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Le Blog d'Elisabeth Poulain

N de Nana > Myriam, J'enlève le haut, J'enlève le bas > La nudité

12 Août 2012, 16:27pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cette jeune femme s’appelait Myriam, aux dires de l’agence de pub qui disait l’avoir choisie parmi des centaines de candidates. Montrer la nudité de la femme en 1981 n’était pas chose facile. Il est vrai que pour se faire remarquer, rien ne vaut, et c’est toujours vrai, une femme nue. C’était déjà le choix du photographe Helmut Newton  cette même année pour célébrer selon lui l’avènement de la femme-femme active et non plus de la femme-objet sexuel. On peut en douter à voir en 2012 ressortir sa célèbre photo montrant les quatre « executives women » marcher nues comme si elles étaient habillées, avec la même détermination et la même certitude, en adoptant la même pose de pouvoir.

Avenir Myriam 1, 1981 

Cette même année, l’agence d’affichage « Avenir », sur les conseils de son agence de publicité CLM/BBDO, choisit également de dénuder Myriam, cette jeune femme en bikini pour se faire connaître. Le lien de la nudité avec l’agence ? Aucun, par contre la certitude que montrer une femme nue  crée toujours l’événement, grâce à une technique le teasing, qui consiste à installer un suspense en faisant une annonce. Myriam  a d’abord annoncé qu’elle allait  enlever le haut de son maillot deux pièces puis ensuite le bas, avec à chaque fois une photo d’elle au bord de la mer, sur une affiche 4m sur 3. En fait, ce n’est pas elle qui avait été sélectionnée par l’agence, c’est le photographe qui a demandé à sa petite amie de bien vouloir se prêter à ce jeu.

Avenir Myriam 2, 1981 

Cette innovation du teasing a été plurielle en France. C’était la première fois qu’on voyait une femme nue, sur une affiche de grandes dimensions (12m2), la première fois que cette technique était utilisée, pour faire connaître une entreprise spécialisée dans l’affichage, la première fois également qu’une histoire était racontée en trois séquences grâce à Myriam qui nous a dit ce qu’elle allait faire, dans un tempo très resserré. La première affiche a paru à la fin août 1981 avec la promesse « J’enlève le bas le 2 septembre », à cette date la seconde affiche annonce « J’enlève le bas le 4 septembre » et le 4, Myriam  a bien enlevé le bas. 

L’impact en France a été incroyablement fort. Voir une jeune femme assurée et bien dans sa peau vous dire en vous regardant dans les yeux qu’elle va se déshabiller a créé une véritable attente, d’autant plus étonnante qu’on ne savait pas pourquoi elle allait faire ça. Puis elle a effectivement enlevé le haut de son maillot, en prenant la même pose, le même sourire assuré, tout en nous disant que la prochaine fois elle allait enlever le bas.

Avenir Myriam 3, 1981 

Entre le bas et le haut, l’annonce a changé de sens et de tonalité, avec cette fois-ci une véritable interrogation. Est-ce qu’elle allait vraiment le faire. Quoi ? Mais enlever sa culotte, bien sûr, sur une affiche qui plus est!  On sait qu’elle n’a pas menti. Elle a bien enlevé le bas de son bikini, comme on disait avant les années 60.

La surprise et l’humour ont marqué la 3è affiche. Cette fois-ci, on a compris comment et pourquoi Myriam tenait sa dernière promesse. Au lieu de nous regarder de face, elle s’est montrée de dos, regardant la mer et non plus comme les deux autres fois avec la mer dans le dos. Clairement elle nous a montré ses fesses, ce qui a été une première aussi dans l’univers publicitaire en France. C’est peut-être pour cette raison que la campagne n’a pas été élue Grand Prix de l’Affichage en 1982 qui n’a pas été décerné. Elle a néanmoins reçu le 1er Prix de l’Affichage.

La promesse, c’est elle qui a fondé le slogan de l’agence d’affichage. Celui-ci est en effet « Avenir, l’afficheur qui tient ses promesses ». C’était en 1981. On n’en entend plus parler. En 2012, par contre on parle beaucoup d’avenir de la publicité telle qu’on l’entendait en 30 ans plus tôt, avec un grand point d’interrogation?

Dita von Teese, Cointreau, Striptease, 

Quelques mots sur le teasing,  le tease et les fesses. Le mot  anglais, qui signifie « taquin », n’est pas employé hors du monde de la communication. Pour le grand public, la campagne d’Avenir est connue par la sympathique Myriam et sa nudité programmée.  Aucun lien n’est fait non plus avec le striptease que l’on devrait appeler « l’effeuillage » en bon français, ni avec l’effeuilleuse américaine qui joue de sa nudité comme d’un art, Dita von Teese, qui a anobli son nom à l’allemande en intégrant la sonorité de Tease. Teasing dans ce sens ne rend pas compte de la stratégie qui place le temps de l’attente comme de l’élément central du suspense. Quant aux fesses en 30 ans de publicité, malgré le temps qui passe, elles ne sont pas devenues un bon support de tease.  

Pour suivre le chemin

. Voir  la campagne de CLM/BBDO –année 1982 -  sur http://www.upe.fr/?rub=gpce-retrospectiveet retrouver la dans l’année 1981 dans « Les Echos, 1908-2008, Le Siècle des Echos, Cent Ans de Créations ». Les trois personnalités de l’année sont des hommes, à savoir François Mitterrand, Robert Badinter et James Tobin, Nobel d’ Economie et onze femmes, les 4 habillées d’Helmut Newton, les 4 déshabillées du même et Myriam qui compte pour trois. Il y a une seule autre photo, un TGV orange !

.  Lire une  bonne analyse sur    http://www.micheldurso.be/tfe/082_miriam.php

. Voir le billet sur Dita von Teese et Cointreau sur ce blog

Cointreau > La liqueur de la Cointreauversial Woman > Dita von Teese  

. Photos, mes remerciements aux contributeurs.  

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Le bouquet de roses > Une aquarelle d'E. Gossin > Collection Emmaüs

11 Août 2012, 17:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une aquarelle à vous faire aimer les roses en bouquet, moi qui ai horreur des bouquets et qui évite de trop regarder les roses tant leur pouvoir de fascination est grand et l’amour des roses établie sans contestation.  

Ce pastel est signé d’E. Gossin. Une petite recherche sur Internet livre un Etienne Gossin, frère de Louis du même nom, qui faisait des aquarelles à la fin du XIXè siècle et au début du XXè siècle. Ai-je une certitude ? Aucune. Pourtant, il ne s’agit en aucun cas d’une croûte qu’on achète  deux fois six sous dans une brocante d’Emmaüs, pour faire sa bonne action de la semaine. C’est là le travail d’un maître. C’est aussi une aquarelle rehaussée de crayon que j’ai acquise il  y a une bonne vingtaine d’années chez Emmaüs.   roses 002

Le bouquet a été placé dans un vase arrondi en verre à col resserré. Le temps a fait son œuvre. Les fleurs sont plus qu’épanouies, des pétales sont déjà tombées. Une fleur trop lourde pour sa tige s’est rompue. Elle s’est échappée du vase, dont le niveau d’ eau a baissé sous l’effet de l’hydratation des fleurs. Deux teintes dominent. Du côté des fleurs, le rose sous toutes ses déclinaisons et le rouge grenat pour donner du ressort à la composition doublement décentrée, avec à gauche la fleur renversée sur elle-même et la rose grenat bien dense encore dans le vase et bien arrimée à sa place. 

roses 005

Des pointes d’orange en bouton créent le rythme pour éviter la surcharge de tonalité rose. En contre-champ, l’artiste a choisi un vert-jaune poudré assorti au rose dominant, avec des pointes de vert plus foncé pour les feuilles des fleurs. Un double effet d’ombrage dans le fond, un au-dessus du nom du peintre et un autre du côté gauche du bouquet. Le socle sur lequel repose le vase est adouci de rose-jaune très pâle. Le fond est strié de traits obliques verts plus foncés de crayon, pour créer un effet d’avancée.

roses 006 

Le papier aussi a subi les outrages du temps. Il a subi un choc qui a fait éclater la peinture. E. Gossin a pris soin d’indiquer la date à laquelle il a réalisé ce dessin, 1914. Ce n’est pas une date neutre. C’est le début de la grande guerre et la fin d’un monde. L'artiste n'a pas indiqué le jour et le mois. On n'en saura pas plus.  On ne saura pas en particulier si cet E. Gossin est Etienne Gossin, le frère de Louis, qui signaient ensemble leurs sculptures, E. et L. Gossin. Ce serait une explication à la profondeur et à la recherche de rondeur de ces roses rendues par l'artiste.     

Pour suivre le chemin

Rosa centifolia bullata Redoute 

. Un peu moins de 100 avant, Pierre-Joseph Redouté avait entrepris de recenser « Les Roses » dans un opus en trois volumes réalisé à partir de 1817.  Voir le site de l’Université de Liège en Belgique consacré au célèbre botaniste flamand et français (1759-1840) http://www.wittert.ulg.ac.be/fr/flori/opera/redoute/redoute_roses.html 

 

Roses de L'Aumônerie, Saint-Mathurin sur Loire 2012 

. Sur ce blog, voir le bouquet de roses de Saint-Mathurin sur Loire dans  Un jardin enchanté à Saint-Mathurin sur Loire 

. Ainsi que Collection de peintures Emmaüs > La chaleur de la plage   

    La beauté d'évidence du rose de printemps des fleurs du jardin 

. Photos EP pour l'aquarelle et les roses de Saint-Mathurin sur Loire, l'Université de Liège pour la rose à feuille de laitue, avec mes remerciements...     

 

    

 

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Un jardin enchanté à Saint-Mathurin sur Loire

25 Juillet 2012, 17:00pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il est de ces endroits qui sont bénis des Dieux. On les trouve sans les chercher. A un moment, en tournant à angle droit d’une petite rue dont on ignore le nom, on voit un endroit charmant, à prendre au premier sens du terme, un endroit au charme si puissant que vous vous arrêtez. Vous regardez et ce que vous voyez vous enchante, à la manière d’une aquarelle de Jean-Adrien Mercier, un peintre de si haute renommée en Val de Loire qu’il incarne à l’étranger et en particulier aux Etats-Unis la grâce et l’élégance de la France. Vous ne connaissez pas forcément le nom de l’artiste. Pourtant vous reconnaissez les scènes qu’il a inventées. L’une d’elles est ici. Vous savez qu’il y a une bonne fée qui veille sur l’endroit. C’est la dame qui s’occupe du jardin, avec son mari. Elle est plutôt en charge des premiers jardins  et son mari de ceux du fond de la longue bande de part et d’autre la largeur de la maison et de ses dépendances.

Saint-Mathurin, L'Aumonerie, Facade Rue, Soleil  

La maison est une belle demeure du Val de Loire en pierre blanche de falun. Construite au milieu du XIXe siècle, elle porte en elle une symétrie avec la porte d’entrée, accompagnée d’une fenêtre à sa droite et de deux fenêtres à sa gauche. La porte d’entrée de la maison est marquée par une voute légère que l’on retrouve sur le haut de la porte-fenêtre du dessus qui s’ouvre sur un petit balcon. La lucarne centrale du grenier s’orne elle aussi d’un fronton plus travaillé que les trois autres lucarnes. La maison a dû être agrandie sur son côté gauche car la cheminée ne se trouve pas  en bordure du bâtiment comme de l’autre côté. Des colonnes enrichies d’une guirlande animent le premier étage. Les fenêtres du haut ont conservé leurs volets à claire-voie anciens. C’est une maison qui, par ses proportions, ses finitions, la couleur crème de ses pierres... respire la sérénité. 

Saint-Mathurin, L'Aumonerie, Jardin, Roses

Mais c’est le jardin de devant en réalité avec sa parure de fleurs et son harmonie de couleurs blanches, roses, rouges et bleues qui retient le regard. Bleu comme le balcon ouvragé au-dessus de la porte d’entrée, bleu comme le tout petit portillon... Lorsque je suis passée à Saint-Mathurin dans cette petite rue de l’Aumônerie par hasard, devant cette  « Aumônerie », je me suis arrêtée tellement c’était joli. La période de grande floraison était passée. La douceur n’en était que plus grande, en harmonie avec la maison et son environnement. Une telle symbiose ne pouvait être le fruit du hasard.

Ce jardin a un jardinier. Ma chance a été de la rencontrer à l’œuvre en train d’enlever des roses blanches fanées qui poussent  le long du mur d’une propriété voisine. Nous avons commencé à parler de jardinage et voilà comment j’ai eu le plaisir de découvrir les autres jardins, derrière la maison, là où on se retrouve à laisser son regard  voler dans le ciel, à voir les oiseaux qui suivent le fleuve ou le remontent, les petits bruits des insectes proches, les  roucoulements des colombes dans leur grande cage ou les petits bruits des canards dans leur jardin particulier de chaque côté d’un petit ruisseau conçu par le maître de maison.

Saint-Mathurin, L'Aumonerie, Jardin 

Sous les grands arbres, la ville parait si lointaine. Elle est  pourtant si proche. On est à quelques pas de la Loire, en arrière et en contre-bas de la jetée. Il n’y aucun bruit de voiture. Tout ici a une histoire et un sens. Le très grand sapin a été un arbre de Noël. Chaque plante, chaque fleur a été choisie. Chaque objet a sa raison d’être. La balançoire est celle de l’enfance. Les barques à fond plat étaient celles que chaque famille possédait pour pouvoir se déplacer pendant les crues hivernales. La petite maison aux volets bleus et à l’escalier abritait dans la petite pièce du bas Eglantine, une ânesse qui a laissé un souvenir attendri dans la famille…

Saint-Mathurin, L'Aumonerie, Jardin, Vue Eglise 

Le clocher sonne l’heure. Il est pour moi de prendre congé. C’est le moment d’aller découvrir une exposition de peintres à la galerie d’art proche. Il est juste temps de prendre quelques photos de cette douceur de vivre à la lumière de la Loire, celle qu’admirait tant Josep Grau Garrigua, le peintre et licier d’origine catalane, un proche voisin et ami du couple. Il avait choisi la levée de la Loire et sa maison de tuffeau portait des roses jaunes…

Pour suivre le chemin

. Aller à Saint-Mathurin sur Loire, c'est un charmant village des bords du plus long fleuve de France qui appartient à la Loire inscrite au patrimoine mondial de l'Humanité. Fondé en 1824 par la réunion de plusieurs hameaux, il bénéficie aujourd'hui d'une nouvelle mise en valeur des paysages ligériens grâce en particulier à l'ouverture de l'itinéraire cycliste de 800 kms de long de la source ou presque jusqu'à l'océan atlantique.

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Mathurin-sur-Loire

http://www.loireavelo.fr/ 

Saint-Mathurin, L'Aumonerie, Jardin, Vue Eglise 

. Découvrir Jean-Adrien Mercier http://www.angers.fr/decouvrir-angers/histoire-d-angers/les-archives-municipales/expositions/exposition-jean-adrien-mercier/index.html

. Lire sur ce blog « Le monde selon Josep Grau Garrigua, peintre, licier, San Cugat, Catalogne, Anjou, France, http://www.elisabethpoulain.com/article-15947765.html

. Un message pour un lecteur qui aime beaucoup Le Thoureil, un très joli village situé plus en amont et en rive gauche cette fois-ci: oui, il y aura bien un billet sur Le Thoureil, dés que j'y serai retrournée, ne serait-ce que pour rafraîchir mes photos...! 

 

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Jules Chéret > Affichiste entre Cocotte et Clown > Une question de style

23 Juillet 2012, 15:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il est de ces artistes novateurs qui ont changé la vision que nous pouvons maintenant avoir de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Jules Chéret a fait plus que cela. Doué de tant de créativité, il a véritablement ancré l’affiche publicitaire dans l’art, bouleversé les frontières entre les genres, annoncé beaucoup et tenu ses promesses. Peut-être aussi a-t-il été victime de sa facilité, lui qui rêvait de concevoir des décors entiers de maison ou d’hôtel particulier, ce qu’il a pu faire avant de perdre la vue.  Ce que je conserve moi en tête sur la rétine, ce ne sont pas pourtant ses affiches célèbres ou ses décors, ce sont ses pastels gras, sa série des nudités douces de jeunes nymphes, croquées avec une si grande finesse, une si grande vitesse, sans reprise, sans retour, un si grand amour de la vie…et une réelle fascination pour les femmes. Ce sont d’abord d’elles dont je veux vous parler car ce sont elles, ces belles qui le fascinaient, qui  ont fait son succès. 

Jules Chéret, Librairie Ed. Sagot 

La femme selon Jules Chéret. Elle est belle, très belle. Jamais, elle ne vieillit. Elle est à la fois fraîche et pourtant offerte à ses yeux. C’est une danseuse qui aime la vie, qui s’en émeut et traduit sa jouissance par la danse, pas n’importe laquelle, celle du feu du désir. C’est cette femme qui symbolise la « Belle Epoque », une séquence très brève et très intense de notre histoire qui fit voler en éclat les diktats d’un XIXe siècle révolu et annonce la prospérité d’une société industrielle sans limite pour les hommes bien nés et/ou qui ont réussi. Une femme libre, qui sait bouger son corps en tournant comme un derviche femme autour d’un homme qui la regarde et pour lui. Il est spectateur-voyeur et elle s’offre, se rapproche et se détache en dansant pour enfin venir à lui.

 

Presque toute sa vie, Jules Chéret dessina cette femme mythique dans ses affiches  pour des spectacles de music-hall aux Folies-Bergère, pour le Théâtre de la Tour Eiffel La Bodinière…, des publicités pour du pétrole de sûreté…ou pour le plafond de la Taverne de Paris. Parfois aussi, Jules Chéret savait dessiner une Belle charmante au panier de fleurs se rendant à la Librairie Ed. Sagot  pour y acquérir estampes et  affiches (1891). Je ne sais si cela était rare chez lui, car il a produit plus de 1 000 affiches, dont nous ne connaissons que celles qui nous interpellent le plus maintenant.  

Jules Chéret, Saxoleine 

Ces femmes d’un autre monde, que celui de la bourgeoisie triomphante, étaient ce qu’on a appelé des « demi-mondaines », un mot admirable qui montre bien qu’elles étaient dans un entre-deux qui ne devait surtout pas avoir pas de nom, pour ne pas troubler l’ordre de la société. Bien souvent de petite origine, désargentées ou chassées de chez elles, elles représentaient un autre idéal féminin, fait pour le plaisir d’hommes fortunés. Ce sont elles qui brouillaient les genres, danseuses comme Loïs Fuller qui bouleversa l’art de la danse grâce à ses voiles, chanteuses, comme Coco Chanel quand elle décida de se sortir de la misère,  courtisanes comme au XVIIIe siècle auprès des Grands des cours européennes, femmes entretenues qui savaient s’habiller et babiller d’une façon un peu piquante comme il était de bon ton de savoir le faire quand on était la maîtresse de … Elles étaient la face plaisir du rôle attribué à la femme, tout comme la jeune fille de bonne famille l’était pour devenir la mère des enfants à inscrire dans la dynastie…Avec au milieu et sans qu’elles puissent se rencontrer, l’homme triomphant. C’est l’époque des cocottes.

Les Folies Bergère. Son succès dans la seconde moitié du XIXe siècle ne saurait être un hasard. Ce théâtre connut une réussite sans précédent grâce à un nouveau concept de spectacle venant du monde anglo-saxon, le music-hall. On y trouvait tout ce qui permettait de passer une bonne soirée, manger une nourriture riche et appétissante, avec des boissons alcoolisées, voir un spectacle excitant, avec en particulier des femmes nues, qui dansent et chantent, dans des salles de grandes dimensions pouvant accueillir de nombreux spectateurs, 1600 par exemple aux Folies Bergère, dans un décor propre à renforcer la magie et l’impunité de la nuit et la montée des testostérones. Le métier de ces stars du music-hall, la danse érotique et le strip-tease, un mot venant des Etats-Unis qu’on continue à utiliser.

Jules Chéret, Folies Bergère, Les Girard 

Jules Chéret fut pendant longtemps l’affichiste attitré de ce haut lieu de la nuit parisienne. En 1877 déjà, il avait conçu une lithographie grand format en quadrichromie, ce qui à l’époque était déjà également une innovation technique, qui venait cette fois-ci d’Angleterre pour vanter la venue aux Folies Bergère des « Girard ». Cela faisait déjà 10 ans  qu’il avait créé son imprimerie au retour de son apprentissage à la lithographie à Londres. C’est là-bas aussi qu’il fit la connaissance d’une famille de clowns qui jouèrent une grande influence dans sa vie. Ses héros étaient déjà en place et son style lui permit de connaître une brillante réussite, tout en étant reconnu par ses pairs. 

Le « style Chéret ». On en parle toujours en associant son nom à l’affiche publicitaire qui retient l’œil avec une histoire en images, des héros et de la couleur. Son choix fut de privilégier le rôle de la femme, en dessinant une femme séductrice et séduisante, d’autant plus qu’elle vivait la nuit. Son décolleté est à peine moins profond quand il s’agit de vanter le pétrole de sureté « Saxoléine » indispensable pour remplir les lampes à pétrole avant que l’usage de l’électricité se généralise.

Jules Chéret, Folies Bergère, La Loïs Fuller 

Au cours de sa vie, l’artiste eut tendance à développer cette image stéréotypée de la femme moderne, libérée, toujours bien habillée à la mode de Paris  pour l’inciter à acheter les marques des entreprises qui faisaient de la réclame. Au départ pourtant, l’artiste privilégia un style grinçant qu’on retrouve dans une affiche peu connue, celle des Girard en 1877. La femme du trio des Girard a peu à voir avec celle de Saxoléine en robe noire ; la première est inquiétante, alors que  la seconde s’apprête à   partir au bal, en robe du soir. La réussite de l’artiste fut manifeste dans deux de ses lithographies les plus connues pour les Folies Bergères,  celle de  « La Loïe Fuller »   en 1893 et celle de « La danse du feu » en 1897. Toutes deux dansent pieds nus, avec des voiles, comme les voiles jaunes et oranges du désir sur fond bleu nuit. Quant aux hommes, Chéret les voit  plus comme des satyres grinçants avec leur visage blanc. C’est ce que montre  « Hippodrome, Quatre clowns, Affiche avant la lettre » (1882), en trois couleurs, le rouge, le vert et le noir.

La consécration de l’affichiste. Il reçut en 1889 la médaille d’or à l’Exposition universelle qui se tint à Paris. Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur au titre de « créateur d’une industrie d’art depuis 1866 pour l’application de l’art à l’impression commerciale et industrielle ». On ne connaissait pas encore le mot de publicité. Il a fait plus de 1 000 affiches. En 1896 déjà, Ernest Maindron lui consacra le premier ouvrage intitulé « Les affiches illustrées 1886-1895 »…Jules Chéret consacra sa vie ensuite à la peinture murale, ainsi qu’à la décoration de belles propriétés, comme  la Villa La Sapinière à Evian du baron Joseph Vitta, les salons de l’Hôtel de Ville à Paris… C’est à Nice, sa dernière ville de vie, que lui est dédié un Musée.

Jules Chéret, Folies Bergère, La Danse du Feu 

Pour suivre le chemin

. Ce billet fait suite à ma visite de l’exposition qui s’est tenue au Musée d’Ixelles-Bruxelles du 01.03 au 20.05.2012, en lien avec Les Arts décoratifs de Paris, le Musée Villa Stuk de Münich et le Musée Toulouse-Lautrec à Albi ainsi qu’avec la participation du Musée des Beaux-Arts de Nice et le soutien de l’Ambassade de France en Belgique. La plaquette de présentation a choisi, et là non plus, ce ne peut être un hasard, le seul clown qui regarde les autres. Il figure en noir sur le rouge.  C'est le voyeur. Il est aussi une des représentations de l'homme selon Jules   http://www.museedixelles.irisnet.be/Au

. Voir le site remarquable des Arts décoratifs  http://www.lesartsdecoratifs.fr/?id_article=1913&id_document=1800&page=portfolio

. Le Musée Jules Chéret au Musée des Beaux-Arts de Nice accueille de façon permanente une partie importante de la collection des œuvres de J. Chéret du Baron Vitta,  http://www.lemondedesarts.com/ArticleJulesCheret.htm

. Consulter « 150 ans de Publicité », Musée de la Publicité, Union Centrale des Arts Décoratifs, 2004, un ouvrage très complet sur l’histoire de la publicité. Dans la double page (22 et 23) consacrée à l’artiste, le type de femme selon Jules Chéret est « gaie, Parisienne mutine, cousine de Colombine, légère, entre ciel et terre ».

. Sur l’époque et la situation des femmes, lire « L’Irrégulière ou itinéraire d’une vie, Coco Chanel » d’Edmonde Charles-Roux, qui recale bien les choses et revisite d’une façon lucide cette « Belle Epoque » qui continue à fasciner aujourd’hui.

Jules Chéret, Exposition, Hippodrome 4 Clowns

. Photos, à voir dans l'album "Genres-Variations"

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La Ville vue par l'Espace interstitiel > la Fente en perspective

19 Juillet 2012, 17:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

La ville, vous connaissez puisqu’elle occupe actuellement dans le monde un % de l’espace libre jamais atteint jusqu’alors. L’Homo sapiens du Xe millénaire est désormais sans conteste un urbain qui habite de plus en plus loin de son lieu de travail.

Perspective de nuit, Bruxelles, Nuit Blanche 2007 

L’espace, du fait de la densification de l’urbanisation, est une denrée qui devient de plus en plus rare dans le centre des villes, de plus en plus recherchée et forcément de plus en plus chère. On peut le voir comme un vide au sol, disponible à la construction ou autres usages tels que l’édification de voies diverses et variées qui permettent aux flux humains d’aller d’un point à un autre sur un espace plat, c’est la rue, ou souterrain, c’est le métro ou le tunnel pour les voitures. On peut aussi l'appréhender autrement. 

L’interstice est un espace entre des éléments d’un tout. Rapporté à l’espace urbain, c’est l’endroit situé non pas seulement en bas, sur le trottoir ou la voie mais d'une façon globale, résiduelle, entre des bâtiments, qui ont tendance à manger l'espace du haut de plus en plus haut. Il y a là quelque chose de nouveau qui pourtant a déjà existé dans l’histoire de la ville close, protégée par des remparts au Moyen-Age. Les rues en bas étaient plus larges qu’en haut dans les étages, parfois si proches qu’on pouvait passer d’une maison à une autre. Ce n'est pas le cas maintenant.

Giorgia O'Keeffe, 1926, City Night

La fente est le nom donné à l’effet de perspective qui a tant fasciné ces peintres  américains, qui se sont focalisés sur ce vide en utilisant la perspective entre des immeubles plus hauts que ne peut l’imaginer l’esprit, ou en jouant sur la confrontation entre un gratte-ciel en face à face avec un autre ou plusieurs autres, comme dans un duel de puissance pour supplanter l’autre. Les hommes et les femmes sont absents de la scène montrée, ce sont eux qui regardent.

C’est Giorgia O’Keeffe qui la première en 1926 a cherché à rendre la tension de ces face-à-face multiples dans la solitude de la nuit. Sa peinture très construite en aplats de bleus noir profond, moyen et clair par devant  est éclairée par les facettes de deux tours d’un blanc impossible dans le fond avec un soleil blanc nimbé de bleu ciel tout en bas presque au centre du tableau. Ce blanc vient heurter le noir de chaque côté avec un espace central du même bleu moyen que celui qui sépare les ensembles d’immeubles les uns des autres. Le nom de cette toile « City Night », pour mettre l’accent, non sur l’architecture mais sur l’ambiance de la nuit qui colore l’espace quand on lève la tête au ciel pour saisir l’espace au-dessus de soi, la nuit quand tout est possible. C’est ce qui reste quand tout le reste est éteint.

Giorgia O'Keeffe, Rue New York 

La même année, elle réalise une vision diurne de la rue. Son tableau cette fois-ci s’appelle tout simplement « Rue, New York ». Cette fois-ci, c’est l’étrangeté qu’elle montre avec un groupe d’immeubles en parois verdâtres de juxtaposition horizontale sur la droite. En face des immeubles non accolés, avec des débordements qui jouent une partition plus chaude. Au milieu dans la fente, tout au fond, en dessous d’un bleu très clair veiné de nuages doux, un lampadaire d’allure londonienne retient l’attention par son incongruité. Sans lui, il n’y aurait rien, comme le soleil blanc justifiait toute la précédente toile.

C’est Earle Horter qui signe en 1931 la troisième représentation d’un immeuble à New York. Cette fois-ci le gratte-ciel est placé au centre de la création sur papier. C’est lui qui est le phare qui éclaire le monde. La fente placée à sa gauche en bleu ciel n’a pour but que de rejeter dans l’ombre noire l’autre bâtiment sur la gauche. La composition très travaillée montre l’extraordinaire composition graphique des façades et la  complexité d’une quasi-dentelle en ocre-rose-vert et noir. Cette fente là est alors un simple faire-valoir qui oriente l’équilibre vers la partie droite de l’œuvre, avec la jonction très sophistiquée de la liaison entre les deux bâtiments. La vraie fente est cette fois-ci directement intégrée à l'immeuble qui s'en est emparé, tellement grande est sa force. Le peintre ne s'est pas situé tout en bas sur le sol, ce qui modifie l'effet.

Earle Horter, The Chrysler Building under construction, 1931 

L’œil est à ce point habitué à voir en perspective qu’il recrée inconsciemment des lignes droites là où il ne les voit pas, avec cette habitude contemporaine de finir le haut d’un bâtiment en pointe de flèche pour allonger encore la ligne, apaiser la vision et éloigner la présence des autres bâtiments. C’est l’idée que plus on est haut, plus on est seul au monde, plus on est fort. Alors que Giorgia O’Keeffe montrait le monde vu d’en bas et ça, ça l’interpellait, cette ligne de fuite comme dernier espace de liberté d'un tout petit personnage placé en bas.

Quant à nos architectes contemporains, qu'ils soient en Europe, aux Etats-Unis ou en Chine, ils intègrent maintenant la fente dés le départ dans l'ensemble construit, pas seulement pour limiter l'effet "bloc" mais pour montrer leur pouvoir d'accaparer l'espace, à partir de ce coeur rayonnant allongé. Il n'y a plus de fente par lequel l'esprit peut s'évader pour rejoindre l'immensité du ciel, seulement un rail qui conduit à voir le haut de l'immeuble.  C'est ce que montre par exemple cet immeuble de bureau illuminé en bleu lors d'une Nuit blanche à Bruxelles par lequel commence ce billet.    

Pour suivre le chemin.

La première toile de Georgia O’Keeffe a été sélectionnée pour une affiche montée sur bois, que j’ai achetée à Emmaüs, il y a quelques années. Il s’agissait  d’annoncer une exposition de “William Carlos Williams and the American Scene 1920-1940, Whitney Miseum of American Art –december 12, 1978-february 4, 1979, supported by a grant from the National Endowment for the Humanities”.

. La seconde création  de Giorgia O’Keeffe date également de 1926. A dire vrai, les toiles n’étant datées que par l’année, je ne sais quelle est la première à avoir été faite. Par contre, je sais bien laquelle j’ai découverte en premier  à Emmaüs. C’est « City Night ». "Rue, New York" figure dans les "1001 Tableaux qu’il faut avoir vus dans sa vie », une sélection de Flammarion, avec une préface de Pierre Assouline, sur un concept très américain.  Outre « Rue, New York », la peintre a été sélectionnée deux autres fois avec un nu très réussi d’une femme assise au bord d’une piscine (1917, Nude Series, VII, aquarelle) et d’une huile de 1936-1937 représentant trois fleurs blanches « Recuero-El Corazon. »

. La troisième œuvre a été choisie pour figurer sur la couverture de la « trilogie new-yorkaise » de Paul Auster dans la collection de poche Babel. Pour voir la (vraie) tonalité des couleurs choisies  par l’artiste, il faut vous référer au fonds du Whitney Museum qui le présente sur son site. http://whitney.org/Collection/EarleHorter  

. Pour commencer le billet, une photo de la Nuit Blanche à Bruxelles pour le jeu de perspective en bleu, photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album "Art2".

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La petite maison de vigne sur la colline en Vallée du Layon

17 Juillet 2012, 17:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pour réussir la recette, il vous faut plusieurs ingrédients absolument indispensables et difficilement remplaçables ou substituables. D’abord être dans la vallée du Layon, sur la bonne rive, ce qui vous fait deux conditions pour trouver le coteau et voir la vigne de prés. Partir  ensuite d’en bas à pied pour rejoindre le haut de la colline et en chemin découvrir la petite maison, c’est l’exploit du jour montré dans une série de quatre clichés prise au fil de l’avancée.

Petite maison de vigne, 1 Vallée du Layon 

Le Layon d’abord au bas du coteau. C’est un petit affluent de la Loire qui rejoint le grand fleuve royal à Chalonnes-sur-Loire sur sa rive gauche dans le département de Maine et Loire. Il ne compte que 90kms de long et son débit est si lent l’été qu’il s’arrête presque de couler (0,329m3 par seconde). On parle alors de basses-eaux et on a raison. Sa fortune date du XVIIe siècle quand des hardis Hollandais s’entichèrent de vins doux. Ils en trouvèrent sur le coteau exposé plein sud, entre Loire et Layon sur le bien heureux coteau exposé plein sud. Le commerce fit la renommée du vignoble planté en cépage chenin, au point que la petite rivière fut canalisée afin de faciliter le transport par voie fluviale, vers les Ponts-de-Cé, au sud d’Angers, là où étaient regroupées les marchandises achetées par les négociants hollandais.

La Révolution française mit fin à ce juteux commerce qui permit aussi aux  propriétaires terriens et aux vignerons sur place de bénéficier d’une prospérité peu habituelle dans les campagnes dénuées de vignoble. Actuellement le vignoble compte 1200  hectares, ce qui est beaucoup sachant que le vignoble se situe dans la partie aval proche de la confluence avec la Loire. Il continue à être bien connu au nord de la France. Il est vrai que la réglementation française des appellations a permis de valoriser :

. les 6 déclinaisons « villages » de l’appellation « Coteau du Layon », qui ont toutes des noms de rattachement différents au Layon comme Beaulieu-sur-Layon et Rablay-sur-Layon, à la Loire (Rochefort-sur-Loire) ou autre  pour Faye-d'Anjou, Saint-Aubin-de-Luigné et Saint-Lambert-du-Lattay et la créations de 3 appellations distinctives,

.  les 3 appellations les plus cotées que sont   Bonnezeaux, Coteaux-du-Layon-Chaume et  Quarts-de-Chaume,

. et l’apposition de la mention « Sélection de grains nobles » dès lors  le titrage en sucre dépasse 294 grammes par litre de moût.

Petite maison de vigne, 2 Vallée du Layon

Le côteau sur le Layon. Il offre des paysages de vigne ouverts sur les prairies de l’autre côté de la rivière. Au côteau, la pierre et la pente, à la rivière l’eau si tranquille, à la prairie le bocage avec parfois quelques vaches tranquilles.  Sous les pieds des vignes plantées soit en terrasses dans les endroits les plus pentus, soit en grandes parcelles sans séparation, chaque vigneron repérant ses plants.  On est alors en haut du coteau sur le plateau.

La petite maison de vigne. Elle se découvre venant du bas près du Layon, après avoir emprunté le sentier qui monte vers le plateau. C’est l’hiver. Il fait beau. Le vent froid a chassé les nuages qui trainaient dans le ciel. Seuls restent quelques nuages distincts comme accrochés à  un voile laiteux. Le chemin sépare de grandes parcelles enherbées bien distinctes, l’une à droite plantée parallèlement au chemin, l’autre transversalement à la ligne de crête. En haut se devine un ensemble constitué par une petite maison à une porte centrale adossée à un groupe d’arbres. C’est ce que montre la première photo.

La vue se précise en approchant. On dirait que la petite maison constitue le bastion avancé. Derrière elle, en partie droite, quelques petits arbres poussent, près d’elle comme pour la protéger et veiller sur elle, quelques grands arbres groupés, comme on le voit sur la seconde photo.

Petite maison de vigne, 3 Vallée du Layon 

Le troisième cliché montre la petite maison cette fois-ci vue de prés. Elle n’a plus son toit en ardoise, mais au moins est-elle protégée de la pluie. Elle n’a qu’une seule porte. C’est la seule ouverture dont elle dispose. Signe distinctif, elle a été construite sur un terrain en pente, ce qui fait qu’il lui faut une petite avancée en hauteur en pierre et terre pour pouvoir pénétrer à l’intérieur. Le chemin que nous avons emprunté passe juste à côté. De près, son absence de prétention à être autre chose que ce qu’elle est lui fait perdre son côté magique qui vue de loin nous avait attiré. 

Surtout derrière elle et le beau chêne situé au bord d’une grande parcelle, à la croisée de plusieurs chemins, on découvre dans le fond une belle maison de maître XVIIIe  entourée de plusieurs bâtiments. La seule explication est que le coteau n’appartenait pas au propriétaire de la grande maison. Si près d'elle, l'existence de la petite maison de vigne ne se justifiait pas pour y entreposer les outils ou s'y reposer en attendant de reprendre le travail.

Petite maison de vigne, 4 Vallée du Layon 

Il manque la photo de la petite maison vue de la grande. Sa présence doit être inversement proportionnelle à ses dimensions réelles. D'en haut on ne doit voir qu'elle, vue de l'arrière avec son toit de tôle. D’en bas, elle apparaît comme un phare! Elle est elle tout simplement.

Pour suivre le chemin

. La rivière Layon http://fr.wikipedia.org/wiki/Layon_(rivi%C3%A8re)

. Les vins du Layon http://fr.wikipedia.org/wiki/Coteaux-du-layon

. Lire aussi sur ce blog la belle histoire de ce couple belge devenu un des Grands Vignerons du Layon   Oosterlinck > Vins de Juchepie > Ballade pédagogique et goûteuse d'été  

. LIre aussi

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Style de Vie + Style de Pub = Ode à la Boîte de Conserve

15 Juillet 2012, 18:14pm

Publié par Elisabeth Poulain

Avec la boîte de conserve, on redécouvre qu’il peut y avoir de la publicité pour le contenu de la boîte, pour la marque ou, depuis quelles années, pour le mode de conservation. Mais avant d’être de la publicité, la boîte de conserve a signé un progrès technique réel qui a enrichi les façons de se nourrir et qui a facilité la vie des femmes, comme les potages déshydratés.  Ce sont indubitablement les sardines qui ont ouvert une voie royale à la boîte de conserve, permis aux industriels de l’Ouest de la France de faire fortune et aux femmes de gagner leur vie en devenant des ouvrières de la sardine  et gonflé les  exportations françaises dans le monde. Des sardines faisant jeu égal ou presque avec le vin de Champagne, qui aurait imaginé cela ?

C’est que dès le départ, les bonnes fées s’étaient penchées sur le berceau de l’invention de Nicolas Appert, ce chimiste français qui mourut en 1848 seul et démuni. C’est lui qui inventa « l’appertisation », le procédé de conservation des aliments qui ne dénature pas leur goût grâce à  la stérilisation de la nourriture par la chaleur dans un récipient fermé, la fameuse boîte qui permet la conservation du contenu. Avant, on savait déjà prolonger la durée de vie des aliments grâce au sel dans les industries de la salaison ou par froid grâce aux glacières creusées dans le sol au XVIIIe siècle. On ne savait pas faire  ni en l’absence de sel, ni en période chaude, ni en transportant les aliments. Citons parmi les produits phare de la conserve, outre les sardines grillées à l’huile, deux autres piliers de la gastronomie française, le foie gras d’oie et le pâté de campagne de porc breton.

Sardina pilchardus Gervais-Boulart-1877-Wikipedia 

Les sardines conservées à l’huile. Au début du XXe siècle, elles étaient un produit de luxe, d’un coût élevé qui permettait d’intégrer le prix du transport par voie maritime de longue distance à destination des ports lointains, en particulier là où vivaient des expatriés européens friands de produits haut de gamme à forte image qualitative et nutritive. Comme pour les bouteilles de champagne, que les boîtes accompagnaient pendant le voyage sur mer, le vieillissement des petits poissons à l’huile d’olive dans une boîte hermétique permettait d’en faire un produit raffiné pour des personnes de qualité.

Boîte de conserve, Sardines à l'Huile, Saupiquet, Nantes 

Actuellement la sardine en boîte telle qu’on en trouvait en 1960 par exemple continue à être présente dans les linéaires des grandes surfaces et des superettes de centre-ville. Elles font encore partie des aliments de base des Français d’un certain âge. On ne peut plus dire pour autant qu’elles constituent un mets de choix. Leur usage s’est  banalisé. La sardine a cessé depuis longtemps déjà d’être pêchée au large de Douarnenez en Bretagne sud. Elle continue à l’être au large du Maroc et du nord de l’Afrique occidentale, malgré la préoccupante diminution des réserves halieutiques de la  sardine. Les autorités marocaines viennent d’ailleurs de décider d’une hausse sensible de prix pour préserver la ressource. Il est à prévoir que ce petit poisson redeviendra très recherché quand l’approvisionnement des industriels se fera rare ! Pour l’instant en France, les professionnels de l’amont qui continuent à y fabriquer,  remplissent les boîtes et gardent une filière de vente directe sur le marché intérieur, multiplient les recettes et  renforcent le lien avec l’acheteur-consommateur grâce au packaging et à la vente directe.

Boîte de conserve, Sardines à l'Huile, la Douarneniste, devant 

En matière de packaging, la boite de sardine a toujours su s’apprêter pour se faire belle, tout en montrant leur praticité d’ouverture. Une petite clé était ainsi insérée dans la boîte pour en faciliter l’ouverture. C’est ce qu’on voit en particulier sur des boîtes anciennes. Nantes à partir de 1850 devient le centre florissant de la sardine industrielle en boîte. La première conserverie fut implantée par Pierre-Joseph Colin en 1824. On connait mieux les marques Amieux & Carraud (1851), Cassegrain à partir de 1856, Saupiquet en 1877 qui est la seule marque survivante. Elle fait maintenant partie du Bolton Group.

Les deux exemples présentés montrent deux visions de la sardine. La Douarneniste porte un joli dessin ancien d’une femme de Douarnenez en Bretagne Sud vue de profil avec sa coiffe. Elle tient une boîte jaune de à l’huile de la marque. Ce sont des sardines garanties frites à l’huile d’arachide pour 75% du contenu, le reste est composé d’huile et de sel. Sur le côté, il est indiqué L. Peltier, Doélan (France) et le lieu de fabrication est la France (3, premier chiffre du gencod.)

Boîte de conserve, Sardines à l'Huile, Les Dieux, Saint-Gilles-Croix de Vie 

La seconde boîte tout à fait récente reprend un dessin ancien d’un repas des Dieux sur la boîte qui fait ressortir la fabrication 100% française, le lieu de production à Saint-Gilles Croix de Vie en Vendée sur le littoral atlantique, bien au sud de la Bretagne et l’authenticité de la recette en 1903. Sur les côtés, il est indiqué que la fabrication est 100% française, les ingrédients (sardines, huile végétale, sel) avec un poids net de 115g et de 80,5g pour les 4 poissons. L’avantage est donc à la première boîte qui comporte 75% de poissons contre 70% pour la seconde qui a plus d’huile.

Le foie gras d’oie. L’essor de cette production qui a gardé bien souvent son caractère semi-artisanal où tout vient de France et est fabriqué en France, est directement lié à celui de l’usage de la boîte de conserve. Grâce à la petite boîte ronde ou ovoïde, le foie pouvait supporter le passage des saisons, à condition toutefois de le garder à température fraîche et constante. C’était, c’est surtout à l’étranger, un met raffiné, considéré comme typique de la cuisine française. Pourtant ce lien avec la France vient des Romains qui eux-mêmes le tenait des  Egyptiens. Ce sont eux qui ont découvert que l’on pouvait gaver les oies avec des figues à des fins gustatives.

Les pays du pourtour méditerranéen poursuivirent la pratique au point que Rome en fit un plat très recherché sous l’appellation du « foie aux figues. » La mode se répandit ensuite dans les provinces occupées par les Romains qui non seulement plantèrent la vigne mais aussi créèrent les premières exploitations d’oies et de canards sur place, en Languedoc, mais aussi en Alsace. Le foie gras était servi à la table des rois et des Grands du Royaume sous l’Ancien Régime. Au XIXe siècle, de nombreux industriels, dont le nom est encore connu, commencèrent à exporter leurs foies gras dans le monde entier.

Boîte de conserve, Foie gras, Appertise 

Depuis le XIXe siècle, le foie gras fait partie intégrante du patrimoine culinaire et culturel de la France. Et ce ne sont pas les quelques avanies que le foie gras connaît périodiquement dans certains Etats des Etats-Unis, comme la Californie en ce moment, qui y changeront grand-chose. Au contraire, comme le fromage de Roquefort victime également de cette discrimination anti-française, la notoriété de ce produit alimentaire en sort renforcée et chasse  la tendance quasi-naturelle à la banalisation.  Celle-ci a déjà pourtant commencé. Pour renforcer les ventes, on trouve dorénavant du foie gras toute l’année, à des prix défiant toute concurrence. La France, premier producteur de foie gras et aussi le premier importateur de foie gras premier prix essentiellement en provenance d’Europe centrale. 

En matière de packaging, le conditionnement de ce mets qui commence bien un repas et lui donne tout de suite un air de fête a bien changé au fil du temps. Il est maintenant surtout vendu en terrine de verre, en emballage aluminium, sous plastique ou surgelé. La boîte de conserve métallique a perdu l’exclusivité du conditionnement que la sardine a pu garder. C’est néanmoins cette la boîte de conserve que l’Union interprofessionnelle pour la promotion des Industries de la conserve appertisée a choisi pour vanter ce conditionnement pour le foie gras. L’argument est fondé sur le fait que « la conserve conserve toujours l’essentiel », à savoir des acides gras mono-insaturés et des vitamines dans le foie gras en conserve, mais aussi pour 50g des protéines (4gr), des lipides (23g), de la vitamine B9 (238microg) et de la vitamine C (16mg). Le visuel présente une boîte trapézoïdale de métal doré sur fond or. La présentation très succincte de cet argumentaire qui accompagne le visuel  réduit à l’essentiel ne semble constituer pas une incitation à acheter plus de foie gras. 

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Par contre, la plaque publicitaire pour les foies gras truffés de la marque Marie avec le thermomètre est beaucoup plus intrigante. On y voit deux oies regarder avec appétit une boîte de foie !  Pour ma part, j’aurais préféré descendre la boîte près de la marque en bas et garder les oies seules en haut. Manger son propre corps, c’est quand même un peu spécial. 

Le pâté de campagne breton. C’est lui qui a donné naissance à la puissante industrie des produits alimentaires du porc breton. C’est sur ses robustes épaules de porc breton que repose l’industrie de la conserve de Bretagne. Une province connue pour sa production porcine, ses légumes, ses sardines  … ses marins partant au long cours et ses femmes dures à l’ouvrage comme leurs hommes partis en mer. Pour ces derniers, il fallait emporter de la nourriture à la fois nourrissante grâce aux protéines et à la graisse et qui puisse se conserver le temps de la saison de pêche. La boîte de conserve a permis ce challenge technologique. Encore aujourd’hui, les militaires utilisent ces conserves en opération. Il existe pour ceux qui ne mangent pas de porc des menus alternatifs. Il y a toujours des boîtes de conserve de pâté breton, faits en Bretagne, avec des porcs bretons dans les rations militaires du Centre de Conditionnement des Ponts de Cé (Maine et Loire).

Comme les sardines, le pâté de campagne breton fait partie de l’identité gastronomique de base des Français. Il est à ce point intégré à nos habitudes quotidienne qu’il court le risque d’en perdre son identité, d’être concurrencé par des pâtés moins qualitatifs  et de devenir si banal qu’on n’aurait presque plus envie d’en manger. Pour lui garder ses qualités et le valoriser, les producteurs bretons des cinq départements « historiques » de la Bretagne (Loire-Atlantique inclus) viennent de définir les conditions d’obtention d’une IGP et de déposer une demande d’inscription auprès des autorités bruxelloises.

Pub conserve, pate 

La représentation publicitaire du pâté de porc breton   a également fait l’objet d’une publicité de l’Appertise, identique dans sa présentation à celle du foie gras. Cette fois-ci, le fond est de couleur verte, la boîte est ovale et basse. Cette fois-ci l’argumentaire repose sur l’existence de vitamine A ainsi que de B9 et B2 dans une assiette de 50gr de pâté de campagne. Les chiffres sont les suivants : protéines (6g), glucides (2,5g), lipides (16g), vitamine A (757microg), vitamine B9 (55microg), vitamine B2 0,4mg et fer 2,9mg.  La même remarque peut être faite que pour le précédent visuel. Ces publicités qui datent d’avant 2000 sont parues dans Marie-Claire. Elles auraient eu leur place dans un journal à l’intention des professionnels de l’emballage.

Deux publicités l’une ancienne et l’autre très récente, montrent que l’on peut faire autrement avec du  pâté de campagne. Pour la plus ancienne, il s’agit d’une grande affiche publicitaire (2m x1,3m) de marque Cassegrain où l’on voit des boîtes de conserve être envoyées d’un navire pour ravitailler les soldats russes assiégés par les forces japonaises. Ca se passait en 1904-1905. Le second exemple très récent est un pâté de marque Hénaff. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une plaque ou d’une affiche mais de la boîte elle-même ou plutôt d’une série de quatre boîtes de filets et jambon qu’il est recommandé de manger avec des haricots verts pour la petite fille, des toasts à l’apéro pour la maman,  le meilleur des sandwichs pour le Papa et des frites pour le petit garçon. Une autre version en somme de Papa, Maman, la Bonne et moi. Ici c’est Maman, Papa, Moi et mon petit frère ! 

Boîte de conserve, Henaff, pâtés 2012 

Pour suivre le chemin

. Voir l’article très complet de Wikipedia sur la conservation de la viande :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Conservation_de_la_viande

. Voir le site de http://www.saupiquet.com/saupiquet-et-la-mer/et http://www.boltongroup.net/ 

. Lire l’article sur « La boîte de conserve » de « Nantes Passion, le magazine de l’information municipale » de septembre 2010

. Lire sur ce blog les billets consacrés aux RCIR (Rations de Combat Individuelles Réchauffables) ainsi qu’au Centre de Conditionnement des RCIR aux Ponts de Cé (49). Celles-ci incluent tant les sardines que le pâté de porc breton, mais pas le foie gras !

 http://www.elisabethpoulain.com/article-manger-dans-l-armee-francaise-les-rcir-ou-rations-de-combat-57109112.html

http://www.elisabethpoulain.com/article-manger-dans-l-armee-francaise2-le-centre-de-conditionnement-des-rcir-63549581.html

. Lire l’étude intéressante de « la sardine à l’huile et son adoption par les militaires français » de Claire Fredj et Jean-Christophe Fichou  sur http://rha.revues.org/index6934.html

. Pour le foie gras, voir http://www.lefoiegras.fr/producteurs-masterpage/decouvrir

Boîte de conserve, Cassegrain, 1905 

. Sur la démarche d’inscription du pâté de campagne à l’IGP (Indication géographique protégée), se reporter à  http://www.socopag.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=1543:le-pate-de-campagne-breton-mis-en-publication-a-bruxelles&catid=17:origines-et-qualites&Itemid=38       et   http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:C:2012:091:0004:0008:FR:PDF

Consulter le site de Hénaff http://www.henaff.com/fr/l-essentiel/

Et celui de Cassegrain http://www.cassegrain.fr/

. Photos EP, avec mes remerciements pour les objets d’art publicitaire anciens à Philippe Kaczorowski, Salorges Enchères, Nantes, 02 40 69 93 92, sarlkac@wanadoo.fr

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Le voile de velours de Vaux-le-Vicomte > Ode à la douceur de l'orange

8 Juillet 2012, 14:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

Croyez-moi. J’ai beaucoup cherché pour trouver un titre à ce billet. Je suis partie de Vaux-le-Vicomte, le nom de la petite ville de Seine et Marne qui compte deux mots commençant par V, avec un « le » pour faire le lien. Il n’y en a pas tant que cela, des noms pareils. C’est d’autant plus vrai qu’au cours de sa vie mouvementée, Vaux a compté je ne sais combien d’appellations complémentaires, selon ses différents propriétaires. On a ainsi connu dans l’histoire un Vaux-Le Villars, un Vaux-Praslin….Mais ça, c’était après la grande, très grande et très brève histoire de ce château fabuleux.  Mais rien qui ne vaille le vrai Vaux le Vicomte, le pluriel de val qui est un vicomte. C’est franchement compliqué. Imaginez-vous en train d’apprendre le français ; c’est dur à comprendre, surtout quand on vous dit que la langue de Molière est à la fois précise et logique.

Vaux-le-Vicomte-Vue-sur-le-Jardin01 

L’endroit s’appelait déjà Vaux le Vicomte quand Nicolas Fouquet, qui n’était pas encore le surintendant des Finances du roi Louis XIV, a acheté en 1641 le vieux château qui y était construit pour le détruire peu après. Le nouveau château qu’il fit construire en huit ans seulement à partir de 1653  au même endroit  allait causer sa perte l’année même de son ouverture (1661). Pour en faire l’endroit le plus beau de la terre, Il avait fait appel à Le Vau comme architecte, Le Brun comme décorateur et Le Nôtre comme  concepteur du jardin, comme dans le Vicomte, sauf que là, le prend la majuscule du nom de famille. Il n’y a que Vatel, son grand agenceur des plaisirs de la bouche et des fêtes, à qui il manque un « Le » pour faire partie du trio de rêve LeVau-LeBrun-LeNotre. Par contre, plus tard, François Vatel fut attaché aux services du Prince de Condé et on l'appela "le Grand Vatel".  

Le château de Nicolas Fouquet. Il a enfin trouvé la stabilité inhérente à l’image d’un château créé pour marquer la réussite d’un homme et défier les vicissitudes du temps qui passe, comme Versailles créé par et pour Louis XIV et qui continue à être un monument unique de l’art de célébrer la réussite d’un homme, d’une famille, d’une culture, d’un âge d’or, d’un royaume… En fait c’est le château de Vaux le Vicomte de Nicolas Fouquet qui, en grande partie, a inspiré Louis XIV et Versailles. C’est aussi lui qui a causé la perte de son fondateur qui avait osé réussir avant le jeune roi de 23 ans à l’époque un tel prodige architectural. Susciter la jalousie d’un roi est toujours déconseillé, à toutes les époques. La fête du 17 aout 1661 faut à la fois le summum de la gloire de Nicolas Fouquet et le début de sa descente aux enfers. L’équilibre se rompît ce soir- là. Après le feu d’artifices, le roi Louis XIV refusa de dormir à Vaux. C’en était fini de la grande histoire de Vaux le Vicomte et de l'ascension du comte de Fouquet.   

Fouquet-1615-1680-GravureR-Nanteuil                                     

Il fallut attendre la seconde moitié du XIXe siècle, en 1875,  pour qu’un riche industriel du raffinage  de la betterave sucrière, Alfred Sommier, prenne enfin le domaine de 1 000 hectares en charge avant que le château ne tourne en ruines.  Il y avait outre le château et son parc, les dépendances ainsi que trois fermes dont les productions alimentaient les habitants du château.  

Il y avait aussi des orangers protégés du froid l’hiver, comme à Versailles plus tard, qui donnaient des vraies oranges, ces fruits d’or que regretta Nicolas Fouquet qui termina sa vie en prison.  Il y termina sa vie en 1680 dans des conditions obscures  après 19 ans d’incarcération au château-fort - alors français - de Pignerol (près de Turin en Italie), avec ces mots repris dans ses écrits adressés à sa femme : « Je songe parfois à écrire mes mémoires. Au fond à quoi bon. L’histoire d’une vanité et d’un naufrage, ça ne vaut pas l’encre pour l’écrire. J’adorais le raffinement de mon château, les gracieuses arabesques de mes parterres (…). Je ne reverrai jamais mes orangers. » Vous remarquez dans ce court extrait, que le prisonnier regrettait ses jardins et pas l’intérieur pourtant si raffiné, si luxueux…

Vaux-le-Vicomte Chateau-Jardins-2005-Thomas-Henz-Sadeness-W 

L’intérieur du château. L’histoire a retenu de nombreuses informations sur l’agencement, la décoration et l’ameublement du château lui-même. On en sait également beaucoup par les prélèvements effectués par Louis XIV qui, dès l’arrestation de son ministre des finances, s’est servi en premier et a choisi ce qui lui plaisait. Parmi les  trésors volés, osons le mot, il y eut les fameux orangers en caisse et des arbrisseaux par milliers à destination de Versailles et des Tuileries. Il y eut aussi des cessions obligées pour permettre à la famille un entretien minimal, après que fut réalisé une vente aux enchères pour payer les créanciers du Surintendant. Le Brun ne put emporter « les objets d'art de son appartement » avant de partir précipitamment.  Le Nôtre sut garder avec lui les plans du jardin et Nicolas Vatel inquiet pour sa sécurité s’enfuit en Angleterre. Notons que tous, à l’exception de celui qu’on appela « Le Grand Vatel », mirent ensuite leurs compétences au service du « Grand Roi » à Versailles, pour en faire « le plus bel endroit du monde ».  

Vaux, vidé  de ses richesses, fut ensuite échangé en contrepartie d’une somme de 1, 25 million de livres  à verser en 10 ans par l’épouse du Surintendant qui dut prendre en outre l’engagement de ne jamais revenir au château. Par contre leur fils aîné, Louis-Nicolas, officier, comte de Vaux le Vicomte comme son père, put y retourner vivre. Une habile façon de continuer à punir l’homme à travers sa femme, sans toucher au lignage et au droit du sol, ce qui aurait à coup sûr irrité les grands de la noblesse. 

Vaux le Vicomte, Chateau, Rideau de velours orange 

La douceur de l’orange. J’ignore s’il existe de nouveau des orangers à Vaux le Vicomte. Je l’imagine mais je n’en suis pas sûre. Par contre, j’ai retrouvé l’orange. C’est la couleur d’un somptueux rideau de velours d’une intensité d’orange remarquable, éclairé par les fenêtres hautes du château, qui donnent sur le parc. Le rideau est fixé sur le mur. Il encadre une porte. Il est retenu par un cordon qui se termine par un gland de couleur orangée plus claire, avec un drapé qui est en soi une œuvre d’art. Le jour de la visite, il faisait gris et venteux. Il y avait une harmonie parfaite entre la lumière froide attendrie par la couleur pastel du mur, la douceur et la lourdeur du drapé et la tonalité de l’orange.

Une si parfaite réussite, que cet orange-là, est pour moi, le symbole de Vaux-le-Vicomte. Un moment de grâce très fragile comme l’orange est la couleur de l’équilibre qui, chacun le sait, ne saurait durer que le temps d’un soupir ou d’une soirée comme celle du 17 août 1661 à Vaux-le-Vicomte. 10 ans plus tard, cette fois-ci au château de Chantilly peu éloigné de celui de Vaux-le-Vicomte, Le Grand Vatel se vit confier par le Prince de Condé le soin d’organiser une fête grandiose de trois jours et de trois nuits pour célébrer cette fois-ci la puissance du roi et non directement la sienne, au moins en apparence. C’était en 1671. La fête fut une réussite sans pareille. Le roi fut satisfait. Mais cette fois-ci, ce fut François Vatel qui n’y survécut pas. Il se suicida de trois coups d’épée parce qu’il ne put recevoir à temps la marée (le poisson) commandé. Encore un équilibre rompu…mais ce n'était plus à Vaux le Vicomte. Une autre histoire...  

Orange-Histoire et culture des orangers A Risso et A Poit    

Pour suivre le chemin et avant d’aller à Vaux le Vicomte

. Voir   http://www.vaux-le-vicomte.com/chateau_chronologie_texte.php 

. Lire aussi et surtout le remarquable dossier pédagogique de 84 pages mis en ligne sur le site du château  http://www.vaux-le-vicomte.com/documents/Dossierpedagogique2011.pdf

. A compléter avec l’article de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Vaux-le-Vicomt

. Lire le très bon billet que Serge Jodra consacre à Fouquet sur http://www.cosmovisions.com/Fouquet.htm avec cette citation de Sainte-Beuve sur Nicolas Fouquet: « il aime les lettres, les arts, les poètes, les femmes, les fleurs, les tableaux, les tapisseries, les livres, les antiques, tous les luxes et toutes les élégances : un de ses juges l'appelait omnium curiositatum explorator. C'est un délicat et un clairvoyant, qui choisit tout d'abord Molière et La Fontaine, Le Nôtre et Poussin, Puget, Lebrun et La Quintinie, avec Menneville et du Fouilloux ... »

. Retrouver  Vatel, le grand cuisinier de Vaux le Vicomte et de Chantilly, sur

http://www.lovapourrier.com/publications/7-gastronomie/184-la-creme-chantilly-vatel-fouquet-et-vaux-le-vicomte

. Voir la couleur orange sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Orange_(couleur)

 

 

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Style de Pub > La Femme, Le Verre et Le Vin

3 Juillet 2012, 15:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un dirait presque le début d’un conte à la manière de la Fontaine. Ce n’est qu’un rapprochement de trois visuels publicitaires montrant comment des concepteurs et les commanditaires de ces publicités, qui datent du début des années 2000, voient les femmes. On pourrait croire que le vin est le thème essentiel. C’est vrai qu’il s’agit de vendre plus de vin de Bourgogne ou de Cahors en l’espèce. Mais le vrai sujet et acteur, c’est la femme. Attention pas « la ménagère de 50 ans », une dénomination tellement abominable que je m’étonne que des journalistes continuent à l’utiliser encore actuellement en particulier à la radio. Non une vraie femme jeune, belle et séductrice à la fois, à la manière d’Eve.

Bourgogne, Chablis, Epaule de Femme, Révélation n° 14, 2003 

Le Chablis et la révélation n°8.C’est Laurence, la jeune, belle et séduisante œnologue qui nous le susurre à l’oreille, comme il est écrit en haut sur l’étiquette : « le Chablis possède de subtiles notes minérales à la fraîcheur vivifiante qui rappelle que, jadis, l’océan recouvrait ses terres.» Vient ensuite sur l’étiquette le commentaire suivant : « Un sol riche en minéraux et fossiles donne aux vins de Chablis cette couleur pure et limpide comme le cristal, mais c’est aussi de leurs arômes floraux et fruités que jaillit leur grande personnalité. Cette richesse fait de chaque vin de Bourgogne une véritable révélation».

Et pour mieux nous convaincre, le haut de l’affiche est dédié à Laurence dont nous ne voyons que la lèvre inférieure, la main sur le menton et l’épaule en transparence qui donne sa rondeur carnée au vin blanc. Gag pour montrer le jeu entre le dedans du verre  -le vin blanc - et le dehors – la jeune femme - un petit poisson de son bracelet vient de jaillir du précieux nectar pour regagner le poignet de Laurence.

Vin de Bourgogne, Révélation n° 8, Corps et Robe de Femme, 2003 

Le Bourgogne et la révélation n°14. Cette fois-ci, il s’agit d’accentuer la mise en scène pour un Bourgogne rouge. Le texte détaille la fameuse révélation : « Des nuances pourpres teintées d’éclats rubis donnent toujours des robes aux reflets chatoyants ». « En Bourgogne, plus de 100 appellations d’origine aux couleurs lumineuses, aux arômes intenses et aux saveurs incomparables expriment toute la richesse de terroirs millénaires. Cette richesse fait de chaque vin de Bourgogne une véritable révélation ».

La référence à la robe du vin n’est évidemment pas un hasard. Cette fois-ci ce n’est plus l’épaule dénudée que l’on aperçoit. C’est le corps de la femme vêtue d’une robe rouge couleur du bourgogne qui se forme au fur et à mesure que le vin est versé dans le verre. Ses bras nus et sa jambe droite dénudée presque jusqu’en haut de la cuisse accentuent la sensation de boire du vin de couleur rouge-corps de femme, le liquide coulant dans le verre, le corps dépassant du verre, pour la tête, le bras gauche et le genou droit.

Vin de Cahors, La femme à la langue 

Le Cahors. Des trésors de saveurs.  Cette fois-ci, le fond n’est pas bleuté comme dans les visuels précédents. Il est gris métallique uniforme, avec un halo blanc autour du verre au pied très curieux, qui suggère une double treille de vigne qui formerait un cœur. Le vin est quasiment noir. Une lumière éclaire légèrement de l’arrière le fond du verre pour donner la chaleur de la vie. En dessous, figure la double mention « Cahors, des trésors de saveurs ». Ah bon, des mots qui n’ont que peu de poids, sauf qu’il existe encore un élément d’importance dans ce visuel minimaliste. 

C’est le visage de la femme en haut à droite, ou plutôt sa langue qui, tel un serpent, lèche une grosse goutte de vin que l’on voit de profil. Sa peau est uniformément rose pâle de façon à faire ressortir sur le gris le rouge fort de ses lèvres et surtout de  sa langue pointue qui vient cueillir la goutte d’un rouge un peu plus fort. Ses yeux sont fermés dans l’attente du plaisir. Elle est déjà dans la jouissance promise.

Rapide bilan. Seul le visuel n° 2 « A la robe » a fait l’objet d’une plainte pour non-respect de la Loi Evin. Le tribunal en 2004 a interdit la poursuite de la campagne. Ni le visuel n° 1 « A l’épaule», ni surtout celui « A la langue » n’ont, à ma connaissance, provoqué de remous, alors qu’en ce qui concerne le dernier, il me paraît plus transgressif que celui « A la robe ». Les vins de Bourgogne  ont choisi pour leur campagne 2011 un verre à très haut pied qui se remplit  dans un joli mouvement. C’est très réussi et clairement aussi, c’est beaucoup moins fort que ceux que je viens de citer. Il manque quelqu’un pour goûter ce vin. Une femme ou un homme normal-e, ni une belle Nana (femme, pour le traducteur automatique) ou homme à grand nom du vin pour une fois, quelque soit son physique et son âge... Pourquoi pas ?

Ce serait chouette! Quant à Madonna (eh oui, elle-même), elle n’hésite pas à demander à son père – producteur de vin – d’habiller les bouteilles de vin qu’il vend avec des étiquettes très chaudes d’elle-même. Il faut ajouter aussi qu’elle n’hésite pas à chanter la gloire des vins de Bourgogne avec la rime suivante :

« We can drink some wine, Burgundy is fine, Let’s drink the bottle every drop ! ».  Remarquez qu’entre le Ier vers et le 3è, la magie du vin et le rythme de la ritournelle s’accélèrent :

Nous pouvons boire un peu de vin, Le Bourgogne est bon, Allons buvons chaque goutte de la bouteille. Yes ! 

Pour suivre le chemin

. Retrouver la publicité des vins de Bourgogne de 2011 intitulée « Petites parcelles, Grande renommée » pour les Blancs et « Petites parcelles, Grand savoir-faire » pour les Rouges, sur    http://www.vins-bourgogne.fr/gallery_files/site/321/21156.pdf. Le verre est toujours là, avec un très joli mouvement du vin quand il est versé dans le verre, l’aplat du pied qui porte le paysage et la hauteur et la finesse du pied.

. Voir l’article de Viti-Net sur la condamnation de l’Interprofession de Bourgogne pour le visuel n°2, comme contraire à la loi Evin,  au début de 2004 sur   http://www.viti-net.com/actualite/france/article/l-interprofession-des-vins-de-bourgogne-condamnee-pour-publicite-illicite-la-legislation-est-elle-a-revoir-11-204.html

. Voir l’article sur Madonna et les vins de Bourgogne, avec deux exemples d’habillage des bouteilles de son père, producteur de vin   http://www.intothewine.fr/magazine/breves-et-agenda/madonna-fait-de-la-pub-pour-les-vins-de-bourgogne

. Photos EP, à retrouver dans l'album-photos "Genre-Variations"

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Le Grand Large à Dunkerque sur le port > Un souffle d'air nouveau

29 Juin 2012, 17:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une franche réussite que d’intégrer l’air à l’architecture sur une friche portuaire en le faisant rentrer dans la construction, plus encore en en faisant un élément essentiel du concept architectural. Une jolie façon d’associer intimement l’air du vent toujours présent au bord de la mer, à la terre des anciens quais et entrepôts portuaires et à l’eau de la mer qui rentre dans le port. « Le Grand Large » est une création architecturale qui agrandit le centre vers la mer, bouleverse le paysage de la ville et modifie la perception visuelle du rapport à l’espace.

Dunkerque, Port, Grand Large, Perspective Quai nord, 2008

La ville-port de Dunkerque. C’est une ville, située au bord de la Mer du Nord, près de la frontière avec la Belgique, dans l’ancien comté de Flandres. Elle compte 100 000 habitants, auxquels s’ajoutent 100 000 autres personnes qui habitent les communes de l’agglomération. Le port reste actif puisqu’il se situe au 3è rang en France. Parmi les produits, citons le trafic minéralier et pétrolier, le trafic des porte-conteneurs et celui des produits pétroliers. La nature du trafic maritime a modifié le type d’installations portuaires, surtout en centre- ville comme dans beaucoup d’autres villes-ports littorales  en Europe, Londres, Amsterdam, Le Havre, Rouen, Bordeaux, Bilbao, Saint-Nazaire …. Les effets de la baisse globale d’activités portuaires à l’exportation et la modification des flux de marchandises à l’échelle mondiale ont entraîné à Dunkerque la fermeture des chantiers navals en 1988, avec en conséquence les mêmes effets qu’ailleurs, la libération de grandes zones urbaines vides d’activités.

Dunkerque, Sortie du Port, Belvédère, Belvédère, vue en face, 2008

La reconquête urbaine des quais avec « Neptune ». C’est un terme qui est très utilisé dans les opérations d’urbanisme qui ont un double objectif, l’utilisation d’espaces jusqu’alors affectés à d’autres usages en vue de la création de nouveaux quartiers à habiter et de ce fait l’agrandissement d’un centre doté d’une plus grande vitalité. A Dunkerque, l’agglomération a en outre décidé de tourner la ville vers la mer, coincée par l’arrière dans son développement par la configuration des canaux des wateringues. L’espace libéré par l’arrêt des chantiers, ouverts de 1902 à 1987, pouvait être une solution. Encore fallait-il concevoir un projet global innovant pour confirmer et organiser cette volonté de la collectivité. Ce fut l’œuvre de Richard Rogers, désigné lauréat après consultation. En 1991, l’agglomération adopte son master-plan désormais appelé « Neptune » de « reconquête des quais en vue de l’ouvrir sur la mer ».

Le retournement vers la mer avec « Grand Large ».  C’est le nom du nouveau quartier situé le long du quai de l’Armement nord, une opération urbaine confiée à l’Agence Nicolas Michelin, pour en faire un élément-phare de nature à éclairer l’ensemble et signer le renouveau architectural. Le site occupe environ 40 hectares, avec une implantation directe sur les bassins, protégé des vents marins par la digue érigée sur l’ancienne ligne de fortifications qui protégea la cité pendant cinq siècles des invasions anglaises. Un belvédère y est maintenant implanté. Il offre une vue remarquable à 360° sur le canal exutoire implanté dans l’ancien fossé des fortifications, la longue plage de Malo-le-Bains, la mer, le port de loisirs près du quai   d’en face, le centre de la ville et le nouveau quartier, de droite à gauche quand on est face à la mer. Il est prévu  également pour 2013 un pont de 125 mètres de long qui permettra de rejoindre les deux rives portuaires,  semi-levant sur 25 mètres pour laisser passer les bateaux à voiles.

Dunkerque, Port, Grand Large, Perspective Quai nord, 2008

La composition de l’ensemble. On compte  500 logements répartis  dans des maisons hautes à gables de 5/6 étages de haut, implantés sur deux lignes et des parkings en-dessous, avec au milieu des petits collectifs  dotés de jardins et de parkings particuliers. Ce sont ces immeubles à gâbles qui ont surtout retenu l’attention de la profession et des média. Les gâbles sont l’appellation technique des toits très spécifiques des maisons hautes. Contrairement aux toits classiques qui sont assemblés sur place, ceux-ci sont posés une fois terminés à l’aide d’une grue adaptée afin d’éviter les ponts thermiques. Leur ossature bois est recouverte d’une double enveloppe d’acier et d’aluminium. Leur forme rappelle les constructions anciennes flamandes dans les villes. Elles ont aussi pour certains à la sensibilité marine l’allure de la proue d’un navire dressée vers le ciel. Leur allure étonne et leur couleur grise pierre ponce renforce ce sentiment qu’on est face à quelque chose de nouveau, sans balcon saillant, sans baie vitrée démesurée, avec une volonté réussie, de maîtrise de l’espace dans ses trois dimensions.

Les caractéristiques. La hauteur est mesurée. Il ne s’agit pas d’ériger de gros immeubles en ligne, avec quelques éléments de différenciation visuelle de façon à casser l’uniformité réelle. Ici il n’y a pas de barre mais une juxtaposition de maisons hautes accueillant plusieurs logements. La longueur s’inscrit dans le site. Elle est fonction de la longueur du môle, afin de garder taille humaine et éviter l’effet de compactage. La largeur permet de placer des logements en façade quai avec vue sur le port et d’autres sur l’arrière. Dans cette hypothèse, la vue donne sur un cœur d’îlot  intérieur occupé en bas par des petits collectifs bas à couverture bois entouré de jardin et en face à face sur une seconde ligne de ces maisons hautes à gables. Sur les côtés ou devant, des loggias sont comprises dans la paroi.

Dunkerque, Port, Grand Large, Vue intérieure, 2008

L’harmonie des matières et des couleurs. Les façades des maisons hautes ont la couleur gris clair de la pierre ponce. Leur sobriété chromatique n’est cassée que par  une fine différenciation des immeubles conçus sur le même type mais avec des différences. Aucun n’est exactement pareil à un autre, de la même façon que les fenêtres jouent la différence et dans leurs dispositions, leurs dimensions, leur profondeur d’encastrement, leurs formes… D’un autre côté, il y a une unité dans le style.

C’est le rythme qui compte avec un jeu à deux, entre maisons hautes voisines. Le résultat est franchement réussi. Le revêtement contribue aussi à  cette diversité, avec du bois pour deux des unités d’habitations ou du béton de pierre ponce gris, gris plus clair, ou quasiment blanc. Le lien d’uniformité entre ces éléments de façade vient, outre la forme du bâti et le choix des types d’ouverture, des pignons à gable en métal qui donnent un aspect très fini et technique qui s’insère parfaitement dans ce paysage portuaire.  Il ne s’agissait pas de faire du « joli » en  style balnéaire actuel déjà obsolète, ni à la manière de …. Il fallait faire autrement. C’est réussi.

Dunkerque, Port, Grand Large, de l'intérieur vers le quai, 2008 

Le repoussement du végétal à l’intérieur de l’îlot. Cet espace intérieur est occupé par des petits bâtiments de forme cubique à deux étages, parallèlement  à la ligne d’’implantation des immeubles à gâbles devant et derrière. Mais l’ambiance est tout à fait différente. C’est le bois qui domine dans ces constructions paisibles à grand balcon intérieur ou extérieur entourées de verdure. L’alliance entre les deux voisines est intéressante, attribuant à chaque espace sur le quai ou derrière un rôle à jouer, avec des avantages pour chaque situation. A se promener dans les allées jardinées en coeur d'îlot, on aperçoit la façade arrière simplifiée des immeubles de la première rangée. Quant aux habitants des immeubles, ils aperçoivent les toitures végétalisées des petits collectifs. Quant aux panneaux solaires sur les toitures, seuls les oiseaux les voient !

Et le vent ? On ne l’oublie pas. On ne peut l’oublier car les fameux gables qui sont la signature visuelle de l’ensemble, outre qu’ils rappellent le style flamand, abritent une roue qui aspire l’air. C’est un système de ventilation naturelle assistée (VNA) à double flux qui fait pénétrer l’air dans les appartements.  

La réussite de l’ensemble. Cette réalisation de l’Agence Nicolas Michelin Architecture a reçu une mention spéciale à l’Equerre d’Argent 2010, qui est l’un des plus importants prix d’architecture français.

     Dunkerque, Sortie du Port, 2008

Pour suivre le chemin

. Le Projet Neptune http://www.communaute-urbaine-dunkerque.fr/fr/dunkerque-coeur-dagglomeration/il-etait-une-fois-neptune/index.html 

. Le Projet Grand Large, qui est une des déclinaisons du masterplan Neptune,  http://www.aucame.fr/web/publications/etudes/fichiers/Fiche_Dunkerque.pdf 

. Le site de l’Agence Nicolas Michelin Architecture, sur http://www.anma.fr/ 

. Un site très complet sur l’urbanisme et l’architecture de Dunkerque et qui retrace toute l’opération Grand Large en la resituant dans son concept, avec de nombreuses photos et projections de l’Agence Nicolas Michelin http://fabien.devos.perso.sfr.fr/nept.html 

. Sur le pont de 125 mètres de long, semi-levant sur 25 mètre  pour laisser passer les bateaux, lire l’article de la Voix du Nord http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Dunkerque/actualite/Secteur_Dunkerque/2011/01/03/article_grand-large-a-l-ete-2013-le-pont-du-texe.shtml

Dunkerque, Sortie du Port de Loisirs, Belvédère, Plage Malo-les-Bains, 2008 

. Photos Elisabeth Poulain. Elles datent de 2010. Depuis lors, le chantier a bien avancé. Au total, 1 000 logements sont prévus. Un pont levant a été construit dans le fond du chenal près du centre; un autre est prévu en avant de Grand Large pour faciliter les fluxs transversaux.   

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