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Le Blog d'Elisabeth Poulain

B de bouteille > La petite bouteille de vin > Une bonne idée?

16 Décembre 2011, 15:53pm

Publié par Elisabeth Poulain

On a déjà beaucoup essayé dans ce domaine dans un passé récent. Comptez 20 ans, soit une séquence de temps générationnel dans le monde du vin. Ce qui donne entre quatre et cinq générations par siècle, avec à chaque passage de génération, des changements plus accentués. Une bonne idée, la petite bouteille de vin, est-ce vraiment le cas ?

 

La petite bouteille

Dans l’euphorie du passage au 3è millénaire, l’idée que les ventes de vin allaient exploser de façon exponentielle était largement diffusée dans la profession, pas seulement en France Bouteille 20cl, Pop de Pommery, Champagned’ailleurs. La presse professionnelle, les grands salons professionnels de vin  dans le monde s’en faisaient les messagers. La petite bouteille allait permettre de rapprocher le vin du consommateur, en permettant à chacun-chacune de multiplier la personnalisation de ses modes de consommation du vin. Chaque occasion de dégustation devenant un jeu qui allait révolutionner le lien entre le vin et l’amateur-e

 

Les avantages

Elle - la petite bouteille  semblait avoir toutes les qualités. On ne jetait plus, on pouvait boire juste ce qu’on voulait sans ‘s’obliger’ à finir une bouteille ou à jeter le reste dans l’évier.  Il y en avait pour chaque utilisation, pour chaque sortie, pour chaque âge. Cette souplesse de consommation permettait aussi et surtout d’avoir sa propre bouteille, sans être obligé de passer par ce que j’appellerai « le médiateur » de la bouteille, celui qui ouvre et  sert le vin de la bouteille. La relation à trois devient une relation à deux, comme dans le cas de la bière.

 

L’augmentation de la valeur de la marque

Pour les entreprises du vin, la petite bouteille permettrait d’augmenter la part de valeur ajoutée propre de la marque par rapport au produit. La stratégie marketing et communication allait connaître des sommets et ceci durablement puisque le lien avec le client pouvait commencer plus tôt et se prolonger plus tard en variant les présentations des petites bouteilles. Pour les jeunes en boîtes, des habillages chamarrés ‘flashy’, pour les amateurs distingués de la classe, pour tous les autres une panoplie accordée aux codes de communication de la marque, variables selon les cultures.

 

Le renforcement de l’audace et son coût

La petite bouteille allait enfin libérer l’énergie créatrice des marques pour celles qui pouvaient se le permettre bien sûr. Cet aspect concurrentiel est au cœur de la démarche. Investir dans une nouvelle bouteille, créer des chaînes d’embouteillage dédiées, avec toutes les pièces de l’habillage revue à neuf coûtent extrêmement cher. Il faut dans cette optique non seulement créer des collections annuelles, voir pluri-annuelles, variables en fonction des marchés et des types de distribution, mais aussi gérer tout l’aspect logistique et réglementaire de la démarche, invisible pour le consommateur. 

  

La réaction des vins à bulles

La présentation  classique   Bouteille 20cl, Pop de Pommery, Champagne

Ce sont les grandes maisons de Champagne qui se sont lancées les première. Au cours de leur riche histoire, ce sont elles qui ont toujours su aborder et s’installer durablement dans tous les marchés du monde, en réussissant le formidable pari d’avoir des marques puissantes qui ont un sens fort dans tous les pays du monde, sans renier leur identité « vin ».  Une autre explication tient justement au Champagne  : c’est le vin le plus et le mieux valorisé de toute la planète. Il est donc possible de lui associer des surcoûts dés lors qu’il y a valorisation au final. Pour cela, une seule solution,  tester le marché. Voici trois exemples de petites bouteilles  de Champagne et un de vin pétillant qui datent du passage du siècle.

 

. Pommery s’est lançée en 1999 avec POP, un extra-dry dans une bouteille de 200ml lourde à muselet reproduisant fidèlement la grande champenoise classique lourde de 75cl à muselet. Seule autre innovation majeure, son verre bleu sur lequel se détache une étiquette ivoire aux coins arrondis avec Bouteille 20cl, Veuve Clicquot, Champagneune inscription relief du même bleu brillant. Le reste de l’habillage est argent. L’alliance entre le bleu profond, l’ivoire et l’argent du métal est franchement réussie. 

 

. Veuve Clicquot a gardé tous les codes de sa marque phare pour ce Brut. La petite bouteille est exactement semblable à sa grande sœur. Les éléments de l’habillage ont seulement été réduits de façon à respecter exactement l’équilibre de la bouteille. La Maison n’a pas eu grand effort à faire : elle est habituée à gérer toutes les tailles de bouteille. Elle a pu ainsi conserver la contre-étiquette qui explique avec précision les lieux dits des crus de VC qui constituent la « Cuvée brute Bouteille 20cl, Piper Brut, ChampagneCarte jaune. » 

 

. Piper Heidsieck a fait un choix différent pour sa Piper Brut. Ce n’est pas tant de  raccourcir son nom, que le fait que la  bouteille soit revêtue d’un plastique rouge thermo-formé. Les inscriptions sont imprimés en doré bronze que l’on retrouve en métal pour finir le haut de la bouteille et surtout cacher le bouchon noir à vis. Celui-ci est la troisième modification, au moins aussi importante que la taille de bouteille.

 

. Mumm Napa « Cuvée M , Méthode traditionnelle » (les deux mentions en français) , un sparking wine de la Napa Valley (Californie) a gardé le vert de la bouteille traditionnelle à muselet, plus petite toutefois (187ml), Bouteille 187ml, Mumm, Sparkling Wine, Napa Valleyavec une harmonie de deux bleus pour l’étiquette et la jupe du haut. La contre-étiquette décrit le vin « Magic, Memorable, Magnificent, Mumm », donne des instructions d’ouverture et reproduit les mentions légales relatives aux risques pour la femme enceinte, de risque de conduite …L’étiquette est centrée sur le M de Mumm qui semble éclairer le monde tel un phare. Ce produit et ce format ne sont pas destinés au marché français.  

 

L’habillage chamarée

Pour faire la différence d’avec ses plus célèbres concurrentes, le Champagne Pop, une marque propriété de Vranken, s’est  adressé à un créateur Olivier Lannaud pour concevoir des habillages peints sur la bouteille. Ils s’ajoutent à la petite bleue pour former un trio contenu dans un coffret en rhodoïd transparent « Art Pop Collector ». L’artiste a joué avec l’image de la bulle, qui enserre ou jaillit  de la marque. D’autres modèles viennent compléter les premiers modèles : un Pop rosé plus doux en bouteille rose pour être vendu avec l’extra-dry bleu. La sortie de la déclinaison pour l’an 2000 fut un succès selon la marque, qui continue depuis lors.   On trouve d’autres  modèles plus récents de Pop  sur Internet, qui entrent, à mon appréciation, dans le cadre de la politique de communication de l’entreprise.   

 

     Bouteilles 20cl, Pop, Champagne Vranken

La situation des vins tranquilles

Elle est beaucoup plus contrastée et compliquée. La problématique est profondément différente. Il ne s’agit plus ici de promouvoir un type de vin qualitatif par définition, à déguster dans des instants de fête mais du vin certes à qualité suivie garantie mais sans lien direct particulier avec la fête le soir. La petite bouteille ne prend sens qu’en relation avec les gammes de cépage de vin, vues sous l’angle de la culture américaine du vin. Il faut aussi avoir en amont  accès à des producteurs des différents cépages, ce qui a pour conséquence  que la petite bouteille ne concerne que les négociants capables de décliner la gamme des principaux cépages français. Reste à trouver les distributeurs capables de faire le lien avec les acheteurs consommateurs.

 

Nicolas, Monoprix et Carrefour par exemple ont testé la mise en rayon de collections de vins de cépage en provenance  en particulier de régions de grande production,   comme le Languedoc par exemple, pour lancer des collections de plusieurs vins de cépages faciles à boire, des vins qui sentent bon le soleil de l’été et les vacances.  Le lancement de la collection « Just by Paul Sapin » a été réussi. Pourtant la gamme nBouteille vin 25cl, Just by Paul Sapin, LArt de Vivre des Vignerons Catalans’est plus vraiment visible en France dans les circuits de grande distribution. Il est vrai aussi que celle-ci a depuis le début du siècle singulièrement continué à resserrer la voilure. Actuellement, on trouve des Just dans les restaurants de la SNCF.  

 

Les Vignerons catalans ont sorti au début des années 2000 une gamme courte de trois vins, deux rouges et un blanc, un Côtes du Roussillon. Le marché a répondu positivement avec curiosité ; le succès fut d’estime pour ces vins de France à forte présentation contemporaine qui surfent sur l’air du temps. La bouteille est une petite bordelaise de 25cl en verre vert fin. La présentation est codée pour émettre un message de style anglo-saxon, avec son bouchon à vis bien pratique, orange pour le repérage, le nom de la série « Art de vivre » qui entendait révolutionner la relation au vin et le clin d’œil en guise d’humour fin. C’est l’étiquette style « carte de visite »  qui le donne pourtant, avec son rond orage tiré de l’étiquette ivoire. 

L’épineuse question du prix

En 2003, il y avait là un vrai concept, une déclinaison et une réussite visuelle, le tout aurait du réussir aussi bien en France qu’à l’export. Que s’est-il passé ? C’est le prix qui a fait problème. Des prix relevés dans le site de Paris gourmand montrent l’évidence de la relation le prix du vin et les modes de conditionnement pour le consommateur :

2, 99E pour une 75cl, 5,99E pour 4 x 25cl face aux 9,99E pour un BIB de 3litres.  

Pour 6E, vous avez le choix entre 150cl en 2 bouteilles, 100cl en 4 petites bouteilles et 200cl avec l’outre à vin qui en contiendra encore 1  litre en plus. Selon une déclaration des Vignerons au journalistes de Stratégies.fr à l’occasion de Vinisud (22-24.02.2010), le BIB connaît un vrai succès au point de distancer la vente en bouteille (57%),  « sa progression est de +33%, la 75cl stagne et la 25cl vivote ».

 

La dimension prix est certainement  plus complexe qu’elle le semble au vu de ce seul exemple. Par exemple le soutien à la promotion du vin sur le lieu de vente n’apparaît pas. Il n’en demeure pas moins que le problème est réel : boire du vin est certes un plaisir, on n’en fait pas la fête pour autant tous les jours. 

La grande difficulté est de connaître le « vrai » coût du vin, quand on compare un vin de négociant avec un vin de vigneron. Comment le vigneron calcule-t-il le coût de  vin en bouteille sachant qu’il joue l’équilibre financier de son exploitation sur le BIB. N’a-t-il pas tendance à majorer le prix à la bouteille ? Je suis frappée pour ma  part par le prix élevé du vin en bouteille en vente directe au chai, alors que le prix pour le particulier est majoré par le prix du transport à sa charge. Et que c’est lui qui supporte le coût du stockage. 

  

L’importance de voir le vin pour le boire

La seule explication « prix » ne saurait pourtant suffire. Elle est évidemment très importante. Elle n’est pas fondamentale dés lors qu’il s’agit  de vendre  en grandes quantités, en assurant une qualité objective à un prix accessible, en rendant le vin disponible en particulier dans  des circuits de distribution hors du domicile familial. Une 25cl d’un Cinsault Just vaut 4E  quand vous prenez un sandwich chaud chèvre et jambon cru (6,80E)  dans le train. Même en dehors de chez soi, la relation avec une vraie bouteille est très importante. Il faut pouvoir voir la bouteille quand on voit le vin. Sans la bouteille, la relation devient plus difficile.  C’est peut être une explication aux essais non concluants de vente de vin en verre operculée toujours dans les trains de la SNCF.  

Bouteilles vin 25cl, Just by... et L'art de vivre

Le lien avec la petite bouteille

Reste la question de savoir si la dimension de la bouteille joue un rôle dans cette association sensorielle globale du vin. Visiblement l’accord est possible avec une bordelaise suffisamment grande pour ne pas avoir l’air d’un jouet de plus. L’essai semble réussi pour Just et des Arts de Vivre, sans en attendre des grands volumes. Pour les Champagne, la petite bouteille en habillage classique peut être une bonne alternative à l’obligation de sélectionner un spiritueux dans des bars branchés. Ce sont surtout les femmes qui sont visées dans ce cas là, pour faire chic aux Etats-Unis en particulier. Quant aux jeunes ciblés par les habillages flashy des vins à bulles, je les vois comme un outils de plus pour faire parler de soi dans une politique de communication type "facebook". 

Pour suivre le chemin du vin

. Rendez-vous sur le site des Vignerons catalans      http://www.vinduroussillon.fr/les-vignerons-catalans/index.html

. Voir le site du « spécialiste de France et du Nouveau Monde des petits contenants », le créateur notamment d’une collection de 7 cépages, disponibles en 4 contenants de bouteille,  négociant à Crèches sur Saône dans le Maconnais http://www.paul-sapin.com/contact.php

. Lire le billet d’Alain Fourgeot sur   http://www.fou-rgeot-de-vin.com/article-just-des-petites-lampees-de-rose-dans-le-tgv-avec-un-gourmand-85741285.html

. Photos EP des bouteilles que j'avais achetées pour les montrer aux étudiants en Master Vintage.

 

 

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La petite maison sur la Mayenne > La jolie péniche à Montreuil-Juigné

13 Décembre 2011, 17:09pm

Publié par Elisabeth Poulain

Elle est tellement mignonne que je ne peux résister à vous la faire admirer bien que nous soyons officiellement en hiver, alors qu’il fait plein soleil, avec un thermomètre qui affiche allègrement un 14° à midi.  Je l’ai ‘découverte’ l’été dernier lors d’une promenade. 

Montreuil-Juigné, la Mayenne, la péniche

La péniche en vacances

Elle est située au bord de la Mayenne, après Montreuil-Juigné et un peu avant l’écluse de la Déabière qui marque la fin du chemin. L’endroit est stratégique ; son point d’amarrage est proche d’un parking situé au pied du coteau qui mène à Montreuil-Juigné. Elle voulait avoir des arbres proches. C’est fait, tant pour bénéficier de sa dimension nature que pour être un peu protégée du regard des promeneurs et cyclistes.

Les pots à la lumière, le linge à l’air

Toujours dans cette optique verte, la dame qui habite la péniche a sorti ses petits pots de cactus et autres succulentes pour les poser à l’arrière de la cabine à l’extérieur, pour qu’ils prennent l’air. A l’avant, c’est le linge qui sèche au vent léger tendu sur une ficelle. Un peu plus loin encore sur le pont, une potée de plantes marque le milieu de la péniche. A sa proue, le drapeau breton attend une brise un peu plus forte pour lui permettre de se déployer. L’instant est propre au repos. 

 

La péniche est rutilante de propreté. Le linge est placé en ordre, en commençant par la chemise, les pantalons et les petites pièces de dessous. Ses peintures délicates viennent d’être refaites dans une harmonie chromatique parfaitement assortie au vert encore quasiment printanier de l’herbe. L’herbe le long du chemin vient d’être coupée. Tout est rangé. Les promeneurs sont enchantés. Il flotte un petit air de magie gracieuse sur la rivière.  

 

La Mayenne, Montreuil Juigné, le chemin de halage

La Mayenne

A cet endroit, on la dirait tirée d’une carte postale montrant les beautés de la campagne française. Elle est une rivière tranquille dont l’étiage est garanti par l’écluse mais aussi en face de nous par un seuil en travers des bras secondaires  pour conserver l’eau dans le cours principal. On a peine à imaginer qu'il  permettait le transport fluvial de charbon ou de pièces de métallurgie jusqu'au XIX siècle. Le chemin de halage témoigne pourtant de  l’importance dans le passé du transport fluvial. Ce n’est qu’au XIXè siècle que les échanges se firent principalement par la route. 

Les îles en face

Le paysage, qui fait face à la rive droite de la Mayenne, là où se trouve les marcheurs et les cyclistes, de l’autre côté du chenal, est difficile à interpréter. Il est composé de plusieurs îles, dont certaines sont de grandes dimensions. Le plus troublant à mon goût est qu'elles n'ont pas de nom.Reste le plaisir d'attendre un bateau la franchir.

 

 

La Mayenne, Montreuil Juigné, l'écluse

Pour suivre le chemin

. Voir le plan de la commune de Montreuil-Juigné d’Angers-Agglomération. Elle vous est remise fort aimablement et gratuitement quand vous la demandez à la mairie.

. Découvrir  les Basses Vallées Angevines sur http://www.wiki-anjou.fr/index.php5/R%C3%A9gion_d%27Angers#Basses_vall.C3.A9es_angevines

. Prendre avec vous le topo-guide des Basses Vallées angevines à pied, de la FFRP.

 La Mayenne, Montreuil Juigné, passage à l'écluse

. Lire les premiers billets sur le thème des petites maisons sur ce blog :  

Les petites maisons en bouteilles WOBO Heineken     

Les petites maisons des Ardoisiers d'Angers Trélazé     

Les petites maisons > La vogue des "Empilables"     

Les petites maisons > Les tentes pour réfugiés     

Les petites maisons > L'entre-deux > Entre cabine et cabane de plage     

Les Petites Maisons de la Cour > La Cour des Petites Maisons > Angers > Doutre     

Les petites maisons > La valse des conteneurs > Du transport à L'habitat

. Photos EP, la péniche, les îles en face, l'écluse, à retrouver dans l'album-photo "Paysages". Sur la dernière photo, vous découvrez une vedette toute blanche qui va remonter la Mayenne et croiser la péniche à l'arrêt un peu plus loin positionnée elle vers l'aval. Deux mondes, deux ambiances vont se saluer!  

 

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Style de pub Caravane > La Star et la Miami

12 Décembre 2011, 17:38pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont toutes deux des caravanes blanches du début des années 60. On n’en voit plus sur les routes. Toutes deux sont des caravanes françaises, avec des noms anglo-saxons pour faire « moderne ».  C’est ce que montre aussi ces publicités, cette volonté de les présenter comme quelque chose de vraiment nouveau, mais sans aller trop loin pour ne pas effaroucher les clients.

 

La caravane Star

Elle est  sobre et sans esbroufe. Pourtant, elle présente ceci de remarquable, ses nombreuses fenêtres, qui permettent de se sentir bien à l’intérieur comme à maison. Les rideaux étaient un des premiers signes d’un foyer bien tenu, qui empêchait aussi de voir à l’intérieur. A l’époque où la caravane a été construite, on ne connaissait pas encore les baies panoramiques qui occupent toute la largeur de la caravane. Autre particularité qui ne fut pas retenue dans les évolutions postérieures, la caravane est tournée vers l’avant, avec vue sur la voiture qui la tire. En conséquence la porte s’ouvre à l’arrière.  

Blog rose 2011.10.23 038

Ce sont ses petits rideaux bonne femme bien tirés qui occultent plus de la moitié de la vue qui distinguent cette Star des autres. Malgré cela, elle garde un aspect un peu sévère, renforcé par le visuel qui adopte une double forme géographique en forme de pince en noir et gris sur fond blanc que traverse un rayon jaune, en référence à Star, l’étoile, la marque du constructeur, mais pas franchement le chaud soleil. Il aurait fallu alors un jaune plus chaud.  

La caravane Miami 

Elle représente aux yeux de ses constructeurs le rêve américain avec un palmier de Floride et le grand soleil de là-bas, sur le côté gauche en dehors de la photographie prise l’hiver quand la nuit tombe. On y voit une caravane de petites dimensions  vue de l’arrière afin de mettre la grande baie vitrée à l’honneur. Pour la première fois, la porte est ouverte pour vous inviter à monter. Mais il n’y a pas de marche pour entrer.  

Blog rose 2011.10.23 026-copie-1

Une grande baie panoramique dégage tout l’arrière de la caravane. Du coup la porte est placée sur l’avant. Point commun avec la Star, des rideaux bonne femme ornent les fenêtres, mais sans volonté cette fois-ci de cacher l’intérieur. Miami est un bon exemple du décalage qui peut exister entre une vision moderniste de vacances à la française et la réalité américaine. On ne saurait imaginer une telle caravane sur le sol américain, où est née l’Airstream (1936), la plus mythique des marques, dont le design tout en rondeur est encore maintenant époustouflant. 

Le publicitaire  n’a pas oublié de placer à la gauche de la photo un soleil jaune-orange, qui lui a une allure d’étoile, au dessus de grandes feuilles bleu ciel d’un palmier stylisé, avec du sable bleu en dessous. Cette audace chromatique renforce curieusement le bleu turquoise de la photo hivernale de la caravane.  

 

Pour suivre le chemin

. Voir les billets précédents sur ce thème

Style de Pub > La Blue Bird Caravan

Styles de pub > Caravane anglaise > Isn't she a beauty?    

  Pub caravanes & Co > Un style de vacances > Ma Coquille 01/38

 

. Lire « L’esprit du camping », Cheminements éditeur, France Poulain et Elisabeth Poulain auteurs

. Sur le net, on trouve des références à la Star, une caravane renommée pour sa solidité fabriquée à Saint-Brieux. Celles qui sont en vente datent des années 70, 80. Quant à la Miami, je n’ai rien trouvé de particulier. 

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La Tour Eiffel > Un symbole + une image en modification continue

11 Décembre 2011, 17:12pm

Publié par Elisabeth Poulain

La sur-représentation de la Tour Eiffel

Tour Eiffel, galerie marchande, provinceJ’en vois partout. Il est vrai qu’à partir du moment où on a pris conscience de cet envahissement visuel,  le déclin du symbole semble s’annoncer. Est-ce vraiment le cas ? Les entreprises qui utilisent sa silhouette plus ou moins exacte le savent bien. Elles surfent sur ce trop de trop, comme on accroche encore un wagon à une locomotive qui en tire déjà beaucoup. Puisque ça marche, pourquoi ne pas continuer? C'et ce que montre la devanture de ce magasin dans une galerie marchande.

 

C’est ce que fait aussi par exemple France 2 dans son édition du 20 heures avec une photo sur-colorisée censée peut être montrer la beauté de Paris la nuit ou plutôt la puissance de la ville, siège de tous les pouvoirs.

 

On comprend qu’en 1960, l’image de la Tour était un symbole de l’aura de la puissance de Paris en France. Quand on  était parisien ou parisienne alors, on était un peu plus « haut perché » que d’autres quand on « descendait » en province. Le langage est terrible parce qu’il est révélateur. Utiliser actuellement l’image de la Tour est toujours une façon de bénéficier non seulement de sa renommée mondiale mais aussi de celles de grands annonceurs qui depuis des années ont ancré son image dans l’univers du luxe féminin encore le plus souvent.

Tour Eiffel, Yves Saint-Laurent, Lunettes

Yves Saint-Laurent recourt à la Tour pour des lunettes (de soleil) de nuit sur fond du Ier et second étage qui rutile en doré sur fond de nuit noir. Nina Ricci utilise plus classiquement une tour scintillante d’or brillant de lumière avec l’Opéra en or mat en arrière-plan pour pousser son parfum couleur or miel « Love in Paris » sur fond rose mauve. Ces deux exemples tirées d’Elle datent de 2005 - 2006.  En point commun, ces deux publicités se partagent une certaine vision de la nuit. Le jour, la situation est plus composite.

La Tour le jour, un grand bazar visuel

Elle est partout, d’autant plus logiquement que sa reproduction est maintenant clairement libre de droit. On va donc la retrouver sur de très nombreux supports si variés qu’on si perd. On peut l’acheter en papier en forme de panneau haut et étroit à coller sur les murs des appartements, en grand bibelot en fer gris ou rouge à poser par terre ou sur un meuble, reproduit sur des coussins ou directement sur le fauteuil, en arrière plan de publicité pour des  parfums chers ou des vêtements bon marché, pour vendre des chaises « bistrot » posées sur un balcon d’où on voit la Tour, directement  associée à Paris ou à la France, assortie en couple  avec Big Ben, en forme de porte-clé en cuir offert lors de réunion internationale de travail à Paris, sur une publicité de la marque de bière 1664, en boîte de métal contenant des biscuits à acheter chez Conrad Shop ou chez Total dans des grandes aires d’autoroutes touristiques … Elle fait le plaisir des enfants  en briques Lego à assembler et des adultes en puzzles à son effigie. 

 

Tour Eiffel, Nina Ricci, Parfum Love in ParisLe passage du millénaire nous a fait re-découvrir la Tour, comme égérie d’une ville où la vie  semble si facile. Depuis lors, son succès n’a pas faibli. En 2006, Christine Bottero-Lhardit, une journaliste de ELLE (21.11.2005), avait répertorié 20 objets utilisant l’image de la Tour Eiffel,  membres de cette grande famille hétérogène qui met sur le même plan le bon et ce qui l’est moins. Elle avait soigneusement évité de citer les grandes marques de parfum qui font régulièrement de la pub dans son journal et les autres magazines féminins. C’est pourtant à la publicité française d’abord que la Tour doit son succès, bien avant les touristes. 

 

A quelques semaines de 2012, le score est au moins aussi varié et la moisson presque aussi riche. Les marques ont changé. Le bon goût est parfois absent comme pour cette bouteille de Fine Cognac Deribaucourt en forme de Tour Eiffel visiblement faite pour l’étranger.

 

La Tour, la nuit, comme une île

Elle prend encore plus de force. On oublie ce qui l’entoure. Elle Tour Eiffel, Beaux Arts Magazine, Loustalest un phare qui attire et qui neutralise tout ce qui est à côté et en dessous. Elle seule est capable de défier les éléments, comme  Beaux Arts (avril 2011) qui montre en couverture une version du dessinateur Loustal d’une Tour Eiffel éclairant le monde à partir de son rocher entourée d’eau comme une île. 

 

Sur une autre photo ancienne, on la voit dirigeant son rayon bleu sur la ville  assombrie striée de petits rayons bleus. C’est sa dimension magique que ce  La Tour Eiffel et la foudre.PHoto d'un amateur-20110905PHOWcliché d’un amateur reproduit en 2011 par la sélection photos du Figaro.  

 

La Tour verte

Elle continue à  attirer les photographes amateurs, les professionnels, les cinéastes qui vont jouer avec ses lignes terriblement graphiques.. Elle ne fait que devancer le projet actuel de la végétaliser du haut en bas. Sa structure pourrait, selon les concepteurs, porter sans problème  le poids supplémentaire du sur-habillage contenant poches de terre, plantes et réseaux d’eau !    Tour Eiffel végétalisée-Batiweb-2011.12.02

 

Une autre version verte est celle choisie par The Good Life d’une carte d’Europe verte très développement durable pleine page de Khuan +Ktron. On y voit un circuit européen des grands noms de l’automobile avec par exemple Aston Martin, Jaguar et Triumph comme capitales au Royaume-Uni, Porsche, Audi, BMW et Mercedes Benz pour l’Allemagne…Pour la France et la Belgique, en l’absence de ces grands noms qui font rêver les hommes, c’est la Tour Eiffel qui est choisie pour meubler, l’Atomium pour la Belgique… 

La Tour et l’eau 

La plus jolie publicité récente pour un salon est une composition photographique  choisie pour le dernier Salon Piscine et Spa de décembre 2010 à Paris, Porte de Versailles. Son titre « venez, rêvez, plongez »  avec la Tour dans la brume au lointain. De Paris, il ne reste rien, si ce n’est qu’une ligne de Tour Eiffel, Affiche salon piscine, spa, 2011colline dans une brume bleutée légère.  Seule se détache la fameuse silhouette dans le fond au dessus de la tête de la jeune femme allongée au bord de l’eau de la piscine au bord de la Seine. En comparaison, la photo prise sur un pont avec la Tour entourée d’arbres dans sa partie supérieure gauche pour la Paris Design Week (12-18 septembre 2011) paraît bien convenue.  

La Tour de photographes en noir et blanc

Les grands photographes se sont bien sûr intéressés à la Tour, s’inspirant peut-être de la fascination exercée par la célèbre photo de Charlie Chaplin et les aiguilles de l’horloge dans les Temps modernes (1936). Une photo est particulièrement célèbre. C’est celle intitulée « le peintre de la Tour Eiffel » prise par Marc Riboud qui a utilisé de façon formidablement réussie le triangle composée par les poutrelles (1953).  Jean Larivière, un photographe de mode qui a trTour Eiffel, Salon FIAC 1994availlé pour Elle,  à son tour, a su jouer avec les poutrelles pour son album « la Tour Eiffel à Etretat » (août 1997). Il a choisi le croisement des poutrelles pour mettre en ligne géométrique une jeune mannequin habillée de blanc pour faire contrepoint au noir des poutrelles. En 1994 –8-16 octobre-, l’exposition organisée par la FIAC à l’Espace Tour Eiffel Paris-Quai Branly utilise pleinement les contrastes noir et blanc, pleins et ajourés de la Tour (Beaux-Arts Magazine n° 126 septembre 1994). 

Des versions d’illustrateurs

C’est le cas d’une couverture de Michel Boucher pour un livre de promenade sur « Paris inattendu ». L’ombre du promeneur est une Tour Eiffel simplifiée qui avance avec lui sur le trottoir. Tour Eiffel, Michel Boucher dessin couvertureD’une façon amusante, Michel Dansel, l’auteur, ne la cite pas. Elle est trop connue pour l’inspirer (Hachette). Pour compenser, deux autres dessins utilisant la Tour sont insérés dans le guide: on y voit une vache qui a deux tours en guise de     corne et surtout une statue de la liberté avec un soche mâtiné de tour.   

 

D’autres comme Pomme Y alignent les monuments de Paris en noir et blanc pour mieux jouer le contraste dans une auto-pub pour se faire connaître. C’est un studio de retouche de photo implanté à Paris, Londres, Tokyo et New York. Leur Tour est volontairement kitch pour mieux se faire repérer. 

La Tour souvenir

J’ai deux  clichés qui me restent sur la rétine.

 

. Le premier très réussi est un portrait d’une inconnue prise par un amateur dans les années 50 sur le pont de Bir Hakeim, qui même du Palais de Chaillot rive droite à la rive gauche  où se trouve la Tour Eiffel. C’est une photo carrée en noir et blanc oubliée par une dame âgée sur le comptoir d’un magasin en province comme on dit quand on vit à Paris. Tour Eiffel, Photo d'amateur, années 50

 

. Le second est une tentative de 2011 pour essayer de faire de la Tour un mémorial des évènements sanglants de New York du 11 septembre 2001, avec ce slogan « The French will never forget ».On  y voit la Tour entourée de deux échaffaudages (à voir dans l'album-photo "Symboles" sur ce blog). Ce n'était  clairement pas  une bonne idée. On ne joue pas avec les épreuves comme celle qui eut lieu à New York ni avec les symboles.  

 

La plus belle pour aller danser

Quoi qu’il en soit de ces parades amoureuses, des trésors d’ingéniosité et d’oeil neuf, qui - je m’en aperçois  maintenant - présentent toujours la Tour vue de la Seine ou de la rive droite de Paris dans un décor classique  - voici pour finir ce billet un formidable cliché dans une perspective époustouflante mis en ligne  Wikipedia par un photographe allemand –Taxiarchos228 de son pseudo -  qui montre la Tour vue des Invalides. C’est une photo aérienne rare. Elle est incroyablement forte.   

Pour suivre le chemin

. Voir le grand billet de Wikipedia sur Paris, avec cette superbe vue de la Tour, le Palais de Chaillot en collerette arrière sur fond panoramique des buildings de la Défense, en date d’octobre 2010, avec mes remerciements au photographe Taxiarchos228

http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Paris_-_Eiffelturm_und_Marsfeld.jpg

 

Tour Eiffel - Eiffelturm und Marsfeld2 Taxiarchos228 Wikipe

. Voir le site de Loustal  http://www.loustal.com/index.php 

. Dessin de Michel Boucher d’un marcheur à Paris dont l’ombre est en forme de tour, en couverture de « Paris inattendu » de Michel Dansel, Hachette, à retrouver sur son site http://www.michelboucherillustrateur.com/

. Dessin par Khuan + Ktron de la Tour comme symbole de la France  dans une Europe verte dont les capitales sont des marques de voiture. Seules Paris avec sa Tour  et Bruxelles avec l’Atomium ont le droit d’être indiquées pour cause d’absence de marque de voiture de luxe, sur le nouveau magazine pour homme, The Good Life n° 1. Dessin à voir sur le compte Flickr de Khuan Caveman Co sur http://www.flickr.com/photos/khuan/ 

. Voir les deux billets précédents parus sur ce blog sur le thème de la Tour Eiffel

Marketing territorial > La Tour Eiffel 2 > Partout dans la pub     

Marketing territorial > La Tour Eiffel > Emblème de Paris > La France  

. Photos EP, avec mes remerciements aux auteurs

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La Grange dîmière > Daubeuf la Campagne > François Calame > Eure

7 Décembre 2011, 18:53pm

Publié par Elisabeth Poulain

François Calame est un ethnologue amoureux du bois, fasciné par les charpentes, en particulier celles du Moyen-Age quand on travaillait les poutres à la hache, avec la seule aide du cheval de trait et des compagnons. Commencer par consolider voir refaire les charpentes à l’ancienne, c’est l’idée qui lui est venue à voir l’état de décrépitude de la double Grange Dîmière de Dauboeuf la Campagne, menacé de perdre la plus grande partie de sa toiture, après en avoir perdu déjà une partie.  

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Les dimensions de cette grange fascinent tant elles révèlent de courage dans le savoir-faire de ces hommes de l’art et de richesse produite par la terre. Mais il n’y a pas que cela. Il y aussi le poids de l’histoire pour fêter le 1100è anniversaire de la naissance du Duché de Normandie en 911. On comprend alors qu’un tel chantier se devait d’être international. C’est l’ouvrage auquel s’est attelé François Calame, associé à deux maîtres charpentiers, Florian Charpentier et Axel Weller, l’un français et l’autre     allemand, pour recruter d’autres charpentiers expérimentés et novices norvégiens, canadiens, anglais, allemands, chinois et français. En tout plus de 30 professionnels, sans compter les membres des familles les accompagnant pour certains et des supporters de divers nationalités. 

 

     Blog 2011.09.2011 rose Rouen 342

Et c’est ainsi qu’en cette fin de l’été 2011, une bonne partie de l’Eure artisanale, patrimoniale et culturelle s’est retrouvée à Dauboeuf la Campagne pour célébrer l’union de la charpente et du bois. Une jolie façon de redonner une nouvelle vie à la Grange dîmière dans l’Europe d’aujourd’hui  grâce aux savoir-faire de charpentiers qui savent tailler une belle poutre dans les règles de l’art, après avoir abattu les arbres l’hiver dans une forêt proche une nuit de vieille lune  et éclaté les fûts grâce  à des coins sur plus de 7 mètres de long.  Bien sûr toutes les manipulations ont été faites à la traction animale. 

 

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La Grange.

Elle est franchement très grande, d’autant plus grande qu’en fait elle est double, sans compter les appentis accolés de chaque côté. Chacun sait qu’à la campagne, on n’a jamais assez de place. En effet les utilisateurs ont du se sentir à l’étroit au cours des siècles qui suivirent. Au XIVè siècle, une seconde charpente a été ainsi accolée à la première qui est légèrement plus haute en continuité, de sorte qu’il n’a pas été nécessaire de faire un passage entre les deux granges qui n’en font plus qu’une seule. La date retenue pour l’inscription au titre de monument historique est de 1489.

  

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Le lieu

Le site se trouve dans l’Eure dans un endroit vide, la terre à nue, quand on passe en voiture sur le plateau. Difficile de parler d’un endroit quand il s’agit d’un espace de grande culture sans haie ni bocage, venteux en hiver, pluvieux aussi souvent que plaît à Dame la Pluie, vide au sens où des petits villages proches sont à l’écart de la route. Leurs noms, qui se terminent par « ville » ou « la campagne », traduisent aussi ce trouble, au point d’avoir besoin d’esquisser une hiérarchie entre les villages selon leur tendance plutôt urbaine ou rurale.      

L’approche par le village de Daubeuf la Campagne

  Blog 2011.09.2011 rose Rouen 411

Il suffit de quitter la départementale D133 qui va du Neubourg à Louviers par  une toute petite route pour se retrouver dans un tout aussi petit village qui a pourtant une mairie, une église maintenant fermée par sécurité pour cause de travaux à venir pour la renforcer  et surtout par une grange dîmière dont certaines fondations datent du XIe siècle. On la voit à peine quand on se gare  sur la place du village face à l’église, près de la croix et du monument aux morts. 

 

Une grange dîmière témoigne de la double importance de la richesse de la terre et de l’Eglise en tant que pouvoir établi assurant certains services publics jusqu’à sa suppression aux premiers jours de la révolution de 1789. Le clergé percevait le dixième de ce que la terre produisait. Cet impôt obligatoire  étant versé en nature, on comprend qu’il ait fallu bâtir des grands bâtiments pour stocker le grain, nourrir les bêtes et conserver le vin. 

L’emplacement de la Grange Dîmière

Cachée par un grand mur, elle ne montre que son pignon gauche sur l’extérieur.  Il faut rentrer par le portail grand ouvert pour découvrir la cour et prendre conscience de son importance. La Grange est située dans la partie proche du village. Quand on entre dans la cour, elle forme sur la gauche la largeur  d’un clos en forme de quadrilatère doublé à l’intérieur d'un chemin qui permet de circuler dans cet espace,  dont les trois autres côtés sont (dans le sens inverse des aiguilles d’une montre) : 

. sur le côté le plus long, le mur extérieur gauche de l’église, puis une triple maison de maître, en discontinu,

. sur l’autre partie du rectangle en continu, un cellier, des granges et les habitats des serfs, serviteurs et autres travailleurs, ouvertes sur la cour intérieure et totalement fermée sur les champs au nord,

 

Daubeuf la Campagne, Grange dîmière, double charpente

. de l’autre grand côté, des étables diverses et variées et abris pour le matériel agricole  d'un seul tenant  d’un bout à l’autre, avec seulement un passage entre les maisons des travailleurs, les étables des bêtes et des lieux de stockage pour rejoindre les champs à l’extérieur. 

 

Outre le chemin rectangulaire, qui permet d’accéder aux champs sur deux côtés, l’intérieur de ce grand rectangle est occupé par un grand espace devant la Grange qui a servi d’atelier en plein air pour déposer les troncs et tailler au plus près du lieu de fixation, ainsi que par un colombier, un joli bâtiment caché par des arbres et différents hangars techniques. 

La double charpente    

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On en sort avec l’idée qu’il faudrait avoir des transats dépliés presque à l’horizontal de façon à laisser le regard se promener entre les poutres, passant devant, derrière, comme un oiseau avec un radar dans les yeux. Ils existent, ces oiseaux, ce sont les hirondelles. Ce qu’on ressent à regarder là-haut, c’est la fascination pour la puissance de la conception et l’admiration pour les charpentiers qui se transmettent leur savoir-faire au cours des millénaires, à côté d'une petite fille et d'un petit garçon norvégiens jouant avec des copeaux de bois ou de belles dames françaises à talons hauts qui avaient volontairement oublié que Daubeuf est vraiment à la campagne.  

 

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Heureusement il faisait vraiment beau en ce dimanche du patrimoine de septembre 2011, à entendre la fanfare des trompes de chasse d’une société de chasse voisine qui nous avait fait le plaisir de venir célébrer le renouveau de la magie du lieu toujours habité par les propriétaires et gardiens de la Grange dimière.

 

Et tout cela grâce à trois hommes fatigués et heureux d'avoir réussi ce formidable pari et tenu les délais, François Calame, l’amoureux de la Grange et les deux maîtres charpentiers qui ont encadré la partie technique, Florian Charpentier et  Axel Weller     , sans compter les autres professionnels de métier expérimentés présents désireux de transmettre leur savoir-faire à des jeunes apprentis désireux, eux, de les acquérir en les mettant en pratique.  

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Pour suivre le chemin

. Dans le triangle formé par les routes départementales entre le Neubourg, Elbeuf et Louviers, quelques noms de villages plus ou moins proches : Mandeville, Surtauville, Cesseville, Mandeville…  Daubeuf la Campagne, Criquebeuf la Campagne…Saint-Cyr la Campagne au nord…Ailleurs dans l’Eure on trouve aussi un Angersville la Campagne ! A voir dans l’Encyclopédie des villes de France sur http://www.journaldunet.com/management/ville/villes/toutes_les_villes/population/36619/1/eure.shtml

 

. A retrouver sur les visites du patrimoine du 17 et 18 septembre 2011

http://www.haute-normandie.culture.gouv.fr/pdf/jep_11.pdfet sur

http://www.leneubourg.fr 

 

. Voir le chantier de restauration de la charpente de la Grange dîmière sur http://www.youtube.com/watch?v=vAS0AxwpzfQ

 

. Lire la description du chantier dans un article très complet sur  http://www.bois-et-vous.fr/actualites/atelier-international-sur-la-construction-en-bois.html 

  Blog 2011.09.2011 rose Rouen 351

. Les trois parrains du chantier à féliciter

François Calame, DRAC Haute Normandie, francois.calame@culture.gouv.fr

Florian Carpentier, contact@carpentier-bois.fr

Axel Weller,  welleraxel@web.de 

 

Remarquons que

= le premier porte le prénom d'un des plus célèbres roi de France, à partir duquel on a désigné les Français. Son nom désigne un roseau taillé en pointe servant à l'écriture sur de l'argile avec de l'encre sur du papyrus. Il est d'ailleurs aussi écrivain: il est le scribe qui assure "la  transmission et culture" du trio;

=  le second porte un prénom de l'époque romaine célébrant la vitalité et la beauté du règne végétal au coeur de la conception d'une grange . Son nom, que son père et le père de son père avant lui ont transmis, désigne le métier qu'il exerce et que porte l'entreprise. Il est le charpentier puissance 3 qui représente "la légitimité et la continuité";

= le troisième porte le prénom d'un des conseillers du Roi Valdemar Ier de Danemark. Après avoir exercé des fonctions importantes dans les affaires royales, il fut nommé en 1171 archevêque de Lund en Suède maintenant. Son nom désigne le hameau en allemand, ce que devait être Daubeuf à ses débuts. Charpentier,  il est aussi  le représentant " des liens entre l'histoire et le territoire". 

 

. Sur l'histoire mouvementée de la Normandie, deux sources

http://www.unicaen.fr/mrsh/craham/revue/tabularia/print.php?dossier=dossier2&file=09arnouxmaneuvrier.xml,

et http://fr.wikipedia.org/wiki/Duch%C3%A9_de_Normandie

 

. Photos EP

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La Boite qui fait Beuh > La BD en atelier pluriel à Angers

30 Novembre 2011, 12:15pm

Publié par Elisabeth Poulain

La BQFB, AHAA

La Boîte qui fait Beuh, Atelier BD, AngersC’est la Boîte qui fait Beuh, que votre esprit malin a bien sûr rapproché de la vache qui fait meuh, une expression qui n’a rien de spécialement drôle. Si au moins elle faisait veuh, cette vache, on comprendrait. Mais meuh !? Au moins avec ce beuh, à rattacher au bèè de la chèvre, vous commencez à vous emmêler les pinceaux, les crayons ou les doigts sur le clavier, selon les cas. C’est clairement une des spécificités de l’atelier, annoncer la couleur, en vous faisant un clin d’œil, chacun à sa façon, qui se traduit ici phonétiquement par un ahaa ! 
 

L’atelier

Tous les styles s’y exercent, sans recherche d’hyper-spécialisation ou de performance. Un joyeux  méli-mélo s’ensuit dans une ambiance créative. Parmi les quinze membres qui forment la groupe, autour du noyau des cinq qui s’impliquent le plus, se croisent diverses sensibilités, différents niveaux, les différents métiers de la BD. C'est un univers de liberté où la fantaisie est de règle. Il s’agit de partager par le dessin, le graphisme, les couleurs des émotions autrement que ne le feraient seulement les mots.  C'esst aussi un monde de contraintes, à commencer par le standard de 46 pages qu’il est possible parfois, si l’histoire le justifie, de dépasser. L’influence des mangas  y est grande non seulement en terme de parutions chaque année mais aussi en terme d’influence pour faire éclater les codes traditionnelles de la BD. 
     BQFB, Atelier BD Angers, Phyllias à droite
Ici à la Boîte, pas de planification rigide, on vient quand on en sent le besoin. Les présents travaillent ensemble sur un projet commun ou chacun pour soi à côté des autres. L’atelier, qui a été pendant ses premières années implanté rue du Port de l’Ancre, en rive gauche de la Maine,  a été fondé en 1997 par Yoann et Eric Omond pour démarcher ensemble les éditeurs,  promouvoir la BD grâce en particulier à des expositions et de développer la pratique de la BD en accueillant les jeunes à partir de 16 ans.

 

Les 6 phases de la création à l’exposition de BQFB, Atelier BD Angers, Phyllias, planche couleursBouchemaine  

Cette exposition est principalement l’œuvre de Phyllias qui s’est beaucoup impliqué dans l’opération. Il  a reconstitué  les différentes étapes de la création en montrant l’avancée d’une BD :  élaborer le scénario, rechercher la documentation, pratiquer le crayonné, fixer l’encrage, effectuer la colorisation et éditer la BD. On peut y voir les planches aux différentes séquences et surtout aussi une reconstitution de ce que pourrait être un bureau d’artiste qui deviendrait lui-même une planche de BD. L’outil – le bureau- devenant lui-même une création graphique en 3D, grâce aux feuilles, aux crayons, aux pinceaux…

Quelques noms BFQB, Atelier BD Angers, Phyllias

. Phyllias fait du Comic Strip. Il est scénariste, illustrateur et dessinateur. En particulier, il a fait des dessins de presse pour Ouest-France. Actuellement  « je  suis sur un projet dans lequel j’écris aussi avec Mic Favre qui est illustrateur (jeunesse), dessinateur, écrit aussi des contes. Ensemble, nous travaillons sur des livres jeunesse, des contre-pétries et autres jeux de mots, comme des calembours… »
. Tony Emeriau est illustrateur jeunesse, dessinateur, scénariste aussi. Sa marque de fabrique : il fait tout à l’ordinateur, c’est dire qu’il est un infographiste. Il est très productif  beaucoup de domaines différents. Pour des enfants par exemple, il a conçu une plaquette pour les inciter à visiter le Musée de Joseph Denais à Beaufort en Vallée (49). Il est le président en exercice de la BQFB et a scénarisé "Power Intérim".  
. Gildo Giorgi est dessinateur. A son actif, il a une BD pour Lanfeust MBQFB, BD Angers, Sylvainag dont il a fait le scénario « Power Interim » dont plusieurs planches sont exposées à Bouchemaine, plusieurs  albums de « La vie à deux », « le guide des prénoms », « J’aime les années 80 »…  
. Nathalie Bodin est dessinateur, illustrateur et scénariste. Elle travaille en ce moment sur une grosse commande, des dessins pour un ouvrage sur les camps de concentration aux Etats-Unis
. Fanch-Juteau est « dessinateur réaliste et semi-réaliste » selon les termes du bibliothécaire de Bouchemaine. Il travaille en particulier avec Sylvain qui met ses crayonnés en couleur.
. Sylvain  est coloriste. Il travaille aussi en ce moment  avec Phyllias, l’auteur du scénario, dans lequel on voit  un hominidé lutter contre les chefs des quatre royaumes voisins ennemis.  Il aime partir de photos qu’il redessine et repeint. Il est toujours en recherche de nouvelles expressions.
. Chriso-Watt est infographiste. Il travaille en particulier sur le thème des petites maisons, ainsi qu'avec Phyllias par exemple sur une série consacrée à des légumes… 

Des œuvres collectives aussi

Outre les projets faits seul, en bi ou trinôme, l’équipe propose ses compétences à des entreprises pour réaliser des BD qui entreront pour celles-ci dans leurs outils de communication, comme le Crédit Mutuel par exemple avec une BD à base de témoignages de clients de 36 pages en couleur. Des collectivités trouvent aussi de  nouvelles façons de communiquer, d’une façon plus jeune, ludique... L’équipe a ainsi fait une campagne pour le tri sélectif sur un scénario qui raconte toujours une histoire. Trois des membres –Tony, Sylvain et Boris -  ont conçu l’affiche des Accroches-Cœurs ‘Anges ou Démons’ de 2009.

BQFB, Atelier BD, Angers, Phyllias, Les Gaganymes

Des éditions d’atelier

C’est Phyllias qui s’y attelle. Il lance en ce moment « Les Gaganimes », un recueil de tableaux qu’il a rassemblé. Chaque composition est fondée sur un gag visuel, qui entre dans le cadre du dessin humoristique .     

Le rayonnement de l’atelier

En dehors des œuvres elles-même qui ont une faculté impressionnante à voyager par tous les moyens, auxquels s’ajoute l’imaginaire, les artistes ont de nombreux contacts d’ateliers au Mans, à Toulouse,  avec les Rhinolophes, les Aérographes à Cholet,  avec des festivaliers également à Angers, Châlonnes sur Loire, Montreuil-Bellay, Château-Gonthier, Nantes Atlantis… 
 
Les membres actuels de la BQFB sont aussi relation avec des anciens très connus comme Olivier Martin parti vivre au Japon pendant plusieurs années. A son retour, avec Sylvain Runberg, il a sorti un album en deux tomes sur la « Face cachée » de la vie en entreprise au Japon. Nicolas Emelyanoff est aussi dans ce cas. Professeur de dessin, il  expose plus au Japon qu’en France. Il fait aussi parti des  premiers membres de l’atelier, tout comme Boris Beuzlin.  
 
Les relations avec les autres auteurs d’Angers sont naturellement fréquentes, que ce soit avec Marc-Antoine Mathieu, Etienne Davodeau, Eric Juscezhla, Pascal Rabaté, Olivier Supiot, l’auteur du « Pro des Robots » avec Tony Emeriau  déjà cité.

    BFQB, Atelier BD, Exposition Bouchemaine, Jeunes visiteurs

Un monde ouvert sur de nouveaux talents  

C’est la dimension pédagogique qui s’exprime. L’Atelier accueille en effet le mercredi après-midi des jeunes à partir de 16 ans pour les initier et les guider dans leur propre cheminement. « On n’est pas des profs scolaires » comme le déclare Sylvain. « On essaie de donner le bon conseil au bon moment. Ca fait plaisir ».    

A Bouchemaine, lors de l’exposition atelier qui se tient en ce moment aux Boîtes à Culture, ce sont les  plus jeunes, 10-12 ans et plus qui viennent  en premier. Ils regardent  avec beaucoup d’attention, leur regard accroché sur les planches, les outils, les couleurs, l’oreille accrochée aux explications de Phyllias, conscients d’entrer dans un monde dont l’artiste leur ouvre les portes. C’est un moment fort.

Pour suivre le chemin, lisez de la BD et allez à Angers

. La BQFB, 27 rue Chef de Ville, 49100 Angers, bqfb@free.fr et sur
. Aller à l’exposition à la Boîte de culture à Bouchemaine de ce 22 novembre au 6 décembre pour voir les auteurs de la BQFB, des planches et d’autres lecteurs.
. Retrouver Fanch Juteau, Phyllias et Tony Emeriau sur une très bonne photo d’Ouest-France
 . Sur Olivier Martin, lire l’article consacré à une exposition-atelier animée par ce grand créatif de la BD cet été à Saumur sur http://www.saumur-kiosque.com/infos_article.php?id_actu=8054
 
. Voir les sites de certains créateurs comme
. Sylvain Laupretre, sur http://sylvo.canalblog.com/ 
     
ou sur
. Lire le rapport Ratier, l’ACBD, l’Association des Journalistes et Critiques de la BD, sur http://www.acbd.fr/images/stories/ACBD_BILAN_2010.pdfpour avoir une meilleure idée de l’évolution du marché foisonnant de la BD en France.
. Photos EP à Angers et Bouchemaine, à voir dans l'abum-photos Art2.
 
Voici la réponse de Phyllias aux questions que je lui avais posées. Le mieux est que je vous la copie de façon à ce qu'elles soient visibles avec l'article.                
 
les fondateurs de l'atelier sont: Yoann (Shivard mais il signe uniquement de son prénom) et Eric Omond.
Tony Emeriau est bien le président de l'atelier toujours à l'heure actuelle.
pour Gildo, pour ses albums, on pourrait croire que les 3 albums en questions sont les trois cités, mais en fait il s'agit de toirs de la vie à deux, deux de j'aime les années 80, et sur les guides des prénoms je ne sais pas combien, il y en a au moins 5 je crois qu'il a dessiné, mais peut-être même plus. je pense qu'il vaut mieux se contenter de citer les titres. 

concernant Fanch Juteau deux albums à son actif: Cyrano de Bergerac en Bd et le filleul de l'Ankou

sur les productions d'atelier:
en fait c'est Fanch Juteau qui a fait les maquettes des Gaganimos. par contre comme ce sont des illustrations, je ne les rentrerait personnellemtn pas dans l'art séquentiel, car précisément les images sont indépendantes les une des autres. appellons cela dessin humoristique plus simplement. le deuxième ouvrage est l'album "Power Interim, de Tony Emeriau et Gildo Giorgi.
 
savoir que ces deux albums et les trois auteurs concernés seront en dédicace Vendredi 16 Decembre à 18 h à la librairie, "Au repaire des Héros", rue Beaurepaire, Angers, à l'occasion du 2ème anniversaire de l'ouverture de la dite librairie.
     
sur le rayonnement de l'atelier, au Mans, nous avons juste un ami ancien membre de l'atelier,il n'y a pas d'atelier à proprement parler.
     
aux anciens membres de l'atelier, nous pouvons ajouter Lionel Marty, c'est lui justement qui est au Mans. quand il était à l'atelier il a sorti Mort Linden, une série chez Delcourt avec Eric Omond au scénario et Boris Beuzelin à la couleur. depuis il a d'autres séries. entre autre "le rêve de Jérusalem"
pour l'orthographe, Eric Juszezak et Olivier Supiot
     
enfin la dernière question: le plaisir de transmettre un peu de savoir écrire une histoire, la mettre en image. sachant que les enfants ont une imagination non encore complexée ni bridée, et qu'ils ont toujours des histoires formidables à raconter, c'est un plaisir effectivement que de les voirs réaliser ces histoires en images. 
bon ,encore désolé d'avoir trainé, j'espère que ces réponses vous éclairent, si vous avez d'autres questions, n'hésitez pas.      
     
       
 

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Regard sur l'espace public > Les potelets & co en folie

29 Novembre 2011, 17:30pm

Publié par Elisabeth Poulain

Une affaire de rencontre

Angers, la même place avc olein de potelets au milieuLa rencontre est celle qui se fait dans un espace public donné, la rue pris au sens large,  entre le poteau, cet élément vertical implanté de façon pérenne dans le sol, et les utilisateurs de l’espace. Chaque changement affectant l’une de ces trois composantes a des effets sur les deux autres, sans compter les autres facettes du « vivre ensemble.»  

 

Le poteau entre dans la grande catégorie du mobilier urbain, qui a à la fois une dimension fonctionnelle, ou le  design joue un grand rôle, et une dimension d’identité territoriale forte alors que le poteau est produit en grande série par des sociétés européennes. Il a aussi des conséquences directes et indirectes moins connues.  

 

Un des grands changements de deux dernières décades et plus est l’occupation de l’espace public par les poteaux qui y fleurissent tels des pissenlits dans une prairie. Leur foisonnement est tel qu’on se demande comment on pouvait vivre avant dans l’espace public.  

 

Le trinôme

Blog 2011.12.01 potelets 025. L’espace public concerne plus précisément le trottoir ou plutôt ce qui en reste une fois que les voitures ont choisi les meilleurs places pour s’y garer et les espaces interstitiels qui ne peuvent être occupés par la voiture. Ce sont par exemple les triangles d’entrée et de sortie d’une voie principale, les passages protégés au milieu de la chaussée,  les cœurs de ronds points non accessibles aux piétons… 

 

. La place de la voiture dans l’espace public, ou plutôt l’automobiliste  a une capacité proprement étonnante à repérer les endroits « garables » comme on ne dit pas encore. Blog 2011.12.01 potelets 004Dans les temps anciens, on prenait une chèvre pour tracer les chemins dans les coteaux pentus. Maintenant faîtes confiance à la voiture pour avoir une perception très fine de l’espace urbain et redessiner une nouvelle cartographie de l’espace public à des fins privés.  

 

Les utilisateurs de l’espace public sont au moins au nombre de deux (sans compter le cycliste), l’automobiliste et le piéton. Bien souvent c’est la même personne qui dispose de modes de raisonnement différents selon le mode de mobilité choisi: un automobiliste fonctionne avec la Couloir de trottoir réservé aux piétons conduisant droit dans le mur du fondpédale au pied, un marcheur raisonne avec ses chaussures aux pieds. Ce n’est pas la même chose. La preuve, pour empêcher les « carrossés » de passer et de gêner les piétons, on a inventé le petit poteau  de trottoir ou potelet de sa dénomination actuelle.

 

Petit rappel sur la grande importance du poteau

. Le poteau dans sa vision verticale liée à la construction est lié au développement de l’habitat et de l’urbanisme. Sur terre, la maison et l’immeuble ne peuvent se concevoir sans fondation plus ou moins profondes selon la nature du sol. Les poteaux de construction se poursuivent dans l’air par des poteaux de maçonnerie, des poteaux de charpente…Une des tendances actuelles est concevoir des bâtiments avec des barres érigées, une manière de faire passer la conception en cube.  

   

. Le poteau vertical liée à l’information  est indispensable à la vie de l’homme contemporain sur terre. Il est un marqueur de notre société occidentale. Les poteaux indicateurs sont directement liés par exemple à la mobilité et à notre façon de considérer l’espace public. En temps de paix, nous estimons indispensables de trouver l’information au fur et à mesure de notre avancée dans la rue. Ceci n’est pas le cas au Japon où le nom des rues n’est pas indiqué  puisque c’est le numéro du bloc d’habitation qui compte. La rue est alors un espace non significatif entre les blocs. 

Blog 2011.12.01 potelets 017   

Le potelet, un nouveau type de poteau

L’accroissement de la pression de la voiture roulante sur la rue et de la voiture dormante sur le trottoir  a généré un nouveau type de poteau, le potelet  directement inspiré du poteau de manège hippique, pour empêcher les voitures d’accéder au trottoir protégé réservé aux piétons et parfois aux cyclistes. Ces poteaux de 1,20 mètre de hauteur sont implantés au bord du trottoir de façon à interdire aux véhicules de passer entre eux. C’est la seule façon  utilisée par les collectivités d’assurer le non-accès au trottoir, en l’absence de personnel pour sanctionner le stationnement interdit qui s’accroît d’autant que le nombre de places de stationnement autorisé diminue en lien avec la volonté d’assurer un développement durable de la ville.  

   

Les conséquences

Le piéton se voit réserver un espace dédié où la voiture n’a pas sa place. La présence dans le sol de ces petits poteaux d’interdiction a aussi pour seconde conséquence de figer les espaces libres polyvalents pour les non-automobilistes. Les piétons doivent se positionner sur une partie du trottoir, la voie-trottable, les cyclistes aussi sur une autre partie du trottoir, leur voie cyclable ; du coup les automobilistes se placent partout sur les trottoirs dés lors qu’il n’y a pas de potelet.   

  

D’autres aspects négatifs commencent à être également mis en avant :

. la difficulté à marcher et à se croiser sur un espace resserré par la présence des potelets,

. le coût  pour la collectivité qui doit acheter et poser individuellement ces potelets dans le bitume en quantité phénoménale puisqu’il en faut 2 pour protéger 1 mètre de trottoir, 3 pour 2 mètres…

. la présence dans le sol d’autres types anciens de poteaux qui assurent la même fonction. Certains anciens petits poteaux s'avèrent dangereux pour les personnes âgées qui peuvent ne pas les voir  mais ils restent toutefois là; 

Angers, 3 catégories de poteaux petits et potelets   

. la pollution visuelle d’une véritable ‘forêt’ de potelets qui s’ajoute au foisonnement des autres poteaux qui dirigent, conduisent et interdisent nos pas, heurtent nos yeux et surveillent nos vies.  

 

L’ensemble de ces contraintes conduit parfois aussi à des situations proprement absurdes:        

. des potelets placés maintenant en milieu de trottoir pour empêcher les voitures de s'insérer par le côté, quand il y a par exemple une entrée de garage    

. des potelets pour empêcher des cyclistes de rouler au beau milieu de la piste cyclable double couloirs, 

. des potelets implantés sur les zébras de passages piétons pour protéger les voitures garées perpendiculairement au trottoir (à voir sur « Petit Poucet »)...Une évolution impressionnante à suivre, du potelet contre la voiture abusive, on passe maintenant au potelet anti-cycliste ou gêneur de piéton.

 

Pour suivre le chemin

. La rue à  re-découvrir  avec http://systemepoucet.canalblog.com/

Voir les photos délicieuses d’absurdités  liées à l’implantation de potelets sans réflexion préalable sur

http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=373438&pid=8785885

. La désignation des numéros de blocs d’habitation – et donc de l’absence de noms de rues - au Japon, voir http://sivers.org/jadr

. Pour Paris, lire  http://www.leparisien.fr/paris-75/ces-tres-chers-potelets-18-05-2009-516746.phppour connaître le nombre et le coût de ces chers potelets.

. Lire aussi sur ce blog  Regard sur l'espace public > Quadrillage Rues et Risle > Pont-Audemer

. Photos EP 

. Mes excuses pour cette présentation à interlignes et dimension des caractères aléatoires indépendante de ma volonté!

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N de Nana +F de Frontière = Woman, Hers, Not Hers > Don Wright

25 Novembre 2011, 14:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

Blog-2011.11.24-238-copie-1.JPGC’est un cartoon comme on ne dit pas ici en France, paru il y a plus de 20 ans dans le Palm Beach Post et repris par Courrier International. « Woman », comme l’intitule son géniteur, Don Wright. On y voit une femme nue, dont le corps est fléché pour montrer ce qui lui appartient à elle –HERS-  en propre et ce qui ne lui appartient pas –NOT HERS- et qui n’apparaît donc pas sur le dessin. Comme un triangle des Bermudes caché pour elle derrière le panonceau « NOT HERS »  qu’elle n’est même pas autorisée à porter de sa main droite puisque cet endroit lui appartient pas.  

Hers, A Elle, « tête, cheveux, mains, bras, partie haute du corps, jambes et  pieds. »

Remarquez la façon dont le dessinateur désigne les différentes parties de son corps, comme si elle était une machine. A aucun moment, il ne dit 'sa tête, ses cheveux, ses bras, la partie haute de son corps, ses jambes et ses pieds'. Même  ce qui lui appartient n’est pas indiqué comme lui appartenant dans le détail de chacune des parties du corps cité.  

Not Hers, Pas à Elle,  ce qu’il y a sous la pancarte, à savoir  (son ventre et son sexe) qui ne sont même pas désignés en tant que tels, ni assortis de (son). La finesse du cartonnist  est de ne pas même désigner ce qui a longtemps été impur et mal séant chez la femme. Cela n’a pas de nom. 

Ceux à qui appartiennent ce qui n’est pas à elle

Oh, ils sont très nombreux à en revendiquer la propriété. Don Wright détaille dans la moitié droite du rectangle :

. « Certains mâles de l’espèce ,

. certaines églises,

. divers moralistes,

. des politiciens,

. des féministes,

. des juristes,

. des comédiens,

. des journaux et télés,

qui tous décideront de la meilleure utilisation de cette zone » (area). Remarquez quelà aussi Don Wright fait preuve d'une grande subtilité: il situe la femme dans la partie gauche de son rectangle et attribue la partie droite à ce qui est important, les heureux détenteurs utilisateurs de ce qui est "not hers", dont il fait partie d'ailleurs en signant tout en haut de cette partie droite. Clin d'oeil à cette "woman", il place sa signature en phase avec le titre de ce dessin.    

Blog 2011.11.24 238-copie-1

La « zone » qui n’est pas

Il a fallu attendre le 4è avant dernier mot pour que soit cité son ventre et son sexe qui sont « not hers ». C'est une zone, comme un no woman's area.

La double frontière

Elle se situe en haut juste au dessus du nombril et pour le bas à mi-parcours entre le bas de son triangle et le milieu des cuisses. Très clairement, cette femme est un saucisson à pattes, sans ventre, sans zizi et sans derrière. Etonnez-vous qu’elle ait l’air si peu maligne ! 

Quel monstre est-ce cela ?

C’était il y a 20 ans aux Etats-Unis. Depuis on a découvert les femmes sans visage et sans corps. Est-ce que cela a vraiment changé dans le monde ?

Pour suivre le chemin

. Ce dessin est tiré du Courrier International, n° 86, 25.06.1992, dont j'avais conservé l'édition papier, tellement j'avais été marquée par sa force.

. Retrouver un autre des dessins de Don Wright pour lequel le dessinateur a gagné son Ier prix Pulitzer en 1966 du dessin de presse (un autre en 1980) sur  http://goodcomics.comicbookresources.com/2009/03/19/a-month-of-pulitzer-prize-winning-cartoons-day-19/

. Cette idée d’un no woman’s land, un terme crée à la mode du « no man’s land »,  continue à fleurir avec une imagination sans limite de la part des dessinateurs de presse et de pub, comme je vous le montrerai bientôt.

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Style de Pub > La Blue Bird Caravan

13 Novembre 2011, 18:18pm

Publié par Elisabeth Poulain

Plus petite que la Isn’t she a beauty, la caravane précédente semble-t-il puisqu’on ne voit que la partie avant, cette Bluebirda également conservé un l’aspect très vieillot mais sans volonté de la firme d’en faire un bel objet. La tôle ondulée, conservée pour le bas de la caisse, lui confère une silhouette encore un peu brute, même si l’arrondi des parois latérales vers l’avant adoucit la ligne. Cette Bluebird (merle bleu, un oiseau américain) ) n’a rien de bleu. La caravane porte  les couleurs de l’été, jaune vers le haut et verte vers le bas pour mieux se détacher sur le sol jaune clair ainsi que la partie supérieure de la caravane. C’est la partie avant qui est privilégiée, comme il en va dans les publicités centrées sur la capacité de la caravane à être mobile.  

Blog rose 2011.10.23 027

La mise en valeur visuelle se fait cette fois, non pas par l’arrière grâce au fond ovale orange, comme dans la Isn’t a beauty?, mais par la couleur, comme si on découvrait la caravane d’une fenêtre rectangulaire d’une autre caravane. En haut du montage photographique, un store avec des festons arrondis oranges et noires donne un air de fête à la vue sur la caravane. En bas un bandeau orange rappelle les mentions importantes comme la marque ‘Bluebird Caravans Limited’ qui offre le choix le plus large au monde, ainsi que l’adresse.  Au fond à gauche de la caravane, des arbres en noir et blanc placés en photomontage encore un peu maladroit ajoutent une profondeur, sans mise en valeur particulière. Ces arbres sont importants néanmoins parce qu’ils établissent par leur seule présence le lien avec la nature, mais sans aller jusqu’à verdir les arbres. Pour le vert, la partie inférieure de la caisse suffit.   

Malgré sa naïveté un peu maladroite, cette publicité de cette première  Bluebird est pourtant déjà centrée sur un certain art de vivre en couleur au soleil de l’été. C’est le feston du store qui est l’élément dynamique de l’ensemble, auquel répond le bandeau orange du bas avec la marque. Le visuel  offre un élément très intéressant sur la relation entre le dedans-dehors. On voit la caravane en se sentant déjà présent dans la caravane. On retrouvera d’autres modèles de la marque qui montreront une belle capacité du constructeur de monter en gamme en offrant des modèles plus recherchés.  Caravane, Isn't she a beauty?

 

Pour suivre le chemin

.    Cette publicité et les prochaines à venir sont tirées de « L’Objet Caravane, Mémoire graphique des années 1960 », un carnet de notes, sur une sélection de France Poulain, édité par la Direction départementale de l’Equipement et de l’Agriculture de l’Oise, 2009.

. Voir l’introduction de la série sur la caravane "Ma Coquille" sur ce blog, ainsi que le billet n°1 « Isn’t she a beauty"

Styles de pub > Caravane anglaise > Isn't she a beauty?     

Pub caravanes & Co > Un style de vacances > Ma Coquille 01/38

 

 

 

. Retrouver toutes les caravanes dans l'album-photos "Petites Maisons" sur ce blog.    

. Photos FP  

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Frontière > Entre Accueil et Tourisme par des habitants > Les Greeters

9 Novembre 2011, 12:34pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Traduction du titre

Ce billet, le n° 2 de « Frontière » traite d’une première approche des Greeters français. La traduction s’impose doublement, d’abord parce que le titre ne doit pas dépasser 70 caractères et surtout parce qu’il n’existe pas de traduction française pour désigner ce type d’accueil bénévole et touristique offert par des hôtes (les Greeters) à des inconnus. Force est alors de se référer à l’association américaine des Greeters,  qui a été créé en 1992 à Haarlem par ceux qui y habitent pour leur faire découvrir leur ville autrement. C’était l’époque où la ville qui avait connu un fort déclin retrouvait une image positive en reprenant des forces. Le message des Greeters était clair : il y avait (aussi) des gens  chaleureux à bien vivre  à Haarlem, un quartier quio cherchait à avoir une autre image.  

Petite maison de vigne, Sancerrois

Plusieurs modalités d’accueil par des habitants

C’est une des tendances fortes du tourisme en France qui se décline en de nombreuses formules dont certaines sont déjà anciennes. Les gîtes ruraux ont offert une alternative moins coûteuse à l’offre hôtelière plus onéreuse, en y ajoutant une proximité qui fait partie du concept même de la formule : permettre à des ruraux d’offrir l’hébergement, assorti parfois de repas, dans des locaux réhabilités grâce à des subventions départementales dans des bâtiments privés.  

 

Les gîtes continuent à avoir tant de succès que des représentants d’instances professionnelles rurales viennent d’Europe et des Etats-Unis notamment pour comprendre ce qui fait le succès de la formule française afin eux aussi d’éviter ou freiner la désertification rurale en développant une nouvelle approche touristique plus proche des visiteurs. J’ai pu apprécier l’hospitalité d’une famille vigneronne en pays Sancerrois qui hébergeait surtout des Européens du Nord, le cœur sur la main. Ils allaient les chercher à la gare pour les conduire chez le loueur de voiture, leur préparaient des circuits, leur offraiten l’apéritif à leur arrivée et quelques bouteilles de leurs vins à leur départ, avec une gentillesse émouvante.  

L’essaimage en ville

Les locations chez l’habitant, sous forme de chambres d’hôtes, connaissent aussi, on le sait, un fort développement dans les régions touristiques. Elles permettent d’héberger chez soi, comme le feraient des amis que l’on n’a pas vu depuis longtemps, des amis français ou étrangers. C’est l’accueil d’une  personne par une autre personne qui fait la différence d’avec l’offre standardisée de chaînes hôtelières nationales ou internationales, dont on ne sait parfois à voir leur catalogue montrant les chambres dans quel pays on se trouve.  

 

Conçu au départ pour la campagne, la formule d’une offre alternative dans le domaine de la découverte d’un territoire a essaimé dans les petites villes puis maintenant dans les capitales et les grandes villes touristiques, au grand dam d’ailleurs du lobby de l’hôtellerie. Les formules à thème connaissent un grand engouement, au point d’ailleurs que les hôtels deux étoiles qui accueillaient dans les petites villes surtout des commerciaux en visites professionnelles chez leurs clients doivent fermer leurs portes, faute d’appoint par les touristes.   

     

De la location d’une chambre à l’offre de repas payant

C’est une autre déclinaison de l’accueil chez soi avec le petit déjeuner traditionnellement inclus dans le coût de la chambre. La formule avec repas obtient un grand succès en particulier dans les régions vinicoles, ce qui permet de goûter les vins du vigneron avec les mets qui leur conviennent préparés par la femme du vigneron. L’inverse est peu fréquent !  

 

Une autre raison de leur succès provient du fait qu’il n’est pas nécessaire de reprendre sa voiture après. On en trouve par exemple en Anjou et au Puy Notre Dame dans l’aire d’appellation du même nom dans l’arrière pays de Saumur sur le bord de la Loire.  

Sancerrois, rosier en bout de ligne

Un espace d’accueil gratuit pour les campings-caristes

Une autre formule différente  qui connaît un joli développement vise cette fois-ci directement les camping-cars. Cette fois-ci le vigneron propose bénévolement une aire d’accueil. Son caveau est ouvert à la vente afin que les touristes puissent découvrir et acheter ses vins, si telle est leur envie, après les avoir goûtés. 

 

A partir de ces différentes offres payantes ou pas, une double évolution se fait jour actuellement grâce aux réseaux d’hospitalité, le couch-surfing et la visite touristique accompagnée par les Greeters. 

Le couch surfing

C’est une offre très généreuse qui consiste à accueillir chez soi des personnes qui vous sont étrangères et qui vont vivre avec vous à votre façon généralement pour une nuit, sur la base de l’engagement défini par celui qui accueille dans le cadre des principes acceptés par celui qui est accueilli ‘sur le canapé’. En réalité cette formule est très souple, personne n’est obligé d’accueillir chez soi. On peut rencontrer ailleurs que chez soi quelqu’un pour parler, lui expliquer sa ville. Mais on peut aussi discuter philo ou mode de vie. Le plus souvent, la personne est accueillie pour la nuit en venant dîner avant. 3 millions de personnes sont adhérents dans le monde (juillet 2011).

 

Couchsurfing est une société commerciale, qui codifie les règles et gère le fichier des deux grandes catégories de personnes.  C’est une formule très marquée par ‘le sens de l’hospitalité à l’américaine’ à une époque où il n’existait pas d’offre hôtelière commerciale partout dans ce vaste pays-continent. C’est maintenant un mode de vie orientée ‘routard jeune’ qui permet vraiment d’entrer en contact et de comprendre le mode de vie des gens.  

 

Les seuls cas d’exemples de personnes à avoir utilisé ce système que je connais venaient à Bordeaux dans le cadre de Vinexpo, le salon mondial des vins . Ces vigneronnes et vignerons venu-e-s en visiteur ont été très bien accueillies par leurs hôtes bordelais, pour le couchage des deux nuits, effectivement sur un canapé-lit, pendant leurs trois jours de présence. Quelques bouteilles ont pu ainsi être partagées entre tous les membres du groupe comprenant les Bordelais amateurs de vin qui hébergeaient et des vignerons travaillant en bio et bio-dynamie accueillis.   

Vignoble du Sancerrois

La visite touristique par les Greeters

Comme dans le cas précédent, les Greeters n’ont rien à vendre. Par contre, ils ne se situent pas dans un cadre philosophique d’espoir d’un monde meilleur même s’ils partagent leur temps et leurs connaissances dans le cadre de l’échange. Ils organisent pour les touristes qui le désirent des ballades à thème dans leur ville en proposant une découverte doublement personnalisée, à la demande des visiteurs et à ce qu’ils connaissent. Il ou elle n’a pas droit à ce titre faute du diplôme de guide habilité à tarifer ses prestations. L’hôte organise une découverte de la ville où il-elle habite  en fonction de ses préférences et connaissances personnelles et de la demande des visiteurs qui choisissent préalablement.

 

Le lien entre eux se fait par un site spécialisé propre aux Greeters qui duplique ce que fait la maison mère aux Etats-Unis, avec une adaptation aux spécificités françaises. En France, le site le plus connu est celui des "Greeters made in Pas de Calais". Il est vrai que le réseau a bénéficié de l’aide du Comité départemental du Tourisme. D’autres se développent sans aide officielle comme celui de Nantes  qui préfère parler de « tourisme alternatif .» 

 

L’accueil est clairement limité à la découverte touristique. Cette fois-ci se sont les guides touristiques professionnels qui sont mécontents de cette quasi-concurrence. La réponse des Greeters est qu’ils proposent quelque chose qui n’existe pas, une découverte personnalisée moins axée sur l’histoire ou l’art que sur la ‘vraie’ façon de vivre des gens en dehors de chez eux. 

En guise de récapitulatif

On peut à sa guise et en fonction de ce que propose celui ou celle quoi accueille

1. louer un gîte et parfois y manger avec un groupe chez des non-professionnels hôteliers à la campagne, à des conditions financières favorables,

2. louer une chambre ou plus chez des non-professionnels en ville au prix du marché,

3. stationner gratuitement son camping car chez des vignerons, avec la possibilité d’y goûter leurs vins et d’en acheter si on en a envie,

---) dans ces trois cas, l'accueillant fournit en plus des propositions de ballades touristiques,

4. venir dormir gratuitement une ou quelques nuits chez l’habitant sur un lit d’appoint, en dînant parfois avant ensemble avec l’accueillant, en apportant pour celui qui vient un petit cadeau de remerciement, 

---) dans ce cas, il n'y a pas forcément de ballade en plus

5. visiter gratuitement la ville, sur un thème convenu d’avance…

---) dans ce cas, l'accueil est inclus dans la découverte touristique. 

Une modalité non citée et une autre à venir

C’est celle de prendre un repas chez l’habitant, sans y dormir,  qui est née en 1975 au Danemark, contre une rétribution dont le montant fixé par les autorités danoises, pour faire connaître aux touristes étrangers la saveur et la chaleur de l’accueil à la danoise.   C’est cette idée que Lynn Brooks a repris pour fonder le Big Apple Greeters new-yorkais, les premiers du concept.  

 

Il reste une modalité non expérimentée à ma connaissance qui consiste à accueillir pour un repas associé à une ballade des étudiants étrangers venus suivre des études en France chez soi en famille, pour échanger sur nos différentes façons de vivre. Le projet est né du constat que de trop nombreux étudiants, en particulier chinois, viennent passer une année scolaire sans jamais voir une famille française de l’intérieur. L’accueil est fondé sur la réciprocité d’échange de nourriture, sans référence ni versement d’argent, un budget étant prévu pour eux par l’Institut Confucius. Les deux parties s’offrent réciproquement de la chaleur par le biais de la nourriture car les étudiants confectionnent eux-même un repas à partager en commun avec leurs hôtes français. C’est un projet  2010-2011 du conseil de quartier Doutre, Saint-Jacques, Saint-Lazare, en rive droite de la Maine à Angers.  Un projet à suivre parce qu'il est fondé sur l'échange, chacun donne et reçoit. C'est un point fondamental.

 

En conclusion provisoire, des questions 

Les frontières se déplacent à chaque mutation de ce besoin de découverte où les uns accueillent et les autres sont accueillis, soit gratuitement soit contre rémunération.

. La notion d'accueil devient de plus en plus floue: dans quelle mesure acceuille-t-on des personnes sur un trottoir pour une durée de 2 heures? Accueillir pour un repas, oui. Héberger, un pas important de plus est franchi.

. Qu'est-ce que l'hospitalité? Je suis  frappée de voir qu'on ne parle jamais autant de l'hospitalité que lors que des voyageurs de pays "nantis" vont dans des pays qui ne le sont pas. Que ressentent vraiment ceux qui ont accueillis? Ne se sentent-ils pas plus pauvres après?  

. Doit-on être guide pour guider? Quelles sont les compétences de ces personnes? Il faut au moins poser la question.

. Quels sont les enjeux de ces réseaux?

 

. A partir de quel moment  une prestation cesse-t-elle d'être gratuite? La frontière entre une chambre d'hôte et un hôtel de la même catégorie devient extrêment tenue quant aux prestations offertes et au coût imposé. La différence tient plus en la différenciation fiscale des accueillants -moins taxés - face aux hôtels -plus taxés -. Une des conséquences étonnantes porte sur la standardisation de la décoration des chambres qui tendent à prendre le style du moment, que vous soyez à la campagne ou en ville... 

. Qu'est que le tourisme? Visite-t-on réellement un quartier ou une ville en quelques heures? Peut-on comme les Greeters de Nantes modeler l'offre de visite en neuf segments selon que l'on est plus "culture" que "shopping"? N'est-ce pas déjà  imposer la vision du groupe qui prépare la visite? Il y a bien une préparation avant.      

. Et puis reste la lancinante question de l'échange. Il m'apparait alors que j'ai oublié une formule réellement fondée sur l'échange, celui de l'échange de domicile: pendant  que les uns sont chez les autres, ceux-là sont chez les premiers.         

Petite maison de vigne blanche, Bourgueil

Pour suivre le chemin

. Pour l’accueil chez des Danois, voir http://www.dinewiththedanes.dk/main/default.asp

. Pour vivre dans un monde meilleur, voyez le site http://www.couchsurfing.org/ qui ne se traduit pas en français.

. Quelques infos sur http://www.globalgreeternetwork.infoet plus particulièrement pour le pas de Calais http://www.greeters62.com/ et Nantes http://www.greeters-nantes.com/

. Photos EP, avec trois dessins de France Poulain faits lors d’un voyage dans la Vallée de la Loire, avec hébergement en gîte vigneron.

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