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Le Blog d'Elisabeth Poulain

Articles avec #art

Collection Emmaüs, « L’Oréal d’Or pour Blondir », 1927

29 Mars 2017, 10:40am

Publié par Elisabeth Poulain

* Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, Cl. Elisabeth Poulain

* Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, Cl. Elisabeth Poulain

Le visuel. On y voit une jeune et très belle danseuse vêtue d’une voile arachnéen faisant une pointe en se tenant seulement sur le pouce de son pied droit, alors que sa jambe gauche est repliée à angle droit vers le haut. En symétrie avec la jambe gauche allongée, la jeune femme tend son bras droit, main déployée, vers le haut. C’est la ligne formée par la main droite, doigts ouverts, qui passe par le corps de la jeune femme et qui se prolonge par la jambe droite dressée, qui forme l’axe vertical de la composition.

La structuration de la composition (17,2cm x 23,1cm) se fait à la fois sur une double base verticale et horizontale.

. Le corps étiré de la belle forme l’axe vertical, en passant par le milieu de son visage et son corps de danseuse. La droite de l’espace est dédiée au haut du visage, à la majeure partie du corps, aux bras et à la jambe gauche. Dans la partie gauche, on peut voir sa main droite, le reste du corps…

. Trois bandes horizontales composent la structure complémentaire. En partant du haut, la première bande s’arrête aux épaules de la Belle, la seconde va jusqu’au haut du genou droit et le troisième va jusqu’au pouce y compris en bas ; le bord de la composition formant le plancher sur laquelle la belle danseuse s’étire avec tant de grâce et d’énergie.

Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, Cl. Elisabeth Poulain

Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, Cl. Elisabeth Poulain

Le titre de cette publicité est très explicatif. « L’Oréal d’Or pour Blondir » -en partie gauche pas tout en bas -, se traduit visuellement par une magnifique chevelure qui se déploie de façon étonnante, presque mais pas tout à fait à 360°. L’Oréal d’or est marqué en gros caractères majuscules vert bleuté assombri avec un filet bleuté grisé pour accentuer les parties arrondies du O et la face externe droite des lettres. Ce surlignage très léger attire l’œil mais sans faire de concurrence à la si gracieuse danseuse.

La partie de droite en bas est occupée, par deux mots écrits en lettres manuscrites or « pour Blondir » pour montrer la légèreté!

Le raffinement de la présentation. Le visuel se présente sous verre, avec un cadre doré, qui fait écho à l’encadrement doré de la composition elle-même. C’est une création de Jean-Claude datée de 1927.

Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, avec cadre, Cl. Elisabeth Poulain

Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, avec cadre, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Voir pour comparer un autre visuel de l’Oréal datant de 1927, toujours pour le même produit, mais cette fois-ci avec une photo et un slogan légèrement différent, http://www.ebay.fr/itm/PUBLICITE-1927-LOREAL-DOR-LE-MEILLEUR-RECOLORANT-POUR-BLONDIR-ADVERTISING-/361197573208

. Collection Emmaüs est le titre donné à une série de billets que je fais à partir de tableaux, visuels, reproductions, photos…achetés dans un Centre Emmaüs en France. Pour Angers, voir http://www.emmaus49.com/fr/emmaus-angers/bienvenue-p43.html où vous trouverez les dates après-midi ouvrables ainsi que celle des ventes thématiques et http://www.emmaus49.com/fr/emmaus-angers/lieux-de-vente/salle-de-vente-saint-jean-de-lineres-p14.html

. N’oubliez pas non plus que vous pouvez apporter vos objets à donner cette fois-ci à la Déchetterie voisine, gérée par l’agglomération d’Angers, tenue par les Compagnons d’Emmaüs http://www.stjeandelinieres.fr/decheterie-recyclerie

. Clichés Elisabeth Poulain, l'* signifie que le visuel est tronqué...pour cause d'exigences du système de présentation des clichés.

Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, avec cadre, Cl. Elisabeth Poulain

Visuel L'Oréal d'Or pour Blondir, Jean-Claude 1927, avec cadre, Cl. Elisabeth Poulain

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Moi, Le GRAND chef Indien IPO aux 1000 couleurs, Un pastel à l’huile

1 Novembre 2016, 11:18am

Publié par Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth PoulainGrand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth PoulainGrand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

C’est toujours difficile de parler de soi, pour les autres, je veux dire. Quand on est un GRAND chef indien comme moi, il n’en va pas de même, puisque je passe mon temps en palabres de toutes sortes, des plus grandes, celles qui engagent tous les membres de la tribu à celles qui ne méritent même pas à ce qu’on en en parle, mais on le fait quand même, pour ramener le calme dans la tribu. Dans la mienne, dont je tais volontairement le nom, il faut savoir que « tout peut être parole », si un seul membre mâle le demande d’une façon formelle ou à mots couverts, pour se protéger lui ou d’autres.

Pour les femmes, c’est plus délicat puisqu’elles parlent tout le temps, ce qui n’est pas tout à fait vrai. Mais comme c'est ce que disent mes compagnons du plus petit au plus grand, du plus âgé au plus jeune, j’adopte le jugement commun. Je sais bien que les femmes, certaines femmes, et certainement la mienne, ont une intelligence à elles qui vaut bien la nôtre. Mais sage comme je suis, je n’en dis rien, sous peine de ne pas être à nouveau désigné à l’unanimité des hommes, pour rester leur chef et battre ainsi la durée de longévité du dernier grand chef, qui à mon avis ne mérite pas de majuscules, même s’il n’était pas si médiocre que ça, puisqu’il était grand chef.

Voilà pour moi. Arrive l’AUTRE, l'inconnu, l'étranger qui  ne mérite pas le nom de chef, en aucune façon, même si, je dois le reconnaître, il a été étonnant. Le seul mot qui convient est qu’il a été plus que  bizarre, inclassable. Un homme comme lui, je n'en jamais rencontré. Il a été plus qu'un homme. Tous se souviennent de lui, les enfants y compris. Il faut que je vous explique en essayant de commencer par le commencement.  Cela ne va pas être facile, car « tout est dans tout et réciproquement ». Je vais plutôt raconter l’histoire au plus près de ce que je sais, moi.

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

C’est un homme jeune, au nom d’homme, mais pas un nom comme chez nous, un nom qui a trois composantes, qui n’offre pas de sens pour nous qui sommes de culture indienne. Il s’appelle « Jean-Philippe Durand » et quand on lui a demandé de quelle tribu, il venait, il n’a rien compris et nous a dit « de France ». Une tribu inconnue, d’où venait-elle ? Quels étaient leurs ancêtres ? On a posé toutes les questions, qui chez nous, permettent de savoir qui sont nos voisins indiens, même lointains. Rien, rien, on  a rien trouvé. On avait pourtant même demandé à l’ancêtre le plus vieux de tous les Vieux, qui a parfois des brides de mémoire qui lui reviennent. Ca nous surprend toujours car il paraît singulièrement gaga, mais pas toujours, à se demander s’il ne joue pas de son grand âge, pour se moquer de nous, un peu. Avec ce Jean-Philippe Durand, il était aussi perdu que nous, d’autant plus qu’il était seul, sans personne pour traduire ce qu’on lui disait et comprendre ce qu’il nous disait. 

Donc va pour Jean-Philippe Durand. Ce qu’on a encore moins compris, c’est qu’il est arrivé quasiment sans vraiment de  vêtements, comme les autres Blancs, qui trainent des kilos dans ces boîtes bizarres qu’ils appellent leurs valises. Par contre, JPD avait bien des tas de petites boîtes remplies de crayons de couleurs, de papiers, de pinceaux, en somme des objets magiques qu’il ne voulait pas qu’on touche. On ne  se connaissait  pas et lui n’a rien touché non plus. Une bonne base de respect mutuel pour voir ce qui allait se passer. Pour expliquer et sa venue, sans avoir été invité et pour cause, on ne savait rien de lui  et ce qu’il transportait avec lui, il nous a dit qu’il était un artiste-peintre. Dire est une drôle de façon de parler, puisqu’on n’arrivait pas à se comprendre. Alors il a fait ce qu’on fait chez nous, comme nous et ça, ça nous a plus étonné que tout le reste jusque là…Il a commencé à dessiner sur le sable…

 « Depuis mon enfance, je me suis promis qu’un jour, je viendrai vous voir pour faire des portraits de vous ». Voilà ce qu’il nous a dit, idée après idée, sans mot qu’on puisse comprendre, sans aucune explication, voilà tout. Et comme on ne comprenait rien, ni sa langue, ni ses gestes, nous on a renoncé, mais pas lui. Et pourtant il ne nous comprenait pas plus que nous. Mais ses dessins, oui nous les avons vus, vraiment et bien compris. Il a commencé, non pas par nous, ce qui aurait été une erreur, mais par ce qui l’entourait. Et devinez par quoi, il nous a fait comprendre  qui il était, ce qu’il faisait et pourquoi il était là.

Il a commencé par le feu sur lequel cuisait un appétissant morceau d’un bison que je venais juste de tirer  à la chasse, moi le Grand Chef. J’étais fier, qu’il ne se soit pas trompé, les autres hommes, tous chasseurs comme moi aussi ; les femmes aussi étaient ravies, car il nous a montré par une mimique combien l’odeur était appétissante et les enfants ont éclaté de rire, car ils avaient aussi faim que lui, qui se frottait le ventre, pour montrer qu’il avait une grande envie de manger, tout comme les petits qui font exactement comme lui.   

Grand Chef Indien IPO, détail oeil, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, détail oeil, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Puis sans rien dire, sans regard vers nous, il est rentré dans son monde intérieur. Il a alors tracé un grand rectangle sur le sable avec un bâton dont je connais maintenant le nom, c’est un pinceau, avec des poils à un bout. Pourtant c’est l’autre côté qu’il a pris pour faire ses traits. Il nous regardé, s’est tourné pour voir le camp avec les tentes et a commencé à dessiner ce qu’il voyait, quelques tentes, le feu qui mijotait, un homme qui rapportait du bois, un autre qui revenait de la chasse…Ca, c’était pour se mettre dans l’ambiance, pour se faire la main, comme un chasseur qui ajuste son tir. Tout le monde voulait voir, on était sidéré, parce que c’était bien nous qu’il dessinait vraiment, nous, sans réellement nous voir, avec son regard qui nous transperçait…Il était au-delà dans son monde à lui, comme nous qui parlons sans mot avec le bison, que nous apprêtons à tirer. Parfois, il effaçait doucement avec un vieux chiffon - auquel il tenait, ça se voyait, ce n’était pas n’importe quel chiffon - et il recommençait, jusqu’au moment où il a décidé que le dessin était fini …Et le dernier tracé était le bon, nous l’avons tous vu, comme lui, qui l’avait su avant nous.

Le silence s’est fait dans le camp, tout le monde s’était approché. Il a choisi son thème, les tentes, le feu, le rôti de bison qui sentait si bon, c’était juste pour trouver la note juste, comme un chasseur, qui ajuste sa flèche sans l’envoyer. Ensuite c’est moi qu’il a choisi de dessiner, moi et moi seul, après avoir tout effacer de son grand rectangle, pour n’en garder qu’un petit avec un fond de sable plus fin qu’ à d’autres endroits. Une des femmes, une jeune, la plus belle et la plus fine de toute notre tribu, lui a alors apporté un balai, un balai si fin qu’il ne laisse pas de trace par terre, quand on sait le manier. Lui a su avec finesse pour en faire une surface magique, sur laquelle il a posé du  bois fin débité en planche fine et par-dessus un papier, comme on en n’avait jamais vu.  

Et il a commencé à dessiner, à gratter, à repasser sur les traits, sur certains…On  voyait, sans vraiment comprendre. On avait l’impression que sa main courrait, volait, qu’il tenait plusieurs  de ses petits bâtons et à un moment…On a tous compris ce qu’il faisait. Il était en train de peindre mon visage déjà peint, avec mes yeux noirs, cerclés de jaune, mon nez rouge tout comme ma bouche, du blanc pour lier le tout, avec du bleu fort en dessous et plus doux au-dessus. Mes oreilles qui débordent et mon grand collier de GRAND CHEF de toutes les couleurs. Il a même réussi à faire la différence entre mon œil qui voit –celui avec de cils- et l’autre qui voit uniquement quand cela lui plait. Un capricieux, celui-là.

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

C’était bizarre, c’était à la fois moi et pas moi, puisque c’était lui qui me faisait moi. Etrange, comment un étranger, pouvait-il réussir à faire cela ? Sans aucune animosité, sans me voler mon âme, sans que les autres crient « au voleur », tous admiratifs, sans même que les femmes se mettent à caqueter. Même les petits enfants étaient silencieux tant ils étaient admiratifs. C’était la stupeur et tout à coup, nous avons tous éclaté de joie, de plaisir, de bonheur, dans un enthousiasme que nous n’avions jamais connu, quand son attitude entière nous a fait comprendre qu’il avait fini ce portrait. Il s’est simplement reculé, s’est tourné vers moi, a souri, avec un très léger clignement d’œil du même œil  que le mien qui voit  et s’est légèrement incliné vers la tribu en arrière, en respectant notre hiérarchie, le chef d’abord, les anciens, les hommes plus jeunes, les jeunes hommes, les femmes, avec le même ordre, que pour les hommes, les enfants, tous les enfants, quelque soient leur âge et leur genre, ce qui les a fait éclater de rire, un rire de bonheur, si profond que jamais je ne l’oublierai…

Et lui, il a souri, tout doucement, tout simplement. Il nous a bien montré que ce n’était pas fini, la partie haute en particulier, mais il ne tenait pas trop y toucher. Pour trancher cette délicate question, il nous a fait comprendre qu’il fallait laisser un petit enfant, fille ou garçon  décider. Il s’est alors tourné vers les enfants qui s’étaient tenus incroyablement sages, assis au premier rang derrière lui, il les a bien regardé  et est allé chercher la plus jeune des petites, sans lui parler, mais en la tenant par la main. Et il lui demandé dans sa langue à lui, s’il devait ajouter quelque chose  en haut. Le regard de l’enfant a alors dit « non, c’est bien comme ça, il ne faut plus rien faire d’autre ».

Alors il a ri, il a dit dans sa langue « je suis d’accord avec toi ». Il l’a prise dans ses bras et l’a fait tourner dans les airs comme un oiseau…Un instant magique, tout le monde a ri et il m’a remis mon portrait, sous les applaudissements de tous et de toutes. Et lui m’a salué ainsi que la petite fille et tous les enfants, qui avaient été si sages, pour  ne pas le déranger… Nous, on croyait que c’était fini, pas lui. Il a alors décidé de faire un dessin fait sur le sable avec des pierres qu’il choisissait avec soin. Il a alors recréé le premier portrait, avec des pierres de couleur différentes. Les enfants l’ont aidé. Ils avaient tout de suite su ce qu’ils devaient faire.

Puis dans un coin, pendant qu’eux terminaient ce gros travail, avec l’aide des mères, il s’est retiré en lui-même, cette fois-ci, près d’une tente, à l’abri du vent, il a sorti un carton sur lequel il a posé ce précieux papier fort, ses petites baguettes de couleurs et a recommencé le dessin de mémoire, celui que vous voyez devant vous. Cette fois-ci  aussi, on a tous su que celui-là serait le sien, l’autre le premier était pour la tribu représenté par moi, le grand chef IPO.  Le sien sur papier, il l’emporterait avec lui, pour nous avoir toujours avec lui, en signe de profonde amitié partagée. Son dessin fini, il allait partir. Ce qu’il a fait, le portrait à terre en pierre est resté intact. Tout le monde l’a respecté et une légende est née… On dit depuis que même le vent ne le recouvre pas de sable. L’endroit maintenant est devenu magique.  Et quand au premier dessin, il est le trésor de notre tribu.     

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Grand Chef Indien IPO, pastel à l'huile de Jean-Philippe Durand, Cl. Elisabeth Poulain

Et c’est ainsi que nous avons découvert ce que pouvaient faire certains hommes blancs, ceux qui ont l’œil qui voient plus loin que le bison, qui ont la sensibilité de la libellule, la magie du don de l’oiseau rieur,  la douceur de l’enfance…et le respect de l’autre, dans la création ensemble de quelque chose de nouveau....

Pour aller plus loin

. Ce pastel est une création d’un grand peintre, du nom Jean-Philippe Durand, qui s’exprimait en couleurs, à Rablay -sur-Layon, Vallée de la Loire, France.

. Photos Elisabeth Poulain   

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La ville en mouvement peinte par France Poulain, en cinq peintures

16 Septembre 2016, 09:44am

Publié par Elisabeth Poulain

*La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°1-5 cartons, extrait, Cl. Elisabeth Poulain

*La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°1-5 cartons, extrait, Cl. Elisabeth Poulain

La ville en mouvement peinte par France Poulain en cinq visuels.  C'est le titre auquel je n'ai pensé qu'après coup. Ensuite, deux précisions à vous apporter vous connaissant, vous qui aimez à la fois la précision et la clarté. En réalité, il y a plus de réalisations dans la série.  Toutes ont un lien entre elles. Elles forment une déclinaison qui tourne autour de sa vision de la ville en changement, dans un mouvement perpétuel, dont on ne sait ce qui change, soi et/ou la ville devant soi, ou et l’inverse qui est aussi vrai, en y ajoutant de regard de celui ou celle qui les voit. Il s’y ajoute le travail de l’artiste qui à chaque étape dit autre chose autrement. En particulier parce qu’elle intègre en l’occurrence un facteur fondamental qui est le temps rapide de la création.  Et ce temps est aussi du regard, à un moment, un certain temps après, comme c’est le cas ici…Comme une valse à trois temps qui se tresse tout le temps en nous et autour de nous, parce que nous changeons tout le temps. 

Chaque visuel apporte un nouveau regard, avec à chaque fois quelque chose de nouveau, sans rien ajouter, surtout pas, au contraire, en épurant. Et ainsi dire autrement quelque chose en plus. C’est l’application du « moins pour dire plus et… autrement ». A toute question, il y a toujours trois réponses, oui, non, autre !  Et c’est là où le jeu de la création est intéressant. Le joker en plus apporte un élément supplémentaire visible qui est le temps, celui de la ville, celui de celle qui peint ces œuvres, celui de celle qui regarde... Je ne vous en parlerai qu’à la fin. Peut-être, peut-être pas, à voir, c’est le temps d’écrire le texte qui le dira. Encore une précision, l’ordre de présentation est le mien, puisque les cartons peints ne portent aucune indication d’aucune sorte. C’est là aussi où l’ordre choisi par celle ou celui qui écrit change le regard.   

La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°1-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°1-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

. Le carton n°1-41 x 27 cm-6 P. C’est lui lance la série, dont on ne sait pas en le voyant qu’il va être le Ier de la lignée. Il doit donc être suffisamment puissant pour lancer la dynamique, attirer et retenir le regard. Il représente une façade vue d’un immeuble en hauteur. La raison en est qu’on voit les fenêtres de face, un peu de la toiture vers la droite en haut, l’antenne de la télévision en partie gauche, trois vasistas dans la toiture ou le mur et en dessous, une fenêtre haute, peut-être pour éclairer l’escalier au-dessus de la porte vitrée, dont on voit que la partie haute, avec son imposte. Il éclate de couleurs pastel. Et c’est cette harmonie douce et contrastée à la fois qui rend la composition si attirante.

La technique utilisée consiste d’abord à enduire le support rigide d’une peinture blanche épaisse et résistante à l’eau. 2. Ensuite, après avoir bien réfléchi aux lignes à tracer et fait un modèle à sec à côté, il s’agit de prendre un ustensile souple pour reproduire d’un trait ferme et sans hésitation le schéma de départ. 3. Vient le moment de râper finement les différentes couleurs aux surfaces d’emplacement choisis. 3bis. Il faut alors après repasser le bâton adapté de pastels sur les lignes creusées de façon à étaler la poudre de craie sur les creux des lignes. 4. Et enfin, laisser sécher…

La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°2-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°2-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

Le carton n°2 - 33 x 22 cm - 4 P. C’est une déclinaison du premier carton, dans un format plus petit comme en témoigne le code normalisé 4 P. Cette fois-ci, France a recouru à une autre façon de faire ressortir les lignes et pas les surfaces. La technique qu’elle a utilisée consiste à peindre le fond avec le jeu des couleurs du visuel n°1 disposées grosso modo au même endroit. Elle a ensuite recouvert le tout de peinture blanche et, très vite, a creusé les lignes majeures de la première réalisation, en tenant compte de la réduction du format. On perçoit à certains endroits la sous-couche, le rose en bas à gauche et le vert turquoise vers le haut à droite. L’impression ressentie est une grande maîtrise de la part de la créatrice et d’acceptation de celle, celui qui regarde…

La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°3-5 cartons, Cl. Elisabeth PoulainLa ville en mouvement peinte par France Poulain, n°3-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain
La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°3-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

La ville en mouvement peinte par France Poulain, n°3-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

Le carton n°3 - 41 x 27 cm – 6 P. Il y a un grand changement, en forme de zoom sur certaines lignes de couleur rose, verte, orange et jaune tendres. De la ville, il ne reste plus que du rose évanescent à certains endroits du mur, dans le coin inférieur droit, un carré aux coins arrondis multicolore en bas de la composition, décalé vers la droite à cause du grand empiètement double cette fois qui mange une grande partie de ce carton qui a été revêtu de cellophane pour protéger les deux pailles de couleur qui délimitent un grand rectangle non bordé sur la côté extérieur. Il déborde sur la moitié de la largeur et celle de la hauteur. C’est la seule fois, de toute la série, que je n’ai pas trouvé tout de suite quelle était la bonne position de ce carton. Je viens seulement d’avoir la réponse. Il fallait aussi cette fois-ci se fier au sens du tableau indiqué à l’arrière par l’étiquette 6P. Le petit carré d’une fenêtre est en bas. Depuis le début, je le vois en haut et je continue à le voir ainsi. Vous le verrez donc dans les deux positions, en ajoutant aussi le même carton mais cette fois-ci en position horizontale.   

La ville en mouvement peinte par France Poulain,n°4-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

La ville en mouvement peinte par France Poulain,n°4-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

La plaque rigide de contreplaqué en n°4 - 41 x 27cm. Le support a changé, même si les dimensions de la coupe sont identiques à un 6P. La texture est différente, le rendu aussi. On voit que le travail au couteau de plâtrier n’a pas cherché surtout à avoir un support parfaitement lisse, sans raccord visible. Au contraire, on devine que les traces du coup de main sont nécessaires dans cette vision d’évanescence de la ville. On y perçoit des résurgences en coulées vertes de couleur turquoise, jaunie au centre et violette à droite. L’autre apport, nouveau, est le jeu avec la colle, qui dissout la paille de plastique, avec un rendu d’eau qui coule…Il y a aussi un presque carré de 6,5cm de largeur sur 7,5 cm de hauteur de couleurs roses et vertes dissoutes tout en bas vers la droite. Etrange, vous avez dit étrange… ! Mais attendez le dernier numéro de la série.

La ville en mouvement peinte par France Poulain,n°5-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

La ville en mouvement peinte par France Poulain,n°5-5 cartons, Cl. Elisabeth Poulain

Le carton n°5 – 46 cm x 33 - 8 P – Le tournis vous saisit. Cette fois-ci tout est devenu blanc à l’exception d’une carte plastique dur et épais servant de témoin de protection tombé par terre dans un chantier électrique à Essen dans la Ruhr lors d’un voyage d’étude en Allemagne. Tout est devenu blanc à l’exception de cet élément de plastique jaune épais et dur percé d’un trou où figure le n° 4. Les traits de couteau de vitrier avec lequel le fond a été enduit ont été faits en position horizontale. On retrouve en haut les barres des antennes cette fois-ci complètement à gauche en haut, avec des éléments nouveaux difficile à décrypter, du fait que le sens d’accrochage du tableau se fait à partir du témoin jaune. C’est ce que nous indique le système d’accrochage à l’arrière. Il reste des lignes en relief, des morceaux de composition. Peut-être est-ce aussi est-ce une vision de la ville vue d’en bas, celle des réseaux électriques par exemple… ?

Quoi qu’il en soit, la série, même raccourcie telle que je vous la présente, intrigue et questionne, en prolongeant la question « que reste-t-il dans nos mémoires de notre vision personnelle de la ville qui change tous les jours ? » L’intéressant est que les visions se superposent, les unes aux autres, parfois en se heurtant, parfois en se superposant les unes aux autres, en ayant chacune, chacun sa vision de la ville et de de ses paysages, au fil du temps…celui de la ville, jamais tout à fait la même, jamais tout à fait une autre…Avec en plus, la vision propre de la photo qui fait par exemple ressortir du violet sous le blanc de ce grand carton. J'ai laissé cela ainsi... Il n'y a pas que le temps, ni le regard de celle qui écrit,  pour changer les choses.   

                                                                       *

Pour suivre le chemin

. Ces cartons peints ont été réalisés par France Poulain, au cours de ses études à l’Ecole d’Architecture de Nantes, à retrouver maintenant sur son blog http://www.francepoulain.com/  

. Gamme des couleurs pastel sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Aide:Couleurs  

. Coffrets de craies de « pastels à l’huile, 12 couleur extra-fines, Dalbe, made in Korea », ainsi que .des « Holbein Oil Pastels » dans une boîte qui a perdu son couvercle… 

. Essen sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Essen  .

. La réponse à la question que j'ai posée au début est qu’à mon sens il n’est pas nécessaire d’ajouter d’autres planches. C'est le temps de l'écriture qui me le dit...

. Clichés Elisabeth Poulain, le signe * avant l'énoncé indique qu'il s'agit d'un extrait.

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Egon Schiele, Peintre, L’arbre, la ville, la maison, le fleuve, 1912-15

22 Août 2016, 18:02pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

*Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

Quelques mots sur le titre. D’abord il faudrait lui adjoindre trois petits points à la fin pour indiquer que ce billet va surtout porter sur ces thèmes, sans surtout occulter pour autant la personnalité et un éclairage sur le parcours de vie de ce très grand peintre autrichien. D’Egon Schiele, on connait surtout ce que j’appelle ses «corps en souffrance», son audace picturale qui le fit haïr d’une bonne partie de l’intelligentsia européenne et sa vie de souffrance si dramatiquement courte. Son décès du fait de la grippe espagnole à l’âge de 28 ans, le 31 octobre 1918, suivit de quelques semaines celui de sa jeune femme qui attendait leur premier enfant.

Ces évènements dramatiques sublimés en créations d’art, visibles sur ses peintures, ne firent que renforcer une vision négative portée sur ce grand artiste, ou du moins une volonté certaine d’occultation, que n’a pas connue par exemple Klimt, un grand peintre qu’admirait Egon Schiele. Comme si ce dernier avait lui-même attiré en lui la malédiction qu’attise la souffrance érigée en art, avant même la guerre de 1914-1918. La population civile avait en effet profondément souffert de la disette qui s’est transformée en famine, ce dont témoigne par exemple l’auto-portrait que le peintre réalisa vers la fin de sa courte vie.

Parler d’art même dans des périodes difficiles est une chose, parler de la souffrance de tout un peuple  affamé en est une autre. Parler de sexe et d’audace dans la représentation des corps est plus que possible. Ce qui  fait scandale attire tout autant, encore plus.

Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

Egon Schiele-L'arbre d'automne dans le vent-1912-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien

C’est aussi pourquoi je voudrais montrer une autre dimension des œuvres peintes d’Egon Schiele en me limitant à ces trois années, 1912, 1913, 1915 et rien sur 1914, l’année de la déclaration de la guerre, au moins dans ce qui peut être facilement accessible. En parallèle avec ses auto-portraits dès 1905 à la suite de la mort de son père, Egon Schiele travailla aussi des éléments de ce qu’il voyait en association intime avec la couleur traitée de la façon la plus fluide et fine qui soit. Peut-être étaient-ce des exercices pour voir s’il pouvait arriver à rendre une émotion, une expression, des essais de couleur pour témoigner d’un instant très court où ce que voit le le peintre ou de ce qu'il ressent …

Dans les années précédant la Grande Guerre, peuvent en témoigner sur une période très courte de 1912 à 1915 un arbre seul, un paysage de ville et une façade au bord de l’eau du fleuve, dont on peut supposer qu’il s’agit du Danube. Le peintre est en effet né à Krems an der Donau dans le nord du pays.

                                                                         *

. L’arbre d’automne dans le vent (1912). Il est absolument seul dans un paysage mouillé dont il fait intégralement partie au point quasiment de disparaître, de perdre toute identité. Plus encore, son titre figuratif agit en contradiction de ce que voit l’œil. Si le Ier semble clair, le rendu de la peinture à l’huile rend compte d’une absorption de la figure de l’arbre dans une mouillure jaunâtre, très dérangeante. L’impression est tellement étonnante qu’on se surprend à lire le titre présenté en anglais « Autumn Tree in stirred Air. (WinterTree)».

Pour plus de facilité de lecture, voici la traduction de stirred air, c’est de l’air contaminé. Une autre piste d’éclaircissement pourrait venir du type de peinture. Il s’agit d’une huile sur toile et crayon gras. C’est très curieux, on dirait une aquarelle où l’eau serait remplacée par de l’huile, avec des lignes soulignées au fusain. C’est franchement dérangeant et si intriguant qu’on se surprend à plonger dedans. Peut être certains trouveront-ils des éclaircissements dans le site du Musée Léopold de Vienne, qui détient une très belle collection des œuvres de l’artiste.

Egon Schiele-Stein sur le Danube-1913-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

Egon Schiele-Stein sur le Danube-1913-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

. « Stein sur le Danube II » (1913). Cette fois-ci le peintre a choisi toujours en travaillant l’huile de rendre l’atmosphère qui règne dans sa ville natale de Stein – la pierre en allemand - sur le Danube. Aujourd’hui cette ville a pris le nom de « Krems an der Donau ». On y voit une composition très maîtrisée, où la ville occupe le premier plan, contrairement à beaucoup de peintures où les habitations sont vues de l’autre rive. Imaginez qu’un drone ait pu saisir le cœur d’une ville, il aurait fait moins bien que cette projection mentale traduite en une huile fine. Là aussi la palette des couleurs joue sur la gamme des jaunes-ocres, des beiges dotés d’une pointe de jaune, des gris légers un tantinet jaunis… L’eau du fleuve charrie des trainées de gris pour donner le mouvement et le clocher de l’église, qui coupe la toile en deux, oblige l’œil à chercher la rive de l’autre côté. 

                                                                                *

. « Façade sur la rivière » (1915) est une composition que vous ne pourrez pas oublier pas une fois que l’aurez vue. Il y a à la fois, une structure élaborée de plusieurs façades imbriquées les unes dans les autres. Nous sommes alors franchement au bord de l’eau, qui coule par devant, en prolongeant les façades par les reflets de l’eau, des couleurs majoritaires dont la gamme s’élargit du jaune, au brun au noir, sans l’aspect dérangeant dont j’ai parlé dans l’Arbre d’automne. C'est le coeur chaud et clair des gens qui habitent là. Comme une source profonde de chaleur humaine, qui témoigne en signe d'espoir avec ce linge de couleurs vives qui sèche sur un fond blanc crème absolument pas uniforme. C'est l'espoir qui permet de tenir en cette seconde année de la guerre...

Egon Schiele-Façade sur le Danube-1915-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

Egon Schiele-Façade sur le Danube-1915-wikipedia-Yelkroyade-2012-Leopold-Museum-Wien-

Pour suivre le chemin.

. Egon Schiele sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Egon_Schiele

. Le Musée de Vienne http://www.leopoldmuseum.org/en/exhibitions/48/egon-schiele

. Photos de œuvres peintes citées dans wikipedia, Egon Schiele

. Pour “L’arbre d’automne dans le vent 1912”, voir dans wikipedia dans l’entrée Egon Schiele » “Automn Tree in Stirred Air (Winter Tree)

. Egon Schiele, 1912. Oil and soft pencil on canvas. Leopold Museum, Wien. Inv.Nr 449Automn Tree in Stirred Air (Winter Tree). Egon Schiele, 1912. Oil and soft pencil on canvas. Leopold Museum, Wien. Inv.Nr 449 ».

. Krems an der Donau, qui a réuni en une ville unique, trois villes, Krems dont il a été question, plus Stein cité également et Und - « et » en traduction de l’allemand en français- à voir dans wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Krems_an_der_Donau  , où l’auteur du texte paru dans wikipedia cite un peintre du Baroque tardif autrichien, Martin Johann Schmidt, en montrant seulement l’huile d’Egon Schiele sur Stein, sans aucun autre commentaire concernant le peintre. Krems est jumelée en France avec Beaune.

. La situation alimentaire de la population de l’Autriche-Hongrie à la fin de la guerre de 1914-1918 à voir brièvement citée dans le dossier de wikipedia sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Autriche-Hongrie_dans_la_Premi%C3%A8re_Guerre_mondiale

. Photos Yelkrokoyade 2012, via wikipedia entrée "Egon Schiele"

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Collection Emmaüs > La Dame en noir aux cheveux rouges dans la ville

16 Août 2016, 16:40pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain*Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain

*Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain

C’est un drôle de tableau, attirant et dérangeant à la fois. Un de ceux qu’on achète chez Emmaüs, sans se poser de question, parce qu’il a quelque chose qu’on ne saurait définir et un des rares également qu’on range aussitôt quelque part en l’oubliant. Et puis un jour, on le retrouve, tel en lui-même, aussi bizarre qu’il était. C’est alors vous qui vous demandez ce qu’a voulu exprimer le peintre.

Commençons donc pour une fois par la signature. Le tableau est orné en bas à droite d’un D.S. 1998. Pour la date, ça va. DS sont vraisemblablement les initiales de l’artiste. Peut-être aussi un jeu de lettres portant sur « Déesse ». Nul ne le saura, hors celle ou celui  qui a réalisé cette œuvre.  L’intéressant porte plutôt sur la position de la signature. Elle est placée en oblique tout en bas à droite, dans le sens de la fuite hors du tableau, en sortant du cadre, parce qu’on lit de droite à gauche.

Imaginons que les deux lettres et l’année - DS 1998 - aient figuré dans l’autre sens. En suivant cette ligne, l’œil serait arrivé au point focal du tableau, à un centre qui n’y est pas placé, mais d’où partent des lignes, avec une première séparation entre le bas et le haut. En bas, on distingue en arrière-plan un quadrilatère irrégulier, que j’appelle  la prairie, dont les deux lignes visibles ne sont ni horizontale ni verticale.

C’est là que se tient en un fort premier plan la dame entièrement revêtue d’une  robe noir, qui laisse seulement voir ses mains qu’elle cache dans ses poches. Le découpé du haut montre un cou très mince et haut qui porte une tête sans visage et aux cheveux franchement rouges, comme un casque vermillon, qui ressort sur un halo d’or par derrière. Sa peau, celle du visage et celles des mains, tire également sur le rouge cette fois-ci beaucoup plus clair.

Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain

Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain

C’est son corps noir qui me dérange en réalité. Chez elle, tout est bizarre : la taille étranglée, les épaules désajustées, la longueur des bras et ce drôle de corps qui file vers le bas, avec des hanches très basses, l’une arrondie, celle qu’on voit vers la droite et l’autre qui n’a rien de symétrique. Que veut-elle exprimer? On l’ignore.

De son épaule gauche, en contre champ vers l’arrière, surgissent trois formes humaines. Le premier petit homme assez proche est comme tassé sur lui-même, les bras collés à lui, en couleur verte brouillée de rouge. Deux autres se distinguent dans ce qui est le cœur du tableau, à la hauteur de la tête de la Dame en noir. Ils sont flous, avec une seule jambe pour celui de droite.

C’est ce drôle de couple en grisé-vert bordé de rouge qui délimite les trois séquences du tableau, avec dans le sens des aiguilles d’une montre la prairie verte en bas, la ville en haut et le champ jaune verdi vers le haut sur la droite. C’est là que se tiennent deux hommes aux chapeaux noirs. Le premier se tient droit, le corps semble-t-il tourné vers la Dame en noir, avec son bras droit si maigre, l’autre collé au corps. Le second, sans bras clairement visible, donne l’impression de vouloir partir sur ses deux jambes vers la droite. La scène ne le concerne pas.

La ville orange-rouge domine la scène. Sa composition est franchement complexe, entre des façades coupées, des imbrications de bâtiments les uns dans les autres de façon à ne pas avoir devant soi un mur qui se présente de face. Les toits plus ou moins pentus sont d’un rouge ocre plus foncé.

On arrive alors à ces deux panneaux verticaux de couleur turquoise, qui donnent beaucoup d’élan dynamique à la composition. La couleur en elle-même tonifie le reste et heureusement neutralise en grande partie, le vert mousse jauni d’en bas.

Il reste deux éléments étranges, des sortes d’agrafes- à vous citer pour lier le haut et le bas et faire tenir le tout ensemble. Il s’agit d’abord de de cet arc-en-ciel tronqué et limité à deux couleurs, un trait arrondi rouge doublé d’un trait vert, un autre vert que le turquoise, au-dessus de la tête de la Dame. Et d’un long trait jaune fort sur la gauche, qui se noie dans le vert…

Bizarre, vous avez dit bizarre, oui, c’est franchement bizarre. Et pour finir, c'est la ville que je préfère.

*Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain*Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain

*Peinture-La dame en noir aux cheveux rouges dans la ville-Coll. Emmaüs. Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Une œuvre achetée dans un Centre Emmaüs, quelque part en France, il y a quelques années.

. Pour la France, voir http://emmaus-france.org/  

. Hors de France, trouver la liste des 350 associations dans 37 pays http://www.emmaus-international.org/fr/?gclid=CIv0_8ygxs4CFVXnGwodDDUHAA  

. L’essentiel à connaître sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Emma%C3%BCs_France  

. Clichés Elisabeth Poulain, avec * quand il s'agit d'un extrait.  

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Cigognes - Albrecht Dürer -1503 –versus – Vins d’Alsace -2003

1 Juillet 2016, 16:43pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Cigogne-Albrecht-Dürer-Cl. Elisabeth Poulain

*Cigogne-Albrecht-Dürer-Cl. Elisabeth Poulain

Le titre en commençant par la date. Aujourd’hui, il s’agit de vous parler de cigognes, pas tout à fait les mêmes, nées à des moments de l’histoire franchement différents. La première date d’environ 1500 à 1505. J’avoue que pour la beauté du titre, j’ai arrondi à 1503. Mais je ne peux absolument pas le jurer. La seconde date par contre est attestée par sa parution dans un magazine en date du 4 au 10 septembre 2003, ce qui veut dire qu’elle est un peu antérieure, comme l’œuvre d’Albrecht.

La cigogne-Albrecht Dürer-1503-Cl. Elisabeth Poulain

La cigogne-Albrecht Dürer-1503-Cl. Elisabeth Poulain

Dans les deux cas, il s’agit de cigognes. C’est au moins, ce qu’il est indiqué au plus près du dessin du premier et qu’on devine facilement pour la photo d’origine alsacienne. A tout seigneur, tout honneur. Le billet va naturellement commencer par celui d’Albrecht Dürer, bien que cet homme soit impossible à définir, tout autant chercheur, scientifique, peintre, graveur, dessinateur. Il appartient à cette catégorie d’artistes qui transmutent tout ce qu’ils font en art, on pourrait dire en or…même les cigognes.

La cigogne d’Albrecht Dürer. Elle est saisie vue de son profil droit, pattes écartées, avec un regard curieux. Je viens de prendre une loupe. On dirait que l’animal regarde sur le côté, en essayant de voir celui qui la regarde, alors que sa tête est bien de profil. L’animal - ou le dessin - est un peu bizarre, tant son bec est fort, sa tête présente un curieux renflement vers l’arrière du cou ; le détail des plumes ressort avec force et les pattes, surtout celle de droite semble avoir une articulation gonflée du genou. Une hypothèse pourrait être qu’il s’agit d’un cigogneau, mais sans aucune certitude bien sûr.

Publicité-Vins d'Alsace-Les Grands Blancs-La Cigogne-2003-Cl. Elisabeth Poulain

Publicité-Vins d'Alsace-Les Grands Blancs-La Cigogne-2003-Cl. Elisabeth Poulain

La cigogne des Vins d’Alsace. Prenez une pleine page d’un supplément « Vins du Nouvel Observateur » de 28 cm de hauteur sur 20,6cm de largeur, à la meilleure place pour une publicité, en page impaire, à la 19, juste en face d’un article sur le « Riesling : l’Or du Rhin ». Et vous voyez sur 23,7 cm de hauteur une cigogne rare. Je vais vous expliquer pourquoi. Elle est de dos, en train de discuter « sec » avec un canard et un coq. Je vous dirai après de quoi. Pour l’instant parlons de la cigogne qui est vue de dos, ce qui me semble rarissime, après avoir compulsé quelques dizaines et dizaines de clichés uniquement dédiés à ce grand volatile. On la voit dressée de toute sa hauteur. Sa tête au parfait arrondi possède un bec qui semble raccourci et pas assez épais, un cou très étiré, sans une plume qui dépasse, pour être bien nette sur elle. On dirait qu’elle a endossé sa belle tenue officielle avec sa veste qui se termine en « queue de pie » noire, avec juste ce qu’il faut de dissymétrie pour avoir l’air naturelle. Ses pattes, qui apparaissent trop longues à se tenir aussi droite, sont d’une propreté étonnante en pleine nature.

Il me semble que cette cigogne blanche du genre ciconia ciconia a dû être stylisée, allongée pour renforcer l’impact du visuel en accrochant le regard. La raison en est que le trio, Canard-Coq-Cigogne, discute ferme. Disons-le clairement, le canard et le coq ne sont pas d’accord. Le canard : « Ce Grand Blanc, il est fait pour moi » ! Le coq de répondre : « Non, pour moi ». Et La cigogne calme les deux : « Du calme, je suis assez généreux pour deux ». Le commentaire suit : "Un Riesling fruité et délicat… Un Tokay Pinot Gris…Un Gewurztraminer…Entre les volailles et les Grands Blancs, c’est toujours l’harmonie". Et c'est signé de l'adresse du site.

Ciconia_ciconia2_juvenile_Vogelpark_Avifaunia_The_Netherlands_Snowmanradio_wikipedia

Ciconia_ciconia2_juvenile_Vogelpark_Avifaunia_The_Netherlands_Snowmanradio_wikipedia

Pour finir ce court billet dédié à un très beau volatile, qui se fait rare en Alsace, mais pas seulement, remarquons que les deux représentations, chacune dans son style, sont assez éloignées des photos que l’on peut voir…

 

Pour suivre le chemin

. Découvrir le Musée d’Ixelles, où se trouve la cigogne de Dürer, commune membre de Bruxelles-Capital, sur http://www.museedixelles.irisnet.be/presse  

. Ainsi qu’Ixelles sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Ixelles  

. Sur ce blog, lire aussi un autre billet de qualité (humour !) sur le rhinocéros dessiné par Dürer (1515) - http://www.elisabethpoulain.com/article-le-bestiaire-du-vin-le-rhinoceros-et-durer-46084414.html  

. Prenez le temps de lire la biographie de ce grand artiste européen 1471-1528, né à Nüremberg (Allemagne), sans limite mentale de chercheur, dans l’Ouest-Européen sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Albrecht_D%C3%BCrer

. Voir le remarquable dossier sur Albrecht Dürer réalisé pour les enseignants de l’Académie d’Amiens par http://crdp.ac-amiens.fr/picar/data/chateau_chantilly_doc/durer/dossier_enseignants.PDF .

Publicité pour les « Vins d’Alsace, Les Grands Blancs », page 19, le nouvel Observateur, Vins, Notre sélection, 4 septembre 2003

. Vins d’Alsace, http://www.vinsalsace.com/fr/gouts-et-couleurs/cepages/?gclid=CjwKEAjwqdi7BRCL6Zmjk5-rsTwSJABmrVabeu7ehqiIIRwi22Xf5G-Ug3lrQYoxJqPjwK6bg6v5gBoCPV_w_wcB

. Lire l’article de qualité Cicogne dans wikipedia, mis en images par un chercheur « Snowmanradio » https://fr.wikipedia.org/wiki/Cigogne_blanche .

Et l’article sur la cigogne, avec de très beaux clichés sur http://www.dinosoria.com/cigogne_blanche.htm et celui de vikidia pour les 8-13 ans https://fr.vikidia.org/wiki/Cigogne_blanche

. Photos Elisabeth Poulain,  Ciconia cigonia juvenile du Vogelpark, Avifaunia, The Netherlands par Snowmanradio wikipedia

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Léon Cogniet « Les Drapeaux » 1830, La naissance du drapeau français

14 Juin 2016, 16:45pm

Publié par Elisabeth Poulain

* Léon Cogniet, Les Drapeaux,1830, Musée des Beaux-Arts d'Orléans, wikipedia

* Léon Cogniet, Les Drapeaux,1830, Musée des Beaux-Arts d'Orléans, wikipedia

Le titre d’abord, en vous donnant tout de suite les clés de compréhension des trois éléments composant le titre.

. Léon Cogniet est un peintre, un bon peintre, qui est aussi un grand peintre, même s’il n’est pas catalogué comme tel. Peut-être lui a-t-il manqué un peu de folie ? A-t-il été,  pour ses collègues peintres en particulier, trop enfermé dans les codes de son époque, qui a traversé une grande partie de l’histoire mouvementée et à tempo très rapide de la France ? On va y revenir.

. « Les Drapeaux » est le nom très simple qu’il  a donné à cette œuvre, connue aussi sous une appellation « Scènes de Juillet 1830 », deux titres qui réduisent l'incroyable force de ce qu'il a fait. Ni l’un, ni l’autre titre ne vous indiquent pourtant qu’il s’agit d’un moment fort dans l’histoire de la France  et d’une œuvre d'avant-garde véritablement bouleversante, ni … Patience, la voici . Devant vous se déroule en direct sous l'effet du vent du changement la naissance d'un nouveau régime, avec le bleu délicat du ciel quand il fait beau, le blanc de la pureté et le rouge du sang de ceux qui sont morts pour la France...Et nous sommes en 1830 ! Imaginez un peu l'audace tant mentale que picturale de cette oeuvre...   

 Léon Cogniet, Les Drapeaux,1830, Musée des Beaux-Arts d'Orléans, wikipedia

Léon Cogniet, Les Drapeaux,1830, Musée des Beaux-Arts d'Orléans, wikipedia

1830 est l’élément important, surtout pendant ces Trois Jours d’insurrection qu’on appela « Les Trois Glorieuses » et qui constituent en fait et en droit une véritable révolution, l’acte 2 de la Révolution de 1789, toujours beaucoup plus connue en tant Sœur aînée. En trois jours, en réalité en quelques cinq jours – tout dépend de la façon dont on compte – le peuple de Paris s’est soulevé contre les décisions du roi Charles X de restreindre par quatre ordonnances en particulier la liberté de la presse, le droit de vote, tout en dissolvant la Chambre des Députés…

La résistance populaire s’est alors transformée en émeute qui a tourné en révolution à la vitesse d’un incendie de brousse éclatant l’été dans une terre brulante sous l’effet d’un éclair. Le roi Charles X dut abdiquer ; il fut remplacé par Louis-Philippe d’Orléans. Début des opérations le 25 juillet 1830, le 30 juillet 1830, le royaume de France avait un nouveau roi. La tension dans un Paris devenu un chaudron, la rapidité des réactions, l’énormité de ce qui venait de se passer eurent aussi des conséquences dans le domaine de l’art plus traditionnel.

Certains Grands Peintres surent se saisir de ce sujet, tant eux-mêmes comprirent l’importance de ce qui venait de se passer. C’est ce que fit Léon Cogniet d'une façon très sensible, c’est aussi ce que réalisa dans une toile beaucoup plus lourde et plus complexe Eugène Delacroix, dont vous verrez l’œuvre après celle de Léon, si non la seconde pourrait écraser la Ière, ce qui serait vraiment injuste, tant la première est belle, forte et émouvante !

 

 

Eugène Delacroix, la Liberté guidant le peuple, 1830, Musée du Louvre, wikipedia

Eugène Delacroix, la Liberté guidant le peuple, 1830, Musée du Louvre, wikipedia

La vision d’Eugène Delacroix. Le peintre créa une toile très aboutie, très complexe, dotée d’un titre incroyable, avec une connotation franchement  révolutionnaire, « La Liberté guidant le Peuple » réalisée en 1830. Avec en plus en symbole de la Liberté, ce qui m’avait fortement choquée quand j’étais au lycée, une femme dégageant une force étonnante, le sein dénudé pour avancer, en brandissant le drapeau de la Liberté, pieds nus sur les barricades, avec des corps de jeunes hommes morts, devant elle. Une vision qui secoue...

                                                                          *

Pour suivre le chemin

. Léon Cogniet, sa vie, son parcours sur https ://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9on_Cogniet  

. Le Musée d’Orléans, à qui la sœur de Léon Cogniet a légué toutes les oeuvres de son frère,à la demande de ce dernier, sur http ://musees.regioncentre.fr/les-musees/musee-des-beaux-arts-d-orleans

. L’histoire des Trois Glorieuses, que je recommande vraiment, tant la synthèse est remarquablement bien faite, dans http ://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/journ%C3%A9es_de_juillet_1830/126253

                                                                            *

. Eugène Delacroix, sa vie, « La Liberté guidant le Peuple », sa peinture faite en 1830, à retrouver sur https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Eug%C3%A8ne_Delacroix_-_La_libert%C3%A9_guidant_le_peuple.jpg  

 * Elle indique que le cliché a du être centré pour cause de format du système. Vous retrouvez le cliché entier plus bas.   

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L’Eau d’Issey > Issey Miyake > Le flacon de parfum à la forme parfaite

12 Juin 2016, 15:58pm

Publié par Elisabeth Poulain

Flacon d'eau de toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain

Flacon d'eau de toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain

Il faut savoir parfois, souvent attendre avant de faire certains billets, avant d’utiliser des associations de mots tels que « forme parfaite », en faisant bien attention à ne pas parler de packaging au moins dans le titre, tant il serait réducteur aux oreilles de son créateur. Pour Issey Miyake, il s’agit plutôt de parler d’une forme épurée, parfaitement adaptée au précieux liquide qu’il entend mettre dedans. Et ce n’est ni un parfum, ni une eau de toilette, même si ce terme est utilisé, les deux sont trop communs, trop galvaudés  pour une création originale, si personnelle, qu’elle ne peut que porter son propre nom, L’Eau d’Issey, une création originale d’Issey Miyake, dans un flacon forcément tout aussi personnel. Et quant à moi, je parlerai de parfum, parce que L'eau d'Issey s'inscrit totalement dans l'univers du parfum.

 

Flacon d'Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain  Flacon d'Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain

Flacon d'Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain

On connait les parfums de grand couturier, au moins de nom. On sait l’importance fondamentale du flacon qui incarne le parfum, au moins autant que le nom qu’il porte ou le numéro dans certains cas, tout autant que le parfum lui-même. Il y a le parfum, ses arômes, son flacon, son géniteur-parfumeur, son porte-drapeau, celui qui va être son ambassadeur, qu’il va incarner, dans un univers qui est celui du luxe, qui est un monde en soi. Sans jamais oublier pourtant qu’au bout de la chaine, il y a une personne, qui va porter ce parfum, parce qu’elle en a envie. Le parfum est un monde global en soi, dans le monde global du luxe, où vous retrouvez tous les grands couturiers par exemple, comme une boîte qui enserre une autre boîte qui à son tour enserre… et cela pour le parfum en lien avec le stylisme, la Haute Couture, pour une cible choisie au niveau mondial dans le monde du luxe.

Imaginez maintenant que vous soyez Japonais, né au Japon, et que vous savez que ce qui vous motive profondément se trouve à Paris. Ce n’est ni la France, ni l’Europe, ni la ville elle-même, ni même un quartier. Ce sont quelques immeubles, avec quelques personnes qui incarnent la création, celle que vous visez. C’est là que se trouve votre coeur de ville-monde, LA ville-monde à l’époque, en 1964 quand vous décidez d’aller voir pour comprendre et avancer en ouvrant votre propre route. Il n’est alors qu’une seule façon qui est de commencer à travailler pour d’autres. S’immerger en travaillant dans un monde dont il va falloir non seulement acquérir les codes pour comprendre, apprendre, mais aussi pour faire autrement,  créer du nouveau pour pouvoir apporter votre propre part ajoutée de valeur +, de valeur originale autre, pour être pleinement vous. Cette certitude, celle-là, vous l’avez profondément, à votre tour, quand le moment sera venu, vous pourrez alors tracer votre propre route, en créant votre monde, le Monde selon Issey Miyake…

Issey Myake, fashion, wikia.comIssey Myake, fashion, wikia.comIssey Myake, fashion, wikia.com

Issey Myake, fashion, wikia.com

Quelques repères, après être sorti diplômé des Beaux-Arts de l’Université Tama-Japon . 1964 marque l’installation à Paris, où Issey Miyake commence par travailler pour Guy Laroche, puis pour Hubert de Givenchy. Neuf ans plus tard en 1973, Il organise son Ier défilé de mode en Europe. Il devient alors styliste, en créant des tenues conçues comme on le fait d’une construction aussi élaborée qu’un immeuble contemporain, avec des formes, des couleurs, des superpositions qui s’enroule autour d’une tige mince, la femme, pour tenir le tout. En témoigne aussi quelques années plus tard en 2010-2011, sa très belle réussite de la bouteille de verre d’Eau d’Evian, ornée d’une marguerite aux pétales roses, avec une tige verte et un cœur orange, chaque pétale, cœur compris, est une bouteille d’Evian.

De l’eau d’Evian, à l’Eau d’Issey, il n’y a qu’un pas, qui surtout s’est fait dans l’autre sens. D’abord le parfum, l’eau à boire ensuite. Parlons plutôt parfum, l’eau c’est déjà faitsur ce blog, sous forme d’une étude de cas, dont vous trouverez les références en fin de billet. La conception du flacon a nécessité un énorme travail de conception, de réalisation et d’adéquation du flacon au parfum lui-même sur le fondement de ce que voulait le "Maître IM". Les spécialistes parfumeurs ont travaillé sur la mystérieuse alliance entre l’odeur de la brume d’une chute d’eau, nimbée d’arômes de fleurs blanches proches et de la senteur du bois au printemps pour arriver au résultat désiré et demandé. Ce qui fut fait par Issey Miyake qui put annoncer le lancement en 1991.

Le succès fut immédiat, tant le flacon déjà en lui-même est une franche réussite, tant la forme elle-même est aboutie, tant elle est en adéquation avec le contenu. Il fallait pour arriver à ce résultat, savoir allier des senteurs très particulières pour obtenir un résultat troublant et qui ne ressemble à nul autre. Je ne résiste pas à vous donner les quatre composantes de trois notes pour vous donner une idée de la complexité : « Note de Tête : Cyclamen, Freesia, Lotus, Melon, Note de Coeur : Oeillet, Lys, Muguet, Pivoine, Note de Fond : Bois de Cèdre, Santal, Muscs Blancs, Ambre », selon Osmoz.

Flacon d'Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain

Flacon d'Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Cl. Elisabeth Poulain

A tant de d'originalité olfactive, il fallait un flacon complètement innovant. Il ne s’agissait pas de faire à la mode de … mais de trouver « la » forme épurée qui s’imposait quasiment d’elle-même, sans aucun ajout d’aucune sorte, fusse une étiquette. Il n’y en a pas. Les bouteilles que je tiens en main ne portent pour toutes indications que deux mentions tout en bas près de l’assise « E A U D E T O I L E T T E » et en caractères plus forts « I S SE Y M I Y A K E ». Les mentions réglementaires sur la contenance du flacon, le « Made in France, Paris » … par exemple figurent en dessous.

En résumant, voici

. 1 forme conique qui va en se rétrécissant vers le haut, avec une boule qui figure le monde.

. 2 matières, le verre satiné d’abord, qui donne un aspect de froid et poursuit la continuité de la couleur sans opposition entre le parfum et le contenant et ensuite le bouchon couleur et aspect métal qui allonge le flacon d’autant, avec la touche de sophistication indispensable et tout autant novatrice, qui est la petite boule situé en haut du bouchon. C’est la seule rupture de ligne dans le haut métallisé du flacon, qui s’ajoute à la rupture entre la partie métallisée et la partie verre, la mention du nom du parfum et du nom de son géniteur ne coupant pas le regard, qui glisse sur les mentions,

. 3 un contenu, ce parfum complexe, qu’il est difficile à réduire avec des mots et qui existe d’une façon qui lui est propre, sans qu’il soit vraiment définissable par un nez « ordinaire », c’est-à-dire sans connaissances olfactives particulières. Ce qui est mon cas, d’autant plus que je n’en ai pas vraiment gardé de souvenir olfactif. Il croit me souvenir que je trouvais ces senteurs non-définissables, bizarres et à ce titre tout à fait acceptables pour moi. Dire que j’aimais ce parfum, c’était impossible à dire. Cela l’est toujours, après avoir testé le premier flacon dont le peu de parfum restant a viré au jaune en s’oxydant au fil de ces quelques décades. Quant au second flacon, il a lui gardé sa teinte très légère d’un vert-jaune que l’on distingue à peine lorsqu’on porte le flacon, devant la lumière de la fenêtre un jour de grisaille. Il a aussi préservé ses arômes extrêmement forts, sur la peau, au nez… et bizarres. Preuve en est que j’ai gardé ces bouteilles, pas seulement pour le flacon. C'est le test du temps, pas sur le parfum, sur soi!

Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Le Monde, Pub pleine page, 29 mai 2010

Eau de Toilette, Eau d'Issey, Issey Miyake, Le Monde, Pub pleine page, 29 mai 2010

L’évolution du flacon. En pleine page du Monde en date du 29 mars 2010, j’ai retrouvé ce visuel dans mes archives. C’est une publicité que j’avais gardée pour une raison qui actuellement ne m’intéresse que peu, alors qu’à l’époque, ce n’est pas le changement dans le flacon qui avait retenu mon attention, c’était la présence visuelle de deux des éléments constitutifs, qui justifiait la modification de flacon et presque la perception visuelle du parfum. En clair, en 1991 Issey Miyake avait misé sur le flacon et le nom du parfum, avec le parfum bien sûr.

Quasiment 20 ans plus tard, le créateur a du éprouver le besoin de modifier le contenant, et pas sur des points mineurs. Le style est resté identique avec des lignes fortes fuyant vers le haut, une harmonie de couleurs très proches, un jeu visuel de matières. Et pourtant, l’équilibre du flacon est vraiment différent. Cela tient à la fois au bas, au bouchon du haut et au lien entre la partie en verre en bas qui est devenue plus lourde avec en plus un arrondi et la partie du haut qui a été raccourcie. En haut la boule apparait plus grosse et la partie de contact entre le verre et la capuche plus large. Et l’œil est plus attiré vers la signature du maître.

En matière de recherche visuelle surtout dans un domaine où le nez domine, l’œil aussi joue fortement sa partition, comme en publicité, ce qui est le cas ici aussi. La présence des fleurs blanches n’est certainement pas neutre non plus. Elle s’analyse comme une recherche d’un nouvel équilibre, pour parler plus directement le langage de la séduction et de la pureté, à la cible que constituent forcément les femmes, en jouant un jeu à trois.

On a vu que dans la bouteille, il fallait distinguer le bas, le haut et le milieu, sans jamais oublier l'ensemble. C’est toujours vrai dans cette pleine page mais seulement dans la moitié droite, l’autre moitié est occupée par trois éléments naturels cette fois-ci: le rouleau d’écorce du bois assure l’assise, la fleur blanche de lotus en bouton, le galbe du corps et la fleur de lys l’ouverture qui renvoie l’œil vers le haut du parfum, comme le haut-parleur dans la publicité pour la voix de son maître. Ce qui est en matière de composition d’un parfum pourrait s’analyser comme l’assise conférée par le bois, l’enveloppe comme un cocon par la fleur de lotus et l’émission comme la projection de la senteur. Une vraie construction olfactive d’architecte.

Eau d'Eté relaxante, Issey Myake, Cl. Elisabeth Poulain

Eau d'Eté relaxante, Issey Myake, Cl. Elisabeth Poulain

Pour finir ce billet, qui est beaucoup plus long que ce que je croyais, voici une pépite toujours d’Issey Miyake, sans que je puisse vous donner une date précise et/ou certaine. Il semblerait que ce soit vers l’an 2000. Il s’agit cette fois-ci de l’Eau d’Eté relaxante Issey Miyake. Mon achat avait été directement motivé par le flacon s’exprimant cette fois-ci en couleurs rafraichissantes d’été. Citons un jaune-vert pour le bas, une transition turquoise pour le corps et un bleu-violet pour la partie haute. Le bouchon plastique dur porte un violet qui laisse voir le haut du flacon. Et c'est ainsi que s'arrête ce billet, sur la vie, le changement, la couleur, la ligne...et vive la créativité et l'audace...Il en faut du courage pour changer d'univers de référence, de culture, tout en sachant créer du nouveau en restant soi...

 

Flacons d'Eau, Issey Myake, Cl. Elisabeth Poulain

Flacons d'Eau, Issey Myake, Cl. Elisabeth Poulain

Pour suivre le chemin

. Le site officiel sur http://www.isseymiyake.com/  

. Voir le site dédié aux parfums sur http://www.isseymiyakeparfums.com/fr  sur lequel vous pourrez voir le flacon créé pour Issey Miyake

. Découvrir comment est présentée cette création qui se décline en parfum, eau de parfum et eau de toilette en 2016 sur le site d’Issey Miyake http://www.isseymiyakeparfums.com/fr/fragrance/l-eau-d-issey  un site sur lequel vous entrez littéralement dans le bruit et la vue de l’eau en mouvement, sans malheureusement déclenché une bouffée d’Eau d’Issey, ce que j’ai fait en allant chercher mes trois flacons, qui m’ont offertes une véritable re-découverte !

. L’analyse du parfum sur http://olfatheque.com/fiche-parfum-2424-L'Eau-d'Issey.html  où vous apprenez que le créateur de ce qui a été pour lui son premier « vrai » parfum est Jacques Cavallier en 1991, maintenant passé chez Vuitton et http://www.osmoz.fr/parfums/issey-miyake/1862/l-eau-d-issey-pour-femme  qui insiste plus sur la composition hyper-sophistiquée des senteurs, pour arriver au résultat recherché par Issey Miyake.

                                                                   *

. Quelques informations sur l’homme, sa dimension de styliste sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Issey_Miyake  

. L’université Tama à Kanto, Japon, https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_des_beaux-arts_Tama  

. Admirer la photo d’une des robes du couturier sur http://fashion.wikia.com/wiki/Issey_Miyake

                                                                    *

. Lire sur ce blog une étude de cas sur la forme et la couleur de l’eau d’Evian, en date du 15.07.2011 sur « La forme et la couleur de l’eau », avec en particulier une des plus belles bouteilles d’eau d’Evian, celle réalisée par Issey Miyake, http://www.elisabethpoulain.com/article-mini-cas-marketing-bouteille-evian-la-forme-et-la-couleur-de-l-eau-79490577.html  

. Photos Elisabeth Poulain, le Monde du 29.05.2010 et l’Eau d’Eté à retrouver avec des couleurs plus fortes (2000) sur http://www.parfumdepub.com/fr/publicite-L-Eau-d-Issey-_-Eau-d--E-te--relaxante-1511.html  

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Théophile Steinlen > La petite fille > Le lait & les 3 chats > 2 Pubs

26 Mai 2016, 19:05pm

Publié par Elisabeth Poulain

* Théophile Alexandre  Steinlen, Lait pur, stérilisé de la Vingeane, la petite fille aux chats, 1894-95, Cl. wikipedia * Théophile Alexandre  Steinlen, Lait pur, stérilisé de la Vingeane, la petite fille aux chats, 1894-95, Cl. wikipedia * Théophile Alexandre  Steinlen, Lait pur, stérilisé de la Vingeane, la petite fille aux chats, 1894-95, Cl. wikipedia

* Théophile Alexandre Steinlen, Lait pur, stérilisé de la Vingeane, la petite fille aux chats, 1894-95, Cl. wikipedia

Un titre où il est question d’une petite fille, qui boit du lait dans un bol devant ses trois chats qui la regardent avec envie. Et déjà, il faut compléter ce titre en ajoutant ce qu’il devrait vous dire en plus. C’est une affiche publicitaire réalisée en 1894 par Théodore Steinlen pour la marque, désignée par son slogan « Lait pur de la Vingeanne stérilisé ». L’artiste qui a créé ce visuel que je viens de citer, Théodore Steinlen, a signé de son nom seul écrit majuscules en orange en bas à gauche. Il a choisi de donner le meilleur endroit, à la signature des Quillot Frères, avec en dessous la ville, Montigny sur Vingeanne et Côte d’Or, le département encore en dessous.

L’affiche est tellement réussie que cette création d’art par Théophile Steinlen perdure dans le temps, avec la force de l’évidence, quelques 122 ans après sa date de réalisation. Il ne s’agit plus de savoir s’il s’agit d’une publicité pour un lait d’une marque qui a disparu depuis longtemps. Une question à laquelle on continue à réfléchir encore maintenant en école de journalisme. Le Monde, le grand quotidien français s’en faisait encore l’écho, dans une chronique signée d’un grand nom, il y a un peu plus d’une année environ ! De quoi s’étonner quand même.
 

Théophile Alexandre  Steinlen, Lait pur stérilisé de la Vingeane, la petite fille aux chats, 1894-95, Cl. wikipedia

Théophile Alexandre Steinlen, Lait pur stérilisé de la Vingeane, la petite fille aux chats, 1894-95, Cl. wikipedia

. La disposition dans l’espace. Vous tracez une diagonale, qui part du haut en partie gauche, du fait que nous lisons de gauche à droite, et vous tracez mentalement une diagonale qui se termine en partie droite, en bas à la fin de Quillot Frères, puis la fin de Vingeanne et l’or de Côte d’Or. De ce côté droit, vous trouvez la majeure partie de la petite fille à la robe rouge, avec dans le bas de l’angle droit la tête penchée des cheveux d’or de l’adorable petite fille, dont on voit son oreille gauche et ses lèvres rouges du plaisir de boire ce délicieux lait. Son curieux fauteuil d’angle droit en bois brun et lanière d’écorce claire dorée structure cette composition. Regardez bien, la partie gauche du fauteuil d’angle – vue par la petite fille- est en bois jaune blond, la partie droite en bois très foncé. Retenez cette bizarrerie qui n’en est pas une. C’est à cela aussi qu’on voit le métier de Théodore Alexandre Steinlen. TAS. Comme on ne dit pas. La petite fille s’inscrit dans une forme courbe en douceur, qui commence à sa tête penchée, son dos arrondi, sa large robe qui se déploie en corole d’un rouge coquelicot éclatant. Des manches longues cachent ses bras, tout comme ses pieds qui ne se voient pas. Un nœud rouge en haut de son dos accentue la courbe et ferme la robe.

. En partie gauche de la diagonale, il y a très peu d’éléments, pour animer l’affiche et pourtant sans eux, le dessin resterait plat, sans vraie vie. J’ai nommé les trois chats, tous les trois différents, tous les trois importants et chacun jouant pourtant sa partition, avec leur petite tête, leurs hautes pattes et leur long corps. Voici Moucheté-le-Sage, MLS, gueule fermée au premier plan, avec sa gorge blanche tout comme ses pattes de devant. Le haut de sa tête et celui de son corps offre un camaïeu de noir, gris, ocre fauve et quelques touches de blanc. Le-Centre-Noir, dit aussi LCN, est placé entre les deux pour accentuer sa présence entre les deux autres félins. C’est par lui que se profile une petite demi-diagonale qui se termine en noir derrière le dos de la fillette. Sa mâchoire est entr’ouverte. Et enfin Tout pour moi, TPM, dressé sur ses pattes arrière, exige ce qu’il estime être son dû, sa gueule grande ouverte. Tout en lui parle « et moi, et moi… »

. La petite fille est sage, très sage. Elle regarde le lait qu’elle doit boire pour grandir, comme le lui affirmé sa gouvernante, qui s’occupe d’elle et qui ce jour-là, lui a permis de mettre sa belle robe rouge, pour le récompenser d’avoir été sage. Sa maman a la même, en ce somptueux rouge, avec un grand décolleté devant. C’est elle qui a eu l’idée d’en faire faire une pour la fillette…Une bizarrerie audacieuse pour l’époque très puritaine. Du coup la petite fille ne peut la porter qu’à la maison et seuls ses chats peuvent l’admirer…ce qu’ils ne manquent pas de faire. Parfois même, pendant sa gouvernante somnole à côté d’elle, la petite fille le donne aux chats en commençant toujours par MLS, puis par LCN et termine enfin par TPM. Eux adorent ce lait, quant à elle… ? On l’ignore.

Théophile Alexandre Steinlen, Nestlé's Swiss Milk, Richest in Cream, La petite fille aux chats, vers 1895, Cl. Nestlé

Théophile Alexandre Steinlen, Nestlé's Swiss Milk, Richest in Cream, La petite fille aux chats, vers 1895, Cl. Nestlé

"Pubs' est écrit au pluriel. Il y a bien sûr une raison. En cherchant de l’information sur cette affiche du « Lait pur de la Vingeanne Stérilisé…Quillot frères, Montigny sur Vingeanne Tête d’Or », j’ai découvert qu’elle est datée de 1894 . Elle a été tirée à 10 000 exemplaires, ce qui était déjà beaucoup pour l’époque. Elle est l’œuvre de l’Imprimerie Charles Verneau, 114 Rue Oberkampf, Paris. La signature de l’artiste STEINLEN est imprimée en orange en bas à gauche en lettres d’imprimerie. Il en existe une autre, datée sans certitude, en 1895, par Nestlé. L’affiche est identique, avec toutefois une grande différence. C’est maintenant en lettres droites, « NESTLE’S SWISS MILK » qui occupe la partie haute de l’affiche. « RICHEST IN CREAM » en italiques occupe la partie basse à droite. Steinlen a signé cette fois-ci toujours en lettres manuscrites en bas en noir et cette fois-ci horizontalement.

                                                                              *   

Pour suivre le chemin

. Théophile Alexandre Steinlen, un artiste inclassable, qui « a réalisé l’affiche… lors d’un séjour à Montigny sur Vingeanne en 1894» sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ophile_Alexandre_Steinlen . Nous apprenons que l’affiche « représente une enfant en robe rouge buvant goulûment un bol de lait et observée par trois chats de bonne taille et de trois styles : tigré, noir et une chatte isabelle. Cette publicité a été faite pour la société Quillot Frères à Montigny-sur-Vingeanne (Côte-d'Or). La fillette n'est autre que la propre fille de l'artiste, Colette » . Voir l’affiche sur https://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=Th%C3%A9ophile-Alexandre_Steinlen&uselang=fr  

. Allez découvrir la vallée de la Vingeanne sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Montigny-Mornay-Villeneuve-sur-Vingeanne  

. La seconde affiche « Nestlé « Swiss Milk… Richest in Cream » n’indique pas d’imprimeur. La bordure est différente, si non l’œuvre est identique, avec bien sûr des différences chromatiques accentuées par rapport à la première affiche. On voit mieux le crayonné qui forme le fond qui enveloppe toute la partie gauche en faisant plus ressortir le pourtour des chats et le bas de la robe. Ce cliché est issu d’un ouvrage très intéressant « Cent ans de chocolat à la fabrique de Broc, Tradition Cailler et modernité Nestlé », réalisée en auto-édition par Nestlé, Suisse SA, avec une préface de Michel Bon jour, Directeur Général, Nestlé Suisse SA ; d’après l’ouvrage scientifique de Sylvie Fassel paru sous le titre précité et … « disponible auprès du CRESUF, Université de Fribourg, Miséricorde, 1700 Fribourg, Suisse. »

. Je tiens à remercier l’entreprise Nestlé qui m’avait aimablement adressé ce livre ainsi que le remarquable ouvrage « Nestlé, Cent vingt-cinq ans de 1866 à 1991, Jean Heer, Nestlé Editions. » . Photos wikipedia pour la Ière affiche et Elisabeth Poulain pour la seconde en page 30 du premier ouvrage cité sur l’usine de Broc.  L'étoile en début d'intitulé de la Ière photo indique qu'il s'agit de la partie centrale du cliché, que vous revoyez ensuite en entier.

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Antoine Berjon > Peintre du télescopage entre fleurs & requin > 1819

18 Avril 2016, 17:39pm

Publié par Elisabeth Poulain

*Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

*Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

C’est une peinture d’une nature morte que j’ai le plaisir de vous présenter, en lien avec ce questionnement forcément à réponses multiples « pourquoi avons-nous tant besoin des fleurs en représentations si diverses? ». Et de la différence, voire de la réelle étrangeté, il y en a, comme vous allez le voir, dans cet appariement entre les fleurs de plusieurs sortes et une tête de requin, et cela au début du XIXe siècle.

Le peintre Antoine Berjon est un Lyonnais qui vécut (1754 à 1843) une période de profondes mutations de la société. Parler aussi d’emblée de Lyon n’est pas un hasard non plus. Cette ville était une véritable capitale en matière artistique, tout particulièrement dans l’art textile. A. Berjon fut notamment peintre de la « Fabrique » lyonnaise, l’organisation collective de la fabrication de la soie, dont Lyon a été une des grandes capitales en Europe. Il poursuivit sa carrière à Paris en travaillant la miniature et le portrait, avant de revenir à Lyon où il devint peintre d'une "classe de de fleur" et illustrateur botanique.

Le titre de cette peinture « Nature morte de fleurs, de coquillages, de tête de requin et de pétrifications » est à lui seul un élément important de sa composition et un signe de son étrangeté. La densité des éléments constitutifs de cette nature morte à quatre composantes montre combien l’artiste entend jouer de ce télescopage tout à fait volontairement. C’est une façon pour lui de donner une forte densité dynamique à sa création audacieuse.

Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

Antoine-Berjon-Nature-morte-avec-fleurs-coquillages-tête-de requin-et-pétrifications-Google-Art-Project

La composition réunit en une grande promiscuité, des fleurs en plusieurs bouquets, avec des plus petites posées sur la commode, qui forment un arrondi pour occuper plus des deux-tiers de la surface du dessus de la commode au tiroir. C’est une façon d’opposer les fleurs naturelles à la tête de requin, qui figure la dimension « morte » de sa composition de « nature ».

Cette nature morte poursuit plusieurs objectifs dont le principal ou du moins un des principaux est de provoquer un choc visuel, à partir d’éléments qui évoquent la nature, présentés de la façon la plus précise et la plus fine, ensemble dans une promiscuité aussi volontaire qu’étonnante, voir même choquante. Cette peinture très précise attire autant qu’elle repousse, obligeant le regard à mélanger les genres, d’une façon irréaliste, dans des poses les plus réalistes visuellement. Et ceci pour attirer et retenir l’attention. Il s’agit pour l’artiste d’intriguer, pour aller au-delà de l’attrait très connu pour les fleurs et du dégoût pour ce qui ne l’est pas.

Le mystère nait de la densité de la cohabitation de thèmes différents. Dans cet espace à la fois restreint au regard du nombre incroyable de disruptions, de mises en choc frontal entre plusieurs bouquets de fleurs dont un a conservé son papier, comme posées dans des pots en attente, il y a une tête de requin, posée sur un coquillage à la grande ouverture, qui font penser à des dents, dans une promiscuité dérangeante. Quant aux pétrifications, je dois dire que je les cherche encore. Elles sont peut-être cachées à qui ne sait pas les voir…

Ce que je retiens de cette curieuse peinture dont les éléments constitutifs associés sont tous bizarres, comme saisis à un instant « t », de retour du marché, dans une cuisine quand la personne en charge de cette fonction n’a pas eu le temps, ni de ranger, ni de fermer le tiroir, ni de mettre les fleurs dans un vase, ni de jeter cette tête de grand poisson dont on se demande ce qu’elle fait là…Même à l’époque, le requin, non ! Et cette scène de cuisine, qui semble n’étonner personne, même à titre de nature morte, me dérange vraiment. Saluons quand même l’artiste pour ses talents de peintre et de coloriste et pour sa capacité à intriguer encore autant aujourd’hui, grâce à ce mystère odorant…où les fleurs jouent un rôle positif pour attirer l'oeil et l'esprit  et sentir bon…mais à mon avis sans espoir de réussite.  

                                                                          *

Pour suivre le chemin

. Aller à Lyon, https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Lyon

. Découvrer la fascination de la soierie  https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_soierie_%C3%A0_Lyon  

. En apprendre plus sur le peintre sur wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Berjon  

. Voir cette peinture sur https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Antoine_Berjon,_Still_Life_With_Flowers,_Shells,_a_Shark%27s_Head,_and_Petrifications_(1819).jpg?uselang=fr  

. Le Philadelphia Museum of Art, qui expose cette œuvre , à voir sur https://en.wikipedia.org/wiki/Philadelphia_Museum_of_Art

. *L'étoile avant l'intitulé du cliché signifie qu'il s'agit de la partie centrale de l'oeuvre, que vous voyez en version intégrale en dessous.  .  

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