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Le Blog d'Elisabeth Poulain

P.57 WBW > Les Habits des Vins d'Expression > Le feu du verre

, 23:38pm

Le verre à boire est le compagnon favori de la bouteille. C’est avec lui qu’on trinque à l’amitié, à la douceur de vivre, de rire et d’échanger. Apparu qu’au Moyen-âge sous forme de gobelet, son utilisation s’est diffusée avec la montée en puissance du pouvoir royal mais sans atteindre quand même le verre par convive. Ce n’est qu’au 19ème siècle que se généralisent les services de verre et les carafes sur les belles tables. Sur les étiquettes pourtant, le verre est peu présent. Il n’est pas porteur du mystère qui s’attache à la création. Par contre, le langage du verre indique qu’il inconcevable de boire le vin à la bouteille. Il y a autre chose. La bouteille est à celui qui fait le vin, le verre à celui qui le goûte. Quand les deux se rencontrent, il est alors seulement possible de déguster le vin. La nouvelle campagne de communication d’InterLoire est basée sur le verre, dont on boit le vin, pour mieux voir le paysage.

 930-Jour-de-Soif--Bourgueil--Domaine-Gauthier.jpg931-Avis-de-Vin-Fort--Bourgueil--Breton.jpg

930. C’est, avec un verre de Bourgueil de Gauthier ‘Jour de Soif’ à la main, qu’il est possible de savourer le coucher du soleil dans une ambiance très japonisante propre à l’échange entre amis. Le nom de la cuvée a été trouvé lors de la première dégustation de ce vin et l’étiquette est née de la main d’une des participants.

 

931. Le capitaine tient solidement la barre, dans ‘Avis de Vin Fort’ un Bourgueil de Catherine et Pierre  Breton, face au vent de la tempête, avec un dessin de Michel Tolmer qui a écrit aussi les mentions à la main pour donner plus d’authenticité (voir aussi Nuits D’Ivresse de Michel Tolmer également chez les mêmes vignerons) .    

Parler du vin, en continuant par la vigne pour évoquer l’idée d932-Chaume-Ier-Cru--Cx-du-Layon--Do-des-2-Vall-es.jpgu retour originel peut aussi se faire d’autres façons.  

 

932. Philippe Socheleau du Domaine des Deux Vallées pour un Chaume 1er cru a voulu montrer la puissance des couleurs chaudes du vin en jouant la couleur qui déborde du verre à pied. Après, seule reste ou revient dans le verre une grappe de raisin.

 

933. François Plouzeau a donné carte blanche au peintre Bertrand Bataille pour concevoir l’étiquette d’un Touraine Sauvignon, Cendrillon : un verre à pied chaussée d’un escarpin rendu en une aquarelle très légère et aérienne, avec un nom de cuvée doublement parlant. Il fait référence au nom du conte de fées et aussi aux cendres utilisées en biodynamie pour vitaliser le sol nourricier
 

933-Cendrillon--Touraine-Sauvignon--Fr-Plouzeau.jpgBertrand Bataille, peintre, affichiste, illustrateur de livres, graphiste…Paris, Touraine

Quand il est en Touraine, il habite, à quelques kilomètres de François Plouzeau, dans un village au nom prédestiné de Faye la Vineuse qui dit bien le lien avec la vigne et le vin. L’artiste et le vigneron se connaissent et s’apprécient depuis longtemps. Ce coin de la Touraine leur est propice à tous les deux, avec une dimension secrète, un peu magique, qui ne se laisse découvrir que lentement à ceux qui sont en recherche. Le vigneron poursuit sa quête philosophique en avançant dans la biodynamie. Bertrand Bataille  s’en inspire pour créer un monde onirique proche de l’enfance qu’il côtoie lorsqu’il illustre des contes pour enfants. Toutes ses créations d’étiquettes ont une dimension spirituelle avec une touche de fantastique qui colle parfaitement avec ce que recherche François Plouzeau : montrer au-delà du vin, susciter un questionnement, interpeller par l’art et avancer dans un monde de poésie. Cendrillon est ainsi né de promenades dans les vignes au cours desquelles le vigneron lui a expliqué l’importance des dilutions de cendres de bois pour préserver et dynamiser l’équilibre de la terre. Pour L’Air du Temps, un Chenin liquoreux, l’artiste a eu l’idée d’un gnome à la façon d’Andersen cueillant du raisin grain à grain pour un vin cueilli grain à grain. Cinabre montre la force tellurique de cette terre maternelle accueillante et puissante. Pour ce vin, il a travaillé le gras de ce rouge qu’il a frotté avec des chiffons avec une technique très primitive pour dominer la matière tout en lui laissant sa liberté.  

 934-Bonnet-d--nes--VDT-de-France.jpg

934. C’est avec un dessin très puissant que le Domaine des Griottes de Saint-Lambert du Lattay rend hommage au vin contenu dans le verre. D’abord liquide, il reprend sa forme de grappe puis de feuille puis de tige et de plant avant de se retransformer en racines qui forment le pied d’un verre qui serait d’une roche dont est fait la terre. Ce visuel est utilisé pour tous les vins de table dont ‘Bonnet d’Anes’.

 

935. Et puis en continuant le chemin, il y a la perception d’une peinture dont il ne reste que le trait en relief de l’artiste, Marcel Hasquin, pour figurer l’origine du monde : un homme et une femme enlacés dans une coupe d’offrande à ciel ouvert, juste avant l’envol, en cocon protecteur d’un vin de Savennières, L’Enclos d’Eric Morgat. C’est la seule étiquette à lire avec les doigts pour en comprendre le sens et également la plus spirituelle.      

 

                                                               935-L-Enclos--Savenni-res--Eric-Morgat.jpg

Marcel Hasquin, peintre, Anjou, France, Ardennes, Belgique

Quand il ne peint pas, ce qui est sa raison d’être, il travaille la terre de son jardin d’Anjou et restaure les pierres de sa maison et de son atelier. A ses moments de ressourcement, il chine à la recherche d’objets insolites ou émouvants qui vont constituer son environnement proche. Ou il part dans ses Ardennes belges qu’il chérit tant. Il y est né à Denée-Maredsous. Le monde est son jardin et l’humanité sa raison de vivre. Ses parcours sont jalonnés de rencontres et d’amitiés. Il est plus connu aux États-Unis, au Portugal, en Italie, en Autriche, en Belgique bien sûr, à Paris qu’en Anjou. Le peintre aime aussi participer à des aventures uniques. Il a été choisi pour illustrer un livre sur le parfum ‘Calame’, une création de René Laruelle, tiré en quelques dizaines d’exemplaires en édition très sélective. Pour ses peintures qu’il réalise chez lui ou au Centre Contemporain de l’Abbaye de Mortain (Manche), c’est en lui qu’il trouve ses thèmes et ses façons de travailler. Son exposition, consacrée à ‘L’Homme, la Passion d’après Marcel Hasquin’, s’est tenue à l’Eglise de la Madeleine à Paris pendant six semaines en 2006. L’exposition suivante a eu pour cadre l’Abbaye de Mortain sous la présidence de M. Boutros Boutros Ghali, ancien Secrétaire général de l’ONU, en juin 2007 sur le thème de ‘La condition humaine’. Sur des fonds blancs lumineux comme éclairés de l’intérieur, se détache le tracé en relief d’hommes en souffrance magnifiée, dépouillés de toute vanité et petitesse. Le trait est une coulée de peinture à partir un bambou plongé dans un seau. A cette économie du moyen répond un effet spirituel intense, l’homme est tout autant le tableau que le sujet de l’oeuvre ou le trait qui ne se rompt pas et remonte de la main de l’artiste, au bras et à l’esprit de celui qui projette.

Montrer une coupe qui abrite conduit aussi directement à évoquer le tonneau qui continue à avoir ses partisans, comme Diogène qui cherchait la vérité au fond du sien. C’est ce que nous verrons dans le prochain billet sur le feu du bois.