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Le Blog d'Elisabeth Poulain

P.49 WBW > Les Habits des Vins d'Expression > Le choix de la bouteille

, 00:27am

Le choix de la bouteille
Il est toujours délicat, même s'il y a des pistes quasi-naturelles pour faciliter la décision:
-  l'ancrage territorial avec, en Anjou par exemple, la bouteille Anjou écussonnée à la fleur de lys (photo ci-contre),
-  le style du vin fruité (Bordelaise) ou boisé (Bourguignonne),
-  le positionnement face à la concurrence avec la bouteille droite (Bordelaise) pour les vins contemporains et la Bourguignonne pour les vins classiques.,
-  l'envie de changer pour une cuvée particulière... Mais évidemment la situation est plus riche que cette simple présentation. Il est beaucoup d'autres choix. 
   
Aux marges du bassin viticole ligérien, la situation est encore plus diversifiée. On y trouve parfois un goût prononcé d’aventure individuelle et un jeu collectif qui ne demande qu’à s’épanouir. C’est par le Poitou et la Vendée que commence ce Tour de Loire, en suivant le sens des aiguilles d’une montre.

 

Dans les vignobles éloignés de la Loire

En Poitou, Frédéric Brochet, pour Ampelidae et Château des Roches, utilise des formes hautes droites en verre sombre pour ses vins contemporains avec des étiquettes rectangulaires blanches basses qui modèlent la structure.

- La Cave du Haut-Poitou, pour un Chardonnay ou un Cabernet, La Légende, joue également la hauteur avec une bouteille bordelaise avec une étiquette haute en forme de bouclier-blason qui allonge la silhouette.

                                               

En Vendée, Jérémy Mourat  s’est fait connaître avec une bouteille italienne compacte en 2004 sélectionnée spécialement pour l’export en pays anglo-saxons. Droite et large, elle ressemble à une bouteille de bourbon, directement issu d’un imaginaire de western qui parle à tous les cinéphiles. Le lancement de la cuvée coïncide peu ou prou avec l’achat du château de Mareuil qui domine la rivière la Lay. Il utilise maintenant aussi pour d’autres vins des bouteilles hautes et droites pour des vins de Vendée et a conçu des bouteilles remarquables à la robe évasée (ph. ci-contre).


- Le Domaine de La Chaume, implanté à Vix sur une ancienne île du Golfe des Pictons, le vignoble le plus au sud du Val de Loire, associe la rigueur de la Bordelaise classique pour ses vins placés sous le sceau d’un ancien cloître sur une étiquette noire, haute de petite taille pour son Val de Noir.

 

En Vallée du Loir, une nouvelle bouteille apparaît encore timidement : c’est la flûte alsacienne, plus haute que la bouteille Val de Loire, plus fine et qui nécessite un carton spécial. Ses atouts : finesse et légèreté de ligne. Elle est remarquable au sens premier du mot. L’oeil n’est pas saturé et la différence entre une 75 cl et une 50cl est moins grande !

 

907. C’est le choix d’Eric Nicolas du Domaine de Bellivière, qui a franchi le pas qui le sépare de l’Alsace pour valoriser ses vins du Loir blancs, rouges et rosés ou ‘Aurore d’Automne’ un liquoreux vendu en vin de table.

                       

La bouteille personnalisée

Quand on travaille sur de grandes quantités, il est souvent un plaisir à s’offrir, que l’on soit vigneron ou négociant : avoir sa bouteille. L’importance des volumes qui justifient l’investissement du façonnage d’un moule à son goût est certes une explication mais elle n’est certainement pas la seule. Le repérage d’une bouteille personnalisée est extrêmement rapide dans des linéaires de grande surface.

 

908. C’est en particulier le cas avec une bouteille à dix facettes de Pierre Chainier Vinification d’Amboise, sans surface plane pour l’étiquette en forme de diamant taillé stylisé pour un Vouvray 2005.

 

La bouteille personnalisée de vigneron est aussi une jolie façon de se différencier dans un monde ou le mélange des genres est de règle, en faisant figurer des signes visuels en relief sur la bouteille :


- un hippocampe dressé verticalement pour les Savennières de Nicolas Joly par fierté de son engagement philosophique et pour éviter une réutilisation de sa bouteille,


- l’écu du château de Pocé pour Pierre Chainier, propriétaire-viticulteur, pour lier son nom qui figure en toutes lettres sous l’écu aux vins des Châteaux de Pocé et de La Roche.


- Le double écu de La Moynerie de Thierry Redde du Domaine Michel Redde pour le Pouilly sur Loire Cuvée Majorum  avec couronne au-dessus et La Moynerie écrit sur la bouteille.

 

La bouteille muselée

On pourrait dire la bouteille liée aussi car il s’agit de la bouteille à bulles qui s’inscrit à contre-courant de la liberté qui permet de s’affranchir d’un certain nombre de contraintes. Sa forme ventrue et ses caractéristiques techniques sont déterminées par la nature explosive du vin à bulles. Son bouchon doit être maintenu par le muselet puisque c’est ce sont eux ensemble qui résistent à la formidable pression contenue dans la bouteille. Malgré ces contraintes physiques, des nouveautés apparaissent sous l’influence de la recherche d’une ligne plus fluide des épaules pour avoir une base plus large vers le bas. Comme une corolle de fleur qui se déploie ou ces jupes lourdes des derviches tourneurs. Ces nouveaux styles donnent des bouteilles qui sont à la fois abouties et dont l’œil prolonge la silhouette beaucoup plus bas.

 

- Le « L Touraine Méthode Traditionnelle » du Domaine d’Artois de Mesland, un des domaines Saget, offre un bon exemple de ce style de fluidité lourde accentuée par le choix de l’habillage qui se dilue dans le verre. Le L est sérigraphié en noir mat sur la brillance noire du verre avec en dessous et très bas, une bande de papier noir de 1,6 x 7cm où figure en blanc Arnaud Laurent Touraine.

- A l’inverse, on peut aussi, comme David Lecomte avec la participation de David Lihart, peintre galliériste, créer l’évènement avec une bouteille en verre blanc classique pour un Crémant de Loire rosé ‘Un Grain’ 1999. La bouteille ne garde plus que sa contre-étiquette en plastique translucide et l’étiquette se transforme en peinture originale de David Lihart en quatre traits rose verticaux barrés par un trait horizontal agrémentés de trois points orange.

                       

Les bouteilles ‘nostalgie’

On ne les rencontre plus guère, sauf chez les collectionneurs.

 

- On a retrouvé dans les années 1950 à Ingrandes sur Loire dans les ruines du Château de la Bouvraie, une chopine de 22cl pour une hauteur de 23 cm en provenance de la Verrerie Royale située à Ingrandes (1755-1830). La bouteille, qui n’avait pas de fond, était destinée à être enfouie dans le sable. Son nom : Couille de bouc. Les Caves de la Bouvraie, qui sont implantées sur le site, continuent à produire du Crémant de Loire.

 

- A la  fin du 19ème siècle, on utilisait encore des bouteilles en grès beige doré. C’est la belle découverte faite par Dominique Archambault du Syndicat des Vins de Chinon dans la terre du jardin de son père, grand amateur de vin (voir photo ci-contre).

 

- C’est une bouteille utilisée en Loire il a plusieurs décades, que l’on découvre dans la cave de tuffeau du Domaine des Matines de Michelle Etchegaray-Mallard, la Hollandaise, chères au cœur de Jean Mallard, son père, qui aimait bien cette bouteille trapue au long col, une « ni-ni-ni », ni Bordeaux, ni Bourgogne, ni Loire.

 

- Encore récemment, on utilisait dans le Pays de Retz au sud-ouest de Nantes, la Véronique en verre transparent, repérable à sa forme de flûte et à ses trois traits discontinues en relief à la base du col pour embouteiller le Grolleau gris en valeur. Mais le marché est trop étroit et ces petites séries n’intéressent plus les verriers.

 

La limite des bouteilles personnalisées

Actuellement ce sont les verriers qui les fixent, compte tenu de la hausse des prix des matières premières et des exigences du développement durable. Un gros acheteur peut se voir du jour au lendemain averti par son fournisseur de bouteilles qu’il mettra fin au contrat. Cette pratique se développe d’autant qu’il ne reste plus de verriers français à l’exception d’un seul VOA Verrerie d’Albi.  
Pour les clients vignerons et négociants, le choix s'inscrit dans une problématique de coût forcément, du poids de la bouteille et de la prise en compte du développement durable. Une bouteille de luxe qui pèse 1,2kg de verre et qui vient d'Italie n'est plus 'correct' en terme de retombée environnementale.   

 

Pour suivre le chemin

. Pour comprendre la technicité d’une bouteille, voir le plan d’une bouteille ‘Anjou écussonnée’ sur http://www.voa.fr/automne_modules_files/catalogue/pdf/plans/76704C.pdf

. Prochain billet sur la bouteille, un volume habité, structuré.
.
Voir quelques photos de bouteilles anciennes soufflées à la min dans l'album photo 'Bouteilles et Verres' sur ce blog.  
. A venir, une présentation en photo des bouteilles.  Merci pour votre patience.