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Le Blog d'Elisabeth Poulain

P.54 WBW > Les Habits des Vins d'Expression > Une affaire de style et de lignes

, 18:28pm

L’alliance entre la bouteille et les différentes pièces de l’habillage est une affaire de styles et de lignes, en un mot une question d’équilibre générale. Associée au genre humain, la bouteille exprime la verticalité comme une maison ou le mat d’un navire. Le vin est le passager transporté, le marin est le vigneron. Tous les signes dont nous avons parlés communiquent par la bouteille avec des expressions différentes selon le signe exprimé. La question primordiale de la composition et de l’arrimage des pièces les unes par rapport aux autres se comprend d’un point de vue spatial et vise les proportions, les arrêtes, le nombre de corps, la dominante de position, les dimensions… en un mot l’équilibre de l’ensemble qui résulte de la structure mise en place.

 

P

 pour proportions de l’étiquette

En réalité cette question, pourtant essentielle, n’est jamais posée, sauf par un seul vigneron, Mark Angeli, qui a commencé l’entretien par ce point. Selon lui, il faut d’abord réfléchir en terme de nombre d’or pour asseoir l’équilibre de l’étiquette puis celui de la bouteille et ce faisant renforcer celui du vin, si celui-ci en possède cette qualité. Le rapport entre la longueur et la largeur doit s’approcher du nombre d’or (1,6).

 

C

 pour coins à arrêtes vives ou arrondies

La question est d’importance, comme le soulignent les architectes en France et surtout en Asie. Le coin arrondi offre un message d’autant plus fort qu’il est premier : il exprime la volonté du vigneron de ne pas agresser, que ce soit la terre, la vigne mais aussi les amateurs qui viennent goûter et chercher le vin. Cela n’a rien à voir avec « un vin doux ou pour les femmes. » Pourtant ils ne sont que quelques vignerons à aimer ces coins arrondis :

-  Mark Angeli pour tous ses vins,

-  Pierre Soulez de façon très légère pour sa Cuvée d’Avant pour un Savennières Roche aux Moines,

-  Les Frères Foucault d’une façon quasi-imperceptible pour tous leurs vins,

- Pascal Gitton pour un Sancerre Galinots, avec une typographie arrondie et un liseré vert pour l’accentuer,      

- Paul Gambier et Fils pour un Bourgueil du Domaine des Ouches qui mêle les trois façons de faire le coin : à angle droit, à pan coupé, pour finir par un arrondi sur le papier à l’extérieur…

 

D

 pour découpe régulière ou irrégulière

Là encore, la réponse est massivement en faveur d’une régularité forte. Très rares sont les étiquettes dont les bords présentent une petite irrégularité qui adoucit pourtant singulièrement l’impression ressentie grâce à l’effet d’un papier déchiré à la main. On trouve toutefois le procédé utilisé seulement pour la partie haute d’une étiquette verticale.

 

UC

 pour étiquette unique ou à plusieurs corps

La réponse tient en l’impression recherchée en sachant où est le point ou la ligne d’équilibre. L’étiquette placée au-dessus allège la bouteille mais en prenant le risque de la faire décoller. En dessous, on l’alourdit avec des semelles pour l’asseoir.

La multiplication des corps de l’étiquette oblige à monter la bouteille comme autant d’étages. Il faut que la bouteille haute s’y prête.

- C’est le cas de la cuvée de garde de Muscadet Sèvre et Maine sur lie du Château du Cleray Sauvion à quatre niveaux dont aucun n’écrase l’autre. Il est intéressant de voir l’utilisation de la hauteur du col de la bouteille qui est ornée d’une bague de couleur claire portant les couleurs et le nom de Sauvion.

 

S

 pour structure verticale ou horizontale

C’est la question du style de l’étiquette en fonction du type de bouteille.

- Les Frères Couillaud du Vignoble de la Ragotière ont résolu la question pour un vin de Petit Manseng produit en quantité très limitée pour leur gamme de Collection Privée. Le carré du haut tient en équilibre séparé de quelques millimètres du corps horizontal inférieur.

 

L

 pour la Lisibilité de l’étiquette frontale ou circulaire 

Elle est généralement frontale pour permettre à l’œil de voir rapidement l’information. Une étiquette plus large que la vue de la bouteille de face laisse échapper les informations contenues sur le côté. A moins que ce soit volontaire pour obliger l’oeil et la main à saisir la bouteille pour savoir ce qui s’y cache. Certains vignerons du coup jouent le diamètre de la bouteille pour en faire le tour : 

- comme  Vincent Giraud de Château Gaillard, Daniel Maccaud du Domaine des Deux Moulins ou Albane et Bertrand Minchin de la Tour Saint-Martin.

 

P

 pour le positionnement droit ou incliné

L’étiquette doit toujours être posée bien droite, sous peine d’être considérée comme un défaut. Cela peut être aussi un choix que de poser l’étiquette en biais de façon à faire tourner la bouteille,

- comme Pierre Soulez du Château de Chamboureau à Savennières, Bénédicte de Rycke à Marçon en Vallée du Loir et  Sébastien David à Saint-Nicolas de Bourgueil.

 

C

 pour le collage de l’étiquette droite ou convexe

La question est aussi délicate que la forme. La rotondité de la bouteille fait plisser le papier de l’étiquette. Une solution est de diminuer la taille de l’étiquette ou de choisir le plastique préformé.

 

Mais il y a d’autres techniques.

- La bouteille du Château de la Grille utilisée pour les Chinon offre un régal à l’œil et constitue un  casse-tête lors de l’étiquetage. Sa rotondité verticale empêche l’étiquette de papier d’adhérer parfaitement sans plisser. La solution, qui nécessite un véritable tour de main, consiste à couper l’étiquette horizontalement en son milieu de chaque côté droit et gauche sur quelques centimètres de façon à laisser se chevaucher imperceptiblement les deux morceaux quand on les colle. Il faut donc d’abord coller le haut et ensuite le bas !

 

T

 pour la taille de l’étiquette

Entre les deux, se situe la majorité des bouteilles, sachant qu’une étiquette horizontale sur une bouteille ventrue accentue la rondeur. Plus l’étiquette est haute et plus elle empêche la pose de toute pièce additionnelle comme un macaron par exemple. La tendance est au rétrécissement des étiquettes qui perdent beaucoup en hauteur et encore plus en largeur. Plus on va dans une image élitiste et plus la taille tend à diminuer avec report de ce qui ne différencie pas le vin ou le vigneron sur la contre-étiquette. Mais avec des exceptions.

- Au Château de la Fessardière, Alexis et Estelle Sauvion marquent la différence entre deux de leurs muscadets « bios » par la dimension de l’étiquette, de bonne taille pour le haut de gamme et réduite pour la seconde.

 

E

 pour l’équilibre haut/bas, droite/gauche de l’étiquette

Cette question se réfère au centre d’équilibre de l’étiquette qui doit interagir avec celui de la bouteille, avec toujours cette réponse : tout dépend de ce que veut dire le vigneron. Une bouteille est divisible globalement en trois entre le haut la partie la plus fine, le corps et le bas. Haut et bas sont à neutraliser sauf avec des accessoires de petite taille tels que des bagues ou des macarons pour le haut. Pour le bas ce n’est pas possible du fait des contraintes de l’embouteillage qui permet de caler la bouteille de façon à ce qu’elle ne bouge pas et que l’étiquette soit bien centrée. C’est essentiel quand il y a un écu sur la bouteille. A cet équilibre se surajoute celui de l’étiquette qui elle-même se découpe entre trois horizontales et trois verticales. Tous les jeux sont possibles sachant que le tiers supérieur est vu en premier ; la partie droite est perçue d’abord, puis l’œil descend, remonte sur la gauche et repart vers le centre.

- Pour un Pinot Gris, Yvonnick et Thierry Sauvêtre du Château de la Malonnière ont retenu un équilibre gauche vertical avec le cépage en horizontal bas pour leur étiquette verticale graphique.

 

Pour suivre le chemin

Le prochain billet WBW55 sera consacré à l’équilibre de l’étiquette.