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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Le broyé du Poitou > Une galette à broyer une fois sortie du four

25 Juin 2012, 11:00am

Publié par Elisabeth Poulain

Un drôle de nom que cette galette-là. Ne pensez pas à un supplicié à qui le bourreau va broyer les os, surtout comme ai-je cru entendre un touriste anglais expliquer ça à ses amis. Une blague pour aiguiser leur appétit ! C’est un gâteau originaire du département des Deux-Sèvres, proche de la Vendée. Son nom vient du fait que la pâte va plusieurs fois être broyée avant cuisson de façon à la rendre plus friable une fois cuite. Comme s’il fallait faire et défaire pour mieux déguster en petites bouchées, une fois qu’elle a été broyée d’un dernier coup de poing une fois cuite et refroidie. C’est vrai que c’est du revigorant, qu’on mange à la main, sans couteau ni fourchette ni assiette. Tant pis pour ceux qui font des meiettes.

 

Broye du Poitou 08pb802 Wikipedia

 

. Les composants invariables selon les recettes. Il faut de la farine, du beurre, du sucre, un ou plusieurs œufs et un peu de sel. Comme on le voit c’est de la galette  basique, sans levure, qui devra donc être cuite bien abaissée à 1cm ou 0, 5 cm d’épaisseur.

. Les proportions qui ne varient pas : 500 gr de farine avec son équivalent, pour moitié en beurre de Charentes (bien sûr) et en sucre semoule pour l’autre moitié (250 grammes chaque) + ½ cuillerée de sel de l’Ile de Ré pour les puristes.

. Les proportions qui varient selon les endroits ou les habitudes : de 1 à 2 œufs plus 1 jaune pour badigeonner le dessus pour faire briller à la cuisson.

. Les ajouts pour personnaliser ou enrichir le broyé : une cuillerée à soupe d’eau de vie de cognac ou  « une giclée de gnôle blanche » selon le journaliste de Marianne (2007)  à mélanger à la pâte et des amandes effilées sur le dessus. La Confrérie des Chevaliers de l’Ordre de la Grande Goule du Broyé du Poitou admet la présence des amandes mais ne cite ni la cuillerée ni la giclée. Elle veut bien des pruneaux qui ne font pas partie pourtant de la recette originelle.

La tradition. Elle voulait que l’on offre des morceaux de broyé, pendant ou  après la messe pour reprendre des forces après le sermon. Certains de ses pratiquants  versaient directement sur leur morceau une  lichette de cognac ou d’eau de vie de fruit (blanche) dessus. Une autre façon festive consistait à tremper son morceau dans du vin chaud. On comprend mieux le succès de la galette ! 

La confection du broyé. Il faut commencer par faire mousser et blanchir les deux œufs entiers avec le sucre et le sel en battant vigoureusement, le beurre étant mis à fondre doucement et surtout pas à cuire pendant ce temps. On l’incorpore dès qu’il est prêt ainsi que l’eau de vie dans le mélange. C’est ensuite le tour de la farine à incorporer.

Il s’agit ensuite d’assembler le tout en une boule en la pétrissant qu’on émiette ensuite. On recommence cette double opération d’émiettement et de re-façonnage de la boule qui est alors prête à être abaissée au rouleau, ceci afin de rendre la pâte friable. Une fois l’opération terminée, la galette est placée sur la plaque légèrement humide du four, le dessus  enduit du jaune d’oeuf passé au pinceau, juste après avoir décoré le dessus soit avec des stries faites à la fourchette ou avec des amandes ou les deux ! La cuisson dure de 20 à 25 minutes à 180°.

Carte anglaise, France, Anciennes Provinces 1789 Wikipedia

La galette devient le broyé du Poitou. Une fois cuit, le gâteau est décollé de la plaque et mis à refroidir. Vient alors le moment magique qui consiste à fermer son poing et à taper avec vigueur, mais pas comme une brute,  au centre de la galette, qui du coup devient un vrai broyé du Poitou, puisqu’il est maintenant composé de différents morceaux de tailles et de formes variées. Pour ceux qui ne pourraient se résoudre à casser cette perfection gourmande et à créer une inégalité entre ceux qui auraient des plus petits morceaux que les autres, une solution consiste à tracer à la fourchette les parts avant la cuisson et … à ne pas utiliser son petit poing. 

Un broyé, pas broyé, vendu sous marque. On présente le plus souvent la galette avant broyage pour faire plus beau. Certains recommandent aussi de soigner la présentation finale en pinçant régulièrement le pourtour de façon à faire un feston, ce qui veut dire que le gâteau est présenté entier d’abord. Une autre solution est de l’acheter tout fait  sous marque « Goulibeur » qui consacre toute son activité à cette seule fabrication, après avoir commencé par des pâtisseries fromagères (tourteau et gâteau de fromage blanc). L’entreprise, installée au nord de Poitiers, sous la direction de Brigitte Arnaud-Boué, produit des broyés du Poitou selon la recette traditionnelle.

Les broyés ont d’abord été présentés en mini-galettes individuels sous blister. Il y a aussi maintenant un grand broyé, vendu en boîte en fer de façon à ce qu’il arrive entier chez l’acheteur. La recette utilisée est celle du grand-père de la PDG qui a fondé son entreprise à 19 ans en 1976. La seule différence avec la recette du Centre régionale de Documentation pédagogique que je vous ai citée porte sur l’émiettement-re-façonnage de la boule. La recette précise qu’il convient de pétrir doucement le mélange de farine-sucre-sel-beure-oeuf et d’étaler ensuite la pâte. Le mystère demeure !

Quoi qu’il en soit qu’il en soit, ce qui m’intéresse dans ce broyé, outre son nom, ce sont en premier l’attachement à une région - il n’y a pas tant de plats qui gardent leur identité régionale - ensuite la liste limitée d’ingrédients qui sont des éléments de base, la farine, le beurre, le sucre, le sel, l’œuf, qui ont une valeur universelle et enfin le mystère de l’émiettement pendant le pétrissage de façon à rendre la pâte une fois cuite plus friable. Et ça, c’est une dimension importante qui donne un sens profond à la recette, qui rappelle dans le domaine de la gourmandise ce que fait l’artiste plasticien Edward Baran.  Il conçoit des grandes pièces de fil, de papier et de couleurs qu’il assemble avant que ses mains enlèvent le papier qui leur semblent en trop pour laisser passer l’air. De la même façon qu’ici avec le broyé du Poitou, les mains émiettent pour créer un tout qui est la galette tout en mettant en miettes, en broyant. Il y a un mystère.

Mais il en existe un autre (mystère). C'est une  une hypothèse pour laquelle je n'ai pas trouvé réellement de piste, c'est celle du lieu de consommation. Le broyé du Poitou est associé à l'église: on le mange pendant la messe. Ce ne peut être une simple particularité d'usage. Il y a forcément un lien avec le pain et le vin d'ordre divin. On pourrait alors faire un lien avec ce biscuit qui se mange dans l'église (et non pas à l'autel(, comme un remerciement au seigneur pour la semaine passée et/ou un encouragement pour la semaine à venir!     

Edward Baran, Sous la charpente, Détail, Bouchemaine, 2012 

Pour suivre le chemin

. Voir la plaquette ancienne « Poitou-Charentes, La Dynamique Atlantique » du Comité régional du Tourisme Poitou-Charentes, BP 56, F-86000 Poitiers cedex et consulter le site du comité régional de tourisme sur http://www.ot-poitiers.fr/home/plus/brochures.aspx 

. Voir la recette qui m’a inspirée sur   http://web.crdp-poitiers.org/europe/France-sc.pdf Le CRDP est le Centre régional de Documentation pédagogique, http://www.cndp.fr/crdp-poitiers/  +  celle de la confrérie sur  http://confreriegrandgoule.free.fr/html/broye.php 

. Consulter le numéro double de Marianne n° 505 - 506, 23 décembre 2006,  « Ces produits symboles de la France ».

. Retrouver l’entreprise Goulibeur, 10 rue Victor Grignard, Pôle République, + 33 (0)5 49 41 34 75, contact@goulibeur.com et sa recette sur son site http://www.goulibeur.com/recette.aspet lire « la PME à découvrir –Poitou-Charentes, Goulibeur multiplie ses galettes », un article de Thierry Thomas, La Tribune, 29.08.1998. L’entreprise à cette époque exportant 10% de son CA à l’export.

. Lire le billet sur le sucre sur ce blog Une drôle d'histoire > Le sucre encensé, exploité, vilipendé, taxé     . A ce sujet, il convient de juger de la teneur en sucre et en lipide de ces pâtisseries dans leur contexte historique à une époque où on faisait maigre plus souvent qu'on ne le voulait et où la poule au pot le dimanche n'était pas partagée par tous même au XIXè et après. C'était rare.   

. Voir ce que réalise Edward Baran également sur ce blog avec des "miettes" de ses compositions picturales   Edward Baran ou l'art de renouveler l'Art de la Boucle et du Fil 

. Photo Wikipedia, avec mes remerciements pour le broyé et la carte du Poitou, EP pour Edward Baran  

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Les Petites Maisons > Trois Tentes d'Eté > Trois Publicités

20 Juin 2012, 11:34am

Publié par Elisabeth Poulain

Trois affiches publicitaires, une seule datée. C’est la Jamet 1965 faite par un vendeur d’objets de camping,  Lapeyre Sports à Clermont-Ferrand. Celle du Camping-Club de France, intitulée « la joie de vivre » date vraisemblablement du début des années 60. Quant à la troisième peut être la plus ancienne, elle n’occupe qu’une petite place dans la plaque en carton léger  destinée aux enfants de campeurs pour inciter leurs parents à passer des vacances en camping. Voilà trois affiches ou jeu publicitaires, trois représentations du monde, trois petites maisons ressemblantes pour les deux premières et différentes pourtant, trois styles...

Tente Jamet, 1965 

La photo de la tente Jamet. Elle est proprement fabuleuse. Votre œil –j’en suis sûre- fait comme le mien. Il enlève de lui-même les mentions écrites qui mangent une grande partie du ciel sur plus de la moitié gauche de la photo du site de montagne soigneusement choisi pour implanter la tente. L’endroit est magnifique. Il se situe au bord d’un lac haut perché dans les montagnes. On imagine les Alpes, au vu des parois et des crêtes vives. Ce sont là des montagnes jeunes accessibles aux vrais sportifs, entraînés, qui portent tout sur leur dos et qui sont respectueux de l’environnement. Nul déchet, nul objet ne traînent en dehors de la tente sur la berge qui fait face à la paroi ensoleillée du matin. Les campeurs dorment encore. Ils sont plongés dans l’ombre de la tente, elle-même encore à l’ombre.

En face, le soleil réchauffe déjà la paroi sur laquelle s’incrustent des coulées de neige dans les creux. La roche se dore à la couleur du soleil d’un ocre clair, quasiment de la même couleur que la toile de la tente à un mat central. L’entrée se situe fort logiquement face à la montagne et au lac. Elle doit être relativement grande pour avoir des tenseurs intermédiaires sur chaque paroi. Le mystère reste entier pour l’avant qui est aussi l’entrée.  La force de la photo vient essentiellement de composition et surtout de l’accord entre la tente et le paysage, un accord que renforce cette vraie photo qui ne peut résulter d’un montage.

La composition graphique de la tente « La joie de vivre » du CCF. Le Camping Club de France a fait le bon choix. Ce visuel est une vraie réussite. Cette fois-ci, il ne s’agit plus d’une photo, mais d’un dessin  très composée. On n’est plus dans l’univers du sport de haut niveau mais dans celui plus hédoniste des adhérents du CCF, comme le nom du visuel en témoigne.

Tente le soir au coin du feu, CCF 

C’est le soir, la tente est bien montée, la toile tendue, les fanions sont impeccablement positionnées pour qu’on puisse les voir, avec d’abord le fanion de la France et puis ensuite celui de Club. La flamme du feu est claire. Ses couleurs rouges, oranges et jaunes donnent le ton de la joie de vivre une belle et bonne soirée de camping le soir quand le jour tombe et que se détachent l’ombre des peupliers en fond de décor. En haut de l’affiche de 23, 5cm sur 32cm, se détachent en gros caractères d’un rouge orangé tonique CAMPING CLUB DE France, avec son adresse et la référence à la licence de la FFCC et au carnet international de la FICC. Le sigle du CC de F  est situé au bas des fanions de façon à laisser libre tout le rectangle du bas en jaune au groupe régional du CCF de façon à ce que ce dernier puisse y faire figurer son nom.

Là aussi, la tente est d’un modèle ancien avec un mat central et un tenseur intermédiaire pour les trois parois. On ne voit pas comment s’ouvre la tente, l’espace étant occupé par le feu, les flammes et la fumée. On ne voit que la sangle du devant arrimée au loin.

Il y a dans cette création graphique une réelle harmonie de couleur et une composition plus complexe qu’elle n’y paraît. Elle a aussi ceci de remarquable qu’elle est suffisamment puissante pour supporter la tonalité du rouge du nom de l’annonceur en gros caractères qui ressort sur ces trois bleus qui jouent les uns avec les autres, le bleu foncé des silhouettes des arbres, le bleu moyen avec une pointe de parme qui occupe tout l’espace, sans chercher à ressembler à un vrai paysage,  et le bleu turquoise léger pour évoquer la tente et la joie de vivre. Le jaune est laissé au groupe régional, avec le feu en intercesseur entre les trois espaces, le rouge pour Paris et le cœur du feu, qui est mélangé d’orange pour faire le lien, comme il en va de la soirée en camping où on se regroupe tous ensemble pour jouir d’un repos bien mérité, avant que ne s’élèvent les chants repris en cœur, le ventre bien rempli…

Tente, Jeu de pliage, pub inconnue 

Les tentes « Sports d’Eté », un jeu en carton léger à monter. C’est un jeu publicitaire constitué d’une plaque. Pour monter ‘le village de tentes’, il suffit  de suivre les indications de la partie blanche située en bas.

. Il faut commencer par plier le paysage de montagne au bord d’un lac au ras des tentes en suivant le pointillé et découper la partie blanche du bas.

. Ensuite, il convient de découper soigneusement les huit pièces du bas. On y trouve deux tentes (D et E) à ajouter aux trois  qui figurent déjà dans le décor du haut et des campeurs. C’est la première fois qu’on en voit dans une publicité. Il y a le porteur d’eau contenue dans les « vaches » qu’il porte fièrement avec sa casquette sur la tête (A), deux jeunes femmes en tenue blanche (D), l’une lit le journal, la seconde lui pose une question. Une grand-mère à cheveux gris en maillot long noir à placer au bord du lac, entourant de ses bras une  fillette qui porte sagement son chapeau de soleil pour protéger son teint (G), une jeune fille en tenue blanche rêve au bord de l’eau (B) et un personnage barre un petit bateau à voile. Un couple (C) s’occupe de préparer le repas. Elle est agenouillée devant  le feu sur lequel est posée une grosse marmite. Lui est penché sur le foyer. Il soulève le couvercle, tandis qu’elle attise les flammes.

. Enfin, avec une grande délicatesse, il faut insérer les tenons dans les fentes correspondantes et poser le tout hors des petites mains des enfants.

La planche s’appelle « Sports d’Eté ». Elle n’indique ni l’éditeur ni l’entreprise qui faisait cette publicité. Il n’est donc pas possible de donner une date. L’ensemble des éléments figurant dans la scène, tels que les vêtements et les tentes, semblent indiquer l’avant-guerre ou juste après. Les tentes sont des canadiennes simples, toutes les deux avec deux poteaux centraux. La plus petite à une avancé. Le dessinateur a poussé le détail jusqu’à figurer l’intérieur des tentes, juste esquissé pour la grande tente, avec un lit pliant, plus réaliste avec la petite où l’on voit des empilements à terre.

C’est le paysage qui forme l’essentiel, avec les campeurs. Il n’est pas uniquement là seulement pour le décor. Il est d’une qualité étonnante. On se croirait dans les Alpes au bord des grands lacs italiens ou du Lac de Chambéry dans un coin abrité des vents froids de l’hiver. C’est un endroit choisi au cœur d’une nature préservée, telle que l’imaginent les citadins avides de pureté, où nulle maison ou trace humaine, autre que les leur, ne se voit. L’amusant est que le dessinateur a prévu une dernière pièce à insérer dans la scène. Elle s’appelle « Construction » ; c’est la seule à être nommée. On peut la mettre où on veut, ou ne pas la poser. Il n’y a pas de fente prévue à cet effet. Le camping au sein de la nature plus fort que la construction ! Un vrai rêve de campeur citadin.

Quelques mots pour finir sur la relation au paysage. C'est vraiment l'élément dominant. Avec Jamet, nous retrouvons la force du lien avec la montagne en symbole de pureté et de gratification de l'effort physique; avec le CCF il y a à la fois le mythe du feu qui réunit et la douceur du soir qui apaise dans une nature qui se limite à quatre arbres tutélaires; avec le jeu enfin, la nature compose un paysage accueillant que dominent des monts rudes et sans végétation et où il fait bon vivre et jouer plus bas dans la vallée au bord du lac.

Pour suivre le chemin

. Retrouver le cycle des petites maisons sur ce blog et voir notamment

Un hameau de petites maisons-caves à vin d'Aveyron > Rivière sur Tarn

Les petites maisons de la nuit > Alex Jansson > Suède     

La petite maison sur la Mayenne > La jolie péniche à Montreuil-Juigné     

Les petites maisons en bouteilles WOBO Heineken     

Les petites maisons des Ardoisiers d'Angers Trélazé     

Les petites maisons > Won Seoung Won > Photographe > Corée     

Les petites maisons > La vogue des "Empilables"

. Lire ou relire « L’esprit du camping » de France Poulain et d’Elisabeth Poulain, Cheminements éditeur, qui retrace toute l’histoire du camping depuis la fin du XIXè siècle, octobre 2005. 

. Photos EP                   

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De l'importance du chat et du rat dans l'apprentissage de la lecture

18 Juin 2012, 11:23am

Publié par Elisabeth Poulain

« En riant, la lecture sans larmes » est le titre de ce premier livret d’apprentissage du cours préparatoire en 1931 édité par Fernand Nathan, Paris. Les héros sont « trois bambins » qui ont pour nom toto, rené  et jojo. Avec eux, il y a aussi bébé et lili, une petite fille. ». Autour d’eux des animaux amis tiennent une grande place. On compte en particulier titi le chat, très présent au côté des enfants et dada le cheval. Deux autres animaux arrivent plus tardivement dans le récit . Ce sont la mumu (la vache) et  le rat qui lui n’a surtout pas de petit nom familier. On comprend vite que si le chat a aussi une telle place au sein de la famille, c’est à cause du rat (qui est l’ennemi) et aussi de sa place particulière auprès de lili. Arrive en en fin de livret le coq (bon à manger) - rené et lili ont chacun eu une patte à manger - et l’âne de jojo.

  Bestiaire Chat-Rat, Apprentissage lecture 1931

Un récit  très compliqué. Ce sont surtout les sonorités des mots qui comptent, avec une préférence pour les consonnes et les répétitions. Chaque page est un petit récit avec sa propre logique pédagogique et des récapitulations  à espaces réguliers. Il y a bien une histoire, celle d’une famille de la campagne vue par des enfants. L’absence de majuscules et de signes de ponctuation ne facilite pas non plus la compréhension.   toto par exemple à un papa qui fume la pipe et une mère qui traie la vache et tue le coq.  lili joue un rôle important. Elle s’occupe de tout bien qu’elle soit également une enfant. Elle est même plus petite que rené dans certains dessins. Cette seconde maman s’occupe de tout.  Elle coud, elle relève toto qui tombe du vélo,  joue au piano,  lave à la rivière la culotte que rené a sali en tirant une carotte (l’idiot, non marqué dans le texte). Elle n’a pas pour ami, jojo qui surgit dans le récit, présenté comme le camarade de toto et de rené. Mais curieusement, lili prend seule le train pour Paris. On la voit aller à la gare.

Bestiaire Chat-Rat, Apprentissage lecture 1931 

Le rôle du chat Titi. Il est très occupé avec les enfants, sans parler de sa vie de chat.  Il apprend à lire ; il se lave. Il est propre par différence avec le rat qui est sale. Surgit alors l’âne de jojo. Le récit s’emballe. René, qui est capable de poursuivre le rat avec son bâton,  est porté par jojo qui est porté par l’âne. Pour ne pas être en reste, lili porte titi. On comprend que le chat est gentil. Il fait partie du groupe. Comme la petite fille, il est au service de la famille vue sous le côté nourriture. D’ailleurs, une des deux fois où on voit un des personnages manger, c’est lili qui déjeune d’une tasse de café sucré et d’une tartine. Le texte précise qu’ « il y a un kilo de sucre sur la table ; titi miaule et regarde lili. » Par contre quand rené dévore le pâté, avec un verre et une carafe devant lui, « titi n’a pas eu de pâté, ni lili, ni toto ». Du coup rené a été malade et il a été puni ! Bien fait pour lui.

Bestiaire Chat-Rat, Apprentissage lecture 1931 

Et le rat alors ?  C’est le vilain, il n’a pas de petit nom. C’est un signe qui ne trompe pas. S’il apparaît dès la deuxième page, il n’est pas pour autant présent dans toutes les historiettes. Parfois il est presque aussi gros que titi le chat, parfois non, quand il monte sur le dos de ce dernier pour illustrer le fait qu’ « il est hardi. » Il est malin également. Il est capable de voler et de  transporter un œuf sans le casser, avec l’aide d’un copain-rat. Ce rat aussi cherche les problèmes. Alors que lili coud, titi tire la bobine et soudainement saute sur le rat pour le dévorer (page 33). C’est un rapide!

On penserait bêtement qu’un des deux héros de notre histoire a disparu. Que nenni ! rené va à la cave et tombe sur un (autre) rat qui le poursuit. Il tombe – rené, pas le rat -  et crie « papa ». Horreur, le rat rit. Heureusement lili est là pour le relever. Juste dans la séquence précédente, en page 28, le rat voit la cabane de titi dehors alors que titi est occupé à faire du feu.  La tête me tourne. J’ai brusquement l’impression que ce chat est un  chien qui a sa niche dehors. Le jour où lili part pour Paris heureusement sans titi, car titi prend un gros rat. Bravo !

Bestiaire Chat-Rat, Apprentissage lecture 1931

Les directions pédagogiques pour le maître et la gaîté pour les enfants. Elles figurent en page 4. Chaque leçon comprend une étude d’éléments, une histoire amusante avec des dessins et enfin des exercices d’écriture et de dessin. Il est d’ailleurs recommandé aux  « maîtres » de faire eux même des croquis pour amuser les enfants. Il semble en effet essentiel à R. Jolly, l’auteur de l’ouvrage, d’assurer les cours dans la gaîté. « Nos enfants n’aiment pas les gens sévères…Ils veulent la vie et le mouvement…Il leur faut des personnages qui courent, dansent, sautent…Il leur faut  encore des histoires de bêtes, des chats gourmands, des bons chiens, des moutons mignons…Ils se complaisent dans la fantaisie la plus invraisemblable… Ils adorent les images simples qu’ils peuvent reproduire facilement.» Cette partie-là n’a pas vieillie. On ne peut en dire de même avec la vision de la société telle qu’elle se dégage du livret. Retenons que livret a été édité en 1931. Il était audacieux pour l'époque en se voulant proche de ce que désiraient les enfants, selon des maîtres avertis.

Bestiaire Chat-Rat, Apprentissage lecture 1931 

Pour suivre le chemin.

. R. Jolly, « En riant. La lecture sans larmes », Ier livret, Cours préparatoires, Fernand Nathan, Paris, 1931.  Ce livret, que j’ai sous les yeux, est un « hommage de l’éditeur » envoyé à une directrice d’école. Nous l’avons retrouvé dans le grenier d’une maison que nous venions de louer. Il a dû beaucoup servir ; il est en effet crayonné par une main d’enfant. Le billet d’aujourd’hui est un hommage à ces maîtresses et ces maîtres des petites classes de village qui ne travaillaient pas toujours dans la gaîté ainsi qu' un message de tendresse pour tous ces enfants qui ont appris à lire et à écrire dans un monde rural aujourd'hui disparu.

Demeure quand même une question: que comprenaient exactement les enfants? C'est quand même diablement compliqué à suivre.  

Blog 20120618 058

. Photos EP        

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N comme Nana > Les Lèvres > La Découpe > Pars pro Toto

12 Juin 2012, 18:08pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un vieil adage latin, connu sous la locution de « la partie pour le tout », bien pratique dès lors qu’il suffit d’évoquer un seul élément d’une personne pour la désigner en entier. Quoi de plus facile ainsi de réduire le genre d’une personne à ses lèvres pour indiquer sa bouche et donc la femme, différente d’un homme. La preuve, elle a des lèvres peintes en rouge. 

Boticelli-Vénus sortie des eaux-vers 1485-Wikipedia

De la différence des lèvres par rapport à la bouche. C’est vraiment très curieux. Tous les humains ont des lèvres. Avec des amis, j’ai fait le pari que Wikipedia se focaliserait sur les lèvres d’une femme. J’ai gagné. J’y ai découvert un article qui commence par « Les lèvres sont les parties charnues qui bordent la bouche chez de nombreux animaux… ». Ce début est un peu dur. La phrase suivante concerne l’Homme, au sens français du terme, visant à la fois l’homme et la femme. Mais  la seule photo montre «  les  lèvres d’une femme », surtout pas celles d’un homme, comme si celui-ci n’en avait pas ou comme s’il ne fallait pas évoquer les siennes. Notre époque a de curieuses pudeurs.

Le lien entre les lèvres et la bouche. Elles sont l’élément extérieur de la bouche, qui comprend en arrière-plan interne une cavité buccale où la personne mastique les aliments avec ses dents, avec l'aide de la langue. On ne peut concevoir les lèvres sans la bouche, comme le montre les expressions parlées : c’est bien la bouche qui est ouverte quand les lèvres ne sont pas jointives, un terme qu’on n’utilise pas. La seule locution que j’ai trouvée est celle de « pincer les lèvres » pour indiquer une façon de les faire disparaître momentanément à la vue pour montrer sa désapprobation. 

Lèvres, Rouge à lèvres, Carrefour 2012

La couleur des lèvres. Elles sont naturellement plus ou moins colorées en rosé. De là, à les transformer en signe majeur de l’appel sexuel, il n’y a que le pas de la couleur rouge, brillante… à franchir, comme une petite fille un jour devient femme. Une tradition héritée du XIXe siècle en Europe continentale voulait que la jeune fille porte un rose à lèvres très léger qui fasse au plus briller ses lèvres, un rose-rouge léger quand elle se marie puis ensuite un peu plus soutenu pour indiquer sa plénitude de femme, sans jamais franchir la frontière du rouge agressif réservée aux actrices ou aux femmes de petite vertu. Distinguer la femme respectable, bien née, soucieuse de sa silhouette et de son visage avenant, de la courtisane outrageusement fardée était un impératif social, qui a bien duré jusqu’à l’avènement de la société de consommation en 1960.   

Le lien avec l’art et le cinéma. Il est révélateur de la place prépondérante des lèvres depuis près de 50 ans. Elles ont été littéralement re-découvertes en tant qu’icône de la femme contemporaine par des actrices telles que Marilyn Monroe, Elisabeth Taylor ou Brigitte Bardot à la célèbre lippe. Andy Warhol ne s’y est pas trompé qui a fait de Marilyn une divinité au regard direct et à la bouche ouverte mais non offerte. Ses multiples sérigraphies de visage de femme ont toujours mises en lumière et les yeux et la bouche des femmes. Une seule femme a échappé à cette colorisation par élément, c’est Jacky Kennedy représentée en seize portraits, sans accentuation d’un élément de son visage. Avec elle, il n’était pas concevable de jouer à faire parler son visage pour en faire une séductrice.   

Lèvres, Rouge à lèvres, Carrefour 2012    

Le lien avec la séduction et la sensualité.  Comme le disent les plaquettes publicitaires et la presse féminine, « les lèvres sont l’atout séduction n° 1 », juste au-dessus  du regard et du maquillage des yeux. Encore faut-il qu’elles aient «  un air sexy et charnu », grâce à un crayon qui dessine le trait extérieur, un pinceau pour appliquer le rouge à lèvres et du gloss (du brillant) sur la crête, au milieu des lèvres, pour donner un effet de volume. Quand cette partie charnue, qui évoque la volupté, tend à disparaître avec l’âge, le recours à la chirurgie esthétique offre une solution à celles et ceux qui refusent de voir leur image se modifier. Quatre opérations sont alors possibles. Il est possible –ou nécessaire - de redéfinir l’arc de cupidon (la lèvre supérieure), redessiner le philtrum (la zone en V au-dessous de la partie centrale du nez), repréciser l’ourlet des lèvres pour obtenir un contour net et renforcer le volume ! Ouf, séduire est une affaire compliquée et chère.

Le lien du rouge à lèvres avec la publicité. Il offre une piste intéressante. Il n’est même plus nécessaire de montrer des vraies lèvres, il suffit d’évoquer une trace de rouge à lèvres, un procédé souvent utilisé au cinéma pour indiquer qu’un mari est infidèle à sa femme. Il porte une empreinte rouge en forme de lèvre sur la joue ou sur le col de sa chemise. Cette idée a été reprise au passage de l’an 2000 par les publicitaires avec des traces de rouge sur le verre à cognac de la femme pour montrer qu’elle aussi boit en couple. Un visuel publicitaire pour le cognac n’avait pas hésité à faire de la pub pour du cognac frappé (avec de la glace) en montrant un verre ballon (celui de l’homme) choquer le verre ballon avec du rouge à lèvres (celui de la femme). C’était censé être drôle ! Cette publicité montrée à des étudiants en master "vin" a provoqué des réactions très différenciées selon le genre de l’étudiant : la majorité des étudiantes a exprimé sa gêne, alors que la quasi-totalité  des étudiants n’a pas vu où était le problème, avec cette question : » mais pourquoi nous montrez-vous ce visuel ? »

Lèvres, Bouche, Trace de baiser, Vins de Pays, cépages

La bouche redessinée, avec des lèvres épaisses, enduites de rouge à lèvres. A peu près à la même époque, au début du XXIe siècle, un autre pas a été choisi avec une publicité des Vins de Pays pour des vins rouges intitulée « Nous avons aussi des Blancs : Chardonnay, Sauvignon, Viogner… » avec-en dessous la même bouche retouchée 12 fois en douze variations de rouge ou rose pour représenter douze cépages rouges. Nommons-les : Syrah, Cinsalult, Cabernet-Sauvignon, Pinot noir, Gamay, Mourvèdre, Merlot, Sciaccarella, Grenache, Cabernet, Carignan, Duras. L’idée a ensuite été reprise par des graphistes spécialisés dans le design des bouteilles de vin rosé surtout, au motif que  le rosé est un vin de plaisir l’été, facile à boire, en particulier par des femmes qui ne sont pas connaisseurs de vin…avec une assimilation rapide entre le vin (facile), la bouteille (alléchante) et la femme (séduite, alléchante et facile).

Les baisers en veux-tu en voilà. Il y en a partout. Sur des cartes de vœux de toutes sortes, des ballons gonflables, des bougies, des parapluies…Ils signent des trop plein de « Je t’aime » partout où on peut écrire avec un tube de rouge. Des couvertures de magazine, comme Beaux-Arts dernièrement, en font l'usage. Cet envahissement traduit une inflation dévalorisante pour la femme. Signe de jeunesse et de vitalité, à l’image de la pomme rouge que croque Eve, qui est elle-même « croquée » pour ses lèvres rouges, les traces de lèvres enduites de rouge n’ont plus réellement de sens. Il en reste un toutefois, qui est celui de la transgression, avec du rouge noir à faire peur –on retrouve la sorcière -, des roses brillants à lèvres pour les petites filles et celles des jeunes mannequins masculins qui posent ou défilent. Quant à Andy Warhol, sa fascination pour la bouche l'a conduit à se représenter avec une bouche rouge, comme ses égéries féminines. C'est le syndrome du "Moi aussi"! 

Lèvres, Bouche, Trace de baiser, Beaux-Arts, Paris, 2012

Pour suivre le chemin

. Brève histoire recomposée du rouge à lèvres

. Antiquité : 5000  av. JC, à Babylone, découverte de traces de crème enrichie de poudre de pierres rouges. En Egypte, les femmes de haute naissance utilisaient des fards, avec de l’iode et du brome (toxique), du rouge de cochenille écrasé, mélangé avec  des écailles de poisson pour la brillance… Appréciez la qualité du rouge « Néfertiti » et celle, moins glamour, de « Cléopâtre ». Oubliez que cette grande courtisane a vécu de -69 à -30 av JC. Retenez que le peintre anglais « Reginald d’Arthur  a peint cette toile en 1892. L'artiste n'a pas oublié de faire une bouche bien rouge à la dame! (A voir dans l'album-photos "Genre-Variations" 

. XVIe siècle,   la cire d’abeille enrichie de plantes commence à être utilisée.

. XVIIIè fin du siècle, à Londres, le rouge à lèvres est interdit par le Parlement, comme de nature à troubler le jugement d’un homme, séduit par l’artifice de la femme assimilée à une sorcière et donc condamnable par jugement. A Versailles, Marie-Antoinette pose pour son portrait peint par Elisabeth Vigée-Le-Brun en 1787.

Nefertiti Arkadiy Etumyan 2006 Wikipedia

. XIXe milieu de siècle, le Ier rouge à lèvre en étui en carton est inventée par la maison Guerlain, Forget me not, puis c’est le tour du bâton de rouge. En 1845, par Alexander Melville peint Victoria, Impératrice, maquillée avec retenue.  

. 1915 marque la naissance du bâton à système coulissant. Pendant la guerre, les femmes commencent à se farder. 

. 1928, « Rouge Baiser », le premier rouge à lèvres longue durée, est conçu par le chimiste Paul Baudecroux.

. Après 1945, grâce à l'industrie du cinéma américain qui le généralise, le rouge à lèvres devient populaire auprès de toutes les femmes dans le monde. La création de la poupée Barbie en 1959 ne fait qu’accélérer le mouvement. La mode est actuellement aux grosses lèvres, avec un trait de crayon extérieur aux lèvres pour agrandir leur impact.Mais déjà une nouvelle tendance se fait jour, avec une couleur de lèvres qui prend des teintes de terre à peine ocrée.

 Barbie poupée, Blonde, Coll. JdB

. Pour une fois, je ne vous cite pas Wikipedia, très pauvre sur le sujet, comme si la séduction ne pouvait être à l’ordre du jour, alors que le rouge à lèvres est certainement le premier fard revendiqué dans le monde.  A quoi reconnaissait-on une femme, pour la distinguer d’une adolescente ? Réponse : au rouge à lèvres ! Les  choses changent. Sous l’influence américaine, des petites filles de 10 ans commencent à se maquiller.Dans le milieu de la mode et du cinéma, les hommes aussi, forcément. 

. Voire la brève histoire du rouge à lèvres sur  http://wiki.yves-rocher.fr/449_lerougealevres  et lire celle plus complète de Jean-Marie Martin-Hattemberg dans « Lèvres de luxe »  http://www.bullesdemode.com/interview-exclusive-de-lauteur-de-levres-de-luxe-jean-marie-martin-hattemberg-maj,4235.html 

. Photos des grandes dames de l’histoire à retrouver dans Wikipedia, EP pour les autres, à retrouver dans l’album photos « Genre ». L'insertion des photos est sans rapport direct avec le texte qui suit ou qui précède.

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Photos > Du Land Art > Non, du Sand Art, à Sangatte sur la plage

10 Juin 2012, 11:28am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une longue plage que l’on ne découvreque si l’on s’arrête dans un parking autorisé au pied de la dune qui protège les marais en dessous de Sangatte, en venant de Calais. Le site est impressionnant par l’ampleur du paysage de sable et d’eau, la force du vent - une station météo est d’ailleurs nichée là, en haut de la dune, face à la mer – et ce qu’on devine de la violence de la mer. A ce moment de l’été, il fait froid, gris. Un vrai temps de septembre. Il a plu, il y a peu. La mer est lointaine, ce qui accentue encore cette vastitude marine. Peut-on dire pour autant qu’il y a vacuité ? Non, à cause en particulier des alignements des poteaux de bois qui cassent la force des vagues en frontal. Ce sont les brise-lames enfoncés de plusieurs mètres dans le sable en vue de le stabiliser et lui assurer une certaine protection. On les appelle des « breakwaters » en anglais, ‘des brise-eau’, une formule très imagée,  comme si chaque poteau était capable de briser les molécules d’eau une à une. Une image proprement hallucinante. Pour l’heure, ces brise-lames au repos scandent et rythment l’espace de sable vide.  Ce sont eux qui structurent le plein d’un endroit vide.

Blog 2010.08.23 376

L’endroit est en effet  vraiment particulier, à la fois vide et plein. En haut de la dune, par où on arrive, se trouvent des petites maisons vidées de tout occupant depuis que la zone a été déclarée zone naturel protégée. Au pied de la dune, il y a une promenade sur une digue de petite hauteur et,  devant soi, ces alignements de poteaux de bois perpendiculaires, entre mer et dune.  Hormis les mouettes, rares, très rares sont les promeneurs. Seul un grand navire glissera devant nous à un moment, lentement parallèlement à la Côte pour arriver doucement au port de Calais. Il n’y aura nulle autre trace de vie.  Les poteaux seuls suffisent pour animer la scène. Sans eux, ce serait dur.

Blog 2010.08.23 371

Des brise-lames en veux-tu, en voilà…Je ne peux pas dire qu’il y en a de toutes sortes. Ce sont des vrais poteaux normalisés, pas des anciens troncs d’arbre comme à Saint-Malo. Ils sont comme plantés à espace très certainement régulier au départ. Avec le temps et l’usure, certains « se la jouent perso » et prennent un peu d’indépendance penchée, à droite, à gauche ou latéralement des poteaux de devant et d’arrière. Certaines lignes sont bien usées par l’eau et le vent, bien enfoncées aussi, ce qui pourrait être interprété comme une réussite, puisque le niveau de sable est monté. Les nouvelles lignes plantées plus en proximité de la mer portent des algues et des petits coquillages. Il y a même un double alignement, cette fois-ci, non plus perpendiculaire à la vague mais en lignes parallèles au bas de la dune, pour protéger celle-ci. Mais cette vue-là, on la découvre quand il est temps de repartir, après avoir pris le temps de découvrir vues du bas l’ingéniosité des constructeurs improvisés des petites maisons, le petit blockhaus restant ou les traces du vent sur la plage…et  aussi la grande étendue par derrière des wateringues. Ils feront l’objet d’autres billets, avec d’autres photos.  

Blog 2010.08.23 389

Pour suivre le chemin

. Découvrir Sangatte, une petite ville littorale de plus de 4600 habitants, au sud de Calais, sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Sangatte.

. La ville est placée au sud de la grande région des wateringues, une zone de marais et de polders datant du XIe siècle et qui va jusqu’à l’Escaut en Belgique. Découvrir l’historique cette zone de co-habitation avec l’eau, sur http://www.communaute-urbaine-dunkerque.fr/fr/territoire/histoire-du-territoire/les-wateringues-institution-seculaire/index.html 

. Pour mieux comprendre le site du cordon dunaire de Sangatte, lire l’extrait d’une étude de Philippe Deboudt, sur « Persée » et voir la carte des wateringues  sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113x_1999_num_74_1_4930    « Les hommes et la lutte contre l'érosion côtière sur le littoral de Sangatte (Pas-de-Calais, France)/ Man and the fight against coastal erosion on the Sangatte coast in northern France », Deboudt Philippe   Revue de géographie de Lyon     Année   1999   Volume   74   Numéro   74-1   pp. 65-74

Blog 2010.08.23 398

. Photos Elisabeth Poulain. Elles n’ont pas du tout été retouchées, pour garder la lumière très particulière de cette après-midi de l’été 2010. A voir dans l'album-photos "Mer-eau" qu'il me reste à compléter!  

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Style de Pub Camping > Quatre plaques en langage visuel

8 Juin 2012, 10:47am

Publié par Elisabeth Poulain

Ces plaques émaillées de petite taille (30 x 20cm), au nombre de quatre, sans que l’on connaisse le nombre total constitutif de la série, ni leur date de fabrication ou d’usage.Elles datent vraisemblablement des années 50.  Elles sont toutes conçues sur le même modèle : un fond vert, une bande jaune ou orange en bas pour indiquer le nom du sponsor qui offre la plaque aux gérants de camping. La série permettait aux utilisateurs du camping de savoir où étaient en particulier les points d’eau, les lieux où jeter les déchets, ceux où il est interdit de faire du feu et la plage où plonger et nager.

Camping, plaque publicitaire, Hutchinson, Coll.France Poulain

A les comparer, on distingue des différences. Certaines ont été plus utilisées que d’autres, on le voit à l’émail qui a sauté près du point d’accroche au clou dans la plaque « Robinet ». Les coins arrondis dénotent à mon sens une date antérieure à la seule qui soit à angles droits (la plaque « Poubelle »). Les couleurs aussi sont différentes selon les plaques. Le vert d’abord est plus ou moins éteint selon les plaques, la bande du bas est jaune profond ou orange…

Camping, plaque publicitaire, Hutchinson, Coll.France Poulain

C’est surtout la force du graphisme qui fait la différence. Le robinet et la poubelle sont une franche réussite avec un trait appuyé et juste, une forme  dépouillée qui va à l’essentiel et la couleur blanche du trait en symbole de propreté. Admirez la force du robinet. Il n’a pas besoin de mots pour communiquer avec vous. Regardez le couvercle de la poubelle qui laisse voir ce qu’on devine être un déchet. C’est du très bon design visuel,   compréhensible par tous, même par des campeurs non français.

Camping, plaque publicitaire, Gazpile relais Camping, Coll. France Poulain

Les deux autres de cette série semblent moins achevées de ce point de vue. La flamme du feu intrigue. Elle n’est pas directement compréhensible. Une raison peut-être vient de la couleur blanche utilisée pour la croix : cette fois, il aurait fallu du rouge et surtout de l’orange pour la flamme. Problème, le concept impliquait l’obligation visiblement de se limiter au blanc pour le corps central de la plaque et l’orange est réservée au rectangle du bas. Quant à la plongeuse, c’est le dessin lui-même qui pose problème. Il est un peu ri-qui-qui ! Il manque de force. Par contre, comme me l'a dit une campeuse, on voit clairement ses seins et elle n'a pas de maillot! Moi, j’espère qu’il lui était possible de plonger là où était apposée la plaque.

Camping, plaque publicitaire, Nautisport, Coll.France Poulain

Pour suivre le chemin

. Plaques, Collection privée France Poulain.

. Voir « 100 ans de plaques émaillées françaises » Pascal Courault et François Bertin, Editions Ouest-France, 1998

. Feuilleter « Histoire du Graphisme en France », Michel Wlassikoff, Les Arts décoratifs

. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album "Mobilités"   

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Château Gaillard, Les Andelys, Eure > Un symbole de force royale

6 Juin 2012, 16:42pm

Publié par Elisabeth Poulain

Une situation stratégique. Château Gaillard est implanté dans la commune des Andelys (département de l’Eure), sur un site dominant la Seine de 90 mètres, sans être au sommet de la petite colline qui le domine, mais bien situé à une courbe du fleuve, face à une île. C’est la position choisie par Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, héritier de la couronne en 1189  et Duc de Normandie pour défendre la Vallée de la Seine contre son voisin, le Roi Philippe Auguste, qui veut s’en emparer.

Chateau Gaillard, vue latérale de l'Est

Les rois d’Angleterre et de France sont en lutte depuis 1060. Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste se connaissent pourtant. Ils se sont rendus ensemble à la Troisième Croisade pendant l’hiver 1190-1191. Le roi de France rentre seul avant la fin des opérations et entreprend de conquérir la Normandie en l’absence de Richard Ier, comme on le nomme en Angleterre. Après un conflit, qui se termine par la défaite du roi français lors de la bataille de Fréteval près de Vendôme, les deux combattants signent le traité de Gaillon en 1196 par lequel le roi anglais cède au roi français les places fortes de Vernon et de Gaillon plus à l’Ouest. Mention est expressément faite dans le texte que le site des Andelys – on parle du manoir d’Andeli – qui est propriété des évêques de Rouen, ne peut être fortifié. Preuve s’il en est que l’idée était dans l’air du temps.

Un château symbolique pour montrer la puissance de Richard. C’est pourtant bien cet endroit que choisit Richard pour y édifier un système complexe fortifié de défense sur la colline pour le haut et, pour le bas, un barrage de la Seine, l’estacade, pour couper l’accès à Rouen en terre de France. En 1197, il négocie avec l’archevêque Gautier de Coutances et échange plusieurs de ses possessions normandes contre Les Andelys. Le site lui paraît stratégiquement également intéressant à un autre titre, c’est la pierre déjà présente sur place, facile à extraire, à creuser en galeries souterraines et à monter en muraille. C’est là qu’il  édifie le Château de la Roche, nommé aussi ‘de la Roque’. Sa construction décidée en 1196,  débutée en 1197, est achevée en 1198.  Le siècle se termine par la mort de son constructeur, Richard, l’année suivante au siège de Châlus, au nord-est du Duché d’Aquitaine, l’autre duché également possession anglaise en guerre avec le Royaume de France.

Chateau Gaillard Plan-Léon Coutil 1906

Un système complexe qui épouse le modelé du site. Il est conçu selon un schéma reposant à la fois sur les principes de « la défense  passive » grâce à un mur épais pour dissuader l’ennemi d’attaquer et sur « la défense en profondeur » qui consiste à multiplier les obstacles à l’avancée  de l’ennemi pour atteindre la grosse tour ronde, le cœur de la citadelle. La nouveauté de Château-Gaillard est que les deux entités emboitées normalement l’une dans l’autre sont ici séparées, avec d’une part la partie proprement défensive  située plus près de la Seine et le donjon en arrière dans une seconde partie plus en hauteur.

A cette double implantation territoriale se surajoute une double fonction défensive et résidentielle. Les éléments défensifs étaient pour la plus part visibles pour assurer la dissuasion et les éléments de vie étaient soient pas, peu visibles ou souterrains. Cette dimension en dessous a beaucoup d’importance. C’est du sous-sol qu’ont été extraites les pierres qui ont été taillées sur place pour gagner la course du temps lors de la construction au point, comme les fondations au profil bombé le montrent, que les joints de mortier n’ont pas eu le temps de sécher et de durcir. Ils se sont écrasés sous le poids des pierres. Les galeries d’extraction creusées à des fins militaires ont pu alors servir de lieux de stockage pour la nourriture et les autres denrées nécessaires à la vie des assiégés en période normale mais aussi pour résister à des sièges longs. C’était de la stratégie élaborée.

Ces innovations et le souci d’assemblage des différentes parties de Château-Gaillard ont contribué à renforcer l’image d’une forteresse invincible. La rapidité de la construction a contribué également au mythe de Château-Gaillard. Son appellation en témoigne. C’est un vrai château fort, la preuve, il s’appelle comme ça. Un autre élément enfin a rajouté au prestige de cet ensemble défensif au fil du temps, comme dans un raisonnement a contrario, c’est la volonté des deux souverains  de conquérir ce milieu de colline faisant face à la Seine. S’ils se battaient autant, c’est Château Gaillard le valait bien ! 

Chateau Gaillard, vu du haut

Un château érigé en un peu plus d’an par Richard et qui tombe en un an au bénéfice de Philippe. La mort  du roi Richard Ier, auquel succède son frère Jean,  réveille les appétits de reconquête du roi français qui s’empare en 1202 du poste avancé de Boutavant protégeant la forteresse de Château-Gaillard par la Seine. Il entreprend son blocus l’année suivante en 1203 et attaque le château qui se rend le 6 mars 1204, après un siège d’un an. Au cours de ce blocus, Philippe-Auguste avait fait creuser un double fossé protégé par 14 beffrois. Cette fois-ci c’est l’assaillant français qui renforce les défenses de Château-Gaillard, pour faire le siège des combattants anglais et des 1200 habitants du lieu-dit « La Couture » près de la Seine qui s’y étaient réfugiés.

Conçu pour sa capacité à  supporter des sièges, il apparaît en effet comme un refuge aux yeux des habitants proches de ce qu’on appelle maintenant le Petit Andelys sur les bords de Seine, le fleuve qui lie Rouen à la mer. Mais les vivres stockés pour durer un an ne peuvent suffire aux soldats, s’il faut les partager avec autant de réfugiés civils. Ceux-ci sont alors chassés de la première enceinte protégée en plein hiver ; ils errent prisonniers de la seconde enceinte et meurent de faim et de froid. C’est la première fois dans l’histoire de Château Gaillard qu’il est fait mention de civils habitant le hameau voisin. L’histoire transmise par les textes n’aurait probablement été qu’un fait parmi d’autres à porter au coût humain de la lutte, si Francis Tattegrain, un peintre du XIXe siècle, n’avait retracé sur un tableau à l’huile en 1894 une grande restitution de la terrible agonie et du dépeçage d’une jeune femme du groupe pour assouvir la faim de ceux qui l’ont attaqué. Cette scène de cannibalisme peint en style XIXe siècle est accrochée actuellement au mur de la salle des mariages de la mairie d’Andelys. 

Chateau Gaillard, chemin du haut

La poursuite de la lutte entre l’Angleterre et la France pendant la guerre de 100 ans. Le château, désormais revenu en 1204 au sein du Royaume de France, a perdu sa légitimité anglaise. Il commence une nouvelle vie faite d’oubli loin du pouvoir et d’un manque certain d’entretien. A la fin du XIVe siècle, des travaux de consolidation sont pourtant menés. Au début du XVe siècle, une quarantaine de soldats y vivent.

En réalité cette forteresse réputée inexpugnable  est ensuite reprise tour à tour par les Anglais et les Français. Elle revient pendant 10 ans dans le giron anglais à deux reprises, en 1419, au bout de seize mois de siège, avant que les Français la reprennent et la reperdent à nouveau en 1430 pendant 20 ans cette fois-là. Cette fois-là, cinq semaines de siège sont nécessaires (seulement) à Charles VII  de France pour reprendre la citadelle. C’est la dernière séquence anglo-française. Il est probable que la connaissance de l’intérieur du château par les uns et les autres, occupant tour à tour la position d’assiégeant et d’assiégé, a hâté son inutilité ; l’insistance anglaise s’est effritée et celle des Français du coup aussi. Il n’y a plus d’enjeu militaire. 

Un déclin rapide et continu du château. Comme le rappelle l’archéologue Dominique Pitte, sa situation pose en effet question. Il est placé à environ 200 mètres de la Seine, en lui tournant le dos. Il est peu adapté pour résister à l’artillerie à feu. Peu d’ouvertures spécifiques y ont été faites pour les armes à feu. Les fouilles de 1997 menées par la DRAC de Haute Normandie ont en effet révélé l’existence d’une chambre à feu qui facilitait le tir en optimisant le risque de la riposte. Sa position à mi colline le rend vulnérable aux bombardements venus d’en haut et sa conception même est remise en cause. Le roi Charles IX ne montre aucun empressement à verser des fonds pour ce château sans utilité stratégique. Le désintérêt du pouvoir est perçu sur place comme une incitation à s’en servir pour des usages non prévus. Pendant les guerres de religion, le château est occupé en 1589 par les Ligueurs contre les forces royales. Deux ans  de siège sont nécessaires à Henri IV pour le récupérer. Cette fois-ci, la guerre ne se fait plus entre Anglais et Français mais entre protestants et catholiques français. C’est la fin de la forteresse militaire. Restent les pierres par lesquelles l’histoire a commencé. 

Chateau Gaillard dan le broullard

La période du dépècement pierre par pierre de la forteresse. Autant de pierres tombées à terre et sans utilité particulière ne sauraient laisser indifférents. Le démantèlement a commencé, comme cela l’a été aussi de façon quasiment naturelle à Château-Gaillon proche. La demande faite au roi par les Etats de Normandie en 1595 de procéder  à sa démolition pour des raisons de sécurité publique ne fait qu’accélérer le processus naturel. La crainte était que la forteresse n’attire des hommes d’armes cherchant un refuge en attente de mauvais coups à faire.

Quatre ans après en 1599, satisfaction leur est accordée par décision de Henri IV qui s’oppose toutefois à l’arasement du donjon et au comblement des profonds fossés. On ne touche pas aux symboles. Aujourd’hui encore, ce sont les parties les mieux conservées. Charles de Bourbon, archevêque de Rouen, propriétaire du Château de Gaillon, est autorisé à prélever des pierres pour son château de Gaillon. D’autres responsables religieux, tels que les Capucins de Grand-Andely et les Pénitents du Petit-Andely, obtiennent à leur tour le sésame du roi, qui doit ensuite intervenir à plusieurs reprises pour calmer les nombreux et violents conflits entre ces communautés religieuses, pour savoir qui prenait quoi avant que l’autre le prenne.

Après quelques années d’enlèvement, c’est alors le roi Louis XIII qui enjoint au Parlement de  faire araser aux frais  de ce dernier ce qui reste debout pour empêcher le Duc de Vendôme  de s’en emparer à son profit.  Par un retournement de l’histoire dont Château Gaillard est coutumier, c’est le roi cette fois-ci qui demande aux parlementaires de Rouen de payer pour ce qu’il a accordé sans contrepartie 21 ans avant. Les édiles de Rouen refusèrent de payer pour un château qui était hors la ville. Les XVIe et XVIIe siècles virent se poursuivre la poursuite de la création d’un « chaos des ruines » selon la belle  formule de Dominique Pitte au 164e congrès des Andelys.

Chateau Gaillard, vue sur la Seine et l'île plein sud

La protection par l’Etat. Après sa démolition partielle, le château qui appartenait à la famille d’Orléans, revient dans le giron de l’Etat en 1852, puis pour moitié à la commune des Andelys en 1858. Quatre ans après en 1862, par une accélération de l’histoire, après tant d’inertie déliquescente, les ruines de Château Gaillard sont inscrites dans la liste de 1862 des Monuments historiques. Les premières fouilles ont lieu la même année. De nombreux travaux de consolidation sont alors menés pour éviter une poursuite trop forte des atteintes irréversibles du temps. La principale campagne dure 10 ans (1906-1916). Elle se poursuivit en effet pendant les deux premières années de la guerre franco-allemande de 1914-1918.  Les abords sont classés au titre du site par décret du 18 août 1936, quatre ans avant une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne, mais où Anglais et Français firent à nouveau cause commune contre l’Allemagne   Encore une succession de temps rapides et de temps lents.

Le site appartient actuellement à deux propriétaires, l’Etat reste en charge du donjon et de la chemise (son enceinte) et la Ville des Andelys du reste de l’ensemble, à savoir l’ouvrage avancé, comme s’il fallait à Château-Gaillard toujours deux parrains pour veiller sur lui. Une telle dualité ou binôme selon les époques est fascinante.

Le succès touristique du site. Il est dû pour partie au panorama exceptionnel sur une des boucles de la Seine, avec une agréable promenade au bas de la forteresse, partie surtout à l’histoire qui a opposé deux hommes au fort caractère dans une véritable lutte de donjon et de preux chevaliers, avec en arrière-plan, deux grandes dynasties que sont les Plantagenets et les Capétiens, toutes deux fondées à agir au nom de leur légitimité du sol. Richard Ier, appelé Richard Coeur de Lion, a certes été Roi d’Angleterre. Il fut aussi le vassal du roi de France auquel il devait allégeance. Il fut en effet Duc  de Normandie, Duc d’Aquitaine, Comte de Poitier, Comte du Maine et Comte d’Anjou. Quant à Philippe Auguste, il a été le roi qui a tout à la fois véritablement fondé le royaume de France en rattachant toute la partie ouest de la France au domaine royal initial  et conforté le pouvoir royal.  Un choc de titans qui a marqué de son empreinte la France contemporaine.

Château Gaillard, en bas, Petit Andelys, près de la Seine

Pour suivre le chemin

. L’histoire très complète et très documentée de la grande période du  château du tout début du XIIIe siècle sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_Gaillard_(Les_Andelys), avec cette estimation quantitative très anglo-saxonne de Château Gaillard en chiffres : Altitude : environ 100 m (celle de la Seine se trouvant à 10 m), Longueur : 200 m,  Largeur : 80 m, Poids : 4 700 tonnes de pierres, Donjon : 8 m de diamètre intérieur, 18 m de hauteur, Murailles : 3-4 mètres d'épaisseur, Coût : 45 000 livres pour l'ensemble du programme de fortification (château avec les avant-postes, le pont sur la Seine et le bourg de la Couture), l'équivalent de la solde annuelle de 7 000 fantassins…

. Le site de Jean-François Mangin, pour sa description claire d’un château fort du Moyen-Age à sa grande époque, ses belles photos, une bonne carte du site de Léon Coutil en 1906 et un dessin d’après Viollet-le-Duc  sur http://jean-francois.mangin.pagesperso-orange.fr/capetiens/fenetres_filles/chateaux_gaillard.htm 

. Dominique Pitteest à retrouver dans l’étude « 1204, La Normandie entre Plantagenêts et Capétiens », sous la direction d’Anne-Marie Flambard Héricher et de Véronique Gazeau, éditions CRAHM. L’archéologue du Service régional de l’Archéologie de Haute-Normandie, basé à Rouen. Dans l’ouvrage, il est l’auteur de « La prise de Château Gaillard dans les évènements de l’année 1204 ».

Lire aussi de cet auteur « Château-Gaillard, de la guerre de cent Ans à son démantèlement : le déclin d’une forteresse médiévale (XVe-XVIIe siècle) », Annuaire des cinq départements de la Normandie, publié par l’Association normande et les Assises de Caumont, Congrès des Andelys, 2006, 164e congrès. 

Château Gaillard, Tableau de tategrain, Les bouches inutiles, 1894

. Le peintre Francis Tattegrain, né à Péronne (Somme) le 11.10.1852,  est mort à Arras en 1915.  Son tableau intitulé « Les bouches inutiles », pour reprendre la dénomination utilisée dans un texte ancien relatant l’évènement, mesure 8,1m sur 5,10m !

. Photos France Poulain pour les photos du château vu  du haut de la colline et le tableau, Elisabeth Poulain pour celles prises du côté Est et d’en bas. Seules certaines sont insérées  dans l’article, les autres sont à voir dans l’album « Eure-Patrimoine ».  

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Une drôle d'histoire > Le sucre encensé, exploité, vilipendé, taxé

1 Juin 2012, 15:17pm

Publié par Elisabeth Poulain

Oui vraiment une drôle d’histoire, à la fois lointaine, proche et actuelle. Le sucre est un produit alimentaire qu’on ne mange pas en tant que tel, dont on ne saurait pourtant plus se passer et qui suscite, malgré son arrivée tardive dans notre alimentation, une réprobation mondiale alors qu’on le trouve partout dans toutes les cultures du monde ou quasiment,  dans les mets sucrés aussi bien que salés. Pour lui, on a volé, transformé des êtres humains en machine à produire, pour lui on a mobilisé des flottes entières de navires pour guerroyer et traverser les océans, donné des milliers d’hectares gratuitement à des entrepreneurs du nord de la France…Maintenant on en fait un thème majeur de la santé dans le monde. Le sucre, une découverte forte de l’art de vivre européen du XVIIIe siècle et jamais démentie depuis, est dénoncé comme un fléau mondial.

Sucre-Glace-Traditional Banana Boat Spilt Wikipedia

. 1. Quelques rappels d’histoire pour caler le sucre. C’est vraisemblablement dans la Vallée de l’Indus, à une date indéterminée (-10 000, 6 000 av JC) que les premières plantations de canne à sucre ont été cultivées. C’est là aussi qu’est né l’art d’extraire le sucre du jus de la canne, de le purifier et de le cristalliser. Les premières sucreries y ont été construites, au début du premier millénaire (vers l’an 350, pendant la dynastie des Gupta). Puis le lien se fit avec les marchands arabes. La canne à sucre fut acclimatée au Moyen-Orient, sa production encouragée et raffinée afin d’en faire du sucre cristallisé facile à transporter et à vendre. La Méditerranée servit alors d’aire d’expansion naturelle du sucre dans un double mouvement d’exportation de sucre, notamment de sucre candi à Malte, par les marchands et d’importation de plant de canne en Italie (Venise), en Grèce et dans le sud de la France, lors des Croisades en particulier. 

Vers 1390, une meilleure technique de pressage fut mise en oeuvre, ce qui permit de doubler la quantité de jus obtenu à partir de la canne, une découverte qui encouragea l’expansion économique des plantations de sucre en Andalousie et en Algarve. Trente années après seulement, la production de sucre fut étendue aux îles Canaries, à Madère et aux Açores.

Sugar cane Bois Rouge La Réunion David Monniaux 2005 Wikip

La grande aventure du sucre en Amérique latine. Les Portugais importèrent plus tard le sucre au Brésil. En 1540, l’île de Santa Catarina comptait huit cents sucreries et la côte nord du Brésil, Demarara et le Surinam deux mille. Après 1625, ce furent les marchands hollandais qui importèrent la canne à sucre d’Amérique du Sud dans les îles des Caraïbes, aux îles Vierges et à la Barbade. Les Caraïbes constituèrent dès lors la principale source mondiale de sucre grâce à la main-d’œuvre fournie par l’esclavage en provenance d’Afrique de l’Ouest. Dès le début du  XVIIe siècle, le sucre devint très populaire et le marché du sucre connut une forte croissance, cette fois-ci parce que la production de sucre fut de plus en plus mécanisée. La machine à vapeur alimenta un premier moulin à sucre en Jamaïque en 1768.

La réussite de la mécanisation aux Antilles et l’avènement de la betterave sucrière. Les effets de la mécanisation furent pluriels. Le recours au commerce triangulaire et en particulier à ce qu’on n’appelait pas encore « l’or noir » fut d’abord ralenti puis stoppé. La traite des esclaves en provenance d’Afrique de l’Ouest vers les Antilles se tarit. La constitution d’une caste de riches familles se poursuivit. Une conséquence du quasi-monopole des Antilles pour l’Europe via la France fut la dépendance économique qui s’ensuivit. Le blocus décidé par l’Angleterre (1795) mit fin aux importations de sucre en France. Les conséquences  furent fort dommageables, le mécontentement grand. On avait pris goût au sucre.

La France était alors le premier importateur-exportateur de sucre en Europe. Commence alors une longue période troublée par une véritable guerre du sucre qui devient une guerre économique entre le Royaume-Uni, jaloux du rôle de plaque tournante de la France dans ce domaine, et la France. A ce blocus anglais du sucre antillais en direction de la France, répondit le blocus continental décidé par Napoléon (1810) pour empêcher quiconque d’acheter du sucre aux Anglais. L'Empereur y renonça très peu de temps après faute de pouvoir atteindre ses objectifs, il donna contre-ordre et se soumit. Tout le sucre consommé en France et revendu en  Europe fut acheté en Angleterre ! Quasiment dans le même temps, en 1811, Napoléon décida par décret d’offrir gratuitement 42 000 hectares de terre dans le nord de la France aux industriels capables de produire massivement de la betterave et d’encourager la recherche pour développer la production. A cet effet, quatre écoles de chimie sucrière furent  créées en France.Une belle façon de mettre fin au monopole de fait de l'Angleterre. 

Sucre Gourmandise RitzParisGarden PierreGeorgesJeanniot 190   

. 2. De l’expansion et de l’usage du sucre. Pendant cette longue période en Europe, le sucre,  produit exotique et rare, est d'abord réservé aux apothicaires et aux élites chez qui il est utilisé comme monnaie d'échange, épice et médicament jusqu'au XVIIe siècle. Il  ne devient un médicament puis un ingrédient alimentaire qu'au XVIIIe siècle. Associé au chaud et au sec selon la théorie des humeurs, il soigne le lymphatique ou l'atrabilaire, purge le phlegme, entre dans la fabrication de sirop (chaud et sec) contre le rhume (froid et humide)… Dans plusieurs pays où il existe une nette séparation du sucré et du salé, le sucre apparaît plutôt en fin de repas puis en entremets comme dans le blanc-manger.

De l’époque napoléonienne, date la naissance d’une grande industrie du sucre dans le nord de la France et une véritable démocratisation de la consommation. Sans avoir de chiffres précis touchant à la consommation, on sait que la production de sucre fut multipliée par 1 000 entre le XVIIIe et le XXe siècle. En Europe, la betterave remporte depuis lors la palme de la quantité tandis que la canne retrouve un second souffle grâce aux producteurs respectueux de l’environnement dans des pays historiquement à forte tradition sucrière comme les Antilles ou le Brésil. Au plan mondial, la canne domine avec 70% du marché environ et la betterave pour 30%.  

Les conditions de travail et la rémunération des petits producteurs latino-américains. Le commerce équitable joue un rôle non négligeable pour les améliorer. Les  travailleurs salariés de la canne dans les petites exploitations non mécanisées dans les îles montagneuses des Caraïbes continuent à couper la canne dans des conditions déplorables, indignes, avec un salaire journalier de 1,20 UDS par tonne (2008), sachant qu’un homme expérimenté au mieux  ne peut en couper que 1,5 tonnes par jour, "dont sont déduits le coût du logement et celui de la machette". C’est ce que dénonce Elizabeth Abbott une universitaire canadienne qui a vécu 5 ans à Haïti et qui connait bien aussi les conditions de travail de la République dominicaine, le pays voisin, producteur de sucre et de café. Le travail y est tellement dur physiquement que peu de Dominicains veulent faire ce travail malgré le chômage très fort. Les tiges,  plus hautes que les hommes, sont très dures à couper, les feuilles sont coupantes, la chaleur et l’humidité étouffantes, les mygales et autres bestioles nombreuses. Il faut aussi au coupeur ramasser les tiges. Ce sont donc essentiellement des Haïtiens traversant illégalement pour beaucoup la frontière qui viennent faire ce travail. La situation des salariés est différente dans les grandes exploitations brésiliennes mécanisées. C’est alors la terre qui souffre du fait des exigences de cette grande plante très gourmande.        

Sugarcane Harvest Piracicaba Sao Paulo Brazi l2009 Mariordo

 

La situation contrastée du sucre. Un produit triplement mondial. Déjà produit mondial de par son histoire et ses origines géographiques, le sucre est désormais un produit totalement mondialisé au niveau de la consommation. Il fait alliance avec toutes les cultures du monde quel que soit le type d’aliments, sucré bien sûr, salé, comme renforçateur d’un  goût équilibré, en hors d’œuvre, plat principal,  légumes, sauces, desserts, confiserie, soda,  glace..., sans même parler des aliments ou des boissons naturellement riches en sucre comme les pâtes, les fruits, le vin et les alcools…Couplé avec le sel, il renforce le goût de n’importe quel aliment et permet de rendre appétissant ce qui ne l’est pas. C’est un ingrédient de masquage qui opère caché et qui surtout ne coûte presque rien à l’industriel.

 

Il est également un produit global en ce sens que l’enfant qui vient de naître reconnait immédiatement l’eau sucrée, rejette l’eau salée et grimace à l’eau vinaigrée. Il en va de même en fin de vie, avec des nutriments liquides à boire, qui contiennent 98% de glucides. Entre ces deux portes de la vie, le sucre répond à un tel besoin de douceur que son usage répété et ancré dès l’enfance permet de le comparer à une drogue. Il est surtout totalement associé à la fois à l’enfance, à l’amour des parents pour leurs enfants, des grands-parents…, plus tard à la convivialité en réunion et à la récompense. La ritournelle publicitaire renforce ce lien. Tous les jours, on lit, on entend, on vous dit de « vous faire plaisir, vous l’avez bien mérité ». Mais il n’y a pas que cela.

Sucre Glace Peach Melba RobieSproule 2005 Wikipedia

Un produit global. C’est en ce sens aussi que le sucre l’est dans l’histoire d’une société et du monde. Le sucre était un produit de luxe réservé aux « riches », qui pouvaient tout se permettre,  alors que les « pauvres » connaissaient les restrictions de toutes natures. Cette vision duale, du tout ou rien, s’est transmise de génération en génération dans le monde entier. La double société de consommation et de l’information a cassé les cloisons étanches qui protégeaient du regard la classe qui avait accès au monde de la suavité sensorielle, avec une réponse immédiate de plaisir. Actuellement, il y a presque dans toutes les classes de la société une profonde volonté de revanche, avec cette idée que j’ai entendue plusieurs fois « fichez nous la paix avec le trop de sucre, c’est enfin à notre tour!. Ca concerne les autres». Allez donc dire à une gentille grand-mère que faire des confitures pour ses petits-enfants n’est pas vraiment une preuve d’amour ou suggérer à un petit enfant de ne pas apporter un plateau entier de guimauves colorés pour l’anniversaire d’un copain dès quatre-cinq ans, sachant que chacun va faire de même! On vous regardera comme une dangereuse passionaria !

Comme le rappelle Elizabeth Abbott, en citant l’ethnologue Marcel Mauss, le sucre est « un fait social total », totalement transversal, affectant toutes les sphères de la  psychologie humaine individuelle, familiale, de la relation à l’autre, dans la vie courante, les relations de travail, celle des Etats, dans le domaine de l’économie, du symbolique et du religieux. Il n’existe aucun autre produit alimentaire comparable au sucre, au point d’ailleurs que l’appeler un produit choque l’oreille ; ingrédient ou substance ne valent pas mieux. Le lien avec le sucre est si fort qu’on fait maintenant des confiseries pour chien dans une démarche d’anthropomorphisme tellement forte que le chien remplace l’enfant que l’on s’attache avec les sucreries, la confiture…

Sucre-Confiseries-Imitation de légumes et de fruits-dSaint

La taxation du sucre. Sous cet éclairage, elle apparaît comme une mesure vexatoire , discriminatoire et inefficace. Quelques mesures de premier niveau par contre pourraient être prises, comme le rejet hors l’école de machines à friandises, la diminution des contenants de sodas comme ce qui vient d’être décidé par le maire de New York et toujours…la pédagogie sous toutes ses formes. Il n'en reste pas moins vrai que le prix trop bas du sucre à la production reste un vrai problème, avec des travailleurs exploités, des terres qui s'épuisent, des prix de vente trop bas en début de circuit, avec une valorisation qui se fait toujours en fin de production.Il est quand même incroyable de voir que le sucre continue à être produit par la souffrance d'un trop grand nombre d'hommes et de femmes dont c'est le seul moyen de survie.   

Pour suivre le chemin

. Lire « Histoire du Sucre », Jean Meyer, Editions Desjonquères, mai 1989, qui offre une analyse fournie de l’aventure européenne et américaine du sucre.

. Pour la vision mondiale, avec une prise en compte de l’histoire du sucre à partir de l’Asie, toujours http://fr.wikipedia.org/wiki/Sucre

. Sur l’histoire du sucre en Europe au XIXe siècle et de la relation chahutée entre le sucre de canne et le sucre de betterave, découvrir l’« Histoire pittoresque de notre alimentation » de Georges et de Germaine Blond, les Grandes Etudes Historiques, Librairie Arthème Fayard, 1960 et voir pour compléter  http://www.candico.be/produits/sucre-de-canne/histoire-du-sucre-de-canne.aspx

. Lire le remarquable ouvrage d’une chercheure canadienne, Elizabeth Abbott,  sur une autre vision du sucre, « Casser du Sucre », Fides édition http://www.ledevoir.com/culture/livres/209011/casser-du-sucre L’auteur nous apprend que « chaque esclave du sucre produisait 130 fois plus de richesse qu’un travailleur anglais. »

. Voir aussi le reportage photo de Céline Anaya Gautier 2007 sur la situation des coupeurs de canne haïtiens "Esclaves au Paradis" sur http://www.sucre-ethique.org/IMG/pdf/EAP.pdf

. Découvrir « la guerre des Beignes » (50% de sucre et 40% de lipides).– ce qu’on appelle en France des beignets, des petites pâtisseries rondes frites dans de l’huile - sur  http://www.radio-canada.ca/actualite/lepicerie/docArchives/2003/10/23/enquete.shtml 

. Retrouver aussi sur le sujet un article de Fabrice Etrillé, chercheur en économie de la santé, laboratoire Alimentation et Science sociale, INRA, dans Le Monde 9.10.2007, qui cite un autre aspect non traité dans ce sujet, l’apport fondamental et bon marché du sucre lors de l’effort dans les travaux de force et le sport. Il est le seul à évoquer, à ma connaissance, le plaisir d’appartenance à la société de consommation, et un plaisir vu par les autres : « Les produits de grignotage et les plats préparés sont perçus dans les classes populaires, comme des produits de luxe qu’il faut pouvoir se payer occasionnellement pour faire partie de la société de consommation ». 

. Quant à la pédagogie, il ne faut passe cacher le fait que c'est un outil obligé à efficacité très réduite, parce que le sucre touche à l'intime, à l'enfance, qu'il existe un puissant lobby du sucre en France et dans tous les pays et aussi...parce que les pouvoirs en place savent tout ça. La très grande campagne financée par l'Union européenne en France en 2001, sous le titre "Le plaisir dans l'assiette, la sécurité en tête", ne comporte tout simplement pas,  dans ce véritable livre de présentation (148 pages), de section dédiée au  sucre. Chaque pays membre a eu liberté de parler comme il l'entendait des bonnes pratiques alimentaires. L'UE a assuré le financement dans tous les pays membres. Une énorme opération pour avoir bonne conscience.

. Photos Wikipedia, avec mes remerciements aux contributeurs,avec un regretqui est de n'avoir pu trouver des dessins anciens ou des photos de coupeurs de canne aux Antilles.

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2012, L'Année de la Gastronomie à Bruxelles > Manger, qu'ils disent

30 Mai 2012, 18:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est une nouvelle série qui commence. J’avais  dans l’idée de débuter par « ‘Marcher’, qu’ils disent », ce sera ‘Manger’, qu’ils disent d’abord. Un verbe à l’infinitif pour bien montrer l’injonction et « qu’ils disent » parce que c’est ce que j’entends tous les jours à la radio, dans la rue, ce que je lis dans mon journal ou à l’écran :  vous devez manger cinq fruits et légumes par jour, vous devez marcher 30 minutes chaque jour…Vous devez, vous devez, vous devez… .» Etonnez-vous que votre tête enfle chaque jour un peu, beaucoup, énormément . 

2012 Brusselicious, Plaquette                                                                                                                                            

.2012,  l’année de la gastronomie à Bruxelles. C’est le concept choisi par la Région de Bruxelles-Capitale pour attirer les touristes venant de tous pays et animer de l’intérieur l’agglomération bruxelloise qui forme la troisième composante de l’Etat belge. C’est tout autant une grande opération touristique  à effet international, européen  et national qu’une belle politique de communication institutionnelle qui s’inscrit dans une vision dynamique de marketing territorial large. L’’idée centrale est que  Bruxelles est au moins pendant un an la capitale mondiale de la nourriture et de la gastronomie.

Cinq niveaux d’acteurs et/ou d’organismes peuvent être distingués. Une association a d’abord été créée pour regrouper tous les professionnels volontaires intéressés - les restaurateurs, les patrons de bar en lien avec les producteurs de Champagne ainsi que les producteurs de différentes spécialisations gourmandes tels que chocolatier, brasseur...,  participant à l’opération « 2012 Bruselicious ».  En face d’eux, les écoliers et étudiants pour lesquels une grande exposition pédagogique est conçue et surtout, surtout tous les amateurs et curieux qui pendant toute l’année 2012 vont être les véritables vedettes d’une opération à la fois ambitieuse, originale et innovante.

2012 Brusselicious, Dégustation de vin, Plaquette

. 1. « Brusselicious 2012 » organisé par La Région de Bruxelles Capitale. C’est une très grosse opération évènementielle annuelle menée par la Région de Bruxelles-Capitale, présentée sous forme d’un dépliant très attirant. La version française que j’ai sous les yeux a choisi, pour représenter la gastronomie de la ville des choux de Bruxelles dans un cornet grande taille de frites, la version flamande un cornet de moules. Au-dessus, sur deux lignes, « VisitBrussels, Sized for Events », en dessous la mention en deux lignes« Brusselicious, 2012 Année gourmande » puis « www.brusselicious.be »

Une fois dépliée, la page intérieure est composée de deux grandes parties. Les deux colonnes dépliées à gauche précisent les opérations valables toutes l’année. Quatre propositions sont faites, avec à chaque fois innovation et liberté de choisir :

. en haut, des menus Brusselicious avec à chaque saison trois ingrédients bruxellois – des choux de bruxelles par exemple- pour les trois services des menus des restaurants adhérant au programme et des bars qui proposent une dégustation de trois champagnes avant de choisir sa préférée qui vous sera servie ;

. en bas, un cycle de 24 films tous axés sur la gastronomie –tiens, coucou, revoilà le mot- à raison de 2 par mois, suivie à la fin de la projection d’une dégustation en lien avec le film. Un repas complet se déroule sur l’année. Cerise sur le gâteau, des films à public familial sont programmés le samedi après-midi. En grande photo pour faire le lien entre le champagne et le cinéma une photo d’un bar avec cinq hommes et une femme assis-e-s.

. « A table ! » présente les grandes lignes de l’expo présentée plus bas. En photo, des macarons de toutes les couleurs. 

2012 Brusselicious, Gâteaux de Noël, Plaquette

Les quatre autres colonnes sont consacrées à la description des programmations spéciales de 6 mois choisis pour rythmer l’année 2012: mars, avril, mai, juin, septembre et novembre ; chaque mois se caractérisant par une série variable d’évènements déterminés :

. Mars : Etape bruxelloise de l’Omnivore Food Festival au Heysel / Concours gastronomique du Bocuse d’Or / les artistes s’emparent des icônes bruxelloises de la nourriture,                                                                                                            

. Avril : Chasse  aux œufs / Tenue de Belgovino, le salon belge du vin / Challenge Black Russian Cocktail (vodka + liqueur de café),

. Mai : Tea World Rendez-Vous / Parcours Brusselicious dans les Musées,

. Juin : Pique-Nique chaque dimanche dans un des parcs de la ville / Culinaria Summer, avec des menus composés par quatre chefs étoilés / Brussels Wine Week / Dinner in the Sky, sur une plate-forme à 40 mètres du sol, en 4 lieux de la ville, avec aussi des grands chefs étoilés aux commandes,

. Septembre : Week End de la Bière Belge / Brusselicious Festival, avec une centaine de pavillons et les plats emblématiques des grands restaurants / Goûter Bruxelles à tendance Slow Food, avec plus de 100 activités, 70 restaurants dans 19 communes,  

. Novembre : Semaine du Chocolat / Brussels Beer Challenge en sa première édition pour sélectionner les meilleures bières du monde / Festival des Fritkots (= friteries), avec un plan pour sélectionner les meilleurs dans les 19 communes de la région de Bruxelles. 

2012 Brusselicious, Tram de Luxe pour dîner,

La page externe qui inclut en première colonne les deux couvertures avec choux de Bruxelles d’un côté et rose flashy de l’autre, est très différente dans sa présentation. Il s’agit là de montrer l’envergure évènementielle de la découverte de la Région de Bruxelles dans sa version Bruselicious avec trois balades gourmandes axées sur le sucré, le best-of de Bruxelles et la belgitude des choses et des produits créés spécialement pour l’année (des chocolats et de la bière). Toute l’année sont proposés des repas gastronomiques sur réservation dans un tram design de couleur blanche qui permettent de découvrir la ville autrement.   C’est certainement la proposition la plus innovante du programme. 

. 2. L’exposition «  A table. Du champ à l’assiette » à Tour & Taxis. Cette exposition a été conçue par tempora s.a., une agence belge de création d’expositions  pour faire découvrir de façon pédagogique la complexité de l’acte de manger décomposée en cinq séquences, à savoir « cultiver, transformer, manger, imaginer », savourer pour « gastronomie » dans le texte.

2012 Expo, A table, Du Champ à l'assiette

Toutes les facettes de l’acte de mangervont être utilisées tout à tour sous un aspect de « pédagogie ludique ». Citons les expositions, des films, des ateliers de cuisine et/ou de dégustation, des présentations par des « grands cuisiniers » et l’appel à des artistes qui ne disent jamais non. Le positionnement d’une telle focalisation part de ce qui se passe du « champ à l’assiette » -  pour reprendre un concept utilisé par des publicitaires français en 2005 pour vanter « le bien manger » aux enfants et aux étudiants essentiellement -  jusqu’à la remise d’une recette de cuisine belge. La démonstration pédagogique se fonde sur un constat non contestable : d’un côté la faim existe, les émeutes des pauvres n’ont jamais cessé et de l’autre en pays dits riches la malbouffe cause des ravages plus ou moins visibles ; on meurt de plus en plus de déséquilibres alimentaires, avec de fortes surcharges pondérales ou des anorexies morbides. Mais ça, c’est marqué en page 5 du A4 plié en trois, l’endroit le moins visible du dépliant. Ce que l’oeil retient est la croqueuse du monde.

Le visuel de la plaquette montre en effet une jeune femme blanche et très jolie, dont on ne voit que la jolie bouche rouge et les dents blanches s’apprêter à avaler le monde qui se tient au bout d’une fourchette. Cette photo se veut rieuse à l’image de la jeune dame, nouvelle Eve des temps modernes. Elle est encore tristement vraie alors que des pays à fort taux de dénutrition, où la famine existe encore vraiment, continuent à produire des aliments d’extra-luxe pour des pays riches, sans pouvoir assurer leur propre auto-suffisance alimentaire. Il y a ce que disent les quelques  mots pour soulager notre bonne conscience, les mots très nombreux pour dire le plaisir infini et jamais satisfait de manger dans une sociologie du toujours plus et le visuel qui montre une vision quasiment « coloniale » des relations internationales alimentaires complètement dépassées ou qui devraient l’être. 

2012 Bruxelles, Expo Sweet Candy, Evere, Musée Moulin et de l'Alimentation                                                                                                                                                                       

3.  L’Expo « Sweet Candy » au Musée bruxellois du Moulin et de l’Alimentation. Elle présente « une histoire sucrée de la confiserie » jusqu’au 31.08.2012. Son activité n’est pas seulement centrée sur le sucré mais c’est le thème très large que le musée a choisi pour cette année gourmande même si le lien n’est pas fait. Le choix vient essentiellement du choix de l’enfant en visiteur privilégié. En visite familiale, il ne paie pas de droit d’entrée jusqu’à 12 ans.  Au menu des activités sucrées, des visites gourmandes, des démonstrations à thème selon les catégories de bonbons (guimauve, caramels, nougat, sucettes) et des ateliers pour gourmands créatifs ou des stages sur l’histoire des bonbons. Il existe aussi des conférences comme celle que fait  Pierre Leclerc (Université Libre de Belgique) sur Lancelot de Casteau et les premiers traités de confiserie à la Renaissance. Un des prochains évènements annoncés aura lieu les 17 et 18 septembre prochain à Evere lors des Journées du Patrimoine au Moulin. 

Quelques mots pour finir. Peut-être parce que justement on a pris conscience que l’accès à la nourriture demeure un idéal non assuré dans le monde pour des millions d’êtres humains, la gastronomie reste peut être encore plus que par un passé récent une valeur sûre du bien-être en société. Bien manger est toujours présenté comme un luxe accessible du et la sortie au restaurant demeure la première activité culturelle, en particulier des Français. Au vu de cette année 2012 de la gastronomie, les Belges à mon avis doivent partager cet engouement gastronomique.  

Friterie, Place Flagey, Bruxelles

Pour suivre le chemin

 . La grande exposition a lieu encore quelques jours, jusqu’au 6 juin 2012 à Tour & Taxis à Bruxelles, à voir sur  www.expo-a-table.be; le dossier de presse est à consulter sur  http://www.foiredelibramont.be/wm-media/news/atable_fr.pdf

. Retrouver l’agence « tempora s.a. » sur http://www.expo-terra.be/nous-contacter/qui-sommes-nous.html

. Voyer le programme des activités du Musée bruxellois du moulin et de l’Alimentation sur www.moulindedevere.be

. Découvrer Lancelot de Casteau  sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Lancelot_de_Casteau où les plats sucrés appartiennent au quatrième service.

. Photos EP à partir des plaquettes + Friterie Place Flagey. Je confirme que les frites y sont vraiment exceptionnelles.  

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Gaillon > La renaissance d'un Château de la Renaissance > Eure

21 Mai 2012, 14:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

Il y a plusieurs sortes de renaissance . Au premier sens du terme, il s’agit bien d’une naissance nouvelle qu’indique le préfixe de « re », comme dans renouvellement, revitalisation… Au sens historique, le mot prend  une majuscule, pour désigner une grande période de l’histoire de l’Europe, la Renaissance, qui s’est traduite en Italie, en France … par une véritable explosion des savoirs et des arts, un certain style de vie hédoniste « à l’italienne », une véritable ouverture sur le monde, la naissance d’une certaine idée européenne et la croyance très contemporaine que tout devenait possible à l’Homme. Le titre de ce billet met l’accent sur l’appartenance de ce château à cette longue période de l’histoire de France. Il indique aussi qu’il y a effectivement une nouvelle mise en lumière, une nouvelle vie donnée à ce château à la longue vie. 

 

Blog 2011.09.2011 rose Rouen 113

 

. 1. Une vraie renaissance, c’en est une, une belle et nouvelle vie offerte à un château qui ne demandait que cela, plongé qu’il a été dans les tremblements de l’histoire qui ont failli le voir sombrer, disparaître pierre par pierre. Il a servi à tout, à la défense, au plaisir comme à la peine.  Il a servi à beaucoup de personnes, qui l’ont par exemple utilisé comme une carrière de pierres, avec des pierres toutes prêtes à l’emploi, lors des périodes de déshérence, quand plus personne ne s’en souciait.  

 

Ses souterrains ont été utilisés comme cavier pour entreposer les vivres comme il en était l’usage. En d’autres temps, ils servirent aussi de geôle, maison carcérale, prison pour enfants, lieu de détention, maison psychiatrique…Puis ce fut l’oubli, en une forme de déni étonnant, comme s’il était possible de gommer d’un trait une histoire qui commença  lors de la longue lutte qui opposa le Royaume de France et le Royaume d’Angleterre, avec entre eux, la Normandie en Duché anglais. 

Blog 2011.09.2011 rose Rouen 117

 

Une logique de temps qui passe. C’est une logique fondée sur le temps qui va, s’en va et puis revient autrement. On construit, on ajoute, on détruit, on sauve, on édifie dessus ou à côté, on laisse se dégrader, on sauvegarde, on renforce, on réaménage, on ré-ouvre… Tant les différentes composantes de cet ensemble bâti que le parc appartenant au château ont fait l’objet au cours des siècles de très  nombreux agrandissements, ajouts, modifications en vue de l’embellir ou destructions et réductions. C’est un château qui n’a jamais cessé d’être modifié, arrangé, agrandi, tout en connaissant entre chaque nouveau propriétaire ou occupant des fortunes glorieuses ou difficiles  – la vie du château est émaillée de ruines et de travaux de consolidation - avant d’assurer une fonction d’enfermement non prévue au départ, pour renaître maintenant dans le cadre d’une nouvelle vie apaisée, orientée vers l’accueil des touristes, amateurs de ce riche patrimoine de cette partie de la Vallée de la Seine en Normandie, marquée  par Giverny en amont de la Seine et Château-Gaillard et Rouen en aval. 

 

Blog 2011.09.2011 rose Rouen 072

 

. 2. En Normandie, face aux Anglais, un château défensif. Comme Château-Gaillard, situé non loin de là, le Château de Gaillon – car il existe un village, celui de Gaillon au pied du château, alors que Château Gaillard est situé dans la commune des Andelys - le second a eu aussi pour objectif de défendre le Royaume de France contre l’ennemi anglais. Pour remplir cet objectif militaire, le château fut édifié en haut d’une paroi rocheuse très pentue sur une ancienne motte féodale (en rouge sur la carte ci dessus) qui permettait d’avoir une large vue sur la vallée de la Seine en contrebas. De ce château dans cette première période, on n’a retrouvé, lors de fouilles faites en 1975 que deux vieilles tours et un escalier datant du XIe siècle. Sa première vocation fut donc défensive. La trêve de 1194 conclue entre les deux Etats confirma l’attachement du château à la couronne de France. 

 

Blog 2011.09.2011 rose Rouen 075

 

Les atouts du site. Ils ont été nombreux, comme le montre le témoignage du préfet Rollant de Chambaudoin du 4 décembre 1809 à l’intention du Ministre de l’Intérieur,  pour choisir Gaillon comme lieu préférentiel d’implantation de la « maison centrale » (une prison centrale) que recherchait le pouvoir.  Le préfet proposa cette « ancienne maison de campagne des archevêques de Rouen ». Une « maison », qui était en réalité un château « bâti sur une éminence, dans une situation agréable », qui « domine la belle vallée de la Seine et la petite ville de Gaillon qui lui est adjacente…Il est adossé à un parc de 400 arpents… d’où découle une source d’eau douce très abondante et très seine (avec cette orthographe dans le texte)... ».

 

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. 3. Très vite, une résidence d’été pour les hauts dignitaires de l’Eglise. Ce sont les archevêques de Rouen qui ont accepté l’échange proposé par Saint-Louis, roi de France d’en acquérir « la propriété perpétuelle » en 1263 en contrepartie de la cession par eux de viviers et de moulins leur appartenant à Rouen et du versement d’une certaine somme d’argent. Les ecclésiastiques en ont fait alors leur résidence d’été.

 

Le premier archevêque cité, Eudes Rigaud, prend la peine de relever les ruines avant de partir aux croisades (1269). La période de tranquillité relative est à nouveau  brisée par les Anglais. Il faut conforter la défense du château par de nouvelles fortifications (1415), qui n’empêchent pas les Anglais d’en faire le siège. Après la fin des hostilités, ordre est donné par le pouvoir royal français de démolir. On est alors en 1423. L’archevêque s’élève avec force contre la destruction de ce qui est la propriété perpétuelle des évêques de Rouen. Il réussit à sauver la partie résidentielle de l’Aile Est et entreprend de nombreux aménagements du sous-sol avec le percement de nombreuses galeries. A sa suite, le Cardinal d’Estouville pendant 10 ans, (1453-1463) commence lui aussi par sauvegarder les ruines avant d’édifier à son tour une nouvelle partie, l’Hostel Neuf et le Pavillon d’Entrée Sud. A cette époque, on parle du Manoir de Gaillon. 

 

Arrive la grande période Renaissance du Château, sous la direction du Cardinal d’Amboise qui modifie en profondeur le château (1463 à 1510). Il en fait son Palais italien, en symbole de ce nouvel art de vivre ouvert sur les arts et la douceur. A partir de cette époque, Gaillon devient le premier Château Renaissance de France, une étiquette qui lui est depuis resté accrochée. Des gravures attestent du faste des décors surajoutés aux murs du château dans la cour intérieure, à l’allure d’un théâtre  mais aussi à l’intérieur du bâtiment. 

 

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La vocation hédoniste du palais et de son parc. C’est l’objectif des travaux entrepris au cours du XVIe et XVIIe siècle dans ce qui devient une affaire de plusieurs familles de grande noblesse.  Le neveu de Georges Ier d’Amboise, George II d’Amboise, poursuit les travaux d’embellissement entrepris par son oncle, en particulier dans les jardins. Parmi ceux qui continuent à œuvrer en faveur du château, citons également Charles Ier de Bourbon puis Charles II, suivi par Charles III, tous de Bourbon. 

 

A la fin du XVIIe siècle puis au début du XVIIIe siècle, c’est Jacques Nicolas Colbert, le second fils du Ministre Colbert, qui prend le château en charge. Il fait appel à Jules Hardouin Mansard pour modifier le jardin et construire le pavillon Colbert, un long bâtiment édifié en parallèle au Château, mais sans lien avec lui, en arrière-plan pour marquer la séparation avec la forêt qui occupe le haut de la colline. Il demande également à  André Le Nôtre, le grand jardinier de Versailles, d’intervenir aussi dans le parc. Le 18e siècle voit se poursuivre l’achèvement des jardins hauts et bas, pour créer un cadre paysager de verdure maîtrisé en accord avec la magnificence raffinée d’un château dédié à la douceur de vivre, mais qui manque de symétrie. 

 

L’archevêque Nicolas de Saulx-Tavannes (1759 à 1791) fait détruire la prestigieuse fontaine au centre de la Cour d'honneur, en très mauvais état par défaut d’un manque d'entretien. Le dernier archevêque de Gaillon de 1759 à 1780 est Dominique de La Rochefoucauld. Ce 3e et dernier archevêque de la famille est celui par qui se clôt la longue appartenance du château au Haut-Clergé et les sept siècles  de paix dont il a pu jouir. 

 

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. 4. Sa destruction lors de la période révolutionnaire. C’est la troisième fois que le château voit son existence menacée. Mais cette fois-ci, la décision est réfléchie et volontaire. Il ne  s’agit pas d’une attaque ennemie ou des dommages du temps, mais d’une attaque de l’intérieur. En 1793, des bâtiments sont mis à bas, le pillage est organisé, les pierres sont récupérées pour édifier des maisons ou autres constructions. En 1797, le château est ensuite vendu comme bien national au Citoyen Darcy qui en fait une ruine en l’espace de 10 ans. Des sculptures sont volées ou détruites à tout jamais. Seuls restent des dessins et des plans qui attestent de la magnificence du lieu. Pour sauver partie de ce qui pouvait l’être, des ornements lapidaires sont démantelés et emportés à Paris. 

 

Cette fois-ci, devenu presque une ruine, tout au moins bien dégradé, le château revient dans le giron de l’Etat par décret du 3 décembre 1812 à la suite de son rachat par Napoléon Ier pour 90 000 francs. Il était temps ! Un autre décret cette fois-ci du 3 janvier 1812 avait en effet créé la maison centrale de détention de Gaillon. Commence alors une nouvelle période, celle de l’enfermement à l’ombre, après celle si brillante de la lumière.

 

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.5. De l'ombre d’une centrale à l’entrainement militaire. 1812 marque le début d’une nouvelle ère. Le nouveau propriétaire, l’Etat, apporte aussi, comme ses prédécesseurs, de nombreuses modifications au bâtiment, à commencer par son nom et ses fonctions. On ne parle plus de château ni de défense contre l’ennemi anglais ou de plaisir de vivre au soleil de Normandie dans un parc superbement aménagé à l’intention de hauts prélats et de leurs invités. En 1812 débute la construction de bâtiments pénitentiaires, à commencer par celui devant accueillir des enfants ou abriter des malades psychiatriques. Plus de 4000 prisonniers y furent hébergés. La Galerie ouverte sur le Val est fermée par des murs à fenêtres hautes afin d’en faire le réfectoire à leur usage.

 

La fonction d’enfermement ne fut pas perdue au cours du XXe siècle, en particulier pendant les deux grandes guerres du XXe siècle. Les nombreuses galeries enterrées furent facilement transformées en geôles dont on ne s’échappait pas. Des témoignages écrits et/ou dessinées figurent encore sur les murs. 

     

Au cours du XXe siècle, le château retrouve par moment sa destination militaire, par laquelle son histoire a commencé. L’armée prend possession de l’ensemble en 1902. Le château et ses dépendances servent alors de caserne au 74e bataillon de ligne, puis pendant la guerre en 1915 d’accueil à une école militaire belge d’infanterie. 

 

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. 6. La protection par l’Etat au titre de Monument historique. La dimension patrimoniale du château n’échappe pourtant pas à l’Etat, qui fait classer le château en 1862. Son parcours chaotique n’en continue pas moins au cours du XXe siècle. La fin de la première guerre est marquée par la revente du château à un particulier de 1919 à 1939, puis en 1945 une revente à un autre particulier, qui procède à des découpes vendues par petites annonces,  «à vendre boiseries, sculptures.. ». 

 

Conscient qu’il fallait protéger ce qui pouvait l’être encore, une inscription au titre des monuments historiques devient effective en 1961. Elle inclut des parcelles des anciens jardins, la clôture pour partie, ainsi que des vestiges archéologiques. L’Etat, en la personne du Ministre de la Culture, André Malraux, fait l’acquisition de l’ensemble en  1975. Depuis lors, chaque année 350 000 EUR. sont investis pour d’abord sauvegarder et consolider et ensuite aménager un circuit de visite à l’intention des touristes français, anglais comme toujours en Normandie et américains en raison de la proximité avec les jardins de Giverny, qui est une étape incluse par de nombreux tour-opérateurs dans la visite de Paris à leur intention. 

 

Le château est placé depuis cette date sous la protection de l’Etat. L’été 2011 a vu l’ouverture d’une partie du château accessible au public. Le pavillon d’entrée, la cour basse, le vestibule, la chapelle basse, la galerie sur le Val sont désormais ouverts. Ce fut la grande foule et l’émotion de voir revivre son château en voisin. Nombreux ont été les Gaillonnais à avoir eu des membres de leur famille à avoir travaillé au Château. 

 

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D’importants travaux restent à effectuer pour ouvrir plus largement le site, en particulier des jardins mais aussi, peut-être un jour mais pas forcément proche, la découverte de la prison souterraine sous le Château de Gaillon. Il faudra en effet faire auparavant un relevé exhaustif et une étude fine des inscriptions murales. 

  

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Pour suivre le chemin

. Voir la fiche de visite et le plan du Château sur http://www.haute-normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/telechargement/ESSENTIEL_INFO_12_chateau_gaillon_visite_grand_public.pdf

. A compléter avec l’historique du Château de Gaillon sur lequel s’appuie ce document sur   http://www.haute-normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/telechargement/ESSENTIEL_INFO_11_chateau_gaillon_historique.pdf

   

. Lire l’étude de Marie-Christiane de La Conté « Quand Gaillon devint prison » dans « Connaissance de l’Eure », n° 58, 4ème trimestre 1985.

. Lire « Le château de Gaillon, Fastes de la Renaissance en Normandie », Musée départemental des Antiquités, Rouen, Exposition du 27.02. au 12. 05. 2008 au musée départemental des Antiquités, Rouen.

. Ainsi que sur la fiche sur le site du Lycée André Malraux de Rouen, avec de belles photos inédites, sur http://lycees.ac-rouen.fr/malraux/gaillon/chateau.html 

. Et toujours, http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Gaillon avec des plans superbes.

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. Photos Elisabeth Poulain, à voir dans l'album "Eure Patrimoine"

 

 

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