois. La position semi-ouverte ou fermée est vécue comme une invite. Surtout quand une femme mystérieuse dont on ne voit que la moitié basse du visage se découvre dans l’entrebâillement. Seul son visage est éclairé. Tout le reste est noir, sauf son collier doré et le plastique brillant noir. L’important est ce qui est derrière la porte et qui va se découvrir, si tel est le bon plaisir de La Secrète de Secret-Gardens-Versailles de Dior (photo n° 1). La marque a interprété le jeu de la porte dans une série extrêmement riche dans un film publicitaire qui porte ce nom composite qui associe le secret du jardin (Garden) à Versailles mais sans jamais citer le château. Du grand art, avec un élément intéressant, c’est que c’est cette femme cachée dans le noir qui décide ou non d’ouvrir la porte et que ce faisant elle repousse dans le coin deux autres femmes en train de papoter, comploter… ?

Porte, Vuitton, Invitation au Voyage-Le Louvre, Citizen K, Hiver 2012 

Parfois, la porte en bois se fait discrète dans sa couleur et sa place dans le visuel. Pourtant sa présence avec son bois ornée de petites moulures est absolument nécessaire pour donner de la profondeur à la composition. C’est le cas avec cette publicité de  Louis Vuitton L'Invitation au Voyage-Le Louvre dans  Citizen K qui forme la 4è de couverture, axée sur un jeu de lignes à trois composantes , en partant du bas, entre la ligne de la malle Louis Vuitton, puis le sac de voyage avec la main gauche de la jeune femme, son autre main soutenant son visage placé à la hauteur de la porte  dans la partie supérieure. L’invitation au voyage est certes fondée sur la malle et le sac de la marque en cuir, mais c’est la jeune femme aux cheveux châtains avec des pointes de doré qui fait le jeu avec la porte en bois sombre. Toutes deux structurent et portent  l’ensemble.Ce cliché est extrait d'un film absolument remarquable tourné au Musée du Louvre présenté comme le coeur de Paris et où la porte qui s'ouvre vers l'intérieur joue un rôle majeur. Ce sera l'objet d'un billet ultérieur.

La question qui se pose est de savoir pourquoi la publicité utilise maintenant la porte. Une réponse est qu’elle a toujours besoin du nouveau. Ces dernières années, elle a eu beaucoup recours en milieu urbain à la rue, au trottoir, au pont, à l'escalier, au mur, au lampadaire, à l'asphalte du trottoir, aux grands monuments… Aujourd’hui sonne le moment de la porte. On peut aussi voir les choses autrement et mettre l’accent sur la force symbolique de la porte, son ambivalence, sa dimension interculturelle fabuleuse et sans limites.

Imagine-t-on des maisons sans porte, des portes sans maison, des portes qui sont là sans qu’on les voit, des portes qui sont là seules sans mur… ? Des portes par lesquelles on entre, sans en sortir, des portes qu’on ne ferme pas de l’extérieur…Et la réponse est oui et plus.      

Pour suivre le chemin

. Par ordre de citation, retrouver les visuels et l’article en version papier

Secret Gardens-Versailles, sur Citizen K, Eté 2012, avec le verso de la couverture en dépliant p. 2-1 et 2-2, la page 3 et la 4 de couv.  consacré à la promotion du fil sur DIOR.COM

Sonia Rykel Maison  dans Marie-Claire Maison, n° 458, décembre 2012-janvier 2013, à comparer avec un autre visuel toujours dans la même pièce et devant la même porte dans Marie-Claire maison n° 457, novembre 2012. Cette fois-ci, le pouvoir de la porte est renforcé par la présence des deux miroirs de part et d'autre.

Porte, Sonia Rykiel Maison, Marie-Claire Maison, 2012-13 

ELLE DECO Décoration, Entrée des Artistes, n° 214, décembre 2012 pour l’article de Clémence Leboulanger avec des photos Nicolas Mathéus où l’on peut constater la forte présence de la porte dans 4 des 8 clichés de l’article.  

Louis Vuitton, L’Invitation au Voyage – Le Louvre, à voir en 4 de couv dans Citizen K International, Hiver 12/13 et  sur LOUISVUITTON.COM

Porte-Hotel-Soubise-Paris-figure-2112 . Voir des portes de style Louis XIV, XV … dans le « Dictionnaire pratique de Menuiserie-Ebénisterie-Charpente » (1900) édité par J. Justin Storck, graveur de son état, devenu éditeur pour faire partager son savoir en s’entourant de cinq spécialistes pour concevoir et éditer cet ouvrage étonnant, avec notamment des croquis de portes irrésistibles sur

http://justinstorck.free.fr/l/louis-xiv-style.php   http://justinstorck.free.fr/l/louis-xv-style.php

.   Photos à retrouver dans l'album Symboles 2

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