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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Auto-Portrait de peintre > Moi, Thérèze S. > Rablay sur Layon

12 Août 2011, 11:11am

Publié par Elisabeth Poulain

C’est un travail que j’ai fait avec mes amis de l’association « Arc en Ciel » de Rablay sur Layon, une jolie rivière qui se jette dans la Loire à Chalonnes.  Dire que c’est un travail, c’est un peu vantard, franchement même, mais ce doit être vrai parce que le peintre qui nous conseille me l’a dit. Il a m’a même demandé si je voulais bien le vendre. J’étais d’accord, parce que ce n’est pas toujours le cas.

  Thérèze Bouchet, Auto-Portrait

Ce jour là, j’ai voulu me montrer dans ma maison sur roulettes. A dire vrai, je ne savais pas ce que ça allait donner avant de commencer. C’est aussi ce que j’aime quand je peins ou je dessine. Après, quand c’est fini, je me dis : c’est moi qui a fait ça et je m’encourage. C’est bien, Thérèze. Tu vois, tu as réussi. Les autres me le disent aussi. Quand on peint, on voit aussi si ce que font les autres est bien. On n’a pas les mots pour dire pourquoi, mais on sait. On est presque toujours d’accord.

 

Ce jour là, j’ai fait trois représentations en une seule, c’est que le coach a dit. Et ça, ça me plaît, c’est compliqué à dire mais plus facile à faire. Il suffit de suivre sa main. Le plus difficile est de rester dans le cadre de la feuille de papier et de ne pas s’y perdre. Il faut aussi avoir le sens des couleurs. Moi, ça va. J’aime bien jouer avec les couleurs et mélanger l’acrylique, les pastels…    Thérèze Bouchet, Auto-Portrait

 

Les gens me demandent toujours ce que j’ai voulu dessiner. Ca m’agace un peu, ce genre de question. Il suffit de regarder quand même. En haut, il y a moi, dessinée comme une poupée pour pouvoir la rentrer dans la voiture qui est en dessous. On voit bien ses roues, la porte pour rentrer. On distingue l’avant de l’arrière. C'est important. Au dessus, il y a la maison avec moi dedans qu’on voit à la fenêtre, comme si c’était la télévision. J’ai mis aussi un volet qu’on peut faire glisser. Ca, c’est pour moi, quand je n’ai pas envie que les gens me voient, ou quand moi, ça m’agace de les voir. Je ferme alors les écoutilles. C’est un mot que j’aime bien, avec ce côté tille, tille, tille...

 

Vous savez, ce qui m’a énervé dans ce dessin à la fin, c’est que la personne qui s’occupe de mettre en vente nos œuvres, oui, on dit comme ça, pour les peintres, eh bien cette personne a mis mon nom en haut à droite. Elle n’a rien compris. On signe toujours en bas à droite, très rarement à gauche. Mais jamais en haut et à gauche. Elle aurait pu faire attention quand même.

 

Pour suivre le chemin

. Le tableau de Thérèze Souchet a été acheté en 1999 à Rablay sur Layon  au Village d’Artistes, http://www.rablaysurlayon.com/index.php?module=pagesetter&func=viewpub&tid=1&pid=34

. Sur l’art singulier, voir le site d’exposition  du Hang-Art de l’association ABBAC, géré par François Chauvet au Moulin Roty, 44390 Saffré, 02 40 77 22 10, hang-art@orange.fr  

. L’interview est complètement apocryphe, mais ça vous le saviez déjà, j'en suis sûre.

 

            

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Balade à Bernay > Une ville d'art, d'histoire et d'eau > Eure

5 Août 2011, 09:55am

Publié par Elisabeth Poulain

Ce sont les Romains qui ont conquis ce petit village en –58 av JC fondé par les Gaulois, par lesquels  commence l’histoire officielle de cette petite ville. Elle compte aujourd’hui 11 000 habitants, dans une vallée, bien irriguée par l’eau de la rivière La Charentonne qui se divise en plusieurs bras et que rejoint son petit affluent au cours rapide, le Cosnier.  Au point de jonction dans la vallée, à l’endroit le plus resserré, là où se trouvait le gué,  se situe Bernay la bien nommée. Son nom d’origine celte signifie en effet « passage sur le marais, la prairie humide ». Une eau qui est à la fois un lien entre les gens au cours des siècles et une frontière. Il est frappant aussi, à regarder les cartes, de voir combien la ville ressemble à un îlot dans une campagne environnante dénuée d’autres villes capables de lui faire concurrence dans ce bas du département de l’Eure.  

 Bernay, Carte du Centre

Un lieu choisi

Dans la ville, il est d’autres frontières, comme celles que marque depuis le XIXè siècle le chemin de fer dont l’empreinte est très forte. La gare se trouve au sud de la vieille ville. L’emprise ferroviaire forme une véritable barrière qui masque le développement de la ville au sud. Coté centre ville, un large boulevard, qui longe le chemin de fer, donne une empreinte urbaine bourgeoise là où vraisemblablement il devait y avoir des fortifications accordées par décision du roi François Ier en 1540.  

 

Ce centre très resserré garde de sa longue histoire  une forte imbrication. Tout est près de tout, avec une grande mixité fonctionnelle, sociétale et sociale. Les maisons se mettent près des monuments, là où il y a de la place. La ville du Moyen-Age était déjà une ville dense où l’espace était rare. La particularité de Bernay porte en effet sur une très forte proximité entre les différents types d’édifices. On reconnaît par exemple la partie de la ville retravaillée lors de l’arrivée du chemin de fer à son caractère ‘bourgeois’. Les monuments historiques, très nombreux, sont de grand développement, qui dépassent fortement la taille de la ville d’aujourd’hui. Ce sont des bâtiments d’importance destinés à des puissants de haut niveau, au nombre desquels l’Eglise tenait une très grande place. En histoire, il ne saurait y avoir de hasard.

 Bernay, Place de la République, Abbaye

La concentration

C’est la première chose qui frappe celui qui arrive à Bernay, cette concentration héritée de l’histoire d’une ville ancienne en un lieu très contraint par la nature. La seconde est l’importance de l’Eglise en lien avec la Noblesse. Six monuments religieux d’importance s’offrent à la visite.   Le troisième élément qui surprend vraiment porte sur la vitalité des commerces du centre-ville, qui est une des facettes de la vitalité économique de la ville. On y compte environ 300 commerces, 150 artisans et 200 PME-PMI et tout ça, à 150 kilomètres de Paris. Bernay est  suffisamment proche de la capitale pour attirer les Parisiens et suffisamment lointaine pour éviter la cannibalisation totale.

Bernay, Rue Gambetta, Musée 

Les rues de Bernay

Dans le centre ancien (en rose sur la carte), il existe un véritable maillage entre les différents bras d’eau  qui adoptent des cours parallèles avec des coudes brusques à 90° et le jeu des rues qui filent globalement du sud-ouest vers le nord-est avec des rues qui les croisent pour joindre les deux coteaux. Rien, sauf exception, ni les rives, ni les rues bien sûr ne sont vraiment droites ni continues. Il n’y a pas eu ici de Baron Haussmann, même si l’urbanisme rationaliste du XIXè siècle a permis de fluidifier la circulation des fiacres et des transports hippomobiles dans les rues passantes. On repère vite très vite celles-ci, non à leur largeur mais à leur dynamisme commercial actuel et au nombre de voitures dont les conducteurs cherchent une place de stationnement juste devant le magasin où ils veulent aller.

 

Parmi les voies positionnées d’Ouest en Est, la rue du Général de Gaule est prolongée par la rue Thiers pour prendre le nom du Général Leclerc enfin. Au sud de cette longue rue, parmi les rues transversales mais pas forcément traversantes, il convient de citer la rue Auguste Le Prévost, la rue de la Victoire, la rue Gambetta  et la rue Lobrot qui permettent de rejoindre le centre du centre. Seuls deux « civils » ont l’honneur de donner leur nom à une rue, Auguste Le Prévost et (Eugène Edouard) Lobrott qui a la plus longue des rues. Par contre, au-dessus des rues De Gaulle-Thiers-Leclerc, le schéma des rues semble plus ancien, moins retravaillé au XIXè siècle. Les rues portent presque toutes des noms de personnes du lieu.  

 Bernay, Rue Thiers

Visiblement le long passé historique de Bernay ne se reflète pas dans le nom des rues très passantes du centre, à quelques exceptions telles que la rue de la Geole (la prison), le Passage de la Cohue pour aller au tribunal, la rue Judith de Bretagne ou la rue Guillaume le Conquérant... L’accent est mis sur le XIXè et le XXè siècle et la célébration des victoires alors que le paysage urbain parle lui de vieilles maisons à ossature bois dont certaines ont plusieurs siècles et de grands édifices dont certains ont plus de 1 000 ans, particulièrement les abbayes et leurs dépendances.

 

La présence religieuse

Son importance est impressionnante au point que lorsque le pouvoir civil cherche à loger ses différents services, il utilise des anciens édifices religieux, tels que le l’Abbaye de Bernay (XVIIè) pour la Mairie et le Tribunal, le Logis abbatial (XVIè) pour le Musée municipal…

 

Le monument le plus prestigieux est l’Eglise abbatiale Notre-Dame fondée au XIè siècle  sur l’ordre de Judith de Bretagne, l’épouse de Richard II, Duc de Normandie.  C’est à partir de cette époque que date vraiment l’essor de la ville. L’Eglise Sainte-Croix du XIVè et XVè siècle offre aussi la particularité de présenter des éléments religieux (maître-hôtel, pierres tombales, statues des apôtres…) qui appartenaient  avant la Révolution de 1789 à la prestigieuse Abbaye du Bec Hellouin proche. A voir également le Couvent des Cordeliers.

 Berbay, Gaston Folloppe,

L’essor économique

Les moines bénédictins, qui fondèrent l’abbaye, impulsèrent le développement économique, avec de grands travaux hydrauliques pour réguler les cours d’eau, construire des moulins, aménager des pêcheries, favoriser le travail de la terre et a mise en exploitation de ses productions. Grâce à la paix rétablie, ils favorisèrent l’essor de la production agricole dans les nombreux domaines qu’ils possédaient dans les des 21 paroisses  rattachées à l’abbaye. L’artisanat se développa en lien avec l’essor des foires et des marchés qui attiraient les marchands de toutes sortes.  L’abbaye et ses nombreuses dépendances s’enrichirent d’autant.  Bien calée dans la paix, protégé par les moines, Bernay sut développer sa dimension industrieuse, particulièrement dans les produits de cette terre très riche, le blé, le  drap, le cuir…Au cours des siècles suivants, la ville connut par contre, comme beaucoup d’autres, des périodes très troublées telles que la Guerre de 100 ans, la rivalité entre les couronnes d’Angleterre et la France, plusieurs épisodes de la peste noire et bien sûr l’occupation allemande lors de la seconde guerre mondiale.

 Bernay, le Cosnier, rive et lavoir

Les maisons

C’est au brouillard que la ville doit d’avoir pu conserver en son centre historique un riche patrimoine des maisons anciennes à pans de bois lors des bombardements canadiens qui permirent de libérer la Normandie. Ces maisons souvent petites se pressent les unes contre les autres pour être au plus près de la lumière et de l’eau. Elles font montre d’une diversité et d’une inventivité étonnante tout en présentant des caractères communs. Elles font le bonheur des amoureux des vieilles pierres qui s’attachent à leur redonner belle apparence. Elles se serrent tellement qu’elles couvrent les passages étroits pour joindre les maisons construites en arrière des rues. C’est ainsi que j’ai vu pour la première fois de ma vie un passage public doté d’un parquet à larges lames de bois bien cirées, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une entrée de maison. La différence est que la porte reste ouverte, au moins le jour, et que tout le monde peut y entrer.

Bernay, le Cosnier, promenade 

L’accès à l’eau

D’autres passages étroits , telles que l’Allée Badin et l’Allée Gertrude, permettent de rejoindre l’eau vive du Cosnier qui le rend si attirant. C’était l’objectif de ma ballade : chercher l’eau pour voir comment se fait la rencontre entre la terre et l’eau de deux rivières. Le résultat est franchement réussi. C’est un plaisir que de se balader le long du ruisseau ou de regarder du haut des ponts pour mieux l’admirer. Une promenade aménagée le long de la Charentonne en plein centre permet de voir d’anciens lavoirs proches de l’eau.

Bernay, Ruelle aux Près, La Charentonne, lavoir

Près du Cosnier, des jeunes discutaient musique. Une vieille dame m’a dit combien elle appréciait la promenade le long des rives et les points de vue aménagés près du pont rue Gaston Follope. Des jeunes filles plus en aval déjeunaient au bord de la rivière joliment aménagée en square pendant que des lycéens mangeaient un sandwich  Place Haslemere du nom de la ville anglaise fondée en 1221 dans le Surrey avec laquelle Bernay est jumelée.  On retrouve l’Angleterre. 

 

Un vrai plaisir que cette belle ballade dans l’histoire, près de l'eau du Cosnier surtout et des gens d'aujourd'hui. Pour ne pas éveiller la jalousie de la Charentonne, la dernière photo sera pour elle!   

Bernay, La Charentonne, vue du pont de la rue de la Charentonne

 

Pour suivre le chemin

. Découvrir l’histoire si chahutée de Bernay sur un site intéressant

http://www.bernay.net/berhis.htm

. La ville est maintenant « ville d’art et d’histoire » sur

http://haute-normandie.france3.fr/info/bernay-devient-ville-d-art-et-d-histoire-69488811.html 

. L’histoire de la ville en version courte telle qu’elle est transmise maintenant

http://www.tourisme.fr/office-de-tourisme/bernay.htm?item_sommaire=3

http://www.france-horizons.com/Normandie/27-Eure/Bernay/fr/histoire-bernay.html

. Le grand savant, historien et député de l’Eure, Auguste Le Prévost, voir

http://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Le_Pr%C3%A9vost

. Photos EP; découvrir d'autres photos de la ville dans l'album "Villes moyennes et petites" sur ce blog. 

 

Un blogueur de Bernay, "Le Citadin" me signale trois blogs sur Bernay. Voir son commentaire ci dessous. Ce sont 

http://jetecrisdebernay.blogspot.com  

http://bernay-ici-et-la-over-blog.com

et son propre blog http://unevillemaville.blogspot.com

 

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N comme les Nanas de Desclozeaux

3 Août 2011, 15:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

 

Une Nana est une femme qui a quelque chose de plus qu’une femme. Je vous passe la dimension littéraire et l’histoire. Actuellement, une nana est plutôt jeune, marrante, un peu piquante, une façon codée pour dire qu’elle pense et qu’elle s’exprime; elle est franchement décalée parfois, un peu déjantée quand elle en fait de trop. C'est une femme qui bouge, qui s’engage, quitte à faire des erreurs ou dire des bêtises. En trois mots, c’est quelqu’un de sympathique. Quant à son look, je n’ai pas d’idée particulière, Desclozeaux si, par contre, il en a plusieurs, des idées!    

     

Desclozeaux  

Jean-Pierre,  de son prénom par lequel on ne l’appelle jamais quand on ne le connaît pas, est un affichiste, illustrateur, dessinateur qui travaille beaucoup pour la presse. Les lecteurs l’ont  connu au Nouvel Observateur, à Télérama... Depuis plusieurs années, il réalise chaque semaine un dessin pour la chronique « Saveurs » que tient Jean-Claude Ribaut pour Le Monde. Il est de ces artistes qui, avec leur crayon, voient là où d’autres ne sentent rien. Passionné d’art postal, il vous transforme une enveloppe en une scène magique où il dessine  deux nanas, avec de gros têtons pointés en l'air, à l'arrière d'un bateau que conduit Jean-Pierre avec sa grosse tête tampon....  

    jDesclozeaux- Art postal-Le Monde Blog 

Ses Nanas

L’artiste les aime épanouies, tous leurs sens et leurs papilles en éveil, avec un air franchement canaille irrésistible de mangeuses d’homme. A elles, on ne parle pas de menus à la « Weight Watchers », où tout se calcule et s’additionne pour ne pas franchir le nombre de calories sous peine de culpabiliser des journées et des nuits entières. Ces Nanas là, on les voit presque toujours de profil pour mieux apprécier leurs rondeurs. Bonnes fesses haut placées, gros seins en pointe d’obus, long pif de préférence rouge pour mieux sentir le vin rouge forcément, elles ont une  bouche à avaler un boa tout cru ou équivalent. 

 Desclozeaux, Nicolas 2005, Les Petites Récoltes,Nana

Elles ont des longs cheveux jaunes comme une moumoute à double rotondité, une en bas pour équilibrer des fameuses loloches de l’autre côté et une en haut du crâne pour équilibrer encore, tant c’est nécessaire, cette grosse paire de lolos extra. Elles portent toujours des robes ultra-sexy, courtes, très décolletées, qui montrent leur baguette de jambes avec au bout des talons de 10 cm en plus, des trucs à se casser la margoulette, à se dandiner le troufignon pour trouver l’équilibre. Mais il s’en fout, l’artiste ! C’est comme ça qu’il les aime.

 

Pour Nicolas

Jean-Pierre Desclozeaux a fait une série de trois étiquettes de vin dans la série des « Petites Récoltes » chez Nicolas. Pour l’une d’elles, le dessinateur a réalisé la nana que je viens de vous décrire. Je comprends pourquoi elle a une robe blanche - ce n’est certainement pas pour aller à la messe - c’est pour vanter le vin de pays des Collines de la Moure Blanche. Le rouge de ses pommettes, qui en fait s’étend à son décolleté, est là pour attirer l’oeil  du contemplateur sur ce qu’elle fait. Imaginez l’audace qu’elle a ! Avec le talon de sa chaussure gauche, qui est un tire-bouchon, elle s’apprête à ouvrir la bouteille, rien que pour elle, avec un sourire qui lui va jusqu’aux oreilles, comme Julia Roberts mais en blonde. Ah la Diablesse !   

Desclozeaux-Autoportrait-Exposition

Et lui

Pour comprendre les nanas aussi bien, il doit avoir en partage quelques-unes de leurs qualités, la sensibilité, la finesse, la légèreté... Il aime aussi beaucoup les oiseaux légers qui volent autour de lui et se nichent dans sa barbe fleurie tel Charlemagne, les petites fleurs bien sûr,  le vin rouge plus que le blanc d’ailleurs, les mets à boire avec  et après tout ça, la sieste, dont il fait visiblement un art de vivre, surtout quand il tend son hamac en forme de porte-jarretelle noir  sous la Tour Eiffel pour mieux rêver à ce qui se passe en haut.  Jean-Pierre Desclozeaux est un vrai hédoniste.  

 

On voit bien la différence quand il dessine pour lui. Cette fois-ci, il ne s'agit plus de représenter la cliente de Nicolas, cette urbaine avec ses jambes maigrelettes quand même. Ses nanas à lui sont réellement bien chair, avec des tétons qui ont dans ses dessins des bouchons rouges au bout pour bien souligner leur caractère attractif, des fois qu'on ne les verrait pas. Quant à moi, celle que je préfère, c'est la petite poulette qui regarde droit dans les yeux - façon de parler - le grand coq qui veut la dominer. L'artiste a baptisé son dessin "Coq", là où moi, je vois une Nana. On ne se refait pas! 

 Desclozeaux-Coq et Poule

 

 

Pour suivre le chemin

. Voir Wikipedia pour le roman d’Emile Zola et le tableau fameux d’Auguste Renoir http://fr.wikipedia.org/wiki/Nana_(roman)

. Retrouver l’interview de JP Desclozeaux avec des photos de ses enveloppes http://mondephilatelique.blog.lemonde.fr/2011/01/19/jean-pierre-desclozeaux-passionne-dart-postal/

. Découvrir une banque d’images spécialisée dans le dessin de presse  http://www.iconovox.com/

. Admirer la créativité du dessinateur et le dessin de la Tour Eiffel avec le hamac où le dessinateur fait sa sieste sur 

http://mipithi.pagesperso-orange.fr/Cadre_peinture/Page_Desclozeaux/page_famille.htm

. Photos des dessins, avec mes remerciements à l'artiste et aux autres contributeurs, EP pour celle de Nicolas, à voir dans l'album-photos "Genre-Variations" sur ce blog.  

 

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Une photo de l'attente > Cécile Duflos & Co > par Théophile Trossat

1 Août 2011, 12:27pm

Publié par Elisabeth Poulain

Décryptage

Cécile Duflot, vous la connaissez. C’est la secrétaire nationale des écolos. Théophile Trossat est moins connu. Pourtant son nom est souvent imprimé dans la presse, le Monde en particulier. Ce photographe travaille à Paris et à La Rochelle où s’est tenu le congrès d’Europe Ecologie-Les Verts le 3 juin dernier.

Théophile Trossat, Europe Ecologie-Les Verts, 2011

La photo

En plein centre de la page 9 du Monde, en partie haute - la meilleure place - elle attire d’abord par ses dimensions : 19 cm sur 12,5, puis très vite c'est le jeu des couleurs qui intrigue. Un fond uniformément brun très sombre avec un pointe de rouge, un brun presque flamand, dont l’aplat en contre-champ renforce la présence des six acteurs de la scène.

Les couleurs

La tonalité des vêtements fait ressortir deux personnages qui portent du blanc en chemise ou chemisier. Celle qui éclate au milieu de la composition est Cécile Duflot. Le regard va tourner autour d’elle, comme un crayon attaché par une ficelle qui fait un cercle autour d’un clou.

La composition

L’œil décrypte alors la juxtaposition des personnages, ensemble et chacun, individualisé dans une relation à un autre, en tandem. Dans un espace qui ne doit pas être grand, il y a là sous nos yeux, six personnes en trois binômes qui vivent une vie différente. L’une d'elles est debout, les autres sont assis. Quatre figurent en partie gauche et deux seulement à droite.

Les deux à la chemise blanche assis

Il y a d’abord le binôme des chemises blanches, dont les cheveux bruns se fondent dans le décor. Ils sont assis en partie gauche de la photo en troisième plan. Ils regardent tous deux vers la gauche, l‘une avec un sourire léger, le barbu avec curiosité mais sans plus. Elle joint les mains en hauteur ; lui croise les bras à la hauteur des coudes. Ils ont pour particularité très singulière dans cette scène d’être les seuls dont on voit pleinement le visage. Aucun des deux n’est impliqué, ni n’a de lien avec l’autre. Entre eux, une femme les sépare. Pourtant ils sont liés par ce que leurs yeux regardent vers la gauche plutôt en partie haute. Il s'y passe quelque chose. Un triangle vient de se former.

Les deux à la tête penchée qui réfléchissent

Assis sur un coffre en partie droite, ils forment en partie droite du tableau un second plan. Le premier, d'entre eux, le plus au centre, a une chemise bleue foncée. Sa position corporelle montre qu’il est très attentif. Son voisin proche porte une chemise jaune clair et un gilet. Il se tient le menton et cache sa bouche. Il est très concentré. Les deux ont les yeux baissés. Ils ne se parlent pas. Ils cogitent ensemble. Leur ligne d’épaules crée une oblique montante vers la droite qui ouvre la scène vers la gauche. Mais eux sont bien là, concentrés sur un même sujet.

Les deux autres de la partie gauche en premier plan

Du coup, en bas de cette ligne qui devient descendante vers la gauche, on découvre un homme aux cheveux gris vu de profil. Son regard est dirigé en partie droite au-dessus du tandem en train de discuter. En commun avec l’homme à la chemise bleue, il a des cheveux clairs. En commun avec celui qui se tient le menton, il porte une veste jaune ocre. Cet homme nous fait percevoir la partie gauche. Il est le plus proche de l’objectif et pourtant c’est celui qu’on voit en avant-dernier.

 

C’est aussi lui qui nous emmène à la découverte de la femme en noir qu’on voit de profil en arrière au dessus de lui. Elle est debout et regarde vers la droite à hauteur de ses yeux. C’est la seule à être souriante. Avec l’homme à la veste jaune, elle forme un triangle dont la pointe en partie droite échappe à notre vision. Ils n’ont rien d’autre en commun, à part leur profil droit, que ce regard vers un point extérieur.

Théophile Trossat, Europe Ecologie-Les Verts, 2011

Les deux qu’on ne voit pas

En fait, ils ne sont pas six mais huit. Jusqu’alors on ne les voyait pas. Il a fallu faire tout ce travail d’analyse pour les découvrir.

 

. Derrière Cécile Duflot, il y a une femme habillée d’une chemise noire avec des parements blancs, dont on voit si peu de visage qu’on croirait voir un halo derrière les cheveux de la secrétaire des Verts. C’est l’oreille gauche de la dame en noir qui nous révèle sa présence.

. Devant les deux hommes qui réfléchissent, il y a une femme également en noir. D’elle, on aperçoit un bras avec une veste longue. Elle est assise assez bas devant les deux. Elle parle, c’est au moins ce que dit sa main. On comprend alors pourquoi les deux hommes ont cette attitude penchée vers elle. Ils l’écoutent. Les trois forment un trio, le seul à être présent dans la photo.

La lumière

On pense au Caravage, le maître du clair-obscur, à Le Nain, sans rien de dramatique, avec une grande diversité humaine dans si petit espace. Il y a là la magie de la photo prise au bon moment par le photographe Théophile Trossat, sans mise en scène de sa part, mais avec beaucoup d'intuition. Si je devais lui donner un titre, ce serait "temps d''attente" ou " jeu d'entre-deux avec d'autres plus loin".

 

Pour suivre le chemin

. Le Monde du 5-6 juin 2011

. Voir le site de Théophile Trossat

http://www.theophiletrossat.com/portfolio

. Aller à la Rochelle en dehors de l’été. C’est toujours un endroit qui a conservé sa saveur particulière.

. Photo EP à partir de la photo du Monde, avec mes remerciements au photographe.

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B de Bouteille > GET 27 > Du pur trash au végétal sexy

29 Juillet 2011, 16:03pm

Publié par Elisabeth Poulain

La problématique

Elle est terriblement simple. Imaginez, vous avez, dans votre portefeuille de marques, un spiritueux qui a du potentiel comme on dit dans les agences de com pour dire qu’il faut vraiment le booster pour qu’il prenne sa part du marché des alcools à destination des jeunes. La marque existe, la bouteille verte aussi, avec sa forme facile à prendre en main. L’alcool de menthe pourrait, avec une communication efficace, se faire une place plus importante en abandonnant son image de vieille dame du  XIXè siècle. Avec cette question « vous prendrez bien un peu d’alcool de menthe pour reprendre des forces, chère amie » et la réponse «  avec plaisir, ma chère », la menthe et le sucre dissimulant l’alcool. 

La problématique est  inverse; il s'agit maintennt au contraire de renforcer  l’attractivité  de l’alcool tout en continuant à jouer sur sa dimension végétale, à l’intention des jeunes et plus particulièrement des jeunes filles.

 

Get 27, Mc Cann, pub 2003 

La cible, le moment et l’agence

Ce sont les filles, plus peut-être que les femmes, se rappelant quand même qu’une jeune fille est appelée à devenir femme. Il faut donc attirer les unes sans perdre les autres. D’un côté les jeunes aiment faire plus que leur âge. En sens contraire, le jeunisme apporte sa contribution au positionnement: on reste jeune par ce qu’on boit, mange, porte et parce qu' « on fait jeune. »

Le moment est bien choisi. Le passage à 2000 est déjà lointain. Il faut penser à l’avenir en terme de durée et donc de renouvellement.  Bacardi Martin, un des leaders mondiaux des alcools, est propriétaire de la marque depuis 1991. Le groupe a déplacé la fabrication de Get 21, auparavant à Revel, sur le site de Beaucaire pour regrouper les fonctions de ses différentes marques produites, conditionnées et/ou distribuées en France.

 

Parallèlement l’entreprise Get27  a approfondi sa connaissance du marché des alcools pour les jeunes et trouvé un positionnement optimal pour son produit phare le Get27 à la couleur verte, sans oublier maintenant aussi le Get31 plus titré en alcool et de couleur blanche.  Pour atteindre ces objectifs, il lui faut une agence à la fibre mondialiste, qui aime frôler les frontières de l’interdit  et qui soit capable d’enrichir tous les deux ans le concept: ce sera Mc Cann. L’aventure dure depuis 2003.

 

 Get 27, Mc Cann, pub 2003, Le Piranha

La série de trois de 2003

Accrochez-vous parce que ça décoiffe. Mc Cann a placé la demande du client au cœur des trois visuels. Le résultat validé par l’entreprise est impressionnant:

. le respect de la couleur verte en fond, avec des stries horizontales;

. l’intégration de la bouteille en partie droite en bas en petit format, avec son étiquette rouge et blanc qui éclate en synergie avec le bouchon rouge;

. dessous, la question de Get 27 « Seulement de la menthe ?* » * L’étoile renvoie à une explication verticale sur le côté gauche « Get 27 : de la menthe poivrée, de l’alcool et pas d’extrait de cactus ». Ca, c’est pour l’humour ou pour le cas où vous seriez un peu benêt, pas réveillé abruti ou complètement …

. l’éclairage de l’autre bouteille, celle qui en a la forme "végétale" pour rappeler la menthe.

 

L’autre bouteille verte

« La Cactus », c’est ainsi que je l’appelle d’une façon tout à fait irrévérencieuse, a du être la première à paraître. Un cactus avec plein de piquant partout, qui reprend la forme et porte des fleurs bien rouge en lieu et place du rouge de la vraie bouteille, une pour le bouchon et trois pour l’étiquette, inclinées  à l’inverse de la vraie.

Nul besoin d’avoir fait de longues études de psychologie, associée à de la sexologie,  pour dire que cette pub pour la Get-Cactus est une promesse impressionnante à la fois pour les filles et pour les garçons. Est-ce bien sûr ? Plutôt pour des garçons un peu timides qui le seront peut être moins avec cette boisson, qui me semble à moi vraiment « dangereuse pour la santé » et très certainement « à consommer » avec plus que de « la modération ». Quant aux filles, la pub me paraît pour elles clairement du trash, sous forme d’un danger vraiment trash. La question est alors de savoir si on peut aller plus loin.

 

 Get 27, Mc Cann, pub 2003, La Plante Carnivore

« La Piranha » donne la réponse : elle est positive. Cette fois-ci, il ne s’agit plus d’une plante, même si elle a plein de vilains piquants. C’est une affreuse bestiole carnivore qui vous mange un buffle, en deux coups de cuillères à dents, en ne laissant que le squelette. Parlons des dents justement ; elles sont terriblement pointues et brillantes. Comme si cela ne suffisait,  Get-Piranha  a des yeux d’enfer et une crête vibrante d’énergie. Son corps, désigné comme un bolide en action, est marqué de délicates pustules rouges. « Get 27, Seulement de la menthe ? » « Get 27 : de la menthe poivrée, de l’alcool et pas d’extraits de piranha. »  Quel humour ! Ce visuel est tellement violent que je m’étonne vraiment qu’il ait pu passer sans problème. Je ne l’ai pas revu sur le site de la marque. 

 

« La Plante carnivore » revient apparemment à l’univers végétal supposé être plus paisible.   Sauf que cette plante là se nourrit de mouches  qu’elle attire par une sorte de nectar qui remplit une bouche bien représentée sur le dessin de Ch. Bekret - qui a réussi là un beau travail de silhouette d’une bouteille à la fois vide et pleine. Ne nous détournons pas du sujet.- Ce qu’on remarque ici chez la Get-Plante carnivore qui se nourrit de chair fraîche, ce sont les grands piquants qui peuvent tout aussi bien restés ouverts en attente de ces stupides mouches qui vont venir boire le nectar que fermés tant que les captives ne sont pas ‘digérées’. C’est d’un délicat ! Moins directement visuellement compréhensible, mais tout aussi affreux certainement.

 

Après ça, il fallait pouvoir rebondir. Il paraissait difficile d’aller plus loin dans ces délires fantasmés mais directement allumés quand même par cette accroche du « Get 27 – Seulement de la menthe ? » 

 Get 27, Mc Cann, pub 2010, Le drôle de cactus

La version 2010, Le Drôle de Cactus

C’est vrai. Il est vraiment bizarre. Il s’enveloppe de feuilles de menthe et développe de longes tiges de ronce. Sa tête rouge porte des yeux et une bouche. Il a vraiment tout pour plaire. Il est plus doux que le premier. En tant que cactus, il ne conserve plus que les piquants du haut comme une sorte de couronne de cheveux dressés. Tellement mignon, sauf que ces épines là fines comme un cheveu fin justement une fois rentrées dans la peau ne peuvent s’extraire. Il faut attendre plusieurs semaines pour que la peau les expulse après avoir fait un joli durillon. Joli n’est qu’une façon plaisante de parler. Comme il fallait garder le piquant de la menthe poivrée, le concepteur de l’affiche a entouré la forme végétale d’une longue épine de ronce. Cette fois à la question désormais traditionnelle « Get27, c’est quoi ? », vous obtenez une réponse beaucoup plus factuelle «  Get 27 est élaboré notamment avec à partir de menthe poivrée provenant de différents coins du monde et d’alcool ». Rien de plus.

 

L’alcool

Il titre 21% pour la 27 et 24% pour la 31. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué et se priver de faire croire qu’il y a plus d’alcool qu’il n’y en a en vérité ? On se demande bien pourquoi quand on arrive à partir d'une forme de bouteille anthropomorphique (le corps d'une fille) pour évoquer un sexe (de garçon) . Le résultat est que ça marche: Get 27 occupe la première place de sa catégorie avec 18% de part de marché en 2011, en croissance par rapport à l'année précédente, et 22% pour Get 31. 

 

Pour suivre le chemin

. Une bonne étude sur le  site intéressant de Catherine-Alice Palagret 

http://archeologue.over-blog.com/article-art-et-publicite-get-27-et-arcimboldo-encore-37700063.html

. Retrouver toute l’histoire de la marque racontée avec beaucoup d’émotion et une belle iconographie sur http://lauragais-patrimoine.fr/VILLES_ET_VILLAGES/BASTIDE%20DE%20REVEL/DISTILLERIE/LIQUORISTES_fichiers/GET/GET01.htm

. Voir le site français de GET 27 et 31 sur www.get27.fr pour retrouver partie des visuels de la marque depuis 2003

. Et le site belge de la marque http://www.get27.be/get27.php, avec un très beau dessin de page d’accueil

. Découvrir le site plus que minimaliste de l’agence  http://www.mccann-paris.fr/

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Devoirs de vacances > La gym du vin avec Tolmer > Le rangement

20 Juillet 2011, 10:46am

Publié par Elisabeth Poulain

Le Tour de France

Je l’aime vraiment beaucoup. Assise sur le tapis devant la télévision, avec une oreille à l’écoute et un œil pour admirer les paysages vus du ciel, je fais du rangement dans ma documentation foisonnante forcément hétéroclite et disparate, par définition impossible à classer simplement. Et pourtant il le faut bien, sous peine d’être obligé de slalomer entre les piles, comme les coureurs du tour de France entre les bornes, les poteaux ou les stupides. Ranger devient alors un vrai défi ; il s’agit de trouver un autre désordre, un nouvel ordre créatif fait de juxtapositions nouvelles auxquelles je n’avais pas pensé jusqu’alors. 

Le rangement

De temps en temps, je me lève aussi pour détendre mes jambes, chercher un thé, tout en créant de nouvelles piles thématiques et toujours en suivant les paysages pendant que les coureurs s’épuisent à monter et à descendre sous la pluie froide. Au moins, quand le temps est mauvais, y-a-t-il moins de fous à taper dans le dos des coureurs, comme sur le cul d’une vache un peu lente, alors que là, s’il y en a un des deux qui est lent, ce n’est pas le coureur.  Moins de mecs aussi à crier leur enthousiasme agressif, la gueule grande ouverte, à 20 cm du visage de ces champions cyclistes.

Tour de France 2011, Arrivée dans les Pyrénés

La sérénité 

Vous avez compris, que le Tour n’est pas seulement un grand moment pour la France, pour les équipes et tous ces touristes concentrés aux endroits les plus improbables parce que les plus protégés au titre du développement durable, c’est un moment aussi où il faut trouver ou retrouver sa sérénité profonde. Celle qui est bien cachée au plus profonde de soi. Dans ces cas là, pas besoin de faire des étirements dignes d’une sirène onduleuse, il suffit de se concentrer sur le petit guide de Tolmer, celui qu’il a conçu pour le Bistral, un bistrot parisien il y a quelques années.  

Rappel avant gym

Tolmer est un artiste, peintre, dessinateur. Il est l’un des trois piliers de Glougueule, avec Philippe Quesnot photographe et Sylvie Augereau journaliste et écrivain du vin. Son guide est un dépliant en 8 séquences connu chez les vignerons comme « L’épaulé-jeté de Michel T… ou Tolmer » pour les intimes. Si je pouvais encore faire appel à Léon Zitrone, je parlerai volontiers de salto arrière. En dessin, c’est très chouette.  

Tolmer, Guide de dégustation du vin, dépliant

La gym et ses 8 mouvements

Avec le verre rempli de vin rouge, c’est très dur. S’il n’y a pas de vin, ça ne vaut pas. Quant à essayer aussi sans le verre, pas la peine d’y penser. Ne soyez pas petit. Allez y franco. 

En 1 ---) le verre est plus que rempli selon les normes de dégustation INAO. Passons, il faut peut être ça, si on tient compte de la déperdition naturelle due à la gravité pendant l’exécution de mouvements forcément maladroits.

En 2 ---) le sauteur s’étire vers le haut et monte son verre. L’effort n’est pas encore intense.

En 3 ---) un miracle vient de se passer. Le buveur échappe à la pesanteur. Il boit. Remarquez que l’effort a du être intense. Il reste très peu de vin dans le verre.

En 4 ---) dans ces conditions, le reste du vin coule naturellement dans le gosier de ce sportif.

En 5 ---) l’homme est pressé, il n’a plus rien dans son verre. Il  se dépêche de terminer son looping aérien. Il se prend maintenant pour un avion.

En 6 ---) vite, vite il lui faut se dépêcher. Le moment est dangereux. L’homme n’a plus de vitesse, ni de carburant. Il risque la chute.

En 7 ---) Ouf, l’épreuve se termine. Admirez la parfaite maîtrise de sa posture corporelle, la taille du verre, la silhouette parfaite.  

En 8---) Vous croyez peut être que c’est la dernière séquence. Erreur, vous êtes un petit joueur. C’est la première phase de la séquence, quand le verre était encore vide, avant remplissage.  

Tolmer, Guide de dégustation du vin, dépliant 7 et 8

Tolmer, la Gym, le Tour

A ce stade, le gymnaste devient philosophe et pense à la dureté de la vie des autres. Lui, il a trouvé, il plane. Il pense déjà à ce qu’il racontera quand on lui demandera « comment c’était là-haut. »

Et il pourra dire : c’est grand comme un tour, sans montagne, sans pluie à vous fouetter le visage, de hurleurs à vous crier dessus. Ici, dans mon tour à moi, ce n’était que calme et volupté, avec les applaudissements des copains à la fin. Great, vraiment. »  

Pour suivre Tolmer et le Tour

. Pour Tolmer, http://www.glougueule.fr/

. Pour le Tour, vous savez. Pour les lecteurs, je précise qu'il s'agit du Tour de France cycliste, une des plus grandes manifestations sportives au monde qui attire une foule incroyable et pour laquelle on ferme des routes entières, on mobilise la force publique, on aménage des villages de toile ou de campings cars en plein nature protégée...C'est le seul moment de l'année où on peut planter sa tente de camping près du bord de la route, sans problème avec la maréchaussée, ou recréer des campements circulaires de campings cars.. 

Tour de France 2011, Arrivée dans les Pyrénés

 

L'épreuve se termine aux Champs-Elysées presque deux semaines après que cette avenue emblématique de Paris avec la Tour Eiffel soit cette fois-ci entièrement dévolue aux coureurs et à la foule de leurs supporters et non plus à la parade militaire. La seule autre fois ou l'avenue est fermée à toute voiture est la nuit du Nouvel-An. Cette fois-ci, ce sont les gens qui déambulent sur l'avenue.

. Photos EP, deux captures d'écran pour le Tour        

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Les petites maisons des Ardoisiers d'Angers Trélazé

19 Juillet 2011, 17:01pm

Publié par Elisabeth Poulain

Un ardoisier est un homme qui travaille l’ardoise. C’est le terme le plus général que j’ai trouvé pour désigner tous ceux et toutes celles qui sous terre ou dessus ont occupé les postes nécessaires à l’extraction de l’ardoise, la découpe des blocs d’ardoises et au formatage des fines feuilles aux dimensions voulues. Une précision tout de suite : j’emploie volontairement des mots généralistes et pas les mots techniques utilisés  dans les différentes professions.

Ardoisier, Tue-Vent et Cabane de pierre

Ces ardoisiers faisaient un travail dangereux et difficile. La pierre n’a jamais été tendre aux mains des miséreux. Avec l’ardoise, il fallait aussi se protéger les jambes avec des jambières de paille et les pieds avec des sabots. Les Ardoisières (avec une majuscule) ne visaient certainement pas les ouvrières  qui travaillaient en surface à des postes dédaignées par les hommes, mais l'entreprise et par extension le site englobant les carrières à ciel ouvert à Angers, Avrillé (Ouest d'Angers) et Trélazé (est d'Angers). Ces sites étaient connus dés le XIIè siècle. Le creusement du lit de la rivière du Brionneau à l'Ouest pour extraire l’ardoise a ainsi servi en partie à construire le château d’Angers proche du site. 

 Ardoisiers, Tue-vents, débitage des blocs

L’extraction  à ciel ouvert,  qui se développa industriellement au XIXè siècle à Trélazé, attira la main d’œuvre venant de la région et de Bretagne en particulier. On appelait ceux qui descendaient dans les mines les ouvriers "d'à-bas", et les fendeurs qui travaillaient en surface, les ouvriers "d'à-haut". Les conditions de travail étaient si dures que certains ont qualifié les « A-Bas » de sous-prolétariat, qui, en plus des dangers d’ensevelissement ou de chutes de blocs, étaient atteint de « schistose » souvent à partir de 50 ans (la silicose provoquée par la respiration des poussières d’ardoise). C’est la raison pour laquelle il fallait à la direction des Ardoisières recourir à « l’immigration bretonne » pour trouver des ouvriers acceptant les conditions de travail. 

 

Les petites maisons désignent plusieurs types d’installation, d’abord des abris - la tue-vent et la cabane - et la petite maison à habiter.

Ardoisier, Tue-Vent, Rondissage ou taille de l'ardoise

Les abris de travail

Les fendeurs qui travaillaient en surface n’avaient aucun endroit pour s’abriter du vent froid l’hiver et de la pluie. Il leur fallait se protéger grâce à des « tue-vent » en paillis de roseau assemblés et posés sur une ossature de bois. Ces structures très légères étaient montées par eux et payées par eux du fait de leurs conditions de rémunération. Ils étaient en effet obligés d’acheter les blocs d’ardoise, la hottée*, et n’étaient payés qu’ensuite aux 1 000 ardoises fabriquées. C’est pourquoi certains fendeurs n’hésitaient pas à faire venir leur femme ou sœur pour les aider.

 

Outre ces tue-vent, les ouvriers assemblaient aussi à leur moment creux des cabanes en pierre faites avec les débris d’ardoise résultant de la taille aux dimensions dictées par les Ardoisières d’Angers. Les murs ainsi édifiés tenaient par leur seul poids, les pierres étaient simplement posées les unes sur les autres. En guise de toiture légère, des tue-vent étaient fixés.  Un effet de pente était donné afin de ne pas avoir à se pencher pour entrer et sortir et pour laisser couleur l’eau. 

Ardoisier, Cité ouvrière de Saint-Lézin, Trélazé

Les petites maisons

On n’a pas vraiment gardé trace des premières maisons qui ont abrité les premières générations d’ouvriers. Par contre, la décision fut prise en 1865 d’édifier des cités ouvrières afin de fixer les ouvriers et leur famille. Citons la plus ancienne, la cité Saint-Lezin, celle de Bel-Air construites en bande. Chaque maison de la première avait une porte et une fenêtre sur la rue et un jardin sur l’arrière. La seconde marquait un réel progrès car elle était plus spacieuse et disposait d’un meilleur confort. 

Ardoisier, Cité ouvrière de Saint-Lézin, Trélazé, Plan

Un témoignage

Il a été recueilli par Fabienne Trélat (voir ci-dessous) auprès de François Illias, fendeur et fils de breton venu de Saint-Hernin en Bretagne trouver du travail à Trélazé dans la mine après la guerre de 1914-1918. Il y rencontra une bretonne qu’il épousa. Les gens du coin appelaient les étrangers comme ces Bretons « ‘les Pigrolliers’ du nom d’un oiseau qui va faire son nid chez les autres ». Pendant quatre ans, de 1934 à 1937, ils vécurent à cinq, les deux parents et leurs trois enfants, dans cette seule pièce sans eau, ni électricité. « Sur les buttes (à Trélazé), on était plus au calme que dans le quartier d’Angers d’où nous venions. La vie, là-bas, c’était du Zola. On  a eu ensuite une maison de trois pièces, avec une cuisine et deux chambres et le gaz toujours à Trélazé. C’était quand même mieux. » 

 

Ardoise, Carrières, Parc des Carrières; AngersSeule Trélazé a gardé la mémoire de son passé ouvrier. A Angers, il reste le nom d’un parc, celui des Carrières, où l'on peut encore voir les traces des encoches faites par les carriers pour détacher les blocs de la paroi. A Avrillé, des étangs souvent profonds témoignent à leurs façons de ce passé pas si lointain.

Pour suivre le chemin

. Voir « Au pays de l’or bleu, Les ardoisières », Fabienne Trélat, pour avoir une vue plus complète de la dimension technique et historique de la longue histoire de l’ardoise et de ceux qui y travaillèrent.

. Une étude très fournie dans «  Images du Patrimoine, Ardoisières, Pays de Loire », du Ministère de la Culture et de la Communication, 1988

. A consulter sur le site de Persee quelques pages de Jacques Jeanneau sur l’habitat des travailleurs de l’ardoise sur http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182x_1969_num_63_1_1658

Jacques Jeanneau, Maisons rurales et maisons ouvrières dans la banlieue d’Angers Norois Année

1969 Volume 63 Numéro 63 pp. 423-432

. Voir la série des Petites Maisons sur ce blog

Les petites maisons > Won Seoung Won > Photographe > Corée     

Les petites maisons > La vogue des "Empilables"     

Les petites maisons > L'entre-deux > Entre cabine et cabane de plage     

Les Petites Maisons de la Cour > La Cour des Petites Maisons > Angers > Doutre     

Les petites maisons > La valse des conteneurs > Du transport à L'habitat     

Les ultimes petites maisons des cimetières      

Les petites maisons > Van Lieshout > La méduse jaune-bleue > Nantes      

PM comme les petites maisons de vigne (04)        

. Photos avec mes remerciements aux auteurs, EP pour les traces 

 

 

 

 

 

 

 

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Style de vie > Le linge qui sèche au vent > Le Panier, Marseille

18 Juillet 2011, 14:23pm

Publié par Elisabeth Poulain

Cela devient rare, de voir du linge fraîchement lavé sécher dehors à la vue des passants ou mieux encore dans la rue, à portée de main ou plus haut devant les fenêtres. Ce linge donne un côté vivant à la rue, comme un bonjour de ceux qui vivent là à ceux qui passent. C’est du moins ce que j’ai ressenti dans le vieux quartier de pêcheurs du Panier à Marseille.

Marseille, Le Panier, Grand Escalier

Je craignais de voir un endroit complètement ‘boboïsé’(traduction de "bourgeois-bohême). Il l’est certainement déjà. Les prix de l’immobilier doivent en témoigner. Il reste heureusement un peu de vie vraie dans cet endroit où vivaient autrefois les ‘petites gens’. On le voit à ces vêtements ou ces linges qui sèchent dehors, à ces géraniums accrochés aux volets ou devant les fenêtres, à ces recherches émouvantes de faire du beau avec très peu…

 

Marseille, Le Panier, Linge qui sèche

 

La faible largeur des escaliers et la petite surface des logements expliquent aussi certainement la poursuite du séchage à l’air.  Il n’empêche que j’ai eu plaisir à marcher au soleil printanier dans cette ville ancienne, à voir des petites filles danser au son d’une musique de rue, à traverser un marché aux puces sur une placette. Il y avait très peu de monde, il faisait beau et le linge a très vite été sec.

 

Marseille, Le Panier, Linge qui sèche 

Levez les yeux au soleil et regardez autour de vous. Il se passe toujours quelque chose de nouveau dans les rues anciennes d’un vieux quartier en cours de ré-interprétation à la mode d’aujourd’hui d’une vieille ville comme Marseille.

 

Marseille, Le Panier, Fête de rue

 

Pour suivre le chemin

. Lire l’histoire du quartier sur  http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Panier

. Voir sur ce blog Dimanche matin de mai à Marseille > La vie en rose sur le Vieux Port

. Photos EP

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C de Culture > Philippe Tastet > Agenda 21 > Angers

16 Juillet 2011, 17:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

Le créateur

Philippe Tastet est un créateur qui s’exprime en dessin. De lui, on ne sait rien si ce n’est qu’il habite au bord de la mer, ce qui, vous en conviendrez, est peu pour parler de quelqu’un. Heureusement que ses dessins le font pour lui. J’ai vu-lu attentivement son site. J’ai trouvé ses rubriques sur les ados, l’armée et la police, les médecins, l’économie et le social, la religion, l’écologie, les sciences, le social et le sport…J’ai cherché en vain ce que ce dessinateur, hyper doué pour capter le vif au milieu d’une tonne de mots, dit de la culture.  

La culture

Philippe Tastet, Culture, Angers, Livret de l'Agenda 21

Attention pas, n’importe laquelle, une certaine culture toute imprégnée de réglementation ou bien est-ce le contraire, la réglementation qui encadre et structure toute les cultures au pluriel. Une culture  multi-facettes tellement importante que c’est sans conteste le thème qui a rassemblé le plus de personnes (près de 400)  pendant 3 ans à Angers, ce qui est un vrai succès, qui a fait chaud au cœur de Monique Ramognino, l’élue en charge de la culture.

 

Il fallait au moins ça pour arriver à ce que chacun puisse exprimer ce qu’il considérait comme important dans cette charte d’engagement au cœur de l'univers culturel. 

La culture vue par le créateur

J’aurais bien aimé qu’il s’appelle Chilippe pour garder l’idée. Mais ça ne marche pas. Qu’a-t-il donc retenu des séances de travail auxquelles ce dessinateur a participé, son crayon à la main ? Comme il faut faire court,  ce sont trois de ses dessins qui donnent le ton: la Clé, le Post-it et les longues jambes de la Nana. Un autre CPN à la place de Connaître et Protéger la Nature.  

 Philippe Tastet, Culture, Angers, Séance Clés d'ouverture

. La Clé ---) En fait il s’agit pour les participants de réussir à trouver LA bonne clé de lecture pour arriver à placer la culture au cœur du développement durable dans l’Agenda 21 des cultures d’Angers. Il ne lui pas fallu moins de six clés pour ouvrir la serrure de la culture.

 

Normal, il y a six enjeux stratégiques pour décrire ce qu’est l’Agenda 21 de la Culture : 1 la diversité culturelle vue comme une richesse, 2 les liens entre la culture et les autres projets politiques, 3 les échanges et les métissages au cœur du vivre ensemble, 4 la coopération et la co-construction comme modes d’action, 5 les liens entre culture et économie, 6 les liens entre culture et environnement.    

 

Philippe Tastet, Culture, Angers, Séance Post-it 

. Le Post-it ---) C’est un outil essentiel pour arriver à exprimer la simplicité de la clé de lecture. Là Philippe simplifie un peu. Réussir à exprimer une seule idée par post-it est déjà dur, arriver à positionner le post-it sur un tableau en un seul endroit encore plus et le montrer en dessin encore plus.    

 

Depuis cette fameuse séance aux petits papiers collants de couleur, l’image du tableau complètement recouvert, sans qu’il soit possible d’en mettre un de plus, me colle à la rétine à chaque fois qu'on me propose cette méthode de travail, qui ne peut fonctionner que pour des idées simples et en petit groupe.  

 

 

. La Nana aux longues jambes ---) Elle a un Philippe Tastet, Culture, Angers, Séance finale Evaluationpunch incroyable. Ses talons doivent trouer la moquette de la salle. Elle s’avance dans la vie avec une vitalité magnifique. Quand elles discutent entre elles, il faut s'accrocher. Il leur en a fallu de l’énergie et de la ténacité parce que les six enjeux se déclinent en 24  principes et 36 engagements.

 

C’est vrai que les femmes ont joué un rôle particulièrement prééminent au cours des débats. Elles étaient les meneuses de jeu.

 

Retenez l’équation qui va faire date : AC21 = 6 = 24 + 36 = Angers  

Et maintenant

Monique Ramognino, Elue à la Cuture d'AngersLa route de la culture est largement ouverte, comme nous l’a annoncé avec beaucoup de force et d’émotion Monique Ramognino au cours d’une cérémonie très chaleureuse à l’Hôtel des Pénitentes, il y a quelques jours.   

Pour suivre le chemin

     

. Lire une interview de Monique Ramognino, l’élue d’Angers en charge de la culture sur  http://www.angers.fr/projets-et-politiques/developpement-durable/cap-vers-un-agenda-21-de-la-culture-pour-le-territoire-d-angers/ Monique Ramognino, Elue à la Cuture d'Angershttp://reseauculture21.fr/blog/2009/09/05/amplifier-laction/  

 

 

. Retrouver une synthèse sur   http://www.angers.fr/projets-et-politiques/developpement-durable/cap-vers-un-agenda-21-de-la-culture-pour-le-territoire-d-angers/

 

. Voir d’autres dessins de Philippe Tastet sur  www.philippetastet.com/

     

. Dessins de Philippe Tastet avec mes remerciements,

. Photos EP.Retrouver les photos dans l'album "Genre et Variations"  pour les dessins de Philippe et dans l'album "Personnalités2" qui se trouve à l'intérieur de l'album "Personnalités"

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Mini-Cas Marketing > Bouteille Evian > La forme et la couleur de l'eau

15 Juillet 2011, 11:15am

Publié par Elisabeth Poulain

L’eau est difficile à mettre en lumière. Sa transparence constitue une vraie barrière pour les publicitaires. C’est déjà plus facile quand il y a des bulles qui permettent de dynamiser l’ensemble. Sans bulles, elle est difficile à saisir, à capter, surtout que par définition sa nature est d’être un trésor universel, même si chaque culture a son approche particulière de l’eau dans toutes ses déclinaisons.

 

La nature insaisissable de l’eau

Evian, Bouteille Verre

 C’est vrai que par essence, l’eau ne se laisse jamais complètement dominer. Elle a toujours le dernier mot. Elle manque, on parle de pénurie ; elle déborde, on chiffre les dégâts des inondations ; elle a un goût au robinet et tous d’évoquer son coût qui ne cesse d’augmenter ; il faut l’acheter et c’est le poids qui est alors incriminé.

 

Que faire dans ces conditions quand on a déjà abondamment évoqué ses vertus pour la santé, son lien constitutif avec le développement durable, la beauté de ses paysages de nature, son histoire, les stars qui associent leur image à la marque…? Il n’y a bien sûr pas de réponse unique. Mais il est sûr qu’il faut savoir jouer, voir ruser, avec elle, avec toujours beaucoup de subtilité et, si possible, en faisant preuve d’humour, en restant toujours en lien avec le buveur d’eau.

 

La poursuite du succès d’Evian

En France, pays phare en matière de culture de l’eau à boire en bouteille de grande marque, le marché est plus que mature. Pour Evian, tous les moyens de communication sont  hiérarchisés dans une stratégie marketing globale et utilisés avec beaucoup d’intelligence et de finesse pour continuer à être la marque phare des eaux plates. Contrairement à Perrier qui fut longtemps LA marque dans le domaine des eaux à bulles et ne l’est plus, Evian continue à être LA marque qui continue à voir tous ses chiffres de vente continuer à croître. Et ceci contrairement à tous les pronostics qui prédisaient le développement sans concurrence de la consommation de l’eau au robinet. Parmi les moyens utilisés, l’attention portée à la bouteille en déclinant une série de principes qui s’additionnent sans se contredire.

 

Les neuf principes

 

Principe n° 1 ---) Pas d’eau sans bouteille

C’est une constante dans l’histoire des boissons, l’eau bien sûr, les sodas mais aussi la bière, le vin et les autres boissons contenant de l’alcool, la bouteille en verre a constitué le premier vecteur de la marque. Ce conditionnement en petit volume a été, depuis son invention en série industrielle au XVIIIè siècle par les Anglais,  le moyen le plus pratique pour rapprocher la boisson de l’acheteur, en terme de transport, de proximité du point de vente final, de conservation du produit et de durabilité de la marque une fois la bouteille vidée.

 

L’eau fait partie de ces grandes histoires où la rencontre entre un produit, un conditionnement et une marque permet de construire des sagas impressionnantes bien avant le moment où le marketing a fait officiellement son apparition à la fin des années 50 en France. Une des difficultés pour vanter les mérites de l’eau au robinet est l’absence de bouteille et l’absence de verre identifiant sans contestation l’eau. 

 

 

Principe n° 2 ---) Pas d’Evian sans belle bouteille

Une autre difficulté de l’eau plate sans caractéristique gustative particulière est de la distinguer d’une autre par le goût quand celui-ci est neutre. La bouteille associée à la marque est la réponse à cette question. Encore faut-il savoir laquelle. Certainement pas une bouteille plastique, bien que certaines eaux aient parfaitement réussi le passage du verre au plastique, en gardant le même style. C’est le cas de Perrier. Evian par contre a choisi de créer une toute nouvelle bouteille à la ligne très épurée et pourtant compacte afin de ne pas avoir à changer toute sa logistique.

Evian, Bouteille Verre, Ière version sans habillage

 

Principe n° 3 ---) Pas de comparaison entre la bouteille Evian Pure et l’autre non citée

C’est le pari gagné, je le dis tout de suite, par l’entreprise. Pour continuer à être présente dans le secteur Horeca (Hôtel-Restaurant-Café), l’entreprise qui appartient au groupe Danone, a réservé cette bouteille de prestige à la distribution aux professionnels. Ceux-ci demandent en effet à pouvoir servir une eau de qualité dans une bouteille au « design épuré », placé sous le signe de « l’élégance ». Cette bouteille a un nom, c’est Evian Pure.

 

Auparavant, l’entreprise avait testé son modèle de bouteille en grande surface, avec une étiquette en forme de médaillon placée très haut au-dessus du corps proprement dit et en dessous du col. Une contre-étiquette ovale est placée à l’arrière de façon à garder la parfaite transparence de l’eau, sa parfaite limpidité, sa pureté comme il est maintenant écrit sur la bouteille. Il manquait toutefois un élément de poids pour mieux asseoir cette bouteille dans le prestige : la réponse s’appelle PURE.   Parallèlement, il a été décidé de ne plus communiquer sur la bouteille plastique 1,5litres et ses variantes. Elle existe pourtant, elle est même montrée sur le site de la marque. C’est elle qui assure la très grande majorité des ventes.

 

 

Principe n° 4 ---) Savoir animer la bouteille verre

Evian, Bouteille Verre, Jean-Paul Gaulthier

Pour faire connaître cette belle bouteille au grand public, la marque poursuit sa politique d’habillage exceptionnel pour les fêtes de fin d’année. A chaque fois, un grand nom de la couture, des parfums a la charge de mettre la marque en valeur par une série spéciale. Cette politique évènementielle a toujours été un des musts du groupe Danone : une bouteille spéciale - ou un nouvel habillage - est présentée spécialement pour Noël et le Ier de l’An dans le monde. La série des  « gouttes d’eau »  a duré plusieurs années. A chaque fois, les grandes surfaces reçoivent une quantité limitée que les clients acheteurs de bouteilles plastique attendent avec impatience.

 

Principe n° 5 Demander à un grand couturier d’habiller la bouteille

L’Evian bouteille verre joue aussi ce jeu. Au contraire des autres éditions, la forme pluri-annuelle ne change plus, c’est l’habillage qui se modifie le temps d’écoulement de la série limitée. Les résultats sont surprenants.

 

. Quand Jean-Paul Gautier s’empare en 2009 du corps de la bouteille, il la gaine de haut en bas d’un voile de cristaux de neige, la ceinture d’un double JEANPAULGAUTHIER sans espace entre les deux et d’une seule mention EVIAN dont on ne voit au mieux que les trois lettres centrales en bleu moyen.    

 

. Pour 2010, Paul Smith choisit, quant à lui, de se focaliser sur la partie haute de la bouteille. 15 liens de couleurs différentes ornent le long cou de la bouteille tels des colliers ou des bracelets de toutes les couleurs. Une signature légère « Paul Smith for » s’inscrit en dessous et juste au-dessus d’evian marqué  en rouge et en petits caractères.    

.

En 2011, la tâche est confiée à Issey Miyake. Evian, Bouteille Verre, Ian SmithEn points communs avec le styliste britannique, la couleur qui éclate. Cette fois-ci, toute la hauteur de la bouteille est utilisée, avec un joli jeu d’inversion entre la ligne de la bouteille qui s’évase vers le bas et celles de la fleur qui au contraire envoient le regard tels des bras vers le haut. On retrouve evian en petits caractères, plus petits cette fois et avec un rouge plus vif. Issey Miyake est écrit en plus gros dessous en lettres d’imprimerie en dessous, sans que ce soit très visible. On retrouve sept couleurs déjà peu ou prou utilisées l’année précédente. Une grosse différence toutefois : cette dernière bouteille continue à être mise en vente en juillet de l’année suivante. C’est la première » fois de l’histoire d’Evian.

 

Principe n° 6 ---) Savoir jouer de la forme de la bouteille

Ces cinq exemples, la bouteille simple (1), Pure (2), JPGaultier (3), Paul Smith (4) et Issey Miyake (5) permettent de dégager quelques règles pour rendre l’eau vivante, à chaque fois différente et pourtant toujours la même.

 

L’eau est plus légère quand il n’y a pas d’habillage (1). Une étiquette de petite taille placée au bon endroit et d’une forme douce arrondit le goût. Cette légèreté peut être ressentie comme un manque, un vide. La preuve en est qu’il a fallu structurer la bouteille d’un gros PURE écrit verticalement sur le côté gauche. Certes la ligne de la bouteille, ses dimensions, son poids ni trop léger ni trop lourd sont parfaits à l’oeil et à la main et pourtant, il a fallu ajouter un mot court compréhensible partout pour lester la bouteille (2) et asseoir la marque. L’endroit où est situé l’habillage est fondamental dans l’équilibre global de la bouteille. Celle-ci se calcule par l’informatique mais seul l’œil permet de dire quel est le bon endroit ; trop bas, la bouteille s’alourdit, trop haut, l’impact est riquiqui. De nombreux tests visuels sont faits pour arriver à l’accord parfait.

 

Principe n° 7 Savoir préserver la couleur rouge et une typographie très visuelle 

Evian, Bouteille Verre, Issey Miyake, 2011C’est une constante de la marque, oser le rouge dans un univers où la couleur vive était absente et avoir une typographie qui facilite le repérage visuel de la marque très rapidement, sans majuscules. La chance d’Evian est aussi d’avoir une marque courte en 5 lettres. Seule Vichy fait jeu égal, mais il n’y a pas réellement concurrence. Vichy a une dimension thérapeutique, Evian est une eau minérale généraliste.    

 

Les couleurs de l’eau sont en réalité, comme on l’a deviné, celle de la bouteille. Longtemps la bouteille d’eau d’Evian n’a porté que trois couleurs outre le rouge,

. un peu de blanc autour de l’étiquette et une large bande horizontale pour faire ressortir la marque au milieu,

. EVIAN en rouge et petits caractères,

. les trois pics montagneux en bleu ciel et blanc

. le fond rose.    

La bouteille - ancien modèle de 100 cl - a porté longtemps ce code-couleurs hérité du temps où l’eau minérale était naturellement associée aux biberons à faire pour les bébés, qui portaient du bleu ciel ou du rose tendre, avec toujours une référence à la montagne en triple symbole de pureté de l’eau, de la terre et l’air.

 

Principe n°8 Utiliser le style de la belle bouteille pour une autre eau

Prendre la décision de changer de modèle de bouteille et de mettre en place une nouvelle stratégie marketing qui accompagne et justifie le changement est une opération lourde dont le coût est très élevé. Il faut ensuite voir la réaction du marché ; pour cela, il faut tester la nouvelle bouteille. Pour ce faire, deux modalités seraient possibles, soit changer directement pour la marque phare, soit essayer avant le nouveau style de bouteille sur une autre eau de la gamme mais qui ne lui fasse pas concurrence. Cette seconde solution a été choisie par l’entreprise. Dés 1999, elle mettait sur le marché avant Noël une nouvelle bouteille Badoit qui préfigure la rupture qui sera faite pour Evian. Visiblement le test a été une réussite. 

 

Principe n°9  Continuer la déclinaison avec innovation Badoit, Bouteille verre, fêtes

Evian vient d’offrir une nouvelle version de la bouteille verre. On peut la voir sur le site de la marque. L’innovation est la suivante : en partant de la version d’Issey Miyake, la marque propose à ceux et celles qui le désirent personnaliser leur Evian. C’est à voir sur « myevian ».   

 

Les questions

Q. 1. Pourquoi la bouteille en verre a-t-elle constitué un progrès dans l’histoire ? Basez-vous sur le vin, l’huile et sur l’eau plus récemment pour répondre.

Q. 2 Comment pouvez-vous définir en très peu de mots cette nouvelle bouteille ? Dites aussi ce qu’elle n’est pas, en vous inspirant des deux grands types de bouteille de vin, la bourguigonne ventrue et la bordelaise tubulaire.

Q. 3. Quel est le rôle attribué à chaque constituant, plastique et verre, par l’entreprise ?

Q. 4.1. Que pensez-vous de cette forme de communication ?

Q. 4.2. Et de la bouteille-goutte d’eau ?

Q. 5. Ce co-branding est-il également intéressant pour les différents acteurs ?

Q. 6. Que pensez-vous plus particulièrement de l’habillage d’Issey Miyake ? Cette question appelle une double réponse : la première porte sur ce que la marque a du, selon vous, imposer comme contrainte à IM et la seconde porte sur ce que vous pensez.

Q. 7. Le pari d’Evian est-il gagné, avec une réponse étayée large (voir le site Evian avant) et courte ?

Q. 8. Quel risque le groupe Danone prend-il, ce faisant ? Expliquez comment il est possible de le minimiser.

Q. 9 Quel pas vient de franchir la marque ? En quoi est-ce logique ?

 

Les réponses

R. 1. Les avantages de la bouteille

Bouteille Evian, Fêtes fin XXè, montagne, jeu de transparence

Dés sa création, la bouteille a connu un succès immédiat. Les raisons sont les suivantes : possibilité d’embouteiller de petites quantités individualisées, au départ près du lieu de production et non pas au lieu de vente, sans garantie aucune de conservation du produit. La bouteille industrielle a permis de diminuer très sensiblement les nombreux types de fraude et l’occurrence du risque. Pour le vin, le risque était principalement de trois types, le coupage avec de l’eau, l’impossibilité de garantir une origine à l’arrivée et le mensonge sur la quantité réelle du volume de liquide. Pour l’huile, le principal risque est celui de l’oxydation.

 

Le transport en était facilité, d’autant plus que la France à la fin du XIXè siècle s’est largement ouverte au transport ferroviaire. Il est devenu plus facile d’acheter et de vendre en plus petites quantités. Les producteurs ont pu assurer un service en plus et vendre de la valeur au départ. Quant aux acheteurs et/ou distributeurs, ils ont pu mieux travailler leur marché aval en calculant leur stock au plus près. On peut dire que la bouteille a annoncé l’ère contemporaine centrée sur la consommation individuelle et familiale, au plus près du consommateur.

 

L’embouteillage de l’eau a d’abord commencé pour des raisons thérapeutiques autant que sanitaires. Des trois liquides cités, l’eau est celui qui est le plus sensible à la contamination. Il fallait en outre pouvoir garantir la qualités des eaux thermales que les curistes avaient découvert soit en prenant les eaux soir en venant en villégiature dans ces villes d’eau. La bouteille d’eau a pu ainsi être vendue en pharmacie. 

 

R. 2. La nouvelle bouteille

C’est une bouteille légère dont la ligne élancée s’inspire de la carafe. Elle n’a plus ni corps ventru, comme une bourguignonne pour le vin, ni un corps tubulaire comme la bordelaise. En conséquence, elle n’a plus d’épaules qui font  la jonction entre le col –le haut- et le fond - le bas – de la bouteille. La ligne est travaillée de façon à avoir le meilleur rapport entre la contenance, le poids, la hauteur, la préhension par des mains de femme et le style qu’Evian qualifie d’épurée et élégant.

 

R. 3. Le rôle de la bouteille plastique et de celle en verre 

La bouteille plastique est fonctionnelle pour le client qui est assuré de trouver son eau de prédilection dans tous les points de vente d’eau en France et plus particulièrement dans les GMS. La 1,5 litre est la série la plus vendue. C’est sur elle que repose le chiffre d’affaires de la marque. On peut dire que c’est la bouteille-volume. C’est elle, ainsi que les autres liquides des entreprises de la filière, qui remplit les trains de nuit de marchandises de la SNCF.

Evian, bouteille plastique

La bouteille verre a d’abord été réservé au secteur des professionnels du secteur HORECA. Elle a ensuite été testée lors des fêtes de fin d’année. Son image véhiculée par la marque est d’en faire un produit de prestige  à poser sur une belle table. Elle est un porte-marque, un emblème pour Evian, qui met d’autant plus en lumière cette bouteille verre, la bouteille-valeur, que c’est la plastique qui assure la rentabilité. 

 

R. 4.1. Les avantages et limites de cette communication

C’est une d’autant meilleure idée que les objectifs sont triples.

. Il y a d’abord l’objectif premier qui est de marquer l’événement. La fin d’année est propice aux cadeaux et à la fête. Les consommateurs attendent l’événement. Tous n’ont pas leur bouteille qui est livrée en quantité limitée par point de vente, sans nouvelle livraison. Beaucoup font des collections de bouteille pour décorer la cuisine. 

. Associer une eau qualitative à la fête est plus pour la marque, d’autant plus que c’est l’époque de l’année où on boit le plus d’alcool. Montrer de l’eau à sa table est bien vu.

. Cette période de l’année autorise également un peu plus d’audace. Il est ainsi possible de tester un certain nombre d’idées en réel sur un temps court. C’est une façon intéressante pour une marque d’évoluer, d’autant plus que les concurrents font la même chose au même moment. 

 

Les limites viennent essentiellement du coût de l’opération qui explique qu’il faut amortir sur plusieurs années une forme excentrique, comme la goutte d’eau par exemple. L’autre inconvénient est de donner des idées aux concurrents, mais quand on est le leader, on craint moins leur réaction  car ils ont moins de capacité financière.  

Evian, Goutte d'eau 2003, Fêtes, bouteille avec bouchon et sur-bouchon

R. 4.2. La bouteille 'Goutte d’eau'

C’est une forme symbolique comprise dans le monde entier. La ligne est parfaite. Elle continue à être utilisée en publicité. Pourtant ce n’est pas forcément une bonne idée. Les raisons  de cette appréciation mitigée sont diverses :

. la difficulté à la saisir, surtout avec son bouchon capuche

. le plastique du bouchon

. la difficulté à la faire évoluer d’une année sur l’autre..

 

R. 5 L’intérêt du co-branding pour les différents acteurs

La vraie question porte sur les 4 acteurs. Qui sont-ils ? Pour une entreprise aussi aguerri qu’Evian au marketing, le premier acteur est le client qui achète la bouteille. En second vient le grand couturier qui va habiller la bouteille en modifiant son image et sa perception. Enfin vient bien sûr l’entreprise en charge du développement de la marque. Il ne faut surtout pas oublier les grands distributeurs qui « font » le chiffre.  

 

L’intérêt est différent pour chacun. Il suffit de reprendre tous les indices semés dans l’étude de cas et dans le corrigé jusqu’ici, en ce qui concerne le client et l’entreprise. Il manque le grand couturier et le distributeur. Pour le grand couturier, ce type d’opération est à la fois une ouverture  vers un autre univers et un défi à sa créativité. Tout dépend aussi évidemment des conditions financières de la rémunération versée au créateur. Le danger, car il en existe un, est ce qu’on a appelé dans la profession « la cardinisation » du nom de Pierre Cardin, qui à un moment de sa longue et très créative carrière, n'a pas su ou pas pu pour des raisons financières dire non à des propositions de co-branding qui n’étaient pas forcément à la hauteur qualitative de son nom.     

 

R. 6 Une appréciation sur l’habillage selon Issey Miyake

    Evian, Bouteille Verre, Issey Miyake, 2011

Il est vraisemblable que l’entreprise a demandé au créateur de faire preuve d’innovations sans lui laisser carte blanche pour autant. Une première demande a du porter, comme à Paul Smith une année avant, de ne plus utiliser la montagne. Une seconde demande a du viser les couleurs. Il s’agissait de quitter définitivement les références à la maternité conservée pour la bouteille plastique qui vise clairement la femme. L’époque a changé. Il faut que la bouteille en témoigne.

 

La gamme chromatique s’est rétrécie par rapport à la Paul Smith, sans que l’on sache si c’est bien la volonté de l’artiste ou celle d’Evian. Par contre de nouvelles harmonies surgissent, comme ce cœur jaune au milieu du rose, ou cette feuille d’un drôle de bleu gainé de vert, ce vert qui irrigue toutes les lignes verticales au centre des bouteilles qui forment les pétales et la feuille qui déséquilibre volontairement l’harmonie. C’est la dimension un peu curieuse de ce nouvel habillage qui dégage à la fois du sens avec la bouteille qui célèbre en force 13 sur la bouteille, avec du vert partout pour célébrer le développement durable, un jaune d’or veiné de rouge dont on ne sait s’il est bien du même rouge que celui de la marque et cette feuille bleu-vert et rouge cette fois-ci très curieuse. C’est la plus grande de toutes. C’est à la fois très innovant, dérangeant et décalé.  

 

Très peu de personnes de ma connaissance ont vu spontanément que cette fleur d’eau est faite de bouteilles de différentes tailles. Le calage de la bouteille aux fins de l’impression a du poser de réelles difficultés techniques. J’ai ainsi une bouteille qui aurait fait  refuser l’ensemble d’un conteneur à l’importation au Japon (11 400 bouteilles). La tige verte ne s’aligne pas exactement sur le col de la bouteille jaune renversée qui est le point fort de la composition. Une autre bouteille aurait aussi été refusée par le système informatique de contrôle: on voit à l'oeil un défaut dans le verre.       

 

Au final, l’harmonie est indéniable quoique quelque peu bizarre à mes yeux, à cause de cette trop grande feuille bleue. Il sera intéressant de voir comment cette bouteille va vieillir, si l‘occasion  lui en est donnée. Il semblerait, car pour la première fois, cette bouteille continue à être en vente sur le site en cours d'année.

 

R. 7. Le pari gagné de la bouteille d’Evian

Il est plus que gagné. Nul, à l’exception des collectionneurs et de curistes âgés, n’évoque plus la montagne qui demeure pourtant pour la bouteille plastique . La bouteille verre 75 cl s’est complètement imposée, pour Badoit  d’abord et Evian verre maintenant. Quand on évoque la marque, on cite maintenant les bébés nageurs, rolleurs, les T’Shirts à 30 Euros mais avec le choix du modèle quand même, la bouteille personnalisée aux noms des amoureux…La marque fait preuve de beaucoup d’inventivité, déclinable partout dans le monde, avec de l’humour et des campagnes qui s’ajoutent les unes sur les autres en synergie, sans se nuire.

 

R. 8. La minimisation du risque de cannibalisation

 

En utilisant l’eau de Badoit en premier, l’entreprise prend Badoit, Bouteille verrele risque de voir cette bouteille ne plus pouvoir le faire plus tard pour une autre bouteille de la gamme de Danone. Le groupe cherche à faire preuve d’audace tout en minimisant le coût de création d’une nouvelle bouteille et en testant la nouvelle forme. Il choisit alors une autre moins connue, moins diffusée, digestive et avec des bulles pour faire cet essai qui s’est conclu à la satisfaction de l’entreprise qui a pourtant pris beaucoup de précautions.

 

La bouteille de Badoit est légèrement plus haute que celle d’Evian. Elle présente en outre une forte particularité à la hauteur de ce que la marque estime être les épaules, un renfoncement sur le devant pour y placer une étiquette. Les mains qui saisissent la bouteille sentent que ce relief en verre se poursuit par une ligne courbe vers le bas arrière de cette bouteille au final beaucoup plus lourde. C’est à partir de ce modèle que l’Evian verre a évolué vers plus de légèreté. Notons enfin que la bouteille de fête est décorée de bulles joyeuses de haut en bas et sans faire appel à un designer connu.   

 

R. 9 La logique de la personnalisation

La marque montre qu’elle poursuit une véritable stratégie menée grosso modo  depuis la fin du XXè siècle. Elle est celle-ci : l’eau est un produit si essentiel à la vie qu’il en est difficile à vendre sans lui insuffler une très grosse dose d’imaginaire. Après la montagne, la cure, la liste de tous les minéraux, le biberon, l’allaitement, la quantité minimale journalière à boire, la pureté sous forme de luxe, la distinction entre l’eau à boire et l’eau à voir, l’humour avec les bébés, il reste à valoriser tel un trésor le lien avec le client sous une forme très directe.

 

Le véritable héros de toute cette saga, c’est celui qui achète Evian, boit Evian, porte le T’Shirt, véhicule la marque chaque jour en toutes occasions, visualise les films Evian…Lui, elle sont le véritable trésor de la marque. Le mieux est de le dire franchement avec un message de ce type : chez Evian, on  vous aime tellement depuis que vous êtes bébé, qu’on vous confie notre trésor, on vous donne les clés de la maison. A vous de jouer, de créer votre bouteille avec votreévian ou plutôt myevian. Car on ne traduit certainement pas. L’entreprise a sauté le pas, elle a maintenant modifié la marque!         

 

Pour suivre le chemin

. Retrouver la marque http://www.evian.com/fr_FR

. Voir aussi la bouteille d’Issey Miyake  avec des exemples de personnalisation sur www.myevian.com/?&gclid=COeT8MPP_qkCFewJtAodqnVeyw

. Trouver une bonne synthèse de la saga publicitaire sur

. http://www.lefigaro.fr/medias/2011/04/17/04002-20110417ARTFIG00249-les-bebes-d-evian-surfent-sur-leur-succes.php

. Voir le site d’un collectionneur de bouteilles sérigraphiées sur

http://droledebx.free.fr/BouteillesEAU/BoutEAU-Evian.htm

 

. Sur le thème des eaux dans un univers très concurrentiel, voir l’ouvrage très complet de Jean-Pierre Dormoy « Eaux minérales, le Guide de l’amateur », Editions Soline, 1999. L’auteur présente les principales eaux européennes en montrant à chaque fois la bouteille. C’est une belle étude qui reste très intéressante. Les photos prouvent mieux que les mots qu’on ne boit pas de l’eau mais bien une marque. 

. Redécouvrir les 60 ans de carrière de Pierre Cardin sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Cardin

 

. Photos EP à partir d'une "collection" de ces bouteilles d'Evian qui s'enrichissait chaque année à l'intention des étudiants-ingénieurs de 5è année  de master  et que je vais pouvoir maintenant donner à Emmaüs pour faire le bonheur -peut-être- d'un collectionneur.   

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