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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Style de Pub Caravanes > Thomson Caravan & Van Car de Van Dooren

19 Mai 2012, 11:24am

Publié par Elisabeth Poulain

Ces deux publicités de caravane des années 1960  ont réellement peu de chose en commun, à part la caravane bien sûr et la présence de ‘vraies’ personnes.

La « Thompson Caravan ». Comme son nom l’indique, elle est anglaise. Il y a beaucoup de recherche dans ce visuel pourtant si daté grâce à la mise en valeur de la production de l’entreprise productrice, la fierté de ce dernier qui affiche son nom au-dessus du local de vente, qu’on imagine à côté de l’usine dans une zone industrielle qui ne disait pas son nom…  Pas une feuille d’arbre ne traine au sol, ni une mauvaise herbe. Tout est « under control » (sous contrôle). Le fond gris moutarde ou jaune grisé, à votre choix, n’a qu’un objectif, celui de faire ressortir la blancheur parfaite de cette Thomson Caravan. C’est au point de vue de la couleur, une ni-ni, ni une noir et blanc, ni une couleur.

Pub caravane Thompson

Cette caravane anglaise bénéficie déjà d’une évolution notable. Elle dispose d’un toit aérodynamique pour diminuer la résistance de l’air. Bien qu’encore pourvue de fenêtres séparées à l’avant, elle a une porte latérale qui peut s’ouvrir à moitié, pour laisser passer l’air en été. La fenêtre du côté est de taille modeste. Comme ces caravanes du début de la grande époque, les fenêtres de l’endroit à vivre sont placées vers l’avant, vers la voiture qui la tracte.  Elle possède aussi un marchepied qui facilite la montée. Ses dimensions modestes en font une caravane facile à tracter et à placer dans un terrain de camping. Et les rideaux « bonne femme » montrent que la caravane est bien tenue, comme à la maison.

Cette publicité pourtant fait ma joie, tant il y a de décalage entre l’arrière-plan très figé et un peu triste et cette fière et souriante dame en tailleur noir, hauts talons et chapeau qui ressemble à ceux que portaient « Queen Mum », la mère de la reine Elisabeth II. Cette campeuse hyper-chic  ne porte pas de sac à mains, ce qu’elle devrait avoir  normalement pour sortir hors de chez elle, mais une canne de marche à la main gauche pour monter dans sa caravane. On l’imagine  partant crapahuter dans la campagne anglaise !  Il y a pourtant un vrai message de croyance en l’avenir : puisque la caravane devient accessible à tous, les femmes peuvent aussi ressembler à des « duchesses » de la noblesse et partir en vacances en caravane, sans déchoir. Dans une société aussi aristocratiquement structurée que l’est l’Angleterre, cela veut dire quelque chose, qui va dans un sens de plus d’ouverture démocratique.  

Pub caravane Van Car

La « Van Car » de  Van Dooren Caravaning. Voici un autre visuel bien différent, non seulement parce qu’il est belge mais parce qu’on dirait qu’il a une génération d’écart avec le précédent. Il utilise l’orange et le noir pour parler des vacances qui se passent cette fois-ci,  au bord de la mer. Toute la famille est là bien bronzée, orangée devrais-je dire, en maillot de bain. Papa joue au ballon, Fiston vient faire admirer son beau bateau à voile à Maman qui bronze sur une chaise longue près d’un parasol. L’intéressant est maintenant la représentation d’une famille, avec deux actifs, le père avec son ballon et le fils avec son bateau ;  la mère est, elle, occupée à une tâche très difficile, se faire dorer sur une chaise longue. Les trois sont joyeux et souriants.

Mais cette fois-ci, la caravane est située en partie droite du visuel au-dessus du nom de la marque, dans une cartouche de petite taille où l’on voit  la caravane blanche sur fond orange, au-dessus d’une autre cartouche où la marque se détache en blanc sur fond noir. Le design de la caravane est fondé sur la forme ronde. L’aéromodélisme est particulièrement poussé. Son toit est particulièrement travaillé en biais, avec un lanternon qui permet de donner de la lumière en partie haute, à l’endroit où les occupants peuvent se tenir debout en position droite. Visiblement un couple avec un enfant peut y vivre pendant les vacances à la mer. Le positionnement du visuel est différent. Il se fait en mettant en scène les occupants de la caravane, associée directement au cœur des vacances au plaisir du jeu ou du bronzage au soleil.

Van Dooren Caravaning ne s’oublie pas pour autant. Comme pour le précédent, ce modèle est directement fait pour les marchés belges, néerlandais et français. Aartselaar est une ville située près du port d’Anvers, en Belgique.

Caravane, L'Objet Caravane, dessin France Poulain

Pour suivre le chemin

. Thomson Caravan (1908-1982) possède un site de collectionneurs. Je n’ai pas retrouvé la caravane du visuel, antérieur à ceux qui sont présentés. A voir sur  http://www.thomson-caravans.co.uk/

. Van Car aussi a son site de collectionneurs sur lequel on découvre une version postérieure intitulée « Van Car 1 » qui présente un changement appréciable en particulier au niveau du dessin de la grande baie, par rapport au visuel présenté dans ce billet   http://www.bocc.be/FOTOSLEDEN/vancar/vancar.php

. Voir aussi les billets déjà parus dans cette série

Style de Pub > Caravanes > Wima et "A Lire avant vos Vacances"     

Style de Pub > Caravan-e > La Industrial Trailer et la Pierart Sestrière     

Style de Pub Caravane > BlueBird Penthouse vs Pemberton Panorama Range     

Style de Pub Caravanes > L'Aster et la Lucas     

Style de pub Caravane > La Star et la Miami     

Style de Pub > La Blue Bird Caravan     

Styles de pub > Caravane anglaise > Isn't she a beauty?     

Pub caravanes & Co > Un style de vacances > Ma Coquille 01/38     

. Photos EP et dessin de France Poulain pour le recueil des visuels publicitaires qu'elle a constitué à partie de sa collection de livres et d'objets de camping.   Le livret s'intitule "L'objet caravane, Mémoire graphique des années 1960" 

 

 

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Commissaire Brunetti > Que mangez-vous à Venise, Donna Leon?

14 Mai 2012, 15:35pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le plus célèbres des commissaires de police vénitiens. Tout le monde le connaît. Guido de son prénom, que seuls peuvent utilisés  les membres de sa famille, à commencer par sa femme, ses enfants et ses amis, Guido Brunetti a beau être policier, il n’en est pas moins gourmet pour autant. Tout ça pour dire qu’il adore manger. Il est franchement gourmand et se demande par exemple, s’il ne va pas s’arrêter quelques instants, avant de rejoindre son bureau, commencer sa journée ou couper sa matinée, pour prendre un café très aromatique avec une jolie petite pâtisserie aussi appétissante que goûteuse dans un café où il a ses habitudes.

Italian Author, Donna LeonCommencer une journée comme ça, en allant à pied rejoindre son bureau dans un palais absolument pas fait pour ça, fait partie des plaisirs de la vie. Et quand on est policier, il faut savoir être hédoniste et jouir des petits bonheurs d’un moment pour supporter de vivre au contact de cette terrible vilenie humaine, qui existe à Venise comme ailleurs aussi. Surtout quand on a un chef difficile à supporter même pour quelqu’un de très tolérant comme l’est Guido. C’est une question d’équilibre de vie pour pouvoir résoudre « la question d’honneur » dont parle Donna Leone, une romancière américaine, dans un de ses romans appelé ainsi. Elle est aussi, si non autant vénitienne, que les Vénitiens, qui ont un parler spécial, une cuisine identitaire – la cuisine vénitienne - et une façon de voir le monde particulière. Elle a aussi un tendance très « slow food » qui doit répondre à quelque chose de profond chez elle.  

Le petit déjeuner. Pour en revenir à Guido, ce n’est pas forcément le moment le plus fort de la journée, si ce n’est qu’il le prend avec sa femme Paola.  Il s’apprête à prendre une seconde brioche quand sa femme, professeur d’université – littérature anglaise - au tempérament de feu, explose d’indignation, quand elle lit dans le journal qu’une femme « avoue » avoir été victime d’agression sexuelle. On avoue un crime, mais pas d’être agressée. Avant de partir au bureau, Paola lui demande s’il reviendra déjeuner à la maison. Un autre matin, on apprend qu’il boit un café au petit déjeuner.  Ce jour-là, en réalité, il ne rentre que le soir.

Italian poster, Venezia, travel poster 1920

Un dîner. Tout le monde est à la maison, ses deux enfants Chiara et Raffi, tous les deux lycéens, sont en train de se disputer ; sa femme s’est réfugiée dans son bureau pour ne plus les entendre crier pour une affaire de disques. Guido file dans la cuisine ouvrir une bouteille de Prosecco (un vin blanc à bulles) à la place du Chardonnay que voulait Paola. Fier de lui d’avoir contribué à avoir fait quelque chose pour le repas - « tout travail mérite salaire » - il apporte la bouteille et un verre au séjour. Il se verse un verre, en attendant que Paola l’appelle.

Vingt minutes après, toute la famille passe à table. Paola avait préparé un « risotto di succa » (à la courge) pour commencer avec du gingembre râpé, beaucoup de beurre et du parmesan par-dessus. Ensuite suit « un poulet grillé à la sauge et au vin blanc », qui est si bon que le commissaire en devient lyrique à la grande gêne de ses grands ados. «Vraiment, Papa, tu ne penses qu’à manger » lui assene Chiara. Après un changement d’assiette et de couvert, Guido prend une belle braeburn –une pomme – qu’il croque directement avec une tranche pas si fine que cela de Montesino, tandis que Paola découpe sa pomme après l’avoir pelée, en huit morceaux qu’elle mange avec couteau et fourchette, avec, elle, une fine tranche de ce fromage goûteux. Et le repas se termine pour Guido quand il ouvre une bouteille de Calva ( du Calvados?) pour respecter l’accord à trois entre la pomme, le fromage et l’alcool !  Mais ces agapes du soir sont plutôt rares le soir, sauf s’il y a un ou une invité-e; le moment le plus fort est toujours le déjeuner.

Un  verre de vin sur la terrasse au soleil couché. C’est un geste  de rapprochement que Paola propose à son mari. Ils se sont, non pas disputés, mais ils ont ré-ouvert une discussion qu’ils ont déjà eue par le passé et qui est sensible chez l’un et l’autre. Comme toujours, c’est Paola qui lance la discussion et qui développe un thème qui lui est cher : l’incapacité des hommes à parler vraiment de ce qui les touche au contraire des femmes, plus courageuses dans ce domaine, comme dans d’autres. « Vous ne parlez jamais de ce que vous ressentez, ce que vous redoutez, pas comme le font les femmes ». Guido, d’humeur sombre, ne répond pas. La journée a été dure, trop de vilenie. Alors pour l’apaiser et mettre fin à la tension, Paola lui propose d’aller « siroter un verre de vin sur la terrasse ».

Un verre de grappa, le soir entre hommes.Une autre fois, un soir après le dîner, Guido Brunetti doit aller voir son beau-père pour que celui-ci l’aide à voir plus clair dans une sordide affaire ayant des racines dans l’histoire trouble de Venise lors de la dernière guerre. C’est alors une bouteille de grappa que le comte Orazio Faller pose sur la table avec deux verres devant leur fauteuil. Une boisson d'homme... 

Un déjeuner spécial par et pour Paola, exceptionnel pour Guido. Paola lui demande toujours le matin s’il rentre déjeuner. Quand il le peut faire, en précisant que cette fois-ci il sera à l’heure, elle répond qu’en ce cas, elle va préparer quelque chose sinon de spécial, du moins de différent de ce qu’elle aurait fait pour un repas courant. C’est bien le cas ce jour-là. Paola a  acheté « un bar de ligne entier,  préparé avec des artichauts frais, du citron et du romarin … accompagné d’un énorme plat de minuscules pommes de terre rôties » parfumés aussi au romarin. » Une salade d’endives  et des pommes au four complètent ce plantureux déjeuner. La remarque du commissaire  « heureusement que tu dois aller trois matins par semaine à l’Université pour tes cours  et que tu ne peux pas faire ça tous les jours » fut peu appréciée par sa femme qui lui demanda si elle devait prendre cette remarque comme un compliment ! Une bonne question en effet.

Un déjeuner sauté, avec les arômes en substitut. C’est celui que ne peut manger le commissaire parce qu’un de ses amis d’enfance lui demande de le rejoindre d’urgence pour une affaire qui l’est tout autant. Le lieu de rendez-vous est tout ausi inhabituel, c’est un des plus célèbres grands restaurants de Venise. Guido part alors très vite. Il prend quand même le temps de retourner dans la cuisine embrasser sa femme dans les cheveux et, juste avant, de soulever les couvercles et humer, en guise de déjeuner, les savoureuses tagliatelles, avec des aubergines rissolées et de la ricotta râpée qu’il aurait dû savourer. Une fois sur place, il écoute avec attention ce que son copain Marco a à lui dire dans la cuisine du restaurant, refuse ensuite d’y manger parce que Marco aurait alors payé – mais cela n’aurait jamais été évoqué – en expliquant qu’il a déjà déjeuné à la maison.

Italian Antipasto, Flicker Photos Globetrotter 2008 WikiComme Marco insiste, pour lui rendre un service à son tour, Guido lui demande l’impossible : obtenir de «  la Signora Maria, la Grande Chef cuisinière et propriétaire du restaurant, sa recette de la farce qu’elle met dans ses moules » à l’intention de Paola. Et Marco de s’écrier : mais tu sais bien que c’est impossible ! Le délicieux mais là aussi ce n’est pas dit, est que Marco a bien fait appel à lui, pour se protéger d’une façon informelle, non prévue par la loi, à la vénitienne en quelque sorte, contre des agissements véritablement contraires à toute réglementation, d’hommes d’affaires peu scrupuleux.

Ce qui avait frappé le Commissaire en arrivant au restaurant c’est qu’il était plein à craquer de convives et « les tables regorgeaient de plats merveilleux », avec par exemple  « des homards gigantesques …  et un plateau de fruits de mer qui aurait nourri un village du Sri Lanka pendant une semaine.»

Le soir, au dîner. Il se surprend à reprendre en entrée, une deuxième fois des crêpes aux épinards et à la ricotta, à poursuivre avec une poêlée de sauté de lapin, avec des olives et des brisures de noix, un lapin présenté comme du poulet pour une jeune amie invitée par Chiara, un gros mensonge fait sans aucun souci par Paola qui ne voulut pas gâcher le repas.

A finir de lire « Une question d’honneur » que je me garderai de vous résumer, je ne peux toujours pas vous dire ce que boit le commissaire pour son petit déjeuner, à part son café, ni qui fait les courses et où, à part Paola qui a acheté le poisson. Pour la vaisselle, c’est Paola, avec très rarement son mari qui l’aide à essuyer. Encore plus rarement, les jeunes se proposent pour s’en occuper. Quant au ménage, c’est silence radio, comme s’il était toujours difficile à une américaine de dire qu’on emploie une femme de service.

Italian deli Rome Alexander 2006 Wikipedia

Pour suivre le chemin

. « Une question d’honneur », Donna Leon, Calmann-Lévy, suspense. Voir le site de l’auteur http://www.donnaleon.net/ 

. Il existe un livre de recettes de Brunetti en anglais « Brunetti’s Cookbook », bien que le commissaire ne fasse jamais la cuisine, il se contente de la manger, à voir sur   http://www.groveatlantic.com/#page=isbn9780802119476 ou en français http://www.donnaleon.fr/la-venise-de-brunetti/brunetti-passe-a-table.html, un titre qui me semble plus juste.

. Wikipedia vous donne les informations minimales à connaître sur la composition du repas à l’italienne, avec des « antitpasti (une belle assiette de charcuterie) pour se mettre en appétit, un Primo (des pâtes ou du rissoto en premier plat), un Secundo (de la viande ou du poisson), du Contorno (des légumes) ensuite, un Dolce (dessert) pour finir avec un Espresso et ou de la Liquore (grappa, amoro, limoncello…), http://fr.wikipedia.org/wiki/Cuisine_italienne  

. Lire le toujours remarquable ouvrage « Europe à la carte, un voyage culinaire », Kulinaria Köneman éditeur, la présentation de la cuisine italienne de Bettina Dürr, p. 517 à 587 , avec des recettes, comme celle de la poularde vénitienne à la sauce tomate, « Polastro in squaquacio ». Recette à venir!  

. Sur l’histoire, lire « la cuisine italienne, histoire d’une culture » de Alberto Capatti, Massimo Montanari , Seuil

. Photos Wikipedia, avec mes remerciements aux contributeurs; je n'ai pas trouvé de photo d'alimentation à Venise, celle-ci est de Rome. 

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Edward Baran ou l'art de renouveler l'Art de la Boucle et du Fil

8 Mai 2012, 09:51am

Publié par Elisabeth Poulain

L’homme est un de ces artistes qui regardent toujours devant eux pour continuer à avancer sur le chemin qu’il s’est fixé, en acceptant toujours le hasard, la rencontre, en faisant des tas d’essais pour laisser ses doigts faire autrement, décider pour lui, avec ses yeux aussi toujours en attente, à l’écoute de ses yeux disent de ce que font ses mains. Comme un danseur, Il aime la boucle, jouer avec le fil si fin qu’on ne le voit que si on le cherche et pourtant  si solide qu’il sait qu’il peut lui demander beaucoup, comme porter des compositions lourdes de matière et pleines de vide, d’une absence si présente qu’on se demande comment ses œuvres sont faites. Edward Baran fait des boucles sur lui-même, en intégrant à chaque passage des éléments qui vont devenir partie de ses créations, dans une démarche innovante à la fois globale, intégrative et fine. 

Edward Baran, Sous la charpente, Bouchemaine, 2012

Mais avant, pour le licier qu’il est aussi, l’objet de toute son attention est la trame. L’artiste connait particulièrement les lois de la physique de la portance des matières. Il construit sa trame qui formera les fondations de la construction qu’il va ériger au-dessus. Son goût du jeu et de l’aventure va le pousser à perfectionner le ratio entre l’allègement au maximum de la trame, par exemple, avec le renforcement de sa capacité de portance, tout en la montrant en guise d’hommage et de remerciement pour bons et loyaux services rendus. 

Le textile revisité avec du papier et de la colle. On peut regarder les compositions d’Edward Baran, grandes ou petites, de loin, de prés, ou autrement qu’on le ferait pour une peinture. Elles n’en sont pas et pourtant, comme les tableaux, elles s’accrochent au mur. Comme eux en surface, elles portent des peintures sur papier marouflé. Mais à leur différence, elles sont portées par une armure composée d’un fil de chaîne que rencontre un fil de trame de façon alternée. Chaque croisement fait l’objet d’un nœud pour stabiliser ce voile quasiment invisible. Dessus, l’artiste encolle des feuilles de papier déjà marouflé avec beaucoup de colle de façon à assurer la stabilité de l’ensemble.

Edward Baran, Salle du Bas, Rouge, Bouchemaine 2012

La déchirure pour laisser passer l’air et le regard. C’est le papier qui assure la première forme directement perceptible, la densité de la matière et la solidité de l’ensemble. C’est à lui qu’Edward Baran demande de figurer l’épaisseur, de façon à créer cette troisième dimension qu’il recherche, comme une sculpture fine et plate, pour brouiller les frontières. On peut  à la fois voir dessus, voir dessous le mur sur lequel se fait l’accrochage et dedans, dans l’œuvre, car on aperçoit la trame qui forme l’ossature, avec à chaque fois qu’une personne s’approche, ces yeux qui se plissent pour comprendre cet effet de perception nouvelle. On sent qu’il y a un mystère. On sait par ailleurs qu’Edward Baran ne choisit pas la facilité. Certains feraient semblant, en collant par-dessus des petits bouts de papier découpés. Lui prépare une grande pièce de papier marouflé qu’il peint et pose sur l’armature et la laisse s’encoller pour faire corps avec la structure. 

La recherche de l’équilibre par le retrait. C’est à ce moment seulement qu’Edward Baran  va sculpter sa création, en ôtant l’excès de matière, en déchirant, de façon volontaire avec un résultat aléatoire, petits morceaux par petites morceaux, le papier solidifié avec de la colle avec beaucoup de couleurs dessous, en grand peintre, joueur de coloris, qu’il est aussi. Le travail est délicat, car le résultat est toujours inattendu, car cet ensemble a sa vie propre. C’est le papier qui décide. Edward Baran déchire à la main. Pour l’artiste il y a, à ce moment-là précis, un pacte avec la matière. C’est aussi une vraie leçon de vie que de voir plus loin, autrement, en enlevant plutôt qu’en ajoutant toujours plus. Chercher la légèreté pour obtenir l’équilibre de l’œuvre.  Trouver le ton, le temps juste, en détruisant ce qui est, juste ce qu’il faut mais pas de trop, pour obtenir ce qu’il cherche, lui, en composant avec le fil et le papier.

Edward Baran, Sous la charpente, Détail, Bouchemaine, 2012

Le principe de destruction-création-innovation et la part de la matière. Lors d’une exposition, un visiteur lui a un jour demandé s’il n’avait pas le sentiment de détruire son œuvre en déchirant les interstices entre les nœuds ; cette (auto-)destruction était pour lui difficile à accepter. En réponse, l’artiste lui expliqué qu’il a commencé sa formation à l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie, dans la section de « l’Art textile ».

Pour lui, la matière, la perception, la sensation qu’il en retire sont essentiels, pas seulement dans la création artistique, dans la vie. Créer, c’est sentir la matière, sachant que cette matière devient une Alter Ego, une partenaire associée. C’est à elle qu’il propose. C’est avec elle qu’il compose. Enlever l’excès devient alors une étape nécessaire  à la création, quand on commence à sentir que « ça y est, quelque chose se passe », avec un peu de trop, mais c’est la bonne route, celle qui conduit à la création, en faisant autrement.

Edward Baran, Salle du Bas, Trilogie jaune et noire, Bouchemaine 2012

Avec la matière, la couleur. Dans l’exposition de l’Abbaye de Bouchemaine de 2012, la couleur joue un  rôle essentiel. C’est elle qui tonne le ton. Parfois en jouant sur une seule teinte, dont le créateur multiplie les subtilités des variantes. Dans la salle du bas, on voit par exemple, un découpage de carton rouge collé sur un autre carton, placé en dessous de quelques centimètres, de façon à donner le relief. La force de ce rouge teintée d’orange est si grande, qu’il a fallu à l’artiste créé un autre modèle différent mais cette fois-ci en vert, un vert jeune, acidulé, dans le même matériau, placé à côté, pour l’équilibrer, à moins que ce ne soit l’inverse. Le vert d’abord, le rouge ensuite, ce que je serai tentée de croire dans ce jeu par paire.

L’usage de la couleur, on le sait n’est jamais facile, du fait même de son pouvoir d’attraction. C’est pourquoi, le  coloriste a joué aussi dans une série de trois autres compositions géométriques dissymétriques, avec le jaune qui éclate de vitalité entre le blanc qui éclaire tout et le noir qui joue de son côté. Et un changement d’importance, l’envers est cette fois-ci devenu l’endroit. Les fils de trame noire sont dessus. Ce sont elles qui apportent aussi un autre élément de désordre dans cet univers géométrique jaune et blanc.  

Edward Baran, Salle du Bas, Etiquette de vin, Bouchemaine 2012

La fascination pour le vert, le noir et la dimension. C’est ce qui ressort des deux installations entre le bas de l’abbaye et le haut sous la charpente. En bas, des œuvres de moyennes dimensions faciles à installer sur un mur. En haut, sous la charpente de l’abbaye, la taille majestueuse  devient une composante majeure qui exige du visiteur plusieurs aller-retour en va et vient pour tenter de saisir ce qu’il a devant les yeux et dans les yeux.

Sur le pignon le plus proche du pont qui traverse la Maine, c’est le déséquilibre entre le peu de noir en contraste avec l’importance du vide, ou du passage de l'air, qui domine dans cette œuvre très maîtrisée, qui irradie en hauteur sur le mur en triangle. Edward Baran peut pleinement satisfaire son sens de la composition dirigée avec ce cercle rayonnant dans sa grande pureté symbolique qui éclaire toute la grande salle. En face à face, sur l’autre pignon, se trouve l’œuvre textile suspendue verte de 4m sur 2,5m dont j’ai déjà parlée. Le grand espace qui les sépare est nécessaire à l’équilibre de leur puissance d’expression. 

Edward Baran, Sous la charpente, Bouchemaine, 2012

Le franchissement des frontières, la création du nœud modal et la lumière. Chez Edward Baran, on voit que le Textile fait alliance avec le Papier, grâce au Découpage en forme de façonnage, qui porte à son tour la Peinture qui joue la partition de La Couleur. Le textile est le fil qui devient filet, en fortifiant les points de croisement dans une boucle, qui elle-même enduite de colle porte le papier peint avec de la couleur, déchiré en morceaux qui chacun va vibrer différemment à la lumière, du fait de sa forme singulière, de son emplacement et de son voisinage. Le vide et  l'air qui passe, qui se créé entre les petits papiers peints figure plus que l’absence de papier ou de couleur. Ils deviennent une composante de ce qui est, en disant ce qu’ils ne sont pas, et en magnifiant ce qui les entoure et ceux et celles qui les regardent.

On imagine ce que deviendrait un tel accrochage comme celui qui se situe sous la charpente de l’Abbaye, au second étage, avec cette œuvre de 4 mètres de long sur 2,5m de haut, sur un mur qui serait lui-même éclairé. Déjà là, avec la lumière d’un soleil froid de début d’un printemps à frimas venant de la droite  par la petite fenêtre haute et étroite, on perçoit déjà cette vie, comme un feuillage jeune après la pluie, brillant au peu de lumière, avec une toute petite brise réelle ou  imaginaire. 

C’est Edward Baran, comme un danseur, qui pratique, avec beaucoup d’élégance et de grâce, l’art de la boucle et du fil, en guise de nouvelles frontières d'expression. 

 

Edward Baran, Etiquette de vin à la main, Bouchemaine 2012

 

Pour suivre le chemin

. Edward Baran a fait ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie (Pologne), dans l’Atelier « Peinture et Recherche sur les structures tissées ». Il vit et travaille en France depuis 1966, d’abord à Paris, où il a rencontré Maria, architecte, polonaise comme lui, qui est devenue sa femme. Ensuite, le couple s’est fixé à Mougins sur la Côte d’Azur. C’est là que les tapisseries d’Edward Baran ont commencé à être exposées. A la suite d’un accrochage de ses œuvres à Angers, le Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de cette ville  a contacté l’artiste pour savoir s’il serait intéressé par le poste de professeur « Peinture ». « C’est comme cela que ça s’est passé » explique Maria, qui était d’accord à une condition, c’est qu’ils ne dépassent pas la Loire. Ils se sont donc installés à Blaison en rive gauche de la Loire, dans un moulin, « que Maria a choisi » explique Edward en riant!

Maria Baran, Architecte, Salle du Bas, Bouchemaine

. Cette interview a eu lieu à l’Abbaye de Bouchemaine en Maine et Loire, juste en face de la confluence avec la Loire , le dimanche  22 avril dernier. Photos EP prises ce jour là.  

Edward Baran, Salle du Bas, Bouchemaine 2012

. Voir une brève biographie de l’artiste à l’intention des enseignants dans http://musees.angers.fr/fileadmin/plugin/tx_dcddownloads/ArtContemporain.pdf

.

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Mini-Cas Packaging > Maggi > Arôme, Bouillon, Potage, Soupe > Nestlé

7 Mai 2012, 15:19pm

Publié par Elisabeth Poulain

Maggi, une marque mondiale du groupe Nestlé, un des leaders dans le domaine alimentaire. Les produits Maggi, bien qu’ils se diversifient sans cesse depuis presque 130 ans, continuent à se situer dans le cœur de métier du groupe  qui est de faciliter l’alimentation humaine grâce à des préparations prêtes à cuire et à manger tout en assurant une qualité bactériologique certaine ainsi qu’une réponse aux besoins diététiques, définis dans le cadre des normes de production industrielle mondiale.    

Maggi, Affiche pour les légumineuses, Suisse, 1900Quand il s’est agi en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle de nourrir les gens en masse, des chercheurs et entrepreneurs innovants, allemands, suisses notamment, ont entrepris de proposer une nourriture industrielle de qualité. Les uns s’attachant aux produits lactés, comme Nestlé, d’autres travaillaient plus la viande avec Liebig par exemple. Quant à Julius Maggi, il s’est plus particulièrement d’abord fixé sur les soupes à base de farineux et les arômes liquides pour donner du goût. Il s’agissait de proposer des nouveaux produits pour faciliter le travail des mères pour nourrir leurs bébés et des femmes pour offrir la soupe à leur famille, avec toujours une dimension très pratique, pour répondre aux besoins des utilisatrices, grâce à des préparations complètes, faciles et rapides à utiliser, de qualité et accessibles au plus grand nombre « riches ou pauvres ». C’était déjà du vrai-bon marketing avant la lettre.

De l’importance des bouillons, soupes ou potages. Les mots sont comme toujours très importants. Dans le domaine alimentaire, ils portent en plus une forte charge affective personnelle et une grande portée culturelle.  Chacun porte en soi une spécificité qui le distingue des autres, car chaque pays, chaque région… a ses particularités inter-culturelles. 

Encore actuellement on voit bien les différences entre le site suisse de Maggi qui propose par exemple 13 potages traditionnels, 3 potages de légumes et 3 potages Sveltesse, soit 16 en tout. Quant au site français, la filiale française a choisi de placer ses 8 potages en positionnement exotique, à l’exception d’une, une seule soupe bretonne au poisson et choux-fleur. 

. De l’importance du liquide bouilli en matière d’hygiène alimentaire.  La soupe a joué en Europe un rôle central dans l’alimentation pendant plusieurs siècles, moins certainement maintenant. Une autre raison que celles qui j’ai déjà évoquées venait du fait qu’il était possible de boire du liquide sans risque de contamination de l’eau parce qu’elle avait bouilli. La qualité bactériologique de l’eau n’était en aucune façon garantie à cette époque-là. 

. Le bouillon est un potage clair obtenu en faisant bouillir dans beaucoup d’eau de la viande et des légumes. La présence de la viande explique pourquoi il est nécessaire de préciser qu’il s’agit d’un bouillon de légumes quand il n’y a pas de viande. A un convalescent, on proposait un bon bouillon pour se requinquer grâce à l’extrait de viande qui donne l’énergie et les légumes pour avoir les sels minéraux et éliminer les toxines., grâce en particulier au poireau.  

Maggi, Publicité potages, France, Emmanuel Gaillard 1956

. La soupe est un potage ou bouillon épais avec des tranches de pain ou avec divers ingrédients –légumes, poissons, charcuteries – non passés, précise le Petit Larousse. Quand on parle aujourd’hui d’une bonne soupe, deux images viennent à l’esprit, une image de bon goût, quelque chose d’appétissant, et une image de satiété. « On va s’en mettre plein la casquette » pour dire qu’une bonne soupe tient au corps, comble le ventre vide et réjouit le cœur. Historiquement et a contrario, elle est aussi synonyme de pauvreté paysanne, avec cette image véhiculée pendant des siècles de paysans qui versaient un brouet clair sur une grosse tranche de pain, comme unique repas.   

. Le potage, dont le nom vient de « pot », est un bouillon préparé à partir de viandes, de légumes, de farineux…le potager étant le lieu où l’on cultive les légumes qui vont entrer dans la composition du potage.  A voir l’usage qui en a été fait au XIXe siècle, le  potage garde quelque chose de raffiné. Les grands dîners commençaient toujours par un potage.

Les spécialités de Maggi. On va retrouver les trois grandes familles d’aliments liquides, à savoir les bouillons, les soupes et les condiments, qui regroupent toutes les substances végétales, minérales et le sel qui relèvent le goût des aliments. Il est intéressant de noter qu’un des soucis de ces grands industriels du XIXe siècle a porté sur la praticité et le goût. En 1986 Julius Maggi a inventé les soupes déshydratées à base de légumineuses digestibles à cuire, avec un arôme en 1888 pour rendre ses préparations plus goûteuses, suivi en 1889 par des bouillons concentrés. Si une recette de bouillon date de 1898, la marque du bouillon Kub est née en 1907. L’entreprise les regroupe actuellement dans la gamme des aides culinaires, au bœuf, au poulet…dont certains des produits ont gardé leur dénomination de Kub.                                                              

Le packaging des soupes. Les exemples que je vous montre datent tous de la fin du dernier siècle, au moment où se faisait sentir un air de renouveau dans les présentations des produits alimentaires. Cinq sont de marque Maggi, un emballage est un Knorr pour montrer la différence. Cinq également sont des soupes chinoises et celui qui ne l’est pas est une soupe moulinée vert pays aux 8 légumes, à teneur garantie en vitamines. Trois des sachets ont été acheté en France, un en Allemagne et un en Tchéquie. 

Maggi, Sachet, Soupe moulinée, France, 1998

. Maggi soupe Moulinée vert pays aux 8 légumes (date de péremption 04.98). Bien que le sachet soit maintenant daté de plus de 15 ans, son visuel est totalement rentré dans nos habitudes visuelles. Il est construit autour du duo chromatique de la marque jaune et rouge, jaune pour le fond et rouge pour la  mention « Soupe Moulinée », avec le cœur en rouge et Maggi en jaune au-dessus. Des bandes vertes, qui évoquent le végétal, encadrent le haut du visuel. Plus de la moitié du bas est occupée par une soupière avec une louche remplie et des légumes frais - poireau, pomme de terre, oignon, chou, carotte, pois verts, épinard, ail - et  un gros morceau de lard. Beaucoup de mentions surchargent le visuel : les légumes sont à teneur garantie en vitamines, c’est une nouvelle recette avec plus de légumes  (82% en tout), aux légumes pré-cuits à la vapeur, Cuisson 5 mn, 3 assiettes.

Maggi, Sachet, Soupe Chinoise, Tchéquie, 1998

. Maggi debrou chut Cinska polèvka, Chinese soup (21.01.98) (ouf pour ceux qui ne parlent pas le tchèque !) : le sachet est plus petit et le visuel est simplifié. On retrouve le logo de la marque et le nom de la soupe qui occupe tout le haut, avec un effet visuel entre le jaune et le rouge. En bas, un bol avec des oreillettes doubles repose sur un plat. On voit la soupe avec des vermicelles, des bâtonnets de carottes et des champignons noirs. En avant dans le coin droit, une cuisse de poulet et  une carotte. La quantité est exprimée en litre : 3/4l. C’est la seul mention figurant sur le recto. Un fond léger blanc et gris anime l’espace  restant du visuel. 

Maggi, Sachet, Soupe Chinoise, Allemagne, 1998 

. Meisterklasse, Maggi, Chinesische Gemüsesuppe (04. 99) . Ce visuel  d’un sachet allemand de soupe est plus riche, avec une sur-utilisation du rouge, formant un tableau avec un encadré et un bandeau arrondi en haut pour la prestigieuse mention « meisterklasse » (classe de maître). Les mentions sont écrites en jaune sur fond rouge saut pour Maggi en rouge sur son cœur jaune. La vaisselle est plus fine, le bol avec des oreillettes doubles très courantes en Allemagne pour le potage ou le consommé, avec sa sous-tasse. On voit bien la composition de la « suppe », avec ses morceaux très verts de poireau, rouges de tomate, ses petites fleurs blanches de choux –fleur, des pousses de soja  et ses vermicelles. Au-dessus de l’assiette, des rondelles de tomates, des poireaux, du chou-fleur et des pousses de soja. En haut à gauche figure l’indication « 3 assiettes » et le fond restant est (aussi comme pour le sachet tchèque) rayé de gris et de blanc pour donner un peu de mouvement à l’ensemble.

Maggi, Sachet, Soupe Chinoise, France, 1998

. Tour du Monde, Maggi soupe Chinoise aux champignons noirs (04.99). C’est le visuel le plus innovant. Cette fois-ci, le logo de la marque et le nom de la soupe sont placé dans un encadré, placé comme un tableau accroché aux murs. Un bol chinois très coloré avec sa cuillère en porcelaine aux couleurs assorties jaune or et turquoise tendre attire l’attention sur le contenu, un bouillon aux vermicelles, champignons noirs, carottes à couleur de tomate et oignons. C’est le fond qui est cette fois-ci très innovant, avec une pagode très colorée bleu ciel, orange et rouge flottant sur l’eau éclairée la nuit avec des lanternes rouges, oranges et jaunes. La seule mention « 3 assiettes » figure cette fois-ci en bas à gauche et la seule évocation de verdure est un brin de persil plat, non cité dans la composition, mais peut-être est-il inclus dans les aromates! 

Knorr, Sachet, Soupe chinoise, France , 1998

A titre de comparaison, une Soupe du Monde, Knorr Chinoise à la poule (12-99). Cette même année, j’ai pu acheter cette fois-ci en  France une autre soupe chinoise sur fond rouge, avec une pagode rouge orangée, auréolée par un soleil couchant, illuminant le lac autour de la pagode posée comme une île, avec un décor rouge et jaune de montagne dans le fond. La partie supérieure est dédiée à la marque Knorr qui s’inscrit comme un fanion vert sur lequel se détache à gauche un macaron « Soupes du Monde ». « Chinoise à la poule » figure juste en dessous de Knorr et juste au-dessus des montagnes et du bol chinois rempli de soupe claire – mais non transparente comme les autres - avec des vermicelles, des petits pois, des haricots verts et quelques champignons noirs. « 3 assiettes » figurent dans le coin gauche inférieur et « cuisson 5 mn » dans le coin inférieur droit.                                                                 

En guise de conclusion, quelques indications sur la communication chez Maggi. Les emballages des soupes du XIXe siècle et du  début du XXe siècle étaient déjà très travaillés tant le souci de la transmission de l’information utile était au cœur de la soupe au moins autant que la qualité nutritionnelle ou la façon de préparer la soupe. L’entreprise s’est également fait connaître et apprécier ses produits grâce à la publicité. Elle a conçu une réelle stratégie de portage et de développement de sa marque en phase avec le temps, essentiellement avec des affiches et des plaques à son nom. Citons parmi les moyens utilisés : le graphisme, la couleur, le logo, une bouteille au design propre à l’arôme,  le recours à des icônes qui rendent le produit attachant avec une belle dame, d’adorables petites filles... Au cours du XXe siècle, Nestlé fit appel à de grands dessinateurs comme Cappiello, Savignac ou avant à de très grands peintres comme Picasso (1912) ou Mondrian (1914)… qui surent apporter un nouvel éclairage de la marque aux nombreux produits. 

Questions :

. 1. Quels sont les éléments qui vous manquent pour juger de ces  packagings, en dehors du verso ?

. 2. Que vous inspire la comparaison entre les 4 sachets Maggi, les 4 soupes chinoises, avec la soupe moulinée. Faites d’abord la comparaison par 4, puis pour les 4 autres et montrer comment la Moulinée se démarque des autres.

. 3. Comment pouvez-vous qualifier le packaging de ces sachets, en terme de cycle de vie, d’originalité, de positionnement culturel d’un pays donné…

.4. Pourquoi l’entreprise ne semble-t-elle plus lancer de grandes opérations publicitaires, par affiche par exemple ? 

. 5. En quoi ces packagings sont-ils  un bon exemple de marketing interculturel  et d’avancée de l’Asie et de la Chine au plan mondial ?  Pour répondre comparer ces soupes aux nouilles instantanées.    

 Maggi, Affiche pour les produits de la gamme, France, vers 1890                                                             

Avant d’aller voir les réponses aux questions, quelques pistes pour en savoir plus

. Ces sachets datent tous de la fin du XXe siècle. Je m’en étais servi pour faire une étude de cas pour des élèves-ingénieurs de 5ê année d’études d’ingénieur en « International Business». Nestlé Suisse m’avait très aimablement adressé de la documentation. Il suffit de se reporter sur les sites de l’entreprise pour voir que tous les packagings ont changé. L'extraordinaire est que ces sachets de plus de quinze ans d'âge ont conservé leur arôme si caractéristique!  

. Lire « Nestlé, Cent Vingt-Cinq ans, de 1866 à 1991 », Jean Heer, édité par Nestlé SA ainsi qu’ « Henri Nestlé, de l’aide pharmacien allemand au pionnier suisse de l’industrie (1814-1890) », Ed. Nestlé.  

. Maggi est passé dans le giron de Nestlé après la mort de Julius Maggi en 1912 et sa fusion avec Nestlé est intervenue en 1947. Retrouver Maggi sur  le site suisse   http://www.maggi.ch/de-CH/default.aspx   avec l’histoire de la publicité faite par la marque sur http://www.maggi.ch/fr-ch/histoire/default.aspx  et  le site français pour comparer  sur http://www.maggi.fr/nos-produits-vos-reductions/ 

. En 2012, l’entreprise produit des bouillons, des mets préparés, un arôme liquide, des quick lunchs, des mix -épices pour des plats déterminés, des potages, des condiments, une ligne de produits sveltesse avec des menus faibles en calories et maintenant aussi des plats surgelés, sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Maggi 

. Lire l’ouvrage remarquable et très complet  de Monique Pivot « Maggi et la magie du Bouillon Kub », Hoëbehe, 2002. 

. Pour comparer, lire comment faire une soupe selon Taillevent (édition Mazarine),  extrait du « Viandier du Cuisinier du Roi » avec plusieurs publications de 1490 à 1500, collectées et traduites en français contemporain par Annick Englebert sur    http://www.diachronie.be/lexique/infos/projet.htm C’est « un bouilli de viandes grasses comme le bœuf, le porc, le mouton : faites cuire dans de l'eau et du sel. Mélangez aux oignons blancs ou à verjus vert. Faites-y cuire du persil, de la sauge, de l'hysope. Mangez-la salée à la moutarde. »

. Et ne pas manquer de lire sur  Wikipedia le billet sur l'essor mondial des pâtes instantanées pour répondre à la dernière question http://en.wikipedia.org/wiki/Instant_noodles

. Photos Nestlé, EP

Blog 20120505 div 120

Eléments de réponses

. 1. Les éléments qui vous manquent pour juger de ces  packagings. D’abord le verso du visuel dont je n’ai présenté que le recto. Ensuite, ce sont les éléments de prix et de distribution, face à une concurrence extrêmement forte non seulement sur les mêmes produits mais aussi sur les autres types de soupe, en boîtes, bols tout préparés et en surgelés, en n’oubliant pas les autres aliments qui supplantent la soupe…

. 2. Une comparaison entre les 4 sachets Maggi, les 4 soupes chinoises, avec la soupe moulinée. Faites d’abord la comparaison par 4 puis pour les 4 autres et montrer comment la Moulinée se démarque des autres.

. Les 4 Maggi : une même composition avec le logo identique en haut, le nom ensuite et la soupe présentée prête à être bue. Il y aussi beaucoup de différences dans le bandeau annonce et surtout dans la présentation du potage avec une présentation bien différenciée des constituants.

. Les 4 soupes chinoises : pour trois d’entre elles, l’aspect bouillon domine, avec un liquide clair et transparent où les vermicelles dominent. La seule a avoir un aspect de soupe légère avec des légumes mixés en partie est la soupe Knorr. Deux ont à la poule, la Knorr et la Tchèque car on voit bien le pilon qui semble être le nutriment important. C’est la présentation la plus basique de toutes. Elle est synonyme de produit bon marché.

. La soupe moulinée a beaucoup de points forts, avec trois fois le mot « légumes » (8 légumes, plus de légumes et légumes précuits à la vapeur pour garder plus de vitamines) une mention indiquée en toutes lettres « à teneur garantie en vitamines ». Elle est la seule à indiquer le temps de cuisson et le mode de cuisson « à la vapeur ». C’est le sachet qui est le plus orienté vers le consommateur. 

. 3. L’appréciation du packaging de ces sachets, en terme de cycle de vie, d’originalité, de positionnement culturel d’un pays donné…Ces packagings sont tous un peu datés. On n’imagine plus aujourd’hui  utiliser ces mêmes codes couleurs, cette façon d’utiliser l’espace, ces représentations de légumes, d’assiette…La preuve en est qu’en France les packagings ont tous changés. Ils sont plus sophistiqués et montrent les constituants. Quant aux références culturelles, on ne les sent plus du tout pour la Moulinée, et pour les deux chinoises Maggi bleu et Knorr rouge, le bol et la pagode semblent très convenus. Globalement, une hypothèse pourrait être émise : ces produits  sont  en phase de maturité très avancée en France, tout au moins. Le choix pour la marque de restreindre sa gamme à sept soupes « exotiques » le montre, avec une seule « soupe française », la bretonne !  Le lancement de produits surgelés s’inscrit dans la logique de renouvellement  des produits porteurs.
La grande différenciation interculturelle par contre se voit très bien dans la gamme suisse-allemande, destinée aux marchés locaux, la Suisse et l’Allemagne, gros mangeurs de soupes encore maintenant, mais surtout aussi dans les pays du Centre-Europe pour lesquels il y a  même une soupe pour les Jeunes Mariés, placée tout à la fin ! 

.4. L’arrêt des grandes opérations publicitaires par affiche. Il confirme l’obsolescence de la gamme. Faire appel à de grands artistes et/ou mener une grande campagne d’affichages, comme il y a 100 ans avec Picasso et Mondrian, sont des opérations lourdes et coûteuses  pour des soupes vendues à petit prix dans des grandes surfaces. Il n’y a plus d’adéquation. Il y a actuellement d’autres façons de communiquer en particulier sur les réseaux. 

. 5. Un bon exemple de marketing interculturel de l’Asie et d’avancée de la Chine au plan mondial. C’est en effet une dimension intéressante pour un certain nombre de consommateurs éloignés d’un marché en pleine explosion, comme le marché chinois. Avoir à sa gamme une soupe chinoise est encore maintenant un symbole d’ouverture pour ces consommateurs européens.

C’est aussi une reconnaissance de l’influence majeure de l’Asie dans ce domaine, plus que de la Chine d’ailleurs. En effet, pour les Japonais par exemple qui ont été les inventeurs des nouilles instantanées en 1958, c’est l’invention la plus importante du XXe siècle. Quasiment partout maintenant dans le monde urbain de la planète, le bol de nouilles pré-cuites dans leur bouillon chaud est devenu un mode d’alimentation usuel. La soupe chinoise est maintenant un standard d’alimentation, même si elle n’a rien de spécifiquement chinois.  Maggi vend en Chine ses soupes chinoises, sous d’autres packagings et certainement une autre recette. L’intéressant est que l’Allemagne est devenu un gros consommateur de nouilles instantanées, avec les marques, Yum-Yum,  Nissin Cup Noodeles et Maggi !  On comprend mieux alors pourquoi la marque garde ces produits très matures en Europe, avec un type de packaging compréhensible dans le monde entier.  Une boucle vient d’être bouclée.

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Eure > Des cupules dans les pierres des églises > La beauté des croix

6 Mai 2012, 15:35pm

Publié par Elisabeth Poulain

Pas de bonne journée sans mot nouveau. Je ne sais quel était l’auteur qui définissait ainsi une bonne journée par le fait qu’il avait appris ce jour-là un mot nouveau. Aujourd’hui, ce 6 mai 2012, très important par ailleurs, est une bonne journée : je viens de découvrir ce qu’est une cupule, qui désigne une petite coupe. Un terme qui pourtant n’a rien de spécialement enchanteur à l’oreille, mais un mot si utile qu’on l’utilise en botanique, en anatomie, en embryologie, en archéologie, en architecture et en géomorphologie…

Et comme si cela ne suffisait pas, je vais vous parler aujourd’hui de cupules dans un autre domaine encore plus large, parce qu’il n’est pas défini, entre croyance religieuse, usage médical, pratique populaire, graphisme et art.

Eure-Cupules sur les murs des églises -Assemblage

La cupule est une petite cavité faite par l’homme à la surface d’une pierre. En réalité, c’est tout ce que signifie le mot de cupule. S’y ajoutent deux autres éléments.

. Le premier est que la cupule existe depuis les débuts de l’humanité dans de la pierre dure, au même titre par exemple que  les dessins et les peintures dans les grottes pariétales, avec une grosse différence c’est que les trous ne représentent pas quelque chose, à la différence des dessins.  Il existe par exemple des pierres à cupules.

. La seconde caractéristique est que la pratique s’est poursuivie depuis sous d’autres formes. C’est le cas des cupules creusées dans la pierre tendre de calcaire utilisée en particulier pour édifier des églises en Normandie, dans le département de l’Eure. Leur pratique est beaucoup plus tardive, sans qu’on puisse les dater, si ce n’est par la date de la construction de l’église ou a contrario par celles des travaux de rénovation. Une autre spécificité est qu’elles représentent des formes graphiques, sans que l’on sache non plus, si les dessins ont été faits en une seule fois ou au fil des temps par la même personne ou par d’autres, comme vou le montre cette planche de photos de cupules prises par France Poulain.

Une représentation symbolique forte, avec une économie de moyens. C’est vraiment ce qui frappe quand on juxtapose ces formes résultant de ces trous reliés entre eux par des traits, comme on peut le voir dans la planche d’assemblage. Elles ressemblent à des formes de croix dont toutes les représentations sont différentes. Citons leur forme, l’intensité du creusement qui va du léger au profond avec une volonté d’atteindre le cœur de la pierre, les dimensions réelles, l’exposition à la lumière, la hauteur, la couleur de la pierre…

Des formes au fort pouvoir d’évocation.Elles sont à la fois bien réelles, en allant à l’essentiel, tangibles et pourtant si humaines. Elles sont le fait, du moins peut-on l’imaginer, de personnes humbles en attente d’un salut, d’un mieux-être, d’une guérison… qui de cette façon lançaient un appel pour la santé des corps et le salut des âmes. On ne peut manquer d’associer à ces traces humaines, les signes laissés par les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, dans leur quête de spiritualité. La différence tient en ce qui concerne les pèlerins de montrer le chemin, en laissant un témoignage de leur passage tout autant qu’un encouragement pour les nouveaux à venir.

Cupule-Eglise-Eure

En l’absence de toute recherche sur ces traces de spiritualité humaine, d’autres hypothèses peuvent être émises sur cette pratique des cupules qui consiste à creuser la pierre en formant un dessin symbolique. La localisation de ces dessins en creux offre une piste intéressante. Elle se situe en effet à l’extérieur de l’église, le plus près possible du chœur, comme si cette proximité pouvait renforcer le lien avec le Seigneur et amplifier le résultat attendu. Une autre hypothèse complémentaire porte sur la dimension médicale, non pas de la gravure en creux, mais  cette fois-ci de la poussière de pierre recueillie. Elle aurait eu une valeur thérapeutique puisque le langage populaire garde vivante la locution de « médecine du pauvre » ou plus tard celle « d’aspirine du pauvre ». La cause de la dimension bénéfique de cette poussière n’était peut-être pas tellement due aux vertus de la pierre elle-même mais à sa proximité avec le chœur.

La lisibilité, l’interprétation de ces représentations de croix. C’est certainement là que se situe l’élément le plus troublant : chacun a une lecture propre. Certains voient des hommes, là où d’autres voient que des flèches ou des formes géométriques abstraites ou très matérielles, comme  un pressoir aux allures d’homme !

Pour en savoir plus

. Lire la fiche sur « la cupule sur les églises de l’Eure » sur  le site du Service territorial de l’Architecture et du Patrimoine dans l’Eure (DRAC Haute-Normandie), http://www.haute- normandie.culture.gouv.fr/pages/rubrique_3/Pres_SDAP27.htm

. Planche et Photos France Poulain, avec mes remerciements, à retrouver dans l'album-photos "Eure-Patrimoine".

. Voir aussi le billet et les photos de cupules sur les murs de l'Eglise d'Aumale en Seine Maritime d'un blogueur allemand  sur  http://u01151612502.user.hosting-agency.de/wetzrillen/index.php/Aumale

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Paysage de Loire > Rive gauche > La Prairie humide > L'Hiver > Jeu à 3

29 Avril 2012, 10:04am

Publié par Elisabeth Poulain

Ces trois photos. Elles ont été prises en hiver, quand les petits arbres n’ont pas encore de feuilles. Seuls leur maigre tronc et leur branchage sont apparents. Le temps est calme, sans vent, ni pluie. Il fait encore frais. La terre n’a pas encore pu se réchauffer. On le voit à ses couleurs éteintes, d’une harmonie « en- dessous », comme intériorisée. Elle retient ses forces et les garde pour l’explosion du printemps, quand elle va se lâcher, à fond.

Paysage de Loire, La Prairie humide, Rive gauche1

L’herbe encore jaune. Elle n’a pas encore eu le temps de reverdir pour se présenter au mieux de sa parure. Elle est en attente.

L’eau très présente. Elle s’est accumulée pendant l’hiver. C’est la période qu’elle préfère. Elle a tous les creux des prairies à sa disposition. Le sous-sol peu profond et rocheux l’empêche de s’infiltrer. Alors elle en profite pour former des lacs d’hiver très appréciés des oiseaux migrateurs restés en Anjou et des oiseaux de mer fuyant les tempêtes littorales. Ces cuvettes, si elles sont peu profondes, ont au contraire la capacité à s’étendre et à occuper des espaces importants, se moquant des clôtures.

Paysage de Loire, Prairie en eau en hiver2, Coutures

Le ciel d’hiver dégagé. Ses couleurs sont douces, avec du bleu déjà, des gris et du blanc, qui ressurgissent au moindre petit nuage. Il en profite pour se dupliquer sur le miroir de l’eau. Il envahit l’univers liquide, ne faisant plus qu’un seul élément.

Entre ciel et terre, l’eau. C’est celle de la pluie, pas celle de la Loire, qui coule puissante en hiver, de l’autre côté de la colline boisée qui gêne l’écoulement des eaux. Pendant ce temps, la prairie devenu lacustre reste au repos, pendant que les vaches sont bien au chaud à l’étable.

Paysage de Loire, Prairie en eau en hiver3, Coutures

Pour suivre le cheminPhotos EP prises entre Saint-Rémy la Varenne, Blaison-Gohier et Coutures (49).La première montre la vue sur la gauche, celle du milieu la vue en face et la 3è la vue à droite.  

 

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Les 46 Tulou > Fujian > Chine > Le Dehors-Dedans, le Fermé

27 Avril 2012, 10:41am

Publié par Elisabeth Poulain

Encore un titre bizarre. Et pourtant il n’est bizarre qu’en raison de mon désir d’être la plus précise possible tout en restant dans le cadre de la limitation des titres à 70 caractères imposée. Ce titre a également pourtant cet avantage d’attirer l’attention sur la problématique la plus large qui est celle de la rencontre entre le dedans et le dehors, qui a un caractère universel, mise en lumière par l’exemple des  Tulou (sans « s » au pluriel). Ce sont ces remarquables constructions fermées construites dans les régions montagneuses en Chine du Sud-Est, qui  sont inscrites sur la liste des trésors dignes de figurer dans le Patrimoine de l’Humanité  depuis 2008.

Tulou-Snail pit Wikipdia-Gisling

Le concept du clan inscrit dans un cercle construit, fermé sur l’extérieur. Ces constructions sont uniques au monde. Elles fascinent parce qu’elles montrent visuellement la capacité des Hakka, des Hans venus du Nord, de vivre ensemble en grand nombre dans des bâtiments fermés qui permettaient la survie dedans  et, dehors, la protection contre les dangers venant de l’extérieur. Mais l’extérieur fournissait aussi le grain nécessaire à la survie, car les hakkas étaient agriculteurs. En conséquence, les champs et les greniers étaient situés tout près des Tulou mais dehors. C’est la raison pour laquelle certains en parlent comme de fermes-forteresses, qui prendraient en vieillissant une peau d'éléphant.

Le mur du dehors. L’extérieur est massif. Composée d’un alliage de terre, de sable et de chaux, de la couleur de l’argile, avec des beiges clairs ou plus foncés, ce qui frappe c’est leur dimension massive. On dirait un mur d’enceinte d’un château-fort, à la différence que ce dernier était entouré d’eau pour mieux le protéger. Ici, ce n’est pas le cas. Bien souvent, les Tulou sont entourées d’un sentier pour pouvoir joindre les granges, les autres Tulou ou le village…Dans les installations les plus riches, des trottoirs étroits en pierre en hauteur, ceinturent le bâtiment. Au pied de ces sentiers de pierre, des rigoles permettent aux eaux usées et à l’eau de pluie de s’évacuer. Construites le plus souvent sur des coteaux en montagne, la déclivité naturelle facilite le mouvement.

Tulou-Yuchanglou-Yongding-700 ans-Wikipedia-Gisling 2007

La nature et la forme du Tulou. Une autre différence d’avec le château fort du Moyen-Age en France porte sur cette enceinte extérieure. Parler d’un mur même épais paraît incongru tant la nature de cet élément constitue en lui-même l’élément de force de l’ensemble. En effet l’intérieur va être quasiment saturé de constructions à ossature-bois qui se greffent dans l’épaisseur de l’enceinte, jusqu’à s’élever à 3 ou 4 étages. Les Tulou ont des formes variées. Si le cercle semble maintenant dominer, l’ovale est plus rare; quant au carré, il indique une date plus ancienne de construction. A les voir de loin, groupées par 5, avec la carrée au centre à Tsinluo Keng, on dirait des gros ceps évidés dont il ne resterait que le pied beige et une collerette marron foncée en haut du pied.  Le cercle, la forme parfaite par excellence, est particulièrement en harmonie, surtout en montagne, comme c’est le cas dans cette partie du Fujian.

Le règne du bois. C’est lui  qui permet de monter les étages les uns sur les autres, parfois avec des escaliers protégés de la pluie mais visibles de l’autre côté du dedans ou parfois simplement des échelles pour les Tulou moins richement travaillées, pour aller jusqu’en haut. C’est grâce à ce  matériau abondant en montagne que la légèreté de l’ensemble a pu être assurée. A l’exception des poutres porteuses et de soutènement, les galeries des étages sont ouvertes. Les rambardes sont composées de barres rondes posées de façon espacée  pour laisser l’air circuler. On voit quelques vitres  dans les étages. Tous les accès aux habitations se font par ces galeries ouvertes sur l’extérieur. 

Tulou-Yuchanglou interior-Wikipedia-Gisling

La protection au dedans. A l’intérieur de ces constructions imbriquées, se trouvent les familles de paysans, protégés à plus d’un titre, avec une seule porte d’entrée à surveiller, l’absence de fenêtres sur l’extérieur en rez-de-chaussée et au premier étage et l’habitation en hauteur au deuxième, troisième étage, voir  au quatrième étage pour les plus grandes Tulou. Dans le passé, les animaux, la cuisine et les aliments courants de vie, avec la vaisselle, restaient fort logiquement au rez-de-chaussée. Maintenant reste en rez-de-chaussée, la cuisine, avec bien souvent la cuisinière à l’extérieur, au moins l’été et la lessive grâce à l’eau courante présente à l’extérieur. C’est la raison pour laquelle on voit tant de bassines et de seaux dans le passage circulaire.

Le partage vertical de l’espace familial.C’est une des particularités remarquables de ces Tulou, qui découlent de la fonctionnalité attribuée à chaque niveau. Chaque îlot de vie compte 3 niveaux le plus souvent, 4 parfois pour les plus grandes Tulou. Chaque famille  vit selon ses besoins, selon les heures et les mois de l’année au rez-de-chaussée et au premier étage pour la nourriture et la vie courante, où l’on voit les nombreux paniers en paille, en osier, accrochés le long du mur ou du balcon. Au second et au troisième, sèchent les vêtements. C’est là aussi que l’on dort, là où on est le plus en sécurité.

Tulou en rénovation-Earth building interior-Wikipedia-Gisl

La recherche du plus grand ratio utilisable-surface au sol. A l’intérieur, dans la partie centrale de la cour intérieure, des petites maisons ont été construites les unes serrées contre les autres de façon à former un anneau, entouré d’une sente circulaire pour les séparer des autres anneaux et de sentes transversales pour circuler. En cas de besoin d’agrandissement, ces petites constructions dans la cour se voient dotées d’étages.   

Des galeries extérieures communes des étages supérieurs, on a vu sur les toits de tuile  des constructions en anneaux posées au sol, avec un petit passage pour circuler de l’un à l’autre et emprunter la porte d’entrée.  Au final, le seul espace commun est constitué par la porte unique et ces couloirs de circulation au sol et sur les balcons. 

Actuellement, les Tulou toujours habitées. Les plus anciennes datent  du XVIIe siècle, même si les recherches historiques ont montré que ce type de construction était déjà présent au XVe siècle. Les plus petites accueillent une centaine de personnes, les plus grandes jusqu’à 800. Une autre particularité porte sur la continuité de l’occupation par une même famille, le record étant de 21 générations. Ces bâtiments ont été construits par des particuliers argentés dont on a conservé le nom. Au XXe siècle, la tradition a perduré sous des formes nouvelles puisque ce sont des émigrés ayant réussi dans leur nouvelle vie qui ont envoyé de l’argent pour qu’une Tulou soit construite à leur nom.

Les Hakka et leurs particularités culturelles. A la recherche de terres où s’établir, ces migrants sont  venus du Nord de la Chine pour s’implanter là où la terre pourrait les accueillir. Dans cette région du Sud-Est, les conditions climatiques et la richesse du sol leur ont permis d’y cultiver à partir du XVIIe siècle du thé et du tabac, des productions à forte valeur ajoutées, prises en charge essentiellement par les femmes, comme il est de règle à la campagne mais aussi parce que les hommes partaient chercher du travail au loin dans l’Administration et l’Armée.

Tulou-Chuxi Tulou Cluster Gisling Wikipedia

Cette très forte implication des femmes. C’est une des autres particularités des Hakka vivant dans les Tulou,  qu’en l’absence des hommes, les femmes ont ressenti la nécessité de se regrouper ensemble au plus près pour gagner en synergie, grâce à l’entraide, la proximité et la rationalisation de l’habitat et du travail. Les Tulou ne sont pas seulement beaux, puissants, étonnants, étranges…Ils répondent à une profonde logique humaine et terrienne de protection et de développement. C’est du design à l’échelle d’une forteresse de terre. On ne peut s'empêcher de penser aux Migrants partant dans le Grand-Ouest aux Etats-Unis qui recomposaient le cercle protecteur à chaque halte, à l'instar de ce que faisaient les Indiens en déplacement .

Les Hakka sont connus dans le monde pour leur frugalité, leur ardeur au travail et leur capacité à partir. Ils représentent dans le monde une communauté forte de 90 à 100 millions de personnes en Chine, à Taiwan, à Singapour… à Tahiti et à la Réunion. On comprend alors aussi pourquoi la Chine a voulu valoriser ces sites particulièrement remarquables en présentant ce dossier des Tulou à L’UNESCO. 

Le Patrimoine de l’Humanité de L’UNESCO. S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de  cet organisme mondial dépendant de l’ONU, dont le siège est à Paris, c’est la création en 1972 de ce concept de Patrimoine mondial de l’Humanité et l’adhésion de tous les Etats à cette idée tout à fait anglo-saxonne dans sa logique : répertorier les sites naturels, les sites culturels et mixtes. C’est une façon de préserver  le beau, le merveilleux, l’étonnant, l’émouvant, le fragile, l’unique… par ceux qui y vivent et/ou qui ont la charge de ce capital matériel ou immatériel, rassemblés sous le  terme très valorisant pour les Français de « Patrimoine ». C’est en effet Prosper Mérimée au XIXe siècle , qui a le premier commencé à établir un inventaire du patrimoine. Il est devenu Inspecteur général des Monuments historiques en 1834.  

Pour suivre le chemin

. Le patrimoine mondial    à voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrimoine_mondial

. La fiche très complète sur les Tulou établie par l’UNESCO sur http://whc.unesco.org/fr/list/1113

. Les Tulou sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Tulou

. Un reportage récent sur les Tulou de Tianluo Keng sur Marie-Claire Maison, avec de belles photos de Vincent Leroux/Temps Machine 

. Une carte des principaux sites de Tulou sur http://www.whatsonxiamen.com/infobank_images/9016rive.JPG

. Quelques informations sur  Jimmy Choo  http://fr.wikipedia.org/wiki/Jimmy_Choo

. Sur Prosper Mérimée, Ier Inspecteur des Monuments historiques, voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Prosper_M%C3%A9rim%C3%A9e

. Photos Wikipedia, avec mes remerciements à Gisling, l’auteur des photos prises en 2007

 

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F = Frontière > Bretagne, Anjou, Normandie > Traces paysagères

21 Avril 2012, 15:50pm

Publié par Elisabeth Poulain

C’est vraiment pour moi une re-découverte qui m’a fait percevoir plus nettement la réalité de la vraie frontière qui séparait le Duché de Bretagne du Royaume de France, l’Anjou au sud et la Normandie au nord. Lors de la création de la Région des Pays de Loire, Il y eut dans les années qui suivirent une violente opposition au rattachement de la Loire-Atlantique aux Pays de la Loire, basée sur l’unité du fleuve, plutôt que sur l’histoire où la Loire inférieure était le département tampon qui séparait  la Bretagne de la Vendée. Périodiquement le conflit est ravivé et le changement de frontière exigé, où parfois se retrouve la violence des années passées  mais pas oubliées. Comme une plaie mal cicatrisée, la fracture s’ouvre à nouveau. Tout récemment, c’est la sortie d’une carte géographique qui a relancé le conflit. En 2012, l’IGN a en effet édité une nouvelle carte des cinq départements de la Bretagne, avec la Loire Atlantique clairement rattachée à sa Bretagne.

Carte anglaise Anciennes Provinces 1789 Wikipedia

Logique historique marquée par une longue stabilité des frontières de la Bretagne, logique géographique, avec la Loire, le plus long fleuve de France, il faut évoquer également une 3è logique, celle de l’économie. Les deux régions, Pays de Loire et Bretagne revendiquent, chacune ancrée dans sa légitimité, la capacité de l’embouchure du fleuve à produire de la richesse, attirer les investissements et les emplois…

Il reste le quatrième élément le plus important peut être, la dimension humaine. Il ne s’agit pas dans ce billet de savoir ce que veulent les gens et les quels ? Les Bretons ou Ligériens de souche ? Les « Nouvellement Installés » sur le littoral pour y passer leur retraite qui demandent essentiellement à trouver les services dont ils ont besoin dans le cadre de ce qu’on appelle l’économie résidentielle…La question de  la date de la légitimité à se prononcer en faveur de tel rattachement plutôt qu’à un autre pourrait-elle compatible avec la démocratie ? Une autre question se pose : quelles sont les traces, si elles existent, de cette séparation historiquement longue ? Peut-on les visualiser dans le paysage ? Ou sur une carte ?   Voici trois exemples choisis, non pas au hasard, mais pour leur capacité à véhiculer à leurs façons la problématique de la Frontière.   

Carte-Normandie-1758-Carte du Gvt de Normandie-wik-copie-1

Le Mont Saint-Michel normand ou breton ? La question est d’importance. Elle l’a été dans l’histoire tout au moins. Elle fait toujours partie de l’histoire racontée et transmise par les guides, ce que ne peuvent comprendre les touristes étrangers nombreux parmi les visiteurs. Le Mont est en effet le second site visité en France, après Paris et le premier monument. Il attire plus de 3 millions de personnes. Le Mont n’a été breton que de l’an 867 à 1009. Pourtant la croyance populaire continue à véhiculer l’idée que la frontière politique se situe au milieu du chenal de la rivière Couesnon, qui fluctue au gré des marées. En réalité, la limite est fixée à 4 kms à partir du pied du massif de Brolade sur la côte normande. Comme pour Nantes, les retombées touristiques pour les communes sont extrêmement importantes. Il y a 15 communes du côté breton, contre 10 seulement sur le littoral normand. La carte étable en 1738 par Gilles Robert de Vaugendy  (1688-1766) montre clairement l’ancrage normand. Mais l’intéressant est que la parole continue à se faire l’écho de cette problématique. 

Le chemin du sel et la perception de l’impôt. Cette fois-ci, il s’agit de  frontières qui ont duré encore moins longtemps que les 142 ans bretons du Mont-Saint-Michel. Ce sont celles qui ont divisé le royaume en différentes régions fiscales à statut si différencié et si inégalitaire qu’il s’en suivait une contrebande exacerbée et des sentiments de jalousie qui se transmettaient de génération en génération.  La description de Wikipedia est tellement parlante que je vous la restitue en entier dans les notes, en fin de billet.  Retenons pour l’instant les données suivantes qui découlent de l’ordonnance de Colbert (mai 1680) : la Bretagne est un pays franc au regard de la gabelle (l’impôt sur le sel), étant lui-même producteur de sel, la Normandie, le Maine et l’Anjou sont des pays de Grande Gabelle où l’on est obligé d’acheter par avance une quantité fixe par an, une façon très directe pour le Trésor royal de percevoir de l’argent frais dont il a grand besoin.  Le Cotentin qui fait face au Mont Saint-Michel  relève d’une catégorie pour lui tout seul : il est le seul pays de Quart-Bouillon. Les fiscalistes de l’époque avaient imaginé un système incroyable. Il fallait aux assujettis (les sauneries) faire bouillir le sable de mer, récolter le sel ensuite après évaporation de l’eau et verser  le quart de cette récolte de sel au Trésor !

Carte des Gabelles-Cpte-Rendu au Roi par Necker-1781-Lombar

Que voit-on aujourd’hui dans le paysage ? Les exemples sont nombreux. Mais nul besoin d’aller bien loin. Il suffit de vous rendre à Ingrandes (49) et de prolonger votre balade sur les bords du fleuve au Fresne-de-Loire (44). Les deux petites villes sont  en continuité l’une à la suite de l’autre au point qu’on ne peut comprendre pourquoi  elles ne forment pas qu’une seule collectivité. La réponse vient de l’histoire et de celle du sel en particulier. Ingrandes, situé en Maine et Loire, accueillait le collecteur des impôts et des autres services  royaux pour empêcher en particulier la contrebande et le non-paiement des diverses taxes. En conséquence le bâti est plus luxueux que dans la ville voisine qui n’hébergeait pas les riches  titulaires de charges royales.

Le temps passant, ces singularités ont disparues mais pas au point d’oublier les liens entre l’Anjou et la Bretagne. En interviewant des Anciens à Ingrandes, j’ai été frappé par ces relations commerciales qui durent par de là les siècles. C’est toujours le cas pour un certain nombre de vignerons angevins avec des contacts qui perdurent au-delà des générations. Les chemins continuent à être empruntés alors que la situation politique a complètement changé. Les cartes montrent bien ces routes et voies tracées en fonction de la frontière.

Beauvais-07.06-Grau-garrigua-063.jpg

Le réseau de TGV dans l’Ouest de la France. Pour voir de façon quasi-instantanée l’influence de la frontière qui marquait les limites politiques entre ces deux entités distinctes, il suffit par exemple de consulter la carte éditée par la SNCF sur son site des grandes lignes TGV (Trains à Grande Vitesse, pour les lecteurs étrangers).

Deux éléments ressortent clairement :

. une ligne transversale en forme arrondie, proche de l’ancienne frontière, qui relie Nantes, l’ancienne capitale économique de la Bretagne,  à Savenay, Redon, Rennes, la capitale administrative de la Bretagne, puis Dol de Bretagne et enfin Saint-Malo,

. et deux lignes horizontales qui relient la Bretagne au reste de la France intérieure en passant  pour la première par Le Mans, Laval, Vitré, Rennes et Brest  et pour la seconde toujours à partir du Mans, par Sablé sur Sarthe, Angers, Ancenis, Nantes, Savenay, Redon avec un changement vers Quimper. Les conséquences sont impressionnantes :

Carte Lignes TGV, Paris-Bretagne

.  à partir de Paris, la ligne directe vers Rennes passe par le Mans ; des trains uniques sont alors composés en fonction des deux destinations, à l’avant par exemple avec des wagons pour Rennes, à l’arrière ceux pour Nantes…

. il n’y a pas de TGV entre Brest et Quimper pour avoir le tronçon manquant, vraisemblablement en raison du coût des investissements, du faible nombre de voyageurs en transit et de la préservation du paysage,

. l’absence de liaison ferroviaire directe (même hors TGV)  se poursuit entre Angers et Rennes, sa grande voisine au même titre que Nantes, sauf que Rennes est la capitale de la région « Bretagne » et que c’est Nantes qui est son alter ego en Pays de Loire, Angers n’étant que la capitale du département du Maine et Loire et étant aussi de par l’histoire située franchement de l’autre côté de la "frontière". Il a fallu attendre 2010-2011 pour que le Maire d’Angers se rende  en délégation à Rennes pour prendre officiellement contact avec son homologue breton. Il existe dorénavant un pôle métroplitain réunissant Brest, Rennes, Nantes-Saint-Nazaire et Angers, regroupant 2,2 millions d'habitants. Enfin une métropole à l'échelle européenne! 

Chateau d'Angers

Cette situation est d’autant plus étonnante, qu’il existait une voie romaine qui allait de Rennes à Angers. Encore actuellement, à Pruniers, dans la commune de Beaucouzé, en aval d’Angers, sur la Maine, une plaque de rue porte cette dénomination de « voie romaine ». 

Plus tardivement en 851, un traité de paix entre les troupes bretonnes attaquantes et celles des Francs était  signé à Angers pour marquer les limites les plus poussées du Royaume de Bretagne. Entre le IXè siècle et le XIIIè siècle, les raids normands se poursuivirent, Angers devenant normande, avec par ailleurs des saisies d’une partie du territoire angevin par les Bretons. Jusqu’au moment où les Comtes d’Anjou prirent la main. Ce fut leur tour de pacifier le Maine, le Poitou, l’Aquitaine et la Normandie ! Les limites de la Bretagne – on ne parlait plus de frontières - furent conservées en 1532, avec Nantes en partie intégrante de la Bretagne, lors du rattachement à la France. Une situation qui perdura jusqu’en 1941 quand la Loire inférieure fut séparée de la Bretagne, par un décret du Maréchal Pétain.

Plus que des frontières qui durent et d’autres qui se modifient au fil du temps, il existe un phénomène très fort de superposition de frontières, qui prennent d'autres noms (limites…), comme si leur force jamais ne s’efface totalement, surtout si on ne les voit plus ou peu. A croire aussi que plus on les supprime, plus l'esprit en recrée.

Pour suivre le chemin

 Une contribution de Viaouet.Alan sur « Les limites de la Bretagne » http://www.larousse.fr/encyclopedie/article/Laroussefr_-_Article/11005136

. Une synthèse riche en informations, très récente,  d’Emmanuel Daniel, sur http://www.slate.fr/story/47615/bretagne-nantes-guerre-frontieres 

. L’histoire mouvementée de la Bretagne http://www.bretagne.fr/internet/jcms/TF071112_5063/histoire

.Le Mont Saint-Michel et la carte établie par le gouvernement de Normandie sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Mountsaintmichi1756.jpg

. Pour un exemple de la vie à la Frontière, lire en première approche, l’histoire de Dol de Bretagne, qui porte son identité bretonne dans son nom, sur    http://www.dol-de-bretagne.fr/fr/histoire-108-122.html et Pontorson, ville normande, au départ de l’ancien tramway qui allait vers le Mont Saint-Michel, sur http://www.ville-pontorson.fr/patrimoine.htm

. La fiscalité royale concernant le sel sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabelle_du_sel

« La perception de la gabelle n'est pas uniforme. Elle dépend des pays (ordonnance de mai 1680 de Colbert). La législation des gabelles répartit la France en six divisions :  1. les pays de grande gabelle, on doit y acheter obligatoirement une quantité fixe annuelle de sel, ce qui transforme la gabelle en un véritable impôt direct : Normandie, Champagne, Picardie, Île-de-France, Maine, Anjou, Touraine, Orléanais, Berry, Bourgogne, Bourbonnais.. 2. les pays de petite gabelle, où la vente du sel est assurée par des greniers à sel, mais où la consommation est généralement libre : Dauphiné, Vivarais, Gévaudan, Rouergue, Provence, Languedoc ;  3. les pays francs, exempts d'impôts, soit parce qu'ils en sont dispensés lors de leur réunion au royaume de France, soit parce que ce sont des régions maritimes : Artois, Flandre, Hainaut, Bretagne, Basse-Navarre, Béarn ;  4. les pays de salines : Lorraine, Alsace, Franche-Comté, Lyonnais, Dombes, Roussillon ; 5. le pays de quart-bouillon. Le sel y est récolté en faisant bouillir le sable imprégné de sel de mer. Les sauneries versent le quart de leur fabrication aux greniers du roi : Cotentin ;  6. les pays rédimés (ou pays rédimés des gabelles) qui ont, par un versement forfaitaire, acheté une exemption à perpétuité : Poitou, Limousin, Auvergne, Saintonge, Angoumois, Périgord, Quercy, Bordelais, Guyenne. »

. Sur Ingrandes et le Fresne-sur-Loire, voir mon article sur « L’Eau, le Sel et le Vin, La Verrerie royale et les Caves de la Bouvraie » sur ce blog : http://www.elisabethpoulain.com/article-6896276.html

. Sur la route romaine qui reliait Rennes à Angers, voir l’étude très fouillée de  Philippe Saint-Marc  sur http://voiesromaines35.e-monsite.com/pages/1-h-voie-de-rennes-a-angers.html

. Sur l’histoire du Château d’Angers, voir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_d'Angers

. Photos des cartes par les contributeurs de Wikipedia, avec mes remerciements à retrouver dans l'album photos "Symboles", Elisabeth Poulain pour Ingrandes, à gauche de la photo-Le Fresne sur Loire à droite en regardant la Loire, le Château d'Angers.

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Style de Pub > Terre d'Hermès > Un Parfum entre Ciel et Feu

19 Avril 2012, 17:21pm

Publié par Elisabeth Poulain

Terre d’Hermès est un parfum pour homme   créé en 2006 dont le visuel a  été sensiblement modifié en 2009, tout en gardant sa profonde singularité.

Hermès, Terre d'Hermès, Parfum, pub Les Echos 2008

Quelques mots sur son appellation. Le nom d’un parfum est une des composantes de son caractère identitaire et donc de son succès. Deux remarques peuvent être faites avec Terre d’Hermès. La juxtaposition du nom de la marque fait partie du nom du parfum, comme le 5 de Chanel. En outre  Terre s’écrit au singulier pour bien montrer son universalité. Le paysage est celui d’une steppe qui se déploie largement, sans présence humaine, ni trace de son passage avec dans le fond des montagnes que l’on devine en découpe. C’est l’espace vierge, sans limite, qu’offre Hermès, le dieu du Voyage. 

 Les variations du sous-titre. Elles offrent plus de matière à commenter. En 2006, le visuel décrit le parfum comme un « extrait de terre et du ciel », une façon simple de faire le lien entre le monde fini du socle de terre, qui sert de base, et l’infini du ciel, qui se justifie aussi par l’importance accordée à l’élément visuel le plus fort de la composition, à savoir le nuage orange qui figure au- dessus du flacon. A partir de 2009, Terre d’Hermès devient « le Parfum. Une nouvelle densité ». Cette fois-ci, le nuage a quadruplé de volume. Il devient l’élément dominant du visuel. La terre a disparu, si ce n’est dans le nom du parfum. Le ciel aussi. Il reste le nuage de parfum à l’image d’une grande flamme de feu.  

Les couleurs. Elles se déploient dans une harmonie subtile, comme il en existe dans le paysage du désert, entre un ciel bleu foncé, une terre sombre au lever du soleil du fait des rayons rasants, un jeune homme à la silhouette foncée, son visage comme un nuage de très grande taille en couleurs lointaines, pas encore éclairées, dont la présence s’intercale entre les montagnes du fond et la silhouette de devant. On pense à une image mentale d’autant plus envahissante qu’elle est justement dans l'oeil de celui qui regarde, tout en faisant penser qu'elle prend source dans la tête du  Jeune Héros.

La couleur orange du nuage  de parfum joue un grand rôle dans ces harmonies douces. Elle évoque la puissance du parfum le matin au soleil levant dans un ciel bleu qui devient de plus en plus clair. Elle seule peut faire alliance avec cette luminosité qui s’affirme entre l’Est, à droite du visuel et l’Ouest à gauche. Une autre raison  sonne comme un rappel de la marque dont l’identité visuelle est directement attachée à la couleur orange. Chez Hermès, les boîtes cadeaux sont oranges tout comme les rubans sur lesquels le nom de la marque figure. Cette couleur orange va aussi teinter très légèrement le nom du parfum sur la bouteille, le parfum dans la bouteille, ainsi que TERRE (et pas Hermès) dans la mention placée au- dessus. Mais pas « D’HERMES » qui reste en blanc, avec la mention dessous.

Seul le verre du flacon ressort en blanc sur le visuel. En principe, sur un fond bleuté comme il l’est dans ce cas, sa transparence devrait faire ressortir une teinte bleutée. Pour dynamiser le flacon, un plaque orange est incluse dans le fond du flacon, avec un léger décroche en dedans pour alléger le socle. Cette signature chromatique de la marque dans le verre est également un moyen de freiner la ré-utilisation du flacon.

L’évolution de la composition du visuel.   

. L’homme jeune occupe toute la partie gauche en verticale. Son visage, la tête renversée vers le haut, les yeux fermés, avec un halo de cheveux bruns en couronne douce, occupe tout l’espace « Ciel ». Le choix a été fait de le mettre en sous-éclairage, comme en évanescence. En avant se détache, une petite silhouette d’homme, la sienne, vue cette fois-ci de profil, torse nu, regardant vers la droite, toujours la tête levée et les bras le long du corps. 

. La partie droite est dédiée au parfum et à Hermès. Le nuage orange est extrêmement présent. Dans la version de 2006, il ressemble à un sage cumulo-nimbus isolé, qui semble s’échapper de la tête du jeune homme.  

Sous le nuage, le parfum est représenté dans sa bouteille en partie basse, flottant au- dessus de la découpe de la montagne. C’est un ensemble qui appartient à l’éther. Au-dessus, le nom Terre d’Hermès. « TERRE » ressort en orange alors que D’HERMES est en blanc pour souligner son appartenance au flacon en transparence blanche. Toujours en partie droite, mais cette fois-ci se situe le logo d’HERMES, en blanc sur le bleu du ciel, avec la calèche tournée vers la droite.  

Hermès, Terre d'Hermès, Parfum, pub Les Echos 2010

Les changements trois ans après. C’est un temps très court dans l’histoire d’un parfum de grande marque fait par un grand nez, comme l’est Jean-Claude Ellena, Monsieur Parfum chez Hermès. C’est le succès qui curieusement a poussé le parfumeur à modifier l’équilibre de sa composition sans toucher aux éléments de la composition, à une exception d’importance près, qui est celle qui a porté sur la bouteille. 

. Les modifications du flacon. Il a été sensiblement revu pour le rendre plus viril. Ses dimensions ont été changées de façon à le rendre moins haut, il doit par là-même être plus large pour avoir la même contenance. A comparer les deux visuels, 2006-2009, il semblerait que le bas a été vraiment     retravaillé, dans le dessin de la courbure intérieure, de façon à faire plus ressortir ses pieds et à accentuer la plaque orange sur les côtes tout en l’affinant au centre. La courbure latérale du contenant intérieur a été simplifiée. C’est dire que la bouteille a été franchement remaniée pour se démarquer plus de la concurrence toujours très réactive dans le monde des parfums.

. La forme et la taille du nuage du parfum. Il est devenu omniprésent, en occupant seul le rectangle du quart supérieur droit, une partie aussi du quart supérieur gauche juste à côté du visage qu’il repousse du coup. Surtout, il est maintenant relié directement au jeune homme les bras en l’air qui semble jeter des graines qui auraient le pouvoir de s’envoler. A moins que cela ne soit le contraire : de ses bras, il appelle le nuage de parfum qui sourd de la bouteille, pourtant fermée.

. La goutte de parfum. Elle existait déjà dans la précédente version, toujours à droite de la bouteille vue de face. C’est sur cette goutte que repose tout le visuel. Elle était peu visible dans la version 2006 et semblait répondre seulement à un effet de mouvement improvisé. Dans le visuel  2009, il y a fallu certainement plusieurs gouttes pour avoir l’effet plus dense, plus haut et plus coloré. En conséquence le nuage est beaucoup plus fort. On comprend mieux alors cette phrase sibylline « Le parfum. Une nouvelle densité » qui, à mon goût, est moins porteuse de sens qu’ « Extrait de la Terre et du Ciel ». 

Le premier visuel cité reste mon préféré. Il laisse plus de liberté à l'interprétation de celui ou celle qui le regarde.Quant à un visuel qui a précédé, semble-t-il, ceux que j'ai présentés en photo, montre le jeune homme en plus grand sur le côté gauche, positionné vers la gauche. C'est cet élément qui est vraiment curieux. Il y a comme une dissonance. On  pourrait aussi imaginer un autre scénario en séquences prévues dés le départ. Le jeune homme regarde vers l'Ouest (1), puis se tourne vers l'Est (2) et enfin appelle et/ou projette le parfum (3). Pourquoi pas? Mais cela n'expliquerait pas le remaniement du flacon.

Hermès, Les Boîtes-Cadeaux, Noël

Hermès, dans ses rapports financiers, annuels et semestriels, fait état d’un franc succès de Terre d’Hermès, qui se confirme d’année en année, avec une hausse en volume de + 16% pour la division « Parfums ». Il est devenu le 4ème parfum le plus vendu en France, avec un positionnement de « grand classique ».

La publicité est signée par Publicis, avec Clément Sibony, en tant que modèle pour représenter le Jeune Homme et Brigitte Lacombe à la photographie.  

Pour suivre le chemin du nuage. http://france.hermes.com/parfums/homme/terre-d-hermes/parfums/terre-d-hermes-133-gr-12253.html 

. Sur le créateur du parfum, http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Ellena

. Lire son interview dans l’Express http://www.lexpress.fr/actualites/1/culture/jean-claude-ellena-nez-d-hermes-raconte-une-vie-d-odeurs-et-de-rencontres_1022612.html

. Retrouver les visuels sur un site qui a un lien officiel avec la marque http://www.imagesdeparfums.fr/Hermes/Terre_Hermes_Parfum.php 

. Pour constater les bons résultats du parfum,  http://www.hermes-international.com/2012

. Pour une première approche de Brigitte Lacombe, voir http://www.over-blog.com/Brigitte_Lacombe_biographie-1095204432-art83309.htmlet son blog très intéressant (et suspendue volontairement par elle depuis mars 2012) avec une sélection de ses photos et d’autres photographes parfois inconnus sur http://citizenzoo.wordpress.com/category/brigitte-lacombe/

. Photos EP, à partir des Echos, Série Limitée, 12.12.2008 pour la version 2006, Le Monde 5.12.2010 pour celle de 2009 et du 20.11.2010 pour les boîtes-cadeaux.

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Style de Pub > Caravanes > Wima et "A Lire avant vos Vacances"

16 Avril 2012, 11:36am

Publié par Elisabeth Poulain

Ces deux publicités ont essentiellement en commun de révéler un fort attachement pour la petite caravane, si proche de la nature qu’elle se fond dans le paysage, blanche dans un vert doux, tonique ou apaisant. Cette double fascination se révèle dans deux visuel, l’un sans nom de marque intégré dans le dessin d’origine néerlandaise ou belge et l’autre de la marque d’origine anglaise Wima Caravans.

Pub caravane

 « A lire avant vos prochaines vacances, Lees dit eer U met Vavantie gaast. » C’est la mention qui est placée en dessous du soleil à gauche. Le mot magique de vacances est prononcé et même traduit en néerlandais. La caravane est associée directement aux vacances. Elle est seule posée dans un véritable paysage composé de trois vagues vertes claires, d’une verte plus claire au milieu et de deux vertes plus foncées en haut et en bas ainsi que d’un ruban bleu qui symbolise l’eau. Sur fond vert foncé, la petite caravane très simple à deux fenêtres latérales seulement est toute pimpante avec ses petits rideaux oranges resserrés par un ruban au milieu, de la même couleur que le soleil bien rond qui illumine la partie gauche d’un ciel blanc.

L’effet « vague » adoucit toutes les bandes horizontales qui filent vers la droite. Le texte de la recommandation commerciale est rappelé en bas cette fois-ci en néerlandais. L’effet visuel de ce qui pourrait être un dessin d’enfant qui sait aller à l’essentiel est très réussi, sans recherche d’argument technique ou de preuve de confort, ni volonté d’impressionner. Le résultat est très convaincant : cette caravane est faite pour ceux qui recherchent des vacances sereines en se fondant au cœur de la nature.

Pub caravane Wima

« Wima Caravans, Des vacances avantageuses en plein air ». L’absence de l’e’ à la fin de caravane montre l’origine anglo-saxonne de cette marque qui communique aussi sur les vacances. En point commun avec le visuel précédent, la couleur verte et la simplicité de la petite caravane vraisemblablement plus récente de quelques années. Elle a en effet une baie large à l’avant. Cette fois-ci le terrain revêtu d’herbe est plat et quatre arbres structurent le paysage. La caravane, garée entre l’arbre n° 1 et le n° 2, est très peu visible en blanc sur fond blanc, à l’exception du bandeau noir sur lequel ressortent les fenêtres. Cette innovation montre une évolution : l’important n’est pas la caravane. 

En effet pour la première fois,  deux personnages s’apprêtent à se désaltérer : Madame est assise à la table sur un tabouret et Monsieur lui verse à boire. Tous deux minces et longilignes sont en short court et bras nus. Ils sont situés entre l’arbre n° 2 déjà cité et le n°3 ; le n° 4 sert à équilibrer l’ensemble très structuré. Les formes rondes sont surtout données par le grand C de Caravans et le haut des arbres. La caravane se voit à peine. Les troncs d’arbre noirs se voient beaucoup par contre. Ils structurent la composition en vertical pour mettre en valeur la bande horizontale noire et grise de la caravane à la hauteur des fenêtres.  

L’important ici pour ce jeune couple est de pouvoir profiter de vacances peu onéreuses en plein air, avec une caravane de marque WIMA. Cela fait trois avantages pour la marque qui s’adresse à des amateurs de vacances nature et chics. On remarquera la pose de le jeune femme que sert son compagnon attentionné. C’est aussi ça le camping. Il convient de ne pas oublier que le camping a été inventé par les aristocrates anglais à la fin du XIXe siècle pour se rapprocher de la nature, tout en conservant un certain style de vie.

En points communs, les deux visuels mettent en scène la nature, d'une façon très graphique et contemporaine avec la publicité écrite en flamand, d'une façon très stylisée et un peu snob avec l'anglaise. Toutes deux aussi ont fait le pari de privilégier cette nature douce et accueillante, une idée très novatrice en 1965, pour parler de la caravane qui sait s'y glisser sans vouloir la dominer.  

Pour suivre le chemin. Voir la série des billets déjà parus sur ce blog

Style de Pub > Caravan-e > La Industrial Trailer et la Pierart Sestrière       

Style de Pub Caravane > BlueBird Penthouse vs Pemberton Panorama Range        

 

Style de Pub > La Blue Bird Caravan     

Style de Pub Caravanes > L'Aster et la Lucas     

. Photos EP, à voir dans l'album "Petites Maisons"

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