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Le Blog d'Elisabeth Poulain

P.19 WBW > Les Habits des Vins de Tradition > Les Blasons des Etiquettes

, 19:04pm

Ou le lien entre la tradition et le blason sur les étiquettes de vin

Un brin de couleur, un point, un blason, une lettre, un papier peuvent signifier beaucoup, en terme d’ouverture dans un système fermé. L’emblème le plus courant est le blason ou écu qui apparaît comme un brevet de tradition. Une autre façon de faire est d’avoir une signature, comme on vient de le voir. Dans un marché désormais très concurrentiel, il faut pouvoir se distinguer les uns des autres. C’est là que commence le métissage entre les Signes. La tendance naturelle est non pas  à  dépouiller mais à empiler.  


Le blason

Le blason n’est pas l’apanage de l’aristocratie. Chacun peut se créer son propre blason, comme encore actuellement sur une étiquette. Il est vrai que dans l’imagerie populaire, le blason est une marque d’appartenance à la noblesse étroitement codifiée depuis plus de 1000 ans. L’héraldique, ou science des armoiries, est un exemple extrêmement riche de communication visuelle et non verbale, à forte portée symbolique. Au 12ème siècle, il suffisait de voir le blason pour savoir sans risque d’erreur qui était le chevalier dont on apercevait les yeux derrière son heaume. Clairement, le blason appartient au genre masculin, même si les femmes sont ‘autorisées’ à en porter depuis le 13ème siècle.

 

Les villes aussi avaient leur blason. La force contemporaine des armoiries sur les étiquettes étonne d’autant plus que rares sont les blasons qui ont une signification historique connue de leur utilisateur. Aucun ne communique sur le sens des armoiries ni sur la couronne située au-dessus, quand il y en a une. Mais beaucoup l’intègrent à la meilleure place sur l’étiquette, dans la partie supérieure en plein centre pour indiquer le point d’équilibre et le sens du rayonnement. Il est vrai que créer un blason est plus facile que d’utiliser le nom d’un château.  


La force du blason

424. David Lecomte joue de façon très expressive pour un Anjou-Villages du Château de Passavant sur Layon : l’étiquette en forme de heaume du Moyen-âge porte l’écu de Foulques Nerra qui défendit l’Anjou contre les envahisseurs venant du Sud,

 

425. Blanc Foussy, pour un Touraine Méthode Traditionnelle, Tête de cuvée, utilise un blason orné de deux paons faisant face à une couronne d’or traversée par la mention Val de Loire,

 

426. La Cuvée Vieilles Vignes, en Muscadet Sèvre et Maine sur lie, de Jean-Michel et Laurent Poiron, est ornée d’un Saint-Georges terrassant le dragon, encadré de feuilles de vigne et de grappe,

 

427. Le Menetou-Salon, Cuvée du Prince d’Arenberg, mis en bouteille par Isabelle et Pierre Clément, est orné d’un écu de grande dimension encadré par un texte du Prince.  



Le rayonnement du blason

Dans une étiquette traditionnellement fermée, le blason ou écu constitue souvent la seule note de couleur et le point focal de rayonnement du pouvoir de communication par l’étiquette.

 

428. Le Chinon, La Baronnie Madeleine, de la Maison Couly-Dutheil place trois blasons sous un ruban au nom de la cuvée, comme un tableau aux cadres multiple avec un décroché en haut du côté droit gauche qui forme l’emblème graphique de la maison, avec le panonceau Couly-Dutheil.

 

429. Catherine Dhoye-Duruet du Domaine de la Fontainerie présente son Vouvray sec avec un C en position centrale sur une étiquette basse et allongée et un écu ouvragé souligné par la mention « depuis 1712 » en tout petit, en haut à gauche.                          

 

430. On trouve aussi des blasons arrondis qui s’abritent sous l’ovale de l’étiquette adoucie par l’ivoire du papier, le trait fin en or de l’encadré et les mentions grisées pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie du Château de la Pingossière, de Guilbaud Frères.  



Le ruban d’excellence

Un procédé, peu utilisé pour ne pas avoir à utiliser le blason, consiste à placer un ruban pour couper un angle en signe d’excellence.

 



431. C’est un Muscadet Sèvre et Maine sur lie haut de gamme du Clos des Montys de Pierre et Jérémie Huchet dont le sceau, fixé à la cire sur un ruban rouge et vert, coupe le coin gauche haut de l’étiquette, sur fond ivoire jauni et mentions en lettres gothiques pour renforcer le caractère ancien.

                                                                     

432. Les Caves de La Loire utilisent ce procédé pour un Cabernet d’Anjou, Elysis, sur une étiquette récente de plus petit format. Le ruban de plus petite taille coupe le coin droit en bas, avec un sceau rond imprimé en or aux armes de la cave et les mots inscrits dans le cercle Terroir en haut et Respect, Qualité, Traçabilité en bas.  



La modernité du blason

Le blason trouve également sa place dans des étiquettes contemporaines allégées par l’absence d’encadré

433. L’Apogée du Grand Bouqueteau est un Chinon élevé en fût de chêne du Domaine du Grand Bouqueteau. L’étiquette blanche très qualitative est ornée d’un blason entouré de deux tresses de laurier, symbole d’immortalité en Grèce.

 

434. Pour un Menetou-Salon de la Busardière, Joseph van Remoortere a fait des recherches sur l’histoire de sa famille pour établir son blason qui ressort en argent, sur fond azur (bleu) avec une pointe de gueules (rouge) sur fond blanc.

 



435. La Moussière donne son nom à un Sancerre d’Alphonse Mellot qui fait figurer le blason de la famille en hommage à son ancêtre, César Mellot.
  






Le renforcement du design par le blason

Certains enfin conçoivent leurs propres représentations sur des formats quasiment carrés en papier fin un peu ocré. On a déjà en réalité quitté le Signe de Papier pour entrer dans le Signe du Trait qui appartient au cycle contemporain :    

 

436. pour un Anjou-Villages Brissac du Domaine du Prieuré, Franck Brossaud a conçu une étiquette carrée portant un blason avec la fleur de lys de l’Anjou et l’hermine de Bretagne ;

 

437 pour un Touraine Sauvignon, des Héritiers Dubois, la surface carrée est occupée par le sceau répété deux fois, une fois en haut pour éclairer toute l’étiquette et en dessous de la mention de l’appellation.

 


Le renforcement de la structure

Les déclinaisons du blason en lien avec l’ouverture de l’étiquette a aussi des conséquences sur le renforcement de la structuration interne.

 




438. Le Rosé de Loire du Domaine de Flines de Catherine Motheron porte la couronne au-dessus des initiales du domaine en partie gauche de l’étiquette.
  

 

439. Le Coteaux du Layon, Chanzeaux, du Domaine du Roy René d’Antoine Chéreau, est construit sur un emblème graphique de couleur bleue avec deux R inversés qui ressort sur l’étiquette blanche haute.

 



440. Un Chinon, Le Puy, de Jean-Maurice Raffault associe une cariatide art déco en partie gauche de l’étiquette et la signature encadrée par deux sceaux qui figurent les récompenses obtenues par le vin. 

 

                                                                           











L’emploi contemporain du blason

Des utilisations très graphiques peuvent aussi être déclinées, en annonce du Signe du Trait (en chapitre 7).


441. Pour son Sauvignon du Château de Brizay, les vignerons de la Cave de Neuville en Poitou recourent à deux B orné, l’un en bleu gris léger en fond d’étiquette et l’autre de petite taille en or, sur une étiquette de petite taille et à la découpe originale.

 

442. Le Domaine du Roncée,  pour un Chinon Clos des Marronniers, accentue la sobriété avec une étiquette de papier ocre clair avec des mentions et le blason ancien en couleur grise. Seule la mise en bouteille et les noms des associés sont en rouge sombre d’une écriture fine.

 

443. Ackerman a conçu pour un Chenin une petite étiquette carrée avec un bandeau noir supérieur, un bloc marque, qui met en lumière le nom de la maison surmontée d’une couronne au-dessus d’une partie inférieure finement rayée de gris sur fond blanc, ornée de deux demi-couronnes de couleur mauve à droite et à gauche de l’étiquette.  


Ses initiales comme blason

Un avatar du blason consiste à marquer le vin de ses initiales comme on le fait, enfant, sur tous les supports qui se présentent à soi. Le prénom plus encore que le nom est le mot préféré, celui qu’on a entendu en premier dans sa toute petite enfance. Quant au nom, c’est un devoir imposé pour un grand nombre que de le perpétuer : 

 

- G      = Gadais du Domaine de la Tourmaline, pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie,

- CP    = un Quarts de Chaume, Château de Plaisance, Rochais,

- PL    = Pierre Luneau pour Muscadet Sèvre et Maine sur lie, Domaine Pierre de la Grange,

- YP    = Yves Provost du Clos Saint-Vincent des Rongères pour un Muscadet Sèvre et Maine sur lie,

- PC    = Pierre Chauvin du domaine éponyme pour un Coteaux du Layon,

- BMF = Bernard, Michel et François Couillaud, Domaine Couillaud, pour un Chardonnay,

- JMR = Jean Maurice Raffault du domaine éponyme pour un Chinon.

 
Les personnages célèbres

Plutôt que de parler de soi, de ses ancêtres ou du domaine, une façon de donner vie à l’étiquette en la rattachant à la dimension humaine est de laisser un personnage célèbre dans un médaillon qui étend sa protection sur la bouteille.

- C’est la démarche de Charles Joguet lorsqu’il a conçu ses célèbres étiquettes du Clos de la Dioterie ou des Chênes verts, ainsi que celle de Jean Maurice Raffault pour ses Chinon rouges, Clos Isore.

444. Jacques Cœur accompagné de sa maxime « A vaillant cœur, rien d’impossible » avec deux petits cœurs entre les deux parties de la phrase représente un Menetou-Salon du Domaine de Loye de la famille Moindrot.

 

Pour suivre le chemin

Le Signe du Papier se poursuivra avec le prochain billet (n° 20) consacré aux lettres des étiquettes des Vins de Tradition. Il formera la transition avec le prochain chapitre, le numéro 5, dédié au Signe du Temps qui forme le 3ème volet du triptyque des vins de Tradition (Pierre, Papier et Temps).