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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Concevoir la ville autrement par Alexandre Chemetoff

17 Mars 2010, 18:16pm

Publié par Elisabeth Poulain

Alexandre Chemetoff  parle de la ville autrement placée en sous-titre du Plan Guide ou la ville autrement. Le titre que j’ai choisi est évidemment réducteur par rapport à sa Alexandre Chemetoff, la Maison de l'avocatpensée ; il a toutefois le mérite de montrer comment la vision d’un chercheur humaniste à large champ de compétences redonne du sens à ce qui fait de nous des citoyens, ceux qui appartiennent à la cité.

 
L’imbrication des compétences

C’est à la maison de l’Architecture, des Territoires et du Paysage d’Angers (49) que j’ai eu le plaisir d’écouter ce penseur proche du terrain développer sa pensée. Pour mieux comprendre l’originalité de sa démarche, il est nécessaire de rappeler quelques éléments de son parcours. Il est paysagiste de formation, c’est dire qu’il a par choix premier décider de rechercher ce qui fait l’essence d’un paysage en tant que résultante d’un ensemble formidable de décisions innombrables volontaires tout autant qu’invisibles prises par une multitude d’acteurs. Sa capacité à voir et à analyser le global l’a porté très vite à travailler sur la place, le rôle et la forme de la ville, pièce maîtresse d’un  paysage  cette fois-ci urbain. Il réalise alors plusieurs grandes opérations en tant qu’urbaniste. Qui dit ville pense aussi habitat, Alexandre Chemetoff  est alors devenu architecte. Cette poly-compétence imbriquée entre le végétal, la rue, l’immeuble, est une conséquence de sa volonté de placer l’humain au cœur du projet urbain.

 
L’affinement du projet en phase active  

Pour comprendre cette vision nouvelle de repenser la ville, ce praticien chercheur revendique la capacité d’apprendre par l’action. Au départ d’un projet, il y a une idée maîtresse parfois dissimulée, parfois clairement si évidente qu’elle en devient  invisible. A lui et à son équipe hyper-réactive d’élaborer ce qu’il appelle un plan-guide. Plan car en tant qu’architecte-urbaniste, il ne saurait s’en passer comme  une des représentations papier en deux dimensions. Guide car ce plan va se modifier au fil du développement du projet du fait que chaque étape de réalisation modifie le projet et soulève de nouvelles problématiques quant à sa pertinence. Au fil du temps de réalisation, sa pensée, enrichie par l’équipe, produit de nouveaux éléments de réflexion et d’action. Le plan-guide montre la dimension  inter-active d’une opération lourde en terme d’enjeux, d’investissements et de durée. L’opération Ile de Nantes menée en grande proximité avec la municipalité montre bien l’action du temps sur un territoire impacté par un grand projet.


Le temps, le territoire et le projet

La prise en compte de ces trois éléments démontre clairement la nécessité de réadapter continuellement le projet pour tenir compte du changement. « On se doit de ré-interroger en 2006 un projet présenté en 2000. Les méthodes de travail s’appuient sur des certitudes qui sont remises en question par un autre regard et Alexandre Chemetoff, la Maison de l'avocatle regard change forcément puisque les choses ont changé. Ce qui était possible hier peut être impossible aujourd’hui…Le plan-guide est mis actuellement à toutes les sauces. Il a pour objectif de créer une relation concrète en rapprochant le projet de la perception ». Cette volonté d’adaptabilité et de déclinabilité du projet est au coeur  du projet urbain qui se situe toujours entre un état des lieux qui change et ce à quoi on aspire. La maison de l'Avocat (ci-contre) est un bon exemple de la ré-utilisation d'un bâtiment industriel existant.  


Le changement

Une des conséquences de cette nécessaire souplesse d’une grande opération, comme l’Ile de Nantes, est la volonté d’associer le public et d’en favoriser l’accessibilité. En 10 ans, la connaissance de l’état des lieux s’est considérablement affinée. "La volonté d’associer les habitants et ceux qui étaient intéressés a permis d’aller au-delà ce nous pensions pouvoir aller. Grâce à ces échanges, on a pu recréer une réalité plus riche que ce qui était prévu au départ. Il s’agit d’un enjeu démocratique que de réfléchir ensemble aux énormes potentialités de la ville du changement. C’est vrai le changement inquiète car  on sait qu’on va perdre quelque chose à laquelle on est attaché : travailler sur le changement conduit à l’accepter ». 

 
L’identité profonde de la ville

Sur le site des anciens chantiers navals, il a fallu retrouver ce qui faisait sens. A son arrivée la majeure partie du site placée à la pointe ouest de l’Ile était recouverte d’une pelouse qui était en fait un cache-misère. « Après avoir gratté la pelouse, nous avons pu retrouver le béton porteur de mémoire et qui avait un sens... Le travail ultérieur a consisté à intégrer ces traces dans le jardin très minéral et sans arrosage que nous avons conçu. Il n’était pas question de poser par-dessus un jardin classique, cela n’aurait pas eu de sens. Nous en avons fait un jardin de promenade, où l’on peut admirer les cales de lancement, où on a ensuite récupéré sur place des pavés  qui ont été placés sur un lit de sable, comme ce qui se faisait avant. Nous avons été aux Pays-Bas, avec Jean-Marc Ayrault pour voir ça et nous avons pris du sable de Loire, bien sûr … ». 


La co-existence des différentes parties d’une ville

C’est une des réponses à la nécessité de changement de la ville. Une des façons d’arriver à ce résultat est de partir de l’existant, en récupérant par exemple les armatures anciennes sans toucher au nivellement de la place, pour tirer avantage de ce qui a été fait. C’est ce que Alexandre Chemetoff a fait à Nantes avec les Halles Alstom,  pour la Place de la République à Paris où il a « dépensé moins d’argent que prévu au budget pour en faire plus ». Le même principe a été choisi à Grenoble pour « modifier totalement un échangeur fait pour accueillir les JO pour adapter la ville à l’automobile. C’était l’époque des 30 Glorieuses. C’est devenu maintenant un parc paysager. Il a fallu explique l’architecte-urbaniste très peu de choses pour transformer complètement cet endroit qui était entièrement dédié à la voiture.


La rémunération de l’architecte

Alexandre Chemetoff, la Ville autrement:Bien sûr, ajoute-t-il le fait de rémunérer l’architecte au % de dépenses est complètement pervers. C’est celui qui va être le plus dans le sens du développement durable qui va être pénalisé. Il faudrait pouvoir payer en fonction de la matière grise injectée dans le projet. A Nantes, comme à Grenoble, il y a eu 0 Euro de dépassement. C’est une question à débattre avec le service Communication d’une ville que l’argent qu’il était prêt à verser en plus soit converti en animation jeux pour les enfants. On a fait venir les enfants dans le parc pour tester les lieux et les types de jeux pendant tout un été. C’est que nous avons fait à Grenoble. Le regard en a été complètement modifié : avec les enfants, on est tout de suite plongé dans la réalité. Tout le monde disait que c’était impossible de transformer un échangeur en parc, l’échangeur était inscrit dans la mémoire des gens…

 
La réponse à une question de la salle comble pour finir

Quel est le conseil que vous pourriez donner aux habitants en matière de PLU ? Sa réponse a été la suivante : « A Nantes, on a construit 450 000m2 sans attendre le PLU. L’avantage est que les gens voient comment cela se passe. Ils peuvent se l’approprier. Si j’avais un conseil à donner en matière de PLU c’est celui-là : voyez comment cela se passe sur le terrain, soyez associé aux projets ».  

 
Pour suivre le chemin

Alexandre Chemetoff a présenté aussi beaucoup de photos pour montrer comment la réalité du terrain enrichit et vitalise le projet. Cette réflexion à haute voix d’un homme en marche a été un grand moment pour ceux qui, comme moi, ont pu assister à cette conférence. La dimension de partage et d’échanges est toujours présente chez Alexandre Chemetoff. On l’a vu avec cette histoire des enfants qui sont devenus des acteurs majeurs du projet de Grenoble. L’acceptation du changement s’est fait avec enthousiasme par les enfants. On l’a vu cette fois aussi à Nantes en photos où l’architecte a imposé la création de grandes séances de travail avec plusieurs centaines de citoyens qui réfléchissaient autour de grandes tables carrées (9 personnes) sur un thème. Chaque tablée s’est emparée des sujets avec une passion et une rigueur impressionnantes.

 

Mais je ne peux plus vous citer les mots exacts : mes deux crayons avaient lâché prises.      

  

. http://www.iledenantes.com/docs/pdf/plan_sitedeschantiers.jpg

. Voir le document réalisé lors d’un colloque sur les friches et le projet de  l’Ile de Nantes

www.nantesmetropole.fr/.../com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?...  

 

. Photos EP pendant la conférence du 18.02.2010 à la MATP d’Angers.       

.

 

 

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Les 5 visages des Ballandors-Wilk-Tatin de Quincy

14 Mars 2010, 17:59pm

Publié par Elisabeth Poulain

 Blog 2010.03.14 078Pour donner le sens

Je commence par la terre d’abord. C’est logique quand on parle de vin. Il s’agit du vignoble et des vins de Quincy, la première AOC à avoir été reconnue le 6 août 1936, la même année que Vouvray et avant Sancerre quand même. Là-bas, on y connaît le vin depuis l’époque romaine, Quincy venant de Quintius, le nom du propriétaire romain d’un grand domaine. Cette présence latine va être présente tout au long de l’histoire que je vais vous raconter ou presque.   

Une histoire de Tatin

Tatin ensuite. Je vous connais vous allez dire les sœurs Tatin. Ce n’est pas tout à fait ça et pourtant ce n’est pas faux. Vous n’avez pas oublié que nous sommes à Quincy et pas en Normandie. A Quincy,  il s’agit des trois soeurs Tatin, qui ont pour père Jean Tatin et pour mère Chantal Wilk.  Vous avez donc bien reconstitué le schéma. Il y a Jean et Chantal et leurs filles. Et tous sont vignerons, parce que les filles aussi ont leur domaine, qui s’appelle bien sûr le domaine des Sœurs Tatin mais qui est situé lui à Reuilly (AOC en 1937). Quant aux parents, tous deux ingénieurs agronomes, ils co-dirigent, en se répartissant les rôles, plusieurs domaines à Quincy. Je sais que c’est un peu compliqué mais il faut suivre. Quand on aime, on s’applique.    

Les Ballandors                                                                    

C’est le nom de leur principal domaine constitué en quatre parcelles, de quelques 9 ha au total, situées prés de Brinay, le village proche,. Pour des raisons de meilleure lisibilité, Jean et Chantal ont éprouvé le besoin de mettre de l’ordre dans les étiquettes des vins tous de Quincy, tous des Ballandors à l’exception d’un seul qui s’appelle Domaines Tatin au pluriel. Voilà pour les visages. Et cinq parce qu’il y a cinq étiquettes. 

  Blog 2010.03.14 077

Une histoire de rajeunissement

La question posée est fréquente dans un domaine que Jean et Chantal de retour à la terre ont créée il y a 20 ans et développé depuis. Au fil du temps et des choix d’étiquettes, il leur est apparu nécessaire de redonner du sens à chaque étiquette par rapport aux autres. Chacune en effet a son histoire et vieillit à sa façon. Le choix des deux vignerons a été de leur donner un air de famille et surtout pas de chercher à obtenir une parfaite uniformisation, comme pourrait le faire un négociant avec les vins d’une gamme par exemple. Pour les Quincy des Ballandors-Tatin, chaque vin doit garder sa typicité. Il s’ensuit que l’étiquette doit à la fois se singulariser et montrer son appartenance aux Ballandors  comme chaque membre d’une famille dans la famille.   

La typographie

Pour être dans l’air du temps, la première décision a été d’écrire Quincy de la même façon, en lettres majuscules, avec un jambage important pour la barre du Q et une accentuation de l’Y final.  

Le positionnement de Quincy

Trois étiquettes portent le Quincy en position verticale basse à droite qui oblige la tête à se pencher pour regarder du bas vers le haut : ce sont Bacchus 2008, Grain de Lune et Domaines Tatin. Il y a un vin millésimé, le vin réservé au circuit CHR et un vin d’assemblage qui utilise une dénomination nouvelle ‘Domaines Tatin’. Le plus ancien dans l’arbre généalogique des vins de Ballandors est le ‘Grain de Lune’, le ‘Domaines Tatin’ doit être une étiquette réservée à un distributeur qui a demandé une étiquette spéciale et ‘Bacchus 2008’ est une cuvée plus qualitative. Remarquons que les dénominations des cuvées ‘Grain de Lune’ et ‘Bacchus’  font référence l’une à la pâleur du grain de Sauvignon et l’autre au dieu latin du vin.   

Le format

Blog 2010.03.14 076Parallèlement le format et les dimensions ont été modifiés. Les étiquettes sont devenues quasiment carrées. Une seule forme un carré de 7 cm sur 7, c’est l’étiquette des Follets. Les autres sont soit des carrés avec un débord arrondi, comme pour Grain de Lune et Bacchus 2008 (7cm en largeur et 7,5cm en hauteur au centre du cercle), soit un rectangle de 8cm en largeur, de 7cm en hauteur et de 7,3cm dans le dépassement de la bande médiane).  

 

L’occupation de l’espace intérieur

Il vient d’être restreint pour éviter à l’œil de se disperser. Mais ce serait trop simple de s’arrêter là. Pour chaque étiquette et de façon différenciée, un assemblage de formes géographiques a été pratiqué.

 

. Grain de Lune et Bacchus ont un cercle positionné en partie inférieure gauche avec un double débordement sur le côté gauche et le côté inférieur. Bien que composées de la même façon, ces deux étiquettes en diffèrent néanmoins par l’encadré extérieur. Le trait d’or est épais et placé en bordure pour Grain de Lune, il est fin et distant de 3 millimètres. Grain de Lune en plus a un grain qui déborde.

 

. Domaines Tatin est irrégulièrement carrée. Seule en effet la partie imagée de l’étiquette qui est renforcée d’une bordure dorée externe confère à l’étiquette sa dimension carrée (7,3cm x 7,3). Dans le reste de l’étiquette, la partie blanche inférieure et celle qui porte l’appellation Quincy en verticale  à droite et Tatin en haut ne font que 7cm. Il s’agit cette fois-ci d’une superposition partielle de deux carrés l’un sur l’autre, la fresque colorée l’emportant sur le blanc.

 

. Les Follets sont vraisemblablement la cuvée la plus récente. L’étiquette montre une rupture avec ce que les vignerons faisaient jusqu’alors. Le dessin occupe tout l’espace intérieur. Il n’y a plus cette séparation accentuée entre l’image encadrée dans une forme et le texte, le tout parfois à nouveau encadré par une nouvelle bordure. Cette fois-ci, ce sont des lignes horizontales qui structurent le paysage. Deux barres épaisses dorées sont placées en haut et en bas de l’étiquette, en plus du bâton sur lequel les deux porteurs acheminent le raisin.    

 

. La Quincy 2008 - Domaine de Ballandors - Blog 2010.03.14 074Chantal Wilk et Jean Tatin, la plus classique et la plus qualitative, est centrée sur le petit fouleur de raisin de l’église de Brinay. Pour mieux faire ressortir visuellement ce double ancrage identitaire, le choix a été de le placer au centre d’un double rectangle : le premier est constitué par les bords de l’étiquette sur 8 cm en largeur et 7 cm en hauteur et le second tracé à l’or fin se situe à l’intérieur du premier rectangle à 3 mm en retrait des bords du premier. Le dessin stylisé du petit fouleur, qui est le logo du domaine, se trouve en plein centre de l’étiquette. Son pouvoir de rayonnement ne s’arrête pas là puisqu’il est le lien entre Quincy et le millésime au-dessus de lui et Domaine de Ballandors et Chantal Wilk et Jean Tatin en dessous. Il est la colonne, l’ossature qui structure l’étiquette en vertical. C’est la raison pour laquelle, il est placé dans une languette pleine or qui déborde en hauteur pour mettre le millésime en valeur et s’arrête au-dessus du nom du domaine.       

 

La composition intérieure

Elle varie selon des différentes étiquettes. Réduit à quatre composantes dans Domaines Tatin, le score atteint les 7 éléments dans le Quincy au nom des deux vignerons. Citons la structuration géométrique - forme ou ligne - déjà citée, la mention du vin, le nom du domaine, l’image, le millésime, le nom de la cuvée, le nom des deux vignerons.  

Le thème choisi

Il a déjà été abondamment question du dessin du petit fouleur. Les autres thèmes ont deux points commun : ils portent également sur le raisin et ce sont des personnes qui sont mises à l’honneur à l’exception bien sûr de Grain de Lune.  

Le papier et les couleurs

Une seule a gardé sa forte individualité : c’est la Quincy, Domaine des Ballandors, Chantal Wilk et Jean Tatin, à l’effigie du petit fouleur de raisin de l’église de Brinay. C’est aussi la seule à être millésimée (part Bacchus 2008) et à utiliser un papier ivoire avec une large bande or verticale qui structure l’espace en conduisant le regard vers le nom du domaine et des deux vignerons.  

Blog 2010.03.14 075-copie-1Les quatre autres ont adopté un papier blanc brillant qui porte bien la couleur des scènes imagées et fait ressortir l’or utilisé pour les bordures et les inscriptions telles que le nom de l’appellation Quincy, Domaine de Ballandors.  Les couleurs des scènes sont le vert et le jaune pour Grain de Lune, le saumon, le bleu grisé et le beige carné pour Bacchus, l’ocre, l’orange, le bleu-vert, le vert, le rouge et le bleu pour Domaines Tatin,  le jaune acide, le vert, le rouge foncé  et l’ocre des porteurs de raisin pour les Follets.

 

A l’exception des deux Quincy Bacchus et Domaines Tatin qui ont un aspect fresque accentué avec des couleurs un peu douces passées parce que ce sont des fresques, Grain de Lune et Les Follets offrent une palette plus forte. Les Follets ont en outre la particularité de ne pas avoir de fond coloré.   

Synthèse

.1. Les deux vignerons veulent conserver leur étiquette totem qui est au cœur de leur identité qualitative millésimée et à leur nom. Ils veulent aussi revoir quatre autres étiquettes toutes des Ballandors et sans nom particulier de parcelle. 

 

. 2. Leur décision est de ne pas uniformiser les étiquettes, en gardant à chacune une ou deux particularités.

 

Blog 2010.03.14 078. 3. Grain de Lune reprend des éléments d’une étiquette rectangulaire verticale, verte et jaune, pour un Quincy vendu en CHR. Le symbole de la feuille verte et des baies jaunes or a été conservé ; la modification a surtout porté sur l’impression ressentie. La nouvelle présentation, plus classique et plus douce, permet aux amateurs de retrouver l’identité Ballandors de Quincy. Le placement de la feuille et des grains d’or dans un cercle qui déborde de l’encadré doré, attire l’attention de l’amateur et confère un peu de désordre bienvenu pour montrer la vitalité de la vigne et du raisin.

 

. 4. A l’exception du nom de la cuvée  Grain de Lune  inscrit en jaune sur le vert de la feuille, toutes les mentions et l’encadré rectangulaire sont dorés à l’or chaud. Le recours à l’or doré à chaud est général pour ces cinq étiquettes, à l’exception des noms des vignerons et du nom du domaine en noir pour l’étiquette porteur du logo. Cette décision du tout-or s’inscrit en contre-courant de la réaction d’un certain ombre de vignerons qui jouent au contraire plus la carte du minimaliste en supprimant la dorure à chaud et bien souvent toute représentation. Le chic consensuel actuel est à la tendance carte de visite.»

 

. 5. Toutes les étiquettes célèbrent le raisin, en commençant par s’émerveiller de la couleur de la feuille et de la baie (Grain de Lune), en continuant par l’hommage rendu au vendangeur (Domaines Tatin), aux porteurs (Les Follets), au fouleur (Les Ballandors, Chantal Wilk et Jean Tatin) et en célébrant Bacchus toute l’année et pas seulement lors des vendanges.

 

. 6. Au niveau graphique, deux tendances intéressantes récentes se font jour : le choix de la fresque qui figure dans les caves du Domaine du Tremblay, avec une représentation vigoureuse d’un coupeur de raisin pour Domaines Tatin, qui est une œuvre de Jean-Marc Lacaze et  le dessin des porteurs empreint d’humour médiéval pour les Follets. Cette désignation est également amusante et appropriée, le porteur de devant porte bien la défroque et le chapeau à clochettes du fou. 

. 7. Au final, ce relookage des étiquettes est un travail très sophistiqué qui aboutit à ce qu'aucune étiquette ne soit semblable à une autre dans sa conception. Chacune a une ou deux particularités tout en ayant des points communs avec d'autres, ce qui signifie qu'aucune n'est référente pour toutes les autres ou plutôt que chacune l'est à son tour pour les autres. Une jolie conception de la vie!
 

. 8. Quant au message subliminal qui figure sur cette dernière étiquette de savoir qui est le fou, il faudra en demander le sens à Jean Tatin et Chantal Wilk, la prochaine fois que vous passerez au Tremblay, ce qui vous permettra de leur poser légalement la question de savoir ce que signifie « Ballandors.»


Pour suivre le chemin

. Domaines Tatin, Chantal Wilk et Jean Tatin, Le Tremblay, 18120 Brinay, 02 48 75 20 09, jtatin@wanadoo.fr    http://www.domaines-tatin.com/vigne-cave.html                              

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N comme Nana > La femme bottillon

13 Mars 2010, 17:11pm

Publié par Elisabeth Poulain

Blog 2010.03.05 012-copie-1C’est une drôle d’histoire, triste aussi, un peu, beaucoup, comme toujours. Il y a déjà eu des précédents célèbres, chez des voisins, en Chine, il y a bien longtemps. C’était au temps où le délice des délices consistait à bander le pied des petites filles de façon à en bloquer la croissance. Des pieds atrophiés de 15 cm de long au maximum, cassés, mutilés qui ne leur permettaient pas de marcher.  Comme on entrave les pattes des chameaux le soir pour les empêcher de partir trop loin chercher l’herbe rare dans le Désert des Désert en Arabie Saoudite. Pour les femmes, c’est un peu la même chose : il suffit de brider la marche pour les empêcher de penser à autre chose qu’à leurs pieds.

 

La couleur peau

La souffrance en moins, et encore, c’était ce à quoi j’ai pensé en voyant M, le supplément Luxe du Monde, qui doit être encore un peu plus grand que celui des Echos dont il a copié et le style et le sens. L’article mode est consacré aux styles Grains de Peau pour vanter la couleur chair sur chair des modèles présentés. Mais le concept va beaucoup Blog 2010.03.05 011plus loin si non ce ne serait ni drôle, ni nouveau. Un drôle à comprendre que ce ne serait pas si étrange que cela. Or il faut faire du frappant, du symbolique, du limite sadisme pour montrer qu’on est « in ».

 

Le pied, la cheville

Pour cela, une idée est de partir du pied chaussé de chaussures improbables, avec des talons de 10cm de haut, en métal ultra-fin, avec des semelles compensées de 5-6cm d’épaisseur de quoi se tordre 10 fois la cheville à marcher sur un trottoir. D’autres pieds, toujours des talons mais cette fois-ci avec des chaînes qui traînent à terre, pour le bruit et le symbole. Elles relient le talon à l’arrière de la semelle. Des liens entravent la cheville comme autant d’attaches très visibles. Ils sont lâches pour mieux mettre en valeur la soumission de celle qui les porte.

 

La courbure

Des talons à tuer, des semelles à se tordre, des chaînes à rappeler le bruit des forçats qu’on embarquait à Marseille pour la Guyane, il y a peu encore, pfuitt, on a déjà tout vu, le talon est un peu plus haut et puis, puis rien. Alors il faut faire plus. 

 

Blog 2010.03.05 010L’idée est de remonter et d’arriver à faire entrer tout le corps dans la chaussure en jouant sur la ligne globale renforcée par la matière peau sur peau et la couleur chair.  Vous prenez des bottillons atroces qui fixent le pied en position la plus verticale possible. Il est impossible de dérouler la jambe, de faire jouer la flexibilité de la cheville et d’apposer le pied en douceur. La seule façon de « marcher » serait de sautiller jambes tendues. 

 

La prison de pied

Ces prisons de pied sont bombées sur l’arrière et bombées sur l’avant, le pied étant quasiment à la verticale dedans. Vous, le photographe, vous allez demander au mannequin de reproduire avec son corps la double courbure de façon à ce que la jambe gauche pliée à la hauteur du genou s’inscrive dans un  S qui commence au sol et change de direction à la hauteur du genou, en repartant vers l’arrière. Ce S se poursuit en partie haute avec le dos rond de la nana et remonte ensuite jusqu’à la tête.

 

En jouant avec le pied, vous avez conçu un nouvel être qui ne peut plus marcher et dont l’ombre est d’un sadisme achevé qui donne le frisson: c’est un cintre composé pour le tiers inférieur par ces fameux bottillons. 

 

Pour suivre le chemin

Supplément Le Monde 09, février 2010  

             

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La ville, le quartier, la segmentation et l'invisibilité

8 Mars 2010, 16:28pm

Publié par Elisabeth Poulain

Dans une ville, soulever la double question de l’identité et de l’image provoque immédiatement une levée de réactions et de questions. A ce fait non contestable - on va en parler très vite - s’ajoute tout de suite une précision : il s’agit de savoir 2008-08-Bruxelles-050.jpgchez qui, il y a questions et réactions. Cela sera un bon début pour commencer à avancer. Parfois, il faut savoir biaiser pour avancer. C’est ce qu’un  universitaire angevin a appelé le phénomène du détour dans une de ses interventions et ce que j’appelle moi plus directement la technique du miroir. Regarder l’autre pour savoir qui on est ou n’est pas. 

 

L’autre et moi

Ca paraît simple comme ça au premier abord. En fait c’est extrêmement compliqué quand l’autre, celui qu’on regarde pour mieux se connaître, joue le même jeu que vous, enfin pas vous, ceux qui sont en charge de la ville qui cherchent à savoir qui elle est pour mieux ‘vendre son image’ et ainsi attirer les investisseurs de tous crins. C’est plus que du double degré multiplié par deux. Là, avec de la réflexion, on arriverait à décrypter. C’est en réalité une façon de jouer à un autre jeu qui serait que le premier qui parle a perdu. Comme dans les courses cyclistes dans les anneaux de vitesse. Alors que, je le rappelle quand même, le marketing territorial consiste à mettre l’accent sur ce qui est, parfois un peu caché ou qui pourrait exister si on s’en donne la peine.  C’est un bon départ pour commencer à réfléchir sur le phénomène de l’invisibilité et de l'absence de visibilité.  

 

La ville et le quartier

Le phénomène du miroir est intéressant à appliquer chez soi, en voyant ce que les autorités municipales mettent en valeur pour mieux comprendre ce qu’ils laissent dans l’ombre. Savoir quels sont les quartiers mis en lumière amènent à comprendre le pourquoi de ces choix. L’intérêt est aussi et surtout de découper la ville d’une façon directement opératoire selon 2008.10.gravure-Florence-Lecomte.jpgque le quartier est classé ou non dans les quartiers à enjeux ou non. On arrive ainsi à une triple segmentation selon que le quartier est à enjeux positifs, à enjeux critiques ou un ni-ni.

 

. La première catégorie, le quartier à enjeux positifs est évidemment celle qui va faire l’objet de toutes les attentions bienveillantes pour que ses atouts puissent servir d’image-ombrelle au reste de la ville. Si je prends par exemple l’exemple du végétal, c’est là que vont être installées tous les types de plantations, avec le plus de créativité, des végétaux coûteux à l’achat et en entretien…L’explication : ces créations végétales contribuent à l’image du centre de la ville pour les touristes de passage. C’est aussi là que se retrouvent tous ceux qui pensent la ville pour les autres ou dont le poids en terme sociétal est lourd. 

 

. La seconde catégorie, le quartier à enjeux critiques, est celle qui pose problème puisqu’elle est la preuve de l’existence de dysharmonies sociales et économiques. Elle nécessite de gros investissements en matière de réhabilitation urbaine. J’ai failli écrire « humaine. » Couplées avec le développement durable, ces opérations de rénovation urbaine engagent fortement et durablement les municipalités quelles que soient leurs tendances politiques. 

 

2008-Patchwork--t--004.jpg. Quant à la troisième catégorie, le Ni-Ni, elle mérite à peine la dénomination de quartier. En effet celui-ci se caractérise par son absence. Tout concourt à le rendre quasiment invisible. Certains s’en réjouissent en inversant l’adage « pour vivre heureux, vivons caché » : si on ne parle pas du quartier, c’est qu’on y est heureux. C’est une hypothèse peu probable dans notre société du chacun pour soi, avec comme seul rappel de la solidarité le vivre ensemble du développement durable. On en parle de trop pour que ce soit vrai. Lisez la dernière intervention du Médiateur de la République, M. Delvoye, qui commence par ces mots : "je suis inquiet"…

 

La question de l’invisibilité

Quand on est un Ni-Ni, la première conséquence est l’invisibilité qui en résulte pour ce "quartier" et se traduit très concrètement par :

. la segmentation de la ville en plusieurs grands quartiers d'assemblage, avec chacun son conseil consultatif de quartier, sans possibilité prévue d’établir des liens avec les autres, puisque chacun dépend d’un élu différent et que le système est hyper-centralisé,

. l’absence de projets municipaux connus pour le Ni-Ni - il y en a peut être mais on les connaît pas – , si l’on excepte quelques opérations immobilières de promoteurs publics ou privés qui donnent lieu à ce moment là seulement à modernisation de la voirie et à l’enfouissement des réseaux, 

. une vision limitée à sa rue, ses proches voisins  et son circuit habituel, sans possibilité de  donner du sens à son quartier et ainsi de s’approprier sa ville

. en matière de voirie par exemple, le traitement du trottoir appartenant à un quartier à enjeux positifs mais pas celui d’en face, qui peut être un Ni-Ni, ou le trottoir seulement juxtaposant l’immeuble neuf, mais pas avant ni après, avec un morcellement territorial étonnant…

Toutes ces segmentations renforcées par le tronçonnage de l'espace au sol et dans l'air, provoquent la perte d’appartenance à un territoire d’ancrage.
 Le fait que les habitants  parlent essentiellement des « lampadaires » en face de chez eux en est un exemple. Leur vision se limite 2008-avril-2-029.jpgà cela. C'est le phénomène de l'absence de visibilité.

En terme d’urbanisme, ces territoires urbains sont appelés des  entre-deux. Un terme qui dit bien ce qu’il veut dire dans une classification qui date presque de l’ancien régime entre
. un centre bourg protégé par des murailles d’enceinte - là où on refait le trottoir -, 
. l’ancien faubourg - le bourg qui est le faux par rapport au vrai - qui a gardé son église
. et le ni-centre-ni-faubourg, qui n’a jamais eu d’église, qui accueille un cimetière et qui encore maintenant n’a pas vraiment de nom.   

 

Le renforcement de l’invisibilité

Ce double phénomène d’absence de visibilité corrélé à l’invisibilité est accru par la mise en œuvre d'un certain marketing territorial comme si la mise en lumière devait pour bien fonctionner mettre dans une ombre renforcée les Ni-Ni au nom de l’image.

 

A ne vouloir retenir dans ce patchwork composite glamour type, qui nous est proposé comme image, que ce qui « fait » beau, chic et sélectif, le risque est grand d’une banalisation de l’image par perte des aspérités et de l'altérité identitaire. S’il s’agissait  d’un vin, on dirait qu’il y a un risque réel et choisi de perte de la typicité. La question en effet se pose d’un conflit entre l’identité, l'absence et l’image, perdu par tous.  

 

Pour suivre le chemin

Retrouvez quelques billets consacrés au marketing territorial sur ce blog :  

Identité ou atractivité d'une ville par le plein, le creux, l'autre
Mini-Cas Territoire > Le hamburger et la prospective

A Angers, l'envie de vivre autrement
Le végétal en ville > La propreté, l'ordre, le changement > Le lien végétal
Angers vu par Courrier International et Cost dessinateur
Ville = Identité et image + publicité et communication
Levez les yeux au ciel et cherchez les poteaux
Photos EP

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Mini-Cas Développement durable > Vins du Monde

7 Mars 2010, 18:13pm

Publié par Elisabeth Poulain

« La société Vins Du Monde est connue comme la spécialiste des vins étrangers en France. Elle en importe d’une trentaine de pays dont le plus lointain est la Nouvelle Zélande.


Le développement durable

C’est un mode de développement économique cherchant à concilier le progrès économique et social avec la préservation de l'environnement, considérant ce dernier comme un patrimoine à transmettre aux générations futures. Le principe du développement durable consiste à développer ses activités en tenant compte de leurs impacts à court, moyen et long terme sur l'environnement, les conditions sociales et l'éthique et ce, au niveau mondial. Ce concept repose sur la nécessité de préserver les ressources pour les générations futures tout en maintenant un objectif de croissance. L'agriculture biologique et raisonnée, le commerce équitable, les marchés des énergies renouvelables sont des activités de développement durable. Disons le tout de suite cette définition est loin de faire l’unanimité mais elle fera l’affaire pour notre démonstration et nous reviendrons sur ses limites en conclusion.


L’empreinte carbone
A l’intérieur de ce concept de développement durable, l’empreinte carbone des activités humaines est devenue sans doute la principale préoccupation car il est indéniable, aujourd’hui, que la planète fait face à un réchauffement climatique qui menace à moyen terme la survie de l’espèce humaine.


L’effet neutre en carbone sur l’environnement ?

L’idée d’un « prix à payer » pour les émissions de gaz à effet de serre a fait son chemin depuis la création du concept de « bourses du carbone » en 2002 [1] dont les lignes directrices sont détaillées dans le protocole de Kyoto. Fixée à l’origine pour des sociétés émettrices de grosses quantités de gaz à effet de serre, le concept s’est petit à petit entendu aux produits manufacturés, à l’agriculture, à l’élevage et aux activités de services.


Il est donc possible, soit d’échanger des quotas d’émissions entre les entreprises émettrices sur les marchés des bourses du carbone ou d’acquitter une somme, souvent encore facultative, quand celle-ci peut être calculée pour déterminer le montant de l’empreinte carbone sur l’environnement.


Les compagnies aériennes par exemple proposent à leurs clients de payer un montant supplémentaire, basé sur cette valeur de marché de la tonne de carbone, pour « compenser les émissions » générées au cours de leurs voyages. Ces sommes sont ensuite versées à des organismes pour être investies dans des programmes de réduction d’émissions de C02 (plantation d’arbres, migration vers des techniques moins polluantes etc…) de telle façon que votre voyage n’a aucun impact carbone sur l’environnement. Nous ne connaissons pas aujourd’hui l’efficacité réelle de ces programmes de compensation. Le montant de la tonne de carbone fluctue suivant le marché et nous avons pris une valeur de 22€ par tonne pour cette étude[2].


Toute personne ou société peut de cette façon s’interroger sur l’impact carbone de ses activités. La société Vins Du Monde parce qu’elle importe de pays lointains, qu’elle exerce une activité plus ou moins directement liée à la terre, et qu’elle a en son sein des personnes particulièrement concernées par les problèmes environnementaux se doit de se poser la question sans détour. L’importation des marchandises Vins Du Monde se fait principalement par voie maritime et par route et jamais par avion car les coûts d’acheminements sont prohibitifs.


L’impact carbone du transport maritime
Les marchandises sont acheminées du port principal du pays du producteur exportateur jusqu’au port du Havre et sont ensuite tractées par route jusqu’à entrepôt à Bordeaux. Nos achats se font en général FOB[3] donc l’impact du transport routier jusqu’au port du pays de provenance n’est pas pris en compte. Nous faisons charger les conteneurs avec environ 10,000 bouteilles sur les 12,000 possibles pour assurer une sécurité maximum aux employés lors des déchargements. Le poids d’un conteneur est d’environ 15 tonnes et la distance parcourue varie en fonction des lieux de provenance.


Le transport maritime émet 0,00267Kg de C02 [i] par tonne de fioul lourd et par kilomètre parcouru. Connaissant le poids du conteneur et la distance parcourue ainsi que le coût de la tonne de C02 on peut facilement calculer le montant qui faudrait « compenser » pour avoir un impact carbone neutre sur l’environnement. Fixons la distance parcourue à 10,000 kilomètres arbitrairement. Le poids d’un container de 20 pieds est de 15 tonnes. Il faudrait donc s’acquitter d’un montant de 8,81€ pour compenser les émissions de la partie maritime du trajet. Il faut aussi ajouter à cela la traction du container du Havre à l’entrepôt Vins du Monde à Bordeaux soit approximativement 875 kilomètres. Le coût des émissions de C02 pour un poids lourd est de 0,05 Kg de C02 par tonne et par kilomètre. Le poids lourd émet donc 0,66 tonne de C02 et le montant de la compensation s’élève à 14,44€.


Il n’aura échappé à personne que le transport poids lourd est très onéreux en carbone. En effet, il coûte presque deux fois plus cher de faire 815Km par poids lourd que pour effectuer 10,000km par bateau. Il nous faut « compenser » d’un montant total de 23,25€ pour avoir un effet neutre sur les émissions de C02 soit 0,002325€ par bouteille. Cet impact est donc négligeable sur le coût des opérations de Vins du Monde.


L’exemple du haricot vert
Supposons maintenant que pour arrondir les fins de mois de Vins Du Monde, nous développions une activité : Fruits et Légumes du Monde et que nous allions acheter 15 tonnes de haricots verts dans un pays à 10,000 kilomètres de distance. Là, par contre, comme c’est une denrée périssable il faut acheminer nos quinze tonnes par avion cargo long courrier. Un long courrier émet 0,94Kg de C02 par tonne et par Km. Le coût de la compensation s’éleve 3 102€ soit une majoration de 0,2068€ sur le prix de revient du kilo de haricots.


L’impact n’est plus neutre même s’il peut encore être considéré comme supportable mais attention les marges bénéficiaires se calculent avec des coefficients multiplicateurs on va donc vite atteindre une majoration du prix de vente qui n’est plus supportable.


Le prix de la tonne de carbone en transport maritime
Il est aussi certain que la tonne de carbone ne restera pas à un prix aussi bas que 22€ à mesure que le la pression du changement climatique se fait sentir sur l’environnement de la même façon que le coût du pétrole augmente au fur et à mesure qu’on se rapproche du peak de production et que la conjoncture mondiale pousse à l’investissement[ii]. Imaginons la tonne de carbone à 100€ [4]alors pour nos achats d’un container de 15 tonnes qui doit parcourir 10,000 Km il nous faudra compenser pour la partie maritime à concurrence de 40€ et 61€ pour la partie traction terrestre jusqu’à notre entrepôt soit une compensation de 101.5 € soit 0,010€ par bouteille.


Je pense que la grande majorité des consommateurs serait prête à payer cette somme pour avoir la diversité de la palette aromatique des terroirs du monde dans un verre. Mais qu’en serait-il pour notre filiale Fruits et légumes du Monde et nos haricots verts ? A 100€ la tonne de carbone, la compensation pour le transfert maritime serait de 14,100€ et la compensation du transport routier devient négligeable comparativement à ce montant. Cela ajoute maintenant pratiquement 1€ au prix de revient de notre kilo de haricots vert. Bien cher pour le privilège d’en consommer hors saison car la valeur gustative des produits de l’agriculture courante est beaucoup moins marquée par le terroir que ceux issus de la viticulture !!


Les émissions carbone comparées par moyen de transport sont  les suivantes en grammes d’équivalents carbone par passager et km [5] : Navire : 0,2 Train : 3 Bus : 25 Voiture route ainsi qu’Avion long courrier : 60 Voiture ville et Avion court courrier : 100 (Sources : ADEME, INRETS). Le transport par bateau est 500 moins fois polluant que le transport par avion moyen courrier mais une voiture roulant à l’essence ou au diesel est aussi polluante qu’un avion moyen courrier. Le train est 33 fois moins polluant que la voiture ou l’avion moyen courrier.


Les transports européens par route.
La quasi-totalité de nos transports européens se font par route en général par quantité de 5 palettes soit 4 tonnes par arrivage sur des distances moyennes de 1500km jusqu’à nos entrepôt à Bordeaux. La majorité se faisant à partir d’Espagne et d’Italie. Il nous faudrait donc pour « compenser » s’acquitter d’une somme de 30€ soit un montant par bouteille de 0,0020 € pour avoir un effet carbone neutre sur l’environnement. Même à 100€ la tonne de carbone, cela n’ajoute pas un coût significatif à la bouteille de vin (0,008 €).


La question de la croissance

Pouvons-nous répondre sans ambiguïté que l’activité Vins du Monde est une activité qui répond favorablement au concept du développement durable ? Dans le cadre de notre définition sans aucun doute. Par contre, la consommation de denrées périssables qui doivent être acheminées par avion ne l’est plus en l’état actuel des transports.

Mais voilà, la définition est contestée, non sans justifications, par certains des partisans de la « décroissance [iii]» qui pense que le bien-être des générations futures ne peut être assuré que dans un système de décroissance (ou plutôt une a-croissance) de l’économie et qui trouvent le concept de croissance continue illusoire au regard des limites des ressources de la planète et qu’il y a même urgence à renter le plus vite possible dans un cycle de décroissance. Pour eux, le concept de développement durable est un oxymore[6]. Dans ce cas, l’économie deviendrait plus locale et il faudrait abandonner sans doute une bonne partie des échanges commerciaux qui ont contribués depuis des millénaires au développement de l’humanité.


Le débat est ouvert. Le blog est fait pour cela alors réagissez à cet article ! » C'est bien ce que je fais.


Notes des auteurs de l'étude

[1] Un tel marché peut exister au niveau national ou international si les droits sont rigoureusement de même nature. Il existe en fait plusieurs bourses à Carbone. Seule l’Union européenne a établi des règles contraignantes alors que les USA, la Chine et la Russie, non signataire du protocole de Kyoto, se sont donc, de facto, exclus de ce système de régulation.
[2] Pour plus de renseignement sur la marché du CO2 consulter « qu’est-ce que le prix » du C02 de Jean-Marc Jancovici : http://www.manicore.com/documentation/serre/prix_CO2.html
[3] Free on Board.
[4] Le prix de la tonne de carbone est de 109 € en Suède actuellement.
[5] Source : Jancovici : http://www.manicore.com/documentation/serre/prix_CO2.html
[6] On dit qu'une expression est un oxymore (ou dite « oxymorique ») lorsqu'elle met côte à côte deux mots ayant des sens opposés et aboutissant à une image contradictoire.
[i] Origines des données utilisées : Observatoire de l’Energie et Jancovici.

[ii] La vie après le pétrole : De la pénurie aux énergies nouvelles.2005. ISBN-10: 2746706059. ISBN-13: 978-2746706057

[iii] Petit traité de la décroissance sereine. Par Serge Latouche. 2007. ISBN-10: 2755500077. ISBN-13: 978-2755500073.

III La Décroissance pour tous.de Nicolas Ridoux2006. ISBN-10: 2841901556 ISBN-13: 978-2841901555 »

Questions

. 1 Comment la société parle-t-elle de son activité? 

. 2 Reconstituez les différentes étapes que doit suivre une palette de vins partant de Nouvelle-Zélande jusqu’à Couëron à l’ouest de Nantes en Loire-Atlantique?

. 3 Quelle est la partie du transport seulement visée par VDL et pourquoi ? Emettez une hypothèse.

. 4 Quelle sont les domaines dans lesquels il y aurait peut-être des gains à opérer pour VDM?

. 5 Etes vous convaincu par la comparaison entre la bouteille de vin et le haricot vert ?

. 6 Quelles sont les autres activités visées par le développement durable quand on est vigneron et/ou négociant ? Chercher des exemples sur le Net.

. 7 Le développement durable s’oppose-t-il à l’exportation de vins ? A la vente en bouteille ? A la mise à la propriété ? 
. 8 Trouvez quelques informations sur la viticulture en Nouvelle-Zélande. 
. 9 Pourquoi cette question? 

Recommandations

Faites une recherche sur le Net avant de vous lancer, surtout si vous n’êtes pas familier avec le vin et le développement durable.  

Réponses

. 1 Comment la société parle-telle de son activité?

Vins du Monde fait une présentation minimale de son activité. Elle cite seulement son cœur de métier : l’importation de vins étrangers, avec trois exemples pays cité seulement, la Nouvelle Zélande, l’Espagne et l’Italie. Elle ne cite pas son activité en aval qui est de vendre en direct ces vins étrangers aux consommateurs d'ici et d'ailleurs, après entreposage.


. 2 Reconstituez le trajet que doit suivre une palette de vins partant de Nouvelle-Zélande ?

On distingue le pré-transport routier qui couvre le trajet chai néo-zélandais jusqu’au port de départ, le transport maritime jusqu’à Bordeaux (en direct ou en passant par un port intermédiaire, en Australie par exemple), le post-transport routier Le Havre-Bordeaux et l’entreposage à Bordeaux.

Ensuite la ou les bouteilles car VDM vend aussi à l’unité repart pour satisfaire la commande d’un acheteur situé en France et dans l’Union européenne, avec à chaque fois l’emprunt de moyens de transport adaptés.   


. 3 Quelles sont les parties du transport visées par VDL et pourquoi ?

L’entreprise ne parle que du trajet principal maritime et du post-transport routier. Son objectif est de convaincre l’organisme de certification qu’elle est consciente de l’impact de son activité en matière d’émissions carbone. Il n’est pas de citer toutes les sources d’émissions quells soient à sa charge ou non.

VDM achète FOB : c’est dire que les émissions au départ en Nouvelle-Zélande sont déjà prises en compte dans le prix d’achat. La société ne parle pas des coûts de compensation portant sur la partie concernant les ventes en France et sur les ventes dans l’UE et dans les pays tiers.

L’objectif est évidemment de minimiser le montant total des compensations affectant le transport total.      


. 4 Quelle est la partie du transport sur laquelle il y aurait peut-être des gains à opérer ?

La question se pose de savoir si Bordeaux est bien géographiquement le lieu dont le positionnement permettrait d’alléger le poids des émissions. En fait la question ne se pose pas vraiment de cette façon car il s’agit de transport de vins dont l’entreposage nécessite des conditions de respect de l’isothermie tout au long du trajet. Une seule grande société de transport, spécialiste du vins, garantit cette température contrôlée. Il s’agit de JF Hillebrand qui a une filiale à Bordeaux et dont le siège est à Beaune en Bourgogne. C’était le choix précédent de l’entreprise.   


. 5 Etes vous convaincu par la comparaison entre la bouteille de vin et le haricot vert ?

Pas vraiment, car tout dépend du marché. Il ne peut y avoir de comparaison portant sur la nature du produit : le vin n’a pas plus de « de droit » d’être importer que le haricot vert. La seule logique est celle du marché, s’il y a des acheteurs qui veulent consommer des haricots verts frais hors saison au prix rendu majoré des coûts de compensation carbone. Ce type d’achat hors saison pour une petite frange de consommateurs a toujours existé, en Egypte, au temps des pharaons et pour eux, à Rome dans l’Antiquité, à la Cour de Versailles pour la haute noblesse…

Il est étonnant aussi de voir que c'est encore le haricot vert frais qui est pris pour exemple de cherté d'un produit vendu en France hors saison, en hiver. Une étude faite il y a près de 20 ans montrait que le kilo en frais revenait moins cher que de l'acheter en boîte de grande marque. Il est vrai que cette production en Afrique était subventionnée par l'Union européenne dans le cadre de l'aide au développement.  
  


Le commentaire des auteurs de l’étude me semble tendancieux sur ce point : « bien cher le privilège d’en consommer hors saison car la valeur gustative des produits de l’agriculture courante est beaucoup moins marquée par le terroir que ceux issus de la viticulture !! »     


. 6 Quelles sont les autres activités visées par le développement durable (DD) tout au long de l’élaboration du vin ? Chercher des exemples sur le Net.

Toutes les activités sont maintenant concernées par le DD. Cela commence à la vigne, la proportion de vignerons respectueux de bonnes pratiques respectueuses de l’environnement est de plus en plus forte, en supprimant et/ou diminuant les entrants chimiques. C’est d’ailleurs la tendance forte.

Cela continue 
lors de l’élaboration du vin, en particulier avec la diminution de la quantité d’eau nécessaire pour fabriquer un litre de vin (10l d’eau/1l de vin), le traitement des eaux usées avant rejet, la récupération des moûts…Citons également l’allègement du verre utilisé, la colle naturelle pour fixer l’étiquette, l’absence de bouchon de liège, le carton d’emballage qui économise la couleur…Ensuite, tout le réseau de distribution est affecté par cette démarche, jusqu'à l'amateur de vins pour qui la prise en compte du DD devient un véritable argument de vente. Une preuve s'il en faut: VDM vient de créer cette catégorie. Et c'est une bonne chose.   


. 7 Le développement durable s’oppose-t-il à l’exportation de vins ? A la vente en bouteille ? A la mise à la propriété ? 

Ce serait une vraie récession : si on ne peut importer, on ne peut plus non exporter. Sauf exception, le vin n’est pas considéré comme relevant des produits de nécessité vitale pour un pays. Il serait très dangereux pour l’équilibre de notre balance commerciale, la santé des entreprises du vin et pour la culture du vin, de devenir trop nationaliste dans ce domaine comme dans un autre, en France, comme dans les autres pays à culture vins.


Par contre, le développement durable pose en effet le problème du prix final. La vente en bouteille à la propriété est une avancée qualitative pour les vins de qualité. La valeur ajoutée se fait au départ chez le producteur. Elle a en outre l’avantage de limiter très sérieusement la contrefaçon qui constitue un risque majeur. Le DD commence à modifier le regard sur le type d’embouteillage pour éviter par exemple les packagings excessifs (poids du verre d’une bouteille lourde : 1,2kg). La bouteille en plastique ne semble pas percer malgré son avantage de poids. Le bouchon sera à vis. Reste les packagings souples individuels, pour l’instant sans réponse nette du marché. PLusieurs projets portent sur la question de l'information à donner aux amateurs de vin.  


8. Trouvez quelques informations sur l’origine de la viticulture en Nouvelle Zélande et citez un vin.   

C’est un évêque français qui planta les premières vignes en 1819. Le démarrage de l’industrie viticole date d’il y a une trentaine d’années, en se focalisant d’abord sur le Sauvignon blanc. La région actuellement la plus connue est celle d’Auckland au centre de l’Ile du Nord. C’est près de là que se trouve en particulier Stonyridge Vineyard dans les Iles Waiheke. Ce domaine créé par le docteur Stephen White en 1984 produit le Larose célébrissime en assemblage des 5 cépages bordelais.


9. Pourquoi cette question ?  

Au-delà de la question du développement durable absolument nécessaire pour que soit préservée une nature encore à peu près vivante, la curiosité de l’amateur de vin est aussi un plaisir de la vie. Le Larose est disponible à 105 EUR, coût de compensation carbone inclus.

Une autre solution est de vous rendre là-bas, l’île est « paradisiaque ». Vous pourrez y déguster ce fameux Larose qui est un des 100 vins du monde (dixit Slow Food) à boire dans sa vie assis sur la « Veranda Cafe ». Vous y serez comme dans le sud de la France et c'est vous, cette fois-ci, qui aurez généré ces fameuses émissions de CO2!

Pour suivre le chemin
. Le blog de Claude Gilois sur http://voyagesvinsdumonde.20minutes-blogs.fr/#
. Des infos sur Vins du Monde, http://www.vinsdumonde.com/files/fichier_attache/1_205_1.pdf

. Sur Stonyridge Vineyard, consultez www.stonyridge.co.nz

. Pour l’OEA (Opérateur économique agrée) Hillebrand, voir http://www2.jfhillebrand.com/

et http://www.journee-vinicole.com/nouveautes/?tag=jf-hillebrand

"JF Hillebrand France est une filiale du groupe allemand JF Hillebrand AG, dont le siège social est situé à Mayence. JF Hillebrand AG est le transitaire spécialiste des boissons, particulièrement des vins et spiritueux. Le Groupe de 1500 personnes est présent dans plus de 50 pays à travers le monde. JF Hillebrand France emploie 287 collaborateurs, répartis dans 3 agences. Le siège social France à Beaune (21 Côte d’Or, JF Hillebrand Bruges (33 Gironde) et JF Hillebrand Cognac (16 Charente Maritime). Ces trois agences bénéficient de la certification OEA".

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Le bestiaire du vin > Le rhinocéros et Dürer

5 Mars 2010, 12:29pm

Publié par Elisabeth Poulain

L’accord vin-animal

A priori quand on veut associer un animal à un vin, on pense à un animal à sang rouge comme le cheval, le sanglier et pourquoi pas le lion.  Pour le rhinocéros, l’accord n’est pas évident.

 

 Rhino denim Base

 

D'abord c'est un animal qui n’est pas vraiment fréquent dans nos contrées. On peut dire ça comme ça. C’est d’ailleurs une espèce en voie de disparition qu’on trouve rarement dans les zoos, même s’il vient d’en naître un dans un zoo  en France, ce qui est rarissime. On trouve des écrits anciens faisant référence au goût de la viande mais rien de récent, la chasse étant interdite.

 

Associer le rhinocéros au vin en passant par des accords directs mets-vins  est donc une hypothèse à abandonner. C’aurait été classe quand même de manger de la viande de rhino en buvant un vin de rhino. On voit déjà les pubs dans les suppléments Luxe des Echos : attablés sur la terrasse de votre case spéciale VIP dans une réserve hyper-protégée au Kenya, vous dégustez une grillade de rhino junior en buvant un vin de rhinocéros, servi par une escouade de boys en tenue blanche, comme dans la Ferme africaine de Karen Blixen.            

 
Le vin de rhinocéros

Existe-t-il ? Certainement pas. Par contre, ‘le vin au rhinocéros’, oui ; ‘avec un rhinocéros’, aussi. Ces deux dénominations désignent des vins très qualitatifs (100 E et + le millésime de 2004) repérables par leur étiquette portant un rhinocéros. Attention, pas n’importe lequel. La question de savoir si c’est un rhino d’Afrique ou d’Asie (en fait c'est bien un rhino d'Inde) ne se pose pas, ni à quel groupe  il appartient, ni s’il a une ou deux cornes. Vous êtes trop scotché sur le réel pour trouver la réponse. Il faut aller voir plus loin, autrement. 

  

002

 

Ce lien entre le rhinocéros et le vin  passe plutôt par la puissance de la création d’art. Quand vous vous appelez Albrecht Dürer (1471-1528), que vous êtes fasciné par le dessin et la gravure sur bois, un jour vous tombez en arrêt devant une représentation de ce gros pachyderme qui s’effraie facilement et qui fait peur tant sa masse est puissante. La gravure qu’en fit Dürer en 1515 connut un succès étonnant dans toute l’Europe. Il est vrai que le choix de l’artiste fut d’accentuer la dimension arme de guerre de ce rhinocéros revêtu de plaques d’armure, pas plus vraisemblable qu’un dessin de la même époque faisait apparaître une fourrure sur la peau de ce mastodonte herbivore. Il est vrai qu’il existe une catégorie de rhinocéros à fourrure.   

Le lien avec l’Italie      

Oui, la question se pose. Pourquoi des vignerons d’excellence du Piémont choisissent-ils une oeuvre du artiste allemand, sans que cela pose problème ? Il y a bien un lien avec l’Italie. Ce rhinocéros eut une vie résidentielle compliquée. Pour parler clair, il a beaucoup voyagé. D’Inde, de Goa plus précisément, il fut ensuite envoyé au Portugal et fut renvoyé à Goa car on ne savait pas trop s’en occuper. De Goa, il repartit une seconde fois vers Lisbonne, toujours en passant par le Cap de Bonne-Espérance. Il y débarqua en véritable star le 20 mai 1515. Son arrivée fut connue très rapidement dans l’Europe entière. Des très nombreux dessins furent exécutés, tous si différents qu’on a l’impression qu’une horde de rhinocéros a envahi l’Europe. A cette époque, les distances comptaient aussi peu que maintenant. C’est quand même étonnant. Le roi Manuel du Portugal en fit cadeau au Pape Léon X qui en fait ne vit jamais « son » rhinocéros. Ce royal cadeau sur patte périt en mer au large des côtes du Piémont avant d’arriver à Rome. François Ier eut le temps de l’admirer lors d’une escale à Marseille.   

Le vin

rhino 003

 

Maintenant pour le vin, vous prenez un Barbaresco  du Domaine de La Spinetta, crée en 1977 en Piémont, par Gorgio Rivetti, rejoint actuellement par ses deux frères  Bruno et Giacomo. La sonorité de ce DOGG Barbaresco semble si bien approprié  à des vins italiens haut de gamme, très qualitatifs, qui paraissent seuls capables de porter en étiquette cette œuvre de Dürer.  Tous les commentaires de guides ou de sites du vin signalent cette particularité de l’étiquette comme une preuve de qualité du vin. Vins du Monde écrit ainsi que « le rhinocéros (Barbaresco et Berbera) et le lion (Barolo) sont des œuvres d’art d’Albercht Dürer (1471-1528), artiste allemand reconnu comme le plus important de la Renaissance allemande ». VDM parle du millésime 2001 comme d’ « un  grand vin de méditation. Les caractéristiques olfactives sont multiples : flagrant, profond avec d’intenses arômes de fruit et d’épices. En bouche la structure est intense. Les tannin sont fins et en parfait équilibres ».  

 

L’adaptation à la bouteille

Choisir une œuvre aussi puissante que celle de ce rhinocéros  demande toujours une adaptation. Celle des Frères Rivetti a consisté à garder le dessin dans son jus, avec le texte placé en haut. La face arrière touche la bordure, comme la corne à l’avant, ce qui a été  aussi le choix de l’artiste. Un choix surprenant qui est une des raisons qui expliquent l’effet de

 

 Rhinoceros Durer Wikipedia

 

puissance de l’animal qui donne l’impression de pousser les barreaux de sa cage. Un plus grand espace autour du rhino provoque une autre impression.

 

La couleur de l’encadré central est ivoire, la gravure est couleur brun foncé sans que ce soit du noir. Le pourtour est bleu moyen lumineux, le lettrage Vigneto Valeirano est blanc et Vürsu est orange. Le format est presque carré, avec une sur-présence de la partie droite de l’étiquette, à l’endroit où se trouve la tête. Quant à l’impression ressentie, il suffit de la comparer à une autre étiquette toujours des Frères Rivetti mais cette fois-ci avec le lion de Dürer pour un Barolo Vürsu Campo. Même le lion n’arrive pas à imposer sa présence et pourtant il vous regarde dans les yeux.   

 

Et ?

Reste néanmoins toujours la question fondamentale : fallait-il vraiment utiliser le travail de Dürer pour une étiquette ? A mon avis, non. Le vin n’en a pas besoin et Dürer n’aurait pas aimé. Pourtant la saga du rhinocéros de Dürer continue encore en 2008: il a été utilisé pour vanter des jeans sur un salon des tendances à Barcelonne.   On dit de cette oeuvre que c'est, encore maintenant, la représentation animale la plus connue au monde, comme c'était déjà le cas dés 1515.  

Pour suivre le chemin

. Des infos sur le rhinocéros et l’art, à voir sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Rhinoc%C3%A9ros_de_D%C3%BCrer%C3%A9ros_de_D%C3%BCrer

 

. Concentré vinique simplifié :

-        le Barbaresco et le Barolo sont deux grandes appellations italiennes dont le cépage est le Nebbolio,

-        un DOGG signifie Denominazione di Origine Controllata et Garantita, 

 

. Pour le Barbaresco de La Spinetta, plusieurs adresses sur le net et aussi à Vins du Monde

 www.vinsdumonde.com/.../vins/barbaresco-gallina-barbaresco-docg-vin-1254.php

 

 . Photos EP, à partir du catalogue VDM, Wikipedia et  publicité Denim Base, Bread and Butter Tradeshow for Selected Brands, Barcelona 02.04 July 2008.     

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V2 comme Ville végétale > La vision d'Antoine Corbineau

2 Mars 2010, 09:20am

Publié par Elisabeth Poulain

 

Pour avoir quelque idée de ce qu'est une ville d'aujourd'hui, à la fibre végétale et plus, il ne faut pas trop s’adresser aux livres mais plutôt ouvrir les yeux et nourrir son imaginaire avec des oeuvres d’artistes ou de créateurs qui raisonnent en recherche de sens et de connexion avec le mouvement et le changement.

 

Ceux-là  ont une vision globale de la ville désormais végétale, jusqu’au moment où il ne sera plus nécessaire de le préciser. Il faut dire qu’on a des exemples célèbres. Hundertwasser est le plus audacieux de ces précurseurs. Contemporain, et ancrée dans la réalité du projet, Alexandre Chemetoff qui a commencé par être d’abord paysagiste et urbaniste avant de devenir architecte, a ce sens profond. Il est au cœur de ses créations. Ce novateur ne se contente pas de mettre un peu plus de surface engazonnée, il change les rapports entre le construit, le roulant et le vivant. Du coup, il modifie les rapports et les perceptions et bouleverse la ville en lui réinjectant un sens souvent perdu ou illisible. 

 

Antoine Corbineau a aussi cette fulgurante assurance. Il dessine une société possédant cette nouvelle dimension liée au développement durable comme une réalité Antoine Corbineau-Pub-projet-Alfa Roméovivante, déjà présente et toujours changeante. C’est ce qui me frappe chez lui, cette façon exubérante de montrer ce que nous sommes, la folle complexité de notre monde, où tout est lié., les mots, le paysage, la voiture, l'art... Chez lui, tout bouge, crée de nouveaux liens, une nouvelle réalité qui à son tour génère des nouvelles formes, des ectoplasmes joyeux parfois, parfois mortels. Il montre les transports entre des immeubles et dit ce qui est important pour lui, sans chercher à faire joli parce que sa façon de montrer est tellement puissante qu’il n’est pas nécessaire d’en faire encore plus. Son expressionnisme suffit, surtout qu’en plus il écrit les mots importants sur des blocs, des parois, les voies pour rappeler le sens, comme autant de voitures porteuses de sens.

 

Pour Antoine Corbineau,  qui l’année prochaine fêtera sa première décade d’exercice en tant que créateur indépendant, notre monde est une grosse boule protéiforme constituée de beaucoup d’eau, de couleurs et d’une forte volonté de continuer à vivre, sans cacher que nous créons Antoine Corbineau-Projet Bags-Amsterdamnotre propre anti-matière tueuse. Un monde capable de secréter une folle complexité où le noir des fumées d’usine cohabite avec le soleil qui fait fleurir les fleurs. Ceci, ce créateur, qui s’est formé à Strasbourg, à Londres et à New York, est capable de le montrer, lui qui se représente jonglant avec une méduse qui déploie ses filaments en couleur dont on connaît sa capacité polymorphe à survivre.

 

En haut de la colline avec Alfa Romeo

Ses dessins ont un caractère universel étonnant. Antoine Corbineau recourt à de nombreux dessins d’objets totems présentés de façon symbolique de façon à être perçus partout, comme l’est un dessin d’enfant, qui avec deux gestes seulement fait un rond et pique un trait en bas pour représenter un arbre. Pour la  maison, il suffit de six traits plus quatre pour chaque fenêtre. Sa route qui monte en haut de la colline est un ruban avec une voiture sans âge devancé par un vélo sans cycliste.  La nature est partout, présente grâce à trois brins d’herbe avec une grosse marguerite plus haute que l’arbre d’à côté. Des petites maisons carrées se glissent dans les méandres d’une route de montagne. Partout des mots de la marque renforcent le message du paysage de la Antoine Corbineau-projet couv david Jaclin 52 image-26-02publicité Alfa Romeo qui devient un nuage. La cathédrale de Milan figure au-centre en dessous de spider et des usines voisinent avec supersport 33.

 

Le navire animal Beastness

C’est une couverture en cours d’élaboration pour un livre de David Jaclin. On y voit une très riche version actualisée de l’Arche de Noë, voguant sur une jambe velue et une en pantalon et chaussure, sur une mer de filaments de méduse -un animal cher au cœur d’Antoine-. Les  animaux y sont plus grands et plus libres que les hommes et les femmes, devenus sardines, alignés dans des boîtes couchées ou coincées selon les cas. Bien sûr il y a aussi les mots qui prennent beaucoup de place : pacte domestique, graphie, animal, sélection naturelle, mode d’emploi, sans compter les nombreux labyrinthes présentés comme des jeux. Malgré toute  cette lourde charge, ce bateau avance néanmoins, lui qui est

tAntoine Corbineau, Bière Straffehendrikiré par une cigogne et dont le capitaine est un tigre avec son second, le chien, qui scrute la mer. Il reste très peu de vert dans cette société  en errance.  

 

Une ville dans un verre avec Straffe Hendrik

Il y a aussi cette publicité pour la bière Straffe Hendrik qui représente la ville de Bruges dans un verre de cette fameuse brasserie au célèbre logo De Halve Mann. On y trouve le style   d’Antoine, des rues qui s’enfoncent dans des tunnels, des chiffres comme le degré d’alcool 9°, un serveur, des maisons accolées et beaucoup de mots en rapport avec l’univers de la bière et ou de Bruges. Une franche réussite où chaque cm2 en courbe est rempli en jouant sur sa rotondité et  cette fois-ci le végétal se boit et ne se voit plus. Il est dans le verre et le cadre reste encore vert.  

 

Pour suivre le chemin

. Retrouvez des œuvres de ce créateur sur 

http://www.antoincorbineau.com

http://www.creabook.com/antoine-corbineau

. Ses centres d’intérêt : les affaires internationales, la sociologie, le langage, les discours politiques, la démographie, les cartes, l’architecture, la ville, les frontières, Jérôme Bosch, Art brut, Annette Messager, Hundertwasser, le surréalisme, Fluxus, Nam June Paik, Tony Oursier, Saul Bass, Norbert Kox, Milton, Glaser, Michel Gondry…Il aurait pu ajouter le transport. Il a fait en particulier un superbe visuel pour la SNCF.  

. Photos d’AC reproduites avec son accord et mes remerciements. 

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N comme Nana comme les Super-Nanas de tardivo

24 Février 2010, 12:05pm

Publié par Elisabeth Poulain

Ma grande question en ce début de billet est de savoir si je dis les supernanas par tardivo ou de tardivo. Parce que tardivo, vous le connaissez. C’est un peintre qui n’a pas peur Blog 2010.02.24 041de s’exprimer. Il y va à fond, avec beaucoup de gaîté et une vraie confiance dans ses sujets, ses sujettes, la nature humaine et bien sûr ce qu’il fait. Il a toujours un côté burlesque et jubilatoire. Peindre des nanas en couleur, c'est superbe. Leurs dimensions terriennes, bosseuses, joueuses, qui cherchent à se faire belles, avec des mouflets-mouflettes dans leurs jambes, des chiens ou chats dans les bras, un perroquet sur l’épaule… l’enchantent d’abord lui tardivo. Ces Nanas aux grosses lèvres rouges qui ne sourient jamais, savent tout embrouiller, comme si elles seules avaient ce pouvoir de tout refondre dans un tout dont elles sont le centre et seul acteur. Elles, qui sont toujours à la peine, prennent le temps de s’habiller, d’enfiler jupe droite et pull collant, en mettant un sur-soutien-gorge par dessus pour bien marquer leur féminité, de chausser des bottines, en choisissant l’éventail le plus large des couleurs pour attendre leur rendez-vous avec tardivo. 

 Blog 2010.02.24 042


Tardivo, qui ne veut pas que son nom commence par une majuscule, tardivo donc, qui adore les oiseaux , ne fait volontairement aucun effort pour choisir des titres à ses oeuvres. Son boulot revendiqué est de créer et de montrer. Ses titres seront donc minimalistes. Il vous autorise même à « réinventer les titres donnés » à ses œuvres. Comme ce peintre nous y invite, je suggère un commentaire pour Vachement bien (photo ci-dessus): cette nana est une véritable star du Développement Durable, celle qui est capable de faire cinq choses à la fois, aider la vache à rouler, produire de la chaleur, traire la vache, s’occuper des enfants et garder la forme.                                        Blog 2010.02.24 043

 

Certaines sont ses Dulcinées.  D’autres ont simplement un prénom un peu oublié comme Ginette et Gudule (photo ci-contre)  ou  Gertrude . Génétiquement modifié  a mis son tailleur du dimanche avec une veste verte et une jupe jaune en solidarité avec le plant de tournesol fauché pour cause d’OGM. 

 

Ses Super-Nanas, tardivo les aime tellement, qu’il en a fait des cartons-relief qui renforcent leur présence, au point qu’elles ne sont pas ridicules posant de chaque côté du peintre. L’absence de décor avec pour seule présence hors la leur propre, l’ombre du carton, leur donne un air  plus vrai et un aspect plus mystérieux. Le Bécot de Coco (photo ci-dessous) a cette dimension. Pour les autres, à les voir ainsi "nues" sans le décor qu'elles ont façonné à leur image, on s'aperçoit que ce décor fait partie d'elles. Elles sont tout autant le décor au moins quand elles sont à l'intérieur. Quand elles sortent, elles tirent, elles poussent, elles courrent avec la maison, avec des roues comme l'escargot sa coquille. A côté d'elles, en preuve de vie, une cheminée qui indique une source de chaleur et un chien noir pour garder le foyer. Un enfant est perché sur le toit. 


Et partout dedans, dehors des animaux qui sont leur véritable compagnon, leur alter ego. Il y a beaucoup d'oiseaux à qui elles parlent les yeux dans les yeux, le bec prêt à offrir un doux baiser. Quelques chats, des poissons aussi assurent une présence forte.     

 

Bien sûr ne parler que des nanas, même si ce sont des super-nanas, serait beaucoup trop réducteur. Comme tardivo aime ce qu’il fait et que les amateurs de ses œuvres aussi, il explore beaucoup et beaucoup de critiques d’art, des femmes le plus souvent, mais bien sûr c’est par hasard, parlent de lui. Citons ainsi Anne Cauquelin, Fabienne Le Beller et Françoise Monnin pour une belle plaquette « Jean-Claude Tardivo 2001-2004 ». Blog 2010.02.24 046Françoise Marvier a joué sur les lettres du nom du peintre T.A.R.D.I.V.O, avec un T comme Touraine où le peintre est né,  un A* comme celui qu’on trouve à Chartres dans la cathédrale, un R comme celui de la Renaissance qui a fait renaître les couleurs, D comme Dames, ses super-nanas, I* comme Image, V comme Ventre et O comme Origines.

 

A la réponse du début, ma réponse est que ce sont bien les super-nanas de tardivo, celles qui ont fait le tour du monde, en passant par l’Allemagne, le Japon et les Etats-Unis. Depuis cette série sur les femmes, tardivo a re-donné naissance à certains de ses héros déjà présents dans les toiles de 2003-2004, l'enfant à naître, qu'il appelle son cousin de bonhomme têtard. Regardez bien les trois petits lapins dans les nuages en haut à droite...     

                                                     Blog 2010.02.24 047

 



Pour suivre le chemin

. Voir le site de l’auteur, retrouvez-y d’autres œuvres en particulier sa série  Les cousins de bonhomme têtard  qui ramène à l’enfance ainsi que les auteurs et critiques qui ont écrit sur ses œuvres :    http://www.jctardivo.com/   

. *Françoise Marvier a choisi Arche pour A  et Icare pour I

. Photos EP à partir des documents envoyés par le peintre, avec mes remerciements. 

La toile ci-contre s'intitule Sauve qui peut. Elle annonce la nouvelle série.  

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Pub Trash > Des assiettes à faire peur

22 Février 2010, 09:40am

Publié par Elisabeth Poulain

Trash en langage courant ‘français’ est un adjectif qui désigne un côté répugnant, malsain et qui fait peur aussi. La publicité anglo-saxonne aime bien jouer avec nos peurs profondes. Parvenue à un haut degré de saturation publicitaire, notre société, selon certains publicitaires, n’est plus capable d’apprécier les idées fines, le double degré, l’allusion ou les mots mis en phrase tout simplement. Dans ces conditions, ces publicitaires estiment comme relevant de leur devoir social de nous enfoncer leur message à coup de massue dans le crâne, quitte à nous laisser KO par terre. Pas grave, selon eux, l’objectif publicitaire est atteint, l’idée est passée, quitte à nous faire ressembler à un champ de mines après l’explosion des mines.

 

Pourquoi tant de noirceur ? Mais parce que c’est fait pour. Pourtant ce type de communication n’était pas fréquent dans notre culture même si elle emprunte chaque jour des éléments à d’autres cultures. Voyez déjà les paquets de cigarettes en Belgique ; nous allons avoir le même type d’avertissement sanitaire réglementaire très bientôt.  C’est bon pour nous, ça secoue. D’autant plus que c’est pour notre bien alors que fumer tue. Ca, ça ne tue pas mais pour secouer, ça secoue au point que l’image reste collée dans la rétine.                                                                                           
 

La recette ? Vous prenez une assiette blanche à liseré bleu, Blog 2010.02.01 011-copie-1

Blog 2010.02.01 010-copie-1















. l’une s’appelle Afrique de l’Ouest, garni avec un méli-mélo de récoltes familiales contaminées aux pesticides, avec un crâne humain dedans,

     . l’autre Afrique subsaharienne, est une photo de cette même assiette entourée de fil de fer pour nous servir un ragoût de terres confisquées aux arômes de corruption.  

 

Les deux assiettes sont posées sur de la terre fine caillouteuse et le tout est une publicité faite maison par la CCFD Terre solidaire dans le cadre de sa campagne « On ne nous fera plus avaler que la faim est une fatalité ». Avec une adresse, pour connaître « les recettes du scandale sur www.ccfd-terresolidaire.org »  

 

Pour suivre le chemin

. Le Monde, 14 et 15 octobre 2009.

. Quand vous vous rendez sur le site du CCFD, vous tombez tout de suite sur la page « donnez en ligne, c’est plus simple ». Eh oui, c’est bien ce que laissait entendre cette pub.

 

. Le problème de la spoliation des terres à cultures vivrières dont sont dépossédés les paysans et les consommateurs sur place est un vrai problème. Maintenant mondial, il est renforcé par la co-existence de trois phénomènes :

. l’absence de statut juridique de la terre (cas en Ukraine et en Chine en particulier)  qui exacerbe la main mise sans droit de clans puissants,

. l’appétit de consommation en Occident relayé de grands groupes agro-alimentaires mondiaux,

. et par l’absence de véritables réglementations protectrices des droits tant des petits producteurs et consommateurs locaux ainsi que dans les pays occidentaux.   
Rappellons que cette dérive existait déjà il y a 40 en Amérique centrale où de grandes compagnies nord-américaines avaient chassé les paysans qui travaillaient la terre pour y planter des bananeraies, avec l'accord des gouvernements en place.           

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Le curieux millésime 2010 des Salons des Vins en Anjou

21 Février 2010, 11:30am

Publié par Elisabeth Poulain

Chaque année à Angers, le Salon des Vins de Loire a toujours sa typicité, comme le millésime pour les vins. L’affaire était claire = une année ---) un millésime, un salon ---) une Loire = un salon des Vins de Loire, le seul en France à être dédié à une région. Pourtant cette année a été un peu particulière. Je devrais dire  qu’elle a été vraiment singulière. On y a parlé vins, beaucoup, mais pas exclusivement pourtant. Il y avait comme un frémissement dans l’air, difficile à définir au départ. Ce qui était perceptible pourtant, c’est la fatigue d’un certain nombre d’exposants.

 

3 salons en 5 jours

Blog 2010.02.01 153Une bonne fatigue, celle de ceux qui enchaînent leur 3è jour de salon avant ces 3 jours pleins. Après le Grenier Saint-Jean à Angers autour de Nicolas Joly de Savennières pour les deux jours du week-end, il y a eu La Dive au Château de Brézé près de Saumur (1jour). Outre la durée (2 jours/1 jour/3jours), la différence avec le SDVL (salon des vins de loire), c’est que les deux premiers salons sont ouverts à tous les vignerons de France et d’Europe qui travaillent d’une autre façon que celle qui prévalait il y a encore quelques années. De marginaux en souffrance, ces vignerons en bio, biodynamie, vins naturels ont cette année 2010 franchi la frontière de l’invisibilité. Ce sont eux maintenant qui attirent en particulier les amateurs défricheurs, les plus attirés par ces vins d’auteur à la forte personnalité. 

Le positionnement des vins

. Le Grenier Saint-Jean est très axé sur les vins en biodynamie et les vins bio des vignerons artisanaux, réunis autour de Nicolas Joly, en provenance d’Anjou surtout, mais pas seulement et cette année d’Europe.

. La Dive au château de Brézé pour sa première édition met en avant les vins naturels de toute la France avec une vraie couverture nationale. Leur première édition a été un sacré coup de maître.  

. Le Parc-Exposition d’Angers se présente toujours comme la vitrine officielle des Vins de Loire, où InterLoire a son stand au centre de la galerie qui relie les deux halls où se tiennent les salons.  

Les exposants

. A Saint-Jean, ils ont tous les âges, avec des convaincus de longue date qui ont souvent été seuls dans leurs aires d’appellations en butte à une hostilité certaine, Blog 2010.02.01 113des jeunes qui n’imaginent commencer dans le vin autrement avec tout de suite d’autres avec lesquels échanger. Ils sont connus ou démarrent couvés par un mentor pour lequel ils ont commencé par travailler ou appris. Les négociants ne sont plus là. En cas de double casquette, ils ont été priés de laisser leurs vins de négociants dans leur chai.

. A Brézé, une dominante, la jeunesse avec bien sûr des glorieux vignerons dont la passion efface l’âge.

. A Angers, un certain rajeunissement est perceptible, du fait de l’arrivée de nouveaux exposants et/ou nouveaux vignerons pour certains. Le départ de certains exposants, des grandes maisons de négoce surtout localisées à Saumur, joue peut être aussi un rôle dans la perception d’une image moins construite, plus ouverte.  Il y a du changement dans l’air.  

Les différences

Elles éclatent de partout. Les vins naturels, selon la dénomination la plus large, sont exclusivement ligériens tout en étant minoritaires au Parc-Expo, français à Brézé, français et européens à Saint-Jean. Les trois présentent des vins naturels mais deux sont exclusifs et ce n’est pas le Parc-Expo. Saint-Jean cette année s’est recentré sur l’accès aux professionnels, après les excès des années passés où de trop nombreux amateurs venaient pour boire, gênant les visiteurs professionnels. Le Parc-Expo maintient le 3è jour, le mercredi, pour les particuliers-invités des exposants. C’est le jour où on ne voit plus d’acheteurs professionnels. 

L
es problématiques de ce millésime

La création de La Dive près de Saumur, la (vraie) ville du vin en Maine et Loire, dans un château prestigieux, a réveillé des vieilles problématiques, la cohabitation entre le SDVL avec Blog 2010.02.01 093Saint-Jean étant jusqu’alors acquise, l’un commercial et l’autre plus élitiste. La présence de 3 salons en même temps a réveillé un questionnement sur :

. la durée du SDVL : faut-il maintenir ces 3 jours et ne pas plutôt raccourcir à 2 jours, le 3è jour ayant toujours été lourd ; 

. la périodicité du salon qui est également attaquée. InterLoire, qui est  le partenaire  "obligé" du SDVL, a annoncé son intention de ne plus être présent qu’une année sur deux, sachant que les contributions des autres partenaires - Région Pays de Loire+ Région Centre + val de Loire + Conseil général 49 + Métropole Angers Loire - sont insuffisantes pour maintenir le salon.

 

Plusieurs vignerons ont fait remarquer qu' un salon sur 2 ans, alors que les vins ont un cycle annuel est un mauvais coup pour les vins de Loire.  Cela arrive en plus au moment où la concurrence se déplace en Loire et n’est plus seulement cantonnée en interne entre les vins de Loire mais provient des autres vignobles français et plus, avec une communication par Internet hyper-efficace. Cela arrive aussi au moment où le clan des "bios" de toutes sortes sortent du bois et où les parts de marché à l'export continuenent à s'éroder.  

 

Et comme l’a dit « en riant » un des vignerons, « c’est comme si on disait à la vigne de ne plus produire de raisins qu’une année sur deux et comme si  on disait à InterLoire qu’on ne paiera plus nos cotisations qu’une année sur deux. Déjà certains ont franchi le pas ; ils ont quitté InterLoire. C’était impensable et pourtant c’est fait ». A chanter sur l'air de "tout va très bien, Madame la Marquise".  

Pour suivre le chemin
Photos EP, Patrick Baudouin, Christophe Daviau et Damien Delecheneau qui ont "fait" au moins deux des salons.

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